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Full text of "Histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique ..."

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GIFT OF 
HORACE W. CARPENTIER 



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HISTOIRE 



DES 



BERBÈRES 



ET DES 



DYNASTIES MUSULMANES 

DE L'AFRIQUE SEPTENTRIOITALB 



Par/ IBlV-KBIAIiBOVlV 



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THAADITE DE l'aAABB PA& 



M. 



LE BABON DE SLANE 

fnt«i>rHe principal de l'année d'Afrique 



TOME QUATRIÈME 



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IMPRimtRIE DU GOUVERNEMENT 

1856 



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HISTOIRE 



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rtCLIÉ PAR ORDRE DU MINISTRE DE LA GUERRE. 



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HISTOIRE 



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BERBÈRES 

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DYNASTIES MUSULMANES 

DB L' AFRIQUE SEPTERTEIONALE 

Par ^EBli-KHAIiDOVnr 



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H. LE BABON DE SLANE 

interprète principal de Vvtttkbe d'Afrique 



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HISTOIRE 



DYNASTIES MUSULMANES 

ET DES TRIBUS ARABES ET BERBÈRES. 



TJUBUS ET DYNASTIES HBRBÈRES DE L'AFRIQUE 

SEPTENTRIONALE. 



T^OTICB ms BBllI*IIA€B£D-IBIf«aOSAllVBD ^ 

Nous interrompons ici i^histoire des tribus badtnides, pour 
consacrer ira artide aux Beni-Rached, vu que ce peuple a lou-* 
jourd partagé le sort des Beni-Abd-el-Ôuad auxquels il a cons* 
iammeni montré le dévouement d'un allié fidèle. Nous avons 
mentionné ailleurs* que Rached, Tancâtre des Beni-Rached, était 
frère de Badin et que ses descendants s'étaient exclusivement 
attachés aux Abd-el-Ouadites* 

Les Beni-Rached habitaient une montagne qui s^élève dans 
le Désert et qui porte encore le nom de leur aïeul '. Les Me- 
dtouna, tribu de race berbère, occupaient le territoire situé 



1.1 I i< Il t *i. 



< Dans le texte arabe, on lit de plus : IbnBadin; il faut remplacer 
ces mots par Zc^hhik-Ibn-Ouaçîn, 

* Tome m, pp. 302, 303. 

' Yoy. Raehed dans la table géographique du premier volume. 

T. IV. I i 



4^582S 



•'• • ••••••• • 

! •«• •••••••• 

• ••«-••^•.♦••* • • • 



Z BISTOIRB DKS BKRBfiRES. 

au Midi de Teçala, et les Beni-Oarnid, branche de la tribu des 
Demmer, séjournaient dans la région qui s'étend au Midi de 
Tlemcen, depuis cette ville jusqu'à Gasr-Saida ^ La montagne de 
Hoouara avait pour habitants les Beni-Iloumen *, peuple qui 
fonda un royaume, ainsi que nous l'avons déjà raconté '. 

Quand la puissance des Iloumen fut anéantie, les Beni-Bached 
se transportèrent de leur montagne vers les plaines qu'occupaient 
les Mediouna et les Beni-Ournîd ; puis, après une longue guerre 
et de fréquentes incursions, ils en expulsèrent ces deux tribus et 
les forcèrent à se réfugier dans des régions moins faciles à abor- 
der. Les Mediouna se fixèrent alors sur la colline de Teçala ; 
les Beni-Ournid prirent pour séjour la montagne qui domine 
Tlemcen, et les Bached, après s'être emparés des plaines qui sont 
au Midi de ces localités, s'établirent à demeure dans la monta- 
gne qui porte leur nom. 

Vers le commencement de l'ère musulmane, ce haut plateau 
formait le territoire des Beni-ifren, rois de Tlemcen. Âbou-Gorra, 
chef sofrite dont nous avons déjà parlé ^, appartenait à la fa- 
mille ifrenide, ainsi que Yala-Ibn-Uohammed qui, à une époque 
plus récente, fut assassiné par Djouher le sicilien^, général des 
troupes fatemides. Au sujet de Tala, on peut consulter la notice 
des Beni-lfren [ci-devant, t. m, p. 244]. La ville d'Ifgan, qu'il 
avait fait bfltir dans cette montagne, fut détruite, le jour même 
de sa mort, par le général Djouher. 

En prenant possession de la montagne, les Bcni-Bached s'y 
étaient établis comme dans une forteresse, et ils continuèrent à 
parcourir avec leurs troupeaux la région qui touche au cêté 
méridional de leur demeure jusqu'à ce que les Arabes leur 



* On voit par les manoscrits qu'il faut lire Saida dans le texte arabe 
imprimé. 

^ Jloumenoiï Ihuman est le pluriel berbère d7/oumt. 

3 Voy. t. lu, p. 293. 

* Tome III, p. 199. 

^ Variante : Vesclaron, 




LB9 BBNI-RACHBD. 



cnlevèreni ces pâturages et les forcèrent à se tenir sur les 
hauleurs qu^ils avaient choisies pour asile. Cet événement eut 
lieu de notre temps. Les Beni-Rached effectuèrent la conquête de 
ces contrées peu de temps avant l'entrée des Beni-Âbd-el-Ouad 
dans le territoire du Maghreb central, et, devenus partisans et 
alliés de ce peuple, ils le soutinrent constamment dans ses guerres 
avec les Toudjtn et les Beni-Merîn. 

La famille qui exerçait chez eux le commandement s'appelait 
les Beni-Amran. Lors de leur arrivée en Maghreb, ils eurent 
pour chef Ibrahtm-lbn-Amran. Ouenzemmar, frère d'Ibrahtm, 
lui enleva toute l'autorité et la transmit, en mourant, k son fils, 
Mocatel-Ibn-Ouenzemmar. Celui-ci tua son oncle Ibrahtm et 
amena, par ce forfait, une scission dans la tribu, dont une frac-* 
iion reconnut pour chefs les enfants d'Ibrahim et l'autre ceux de 
Ouenzemmar. L'influence des Beni-Ihrahtm prédomina toutefois 
sur celle de leurs rivaux. Ibrahim eut pour successeur son fils, 
qui portait aussi le nom de Ouenzemmar H qui vivait du temps 
de Yaghmoracen*lbn-Zian. Ouenzemmar mourut k un Age très- 
avancé, dans la quatre-vingt-dixième année du septième siècle 
(I291J. Le commandement passa entre les mains de son neveu, 
Ghanem-Ibn-Hohammed. Mouça, fils de Yahya et petit-fils de 
Ouenzemmar, devint ensuite chef de la tribu, mais je ne sais s'il 
succéda immédiatement à Ghanem ou non. Lors de l'expédition 
des Mérinides contre Tlemcen * sous la conduite de leur sultan 
Abou^-l-Hacen, les Beni-Rached firent leur soumission à ce mo- 
narque. Us avaient alors pour chef Abou-Tahya, fils de Mouça, 
fils d'Abd-er-Rahman, fils de Ouenzemmar*, fils d'Ibrahtm. Les 
Benî-Kerdjoun-Ibn-Ouenzemmar, cousins d'Abou-Yahya, s'en- 
fermèrent alors dans Tlemcen avec les Beni-Abd-el-Ouad. Après 
la chute de ceux-ci et la dispersion de leurs partisans, les Méri- 



* Le texte arabe dit : Quand les Mérinides firent leur dernière expàdi" 
Uon contre Tlemcen* L'auteur a eu tort d'y insérer les mots aJchira 
zahfihim, 

* Dans le texte arabe, il faut lire Ouenzemmar à la place de Ouéii- 
%emmon. 



4 BISTCMEB DIS BBRBftVBS. 



nides déporièrcnt en Maghreb - el - Âcsa tous les ebefs xeoa- 
•tims. Les Beni-Ouenzemmar, qui en élaienida nombre, pes- 
tèrent en exil jusqu'au second rélablissement de l'empire 
•alMl-^-ouadite, révolution qui s'effectua sous les auspices do 
Mouçe-4bD*Yooçof, surnommé Abou-Hainniou II. Sons le règne 
de ce prince, les Beni-Rached eurent pour cl>ef Zîan, Bis du 
même Abou-Yahya-Ibn-Mouça dont nous venons de faire men- 
ftion. Ztan sortit alors du Magbreb et embrassa le parti des Âbd- 
^ei^Miadites ; puis, ayant donné lieu de soupçonner qu'il entrete- 
f}a»t des intelligences avec les Beni-Merin qu^il venait d'aban- 
donner, il fut emprisonné ci Oran par l'ordre d'Abou-Hammou. 
Parvenu à effectuer son évasion, il rentra dans le pays qu'il 
avait quitté et passa quelque temps au milieu des nomades mé- 
«rinides. Plus lard , il obtint d'Abou -* Hammou des lettres de 
gr&ce et le commandement des Beni-Rached. En l'an 768 (1366* 
^7), il fut mis à mort par Abou*Hammou qui l'axait fait empri- 
soimer de nouveau. Avec lui, finit le pouvoir qu'exerçait la fa* 
nuBe^le Ouenzenmar^lbn-lbrahîm. 

Paasoos à la famille de Ouenzemmar-lbn-Amran. Mocatel, fils 
•de Ouenzemmar, eut pour successeur sqn frère Tourzeguen, le- 
quel transmit le commandement à son fils Youçof. Après celui- 
<i^ d.'aatreft<;hefs, dont les noms ne me reviennent pas, exercé- 
rtatle commandement. Ensuite, les descendants de Ouenzem- 
mar-Ibn-lbrabtm leur enlevèrent l'autorité. I>e nos jours , les 
•descendants d'Amran ne conservent plus le privilège de corn- 
roiander aux Be»i-Rached, trib^i qui est maintenant rédfiite à 
la soumission et contrainte à payer l'im(i6t au sultan. 



mSTOIBE 1XBS VSni^TOUnjtN , TRIBU BAOtNIDE , ET DE LA SOCVSKAI- 
WETÉ qu'ils exercèrent DANS LE MAGBREB CENTRAL. 

Las Bcni-Toudjîn, une des pins grandes ramifications de la 
tribu des Badtn, habitaient les deux bords du Clielif, dans la 
localité où cette rivière coule au Midi d« Onancbcrîeh, en traver- 
sant le plateau du Seressou. De nos jours, cette branche du 




CheVil est nommée le Nehf-Ooacel (rivière de Quacel). Â TOttestf 
delà partie du Seressoa qu*occupaténi les Toudjto se trouvaient 
plusieurs fractions de la tribu des Louata ; mais elles- se làissà*»^ 
rent enlever leurs territoires par les Oudjedtdjen etleslfatmâta. 
Mus tard, les Toudjtn s'emparèreni des mêmes territoires^ toQt 
en gardant la région qu'ils possédaient |déjà ; de sorte que b- 
partie méridionale de leur pays s'étendail depuis le territoire dea 
Benî-Rached. jusqu'au Mont Derrag. 

« Lors de la domination des Sanhadja [ztr ides], dit Ibn-er* 
» Rakik, tes Toudjin eurent pour chefs Aila-^t-Ibn^Dafliten et 
» son cousin, LocmHn-Ibn-eMfotezt. Pendant la guerre qwi eut 
» lieu entre Hammad 4bn*Bûloggutn et son onole^ Badls, celui- 
» ci sortît de Gairouan pour combattre son adversaire ; et, er- 
» rivé au bord du Chelif, il attira sous ses drapeaux les Toudjtn- 
» qui, jusqu'alors, s'étaient distingués par leur bravoure en 
» soutenant la cause de Hamoiad. Le pouvoir de Locmati em- 
» portait alors sur celui d'Atïa, et les Toudjtn avaient mis en 
3» campagne plus de trois raille hommes de guerre. Avant la 
» bataille, Locman envoya son fils Yeddep à Badîspour hn aiH 
» noBcerqueles Toudjtn se joindraient à lui ; aussi, quand léft 
1» partisans de Hammad furent mis en déroute, Badîs témoigna 
» sa haute satisfaction ï toute la tribu, en lui permettant de 
»' s'approprier le butin fait dans cette journée. Il confirma Loo-» 
» man da-ns le commandement des Toudjin et du territoire qu*ife- 
» occupaient, et l'autorisa à garder toutes les conquêtes qu'il* 
» pourrait effectuer en combattant pour la dynastie ztride. » 

A une époque plus récente, le ooounandement des Toudjtn^ 
passa, sans partage, aux descendants de Dafliten lequel^ dit«on, 
était fils d'Abou^-Bekr-Ibn-Ghalb. Sous les Almohades, cette 
tribu eut pour chef Atïû<-t-lbn^Menad-Ibn-el-Abbas-Ibn**Dâflîten|- 
surnommé Atïa-l-el-Hîou*. De son temps, les Toudjin eurent à 



^ Lisez : son neveu, 

* L« mot lîiou est peut «être une altéra tien berb&re de l'adjectif «rabe 
S modeste. 



6 HISTOIRK DBS BBRBÊRES. 

souteoir uue guerre contre les Beni-Âbd-el-Ouad, guerre sus- 
citée par Adouï-Ibn-Igotmen-lbn-el-Cacem, chef de celte der- 
nière tribu. 

On verra par la suite que ces hostilités se prolongèrent jus- 
qu'au triomphe définitif des Beni-Abd-el-Ouad, qui firent ta 
conquête du pays des Toudjtn. Après la mort d^4tïa-t-el-Htou, 
son fils et successeur, El-Abbas, signala son administration par 
des incursions dans les plaines du Maghreb central et par sa ré- 
sistance h la domination des Almohades. Il ne cessa de leur faire 
la guerre jusqu'à l'an 607 (1210-1), quand il mourut assassiné 
par les sicaires d'Abou-Zeid-lbn-Youwoddjan *, gouverneur de 
Tleracen. Abd-el-Caouï, fils et successeur d'EI-Abbas, devint 
alors chef unique des Beni*Tondjtn et transmit le pouvoir à ses 
enfants, comme on le verra plus loin. 

A cette époque, les tribus toudjinides les plus remarquables 
étaient : 1* les Beni-Meden, composés des Beni-Idlellen, des 
Beni-Nemzi, des Beni-Madoun. des Beni-Zendak, desBeni-Oucîl, 
des Beni-Gadi et des Beni-Mamet*; 2' les Beni-Reçoughen qui se 
partageaient en Beni-«T}gherîn , en Beni-lznaten et en Beni- 
Mengoucfa. Les Beni-Zendak appartenait en réalité à la tribu des 
Maghraoua, bien qu'on ait rattaché son origine h la souche toud- 
jinide. La tribu des Mengouch donna le jour h l'émir Abd-el- 
Caouï-el-Mengouchi , fils d'El-Abbas, fils d'Atïa-t-el-Hîou. Je 
donne cette filiation sur l'autorité d'un historien des Zenata. 
Quand l'empire fondé par Abd-el-Moumen commençait à tom- 
ber en décadence, toutes les tribus toudjinides obéissaient à 
Abd-el-CaouY, fils d'El-Abbas, et elles vivaient ensemble dans 
les régions méridionales que nous avons déjà désignées. 

Les Maghraoua profitèrent alors de l'affaiblissement dont la dy- 
nastie almohade venait d'être atteinte et s'emparèrent de la Me- 



* Dans le texte arabe, tant de l'édition imprimée que des manuscrils, 
ce nom est mal ponctué. 

^ Dans le texte arabe, lisez iU^Jt à la place de aâmJI. L'auteur au- 
rait dû écrire îUxmJ!. 




LES BCNl-TOUDillf. 7 

Udja et ensuite du OuaDcherîch. Abd-eUCaouï, . soutenu par son 
peuple, .leur disputa la possession de cette montagne, et, quand 
ii eut remporté la \ictoire; il y établit les Beni-Tlgherin et le» 
Beni-Mengouch. Plus tard, les Toudjin conquirent le Mindas et 
y installèrent les diverses tribus qui formaient la grande famille 
des Beni-Meden^ Parmi celles-ci, la prééminence appartenait aux* 
Beni-Idielten, lesquels eurent pour chefs les Beni-Selama. Quant 
aux Beni-Irnaten, ils restèrent dans leur ancien territoire, aw 
Sud du Ouancherich. 

La famille d'Atïa-t-el-Hîou eut pour confédérés les Beni- 
Tigherin dont l'appui lui était assuré d^uoe manière spéciale, e^ 
ensuite les Aulad-Aztz-Jbo-Yacoub. On désigne ces tribus coa- 
lisées par le nom d'El-Hachem. 

Les Toudjin, conduits par Abd-el-Gaouï-Ibn-el-Abbas, sou^ 
mirent une grande étendue de pays et chassèrent les Magbraoua-^ 
deMédéa, du Ouancherîch et de Taferkntt. Ayant occ^apé ce» 
localités, ils tournèrent leurs armes vers l'Occident et se ren-^ 
dirent maîtres du Mindas, d'£l*Djâbat et de Taoughzout. Abd- 
el-Caouï se forma ainsi un royaume qu'on pouvait regarder, 
comme nomade; car il ne voulut jamais renoncer à Tusaga des. 
tentes et à l'habitude de parcourir le pays avec ses troupeaux, 
tout en passant l'été dans le Tell et l'hiver dans le Désert. PeD*i 
dant cette dernière saison, ses tribus restaient dans le Zab etr 
dans le pays des Mozab ; puis, à l'approche des chaleurs, ils re- 
visit^icnt leurs territoires du Tell. Après lui, son fils Mohammed* 
mena le même genre de vie. 

Quand Mohammed mourut el que ses descendants entamèrenl^ 
une.lutte pour le pouvoir, lutte, dans laquelle ils employàreni^. 
l'assassinat pour se débarrasser les uns des autres, le peuple 
abdrcl-ouadite réussit à conquérir tous leurs territoires et à 
soumettre toutes leurs tribus. Les Beni-Irnaten et les Beni-Id- 
lelten ayant ensuite acquis une grande supériorité sur les autres 
Toudjinides, embrassèrent le parti des Abd-el-Ouad, et leurs 
descendants, continuèrent à habiter le Ouancherîch jusqu'à W 
ruine de leur puissance. Plus loin, nous parlerons en détail de 
tous ces événemeuls. 



8 HlSTOlftl DES BBRBtRBS. 

Après avoir enlevé le Ouaochertch aax liaghraoun, Abd««t« 
Caeulf bâtit la cîtaclelle de Merat, ville dont Mendtl le magbra^ 
eoien avait posé les fomlements. Mohammed, fila d'Abd-el- 
CaaaT, acheva la eonstruetioD de cette place forte. 

A la smïe de l'oaurpatton par laquelle les Hafsidea établirent 
leur «itorilé en Ifrfkïa an détriment des khalifes atmohades, 
Fémir Abou^Zékéiïa envahit le Ha£i;hreb central et reçut la sou- 
mission de» tribus sanhadjiennes. Pour châtier les Zenata qm 
s'étaient enfuis pour éviter sa rencontre, il ravagea leurs terres 
et, dans une de ses courses, il parvint à faire prisonnier Abd-el- 
CaQUJ(4bn-el-Abbas. Après avoir détenu cet émir à Tunis pen- 
dant cfuekjne temps, il le relâcha afin de gagner, par son entre- 
mise, Tamitié des Toudjin. Ceux-ci embrassèrent la cause do 
sultan hafside et restèrent toujours fidèles à lui et à ses succès- 
aeiirs; ils Taocooipagnèrent mémo dans son expédition contre 
TLemeen et no le quittèrent qu'après la chute de cette ville. En 
repartant pour sa capitale, il investit Abd-^UCaouï du comman- 
dement de la tribu et du pays des Toudjîn ; il l'autorisa aussi à 
prendre les insignes de la ix>^yauté , bonnem* dont les Tondjin 
n'avaient pas encore joui. 

Cette tribu était tantôt en guerre, tantôt en paix avec le» 
Beni-iÂbd-^el-Otiad ; mais après la. mort du suhan mérinide, Es- 
Satd, qcû fut tué par les gens de Yaghmoracen, elle répondit h 
l'-appel de ce chef qui inyita tous les peuples zenatiens à marcher 
avec loi contre le Maghrek. Elle partit, Tan &47 (1249-80), ao- 
'compagne de son chef Abd-el-GaouY, et se rangea sou» les dra*- 
paaus d» Taghmoracen, qui voulut entrer dnns le territoire des 
Mérinides avant de leur laisser le temps . de se préparer h \è^ 
résislance^ 

L'armée zenatienne pénétra jusqu'à Tèza d'où elle rebix^ussa 
chemin, ayant trouvé- devant elle les troupes d'Abou^^Tahya- 
Ibn-Abé-^et-Hack, émir des Beni-Merin. Ce chef poursuivH 
les envahisseucs jusqu'au pays d'Angad et les attaqua si vigoiK^ 
reusemeni. qu'il mit toutes les tribus badinides en pleine dé- 
rouie. 

Nous avons parlé do cette bataille dans rhistoire des Bent^ 



LKs beni-toudjIn. 9 

Abd-el-Ouad^ Abd-el-Caouï rentra dans le territoire de sa tribu 
et mourut, la même année, à Mahnoan *, localtlë appartenant aux 
Tondjtn. 

Alors, son fils Youçof s'empara da pouvoir; mais, une se- 
maine plus tard, il fut assassiné sur le tombeau de son père* Le 
meurtrier, qui se nommait Mohammed et qui était aussi lib 
d'Abd ^ el - Gaouï et son successeur désigné, prit le oomman* 
dément. Saleh, fiU de Youçof, s*enfttit avec ses enfants vers 
le territoire des Sanhadja et trouva un asile dans les montagnes 
deMédéa. 

Le nouveau che£, Mohammed-lbn-Abd-el-CaouV, se Ht redotir- 
ter de ses voisins par la ténacité qu'il montra dans l'exécutbo 
de ses projets. En l'an 649 (1251-2), il s'enferma dans Taterlc- 
ntt et soutint un siège contre Yaglimoracen» Secondé par son 
petit-fils, Ali - Ibn - Z)an, et par une bande de Toudjiaidet, 
il y fit une si belle défense qu'au bout de quelques jours il Ibrfa 
son adversaire à la retraite. Quand la paix (ut rétablie entre 
les Toudjtn et les Abd-él-Ouad, Mohammed suivît l'exemple de 
son père qui avait soutenu Yagbmoracen dans^ une expédition 
contre les Mérinides et, sur l'iovitalioa de ce chef, il se «ôi en 
campagne, l'an 657 (1259). S'étant joint, avec les Toudjîn etles 
Maghraoua, aux troupes de Yaghmoracen, il s'avança jusq^u^à 
Keldaman, endroit situé entre Tèza elle Bif. L'armée des coalir- 
sés se rencontra dans cette localité avec les Mérinides comman- 
dés par Yacoùb-Ibn*Âbd-el-Hack et essuya une défaite. 

La guerre ayant éclaté de nouveau entre Mobammed-Ibn->Abd- 
el-^Caouï et Yaghmoracen, celui-ci alla dans le OQancherfek,.à 
plusieurs reprises, pour attaquer son ennemi ; et, dans ses nom- 
breuses courses, il insulta toutes les parties du territoire Uxud- 
j,inide. L'élévation de Yaghmoracen au trône de Tiemcen et son 
ambition de commandera tous les peuples d'origine zenatienne 
empêchèrent désormais toute espèce de coalition entre les deux 



^ Tome uf, p. 352. Voy. aussi dans 1 histoire édS Mérinides^ cl^rès. 
^ Variacie : Mahioun, 



40 HISTOIRE DES BERBÈRES. 

chefs, bien que leurs tribus, les Toudjia et les Abd-el-Ouad, 
reconoaissaieul également la suprématie des khalifes hafsides. 

Mohammed-Ibn-Abd-el-Caouï était toujours bien disposé pour 
le sultan El-Moetancer. En l'an 668 (1269-70), quand les Fran- 
çais débarquèrent auprès de Tunis avec l'intention de prendre 
cette capitale et qu'EUMostancer appela tous les princes zena- 
tiens à son secours, Mohammed y répondit avec un grand em- 
pressement : il rassembla les guerriers de sa tribu, leva des 
troupes chez les autres peuplades qui habitaient son territoire 
et accourut auprès du souverain hafside^. Dans ses rencontres 
avec les ennemis de l'islamisme, il déploya une bravoure qui 
lui assura une haute réputation en ce monde et la faveur divine 
dans l'autre. Après le départ des chrétiens, il se disposa h ren- 
trer dans son pays, quand il reçut du sultan eu fief les villes de 
Maggara et d'Aoumach, avec un riche cadeau et d'abondantes 
gratifications pour ses troupes et pour ses ofliciers. Depuis lors, 
il se montra parfaitement dévoué à El-Mostancer et toujours 
prêt à le soutenir. 

La conquête des villes du Haghreb par les Beni-Merîn et là 
consolidation de leur puissance en ce pays leur assura enfin la 
supériorité sur les Abd-eUOuadites et l'appui de Mohammed- 
Ibn-Abd-el-Caouï dans leurs guerres avec Yaghmoracen. En 
ces occasions, Ztan, fils de Mohammed, leur amena toujours un 
corps d'armée. En Pan 670 (1274-2), quand Yacoub-lbn-Abd- 
el-Hack fit la rencontre des Abd-el-Ouad à Isly, dans l'Angad, 
et livra la bataille dans laquelle Pares, fils de Yaghmoracen, per- 
dit la vie' Mohammed -Ibn-Abd-el-Caouï se mit en marche afin 
d'opérer sa jonction avec le sultan mérinide ; et, en passant par 
£l-Bat'ha, qui était alors une des places fortes du royaume de 
Tlemcen, il 'la détruisit de fond en comble. Yacoub, qui se trou- 
vait alors sous les murs de Tlemcen et qui était entouré de toute 
la pompe d'un souverain, lui fit l'accueil le plus honorable. Ils 



« Voy. t. u, p. 366, note 2. 

* Supprimez le mot ila daus le texte arabe. 



LES BENI-TOUDjtK. 4t 

assiégèrent la ville pendant quelques jours ; et, voyant qu'elle 
continuait à résister, ils prirent le parti de s'éloigner. Le sultan 
mérinide autorisa son allié d'emmener les troupes toudjinides ; 
et, pour les garantir contre Yaghmoracen, il promit de mainte- 
nir le blocus de Tiemcen jusqu'à ce qu'elles fussent rentrées 
dans leur pays. Quand elles allaient partir, il les combla de dons 
et leur distribua cent chevaux de race richement caparaçonnés, 
un millier de chamelles laitières, une quantité de robes magni- 
fiques, do tapis, de pavillons, do tentes et de bétesde somme. 

Mohammed-Ibn-Abd-el-Caouï, étant de retour dans son pays, 
le Ouancherich, harassa les étals de Yaghmoracen par des in- 
cursions souvent renouvellées ; et, tant que durèrent ces hosti- 
lités, il envoyait à Yacoub-lbn-el-Hack de fréquents témoi- 
gnages d'amitié , de beaux chevaux et les produits les plus 
recherchés du pays. Le sultan mérinide porta si haut son 
estime pour le chef toudjinide, qu'ayant négocié on traité de 
paix avec Yaghmoracen, il déclara que la moindre démonstra- 
tion hostile faite par les Beni-Abd-el-Ouad contre son allié se- 
rait regardée comme une déclaration de guerre contre lui-même. 

Ce fut h cause des Toudjinides que Yacoub entreprit son ex- 
pédition de Tan 680 (128^-2). Gomme Yaghmoracen hésitait 
d'admettre aucune stipulation Bn leur faveur, il marcha contre 
lut, le battit à Rharzouza et le contraignit à s'enfermer dans 
Tiemcen. Mohammed-ibn-Abd-eUCaouï vint le joindre à El- 
Gaçabat et Taida à ravager les environs de la capitale dbd*el- 
ouadite ; puis, ayant obtenu la permission de s'en retourner 
dans le Ouancherîch, il effectua sa retraite sans obstacle, grâce 
au soin que le sultan avait mis à tenir la ville étroitement blo- 
quée. Ils ne cessèrent de se conduire de la même manière jusqu'à 
la mort de Yaghmoracen, lequel finit ses jours à Chedtouïa, dans 
le pays des Maghraoua. 

La supériorité que les Beni-Mertn s'étaient acquise dans leurs 
conflits avec les Beni-Abd-el-Ouad permit à Mohammed-Ibn- 
Abd-el-Caouï de bien asseoir son autorité et de soumettre les 
localités occupées par les Sanhadja dans les montagnes de Mé- 
déa. Il chassa les Thèleba do la montagne do Ttteri après avoir 



ti BISTOItB DES BBRBÈRB8. 

fait mourir leurs chefs dans un guet-apens, et les envoya dâiW' 
les plaines de Melfdja. H s^empara aussi de Hédéa (El-Mtd^a)^. 
forteresse ainsi nommée parce que ses habitants s'appelaient Un 
Lémédïa. Ce peuple était de race sanhadjienne; leur ville eut 
pour fondateur Bologguin-Ibn-Ziri. L'émir toudjinide en ayant 
pris possession, ainsi que des environs, y installa les Aulad-* 
Aztx-lbn-Yacoub, tribu qui faisait partie des- Hachem sous ses 
ordres, et leur en confia le commandement. 

Ses neveux, les Beni-Safeh, qui s*é(aient réfugiés chez les 
Sanhadja après l'assassinat de leur grand^père * Youçof , pas- 
sèrent alors en Ifrîkïa où ils furent très-bien accueillis par le 
gouvernement hafside. Le khalife leur concéda des terres aux 
environs do Gonstantine et s'en fit ainsi des partisans très--dé- 
voués en cas de guerre. Les membres de cette famille qui s'y 
distinguèrent le plus étaient Omar-Ibn-Saieh, ses fils Saieh et 
Yahya et son pelii-fils Yahya-lbn-Saleh. Leurs descendants 
habitent encore la province de Gonstantine et sont employés au 
service du gouvernement hafside, soit comme militaires, soit 
iH>mme administrateurs. 

Le chef des Aulad-Azîz auquel fut confié le commandement de 
Médéa, se nommait Hacen-Ibn-Yacoub. Il eut pour successeurs 
ses fils Youçof et Ali* Celle tribu s'établit alors dans une localité 
située entre la ville de Médéa et leur aocien lieu de séjour, 
Uahnoun. 

Les Beni-Idlelten qui s'emparèrent des châteaux d*El-Djâbat 
et de Taoughzoul, appartenaient aussi h la tribu des Toudjin. 
Leur chef, Selama-Ibn-Ali, s'établit dans Taoughzout et reconnut 
l'autorité de Mohammed - Ibn - Abd ' el -Caouï, dont le pouvoir 
s'élendait ainsi sur les plaines du Maghreb central, depuis le 
territoire des Beni-Rached jusqu'à Médéa, dans le pays des 
Sanhadja; et, au Midi, depuis les montagnes et la plaine du 
Seressou jusqu'au Zab. Tous les hivers, Mohammed allait cam- 
per à Ed-Doucen ou à Maggara, ou bien h El-Hecila. 



* Voy. cinlevant, p. 9. A la place de m^ctel abihi^ dans le texte 
arabe, il faut lire mactd abihim^ ou bieu mactel akhihi. 



Apràft la mort de Taghmaracen, la guerre éclata entre son fils 
Otbmaa et le (hei des Toadjin. En l'an 6&2 (4283-i), Othman 
bloqua son adversaire dans le Ouancliericli et porta le ravage 
par toute cette montagne avant de rentrer à Tiemcen. 

En l'an 684 (4285*6), eat lieu la mort de Mobammed-Ibn- 
Abd-el*Caouï et Tavànement de son fils, SéYd-en-Nas. Environ 
"Use année plus tard, le nouveau chef fut assassiné par son frère, 
Mouça. Celui-ci gouverna les Toudjin pendant deux ans. Ayant 
remarqué que les habitants de Merat étaient les plus intraitables 
et les plus perfides de tous ses sujets, il crut pouvoir se déli- 
vrer d'un grand embarras en exterminant leurs chefs. Cette ré- 
solution prise, il se rendit au milieu d'eux, mais il y trouva 
une réception à laquelle il ne s'attendait guères. Les habitants, 
•avertis de son intention, coururent aux armes et se battirent 
avec le courage du désespoir ; puis, l'ayant criblé de blessures, 
ib le poursuivirent jusqu'au précipice cpii borde leur forteresse 
el le forcèrent à se jeter dans l'abime. Après la mort de Mouça* 
Ibn-Mohamraed, son neveu, Omar-Ibn-lsmatl-lbn-Mohammed, 
gouverna pendant quatre ans et fut assassiné par ses cousins, 
les fils de Zfan-Ibn-Mobammed. Ibrahim-Ibn^Ztan, l'atné de ces 
frères, régit ensuite la tribu aveo une telle habileté qu'on l'a 
regardé comme le plus capable de tous les successeurs de Ho- 
bammed4bn-Abd-<el-CaouY. 

Pendant ces changements, les Beni-Abd-el-Ouad avaient ac- 
quis la supériorité sur les Toudjtn. Aussitôt après la mort de 
Mohammed, fils d'Abd-el-Caouï , le souverain de Tiemcen, 
Othman-lbn-Yaghmoracen, fit peser sur eux le poids de sa puis- 
sance. En l'an 686 (4287), il les bloqua dans le Ouanohertoh, 
dévasta leur pays et en transporta tous les grains dans ses ma- 
gasins, à Mazouna, ville qu'il venait d'enlever aux Maghraouâ. 
Ayant ensuite rois le siège devant Taferknit, il se fit remettre ^ 
cette place par le commandant, Ghaleb l'eunuque, afifranchi de 
Séïd*en*Nas-lbn*Mohammed. Rentré alors à Tiemcen, il en 
sortît de nouveau pour assiéger Taoughzout ; et, après s'être 

^ ■ I. I ■ Il ■ ■ I I ■ ... ■ ■ I I I ■■! ■ ■ I » 

* Li6€« melekeka dans le texte arabe. 



44 HISTOmB DBS BBRBËRES. 

présenté devait cette forteresse h plusieurs reprises, il en reçut 
la soumission des chefs, les Aulad-Selama, qui, jusqu'alors, 
étaient demeurés fidèles à la famille de Mohammed -Ibn-Abd-eU 
Caouï. Pour les attacher à son parti, il leur concéda les impôts 
des Beni-Idlelten ; et, suivant son habitude, il travailla à semer 
la discorde parmi les tribus toudjinides. Leur chef, Ibrahtm-lbn* 
Ztan, contre lequel il était parvenu à diriger leur mécontente- 
ment, avait à peine achevé le septième mois de son commande- 
ment quand il fut assassiné à El-Bat'ha où il venait de faire une 
expédition. Il mourut de la main.de Zeghdan-lbn-Aadjemi, 
cheikh des Bcni-Madoun. 

Les Beni-Tigherîn proclamèrent alors l'&utorilé deMouça-Ibn- 
Zerara, petit-fils de Mohammed-lbn-Abd-el^aouï ; mais ils no 
purent faire agréer ce choix aux autres Toudjinides. Le nou- 
veau chef ne resta pas au pouvoir une année entière. Othman- 
Ibn-Yaghmoracen profita de ces dissensions pour gagner suc- 
cessivement un grand nombre de leurs tribus ; puis, il alla 
s'emparer du Ouancherich. Mouça-lbn-Zerara voulut se réfugier 
aux environs de Médéa, mais il mourut avant d'y arriver. En 
Tan 688 (1289), Othman se rendit maître de cette ville avec le 
concours des Lémédïa sanhadjiens qu'il avait amenés à trahir 
les Aulad-Aztz. Sept mois plus tard, ceux-ci rentrèrent en pos- 
session de Médéa avec Taide des Sanhadjiens qui les avaient 
trompés ; et, pour détourner la colère d'Othman, ils s'empres- 
sèrent de lui envoyer l'assurance de leur soumission et la pro- 
messe de lui fournir le même subside qu'ils avaient eu l'habitude 
de payer à Mohammed-Ibn-Abd-eKCaouï et h ses successeurs. Le 
prince abd-el-ouadite était parvenu à réduire sous sa domina- 
tion tout le pays des Toudjinides quand il se vit lout-à-coup 
exposé aux attaques des Beni-Mertn et de leur sultan Youçof- 
Ibn-Yacoub. 

Un descendant de Mohammed - Ibn -Abd-el - Caouï, nommé 
Abou-Bekr-lbn-Ibrahtm-lbn-Mohammed, prit alors le comman- 
dement des Toudjîn ; et, pendant deux ans, il gouverna ce peu- 
ple avec une tyrannie qui les glaça d'effroi. Aussitôt qu'il fut 
mort, les Béni -Ttgherîn proclamèrent son frère, Atïa-t-el-Asamm, 



LES BENI-TOCDJIN. 45 

mais les Aulad-Aztx el les autres tribus toudjinides repoussèrent 
celte nomination, prirent pour chef YouçoMbn-Ztan-lbn-Mo- 
hammed et bloquèrent Âtïa et les Beni-Tighertn dans le Ouan- 
cberîch pendant plus d'un an. 

Yahya-lbn-Alïa, chef des Beni-Ttgherin et la même per- 
sonne qui avait porté celte tribu à proclamer Atïa*-t-el-Asarom, 
se fatigua enfin d'être assiégé de cette manière ; sachant de 
quelle puissance les Beni-Herin pouvaient maintenant disposer, 
il se rendit auprès de Youçof-lbn-Yacoub qui faisait alors le 
siège de Tlemcen, et le pria avec instance de prendre possession 
du Ouancherich. Le sultan mérinide v donna son consentement 
et plaça un corps de troupes, d'abord sous les ordres de son 
frère Abou-Serhan, puis, sous les ordres d'Abou-Yahya , un 
autre de ses frères, et autorisa le chef tigherinide d'emmener ce 
secours. En Tan 701 (4031-2), Abou-Yahya se mit en marche 
et, après avoir envahi les provinces orientales [du Maghreb 
central], il retourna sur ses pas, pénétra dans le Ooancherfch 
et en détruisit les places fortes avant de ramener son armée. 
Dans une seconde expédition, il chassa les Toudjîn de leur pays, 
accepta la soumission des habitants de Taferknh; el, s'étant 
porté, delà, sur Médéa, ville qu'il reçut à composition et dans 
laquelle il construisit la citadelle qu'on y voit encore, il alla re- 
joindre son frère, le sultan. Aussitôt qu'il fut parti, les gens de 
Taferknit répudièrent la domination mérinide. 

Les descendants d'Abd-el-Caouï se décidèrent alors à se ren- 
dre auprès de Youçof-Ibn-Yacoub et à lui offrir l'hommage de 
leur obéissance. En les congédiant, ce prince leur accorda des 
fiefs et désigna Ali-ibn-en-Nacer-Ibn-Abd-el-Caouï comme 
gouverneur des Toudjin. Celui-ci se laissa enlever l'autorité par 
Yahya-Ibn-Atïa, chef que Youçof lui avait assigné comme vizir. 
Après la mort de l'usurpateur, qui était parvenu à se maintenir 
au pouvoir, le sultan Youçof nomma Mohammed, fils d'Atla-t- 
el-Âsamm , au commandement de la tribu. Pendant quelque 
temps, Mohammed servit lesMérinides avec dévouement; mais, 
en l'an 706 (4306-7), peu de temps avant l'assassinat de leur 
souverain, il poussa sa tribu dans la révolte. 



46 HISTOfU DES BIKBftKBS. 

Après la mort de Youçof-lbn-Yâçoub, radministraiton méri-' 
nide abandonsa aux petits-fils de YaghmoraoeD toutes les villes 
du Maghreb doDt ^le s'était emparée. Les Âbd-el-Ouad éloi-r 
gnèrent alors de ce pays les divers chefs qai y avaieni exercé 
des commandements et forcèrent les descendants d'Abd*^eI- 
GaouY h passer dans le royaume des Hafsides. Les réfugiés fu^ 
rent accueillis avec une grande considération à la cour de Tunis ; 
et un de cette bande, le nommé El-Abbas*-ibn-Mohammed-Ibn • 
Abd-el«CaouY, jouit, pendant toute sa vie, de la haute faveur 
des souverains hafeides. Ses descendants continuèrent toujours 
à servir dass l'armée du sultan de Tunis. Après Téloignement de 
ces notables, Yahya-lbn-Atïa, petit-fils de Youçof-lbn-el-Mansour 
et chef des Beni-Tîghertn, se rendit mattre du Ouancherîch. On 
prétend que la famille de ce chef fut simplement agrégée k la 
tribu de Tfgherîn et qu'El-Hansour, dont le vrai nom était 
Ahmed-Ibn-'Moharomed, descendait de Yala-lbn-Mohammed, le 
sultan ifrenide. Yahya ne gouverna que peu de temps. Après 
sa mort, le commandement passa à son frère Othman-lbn-Atïa 
qui, en mourant, transmit le pouvoir k son fils, Omar-tbn* 
Othman. Pendant que ce chef et son peuple dominaient sur 
le Ouânchertch, les Aulad-Azîz, commandés parYouçofet 
Ali, tous les deux fils ' de Hassan-Ibn-Yacoub, se tenaient dans 
la ville et dans les environs de Médéa. Les deux tribus re- 
connaissaient également la souveraineté du sultan abd-el-oua- 
dite, Abou-Hammou, lequel avait dompté par les armes leur 
esprit d'indépendance et enlevé aux descendants d'Abd-el-Caouï 
le droit de commander. 

Quand Hohammed-lbn-Youçof, petit-fils de Yaghmoracen, se 
révolta contre son cousin Abou-Hammou I et se rendit chez les 
Aulad-Aztz, il reçut des chefs de cette tribu le serment de fidé- 
lité et obtint, par leur entremise, Tappui d'Omar-Ibn-Othman, 
chef des Beni-*Tlghertn et seigneur du Ouânchertch. Cet exemple 
entraîna ^adhésion des Achar, des Mengoucha et des Beni- 



* Dans le texte arabe, il faut remplacer Ibn par i6fiat. 



tES BfiM-TOUDjiK. 17 

ïrnaten. Toutes ces tribus marchèrent av^ le prétendant eonUe 
AboQ-Hammou, qui était alors campé sur le Nehel\ et mireoi 
les Abd-el-Oiiadiles ea pleine déroute. Pour la suile de ces éri* 
Déments et de la guerre que ces pcfuples firent au aiiltan, on peut 
revoir Vhistorre des Beni^Âbd*el^aad *. 

Abou-Tachefto, fils et successeur d'Aboo^fiamnoo, entreprH 
une expéditioa contre les insurgés, et Omar-^Ibn-Othman, jatouX 
<k la faveur que Mohammed-Ibn-Youçof témoignait aux Aulad^ 
Aztz, fit secrètement avertir ce priace qu'il passerait attx Abd<^ 
etOuadites. Ëiïectivement, quand ceux-ci eurent pris positi<»li 
-au pied de la montagne et que Mohammed-lbn-Youço[ se fut 
enfermé dans Toukal» le chef des Tigherfn alla trouver le sultan 
et le conduisit, par une voce secrète, dans 14atérie«ir de la for- 
teresse. Mohammed, abandonné par tous ses alliés, fût amené 
priaonnier devant Aboa<-Taohefto et tué à coups de taboe sous 
les yeux de ce monarque. Ceci eut lieu l'an 749 (4340). Là tète 
du perturbateur fut envoyée à Tlemcen el son corps fut atta<^é 
& un poteau que l'on planta au milieu de Toukal. 

Omar^lbn-Othman devint alors seigneur du Onancharloh et 
resta toujours fidèle à Abou^Tâchefln. Il mourut h f lemcen ea 
•repoussant une dés atlaques que les Mérinides, sous les ordres 
<lu sultan Abou-'l-fiaeen, dirigèrent contre cette viHe* 

Lors de la Conquête du Maghreb central par les B6nt^Merlb> le 
sultan Abou-'UHacen donna le gouvernement du Ouanchertoh k 
Kasr, fils d'Ibn-Omar. Gelui-^î ae montra bon adminiatrateur 
et sincèrement dévoué auxMérinides ; consacrant tous ses soins 
à développer la prospérité de sa province et à en augmenter leS 
revenus* 

Après le revers qu'essuya Abot»-'l^Hacen auprès dé Gairouan^ 
les princes senatiens conçurent l'espoir de rétablir les royaumes 
fondés par leurs ancêtres, et Adi-Ibo-^Youçof, petit-fils de Ztan» 
ibn-Mohammed-lbn-Abd-el-Caout , s'empara des euyirons de 



* Variante : Tehel 

• Voy. t. m, p. 395, 

T. IV. t 



^8 niSTomE des berbères. 

Médëa. Ses prétentions répondirent si bien dux désirs d'un 
peuple déjà mûr pour la révolte, que les Âulad-Az}z et leurs 
voisins, les Beni-irnian, se réunirent autour de son drapeau et 
marchèrent vers le Ouancherîch. Ils voulurent surtout châtier 
les Hachem qui les avaient remplacés dans le commandement de 
cette montagne et qui avaient aidé le sultan de Tiemcen à ruiner 
leur puissance. Nasr-lbn-Omar-Ibn-Olhman, chef des Hachem, 
j)roclama aussilàt l'autorité de Masoud-Ben-BonZeid, pelit-tils 
de Khaled-Ibn-Mohammed-lbn-Abd-el-Caouï, qui s'était enfui 
du camp de son parent Ali*Ibn-Youçof , dont les partisans 
avaient voulu le tuer. Les Hachem soutinrent alors une ^^uerre 
contre Adi-Ibn-Youçof et Unirent par le repousser. 

Quand Abou-4-Hacen débarqua à Alger après avoir quitté 
Tunis, Adi se joignit à lui ; mais son rival, Masoud, garda la 
neutralité et, lors de la reprise de Tiemcen par les Abd-eU 
Ouad, sous les ordres du sultan Abou-Satd-Olhman-lbn-Abd- 
er-Rahman, il reçut de celui-ci le commandement du Ouanche- 
rich et le titre de roi. Vaincu, plus tard, par Abou-£inan, Ma* 
soud chercha un asile chez les Zouaoua ; mais il dut enGn faire 
sa soumission au sultan mérinide et prendre avec lui la route de 
Fez. Par la chute de la famille de Mohammed-Ibn-Abd-el-Gaouï, 
fut achevée la ruine de l'empire que ces princes avaient fondé. 

Pendant le règne d'Abou-Einan, Nasr, (ils d*[Omar-Ibn-] 
Othman, gouverna le Ouancherlch au nom de ce sultan, et il 
resta au service des Mérinides jusqu'à ce qu'Abou-Hammou H 
Peut obligé à reconnaître l'autorité de l'empire abd-el-ouadite. 
Entre les années 770 (4368) et 780, les Beni-Abd-el-Ouad re- 
commencèrent à faire la guerre aux Arabes qui avaient embrassé 
le parti d'Abou-Ztan, (ils du sultan Âbou-Satd et cousin d'Abou- 
Hammou. Nasr-Ibn-Omar se rangea du côté du prétendant, et, 
quelque temps après, il perdit la vie dans un combat. Son frèrect 
successeur, Youçof-lbn-Omar, a suivi la même ligne de con- 
duite ; et, aujourd'hui, en l'an 783 (1384-2), il gouverne encore 
le Ouancherîch, se montrant tantôt soumis, tantôt hostile, au 
sultan Abou-Hammou. 



LES BBNI-SELAMA. 19 

BfSTOIRB DES BEl^I - 8BLAM1 , SEIGNEURS DE LA FORTERESSE DE 
TAOU6HZO0T ET CHEFS DES BBNl-IDLELTEN. 

Les Beni-ldlelten, tribu nombreuse et paissante, tenaient le 
premier rang parmi les familles toudjinides. Leur droit h cet 
honneur fut si bien établi que les Beni-Abd-el-Caotiï ne pensèrent 
jamais à le méconnaître. Quand les Toudjinides envahirent le Tell 
après la ruine des Iloumi et des Ouémannou, deux de leurs 
grandes fractions, les Cadi et les Madoun, s'établirent dans le 
territoire de Blindas. Les Idlelten y arrivèrent sur leurs traces ot 
occupèrent El-Djâbat et Taoughzout. A cette époque, ils eurent 
pour chef Nasr-Ibn-Sohan-lbn-Ëïça. Après la mort de Nasr, son 
fils Menad exerça le commandement et le transmit à son frère, 
Aiî-lbn-Nasr. Ibrahîm, fils d'Ali, succéda au pouvoir et eut 
pour successeur, en mourant, son frère 5elama-Ibn-AH. Celui- 
ci revêtit Vaulorilé à l'époque où la famille d'Abd-el-Gaooï avait 
consolidé la sienne. Il établit, en même temps, la puissance de 
sa tribu par la construction de Taoughzout. Cette forteresse, 
appelée aussi le château des fils de Selama, n'était d'abord 
qu'un simple hermitage (rihat) occupé par quelques Arabes 
soueidiens qui avaient renoncé au monde. 

Les descendants de Selama se représentent comme membres 
adopttfs de la tribu des Toudjtn et comme appartenant en réalité 
à la tribu arabe des Beni-Soleim-Ibn-Mansour ^ Leur ancêtre, 
disent-ils, se nommait Eïça-Ibn-SoItan< et avait quitté son peuple 
pour éviter les conséquences d'un meurtre qu'il avait commis. 
Le cheikh des Beni-Idlelten l'accueillit comme un frère ; et après 
la mort de son hôte, il en éleva les enfants. Ce fut là une des 
circonstances qui assurèrent à Selama et à sa postérité le com- 
mandement des Idlelten. 

Après la mort de Selama-lbn-Ali, l'autorité passa à son fils 



* Voy. 1 1, p. 28 et soiv. 

^ Il faut remplacer le mot mu par bin dans le texte arabe. 



20 BISTOIBI DES URBÈRES. 

YaghmoraceD. Ceci eut lieu vers l'époque où les Toudjîn, ayant 
perdu leur grand sultan, Mobâmmed-Ibn-Abd-el-Caouï, Gom- 
mencèreot à fléchir devant la puissance des Âbd-el-Ouad. 
Othman-lbn-Yaghmoracen[, le sultan abd-el-ouaditc,] fil alors 
plusieurs expéditions contre les Toudjtn ; et, dans une de ses 
courses dévastatrices, il se présenta devant le ch&teau des Se* 
lama. Taghmoracen-Ibn-Selama y fit une vigoureuse résistance ; 
•t le souverain oiériuidey Youçof-Ibn-Yacoub, profita de l'éloi- 
gnement du prince abd-el<ouadite pour mener une armée coaire 
Tlemcen. Othmau leva aussitôt le siège de la forteresse et se 
hâta de rentrer dans sa capitale avant l'arrivée de TeiHiemi. 
Yaghmoracen sortit à la poursuite des Abd-el-Ouadites deat il 
voulait harceler larrière-garde , mais, arrivé à Teltouan, il fut 
attaqué à son tour et perdit la vie. 

Mohammed-Ibn-Selama, frère et successeur do Yaghmoraoen, 
abandonna le parti des Beni-Mohani^ed*lbQ«Âbd--el-CaouY pour 
eelui d'Othnno-Ibn-Yaghmoracen, auquel il promît de remettro 
l'impdi que les Beni-Idlelteu avaient payé jusqu'alors à leurs 
anciens alliés. Sâd-Ibn-Selama passa en Maghreb ; et» plus tard, 
il servit dans Tarmée qui, sous les ordres de Youçof-lbu-Ya- 
coub, assiégea si longtemps la ville de Tlemcen. Ce monarque 
témoigna au transfuge sa haute satisfaction en le nommant chef 
des Beni-Idlelten et commandant du Casr-Ibn-Selama« Moham- 
med-lbn-Selama, frère de Sâd, se jeta dans le Hont-Bached et 
y resta jusqu'à la mort du sultan Youçof. 

Les Beni*Abd-el-Ouad rétablirent alors leur autorité dans le 
Maghreb central et soumirent à l'impôt les Beni-Toud)îo, qu'ils 
réduisirent ainsi au rang des peuples tributaires. Abou- Tache- 
fin, successeur d'Abou-Bammou, voulant se venger de Sàd» le 
remplaça par Mohammed .-Ibn-Selama qu'il fit venir du Moni- 
Rached. Sftd, qui passa encore dans le Maghreb, rentra plus tard 
dans le paya d«s Abd-el-Ouad, aveo l'armée du sultan Abou-'l- 
Hacen, et obtint le commandement des Beni-Idlelten pendant que 
son frère, Mohammed, se tenait enfermé dans Tlemcen avec 
Abou-Tachefin. Mohammed mourut daqs un des combats qui se 
livrèrent pour la défense de cette place forte. Après la chute de 




UE9 BEia-SKLAVA. 21 

l'empire abd-el-ouadite, Sâd fit le pèlerinage de la Mecque avec 
TaulorisatioD do saltan mérinide , et, an moment où il rentrait 
dafts son pays, il rendii le dernier soupir. En roonrant, il re« 
commanda ses enfants aux bontés d'Abou-'l-Haeen et pria Artf«- 
Iba-Yahya, émir des Soucid et ami du sultan, de se charger du 
message et de parler en leur faveur. Il en résulta la nomination 
de son fils, Soleiman, au commandement des Bcni-Idielten et 
du château des Beni-Selama. 

Après le revers qui brisa la puissance d'Abou-'UHacen, les 
émirs Abou^Saîd et Abou-Thabet, fils d'Abd-er-Babman, relevè- 
rent l'empire de leur aïeul Yaghmoracen[Ibn-ZtaD] ; et, dès lors^ 
Soleiman se montra tantôt leur ami, tantôt leur adversaire. Les 
Arabes Soueid étaient voisins et alliés des [Idlellen] dont le 
territoire s'étendait immédiatement au Nord de celui qu*ila 
occupaient eux-mêmes ; mais, à cette occasion, leur cheikh, 
Ouenzemmar-lbn-Artf, conçut l'espoir de conquérii^ le territoire 
des Beni-Idlelten. Soleiman lui opposa une vive résistance et 
finit par le repousser. Aboa-Einan soumit alors le Maghreb 
centrai ; et, pour récompenser Ouenzcmmar de s'être attaché àii 
parti des Mérinides, à l'exemple de son père< Artf, il loi concéda 
le ciiâteau des Beni-Selama, le territoire qui en dépend et les 
impôts que les Beni-Idielten devaient fournir è l'empire* Solei'- 
man-Ibn-Sâd obtint, vers la même époque« un haut commande- 
ment dans l'armée du sultan. 

Après la mort d'Abou-Einan, Abou-Hammon II releva l'em- 
pire abd-el-ouadite et rétablit Soleiman dans le commandement 
des Beni-Idlelten et de leur château. Se voyant ensuite déborder 
par les Arabes, il soupçonna paturellement la fidélité de Sotei- 
man. Celui*ei en fut averti et se réfugia chea les fils d'Artf ; 
puis, étant rentré dans le devoir, il fut arrêté et mis à mort par 
l'ordre du môme sultan. 

Me pouvant plus résister aux Arabes, qui lui avaient enlevé 
presque tout le Maghreb central, Abou-Hammou tàcba de se 



Dans le texte arabe, lisez ahihi à la place à'ibnihi^ 



22 HISTOtlE DSS BERBÈRES. 

concilier les 61s d'Arif , et, dans ce bat^ il leur céda le château 
des Selama et le commandemeDt des Beni-IdleltCD. Ensaite, il 
leur donna comme sujets les Beni-Madoun ; pais, il leur remit le 
territoire de Mindas. De cette manière, les Toudjinides deyinrenl 
serfs des Soueid et durent se soumettre aux corvées et impôts. 
Les Beni-Tigherin, habitants du Ouancherich, furent les seuls 
<}ut évitèrent cette dégradation. Ils ont maintenant pour chef 
Youçof-lbn-Omar, le même dont nous avons déjà fait mention. 
Abou-Hammou enrôla dans son armée les membres de la famille 
Selama ; et, au lieu de solde, il leur concéda El-Caçabat, localité 
voisine de TIemcen. Telle est aujourd'hui la position de cette 
tribu. 



HISTOIRE DES BENMRIflTER, IVTRE BRANCHE DE LA TRIBU DES^ 

TOL'DjtN, 



Parmi les tribus toudjinides, les Beni-Irnaten se distinguèrent 
par leur nombre, leur bravoure et leur grande renommée. Quand 
les autres branches de la grande famille toudjinide vinrent s'é- 
tablir dans le Tell du Maghreb central, les Irnaten restèrent 
dans leur ancien territoire, au Midi [du Tell], entre Mahnoun, 
Ouzina et Ydoud *; et, ils parcoururent les deux bords du Ouacel, 
branche supérieure du Chelif. Ils prenaient leur chef dans la fa- 
mille de Youçof-Ben-Bou-Noual , et, à cette époque, ils obéis^ 
saient à Mohtb, fils de Nasr, fils d'Ali, Gis de Temtm, fils de 
Youçof. 

Les deux grands émirs toudjinides, Abd-el-Caonï et son fils 
Mohammed, montraient toujours une grande prédilection pour 
cette tribu, à cause delà haute considération dont elle jouissait et 
delà valeur dont elle avait fourni bien des preuves. Mohammed 
la plaça sous les ordres des Hachem, Aulad-Aziz, de sorte que 



* Uq des manuscrits du (exle arabe, aiosi que le texle imprimer 
portent ici Yaotul^un, 



LES BBNl-lRKATBN. 29 

pendant son règne et celui de ses iîls, elle eut pour chef Obbou* 
Ibn-Hacon-lbn-Aztz. Hohtb, fils de Nasr, épousa une fille d'Àbd* 
el-Caouï et eut d^elIe un fils qu'il nomma Nasr. L'avantage 
d'avoir Mohammed- Ibn-Abd-el-Caouï pour oncle maternel se 
manifesta par l'élévation de Nasr au commandement des Irnaten. 
Ali, fils et successeur de celui-ci, eut un fils nommé Nasr, un 
second nommé Anler et plusieurs autres que Ton désigna par 
l'appellation des Enfants de Tacerghint, car tel était le nom de 
leur mère- Nasr, fils d'Ali, succéda à son père et gouverna très- 
longtemps. Pendant son administration, les Abd-el-Ouad profi- 
tèrent de la mésintelligence qui régnait entre les descendants 
d*Abd-el-Caou'î pour leur enlever toute espèce d'autorité. Les 
princes des peuples zenatiens [tels que les Beni-Merin et les Béni* 
Abd-el-Ouad] montrèrent à Nasr de grands égards et contri- 
buèrent ainsi è TinQuence qu'il s'était déjà acquise et qu'il 
transmit à ses descendants. Il laisse treize fils, dit-on, les uns 
vaillants guerriers, les autres, jeunes gens de grande espé- 
rance ^ Omar, le plus distingué de ces frères, fut mis à mort 
dans la ville de Merat par le suUan Abou-*l-Hacen, auquel on 
l'avait dépeint comme un traître qui voulait l'assassiner. Ce fut 
en vain qu'il avait cherché son salut dans la fuite ; il ne put 
échapper aux gens qui s'étaient mis à sa poursuite. Mondîl, nO' 
autre de ces frères, fut tué par les Beni-Tigherin h l'époque où 
ils prirent pour chef Ali-Ibn-en-Nacer. Obbou, fils de Hacen-lbn- 
Aziz, mourut avec lui. Einan, le troisième frère, perdit la vie 
au siège de TiCmcen, sous le règne d'Abou-Tachefin. On re- 
marqua encore parmi ces frères, Masoud, Mohib, Sàd, Dawoud,. 
Mouça, Yacoub, El-Abbas et Youçof. 

Anler, frère de Nasr-Ibn-Ali, eut plusieurs fils, dont l'un, 
nommé Abou-'l-Fotouh, fut père d'Eïça-lbn-Abi-Fotouh, lequel 
devint, plus tard, chef de la famille. Une belle esclave apparte- 
nant à cette maison, tomba au pouvoir d'Othman-lbn*Yaghmo- 



* Cest par conjecture seulement que nous rendoDS ici le sens d'u» 
moi arabe dont la vérilable orthographe est incertaine* 



mSTOttE DB9 BBSBfiSBS. 

racen et donna le jour à oo enfant dont le père, dtsatt-el)», étBÎt 
flon ancien maître, Abou-'l-Fotouh. Cet enfant reçut le nom de 
Moarref et fat élevé dons le palais du souverain abd«el-otta- 
dite. 

Devenu grand, il servit Abon^BanuBoo en qualité de vinr et 
remplit les mêmes fonctions auprès du fils et suocesseur do eo 
sultan. Parvenu i exçrcer une înAuenee extraordinaire dans l'ad- 
ministration de l'empire, il reçut du peuple le surnom d'El^ 
Kebtr (le grmid}. Lors de son visirat, sous le règne d'Abou- 
Haraajou 1, il aecoeiliit chez lui son frère Eïça qui avait quitté 
lia tribu dans on moment de colère ; et, par ses démarches, il lui 
procura le commandemenl des Beni-Raebed, la jouissance do 
l^impAt four» par le territoire de ce peuple et l'autorisation 
d^lablir sa résidenee dans la viHe de Satda. Eïça laissa quatre 
filS| Abou«Bebr, Obbou, Taker et Quenzemmar. Le sultan méri- 
nidcy Àbou-4-Hacen, ayant subjugué les Beni-Abd-eUOuad, 
confia à ces frères successivement le commandement des Beni- 
Irnaten. 

On qe dit pas que les enfants de Tacergutni aient exercé 
quelque autorité dans leur tribu ; l'on rapporte seulement qu'une 
de leurs esclaves tomba au pouvoir de la famille d'Aboa*Tache* 
fl^ et y donna le jour k un fils. Cet enfant reçut le nom d'Atîa, 
fils de Monça ; et, dans le palais où il fut élevé, il porta le sur- 
nom dnpeHt-^h de TaeergkM* H déploya les plus belles qua- 
Klés dans le service des Abd-eNOuadites ; et parvenu, sous 
leur patronage, aux plus bauts emplois, il gouverne maintenant 
la région du Gkeltf au nom d'Abou-Hammou IL 

Les Arabes dominent actuellement sur tout le territoire des 
Imalen, auxquels ils ont enlevé Tao«Kl et Mahnoun. On trouve 
eep^ant toujours quelques restes de cette tribu dans la 
montagne près d'Oucîna *. Gouvernés par un descendant de 
Nasr-'Ibn-Ali, ils paient l'impôt au sultan et un tribut aux 
Arabes. 



* Cest à tort que, dans le texte arabe, on a imprimé Ourina. 



LIS BKNI-VBRilf. S5 

etN^ALOG» DES BBIf I * WEtilf | PEUPLE QUI GOUTERRA tE HAGffUB 

ET l'bSPA€NB. 

Nous avons mentionné qoe les Beni-Merin forment une des 
branches de la grande tribu de Ouac}n, peuple dont noua avons 
rattaché la généalogie a celle des Zenata [de la seconde raee]^. 
Merîn, avons^nousdit', était filsd'Ourtadjen, 6b de Makhoukh, 
fils d'Oudjedtdj >, fils de Faten, fils de Yedder, fils de Yakhfot, 
filsd'Abd*Allah, fils d'Ourtntd, fils d^EUMagguer^ fils d'Ibrabtm, 
fils de Sahhik ^ fils d'Ouacin. Nous avons dit aussi * qoe les 
Beoi-Mertn étaient frères des Iloumi et des Medîouna, fait qui, 
do reste, se laisse deviner quand on sait que ces tribus, avant 
d'avoir fondé des royaumes, étaient voisines les unes des autres 
et habitaient le territoire qui est situé entre te Za et le MolouYa. 
Nous avons mentionné aussi que les Beni-Merîn se partagèrent 
les plaines et les déserts [du Maghreb] avec leurs frères, les Beni- 
Badtn-Ibn* Mohammed, et que ces deux peuples se firent la 
guerre pendant de longues années. La victoire se déclara d'a- 
bord pour les Beni-Badîn parce qu'ils avaient l'avantage du 
nombre. En effet, ils formaient cinq familles : les Beni-Abd-eU 
Ooad, les Toudjto, les Mozab et les Beni-Zerdal, auxquelles on 
peut mâme ajouter leurs cousins, les Beni-Rached-lbn-Moham*- 
med. Ces derniers occupaient alors le Tell du Maghreb central, 
pendant que les autres se tenaient dans le Désert et que les 
Beni*Merîn avaient leurs lieux de parcours dans la région qui 



* Voy. t. III, p. 304 . 

* Tome III, p. 302. 

3 Dans le texte arabe, la première lettre de ce nom a été ooifsc par 
mégarde. 

* Dans les manuscrits et le texte imprimé, on lit El^Moëzz; cet le 
mauvaise leçon proYtent du déplacement d'un point. 

" Variantes : Zahhikj Zcddjik. 
^ Tome m, p. 293. 



26 HISTOIRE DES BERBÈRES. 

s'étend depuis Ftgufg à Sidjilmessa et, de là, au Molouïa. Quel- 
quefois aussi, les Beni-Merin se dirigeaient, dans leurs course? 
nomades, jusqu'au Zab. 

Les généalogistes de cette tribu rapportent qu'à une époque 
très-reculée, elle eut pour chef Mohammed-lbn-Ourzîz *-lbn- 
Fekous-Ibn-Koumat-Ibn-Merîn. Ce Mohammed, disent-ils, avait 
plusieurs frères, appelés les fils de Tenaleft du nom de leur 
mère. Les Beni-Oungacen-lbn-Fekous étaient ses cousins. Il eut 
sept fils, dont deux, Hammama et Asker, naquirent de la même 
mère; les autres, nés de concubines, se nommaient Sengman, 
Segmtan, Soggom,Ouragh etCazount^. On désignait ceux-ci par 
l'appellation de Tirîghin^, mot qui, dans leur langue, signifie 
bande. Les mêmes généalogistes racontent qu'après la mort do 
Mohammed, Hammama, son fils aîné, prit le commandement de 
la tribu. Asker lui succéda et eut trois fils . Noggoura*, Bou- 
Igni, surnommé Ël-Mokhaddeb (qui se teint les cheveux), et 
Ali, surnommé Laàder s. El-Mokhaddeb devint chef de la tribu 
après la mort de son père, et il l'était encore quand les Almo- 
hades travaillaient à fonder leur empire. Abd-el-Moumen, qui 
assiégeait alors Tacheffn-lbn-Ali dans Tiemcen, ordonna au 
cheikh Abou-Hafs de marcher contre les Zonata du Maghreb 
central. Les Beni-Badin, les Iloumi, les Beni-Merîn et les Ma- 
ghraoua rassemblèrent leurs forces pour repousser cette inva- 
sion, mais ils essuyèrent une défaite qui leur coûta la plupart de 
leurs guerriers. Les Iloumi et les Badin firent alors leur sou- 



» VarîaDte : Ourzin. Ailleurs, ce nom est écrit OursiSj ce qai prouve 
que notre auteur a dû écrire ici Ourziz. 

* L'orthographe de ces Doms est incertaine. 

3 Ce mot est écrit d'une manière diflfèrente dans chacun de nos ma- 
nuscrits ; et, malgré nos recherches, nous n'avons pas pu en recon- 
naître la véritable orthographe, 

* Variante : Togaum, 

^ Ce surnom n'a aucun sens ni en arabe ni en berbère^ il faut sup-^ 
poser qu'il a été mal écrit par l'auteur ou par ses copistes. 



iES BEni^MBftÎR. 27 

mission, mais les Beni-Merin se jettèrent dans le Désert. Quant 
aux Beni--Âbd-el-Ouad, ils «^étaient déjà attachés aux Àlmo- 
hades et les servaient avec zèle et dévouement. 

Abd-el-Moumen, ayant ensuite fait la conquête d'Oran, s'em- 
para des trésors que les souverains alrooravides y avaient dé- 
posés et les expédia, avec le reste du butin, à Tinmeleh, mon* 
tagne qui avait été sa résidence et le berceau de sa puissance. 
Les Beni-Merîn apprirent cette nouvelle dans le coin du Zab où 
ils s'étaient réfugiés, et leur chef, £UMokhaddeb-lbn-Asker, 
prit la résolution de s'approprier toutes ces richesses. S'étant 
mis en route avec ses troupes, il poussa jusqu'au Telagh et 
enleva le convoi. Abd-el-Moumen réunit aussitôt ses alliés ze- 
natiens à un corps d'Almohades et les expédia tous vers cette 
rivière afin de reprendre ses trésors. Les Beni-Abd-el-Ouad 
firent partie de la colonne et se distinguèrent par leur bravoure. 
On atteignit les Beni-Merîn dans la plaine de Messoun et on les 
obligea à prendre la fuite*. Ël-Mokhaddeb fut tué^ et les tentes 
de sa tribu devinrent la proie des Abd-eUOuad. Celte rencontre 
eut lieu en l'an 540 {\ \ 45-6). 

Les vaincus s'enfuirent vers le Désert; et, arrivés dans leurs 
terres de parcours, ils prirent pour chef Abou-Bekr, fils do 
Hammama-Ibn-Mohammed et cousin d'El-Mokhaddeb. Après la 
mort d'Abou-Bekr, son fils Mahiou obtint le commandement. Il 
gouvernait encore les Beni-Merin, qui lui obéissaient avec dé- 
vouement, quand El<Mansour[, le khalife almohade] appela cette 
tribu à la guerre sainte. Dans la journée d'El-Arka^, ils mon- 
trèrent la plus grande bravoure, et leur chef, Mahtou, y reçut 
une blessure dont il mourut après son retour au désert du Zab, 
Tan 594 (1195). L'autorité passa à son fils, Abd-el-Hack, qui la 
transmit à ses descendants. 



* Tin mellél signifie puits bîanc^ en langue berbère. La position de 
cette localité est indiquée dans la table géographique du tome i. 

* Voy. t. II, p. 180 et t. m, p. 328. 
« Voy. t. II, p. 243. 



28 BISTOIIK DES BERBÈRES. 



ABD-EL-HACK PBEIVD LE COMSANDEHENT DES BBNI-HERiN. SON 

FILS ET SUCCESSEUR OTHMAN TRANSMET LE POUVOIR À SON FRÈRB 
«OHASIirED. 



Mahtou, fils d'Abou-Bokr, laissa trois fils : Abd^i-Hack[-Aix»u- 
Melak], Oucenaf et Tahyatoa. Le premier, qui en était Tainé, 
prit le comm^indetnent des Beni-Merio et travailla sans cesse à 
les rendre heureux. Il respecta leurs biens^ corrigea leurs mœurs 
et, par une sage prévoyance, il parvint h leur assurer une pros- 
périté durable. 

En Tan 6f0 (12t3-4), quand En-Nacer, le quatrième kha- 
life des Aimohades, mourut en Maghreb, après son expédition h 
£l-Ooab, OQ proclama la souveraineté de son fils, Youçof-el- 
Moslancer. Ce jeune homme, h peine sorti de Tenfance. négligea 
le gouvernement de l'état pour s^abandonoer aux folies de la 
jeunesse, oubliant tout-à-fait les règles de la prudence et le soin 
des aiïaires publiques. Les Aimohades profitèrent de son carac- 
tère débonnaire et indulgent pour le traiter avec une familiarité 
qui touchait à l'insolence; ils usurpèrent toute Vautorilé, laissé^ 
rent, en même temps, dégarnir leurs frontières, dépérir leur 
armée ; et, par cette insouciance coupable, ils amenèrent la chut» 
de l'empire. 

A cette époque, les Beni-*Vertn parcouraient eu nomades le 
désert qui sépare Figuîg du Molouïa et du Za. Lors de l'établis- 
sement de l'empire almohade, et même auparavant, ils avaient 
rbâbitude de monter dans le Tell afin de visiter les localités qui 
s'étendent depuis Guercîf jusqu'à Outat. Ces voyages leur per- 
mirent de faire connaissance avec les débris do l'ancienne raco 
zenaticnne qui habitaient la région du Molouïa et de se lier d'a- 
mitié avec les Miknaça des montagnes de Tèza et les Beni-Irnîan, 
tribu maghraouienne qui occupait les bourgades d'Outat, dans le 
haut Molouïa. Tous les ans, pendant le printemps et Tété, ils 
parcouraient ces contrées ; ensuite, ils descendaient dans leurs 
quartiers dliivcr, emportant avec eux une provision de grains 



LES beni-mehIn. 21) 

pour la subsistance de leurs familles. Dans ces courses, ils eurent 
Toccasion de reoonnaîlre la faiblesse de l'empire almohade ; et, 
profitant d'un moment favorable , ils quiuèrent leur désert, 
traversèrent tes dëGIés de la frontière et se répandirent dans lo 
Tell. Cavaliers et fantassins^ tous se précipitèrent s«r le pays 
cultivé^ saccageant les campagnes et couvrant les plaines de 
ruines. Les habitants, refoulés dans leurs montagnes et autres 
lieux de refuge, s'épuisaient en plaintes et en lamentations. 

Le gouvernement d'El*Hostancer, poussé enfin à bout, résolut 
d'agir contre les envahisseurs et d'intercepter leur retraite. 
Abou-Ali-lbn-Ouanoudin reçut le commandement de l'armée aU 
mobade, rassembla les troupes qu'on avait levées dans la pro>- 
viflce de Maroc et marcha contre l'ennemi. Il prit la route de Fez 
afin d'obtenir la coopération du cld Abou-Ibrafatm, fils de Yoo* 
çof-Ibn-Abd-el-Moumen et gouverneur de cette ville. D'après les 
instructions du sultan, ils devaient marcher ensemble contre les 
Mérinides et les exterminer jusqu'au dernier. Ces nomades se 
trouvaient dans le Rlf el le pays de BotouYa quand ils apprirent 
cette nouvelle ; sur-<le-champ, ils déposèrent leurs bagages dans 
le château de Tazouta el allèrent au-devant des Almobades. Les 
deux armées en vinrent aux mains près de la rivière Nokour, 
et la victoire demeura aux Mérinides. Les prisonniers almobades 
furent entièrement dépouillés par les vainqueurs, et ils rentré* 
rent à Tèxa ei à Fez, sans autre chose pour couvrir leur nudité 
que de feuilles d'une plante que l'on nomme mecherla^ dans le 
Maghreb et qui avait poussé en grande abondance cette année-là. 
C'était dans la saison où les champs étaient couverts de céréales 
et d'herbes de toute espèce ; aussi l'année de cette bataille fui 
nommée V Année du Mecherla. 



* Variante : Mechàlû, Les natifs du Rtf marocain que nous avons con- 
sultés au sujet de celte plante, ne la connaissent pas. On ne la trouve 
pas indiquée ni dans Touvrage d'ibù-Beitar, ni dans celui d'ibn-el- 
Aouwam. Peut-être est-ce une espèce d'acaatbe ou bien le seneeis 
gic^(m^tu8 de Desfonlaines ; Flora atlanticaj t. ii, p. 373. — ^ Le combat 
dont il est question ici eut lieu Tan 613 (1216*7). 



30 niSTOIBE DBS BERBÈRES. 

A la suite de celle affaire, les Benî-Merfa marchèrent sur Tèza 
et remportèrent une nouvelle victoire sur les troupes qui en 
formaient la garnison. La mésintelligence se mit alors entre leurs 
chefs : la famille d^Âsker-Ibn-Mohammed, indignée de voir ses 
cousins , les Béni - Hammama , exercer le commandement qui 
avait appartenu à Àsker et à son fils , El - Mokhaddeb , com- 
mandement qu'elle avait eu le vain espoir de conserver, aban- 
donnèrent leur émir Abd-el-Hack et passèrent aux Almohades. 

Parmi les tribus auxquelles le gouvernement du Maghreb 
avait confié la garde du pays, on comptait les Rlah, peuple qui 
conservait encore la rudesse et la fier lé de la vie nomade et 
qu'Ël-Mansour avait tiré de Tlfrikia pour l'établir dans les pro- 
vihces d'El-flebet et d'Azghar. Les Beni-Asker se joignirent à 
eux et marchèrent, Pan 644 (1217-8), contre leurs frères, les 
Mérinides. Dans le combat acharné qui s'ensuivit, Témir Abd- 
el-Hack et son fils aîné, Idrîs, perdirent la vie ; Hammama-Ibn- 
IsUten des Beni-Asker et Témir Ibn-Mahtou-es-Soggomi déployé* 
rentune valeur héroïque jusqu'à ce que les Mérinides, brûlant 
de venger la mort de leur chef, chargèrent avec tant d'impé- 
tuosité qu^ils mirent les Rîah en déroute après avoir tué les 
plus braves de leurs guerriers. 

ils choisirent alors pour chef Othman-Aderghal , second fils 
d'Abd-el-Hack. Aderghal est un sobriquet et signifie borgne 
dans leur jargon barbare'. Abd-el-Hack eut neuf fils et une 
fille nommée Ourtadltm. Idrîs, Abd-Allah et Bahhou lui na- 
quirent de Sot-en-Niça, femme de la tribu des Beni-Ali ; Oth- 
man et Mohammed avaient pour mère une femme des Beni- 
Oungacen nommée En-Nouar, fille de Tesalit; la mère d'Abou- 
Bekr s'appelait Taghzount , fille d'Abou-Bekr-lbn-Hafs de la 
famille deTenaleft; Zîan eut pour mère une femme des Beni- 
Ourtadjen; Abou-Aïad était Gis d'Omm-Feredj, des Béni- 
Ouellou, branche des Beni*Abd-el-Ouad, et Yacoub reçut le 



Aderghal signifie aveugle en berbère, langue qo'Ibn-Rhaldoun dé-, 
signe ici par le nom de Retana (jargon) . De nos jours, le mot retana est 
employé par les Arabes pour débigoer toute espèce de dialecte berbère. 



LES BESI-HERÎN. 31 

jour d'Omm>el-Yomn, Glle de Moballi le botouïen. Idrîs, l'aloé 
de tous, perdit la vie en même temps que son pore. 

Aussitôt après la mort d'Abd-el-Hack, Hammama-Ibn-Islttea 
etLemir^-Ibn-Mahiou réunirent les cheikhs de leurs familles res- 
pectives et proclamèrent son Gis Olhman chef des Beni-Merla. 
Celle nomination faite, ils se mirent à la poursuite des Rtahet 
en tuèrent un grand nombre. Olhman en frappa plusieurs de sa 
propre main et assouvit ainsi la soif de vengeance dont il brû- 
lait depuis la mort de son père et dé son frère. Les Btah s'em- 
pressèrent d'implorer la paix et ils obtinrent celle grâce moyen- 
nant un tribul annuel. Dès ce moment, la puissance des Béni- 
Merîn devint formidable à l'empire almohade. 

Dans toutes les parties du Maghreb, on vit alors éclater Tes- 
prit de la révolte ; les peuples refusèrent d'acquitter les impôts; 
des troupes de brigands infestèrent les grands chemins ; les 
émirs et les agents du gouvernement, depuis le sultan jusqu'aux 
moindres fonctionnaires, s'enfermèrent dans les villes ; tout le 
pays ouvert tgmba au pouvoir des Mérinides, et les gens de la 
campagne restèrent sans protection. Les envahisseurs, trouvant 
le pays »ans défenseurs, s'empressèrent d'en prendre posses-- 
sion ; et, sous la direction de leur émir Abou-Saîd-Othman, ils 
parcoururent les grandes routes et les sentiers du Maghreb en 
prélevant des contributions chez les habitants. Bientôt, la 
majorité de la population fit sa soumission ; les ChaouYa (pas^ 
leurs) nomades et les grandes tribus de Hoouara et de Zegaoua 
prêtèrent au chef mérinide le serment de fidélité. Leur exemple 
fut suivi par les Teçoul et les Miknaça ; les Botouïa et les Fich- 
tala présentèrent ensuite leurs hommages au vainqueur ; puis, 
les Sedrala, les Behioula et les Medîouna le reconnurent pour 
maître. Olhman leur imposa le khoradj en sus de l'impôt ordi- 
naire et installa chez eux des percepteurs. Fez, Tèza, Miknaça 
(Mequinez)^ Gasr-Kelama et plusieurs autres villes consentirent 
h lui payer tribut annuel afin de se garantir contre des hosti- 
lités et d'avoir leurs communications libres. 
■ II. . I . ■ I II I — 

' Lemir est la formo berbère du mol arabe eUAmir. 



33 HISTOIBB DES BERBÈftES. 

En l'an 6â0 (t22â) , OihnxBn toarna ses armes contre les 
Zenala nomadeS; et les mena si rudement qu'ils renoncèrent à 
leurs brigaiHidges et firent leur soumission. Croyant ensuite que 
la mort de son père n'était pas suffisamment vengée, il attaqua 
lesBtah d'Âzghar et d'EUHebet avec un tel acharnement qu'il 
faillit les exterminer. En l'an 637 (1239-40), il poursuivait en- 
oore sa carrière victorieuse quand il fut assassiné par un esclave 
d'origine chrétienne. 

Moharamed-lbn-Abd-el-Hack suivit le système de son frère 
et prédécesseur, Othman ; travaillant à soumettre toutes les par-» 
ties du Maghreb, il obligea les habitants des villes à lui payer 
tribut et forçâtes nomades, les campagnards et les autres classes 
de la population à supporter le poids des impôts et des contri- 
buttons* 

L'émir Abou-Mohammed-Ibn-Ooanoudtn nommé par le kha- 
life £r-Rechîd gouverneur de Miknaça ^ et chargé de faire la 
guerre aux Hérinides, se rendit à sa destination et accabla la 
peuple d'impôts. Les Hérinides se présentèrent» alors devant 
Tidjedoughîn, place forte située dans la plaine de Miknaça, 
et invitèrent la garnison à sortir pour les combattre. Leur 
défi fut accepté et eut pour résultat un combat dans lequel les 
deux partis firent de grandes pertes. Mohammed - Ibn * Idrts, 
petit-fils d^Abd-el-Hack, se mesura avec un officier de la mi* 
lice chrétienne et le tua du premier coup. Lui-même reçut de 
5on adversaire un coup de sabre sur la figure ; et, comme il en 
garda toujours la marque, on lui donna le sobriquet de Bou- 
Darbfi (le batafré). Les Mérinides chargèrent ensuite sur les 
Almohades, les mirent en fuite et forcèrent Ibn-Ouanoudîn à 
rentrer dans Miknaça. 

Pendant ces événements, Tempire fondé par Abd-el-Moumen 
tombait en décrépitude et pouvait h peine se défendre. Il laissa 
cependant paraître une lueur de son ancienne pnissance, ainsi 
qu'une bougie jette un dernier éclat avant de s'éteindre. Voici ce 



Probablement Mequinez. L'aulre Miknaça était près de Tèza. 




DT)fA8TlB HÉBimDB. — ABOC-trÀVTA-nH*ÀBD-BL*JllACK. 33 

qui se passa : Er-Rechfd mourut en 6i0 (1242), et son frère, 
Ali-^es-Sttd, ayant été prodamé sullan, prit la résoiution d*at- 
laquer les Beoi-Merîn et de leur Mer Tenvie de s'établir en Ma- 
ghreb. Bn l'an 64S, it se mit en marche, h la lé(e d'une armée 
de vingt mille hommes, dit'-on, dans laquelle il avait fait entrer 
les troupes almohades^ les contingents des tribus erabes, les 
ixmtingents des Masroouda el la milice chrétrentie. Les Beni- 
kferib allèrent au-devant de lui et l'eCtaqnèrent auprès de la 
rivière Taback. Des deux cAtés, l'on se battit avec un égal achar- 
nement ; l'émir Mohammetf-Ibn-Abd-el-Haick fut tué dans la 
mêlée par un officier de la milice chrétienne, et ses troupes, 
forcées de prendre la fuite, n'échappèrent aux coups des rain* 
queurs qu^à la faveur de la mrit. EHes se réfugièrent dans les 
oMmtagnes de Ghialha, «ux environs de Tèca, et y restèrent 
plusieurs jours ; ensuite, elles se dirigèrent vers les régions du 
Désert, après avoir pris pour chef Abou-Vahya, fi)s d'Abd-el^ 
Back. 



AVfiNBMBlfT DB L'Énit ABOU-TAÉTA-IBN-ABD-BL^-UACK, yOBDATEUB M 

L'nflAB mBrikiob. 



Abou-Tahya, fils d'Abd-el-Back, fut nommé émir des Béni* 
Mcrtn l'an 642 (4844*5). Vivement préoccupé des intérêts de 
son peuple, il commença son règne par concéder i chaque 
grande famiKe mérinide une portion du territoire maglirebin, 
^vee le droit d'en jouir h perpétuité et de s'approprier (es itfr- 
pois que payaient les tribus de cette tooalité;. Ainsi iavorisées, 
<des familles curent de^ moyens sufisants poifr équiper et nioriter 
tous leurs hommes de guerre et! pour organiser leurs dépendants 
<»n corps de fantassins. De^eette manière, le nombre des trtiupes 
«lérvnîdes fut considéraUemeut augnenfé. 

La jaloosto se miialors parmi les tribus mérinides, et les Bom- 
Asker, ^i étaient passé du cêèé des Almohades, entratnèreni 
ceux-ci dans une guerre contre Abou-Tahya et les Beni-Ham- 
cnama. Sur l^invitation du gouK^rnement almohede, Taghim>ra- 

T.IV. 2 



34 HISTOIRE DSi BERBllRBS. 

cen-lbn-Zlaa amena tontes ses forces èi Fez et se plaça sous les 
ordres du général qui y commandait. De même que les Béni- 
Asker, il consentit h fournir des otages comme garants de sa 
fidélité et du zèle qu'il mettrait à combattre les partisans de Te- 
rnir Abou-Yahya. Le chef almohade se mit à la tête de Tarmée 
combinée et passa dans la province de Garet, après avoir tra- 
versé le Ouergha ; mais, ayant vu que Tennemi évitait sa ren- 
contre, il reprit la route de Fez. Yaghmoracen, qui venait d^étre 
averti que les Almohades tramaient sa perte, profila de cette oc- 
casion pour décamper avec ses troupes et celles des Beni-Asker. 
L'émir Abou-Yahya marcha au-devant d'eux jusqu'à la rivière 
Sebou, mais il n'osa pas engager le combat. Les Almohades, de 
leur côté, se mirent à la poursuite des transfuges ; puis, ils re- 
broussèrent chemin, parce que le bruit s'était répandu dans leurs 
rangs que le sultan Es-Saîd venait de mourir. Anter l'eunuque, 
client du khalife et général de ses armées, reçut alors l'ordre de 
partir avec une bande d^archers et un peleton de la milice chré- 
tienne, afin de ramener les Abd-e!-Ouad et les Beni-Asker par 
la voie de la persuasion ; mais ceux-ci s'emparèrent de lai et de 
son escorte, tuèrent les chrétiens et retinrent prisonniers les 
autres soldats, avec l'intention de les échanger contre les otages 
qu'ils avaient livrés aux Almohades. S'étant ainsi fait rendre 
leurs enfants, les Beni-Asker rentrèrent sous l'autorité de l'émir 
Abou-Yahya, pendant que Yaghmoracen continuait sa marche 
vers Tlemcen. 

Les Beni-Merfn cherchèrent alors à consolider leur puissance 
et visèrent à la possession des grandes villes du Maghreb, après 
en avoir occupé les. provinces. Conduits par Abou-Yahya, ils 
pénétrèrent dans la montagne de Zerhoun et sommèrent les ha- 
bitants de Mequinez è reconnaître la souveraineté de l'émir 
Aboo-Zékérïa, seigneur de l'Ifrlkïa. Il faut savoir qu^à cette 
époque, Abou- Yahya admettait la suprématie du khalife hafside. 
Ayant investi la ville de manière h lui couper les vivres, œt 
émir harassa les habitants par de fréquentes attaques et les con- 
traignit ainsi à capituler. Ce fut par l'entremise de Yacoub-Ibn- 
Abd-el-Hack, frère d'Abou-Yahya, qu'Abou-'l-Hacen-lbn-Abi- 



1>1rifA6TIB HËniNlDB. — ABOV-TAHYA-fDK-lBD-EL-HlCK. B& 

M-A(Ta, gouverocur de la place, fut amené h se rendre. Le cadi 
Abou-'l-MotarreMbn-Omefra dressa, au nom des habitants, 
4'acCe par lequel ils ofFraicnt à l'émir AboQ-ZékérIa rassurar.cô 
de leur dévouement. Pour récompenser les bons services de 
Yacoub, le sultan[f son frère,] hii concéda un tiers de TimpAl 
fourni par la ville conquise. Dès lors, Abou-Yahya ressctitit le^ 
mouvements de Pambîtion ; et, voyant sa tribu animée par l'es- 
prit de la domination, il s'entoura des insignes de la royauté. 

Consterné de la perte de Mequinez, le khalife Es-Satd cônvo* 
qna ses grands officiers et leur fit un discours dans lequel il cx« 
posa comment l'empire s'étaft avancé pas à pas vers sa ruine ': 
tt Le fils d*Abou-Hafs, leur dit-il, nous enleva Pifrîkïa ; Tagh- 
» moracen-lbn-Ztan et ses Beni-Abd-el-Ouad détachèrent en- 
» suite de notre royaame.fa province du Maghreb central et la 
« ville de Tlemcen ; ils y proclamèrent même ia sotiveraineté 
» du chef hafside et lui firent espérer qu'avec leur appui, fi 
1» pourrait effectuer la conquête du Maroc. Ibn-Houd nous ar- 
1» racha [une parti de] l'Espagne pour y faire reconnaître la 
1» suprématie des Abbacides ; et, dans une autre partie du même 
» pays, Ibn-el-Ahmier s'est posé comme partisan des Hafsides. 
9 Toici maintenant les Beni-Merîn qui ont soumis les campagnes 
9 du Maghreb et qui aspirent à posséder nos villes. Leur émir, 
D Abou-Yahya, vient de prendre Mequinez, d'y établir l'auto- 
» rite des Hafsides et de s'arroger les insignes de la royauté. 
1» Si nous souffrons davantage ces hximiliations, si nous fermons 
D les yeux sur des événements aussi graves, c'en est fait de 
ji notre empire et peut-être même de notre religion. » A ces 
paroles, les assistants poussèrent un cri de douleur , et, brûlant 
d'indignation, ils demandèrent à marcher contre l'ennemi. 

Es-Saîd se hâta de rassembler les contingents arabes^ les 
troupes almohades et les tribus masmoudicnnes ; puis, en l'an 
645 (1247-8), il se mit à leur tête et quitta Maroc. Son but était 
tle reprendre Mequinez aux Beni-Merîn, d'enlever ensuite la ville 
de Tlemcen à Yahmoracen et de terminer sa campagne par la 
<;onquéte de l'ifrtkïa. Il était déjà parvenu h la rivière Beht, et il 
passait ses troupes en revue, quand Abou-Yahya pénétra dans 






36 HISTOIRE DBS BERBÈRES. 

lo camp sous un déguisement. A l'aspect d'une force aussi impo- 
sante, Témir mérinidc reconnut l'impossibilité d'y résister ; et, 
^'étant rendu à Tazouta, dans le Rtf, il envoya aux diverses 
fractions des Beni-Merin Tordre de venir le rejoindre. 

Quand Es-Saîd parut sous les mors de Mequinez, les habitants 
se hâtèrent de lui offrir leur soumission et d'implorer une am- 
nistie. Pour exciter sa commisération, ils envoyèrent au-devant 
de lui leurs enfants, portant chacun un Coran sur la tête ; à côté 
d'eux, marchèrent les femmes souillées de poussière, la figure 
découverte, les yeux baissés, et témoignant par leur air humble 
et soumis, de toute la profondeur de leur affliction. Le sultan ac- 
cueillit cette députation avec bonté et fit grâce à tous les habir 
tants. Il se dirigea ensuite vers Tèza, où il espérait atteindre les 
Mérinides; mais Âbou**Yahya s'était empressé de les emmener 
vers le pays des Beni-lznacen . Ce prompt mouvement du chef 
mérinide eut lieu à la suite d'une communication secrète par 
laquelle Mohtb, chef des Beni-Autas, l'avai^. averti que cette tribu 
complolait sa perte par haine et par jalousie. Ai^rivé à Aïn-^es*- 
Sefa, Abou-Yahya réfléchit sur sa position et vit la nécessité de 
faire la paix avec les Almohades* D'après ses ordres, les cheikhs 
mérioides partirent pour Tèza, afin de présenter à Es-^Satd la 
soumission de leur peuple et de s'engager à marcher contre Yagh- 
moracen. Le sultan almohade agréa cet oil're et consentit à oublier 
les méfaits ^ dont ils s'étaient rendus coupables ; mais comme 
ils lui proposèrent ensuite de se charger oQx-mdmes du soin de 
mettre les Beni-Abd-el -Ouad à la raison, pourvu qu'il leur four- 
nît un corps de lanciers et d'archers, il y soupçonna un piège 
enfanté par cet esprit de corps qui porte les tribus de la màme 
race h se soutenir entr'elles ; aussi, leur ordonna-t-il de venir 
et de marcher sous ses ordres. Abou-Yahya choisit alors dans 
les tribus mérinides cinq cents guerriers cl chargea son cousin, 
Ahou-Aïad^lbn-Yahya, petil-fils d'Abou-Bekr-lbn-Haminaraa, 
de les conduire au camp ahnohude. Es-Satd les rangea sous ses 



1. I 



En arabe, el-àjéra'ir. Le texte imprimé porte el djAzmr. 



DYNASTIE UÈRINIBB. AB0U-YÀHYA*1BN-ABD-BL-HACK. 37 

drapeaux et partit de Tèza avec Tintention de passer jusqu'à 
Tlemcen et môme plus loin ; mais il fut tué dans la montagne de 
Temtezdekt par les Beni-Abd-eUOuad, ainsi que nous Tavons 
raconté dans Thistoire de ce peuple*. L'armée almobade dé- 
campa alors précipitamment et prit la route de Maroc après avoir 
reconnu pour chef Pémir Abd-»Allah, fils d'Es-^Satd, qui avait 
pris part à celte expédition en qualité d^héritier du tr6ne. 

Abou-Tahya apprit cette nouvelle chez les Beni-Iznacen où 
son cousin, Abou-Alad, était venu le rejoindre avec la troupe 
mérinide qu'il avait emmenée pendant la confusion causée par la 
catastrophe de Temzezdekt. Bans perdre un instant, il alla $e 
poster à Guercif pour y attendre l'armée almohade ', et, au mo- 
ment où elle passait, il l'attaqua vigoureusement et la mit en^ 
pleine déroute. L'équipage du sultan, les bagoges et les armes 
des troupes tombèrent au pouvoir du vainqueur ; la milice 
chrétienne, ainsi que le corps d'archers ghozzes, entrèrent au 
service des Mérinides. L'émir Abd-Allah perdit la vie dans Cette 
mêlée sanglante. Dès lors, il ne resta plus aux Almohades le 
moindre espoir de rétablir leur domination. 

Abou'Yabya envahit aussitôt le tfaghreb pour ne pas donner 
k Yaghmoracen le temps d'y pénétrer^ car il savait cominMt les 
Almohades avaient enseigné aux Abd^-el-OuaditeS le chemm du 
pays. En effet, cette dynastie les avait employés à combattre les 
Beni-Merin, et elle avait permis que toute la région située entre 
Tèza, Fez et El-Gasr, fût violée et foulée aux pieds par les 
troupes de>Yaghmoraoen. Ce chef et sa tribu espéraient bien 
s'emparer du Maghreb entier, mais leurs tentatives échouèrent 
toujours contre la valeur* des Beni-Mertn. 

Abou«Yahya commença alors ses opérations par la conquête 
du territoire des Outat et par la prise des bourgades que cette 
tribu possédait sur le Molouïa. Après avoir soumis la montagne 
occupée par le même peuple, il marcha sur Fez afin de Tenlever 



« Tome m, p. 348. 

^ Lisez bas au lion de fas dans le texte arabe. 



3& HISTOIHC DBS BKRBÈRBS. 

aux descendaats d'Abd-el-Moumen et d'y faire proclamer la^sa- 
prématie du khalife bafside, ainsi que dans tous les pays voisins^ 
Etant arrivé avec sa cavalerie devant la ville, qui avait alors 
pour gouverneur Le ctd Abou •« '1 - Abbas ,. il y pratiqua des in- 
telligences et fit promettre aux habitants une administration, 
paternelle dont ils n'auraient qu'à se louer et une protection^ 
efficace contre toute espèce de violence. N'ayant plus aucun es<- 
poir d'être secourus par les Almohades, ils acceptèrent avec 
empressement les offres de l'émir et renoncèrent à la dynastio 
d'Abd-el-Moumen pour celle des Hafsides. Abou-Mohammed el- 
Fichiali [personnage vénérable par la sainteté de sa vie] se 
rendit auprès d'Abou-Yahya et lui fit prendre Dieu à témoia 
qu'il remplirait ses engagements par le soin qu'il aurait des ha^ 
bitants de Fez,, par la protection qu'il leur accorderait et par sa. 
conduite juste , paternelle et généreuse à leur égard. La dé- 
marehe de ce saint homme amena la solution de cette affaire 
difficile ; elle attira même sur les parties contractantes une bé- 
nédiction dont les bons effets s'étendirent à leur postérité. Ce fui 
h Er-Rabeta, en dehors de la porte de Folouh que Ton prêta le 
serment de fidélité à L'émir Abou-Yahva. Au commencement de 
l'an 646, deux mois seulement après la mort d'Es-Said (août- 
sept. 1248), on installa dans la citadelle de Fea le premier sou^ 
verain mérinide. Le ctd Abou^^l-Abbas eui l'autorisation de se 
retirer, et il se fit prêter une troupe de cinquante cavaliers pour 
l'escorter jusqu'à L'autre côté de l'Omm-Bebià. 

Après avoir effectué cette conquête, l'émir Abou-Yahya mar- 
cha sur Tèza, ville où le cld Abou-Ali exerçait le commandement. 
Quatre mois de siège suffirent pour la réduction de ce ribat; et;., 
comme la garnison s'était rendue h discrétion, on en passa une 
partie au fil de l'épée. Abou-Yahya répara les fortifications de 
Tèza ; et quand il eut rétabli l'ordre dans les environs, il le 
concéda, avec les bourgades du Molouïa, à son frère Yacoub-lbn- 
Abd*el-Hack. Rentré à Fez, il reçut une députalion de cheikhs 
appartenant à la ville de Mequinez, qui vinrent lui offrir leurs 
hommages et renouveller leur serment de fidélité. Peu de temps, 
a^pcès, Salé et Ribat-clrFcth lui envoyèrenl leur soumission. 



DYNASTIE XÊRIMDE. AB00-Y1BYA-I81f-ABD-EL*HACK. ^ 39 

Devenu mattre des quatre principales villes du Maghreb et de 
toutes les campagnes de ce pays jusqu'à rOmm-Rebià, l'émir 
Abou-Yahya y fit proclamer la suprématie du khalife hafside, 
et il en instruisit ce prince par l'envoi d'une ambassade. 

Les Beni-Mertn prirent ainsi possession du Maghreb-el-Acsa, 
pondant que les Beni-Âbd-el-Ouad occupaient le Maghreb cen- 
tral, que les Hafsides tenaient Vlfrtkïa et que Tempire fondé par 
Abd-el-Moumen penchait vers sa ruine. 



DÉFAITE DB TA6BH0BACEN A ISLT. — BJSYOLTE ET SODHISSIOU 

DB FBZ. 

En l'an 616 « (1248-9), après la mort d'Es-Satd, l'émir Abou- 
Yahya, fils d'Abd-el-Hack, se trouva mattre des provinces ma- 
ghrébines et de la ville de Fez. Dans la même année, le ctd 
Abou-Hafs-Omar-el-Morteda, fils du ctd Abou-lbrahtm-lsliac, 
fils d'Abou-Yacoub-Youçof , fils d'Abd-el>Moumen , quitta la 
citadelle de Bibat-el-Feth. près de Salé, où il avait été placé eiï 
qualité de gouverneur par Es-Satd ; et, s'étant rendu à Maroc sur 
l'invitation Ides Almohades, il y fut inauguré comme sultan, 
avec le titre d'El-Morteda. Son père, Abou-lbrahtm, fut celui 
qui commanda l'armée almohade dans l'année du Mecherla. 

Abou-Yahya se mit alors en campagne afin de réduire Fazaz- 
el-Mâden* et de soumettre le pays des Zanaga'. Avant de 
partir, il confia le commandement de Fez à son client, Es-Saoud- 
Ibn-Khirbach, membre de la communauté des Hachem qui vi- 
vait sous la protection des Beni-Mertn et qui lui était tout-à- 
fait dévouée. Il y laissa aussi les troupes almohades pour faire 
le service comme auparavant ; mais il éloigna le prince qui les 



* Dans le texte arabe, insérez un a/i/ avant le ra d'ourbaïn, 

^ A la place de Fazaz oua^'l-màdctif il faut ^ire Fazaz-eî-mâden. 

' Dans le mot zenata du telle arabe, il Taul remplacer let'S par un 
ârdur 3. 



40 * USTOIRS DIS BBBBftUS. 

aTail coes sous ses ordres. Ud déiacbeaiieot de la milice chté- 
tienne, commandé par le nommé Ghana, faisait partie de eette 
garnison et, de mdme qœ les antres eorpa, il sa mit à la disposî** 
tion d'Es-Saottd. Quelqaes habitants de la ville, gens dévoués 
aux Almohades, formèrent alors on complot aveo ces mécréants 
à reffet d'assassiner Es-Saond et de proclamer l'autorité d'El- 
Horteda, prince qui devait bientôt céder devant ses rivaux et 
succomber dans la carrière. Les chefs de cette conspiration étaient 
quatre : Ibn-Haschar-el-Mocherref et son frère, Ibn^Abi-Tatou, 
et son fils. A la suite d'un conseil tenu cbei le cadi, Abou«Abd- 
er-Bahman«el-Maghtli, ces individus allèrent trouver le com- 
mandant des chrétiens et l'engagèrent èi tuer le gouverneur. Afin 
d'accomplir ce forfait, ils entrèrent dans la salle de la citadelle 
où Es - Saoud donnait audience et loi adressèrent quelques 
paroles afin de le mettre en colère ; alors le chrétien se jeta sur 
lui et le tua. La tôte de leur victime fut portée par toutes les rues 
de la ville, sa maison fut pillée et son hmr€fn violé. Ceci se pas$^ 
dans le mois de Gboual 647 (janv.-fév. 4250). On chargea le 
chef chrétien du commandement de la viUe et on envoya an kbft* 
life El-Morteda une adresse de fidélité et de dévouement. 

A la nouvelle de cet événement, l'émir Abou-Yahya leva le 
f iégo de Fazaz et accourut avec son armée sous les murs de Fei. 
Les habitants, se voyant cernés de toutes parts, demandèrent 
des secours à EUMorteda ; mais ce prince, ne pouvant leur être 
utile, garda le silence. Il se borna à prier Yaghmoracen-lbn- 
Ztan de marcher contre Abou-Yahya, espérant délivrer ses su-* 
jets fidèles du danger qui les menaçait, en employant les armes 
d'un chef qui s'était toujours montré l'ennemi des Mérinides* 
Yaghmoracen, enchanté d'avoir l'occasion d'envahir le Maghreb, 
rassembla ses troupes et partit de Tlemcen avec l'intention de 
faire lever le siège de Fez. Abou-'Yahya, averti de son approche^ 
laissa quelques escadrons dans les alentours de cette ville dont 
le blocus durait déjà depuis neuf mois, et se porta rapidement 
vers la frontière du Maghreb afin d'empêcher les Abd-el-Ouad 
oe la franchir. Les deux armées se rencontrèrent à Isly, dans la 
plaine d'Oudjda et s'attaquèrent avec une ardeur peu commune. 



DTNASTIB Irtlllin»!. *— ▲BOU-TARTA-'lBll-ABD-IL-RACK.^ 44 

Abd-*el-flack, fils de Mohammed-lbn-^Abd«-el-Hack, fnt tué par 
Ibrahtm^bn-Hicbam l'abd^el-oaadite, mais les troupes de Yagh- 
iBoracen perdirent nn de leurs priaoipaux cheikhs, Yaghmora* 
cdD-^Ibn-Tachefio, et abandeanàrent ie champ de bataille. Leur 
chef ooumt se réfugier dans Tlemcen» et l'émir Aboa-Tahya re- 
vint à Fez pour en continuer le siège. 

Les habitantSi ayant alors perdu tout espoir d'être secourus, 
ne virent plus d'autre moyen de salut qu'une prompte soumis- 
sion. Une amnistie générale leur fut accordée à la condition de 
rembourser cent mille pièces d'or qu'on avait pris dans la mai- 
son d'Abou-Yahya le jour où la révolte éclata. L'émir mérinide 
Gt son entrée dans Fec au mois du [second] Djomada 648 (sep- 
tembre 1 260) ; el| trouvant que les habitants tardaient de réunir 
la somme dont il exigeait le paiement, il déclara l'amnistie de 
nul effet et usa de son droit. Le cadi Abou-Âbd<^r-Bahman sobit 
la peine de mort, ainsi que ses complices les Ibn-Abi-Tatoa 
père et fils, et les deux Ibn-Haschar. Leurs têtes furent plantées 
sur les remparts de la ville, et les habitants durent payer» bon 
gré malgré, l'argent qu'ils avaient enlevé. Ce châtiment fut une 
des causes qui amenèrent l'asservissement dn peuple de Fer et 
assurèrent leur soumission à la dynastie des Beni-Merln ; encore 
aojourd'hni, ils se le rappellent avec effroi et jamais ils n'ont 
osé ni élever la voix, ni résister aux ordres do gouvernement 
ni tremper dans des conspirations. 

abou-tahta prbkd et pbrd la tillb db sllt. d6faitb 

d'bl-hortbda. 

Après avoir achevé le siège de Fei, l'émir Abou-Yahya alla 
reprendre celui de Fazaz et fiùit par s'emparer de cette villoé II 
soumit aussi le territoire des Zanaga ^ et y préleva l'impAt après 



* Le texte arabe de rédilion imprimée et des manuscrits reproduit ici 
. la même faute qui vient d'être releyée daos la note 3, page 39. Sous 
le mot Sanhwija de la table géographique, nous avons fiit mention 
des Zanaga» 



42 HISTOIRE DES BBRBfiRBS. 

en avoir fait disparaître le mal cause par les fauteurs du dé« 
sordre. En Tan 649 (42S1-2), i) marcha contre Salé et s'en ren- 
dit maître, ainsi que de Ribat-el-Feth, forteresse qui couvrait 
la frontière almohade. Alors il donna à son neveu, Yacoub-Ibn- 
Abd-Allah-lbn-Abd-el-Hack, le gouvernement de Rihat et des 
contrées voisines. 

E)-Morteda ressentit une vive inquiétude h \a réception de 
cette nouvelle ; et, après avoir consulté les chefs de la nation 
almohade, il prit le parti de la guerre. En l'an 650 (4S5SI-3), 
les troupes qu'il fit marcher contre les Mérinides leur enlevèrent' 
la ville de Salé, et un des grands cheikhs almohades^ Abou-Abd* 
AUah-Ibn-Abi-Yalou, en reçut le commandement. 

Déjà, Vannée précédente, El«Morteda lui-même s'était mis a 
la tète des Almohades et des autres troupes de l'empire, aGir 
d'aller combattre les Beni-Mertn , et, arrivé à Imelloultn, il avait 
vu son armée mise en déroule par ce peuple qui était venu à sa 
rencontre. Ce fut h la suite de cette campagne que Salé fut pris 
[par Abou^Yahya, frère d'Abou-Youçof-Yacoub,] et repris par 
les Almohades. 

Voyant que les Beni-Merfn agrandissaient tous les jours leurs 
possessions par l'envahissement du territoire de l'empire, El- 
Morteda fil dresser ses tentes en dehors de Maroc et envoya des 
agents dans toutes les provinces pour y lever des troupes. Ayant 
enfin rassemblé une multitude innombrable d'Almohades, d'A- 
rabes et de Masmoudiens, il quitta sa capitale, l'an 653 (1S55), 
et se porta en avant jusqu'aux montagnes de Behloula, près de 
Pez. L'émir Abou-Yahya partit avec les Béni* Merin et les troupes 
de ses alliés pour repousser cette armée, et il l'attaqua, dans 
cette localité, avec tant do vigueur qu'il ta mit en pleine dé- 
route. Les Almohades prirent la fuite, sans penser h couvrir la 
retraite de leur souverain ; de sorte que ce princo rentra h Ma- 
roà après avoir perdu ses tentes, son trésor et ses bâtes de 
somme. Enrichis des dépouilles du camp almohade, les Mérinides 
devinrent plus puissants que jamais. 

A la suite de celte journée, dont les conséquences furent im- 
menses; une colonne mérinidc envahil Tcdla et dévasta Abou- 



DTMA6T1B HfitlNIBB. — AB0U-TÀBYA-1BM-ABD*EL*HACK. 43 

Nefts, YÎlle appartenant aux Beni-Djaber. Comme cette tribu 
djocbemide avait été chaînée de garder ia province de TedU, 
elle sacrifia les plus braves de aes guerriers en essayant de re- 
pousser TeDDemi ; et, depuis Iors> eile n'a jamais pu se relever. 
Ce fut pendant cette guerre qu'Ali, fils d'Otbfi&an et petit-fils 
d'Abd-el-Hack, fut mis à mort. Il avait tramé un complot con- 
tre son oncle, Aboo-Yahya, el celui-ci, en ayai>t eu connais* 
sance, recommanda secrètement à sou fils, Aboo*Hadid-Miftah, 
de le débarrasser d'un parent aussi dangereux. Ali fui assassiné 
aux environs de Miknaça (Mequinez), l'an 654 (4953). 



PftISB M SlDilLHBSSA BT COKQDÉTB DBS BtGlOAS 

»U SDIK 

Les descendants d'Abd-el-Moumen ayant enfin perd» l'espoir 
de reprendre les provinces du Maghreb que les Mérinides 
avaient enlevées, consacrèrent alors leurs efforts b la conserva* 
lion du territoire qui leur restait encore et qui ne manquait pa» 
d'exciter la convoitise de l'ennemi. 

Tout le Tell maghrébin avait subi le joug des Mérinides 
quand l'émir Abou-Yahya entreprit une expédition dans les 
pays du Midi. En l'an 653 (1255), il se dirigea de ce côté avec 
l'intention de conquérir Sldjilmessa, le Der el les contrées voi- 
sines. Etant alors parvenu h corrompre Ibn-el-Kitrani *, il se fit 
livrer l'olScier almobade qui commandait dans Sidjilmessa et 
obtini ainsi possession de la ville. U soumit aussi le Der& avec le 
reste de cette région méridionale et en confia le gouvernement à 
son fils Aboo-Hadtd. 

L'année suivante, El-Morteda plaça le cheikh almohade, Ibn- 
Attoucb, à la tôle de l'armée et lui ordonna de partir pour Sid- 
jilmessa et d'enlever aux Mérinides les contrées dont ils venaient 
de s'emparer. Cet ofiBcier se mit en marche, mais, ayant appris 



»• Voy. l. u, i>. 2iîK 



44 nSTOI» BB8 BBKBfeEKS. 

qu'Ab<m*Yahya et son fils Aboa->Hadtd«*liîftah venaient à sa 
rencontre» il s'empressa de rentrer à Maroc. 

En 655 (4 857), Abou-Yahya se dirigea contre Yahmoracen et 
Ini infligea nn séyère châtiment à Aboo-^Seltt. Il eut même la 
pensée de le poursuivrOi mais il en fut détoarné par son fràre 
Yaconb-lbn-Abd-el-Hack, qui s'était lié d'amitié avec le chef 
abd-el-ouadite. Ayant donc rebroussé chemin « U arriva au vil- 
lage de Macarmeda, localité oh je me trouve maintenant; et M, 
il apprit que Yaghmoracen avait écouté les sollicitations de 
quelques habitants de Sidjilmessa et marchait sur cette ville 
avec l'espoir de s'en emparer. U partit aussitôt à la tète de ses 
troupes et entra dans Sidjilmessa la matinée du même jour oii 
Yaghmoracen s'y présenta. Ce fut avec un extrême chagrin que 
l'émir de Tlemcen renonça à l'espoir d'enlever cette place, où il 
trouva son adversaire déjà installé. Il livra toutefois aux Méri- 
nides plusieurs combats dans lesquels les succès furent balancés 
par les revers. Soleiman-Ibn*-Othman-Ibn«Abd-el-'Hack, neveu 
de l'émir Abou*Yahya, mourut dans cette campagne. Yaghmo- 
racen reprit alors la route de sa capitale et Abou-Yahya se mit 
en marche pour Fez, après avoir placé Sidjilmessa, le Derft et le 
reste de ce pays méridional sous le commandement de Youçof- 
Ibn-Irgacen^. Pour la perception de l'impôt dans les mêmes lo- 
calités, il fit choix d' Abd-es-Selam-Ibn-Auraï * et de Dawoud- 
Ibn-Yooçof. 



HOBT DE l'ÉSÎR AVOU-TIHTA BT ATÈNBnHt DB SON 9UÈKB, 

TACOUB-IBH-ABD-BL-HACK. 

Après avoir combattu Yaghmoracen à Sidjilmessa, l'émir 
Abou^Yahya revint à Fez où il passa quelques jours. Ensuite, il 
se rendit de nouveau à Sidjilmessa aGn d'inspecter les loca- 



^ Yariaole : Izgacm. 

' Ce mot est probablement alicré. 



DYKASTIB MfiRINIDB .«-^ àBOU*T00ÇOf-YACODB-IBN-AllD-BL-HACK . 46 

hié9 qui ooUTraient cette frontière et il s'en reloorna très- 
malade. Il mourut à Fez, dans le mois «de ftedjeb 656 (juillet 
A 258), au moment où il allait aooomplir de vastes projets et s'é- 
lever au pouvoir suprâme. Conformément à ses dernières to* 
lontés, on Tenterra dans le cimetière de la Porte de Fotouh, à 
côté du tombeau d'Abou'Hohammed-el-Ficbtali *• 

Son fils Omar, se voyant soutenu par tous les Mérinides de la 
classe inférieure, voulut s'emparer du commandement, mats il 
ne put obtenir l'appui ni des cheikhs, ni des hauts fonctionnaires 
dont les vœux favorisaient son oncle, Yaooub«lbn-Abd-el«Hack. 
Quand celui-'ci apprit la mort de son frère, il quitta Tèia en toute 
bAte et se rendit à Pec, où tous les grands de la tribu le reçurent 
avec les plus hauts égards. Cet accueil excita la jalousie de son 
neveu Omar qui, ayant prêté Poreille aux conseils de ses parti- 
sans, résolut de l^sassiner. Yacoub se vil donc obligé de se ré* 
fugier dans la citadelle ; et, ii la suite d'un arrangement auquel 
«es amis et ceux d'Omar travaillèrent également, il renonça à hi 
prétention de commander en chef et accepta le gouvernement de 
Tèza, du territoire des Botoula et de celui du Molouïa. Quand il 
fui arrivé à Tèza, il se vit entouré de tous les chefs mérinides 
et, vaincu parleurs r^roches, il prit la résolution demdttreà 
l'épreuve leurs promesses d'appui et leurs assurances de dé* 
vooemenl. Ayant annoncé sa résv>lution de saisir le pouvoir, il 
reçut leur serment de fidélité et se mit en marche pour Fei. 
Omar, à la tête de ses partisans, alla au-devant de lui jusqu'à 
Mesdjidein ; mais, quand les deux armées se trouvèrent en pré- 
sence, il vit la sienne prendre la fuite. Alors il se hala de rentrer 
h Fez et fit avertir son onele qu'il était prêt à abdiquer, pourvu 
qu'on lui accordât le gouvernement de Miknaça [Mequinez?]. 
Cette proposition fut agréé et Abou-Youçof^Yacoub, fib d'Abd-el- 
Hack, entra dans Pez avec les honneurs de la souveraineté. Ceci 
se passa en Tan 657 (4259). Tout le Maghreb, depuis le Mdotiïa 
jusqu'à rOmm*Rebïa, et depuis Sidjilmessa jusqu'au Casr- 
Kclama, reconout rauiorilé du nouveau sultan. 



•»- 



* Voy. ci- devaul, p. 3S. 



/ 



/ 



16 BiSTOItB ftfiS BBRBfitn: 

Omar ne reista pas longtemps en possession de Miknaça, ayant 
été assassiné, Tannée suivante, par trois de ses cousins parce 
qu'il avait versé le sang d'un de leurs parents. Les auteurs de 
cette vengeance étaient Omar-Ibn-Othman-lbn-Abd-el-Hack , 
son frère 1brahtmetEl-Âbbas-Ibn*Mohammed-Ibn'-Abd-el-Hack. 
Débarrassé alors d'un rival redoutable, l'émir Yacoub consolida 
promptement son autorité et n*eut plus à craindre aucun compé- 
titeur. 

Aussitôt que Yaghmoracen eut appris la mort de son adver- 
saire, Abou-Yahya, il rassembla les Beni-Abd-el-Ouad et fit 
lever des troupes chez les Toudjtn et les Maghraoua. Son inten* 
tion était' d'envahir le Maghreb ; mais, pendant qn^il encoura^ 
geait ses soldats par la perspective d'un riche butin, il ne se 
doutait pas qu'il allait les entraîner dans une tanière de lion. 
S'étant avancé jusqu'à Keldaman, il eut une rencontre avec l'ar- 
mée du sultan Abou-Youçof- Yacoub et, ne pouvant lui résister, 
il abandonna le champ de bataille et opéra sa retraite en bon 
ordre. Traversant le pays des Botouïa, il brûla et dévasta tout 
ce qui se trouvait sur son passage. 

Le sultan Yacoub rentra à Fec , et, pour se conformer aux 
desseins de son frère, il se mil à conquérir les villes et les cam- 
pagnes du Maghreb. Dans le commencement de cette entreprise, 
il obtint du ciel la faveur d'expulser les chrétiens de Salé et de 
s'acquérir ainsi une gloire immortelle. 



LA VILLE DE SàLÉ, SUKPRrSE PAft LES CHBfiTIBllS, EST BtLrfRfiB PAR 

LE SULTAN ABOU-TOUÇOP. 

Quand l'émir Abou-Yahya s'empara de Salé, il en donna le 
commandement à son neveu, Yacoub-Ibn-Abd-Allah. Les AJ- 
mohades reprirent la ville peu de temps après, et Yacoub se mit 
& en parcourir les environs, dans l'espoir de pouvoir surprendre 
la garnison et les habitants de la place. Après l'inauguration do 
son onde, Abou-Youçof , il s'offensa de quelque injustice que ce 
prince lui avait faite et alla se fixer à Gheboula. Pour accomplir 



DTNASTIR UfiRINIDB. ABOU-TOUÇOF-YACOUB-IBN-ABD-EL-HACK. 47 

, ses projets de yengeance, il employa d'abord toute son adresse 
afin de rentrer en possession de Salé el de Ribat-el-Fetb» Ses 
stratagèmes lui réussirent, et le gouverneur, Ibn-Yâkra, s'em- 
barqua pour Âzemmor avec tant de précipitation cp'il abandonna 
ses trésors et son harem. 

Devenu encore maître de Salé, Yacoub»Ibn-Âbd-AiIah voulut 
se mettre en mesure de soutenir un# lotte contre le sultan et fit 
un contrat avec des négociants Mropéeus pour la fourniture 
d'une quantité d'armes. En l'an 658 (4260), le port se remplit 
tellement de leurs navire» que le nombre des matelots dépassa 
celui des habitants de la ville. L'occasion fut trop favorable aux 
infidèles pour être négligée ; et, h la fin de Ramadan (commen- 
cement de septenbre), pendant que tout le monde était à célé- 
brer la fête de la rupture du jeûne, ils s'emparèrent de la ville, 
enlevèrent les femmes et mirent tout au pillage. Yacoub-Ibn- 
Abd-Âllah s'enferma dans Ribat et expédia un courrier au sultan 
Abou-'Youçof pour l'informer de ce malheureux événement et 
pour lui demander secours. 

Abou-Youçof était à Tèza, d'où il surveillait les démarches 
de Yaghrooracen, quand cette nouvelle lui fut apportée. Il ras- 
sembla aussitôt ses hommes de guerre et partit au grand galop ; 
de sorte qu'au bout do vingt-quatre heures, il arriva sous les 
murs de Salé*. De nombreux renforts, tant de troupes soldées que 
de volontaires, accoururent auprès de lui ; et, après avoir as- 
siégé la ville pendant quatorze jours, ils l'emportèrent d'assaut 
et massacrèrent tous les infidèles qu'ils purent atteindre. Le sul- 
tan donna ensuite l'ordre de fermer par un ouvrage en maçon- 
nerie la brèche de la muraille occidentale qui avait permis à 
l'ennemi de pénétrer dans la place ; et, pour mériter encore plus 
la faveur divine, il y travailla de ses propres mains. Ayant alors 
placé une garnison dans Ribat-^l-Feth, forteresse que Yacoub- 
Ibn-Abd-Allah avait abandonnée par crainte de sa colère, il se 



* Entre ces detix villes, il y a cinquante-cinq lieues de distance en 
ligue directe. 



48 BiSTOIRB'DEfl BBlVtlKS. 

remit en campagne pour soumettre la province de Temstia et la. 
ville d'Anfa. 

Taooub se réfugia dans Aloudan, ch&teau situé sur une des 
montagnes des Ghomara, et y fit les préparatifs d'une vigou* 
reuse résistance. Le sultan ordonna à son fils, Abou-Malek-Abd- 
el-Ouahed, de partir avec Ali-Ibn-Ztan et de mettre le siège 
devant cette forteresse, pendant qu'il se rendrait lui-même au- 
devant de Yaghmoraeen afin de négocier une suspension d'ar- 
mes avec les Abd-el-Ouad. Il rencontra ce chef à Ouamharman 
et conclut avec lui un traité de paix avant de rentrer en Ma* 
ghreb. 

Ensuite eut lieu la révolte des Aulad-Idris, neveux du sultan, 
lesquels, s'étant retirés dans le Casr-Ketama avec leurs gens et 
partisans afin de soutenir la cause de leur cousin, Yacoub-Ibn- 
Abd-Alfah, avaient pris pour chef leur frère atné, Mobammed- 
Ibn-Idrts. Le sultan AboU'-Youçof marcha contre eux et les con- 
traignit à se jeter dans les montagnes des Ghoroara. Etant en- 
suite parvenu ii dissiper leurs appréhensions, il les attira auprès 
de lui; et, en Tan 660 (4264-2), il plaça Amer^Ibn-Idrts, Tun 
de ces frères, à la tête de plus de trots mille volontaires mé- 
rinides auxquels il avait fourni des chevaux et des fonds pour 
les mettre en état de faire la guerre sainte. Ce fut \h une bonne 
œuvre, digne d'aller de pair avec celle de la reprise de Salé. 
Cette troupe fut le premier détachement des Beni^Mertn qui 
passa en Espagne ; elle s'y distingua par son zèle et ses bons 
services, donnant ainsi un exemple que leurs successeurs dans 
la même voie s'empressèrent d'imiter. 

Yacoub-Ibn-Abd- Allah refusa de faire sa soumission et il ne 
cessa de courir le pays jusqu'à l'an 668 (4269-70), quand il fut 
tué à Saguïa-Ghaboula, près de Salé. Il mourut de la main de 
Talha-lbn-Hohalli, qui délivra ainsi le sultan d^n grand em- 
barras. 

Quant au khalife El-Morleda, il avait essuyé tant de revers 
dans ses rencontres avec les Morinides qu'il s'était résigné à 
rester derrière les murailles de Maroc, sans chercher à com- 
battre et sans désirer l'honneur d'assister à une bataille. Il per- 






^TNASTiB ■fiRlHIDB.-'— ABOU-TOCÇOF-TiCOUB-lBN-ABD-IL-HACK. Id 

mit amsî aux BeAÎ-Merin de s'acharner sur les débris de soti 
empire ei de venir Tattaquer dans sa capitale. 



sitQB DB KABOC PAB LB SULTAN iBOU-'TOUÇOlP-TACOUB-IBN'ABD-^BL- 
HACK. — RtTOLfB D*ABOU*DBVBOUS BT MORT D'BL-VOBTBDA. 

Le sultan, ayanl étouffé les révoltes suscitées par quelques 
Biembres de sa propre famille, convoqua toutes les forces de sa 
nation, afin d'assiéger E4-Morteda et les Almohades dans ki 
capitale de leur empire. Il sentait bien que c'était là le merlleui* 
moyen de r^iverser leur pouvoir et de fortifier le sîen. Aussi, 
en l'an 660 (1261-2), il rassembla les Mérinides, réunit les con- 
tingents fournis par les autres peuplades de ses états , et, s*étant 
mis en marche dans le meilleur ordre possible, ii s'avança jusqu'à 
Iglfz, endroit d'où l'on pouvait voir la résidence des khalifes 
almohades. Etant ensuite descendu dans la plaine, il forma ie 
blocus de la ville. 

Pour repousser cette attaque, £l-Morteda fit choix de son 
cousin, le ctd Abou-4-Ola-Idi4s, surnommé Abou-Debbous, fils 
du ctd Abou-Abd-Aliah, fils d'Abou-Hafs, fils d'Abd^l-Moumen. 
Ge prince disposa sa cavalerie en bon ordre, fonna ses troupes 
en colonne et sortit de la viHe pour livrer bataille aux Mérinides. 
Des deux cAtés, l'on so battit avec un acharnement extrême , 
mais les Mérinides, ayant enfin perdu l'émir Abd-Allah, fils de 
leur souverain et surnommé Àttuijoub * dans leur idiome bar- 
bare, en furent tellement consternés qu'ils abandonnèrent leurs 
positions et prirent la route de leur payn. Arrivés à l'Omm- 
Bebiè, ils trouvèrent une armée almobade, sous les ordres de 
Yahya*lbn-Abd-Allab-Ibn-Ouano«dtB, qui se tenait prête à leur 
en disputer le passage. Le conflit s'engagea dans le lit même de 
la rivière el finit par la déroute des Almohades. Comme les sol- 



* Atâd^oub, Tadjoub et Dadjoub sont aiitabt de formes berbérisées de 
l'adjectif arabe aàfib (merveilhux), 

T. IV. 4 



n 



50 HISTOIRE DES BBRBltRES. 

dats y avaient remarqué des petits îlots que Teau avait laissés 
à découvert et qui avaient tous la forme d*un pied [ridjel) sor- 
tant de Veau, ils donnèrent à ce combat le nom de la bataille de 
la mère aux deux pieds [Omm-er-Ridjelein) [au lieu de rap- 
peler la bataille de VOmm'-Rebiû]. 

Quelques intrigants essayèrent alors d^indtsposer El-Morteda 
contre son cousin et général, Âbou-Debbous, qu'ils dépeignirent 
comme un ambitieux^ prêta s'emparer du trône. Instruit de ces 
menées et craignant la colère irréfléchie du khalife, le caïd 
Abou-Debbous se retira, Van 661 (1262-3), auprès du sultan 
Abou-Youçof-Yacoub, qui venait de rentrer à Vet après sa ten- 
tative contre Maroc. Quand il eut passé quelque temps chez son 
protecteur, il lui demanda de Targent, un équipage royal et un 
corps de troupes ; lui promettant, en retour de cette faveur, la 
moitié du butin et du territoire dont il pourrait effectuer la con- 
quête. Abou-Youçof mit à sa disposition cinq mille guerriers 
Mérinidos, une grosse somme d'argent et un équipage magni- 
fique ; il invita même les Arabes et les autres tribus de son em- 
pire à prêter leur concours au prince almohade. Ce fut à la tête 
de cette armée qu'Abou-Debbous se présenta devant la capitale. 
Les partisans qu'il y avait conservés et une faction almohade 
dont il avait gagné l'appui, prirent les armes sur une invitation 
secrète qu'il leur adressa et chassèrent El-Morteda hors de la 
ville. , 

Le khalife déchu courut à Azemmor dans l'espoir de se faire 
soutenir par son gendre, Ibn-Attouch, qui gouvernait cette place; 
mais ce traître le fit aussitôt arrêter afin de l'envoyer auprès 
d'Abou-Debbous, qui venait de s'installer dans la capitale. Ceci 
se passa dans le commencement de l'an 665 (oct. 4266). Moza- 
hem, affranchi de l'usurpateur, alla à la rencontre d'Ël-ltforteda ; 
et, l'ayant trouvé en chemin, il lui coupa la tête. 

Voilà comment Abou-Debbous arriva au khalifat et s'empara 
des débris de l'empire qu'Abd-el-Moumen avait fondé. Ayant 
reçu du sultan mérinide l'invitation de remplir ses engagements, 
il s'y refusa avec beaucoup de hauteur et de la manière la plus 
offensante. Abou-Youçof partit avec ses troupes mérinides et 



k 



DYNASTIE HfiBITflDB. ABO0--YOUÇ0T-YACOnB-^IBK-ABD*fiL-nAGK. 51 

Tnaghrebines afin de se venger ; el, pendant plusieurs jours, il 
tint son adversaire assiégé dans Maroc. Ensuite, il se mit à par- 
courir les contrées voisines pour en détruire les moissons et 
enlever les vivres. Abou-Debbous, ne pouvant plus se mesurer 
avec lui , invita Yjghmoracen-Ibn-Zîan à dégager la ville en 
dirigeant une attaque contre le territoire mérinide. Il espérait 
qu'une démonstration de cette nature paralyserait les efforts du 
sultan et Tobligerait à lever le siège afin de courir à la défense 
de ses frontières. 



LE SVLTAir ABOU-TODÇOV RENCONTBB TAGHHOBACBlf A TELAGB BT 

LUI LIVBS BATAILLE. 

Pendant que le sultan Abou-Touçof-Tacoub-Ibn-Abd-el-Hack 
tenait Maroc assiégé et se disposait à saisir celte riche proie, 
Abou-Debbous ne vit d'autre moyen de salut que d'inviter 
Yaghmoracen et les Beni-^Abd-el-Ouad à opérer une diversion 
en sa faveur, par une démonstration hostile conlre le territoire 
mérinide. Cette prière fut accompagnée d'un cadeau. Le seigneur 
de Tlemcen y répondit avec empressement • et, pour dégager le 
souverain almohade, il fit plusieurs courses dans les provinces 
maghrébines où il mit tont h feu et à sang. En attaquant ainsi le 
sultan mérinide, il irrita un lion terrible et éveilla un esprit dont 
les résolutions étaient inébranlables. Abou-Touçof leva anssitAt 
le siège de Maroc, revint k Fez et, après y avoir passé quelques 
jours à faire les préparatifs d'une expédition et k réorganiser 
son armée, il partit au commencement de l'an 666 (sept. -octo- 
bre 4267) et marcha sur Tlemcen. Après avoir traversé succes*- 
sivement la ville de Guercff et la plaine de Tafrata, il rencontra 
les troupes de son adversaire auprès de la rivière Telagh. Pen- 
dant que les guerriers des deux armées se mettaient en ordre 
de bataille, leurs femmes couraient de rang en rang, la figure 
découverte et, par leurs cris, leurs gestes et leur aspect, elles les 
animaient au coftibat. Vers le soir, les Abd-el-Ouadites, accablés 



1 



52 HISTOIRE DES BBRBÈMBS. 

par la multitude des troupes maghrébines, cédèrent le terrain et 
finirent par tourner le dos. Abou-Haf8*Omar, fils atnë de Yagb- 
moracen et son successeur désigné , perdit la vie dans cette 
journée, ainsi que plusieurs autres membres de la même famille. 
Yaghmoracen couvrit lui-même la retraite de son armée et la 
ramena à Tlemcen sans l'avoir laissé entamer. Les Abd-el-Ouad 
rentrèrent dans leur capitale au mois de Djomada [second] de 
cette année (mars 1268), et le sultan Abou-Youçof-Yacoub alla 
reprendre le siège de Maroc. 



LR SULTAN TACOUB ST EL - HOSTANCER , RRALIFE DE TUIflS , S Rlf- 
TOIBNT DES AMBASSADES ET CONTRACTBIfT ENSEMBLE LN TRAITÉ 
DR PAIX. 

L'émir Abou-Zékérïa-Yahya, fils d'Abd-el-Ouahed, fils d'A- 
bon-Hafs, s'était déclaré .indépendant , è Tunis , en Van 625 
(1228); et, depuis cette époque, il ambitionnait la possession 
de Maroc, capitale du royaume des Almohades, siège de leur 
kbalifat et berceau de leur puissance. Avec Tassistance des Ze- 
nata, il espérait effectuer cette conquête ou, tout au moins, 
affaiblir la puissance de la dynastie d'Abd-el-Moumen et re- 
pousser les attaques que les souverains de celte famille pour- 
raient diriger contre lui. En Tan 640 (1242-3), il s'empara de 
Tlemcen, admit Yaghmoracen-lbn-Ztan au nombre de ses parti- 
sans et forma avec lui une alliance défensive. 

A Tezemple de Yaghmoracen, les chefs des Beni-Merîn se 
mirent en relation avec le souverain de Tunis pour traiter la 
question qui l'intéressait le plus, et ils lui promirent, comme 
une chose très-facile, de le garantir contre les efforts du gou- 
vernement almohade et de faire reconnaitre son autorité dans 
Fez, Mequinez, EUCasr et les autres villes du Maghreb qui 
pourraient tomber en leur pouvoir. Le monaïque hafside, de 
son celé, leur fit parvenir de riches présents avec des lettres 
très-flatteuses et accueillit leurs envoyés de la manière la plus 



DTNASTIB MÉRIIflDB. — ABOU-TOUÇOP-TAGOUB-IBN-ABD-BL-BICK. 53 

honorable. Tenant ainsi h leur égard une conduite entièrement 
opposée à celle que suivaient les descendants d'Âbd-el-Moumen, 
il les encouragea à lui écrire souvent et à lui envoyer leurs pro« 
elles parents comme ambassadeurs. Son fils, El - Hosiancer, 
adopta le même système ; bien plus, il poussa les Mérinides k 
entreprendre le siège de Maroc et promit de faire les frais de 
l'expédition. Effectivement, il leur expédia, selon son habitude 
invariable, plusieurs charges d'argent et d'armes, ain»! qu'un 
grand nombre de chevaux de somme parfaitement équipés. 

Quand Abou-Debbous rompit ses engagements avec les Hé<* 
rinides, le sultan Abou-Youçof-Yacoub résolut d'aller l'assiéger 
dans Maroc ; mais, avant de se mettre en campagne, il envoya 
une ambassade au khalife El-Mostancer pour l'instruire de ce 
qui venait de se passer et pour obtenir adroitement un envoi de 
fonds. Amer-Ibn-Idrts-lbn-Abd-el-Hack, neveu du sultan, &i 
partie de cette députation , ainsi qu'Abd-Allah-Ibn-Kendouz 
]'abd-el*ouadite, chef des Beni-Gommi et ennemi juré de la fa- 
mille de Yaghmoracen. Nous avons déjk mentionné que Yagh- 
moracen avait fait tuer Kendouz, père d'Abd-Allah, pour venger 
la mort du sien *. Nous devons ajouter qu'Abd*AUah arrivait 
justement de la cour d'El-Moslancer ei avait trouvé une hono- 
rable réception chez le sultan mériniJe. Le troisième membre 
de la députation fut le secrétaire Abou-Abd-Allah-Mohammed- 
Ibn-Mohammed-el-Kinani, ancien protégé et serviteur de la fa- 
mille royale des Almohades, lequel, ayant vu la puissance de ses 
maîtres prête à s'écrouler, avait passé du côté de l'émir Abou«- 
Yahya, frère et prédécesseur du sultan Abou-Youçof. Son nou- 
veau patron l'installa dans la ville de Mequinez et s'en fit un 
compagnon et un ami. En un mot, le sultan Âbou-Youçof composa 
cette ambassade de diplomates habiles et d'orateurs distingués 
afin de la rendre digne de lui. En l'an 665 (1 266-7), les envoyés 
arrivèrent à la cour d'El-Mostancer et communiquèrent à oà 
prince Tobjet do leur mission ; ils lui annoncèrent, en mémo 



» Voy. t. m, pp, 3i9, «92. 



5i HISTOIRE DES BERBÈEES. 

temps, le prochain triomphe des Hérinides et i'échec que le soi* 
tao de Maroc allait éprouver d&zîs sa carrière. 

EUMostaucer fut teilement ému de cette nouvelle qu'il tres- 
saillit sur son troue et, dans l'excès de sa joie, il accabla les en- 
voyés de prévenances et de marques d'honneur. Aussitôt après 
l'audience, il donna h l'émir Amer-ibn-Idrts et au cheikh Abd- 
AIlah-Ibn-Eendouz leur congé de départ; mais il garda EU 
Kinani auprès de lui, afin de le renvoyer plus tard en Maghreb 
avee une ambassade hafside. 

El-Kinani resta assez longtemps avec le sultan, et ce ne fut 
que vers la fin de l'an 669 (juillet- août 4271) et après la prise 
de Maroc, qu'il partit pour le Maghreb avec les envoyés du gou* 
vernement hafside chargés de se rendre à la cour du sultan 
Abou-Youçof-^Yacoub. Cette ambassade se composa d'Abou- 
Zékérïa-Yahya-lbn-Saleh le hintatien, grand cheikh des Almo- 
hades [hafsides] et de plusieurs autres personnages appartenant 
au même corps. Elle devait présenter au sultan plusieurs che- 
vaux de race et une quantité d'armes et d'étoffes d'un travail 
admirable ; tous les objets enfin pour lesquels on connaissait sa 
prédilection ei dont on savait que la possession lui ferait plaisir. 
Ce cadeau fut très*bien reçu et fit l'admiration du public. El- 
Rinani entama alors un sujet très-délicat : l'insertion du nom 
du khalife El-Moslancer dans le prône solennel qui se faisait 
chaque vendredi dans la grande mosquée de Maroc. Il amena 
cette négociation à bonne fin et ce fut avec le plus vif plaisir 
que les envoyés de la cour de Tunis entendirent célébrer la 
prière publique dans cette capitale au nom de leur souverain. Ils 
reçurent alors leur congé et s'en retournèrent enchantés de l'ac- 
cueil honorable et bienveillant que le sultan leur avait fait. 

Pendant le reste de son règne, El-Mostancer envoya réguliè- 
rement des cadeaux au sultan Abou-Youçof-Yacoub. Son exem- 
ple fut imité par £l-Ouathec, son fils et successeur qui, en l'an 
677 (1278-9), chargea le cadi de Bougie, Abou-'l-Abbas-el- 
Ghomari, d'aller présenter au sultan mérinide une collection 
d'objets extrêmement précieux. Cette offrande fut très* ad mirée 
et rendit le nom du cadi célèbre dans le Maghreb. 



DYNASTIE MfiRlNlDB. ABOU-YODÇOF*TACOUB-IBN-ABD-EL*nACK. 56 

PUSS DB MAROC* — MORT D'aBOU^DBBROGS BT CIUTB DB l'BIIPIEE 

ALliOBADB DU MAGHREB. 

Le sultan Abou-Youçof, élêDi rentré de sa dernière expé* 
ditiod, crut avoir amorti l'ardeur belliqueuse de Yaghoioracen 
et'mid un terme aux manèges dont ce chef s'était servis pour 
soutenir son allié Abou-Debboos, prince aussi rusé que lui ; et, 
ne s'occupant plus que d'un seul projet, la reprise du siège de 
Maroc, il quitta Fez à la tète de son armée, dans le mois de 
Cbâban 666 (avril-mai 4268). Après avoir traversé l'Omm- 
Rebift, il lança ses escadrons [dans les provinces marocaines] 
et autorisa ses cavaliers et ses fantassins à ravager le pays. 
Pendant le reste de Tannée , il parcourut ces contrées aCn 
d'y détruire les moissons et de tout ruiner. Ayant ensuite atta- 
qué et dépouillé les Kbolt, fraction des Arabea^Djochem qui ha*- 
bftait Tedb, il s'avança jusqu'au Ouadi-'l^AMd et, de U, il alla 
dévaster le pays des Sanhadja* 

Sa cavalerie ne cessa d'insulter et de saccager les provinces 
marocaines jusqu'à ce que les descendants d'Abd«^UMoumen et 
les Alûîobades en furent consternés. Sur la prière de leurs 
alliés, les Djochem, ils se décidèrent enGn à faire marcher le 
khalife en personne contre les envahisseurs. Ce prince quitta 
Maroc ii la tôte d'une nombreuse armée et tAcha d'atteindre 
Abou*Touçof qui, voulant éloigner son adversaire des localités 
où il pourrait trouver des ressources, l'attira par une fuite si- 
mulée jusqu'au bord de l'Aghfou. Alors lesMérinides firent volte- 
face et mirent en déroute les troupes marocaines. Abou-Dobboos 
s'enfuit du champ de bataille et prit la route de sa capitale ; mais 
il fut jeté à terre par un coup de lance, et il y resta étendu, la 
figure dans la poussière. Le soldat qui le frappa lui coupa la 
tête. Amran, vizir du khalife, et Ali-Ibn-Abd-Allah-el-Maghtli, 
son secrétaire, se firent tuer sur le corps de leur maître. 

Les Almohades, informés que le sultan Abou-Youçof- Yacoub 
marchait sur Maroc, se réfugièrent sur la montagne de Tinmelel 
et proclamèrent khalife un frère d'El-Morteda, nouimé ishac. 



5& HtSTOIBE 08S BBRBtKBS. 

Ce fantdme de souverain y resta quelques aooées ; maisi en 67#^ 
(.4.275-6), il tomba entre les mains des Mérinides etrfirt eonduif, 
avec son cousin^ AbourSaid-Ibn^Âbi-'r-Rebià-el-Cabaïli^ et ses. 
enfants, devant le snltanqui les fit tous mettre amorti Ainsi 
finît la dynastie fondée par Abd-el-Moumen. 

Après la défaite de l'armée commandée par Abou-Debbous-, 
les grands officiers de Tempire et les membres du conseil gou- 
vernemental allèrent ai^- devant du sultan et implorèrent s» 
miséricorde. Touché de leurs supplications, Abou-Yooçof leur 
accorda une amnistie générale , et, les ayant fait marcher k s» 
suite, il entra dans Maroc au milieu d^une foule immense qui 
était sortie pour le recevoir. Ceci eut lieu^ au commencement de 
l'an M8 (septembre 1269). 

Devenu matlre di> royaume qui avait appartenu aux enfanta- 
d'Abd-el-Moumen, le sultan Abotb-Touçof-Yacoub, fils d'Abd- 
el-Hack, étendit son autorité et sa protection sur tous les peuples 
du Maghreb^ et il resta dans la ville conquise jusqu'au mois de 
Ramadan (avril-mai 4270). Diaprés ses instructions, son fils, 
Abou-Malek, envahit la province de Sous et la parcourut dans 
tous les sens afin d'en achever la soumission. Bn quittant Maroc, 
le suUan prit la route du Derâ et, dans une bataille qu'il livra^ 
aux Arabes de cette province* et dont on garde encore le souve- 
nir, il leur fit éprouver des pertes qu^ils ne purent jamais ré-^ 
parer. Après une absence de deux mois, il revint à Maroc et, 
comme il avait l'intention de se rendre à Fez, si^e de son em- 
pire, il confia le gouvernement de l'ancienne capitale almohade 
ei des provinces environnantes à Mohammed-Ibn-Ali, chef tout 
dévoué aux Mérinides et allié, par mariage, à la famille de leur 
souverain. On verra, dans le chapitre que nous consacrerons à 
cet officier, qu^il était membre du corps des vizirs. Le sultan 



« Dans le texte arabe, lisez I^Axi». 

* loi, le texte est altéré : il fdut lire, avec le Cartas, tjy — nJt Jt 
tj^ ^'^^. Ces nomades avaient commencé à dévaster la province e| 
à slempaccr des bourgs et des cosour. 



BT1TA8TIB MtUlIlDBv — ABOU-YOUÇOF^TACOU»-IBN-ABIHBL*HACK. 57 

l'ÎDStaUa dans la citadelle, plaça sous ses ordres les iroapes qui 
occupaient les pays voisius et \e chargea de réduire les localités 
qui n'avaient pas encore fait leur soumission et d'exterminer ce 
qui restait de la famille d'Abd-el-Moumen. Il prit alors la route 
de Fez ; et, arrivée Salé, il s'y reposa cpelque temps. 



U SULTAir DÉSIQ1VB 80H FILS, IBOU - MALBK , GOVIIB BtBITIBR DO 
TB^« — LBS AULAD-IDftts, MBSBRBS DB LA FAXILLB BOTALB , 
SB mftVOLTBlIT BT PASSBIfT . BR B8PA6KB. 

Revenu de son expédition victorieuses le sultan Abon-Touçof- 
Yacoub s'arrêta à Salé pour donner du repos à son escorte. Il y 
était encore, quand il ressentit un accès de fièvre ; et, lors de sa 
convalescence, il convoqua les principaux membres de sa tribu 
et leur déclara qu'ayant reconnu dans son fils aine, Abou-Malek- 
Abd-el-Ouahed, toutes les qualités requises pour commander à 
une nation, il le nommait son successeur. Alors, sur sa demande, 
les assistants offrirent leurs hommages au jeune prince et ce fut 
de très-bonne volonté qu'ils lui prêtèrent le serment de fidélité* 

Les Aulad-Abd-Allah et les Aulad-Idrts, neveux du sultan et 
petit-fils de Sot-en-Niça, furent les seuls de la famille royale 
auxquels cette nomination ne plut pas. ils virent avec peine le 
commandement se perpétuer dans la branche cadette et échapper 
à eux-mêmes qui formaient les deux branches aînées. S'imagi- 
nant que la priorité de naissance devait donner la priorité de 
rang et qu'ils avaient ainsi plus de droits au pouvoir que les 
autres membres de la famille, ils cédèrent à la jalousie, se reje- 
tèrent dans leurs anciens égarements et refusèrent leur adhésion 
au choix du sultan. Etant allés se retrancher dans l'Aloudan, 
une des montagnes du pays des Ghomara, ils s'établirent dans 
le même nid [de sédilion] où ils avaient déjà couvé la révolte et 



* L'auteur^ ou son copiste, a fort maladroiiement employé ici les 
mots ribat-el ^feth. Celte eipression, outre la significatioD que nous 
venons de lui dooaer, sert de nom à la citadelle yis-à-vis de Salé, 



58 mtrof» dm ntmktkus. 

fait oaltro b rébellion. A eelie époque, e'est-à-dire en 669 
(1270-4), les chefs do ces doux fsmill^i élaieot Mohammed-lbo- 
îdrls et Mouç«*lbQ-R9hbou-Iba--Abd'AUah. En partant pour 
Aloudati, iU eûtratoéreot arec eux do de leara parents, liU 
d'Ahou-Eïad et petit-fils d'Abd-el-Hack. 

Aboo-Yacoub-Yoaçof, fils da sultan, reçut alors de son père 
le commandement d'un corps de cinq mille hommes et alla blo- 
quer les insurgés dans leur forteresse. Bientôt après, il fat rejoint 
par un corps d'armée sous les ordres de son frère, Abou-Malek. 
Masoud-lbn-Kanoun, chef des Sofyan, vint aussi lui donner 
son appui. Le sultan Abou-Youçof arriva ensuite et opéra sa 
jonction avec eux à Taferga. Le siège d*Aloudan dura trois jours 
et ooûla la vie h Heodll, fils d'Onrtadllm • . Les révoltés, se voyant 
cernés de toutes paris, demandèrent grâce, et le sulian s'em- 
pressa do leur pardonner. Il les traita ensuite avec tant d'égards 
qu'il réussit h éteindre jusqu^aux dernières étincelles de mé- 
contentement qui étaient restées dans leurs cœurs ; et, les ayant 
ramonés à la capitale, il leur accorda rnutorisalion d'aller à 
Tlorocon pour y cacher la honte qu'ils éprouvaient au souvenir 
de leur conduite extravagante. Bientèt après, ils reçurent la per- 
mission de passer en Espagne, mais Amer-lbn-Idris, sachant 
que le sultan avait de l'amitié pour lui, resta dans cette ville 
jusqu'à ce qu'il obtint ses lettres de grâce. Après le siège de 
Tiemcon, [en l'an 670 (4S72),] il lui fut permis de rentrer dans 
le soin de la famille mérintde. 

Les Beni-ldrts, les Beni-Amer et leur cousin, Ibn-Eïad, arri- 
vèrent en Espagne dans un moment où les provinces de ce pays 
avaient besoin de défenseurs, vu que l'ennemi [chrétien] s'a- 
charnait sur elles et se croyait sur le point de s'en emparer. La 
présence de ces guerriers changea l'aspect des affaires : braves 
comme dos lions, ils avaient appris dans la rude école de la vie 
nomade â se mesurer en combat singulier avec les adversaires 
les plus redoutables et à manier dos épées dont chaque coup 



* Voy, ci-devaot, p. 30. 



DYNASTIE «fiRlNIDE. ABOU-YOI3ÇÛF-¥A€OlB-inN-AiSD-£L-UACK. 59 

donnait la mort, lis allèrent preadre poeition eu avani des ré- 
gions les pins exposées et ils en repoossèrcni les infidèles aux* 
quels ils laisaieni un mal énorme , aussi les musulmans de ce 
])ays d'oulre-mer, affaiblis et opprimés, conçurent encore Tes- 
poir de résister au roi chrétien. 

Voisins assez incommodes du souverain de l'Andalousie, ces 
Mérinides le forcèrent à leur laisser la possession de tout ce 
qu'ils pourraient conquérir en pays ennemi, et à leur céder le 
commandement de toutes les fractions des tribus berbères qui 
étaient passées en Espagne. Us se firent marne accorder une 
portion de l'impôt pour leur tenir lien de solde, et, jusqu'à ce 
jour, iU ont continué h se distinguer par leur ambition autant 
que par leur bravoure. Le lecteur en apprendra davantage s'il 
veut parcourir nos chapitres sur les collatéraux de la famille 
royale*. 

La révolte de ces princes étouISéa, le sultan médita- une expé-> 
dition contre Tiemcen. 



U SOLTAff ABOC-^TOUÇOF HAACBS SUR TLEKGBTV. — DtFAJTB Dl 

TAGaaiORACBir a islt. 

Le sultan Abou*Youçof, étant rentré h Fez après avoir pris 
Haroc et renversé la dynastie d'Abd*el-Houmenf se rappela 
avec indignation le trait perfide de Yaghmoracen et des Abd-el« 
Ouad par lequel ils étaient parvenus k déranger tous ses plans 
et k l'arrêter dans l'exécution de ses projets. Ne se trouvant pas 
assez vengé par la victoire qu'il avait remporté sur eux à Te* 
lagh, il résolut d'employer la puissance qu'il venait d'acquérir 
et de les écraser, en réunissant contre eux toutes les forces du 
Haghreb. Ayant fait dresser ses tentes en dehors de Fez, il en* 
voya ses vizirs et ses grands officiers à Maroc, avec son fils 
Abou-Halek, afin de lever des troupes dans les villes et les cam- 



' Voy. les derniers chapitres de ce volnme. 



60 HISTOIRE DBS BBEBÈRES. 

pagnes des provinces marocaines et de rassembler les contins 
genls des peuplades qai habitaient ces centrées. De cette ma- 
nière, il se procura une armée composée d'Arabes, de Uasmouda, 
de Beni-Oura, de Ghomert, deSanhadja, des débris de l'armée 
almobade qui se trouvaient dans Maroc, de la milice chrétienne 
et des archers ghozzes, deux corps qui formaient les garnisons 
des villes de ces pays. 

En l'an 670 (4274-2), il quitta Fez à la tête de ce vaste ras- 
semblement de troupes et se porta sur le Molouïa où il fit halte 
pour laisser arriver les autres contingents, tels que les Djochera, 
peuple arabe établi dans le Temsna et composé de Beni-Sofyan, 
de Rholt, de Beni-Âcem et de Beni-Djaber, les Athbedj, les 
Doui-Hassan et les Chebanat, tribus makiliennes du Sous-el- 
Acsa et les tribus rtahides installées dans les provinces d'Azghar 
et d'El-Hebet. Après avoir organisé et passé en revue toutes 
ces troupes qui formèrent, dit-on, une armée de trente mille 
hommes, il les mit en marche et se dirigea vers Tlemcen. Par- 
venu dans l'Angad, il reçut une ambassade envoyée par Ibn-el- 
Ahmer et une députation des musulmans d'Espagne, qui vin- 
rent implorer son appui et le secours des musulmans du Maghreb 
contre les ennemis de l'islamisme. Il fut tellement ému de leurs 
plaintes qu'il aurait voulu renoncer à toute autre affaire pour 
entreprendre une guerre aussi sainte ; il désira même faire la 
paix avec Yaghmoracen et, quand il consulta ses officiers lè- 
dessus, il les trouva tous plus disposés h combattre les chrétiens 
qu'à faire le siège de TIemcen. Une députation, composée de 
plusieurs cheikhs, se rendit, en conséquence, auprès de Yagh- 
moracen afin d'effectuer un arrangement entre les deux souve- 
rains, en calmant leur animosité mutuelle. Les envoyés trouvè- 
rent le prince abd-el-ouadite campé en dehors de TIemcen et 
entouré de tout l'appareil de la guerre. Il avait déjà fait ses 
préparatifs de marche et tenait réunis sous ses drapeaux les 
Beni-Abd-el-Ouad, ses confédérés, les Arabes zoghbiens et les 
Zenata de ses provinces orientales, tels que les Beni-Rached et 
les Maghraoua. Fier du nombre de ses troupes, il repoussa toute 
espèce d'accomodemcnt et se porta au-devant des Mérioides. 



DTRAST» HfiElNlDB.-^ABOU-^TOUÇOF-TAGOUB-IBll-ABD-BL-HACK. 64 

Ce fut dans la plaine d'Oudjda, auprès de la rivière Isly, que 
les deux armées se troavèreni en présence. Le sultan Abou- 
Youçof avait déjà rangé la sienne en ordre de bataille et, s'étant 
réservé le commandement du centre, il avait placé les ailes sous 
les ordres de ses (lis, les émirs Abou-Malek et Abou-Yacoub. 
Dans la bataille sanglante qui s'ensuivit, Fares, fils de Yaghmo- 
racen et une foule d'Abd-el-Ouadites perdirent la vie. L'armée 
de Tlemcen, accablée par les troupes almohades et par les nom- 
breuses bandes que les Mérinides avaient levées dans les tribus 
du Maghreb-el-Acsa et des provinces marocaines, finit par lâcher 
pied et tourner le dos ; mais la milice chrétienne, encouragée 
par la présence du sultan Yaghmoracen, tint ferme et se laissa 
broyer sous la menle de la guerre. Bîrnebes *, le commandant de 
ce corps, fut fait prisonnier. Yaghmoracen, soutenu par une 
petite troupe de guerriers, couvrit la retraite de son armée jus- 
qu'à Tlemcen , et, en passant auprès de son camp, il y mit le 
feu et abandonna à l'ennemi ses tentes et son harem. 

Le sultan Abou-Youçof ne partit d'Oudjda qu'après l'avoir 
ruiné de fond en comble. Reprenant ensuite sa marche, il ra- 
vagea toutes les contrées par où il passa et fit beaucoup de butin 
et de prisonniers. Pendant qu'il s'avançait ainsi sur Tlemcen, il 
perdit son principal vizir, Eïça-Ibn-Maçaï. Ce hardi cavalier, 
dont on rapportait avec admiration les nombreux traits de bra- 
voure, mourut dans le mois de Choual de l'an 670 (mai 1272). 

Le siège de Tlemcen était déjà commencé quand Mohammed- 
Ibn-Âbd-el-Caouï le toudjinide arriva au camp à la tête de tous 
les guerriers de sa tribu et d'un cortège militaire dont il se mon- 
trait justement fier. Depuis quelque temps, ce chef avait imploré 
le secours des Mérinides contre Yaghmoracen qui, par un abus 
de puissance, Tavait vaincu, humilié et dépouillé d'une partie 
de ses états. Lors de son approche, les troupes du sultan mon- 
tèrent à cheval, en grande tenue, et allèrent au-devant de lui pour 
ajouter à l'honneur de la réception que leur maître lui réservait. 



* Ce nom est, sans doute, altéré. 



62 mSTOIRE DES BBftBtoBS. 

Mobaiximcd assista au siège pendant plusieurs jours, jusqu'à ce 
qu*Abou-Youço{ fut déconcerté par la vive résislanoede la garni- 
son et ren9noa à son entreprise. D'après les oonseib de oe prince, 
il s'empressa d'emmener les Toudj inides et de rentrer dans son 
pays avant que l'armée mérinide eut quitté ses positions. Au 
moment de partir, il reçut da sultan, pour lui->méme et ses gens, 
une quantité de riches cadeaux, une centaine do chevaux splen- 
didement harnachés, un millier de chamelles laitières, un grand 
nombre de robes d'honneur, d'habits magniGques, de belles 
armes, de pavillons, de tentes et de montures. Abou-Youçof * 
resta encore quelques jours sous les murs de Tlemcen, a6n de 
protéger les Toodjinides contre Yaghmoracen, qui aurait pu se 
mettre h leur poursuite et les atteindre avant qu'ils fussent ren« 
très dans le Ouanchcrfch. 

Vers le commencement de l'an 671 (août 1272), Abou-Youçof 
revint h. Fez ; et, peu de temps après son arrivée, il eutia dou- 
leur de perdre son fils et successeur désigné, l'émir Abou-Maiek. 
Bio*n que cette épreuve loi fût très-sensible, il la supporta avec 
une patience exemplaire, et, reprenant bientôt son ancien train 
de vie, il se remit è compléter la conquête du Maghreb. Dans 
cette derniëro expédition , il s'était rendu mattre de Taount, 
forteresse appartenant aux Matghara, et, comme cette place 
touchait à la frontière du pays qui formait le royaume de son 
ennemi Yaghmoracen, il l'avait rempli d'approvisionnements et 
en avait confié le commandement à Baroun, fils de [Mouça] et 
cheikh des Matghara. Ce fut alors qu'il reprit la route de Fez 
et qu'il s'empara de Meltla, forteresse située sur le littoral du Rtf. 

Haroun s'installa dans Taount et, bientôt après, il y proclama 
son indépendance ; mais il y fut si souvent attaqué par les 
troupes de Yaghmoracen qu'en l'an 675 (1276-7), il livra la 
place et se rendit auprès du sultan Abou-Youçof. Dans notre 
chapitre sur les Matghara, nous avons raconté l'histoire de ce 
chef*. 



* Voy. t. I, pp. 230, 240, où noire auteur place la reddition de 
TaouDt en Tan 67'2. 



DYT^ASTIB HÊRINIDB. ABOU-YOUÇOF-VACOUB-IBN-ABD-EL-HACK. 63 

« 

FBISE S>Z TAK6EB. -— CEUTA EST SOUMIS AU 

TBKBUT. 

Dôpuis ravènemoDt d'Abd*«l-MoumeD,Geuta et Tanger avaient 
toujours été regardés comme les gouvernemeats les plus im- 
portants de l'empire almohade, puisqu'ils étaient, à la fois, for- 
teresses maritimes, ports de mer, arseoaux de oonstroction et 
lieux d'embarquement pour ceux qui voulaient prendre part à 
la guerre sainte. Aussi, le commandement de ces places fat-i) 
toujours donni à des princes de la famille royale. [Par une ex- 
ception h cette règle,] Abou-Ati*Ibn->Khalas, natif de Vatence, 
fut chargé par Er*Bechtd d'administrer b ville et la province de 
Ceuta, ainsi que nous Tavons dit ailleurs * , et, en Tan 640 
(1243}^ après la mort de ce khalife, il reconnut pour souverain 
Vémip Abou-'ZékérYa, qui venait d^ëriger t'ifrtkïa en royaume 
indépendant. Il fit partir son fils Abou-'l-Cacem avec un acte 
d'hommage et une somme d'argent destinés au monarque haf- 
side, et il confia le gouvernement de Tanger à Youçof -el - Hem- 
dani, fils do Mohammed ^lbn-Abd*Aliafa-Ibn*- Ahmed, et sur- 
nommé Ibn-el-Amtn*. Cet officier prit le commandement de 
la troupe andalousienne qui y tenait garnison et sinstaila dans 
la citadelle. 

Plus tard, Abou-Zékérïa donna le gouvernement de Ceuta h 
son parent Abou-Yahya, fils d'Abou-Zékérïa, petit^fils de Yahya- 
es-Chehid et arrière petit-fils d'Abou-^Hafs. A celte époque , 
l'ancieo" gouverneur, Ibn-Rhalas, ne vivait plus: craignant pour 
TavofTir et profondément affligé de la mort de ^on fils, qui avait 
pérj/dans un naufrage en se rendant auprès du sultan hafside, il 
s'hait embarqué pour Tunis et, ayant descendu à Bougie >, il y 
a^ait rendu le dernier soupir. Ceci eut lieu en 646 (1248-9}. 



« Voy. t. Il,, p. 24Î. 
« Voy. t. Il, p. 323. 
3 Ou bien à Oran. — Voy, t. n, p. 323. 



84 nsTOifte dbs bbkbArbs. 

Selon un autre récit, il mourut h bord et fat enterré à Bougiôv 

L'année suivante , quand El-Môntecer monta sur le trône, 
après la mort de son père, Abou-Zékérïa, les habitants de 
Geuta lai refusèrent obéissance, chassèrent leur gouverneur, 
Abou-Tahya-Ibn-es-Ghehtd, massacrèrent les fonctionnaires que 
ce prince avait à son service et proclamèrent la souveraineté 
d'El-Morteda. 

Celte révolution eut pour auteur Hadjboun«er-Bendahi, qui 
Pavait entreprise à l'instigation d'un homme très-considéré dans 
Geuta et président du conseil dos cheikhs. Abou-M-Gacem-^l- 
Axéfi, c'est ainsi qu'on le nommait, avait été élevé sous les yeux 
de son père, le vertueux et savant jurisconsulte, Abou-'l-Abbas- 
Ahmed, et, tant que vécut cet excellent précepteur, dont le sa- 
voir égalait la piété, il s^était nourri l'esprit de bonnes études. La 
mémoire d'Abou-'l-Abbas fut tellement vénérée et le mérite de son 
fils était tellement évident que les habitants de Geuta se lais- 
sèrent guider par les conseils de celui-ci dans toutes les affaires 
difficiles. 

Heureux d'apprendre l'établissement de l'autorité almohade 
dans Geuta, El-Morteda accorda le gouvernement de cette ville à 
Abou*'l-Gacem-el-Azé& ; et comme il avait une entière confiance 
dans le dévouement de ce personnage distingué, il jugea inutile 
de le placer sous le contrôle d'un prince de la famille royale ou 
sous la surveillance d'un officier almohade. Hadjboun-er-Bendahi 
obtint du même souverain le commandement de la Ootte ma^ 
ghrebine, charge qu'il transmit à ses fils. v 

El-Azéfi profita de sa haute position pour susciter ^s em- 
barraaaux fils d'Er-Bendahi et il les contraignit enfin à q)|iitter 
Geuta. Les uns se rendirent à Halaga auprès d'Ibn-el-Ahni^r ; 
les autres allèrent se fixer à Bougie sous le patronage des Hàf* 
sides ; et, par les services qu'ils rendirent à leurs nouveaux soii'* 
verains, ils se montrèrent dignes de la réputation dont ils jouis 
saient comme administrateurs habiles. 

Devenu seul dépositaire de l'autorité à Geuta, le jurisconsulte 
Abou-'I-Gacem*el-Azéfi la laissa en héritage à ses enfants, ainsi 
que nous le raconterons plus loin. 



OTNASTlt MiftimOE. — ABOU^T0DÇ0F-tAC0VB-lB!f-ABD-BL*HACK. 65 

DttDs tottte» les cirooDStances, Tanger agissaîl comme mie dé* 
pendtaoce de Geuta ; aussi, le gouveraenr de cette ^iHe, Ibn-el- 
Amb, reeoMtti tout d^ab^rd l'autorité d'Abou-*l»Gacem. H 
chADgea cependant d'avis avant Texpiration de l'année et fit 
célébrer b prière poUiqne au nom du khalife hafside ; ensuite, 
il y proclama la souveraineté des Âbbasides et il finit par se 
déclarer souverain indépendant. Pour le reste, il se conduisit 
dans Tanger de la même manière cpi'Ibn-el-Azéfi dans Ceuta. 

Les choses continuèrent en cet état jusqu'à l'arrivée des Béni* 
Iferin qui, s'étant répandus dans le Maghreb, en soumirent tout 
le pays ouvert et commencèrent à réduire les châteaux et les 
places fortes. Après la mort d'Abou-Tahya-Ibn-Abd^l-Hack, 
événement cpii fut suivi p^r ceHe de son fils Omar, les enfants 
de cebi«<i allèrent s'établir entre Tanger et Azlla. S'étant cam- 
pés dans la plaine avec leurs familles, leurs partisans et leurs 
servitenrs, ils commencèrent à^iller les voyageurs, è rançon- 
ner les habitants et h saccager le pays. Pour mettre un terme à 
cea brigandages, lbn*el-Amtn consentit à leur payer un tribut 
annuel tant qu'ils respecteraient son territoire et protégeraient 
les voyageurs. Alors, ces Mérinides prirent l'habitude de so 
rendre à Tanger pour acheter les objets dont ils avaient besoin, 
et ils finirent par organiser un complot afin de s'emparer de la 
ville. Un certain jour, ils y entrèrent avec des armes cachées 
sons leurs manteaux et assassinèrent Ibn-el-Amîn ; mais, au 
même instant, ils furent assaillis à leur tour et massacrés par la 
populace indignée. Ceci se passa en l'an 665 (1266-7}. Les ha- 
bitants se rallièrent autour du fils d'Ibn-el-Amtn ; mais, cinq 
mois plus tard, ils laissèrent tomber leur ville au pouvoir d'El- 
Azéfi dont la flotte et l'armée de terre étaient venues en même 
temps pour les attaquer. Le fils d'Ibn-el>Amtn s'enfuit à Tunis 
et chercha un asile auprès d'El-Mostancer. El-Azéfi établit alors 
h Tanger un do ses oiBciers pour y remplir les fonctions de gou- 
verneur, et lui adjoignit comme conseillers les notables de^a ville' . 



Les manuscrits portent Ail^t; le tradactear lit \^[^\. 

T. IV. 5 



66 BlfiTOIKB DBS BBKBÈKBS. 

En TaD 666 (4267-8], rémir Âbou-Malek assiégea Tanger 
pendant six jours sans pouvoir s'en emparer ; mais, [quelques 
années plus tard,] le sultan Abou-Youçof, ayant soumis toutes les 
provinces du Maghreb, pris la ville de Maroc, renversé la dy- 
nastie d'Abd-el-Moumenet réprimé Taudace de son ennemi, 
Yaghmoracen, tourna ses regards vers cette forteresse et résolut 
de rincorporer dans son empire. Au commencement de Pan 672 
(juillet-août 4273), il mit le siège devant Tanger, qu'il regardait 
comme la clef de la plaine par laquelle il fallait passer pour at- 
teindre Geuta. Quelques jours après, il pensa être obligé à dé- 
camper ; mais au moment où il allait pliec, ses tentes, la popu- 
lation de la ville fut saisie d'une terreur panique et, pendant le 
désordre, une pariie des archers qui garnissaient les remparts 
se mit à pousser le cri de guerre employé par les Mérinides. En* 
courages par cette démonstration, les plus actifs parmi les as- 
siégeants s'élancèrent en avant et parvinrent à escalader les 
murailles ; pendant toute la nuit, ces braves eurent à soutenir 
les attaques de la garnison, mais, au point du jour, ils furent 
dégagés par leurs camarades qui avaient livré un assaut et en- 
levé la ville. Le sultan se hâta d'y rétablir l'ordre et de faire 
proclamer une amnistie générale. 

Ayant effectué de cette manière la réduction de Tanger, Abou- 
Youçof plaça son fils, l'émir Abou-Yacoub, h la tête d'une ar- 
mée nombreuse et l'envoya contre Geuta. El-Azéfi s'y défendit 
vigoureusement pendant plusieurs jours et déclara enfin qu'il 
était disposé h payer un tribut annuel, mais qu'il ne consentirait 
jamais à se rendre. Le sultan accepta cet offre ; et, quand il eut 
ramené ses troupes à la capitale , il tourna ses regards vers 
Sldjilmessa, ville qu'il désirait enlever h la domination des Abd- 
el-Ouad. 

81DJILVBS8A BST PRISB POUR LA SECONDS FOIS, MALGRE LA RÉSIS* 
TANCB DBS ABD-BL-OUADITBS ET DES ARABES HONBBBAT. 

Nous commencerons ce chapitre par un résumé des faits que 
nous avons déjà rapportés au sujet de Sidjilmessa. L'émir Abou- 



P DTNASTR- MftRIR IDl . — ABOO-TOOÇOF^YACOUB-IBII-ABB-BL- HACK . 67 

Yahya, fils d'Abd-el-Hack, ayant soumis celte ville ella province 
da Derfly en confia le commandement ainsi que Vadminislration 
de toute la région du Sud k Youçof-Ibn-lzgacen. Il laissa son fils, 
Abou-Hadtd-Mif tah, avec cet oflBcier et mit sous leurs ordres 
plusieurs cheikhs qu*il avait chargés de la défense du pays. En 
l'an 65i (4266)| El-Morteda plaça son vizir, Ibn-Attouch, à la 
tAte d'une armée et l'envoya reprendre Sidjilmessa ; mais cet 
officier, ayant su que l'émir Abou-Yahya venait à sa rencon* 
tr», rebroussa chemin. En 655, après la bataille d'Abou*SeItt, 
Yaghmoraoen marchait sur Sidjilmessa avec Tintention d'y pé- 
nétrer à l'improviste par un endroit qu'on lui avait représenté 
comme mal gardé; mais Abou- Yahya s'empressa d'y arriver 
avant lai et déjoua ce projet. Le chef abd*el*ouadite dut effec- 
tuer sa retraite, après avoir vu ses espérances frustrées et ses 
troupes mises en dérouie. 

Iburlzgacen avait gouverné Sidjilmessa pendant un an et demi, 
quand l'émir Abou- Yahya le remplaça par Yahya-Ibn-Abi-Hen- 
dtl, chef des Beni-Asker. Cette famille mérinide était une branche 
collatérale de celle dont l'émir Abou - Yahya faisait partie , 
Mohammed*lbn-Oorziz étant leur aïeul commun. Deux mois plus 
tard, Abou-Yah>a Ata le commandement h Ibn-Abi-Mendil et le 
confia à Mohammed-lbn-Amran-lbn-Abla, membre d'une tribu 
protégée et favorisée par les Mérinides, celle des Irnîan. Il 
nomma, en même temps, Abou-Taleb* Ibn-el-Habci receveur- 
général des impôts fournis par ces provinces et il chargea Abou- 
Yahya-el-Ritrani de l'administration militaire et du commande- 
ment des troupes. 

Pendant deux années, rien ne se changea dans la position de 
ces fonctionnaires ; mais, après la mort d'Abou-Yahya , El- 
Kitrani conçut la pensée de se rendre indépendant et, voyant le 
sultan Abou-Youçof doublement occupé par le siège de Maroc et 
par la guerre contre Yaghmoracen, il forma un complot avec 
quelques brigands et, s'étant assuré le concours de Youçof-Ibn- 
Feredj-el-Azéfi, il fit assassiner Ammar-el-Ourtedghrabi ', pré- 



* L'orthographe de ce nom est incertaine. 



68 HISTOIRE DBS BBRBÈRU. 

sideal du conseil de la ville. MohaBuned-lbn*AmraD s*enfttii de 
Sîdjilmessa en apprenant que les conspirateurs délibér^iient à 
son sujet et il alla rejoindre son maitre, le sultan. El-Kitrani 
s'empara alors ie l'autorité suprême ; mais, en l^an 658 (4 260)^ 
environ dix-huit mois après son usurpatiao, il fut tué pir le 
peuple qui s'était soulevé au nom du khalife El-Mortada. Ce 
mouvement avait été préparé par le oadi Ibn-Haddjadj et par 
Ali-Ibn-Omar auquel Ël-Morteda donna ensuite le gouverneinent 
de la ville. 

En l'an 660 [h 261-2), les Hérinides, commandés par le sultan 
Abou-Youçof, parurent devant Sidjîlmessa et dressèrent leurs 
machines de siège ; mais la garnison mit le feu à ces engins re- 
doutables et se défendit avec tant de résolution qu'elle força les 
assaillants à décamper. 

Ali-lbn-Omar mourut après avoir exercé les fonctions de gou- 
verneur pendant trois ans [et, à la suite de cet événement, les 
Arabes Monebbat décidèrent les habitants k reconnaître l'autorité 
de Yaghmoracen-lbn-Zian]. Après avoir enlevé Tlemcen et le Ma^ 
ghreb central à la domination des Almobades, Yaghmoracen avait 
rallié à sa cause les Monebbat, peuplade appartenait à la tribu 
des Douï-Hansour, branche de la grande tribu des MaLil. Tous 
ces nomades avaient pour lieu de parcours dans le Désert le ter* 
ritoire qui touchait aux pâturages des Beni-Badtn ; mais ils se 
virent forcés d'abandonner cette région quand Yaghmoraœn eut 
décidé les Beni^Amer à quitter la partie du Mozab appelée Belad- 
Beni-Yeztd pour se rapprocher de lui. Ceux-ci forcèrent la tribu 
des Makil à sortir des pays aux environs de Fîgufg et du Za, où 
elle s'adonnait à la vie nomade, et la contraignit à se trans- 
porter dans la contrée qui est située entre Sidjilmessa et le 
Molouïa. 

Après l'établissement des Makil dans leurs nouveaux terri- 
toires, Yaghmoraœn rompit avec les Doui-Obeid-Allab, une de 
leurs principales tribus, et s'attacha les Monebbat qui, depuis 
lors, se montrèrent alliés fidèles et partisans dévoués de 1-em- 
pire abd-eUouadite. 

La ville de Sidjilmessa se trouvant dans la région occupée par 



DTNÀSTIB MÉBINIDB. ÂBOC-TOUÇOF-TACOOB-IBN-ÀBD-BL-HACK. 69 

fe» Monebbat, servait et lieu 4e patHemeat à leors familles et h 
leurs troupeaux ; eUe obéissaii même, jusqu'à on certain point, 
aoccordres de^ cette tribv, ce ^ui eut lie« après k mort d'Ali- 
Ibft-Qmir, qnmd led Mcuebbst firent reeotiDaUre aux habitants 
l'autorité deT Yagkmoraoeft. Sur leur invitation, ce chef partit 
a'^v^eo son armée et il arriva chez eux presqu'à l'improviste. 
Ayant pris^ possession data ville, il y établit deux gouverneurs, 
Yaghmeracen-Ibn'-Hammama* et Abd-el-Helek. Celui-ci étaiifils 
de M obafiMued -> ïbn - Ali - Ibn -CaoeDd- Ibn-Derâ, l'un des Beni- 
Vobammed-Ibn-Zegdan-lbn-ttdoukcen, et il portait le surnom 
de Fils de HanUia» Sa mère, Hanîna, était soaur de Yaghmora- 
een. 

. Avec ees deux officiers, le chef abd-el-onadiie y laissa son 
jEts, Pëmir Yakya, comme représentant de t'avtorité royale. 
/Douze meiis plus lard, Yahya fut remplacé par son iîrèi^, 
parce que Yaghmoracen avftit pour habitude de faire alterner 
ses enfants dans le commandement à l'expiration de chaque 
année. 

Le sultan Abon-Youçof étant enfi» parvenu h efiactuer la con« 
quéie Al Maghreb, en réduisant les villes de ce pays, en renver- 
sant la djnestie d'Abd-el-Moumen, en* s'emparant du siège du 
klalifat almohade, eo prenant Tanger d'assaut et en faisant ca*- 
pituiler Geuta, port d» passage et boulevard de la frontière, con- 
çut alors l'espoir de soumettre les pays du Sud et d'enlever Sid- 
jiimessaarux Beni-Abd-el-Ouad. Aussi, dans le mois deBedjeb 
672 (janv.-fév. i'274), il se dirigea contre cette ville, k la télé de 
tous les contingents du Maghreb : ks Zenata, les Arabes et les 
Berbère» marchèrent sous ses ordres, ainsi que les troupes Mé- 
rînides et les divers corps de milice. Arrivé dans le voisinage de 
la ville, il dressa contre elle ses machines de siège, telles que 
catapultes, balistes et l'engin à feu qui lance du gravier de fer. 
Cette mitraille est chassée hors de Tàme de la pièce par le moyen 



' Dans le texte arabe , il faut lire» avec les œaouscrils, 



70 HISTOIBB DIS BBKBÈMS. 

de là poadre enflammée dont la propriété singulière opère des 
effets qui rivalisent avec la puissance du Créateur ^ 

Tous les jours, pendant une année entière, le sultan continua 
ses aUa<}ues ; et un pan de mur de Tenceinte ayant été abattu à 
coups de pierres lancées par ses catapultes, il fit doûner l'assaut 
et emporta la place. Cet événement eut lieu dans le mois de Safer 
673 (août-sept. 4274). La garnison fut passée au fil de Pépéeet 
les habitants furent réduits en esclavage. Les deux gouverneurs, 
Abd-el-Melek-lbn-Hantna et Ydghmoraoen-Ibn-Hammama, per-. 
dirent la vie ainsi que tous les Abd-el-Ouadites et tous les émirs 
des Monebbat. 

De cette manière, le sultan Abou-Youçof acheva la conquête, 
du Maghreb. Dans tout ce pays, il ne resta plus une seule place 
qui reconnût une autre dynastie que la sienne, plus un, seu^ 
homme qui osftt fixer ses espérances sur un autre prince que 
le sultan mérinide. Ce fut ainsi que Dieu mit le comble à ses 
grâces en accordant à Abou-Youçof la totalité du royaume da 
Maghreb. 

Pour témoigner sa reconnaissance de tant de faveurs, ce mo- 
narque résolut d'aller combattre les ennemis de Dieu et d'aider 
les musulmans d'outre«mer à secouer le joug qui les accablait. 
En conséquence de cette détermination, il s'en retourna de Sid-. 
jilmessa à Maroc et, de là, il se rendit à* Salé. Peudant le peu de 
jours qu'il passa dans cette dernière ville afin de se reposer et. 
d'en examiner les ressources tout en faisant restaurer les forti- 
fications, on vint lui annoncer qu'Abou-Taleb-el-Azéfi était ar- 
rivé i Pez chargé d'une mission de la part de son père, Abou-'l- 
Cacem-ei-Azéfi, seigneur de Geuta. Il se hâta aussitôt vers cette 
capitale, afin de recevoir l'envoyé ; et, l^ayant accueilli avec de 
grands égards, il le congédia chargé de dons et pénétré de re- 
connaissance. 

Alors il se disposa à faire passer son fils en Espagne pour y 



* Ce passage a élé cité par MM. Reinaud et Favé dans leur ouvrage 
sur le feu grégeois, p. 73 et suiv. 



DTNASTIB HftftlNlDB, — ABOU-YOCÇOF*TACOUB>-1BN-ABO-BL-HACK. 71 

combattre les chrétiens. Cette expëdilioa formera le sujet dû 
ohapitre suivsBt. 

LE SULTAN ABOU - TOCJÇOF BlfTBBPRBND LA QDEBftB SAllfTS ET RBM- 
POBTB mE GtANDB TICTOIRB SUE LB8 CBEÉTIENS. — MORT DB 
LEUR CHEF DO!f NUKO. 

Depuis l'époque où TEspagoe fut couquise par les musulmans, 
eette r^ioa d'oulre-mer a toujours été une frontière* de leur em* 
pire, le théâtre de leurs guerres saintes, un champ de martyr et 
une porte dn bonheur éternel pour leurs soldats. Les établisse- 
ments musulmans dans ce pays étaient constamment sur un bra« 
sîer ardent*, pour ainsi dire, placés comme ils étaient entre les 
griffes et les dents des lions de l'infidélité. Entourés d'une foule 
de peuples hostiles, les vrais croyants de l'Espagne se trouvé^ 
rent encore séparés de leurs corréligionnaires par la mer. [Peu 
d'années après la conquête de cette péninsule, le khalife] Omar- 
Ibn-Âbd-el-Aztz songea à en retirer les musulmans, vu leur 
posi'jon isolée et la difficulté de faire parvenir des secours dans 
une contrée aussi éloignée. Ayant consulté à ce sujet les princi-- 
paux Tabès ' et les chefs des Arabes, il les trouva tous de son 
avis; et, sans sa mort prématurée, il aurait exécuté son projet. 

Malgré les dangers qui menaçaient l'islamisme en Espagne, ei 
malgré l'hostilité des mécréants, ses voisins, cette religion s'y 
maintint en vainqueur tant que dura la domination des Arabes 
appartenant, les uns à la famille de Koreich et à la raco de Moder, 
les autres aux tribus du Yémen. La puissance et la gloire des 
musulmans espagnols furent portées au plus haut degré sous les 



* Lisez 1;^ àans le texte arabe. 

* Quand les aocîens Arabes voulaient faire bouillir dn lait, ils y jetaient 
des pierres fortement chauffées par l'action du feu. Quelquefois, ils po- 
saieol des tranches de viande sur une pierre semblable afin de les faire 
cuire. Les pierres employées à cet u^age se nommaient roéf^ mot que 
noir eauieur emploie ici. 

» Voy. t.i, p, ÎW. 



li Kwroiu ABs nattus. 

Oméïades , dynastie célèbre qoi, pendant a^riron trois aaot» 
ans, éteodit ses ailes protectrices sur les rivages des deux ooo^ 
tinents et qui succomba dans le cinquième siècle de Phégire. 
Alors se brisa Punité de Tempire espagnol ; la puissance musul- 
mane d'outre-mer s'étant affaiblie à mesure que la domination 
arabe tombait en décadence et que ^autorité des Berbères s'é- 
tendait sur le Maghreb. 

Les Almoravides, observateurs zélés des pféœptes de Hofaam- 
flMd, ayaal rétabli en Hagbreb l'unité de la naiion musufanane, 
é|>ièrent atteiUivemeal l'ooeaston de prendre part & la guerre 
sainte et <le seconrir leurs frères, les musolmanB espagnols. 
Trav-ersaol anfin le Détroit, ils combattirent l'ennemi avec une 
bravoure admirable, déârent k Zellaca et aîlleiirs le roi Al- 
phonse, réduîsireni plusieurs lorteresses, en reprirent d'autres, 
détrônèrent les roitelets muMilmans et réunirent en an aenl cm- 
jpire les états de l'ACrique et de l'Espagne. 

Leurs soceesseurs» les Almohades, suivirent les mêmes bons 
.fMribeipes -ei se eouvrirent de gloire dans leurs guerres avee le 
roî chrétien. YiScoub-el-Mansour le vainquit dans b journée 
d'EUArk/il'/arcoi^ * etdans pluaîeurs autres reneontres ; ouiîs la 
vigueur de la nation ailmohade finit par s'épuiser» leur royaume 
fut déchiré par des divisions iiklestinea, et les princes de la £i- 
ttiUe d'Abd-el*Moumen qui ooaHBaadaient en Espagne se dis- 
putèrent mutuellement le trâne du khalifat. Pour obtenir l'appui 
d« roi chrétien, ils lui cédèrent un si grand nombre de ibrle- 
ressas que les musuloians espagnols, se voyant exposé à périr, 
al^uèrent les Almohades et les expnlsàrent do pays. 

L'auteur de cette révolution fnt lbn-&oud« seigneur de Murcie* 
et de l'Andalousie orientale, le même qui fit proclamer dans tous 
ses états la souveraineté des Abbacides de Baghdad. La partie 
de cette Histoire universelle qui traite de l'Espagne, renferme 
une notice de ce chef. 

Quant à l'Andalousie occidentale {El-Gharbia)^ elle était trop 

■ ■ ■ ■ ' I I ■ li n ■ I II — ^»i^—r ^Ml— I I I — ip— ii^-^—— I 

« Voy. t, n, p. 213. 

' Pour iu^l/^. f lisez iu.%^, dans le texte arabcv 



DTNASTll ]IÉRlNlDB.-*-ABOU-YOUÇOF«TACOIIB*lBlC-ABD-EL-QACK. 73 

éloignée du royauiue <l'ibB«Hoiid pour éUre gecoume par ce 
princQ qvi, du resie, n'y avait pas de parlisan pour le aec6nder, 
ai aasex d'ezpérieaoa palitique poar bien se oondttire daaa qb6 
eairepnse aussi difficile. La discorde régnait parmi les roosul^ 
maoB, le roi chrëtiea s'achanaaii à îasoUer leurs territoires et les 
deeoeodante d'Abd-el-MMoieuélaient trop préoccupés du pro* 
grès de la triba de Merfo pour penser è eux, quand Mohammed- 
lba-Yoa9of*Ibn-*eUAbmer releva l'Andalousie occidenlale et 
s'empara d'Arjona, sa ville natale. Brave, ferme ei entreprenant, 
il prit au bond la balle que lui lança ibn-Houd : en l'an 629 
(423t-e3), il rejeta* la suprématie des Abbacides et reconnut 
pour khalife Témir bafside, Abou-Zékérïa. Jusqu'à la mort de 
son adversaire, événement qui arriva en 635 (1237-4)^ ilaou- 
tifti contre lui une lutte iocessanle et lui disputa la possession 
ile l'Andalousie, province par province. Pendant oe temps, l'en- 
nemi commun insultait toutes les parties de la péninscde et avait 
imposé un tribut annuel de quatre cent mille pièces d'or à Ibn- 
Houd, tout eo se faisant céder par ce cbef trente forteresses 
appartenant aux musulmans. 

Crsignaat de succomber, si Ibn-Houd obtenait l'appui des 
chrétiens, l'émir Ibn^l*Abroer se mit sous la protection * de leur 
roi et, pour chAlier le peuple de Séville, il marcha avec son 
nouvel allié contre cette ville. Après la mort d^Abou-Zékérïa, 
il répudia la souveraineté des Hafsides, se déclara indépen- 
dant ei prit le titre d'J?inir-e/-Jtfo«tor»iii (commandant des 
musulmans). I>ans l'Est, il eut à combattre les fils d'ibn- 
Houd et d'Ibn-Merdeotch ; et, par une dure nécessité, il livra au 
roi chrétien tonte ia région d'Bl-Fron tiers >. 

* Lisez ^^^ dans le texte arabe. 

* Daos le texte arabe, remplacez »i l.»^J^ par slLmJiy 

^ A cette époque^ tout le basaio du Guadalqaivir, depuis Jaën jus- 
qu'à la mer, formait une des frontières qui séparaieoi le terriloire 
chrétien de celui des musulmans. Le souvenir de cet état de choses se 
conserve encore daos les noms de deux villes très-conoues, Arecs de 
la Frootèra et Xérès de la Frontèra. 



74 HISTOIKB DBS Bt&tftRBS. 

Dans la période qaî s'écoula entre les années 622 (1 225) et 
670 (4274*2), les masalmans espagnols eurent à subir la prise 
de leurs forteresses, la violation de leur territoire, la perte de 
leurs provinces, Toceupation de leurs^ villes et la ruine de leurs 
propriétés. Leurs richesses devinrent la proie de l'ennemi, ou 
bien elles servirent à payer des contributions forcées et à acheter 
des trêves. En l'an 633 (4 236) S le fils d'Alphonse [St-Ferdinand] 
s'empara de Cordoue ; en 644 (4246-7)*, il prit Jaenet, deux 
années plus tard, il occupa Séville. En 637 (4238), le comte de 
Barcelone [Don Jaymel, roi d'Aragon,] soumit la ville de Va- 
lence. Tout ce qui était situé entre ces métropoles, tels que chà^ 
teaux, centres de population et forteresses sans nombre, passa 
entre les mains des chrétiens. 

Dans l'Andalousie orientale, la puissance des chefs indépen- 
dants fut détruite, et, dans l'Andalousie occidentale, les forces 
d'ibn-el-Ahmer ne suffirent pas à couvrir les contrées en deçà 
des vastes plaines de la Frontèra. Reconnaissant que la défense 
de ce pays exigerait plus de troupes qu'il n'en avait à sa dispo- 
sition et qu'elle briserait ses moyens de résistance au point d'en- 
courager encore davantage les tentatives de l'ennemi, il la livra 
au roi chrétien pour obtenir la paix. Toulant alors se mettre à 
l'abri des attaques, il emmena les musulmans dans la région ac- 
cidentée et difficile qui avoisine la mer et, s'étant choisi pour 
résidence la ville de Grenade, il y bâtit le ch&teau de l'Alhamra 
pour lui servir de lieu de séjour. Mats de tout ceci, nous avons 
parlé ailleurs <• 

Pendant cette époque de malheurs, Ibn-el-Ahmer ne cessa 
d'invoquer l'appui de ses coreligionnaires de l'Afrique ; et, à 
plusieurs reprises, les notables de l'Espagne se rendirent en dé- 
putation à la cour de TEmir des musulmans, Abou^Youçof, pour 



* Notre auteur a écrit, par erreur, en l'an 636. 

* Les historiens ne sont part d'accord sur Tannée de ia prise de laën« 

'Dans la partie inédite de celle histoire universelle se trouve une no- 
tice des dynasties chrétiennes et musulmane? qui régoérenten Espagne. 



DTRAST» MfiRUIlDB . — ABOU^TOUÇOF-TACOUB-lBN-AilD-BL-HACK. 75 

le prier de secourir l'islamisme et de sauver leurs femmes et 
leurs enfaote. Le prince mériaide se vit d'abord dans Vimpossi- 
bilité de répondre è leur appel : après avoir lutté contre les Al- 
mohades, il lui fallut combattre Yaghmoracen et achever la con- 
quête du Maghreb ; mais, en Tan 674 (4272-3), quand la mort 
enleva Ibn-eUÂhmer (Abou-Abd-ÂlIah-Mohaouned-lbn-Youçof- 
Ibn-el-Ahmer, surnommé le cheikh et Abou-Debbous,) il avaît 
effectué la soumission du Maghreb et, n'ayant plus à craindre 
son ancien adversaire [le chef des Abd-el-Ouadites], il se trou- 
vait en mesure de prendre la défense des musulmans espagnols. 

D'ailleurs, la guerre sainte avait de grands attraits pour les 
Mérinides : déjà, en Tan 664 (4262-3), les Beni-Idrts, qui 
avaient répudié Tautorité de leur parent, Yacoub-lbn-Abd-el- 
Hack, et qui avaient ensuite fait leur soumission* , s'étaient pres- 
que tous empressés de suivre le conseil du sultan qui leur re- 
commandait d'aller au secours des vrais croyants qui habitaient 
la péninsule espagnole. Pins de trois mille volontaires mérinides 
partirent avec eux et formèrent un corps redoutable dont le sul- 
tan [Yacoub] donna le commandement à Amer-Ibn-Idrts. Ar- 
rivés en Espagne, ces guerriers se distinguèrent par leur bra- 
voure et par le mal qu'ib firent h l'ennemi. 

Avant de mourir, Ibn-el-Ahmer le Cheikh adressa des con- 
seils à son fils et successeur désigné, Mohammed-el*-Fakth [le 
juriseoneulte^ ainsi nommé parce qu'il avait étudié le droit 
étant prince royal,) et lui recommanda de se mettre sous la pro- 
tection de l'Emir des musulmans, Ahou-Youçof, dont l'appui et 
celui des Mérinides pouvaient seuls délivrer les vrais croyants 
espagnols des attaques continuelles du roi chrétien. Aussi, quand 
El-Fakîh eut rendu à son père les derniers devoirs, il réunit les 
principaux cheikhs de l'Andalousie et les envoya auprès d'Abou- 
Youçof. Ces hommes respectables parurent devant le sultan mé- 
rinide au moment où il venait de mettre le sceau à la conquête 
du Maghreb par la prise de Sidjilmessa. Pendant qu'ils le sup- 



< Voy. ci-devant, p. 48. 



76 ttlSTOlKB DBS BUBÈE£S. 

pliaient de venger l'islamisme et qu*iU lui fftÎBaient on lablow 
affligeant des maux dont les chrétiens av»îeAk accablé les ni»*' 
sulmanSy il ressentit vivement le plaîsîr que Uur arrivée tvi 
avait causé ; pais, emporté par le désir d'acoonplir la volonté 
divine et de gagner le paradis, il répondit à lear prière avec le 
plus grand empressement. 

Le fait est que, depuis le commencement de sa carrière, Aboo* 
Youçof n'avait jamais en qu'un seul éésir, celui de faire la 
guerre aux infidèles ; et> pour obtenir ce bonheur, il autait 8»^ 
crifié toutes ses espérances mondaines. En Tan 643 (4245'*6), 
après la prise de Mequines, il avait demandé à son fiire, Abeu- 
Yahya^ Tautorisation de passer en Bspagne pour eombadtrc les 
chrétiens et;, ne l'ayant pas obtenue, il s'était mis à fe léte de 
ses domestiques, de ses dieots et de ceux de ses parents qui lui 
étaient dévoués, afin de se rendre dans ce pays. L'émir Abou- 
Yahya transmit alors à Abeu-Ali-lbn-'Khalas , gouverneur de 
Ceuta» l'ordre de refuser à cette troupe les moyens de passer te 
Détroit, et un saint persoena^, Yaooob-Ibn-Haroon-el-*Kheîrt, 
étant allé trouver Abou- Youçof, qui venait d'arriver à Casr-^ 
Djonas, le décida à revenir en lui prédisant qu'il ferait la guerre 
sainte plus tard en qualité de conquérant et d'Emir des mu- 
sulmans. Dès lors, Ahou« Youçof eut l'esprit toujours préoc- 
cupé d'une expédition en Bspagne ; aussi, quand il vit arriver 
cette députaiion, il se décida sur-le-champ à prendre les armes. 

Pendant que ses agents parcouraient les provinces pour y 
lever des troupes, il quitta Fec dans le mois de Choual 673 
(avril 4275) et se rendit k Tanger. Ayant alors équipé et soldé 
cinq mille Mérinides, il les plaça sous les M'dres de soa fils, Men- 
dil, et les fit transporter à Tarifa dans une vingtaine de navires 
qu'Ibn«el-Axéfi, seigoeor de Ceuta, lui avait envoyés h la pre- 
mière réquisition. Ces troupes passèrent trois jours à Tartfa 
pour se reposer et partirent ensuite pour le territoire de l'en- 
nemi oii elles mirent tout à feu et à sang. Arrivées dans la plaine 
de Xérès, elles forcèrent la garnison à s'enfermer dans la ville, 
puis elles s'en retournèrent au camp d'AIgésiras, chargées de 
butin et ramenant une foule do captifs et de bétes de somme, 









DYNASTIE MÊHimDt. — AMU-TOU^F-yACOUBMBK-ABD-BL-QiCK. 77 

ainsi qu'une grande quanlité d^armes. Les musulmans de l'Es- 
pagne regardèrent ce sucois comme un suffisant dédommage- 
raeotde leur défaite h El«Ocdb<; mais ils ressentirent, peu de 
temps après, une joie bîfen autrement vive quand un châtiment 
des plus terrilllea tomba suY les infidèles. 

A la nouvelie de ootle inoursion si heureusement accomplie, 
lémir Aboo^Vouçof réaolut d'assister en personne \ la guerre 
sainte et, pofur garantir ses frontières contre les tentatives do 
Yaghcaoraoen, il chargea son petit-fils, Tachefîo-Ibn-Abd-el- 
Ouahed, de se rendre auprès de ce chef à la tète d'une dépu- 
tation mérmkle et de oégocier aveo hti un traité de paix. Yagh- 
moracen accueillit Tolontiers les ouvertures d'une suspension 
d'armes et envoya plusieurs chefs abd-el-ouadites auprès du 
sultan pour kii offrir un cadeau magnifique et pour assister à la 
ratification du traité. 

Abou-Yoooof reœentil un plaisir extrême d'avoir ainsi ré- 
tabli le bon accord entre les musulmans et obtenu pour lui- 
même le loisir de gratifier sa passion pour la guerre sainte et 
de s'occuper d'œuvres méritoires. Après en avoir rendu à Dieu 
des actions de grâoe et répandu de nombreuses aumônes, il 
aanma les peuples du Magreb, Zenatiens, Arabes, Almohades, 
Masmoudiens, Sanhadjiens,Ghomariens, Aurébiens, Miknaciens, 
tribus berbères, troupes soldées et volontaires h venir tous afin 
de participer aux mérites de la guerre sainte. 

Ayant réuni toutes les forces de son empire^ il s'embarqua 
avec elles h Tanger, dans le mois de Safer 674 (juillet-août 
4275), ei aborda au rivage de Tarifa. Cette ville, ainsi que la 
forteresse de Honda, venaient de lui être cédées par le sultan 
Ibn-el-Àhmer pour lui servir de centres d'opération ; une con- 
vention à cet effet ayant déjà eu lieu h l'époque oii le monarque 
andalousien avait envoyé la grande députation de cheikhs au- 
près de l'émir mérinide pour solliciter son appui. A cette occa- 
sion, Abou^Youçof avait posé comme condition essentielle de son 



« Voy. t. II, p. 214. 



78 HISTOIRE DBS BERBÈRES. 

intervealioii la remise de quelques-unes des forteresses qui bor* 
dent le Détroit. Ibn-Hicham, seigneur d'Algeciras, passa la mer, 
trouva le sultan mértinde aux environs de Tanger et lui céda sa 
ville en le reconnaissant pour souverain. 

Abou-Mohammed-lbn-Cbékllola, seigneur de Malaga, s'eni*- 
pressa d'offrir sa soumission à l'émir Âbou-Youçof et de lui 
transmettre, par une députation, les hommages des habitants et 
rinvitation de venir h leur secours. Ce chef ayant ainsi embrassé 
la cause des Mérinides, la servit avec un zèle et un dévouement 
parfaits *. Quelque temps auparavant, lui et son frère Abou- 
Ishac, gendre du sultan Ibn-el-Ahmer, avaient soutenu le mo- 
narque andalousien, et leur père, Abou-'l-Hacen, fut le principal 
meneur de la révolte contre Ibn-Houd et de la conspiration our- 
die par les habitants de Séville contre leur chef Ibn-el-Badji *. 
Ibn-eUAhmer nomma Abou-Mohammed au gouvernement de 
Halaga et Abou-lshac à celui de Guadix ; mais, quand il eut raf- 
fermi son pouvoir et vaincu les autres chefs andalousiens, il se 
brouilla avec les deux frères'. Abou-Mohammed se fit alors 
proclamer souverain de Malaga et de la Gharbïa (poys occt- 
dental) qui dépend de cette ville ; mais, toutes les fois qu'il s'a« 
gissait de combattre le roi ctirétien, les deux frères prenaient 
le parti de leur ancien maître. Abou -Mohammed, ayant alors 
appris que le sultan Abou-Youçof-Tacoub venait de traverser 
le Détroit, lui fit porter sa soumission. 

L'armée qui prit terre à Tarifa avec le souverain mérinide fut 
si nombreuse qu'elle occupa tout le terrain qui sdpare cette ville 
d'Algeciras. Quand le débarquement eut lieu, le sultan Ibn-el- 
Ahmer-Mohaimne^-el-Fakih , fils d'Abou-Debbous*Mohammed- 
es-Cheikh et seigneur de Grenade, accourut auprès du sultan 
Abou-Youçof| ainsi que le raïs Abou>Mohammed-lbn-Chékt- 



« Quelques lignes plus loin, dans le texte arabe, oa trouvera le pas- 
sage dont ce paragraphe est la reproduction. 

« Voy. t. II, p. 320. 

* A la place de WUj U , le traducteur lit U^âaj^ «^ U. 



DYNASTIE MÊRINIDI.-— ABOC-TOCÇOP-TACOUB-IBN-ABD-BL*HACK. 79 

lola, seigneur de Malaga, et son frère, Âbou-Ishac, seigneur de 
Guadix. Tous ces princes témoignèrent au sultan mérinide une 
soumission sans bornes et une joie extrême de le voir. Abon* 
Youçof s'entretint pendant quelque temps avec les deux frères 
au sujet de la guerre sainte et les renvoya aussitôt après dans 
leurs étals respectifs, mais il reçut Ibn-el-Ahmer avec tant de 
froideur que celui-ci en fut blessé et repartit pour Grenade. 

Après cette entrevue, le sultan mérinide poussa en avant jnt- 
qu'à El-Fronlèra, et son fils, l'émir Abou-Yacoub| aoqiiel il 
avait confié un détachement de cinq mille hommes, alla porter le 
ravage dans les plaines et les vallées [du territoire chrétien]. Le 
jeune prince passa auprès d'Almodovar, de Badxa et d'Ubeda, en 
détruisant les moissons, abattant lat arbres, saccageant les mai- 
sons, balayant les troupeaux» toant * les hommes qui avaient pris 
les armes, et enlevant les femmes et les enfants. Il emporta 
d'assaul le fort de Belma {Huelma), dévasta tous les châteaux 
qui se trouvaient sur son passage et revint sur ses pas, tratnant 
à sa suite une foule de captifs. Il venait de passer la nuit auprès 
d'Ëcija, ville sur les confins de l'ennemi, quand il apprit que le 
grand chef. Don Nufio, avait rassemblé toute la population cbré<- 
tienne, jusqu'aux vieillards et aux enfants, et quil s'était mis k 
la poursuite des musulmans afin de leur arracher les prisonniers 
et les dépouilles. 

Le sultan envoya le butin en avant, précédé de mille cavaliers^ 
et il le suivit avec le reste de l'armée. Voyant enfin parattre 
derrière lui les étendards de Tennemi, il mit ses troupes en or- 
dre de bataille et parcourut les rangs de ses guerriers en les 
encourageant par le souvenir de leurs anciennes victoires. Les 
Zenata montrèrent alorscelte bravoure qui les avait tant illus- 
trés autrefois ; et, dans ce combat pour la cause du Seigneur et 
de la religion, ils déployèrent la valeur par laquelle ils s'étaient 
déjà signalés dans des batailles sans nombre. Peu de temps leur 
suffit pour remporter une nouvelle victoire et procurer à la cause 



< Il faut lire J^jJù^ dans le texte arabe. 



80 lUSTOIRB DES BBIBfiRES. 

de Dieu ua nouveau sujet de triomphe. Les bandes chrétiennes 
furent mises en pleine déroute ; leur chef, Don Nuno, fut tué 
avec une foule d'autres infidèles, et une prompte fuite put seule 
soustraire les débris de cette armée aux glaives qui moisson* 
naient ses rangs. Après la bataille, on compta le nooibre de 
morts et on trouva que six mille chrétiens avaient succombé ; 
quant aux musulmans, une trentaine seulement lurent asser 
heureux d'obtenir le martyr*. Ce fut ainsi que Dieu favorisa les 
sieaSt qu'il exalta sa religion et qu'il apprit aux chrétiens ce que 
peut faire une troupe de guerriers qui combat pour sa religion 
et pour la parole divine. 

L'émir des musulmans, Âbou-Youçof ^ envoya la tète de Don 
Nuno à Ibn^eUAhmer qui, dit*on, la rendit secrètement aux 
chrétiens, après l'avoir fait embaumer. En agissant ainsi, Il céda 
aux mouvementâ de l'amitié qu'il leur portait, au désir de con* 
server leur bonne opinion et a la haine qu'il éprouvait pour 
l'Emir des musulmans^ sentiments dont les indices se montré* 
rent très^dairement dans la suite, ainsi que nous aurons l'oc* 
casioa d'en faire la remarque. 

Vers le milieu de Rebift [premier] de la même année (commen- 
cement de septembre 4275), Âbou-Youçof revint k Algeciras; 
et, après s'être conformé aui préceptes du Coran et à l'exemple 
du prophète, en prélevant, au nom du trésor public et pour sub- 
venir aux frais de la guerre, le quint du butin, des prisonniers 
et des bétes de somme, il en distribua le reste h ses troupes 
On assure que, dans cette expédition, les musulmans prirent 
cent vingt^quatre mille bœufs, quatorze mille six cents bétes de 
somme et sept mille huit cent trente captifs. Quant aux mou- 
tons, le nombre en fut trop grand pour être compté ; mais on 
raconte que dans la ville d'Algeciras, ils se vendaient à un di- 
rhem (60 centimes) chacun. Il en était de même à l'égard des 
armes dont on avait rapporté une quantité immense. 



* Selon les historiens chrétiens, l'armée du sultan était beaucoup 
plus forte que celle de Don Nuno de L$«ra et avait fait des pertes très- 
considérables. 



BTNASTIK MÊBlNtD£. — iBOt-YOUÇOF-YACOrB-IBN-ABD-BL-nACK. 81 

L'émir des musulmans passa quelques jours dans Algeciras^ 
et a'élant remis en campagne, au mois de Djomada [premier] 
(oct.-nov. {275), il marcha sur Séville dont il ravagea tous les 
environs S ensuite, il alla dévaster le territoire de Xérès et, do 
là, il revint k Algcciras, après une absence de deux mois. 

Voulant alors posséder, sur le bord de la mer et auprès du 
port; uoe ville où il pourrait installer ses troupes et les tenir 
isolées, de manière à garantir les habitants du pays contre leurs 
videoces et teors exactions, il choisit nn emplaoement dans le 
voisinage d'Algeciras et donna l'ordre d'y élever les bAtiments 
nécessaires. Cette nouvelle ville fut construite scxus la direciion 
d'un homme auquel il pouvait se fier, et elle reçut le nom d'£/- 
Binya {l^édifioe). 

Dans le mois de Rcdjeb 674 (déc.^janv. 4%75*6), Abou- 
Youçof rentra en Maghreb, après une absence de six mois, et 
s'arrêta quelque temps à Casr-Masmouda. Il donna alors l'or- 
dre è Ibrahtm-lbn-Eïça, diefdeU famille Ousnaf-Ibn-Mabfou, 
d'élever uîie muraille autour do Badis, port dé mer et de pas- 
sage situé dans le pays des Ghomara. Arrivé dans Fez, au mois 
de Ghâban(janv.-fév.), ils'oocupa des afialres du royaume, de 
la soumission de quelques révoltés et de la construction d'une 
ville où il pourrait s'établir avec sa cour et toute sa maison. 



""TOimATION DE LA TlLLE-nSOTB (bL-BEXB^-BL^DJBDÎd), PBfeS BB FBX. 

[dRSTBUCTION PUIALE bu PikRTI ALKOHAM.] «— tVÉKBHCNTS 

niTBB8« 

Quand l'émir Abou- Youçof eut combattu les infidèles et ob- 
tenu de Dieu la faveur d'avoir donné à l'islaaiisme un nouveaa 
sujet de triomphe et d'avoir relevé par les armes la puissance 
des musulmans espagnols, il rentra en Maghreb pour goûter en- 



* L'expression l^^^^^ ifi^ , employée dans le texte arabe, est tiiéd 
du Coran^ sour. 47, vers, 6. 

T. IV. € 



-82 mSTOIRB DES BBRBÈEE». 

oere un bonheur en apprenant le sacccs des troupes comman- 
dées par ses officiers et l'extinction dos foyers de sédition qui 
menaçaient la sûreté de son royaume. Cette nouvelle grâce éiaii 
•di|^ne de oelle qui venait de lui être accordée et elle servait Ji 
couronner les bontés dont le Seigneur l'avait comblé. 

Après la prise de Maroc , les derniers restes de la famille 
•d'Abd-el-Moumen s'étaient jetés dans la montagne de Tiamelel, 
premier siège de leur puissance , berceau de leur secte , cî- 
fnetière de leurs khalifes , capitale de leurs aïeux , demeure 
de leur imam et temple de leur Hehdi. Cette localité avait tou- 
jours été pour eux un lieu saint et, chaque fois quSls voulaient 
entreprendre une expédition militaire, ils allaient visiter le tom- 
beau de rimam, dansTespoir d'adirer perses mérites une béné* 
diction sur leur tentative et d'assurer le succès de leurs armes. 
Ils regardaient même ce pèlerinage comme un de leurs plus 
saints devoirs. 

Tous les Almobades qui avaient pu échapper aux coups des 
-Mérinides se réfugièrent dans cet asile et proclamèrent souve- 
rain un descendant d'Abd-el-Moumen nommé Ishac. En Tan 
669(4270-4), ils prêtèrent le serment de fidélité h leur nouveau 
khalife, qui était frère d'Omar-el-Morteda. Bien que la nomind- 
iioD de ce prince eût lieu sous les auspices les plus défavorables, 
ses partisans nourrissaient l'espoir de prendre leur revanche et 
de relever l'empire ahnohade. Le vizir Ihn-Altouch fut le prin- 
cipal meneur de cette tentative désespérée. ^ 

La première chose que fit Mohammed-Ibn-Ali-lbn-MohalIi, 
après avoir été installé dans le gouvernement de Maroc par le 
sultan Abou-Youçof , fut de tourner ses armes contre les Almo- 
bades insoumis et de travaillera leur enlever les partisans qu'ils 
conservaient encore. En l'an 674 (4 2'/ 5) , il fut assailli, à l'im- 
proviste, par les Almohades, mais il les repoussa de manière à 
refroidir leur ardeur tout-à-fait ; puis, dans le mois de Rebiâ 
( oct. } de la même année, il pénétra dans leurs montagnes et, 
après un long siège, il emporta d'assaut leur forteresse qui, jus* 
qu'alors, n'avait jamais succombé. Ibn-Attouch mourut les 
armes à la main, mais leur fantûme de khalife fut fait prisonnier, 



DtlfASTU XÉBllfIDB. — ABOU-YOUÇOF-TACOCB-lBIf-ABD-BL-VACIC. 83 

«vec son cousin, Abou-Satd, fils d'Âbou-'r-Bebîft, et les parti- 
sans qui lui restaient encore. Tous ces malheureux eurent la tète 
coupée en dehors de la porte [de Maroc] , nopimée Bab-es-CheriA, 
et leurs cadavres furent attachés à des poteaux. Le secrétaire 
Ei-Cabaïli et ses fils se trouvèrent dans le nombre des sup-^ 
plîciés. 

Les troupes mérinides jMrtèrent la dévastation par toute la 
montagne de Ttnmelel ; elles ouvriront même les tombeaux des 
khalifes, descendants d^Abd-el-Moumen, et en retirèrent les corps 
de Touçof et de son fils Yacoub^el-Maifôour, afin de les dé(»» 
piter. Cette profanation eut pour auteur Abou-Ati-el-MHtani ■ 
<|iii, après sa révolte k Hiitana, s'était réfugié i la conr du sultan 
Abou-Yooçof et avait olUenu de ce prince la sonveraineté de la 
viHe d'Aghmat. Il prit part à cette expédition et, pour se venger 
d'avoir été chassé de Miltana par les Alniohades-Hafsides, il 
erat ne pouvoir mieux fair« que de violer les tombeaux de ces 
khalifes et de mutiler leurs cadavres. Le sultan fut scanda- 
lisé démette action, mais il ferma les yeux dessus par la consi- 
dération qu'El-Miltani était son hftte. Il affecta même de traiter 
la chose comme une de ces extravagances auxquelles son protégé 
l'avait habitué. 

Bentré dans sa capitale, après avoir fait sa première expédia 
dition en Espagne, le sultan apprit presque simultanément la 
défaite des Alin<>hade8 et la destruction de la famille d'Abd-el- 
Houmen. Ces nouvelles le comblèrent de joie et lui inspirèrent 
une profonde reconnaissance envers le Seigneur. 

Quand la révolte fut étouffée et le Maghreb pacifié, Abou* 
Yottçof vit sa puissance consolidée, sa domination étendue sur 
toutes les parties de ce pays, son royaume agrandi et le nombre 
de sa suite et de ses visiteurs considérablement augmenté. Il 
jugea donc nécessaire de bâtir une ville pour servir de résidence 
h lui-même, aux gens de sa maison et aux grands ofBciers qui 
soutenaient la dignité du trône et le poids de l'administration. 
Par ses ordres, on commença la construction A^El-Beled'-el- 

» Voy. t. m, p. 316. 



84 HISTOIBE »iâ BBRBtRBS. 

Ljjédid (la viUeneuve), immédidleittenli k eôté dd Fez, ol auprès 
do la rivière qui traverse celte capitale. On eo posa les premières 
pierres, le SCboual» 674 (22 mars 4276), et on y employa une 
foule d'artisans e4 d'ouvriers* Le sultan avait même fait venir des 
devins et des astrologues afin de commencer la fondation de sa ' 
ville dans un moment où les planètes oiïriraient un aspect pro- 
pice < Parmi oes hommes , on remarqua deux grands mattres 
fimamsj dans la science astrologique : Abou-el-«Haoefi»lbn*el-* 
Gattan et Aboti*Abd-Àliah4bn*eUHabbak. La ville, construite sur 
un plan dressé par le sultan tui-oiémei lui plat beaucoup et, en 
l'an 674, elle devint la résidence de la famille royale. Où y avait 
élevé de grandes maisons et d'autres habitations, ainsi que des 
palais traversés par des courants d'eau ; aussi , -nous ofFre- 
t->eUe le saonument le plus grand et le plus durable de la dynastie 
mérihidè% 

Ce travail achevé* lesultaafit aussi tôt commencer la eonstruc^ 
tion d'une citadelle dans la ville.de Méquinet. 

Au moment où il traversait )e détroit pour rentrer en Maghreb , 
Talha-lbiHHôhalU s'était mis en révolte et était allé joindre les 
Zenata du mont Axouer, tribus incorporées dans la population 
sanhadjienne [de l'Atlas]. Pour étouffer ce mouvement, il partit 
sur le champ afin de cerner la montagne et, au bout<i'un mois, il 
obtint la soumission de Talha moyennant une amnistie et une 
haute position à ta cour. Il donna ensiitte le tftre de vizir à son 
oiieat» Feth-^AIIah-es^d^ati) et lui accorda le traitement ordî^ 
nairede cet emploi. 

Qaelque temps après, il envoya à Yaghmoraoen l'équivalent 
du cadeaQ qu'il avait reçu de cet émir , au moment de partir 
pour l'Espagne ; ses occupations pendant la dernière campagne 
no hii ayant pas permis de répondre plus tôt à cette m^irqne de 
coasidératîon^ L^ofFrande qu'il fil présenter à l'émir Abd«el- 
Ouadile se composa d'une tente magnifique de fabrique maro^ 
caine, plu^urs mors de cheval, les uns dorés, les autres argen- 
tés^ trente mules et mulets très-actifs , les uns portant des 
selles à la persanoe pour hommes , les autres portant des 
selles de femmes, plusieurs ballots de cuirs apprêtés de la 



DYUaSTIB hAmiiiidi. — abou*touçof-tacoiib-ibn-abd-xl-hack. 86 

maniera diie drcassienne, et one quanlité de ces autres objets 
préoieaz que les souverains de l'Afrique recherchent ë Tenvi et 
qu'ils sont fiers déposséder. En Tan 675 (4276-7)!, Mohammed-' 
lbn*AbdH»l«Gaouï, ëmir des Beni-Toudjtn e( seigneur du Ooan- 
çhertoh, envoya au sultan quatre chevaux, les plus beaux qu'il 
put trouver dans tout le Maghreb [central]. Ce cadeau, bien 
que composé d'un petit nombre d^objets. ne manqua pas de faire 
grand plaisir. 

Pendant ce dernier temps, Abou-Youçof organisait «ne 
expédition contre les chrétiens et, h la suite de ses préparatifs, 
il mil en mouvement les populations de toutes les provinces du 
Maghreb. 



SfiCONPB SXHOITION DE l'SV» DBS mSULflUNS BK BSPAGIIB. 



L'Émir des musulmans étant rentré de sa première expédiw 
tion en Espagne, dompta les insurgée du Maghreb, et rétablit 
Tordre dans les frontières de ce pays. Ayant alors envoyé d^w 
cadeaux aux princes qui {régnaient sur les pays voisins] et fopdé 
la Ville^Neuve pour iuj servir de résidence, il se rendit k Maroc, 
vers le commencement de Tan 675 '(juin-juillet, 1276], afin de 
pourvoir à la sûreté des pr.ovinees [qui entourent cette capitale] 
et de prendre les mesures nécessaires pour en assurer la soumis* 
sion. Il passa ensuite dans le Sous, pays dont il fit visiter 
toutes les parties par un corps de troupes sous les ordres de son 
viiir Feth'^AIlaa. 

Ayant alors repris le chemin de sa capitale, il somma toutes 
les tribus du Ma^rebde lui fournir descontingents pour la guerre 
sainte. Comme leur empressement ne répondit pas à ses désirs, 
il renouvela Tappeletse rendit a Ribat-el-Feth, pour en attendre 
le résultat, mais il s'impatienta bientôt de lenr lenteur et partit 
avec sa suite pour CBsr-el-Medjaz. Quand ces contingents furent 

* C'est à tort qac le texte arabt?, tant des roanoscrits qtie de Tim^ 
primé, porte la date de 676. 



M mSTOlM DB8 BKtKfiRKS. 

enfin arrivés, il traversa le détroit et débarqua a Tarifa vers ht 
fin de Moharem [676] (juin-juillet, 1277). Delà il marcha sur 
Ronda, en passant par Algésiras, et, dans la première de ces 
villes il trouva les deux frères Abou-lshae-Ibn*Chektloula, sei- 
gneur de Gomarès, et Abou-Bfobammed, seigneur de Malaga, 

qui étaient venus pour le seconder dans cette expédition. 

Au jour anniversaire de la naissance du Prophète (40 du pre- 
mier Rebift — 44 août 4 277) , Varmée combinée campa sovs les 
murs de Séville, forteresse dans laquelle le roi de Galice, fils 
d'Alphonse * , s^élait enfermé pour éviter une bataille rangée. 
L'émir Abou-Touçof ayant reconnu que Pennemi opérait une 
sortie afin de protéger les habitants de la ville , mit son 
armée en ordre de bataille, plaça son fils, Témir Abou-Ya- 
coub, à la tête de Pavant-garde et se porta en avant. Par cette 
attaque il fit reculer les chrétiens, et les ayant poursuivi 
jusqu'à la rivière, il les força à rentrer dans la ville. Pendant 
toute la nuit, la cavalerie musulmane parcourut les environs de 
Séville il la lueur des incendies qu'elle avait allumés. Au lende- 
main, le sultan passa dans l'Axarafe ' et s'y tint campé avec son 
armée jusqu'à ce qu'il eut dévasté et ruiné toutes les^ parties de 
cette région en y lançant de nombreux détachements. Après avoir 
enlevé d'assaut te Hisn-Galantana,te Hisn-Djeltana et le Hisn-eN 
Coléïa ' , il repartit pour Algéciras où il fit son entrée vers la 
fin du même mois (fin d'août 4277) , suivi d'une fdule de prison- 
niers et d*un butin énorme^. 



< C'est Don Alphonse X, roi deCastille, que Tauteor veut désigner. 

* L'Axarafe de Séville est un vaste côieau, couvert d'oliviers, de 
figuiers et de vignes. Il s'éteod à Toocident de cetie ville et jusqu'aux 
environs deNiebla. 

» Peut-être Alcala de Goadaira. 

* Ceci est le somoiaire de tout on chapitre du Carias, Dans ce 
dernier ouvrage, l'aoleur ne respecte pas toujours la vérité; il avait à 
ménager les Beni-Merlo. à les exalter, à les flatter, afin de se faire par- 
donner le crime d'avoir composé une histoire de leur dynastie. L'on sait 
qu'ils avaieût défendti aux auteurs de traHer un pareil sujiet. 



DTKA&TIB HÈMINIDB. — ABOC-TOtÇOF-TACOUB*lBN-lBD>SL-BACK. 8T 

Vers le milieu du mois de Rebià second (sepiembre) , quand if 
eut laissé reposer ses troupes et partagé les dépouilles, il envahit le 
territoire de Xérèset/pour faire goùler aux habitants de cette leca* 
lité toute Tamertume de la guerre» il abattit leurs arbres et brftla> 
leurs maisons; ravageant ainsi toute cette région dont il mas- 
sacra une partie de la population et traîna le reste en esclavage. 
D'après ses ordres, l'émir Abou-Yacoub partit avec un détache- 
ment de l'armée afin d insuliet* les environs de Séville et leschâ*- 
teaux situés sur la rivière [le Guadalquivir]. Le jeune prince 
livra au pillage les forts de Hota \ de Chelooca, de Ghallana eti 
et d'EI-Canater^, ensuite il ravagea la banlieue de Séville et s'ea 
retourna auprès de son père. Ils rentrèrent ensemble à Algéci- 
ras pour donner du re|K)s à leurs guerriers et faire le partage 
du butin ; puis^ ils organisèrent une expédition contre Cordoue. 

Pour exciter l'ardeur de ses troupes, Abou-Youçof leur fit un. 
tableau séduisant du beau pays qu'elles allaient envahir et des 
richesses dont jouissaient les habitants de celte région favorisée. 
Voyant que toute Tarmée répondait avec joie h son appel, il quitte- 
Algéciras, vers le conimenoemeni [du second] Djomada (com- 
menoément de novembre 4277), et se mil en marche, après avoir 
invité Ibn-el-Ahmer à lui amener des renforts. Il fil la rencontre 
de ce monarque dans le voisinage d'Archidona et l'accueillit avec 
grandes marques d'honneur, en lui exprimant sa vive ^atisfac» 
tion de le voir si empressé à combattre les infidèles. Ils mirent 
alorsle siège devant le Hisn-Beni-Bechir et l'ayant pris d'assaut, 
ils passèrent la garnison au fil de l'épée, réduisirent les femmes 
en esclavage et mirent l'édifice en ruines après avoir enlevé tous 
les trésors qu'il renfermait. Abou-Youçof envoya alors plusieurs 
détachements dans les plaines voisines afin d'y porter Te ravage 
et de faire du butin. L'armée s'enrichit promptement de cette 



^Variantes : Ourla^ Zouta. 

* Ce dernier nom signifie ies ponts y les arcades, — Le tradncteur ne 
trouve pas ici, è Alger, les moyens de fixer la position et de recon- 
naître les noms modernes des châteaux andalousieos donlF il est 
mention dans ce chapitre. 



98 mSTOlRI DES BEUftRES. 

façon et coDliniia sa marche jusqu'à Cordoue en fouillant les vil- 
lages etlesl)9l>itations qui se trouvaient sur son passage. Quand 
elle arriva devant cette ville, dont la garnison se tenait à l'abri, 
derrière les remparts, le sultan fit dévaster les fermes et les vil- 
lages des contrées voisines par de nombreux détachements. Le 
ehâleau de Berkouna fut emporté de vive forée; Ârjona subit en- 
suite le même sort, et une troupe envoyée du c6té de Jaen fil 
souffrir à cette ville un châtiment semblalileàceluido Gordoue. 

Le roi chrétien évita toujours do risquer une bataille et laissa 
dévaster ses provinces ; puis, ayant acquis la certitude que tout 
son pays allait éiro ruiné, il sollicita une suspension d'armes. 
L'Émir des musulmans profita de cette occasion pour témoigner 
ses égards à Ibn-el-Ahmer d'avoir assisté à la guerre sainte, et 
lui fit parvenir cette demande en Tautorisant d'y faire telle ré- 
ponse qu'il jugerait convenable. Le sultan espagnol se décida 
pour la paix, avec l'approbation de son allié auquel il démontra 
les grands avantages qui devaient en résulter aux habitants de 
l'Andalousie qui, du reste, la désiraient depuis longtemps. 

Après h ratification du traité, l'Émir des musulmans évacua 
K3 territoire chrétien et se dirigea vers Algéciras. En passant par 
Grenade, route qu'il avait choisie afin de faire honneur à Ibu-el- 
Ahmcr, il hii présenta tout le butin enlevé pendant cette campa- 
gne. Il fil son entrée à Algéciras le 1*' Redjeb de la même année 
(98 novembre 1 277] et, quand il eut fait reposer ses troupes, il alla 
mettre des garnisons dans ses forteresses et prendre possession 
de Malaga. 

IBN-CBEKILOLA CÈDE LA VILLE DE OALIGA AG SULTAN HÉRINIUE. 

Les fils de Ghekîlola* , rivaux d'Ibn-el-Ahmer. appartenaient 
à une famille tellement puissante que les musulmans espagnols 

Le mot Echekilola ou Chékilola paraît être une aUéralion du sobri- 
quet e&fiagnol Ckica Lola(lapelUe Lolotte, la pelUe Dotores). L'aïeat 
l><>tarnel de eci i^inccd cUiil probabletiieot luic enclave clu'élienao. 



DYNASTIE 1IÊE1»1]>E.^-*AB(HI--YOI]ÇOF-YACOIJII-1BN-ABD-BL*BACK. 89 

Pi^vaifiiit oru assez forte pour les protéger contre les chrétiens. 
Ils se nommaient Abou-Mohamaied*Abd-Allah el Aboii*-Isbac- 
IbraMm. Lear père, [Aii-}lbii-Cbektlola , portait te snrnom 
d'Abou-'l^Haoen. Aboa*-Mohammed ëpoosa la fille d'[lbo-el- 
Abmer le Cheikh]j etaequil, ainsi que son frère*, les bonnes grâces 
àùGQ souverain el partagea avec loi le pouvoir suprême. A IMns- 
tar de leur père, les deux Chekîlola soutinrent franchement le 
soUafi de Grenade dans ses guerres contre Ibn-Houd et les autres 
chefs qui aspiraientà Pempire; mais ce prince, quand il eut affermi 
son trône, leur enleva tonte ',l*autori té el les réduisit au rang de 
simples visirs« Son gendre, Abou-Mohammed, reçut alors le 
gouvernemeoi deâlalaga et de la Gbarbiâ ; son beau-frère, Abon- 
^1-Hacen, obtînt celui de Guadix, et Abou-Ishac-lbrahtm, fils 
d'Aboii-'l-Bacen, fut sommé gouvernear de Comarès. Bien que 
ces chefs fussent très<>mécontents de la conduite du sultan h leur 
égard, ils se tinrent tranquilles, sans chercher à lui nuire; mais, 
après sa mort, événement qui eut lien en 674 (4272-3) , ils for- 
mèrent le projet d'enlever le pouvoir k son fils et successeur, 
Mohammed^eUFaktb. 

[L'aanée suivante,] le sultan Abou-Youçof était h faire le siège 
de Tanger quand il reçut la visite d'AbDu-Sa}d[-Feredj] , fils du 
seigneur de Halaga, qui vint avec Abou-Abd-Allah*lbn-Acdértl* 
pour lui communiquer un message de la part de son père Abou- 
Mobammed. Il accueillit ces envoyés avec de grands témoignages 
d'égard et les congédia en leur faisant des promesses magni- 
fiques. 

En l'an 673 (f274-&), à la suite de cette ambassade, Abou- 
Mobammed fit porter an souverain mérintde une déclaration 
d'obéissance signée par lui-même et par les habitants de Malaga ; 
et, en retour, il reçut un brevet qui le confirmait dans son gou- 
vernement. Abou-Saîd-Feredj , fils d'Abou-Mohammed, passa 



* Son frère, Abon-Iâhac, avait aussi épousé une fille du mémo snl 
tan. Voy. ci-devant, page 78. 

' Yar»ute : Aidril. 



90 HISTOIU DES BEtiftKBS. 

dans le pays de chrétiens, mais il revint avant l'expiratîo» 
d'une année et fut tué à Malaga. 

En 674, Abou--Youçof étant débarqué en Espagne pour la pre- 
mière fois, rencontra Âbou-Mohammed è Algéciras avec Ibn-el* 
Ahmer et, après les avoir consultés au sujet de la guerre sainte, 
il les renvoya dans leurs états. En 676 (4 277) , lors de sa seconde 
expédition en ce pays, il trouva Abou-Mohammed, seigneur de 
Malaga, et Abou*Ishac, seigneur de Guadix et de Gomarès, 
qui Tattendaient k Algéciras. Ces chefs le suivirent h la guerre 
sainte. A leur retour, Abou -Mohammed tomba malade et, au 
commencement du mois de Djomada de cette année (oct'-nov.) il 
cessa de vivre. Quand le Ramadan (février) fut passé, son fils 
Mohammed alla trouver le sultan Abou-Youçof qui se reposait à 
Algéciras, après son expédition, et le pria d'accepter sa dé- 
mission et de prendre possession de Malaga. Abou-Ztan-Mendft 
fut nommé par son père, le sultan, au commandement de cette 
ville et partit avec un détachement de troupes pour s'y installer. 

Avant de se rendre auprès du sultan, Mohommed, filsd'Abou- 
Mohammed , avait donné Tordre h son cousin, Mohammed-eU 
Azrac, fils d'Abou*-l-Haddjadj-Youçof-lbn-ez-Zerca, de faire 
apprêter plusieurs chambres dans la citadelle pour la réception 
du sultan; ce qui fut exécuté dans Tespace de trois jours. L'émir 
Abou-Ztan, étant arrivé sous les murs de la ville, y fit dresser 
ses tentes, pendant qu'une troupe de Mérinides, conduite par 
Mohammed-Ibn - Amran -Ibn - Abla , allait occuper la citadelle. 

De celte manière, les Mérinides devinrent maîtres de Malaga, 
ville dont le sultan espagnol avait espéré obtenir possession lors 
de la mortd'Abou-Hohammed-Ibn-Chektlola, surtout en pensant 
que son neveu s'y prêterait volontiers. Quand cet espoir fut 
déçu, son vizir Abou-SoUan-Âztz, natff de Dénia, se rendit au 
camp d'Abou-Ztan, en dehors de Malaga, et pria cet émir de 
remettre la ville au souverain de Grenade. Le prince s'y refusa 
avec beaucoup de hauteur et, trois jours avant la fin du Rama- 
dan, il fit son entrée dans la place. Abou-Soltan s'en retourna 
après avoir fait une démarche inutile* . 

« Littéralement : il en revint avec les boUeé A Honein, — En Irac, 



DTNASTIB MtUniDl» — ÀBOIHTOOÇOV^YAGOUB-lBN-Atflh^L-HACK. 91 

AaoommeooemeDi du mois suivant, le saltan Âboa*YoaçoC 
àortit d'Âlgéch-as et, six jours après, il arriva aux environs de 
Malaga. Les habitants furent tellement heureux de passer sous 
son autorité, qu'ils ornèrent les façades de leurs maisons et sor- 
tirent en foule pour le recevoir. U y resta jusqu'à la fin deTarroée 
et, en partant, il y installa une garnison sous les ordres du nou- 
veau gouverneur, Omar^Ibn*Yabya--Ibn-Moballj, client et pro- 
tégé de la famille royale des Beni-Mertn. Il plaça auprès de cet 
oflRcier on corp» de guerriers mérinides commandé par Ztan-Ibn* 
Abi-Âïad, auquel il recommanda de traiter Mohammed-Ibn- 
Chektiola avec de grands égards. 

En Tan 677 {i 278- 9) , il rentra en Maghreb après avoir exalté 
en Espagne le drapeau de sa souveraineté et soutenu la cause de 
l'islamisme. Tout le monde fut rempli de joie eu apprenant son 
arrivée et tous les cœurs ressentirent la plus haute admiration 
devant les faveurs dont le Seigneur l'avaient comblé. Ces grftces 
excitèrent, néanmoins, la jalousie d'Ibn-el-Ahmer et amenèrent 
une rupture entre les deux sultans. 



dans la ville de Blra, demearait uu cordonnier nomoié Hooetn. Un 
arabe bédouin, monté sur on chameau, vînt lui acbeier une paire de 
bottes. L*on ne s'accorda pas sar le prix. Ton se dit de gros mots, et 
l'arabe finit par s'en aller. Donein voului alors jouer un tour à celte 
mauvaise pratique : il prit les deux bottes, sortit de la ville et en dé- 
posa Qoe sur la route que Tarabe devait prendre pour se rendre au 
douar. A une lieue plus loin, il jeta l'autre par terre et se- cacha. 
L'arabe partit le soir, monté sur son cLameao, et vît ooe botte sur le 
sable. Par Dieu 1 s'écria-t-it, voilà une des botles d'Hooeio; siTautrey 
était aussi, je descendrais pour la ramasser. Il continua sa route et 
trouva Taulre botte : Ah I dit-it. j'ai bien eu tort de ne pas prendre 
raoïre botte! j'aurais maintenant U paiie. Après avoir réfléchi un 
instant, il fit agenouiller son cbamean et, pour ne pas le fatign?r, 
il le laissa là et s'en fut chorcber la botte qu'il avait vue d'abord. Bo- 
nein profita de son absence pour voler le chameau. Le bédouin 
rentra chez loi avec une paire de bottes de plus et on chameau de 
moins . 



9% BISTOIIS DXS mBftRBS. 

ttlf-*BL«ABMBR COIlTaACTK UIIB ALLUlfCt ATBC LB ROI CHBÉTIBH ^ 
BT YAGmOBACBR, B'AGCOB» AYBC BTZ, KNTBATB £BS OPBBATIOBff 
D'aBOO TOUÇOF POCB L^BHPtOlBB Ml QDITTBB LB MAGSBBB. "^ 
OBFAITB IB TAGHBIOBACBII A KHABZOCZA. 

Quand l'Émir des musulmans/ Abou«'You(of, pas» en Espagne 
pour ia première fois, il eut une rencontre aveo les chrétien» 
auprès d*Ecija, ei, dans ce conflit qui coûia la vie k Don Nuno, il 
remporta une victoire sans égale et une gloire inunorteUe. Ibn*- 
el-Âhmer fut bien loin de s'attendre h un pareil succès et com- 
mença à craindre le vainqueur: ne pouvant pas oublier comment 
Youço{-Ibn-Tacbefin et les Almoravides avaient traité Ibn-Abbad, 
sultan deTAndalousie'. Ses aprébensions augmentèrent davan-* 
tage quand il s'aperçut que les fils doChekîlola et plusiàjars autres 
chefs étaient disposés à reconnaître Pautoriié du souverain mé- 
rioide. Le bon accord qui avait régné entre les deux sultans fut 
tellement troublé par ctit esprit de méfiance qu'à Tépoque ou 
Abou-Youçof revint en Espagne pour la seconde fois, Ibn-el- 
Ahmer s'abstint d'aller le voir. ^ 

Une correspondance poétique, conçue en forme de remon- 
trances et dans laquelle les secrétaires qui l'avaient rédigée par- 
laient au nom de leurs maîtres, s'établit alors entre les deux 
cours. Nous allons indiquer ici le» pièces dont elle se composa. 
La première est un poème adressé par le sultan Ibn-el-Ahmer k 
l'émir Abou-Youçof, en l'an 674 (1275-6), h l'époque où celui- 
ci se disposait à rentrer en Maghreb après la défaite des chré- 
tiens et la mort de Don Nuno. Ce morceau eut pour auteur 
Abou-Omar-lbn-el-Morabet, secrétaire du Sultan de Grenade. 
Ecrit SOUS Tiniluence de la crainte que l'ennemi inspirait encore 
et composé dans Tespoir d'amener un rapprochement entre les 
deux souverains, il fut, rétilé devant Abou-Youçof dans une 



■ ■ ■ ■ m'mm-f^^rmnntrvm 



* Voy. t. II, p. SO. -^ Pour rhisloire des Abbadides, il faut surtout 
consulter la riche coilectico de docomenls arabes que M. Dozy a pu- 
bliée en 1852, sous le litre de Scripiorum arabum loci de Abbadidis, 



K 



DTIf AftTIB ■£RIN1DB . — ABOU^Y OUÇOF-TACOUB-IBIV-ABD-BL- HAGK . 93 

soirée, peadanl son séjour à Algéctras. Nous la reprodaisous 
ici : 

Parmi ceux qui vont au Tehama ou dans le Nedjd^ , y a^^t-it 
un ami qui veut seconder [mon] amour ? 

ramonr [m^]appetle! qui [m']aidera à [lui] répondre et à 
[me] tourner vers lui? qui [me] soutiendra? 

Voici le sentier du salut clairement tracé; y a-t*t/ en Bs^ 
pagne ou en Afrique un homme disposé à suivre la honme voie ? 

Un homme qui désire le bonheur étemel * dans le jardin dU 
Parodié et qui craigne de voyager vers la Géhenne embrasée ? 

toi qui désires remporter sur l'ennemi une glorieuse vio- 
toire, réponde à la voix directrice ; tu y trouveras la force 
et le bonheur, 

Marche avec espoir et d^un pas rapide vers le salut ; être 
iien dirigé, e'eêt le salut pour celui qui se laisse guider, 

toi qui dis : A demaio jé me tournerai vers Dieu, sans 
aveir reçu la certitude que tu vivras jusqu'à demain^ 

Ne te laisse pas égarer par l'oubli de la mort ; si le moment 
d'acquitter cette dette n'est pas encore arrivé ^ il est bien près 
de Pure 1 

Tu as devant toi un long voyage^ quinese fait pas deux foie; 
Commence tes préparatifs. 

Ife sais-tu pas que teut voyageur a besoin de provisions ? 
fais donc les tiennes. 

Voici la guerre sainte, première des (mtvres pies I fais-en 
taprovisionj afin que U voyage soit heureiÀX. 

Voici le bivac dans le pays de P Andalousie; pars de là, re- 
vienS'^y, pour plaire à Dieu t 

* Pour les aa^ieDB poètes de i* Arsl>ie, le Nedj, pays de hautes col* 
Hoes, et le Tehama, basses terres du côté de la mer, semblaieat être le 
monde eoUer. Yonlaient-ils désfgoer la totalité de la Dation arabe, ils 
disaient teux qui montent dons h Nedjd et ceux qui descendent dans le 
Tehama. Ponr exprimer 1» même idée, ils emptoyaient les mots : 
raîhoun oua ghadoun, c'est-à-dire ceu9 qui arrivent et ceux qui s'en 
Vùnt. 

* Lisez iWJt dans le texte arabe. 



94 HISTOIRE DBS BBRBfcHBS. 

Le9 péchés ùnt noirci ton visage; fais en sorte de paraître 
blanc dans la présence du Seigneur. 

Bffàee tes fautes par des larmes; c'est par des larmes 
qu^on efface les fautes volontaires. 

Qui veut renoncer au péché pour se tourner vers le Seigneur? 
gui veut imiter V exemple du Prophète? qui veut trouver la 
bonne voie? 

Qui veut purifier son âme par la ferme résolution de sou- 
tenir la religion de Mahomet ? 

Pourras-tu admirer les villes du pays de P ennemi, tant que 
Dieu n'y sera pas adoré ? 

Mépriseras-tu les pays des musulmans ? subiras^tu les tn- 
sultes des trinitaires^ oppresseurs de ceux qui croient au Dieu 
unique ? 

Que ]de mosquées dans cette terre qui ont été converties en 
églises / meurs^en de douleur! n^y sois pas insensible! 

[Ici, dans les manuscrits, se troave une lacune de deux vers.] 

On voit le prêtre et la cloche sur le haut du minaret ; le vin 
et le porc au milieu de la mosquée! 

Hélas I on n'y entend plus les prières des gens pieux qui se 
baissent j qui se relèvent et qui se prosternent. 

On voit à leur place une foule de réprouvés ^ pleins d'arro^ 
gance, qui jamais de leur vie n'ont fait profession de la 
vraie foi. 

Chez eux, combien de captifs^ hommes et femmes^ qui dé- 
sirent la liberté sans pouvoir se faire racheter ! 

Que de jeunes filles appartenant à notre peuple * , qui 
vivent enchaHiées chez eux et qui voudraiefU être dans la 
tombe ! 

Que d'enfants que leurs parents regrettent d'avoir mis au 
monde! 

Que d'hommes dévots , liés avec des chaînes ^ qui pleurent 
le sort de leurs voisins chargés de fers ! 



* A la place dejjtMt^il faulsubstiluerj^&À* 



MHASTII ■tRINlDI.--*ABO0-TOi;COF-TACOUB-IBll-ABDHtL*flACK. 95 

Que de tnartyrs auxquels la pointe de la lance et la lame 
de l'épée ont départi la mort sur le champ de bataille I 

Les anges du ciel gémissent de leur état^ et les hommes à 
^œur de roche compatissent à leurs maux. 

Frères! vos eceurs ne se fendent^ils pas de douleur en n/ms 
voyant décimés par la mort et par l* apostasie ? 

Ne penserex-vous pas aux liens d'amitié ^ d'affectiùn et de 
-sang qui vous unissent à nous ? 

Est-ce ainsi que les chrétiens secourent leurs frères ? eux 
dont les glaives vengeurs ne dorment jamais dans les four- 
reaux. 

Hélas I la fierté de l'islamisme s^est éteinte y fierté si ardente 
autrefois I 

Où sont vos fermes résolutions^ qu'elles ne s'accomplissent 
pas ? Le glaive peut^il couper à moins d*étre dégainé ? 

Enfants de Merîn! vous êtes nos voisins ; c'est de vous les 
premiers qtÂe nous devons implorer secours» 

La guerre sainte vous est prescrite comme un devoir ; hâlez^ 
vous de la faire, afin d'accomplir l'obligation la plus essen^ 
tielle, la plus rigoureuse. 

Choisissez entre les deux bonnes choses [la victoire et le 
martyre] ; que Dieu devienne votre débiteur et recevez [de lut\ 
les belies vierges [du Paradis] . 

Voici les portes de ce jardin qui s'ouvrent ; regardez les 
houris assises qui vous attendent. 

Qui veut se vendre au Seigneur ? qui veut acheter de lui la 
la félicité étemelle ? 

Dieti a promis de soutenir la vrai religion ; sa promesse est 
sûre^ hdtez-en l'accomplissement. 

Voici nos frontières qui se plaignent à vous de votre [oubli], 
comme les pauvres se plaignent aux riches qui vivent dans 
Vopulence. 

Pourquoi, dans ce pays, les musiUmans sont-ils divisés ^ pen-- 
danfque les infidèles vivent dans une union parfaite? 

[Ici, dans los manuscrits, se trouve une seconde lacune de deux 
lignes.] 



96 IQSTOIBB DBS BBlBËUtS. 

Vatit é(es Us troupes * d^ Dieu, [assez nombreuses] pour rem- 
plirVunivetSi et if ous gémissez sur U sort de la rtHgùm 
admirable et uMquel 

Comment pourrez^vous ^ demain^ vous justifier auprès de 
notre Prophète ^ vous fui n^avez pas encore préparé votre 
excwe ? 

Que répondrez^ous, s'il voi^ dit : « Pourquoi avez-^vous 
» négligé mon peuple? pourquoi Vavez-vous abandonné à lu 
» perversité de l'ennemi *? » 

J'en jure par Dieu qtie, même sans avoir une punition à 
craindre, ta honte qu'on éprouverait devant le Prophète serait 
[un chdtùnent] suffisant ! 

Frères ! invoquez sur lui la bénédiction divine et demandez 
son intercession au jour du jugement , 

Travaillez àsoutenir sareligion, et y lors de la résurrection ^il 
votM abreuvera des eauœ les plus douces du lac céleste. 

La réponse à cette pièce fut composée par Abd-el-Aitz, poèto 
du sdtao Abou-Youçof ; aous eo donnons ici le texte : 

Nous voici I nous voici ! ne crains pas l'ennemi pervers ! 
etc. 3 

Malek-^Ibn-Morahhel répondit aussi à la mémo pièœ par le 
poëme suivant : 

Que Dieu en soit témoin^et toi, 6 terre! porte témoignage! etc. 

Pour répondre à ces deux derniers poèmes , Ibn-eUMornbet 
composa celui-ci .- 

Dis aux tyrans et aux ennemis jaloux^ etc. 

En Pan 676(1277-8), quand Abou-Youçof passa en Espagne 
pour la seconde fois, Ibn-eUAhmer désira se raccommoder avec 
lui ; aussi, le jour où ils se rencontrèrent, ibn-Morabet récita au 
solUain mérittide le poôme que nous reproduisons ici : 



* Pour ga^6*- lisez {fiyts 

* Pour 3«X#a3 lisez ^Sjiii 

> Pour 4IU4JJ lisez «^J, 
reste de cette pièce. 



DimASTR ■tRmiDK. — AB0IJ*T0(;Ç0F-TAC0UB«1BN-ABD-EL-HACK. 97 

BoniMnouoêlUpour les partisans^ de Dieu el pour la foi I etc. 

La séance terminée, AboQ-Tooçof ordanna à son poète Abd« 
«1-Asti décomposer une réponse à celte pièce et, dans une seconde 
réunion, 'A la Gl réciter devant Ibn-ei-Abiner. En voici le texte : 

Aujourd'hui, sois dans la joie et dans la sécurité^ etc. 

Après la mort d'Abou-Mohammed-Ibn-Cbéktlola, le sultan 
Aboa-Yonçof se rendit niaitrede Malaga et de la Gharbïa, acqui* 
aitions dont il appréciait haateihent l'importance ; mais Ibn*el-* 
Ahoier en éprouva tant d'inquiétude et do mécontentement qu'il 
^M)ntracta une alliance avec le roi chrétien. Par ce nouveau traité, 
les denx souverains s'engagèrent k combiner leurs efforts afin 
d'expulser le sultan Abou-Yottçof de r Andalousie, etlbn-eUAhmer 
M vit ramené à la position sobordoocée que son père avait oc* 
x^upéo comme allié des chrétiens. Il croyait cependant garantir 
ainsi son autorité <«t s'ossurar no appni que, saoe cela, il 
n'aurait pas pu espérer en sa qualité de musulman. Le roi chré- 
lien profita de cette occasion pour rompre la trêve qui subsistait 
entre lui et Aboa- Yooçof et pour donner l'ordre h sa flotte d'aller 
bloquer la garnison mérinide qni se trouvait dans Algéciras. Peu* 
dant que les navires des chrétiens se tenaient mouillés dans le 
Détroit pour couper les communications entre ces troupes et le 
territoire africain, le govvernenr mérinide de Malaga, Omar-Ibn- 
Yehya^Ibo^Hobalii, abandonna le parti deses compatriotes. 

LesBeni-Mohalli, une des principales familles de la tribu des 
Botouïa, avaient été confédérés et alliés de la famille [mérinide] 
de Hammama-lbn-Mohammed, depuis l'époque où celle-ci vint 
s'établir «Q Maghreb. Abou*Melak-Abd-el-Back épousa Omm-el- 
Yomen (mère de la félicité), fille do Mohalli, et ce fut d'elle que 
naquit Abou-Youçof-Yacou&'lbn-Abd-el-Hack. Femme d'une 
grande piété, elle fit le pèlerinage do la Mecque en l'an 643 [i 245-6) 
et revint en Maghreb l'an 647. Cinq années plus tard, elle partit 
pour rOrient une seconde fois, et fit un pèlerinage de suréroga- 
tioo ; puis, ayant repris la route de son pc fs, elle mourut au 



» Pour <T>^ lisez «-^-^ 



T. IV. 



98 HISTOIRE DBS BBBtltRBS. 

Caire, Tannée suivante. Tous les parents de celte ferame joiïis^ 
saient d'une haute faveur auprès du sultan Abou^Youçof, tant à 
cause de TalfinUé qui existait entre euiL et lui que delà grande in^ 
fluence qu'ils exerçaient dans leur tribu. Aussi, quand ce mo-^ 
narque eut effectué la conquête du Maroc, capitale desAImohades, 
ii confia le gouvernement de cette ville et de toutes les provinces 
qui en dépendent à Hohammed~lbn-Ali, petit-fils de Mohalli. Ce 
fonctionnaire administra avec une rare habilité, depuis l'an 668 
(1 269) jusqu'à 1 an 687 (4288-9). Il mourut sous le règne du sultan 
Youçof-lbn-Yacoub. 

En l'an 676 (4277-8), quand Moharamed-ibn-Chéktlola se ren- 
dit ii AlgéciraSy après la mort de son père, le raïs Abou-Moham- 
med, et livra au sultan la principauté de Malaga, ce monarque, 
avant de rentrer en Maghreb, fit choix d'Omar, fils de Yahya et 
petit-fils de Mohalli, pour gouverner sa nouvelle acquisition ainsi 
que toutes les places fortes étions les districts de la Gharbïa. 

Talha-'Ibn-Yahya , frère d'Omar et homme d'un caractère 
hardi, résolu et hautain, profita de sa parenté avec le sultan pour 
obtenir sur lui un grand ascendant. Ce fut de sa main que mou- 
rut Yacoub-lbn-Abd-Allah-Ibn-Abd-eUHack\ àGhabouIa, en 
l'an 668 (1269-70). Quatre années plus tard , il aida-Peth- 
Allah-es-Sedrali, client et vizir^du sultan, à combattre, sur le 
Kodia-t-cI-Araïch, auprès de Fez , le gouverneur du Maghreb, 
Abou-'l-Ala-lbn-Abi-Taiha.lbn-Abi-Coreich,EnTan674(4275-6), 
il se révolta lui-même et passa dans le Monl-Azouer, au moment 
où le sullan rentrait de sa première expédition en Espagne. 
Gracié bientôt après, et admis do nouveau dans la société intime 
du sultan, il oublia ces faveurs en Tan 676, se rendit d'Algéciras 
a Grenade et se fit ensuite transporter dans le Rtf. Ceci eut lieu 
vers l'époque où le suUan rentrait de son voyage h Malaga. Du 
Rîf, il passa dans le pays du Sud et, après avoir vécu quelque 
temps au milieu des Beni-Toudjtn, il repartit pour l'Espagne, 



< Voy. p 48 de ce volume. — Dans le lextc onbe, il faul insérer les 
mois (jjj M *XAfi après le mot t->i " 



DYUaSTIB ■fiRlNIDI.-*-Am)U-YOV)ÇOF-T:iCOini-IBN-ABD-IL*HACK. 9^ 

l'an 677 (4S78-9), aa moment où le suUan Âboa-Youçof allait 
faire la guerre à Ibn-el-Ahmer et an roi chrétien. 

La flotte chrétienDe avait déjà pris position dans le Détroit 
po«ir empêcher les troupes mérinides en Espagne de commuai-* 
quer avec l'Afrique, quand Omar, le gouverneur de Malaga , 
cuBiprîi que l'équipée de son frère l'exposerait lui-même à 
la colère du sultan Abou- Youçof et, pour éviter ce danger, il se 
mit en relation avec Ibn-el-Ahmer, qui venait de rentrer à Gre- 
nade, et consentit à kii céder la ville de Malaga en échange de 
Salobrena et d'AImunecar. Cette négociation fut entamée et cou- 
dnite par Talha, sur les instances du sultan espagnol. Quand les 
troupes de Grenade parurent devant Malaga, Omar 6t arrêter 
Ztans-Ibn-Abi-ETad, commandant de la garnison mérinide, ainsi 
que Mohammed lbn*Chékflola, et remit alors la ville à Ibn-^- 
Ahmer. Ce prince y fit son entrée vers la fin du Ramadan de Tani 
(677 — février 4279). Omar-lbn-Mohalli alla s'installer dans 
Salobreiia et y transporta, avec ses trésors, tout l'argent et tout 
le matériel militaire qu'Abou-Touçof loi avait confién. 

Ibn-el*Ahmer et le roi chrétien se donnèrent alors la main 
pour empêcher le sultan mérinide de rentrer en Espagne et, 
s'étantj'adressés h Yaghmoraoeo, seigneur de Tlenncen, ils le dé» 
cidèrent à rompre avec Aboo-Youçof et h lui créer des embarras 
en faisant des courses dans le territoire du Maghreb. Par ce 
moyes, ib espérèrent empêcher les Mérinides de passer en Es* 
pagne pour y faire la guerre sainte. Les trois princes se firent 
réciproquement de riches cadeaux : Yaghmoracen envoya k 
Ibn-el-Ahmer trente chevaux de race avec une quantité d'étoffîifs 
de laine, etcosnilaB lui expédia dix mille pièces d'or, comme 
équivalent de ce don. Le chef Abd-el-Ouadile, ne voulant pas 
accepter de Targeni en retour d'un cadeau, chargea Ibn-Me- 
rouan, l'envoyé grenadin, de rapporter celte somme à son 
maître. 

L'émir Abou-Youçof se trouvait à Maroc quand on vint lui 
annoncer l'alliance des trois souverains et l'interruption des com- 
munications avec l'Espagne. Il était arrivé dans cette ville en 
Moharrcm 677 (mai-juin 1278), bienlêt après son retour de la 



400 mSTOIRB DK3 BBRBftRM. 

goerre sainte. Sa présence y était devenue nécessaire b cause des 
brigandages auxquels les Arabes-Djochem de la provindo ée 
Temsna se livraient sur les grandes routes. H venait de les faire 
rentrer dans le devoir quand il apprît la trahison d'Ibn-Mohallî 
à Malaga et le siège d'Algécîras par le roi chrétien. 

Le 3 Cboual (47 février, i^l9) , il se ihit en route pour Tan- 
ger et, en passant par Tcunsna, il apprît ^uo l'ennemi avait com- 
plété rinveslissement de la forteresse espagnole le 6 du même 
mois, «t qu'il devait bientôt la prendre parce que sa flotte la 
tenait bloquée depuis le mois de Bebiâ (juillet-août 1^6). 
Comme la garnison demandait avec instance l'envoi de secoure, 
Abou- Youçof (it ses dispositions pour traverser le Détroit, mais, 
en ce moment même, il lui arriva encore une contrariété : Mas- 
oud«lbn-Kanoun , émir des Djocbem^Sofyan se mit en révolte à 
Nefts, chez les Hasmouda, le 5 Dou-'l-Càda (24 mars 4279), et 
rassembla autour de lui les gens de sa tribu et une foule d'autres 
guerriers. A cette nouvelle, il partit pour combattre le rebelle, 
après avoir fait prendre les devants è son petit*iils, Tacheftn^ 
Ibn-Abi-Malek, et è son vizir, Yahya-lbn-flazem. L'approche de 
l'armée mérinide suffit pour disperser les insurgés, qui prirent 
la fuite en abandonnant leurs tentes et leurs bagages. Une frac* 
tion des Sofyan, les Hareth, fut complètement dépouillée. Masoud 
se jeta dans la montagne de Sekciouï où il fut bientôt cerné par 
les troupes du sultan. L'émir Abou-Zian**Mendil , qui passa 
alors dans le Sous pour y rétablir l'ordre , rejoignît son père, 
Abou-Toaçof, vers la fin de l'année. 

.Algéciras était alors sur le point de succomber, et les faabi* 
tants, découragés par la longueur du siège, l'acharnement de 
l'ennemi et le manquede vivres, avaient (ué [allaient tuer] leurs 
enfants pour les sauver do l'esclavage. Un si triste état de choses 
exigea un prompt remède ; aussi, le sultan ordonna -t-il à son fils, 
l'émir Abou-Yacoub, de quitter le Maroc et d'aller au secours 
des assiégés pendant que la Oottu irait attaquer celle de l'ennemi. 



' Dann le texte arabe il faut supprimer le root ^^ 



* ••« «-"*■.• • ■•• 

mrilASTIB KfiRmiDC. ABOO-ltMrÇOr-TACobB-lBK-ÂBD-FL-nVcs/lOf ' 

Arrivé à TaogBriUos Id mois de Sa(er 678 (juiQ-juiltct 4279), 
ee prÎBoe Ci porter à toutes les villes de la cAtc l'ordre d'équiper 
J^urs Aâvires pour une expédition et de les réunir à Ceota, k 
Tanger et à Salé. Il distribua en même temrs de l'argent aux 
troupes et Uor remonta tellement le moral, qu'elles se décidèreni 
èr eombaUre jusqu'à la mori. Le légiste Abou-Uatem^eUAtéfi, sei- 
gneur de Cauta, déploya le plus grand zèle à remplir les ordres 
éa aulian et il embarqua dans la flotte tous les guerriers de sa 
ville, juaqti'aux jeunea gens et aux vieillards. 

BMI-^*Abmer apprit avec douleur la position des musulmans 
mferviés daoa Algéciras et regretta vivement d'arotr contribué h 
leurs malheara par aoo alliance avec le roi ehrétien. Pour répa- 
rer sa iaute, il rompit le traité qui Tattacbait aux infidèles et fit 
équiper des navires dans les ports d'AlmuQecar, d' Alméria et de 
Malaga, dans le but de secourir le$ vrais croyants, 

La flotte musulmane, an nombre d'environ soixanle*dix béti- 
■lents parfaitement équipée , se réunit enfin dans le port de 
Geuta et s'étendit ensuite d'un bord du détroit jusqu'à l'autre. 
L'émir Àboa-Youçof lui confia son propre drapeao et, le SRebiA 
premier (4 9 juillet 1279) il donna Tordre de mettre à la voile. 
Ces navires quittèrent Tanger et abordèrent à Gibralfar, la veille 
d'un jour fortuné, de l'anniversaire delà naissance du Prophète 
40B«bîA premier -«-24 juillet). Au lendemain, tous les marins 
«adossèrent la enirassc et la cotte de mailles } puis, ayant écouté 
les exbortationa de leurs prédicateurs et fermé la résolution de 
soutenir bravement la cause do Dieu, ils entamèrent le combat en 
poussant leur cri de guerre : El-Djinna I El4>jinna I {le paradis ! 
Uparadit / ). Il ne leur fallut qu'un instant pour joindre la flotte 
ennemie, oonposée de quatre cents voiles, pour accabler lescbré-» 
tiens d'une grêle de flèches, les mettre en déroute, les noyer, les 
•abfer et prendre leurs navires. Ensuite, ils forcèrent l'entrée du 
port d' Algéciras et jetèrent ainsi une grande perturbation parmi 
les assiégeants. Le roi chrétien, n'osant ])as attendre l'arrivée de 
l'armée commandée par l'émir Abou-Yacoub [fils du sultan], 
abandonna ses positions et leva le siège. Les femmes, les enfants 
et la garnison de la ville se répandirent au dehors et ramassa* 



• • • • ^» • 

• I • • • • 






HUTOIU DBS BBHBfcUff. * 

rent une telle quantité de blé, de fruits et d'autres vivres laissas 
par Tennemi, que les marchés de la ville en furent parfaitement 
approvisionnés pendant plusieurs jours, jusqu'à ce que les lieux 
voisins purent y envoyer des convois. 

L'émir Abou-Yacoub s'enopresaa de traverser le Détroit et 
contribuer par sa présence à Feffroi des inGdètes ; mais, avant 
d'envahir leur pays, il résolut de châtier Ibn-el^Ahmer. Pour 
effectuer son projet plus facilement, H offrit la paix au roi chré- 
tien el lui proposa de réunir leurs forces et de mettre le siège 
devant Grenade. Le roi, intimidé par la puissance des Mérinides 
et très-coorroucé contre Ibn-el-Ahmer d'avoir secouru la vilh» 
d'Algéciras, accepta la proposition et envoya une compagm'c 
d'évèques au camp mérinide pour conclure le traité. L'émir 
Abou-Youçof fit conduire ces personnages auprès de son père le 
sultan, qui n'avait pas encore quitté le Maghreb ; mais ce monar* 
que désapprouva complètement le projet d'alliance, disgracia 
son fils et congédia les envoyés. Abou-Yacoub revint en Afri-^ 
que avec une députation composée d'habitants d'Algédras 
et trouva son père le sultan dans la province de Sous, où 
il l'avait laissé. 

Abou-Zîan-Mendtl, fils d.' Abou-Youçof, ayant alors reçu de 
son père le conunandement des troiipes mérinides en Espagne^ 
s'établit dans Algéciras, conclut un traité de paix avec le roi 
chrétien, et entreprit le siège de M arbella *, forteresse appartenant 
à Ibn-el-Ahmer. Après avoir bloqué celte place par terre et par 
mer, il dut renoncer à l'espoir de s'en emparer à cause de la ré-, 
sistance qu'elle lui opposa. Quand il fut rentré à Algéciras, les 
places fortes de la Gharbïa s'empressèrent de reoonnattre son 
autorité afin de se garantie contre le roi chrétien. L'arrivée des 
renforts expédiés du Maghreb lui permit alors de mettre le 
«iége devant Ronda , et, pendant qu'il faisait tous ses efforts 
pour réduire cette place, I0 roi chrétien, soutenu par les Ghékt- 



* Telle est la bonne leçon. Dans l'édition du texte arabe il fautsup< 
primer la première ;par.tic de. la nqle (1}. 



DYHàSTIB lift RIMIOB . — ABOU-y OCÇOF^ YICOUB-IBN-ABD-BL* H ACK . 4 03 

lola et par Ibn^ed-Deltl, envahit le territoire musulman afin 
d'attaquer Ibn-el-Âhmer dans Grenade. 

Le sultan andalousien comprit aîors la nécessité de se récon* 
cilier avecles Mérinides et invita Témir Abou-ZIan à une confé- 
rence. Nous parlerons, plus tard, do cette entrevue qui eut lieu 
dans le voisinage de Marbella. 

Le sultan Abou-Youçof leva enfin le camp qu'il avait établi au- 
pied du. Mont Sekctona et alla faire quelques courses dans le Sous 
avant de rentrera Maroc. Il attendit dans cette ville la fin de lir 
guerre contre les Berbères-, et partit ensuite pour Fez, d'où il 
envoya des proclamations dans toutes les parties de son empire 
afin d'appeler le peuple à la guerre sainte. Dans le mois d& 
Redjeb678 (nov.-dée. 4279), il fit son entrée dans Tanger et 
put alors juger de la mauvaise tournure que les affaires de l'Es- 
pagne avaient prise depuis son départ de ce pays. Il reconnut que 
le roi chrétien avait obtenu une grande supériorité sur Ibn-el- 
Ahmer et qu'il visait h la conquête de toute la péninsule. 

En 679 [4280-'4) , le roi chrétien marcha contre Grenade sur 
la prière d'Aboa-H«-Hacen*-Ibn*Abi-Ishac-Ibn-CbéktIola, seigneur 
de Guadix, mais, après avoir assiégé cette ville pendant quinze 
jours, il abandonna Tentreprise. Pendant son expédition il avait 
eu pour alliés tous les princes de la famille Chéktiola, rivaux 
déclarés du souverain de Grenade. Dans sa retraite il eut à corn* 
battre les troupes zenatiennes au service d*Ibn-el-Ahmor. Ce 
corps de guerriers, voulant soutenir dignement son ancienne ré- 
putation, se mit en marche , sous les ordres de Talha-lbn- 
Yahya-lbn-Mohallîet deTachefîn*Ibn-Moti, chef des T}rbtghtn«. 
Ils atteignirent Tennemi auprès du château de Moclin * et lui 
tuèrent sept cents cavaliers. Dans cette rencontre, oii Dieu as- 
sura la victoire aux musulmans, Othman-lbn-Mohammed-Ibn** 
Abd-el-Hack, prince de la famille des Beni-Mérin, remporta la 
couronne du martyre. 



* Variante: riri^/Mn. Voy. ci- devant, page 26. 

• Moclin : les hi.storiens arubes ce? ivent Bt-^MoihHn (^^aXaI^ 



En Tan 680 (1281-2) ïc roi chrétieD mit le siège décent G 
nade à la prière du rais Aboo-Mobaminod-Âbd-Allah[-ibii«Ché^ 
ktlola], seigneur de Guadix, et, bien qu'il y r^neneftl au boul de 
quelques jours, il n'ei» conserva pM moins une grande supério*' 
ri lé sur les musulmans espagnols. Le suUan Abou-Yonçof fui 
pénétré de douleur à Ta^peci de leurs malheurs, el, voulant dé* 
livrer Ibu-el-Ahmer des humtliaiions dont l'ennemi l*abrenvait^ 
il lui fit proposer une suspension d'armes et an traité d'alliance.. 
Celte offre fut repoussée parce que le sultan mérinide avait de- 
mandé avant tout, que la ville de Malaga loi fût rendue. 

Abou «Youçof se remit alorsà travailler afin d'apf^nir les obsta- 
cles qui auraient empécbé une nouvelle expédition contre les* 
chrétiens. Un de ses plus graves embarras fut Tatlitode peu 
rassurante de Yaghmoracen, dont il avait appris d'une manière 
eertainOi les liaisons avec Ibn^l-Ahmeret le neveu d'Alphonse*. 
Le chef abd-el-ouadite auquel il proposa un nouveau traité de 
paix, dévoila toul-è*fait ses intentions hostiles el déolarft 
ouvertement qu'étant devenu l'ami des Espagnols , tant mu«^ 
sulmaus qu'infidèles^ il était bien résolu h envahir le Maghreb*. 
L'Émir des musulmans, se trouvant ainsi dans Ifr nécessité de 
marcher contre lui, rentra a Fez, vers la fin de Choual ( 679 -— ^ 
février 1281), après avoir passé trois mois il Tanger. Voulant 
toutefois se ménager un prétexte pour commencerdes hostilités,' 
il envoya un ambassadeur k Tlemcen avee la commission de 
sommer Yaghmoracen à faire la paix avec les Beni-Toudjin, 
alliés de l'empire mérinide, et à retirer ses troupes de leur pays«. 
Cette demande excita au plus haoi degré l'indignation- du prince 
abd-el-ouadite el le confirma dans son égarement. 

Vers la fin de l'an 679 (avril 4284 ) , k suHan expédia de Fee 
une armée sous les ordres de son fils^ Abou-Yaooub, et, peu de 



* Le texte arabp perle le fils du frère d^Alphonse, L'auteur aurait dû 
écrire le roi. Les historiens arabes rapportent souvent d'une manière 
W-ès-inexacte les noms des rois chrétiens. 



DIHASTIB MBINiDB. ABaU*YOeÇ^-TàCQ0B*>iBN-ABD-BL-BACK. 40K 

temps après, il alla la rejoindre à Téza. Parvenu au Molouïai il 
s'arrêta pour laisser arriver toutes ses troupes et ensuite il se 
rendit à la Tafna eu passant par Mama. Tagbmoracen vînt kit 
offrir bataille à la tête desZenata et de ses alliés arabes, lesquels 
traînaient après eux leurs lentes et leurs troupeaux. Les princi- 
paux chefs des deux armées se mesurèrent d*abord, les armes à 
la main; ensuite, les soldats montèrent h cheval et s'élancèrent 
au eombat. La rewxuilre «ut Ueu à RharBouia, dans le Melab- 
Tafna, L'ftmir des musdmaM avait placé la oavalerie de sa 
garde sur une des ailes de Varmée^ et, sur l'autre, les escadrons 
ecosmaïKlés par so» fils Abou-YaoMib. Le conflit se prolongea jus*- 
ija'att soir, mais, au momenl où l'os atlaîl se livrer au repos, 
les Beni*Alxi^l*Oaad eoaimenoèreni leur retraite en abandon^ 
oanl bagages, bétes de somme^ armes et tentes. Pendant toute 
oeile nuit, les trovpes d'Aboii-*Toaçof restèrent à cheval et, 
au point du jour, elles se mirent à la poursuite des fuyards. Tous 
les trottpeeux des Arabes nomades tombèrent au pouvoir des 
Hérioîdes. Le vainqueur pénétra dans le pays de Yaghmo- 
racen, puis dans celui des Zenata, et rencontra Mohammed-^bn-^ 
AbdHïUGaouï le toudjtnide à Bl* Caçabat. Aecompagné par ce chef, 
il porta le ravage dans le territoire abd>-el-ouadite et, Payant en* 
suite congédié avec les troupes toudjinides, il tint la ville de 
Tiemcen étroitement bloquée jusqu'il ce que ses alliés fussent 
rentrés dans le Ouancfaertoh, région où la vengeance de Yagh* 
moracen n'était plus à craindre. H décampa alors et revint à 
Fez dans le mois de Ramadan 680 (déc.-jdnv. 4284-2). 

Au commencement de l'année suivante (avril 4282), il se ren- 
dit de Pez à Maroc d'où il envoya son fils, Abou-Yacoub, dans le 
Sous, afin d'y rétablir l'ordre. Il était encore à Maroc quand il 
reçut un message du roi chrétien qui» obligé maintenante soute^ 
nir une lutte contre son propre fils {DonSanche), implorait le 
secours des Mérînides. Heureux de pouvoir entretenir la dis- 
corde parmi les chrétiens et gratifier en même temps son amour 
pour la guerre sainte, il consentit volontiers h secourir son an-^ 
cien ennen^i et partit sur le champ afin d'entrer en Espagne le 
plus tôt possible. 



406 msTWfts tan iBtttÊiis: 



Boif SANCiu [Chandja] si RÉyoLn coktkb son ptas, lb roi 

CHBATIBR. — SDR LA PRIBBB DB CBLUI-CI , L^ÉIIIR ABOU-TO€ÇOF 
PA8SB BK BSPAGHB POUR LA TROISilUiB FOIS. 



Après son expédUîon coDtre Tlemcen, le suliao Abou-Yonçof 
revint * à Fez d'où il partit pour Maroc. Pendant son séjour dans 
cette dernière ville^ une ambassade, composée de patrices, de 
grands et de comtes du peuple chrétien, vint lui exposer que 
Sanche, fils de leur souverain, s'était mis en révolte et, qu'ayant 
été soutenu par une partie de la nation, il avait vaincu son père. 
« Notre roi, ajoutèrent-ils, se voit donc forcé d'implorer le se* 
» cours de votre majesté ; étant convaincu qu'avec l'aide de 
» l'Émir des musulmans, il doit recouvrer son royaume, i» 

Le sultan s'empressa d'y donner son consentement, dans l'es* 
poir de pouvoir faire tourner à son propre avantage la désunion 
qui régnaitparmi leschrétiens*et, s'étant rendu àCasr*el-HedjaB, 
il traversa le Détroit, après avoir invité ses sujets è le suivreet à 
prendre part aux mérites de la guerre sainte. Débarqué à Aigé- 
ciras, dans le mois de Rebiâ second 684 (juillet-août 4283), il^ 
réunit les garnisons de ses forteresses espagnoles et alla se poster 
h Sakhra4*EYad >• Le roi chrétien y vint le trouver, en s'humi- 



* Dans le texte arabe H faut remplacer le mot j^^^par 

* Dans une dépêche officielle adressée par le sultan Abou-Youçof à 
Philippe-le-Hardt, roi de France, dépêche qui se trouve encore dans les 
archives du royaume, le monarque africain déclare qu'en prêtant son 
appui au roi Alphonse, il n*avail agi ni par aucune vue d'intérêt, ni 
pour agrandir ses états, mais uniquement pour soutenir ce prince in- 
forloné. Voy. le mémoire composé sur ce sujet par M. de Sacy et 
inséré dans le recueil intUulé : Mémcnrés de V Académie des Inscriptions 
et Belles^Lettres, tome ix. 

s Variante : Sakhra-tr-Eibad. Celte forteresse était probablement 
située dans le voisinage de Sévillc. 



]»THÀ8TIISi«IinDB.^-A10U*T0IIÇ0P-TlC0im-IiR-AllD^L-aÀ€K. 407 

liaol devant la puissance de l'islamisme el en mettani tout son 
espoir dans Pappni dn snltan. Âbon^YonçoC racoueillit avec les 
honnears dos à ud grand souverain^ mit à sa disposition une 
somme de cent mille [pîàces d'or} qu'il tira du trésor publio, et, 
pour en assurer le remboursemeot^'^il reçut en gageais oouroono 
du roi, la même couronne qui se conserve encore dans le palais 
des Mérinides et qui forme on de ces titres^de gloire dont la pos- 
térité dn sultan est justement fière. Accompagné du roi, son pro- 
tégé, le sultan mérinide envahit le pays de l'ennemi et mit le 
siège devant Gordoue, ville dans laquelle Sanche s'était enfermé 
avec ses partisans. Après avoir attaqué laTplace pendant quel- 
ques jours, il se mit k en parcourir les environs et, s'étant ensuite 
dirigé vers Tolède, il en dévasta les alentours. De le, il poussa 
en avant jusqu'au château de Madjrtt [Madrid) sur l'extrême 
frontière, et, dans cette course, il enleva tant de butin que le 
camp en regorgea. Dans le mois de Ghftban (novembre) de la 
même année il revint à Algéciras. 

Ibn-el-Ahmer ayant appris qu'Omar-lbn-Moballi avait re- 
connu l'autorité du sultan mérinide, déclara U guerre è ce chef 
et loi reprit la ville d'Almunecar. Au commencement de cette 
année (avriUmai) , il le tenait assiégé [dans 9abbrena],roais il dé- 
campa à l'approche d'une Qotte que le sultan y expédia aussitôt 
qu'il fut rentré à Algéciras. ibn-Hohalli étant alors accouru au- 
près de son sauveur, lui offrit sa soumission avec les hommages 
du peuple de Salobrena* et, en récompense de cette démarche, 
il reçut sa confirmation dans le gouvernement de la >ille ; mais, 
oubliant bientôt la grâce qu'il venait de recevoir, il se déclara 
pour Ibn-el-Ahmer dans le mois de Choual de la même année 
(janvier 4283). Cette défection lui procura encore do la part du 
sultan espagnol, le gouvernent d'Almunecar. 



LS SCLTAN FAIT LA PAIX ATSG IBN-BL-AHMR , UTS LI Blfiai DB 
■AlAGA BT BBFBBITD LA OUBBBB 8AIRTB. 

L'appui que le sultan du Maghreb venait de donner au roi 



408 msTOiAB Dfes inBitii. 

ehrélien réveilla lesappréhdMton8|d'tbii-el-Ahinef à on tel point 
qa'il forma ane alliaDce avee Don Sanche et, bian qa^il ne reo^ 
dtl attoan service à œ prince, il n'attira pas moins les malheurs 
de la guerre sur VAndalousie* Le roi chrétien ayant emporté de 
grands avantages sur son fils, revint [vers Algéciras] avec Abou- 
Youçof qui prit aussitôt ses dispositions pour faire le siège de 
Malaga. 

Vers le commencement de Pan 688 (avril 4Î83), Abou-You- 
çof sortit d'Algéciras h la tête de son armée et, quand il eut 
réduit toutes les places fortes de la Gharbïa , il investit la ville 
de Malaga. Ibn-el-Ahmer ressentit alors les dangers de la posi- 
tion dans laquelle il s'était mis et, prévoyant les conséquences 
fâcheuses de ses intrigues avec Ibn-Mohalli au sujet de Malagar 
il essaya d'éviter l'abtme vers lequel son imprévoyance Tavait 
conduit. Le seul moyen de salut qu'il put imaginer fut de s'adres- 
ser b Abou-Yacoub^ (ils et succcesseur désigné du sultan méri- 
nide, en le priant de travailler h un raccommodement qui per- 
mettrait aux peuples musulmans de combiner leurs efforts contre 
l'eanemi commun. 

Heureux de mériter la bénédiction divine par l'accomplisse- 
ment d'une tâche aussi louable, Abou-Yacoub quitta le Maghreb 
k ^instant même et, dans le mois de Safer [mai], il débarqua en 
Espagne et trouva l'Émir des musulmans campé sous les murs de 
Malaga. Son intervention fut d'autant plus elBcace qu'Abou* 
Yooçof soupirait après le bonheur de combattre les infidèles 
et de mériter la faveur divine en contribuant an triomphe 
de la parole de Dieu. La paix, promptement conclue , mit le 
comble aux vœux d'Ibn-^el-Ahmer et releva le courage des vrais 
croyenls. 

Rentré à Algéciras, le sultan de Maghreb lança plusieurs dé- 
tachements sur le territoire chrétien et , vers le commencement 
de Bebià second, 682 (commencement de juillet), il partit lui- 
même, h la tête de l'armée, et marcha sur Tolède. En passant 



C'est à tort qu'on a imprimé AbotÂ^Youçof ûtïtis le texte arabe. 



^ imiASTIB HtinfIDB. — ABOII-tOIIÇOr*YACOOI-JBlf-ABI>*BL-HACK. 409 

auprès de Gordoue^ il en dévasta les environs et prit cpMiqiies 
châteaux ; pais, s'élant dirigé vers El-^Btra, il laissa un eorpe de 
troupes pour observer Baésa et poussa rapidement en avant. 
Après avoir traversé un pays tont^è-fait désert, il arrivai le 
troisième jour, à El-Btra, ville située dans les dépendances de 
Tolède K Ses cavaliers parcoururent les plaines voisines et les 
laissèrent couvertes de sang et de ruines; aussi, avant que Par- 
mée eût atteint Tolède, elle se trouva tellement chargée de butin 
qu'elle ne put plus avancer. Pour s'en retourner, elle prit une 
autre route et elle arriva devant Ubeda après avoir saccagée! 
massacré tout ce qui se trouvait sur son passage. Le sultan, 
voyant que l'ennemi ne voulait pas s'aventurer hors de la ville, 
revint au camp, près de Baéza et, après avoir passé trois jours 
è dévaster les environs de cette place et k couper les arbres, 
il se tourna vers Algéciras, où il arriva dans le mois de Bedjeb 
(octobre 4283). Quand il eut fait le partage du butin^ il con6a 
à son petit-fils, Eïça-Ibn-Abi-Malek, le commandement d' Algé- 
ciras, puis, le cinquième jour après sa rentrée de cette expédi- 
tion, il s'embarqua pour le Maghreb. DeuK mois plus tard, Eïça 
mourut eu comballaut les infidèles. 

Parti de l'Espagne au oommencement de Chàban (fin d'oct.) , 
le sultan descendit à Tanger avec son fils, Abou-Ztan-Mendtl, et 
après s'y être reposé trois jours, il prit la roule de Fez. Arrivé 
dans sa capitale, vers la fin de Chaban (nov.) , il y resta pen- 
dant un mois, afin d'accomplir le jeûne et les dévotions du Ba^ 
madan; et puis, ces devoirs remplis, il partit pour Maroc avec 
l'intention d'inspecter ses provinces méridionales et d'y rétablir 
l'ordre. Voulant jeter d'abord un coup d'œil sur les districts de 
Salé et d'Azouer, il passa deux mois à Bibat-el-Feth avant de se 
rendre h sa destination. 

Au commencement de l'an 683 (mars-avril 4284), il fit son 



* Dans l'édition imprimée du Cartas on Mi El-Beréh^ à la place à'EU 
Bira, Celte localité, située à Iroîâ journées de marche de Baéza et à une 
journée de Tolède, nous est introuvable. 



440 HISTOlilB DBS BBRBfcRBS. 

entrée à Maroc où il apprit qae le roi chl^étien, fils d'Alphonse ^, 
venait de mourir et queSanche, cefilsdénataré, avait réuni souà 
son autorité toute la population chrétienne. A cette nouvelle, il 
sentit renattre sa passion pour la guerre sainte; mais avant de 
s'y engager, il envoya contre les Arabes du Sous, son fils Aboû- 
Tacoub, afin de mettre un terme à leurs brigandages. Ce prince 
poursuivit les rebelles jusqu^à Es-SaguTa-t-el-Bamra, extrême 
limite de la partie habitée de celte région, et les contraignit à 
se jeter dans le Désert où beaucoup d'eotre eux moururent 
de faim et de soif. Ayant alors entendu dire que le sultan 
était malade, il reprit la roule de Maroc, mais, en y arrivant, 
il le trouva parfaitement rétabli et prêt à recommencer la 
guerre sainte par reconnaissance de la grâce que BieU venait de 
lui accorder. 

LB StLTAN PASSB BN BSPAGltB POUft LÀ QUATRIÈMB FOIS. SIÉGB 

DB XÉBÈS. — AUTBB8 OPftBATlONS HILITÀIBBS. 

L'Émir des musulmans ayant formé la résolution de passer 
encore en Espagne, fitTinspeclion de ses milices et des troupes 
do sa maison, afin de compléter ce qui pourrait manquer à leur 
équipement. U invita aussi toutes les tribus du Maghreb à venir 
se ranger sous ses drapeaux. Dans le mois de Djomada second 
683 (août -sept. 4284), il quitta Maroc ; vers le milieu Chà^ 
ban (oct.-nov.), il descendit à Ribat-el*Feih où il fit le jeûne 
du Ramadan ; de là, il se rendit à Goçour-Masmouda et, vers 
la fin de l'année (février 4285) , il commença à envoyer en Es* 
pagne ses troupes soldées cl ses [volontaires. Débarqué lui- 
môme h Tarifa, le 4*' Safer 684 (7 avril), il alla passer quel- 
ques jours à Âlgéciras. S'étant alors mis en campagne, il poussa 
jusqu'à la Guadalète d'où il expédia plusieurs détachements de 



* Notre auteur aurait dû écrire le roi chrétien, Alphonse, fils de Fer- 
dtnand. 



'DTHÀ8T1S MiRIlf IDB . — ASOII-TOIIÇOP-TACO0B^B!f-ÀBD-BL-H ACK . 141 

cavalerie pour ravager les plaines voisines. Après avoir pillé^ 
incendié et dévasté toute.cette partie du pays chrétien, il investit 
Xérès et en fit dévaster les environs. 

Les garnisons qu'il avait laissées dans ses forteresses espa-* 
gnôles et qu'il venait de rappeler auprès de lui, commencèrent 
alors à arriver, et son petit-fils, Omar*Ibn-Abi*Malek*[Âbd-èl« 
Ouahed], lui amena une foule de guerriers maghrébins, tant ca- 
valiers que fantassins. Ël-Azéfi, de son côté, lui fournit un con- 
tingent de cinq cents archers. Quand Ichjs ces renforts furent 
arrivés, le sultan fit tenir à son fils et successeur désigné, Aboii* 
Ya^onb, Tordre d'appeler à la guerre sainte tout ce qui restait de 
musulmans en Maghreb et, vers la fin du mois de Safer, il donna 
un drapeau de commaudement et mille cavaliers à son petit^fib, 
]fansonr-Ibn-[Abi-Malek]-Abd*el*Ouahed,et le dirigea contre 
Sévilie. Cette troupe ramassa un butin considérable et, à son 
retour, elle traversa le territoire de Garmona ^n pillant, en mas- 
sacrant et en faisant descaptifs, de sorte qu'elle rentra au camp 
chargée des dépouilles de l'ennemi. 

Le vizir Hohammcd-lbn-Ottou reçut alors du sultan l'ordre 
partir avec Mohammed>lbn-Amran*lbn*Abla, et de faire la re- 
connaissance du cbAteau d'El-Ganater et [de la ville de] Rota. 
Sur leur rapport que ces places étaient en mauvais état et mal 
gardées, Abou-Youçof donna, pour la seconde fois, à son pelit- 
fils, Omar-Ibn-[Abi-Malek]-Abd-el-Ouahed, le commandement 
de mille cavaliers et l'envoya, le 3 Rebià (40 mai) dans la plaine 
de la Guadalète. Après avoir tué beaucoup de- monde, dévasté 
tout le pays, brûlé les ifloissons, arraché les arbres fruitiers et 
détruit les maisons, on rapporta de cette expédition assez do 
bulin pour remplir tout le camp. 

Le8 Rebiâ [premier, 15 mai 1285) un détachement de Tannée 
surprit le chàleau d'Arcos cl enleva tout ce qu'il renfermait. Au 
lendemain, Téinir Abou-Moarref fut placé par son père, le sultan, 
à In tèiede mille cavaliers et partit pour surprendre ^ et ravager 



* Dans le telle arabe il faut lire I^aU 



412 llttOIM WB BBMlin. 

las environs de 6ë ville. La garnison se iint enfermée dans la place 
et laissa dévaster les campagnes, brAIer les moissons, couper les 
arbres, enlever les paysans, ei emmener les troopeaax ; aussi, 
lesmnsnlmans en rapportèrent un bntin énorme. 

?ers le milieu de Rebift [premier], le sultan confia, pour la 
troisième fois, un détachement à son petit-fils, Omar, et lui or* 
donna d'attaquer un château situé dans le voisinage du camp. It 
lui fonmit, de plus, une compagnie d^archers, un corps d'où* 
vriers avec leurs outils, une bande de Masmoudiens et les guer- 
riers de Geuta. Le cb&teau. fut emporté d'assaut, la garnison 
passée au fildel'épée , les femmes et les enfants furent emmenés 
en esclavage et tes murailles de la forteresse renversées à 
terre. 

Le 47 du même mois, le sultan monta h cheval et marcha 
contre Sacout «, château pea éloigné du camp. Il y mit le feu, 
en tua la garnison et emmena les habitants en captivité. 

Le 20 du même mois, Abou-Tacoub, prince héréditaire, ar- 
riva du Maghreb avec une armée très^nombreuse et composée 
de levées faites dans toutes les tribus. L'Emir des musulmans 
vint à cheval au devant de lui pour le complimenter et, le même 
jour, il passa ces troupes en revue et reconnut qu'il y avait treize 
mille Masmoudiens et huit mille Berbères du Maghreb, tous vo* 
lontaires qui désiraient prendre part à la guerre sainte. Il plaça 
alors sous les ordres de son fils [Àbou-Yacoub] cinq mille hom- 
mes de la troupe soldée, deux mille des volontaires, treize mille 
fantassins et deux mille archers, en le chargeant de porter la 
dévastation dans les environs de Sévill^. Abon-Yacoub entra en 
campagne, précédé par des éclaireurs, et, arrivé h sa destina- 
tion, il se mit k ravager, h tuer et à faire des captifs. Il prit d'as- 
saut et pilla plusieurs châteaux et, s'étant tourné vers les coteaux 
de TAxarafe et le bocage delà plaine de Séville, il y détruisit les 
villages et emporta encore quelques places fortes. Quand il eut 
vaincu toute résistance et fait un butin immense, il revint au 
camp du sultan. 

' VariaDtes : Micaut, MontacmU, 



DTNÀSTIE MÊRnflDB.— ABOU-TOUÇOV-YlCOUB-nN-ABD-EL-HACK. 1 1 3 

Le^cleBebiàsecond (44 jttin),rémir Abbu-Zîan-Mendtl ar* 
riva de Tarifa à la tête d'une atmés musulmaDe très^oombreuse. 
Le lendemain, il fut confirmé dans le commandemonl de cette 
troupe par le sultan et; s'étant fait appuyer par un autre cnrpa, 
il se jeta sur les territoires de Carmona et du Guadalquivir. La 
garoisoB de la ville sortit pour le repousser, mais elle fut vigou- 
reusement ramenée et contrainte à s'enfermer dans la place. On 
attaqua alors une tour située près de Carmona et, au boat 
d'une heure, on y pénétra de vive force. Âbou-Ztan continua 
l'ouvrage de dévastation en parcourant les lieux cultivés et alla 
déboucher dans le territoire de Séville. Recommençant alors ses 
ravages, il y fit des dégâts énormes et prit d'assaut une tour d'oà 
on avait l'habitude de guetter les mouvements des musulmans. 
Il mit le feu à cet édifice et rapporta au camp un grand butin. Le 
43 deBebift second, l'émir Abou->Yacoub se mit en marche, par 
Tordre du sultan, et pénétra de vive force dans l'Ile de Kabtour^. 

Le 2 de Djomada (premier — 7 juillet) le sultan confia le corn- 
mandemeal d'un corps de troupes k Talha-Ibn-Yahya-Ibn- 
Mohalli. Ce chef qui, en l'an 675 * avait pris une part si active 
^ux intrigues de son frère Omar, relativement à la ville do Ma- 
Jaga, était allé h \a Mecque pour aocomplir le devoir du pèlerin- 
nage et, en l'an 682 (4283-4), il était revenu à Tunis avec l'in- 
tention de rentrer dans son paye. Ayant encouru les soupçons 
de l'usurpateur, lba*Abi<-Omar^, qui se trouvait alors dans cette 
oapttsAe, il fut mis en prison. Relâché quelques temps après, par 
l'ordre de celui qui l'avait fait arrêter, il passa en Maghreb et 
rentra dans le sein de sa Iribu. Ensuite , il accompagna le 
sultan dans ses expédiiians contre les chrétiens , et obtiot 
le commandement de deox cents cavaliers afin d'éclairer la 
marebe de l'armée jusqu'à Séville. Le sultan lui fournit aussi 



< Kabiour (Caput Taurt) (?)estle nom d'une lie près de Séville. Elle 
s'appelle maintenant Isla Mayor, — (Traduction de Maccari par Gayan- 
go8,vol. I, p. 363.) 

* Voy. ci-devant, pages 98, 99. 

T. IV. 8 



H 4 HISTOlftB DES BERBÈRES. 

plusieurs espions, les uns juifs, les autres chréiteus tributaires, 
qui devaient lo tenir au courant des mouvements du roi Sanche. 

Pendant tout ce temps, TÉmir des musulmans pressait tesiëge 
de Xérès, et,, depuis le matin jusqu'au soir, il s'occupait è com- 
battre, à dévaster le pays et à envoyer des partis de cavalerie 
dans les terres de Tennemi. Pas un jour ne se passa sans qu^il 
mit en campagne une troupe ou un détachement; aussi, était-il 
parvenu à ruiner tout le territoire chrétien et ë ravager les cam- 
pagnes de Séville, deNiebla, de Garmona, d'Ecija , les coteaux 
del'Axarafe et toute la Fronlèra. Dans ces expéditions, deux 
chefs se distinguèrent par leur bravoure : Eïad-el-Âcemi, cheikh 
des Djochem, et Khidr«cl-Ghozzi, émir des Kurdes*. Les guerriers 
de Geuta se signalèrent particulièrement ainsi que les autres vo- 
lontaires et les Arabes -Djochem. 

Après avoir pillé et dévasté tout le paysj le sultan se décida à 
partir, en voyant que l'hiver approchait et que les convois de 
vivres cessaient d'arriver. Vers la fin de Redjeb (fin de septem- 
bre), il leva le siège de Xérès et, arrivé à la rivière Berda, il 
rencontra l'armée de Grenade, commandée par Yaia-Ibn-Abt- 
Elad-lbn-Abd^l-Hack , qui venait renforcer la sienne. Il fit 
un bon accueil à ces troupes et leur permit de s^en retourner 
chez elles. 

Ayant appris que la flotte chrétienne avait reçu l'ordre d'oc- 
cuper le Détroit afin de couper les communications entre les 
deux continents, il fit rassembler tous les navires qui se trou- 
vaient dans les ports du Rif, de Ribat-el-Feth, de Ceata, de 
Tanger, d'Almunecar, d'Algéciras et de Tarifa. Au moyen de 
cette armée navale, qui se composait de trente-six vaisseaux 
parfaitement équipés , il imposa tellement à la flotte ennemie 
qu'elle vira de bord et s'éloigna. Au commencement de Ramadan 
[novembre], il fut de retour à Algéciras». 



' Voy. t. m, p. 414. 

*Le Cariai nous donne des détails sur celte expédition dans une Forme 
de journal qui parait avoir été tenu régulièrement pendant tout lo 



VfNASTIE SÈRmiDB. — A'BOU-TOUÇO>-YACOi:B«ftlN-ABD-BL*BACK. 115 

Xe peuple chrétien et le roi Sanchc furent consternés do la 
raine de leur pays et, sachant qu'ris ne pouvaient plus résister 
aux vrais croyanLs, ils implorèrent l'Émir des musulmans de les 
épargner et de faire cesser les hostilités. Leurs démarclics pour 
obtenir cette favetir formeront Tobjet du chapitre stiivant. 

Pendant que le sultan faisait le siège de Xérès, il reçut la vi« 
dited'Omar-Ibn-Yahya-Ibn-Mohalli, qui était encore venu lui 
offrir sa soumission ; mais, s^élant méfié d^un homme qui se 
jouait de serments et de promesses, il ordonna la confiscation 
de ses biens et confia cette opération à Talha-Ibn-Yahya, frère 
du traître. Déchu ainsi de ses espérances, Omar fut conduit a 
Tarifa et mis en prison, pendant que Talha se rendait h Âlmu- 
necar pour saisir ses trésors et les porter au sultan. Mouça-lbn* 
Yahya; un antre do ses frères, reçut alors du sultan et pour la 
Seconde fois, le gouvernement d'Almunecar, et obtint un déta- 
chement de l'armée pour y tenir garnison. Après une détention 
de quelques jours, Omar recouvra la liberté et, s^étant joint à la 
suite du sultan, il passa en Afrique avec son frère Talha. 

Mansonr-lbn-Àbi-Malek partit alors pour Grenade, sans de ^ 
mander la permission du sultan, son grand-père, et alla ensuite 
s^installer chez Mooça-Ibn-Yahya, dans la vitio d'Almunecar. 
Lesulfan fut si loin de blâmer sa conduite qu'il lui accorda l'au- 
torisation d'y rester. 

«HBiSfADI DU BOI dBBÉTIBN ^BOH SANCHB. — BATlFfCATrO^ DB LA 

PAIX BT HOBT DU SULTAN. 



les «îhréliens qui formaient la population des états apparie- 
tenant an fils d'Alphonse ressentirent un effroi et une douleur 



lempsque le sultan mérintda se trouvait en Espagne. Ibn-Ehaldoun 
n'a fait qu'abréger ce docament en y prenant quelques passages ptfr 
'oi et f»»r là. 



116 HISTOIRE OES BERBllIIES. 

extrêmes en voyant rÉmir des musulmans saccager leurs villa- 
ges^ enlever leurs troupeaux, traîner leurs femmes en captivité, 
ruiner leurs forteresses et massacrer leurs guerriers. Convaincus 
qu^aucune puissance ne saurait les protéger contre le sultan, ils 
se rendirent auprès de leur roi, les yeux baissés, les cœîîrs na- 
vrés des disgrâces et des châtiments dont les troupes de. Dieu les 
avaient abreuvés, et ils l'implorèrent de s'abaisser devant rÉmir 
des musulmans afin d'obtenir la paix. « Envoyez à ce prince, 
» lui dirent-ils, une députation des grands de l'empire ; autre-- 
» ment sa colère restera suspendue sur notre pays quand même, 
» elle aura cessé de nous frapper. » Le roi accueillît cette pro- 
position et consentit h une démarche bien humiliante pour sa 
religion : il suspendit ses opérations militaires, et expédia une 
députation de patricos, de comtes et d'évéqnesà la cour d'Âbou* 
Youçof. Le sultan Gt sentir à ces envoyés le poids de son dédain 
en leur refusant une audience, de sorte qu'ils durent s'en retour- 
ner auprès de leur souverain et revenir une seconde fois avant 
d'être admis dans sa présence. Don Sanche souhaitait tellement 
la fin delà guerre qu'ils les autorisa à signer toutes les conditions 
que l'on voudrait lui imposer en faveur de la religion et du 
peuple musulman; aussi, le sultan, voyant qu'ils désiraient 
sincèrement la paix et qu'ils s'abaissaient fraochemeni devant U 
puissance de l'islamisme, se rendit à leur prière. 

Par le traité qui fut dressé h cet effet, les chrétiens s'obligè- 
rent ë vivre en paix avec tous les peuples musulmans, tant les 
sujets du sultan mérinide que ceux des autres souverains ; à 
demander son consentement avant défaire la paix ou de s'enga- 
ger dans une guerre avec les rois, ses voisins ; à supprimer les 
impôts dont ils accablaient les négociants musulmans qui visi- 
taient leur pays, etè ne s'imuriigcer p)u6 dan» les cpaereliei qui 
pourraient surgir entre les princes musulmans <. 



* Selon les hisioricns chrétiens, un des articles, de ce traité portait 
qae la sultan Abou-Yacoub paierait à DouSaoche deux millions dema- 
ravedis. C'était, sans doute, des maravedis d argent, ou dirhems* L« 



DTKASTIB ifiBlNlDB. AB0U-Y0CÇ0P-TAC0UB>1BN-ABD-IL-HACK. f 17 

Abd-el-Haot-'Ibn-^t-Tordjefnan {fils de Vinterprèté), l'homme 
de confiance du sultan, fut chargé de négocier ce traité, et 11 en 
rédigea les articles dans les termes les plus forts et les plus 
précis afin d'empêcher les chicanes que la mauvaise foi pourrait 
y faire plus tard. Il était encore h la cour du roi chrétien quand 
les envoyés d'Ibn-el-Ahmer s'y présentèrent avec pleins pou- 
voirs de traiter au sujet d'une alliance contre l'Émir des musul- 
mans. Le roi les fit introduire et alors, en la présence d'Ibn-et- 
Tordjeman, il leur donna lecture du traité qu'il venait de con- 
clure avec le sultan mérinidc, au détriment du peuple chrétien 
et de sa religion, a Quant à vous, leur dit «il ensuite, vous êtes 
D les esclaves de mes pères' et vous n'avez le droit de me parler 
» ni de paix, ni de guerre. Voilé, d^aillours, l'Émir des musul- 
» mans auquel je ne saurais résister et contre lequel il me serait 
» impossible de vous protéger, v Après ces paroles, il les con- 
gédia. 

Voyant alors combien il tenait à plaire au sultan, Ibn-et- 
Tordjeman lui suggéra l'idée d'aller le visiter, afin de faire con- 
naissance avec lui et de ratifier le traité. H démontra si claire- 
ment combien une démarche de cette nature contribuerait h 
éteindre leur ancienne inimitié et à les mettre d'accord que le roi 
y donna son approbation. Toutefois, avant de a'y engager, il fit 
demander une entrevue à l'émir Abou-Yacoub afin d'obtenir 
Vassuranco de son appui. La rencontre eut lieu, de nuit, dans 
le camp musulman,, à quelques parasangs de Xérès. Au lende* 
main, ils partirent ensemble pour se rendre auprès du sultan 



maravtfdi d'or, ou dinar y vaudrait encore de nos jours hait ou oeuf 
fraacs> et il est peu prol^ble que le souverain mérinide ait jamais eu 
le pouvoir où la volonté de débourser deux millions de dinars, ce qui 
ferait seize ou dix-huit millions de francs. Le Cerme tnaravedi est arabe; 
ce furent les Almoravides {al-morabitin) qui frappérenl les pièces ap- 
pelées el-mcrahiti, — Recherches sur l histoire de V Espagne, par M. Dozy^ 
tome I, pages 470,471. 

' A cette époque le souverain de Grenade payait tribut au roi de 
Casliile et lui fournissait un contingent de troupes musulmanes. 



tfS msToiRB nus behbèweb. 

qui, de son càïéj fit de grands préparatifs pour recevoir le roî 
•chrétien et sa suite. Ce fut au milieu^ des insignes de rislamisme,. 
entouré d'une armée nombreuse et de tout Téclat d'une nation 
forte et pnissaute, qu^Abou-Youçof attendit cet hâte distingué» 
Il Taccueillil avec tous les égards, tous les honneurs, que Ton 
doit accorder au chef d'ua grand peuple. Le roi fit alors venir 
les cadeaux qu'il destinait au sultan et à son fils. Ils se compo*- 
saient des produits les plus précieux de l'Espagne chrétienne et 
il y avait de plus un onagre et deux animaux sauvages de l'osi- 
pèce qu'on appelle éléphant [fil). En retour de ces dons, le sultan 
et Abou-Yacoub en donnèreat d'autres,, bien plus riches et plus 
beaux. Le roi ayant alors accepté toutes les conditions du traité, 
y apposa sa ratification ; cédant ainsi devant la puissance de 
l'isiamisme ; et il rentraaa milieu de son peuple, le cœur rempli 
de îoie et de bonheur. 

Le sultan profila de cette occasion pour demander à- son h&te 
Je renvoi de tous les livres de science qui étaient tombés entre 
les mains des chrétiens depuis que ce peuple avait commencé-à 
s'emparer des villes musulmanes. Le roi rassembla un 

grand nombre d^ouvrages traitant de divers sujets S ^n chargea 
treixe bétes de somme et les lui expédia *. Par l'ordre du 
sultan, on les déposa dans le collège qu'il avait fondé à Fex pour 
Képandce 1/instrnction. 



« Dans lé texte arabe il iaut probablement lire l^Luat à la pbcede 
l^UI 

* Cela ferait onze cents volumes, en regardant une centaine de vo- 
lumes comme la charge d'un mulet. Selon Tanieur da Cartas^ cette 
collection de livres renfermait plusieurs exemplaires du Coran et des 
commentaires coraniques tels que le Tefcir d'Ibû-Atîa, et le Tefàir 
d*E(h-Tbâalebi ; un y remarqua de plus les grands recueils des tradi- 
tions [hadith), le Tehdib, Vhtithkar et autres comœeolaires du Hadith^ 
les principaux traités de jurisprudence musulmane, plusieurs ou%Tages 
sur la philologie, la gr&mmalre et la littérature arabes. Les sciences 
kistoriquet, géographiques, mathématiques et médicales n'yétaieok 
donc, pas représentées. 



DTNASni ■ftRiHIDt. — ÀBOQ-TOU(OF-TA£OUB-1BN-ABD-BL-BACK. 449 

Deui jours avant le oomaiencement du Aaaiadao (fin d'oct. 
4285), le sultan revint h Algëciras où il accomplit le jeûne et lea 
dëvotions'propres à ce mois, et, pendant les veilles qu'il faisait 
chaque nuit» il passa une heure à s^enlretenir avec des hommes 
instruits. Plusieurs poètes composèrent alors des discours qu'ils 
se proposèrent de réciter en la présence du souverain , au jour 
de la rupture du jeûne. Dans cette espèce de lutte , Azouz-el- 
Miknaci, poète du sultan, surpassa tous ses compétiteurs, ayant 
récité une pièce de vers dans laquelle» il retraça successive* 
ment les hauts faits de l'Emir des musulmans^. 

Après les cérémonies du Ramadan, Abou-Yonçof pourvut^ la 
sûreté de ses places frontières en y établissant des garnisons* 
Toutes ces troupes étaient placées sous les ordres de l'émir 
Abou-Zfan-Mendil qui, d'après la recommandation de son père, 
le sultan, fixa son séjour dans Zekouan, près de Ha laga, mais 
avec la défense formelle de toucher en aucune façon aux posses- 
sions d'Ibn-el-Ahmer. Un autre corps d'armée, commandé par 
£îad-lbn-Abi-Eifad*eI-Acemi, alla s'établir dans Estepona. Ces 
arrangements terminés, le sultan envoya son fils, Abou-Yacoub, 
en Maghreb, afin d'y mieux surveiller la marche des affaires. Cet 
émir traversa le Détroit dans le naviro du caYd Mohammed^Ibn- 
el-Cacem-er-Rendahi, commandant de la marine de Geuta. D'a- 
près l'ordre de son père, il fit élever un monument sur les tom- 
beaux d'Abou-Holouk-Abd«eI-Hack, son aïeul» et d'idrîs, fils 
d'Abd-el-Hack, princes que l'on avait enterrés k Tafertast. Cet 
édifice forme une chapelle (ribat ) et renferme deux tom- 
beaux sur chacun desquels est placée une dalle de marbre 
portant une inscription. Plusieurs individus furent attachés 
à cette fondation pieuse en qualité de lecteurs du Coran, et le 
revenu de certaines fermes et terres fut affecté à leur entretien. 

Sur ces entrefaites eut lieu la mort de Yahya-Ibn-Abi-Mendtl- 



* Od peut voir dans le Cartaa le texte do ce poëme qui est une es- 
pèce de gazette rimée cl qui reuferme ^33 vers. 



420 msroiRB mis BftBVfcm. 

el-Askeri, visir d» sultan, qui refodit ie dernier soupir le 45 tfflp- 
inadan. 

Dans le mois de Dou-«4-Hiddja (janv.-fév. 4S86), l'Émir des 
musulmans, Âbou-Youçof, tomba malade envers la fiàdeMohar^ 
rem 685 (fin de mars), il éessa de TÎvre. 



ÉfiGKB Dt? SULTAN ABOV-TACOVB. — MTOLTBS QtTI SUITHUIirr 80R 

ATiRBHBRt AU TftèlIB. 

L'Emir des musulmans, Abou-Youçof, tomba malade à Algé- 
eiras et fut soigné par ses femmes. Son fils et successeur désigné, 
l'émir Abou-Yacoub, reçut cette nocfvolle par un courrier extra- 
ordinaire et se hâta de quitter le Maghreb et de passer en Espa- 
gne. Comme le sultan mourut avant son arrivée, les troupes prê- 
tèrent le serment de fidélité entre les mains des vizirs et des 
grands de Tempire ; puis, au commencement du mois de Safcr 
(avril 1286), elles remplirent de nouveau cette formalité en 
offrant leurs hommages à l'émir Abou-Yacoub qui venait d^ar- 
river. 

Devenu ainsi dépositaire de Tautorité suprême, le nouveau sul- 
tan signala son ayénement au trône par de grandes largesses el 
par l'ordre de mettre en liberté tous les malheureux que l'on re- 
tenait dans les prisons. Il abolit, en même temps, l'usage de 
faire percevoir par des agents du fisc l'aumône de la rupture du 
jeûne * , impôt dont il laissa l'acquittement h la bonne foi de 



i^i*n>*a^i 



' < II est d'obitgalion positive de donner pour les pauvres (le jour de 
la rupture du jeûne de Ramadan) un ^a (mesure) on une poriioo âesa 
(de dattes, grains, etc.) pris sur ce qui reste de la nourriture de l'indi- 
vidu et aussi de la nourriture de s\ famille, (c'est-à-dire) ses proches, 
SCS femmes légitimes eu concubines, les domestiques (nécessaires à ses 
eufuDls et à) ses femmes, ses esclaves. » — « 11 est de convenauce de 
remettre les aumônes de la rupture du jeûne entre les mains de Timam 
(chef spirituel et temporel). » — Précis de jurisprudence musulmane y par 
Sidt-Khalil; (raduclion du docteur Perron, tom i, pag. 450etsuiT. 



DTIVJLSTIS afiMHIlMI. AB01}*YAC0tJB-Y0UÇ0P.. 4 2 1 

ebê^ve individu. Il mit déplus un leroie aux actes d'oppression 
et de tyrannie dont les fonolionnaires publics accablaient le pev- 
pie ; il supprimai les droits de marché (mokous) et plusieurs autres 
knpôtSi La s&relé des grandes routes devint aussi pour lui un 
sujet dete plus sérieuse attention. 

Un de ses premiers actes politiques fut de rechercher une en* 
trevue avec IblHel-Afamer et, s'ëtant rencontré avec ce prince, 
près de MarbeHa, dans un des premiers jours de Rebié [pre- 
mier — avrilnnai], il lui témoigna les plus grands égards et lui 
readit toutes les places fortes que les Mérinides occupaient en 
Espagne. Algéoiras et Tarifa furent les seules dont il se ré* 
serva la possession^. Les deux souverains se séparèrent alors pé- 
nétrés d'amitié Tun pour l'autre. 

Rentre dans Algéciras, Abou-Yacoub trouva les ambassadeurs 
du roi chrétien et, sur leur demande, il confirma le traité que le 
feu sultan et Don Sanche avaient contracté. S'étant garanti par 
ces arrangements contre les soucis et les préoccupations que ^Es- 
pagne aurait pu lui donner, il désigna son frère, Abou-'l-Al¥»* 
Abbas, comme gouverneur des forteresses qu'il possédait encore 
dans la Gliarbïa, et il envoya un détachement de trois mille hom- 
mes pour y tenir garnison sous les ordres d'Ali*Ibn*Youçof*lbo« 
Irgaoen. 

Le 7 de Bebia second (2 juin), le sultan Abou-Yacoub débar- 
qua à Gasr*Masmouda ai, le 42 du mois suivant, il arriva k Fax* 
Au moment de s'établir dans la capitale de son empire, il eut à 
combattre un rival, Mohammed, fils d'Idris et petit-fils d'Abd- 
el*Hack^ lequel s'était jeté dans les montagnes du DerA avec ses 
frères, aes fib et ses dépeedanls, en se déclarant héritier du 
trône et en appelant le peuple aux armes. Abou-Moarref, frère 
du sultan, fut envoyé contre les rebelles, mais, au lieu de les 
ccHobattre, il passa de leur côté. Pour comprimer celte insurrec- 
reotion, le suhaii mit successivement en campagne plusieurs co- 



' n se réserva de plus Romla et puadix, dit Tautcur du CaHas, Voy. 
aussi page 4il de ce volame. 



422 HISTOmB DES BBRBiBfiS. 

loDnes de troupes et il n'y réussit qu'après avoir employé toole 
SOQ haliilclé pour détaôher Abou*Moarref du parti des insurgés 
et le faire rentrer dans le devoir. Les fils d'Idrts se dirigèrent 
alors, en toule hâte, vers Tiemcen , mais ils furent pris 
ayant d'y arriver. L'émir-Abou-Ztan se rendit alors à Tèza par 
Pordre de son frère, le sultan, et, dans le mois de Redjeb 685 
(aoûl-sept.) , il iil mourir tous c/îs prisonniers h Lemli, endroit 
situé hors de la ville. Cette exécution fonrnit une telle preuve de 
la sévérité d'Abou-Yacoub que les autres princes du sang se dis- 
persèrent dans divers pays : la famille d'Abou-'UÛla-ldris, fils 
d'Abd-Allah, fils d'Abd-el-Hack, se réfugia dans Grenade, ainsi 
que celle [du feu sultan] Abou-Yahya, fils d*Abd-el Hack et 
celle d'Othman Ibn-Izzoul. Plus tard, les fils d'Abou-Yahya 
obtinrent une amnistie et rentrèrent en Maghreb. 

Dans le mois de Châban (sept.-oct,) de cette année, Mobam» 
med-Aguellid*, fils de Yacoub-[Abou-Youçof]-lb»-Abd-el-Hack 
mourut à Geuta, et Omar, fils d'Abou-Malok et neveu du sultan, 
mourut & Tanger. 

Quelque temps après eut lieu la révolte d'Omar-lbn-Otbman- 
Ibn-Youçuf-cUAskeri qui s^était fortifié dans le chftteau de Fen- 
delaoua en déclarant la guerre au sultan. Les Beni-Asker et les 
tribus qui vivaient dans leur voisinage et dans leur dépendance 
se réunirent par l'ordre d*Abou-Yacoub et cernèrent la forte- 
resse en attendant l'arrivée de ce prince, qui se mit en marche 
bientôt après, et vint prendre position à Nebdoiira Alors le chef 
insurgé ne vit plus d'autre moyen de salut que d'implorer la mi- 
séricorde de son mahre et, par l'intervention de quelques hom- 
mes de bien auxquels il confia le soin de négocier son pardon, il 
obtint la permission de se rendre à Tiemcenavec ses enfants et. 
les gens de sa maison. 

Dans le mois du Ramadan delà même année (oct.-nov. 4S86), 
le sultan partit pour Maroc afin jie rétablir l'ordre dans les en- 



1 Le mot berbère Aguellid signifie ros, prince. Dans le texte arabe 
imprime il faut supprimer le second lam de oe mot. 



VTRASTIK MfiaiHlDr* — ABOU-VALOin-YOLÇOF. 423 

Tirons de cette ville. Il y arriva le mois suivant, mais, pendant 
i]a'il travaillait à remettre ce pays dans les voies de la prospé- 
rité, son parent, Talha,lbn-Yabya-lbn-Mohalli, passa chez les 
Beni-Hassftn, tribu makilienno, et leva Tétendard de la révolte» 
£n apprenant cette nouvelle, Abou-Yacoub plaça son neveu » 
Mansour-lbn-Abi-Bfalek, h la tête d'une armée et, Tayant cons- 
titue gouverneur de Sous, il l'envoya dans cette province aiiu 
d'étouffer l'insurrection. Omar, frère de Talha, jouissait de trop 
d'iniiuencc pour échapper h la défiance du sultan : il fut banni à 
Grenade et, le jour mèipe de son arrivée, il fut assassiné par les 
filsd'Abd-Allah-lbn.Abi.'l-Olà[-Idr}s*] 

L'émir Hansour mena son armée contre les Makil et leur tua 
beaucoup de monde. Le 4 3 de Djomada [second] 686 (26 juillet 
4287), Talha-Jbn*Mohalli perdit la vie dans une rencontre qui 
eut lieu entre les deux partis. Sa tète fut envoyée à la cour du 
sultan et elle resta exposée aux regards du public dans la ville d» 
Tèza. 

En Ramadan (oct.-nov. 4287) le sultan marcha contre les 
Makil qui s'étaient retirés dans le Derâ, au milieu du Désert, et 
qui, par leurs brigandages sur les grandes routes et dans les 
pays cultivés, avaient mérité d'être punis très-sévèrement. 
S'étantmîsèla tête de treize mille cavaliers, il franchit l'Atlas 
en traversant le pays des Ueskoura, et il surprit ces Arabes 
pendant qu'ils se tenaient éparpillés avec leurs troupeaux dans 
les pâturages du Désert. I) y en eut beaucoup de pris, beaucoup 
de tués, dont les têtes servirent à garnir les merlons des remparts 
k Maroc, h Sidjilroessa et à Fez. 

Vers la fin de Chouat (commencement de décembre), Je sul- 
tan rentra à Maroc et, se rappelant les trahisons do la familb 
Mohalli et surtout de leur ancien chef > Talha, il fit arrêter Mo- 



*L*auteur aurait pu ajouter : Ce fut ainsi qu'ils vengèrent la mort 
(le leur oncle Yacoub, qui fut tué par- Talha, frère d'Omar. Voy. page 
48 de ce volume. 



(^^ 



l'iii insToriB dis BBiBfiass. 

hammcd-ibQ-Ali'Ibn^Moballi, qui n'avait cessé do gouverner 
Maroc depuis la conquête de cette ville sur les Almobades. Jeté 
en prison au commencement de Tan 687 (février 4288) , Mo- 
hammed y mourut le mois suivant. Bientôt après, eut lieu la mort 
d'El-Mizouar-Cacem-Ibn- Obbou . 

Le sultan donna alors le gouvernement de la ville ei des pro- 
vinces marocaines è Mohammed-Ibn-Ottou-eUDjanati, client 
affidé de la famille royale. Ayant confié 9on fils, Abou-Amer, 
aux soins de cet officier, il partit pour Fez et, vers le milieu du 
mois de Rebî (second — 20 mai 4288) il fit son entrée dans 
cette capitale. Ce fut là qu'il reçut sa nouvelle fiancée, fille 
de Mouça-lbn-Rahhou*lbn-Abd-AHah-lbn-Abd-el-Haek, qu'il 
avait demandée en nuiriage et qui arrivait de Grenade accom- 
pagnée de plusieurs visirs et d*autres grands personnages de la 
cour d'Ibn-el-Ahmer. Avec elle vint une ambassade chargée par 
le sultan andalousicn d'obtenir d'Abou-Yacoub la remise de la 
ville de Guadix. Celte faveur lui fut accordée, comme on le verra 
dans le chapitre suivant. 



LA VILLE DE GUADIX EST BEMiSE A IBH-BL-AaNBlI PAR LE 

SULTAN VfiRINiDB. 



Abou-'l-Hacen^ibn-Ckékilola aida Ibn-el-Ahmer à monter 
sur le trône et mérita par ses bons services une haute position à 
lacour de Grenade. Il laissa, en mourant, deui fils : Abou-Mo- 
hommed-Abd- Allah et Abou-1shac*lbrahtm. Le premier reçut 
d'Ibn-^el-Ahmer le gouvernement de Malaga, et le second celui de 
Comarès et de Guadix. Après la mort de leur souverain, ils en 
vinrent à une rupture ouverte avec le nouveau sultan et, Abou- 
Mohammed reconnut pour son seigneur le sultan Abou-Youçof. 
En l'an 676 (1277-8), après la mort de ce chef, son fils , 
Mohammed, se rendit auprès du sultan mérinide et lui livra la 
ville [de Malaga]. En 682f42834), lors de la mort d»Abou- 
Ishac-Ibn-Chékîlola, le sultan espagnol s'empara de la forte- 



DYNASTIE Mtlllfll» . — ABOl'-YACOL B-TOUÇOF. 4 25 

resse de Ckunarès. Abou-'UHaccn, fils d'Âbou-Ishac, gouvernait 
déjà, au nom de son père^ le canton et les cbÂteaux de Guadix ; 
aussi, se Irouva-t-ii engagé dans un long démêlé avec le sultan 
de Grenade et, tantque dura cette contestation, il se (it appuyer 
parle roichiétien. Son frère, Âbou-Mohammed, soutenu tantôt 
par Ibn-ed-Delil et tantôt par le roi chrétien, insulta plusieurs 
fois le territoire de Grenade et, pendant un temps considérable, 
il se maintint en guerre contre Ibn-cUAhmer. Quand les musul- 
mans et les chrétiens déposèrent enfin les armes, Àbou-'l-Hacen 
se vit exposé h la vengeance du sultan espagnol et, en Tan 686 
(42S7) il s'assura la protection du sultan de Maghreb, en faisant 
proclamer la souveraineté de ce prince dans Guadix. 

Dès lors, Ibn-el-Ahmer s'abstint de tout acte d'hostilité contre 
lui, mais, quand il eut gagné l'amitié du sultan Abou-Yacoub, dont 
le mariage avec la fille dJbn-Rahhou avait été arrangé par ses 
soins, il profila de cette circonstance pour lui demander, par 
l'entremise de ses ambassadeurs, la remise de la ville de Guadix. 
Le Bultao y donna sôu consee tement et adressa des ordres en con^ 
séquence à Abou*'l-Haccn*lbn-Chékilola. Ce chef livra la ville, 
passa en Maghreb, l'an 687 (1288) et, trouvant le sultan Abou- 
Yacoub h Salé, il obtint de lui, comme dédommagement, le gou- 
vernement d'Rl-Casr-eUKebtr et des cantons qui en dépendent. 
Celé concession est restée, jusqu'à nos jours dans la famille 
d'Abou-'l-Efacen. Par la possession du pays do Guadix et dos 
ob&teauxqui le défendaient, lbn-el--Ahmer se trouva débarrassé 
du seul voisin eapablo do lui résister. 



L'BIIIK ABOU-AMBB SB BfiVOLTB A MAROC BT FAIT BNSIIIE 

SA SOUMISSION. 



Yersla fiode Choual, 687 (fin de novembre 4288), quelque 
temps après le retour du sultan à Fez, son fils, Abou-Amer, 
entra dans Maroc et s'y fil proclamer souverain ; démarche qui 
lui avait été conseillée par Mohainmed-lbn-Ottou, gouverneur de 



)36 îllStOIRB DES Bl^BBftlBd. 

la ville. LcsuUon so mit aussitôt en campagne, repoussa lesinsor« 
gés qni ëlnienl sortis pour lui livrer bataille et tes obligea i s'en^ 
fermer dans la place. Après avoir soutenu un siège de quelques 
jourS) xVliou-Amer se rendit au trésor, en tua le gardien, Ibn-Abi'- 
V-Bérékat, empor4a tout l'argent qui s'y trouvait et so réfugia au 
milieu des tribus masmoudiennes. Le lendemain, 9 de Dou-'i- 
Hiddja (6 janvier 4289), Abou-Yacoub occupa la ville, publia une 
amnistie et fit tout rentrer dans l'ordre. 

Mansour-Ibn-Abi-Malek, qui s'était transporté de la province 
de Sous dans celle de Hhha et avait soumis toute celte dernière 
région, reçut alors un corps de renfort que son oncle, le sultan, 
lui expédia de Maroc et, se voyant en mesure de combattre les 
Zegna, peuplade berbère installée dans le Sous, il les attaqua 
avec une telle vigueur que plus d'une quarantaine de leurs chefs 
restèrent sur le champ de bataille. Parmi les morts, on trouva le 
corps de leur cheikh, Habboun-lbn-lbrah?m. 

Abou-<\mer reconnut bientôt l'impossibilité de soutenir une 
lutte contre son père et s'enfuit h TIcmcen avec le vizir Ibn- 
Oltou. Ils y arrivèrent vers le commencement de l'an 688 
(fin de janvier 4289) et trouvèrent auprès d'Olhman-lbn-Yagh- 
moracen un accueil très-empressé. Le sultan céda alors à la pitié 
et, sur la prière de sa Aile, il pardonna au prince rebelle et lui 
permit de reprendre la position qu il avait occupée à la cour. 
Ensuite, il fit demander à Othman l'extradition d'Ibn-Otlou, 
mais le souverain Abd-el^uadite refusa de trahir les droits 
d'hospitalité, et, comme le porteur do ce message lui répon-< 
dit d'une manière inconvenante, il le fît arrêter et emprison- 
ner. Cet acte de violence réveilla enfin la colèro du sultan méri- 
nide et le décida h tirer vengeance des nombreux affronts qu'il 
avait eu à souffrir de la part du seigneur de Tiemcen. 



1.1 GUERRE tCLATB ENTRE LE SULTAN ABOU-TACOUB ET OTHMAN 1BN« 

TA4SB1I0RACEN. — SIÈGE DE TLBMCBN. 

D^ns les temps anciens, quand les Beni-Mertn et les Béni- Abd' 



MNASTIB MftVlMkDB . — ABOU-TACOCl^TOUÇOP. 4 H 

cl Ooad habitaient le Désert et parcouraient avec leurs trou* 
peaux te territoire qui s'étend depuis le MolouYa et le Za jusqu'à 
Piguig et le Mozab, la discorde n'avait jamais cessé do régner 
cntro ces deux tribus. Ensuite, quand ils se furent transportés 
dans le Tell pour occuper les plaines du Maghreb central, leur 
mésintelligence continua toujours et amena des conflits dont on 
garde encore le souvenir. L'empire almohrido, à Tcpoquo do son 
déclin, se garantissait conlre les entreprises de ces peupladesen 
fomentant leurs querelles et, par cette politique, il réussit, pen- 
dant quelque temps, h maintenir son intégrité et à prolonger son 
existence. Nous avons indiqué une partie seulement des rencon- 
tres et des combats qui eurent lieu entre Yaghraoracen-lbn-Zian 
et Abou-Yahya-lbn-Abd-el-Hack, combats dans lesquels Yagh- 
mcracen soutenait ordinairement la cause des Almohades. Los 
Abd-el'ûuadites eurent alors à subir de fréquents revers, parce 
qu'ils étaient moins nombreux que leurs adversaires, mais ce 
désavantage ajouta encore à l'honneur que Yaghmoracen rem* 
porta par sa vigoureuse résistance. 

La ohuic du trône qu'Abd-eUMoumen avait légué h ses des*- 
cendants et la conquête de leur empire par Abou-Youçof-Yacoub- 
Jbn-Âhd-el-U;sck permirent à Tarmée mérinide de se renforcer 
par l'adjonction des troupes almohades et de se rendre bien plus 
forte que celle du seigneur de Tiemcen. Le vainqueur rassembla 
alors toutes ses forces et, dans la journée du Telagh, il donna 
une rude leçon à Yaghmoracen, leçon qu'il répéta une secondée! 
une troisième fois. Ayant enfin achevé la réduction de toutes les 
villes du Maghreb et consolidé sa domination dans ce pays, il so 
trouva tellement puissant que le prince abd^^el-ouadite renonça à 
l'espoir de pouvoir lut résister. Les nombreux échecs qu'il avait 
éprouvés et les sièges qu'il avait eu h soutenir dans sa capitale 
auraient suffi pour paralyser ses moyens d'action, quand bien 
même les Toudjîu et les Maghraoua, tribus toujours hostiles aux 
Beni-Abd-el-Ouad, n'eussent pas appuyé, en toute occasion, les 
opérations do l'émir mérinide. 

Ayant enfin mis Yaghmoracen dans l'impossibilité de lui 
nuire, Abou-Youçof s'engagea dans la guerre sainte et ne pensa 



128 lUSTOlRB DK8 BBKBËRI&. 

plus h autre chose, ainsi que noos venons de le faire remarquer. 
ibn-eUAhmer ne put alors regarder sans eifro! la puissance de 
l'empire mërinide et, craignant pour la sûreté de son propre ro* 
yaume, il conclut une alliance avec le roi chrétien. Leur but 
était d'empêcher le sultan africain de passer en Espagne, et, ne 
se croyant pas assez forts pour le repousser, ils entamèrent des 
négociations avec Yaghmoracen et le décidèrent à créer des em- 
barras à leur adversaire afin de Tobliger à rester chez lui. 
Telle fut la triple alliance qui se forma contre le sultan du Ma- 
ghreb. 

La rupture qui se déclara bientôt après entre le roi chrétien 
et Ibn-el-Âhmer plaça celui-ci dans la nécessité de faire la 
paix avec Abou-Youçof, paix qu'il obtînt, ainsi que nous Tavoos 
dits P^r l'entremise d'Abou-Tacoub-Yonçof , fib du sultan. Les 
ennemis de Yaghmoracen dévoilèrent alors les engagements qu'il 
avaitprisenvers les deux souverains espagnols et, par cette rêvé* 
lation, ils attirèrent sur lui, en Tan 619, la vengeance du prince 
mérinide. Battu à Kharzouza, bloqué ensuite dans Tlemcen, 
Yaghmoracen vil encore ses anciens ennemis, les Beni-Toudjtn, 
envahir le territoire abd-el-euadite à l'in&iigation de son adversai- 
re. Il mourut en l'an 684 (4283), quelque temps après le départ 
d'Abou-Yooçof pour la guerre sainte. L'on rapporte que, sur son 
lit de mort, il fit entendre les conseils suivants à l'émir Othman, 
son fils et successeur désigné : a Ne te Halte pas de pouvoir lutter 
j» contre les Beni-Mertn ou de rivaliser avec enx. Ne sors ja- 
D mais en rase campagne pour leurlivrer bataille, mais tiens-toi à 
» l'abri de tes remparts s'ib viennent t^attaquer.» L'on assure 
même qu'il lui adressa ces paroles: «Les Beni^Merln ont doublé 
» leur puissance par la prise de Maroc et par l'adjonction de lem^ 
n pire almohadeà celui qu'ils possédaient déjà. Ne te laisse pas 
a égarer par mon exemple; si, depuis cette époque, je suis allé 
i> me mesurer avec aux, c'est parce que j'étais trop fier poor 
» les éviter après avoir fait connaître au monde que j'avais pour 



t Voy. page 408 de ce volume. 



DTif ASTIS MftlKmV. — ABOO-YÀCOim-TOUÇOF. '4 29 

>> coutume de marcher à leur rencontre et de ne jamais lesatten- 
r> are. Tu n'auras à craindre aucun déshonneur en te montrant 
ji trop faible pour les attaquer et trop prudent pour sortir au- 
7> devant d'eux ; car, n^ayant pas pris l'habitude de les combat- 
if tre, tu n^as pas une réputation d'audace à soutenir. Dirige tes 
)» efforts vers la conquête dellfrtkîa, pays qui est là, derrière 
n toi ; voilé une expédition à faire, si tu veux l'entreprendre*.» 
t!cs conseils, dit*on, eurent pour résultat la guerre avec lesHaf- 
s»ides et les tentatives d*Oihman et tle ses successeurs pour s'em- 
parer de Bougie et du royaume d'ifrtkïa, 

Après la mort d'Yaghmoracen, son fils, Othman, souhaita la 
paix et, en l'an 68i (4286-6), il chargea son frère, Mohammed, 
ée passer en ISspagoe pour en conférer avec Ai)ou-Yacoub. Cet 
envoyé trouva le sultan h Arcos, négocia avec lui un traité aussi 
avantageux qu'Othman pouvait le désirer et s'en retourna en 
Afrique, comblé de joie et d'honneurs. 

Abou-Tacoub, fils d'Abou-YouçoF, étant monté sur le trAne, 
eut à comprimer des insurrections qui éclatèrent de tout cAlé; 
ensuite, il lui fallut éteindre la révolte que son fils avait allumé 
îi rinstigation du trattre Mohammed-lbn-Ottou, dont il fit de- 
mander Textradition à Oihman-Ibn-Yaghmoracen, après avoir 
ramené son fils à l'obéissance et l'avoir rétabli dans les honneurs 
qu'il venait de perdre. Le refus d'Olhman exoila la colère du 
sultan et le décida à lui déclarer la guerre. 

Dans le mois de ^afer (S89 (iîév.-nTars 4290), Abou-Yacoub 
nomma son fils, Aboo-Abd-er-Rahman, au gouvernement de 
Varoc et se rendit à Fez. Yers la fin de Rebiâ (second — commen- 
cement de mai), it quitta cette YÎIle, emmenant avec lui les di- 
vers corps de l'armée, les milices, les contingents fournis parles 
tribus et parles autres peuplades du Maghreb. Arrivé sous les 
murs de TIemcen et trouvant qu'Othman et les Abd-el-Ouadites 
s'étaient abrités derrière leurs remparts, il se mit à parcourir les 
pays voisins, pour en dévaster les lieux habités et en détruire les 



4 Voy. tome ii, page 369. 

T IV. 



130 msToiu jfM% BVJifftai». 

moÎMODs. Ayaol abrs pria poailion è Prft**^a*Sabotta, dans U 
banliena do Tiemceii, il y reato queiqnf tmipa ; eoaqite, jl s^ r^n- 
diU Imaoïf qu'il bloqua pendant quarante JQora et dont il ruina 
laa environs. Comm^ c^tte plaee lui r^aistaii toujours, il leva le 
«i^ et partit pour le Magbr^' Arnv^ k Aïn-ea-Sefa, dana le 
paja des n$Di-lzpaceq^ il y a^lébra la féie de la mptare du jeûn^ 
(4 Choual — 8 pctobre) e(, parvwu h Tw^ il a'acquitta de la 
prière d(ifiiiçri(i€e de la fè{§ d'EMdha (40 Qott-r4-Biddja — 15 
)anv. 4 20i). Ce fut de \k qu'il partit, quelque tempa après, pour 
combaKrele roi chrétien. 



La aOl CQRtTlRN aO^PT H PAIX. LB SDLTAN MARCHE 

CONTRE LUI* 



Rentré de Vexpéilition contre Tlenocep, le auH^n apprit que le 
roi chfélien avait rompu la paix, envahi Iq territoire des musul- 
inana et insulté leurs places fortes ; aussi, en voya-t il sur le champ 
à l'émir Aji-lbn-YpuçoMbn-Irgaceq, con)mandani des garnisons 
ntérinides en Espagne, l'ordre de omettre le siège devant Xérès 
Qt de faire des inclusions dans 1^ territoire de Penoemi. Dans le 
fnoia de Rebi|^ second 690 (avril 4^91), Ibn-Irgacen envahit 
le pays des chrétiensi et j répapdit la dévastation. Dans le 
mois de Pjomada (mai-juip), J^si^ta^ quitta Tèza poi^r aller te 
rejoijDidre çt, arrivi^ h Caar-Maana^PMdat il y rassçnabla lesconiin- 
genta des tribtta e( dea paupiadQs dt^M^ghrebt Pendant qu'il s'ap- 
|M;é(ait ^ (aire transporter çfs Irçupei en l^pa^oe, la Sotte 
du roi pbrètien vint couper les eomn^uoications entre les deux 
payai An qptoia de CbÂban (août)» les navirea que le sultan avait 
fait chercher dana les divers port^ du royaume attaquèrent la 
flotte çAoemici dana le D^troil» et eaauyèrefît une défaite : Dieu 
ayant vf>t(lq éprouver lea mV9ttltpans. Une seconde tentative fut 



^ C*e$t à tort qu'on a imprimé ïmaten daps le texte arabe. 



DTKASTIB SftftlHIOK. — >l«OI}«TACOi;i-TOUÇOF . \ 31 

plaa heureuse ; Veooemi /quitta U Détroit tans riaquer un com- 
bat. La flotte muauloiane devint ainsi roattreaae de ces parages et 
fournit au sultan l'occaaîen de passer i Tarifa. Il y débarqua vers 
ia fin de Hamadan (in de septembre) et étant aiissîtôt entré dans 
le territoire cbrétieUv il prit position devant Béjer et tint cette 
forteresse bloquée pendant trois mois. Après avoir satisfait sa 
passion ponr la guerre sainte en faisant dévaster les environs de 
Xérès et de Séville par de fréquentes incursions, il fut contraint 
de iever le sié^ de Bédjer par la sévérité de l'biver et par le 
•manque de vivpee. Rentré à Âlgéoiras, il se rendit de le en Ma- 
ghreb, au commencement de Tan 601 (24 décembre). Poqr Tem* 
pécher de rentrer en Espagne, 1bn«^-Akmer et le roi chrétien se 
prêtèrent molueHenieot la main, ainsi que nons le raconterons 
•dans le^hapitne suivant* 



lilf-fiL-AHVER AIDB U ROI CRRaTIBlf A PtmPM LA VILLR DE 

TAiwA : uns niiu mous xa rbvdb I 



Le roi chrétien ressentit un chagrin extrême en voyant son 
pays dévasté par les troupcjs du sultan et chercha quelque mo- 
yen ponr se garantir dorénavant contre un adversaire aussi re- 
doutable. Ibn-el-Ahmer, de son cAlé, craignit quelque trahison 
de la part du sultan lequel semblait avoir pour but la conquête 
de TAndalousie, et, sous Tinfluence de celie idée, il eut un entre- 
tien secret avec le roi, son voisin. Dans cette conférence, ils re- 
connurent d'abord que le sultan avait de grandes facilités pour 
passer en Espagne : le Détroit n'était pas large ; les forteresses 
qui garnissaient les deux bords lui appartsnaient et, même 
sans avoir une flotte h sa disposition , il pouvait maintenir les 
communications entre les deux pays au moyen do galères et 
d'antres bâtiments. Ils convinrent ensuite que, de toutes ces pla- 
ces fortes. Tarifa était la plus importante et que s'ils pouvaient 
s'en emparer, elle leur servirait de vigie pour dominer le Détroit 
et de station pour une flotte capable de lutter avec tons les na- 



'132 mSTOlRB BBS 

Tires que les ports du Maghreb pourraienl mettre en mer» 

Le roi se laissa décider par ces considérations à faire le siège 
de Tarifa et, s'étant ménagé Tappui d4bn-cl-Abmer, qui prit 
l'engagement de le seconder et de lui fournir des vivres, à la 
condition d'être mis en possession de cette place quand elle suc- 
comberait, il réunit toutes les forces de son empire et alla prendre 
position contre la forteresse. Il commença Tattaque par dresser 
ses machines de guerre et intercepter les convois destinés aux 
assiégés, pendant que sa flotte occupait le Détroitetleur 6ta Pas- 
poir d'ôtre secourus par le sultan et par leurs frères, les musul^ 
mans. Ibn-el-Ahmer établit son camp à Malaga afin d^étre plus 
rapproché du roi chrétien, et, de là, il lui fit passer des troupes, 
des armes et des vivres. Un détachement qu'il envoya contre 
Estepona s'empara de cette place après un siège de courte durée. 

Pendant quatre mois la garnison de Tarifa résista vigoureuse- 
ment, mais, épuisée enfin par la famine et par les pertes qu'elle 
avait éprouvées, elle consentit h évaluer la forteresse. Le roi 
chrétien lui accorda une capitulation dont il remplit fidèlement 
toutes les conditions. Ce fut en Tan 691 (1292) quo Tarifa suc- 
comba. 

Ibn-el-Ahmer s'attendait à être mis en possession de la place, 
ainsi que cela avait été convenu entre lui et le roi ; mais celui-ci 
la garda pour lui-même, sans s'arrêter aux remontrances de 
son allié. Il lui olFrit cependant six châteaux comme dédomma- 
gement. 

Indigné de ce procédé, Ibn-el-Ahmer résolut de solliciter en- 
core l'alliance du sultnn mérinide et son appui contre le roi. Une 
dépntion composée de son cousin le rats Abou-Satd-Féredj-Ibn- 
Ismaîl-lbn-Youçof, du vizir Abou-Soltan-Aztz-ed-Dani et de plu- 
sieurs notables de Grenade, passa en Afrique afin de présenter 
à Abou-Yacoub les excuses de leur souverain et d'obtenir le re- 
nouvellement de l'ancien traité. Ces envoyés trouvèrent le sultan 
près de Tazoula, château dont il était occupé h faire le siège, et 
le décidèrent h signer un traité d'alliance et d'amltië tel que 
leur maître l'avait souhaité. Ils rejoignirent Ibn-ol-Ahraer en l'an 
692(1293). 



DTKA8TIB MiRlKIOB . — ABOU-tiCOi'B-YOIJÇOP. i 93' 

t 

DaDft le mois de Robift (fév.-mars) de cette année eut lieu la 
mort d'Ali-lbD-lrgaceo, commandant des garnisons mérinides 
en Espagne. Le sultan donna alors le gouvernement de toutes les 
places fortes de cetle péninsule qui reconnaissaient encore son 
autorité à son fils et successeur désigné, Abou-Amer, et, lui 
ayant recommandé de les entretenir en bon état, il le fit accom- 
pagner par un corps d'armée jusqu'à Casr-el-Medjaz. Ce fut là 
que le prince mérinide reçut la visite du sullan Ibn-el-Ahmer. 

IBN-EL-ABIIBR SB BBlin ▲ TANGBR POCR VISITBR LB SULTAIV. 

Quand les ambassadeurs andalousiens furent de retour, ils ra- 
contèrent à leur souverain le bon accueil que le sultan mérinide 
leur avait fait et lui annoncèrent Thcureux succès de leur mis- 
sion. Cette nouvelle fil le plus vif plaisir à Ibn-el-Ahmer ; trans- 
porté de joie, il s'élança de son trône en déclarant qu'il irait en 
pers^onne auprès d'Abou-Yacoub afin de cimenter leur nouvelle 
alliance, de s'excuser d'avoir contribué à la chute de Tarifa et 
d'implorer l'intervention des musulmans africains en faveur de 
leurs corréligiennaires espagnols. Dans le mois de Dou-'l-Gàda 
69% (octobre 4293), il traversa le Détroit et prit terre à Benyou- 
nocb,.près dejCeuta. Delà, il se rendit à Tanger en se faisant 
précéder par un cadeau destiné au sultan. Un des objets les plus- 
précieux, dont cette oOrande se composait et qui devait être très- 
agréable au souverain mérinide fut, dit-on^ le précieux manuscrit 
du Coran que, selon la tradition, Othman-lbn-Affan [le trotsièmo^ 
khalife] avait envoyé dans le pays de l'Ouest, à l'époque où il fit 
porter quatre exemplaires de ce livre saint aux quatre parties de 
son empire. Ce volume était resté comme un héritage dans la- 
famille des Oméïades qui occupa le tràne de Cordoue. 

L'émir Abou-Amer et son frère, Abou-Abd-er-Bahmao, ac- 
cueillirent le sultan espagnol de la manière la plus respectueuse, 
et, bientôt après, leur père quitta la capitale et vint à Tanger 
pour témoigner à ce visiteur distingué toute la considération ei 
tous les égards dont il était digne. Ibn-cl-Ahmer commença alors 
un discours dans lequel il essaya d'excuser sa conduite dansl'af- 



93t mvTOitt fES ifetHMV». 

faire «te Tarifa, mais le soltdn Moterrompil en dëckinrnt qu'iF 
avait oublié le passé. Après l^éehangedes cadeaux, le souverain 
espagnol eéda su suUaa les tilles d'Algésiras et de Rend», \» 
province de la GharbTa et vingt ehàteaax qui afvafent déjà ap-* 
portenu au gouvemefoent mérinide. Vers la fin de raa69^fnor. 
déc. 4293), il rentra en^ Espagne, heureux et fier des bienfaits 
dont on I*avai^ comblé. Avec lui partit une armée D»érinide des- 
tinée à faire le siège de Tarifa et commandée par le célèbre vizir 
Omar-Ibn-cs-Saoudi-lbn-Khtrbacb , membre de la tribu des 
DJQchem. On tenta alors la réduction de eette place forte, mais 
elle offrit une telle résistance qu*on fut obligé d'y renoncer. 

Le sultan mertnîde dirigea ensoite soi»^alte»lio» vers TIemce» 
et réscdttt d'en faire-ie siège. 



IBN-BL-OViztK-BUOVATTACI S'Sa^AR BB TltOllTA, fOSTEiVSSB' 
SITVfiK »AKS LB ifp, BT L*ABAlf0OinW I1?SV1TS IV SITLtAll. 



La famille des Oué^r conHnandait attZr Bëni-O^ttas S trrbu 
mérinide. Elle se représentait oomflEie agrégée seulement ë \» 
tf ib«i des Mertn et prétendait descendre d'AAt-lbn-¥ofiçof-Ibn^ 
Taoheftn [le sultan almoravide}; Selon les Beni^'l-Ouéztr, la pos* 
térité d*AIi adopta la vie nomade ets'ineorpora dans la tribu des 
Ouattas ao point d'eti prendre loua tes ceractèrea distinctife. 
Fiers de leur origine supposée, les Beni-'l>Ooéilr se distingué- 
ranl par leur hastear et leur fierté. Totijoura disposés à ren-^ 
verser t^aulorité des émirs qni commandaient a»x Mérinide^, ils* 
tramèrent la mort d*Aba#-Y8tiya«lb»-Abd*el*Back qui était 
passé dans leur pays à Tépoque [où le satta» almohade] Es*Satd 
fit balte k Tèza avant de continuer sa marche vers Tiemcen. 
AboQ-Yabya fut avertr du complot el s'enfdit de côté do 6ba*^ 

< 

* Variante : (Mas, 



brala 0i d'Aïk^efr«StefiitdàDS k twrriiotlns des Bem*biitaa«| •! et 
(ut là (f«'il «pprii la taorl d'b^td. 

Qaand k9 Befli-MeHii Mvahîrèlil le Maghrab et sTé» |Mrlagè- 
raal Iw proTÎnce^^ lea Beai-^Omltae oblinmil le pa;^ du RtL La 
«^aifi^gM de otice r^ion leur aerTÎt de aéjoui*, ël lea celtive- 
tear^t aifisî qo« lea tilles, devinrent ledra iriboUiirea* Taaouta, 
oti daa cbftleaax lea |»Iaa (otià do Maghreb, s'élevaiit obes eus 
daoa le Bff et afiparteMÎi aux BeuUMerla. La» prtneea néa 
d'Àbd-ekBatk alUebèreirt um icUe ioaporiftiioe à la eomervatie» 
de cette place qU*tla èti domièrmllQfiijeiira le eooKBàDdeiMBl à dea 
officiel^ habiles et d'ue dév^Uaineal éproavé. Elle aérveil à (eotf 
eii raapeet 1^ Bed'HOoatÉae et à réprioier leur» projeta Mobn 
lieux* Après la mort d'Abdu-Yoofof, s»n Gis le saltaa Abou*- 
Yaoonb, y imtaUa se» wTeD, Sluaseer-lbn^Abi-lisleké 

A eette époque^ hé OtieOes eorent povr ehefs les frèras Omar 
et Amer, Bis de Yahya-lbn-el-Ooéfîr, et, comme oe croyait 
dans la trîba que la paîsaance des Mérinidcs devait seccomber 
avoo celvitqiii l'avait (oadée^ iU cooeerlèreet UD ooiip de nain 
contre Tatouiad afin d'être mattrescbeseai. Dans le mois Je 
Ghoual 691 (sept. -cet. 4292), Omar-lbn-Yahya surprit la for^ 
toressc et en expuUa Mansour, après lut avoir tué tout son 
ineftde* S'ëtant alors approprie l'argent qui s'y trouvait etqfni 
provenait des impAta, il y installa une garnison composée de ses 
gens et des principaux membres de sa famille. Mansour alla re- 
joindre le sultan et mourut de honte peu de jours après. 

Le vizir Omar^bd^è^-Saond'-IbnKkbirbaeh partit aossitAt^vec 
Me armée et mit te aïége devéilfrTAiouta. Le suttati, son niatCre, 
y arriva «esitile et dressa sdà esdi p an pieii de la pleee. Amer , 
l'utt 4es deax chefs ottattacieas^ prévit qoe la révolte fiarrait lAal 
e«, passa, av«eses gens, dtt cMé dn s«ritan. Ayant ale^s reçii une 
eommnnication de SOIi Mtt OÉftsr qai, se vèyasft étfôitetnént 
Moqné^ avafl péCdb tout espoir de sal«t et iikrplôfait ses bons 
o(Rces,'A obtint dtl sultan fal permrissrOfl d'entrer eÀêommtmîcartian 
avec les insurgés afin de les amenerè la soumission. [Omar] pro- 
fita de la suspension des hostilités pour emballer ses richesses, 
s'enfuir h Tiemccn et laisser son frère dans la forteresse. Placé 



f39 msTOiRB Ms ' niBtecB. 

dans une position aussi embarrassaote, Amercraigntilà vengeance 
du sultan ei, pensant qu^il allait subîp le «bâtiment dAà son frère^ 
ilcontinua la- résistanoe. BientAt, cependant, il reconnut Mmpos- 
aibilité de s^y maintenir et, sachant qu'une flottille était arrivée 
dans le port de Gliassaçeavec une députation àndalousienne, il 
fit prier ces envoyés d'intercéder pour lui. Le sultan consentit h 
pardonner au chef insurgé h condilion qu'il passerait en Espagne^ 
Bien que cette conditioD ne plût nullement k Amer, il promit de 
s'y soumettre et envoya une partie de ses gens à bord des navires 
espagnols en disant qu'il allait les suivre. Quand la nuit fut ar- 
rivée, il sortit à la dérobée et prit ta route de Tiemcen. Le suir 
tan se vengea de ce tour en faisant mourir les fils et les parents 
du fugitif, lesquels étaient restés dans Tazonia ; tous les gens 
que l'on avait embarqués subirent le même sort, ayant été livrés 
par les Espagnols qui s'étaient indignés d'être pris pour dupes 
dans cette affaire. 

Ben (ré en possession de Tazouta, Abou-Yacoub y install» um 
garnison avec plusieurs agents du fise et, vers la fin du mois de 
Bjomada 692 (avril-mai 4293), il partit pour Fer. 



ABOU-IVIR IBlNnOIflfB SON PftBE , U SULTAN , BT SB JBTTB nANS 

LBS MONVAONBS BBS GBOKABi* 



Après avoir enlevé Tasouta aux Boni -'1-Ouéztr, le sultan reçut 
la visite d'Ibn-el-Ahmer et renouvela l'alliance entre les deux 
empires en lui rendant son amitié. Il donna alors-au visir, Omar- 
Ibu-es-Saoud, l'ordre d'entreprendre le siège de Tarifa et il fit 
partir son fils, l'emir Abo«*Amer, du Casr-Hasmouda et l'en» 
voyadans le Rif, afin d'y rétablir la tranquillité* 

[Le lecteur a vu qu'en Tan 685] * les fils d' Abou^Yahya-IbiH 
Abd-el-^Hack, sachant que leurs ennemis avaient aigri le cœur du 



I ¥oy* page tSâ de ce volume.. 



DIKASTU iitellim*—- lB0U*VieOI}t— TOtÇOF. t37 

tollao coolre eox, a'^nfoirent [en BapAgae d'où its^e rondirenl} 
« TiemoeD. Après avoir séjourné q.iielc|iie temps dans cette ville, 
ils parvinrent k se faire pardonner leur équipée et h obtenir Tau* 
torisation de rentrer en Maghreb et do reprendre la haute posi- 
tion qu'ils avaient occupée dans Tempire mérinide. L'émir Abou- 
Amer appriicetle nouvelle dans le Aifouil était campé et. cro- 
yant Caire plaisir à son père, il résolut de tuer ces princcs.cn 
guet-apens ([uand ils seraient en route pour Fez. En Tan 695 
(1295*6), il accomplit son projet^ les ayant surpris auprès de la 
rivière Ël-Catef, dans le bassin du Holouïa. Au récit de sa tra-* 
bison« le sultan laissa éclater Tindignation la plus vive ; il prit 
Dieu à témoin de son innocence, en déclarant qu'il n'avait parti- 
cipé en aucune façon à ce crime et ït ordonna à son ù\s de no 
plus sa présenter devanl tui. Abou-Amer se retira le cœur gonflé 
décolère, et traversa Te Btf jusqu'aux montagnes des Ghomara, 
où, depuis lors, il ne cessa de vivre en proscrit. L'armée du sut- 
fan, commandée par Meimoun-Ibn-Ouedrar, te djocbemide, es- 
saya inutilement de le faire rentrer dans l'obéissance ; une se* 
oonde expédition, conduite parZtguen-Ibn-el-Moutat-Tamtmount 
{fiU de la dame Bfetmouna)^ ne fut pas plus heureux, ayant es- 
suyé plusieurs échecs dont te dernier eut lieu à Irztguen <, en 
fan 697(1297^)». 

Ez-Zolaïkhi , l'historien de l'empire mérinide * , dit qn*Abou- 
Amerse révolta dans tes montagnes des Ghomara, en t'an 694, et 
que l'année suivante, il envoya de son lieu de retraite une bande 
d'assassins qui tuèrent les fils de hémir Abou^Yahya, Dieu sait 
lequel de ces renseignements mérite le plus de foi. 

Quoi qu'it en soft, Abou-Amer persista dans l'insoumission 
jusqu'b son dernier jour. It mourut en 698 (1 298-9), chez les 
Beni-Satd. dans l'es montagnes où it s'était retiré. Son corps fut 
transporté à Fez et enterré dans le cimetière royal, auprès de la 



1 Variantes : Birdhikm , Berzigùen. 



< Dans les maonscrUs et le texte arabe imprimé il l4Qt lire ethà à la 
place de iiszà. 

» L'ouvrÉge de r historien B»ZotalUii<ra Bz-Zelaïjdi|QODS est inconnu. 



43ft ÉlSTOItl M9 BCniiM». 

porte Bab-^I-FotMb. It {«issâ dent èàhtUê qui fWMt éleTét 
sous les yem de leur grarnd-^re et qui deviârenl kbalrfee^ dans 
la soHe. 



NOUYBLLIS I5CUBS10NS DANS LE TBBRITOIRI DE TLEMCEN. 

En Tan 689 (4290), quand le sultan eul levé le siège de Tieui - 
cen et qu^Ibn-eUAhmer se fut ligué avec le roi chrétien pour 
mieux résister aux Hénnides, Othman, fils de Yaghmoracen, re- 
chercha Talliance des deux souverains espagnols et, en Tan 69^, il 
envoya Ibn-Bertdi, ancien serviteur et client de sa famille» auprès 
de Bon Sanche. Ce messager revint à Tiemcen accompagné par 
un ambassadeur du roi chrétien, le nommé Ër-Rik-Htkcen * , on 
des grands de cette nation. El-Hadj-Masoud , officier de la 
suite d'Ûthman, se rendit alors à la c^ur du roi et ratifia le 
Irailé d'alliance. Le prince deïltoicen crut s'être garanti, par ce- 
coup de politique, contre les attaques d'Abou-Yacoub, mais it ne 
fit qu'ajouter aux torts que ce monarque avait à lui reprocher. 

Pendant quelque temps, Âbou-Yacoub dissimula son ressenti* 
ment et, dans rintervafle, il se dégagea des embarras que lai 
donnèrent les affaires d'Espagne et se vit délivré do son ancien 
ennemi, Don-Sanche» qui mourut en l'an 699*, après un règne 
de once ans. L'année suivante, il se rendit à Tangiar afin d'exa- 
miner l'état de PEsjpagne, et il y reçut [encore] la visite d'ibn- 
el-Ahmer. Ayant reconnu que la tranquillité régnait en Anda- 
lousie, il confinca son illustre hâte dans les meilleurs sentiments 
d'amitié en lui cédant toutes les places fortes que les Mérinides 
occupaient en ce pays. Alors, seulement^ il commença les prépa* 
ratifs de sod expédition contre Tiemcen» et, vers la ntôme épo- 



* En arabe,(jy-»X;dl^l ; il faut probablement lire o*^ V'^ Er-Ro- 
drigaès, Bodrtguez, évéque de Tordre de Sl-Fraoç<»id,qui, eu Tan 1290, 
avdt été Goinmé aumOnfer ées seigneurs chrétiens vu tcrtfce du 
roi de Maroc. — Yoy. Ferreras, tome iv, page 186. 

«Don Samhe moarutao eammfûêHtusitéR Ym 1Sfi6 (f^ido rh^gfre). 



^e, il prHsoasea proteelioo Tbabei-ibo-M^ndM, chef maglirflh- 
ouïen qui était venu implorer l'appui des Mérinide» eonlre le fila 
de Ta^UDDoraoen. 

Peadaot les asoéee 693 el 693 (1298-4), k poputaiion [do 
Ma^eb} eai beanooap àsouffrir de la sédieresae» mais, ensuite, 
IMeu se montra miséncbrdieox envers ses créatures et leur reo- 
dit ra)K>Ddaiice et I» prospérité aoxqiieUes ils les avait habituées. 
Eu 694, quand Tbab^-lbiHMendll se préseota à la cour d'Abou^ 
Tacouh et demanda secours^ [la disette de vivres ne se faisait 
plus senilr et^ ce prînee ji&la les yeux sur Moufa*}bB»Abi-Ham • 
mou, un des grauda chefs de la natioa mérinidei et lui ordonna 
de se vendre à Tletncen et d'iotercéder en faveur du réfugié. Othr' 
man aecudillii cet envojé fort mal et le congédiade la manière lu 
pl«a iDoonvenantaw Un second aa^assadeut ne réiBsil pas mieux 
que soo devancier, et, comme sa présence n^avait fait qu'aocrot-^ 
tré rînsolence du prince de Tiemeeo« le sultan prit aiissîi6t ses 
dispositions pour envahir le territoire abd-el-ouadite. 

En l-an 694, il se mit eu campagne et continua sa marcha jus* 
qu'à Taouriit , ville frontière do Tempi re mériatde. I>'un cAté , 
il y avait un ofieîer qui eomasaiidait au nom du sultan Abott^* 
Tacoub, et, ifeTautn», uv gouverneur désigné par 0thman4btt'* 
Tagbmoracen. Le sultan expulsa le tonctionilaire abd-el-oaaditev 
prit possession de la ville entièreet posé la$ fondements du ehfttea» 
qui a'y voit encore* Tous les jours, depuis le matin juaqu'ao 
aoir^ il assista au& travaux des ouvriers employés^ lacoostruo- 
«ioB de cet édifice, de sorta qu'il parvint h le faire achever dau^ 
le mois de Oamadan (juillet-août \ 385) de la wu&me année^ Vou- 
lant faire de Taourtrt une de ses plaees ferles, il y établit! 
une garnison fournie par la tribu des Beni*Asker el commandée 
par son frère, Abou-Yahya-lb»-Yacottb. Ces dtsf>ositioos ter- 
minées, il reprit le chem'm de sa capitale. 

L^unée suivante^ il ()uitla Pexavee l^ioteniio^ide poosaer jus^ 
qu'à Tlemcen et, ariivé près d'Oudjda, il en fit abattre les 
fortifications^ S'étant alors porté en avant, il occupa Mectfa et 
Ez*Zéara, d'où il s'avança jusqu'à Nedroma. Pendant quarante 
^ours, il tint cette ville assiégée et la foudroya avec ses catapulCcs- 



440 BISTOIRB ras BBKBftBBS, 

{médjanic) sans pouvoir la réduire } aussi, le 2 Cbooai (5 aoûl 
4S96}, il décampa. 

En Tan 696 (1 296-7) il marcha encore contre Tlemcen et ayant 
rencontré Othroan-Ibn-Ynghmoracenqai étailsorti pour lui livrer 
bataille, il lui tua beaucoup de monde et le repoussa dans la ville» 
Après avoir tenu la place investie pendant plusieurs jours, il 
abandonna ses positions et revint k Fez. Cette année~là, il célé- 
bra la fêle du sacrifice (1 Dou-'l-Hiddja - 30 sept. 4 297) à Tèza , 
et il y épousa la petite fille de Thabei-lbn-Hendtl auquel il Pavail 
demandée en mariage. Quelque temps auparavant, Thabet fut tué 
àBahtra-t«ez-Zttoun, pràs de Fez, par un individu delà tribu des 
Ourtadjenqui crut venger ainsi la mortd^un de ses parents tué- 
par [les Maghroua], tribu de sa victime'. Le sultan fit mourir 
l'assassin et célébra ensuite le mariage dont cous venons de par** 
ter. Ayant alors donné Perdre de bâtir à Tèza le château que l'on^ 
y remarque encore, il partit pour Fez au commencement de Tan- 
697(find»oct. 4297). 

Quelque temps après, il fit une course dans le territoire des 
Uiknaça et, rentré dans sa capitale, il en sortit de nouveau , 
dans le mois de Djomada (février -avril 4298) et marcha 
encore sur Tlemcen. En passant par Oudjda, il donna l'ordre 
de relever cette ville et d'en réparer les murailles. H y fit 
aussi construire une citadelle, une mosquée et une habitation 
pour lui-même. Arrivé sous les murs de Tlemcen, il entoura la- 
ville de son armée, ainsi que le halo entoure la lune , et il 
braqua sur elle une de ces arbalètes énormes dont la portée est si- 
extraordinaire et auxquelles on donne le nom de cos-^ez-ziar {arc 
à eaveçonj. Quelques ingénieurs et un grand nombre d^ouvriers 
furent employés è construire cet engin dont les matériaux 
faisaient la charge de onze mulets. Gomme la ville résistait en- 
core malgré tous ses efforts, il leva le siège au commencement 
de l'an 698 (milieu d'octobre 4 298), et, en passant par Oudjda, il 



i Voy. t. m^ p. 318. 



DYIf ASTIK MfiRIlllDB. — ABOU-TACOCft-TOrÇOF. 4 it 

y laissa son frère, Aboa-Yahya-lbo-Yacoab avec le corps a^ke- 
ride qui avait tenu garnison àTaoartrt. 

D'après ses inslractions, cette troupe se mit h faire de fré- 
quentes courses dans le territoire abd-el*ouadile et h dépouiller 
les voyageurs. Les habitants [ de la ville de Nedroma ] perdi<^ 
rent alors tout espoir d'être secourus par leur souverain et en- 
voyèrent une députation è l'émir Abou-Yahya. Ce prince leur 
accorda sa protection, à la condition de laisser occuper leur ville 
par SCS troupes et de reconnattre t^autorité du sultan. Le peuple 
de Taount suivit cet exemple et, vers la fin de Djomada (mars 
4299), tous leurs cheikhs arrivèrent à Fez et présentèrent leurs 
hommages au souverain mërinide. Ils le prièrent en même temps 
de marcher au secours de leurs frères et d'arracher leur paya 
h la domination de leur ennemi, le fils de Yaghrooracen. En dé-^ 
crivant la tyrannie de ce prince et la faiblesse de ses moyens dé 
défense, ils inspirèrent au sultan la résolution de renouveler ses 
lentalives contre Tlemcen. 



LONG SIÈGE DE TLBVCEN. 



Le sultan ayant reconnu que rien ne s'opposait èi une nouvelle 
expédition, résolut de mettre le siège devant la capitale abd-el^ 
ouadite et de la tenir étroitement bloquée jusqu'à ce qu'elle 
tombât en son pouvoir. Après avoir appelé son peuple aux 
armes et rassemblé toutes seâ forces, il les passa en revue, com- 
pléta leur équipement et distribua à tous de fortes gratifications; 
puis, dans le mois de Redjeb 698 (avril 4299). il se mit en mar- 
che. Le 2 Ghàban (6 mai), il arriva sous les murs do Tlemcen et 
dre&sa son camp dans la plaine voisine. Alors, quand il eut forcé 
Olhmnn-lhn-Yaghmoraeen et les Abd-ei-ouadites à se réfugier 
derrière leurs remparts, il entoura la ville entière d'un mur de 
circonvallation, bordé, en dedans, d'un fossé très-profond. Il éta- 
tablitdes corps de garde aux portes et aux autre? ouvertures de 
cette enceinte. 



m BISTOIRB VSB IBHStaM. 

Les babiiaots de Honein^ contre lesquels il envoya an déUçbe^ 
•ment de son armée, s'empressèrent de U^ire leur soumissbn et, 
vers le milieu de Cbàbao (mai), ils envoyèrent au camp une dé- 
pulation de leurs cheikhs. Dn autre corps de troupes partît avec 
l'ordre d'investir Orao, de parcourir les plaines qui l'avoisineni 
«t d'assiéger les autres villes do cette province. Dans le mois de 
Ojomada second 699 (févr.^mars 4 300) Maiouma se rendit et le 
QDois de Bamadan (mai-juin) se termina par la prise de Taliout, 
4l'EUGaçabat, de Temzetdekt et d'Oran. Les Mérioides parcou- 
rurent ainsi tout te pays jusqu'aux environs de Bougie, en ré- 
pandant l'effroi dans les diverses contrées qu'ils traversèrent 
Les plaines du territoire des Maghraoua et celles qu'occupaient 
les Toodjtn furent envahies par la cavalerie du sultan , et bientôt 
celte région vit flotter le drapeau mérinide sur les murs de Mî- 
Jtana, de Mostaghanem, deChei^chel, d'filBat'ha, deMédéa, de 
TafergMtnt et sur le Ouanchertch. Ztri, qui avait usur|)é le com- 
mandement à Brechk, fit sa soumission, ainsi qu'Ibn-Allan qui 
a'était emparé de la ville d'Alger*. Tous les chefs qui étaient 
mal disposés pour le sultan durent s'éloigner afin d'éviter sa co- 
lère, mais les personnes qui lui témoignèrent des sentiments fa« 
vorables furent assurées d'un accueil bienveillant. 

Les Almohades de l'Ifrtkïa, c'est-à-dire, les princes hafsides 
•de Bougie et de Tunis, recherchèrent alors l'alliance des Hérinides 
ot tAdjbèrent de gagner l'amitié du sultan par de riches présents. 
Le souverain de race turque qui régnait en Egypte lui expédia 
m don magnifiqnOi accompagné d'une lettre de félicitation ; té« 
moigoagede respect auqpel le sultan ne manqua pas de répondre^ 
ainsi que nous le dirons plus loin. Les Beni^Nemi, cbériCs de la 
Mecque, hii envoyèrent aussi une députation. 

Pendant le temps qui venait de s'écouler, toulcs les disposi- 
tions avaient été prises pour maintenir le blocns de Tlemcen, et 
l'on assure que la sultan ne risqua que trois ou quatre combats. 
(In cliâttment des plus sévères fut réservé k ceux qui essaye- 



t Voy. t. m, p. 385,389. 



mrlVASTIB HtHUUM.-^ABOU-TACaUB-TOUÇOF. 4 43 

raient de f«ire passer <le9 vivrea wx assiégés et, ain de mieux 
déeouvrir rapproche des eoqvoiSf od posta des vedettes sor tou* 
tes les hauteurs voisiaes. Les murs de ctroonvallatioo formaient 
d'ailleurs une barrière iofranchissable, de sorte qu'un esprit, 
qu'un être invisible, aurait eu delà peine h pénétrer dans la ville. 
Le blocus fut maintenu pendant une centaine de mois et ne cessa 
qu'à la mort du sultan. 

A l'endroit où l'armée avait dressé ses tentes s'éleva un palais 
pour la résidence du souverain, et une mosquée où il pourrait as- 
sister k la prière. D'après ses ordres^ tout ee local fut entouré 
d'un mur et rempli de grandes maisons, de vastes édiSoes, de 
palais magnifiques et de jardins traversés par des ruisseaux. Ce 
fut en Tan 702 (fSOS-^Sjqu'il fit bâtir l'enceinte de murs et qu'il 
forma ainsi une ville admirable, tant par son étendue et sa nouK 
breuse popubtion que par l'activité d^ son commerce et la solî* 
dite de ses fortifications. Elle renfermait des bains, des cararan^ 
sérails et un hôpital, ainsi qu'une mosquée où l'on célébrait la 
prière du vendredi et dont le minaret, bâti par le sultan, était 
d'une hauteur exlraordinaire* • Ce fut le une des plus graadfos mos- 
quées du monde. |€ette viHe} reçut du fondateur le nem é^Bl^ 
Mansoura (la vieioriensê)^. De jour en jour, eHe vit sa prospérité 
augmenter, ses marchés regorger de denrées et de négociants 
venns de tous les pays; aussi, prit* elle bientôt le premier rang 
permi les villes du Maghreb. 

Après la mort du sultan et la retraite de son armée, la Man* 
somra fut mise en ruine par la famille de Tagbmoraeen, par une 



* La toar de cette mosqaée est encore debout bien que le c6té dn 
sod ea ait été âènoH par Isa Abd^^Ouadiles. 

^ Une grande partie du mur qui entourait la Mâosoura est encore 
debeni. Il aat oonstrqil en piaéet flanqué de tours carrées ; daei Fen- 
eeinte en remarque las reines de quelques grandes maisons construHaa 
au«ai en pisé. Batre h Mauaoqra et Tlt ineeo l'on reaoootre piosieora 
énormes boalels de pierre qui y avaient été taocés par (09 eatapqKes 
des Mérioides. 



i|44 nrstoinB hes mnfBfeires. 

liynasde qni, un moment auparavant, allait succomber et n^avail 
échappé h sa perle qoe par Pintervenlion de ceite providence 
dont la bonté sauve les malheureux prêts à tomber dans 
r^ibtme. 



COKQIÊTE DU PATS DES MAGITRaOCA. 



Après avoir bloqué Tlomcea et soumis les plaines ainsi que 
les villes de l'empire abd-el'K>uadite, le sultan ambitionna la con- 
quête des pays habités par les Jtfaghraoua et par les Toodjtn. 
Nous avons déjà mentionné qu'en l*an 694 , Thabet-Ibn-Mendtl 
s'était rendu è Fex et lui avait promis la main de sa petîte-fiHe. 
Lors de cette visite, Thabet perdit la vie et, en Tan 696, le suUan 
consomma le nFiariage projeté. 

Après la réduction des provinces abd-el-ouadites, 4e vainqueur 
plaça un détachement de son armée sous les ordres d*Ali*lbn- 
Mohammed -el-Kheiri, personnage émtoeDi de la tribu des Ourla • 
djen; et l'envoya dans le pays des Maghraoua. Ce corps soumit 
loute la contrée ouverte et força les habitants de se réfugier sur 
les cimes de leurs montagnes. &ached-ibn-Mohammed, petit-fils de 
Tbabet-Ibn-Mendtl et beau*frère du sultan, s'enferma dans Mi- 
lîana et soutint un siège qui dura jusqu'à l'an 699 (1299-1300). 
Il fit alors sa soumission, en stipulant que sa vie serait respectée, 
ei| quand on le mena en la présence du sultan, il y trouva un 
accueil très*grâcieux. H obtint même son admission dans la suite 
Impériale, honneur qu'il devait h sa parenté avec le souve- 
rain. 

La conquête de Ténès, de Mazouna et de Cherchel eut lieu 
ensuite, ainsi que la soumission de Zîri-Ibn-Hammad, qui avait 
usurpé le commandement à Brecbk. Toute la plaine du Chelif su- 
bit la domination mérinide, et les Maghraoua prirent enfin le parti 
d'obéir au gouvernement du sultan. Le commandement de co 
peuple et de toutes leurs villes fut donné à Omar-Ibn-Ouîghern- 
IbD-Hendîl. 



HTNASTII MftRIHiDS. — AB0U-¥âCOIW-T0l'Ç0F. 4 46 

Cette DomiDaiion'déptaià Racbed-lba-Mohammedi qui croyaii 
eblenir le coiBinandemeat des Mftghraoua parce qu'il B'imagideii 
en aire le plas digne et parce que sa sœur était la femme 
chérie da suUaa. Emporté |iar sa jalousie contre ibii-(M* 
ghero, il se jeta dans ane des moniag&es de la Mettdja ai, de 
là, il dirigea plusieurs attaques contre les troopea et les admiats- 
Iratears que le sultan avait établis dans les pays voisial. Tous 
les Maghraouiens qui étaient méoootentsde Tordre actuel se ral^ 
lièrent autour de. son drapeau et, dans le mois de Bebift premier 
700 (novembre-décembre 4300), les habitants de Maiounu répcb- 
diàrent la domination mérioide et livréreat leur ville au chef ré- 
volté. Encouragé par ce succès, BacheJ marcba sur la ville de 
Ouazmor, sarprit Ibn^utghera dans une attaque de nuit^ le tua 
et pilla son camp. Le sultan envoya ses troupes nràrinides ooatre 
les insurgea ei nomma AU-Ibn^-BaoeB-lbn*Abi«UTalaeatt corn* 
atandement des Béni -Asker, tribu à laquelle cetui^i apparteeait. 
Alt«lbn-Mohammed-el-'Kheiri reçut en même temps le commaa* 
deraeni do sa tribu, les Bent-Ourtadjen. Gomme ces deaz ehef« 
devaient agir de concert, le sultan leur adjoignit comme Conseil** 
iers son client Ali-el -Bassani, Abon-Bekr-Ibn-Ibrahlm^lba^Abd^ 
4)l-Caouï, membre de la famille qui oommandaitaui Bent^Toudjta, 
•et MoIîammed-Iba-Omdr*lba-Mendil, qu'il venait de nonimeraa 
^commandement des Magbraoua. 

Bached ayant appris que ces chefs marchaient contra lui, se 
réfugia, avec ses partbans maghraattiens, dans la montagne dea 
Bani-Bou-Said, après avoir laissé da^is .la ville de Masouaa 
ses cousins, Ali et Hammou, ib de Tahya'-lba- Tbabct. 
En les quittant, il leur recommanda de bieu s'y défendre pendant 
qu'il se tiendrait lui-même en observaiien sur la montagne. Les 
Groupes du sultan entrèrent alors dans le pays des Magbraoua^ doat 
•attes soumirent toute la partie ouverte, et allèrent camper sous 
les murs de tfazouna. La ville était prête à succomber quaiid Ali 
et sou peuple réussirent i» surprendre et à disperser l^arméo as- 
aiégeante dans une attaque de imtt. Ali-el-Kheiri resta prisonnier 
eatreleurs mains* Ceci se passa en l'an 701 (4301-3). 

Comme les révollés porsistcrcnth repousser l'autorité du sul- 

T 4JV. ie 



146 BisToin bis bekb6res. 

tan, ils eurent encore à soutenir un siège ; aussi, furenl-ild enfin 
réduits à un tel degré de misère que Hamoiou-lbn-Yahya sortit 
de la ville et se rendit à discrétion. Ce chef fut conduit devant le 
sultan et emprisonné par son ordre, Ali*Ibn-Yahya suivit l'ezera* 
pie de son frère et trouva un accueil plein de bienveillance- au- 
près du sultan qui espérait dissiper ainsi les appréhensions de 
Rached et le décidera faire sa soumission. En Pan 703 (4303*4), 
Mazouna fut prise d'assaut et un grand nombre de ses habitants 
fut passé au'fil del'épée. On porta au sultan les tôtes de tous les 
insurgés qui avaient succombé et, par son ordre, on les lança 
dans les fossés de Tlemcen pour en intimider la garnison et la 
réduire au désespoir. / 

L'émir Abou-Yahy a, à qui le sultan, son frère, avait donné le 
i;Oilvernement des provinces orientales [da Maghreb central] avec 
la commission de soumettre toute cette région, cerna Rached dans 
la montagne des Beni-Bou-Satd, mais, s'étaut laissé surprendre, 
iine nuit, par le chef rebelle, il perdit une partie de ses troupea 
-et fut obligé d'abandonner ses positions. Le sultan fut tellement 
irrité de cet échec qu'il fit suspendre à des 'poteaux et cribler de 
flèches non-seulement Ali et flammou, mais aussi tous les Ma- 
ghraouiens qu'il avait retenus jusqu'alors dans ses prisons. 

Quelque temps après ces événements , Rached passa dans la 
[ville de] Mettdjaoà son cousin Montf-lbn-Thabet et une foule de 
réfugiés maghraouiens vinrent le joindre. Le reste de la tribu se 
rallia autour de Mohammed-Ibn-Omar-lhn-Mendil, l'émir que 
4e sultan Abou-Yacoub avait désigné pour la commander. Les 
Thàleba et les Heltkich insoumis accoururent aussi sous les dra* 
peaux de Rached et de Honif, ce qui donna lieu à utie nouvelle 
expédition. L'émir Abou-Yabya les cerna dans leurs lieux de 
retraite et les contraignit h demander la fin des hostilités, faveur 
que le sultan s'empressa de leur accorder. Montf passa en Anda- 
lousie avec ses fils et tous les* dépendants de sa famille, et, de-* 
puis lors, ils y sont restés. Rached se réfugia dans le pays des 
flafsides, et en l'an 10& (1305-6), Mohammed-lbn^Omar-Ibn- 
Mendtl parut à la cour du sultan mérinide et y trouva une ré- 
ception honorable. 



t^arveim eoBo à soumettre le pays des Haghrsow, AbotnYa- 
«oob y établit des administrateurs mérinides. Les choses" oonti^ 
màrent en cet étai jusqu'à l'an 706, quand il perdit la vie. 



XONQVfiTB DU PAYS DtS TOU0/flf. 



dovestîssement de Tlemcea effectué et les provinces abd-rf- 
•ouaditcs réduites à la soumission, [Abou-Yacoub-jYouçoMbn^ 
Yacoub convoita la possession du pays des Toudjfn. Otbman- 
Ibn-Yaghmoracen avait déjà vaincu ce peuple, conquis le Ouan- 
diertcb et obtenu le pouvoir de nommer et de destftuer à son gré 
les chefs descendus* d'Abd-el-Gaoïlï. 

fin Tan ^0^^30^^% [l'émir Abou-Yahya] imposa un tribut 
aux Toudjfn et, par Tordre du sultan [son frère], il rebâtit la villa 
d*EUBat^ «que Hohammed-ïbn-Abd-el-Caouï avait mise en 
ruine. Il 6t alors un expédition vers la frontière orientale [du 
Maghreb central] et, pour s'en retourner auprès de son frère, il 
traversa, en l'an 702, le pays des Toudjhi et força les Benî-Abd- 
el-Caouï de se réfugier dans les plaines du Désert où ils allaient 
camper chaque hiver. Après avoir détruit les châteaux qu'ils 
possédaient dans le OoancherJch, il se rendit à la cour du sul- 
tan. 

En l'an 703 (4303), les habitants de Taferguint firent leur 
soumission pour éviter les maux d'un siège, mais ils se révoltè- 
rent quelque temps après. La ville de Médéa reconnut l'autorité 
du sultan lequel ordonna à son frère d'y construire une citadelle. 
Les Beui-Abd-el-Caouï virent alors la nécessité d'obéir aux Mé* 
rinides et, en cette même année, ils envoyèrent une députatiou 
au sultan, qui se tenait toujours dans la Mansoura afin desur^ 
veiller le Moces de Tleroeen. Par égard pour leurs anciens 
services ce prince accueillit la prière des Abd-el-Caouï, les ren- 



• Dans le texte arabe, il faut remplacer le mot btai par henL 



148 BISTOltB DES MRBfctBS. 

vûya chex eux après leur avoir coucédé la jouissance de certains 
îoipôls el les aTolr placés sous les ordres d'Ali-lbn*en«Nacer* 
Ibn-Âbd*- el*Caottï. La consiruclion de la citadelle de Médéa, 
ordonné par le sultan en l'an 704 , fut terminée Tannée 
suivante (4 305-6). Dans Tintervalle, Ali-lbn-en-Nacer mourut 
et Mohammed-Ibn-Arïa*t-el-Asamm reçut du sultan le comman- 
dement des Beni-Abd-el-CaouY. En Tan 706, ce chef entraîna 
loui son peuple dans une révolte contre la domination mérinide 
et quitta le pays avec eux, mais il y rentra après la mort du 
sultan. 



LES PBIMCES n TUUlS ET DE BOtJUlE| SOUTERIIKS ALMOSABBS M 
L'iPataTl, BRVOTEHT DBS AMBASSADES AU SULTAN «ÈBIMIDB. 



Les princes hafsides qui régnaient en Ifrikïa avaient toujours 
entreteao de bonnes relations avec les deux grandes nations se- 
natiennes du Maghreb, les Beni*Abd-el^uad et les Beni-Merîn. 
Yaghmoracen ci ses 61s leur témoignaient, de leur c6lé, une 
obéissance assez spécieuse , en leur adressant des actes d'hom- 
mage et en faisant célébrer la prière publique au nom du khalife 
bafside. Ce dernier usage datait de la priée de Tlemcen par 
Abou-Zékérïa, fils d'Abd-el-Ouahcd, et de (a conGrmaiion de 
Yaghmoracen dans le gouvernement de cette ville. Il en était de 
même avec les Beni-Merin : depuis Torigine de leur puissaBce, 
ils montrèreat un grand attacbemeni è la maison d'Abou-Hafs; 
ils entretenaient nséiae une correspondance avec Témir Abou* 
2;ékérïa et, [par égard h sa qualité de kkaliio,] ils lui transmet- 
taîeutles hommages de chaque ville dont ils faisaient la conquête* 
Gela eut lieu pour Méquines, pour Ël-Casr et, en dernier lieu, 
pour Maroc. Depuis le temps d^EUMostancer et de Tacoul>»Ibn« 
Abd-eMiaek, les relations des deux cours avaient pris le carac* 
tère d'une sincère amitié, et les Hafsides envoyaient des présents 
an souverain mérinide, el même de Targent, afin de l'aider à con"> 
tinuerla guerre contre les Almohades du Maroc. 



Df NASTIB ■tBiniDB. ABOU-TACOUB^-YOIÇOP. 4 49 

Nous avons déjà moDlioDné qu'en Pan 665*, Abou-Yoïlçof- 
Yacoub expédia au khalife hafsiclc une ambassade composée 
d'Amer-lbn-Idris, d'Abd*Allah«Ibn-Keiidouzelde Uobammod-el'* 
Kinani. Nous avons raconté aussi qu'en 669*, EUUostancer 6t 
porter k Yacoub un riche cadeau par une députaiion de cheikhs 
ayant à leur léte Yabya-Ibn-Saleh*el-Hintati, chef du corps des 
Almohades. En Tan 675 (4276*7), El-Ouathec, fils d'EUMos- 
lancer, choisit le célèbre Abou-'l-Abbas-Ahmed-el-Gbomari, 
cadi de Bougie, pour être le porteur d'un présent magnifique des** 
tiné au sultan mérinidCi. 

La bonne intelligence se maintint entre les khalifes de Tlfrikta 
et les princes zenalieiis jusqu'à l'époque où la discorde éclata 
dans le seiûde la famille bafside, quand l'émir Abou-Zékérïa^ 
fils de l'émir Abou-Ishac-Ibn-Yahya-Ibn-Abd-el-Ouabed, s'évada 
de l'asile qu*Othman-lbn'Yaghmoracen lui avait accordé et prit 
possession de Bougie en l'an 683 ^. Ayant établi dans cette ville 
k trône d'un nouveau royaume, Abou-Zékérïa fit de Gonstantine 
et de B6iie les dépeadances de son empir<^ Sa fuite contraria vi« 
vemeni l'émir Othman qui tenait beaucoup à l'alliance d'Abou* 
Haf?, seigneur de Tunis et oncle du transfuge : il en exprima 
même sa désapprobation de la manière la plus formelle. 

Quand le sultan Abou- Yacoub- Yooçof eut mis le stége devant 
Tiemcen et reculé les bornes de son empire jusqu'aux portes do 
cette capitale, il envoya une armée à la conquête des villes et des 
campagnes du Maghreb central. Les Almohades [Hafsides] res- 
sentirent alors une certaine inquiétude pour leurs propres états, 
et l'émir Abou-ZékérYa alla prendre position auprès deTedellis 
afin de veiller à la sâreté du royaume de Bougie. Ce fut là qu'il 
accueillit Rachcd-lbn-Mohammed, qui fuyait la colère du snU 



* Ci-devant, page 63 



* lii-aevani, pageoi. 

^11 laut remplacer le mot sebd par tissà^ tant dans les manuscrits q^i 
daosie texte imprimé* 



* Yoy. temo n, page 100. 



f50 BI6T0IBI mis BtlBÉISr. 

tan Abott«Yacouln Bientôt après, les troapes mérioides arri- 
yèrent à la ponrsaite du fugitif et eurent tm conflit avec les Haf* 
aides auprès deDjebel-^z-Zan. Dans cette rencontre, qui eut lieu 
en l'an 699 , Tarmée du prince de Bougie fut iailléeen pièces et, 
pendant plusieurs années, les ossements des morts continuère»! 
à blanchir le champ de bataille. Abou-ZékérYa se réfugia dans 
Bougie oii il mourut vers la fin du septième siècle. 

Quelque temps auparavant, une grave mésintelligence avait 
éclaté entre lui et Othman, fils de Sebir, fils de Yahya, fils de 
Doreid, fils de Masoud-el-Bolt, chef des Douaouida. Vers la fia 
de Tan 701 , Othman alla trouver le sultan mérinide et l'engagea 
fortement à diriger un corps d'armée contre Bougie. En consé- 
quence de cette invitation, l'émir Abou-Yahya, qui s'occupait 
à soumettre les Maghraoua, les HeUkich et les Thftleba, reçut 
de son frère, le sultan, une dépêche qui lui prescrivait d'envahir 
le territoire hafside. Oibman-lbn-Sebft prit part k celte expé- 
dition et, autant placé h l'avant-garde avee les gens de sa Iribii, 
il éclaira la marche de l'armée jusqu'au pays situé an delà de Bou- 
gie. L'émir Abou-Yahya prit alors position à Tagrart dans le 
pays des Sedoutkicb, afin de dominer tonte cette r^ion et, 
de là, il alla se présenter devant Bougie. Pendant quelque jours 
l'émir Abou-'l-Bacà -Khaled [ , fils et successeur de l'émir 
Abou-Zékerïa, ] soutint les attaques de l'armée mérinide 
et, se trouvant secondé par des gens qui combattaient pour 
eux-mêmes et pour leur prince, il repoussa km assiégeants à 
coups de flèche. Alors l'émir Aboi»-Yahya fit dévaster le Bedla, 
jardin magnifique appartenant au sultan de Bougie, et il évacua 
le territoire hafside afin d'aller soumettre les provinces du Mar- 
ghreb centraK 

Mohammed-el-Mostancer, fils de Yabya-el-Ouathec et sur- 
nommé Abou-Actda, régnait alors à Tunis. Voulant raffermir les 
liens d'amitié qui attachaient sa famille è celle des Beni-Mertn, 
ce prince plaça Mohammed-Ibn-Akmaztr, chef du corps des Al- 
mohades [Hafsides] à la tète d'une députalion de cheikhs et l'en* 
voya auprès du sultad Abou-Yacoub. Cette ambassade parvint à 
sa destination dans le mois de Cfiftban, 703 (mars-avril 4304). 



DT1IA8TII lliftlllI0B.— AftOU-TAGOUB-TOUÇOF. t St' 

L'exemple d'Abou-Actda fut imité par Abou-'l*Dacà-Khftie4» 
aeigoeur de Boogie. Le sallan Gt ud excellent aocaeil à loat oea 
envoyés et les congédia avec de grands honneurs. 

L'année suivante, Ibn- Akmaztr se présenta une seconde fois à 
la cour du sultan raérinide, accompagné par Abou-Abd-Allah- 
Ibn-lrsiguen, cheikh des Almohades et ami du sultan Abott*Actda. 
Avec eux vint une dépntalion composée des dignitaires les plus 
éminenls de la nation hafside. Vers la même époque, le seigneur 
de Bougie envoya au sultan en qualité d'ambassadeurs son ch'aow 
bellan Abou-Mohammed-^r-RokbamtetEïad-Ibn-Satd-lbn-Othéi- 
men, grand cheikh des Almohades du royaume de Bougie. Lé 3 
Djomada (43 décembre 130i), tous ces envoyés furent présentés 
au sultan. Il les accueillit avec les plus grands égards et, pour le» 
avoir près de lui, il leur assigna des logements dans son palais.r 
Leur ayant ensuite fait parcourir ses jardins et ses palais qiiel'oa 
avait ornés et tapissés à cette occasion, il leur procura uu spec- 
tacle qui les remplit d'admiration et d'un profond respect i)0ur 
la puissance de l'empire mérinide^ BientAt après, il les envoya es 
Maghreb afin de visiter les palais de Pei et de Mairocainsi que 
les monuments laissés par leurs ancêtres, les sultans almohades. 
Il expédia en même temps des instructions aux gouverneurs de 
ses villes et de ses provinces, leur ordonnant de recevoir ces vo» 
yageursavec de grands honneurs et de leur offrir des pré- 
sents. 

Vers la fin de Djomada (second « févr. 4305), les ambassadeurs 
revinrent à la cour du sultan, comblés de dons, pénétrés d'admi- 
ration, et ils partirent pour annoncer à leurs souverains respectifs 
le succès de leur mission et raconter tous les témoignages 
d'égard qu'on leur avait prodigués. 

En l'an 705 (4305-6), les princes hafsides envoyèrent encore 
des ambassadeurs k la cour du sultan. Abou-Abd-AUah-IbiV' 



* Le sultan demeurait alors dans la Manseura, près de TIem» 
ceo. 



1533 BIftTOiKB Ni WBSlBBB* 

Akoiaitr y parut au nom du souverain de Tunis, et EYtd-IbB* 
Satd-Ibn-Otheimon au nom du seigneur do Bougie. Quand Ibn^ 
Akmaztr prit son congé de départ, le sultan le fit accompagner 
}«sq»*à Tunis par le savapt légiste, Abou-'l-Hacen de Ténès» 
mufti de l'empire, et par Ali-Ibn-Yahya de Breebk. Ces envoyéa 
eurent pour mission d'obtenir le concours de la flotte tunisienne, 
ils terminèrent beoreaBemciit cette négociation avant la fin do 
Vanaéci et la nouyelleen fij^ rapportée au sultan par Abou-Abd- 
AUah^-Meidouri, cheikh des Almohades. Vers la même époque 
eut lieu le retour de Bassoun-Ibn^Mohammed-lbn-Bassomi-el- 
Miknaci, client du sultan, qui avait accompagné Ibn-Otheimen k 
la oourd'Abou»*I-Bacè, seigneur de Bougie. Hassoun aussi, avait 
an pour mission d^obtanir le secours d'une flotte, mais les minis* 
ires d'Abott-ol^Bacà l'avaient congédié en regrettant de ne paa 
pouvoir satisfaire à la demande du sultan, ils le firent accompa- 
gner auprès do son mattre par Abd-Allah-Ibn-Abd-el-Hack-Ibn* 
Soieiman. Le sultan accueillit très*bien tous ces envoyés, seloik 
iOD habitude, et transmit au gouverneur d'Oran lorJre de 
traiter honorablement les équipages deB navires qui les avaient 
amenés. 

Les ambassadeurs prirent enfin leur congé, enchantés do )a ré- 
ception qu'on leur avait faite, et le sultan se passa de la flotte 
bafside parce qu'il n'avait plus besoin de bloquer les ports du 
Maghreb [central]. En efiet, il était parvenu à en soumettre tout 
le littoral pendant qMc les Al mohadea remettaient de jour en jour 
l'envoi de leurs navires . 

L'éfnîr Abeu-Ztan, qui avaient été proclamé souverain à Tlem^ 
cen lors de la mort de sop père, Othman^lbn-Yagiimoracen, et 
qui était monté sur le trône vers la fin de l'an 703 (4304), pendant 
que le siège durait encore, fut très-mèeontent d'apprendre que les 
Bafaides favorisaient son ennemi au point de lui promettre io 
concours de leur flotte; aussi, pour s'en venger, il ordonna la 
suppression du nom du khalife bafside dans la prière publique; 
abolissant do cette manière et pour toujours un usage qui avait 
subsisté depuis le temps de Yaghmoracen. Quelque temps après^ 
eujtlieu la mort du sultan mérinide. 



DTRASTIB «ÉiUllDB. — A»OU-TACO«f --TOUÇOr. Id^ 



LIS 900VIRA11IS DB L^ORIBNT BT LB9 ÉMIRS TURCS DR L'BOTPT» 
BRTOIBNT 0BS ASBA8SADB8 AU SULTAlf. 



Après avoir conquis les états et les provinces da Maghreb eea- 
Irai, iesolian reçut les féltcitatioDS des souverains qui régnaient 
dans les antres pays et des Arabes nomades qui fréquentaient les 
plaines du Tell et les profondeurs du Désert. Un grand nombre 
4e Maghrébins, voyant la sûreté des communications si bien éCn^ 
Uie que les caravanes se rendaient à leur destination sans. être 
îoqniétées sur la route, formèrent le projet d'accompHr le p^ri«- 
ROge et soliîeitèreot du sultan la permission de s'embarquer afin 
d'sller à la Mecque. Jusqu'alors, les cbemins avaient été si dan*^ 
gereux pour les voyageurs et l'autorité des gouvernements afri«* 
oains si peu respectée, que Voccasion de remplir ce saint devoir ne 
s'était pas présentée depuis longtemps. 

CSette demande éveilla dans le cœur du sultan le désir de vi«' 
siter la viHe sainte et le tombeau du Prophète [et, comme les eir- 
coitf tanoes s'y opposaient, il résolut d'envoyer un témoignage de 
sa profonde piété]. Par son ordre, un habile calligrapbe nommé 
Ahn\6ctibn-Bacen, transcrivit un exemplaire duCaran en grand 
fermât. Ce volume fut ensuite relié avec un soin merveilleux et 
garni de plipsienrs fermoirs en or sur lesquels brillaient de» grou^ 
pes de perles et de rubis. Au milieu se voyait uuo pierre pré* 
^euseqjui surpassait tontes les autres par la grandeur, la forme 
^t la beauté. Ce livre fut enfermé dans plusieurs étuis et eon* 
sacré, comme donation, au temple de la Mecque. La caravane 
chargée de porter ce volume à sa destination, se mit en route 
^an 702(4303). Pour garantir tes pèlerins contre tout danger, le 
sultan leur fournit une escorte d'environ cinq cents cavaliers ze- 
nations, et il leur donna pour cadi, le savant et illustre docteur 
«laghrefoin, Mohammed-lbn-Zeghboncfa. Il adressa en même 
temps une lettre au souverain de l'Egypte dans laquelle il lui re- 
commanda les pèlerins du Maghreb, sujets de l'empire mérinide* 



464 fflSTOlBB DKS iIRBtRES. 

Parla même occasion, il lui expédia un présent composé de tout 
ce que le Maghreb pouvait fournir de f>lus beau en fait de meubles 
"^ eld'autres objets. Il y avait aussi plusieurs chevaux arabes ci 
quatre cents bêles de somme Irès-vigoureuses. Je tiens ce 
chiffre d'une personne avec laquelle je me suis rencontré. 

Cette caravane servit à frayer le chemin pour la grande cara- 
vane du Maghreb qui partit Tannée suivante. Celle-ci quitta [la 
Mansoura de ] Tlemcen dans le mois de Rebià premier 704 
(octobre 4304), sous la conduite d*Abou-Zeid-el-GhafaYri lequel 
tenait sa nomination du sultane La caravane de Tannée précé- 
dente transporta le volume sacré à la Mecque et, dans ie mois dé 
Rebi^ second (novembre \ 304), elle rentra en Maghreb. Avec 
elle arriva le chérif Lebida-lbn-Abi-Nemi, qui venait de se sous- 
traire^à Tautorité des Turcs [Hamioucks]. Il avait pris ce parti 
en voyant arrêter ses frères, Khamtça* et Remtta, par l'ordre du 
sultan turc, en Tan 701 , peu de temps après la mort de leur père, 
Abou-Nemi, seigneur de la Mecque. 

Le sultan mérinide accueillit le réfugié avec de grands égards 
et Tenvoya en Maghreb afin de visiter ce pays et de voir les pa- 
lais et autres monuments de la puissance mérinide. Il fit inéme 
prévenir les commandants de ses provinces qu'ils auraient à trai- 
ter ce voyageur honorablement et à lui donner des cadeaux, cha- 
cun selon ses'moyens. En 705^ le chértf revint h la cour e\, s'é- 
tant fait accorder son congé de départ, il se mit en route pour 
TOrient, accompagné d'Abou-Abd-Allah-Fouzi, maghrébin très- 
distingué qui voulait accomplir le pèlerinage. 

Dans le mois de Ch&ban 705 (fév.-mars 1306), Abou-Zeid-el- 
Ghafaïri, conducteur de la dernière caravane , revint de la Mec- 
que. Il apporta un document par lequel les chérifs de cette ville 
se reconnaissaient sujets du sultan mérinide. Ces chefs avaient 
ressenti un vif mécontentement à cause de Tarrestation de leurs 
frères parle souverain de TÂgypte et , pour s'en venger/ ils s^é- 



1 Variante : Bamida. 



BTKISTU MlRIHlDB.— AVOU-TACÔrB*YOVÇOF. f 65 

taieot conformés à leur usage ordinaire en pareille circonstance*. 
Nous avons raconté d'eux un trait semblable dans l'histoire d'fil- 
Mostaucer le hafside*. Ils envoyèrent en ntéme temps au sultan un 
vêtement fart avec un morceau du voile de la GAba. Ce fut avec 
un véritable plaisir que le sultan reçut cette offrande et, pour 
jouir de la bénédiction qui se rattachée un objet aussi saint, il le 
porta entre ses autres habits, les vendredis et jours de fêle. 

Quand le souverain de l'Egypte, EI-Velek-en-Nacer-Moham- 
med-lbn-Calaoun-es-Salehi, vit le présent que le sultan du Ma- 
ghreb lui envoya, il en éprouva une satisfaction extrême et, pour 
répondre à cette marque d'égard par une autre, il fit réunir un 
choix de tout ce que ses étals pouvaient fournir en fait d'étoffes 
et d'animaux rares. Parmi les quadrupèdes , qui se distinguaient 
par leur forme et leur taille, on remarqua des individus du 
genre éléphant et du genre giraffe. L'émir El-Teliii , un des 
grands dignitaires de l'empire égyptien, fut chargé de veiller au 
transport de ce cadeau et de l'accompagner jusqu'à la cour du 
sultan. Il quitta le Caire vers la fin de l'an 705 fjuin-juill. 1 306]; 
dans le mois de Bebift (sept.*oct ), il arriva & Tunis et, dans le mois 
de Djomada second (déc.-janv. 4306-7), il parut en vue de ta 
Mansoura de Yille-Neuve. Le sultan, rempli de joie, ordonna à 
tout son monde de monter à cheval et d'aller au-devant d'Et- 
Teltli et des émirs turcs qui l'accompagnaient, et, pour mettre le 
comble à ses prévenances, il leur assigna un beau logement aveo 
une table bien fournie; puis, il les envoya en Maghreb, selon 
l'usage. Sa mort, qui eut lieu bientôt après , ne changea rien à 
l'égard de cette ambassade ; son successeur, Abou-Thabet, en 
traita les membres avec autant d'honneur qu'auparavant et les 
congédia en les comblant de riches cadeaux. 

Ils quittèrent le Maghreb dans le mois de Dou-'l-Hiddja 707 
(mai-juin 4308), mais, en traversant le pays des Beni-Hacen, où 



I Lisez metta k la plaoe de haiUi dans le texte arabe. 
• Vey. l. n, p. 313. 



I5Ç BtSTOlRB DBS BBBBtftBS. 

ils arrivèrent en Rebiâ (sept-ocL), ils furent dévalisés par tes 
Arabes du Désert et ils entrèrent au Caire dans un étai pitoyable. 
Depuis lors, le gouvernement égyptien n'a plus expédié de mis* 
aions en Maghreb et ne fait plus aucune attention à ce royaume. 
De leur côté, les souverains mérinides sont tcllemeoi honteux de 
cet événement qu'ils n'envoient plus aucun de leurs grands offi- 
ciers au Caire ; ils y font seulement porter des cadeaux ; ils ea 
reçoivent d'autres en retour et, dans leurs lettres, il se bornent 
à. énoncer l'envoi qu'ils viennent de faire, san9 rien y ajouter de 
plus. 

A l'époque même où cet attentat fut commis, l'opinion, publi-? 
que en désignait comme auteurs les Arabes nomades de la tribu 
des Hosein; on les soupçonnait même d'avoir agi h l'instigation 
d'Âbou*-Hammoa, seigneur de Ticmcen, lequel aurait voulu gra* 
li&er de cette manière la haine de longue date que la famille de 
Yaghmoracen portait aux souverains du Maghreb. A ce sujet» 
mon ancien professeur, Mohammed-Ibn-lbrahtm-eUAbbeli, m'a 
raconté l'anecdote suivante : « Je me trouvais, dit-il, dans la pré-- 
B sence du sultan [Abou-Hammou] quand plusieurs TIemcenois, 
B qui revenaient de la Mecque, lui remirent une lettre de la part 
» d'EUMelek-en-Nacer. Dans cet écrit, le souverain égyptien se 
» plaignait de ce que la mésaventure arrivée à ses émirs 
s avait eu lieu sur le territoire de TIemcen, Cette lettre fut ac- 
» compagnée de deux Qacous remplis de baume, produit parlicu- 
a lier aux états du sultan de l'Egypte, et de cinq mamlooks 
B turcs, porteurs de cinq arcs ghozBÎens dont le bois, les corneB 
B et les cordes étaient d'un fort beau travail. Notre maître, trou- 
» vaut un pareil présent bien mesquin en comparaison de celui 
B que le sultan du Maghreb venait de recevoir, fit venir son se 
B crétaire, le cadi Mohammed*Ibn-Ridya, et lui parla en ces ter- 
B mes : « Écris à El-Melek-en-Nacer ce que je vais te dicter et 
» ne change rien h l'ordre de mes paroles qu'autant que la gram- 
» maire l'exigera. Écris : Qucmt à vos reproches au sujet des 
B ambassadeurs et de ce qui leur survint en route, je réponds 
B qu'à l époque où ils se présentèrent chez fiioi, je leur con- 
B seillai de marcher à grandes journées de peur qu'il ne leur 






MNASTIK MtRtNlDI.— *ABOU*TACO0ft-TOlJÇOF. 45? 

i arrwdi quelque accident ; je les avertis de tout ce que ce 
» pays offre de dangereux pour les gens qui voyagent et du 
i risque que l'on court d^étre dévalisés par les Arabes no. 
» mades. Fiers de leur rang et de leur dignité , ils me 
» firent cette r^onse : < Nous arrivons de la cour du roi du 
1^ Maghreb; qu^avonS'-nous donc à craindre ?i> Ils s* étaient 
» imaginés que les ordres de ce prince seraient respec* 
i tés par les Arabes de nos tribus nomades l Qvuint au présent 
» que vous mouvez fait, je vous le renvoie : nous sommes un 
» peuple de mœurs agrestes qui ne connaissons et ne voulons 
» d'autre baume que l^knile d'olives^ et, quAnt aux archers 
tt mamlovkSy comme nous venons de prendre avec leur secours 
n la vil le de Séville, nous vous les rendons afin que vous puis^ 
» sies^ faire la conquête de Baghdad. Salut ! — Tout le monde, 
» rue dit El-Abelli, fut convaincu que œtaUenlat avait été commis 
» avec l'autorisation de noire sultanv ei le ton, de celle lettre en- 
dique assuz clairement la nature des sentiments dont ce prince 
était animé. 



U SULTAN ESPAGNOL ROXPT SON ALLIANCE ATBC LE SULTAN KtBl- 
lOBB. *— LE rats ABOU-SAto s'bMPABE de CEUTA. — OTBJEAR* 
JBN*ABI-'OLA SOULfiVE LE PATS DIS GHOHABA. 



[Mohammed II] Ibn-el-Âhmer, surnommé El-Fakth, demeura 
toujours fidèle au traité qu'il avait conclu avec les Mérinides, en 
Pan 692f quand il traversa le Détroit et se rendit à Tanger. On a 
déjk vu que la ratiGcation de cet acte d'alliance procura au sul* 
tan africain assez de loisir pour s^occuper de son adversaire [in- 
traitable, le seigneur de TIemcen]. Dans le mois de Chàban, 701 
(avril VâOi), Ibn-el-Abmer mourut et laissa le trône de TAnda*- 
lonsie h son fils Mohammed [111], surnommé [plus tard] El-Makh- 



* Ci-devant, pages 133, Ul. 



(58 BISTOltE M8 UMftftCS. 

loué (/e dépaé). Le noaTcaa sultaD avait perdu la vue et se 
Jaissait gouverner par Abou-Abd-Allah-Ibn--eI-Haktm, cheikh 
delà ville de Bouda, qui hii avait servi de secrétaire sou9 le 
règoedufeu souverain. Quelques-uns disent que l'aveugie était 
]bn-el-Haktm. Quoiqu'il en soit, El-Hakloué fut [déposé et] mis 
4mortparson frère AboB-4-DjoYouch-Nasr, en l'an 708 (4309)>i 
Avec lui BMMinil Ibn-el-Haktm*. 

I Un des premteni actes d^El-Hakhloué en montant sur le trône 
avait été d'envoyer en Maghreb son vizir, lb«-el-Haktm, et 
Abou-Soltan-Aztz-ed-Danî, ancien viiir de son père, aGn d'obte- 
nir la confirmation de TaHiance que son prédécesseur avait con^ 
tracté avec le sultan mérinide. Ces anÀbassadeurs arrivèrent au 
<»mp, sous les murs de Tlemcen, et accomplirent leur mission 
heureusement. En prenant congé du sultan, qui les avait accueillis 
de la manière la plus grftcieuse, ils s'engagèrent à lui envoyer un 
corps de fantassins andalousiens et d'archers, gens habitués aux 
travaux de siège et è tenir bonne garde*. Ce détachement ar- 
riva au camp mérinide en Tan 702 (1302-3) et fit beaucoup de 
mal aux Abd-el-Ouadites et à leur ville. 

L'année suivante, El- Makhlouâ crut avoir des motifs de jalou* 
sic contre le sultan Âbou-Tacoub et rechercha Talliance d'ibn- 
el-Adfonch-Héranda-Ibn-Chandja [Ferdinand, fils de Don San- 
che etpetit-filsd'AlphonseX]. Le souverain mérinide fut tellement 
indigné de cette conduite déloyale que, vers la fin de la même 
année, il renvoya en Espagne lo corps d'archers, après l'avoir eu 
h son service pendant douze mois, et se proposa de faire sentir 
au gouvernement grenadin le poids de sa vengeance aussitôt que 
l'occasion se présenterait. Ibn-el-Ahmer-el-Makhloué et ses par- 
tisans firent h Vinstanl leurs préparatifs de résistance. 



. ' Mohammed III mourut cioq années après sa déposition. Ibn eU 
Haklm fut tué en l'an 708. 

^A Unir bonne garde \ la texte arabe portek>p W S^UXl ; dans 
nn dos manuscrit on lit a^^UXt. Aucune de ces leçons ne nous parait 
satisfaisante. 



OTKASTIB MRIHIDB.— AiOD-TACOUB-TOUÇOF. 469 

Parmi les membres de la famille royale de Grenade, le raïs 
Abou*Satd»Feredj, fils d'Ismail-Ibo-Mohammed-lbn-NaAr et gou- 
vemeor de Malaga, é(aii le seul à posséder la confiance dlbn^eU 
Ahmer-el-MakhIoué. Cousin * de ce souverain, il en était aussi le 
bean^frère, et il administrait avec une grande habîtelé I» proriae» 
d'El-Gharbïa *. En obéissance a«x recoomiandatioiis de son sou^ 
veraîo, Abou-Satd fntàtp»» les habitants de Ceuta afin de sous- 
traire leur ▼itte à la domination mérinide et de la faire rentrer 
seiw l'autorité do gouvernement andalousicn. Il les engagea aussi 
a emprisonner tous les membres de la famille Azéfi. 

[Bacontons ici les événements qui dii^posèrent le peuple do 
Ceuta à changer de mettre]. En Tan 617 (1 278-9), lors de la mort 
d'Aboo-'l-Cacem-lbrahtm-el'Azéri, surnommé EUPakth, son fils» 
Abou-Hatem, succéda au gouvernement [de Ceuta] et prit pour 
lieutenant son frère, Abou-Taleb. Méprisant lui*méme les gran- 
deurs humaines, il laissa le commandement à son frère dont il re- 
connaistail aussi le droit d'atnesse et qui, du reste, aimait le 
pouvoir. Toutefois, quand on venait lui faire des réclamations, il 
ne manquait jamais de s'y intéresser. Ils commencèrent leur 
administration par faire proclamer la souveraineté du sultan mé- 
rinide dans tous les lieux soumis h leur autorité et, par respect 
pour cemooarque, ils s'abstinrent d'habiter le palais du gouver* 
nementet déporter les insignes de la dignité royale. Le caïd 
Abd-Allah-lbn«*Mokhlcs, officier de bonne famille qu'ils avaient à 
leur service, s'établit dan:» la citadelle par leur ordre,afinde faire 
la policede la ville et d'en commander la garnison. Pendant quel- 
ques années il occupa ce poste et finitpar s'attirer Tinimilié de 
Yahya, fils d'Abou-Taleb. Ce jeune homme venait de soustraire 
ses gens et ses serviteurs à la juridiction du caXd dont certains 



«Dans le texte arabo, il faut insérer le mot /^ entre *»^ et 

* La Gharlna {V occidentale) provioce du royaumo de Grenade, se com- 
posait des districts situés A i'ouesl de Malaga. Il ne Tant pas confondre 
celte régiun avec les Alyiurvfs, proTtnca de Portugal. 



160 BISTOItB DBS lIBRBtiIBS. 

{procédés loi avaient dëpla, et il poussa son père à exiger de cet 
oflScier le compte des sommes provenant des impôts et destinées 
k solder la garnison. Ils eurent cependant trop de confiance dans 
la loyau(ë d^lbn-Mokhlès pour le soupçonner d'un autre orime 
que celui de pëculat« Pendant tout ce temps, ils avaient conti- 
nué à reoonnattre l'autorité du sultan et à se rendre auprès de 
lut aux époques de grandes réceptions. 

Le sujet de mécontentement que Beni-'UAzéfi avaient donné 
au col'e^ Ibn-Mokhiès favorisa singulièrement le projet du sultan 
de Grenade. Diaprés les ordres de ce prince, qui venait de rom- 
pre avec le sultan mérinide, le raïi Abou*Satd, seigneur de Ma- 
laga parvint à gagner le caïd et à lui faire promettre d'abandon^ 
nér le parti des Azéfi aussitàl que la flotte andalousienne parai* 
trait devant Ceuta. Ayant plors fait annoncer que la ville de 
Malaga allait être attaquée par les chrétiens, il équipa une flotte, 
enrôla des soldats et remplit ses navires de eavaliers, de fantas**- 
sins, d'archers et de vivres. La véritable destination de ces forces 
resta secrète jusqu'à la nuit du 27 Ohoual 705 (13 mai 4306), 
quand la flotte qui les portait mouilla a l'improviste dans la rade 
de Ceuta. Abou-Satd les débarqua avec la connivence du 
oommandant Ibn-Mokhiès , prit possession <}e la ciladelle 
où il déploya son drapeau et, de là, il fit passer plusieurs 
détachements dans ta ville même. Ayant alors monté à cheval, it 
se rendit à la demeure des Beni-'UAzéfi et les fit arrêter tous 
avec leurs eufants et leurs domestiques. 

Le snltan Ibn-ol-Ahmer reçut très-promptement la nouvelle 
de cotte conquête, et son vizir, Ibn-eUHaktm, arriva bientôt 
«prèsàCeota^ avec la mission de tranquilliser les esprits et de 
promettre aux habitants une administration juste et paternelle. 
Les Azéfi furent embarqués pour Malaga d'où on les conduisit à 
Orenado. Le sultan fit monter à cheval toute sa cour et Tenvoya 
au-devant d'eux, et il tint une séance afin de les recevoir encore 
plus honorablement. Après avoir reçu leurs hommages ci leurs 
serments de fidélité, il les logea * dans son palais et leur assigna 

* f)ans le tcite arabe ii faut lire istacarreM, 



DTNA8T1B ■tmiHII» . — ▲10U*TACOCB*-TOl'ÇOF . 4 61 

des pensions considérables. Plus loin , nous aurons à raconter 
comment les Beni-1-Axéfi rentrèrent en Maghreb. 

Le rol't Abou-Satd ayant obtenu possession de Ceuta , rétablit 
l'ordre dans les alentours, 6t mettre la ville en bon état de dé- 
fense et y proclama la souveraineté de son cousin, le seigneur de 
l'Andalousie. Il y avait amené dans sa flotte le détachement des 
vobntaires de la foi qui stationnait à Malaga et qui avait pour 
chef Olhman-lbn*Abi4-01ft-lbn-Abd-el-HadiL, membre de la fa- 
nille royale des Beni-Mertn. 

Ce prince» attiré par la perspective d'un trône, essaya de con- 
quérir le Magareb avec le secours des tribus ghomariennosy qui 
avaient cependant montré beaucoup d'hésitation avant d'embras- 
ser son parti. Le sultan mérinide apprit, dans son camp» sous 
les murs de Tiemcen, la nouvelle de cette invasion et, plein d'in- 
dignation, il ne pensa qu'à châtier l'attentat qu'on portait à son 
autorité. Il ordonna de nouvoUes levées de troupes, plaça aon 
fils, l'émir Abou-Salem, à la tète d'une armée et le chargea do 
rétablir l'ordre dans le pays insurgé après avoir rallié sous ses 
drapeaux les tribus du Rtf et du territoire de Tèsa. L'émir par- 
Ut sur le diamp et, arrivé près du foyer de l'insurrection, il le 
tint cerné pendant quelque temps; mais son armée (ut enfin mise 
en déroute par les troupes d'Othman qui réussirent ^ la surpren- 
dre (laos une attaque de nuiL Forcé des'en retourner, il essuya 
une sévère réprimande de la part du sultan et tomba en disgrftce. 
Otfansanse mit alors à parcourir le territoire de Ceuta, ainsi-que 
le pays des Ghomara et, «'étant emparé de Ttktças, il marcha 
contre le Casr-Jbn - Abd-eUKerlm. 

Vers la fin do Tan 706 (mai-juin 4307), justement une 
année après la prise de Ceuta , il arriva sous les mura 
d'fil-Casr, et [dans tous les lieux qu'il traversa] , il prit le 
titre de sultan et somma les habitants à le reconnatlre pour 
leur souverain. Abou-Yacoub, voyant Tiemcen sur le point 
de succomber , résolut d'attendre la chute de cette forteresse 
avant de marcher contre le prétendant , mais il en fut em- 
pêché par la mort. 

T. IV. Il 



462 HISTOIBK DBS BEEBÉBEt. 



LtS BEHI-GOHII, TRIBD ABD-BL-OUADITB, SB BÉVOLTENT , DANS LK 
ROCS , coUtbb le GOUYEBNBHENT MEBINFDB. 



XesBeni-Gommi, fraction de ta tribu des Âulad-Ah\ laquelle 
appartient h la famille d*Âbou-1-Cacem, forment une des bran-** 
cbes de la tribu des Abd-el-Ouad. Ils eurent autrefois pour chef 

Kendouz, Gis de * , Gis de Gommi. Quand le commandement 

des Aulad-Âli échut à Zîan^lbn-Thabet Ibn-Mohammed, de la 
famille des TA-Allab, le nouveau chef eut ^ soutenir une lutte 
contre Kendouz. aGn de conserver le pouvoir que Dieu lui avait 
départi, mais il traita avec trop d'indifFérenceles efforts de son 
rival. Apnt pris les armes pour combattre quelques pertuba- 
tours abd-el-onadites qui s'étaient ligués contre lui, il mourut de 
la main de Kendouz. Le commandement des Aulad-Alt passa 
alors Djaber«lbn-Youçof-Itm*Mohammed et, après avoir appar- 
tenu successivement k plosieurs chefs, il rentra dans la famille de 
Thabet-lbn-Hohammeii. Ce fut Abou-Ezia-Zegdan, fils de Ztau 
feC petit-fils de Thabet], qui obtint le pouvoir, maïs il n'en jouit 
pas longtemps avant de mourrr. A cette époque, les Aulad*6om- 
mi et les descendants de TA-Allah venaient d'oublier leurs toffs 
réciproques et de se réunir en un seul peuple. 

Taghmoracen, fils de Ztan, reçut alors le commandement des 
TA-Allah et amena toutes les tribus abd-el-ouadites k reconnattre 
son autorité. Ayant ensuite pris des mesures afin de venger la 
mort de son père, il fit dans sa tente les préparatifs d'un grand 
festin auquel il convia tous ses frères. Kendouz, qui avait donné 
la mort à Ztan, s'y rendit aussi, surl'invitation qu'i^avait reçue. 
Quand tout le monde fut assis, les Gis de Ztan se jetèrent sur lui 
et le tuèrent h coups de sabre. La veuve de Ztan, à laquelle ils en- 
voyèrent ta tète de leur victime, assouvit alors sa haine et sa soif 



' Il faut remplir ce blanc par les mots Abd-Allah, 



DYNASTIK MftVllIIDI. — AftOD-TACOFB-YOCÇOF. 1 63 

4e veogeauce eu meUani cette offraode saugiante h la place d'une 
des trois pierres qui serveot h souteuir la marmite sur le feu *. 

Les fils de Kendoaz [et leurs gens] prirent la fuite pour éviter 
le sort que Yaghmoracen leur destinait et, après un long voyage, 
ils arrivèrent à la cour d'Âbou-Zékérïa-Ibn-Abd-el-Ouahed, le 
sultan hafside. Pendant quelques années , ils y restèrent sous le 
commandement d'Âbd-Allah, fils de Rendons ; puis, entratnés 
par l'amour de la vie nomade et par le désir de rentrer au mi- 
lieu des Zenata, ils repartirent pour le Maghreb et s'unirent aux 
Beni-Mortn, rivaux en tout temps des Beni-Âbd-el-Ouad. Yacoub- 
Ibn-Abd-el-Hack accueillit Abd-AlIah-lbn-Rendouz avec une bien* 
veillance extrême et le combla de bonheur en lui concédant, aux 
onvirons de Maroc, un territoire assez vaste pour fournir à 
l'entretien et aux besoms de toute la ribu. H confia aussi ses 
troupeaux de chameaux aux soins des frères Hassan et Mouça, 
fils d'Abou-Satd-es-Sobeîhi, dépendants et serviteurs de la fa- 
mille Kendovx. Dès-lors, Abd-Allah, chef des Beni-Gommi, jouit 
4'uiie haute faveur auprès du prince mérinide ; aux audiences so- 
iMoelles on hit accordait la placed'honneur «t, dans presque toutes 
las affaires importantes, c'était h lai qu'on avait recours. Ainsi, 
an l'an 605 (1266-7) , il fut chargé de se rendre à la cour d'El- 
Moalaaoar en compagnie avec Amer-ibn*ldrts, neveo du souvo^ 
raio. 

Les Beni-Kendouz [Beni-Gommi] continuèrent assez longtemps 
i jouir de leur bonne (brtime et h habiter le Magfareb-el-Acsa, 
au ils furent rais au nombre des tribus mérinides. Après la mort 
d'Abd«>Allah-lbn-Kendouz, le commandement passa k son fils 
Omar. 

• A l'époque où [Aboo-Yacoub-jYouçof-lbn-Yacoub avait em- 
porté sur les Beni-Abd-el-Ouad et les tenait bloqués dans Tlem- 
•cen, les Beni-Merto et leurs alliés exprimaient le plus grand dé- 
dain pour toute la race abd oUooadite ; aussi, les Beni-Kendouz, 
blessés dans leur amour-propre, répudièrent l'autorité du sultan 



« Voy. t. ui, pages 329, i9i. 



464 HiSTOifts HBS iKukan. 

en Tan 703 (4303-4), ei pasdèreoi dans la province de Haha. 
L'année aaivanie, Taïch*lbn-Yacoub, gouverneur de Maroc, ae 
mil en campagne el leur livra une bataille à Taderi , puis, ayant 
vu qu'ils persistaient dans leur rébellion, if les attaqua encore la 
cQéme année, près de Tamatrti , et leur infligea un chAliment tel» 
lement sévère que leur puissance en fut totalement brisée. Il tua 
aussi un grand nombre de ces Abd-eUOnadites à Irgharen- 
Bamka* , et, après avoir porté ses armes dans toutes les parties du 
Sous, il détruisit b ville de Taroudant. 

Celle métropole servait alors de résidence à Abd^er*Hahman- 
lbn-eI*Bacen-lbn-Yedder , rejeton d*une famille d*émirs qui 
avaient gouverné le Sous au nom de la dynastie fondée par Abd* 
el-Moaineo *. Après la chute des Almohades , Abd«er*Bahman 
essuya une alternative de succès et de revers dans une guerre 
qa*il eut h soutenir contre les Chebanat et les Beni^Basaan, tri* 
bus appartenant à la branche des Arabes-*Makitiens. En Tan 66S 
(4209-70), Ali-Ibn-Yedder, onde d'Abd-er^Rahman , perdît la 
vie dans an de ces combats, et, quelque temps après, celui*çi le 
remplaça dans le commandement. Jusqu^au moment oà YaVch-* 
Ibn-Yacoub soumit le Sous et ditruisit Taroudant, Abd^r-B»h« 
man résista vigoureusement aux Arabes. Plus tard, il parvint à 
rétablir son autorité et, en 706 (4306-7), il releva cette ville de 
ses ruines. 

La famille Yedder prétend avoir habité h* Sous de4>uts Tépoque 
où l!avaai*garde des [premier conquérants] arabes y pénéiroi et 
elle déclare que le commandement lui a toujours appartenu et 
e^est transmis de père en fila. Sous le règne d'Aboo-Einan et 
sous celui de son frère, Abou-Salem, je rencontrai a Fez un vieui 
cheikh, fils de cet Abd-er-Rahraan , lequel m'assura que cela 
était parfaitement vraietijue les Beni-Yedd4>r descendent d'Abou- 
Bâkr*es-8iddic [le successeur immédiat de Mahomet]. Dieu sait 
ce qui en est 1 

• Variante: Argharek-Tahma . —SI nousIisonH U»U (^Ujl l^gharen- 
*n*Egma^ nous aurons ua nom purement btrbèrc qui sigoifie Us p'ot- 
neê du frère, 

« Pourrhisloire des Beni-YedJor voyea tome ii, pige rîG. 



DTHASTIB MfiBIHIDB.— AB0U-TAC0I}B*1ÛUÇ0P. f05 

QuanI aax Beai-KeBdoQi [Beni-Gonmi] , il» vécureot dispersés 
dans I9S déserts da Soas jusqu'à la mort du sultan [Abou-Ya- 
eoub]. 'Ayant alors fait leur soumission, ils obtinrent du gouver- 
nement roérinide l'oubli de leurs fautes pas^'ées et la restauration 
de leurs privilèges. Depuis lors, ils ont toujours servi eet em- 
pire »vee un zèla et un dévouement parfait». 



IBII*Bt-nLiAll1 FAIT HOUBIB FAB VKH TBAHISOlf tBS CUnSB DBS 

TBIBOS nASnOODIBVlIBS. 



Dans notre cbopitro sur les Haghraoua de la seconde race, 
nous avons fait conoatlre l'origine d'Abou- Ali-el-Miltani, 
•t mentionné comment les troupes hafsidcs l'expulsèrent de 
Miltana*, ville dont il s'était emparé. Yacoub-Ibn-Abd-el-Hacks 
sultan desBeni-Mertn, raccueillit alors de la manière la plus ho- 
norable et lui concéda la ville d'Aghmat à litre d'aliments. Iba- 
el-Miltani y (îxa son séjour et, quelque temps après, il viola les 
tombeaux des rois almobades et insulta leurs cadavres*. Le public, 
ainsi que le sultan, furent très-scandalisés de cette profanation et 
les tribus masmoudiennes en furent tellement indignées qu'elles 
cherchèrent la mort de celui qui l'avait commise. Quand Aboa- 
Tacoub -Youçof succéda h son père, Ibn-elMiliani fut chargé 
par le nouveau souverain de percevoir Mmpèt chez les Masmonda 
et, comme il remplit son devoir très-mal, les cheikhs masmou* 
diens l'accusèrent auprès du sultan de s'être approprié les «som- 
mes qu'il avait reçues. Obligé de rendre ses comptes, il fut con- 
vaincu do péculat et chassé de la capitale après avoir subi un 
emprisonnement. Il mourut en l'an 686 (1287). 

Son neveu, Ahmcd^lbn-el-Millani, entra au service du sultan« 



1 Voy. tome u, page 352 et tome ui, pag^ 315. 

^ ¥oy. page 83 de ce volume. 



t66 RtSTOlBB mis nBBÈBKS. 

en qualité de secrétaire et dut au privilège de son oflSce ^horn« 
ueur de se tenir à la porte du palais et de faire partie de la mai^ 
son royale. [Pendant le siège de Tiemcen], le sultan eut à scplain^ 
dre des cheikhs masmoudiens et transmit h sonftis, Ali, émir de 
Maroc, Tordre d'emprisonner Aii-Ibn-Mohammed, chef des Rin- 
tala. et Abd-el-Kertm-lbn-ETça, chef des Guedmtouai ainsi que 
leurs fils et leurs serviteurs. Ahmed-Ibn-el-Miltani, avnnt eo 
connaissance de celte circonstance, se hâta d'en profiter afin de 
venger sou oncle. [\cv nous devons faire observer que] toos-les 
écrits émanant du sultafi tenaient leur validité du paraphe im- 
périal dont ils étaient revêtus et, comme les secrétaires du gou- 
veniemenl avaient la réputation d'une probité h toute épreuve, 
le sultan ne faisait aucune distinction entre eux ; aussi, au lieu 
d'avoir un secrétaire particulier, chargé d'apposer le paraphe, il 
leur laissa à tous la faculté de tracer cette marque sur les pièces 
qu'ils venaient de transcrire. En Tan 697(4297-8), Ibn^el-MiDau! 
rédigea au nom de son mattre, une lettre qui ordonnait h l'émir 
de Maroc de faire mourir les cheikhs masmoudiens sur le cbamp,^ 
sans leur accorder un instant de répit* Ayant ensuite apposé le 
paraphe ë cet éérit, il y ajouta le cachet et l'expédia par un cour* 
rier* Aussitôt après, il s'eofuit à la Ville-Neuve [de Fez] , au grand 
étonnement du public. 

A la lecture de cette dépêche,, le fils du sultan fit tirer de prison 
et envoya à la morlAn-lbo-Mohammed, Abd-el-Kertm-lbo-ETç», 
Ali, EYça et Mansour, tous les trois fib du précédent, et Abd-el- 
Axtx, son neveu. Après cette exécution, il ordonna h son vizir de 
partir en toute hftte et d'en rendre compte au sultan. Ce mqnar- 
que éprouva une telle indignation en apprenant la nouvelle qu'il 
tua le vizir à l'instant même et expéJia l'ordre démettre aux 
arrêts Pémir son fils. Ibn^eUMiliani, sur lequel il voulut faire 
tomber tout le poids de sa colère, avait déjà eu la précaution de 
disparaître et de chercher un asile dans Tiemcen. Après le siège 
de cette ville, il quitta ses protecteurs, les descendants de Yagh- 
moracen, et alla mourir en Espngne. 

Depuis cetle époque, les sultans mérinides n'accordent qu'à 
iMiseul individu la faculté de parapher leurs manJats, cl ils choi- 



DYNASTIE HÉ«I1IIDK. — ABOU-YACOCr-TOCÇOF. Vdl 

sisseni pour cet office quelque vieux serviteur dont ils cootiais- 
sent la fidélité. Âbon-Allah-lbo-Abi-Medyen, ministre d'état et 
ami intime du sultan, fut le premier qui exerça ces fonctions im - 
portantes. Jusqu'à ce jour, l'emploi d'écrivain du paraphe con- 
tinue à former une charge à part. 



SBANDBUa ET CBCTB DBS BOCASA, FAIIILLB JUIVE. 



Dans sa jeunesse, le sultan Abou-Yacoub se livrait au plaisir 
avec passion, mais à Tinsu de son père, prince très-religieux et 
de mœurs fort austères. Il buvait du vin et faisait avec ses com- 
pagnons des parties de débauclie Selon l'usage des grands per-- 
sonnages, il avait pour intendant un de ces juifs modhêds* 
qui habitent la ville de Fez. Cet- homme , qui s^appelatt 
Khalifa-lbn-Bocasa, culli%a la faveur de son mattre en lui ren- 
dant des services de loute nature et en fabriquant du vin pouc. 
son Qsage. Devenu le confident du prince,, il finit par ôtre en 
grand crédit atiprès de lui. Abou-Youçof étant monté sur le 
irâne, continua h boire en secret avec ses intimes, et il. permit 1 
Khaltfa d'assister à ces réunions en qualité d'intendant du palais. 
Dès lors, la pnissance de ce juif n'eut plus de bornes : il com* 
naBdail en mattre aux grands digniiairea de l'empire etieor im- 
posait d*une manière extraordinaire ; son influence semblait ae- 
crottreavec l'augmentation de l'empire. 

Je tiens de mon ancien professeur , El-Abbeli» les renseigne- 
ments suivants : Khaltfa avait un frère nommé Ibrahim et un 
cousin appelé Rhalifa-t-es-Saghtr {le petit). Il s'était allié aux 
Benio's-Sibli^ famille dont le chef, Mouça, lui servait de lieutenant* 



* Le mot moâhedin , pluriel de moàheà, sert à désigner les joifs et 
chrétiens sujets d'une puissance musulmane : ils sont ainsi nommés 
parce que leurs ancêtres avaient fait un traité [àhà) avec les vain- 
queurs afin de s'assurer la possession de leurs biens et l'exercice de 
leur relgiou. 



I6B mSTOlKK PBS «BUrtftB». 

Beveno eaixk des égftremoDta de Ja jeunesse, le suUan remarqoa 
avec inquiétude que ces gens étaient couriisés par les chefs mé* 
rioidfSf par les vizirs, les chértfs et les docteurs de la loi masul* 
maoe; aussi forma-t-il la résolution de se débarrasser d*euxà la 
première occasion. Son ami intime, Abd-AIIah-lbn-Al>î«Medyen, 
sut deviner sa pensée et, après lui avoir dit beaucoup de mal de 
ces juifs, il lui indiqua un prétexte pour les frapper tous. Dans 
le mois de Ghâban 701 (avril 4302), le sultan les fit arrêter pen- 
dant qu'ils étaient au camp, sous les murs de Tlcmcen, et, après 
avoir mis à la question et mutilé Khalifa Tainé , Ibrahim, frère 
de Kbaltfa, MouçaIbn<-es-9ibti et ses frères, il les fit mettre h 
mort. Le même sort enveloppa leurs familles, leurs gens et leurs 
parents; le seul qui en échappa fut KhalIfa-t-es-Saghir dont[l« 
jeunesse et] la position n'avaient inspiré que du mépris. Nottft 
aurons, plus tard, l'occasion de raconter comment celui-ci mou- 
mt d'une mort violente. Par ces exécutions, I*empire fut délivré 
d'une tache qui le souillait et d'une domination qui Tavait 
avilir 



lORT DU SVLTAIf ABOU^-TACOUB-'YOOÇOFHVN-TACOUir. 



Abou-Yacoub avait parmi ses domestiques un eunuque nègMy 
nommé Séada, qui était entré au servicedu palais k l'époque oife 
son ancien maître, Ibn-et-MiUani, fut envoyé dans les province» 
marocaines comme perceveiîr des impAts. C'était un éiro aussi 
SUipide qu'ignorant. Le sultan souffrait la présence des eulku^ 
ques dans l'intérieur de sa famille et permettait même à ses fem^ 
mes de rester sans voile quand c^s gens-là se trouvaient dans la 
chambre. Après l'affaire de son affranchi, El-Ezz, auquel il ôta 
la vie parce qu'il l'avait soupçonné d'une intrigue avec une des 
dames du harem ^ il se méfia de presque tous ses serviteurs et fit 
emprisonner plusieurs de ses eunuques, ainsi que leur chef, 
Anber-eUKebtr. Tous les autres eurent l'ordre do ne plus pa- 
raitre devant le sultan sans permission. Alors ce misérable 



DYHASTU StllKlM. — ABOI>aABIT. < 69 

Séada, eut une înspiralion diabolique el résolut d'assassiner son 
BiatUre. S'éUot rendu è la chambra du palais où le prince se 
tenail ordinairement, il obtint Vantorisalion d'y entrer et le 
trouva ooocbé sur le dos^ dans son lit, pour attendre que sa 
barbe eut absorbé la teinture du Aanna qu*il avait l'habitude d'y 
appliquer. Se jetant aussitôt sur lui » il le frappa plusieurs fois 
avec un poignard et lui coupa les intestins. Après ce forfait it 
prit la fuite^ mais, le soir même, il fut arrêté k Teçala par les 
gens qu'on envoya à sa poursuite. On le ramena an palais où il 
fut mis h mort par les nègres et les autres domestiques. Le suU 
tan ne survécut à ses blessures que quelques heures et il mourut 
dans la soirée du mercredi, 7 Dou-'I-Gâda 706 (43 mai 4307). 
On l'enterra dans cette localité, mais, lorsque la confusion eau* 
sée par sa mort se fut calmée, on transporta le corps à Ghala 
pour le déposer dans le cimetière de la famille royale. 



ABOU-TRàBET HONTB 80B LB TbAhB BT PAIT MOUBIB LB8 PBIRCBS 

DU SANG. 



Nous HYons mentionné qu'en Tan 698 (1298-9) , l*émir Abou- 
Amer, fils du sultan Abou-Yacoub et son successeur désigné, 
mourut en exil chez les Beni-Satd, peuple ghomarien établi dans 
leRtP. Il laissa deuB fils, Amer [surnommé Abou-Thabet] eiSo* 
leimao [surnommé Âbou-'r-Rebià]. Ces jeunes princes furent éle* 
vés sous les yeux de leur aïeul, qui les aima d'une vive affection 
à cause de leur père, il avait toujours regretté l'absence de son 
fils chéri et ressenti pour lui une extrême tendresse ; aussi, ne 
manqua-t-il pas d'accorder à ces enfants la première place dans 
son cœur. 

Aussitôt après la mort du sultan, les chefs des Béni -Ourtadjen, 
oncles maternels d'Abou-Thabet-Amcr, allèrent trouver cet émir 



' Voy. ci- devant, page 137. 



479 mSTOlEB DBS BBRBiKIS. 

qui, par le courage el Tintrépidité, était l'aigle de la* famille, et 
lui prêtèrent le serment de fidélité en )e reconnaissant pour sou- 
verain des Mérinides. L'émir Aboo-Yahya, fils de l'avant-dernier 
sultan, Abou-Youçof-Yacoub, et [grand-]oncle d'Âbou-Tbabet, 
entra par hasard dans Tendroil où se tenait cette réunion et 
dut céder aux exigences de ces chefs el présenter au jeune 
prince Thommage de son obéissance. S'il avait eu ses par* 
tisans autour de lui, il aurait été plue près du trône que tout 
autre ; mais, se voyant alors sans appui, il eut à dissimuler se» 
véritables sentiments et se laissa mener par les O^irtadjen jus^ 
qu'à leur promettre sa coopération. 

D'un autre côté, les gens de la maison royale et les vizirs qui* 
se trouvèrent dans la Ville-Neuve [de la Mansoura] se hÀtèrent 
d'y proclamer la souveraineté de l'émir Âbou-Salem, fils du feu 
sultan : démarche qui faillit rompre l'unité de l'empire mérinide 
en mettant la division dans la nation. 

Après son inac^uralion improvisée, Témir Abou*Thabet en- 
voya un agent dans Tlemcen afin de traiter avec Abou-Ztan el 
Abou-Hammou, fils d'Othman-Ibn-Yaghmoracen, et, par suite 
de cette négociation, il s'engagea, vous Ta foi du serment, h lever 
le siège de Tlemcen pourvu que ces émirs lui fournissent un équi • 
page royal et lui accordassent asile et protection dans le cas où 
sa tentative viendraient à manquer : Abou-Hammou se pré-- 
senta en personne pour ratifier le traité. 

La grande majorité des Beni-Mer)n et de leurs chefs se rallier 
autour d'Abou-Thabet, de sorte qu'Abou-Salem resta dans la 
Tille« Neuve [de la Mansoura] , sans autres partisans que les in- 
times du feu sultan, les visirs, les domestiques du palais et les 
divers corps de milice. D'après les conseils de ses amis, il sortit 
pour attaquer son neveu qui s'était placé en observation sur la 
montagne qui domine la ville. Il avait déjà mis son armée en 
ordre de bataille, quand il s'arrêta tout éperdu, sans o.^er se 
porter en avant, et, ayant alors promis h ses troupes de les me- 
ner au combat lé lendemain, il rentra au palais. Ses partisans, 
voyant qu'il n'y avait rien a espérer de lui , commencèrent à 
s'évader les uns après les autres, on se dirigeant vers le camp 



DTNASTIB MÊRINIDB. ABOU-TBABBT. 471 

d'Âbou-Thabet et, quand le reste de ses gens s'dperçut qu'il allait 
être bloqué dans ta ville , ils passèrent en masse du côté de son 
adversaire. 

Les divers corps de l'armée et les contingents des tribus s'étant 
tous ralliés de cette manière autour d'Abou-Thabet, marchèrent 
contre la Ville-Neuve* , siège de l'empire, résidence du [feu] sul- 
tan, enceinte qui renfermait ses palais et terme doses entrepri- 
ses. Il faisait déjà tard quand ces troupes arrivèrent devant la 
place. Yakhlo(-lbn-Amran-el-Foudoudt sortit alors au-devant 
d'Abou-Thabet, mats, au moment où il mit pied h terre, il fut 
tué à coups de lance sous les yeux de ce prince et par l'ordre de 
l'émir Abou-Yahya. Ce fut seulement dans le mois de Ghâban 
706 (fév.-mars 4307), que le sultan Abou-Tacoub l'avait élevé 
an rang de vizir. Abou-Salem s'enfuit alors de la Mansoura avec 
quelques-uns de ses parents, et prit la route du Maghreb. La 
petite bande qui l'accompagna se composait des Aulad-Rahhou- 
el-Abbaci-lbn-Abd-Atlah*Ihn-Abd-eUHack, d'ÉYçii et d'Ali, fils 
de Bahhou, et de Djemal-ed-Dtn-lbn-Mouça, leur neveu. Les 
fuyards étaient déjh parvenus à Nedroma quand ils furentatteints 
par une troupe de cavalerie qu'Abou Thabet avait lancée à leur 
poursuite. D'après les instruotions qu'ils avaient reçues an mo- 
ment de ievr départ, ces soldats tnèreot Abou-Salem et Djeonal-' 
ed-Dtn, sans loucher aux antres prisonniers. 

Le sultan Abon-Tbabet allait mettre le feu à la porte de la 
YiUe-Nènve, afin d'y pénétrer de vive force, quand Abd-Allah- 
Ibn-Abi-Medyen, secrétaire-d'état et intendant du palais, se mon- 
tra du haut de la muraille et lui annonça qu'Abou-Salem ayant 
pris la fuite, les habitants désiraient faire leur soumission. Il le 
pria, en même temps, de suspendre les hostilités et de remettre 
au lendemain son entrée dans la ville : « car, disait-il, si l'on 
D admet les troupes de nuit, elles pourront saccager nos maisonis 
> et maltraiter le peuple, d 

L'émir Abou-Yabya profita de ce moment pour satisfaire la 



' C'esl-à-Jire, la Maoscara de Ttcmcen. 



473 BISTOIRS M8 BSRBÈaBS. 

haine qu'il portait depuis loagtemps k Abou-'UHaddjadj*lbo>* 
ChékHola : par son ordre, Ibn-Abi-Medyen fit arrêter ce chef : 
puis, sur un second ordre, il envoya la lâle du prisonnier à cet 
homme vindicatif. 

Pendant toute la nuit; le sultan resta à cheval et fit entretenir 
un grand nombre de feux afin de dissiper les ténèbres. Au point 
du jour, il prit possession du palais et présida i Tenterrement di» 
feu sultan. Voyant alors avec inquiétude la haute position 
d'Abou-Yahya, prince élevé dans les habitudes d» commaodd-^ 
ment, il soumit ses craintes à Tappréciation d^un conseil com- 
posé d'Abd-el-Hack-Ibn-Othman, du vizir Ibrahtm-lbn-Abd-el- 
Djel!l-el-Oungaçni, du vizir Ibrabtm-Ibn-Eïça-el-lrntani et de 
quelques autres grands officiers de l'empire. Abd* eUHack était 
petit-fils de Pémir Abou-Moarref-Mohamroed-Ibn-Abd-el*Hack. 
et chef reconnu de toutes les branches collatérales de la famille 
royale. Cette commission pensa unanimement qu^il fallait 6ter U 
vie à Témir Abou-Yahya, et cela avec d'autanD plus de raison 
qu'on lui avait attribué certains propos qui décelaient l'inten-* 
tion de former un parti et de guetter Voccasion afin de renversev 
le sultan. 

Le surlendemain du jour où le peuple prêta au nouveau sultaU' 
le serment do fidélité, Abou-Yahya monta à eheval et se rendili 
au palais. Abou-Thabetle prit parla main et l'emmena dans Tap- 
partemeni des femmss afin qu'il pût leur offrir ses compUmeata 
de condoléance sur la mort du sultan ; ensuite il le conduisit danl^ 
Tantichambreoù se tenaient les courtisans et le laissa avec eux. 
Quelques instants après, il rentra et, trouvant qu'Abd-el-Back« 
Ibn Olhman avait suivi ses instructions ''et lié Abou-Yahya bras 
et jambes, il donna Tordre de tomber sur le prisonnier et de lui 
ôter la vie. Le vizir Eïça-lho-Mouça-el-Poudoudi fut tué ea 
même temps que son mattre. 

Lebruitde cette exécution répandit la terreur parmi les autres 
membres de la famille royab : Yaïoh-Ibn-Yacoub, fràre do [feu] 
sultan, prit la fuite, ainsi qu'un fils du même [monarque] nommé 
Othman et appelé Ibn-Gadib, du nom de sa mère. Leur exemple 
fut imité par Masoud, fils d'Abou-Malek et parEUAbbas, fils de 



1>T1fAftTn KtaiNlDS. — ABOU-TBABBT. 473 

BaUKHl-lbn-Al>d-AIUh*lbD-Abd-«l-Hack. Us se réfugièrent Ions 
tlans le pays des Ghomara, auprès d'Othmao-lbn-Abi-^WOlft. 

Débarrassé de la présence de ces princes, le sultan Abou- 
Thabet ramena facilemeni toute la nation mérinide sous son au- 
iorité et n^eut plus d^adversaire ë redouter. Mattre du pouvoir 
suprême, il remplit ses engagements envers les fils d'Othman- 
Ibn-Yaghmoracen et leur rendit tontes les villes du Maghreb 
central, ainsi que les pays des Toudjîn et des Magbraoua. 

La cause de son départ précipité pour le Maghreb fut la révolta 
d'0thman*lbn-Abi-1-0lâ, ce petit^fiU d'Abd-Allah-Ibn Abd-el- 
Hackqui, peu de temps avant la mort du sultan Abou-Yacoub, 
s'était fait proclamer souverain à Ceuta et qui venait d'occuper 
Casr-Ketama après s'être jeté dans le paj's des Ghomara. 

Au moment de quitter la Ville-Neuve [de la Mansoura], Abou- 
Thabet chargea son vizir, Ibrahim-lbn-Abd-el-DjelIlde présider 
à Tevacuatioa de cette place qui renfermait une nombreuse po- 
pulation, quantité de magasins [remplis d'approvisionnements] 
et un vaste matériel de guerre. Ce ministre exécuta parfaite- 
ment la tâche confiée h ses soins : il en fit partir les habitants sue- 
cessivement, classe par' classe, et, en se retirant lui>méme« il 
laissa la place tout-à-fait vide. Après la rentrée des Hérinides 
«D Maghreb, les Beni-Abd-el-Ouad profitèrent des intervalles de 
guerre avec cette nation pour détruire la ville et en renverser les 
monuments. 

El*Hacen-lba-Amer*IbQ-Abd-Allah-Atadjoub, membre de la 
famille royale , reçut du sultan Tordre de prendre les de- 
vants avec l'armée et de marcher contre Otbman-Ibn-Abî-'U 
Olà. Le 6ultaD lui-mâme resta dans la Ville-Neuvo [de la Man^ 
aoura] pour y attendre l'arrivée des troupes qui avaient occupé 
les forteresses orientales du Maghreb central et qui devaient re* 
mettre ces places aox Abd-el-ouadites. Ce fut dans un des pre- 
miers jours du mois Dou-'l-Hiddja* (4 juin 1307), qu'il se mit en 



I Le texte arsbe porte Dou-'l-Cdda ; nous avons préféré la date 
donnée par le Carias. 



47i mSTÛIRI DBS BERBÈRES. 

route ei, au commeDcemeDt de Tan 707 (juiil. 4307), qu'il fit 
son entrée h Fez. 



TOUÇOr-lBn-ABI-BÏAD S^BJIPARE DE MAROC. IL EST VAINCU 

PAR LE SULTAN. 



Avant de quitter le camp à Tlemcen pour rentrer en Maghreb, 
le sultan plaça ses troupes sous les ordres de son parent, El* 
Hacen-Ibn-Amer, petit- fils d^Abd-Allah-Atadjoub, fils du sultan 
Abou-Youçof, et les envoya contre Othman-Ibn-Abi-U-Ol&. Son 
cousin, Youçof^ fils de Mohammed-lbn Abi-Eîad-Ibn-Abd-el- 
Hack, à qui il donna le commandement de Maroc et des provin- 
ces qui en dépendent, partit aussi pour sa destination avec Por* 
dre de veiller à la sûreté et au bien-être de ces contrées. Arrivé 
dans Maroc, Ibn-Abi-EYad conçut.la pensée d'y établir son indé- 
pendanceet, dans le mois deDjomada 707 (nov.-déc. 4307), 
quand il eut levé un nombreux corps de fantassins et de cavaliers, 
il répudia Tautorilé du sultan, prit les insignes de la royauté et 
fit mourir le gouverneur de la ville h coups de fouet. Le sultan 
apprit cette nouvelle après son arrivée à Fei et, sur le champ, il 
jÂaça un détachement de cinq raille hommes sous les ordres de 
Tacoub-Ibn-Asoag et du vizir Youçoaf-lbn-EYça-Ibn-Saoud-el- 
Djochemi et les envoya contre les insurgés. 

Ibn-Abi-EYad ne terda pas de marcher au devant du vizir, 
et à traverser TOmm-Rebiâ, mais à la suite d^une rencontre avee 
les troupes impériales, il prit la fuite jusqu'à la ville d'Aghmat 
d'où il passa dans les montagnes des Heskoura. Mouça-lbn-Abi- 
8atd-es-Sobeihi alla le rejoindre après s'être laissé descendre par 
une corde du haut de la muraille d'Aghmat. Le vizir Youçof entra 
dans Maroc d'où il repartit afin d'atteindre les rebelles, et, leur 



1 Ci-devant, page 163, il est question de ce personnage; voyez aussi 
tome m, page 493. 



OTNASTll IIÉBINIDB. ABOU-THABBT. 475 

%yBuX tué beaucoup de monde dans une bataille, il força leur chef 
h se réfugier [encore] chez les Heskoura. 

Vers le milieu du mois de Redjeb 707 (janvier 4308), le sultan 
Abou-Thabet arriva h Maroc et punit de mort tous les Auréba 
qui avaient pris part ë la dernière insurrection. Makhlouf-Ibn- 
Hennou, chef des Heskoura', n*osant pas protéger Ibn-Abi-EYad 
contre le sultan, le fit arrêter avec huit autres réfugiés qui Tavaient 
aidé dans cette révolte, et les envoya tous à Maroc. Ces malheu- 
reux furent mis à mort ensemble, après avoir subi le supplice du 
fouet. La tête d'Ibn-Abi-Eïad fut envoyée à Fez et plantée sur 
le mur de la ville. A Maroc et à Aghmat on exécuta une foule de 
personnes qui avait participé k Pinsurreclion. 

Pendant ces événements, le sultan ordonna l'arrestation de 
son^izir, Ibrahtm*Ibn-Abd-el Djelfl, qui lui avait donné sujet 
de mécontentement. Il fit aussi emprisonner dix individus de la 
famille Doultn, branche des Beni-Oungacen, et, après avoir été 
la vie à El-Hacen*lbn-Doultn« il gracia les autres. 

Yersle milieu du mois de Ch&ban (février), il se remit en cam- 
pagne afin de rétablir Tordre dans la province de Maroc et de ré- 
duire le chef des Sekctoua à l'obéissance. Ayant accepté de ce 
personnage un semblant de soumission et un riche cadeau, il l'ad- 
mit au service de Tempire. Son général Yacoub-lbn-Aanag mar- 
cha ensuite eontre tes Zegna et les poursuivit è travers la pro- 
TÎDce du Sons jusqu'au Désert, où il lea perdit de vue. Quand 
cette colonne fut de retour, Abou-Thabet la ramena à Maroc avec 
le reste de l'armée. 

Rentré dans cette ville vers le commencement du mois de Ba- 
madan(fin de février 4308), il y fit mourir plusieurs cheikhs des 
Beni-Oura, et ensuite il partit pour Fez en prenant la route qui 
traverse le pays des Sanhadja. Arrivé dans la province de 
Temsna, Il appela sous ses drapeaux les Arabes- Djochem, popu- 
lation composée do plusieurs tribus, telles que lesKholt, les Sof- 
yan, les Beni-Djaber et les^Acem. Quand il les eut emmenés jus-* 



' Voy. t. u, p. 1*9. 



476 OISTOllK bBS BBMÈRBS. 

qu'à la ville d'Anfa, il (ii arrêter une soixanlaiDd de leurs oheikhs 
dont le tiers fut condamné à la peine de mort comme coupables 
d'actes de brigandage. Vers la fin de Ramadan (mars), il arriva 
h Ribat-el-Feth, où il extermina une foule d'Arabes nomades 
dont il avait reconnu les intentions hostiles. Vers le milieu du 
mois de Choual (commencement d'avril), il marcha contre les 
&îab établis dans les provinces d'Azgfaar et d'El-Hebet, et, 
comme il leur portait une vieille rancune, il en massacra une 
partie et enmena le reste en esclavage. 

Rentrée Fez an milieu du mois de Dou*1-Càda (mai), il ap- 
prit que son général, Abd-el-Hack-Ibn-Olhman, avait essuyé 
une défaite [en combattant Ibn-Abi-M-Olâ], que la milice chré- 
tienne avait été taillée en pièces et qu'Abd-eUOuahed*el-Fou* 
doudi, un des grands dignitaires de l'empire, y avait perdu la 
vie. Sachant que l'influence exercée par Ibn-Abi-'l-Olà dans le 
pays des Ghomara devait prendre un grand accroissement, il se 
prépara à marcher contre lui. 



LB SULTàH MBUBT A TANGER APRÈS AVOIR CHASSÉ IBN-ABI-'l-OLA 

DB LA PROVllUIE d'eL*HBBET. 



En l'an 705 (1305-6), le roï^ Abou-Satd-Feredj, fils.d'Ismail- 
Ibn-Youçof-lbn-Nacer, s'empara de Geuta et y fit proclamer la 
souveraineté de son cousin Mohammed-eUMakhIoué[-Ibn-eU 
Ahmer], sultan de Grenade et fils de Mohammed-el-Fakîh, fils de 
Mohammed -es-Cheikh, fils de Youçof, fils deNacer. Il y avait 
amené le commandant du corps des guerriers delà foi qui tenait 
garnison à Malaga. Cet ofiicier appartenait à la famille des Béni- 
Merîn et se nommai t Othman-Ibn-Abi-'UOlâ-Idrislbn-Abd- Allah- 
Ibn-Abd-el-Hack. Gomme il pouvait prétendre, avec quelqu'ap- 
parence de droit, au trône de Maghreb, Abou-Satd s'en fit accom- 
pagner avec Tintenlion de jeter, par son moyen, la désunion par- 
miles Mérinides. Il espérait leur créer ainsi tant d'embarras qu'il 
leur serait impossible de marcher contre Ceuia, ville dont le suU 



BTlfAêT» lllilHIDE. — AIOV-THABET. 477 

taD Ibn-d-Ahmer et le peuple aodaloasieû saohaitaient la pos^ 

Mssioo. 

Olhmao*Ibn-Abî-1-OlA compla sar Tappui des Ândalousieua 
pour s'emparer du trône de Maghreb ; aussi, quaud il débarqua 
à Geuta, il laissa le commaodemeRt des guerriers de la foi ^ son 
«ousin, Oœar-lba-Rahhoulba-Abd- Allah, et alla se montrer 
lout-à-coup dans le pays des Ghomara* Ayant rallié à sa cause 
une partie de ce peuple, il occupa Aloudan, uo des châteaux les 
plus forts de cette région, et fit jurer à ses nouveaux partisans 
qu'ils le soutiendraient jusqu'à la mort. De là il marcha sur 
EU Araïch dont il s'empara, ainsi que d'Asfia. 

Aboa-Yacoub, le suUaa qui régnait alors^ n'attacha que peu 
d'importance à cette insurrection, bien que son fils, Abou-Salem;, 
qu'il avait envoyé de ce côté, eût été obligé de lever le siège de 
Geuta. Son frère Taïeh-Ibn-Tacoub, auquel il donna alors le 
commandement d'un <x>rps de troupes, alla s'établir dans Tanger; 
puis, ayant été averti qu'Othman-Ibn-Abi«'l-OlA s'avançait cour 
ire loi, il évacua la place et prit la route d'El-Casr. Les cavaliers, 
fantassins et archersqui formaient la garnison de celte forteresse 
49e joignirent à lui ei marchèrent contre Teanemi qui appro- 
chait toujours, mais, sur le bord de la rivière Oura, ils essuyé* 
rent aae défiaile qui coûta la vie à Omar-Ibn-Tactn et les obligea 
À rentrer dans EUCasr. Othman vint aussitôt les y assiéger et le 
lendemain, il y pénétra en vainqueur. 

Peu de temps après ces événements eurent lieu la mort du sul» 
tan Abou-Yacoub et la fuîte de YaYcb-lbn-Yaooub qui, s'étant 
méfié des dispositions d' Abou Thabet à son égiird, se réfugia au^ 
|>rès d'Othman. Comme la révolte d'Ibn-Abi-Eïad attirait ensuite 
rattaniion d'Abou-^Thabet vers la province de Maroc, Othman- 
Ibn-Abi-'l-Oift continua, pendant asseï longtemps, à se maintenir 
dans le nord du Maghreb. Quand le sultan remplaça son oncle 
YaYch par Abd-el-Hack-lbn-Othman-lbn-Mohammed auquel il 
donna l'ordre d'aller combattre Ibn-Abi-'l-OU» celui-ci marcha 
à la rencontre du nouveau général et, vers le milieu de Doti-1- 
Hiddja707 ^uin 1308), il lui livra baUille, tailla en pièces la 
milice chrétienne et mit en déroute le reste de l'armée. Le vto^ 

T. rv. 1S 



478 ftMTOisB Dit nmBtfttt. 

yitWi Abd-^l-Ooft}ie4-^*-Foudoii(iî, qui jomssâU d*Qii grftfid 
crédit auprès du sultan, y perdit la vie. Otbman mit alors ie 
ftiége devant Gasr-Kétama * et floamit loate la région qvî en dé- 
l^end. 

Ces événement ve&aient de «'accomplir quand le anUan ren- 
tra de son e&péditîon à Maroc, «près avoircomplèlement étouEé 
l'esprit de révolte qui s^était propagé dans cette partie de Pom- 
pire. Il prit alors la résolution de pénétf er dans le pays desGho* 
maraafin de laenverser le parti qui , en soutenant Ibn-Abi-*l^là, 
portait déjà une grave atteinte à Piniégrité de l'empire ; puii, 
après avoir expulsé du Maghreb cet aveotorier, il eomptatt enle* 
ver Geuta au sultan de Greoade. il désirait beaucoup reprendre 
cetta place, sadiaot bien que si elle restait au pouvoir des mu^ 
aulmans espagnols, elle servirait de raareitiepied k tout prince d^ 
la famille mériaide qm, s*étant d*abord rendu dans le pays 
d'outre* mer, afin ^l^assisCer ^ la guerre sainte, esaayeraît 
ensuite de monter sur le tràne du Ifaghneb. Vers le miKeii 
lie Dou« 'l-Biddja 707 (juin 4308), il qattta Fet et, pai^ 
venu h Gasr-Retama, ît y retfla trois jours afin de laisser arriver 
9es troupes et de les passer en revue. B' étant abrs mis à la 
poarsuited'Ibn^Abi-l^là q«ri avait reculé h son approche, il 
•'avança jusqu'au château d*Âtottda«, l^emperta d'a»sa«l ^ y 
tua près de quatre cents hommes. La ville d'El-Demiia éprouva 
le même sort ; une partie de 9^ l^rbitaots fut maBsaerée «a le 
rerte tratné en esclavage, pour les punir d'^toir reeoomi la <80U* 
«veraineté du prétendant et de ('aveir aidék surprendre et b piMer 
£V-Casr. Au commencement de l'en 706 (juin 1308) le sultan fil 
-son entrée h Tanger, et son ed^rsaires^enfermadeM Geuta avep 
tons M» alMs el aes parfteaes. Les troupes mérifuides dévasiA-* 
MIA tas entiiroiie de Ceiita, ^ l'on eonslruistt , par l'eFrtfre 



« «Cast-Ketania, appelé aoMK CMmî^ étant déSàiomMam pourrofr 
^ftMi»*abi<»VOkA, il faut supposer «fae leelle priaoaaiiiiait été éraoeée p* 
4e wiietufiif . 



4a wilt«n, I9 vUlo <l« Tétouao, poqr leur servir i« logement et 
penr mieux bioqner cette place forte. 

Feodsnt qu'Abou.YahyA-lbv'-AlM-'^-Seiier, juriscopsaita en 
«bflf de U «our., se r«aclait k Ceule afin d'en négocier la remise 
au gouvernement mérioide, Je suIUii tomba malade «t, le 8 d« 
mws4« Sa/er 708 (28 juillet «308), il rendit le deiwer aoopir 
spnès pne indisposition de quelques jours seulement. On l'en- 
teri» en dehors de la villede Tanger, mais, plus tard, «a irins- 
porta le corp? à Cbala pour le déposer dans lecimetière royal. 



atmi PC SOLMV ASOD-'«-«au. 



Anssitdt que le snhim Abou-Tbabet fui mort, son oncle AU, 
fils du sultan Abea-Yacoub et appelé Ibn-Bextga, du nom de sa 
aèr«, essaya de monter sur le trâne, mais les chefs mérinidcM 
qui avaient qoelqu'aotorité allèrent trouver Ahon>'r.RebiA {80- 
leiman] , frère du monarque décédé, et lui pistèrent le sermewt 
de fidélité. Par l'ordre du bouvwu sulton Ibn-Rezîga fut enfermé 
dans la prison de Tanger où il mourut, en J3^omada740 (oct.^ 
»ov. i3i0). Abw-'r-fiebiâ distribua alors des gralifications h 
ses partisans et prit la route de Fes. Othman-Ibn-Abi-'1-0|A, 
qui tenait sous la main une armée nombreuse, se mit k la pour- 
suite des Mérinides et tâcha de les surprendre dans une attaque 
de nuit. Le sultan («taverti de ee projet et tint ses troupes sous 
les armes jusqu'au point du jour ; alors il se porta vers le chAteaa 
d'Alloudan et, dans l'après-midi, il rencontra l'ennemi, lui tua 
iMMCMpdemoodeetle mit«n ploine ^érwite.lefilsd'Othiban 
munies Mobreia prisomiiers qui restèrent au fo«To(jr des 
winqueurs. Ce fut là véritablement «ne victoire sans égale. 

Afcwi-TabyMbn-Abi-'s.^aber, l'agent que le feugnltan avait 
«•MpyéenSspagMpnur négocier «n traité «vee le aouveraîa de 
«renade, pensait parfaititment dans sa missim, et tbn-el-Ahmer 
lu{-tn«me se rendit è Algéciras avea l'intenti«»de taire unevisitj» 
MMsItaB du «àgliNl^. Arrivé dans cette viHe, H appritUmort 



180 HlSTOlftB DIS BBRBfiRBI. 

d'Abou-^Thabet et renonça au projet de traverser le Détroit, maia 
il chargea Ibn-Âbi-'s-Saber de rapporter en Afrique le traité 
d'amilié qu'il venait de signer. Othman-lbn-Abi-'l-Olft quitta le 
Maghreb avec tous les autres membres de la famille royale qui 
avaient embrassé son parti, et se rendit è Grenade. 

Le sultan Âbon«*r-Bebià reprit alors la route de Fei où il ar* 
riva vers la fin dn mois de Rebiâ [premier] 708 (septembre4 308), 
et, quand il eut rétabli l'ordre dans son royaume, il conclut un 
traité de paii avec Houça, fils d'Olhman-lbn-Yaghmoracea et 
seigneur de Tlemcen. Depuis lors, il se tint tranquille dans sa ca* 
pitale. 

Le règne de ce prince fut une époque de bonheur, de paix et 
de prospérité pour toutl^empire. L'on acheta les immeubles avec 
tant d'empressement que le prix en augmenta prodigieusement} 
de sorte qu'il Fez, beaucoup de maisons se vendirent chacune 
mille dinars d'or monayé [dix mille francs]. Tout le monde se 
mit à bfttir de grands logements, ë élever des palais en pierre et 
en marbre et à les orner de plaques de faïence et d'arabesques» 
On rechercha avec passion les habits de soie, les beaux che- 
vaux, la bonne chère et les parures d'or et d'argent; partout a» 
répandirent le bien-être, l'aisance et le luxe. Pendant ce temps, 
le sultan resta dans son palais et, jusqu'à sa mort, il s'abandonna 
au repos. 

■OIT ft'ABD*ALUB-IBll-ÂlI*MIDtBII. 



Aboli -[Medyeii-]Choalb<IbQ«Makhlouf, da la famille des Bam- 
Abi-Othman, peuplade ketanienne qui habitait aux environs d'Bl* 
Casr-Hl.Kebtr, s'était adonné aux pratiquas de la haute dévotion 
et avait acquis la réputation d'un saint. A l'époque où les Béni- 
Merjn . vinrent occuper les plaines dn Maghreb [Aboo-Medyan* 
Choalb] prit pour compagnons, les gens yartneux de oe peuple et 
[repoussa] les hommes vicieux de sa propre tribu. Les fik d'Abd- 
el-Hack. ayant voûta s'entourer de personnages d'une piété ^emr 



VTRASTM ttftlIRlOK. — AIOU-'R-KCBIA. 484 

plaire, choisireDl ChoaYb pour lear imam. YaooQb-Ibn*Abd*el- 
Hack trouva tant d^agrëment dans la société de cet homme qu'il 
lui voua une amilîé inaltérable. Dès lors, Abou^Medyen exerça 
une grande influence ik la cour et parvint à une considération qui 
s'étendit sur ses enfants, ses parents et ses serviteurs. Il avait 
trois fils, Mobammed-eNHaddj , Abou-'l-Cacem et Abd-AlUU » le 
sujet de cette notice. Us passèrent leur jeunesse à Casr*K6tama, 
oà ils se virent toujours entourés des plus grands égards. 

Après la mort du sultan Yacoub-Ibn-Abd-el-Hack, son fils 
YouQof attacha ces jeunes gens à son service particulier et, jus- 
qu'à la mort de leur père, événement qui eut lieu en 691 
(4297^8), il ne cessa de les protéger et do leur donner de l'avau-> 
oement. Abd-Allah, celui qu'il favorisait le plus, atteignit à una 
position magnifique, étant devenu le viiir et le confident du sul- 
tan. Aux séances royales, il occupait la place d'honneur et, de 
tous Itfs courtisans, il fut le seul qui eut le privilège de parapher 
et valider les lettres et mandats émanés de son maître, il fut aui^at 
la personne chargée d'examiner les comptes des percepteurs, de 
punir les malversations des fonctionnaires publics et de viser 
tous les ordres d'arrestation et de mise en liberté. Amiintimedu 
souverain et dépositaire de ses pensées les plus secrètes, Abd« 
Allah» Ibn-Abi-Med yen vit sa porte toujours assiégée par une 
foule de nobles : les chefs mérinides, les princes de la famille 
royale et les fils même du sultan, s*étant tous empressés aie trai* 
ter en grandi seigneur et à briguer sa faveur. A son frère^ Mo- 
hammed, il procura la. perception de l'impôt chez les Masmouda 
de Maroc, et, à son autre frère, Abou-'l-€acem, il assura une vie 
tranquille à Fez. 

Arrivé au faite des grandeurs, Abd-Allah s'abandonna au re- 
pos et aux plaisirs, ne s'occupent que de la table et de la toi- 
lette , ne pensant qu'aux sommes d'argent que les fonctionnaires 
publics lui faisaient passer à titre de cadeaux, et laissante sa 
porte une foule de solliciteurs venus de toutes les parties de Tem- 
pire. L^assassinat du sultan Abou-Yacoub--Youçof ne changea 
rien è cet état de choses, bien que l'on prétendit que Séada [l'es- 
clave dibn»]et*Mil)ani, avait commis ce crime h Pinstigatton 



48t «iSTOttt ras BmftABS. 

d^tt^Abi-Vedyeii. 8oos le ràgoe en 'sultan Abon-Tbabet, b (9- 
vear donl il jouissait devint plus grande encore et Son influaaoe 
surpassa celle de tons les autres conrlîsans. Abou-^'r-BeblAf frère 
et saoeesseur d'Abott^Thabet,saivit, Pégard de eet bosome, In 
conduite de ses prédécesseurs. 

. Go fut Ibn-Abi-lfedyen qui, en sa qualité d'oflBcier chargé dir 
la promulgation dos décrets impériaux, atait ordonné le aop- 
plice des Bent-Heeasa, contre lesquels, dit-on, il s'était eSbrcé 
à indisposeirlesuÏÏan. Nous avons déjà mentioooé que Ton épar- 
gna les jours de Rhalifa^t-es-Saghtr. Abou-'r-Rebià étant monté 
sur le trône, employa Rhalifa au pelats, dans les services les plus 
humbles ; ensuite, il l'admit au nombre de ses domestiques et 
finit par l'attacher k sa personne. Ce Juif ne pensa plus alor» 
qu'à perdre Abd-Allah-Ibn-Abi-Medyen. Il chercha d'abordé 
faire craindre au sultan les mauvais desseins d'on lif>mme quir 
t'était entouré d'une foule de gens capables de tout: il lui repré^ 
Senta et avec vérité, que le public en causait beaueoop ; puis, il 
Idi fit entendre qu'lbn^Abi-Hedyen le soupçonnait d'une intrigue 
avec sa fille et que son cceur en était ulcéré au point de vouloir 
bouleverser l'empire. Le sultan s'était déjà aperçu des intellU 
geaces que son ministre entretenait avec les principaux cbefe 
mérinîdeset, so rappelant qu'il avait été un des agents les (dos 
adîfs de l'autre branche de la famille royale, celle d*Aboa«-Voifr* 
fof-Yacoub, il s'empressa de prendre des mesures contre la triH 
bison dont il se croyait menacé. 

Dans la matinée du jour oii Iba-Abi-^Medyen devait marie? sa 
fille^ le sukan envoya chez lui le caM [commandant] de la milice 
chrétienne pour l'inviter à se rendre au palais. Le malbeureviC 
ministre partit sur le champ, sans tenir compte des avertisse- 
ments qu'il avait re^us au sujet du danger qui te menaçait, el^ 
au moment où il traversait le ciroetiére d'Abott^Yahya**Ibn^l- 
Arébi, il reçut dans le dos iln coup de javelot lanoé par le co^^ et 
tomba prosterné dans la poussière. Le meurtrier lu? trancha la 
télé à Pinslant même et alla la jeter aut pieds du sultan. Le vixir 
Soleimàn-Ibn^Irstguen entra au même moment et, frappé de la 
triste fin de son collègue, il laissa éclater une douleur profonde ; 



dévoîlanl eoaaite aa sultan h perfidie du juif, il produisit ua 
jcrit qttlbo*Abi-Hedyen l'avait de ch^rgS lui préseolcr et qui ren» 
fermait la déclaration la plus soleooelle de sou innoceace. Be«« 
venu de son égarement, le sullaD s'aperçut quo Khaltfa avait 
abusé de sa crédulité et, au milien des expressions du plus tif 
repentir, il donna l'ordre do faire mourir le trallre sur le champ^ 
ainsi que tous, les juifs de la même famille que Ton avait fait en- 
trer au service dtTpalats. Celte exécution servit de leçon aux an-* 
trea intriguants de la mdme espèce. 



IIS BABITANTS PB CBUTA S'ilfSCBGBNT CONTBB LES ARDALOOSIBRf 
BT BEGOniUiSSBRT DB NOUYBAU L'AUTQRITt PU SULTAN. 

OthinaiHiba*Abi-'l-OlA se réfugia dans Geuta après la défaite 
de ses partisans, et, de ta, il passa en Espagne avee les princes 
mérinidesqui avaient voulu suivre sa fortune, La sultan Aboi^ 
'r ftebiA se rendit alors & Fez où^ peu de temps après, il apprit 
que les habitants de Ceuta fiupportaient avec impatience l'ooou^ 
patÂM grenadineot les actesd'oppressioo que les adiu'mstraleura 
andalousieus exerçaient contre eux. Ayant eu la ecm&rmatipu dfi 
cette nouvelle par les messages que ses partisans lui envoyaient 
secrètement de la ville, il plaça son citent, TacheCli^Ibn-YaCoub* 
eUOut^i* frère du vizir, à la tète d*unA armée nombreuse, com* 
posée de troupes mérînidea et de milices, et lui donna Vordre 
d'aller faire le siège de Ceuta. Aussitôt que cet officier fut venu 
dresaer son camp sous les murs de la ville, les habitants, pleioa 
de joie, poussèrentle cri de ralliement mérinide et obassèreut de 
chez eux les troupes d'Ibn-el-Abroer et les fonctionnaires and^* 
lousienS; tant civils que militaires. Le 10 Safer 709 (juil. 1309), 
l'armée mérinide occupa la ville de Ceuta et Tachefin alla s'instaHer 
dans la citadelle. La nouvelle de cette conquête fut portée au sul- 
tan par un courrier extraordinaire * et causa partout une vive sa- 



* Il faut lire (j.>|^ dans la t«xta arabe. 



t84 BISTOIIV DIS nilBfetIf. 

iisfaction. Pirrini les prisonniers faits par le général TachetTn se 
tronvèrent Abon-Zékérïa-Yahya«Ibn-Meltla, commandanl de la 
citadelle, Aboa-U-HaceD*Ibn*Ganiacha, chef de la marine, et 
Omar-Ibn-RahhoV'lbn*Abd-Allah-Ibn-Abd-e)-Hack, prince de 
la famille royale mérinide, et commandant de la garnison. Ce fut 
du sultan de TAndaloasie qa'Ibn-Rahhoa tint sa nomination, 
et il remplaçait son cousin, Othman*Ibn-Abi-'l-Oli qui était 
rentré en Espagne pour faire la guerre sainte. Les cheikhs et les 
membres do conseil municipal deCenta portèrent alors au sultan 
les hommages de leurs concitoyens. 

Le souverain andalousien fut très-contrarié de la perte de cette 
ville et craignit que le sultan du Maghreb ne fût tenté de lui dé- 
clarer la guerre. Vers la même époque, le roi chrétien leva le 
siège d'Algéciras par suite d'un traité de paix , mais il ne s'en 
éloigna qu'après avoir fait ans habitant» un mal affreux. Quel- 
que temps auparavant, il avait assiégé et pris Djebel-el-Feth 
(Gibraltar)^. Après cette conqoéte, on de ses généraux, nommé 
Alfonch-Hozraa [A Iphonse Pérez de Guzman)* se mil h parcourir le 
pays avec on corps de troupes, mais il fot attaqoé et mis en fuite 
par Abou-Tahya-lbn-Abd-Allah-Ibn*Abi-'l*OIA , commandant 
de la milice de Malaga. 

La chote de Djebel-el«Feth donna de sérieuses fnqniétudes aux 
musulmans, et Abou-*l-DjoYooch*Ibn-el*Abmer, sultan de l'An- 
dalousie, se hAta d'envoyer des agents à la coor du sultan méri- 
nide afin de négocier avec lui un traité d'alliance. Pour l'engager 
à entreprendre la guerre contre les chrétiens, il se déclara prêt 
h lui remettre les villes d'Algéciras et de Ronda avec les forts 
qui en dépendent. Le sultan y donna son consentement et obtint 
eu mariage la sœur du prince auquel il allait porter secours. En 



* Le siège de Tarifa et la prise de Gibraltar par les armées do roi Don 
Ferdinand lY eurent lieu en 1309. 

* Dans le texte arabe il faut sans doute répéter un mot et lire 



DTRASTll attlinDB . — abou-'r-ribu. 1 85 

conséquence de ce fraité, il fit passer en Espagne une forte som- 
me d'argent, plnsieurs chevaux de main et un corps de cavalerie 
qu'il plaça sous les ordres d'0thman*Ibn-Eiça«e1-Irntani. L*at* 
liance des deux monarques se maintint jusqu'à la mort du sul* 
tan africain. 



ABIKVL-BACK-raR-OTHBA!« BST PHOCLAlt SULTAN PAS LKS TiZIttS 
n LtS CUIKHS HBRnCIBSS. — AB0D*'H-1BBIA IBURT APRftS AVOIR 

VAIRCU LBS RBBELLBS. 

Tant que dura la paix entre le Maghreb et l'Andalousie, le 
BuUan de ce dernier pays entretint une correspondance suivie 
avec la cour mérinide par l'envoi de lettres et d'ambassadeurs. 
Un de ces agents diplomatiques fut tellement adonné à la débau-* 
che qu'il se livrait publiquement aux excès les plus scandaleux, 
passant son temps h boire du vin à la vue de tout le monde. Dans 
le mois de Djomada premier 4709 (oct.*4 309), le sultan rem-» 
plaça Abou-GhÀleb*eUMaghtli, cadi de Fez, par Abou-'l-Hacen- 
es-Saghtr, mufti qui jouissait d'une certaine réputation dans la 
ville. Le nouveau magistrat se posa d'abord en réformateur de 
mœurs, mais, emporté par son zèle, il se laissa aller aux inspi* 
rations de celte dévotion fanatique dont les pratiques nous sont 
venues de l'étranger*. Aussi, en voulant faire une bonne œuvre, 
il dépassait toujours les bornes admises et reconnues par les doc- 



* On voit pnr ce passage que, même avant l'époqae où Ibn-Khaldoun 
écrivait, on avait établi des confréries religieuses dans l'A Trique sep- 
tenlrionale. Ces Institutions, nées en Orient, avaient d'abord pour bases 
les pratiques d'une dévotion exallée au plus haut degré, mais elles ont 
fiai par conduire leurs initiés au panthéisme, en les faisant traverser 
les divers grades du sufisme. Eu Afrique, elles n'ont pas encore eu ce 
résultat, mais le règlement d'une de ces associations, la confrérie de 
Mohammed«beo-Abd-er-Rahman, fondée dans la dernière moitié du 
dix-buHième siècle, décèle, en chaque ligne, les rêveries du sufisme. 
On sait que cette doctrine a miné l'islamisme et qu'elle compte au 
nombre de ses partisans les hommes les plus instruit», les plus éclai- 
rés de la Turquie et de la Perse. 



486 BX8T0IBS DIS UliftRSS. 

teurs de toutes les grandes villes de l'îslamtSine..ÀyaDidooc cité 
cet envoyé an tribunal el reçu des assesseor& la déclaration que 
l'haleine de ^inculpé sentait le vin, il le fit châtier selon les prea» 
criptions de la loi divine. L'ambassadeur, irrité par la douleur 
et emporté par l'indignation , alla se présenter an vizir Rahhou- 
Ibn-Yacoub-el-Outaoi et, Payant rencontré qui revenait en grand 
cortège de ciiez le sultan, il se découvrit pour lai faire voiries 
marques du fouet imprimées sur son dos, et il loi déobra que le 
sultan de TÂndalousie, indignement offensé dans la personne de 
son représentant, ne manquerait pas d*en tirer vengeance. Le 
vizir, profondément affligé de ce fàckevi événenent, se mit en 
colère et ordonna à ses gardes et à ses domestiques d'aller sai«- 
sir le cadiy et de le Iratner par les pieds devant lui. Le cadi se 
réfugia dans la grande mosquée et appela les bonn musulmans à 
son secours. La canaille se jeta sur les gens du vizir, et une rîse 
s'ensuivit qui faillit devenir très-grave. Ponr la calmer, le suU 
ta» ae fit amener les gardes qui avalent essayé d'exécuter les 
ordres du vizir et leur trancha la tête à tous, pour donner un 
avertissement à leur mettre. Le vizir dissimula son ressentiment 
el tint ttoe conférence secrète avec EUHacen4bn*Âli-lbn-Abr«'t« 
Talac, grand obeikb des Beni-Âsker, tribu nomade, et Gonzala, 
eai'd de la milice chrétienne^. Le premier de ces hommes était 
tellement respecté que son avis l'emportait toojours dans le con- 
seil d'état, et le second avait Tarmée et sa propre troupe sous la 
main. S'adressanl à ces deux amis qui, en effet, lui étaient plus 
déTooés qu'à leur sultan, il leur proposa d'enlever la souverai- 
neté h Abou-'r-Rebiâ et de proclamer sultan Abd-el-Hack-lbn- 
Othmao, pctil-fils de Mohamraed-Ibn-Abd-el-Hack , chef de tou- 
tes les branches collatérales de la famille royale et le plus brave 
cavalier d'entre les princes du sang. Ils y donnèrent leurconsen» 



■ Il I I ■ i U 



* Les Alnoravides, les Almc^ades et les Mérinides ovaient à leur sert 
vice un corps de troupes composé* en graode partie, de rélogiés espa* 
gools. Sous la dernière de ces dynasties^ lo chef de ia milice chrélitone 
était deveuu uo personoage trés-importaol. 



toB&0iii et prAlèreoi, à hoîa^clos, le seraieDt do EdéliU à Vimit 
Abd-el-Hack. 

Le tO de Djomada [premier] (octobre), left co&jorég sofimni 
de la Ville-Neuve [de Fez] et» s'étaoi renduâ ^ Br-Bemeka, iUy 
proclainèreDt la déposition do sultan régn/iot; puis, déployant l*é« 
teudard delà royauté^ en la présence des grands officiers de l'en* 
pire, iU jurèrent fidélité k l'émîr Âbd«el*Hack. Alors, Ha travet- 
sàrent le S^on et campèrent tout près du territoire des Béni* 
Isker, en face de Nebdonra, forteresse appartenant è El-Sace»^ 
U>n*Ali, un des cbefs de b conspiration. Au lendeaain, ils 
prirent la route de Tèza. 

Pendant que le sultan organisaitune armée dans le camp qu'il 
avait établi sur le bord du Sebou, les insurgés eurent le temps 
d'occuper le ribat de Tèza et d'envoyer un agent à la cour de 
Tiemcen pour négocier une alliance avec Mouça, fils d'Othman- 
Ibn-Yaghmoracen, et pour le décider à leur fournir des hommes 
et de l'argent. Us avaient espéré que le sultan abd-el-ouadite 
accueillerait très-volontiers une proposition de cette nature, puis- 
que son intérêt devait le porter à mettre la désunion dans une 
nation qui s^était toujours montrée l'ennemi do la sienne. Leur 
espoir fut trompé ; Mouça voulut d'abord s'assurer de la tour- 
nure que cette révolte devait prendre, et il se déclara lié parle 
traité de paix qu'il avait conclu avec les Hérinides^ lors de son 
avènement au Irène. 

Le sultan Abou-'r-Rebià fit enfin partir Youçof-Ibn-Eîça-eU 
Djocbemi et Omar-Ibn-Mouça-el-Foudoudi avec le gros de l'ar- 
mée, et il tes suivit de près à la tête de l'arrière-garde. Les insur- 
gés s'éloignèrent de Tèza et allèrent Implorer le secours du sultan 
de Tiemcen. Ce prince reconnut alors qu'il avait agi Irès-sage- 
ment en tardant de les soutenir et s'v refusa de nouveau sous le 
prétexte qu'ils venaient d'abandonner Tèza, la seule ville dont il 
se serait engagée leur assurer la possession. Gomme il n'y avait 
plus rien à espérer de ce côté là, Abd-el-Hack-Ibn-Othman partit 
pour TEspagne et emmena avec lui Bahhou-lbn-Tacoub, lequel 
fut ensuite assassiné dans ce pays parles filsd'Ibn-Abi-'^Olà. 
Quant à BI-Hacen-Ibn-^Ali, il rentra dans sa tribu et, i'éftant fait 



f88 ItSTOUI DB8 BBRBftlBS. 

donner des lettres degrAce, il alla reprendre son ancienne |>taeeà 
la cour du sultan. 

Arrivé h Têts, Abon-'r-Rebià'/ ëtooflâ les dernières étincelles 
de cette révolte par la punition de ceux qui y avaient pris part, 
tant des chefs que des serviteurs ; les uns furent mis à mort, les 
antres emmenés captifs. Il y était encore quand il sentit l'atteinte 
de la maladie qui devait Pemporter. H monrut vers la fin du mois 
de Djomada second 710 (novembre f 310}, après une indisposition 
quelques jours seulement. On Tentcrra à Tèza, dans la courde la 
grande mosquée, et on le remplaça sur le trône par Âbou- 
Satd. 



ÀTÊNBMBNT DU SULTAR aBOJ -SJLtD[-OTaXÀll\ FfLS DB TAGOUB , 

FILS I)'aBO-BL-HACk]. 



Lejour même de la mort du sultan Abou-'r-Rvbià, son oncle, 
Olhman, fils du sultan Abou-Yacoub et surnommé Ibn-Cadtb 
(fils delà tige flexible) du nom de sa mère, rechercha le pouvoir 
suprême et n^épargna ni démarches ni intrigues pour y parvenir. 
A l'entrée de la nuit, les vizirs et les cheikhs se réunirent au pa- 
lais et, comme ils s'étaient laissés gagner par l'argent et les pro- 
messes qu'Ariba, sœur d'[Abou-Said]Olhman, fils dusultanAbou- 
Youçof leur avait prodigués, ils choisirent pour sultan ce prince 
illustre qui était alors chef delà branche principale et des bran- 
ches collatérales de la famille royale. Pendant qu'ils délibéraiept 
encore, son concurrent, Olhman, fils d'Abou-Yacoub sa présenta 
pour acheter leurs suffrages, mais ils lui ordonnèrent de se 
retirer. Avant de lever la séance, ils firent venir Abou-Safd 
[Olhman, fils d'Abou-Yonçof^ Yacoub] et, l'ayant salué sultan, 
ils rédigèrent des lettres par lesquelles il fut ordonné h tous les 



> Liseï Et'SolUm à la place é'El^Hûctn dans le texte arnbe. 



DT!«AST1B MtKlMlOB. ÂBOV-SaId. 489 

gouverneurs de provinces et aux autres fonclionnaires de ooti- 
voqner leurs adiniaistrës et de recevoir d*eux, au nom du nouveau 
sultan, lesermentde fidélité» 

L*émir Abou*1-Hacen, fils aîué d'Abou-Satd, partit aussitôt 
pour Fez, par l'ordre de son père, et, y étant arrivé au commen - 
cément du mois deRedjeb (fin de novembre), il entra au palais et 
prit possession des trésors qui y étaient déposés. 

Le lendemain delà nomination du nouveau sultan, une foule 
immense se trouva rassemblée sous les murs de Tèza, et là, on 
fit prêter le serment de fidélité aux Mérinides, aux Zenata, aux 
tribus, aux Arabes, aux divers corjis de l'armée, aux clients 
île la famille royale, à ses protégés et serviteurs, aux docteurs 
de la loi, aux gens qui vivaient dans la dévotion , aux chefs des 
corps et métiers, aux notables et aux hommes du peuple. Se trou- 
vant ainsi revêtu de Tautorité suprême, le sultan distribua do 
nombreuses gratifications et se mit 6 examiner Tétat de l'admi- 
nistration publique. Par son ordre, on supprima les droits de 
marché et d'autres impôts oppressifs, on vida les prisons * et on 
cesM d'exiger l'impôt des maisons, taxe qui pesait beaucoup sur 
les habitants de Fez. 

Le20 Redjeb (44 décembre], Abou-Satd partit pour la capitale 
où il recolles députations qui venaient de toutes les parties du 
Maghreb pour le féliciter de son avènement au trône. Dans le 
mois de Dou-^l-Càda (mars-avril 4344), il se rendit à Bibat-eU 
Feth avec l'intention d'inspecter le pays, d'améliorer le sort de 
ses sujets, de lever des troupes pour la guerre sainte et de faire 
construire des navires pour combattre les chrétiens. Après la 
fêtedasacrifice(4«'mai),ilrevintàFeset, enl'an744 (4344-2) 
îl nomma son frère, Pémir Abou-Baca-YaYch, au gouvernement 
de ses forteresses espagnoles, Algéciras, Ronda et les châteaux 
qui en dépendent. 

En l'an 743(4343-4), il partit pour les provinces marocaines 



* Bq y^retensot, toatafois, les brigands, lesasssssins et les gens con- 
damnés par arrêt de justice. ^ {CaHûM») 



490 BMTOlRt DIS BlRBtmS. 

afin de les faire reatrer dans l'ordre et d« chè^iei* Adi-Ibn-^BetH 
nea-el-Beskouri qui s'était mis en révdte. Ayant emporté d'as- 
saut le château 'où les insurgés s'étaient enfermés, il chargea dé 
£ers leur chef Ad i, l'emmena à Fez et l'enferma dans la prison 
d'état. Ensuite, il forma le projet d*iin« expédition contre Tlem-r 
cen. 



PaiVlUlB BXI'ftDttlOK W SrLTAR ABOV'Sltd COXtBB T|.B«Cn. 



'Quaod Abd <el^flack-4bD'-0ihmafiy l'émir qiû s'élail ré^noUi 
conlns le sultan Abou-^V-Rebiâ, se lui empara de Xèza avec Is 
secours d'lU-fla(cen-Ib»-Ali*lfaD^Abi-'t«Ta)ac, chef desBeoi-Asker, 
il envoya de fi^uents messageseu sultan Abou-^Hasomoii^Moiiiça, 
fioiiiver^dîa des Beni-Abd-el^Ouad. Gettecirconstance donna faeau*- 
coup id'Dmbrage a«x Eérinides , «t l'asile qu'Aboa*«Baaiflioti ae- 
fiorda eaauite assx insurgés souloYe, ohez ce peuple, une vivo in* 
dignaliûA. 

Le sultan Abou-Satd, étant monté sur le trbne, trouva l'es^ 
prJA public Aràe-ezûtté coatpe le gouvernement abd^eK Madîte ; 
aussi, quand il ealpncHiéaes provimees aaarocaines eteovoyéiia 
p[>«venieor*général dans ses posseusions^pdgnoWs, il entreprit 
^ae eoLpëdition . contre Tleaicen.Amvé mit lehotà de la MoIeuSa, 
en l'an 7U(431i*ft},îI plaça ses Ab Abou^'Uflacen et Abou.Ali, 
à la ^Me des dent {ories colonne» qui focmaieat les ailes de soa 
artnée et leur fit prendre les devants, petidant qu'il les suivait 
avec le reste deses^roopes* Étant entré «ur le lenritoire abd»ei«- 
'ooadîte sans.av<itr abandoané^eet ordre «de mandie, il y népaadk 
ia dévastatioa et dirigea tta assaut terrible jeoolre la ville ÂfOu^ 
djda. Trouvant dans cette place une vigoureuse résistance, il 
^passa ontreotfint le ebemin de Tlenicea. Parvenu à d'hippo- 
drome [meldb) qui avoisine cette capitale, il y dressa son camp 
et força le sultan Abou-Hammou-Mouça de s'abriter derrière ses 
rçniparis^td^yjesler enfermé pendant que les Mérijoidjes.^'pc- 
cupaieal à soumettre les forteresses, lo^plaine» et les populaiioa^ 



DYlfASTII ittimBI. — ABOU-SaIo. 101 

«grieoke de f empire. Après en avoir raYagé les provinces et dé- 
iruit les moissons, il châtia les Beni-Iznacen et se rendît mattre 
de leurs montagnes et de lears places fortes. Quand il fut revenu 
kOttdjda, son frère Taïch-Ibn-Yacoub, dont il soupçonnait les 
mafivaises intentions, s^enfuit dt&camp et chercha un asfle dans 
Tlemeen, auprès d'Abou-Bammou-Mouça. Le sultan ramena son 
amée en bon ordre h Tèza et, s^y étant arrêté, il envoya à Fes 
MO fils Abott-Ali. Dans le chapitre suivant nous parlerons de la 
réveUe de cet émir. 



î/tmiM ÂMOv-àU sa atroLis cohtrs sox Ftei. 



Le sultan Abou*Said avait deux fils dent Tatné, '[Âbou<-l4la« 
^B^]Ali, «aqvit d*uno ebytaiM, et dont le cadet, [Abov-AU-] 
ÛQMr, «at pour mère une esolare cbrétiemie. Celui-ci avait too* 
}ours itéle favori de son père et, bien qu'il ne f6t quhin jeune 
homme imberbe à l'époque oii Abou-Satd devint sultan du Va- 
{ttreb, a n*en fut pas moins désigné comme héritier d:tt trdae. Le 
sultan lui accorda alors les titres d'honneur réservés aux person* 
Miges revêtus de hauts commandements; il lui] forma une mai* 
«on, attacha h son service ào$ gens de compagnie, des courtisans 
et des secrétaires , lui accorda la permission de signer avee 
le parap/he impérial et loi donna ponr vizir no serviteur dé- 
iroué de la famille royale, homme d une grande influence nommé 
1brali}m4bn-Éïça*el-lrntani. 

Son frère aîné, Abou**l-Hacen-Ali, portait à ses parents l'affec- 
tîontaplns vive et, pour ne pas contrarier son père, il accepta 
un emploi gui le mit au nombre des serviteurs d*Abaa<Ali. Pen- 
dant ou temps considérable, celui-ci jouit de sa haute 'fortune : 
il était en correspondance avec les princes des pays voisins , il 
recevait de leur part des lettres et des cadeaux ; il nommait à des 
oxnfzuiodein^ntsnulitaires, iUatreienait des trouipe» ^ sa solde, 
il augmentait, diminuait, supprimait, à son gré, tes ir;iilcmeoli 



192 aisToiBe k/is mBfeaift. 

des fonctionnaires , en un mot, il s'était approprié presque toute 
l'autorité impériale. 

En Tan 74 i [i 31 i-5) le sultan rentra de son eipédition contre 
Tleoicen et, de Tèza où il s'était arrêté, il envoya ses deux fils à 
Fex. L'emir Abou-Âli se fut i peine établi dans cette ville qu'il 
forma le projet d'usurper le trône et, bien qu'il n'écoutât pas 
l'avis de ses confidents qui lui recommandaient de s'ass urer, par 
une ruse, de la personne du souverain, il ne se lança pas moins 
dans la rébellion. Il prononça même la déposition de son père, en se 
faisant proclamer sultan. Personne n'osa lui refuser obéissance, 
précisément à cause de la haute autorité que son père lui avait 
confiée. Il rassembla ensuite une armée aux environs de la Ville- 
Neuve avec l'intention de marcher contre le sultan. 

Âbou-Satd sortit de Tèxa avec ses troupes, en apprenant la 
révolte de son fils, mais, tels furent son embarras et son hésita- 
tion, qu'il ne sut pas s'il fallait reculer ou se porter en avant. 
L'émir Âbou-Âli soupçonna alors son vizir [El-lrntani] d'entre* 
tenir une correspondance avec le sultan et, se croyant trahi, il 
donna à son ministre, Omar-Ibn-Yakhlof-el-Foudoudi , l'ordre 
de l'arrêter. Le vizir se douta du danger et, pour l'éviter, il 
s'enfuit auprès do sultan qui l'accueillit avec une grande bien- 
veillance et marcha ensuite contre son fils. Les deux armées se 
rencontrèrent à Macarmeda, entre Fez et Tèza, et celle du sultan 
fut mise en déroute. Les fuyards prirent le chemin de Tèza et 
Abou-Satd y rentra avec eux, très-affaibli par suite d'une bles- 
sure h la main^ Il eut toutefois le plaisir d'y voir arriver son filS| 
l'emir Abou-'l-Bacen«Âli, qui, toujours obéissant i la voix 
de la piété filiale, avait abandonné son frère aussitôt après 
la bataille. La conduite louable de ce prince procura au sultan 
une vive satisfaction et lui parut comme un présage de bonheur 
et de victoire. 

Pendant que l'émir Abou-Ali s'occupait à faire le siège de Tèza 



* Peut-être devons-nous lire JOOo ^ au earp#, à la place de 
-a4>o i^àlamnin. 



DTTdSTIB MfiRlHIDB. — ABOU-Sito. 1 93 

las grauds de l'empire travaillaient h im arrangement entre les 
deux partis, et il fat enfin convenu que \b sultan abdiquerait lé 
pouvoir en faveur de son fils cadet, en se réservant, toutefois, le 
gouvernement de Tèza et des cantons voisins. Ce traité fut rati- 
fié en la présence des chefs arabes, des émirs zenatiens et des 
députatioDS envoyées par les grandes villes. 

Devenu ainsi mattre de l'empire, Abou-Âlis^en retourna à Fez 
-o^ il reçut les hommages de toutes les villes du Maghreb, et, bien- 
tôt après, tl tomba dangereusement malade. La perspective du 
bouleversement que sa mort devait occasionner et des dangers 
auxquels on serait alors exposé h Fez, épouvanta tous les cœurs, 
et l'on se mit h glisser hors de la ville, les ans après les autres, 
et à se rendre auprès du sultan Abou-Satd qui se tenait toujours 
h Tèza. Cette défection générale fut couronnée par celle du vizir 
AboU'-Bekr-Ibn-en-Nouan, du secrétaire-d'état, Mendil-Ibn-Mo- 
hammed-^l-^inani et de tous les autres ministres d'Abou-Ali. 
D'après le conseil des transfuges, le sultan se décida à prendre sa 
^ revanche et partit de Tèza avec son armée. Ayant alors ramené 

' sous ses drapeaux toutes les troupes mérinidcs, ainsi que les mi- 

lices, il commença le siège de la Ville-Neuve [de Fez] , fît construire 
au camp une maison pour lui servir de résidence et déclara l'émir 
Abou - 1 • Hacen héritier du trône et lieutenant-général de l'em- 
pire^ en remplacement d'Abou-Ali. 

De tous les partisans de celui-ci, il ne resta plus auprès délai 
cpt'uo corps de troupes chrétiennes qu'il avait prises à sa solde 
et dont le commandant, son oncle maternel, gouvernait la Ville- 
Neuve pendant son indisposition. Quand il eut recouvré la santé, 
il vit que sa cause était perdue et fit demander è son père de lui 
pardonner. Il offrit, en même temps, de rendre tout ce qu'il avait 
usurpé pourvu cpi'oa lui permit de s'approprier la ville et les dé- 
pendances de Sidjilraessa et de garder tout l'argent qu'il avait 
pris dans le trésor du palais. Le sultan y donna son consentement 
et signa le traité. Ceci se passa en l'an 715(1315-6). Abou*Alî 
évacua la Ville-Neuve et alla camper avec ses officiers et sa suite 
à Ez-Zitoun, endroit situé près de Fez. Le sultan accomplit toutes 
les conditions du traité, occupa la Ville-Neuve et, s'étant installé 

T. IV. 13 



49i mSTOIRI DBS berbMks. 

dans le palais, il vaqua' aux soins de l'empire. A son Gla, Âbou- 
'l«Hacen, il assigna pour résidence Tun des palais impériaux 

nommé Ed-Dar-El-Beida {la maison blanche) et, voulant lui cod« 
fier presque toute l'autorité, il Tdutorisaà prendre des vizirs el 
des secrétaires, h revêtir ses lettres du paraphe et à jouir de tous 
les autres privilèges dont son frère avait fait un.si mauvais usage. 
Toutes les villes du Maghreb envoyèrent alors des députalions 
au sultan avec leurs hommages. 

L'émir Abou-*Ali, étantarrivéà Sidjilmessa, s'y établit comme 
roi : il organisa une administration, enrôla des fantassins et des 
vavaliers, leur assigna une solde fixe et prit à son service les 
Arabes nomades delà tribu desMakil. Il s'empara alors des pla- 
ces fortes du Désert, réduisit les bourgades de Touat, do Tigou- 
rartn et deTementtt, envahit le Sous et soumit toutes les plaines 
de cette province, après avoir châtié et soumis les Doui-Hassan, 
les Cbcbanat, les Zegna et d'autres Arabes nomades. Dans une 
attaque de nuit il réussite prendre Taroudant, résidence d'Abd- 
er-Rahman-lbn-el-Hacen-lbn-Yedder, seigneur des villes dii 
Sous, et, ayant envoyé ce chef à la mort, il livra la place au piU 
lage. Avecla chute d'Abd-er-Bahman, s'éleva un nouvel em|irre 
mérinide dans les pays du Sud. 

En Tan 720 (1 320), Abou-Ali déclara la guerre à son père, fit la 
conquête du Deré et visa à la possession de Maroc. Le sultan en- 
voya contre lui Pémir Abou-'l-Hacen et se mit lui-même en marche 
))ient6t après. Arrivé h Maroc, il mit celte ville en bon état de 
défense et y installa comme gouverneur Kendouz*lbn-Othman, 
client de sa famille. Il partit alors avec Abou-4-Hacen et ramena 
ses troupes à la capitale. En Tan 722 (4322), l'émir Abou-Ali 
sortit de Sidjilmessa et marcha sur Maroc avec tant de prompti- 
tude qu'il ne laissa pas à Kendouz le temps de se reconnattre. La 
ville fut emportée, toute la province fut conquise et la tète de 
Kendouz fut placée sur le bout d'une lance. 

Le sultan se vit alors obligé d'organiser une nouvelle armée qu'il 
solda d'avance et plaça sous les ordres d'Abou-'l-Hacen. Pendant 
la marche de cette colonne, il la suivit lui-même avec l'arrière- 



DT19A8TII VÊilfflDI. — ABOU-SaId. 4 95 

gardo. Arrivés à Toulou, sur le bord de POmm-Rebià S la père 
et le fiU se tlDrenl bien sur leurs gardes parce qu'on les avait pré* 
venus qu'Âbou-Ali devait venir les attaquer pendant la nuit. En 
«iïet, Tarmée de ce prince tomba sur leur camp, mais elle y trou* 
va une telle réception qu'elle se retira dans le plus grand désor- 
dre et finit parprendre la fuite. Au pointdujour, le sultan se mil 
ha\ poursuite d'Abou*Âli, le contraignît à tenter le passage du 
Deren {V Atlas), Dans cette retraite désastreuse, les troupes de 
Stdjilmessa s'égarèrent au milieu des ravins et des précipices 
où elles subirent encore les disgrâces les plus cruelles. L'én^jr 
Âbou-Ali s^y vit réduit à la nécessité de faire route à pied. Cp 
fat avec une peine eitréme que les fuyards parvinrent à franchir 
ce passage difficile ei à gagner Sidjilmessa. 

Le sultan rétablit l'ordre dans les provinces marocaines, ins*- 
talla Un gouverneur avec une garnison dans la ville de Maroc, 
et désigna Mouça, fils d*Ali-Ibn-Mohammed le hintatien, comme 
percepteur de Tiropôt dans ces contrées et dans les régions occu- 
pées par les Hasmouda. Ce chef remplit avec une grande habileté 
tes fonctions qu'on venait de lut confier et il les exerça pendant 
plusieurs années. 

Après avoir remporté cette victoire, le sultan mena une expé- 
dition contre Sidjilmessa, mats telle fut chez lui l'influence extra- 
ordinaire de l'amour parternel, dont on raconte encore bien des 
anecdotes singulières, qucrémirAbou-Ali n'eut qu'à demander 
pardon pour obtenir la cessation des hostilités. Le sultan s'en 
retourna donc è la capitale et Abou-All resta dans le pays dq Sud 
jusqu'à ce qu'il fut vaincu par Abou-'l-Hacen, devenu souverain 
de l'empire parla mort de leur père. 



niSGHACC ET nORT DB VEUDtL-BL-KlIfAm. 



Sous le gouvernement almohade, Hohammed-Ibn^Hohammed-* 



tmm^m 



I Le texte arabe dit sur le lioku^. 



196 HlSTOIBB DBS BBBB^RBS. 

eUKinani, père de Mendfl, tint un haut rang parmi les geos de 
plame. Lors de la chute de la dynastie fondée par Abd-cl-Mou- 
men, quand les Almohades évacuèrent Maroc, Hohammed-eK 
Rinani les abandonna pour aller se fixer à Héquinez^ sous la pro- 
tection des Mérinides. S'étant alors attaché à Yacoub-Ibn-Âbd- 
el*Hack, il fut admis par ce prince an nombre des savants ma- 
ghrébins qui formaient sa société intime, et il eut plusieurs fois 
l'occasion de remplir au nom de son maître des missions impor- 
tantes auprès des rois voisins. Nous avons déjà parlé de son 
ambassade à la cour d'EI-Mostancer. en Van 665 * . Youçof , fils 
cftsuocesseur delYacoub-Ibn-Abd-el-Hack, se plaisait d^abordà 
augmenter l'influence d'fil-Kinani, mais, s'étant ensuite fâché 
contre lui, il confisqua ses biens, Tan 687 (4288), et le bannit de 
la cour. EUEinani vécut en disgrâce pendant le reste de ses 
jours. 

Son fils Mendtl continua toutefois au service du sultan Abou- 
Yacoub-Youçof. Il s^élait chargé de contrôler les comptes de Pad- 
ministration [militaire] et, bien que sa probité eût pour garants 
ses bons antécédents et la parole unanime de ses amis et de ses 
ennemis, 'jl se croyait toujours exposé à l'inimitié d'Abd-Allah- 
Ibo-Abi-Medyen, intendant du palais et confident du prince. La 
haute position de cet homme lui inspira un profond dépit el, 
au sentiment de jalousie dont son cœur était enflammé, se mâla 
la crainte continuelle d'une disgrâce qui lui coûterait la fortune et 
la vie. Quand le sultan eut soumis les villes et les plaines du ter- 
ritoire maghraouien, pays traversé par le Chélif, Hendil fut chargé 
d'administrer les revenus de cette région, de tenir les contrôles 
de l'armée et de faire' l'inspection des troupes. Il s'établit alors h 
Hiliana avec Ali-Ibn-Mohammed-eUKheiri , £l-Hacen-lbn-Ali- 
lbn-Abi*'l-Talac et les autres émirs [qui servaient le gouvernement 
mérinide. A l'époque oii Abou-Thabet, successeur du sultan 
Abou*Yacoub, rendtlepays des Maghraoua aux princes abd* 



Page 53 de ce Yoluma* 



DTNASTIB MtlimDB. ABOU-IAto. (97 

el-ouadiies, Mendtl quitta Miliana et prit le chemin da Maghreb 
afin de joindre le nouveau sultan. En passant par Tlemcen, il se 
concilia la bienveillance d'Abou-Ztan et d'Abou-Hammout en leur 
fournissant tous les renteignements qui pourraient leur faciliter 
l'administration de la province qu'il venait de quitter. 

Déjà, pendant le siège de Tlemcen par [Abou-Tacoub]-Tou- 
çofy MendtUel-Kinani était devenu le compagnon d'Abou-Safd« 
Othman, frère de ce sultan, et, par suite de son amitié intima 
avec cet émir, qni occupait alors une position peu élevée, il mé« 
rita la haute bienveillance que ce même prince lui témoigna plus 
tard. Abou-Satd étant monté sur le trAne du Maghreb, l'admit au 
nombre de ses intimes, le choisit pour écrivain du paraphe im- 
périal, pour dépositaire de ses pensées les plus secrètes, pour 
contrôleur général de la comptabilité et pour son homme d'af- 
faires. Il lui accorda aussi la place d'hooneur à la cour. 

Hendtl montra alors beaucoup de considération pour l'émir 
Abou- Ali-Omar et passa au service de ce prince, à l'époque où le 
sultan abdiqua le trône ; puis, ayant vu les affaires de son nou- 
veau maître prendre une mauvaise tournure, il l'abandonna*^ 
L'émir Abou-'UBacen ne lui pardonna jamais ses complaisances 
pour Abou-Ali, et, bien des fois, son cœur fut profondément 
blessé en voyant ses droits sacrifiés par ce ministre et en goûtant 
l'humiliation de travailler au service d'un frère qu'il détestait. 
Pendant quelque temps, il dissimula son ressentiment ; mais, 
quand il retrouva l'occasion d'entretenir son père en secret, 
après le départ d'Abou-Ali pour Sidjilmessa, il fit tous ses efforts 
pour perdre El-Kinani. Comme le sultan prêta une oreille atten- 
tive à ces accusations, il obtint facilement l'autorisation de faire 
mourir son ennemi. Il est vrai que le ministre imprévoyant 
avait souvebt offensé ce monarque par sa présomption, par son 
ton de familiarité et par ses traits d'arrogance. En Tan 718 
(4317-8) Abou-'l-Hacen emprisonna El-Kinani dont il confis- 
qua les biens et, pendant plusieurs jours, il employa la torture 
pour l'obliger à rendre ses comptes : puis, dans la dernière sé- 
ance, il le fit étrangler. Quelques personnes disent qu'il le laissa 
mourir de faim. 



(98 HISTOIRB BBS BlfiB^IBS. 



IBlf-KL-ÀZÉPI SE MET EN RÊYOLTE ET SOUflElfT UN SIÉ6B DAN9 
CBUTA. «— APRÈS SA MORT CETTE TILLE RENTRE SOCS L'AUTORITt 

DU SULTAN. 



La famille El-Azéfi , déportée à Grenade en l'an 705 * par le 
raïs Abou-Satd, a^établit dans cette ville avec Pautorisation 
d'El-Makfalouâ y troisième soaverain que la famille des Bcni- 
'l-Ahmer fournit à l'Andalousie. En 709 (1309), lors de P occu- 
pation deCeuta parle sultan Abou-'r-Bebiâ, les Azéfi obtinrent 
la permission de rentrer en Maghreb, et de se fixer è Fez. 
Tahya, fils d'Abou-Taleb, et son frère Abd-er-Rahman, étaient 
alors les chefs de cette famille. Ils aimaient beaucoup l'élude et 
suivaient assidûment les cours des savants qui enseignaient dans 
la capitale mérinide. Le prince Abou-Ôaid, qui assistait alors ré- 
gulièrement aux leçons données par le mufti Abou-'l-Hacen-es- 
Saghtr dans la grande mosquée du quartier des Cairouanides, 
fit la connaissance de Yahya-Ibn-Abi-Taleb ; aussi, quand i' 
monta sur le tr6ne, il lui témoigna son bon souvenir en le nom- 
mant gouverneur de Coûta et en autorisant toute la famille des 
Azéfi à s'établir dans la ville où elle avait dominé autrefois. Ils 
s'y rendirent en 7f0 (1310-1) et en prirerU le commandement 
au nom du sultan Abou-Said. 

L'émir Abou-Ali ayant ensuite enlevé Tautorité à son père, 
rappela h Fez, Yahya, fils d'Abou-Taleb et le remplaça par Abou- 
Zékérïa-Habboun-lbn-Abi-'l-OlàHel-Corachi. Yahya revint alors 
avec son père, Abou-Taleb, et son oncle Abou-Hatem, et se fixa 
auprès du sultan. Abou-Taleb mourut h Fez. 

Quand Abou-Satd assiégea la Ville-Neuve, la plupart des offi- 
eiers au service de son fils étaient passés de son côté, ainsique nous 



•^ Voy. ci-derant, page 160. 



OTNASTIK MftftlKIBS . — ABOU-SAID. i 09 

l'avons dit, eiYahya les avaitsuivisavecson frère. Pour le récom- 
pense,! le sultan lut donna de nouveau legouvernenienlde Geata 
en le chargeait d'y maintenir Tautorité des Mérinides et, afin de 
s'assurer que son protégé resterait dans le devoir, il en reiini le 
fils, Mohammed, comme otage. Yahya prit alors le commande- 
ment de ia ville et fit prêter aux habitants le serment de fidélité 
envers Âbou*Sa}d*. Son oncle Abou-Haiem; qui l'avait accompa- 
gné à Geuta y mourut quelque temps après leur arrivée. 

En l'an 716 (t 3 16-7), Yahya rélablit dans Geuta le gouveme- 
Rkent des cheikhs, au mépris de ses engagements envers le sal— 
tan, et appela de l'Andalousie Abd-el-HacUbn-Olhman, «fin de 
lui confier l'autorité miflitaire. Eo faisant ce choix, il avait poar 

but de mettre la désunion entre les Hériaides et d'opposer au 
snltan, s'il venait l'attaquer, un guerrier capable de le tenir en 
échec. Le vizir Ibrahtm-Ibn-Eïça arriva bientôt après, à la tête 
d'une armée mérinide, afin d'assiéger la vHIe, et^ comme Yahya 
offrit de rentrer dans l'obéissance pourvu qu'on lui rendit son 
fils, il adressa au sultan la prière d'envoyer ce jeune homme au 
camp. Yahya^ ayant su par ses espions que son fils y était arrivé 
etque la tente viziriale dans laquelle on le retenait se trouvait 
près delà mer, résolut de faire une tentative pour le délivrer. 
Profilant d'une nuit obscure, il dirigea une attaque contre le 
camp, et le général Abd-el-Hack s'élança avec ses gens vers la 
tente du vizir et enleva le prisonnier. Au premier cri d'darme, 
les assiégeants avaient couru aux armes, sans se douter de 
ce qui venait de se passer; ce fut le vizir Ini-ménie qui 
s'aperçut que le jeune El-Azéfi lui était échappé. Les cheikhs 
furent tellement couvaincus que cette évasion eut lieu aveclacon* 
nivence de leur chef, qu'ils le mirent aux arrêts et l'envoyèrent 
au sultan. Ce monarque les remercia du zèle et du dévouement 
dont ils venaient de lui donner la preuve et, quelque temps 
après , il relâcha le vizir dont il avait reconnu l'innocence. 



* Le texte arabe porte de plus : et cet état de clioses se maintint quel' 
qnes années. L'auteur ou son copiste aurait dû écrire : quelques mois. 



SOO BISTOIBS k>lS BBBB&mt* 

Ayant appris, en Pan 719 (1319), que Yahya-lbir-el-Aiéfr 
avait exprimé le désir de rentrer en grâce, il partit pour Tanger, 
et, s'étant assuré que ce chef n^avait pas d'arrière-pensée ^ 
il accueillit sa soumission et le confirma dans le gouver- 
nement de Geula. En retour de cette faveur, Yahya-lbn-el- 
Azéfi promit de remettre régulièrement au sultan les somme» 
provenant des impôts et de lui envoyer un riche cadeau tous les- 
ans. Les choses continuèrent en cet état jusque la mort d'El- 
Axéfi, événement qui eut lieu en Pan 720 (1320). 

Son fils, Hohammed-Ibn-Yahya, lui succéda et exerça^ le com^ 
mandement sous la direction de son cousin, Mohammed, fils d'Ali, 
fils d'Abou-'l-Gacem-el-Fakth, doyen de la famille. Celui-ci avak 
été nommé chef de la flotte et administrateur de la marine h 
l'époque où Yahya-er-Rendahi, fils deHadjboun, fut renvoyé en 
Espagne ^ 

En Tan 728 (1327-8), le sultan profita de l'esprit d'insubor- 
dination qui animait la populace de Ceuta pour essayer d'y réta^ 
blir son autorité. 

Quand il y arriva avec son armée, les habitants montrèrent un 
grand empressement ii rentrerdans l'obéissance, voyant que Ho- 
bammed-lbn-Yahya était encore trop jeune pour diriger la défen- 
se de laville. Le petit-fils d'Âbou-'I-Cacem forma, il est Trai, le 
dessein d'agir pour lui-même et de saisir le pouvoir avec l'aide 
de la canaille; mais^ aussitôt qu'il eut rassemblé ses partisans, 
les* notables l'empêchèrent d'accomplir son projet et décidèrent 
le peuple à offrir sa soumission. Tous les membres de la famille 
Azéfi furent alors livrés an sultan. 

Après avoir occupé la citadelle, Abou-Satd restaura lès forti- 
fications de la ville et rétablit l'ordre dans les cantons voisin s. 
Toutes les branches de l'administration passèrent entre les 
mains des Hérinides ; le sultan ayant confié les diverses parties h 
quelques-uns de ses gran ds officiers et de ses courtisans. Son 
chambellan, Amer-Ibn-Feth-Allah-es-Sedrati reçut le oomman^ 



« Ci-devant^ page 64. 



DTRjtf TU MtRlNIDI. ▲BOU'fAb. 2Ai 

dément de la garnison, et Âboa-l-Cacem-lbn-AbUMedyen Lk 
nommé payeur de la marine et inspecleor des-chantiers decons • 
traction. Aax cheikh», membres da grand conseil de la yille, 
le sultan accorda des pensions et des gratifications. En partant 
parla capitale, il donna Tordre de bfttir une Tille sur la partie la 
pins élevée de la péninsule de] Geuta. La construclion de cette 
place que Ton nomma Afrag*, fut commencée en Tan 720 
(1328-9). 



ABD-BL-MOniMBlf BST RanÉ SICRtTAlU-D'tTAT BT tCRITAl» 

DU PARiPIB nPtlUU 



LesAbd-el-Moheimen, une des premières familles deCeula» 
étaient originaires de Hadramaut [province de TArabie méridio- 
nale]. Ils jouissaient dans cette ville d^une haute considération et 
s'adonnaient tous k la culture des lettres. Mohammed, père de 
TAbd*el-Moheimen qui forme le sujet de cette notice, fut cadi de 
Geuta pendant Tadmiuistralion d'Abou- Taleb-el-Azéfi et d'Abou- 
Hatem-el-Axéfi ; il avait même épousé une demoiselle de cette 
famille. 

Son fils, Abd-el-Moheimen, passa ses premières années en- 
touré de la considération générale et ne s^occupant que de ses étu- 
des. Il devint très-savaot dans la philologie arabe, science quM 
apprit du docte professeur El-Ghafeki. En Tan 705 (1306-6), 
quand le raïs Abou-Satd renversa Taulorité des Azéfi et les dé- 
porta tous à Grenade, le cadi Mohammed et son fils y furent en- 
voyés avec eux. Abd-el-Moheimen se mit alors h étudier sous 
les cheikhs de la capitale andalousienne et il parvint ainsi à ga- 
gner de nouvelles connaissances dans la langue arabe et dans les 
traditions du Prophète. S'étant ensuite fait employer comme écri- 



* Àfrag en berbère signifie la cour intérieure d'une maison. 



%(ii niSTOIRC DBS BERBÈRES. 

vain dans la maison du sullan Mohammed-el-MakhlDoé, il passa 
avec les principaux membres de la famille Azéfi au service de 
Mohammed-IbD-Abd-»el-Haktm-or*Rondi, vtzir qui dominait le 
souverain et gouvernait Tempire. Après la chute de ce ministre, 
Abd-el-Moheimen revint h Geuta et travailla pendant quelque 
^ temps dans les bureaux de Yahya-Ibn-Mostema, commandant de 
la marine. 

En Pan 709 (1309-10), quand les Mérinides obtinrent posses- 
sion de Ceuta, Abd-el-Moheimen renonça aux écritures et, à Tins- 
tar de ses aïeux, il se consacra à Tétude du droit et des huma- 
tés. L'émir Abou-Ali, le même qui enleva le pouvoir à son père 
après avoir été nommé héritier du trône, s'occupait aussi d'étu- 
des scientifiques et recherchait avec empressement la société des 
hommes instruits. Depuis le temps des AlmohaJes, l'art de bien 
rédiger [la correspondance politique] n'existait plus en Maghreb*, 
fait qui tenait aux mœurs encore incultes de la nation mé- 
rinide. La teinture des lettres que Témir Abou-Ali avait acquise 
lui permit d'entrevoir cet état de choses et de reconnaître que 
ses gens de bureau n'avaient alors qu'un seul talent, celui de 
l'écriture. Remarquant aussi que tout le monde désignait Abd-el- 
Moheimen comme rédacteur de premier ordre, il désira l'atta- 
cher h son service. 

Abd-ol-Hoheimen paraissait très -souvent à la cour viérinide 
où il accompagnait les députétlions que le peuple de Geuta avait 
rhabilude d'envoyer au sultan. Dans ces occasions, l'émir Abou- 
Ali ne manquait jamais de le traiter avec des^égards extraordi- 
naires et de lui assigner, aux audiences publiques, uncdes places 
d'honneur. A la fin, il le pria d'entrer h son service comme se* 
/ crélaire et, malgré les refus qu'il essaya d'abord, il parvint à 
l'accomplissement de sa volonté. En l'an 71 2 (1312-3), il Gtpar- 



* Les dépêches du sultan AbouYouçof étaient cependant très-bien 
rédigées. Voyez, par exemple, les deux pièces publiées par M. de Sacy 
dans le tome ix des ^lémoircs (h VAcaîJmfe des Inscriptions et Belles- 
Lettres. 



DTRA8TI1 XÈIINIDI. — ABOU-fAID. 203 

veoir à l'officier mérinide qui commandait à CeiUa, l'ordre de 
lui envoyer Abd-el-Hoheimen, lequel fat aussitôt investi des 
fonctions de secrétaire et chargé d'écrire le paraphe impérial. "^ 

[En Tan 744], lors de la révolte d'Âboa«-Âli contre son père, 
Abd-el-Hoheimen alla joindre l'émir Âboti-1-Hacen [qui s'était 
retiré auprès du sultan] ; mais Âbdu- Ali, s'étant ensuite décidé 
à faire la paix et à rendre la Ville-Neuve à son père, posa, comme 
me des conditions du traité, que le transfuge rentrerait à son 
service. Le sultan y donna son consentement, mais Abou «'l-^Ha- 
cen en ftittràs-méoontent et jura de faire mourir le secrétaire s'il 
osait le quitter, t^oor se tirer du danger* Abd-el-Moheimen 
s'adressa au sultan qui, touché par ses supplications , le prit 
sous sa protection «t l'enleva ainsi aux deux émirs. Par son or« 
dre, Abd*el-Hoheimen s'établit dans le camp [pour en diriger 
l'administration] et, quelque temps après, il parvint à gagner la 
faveur et à devenir le gendre de HendlM-Kinani, grand-of&cier 
de l'empire et l'un des personnages les plus considérés de la 
eour. 

Après la chute de MendH, le sultan choisit pour écrire le para* 
phe Abou-'l-Cacem-Ibn-Abi-Medyen, homme tellement dépourvu 
d'instruction qu'il dut avoir recours à Abd-el-Moheimen tontes 
les fois qu'il s^agissait de Nre, de corriger ou de rédiger une dé<- 
pèche. Le sultan en sut bon gré ë cet habile écrivain et, bientôt, 
il l'employa exclnsivement comme son secrétaire ; puis, en l'an 
718(1318*9), il lui confia l'apposition du paraphe. Les grands 
talents déployés par Abd*el*Hoheimen lui assurèrent la faveur 
deson maître et lui Grent une grande réputation dans le public. 
Tant que vécut Abou-Sald et pendant le règne d'Abou-'lHaoen, 
aucun changement n'eut lieu dans sa position. Il mourut è Tunis 
de la grande peste qui eut lieu en Pan 749 (4348-9). 

LES MUSULMANS DE L'aNDALOCSIB INVOQUENT LB SECOURS DU SULTAN 
MÉRINIDE. PEDRO MEURT SOUS LBS^MUSS DE «RBNADI. 

A(lfonch-lbn-Heranda (Alphonse X, fils de Ferdinand) mourut 



soi HISTOIRE DES BERBIîRES. 

en Tan 682 (1 283)(. Son fiis, Chandja {Don Sanehé IV) 8*empara 
de Tarifa [en 1292] et ne cessa ensuite de s'acharner sar l'An* 
dalousie. Pendant ce temps, le sultan mërinide [ Âbou-Yacoub-] 
Youçof- [Ibn-Yaçoub] assiégeait le fils de Yaghmoracen et se 
vit ainsi dans l'impossibilité de secourir les masulmana espa- 
gnols. Après lui, ses petits-fils eurent trop d'occupations et 
d'embarras pour donner assistance k leurs cprréligionnaires de 
la péninsule. Sanche mourut en Tan 693* et eut pour successeur 
son fils Ferdinand. Pendant une année entière, celui-ci assiégea 
Algéciras, port où les Mérinides allaient aborder quand ils en- 
treprenaient la guerre sainte, et, comme sa flotte bloquait Gi- 
braltar, il fit prier Heranda-Ibn-Adfonch (Z>on Jayme^ successeur 
d^ Alphonse i/7) souverain de Barcelone, de donner de l'occupatiozi 
aux musulmans de l'Andalousie. 

Par suite de cette invitation, [Don Jayme] entreprit, en l'an 
709 (1309), le fameux siège d'Alméria, et dressa contre la 
ville plusieurs machines de guerre dont l'une, construiteen bois, 
avait la forme d'une tour et dépassait de trois toises la hauteur 
des remparts. La garnison réussit à incendier cette tour, et l'en- 
nemi se mit à creuser une voie souterraine assez large pour ad- 
mettre de front une vingtaine de cavaliers. Les assiégés eurent 
connaissance de cette entreprise et, pour la déjouer, ils travaillè- 
rent à un chemin de contre-approche de sorte que, leur tâche 
accomplie, ils eurent un combat sous terre avec les chrétiens. 

Othman-Ibn-Abi-'l-Olâ, chef des princes mérinides réfugiés en 
Andalousie, reçutde[Abou-'l-DjoYouch]- Ibn-el-Ahmer le comman- 
dement d'une armée et marcha au secours d'Alméria'. Sur sa route 
il rencontra et tailla en pièces un corps de troupes chrétiennes, 
que leur roi avait envoyées contre la ville de Marchèna. Arrivé 
dans le voisinage du camp où se tenait le roi [d'Aragon], il ne cessa 



I Alphonse mourut en Tan 1281. 

* Don Sauche mourut en t%95 (694 de l'hégire). 

' Lisez Al'Merïa dansle texte arabe. 



DTKASTIE HiRIHlDI. — ABOV-SaId. 205 

d'attaquer et de harasser les chrétiens jusqu'à ce qu'il les con- 
traigntt à demander la paix et à lever le siège. 

Dans Vintervalle, le roi [de Castille] s'était emparé de Gibral- 
tar et avait fait investir Chemana * et Estepona. El-Âbbas, fils 
de Rahhou-lbn-Âbd- Allah, et Othman-lbn-Abi-'l-Olftse portè- 
rent au secours de ces deux villes. Olhman commença par atta- 
quer le camp des chrétiens h Estepona et y tua environ trois mille 
cavaliers a vecteur chef, Âdfonch-Birès(il/p/ion5e-Pere:3(/a GuZ'- 
mon). Ensuite il alla dégager EI*Abbas qui était entré dans Gau- 
cin et soutenait un siège contre les chrétiens. A son approche, 
Tennemi décampa. 

Le rot chrétien était encore sous les murs d'Algéciras quand il 
apprit la défaite de ses troupes par Othman et, sur le champ, il 
envoya toutes ses bandes contre les musulmans. Olhman attaqua 
cette armée, en tua les principaux officiers et mil le roi dans la 
nécessité de marcher en personne contre lui. A peine les chrétiens 
eurent-ils quitté leurs positions que les gens d\4lgéciras envahi- 
rent leur camp et enlevèrent les tentes et les bagages. De cette 
manière, ils prirent leur revanche et ramenèrent beaucoup de 
prisonniers. Le roi Ferdinand, filsdeSanche, survécut è cette 
déroute et mourut en Tan 712 (1312). Comme son fils et succes- 
seur Don Alphonse [XI] était encore très-jeune, on le plaça sous 
la tutelle de son oncle Don Pedra-lbn-Chaudja [Don Pedro ^ fils de 
Sanche) et de [Don] Juan, grand chef des armées chrétiennes. 

Pendant que le sultan Abou-Saîd luttait contre son fils, les 
chrétiens profitèrent de son embarras pour envahir l'Andalousie 
et, en Tan 718 (1 31 8-9), ils mirent le siège devant Grenade. Les 
musulmans de ce pays appelèrent le souverain maghrébin à leur 
secours, mais il refusa de les aider sons le prétexte qu^Othman- 
Ibn-Abi-'l-Olâ occupait une position très-clevéo à la cour de 
Grenade^ qu'il exerçait le commandement sur tous les guerriei'S 
mérinides au service de ce royaume et que, dès-lors, il pourrait 



* Variante : Semaza, 



206 HISTOIRE DES DERBfcftBS, 

compromettre la siVeté et troubler la paix do l'empire mérîmile, 
H demanda, en conséquence, qo''Olhmau lui fût livré, en promet- 
tant de le relâchera la Gn de la campagne. Cette réponse fit sentir 
aux Grenadins l'inutilité de leur démarche, car Ibn-Âbi-'l-Olà était 
un homme trop brave et trop aimé de ses troupes pour être facile- 
ment mis en arrestation. Ils renoncèrent donc à Tespoir d'être 
secourus par le sultan. 

L'armée chrétienne venait d'investir la ville de Grenade et 
s'attendait a la voir bientôt succomber quand Dieu déploya sa 
puissance et délivra les assiégés. Othman-lbn-Abi-'l*Olà s'élança 
avec environ deux cents hommes vers la position qu'occupaient 
les chrétiens et, secondé par la faveur divine, Jes combattit avec 
une audace extrême et remporta sur eux une victoire sans pa* 
rcille* Don Pedro et Don Juan y trouvèrent la mort, leurs trou- 
pes tournèreDlle dos et une grande partie des fuyards perdit la 
vie en se précipitant dans les canaux d'arrosage entretenus par le 
Chenil. Tous leurs bagages tombèrent au pouvoir des musulmans; 
Dieu ayant voulu le triomphe de sa religion et la disgr&ce de 
l'infidélité. La tête de Pedro fut plantée sur les murs de Grenade 
et elle y est encore. 



ALLUNCB HATRIMONIALB OB LA FAMILLB MÉRIKIDB ATBC CBLLB 
DBS HAF8IDES. EXPEDITION CONTRE TLEMCEN. 



En l'an 706 (4306-7), Abou-Thabet leva le siège de Tlemcen, 
évacua le territoire abd-el-ouadite et rendit aux petits-fils de 
Yaghmoracen tonl ce que les Mérinides leur avaient enlevé h là 
pointe de ré|)ée. Une année plus tard, Abou-Hammou devint seul 
matlre delà nation abd-el-ouadite et, dirigeant aussitôt son at- 
tention vers les provinces situées à l'est de Tlemcen, il subjugua 
les Maghraoua , soumit le pays des Toudjin, renversa l'au- 
torité de leurs chefs et abolit la royauté qu'exerçait la famille 
d'Abd-el-Caouï-Ibn Atïa. Les princes de celte maison maghra- 
ouienneet les fils deHendtl-lbn-Abd-er-Rahman partirent avec 



DTlfASTIR MÊRIMDB. — ABOU-SAID. Wl 

les chefs qui leur restaient TiJèlos ot se mirent sous la protection 
lies Hafsides. Plus tard, notre seigneur le soUan Àbou-Yahya 
[-Abou-Bekr] et son chambellan, Yacoub-lbn-Ghamr, les prirent 
tous à la solde de Tempire et se formèrent ainsi un corps de mit- 
1 ce redoutable, qu'ils empk)}èreiît avec un grand succès contre 
les révoltés qui menaçaient leur empire. 

A la suite de ces conquêtes, Abou-Hammou enleva la ville 
d'Alger à Ibn-Allan, conduisit ce chef à Tlomcen et remplit tou- 
tes les conditions [énoncées dans le trai lé de capitulation]. L'éva- 
cuation de b Mettdja par les Beni*Mansoura^ chefs* de la tribu 
sanhadjienne des Melîkich, lui permit alors d'étendre sa domina- 
tion jusqu'à l'extrême limite du Maghreb central et de mettre son 
royaume en contact avec celui des Hafsides, auprès desquels les 
r^fugiéss'étaient retirés et dont ils avaient obtenu un bienveillant 
accueil. Ensuite, en l'an 712 (1312-3), il se rendit maître de Te- 
dellis. Pour justifier cette agression contre les états d'Abou- 
Yahya, il chercha des prétextes dans la correspondance qui eut 
lieu entre lui et ce prince à l'époque où Ibn-Khalouf s'était em- 
paré du commandement de Bougie. Abou- Yahya l'avait alors in- 
vité à mettre le siège devant cette ville. L'armée qu'Abou-Ham« 
mou plaça sous les ordres do son cousin, Uasoud-lbn-Abi-Amer- 
Ibrahtm, entreprit de réduire Bougie ainsi que Constantine, mais 
ce fut surtout contre Bougie qu'elle dirigea ses efforts. Pendant 
ces hostilités, Mohammed-Ibn-Youçof, petit-CIs de Yaghmoracen, 
leva Pélendard de la révolte et enleva la Ouancherîch à Abou- 
Hammou avec l'appui desBeni-Toudjîn. 

Rien ne se changea dans cet état de choses jusqu'à l'an 718 
(4319)quand la mort du sultan Abou-Hamraou ouvrit a l'émir 
Abon-Tacheftn-Abd-er-Rahman le chemin du trône. Le nouveau 
sultan trouva bientôt l'occasion d'attaquer avec avantage son 
cousin Mohammed-Ibn-Youçof , et partit à la tête de l'armée 
abd-el-ouadite pour le cerner dans !e Ojaancherîch, sa retraite 
ordinaire. Étant alors parvenu h gagner Omar-Ibn-Othman 



• Dans le texte arabo, lisrz 'J;^! 



SOS «ISTOIRI DtS BIHBtRtl. 

chef lies BeuiTighertn , il se Gt livrer le rebelle, Tan 7)9 
(1319), et lai âta h vie. Ensuite, il alla se préseater 
devant la ville de Bougie, mais, découragé par les prépara- 
tifs que le chambellan Ibn-Ghatnr avait faits pour lui résister, il 
décampa le même jour. Rentré dans Tlemcen, il en vo} a plusieurs 
corps d'armée dans le territoire de Bougie, et il construisit, en 
amont delà rivière 'du même nom, deux forteresses très-rap- 
prochées Tune de l'autroi et destinées à servir de points de sta- 
tion pour ses troupes. Un de ces châteaux portait lo nom deHisn- 
Bekr. Quelque temps après, il fit bâtir une ville à Tiklat, 
endroit situé à une journée de Bougie. Ce nouvel établissement 
reçut le nom de Temzezdekt, aRn de rappeler le souvenir de la 
forteresse que ses aïeux avaient possédée dans la montagne vis- 
à-vis d^Oudjda, forteresse dans laquelle Yaghmoracen s'était 
défendu contre Es-Satd [le sultan almohade]. Quand la construc- 
tion de cette ville fut terminée, il la remplit de munitions et de 
troupes afin d'en faire une de ses places frontières, et il y établit 
oomme gouverneur Houça-lbn^Ali-el-ÂzéG, chef qui avait occupé 
une haute position à la cour pendant les dernières années du feu 
sultan. 

Cédant ensuite aux instances des émirs kaoubiens, qui étaient 
alors mal disposés pour notre seigneur, le sultan Abou-Yahya* 
Abott-Bekr, il leur fournit un corps de troupes zenatiennes et 
proclama sultan de Tunis le prince hafside, Abou-Abd;Allaho 
Mohammed, fils d'Abou-Ali-el-Lihyani. Bientôt après, il déclara 
que le souverain légitime des Hafsides était Témir Abou-Abd- 
Allah-Hohammed, fils d'Abou-Bekr-ibn-Amran ; puis, il annonça 
qu'Abou-lshac, fils d'Abou-Bekr<-es-Cbehtd, était le véritable 
chef deTempire hafside. On a vu daub l'histoire des Abd-el-Ouad 
et dans celle des Hafsides qu'il mit chacun do ces princes en 
avant plus d'une fois. 

Cette guerre n'offrait qu'une alternative de succès et de revers 
jusqu'à l'an 729 (1328-9), quand l'armée zenatienne se rencon- 



> Les manuscrits portent Abm-Yahya, 



BTNÂSTIB HfiBINIDE. — ABOU-^AID. ^09 

ira avecl^armée hafside à Er-R!as. Dans cette jourDée mémora* 
Me, le sultan Âbou*Yahya-Abou-Bekr eut à combattre lesZenata 
4M>us les ordres de Yahya-lbn«Mouça, clienl'do la famille de Yagh* 
moraccn, ellesKaoub, soutenus par leurs allies nomades et com- 
mandés par Témir Hamza-lbn-Omar. Les coalisés avaient 
4'intentioa de placer sar le tr^ne de Tunis l'émir Mohammed-lbn- 
Abi'Âmran-Ibn-Abi-Hars, et ils s'étaient fait appuyer par Abd- 
el-Hack'lbn-Olhraan, prince mérinide qui, après s'être retiré 
chez les Dafsides, était passé aux Zenata abd- el-ouadites avec ses 
iils et tous ses dépendants. L'arméedu sultan fut mise en déroute; 
ses tentes, ses trésors, son harem et ses fils, Ahmed et Omar, tom- 
bèrent au pouvoir des vainqueurs. Ces deux princes furent en- 
vojés à Tlcmcen. Dans ce conflit, Abon-Yahya-Abou-Bekr fut 
atteint de plusieurs, blessures et conserva à peine assez de force 
pour atteindre la ville de Bàne et s'y embarquer pour Bougie, où 
il resta jusqu'à sa guérison. Les Zenata s'emparèrent de Tunis, 
ei leur chef, Yahya-lbn-Mouça, y installa Ibn-Abi-Amran avec 
le titre de sultan, s'étant réservé pour lui-même l'entière direc- 
tion des affaires* 

Abou-Yahya-Abou-Bekr forma lo projet de se rendre auprès 
d'Abou-Satd, sultan du Maghreb, afin d'obtenir l'appui des Mé- 
f inides contre les Beni-Abd-el-Ouad; mais, sur les représenta- 
tions du chambellaa, Moharamed-lbn-Séld-en-Nas. il renonça -à 
une démarche qui pouvait cempromettre sa dignité, et se con- 
tenta d'y envoyer son fils, l'émir Abou-^ékérYa , seigneur de 
Bougie. 

Abou-Zékérïa s'embarqua pour le Maghreb avec Abou-Mo- 

hammed-Àbd-Allah-lbn-Tafragutn, qui était chargé par le sultan 
•d'applanir les voies de cette négociation et de conférer * avec 
le gouvernement du Maghreb. Débarqués à Ghassaça, ils se ren- 
dirent à Fez et remirent à Abcu-^Saîd la lettre dans laquelle leur 
souverain lui demandait secours. Le sultan mérinide fat pro- 
fondément touché de cet appel, ainsi que son fils, l'émir AboQ-4-* 



* Lisez oua'l-mokaouérat dans le texte arabe. 

T IV. 14 



240 niSTOIRB DES BERBÊREIS. 

Hacen, et, s'étant adressé au prince Abou-Zékérïa, il lui dit, en 
la présence de loute la cour : a Mon fils, par votre visite et votre 
j> présence ma famille se trouve hautement honorée, et je déclare 
» devant Dieu, que, pour vous soutenir, je suis prôt à épuiser 
» mes trésors, mon sang et celui de mon peuple. Je marcherai 
9 contre Tiemcen, et, secondé par votre père, j'en ferai le 
» siège.» Les membres de Tambassade se retirèrent alors, la joie 
dans Pâme. 

Un traité fut bientôt conclu, et un des articles auxquels les en- 
voyés hafsides donnèrent leur assentiment portait que le sultan 
Abou-Yahja-Abou-Bekr conduirait une armée en Maghreb 
afin de prendre part au siège de Tiemcen. Le sultan Abou- 
Satd, de son côté, se mil en marche, l'an 730 (i 329-30), 
pour la même deslincTlion et, arrivé au- Molouïa , if dressa 
son camp h Sabra, où il reçut la nouvelle positive que le 
sultan Abou-Yahya venait de reprendre la ville de Tunis et 
d^en expulser les Zcnata, avec le sultan qu'ils y avaient établi. 
Il fit aussitôt appeler son hôte, l'émir Abou-Zékérïa-Yahya, et, 
l'ayant comblé de dons, ainsi que le vizir Ibn-Tafraguin, it 
leur recommanda do se hâter de rejoindre leur souverain. Ils 
prirent la route de Ghassaça, emportant avec eux de nombreu- 
ses marques de la bouté d'Abou-Saîd, et ils s'embarquèrent dans 
les navires qui les avaient amenés en Maghreb. 

Avec ces envoyés partirent deux agents du sultan mérinide, 
les nommés Ibrahtm-Ibn-Abt-Hatem-el-Azéfi et Abou-Abd- Allah - 
Ibn-Abd-cr-Rezzac, cadi de Fez , chargés par leur matlre do 
négocier une alliance matrimoniale entre sa famille et celle des 
Hafsides. Après leur départ, le sultan Abou-Said revint à Fez. 

Par suite de cette mission, un mariage fut conclu entre l'émir 
Abou-'l-Hacen et une fille du sultan Âbou-Yahya-Abou-Bekr, 
sœur germaine de l'émir Abou-Zékérïa. En Van 731 (i330-l), 
très-peu de temps avant la mort du sultan Abou-Said , la 
princesse arriva au port de Ghussaça avec une flotte, et y dé- 
barqua, accompagnée d'une députation de grands cheikhs aimo-* 
hades, sous la présidence d'Abou-'l-Cacem-Ibn-Ottou. Le gou- 
vernement mérinide accueillit la fiancée avec les plus grand» 



DT'NASTIE UfiRimOB.— ABOU-^L-HAtfeN. 211 

Vionneurs ci lui témoigna les égords les plus empressés. Oh 
im fournit des bétes de somme pour porter ses bagages, des 
montures dont les brides avaient des mors en or et en argent 
et dont les selles étaient en 'étoiïe de soie, brodée en or. Pouf 
sa réception et pour son mariage, on fit des préparatifs d'une 
magnificence inouie chez les Hérinides et dont on parla ayec ad- 
miration pendant longtemps. Des femmes âgées furent désignées 
pour remplir auprès de la princesse les fonctions attribuées aux 
intendants d'une maison impériale . Elle n^était pas encore 
-arrivée à Fez quand le sultan Âbou-Sald cessa de vivre. 



MORT bu SULtîllf An6D-SÀ!D'BT AVKN£MENT DB SOI! TILS 

ABOU- L-HACBIf. 



y arrivée de la fille du sultan Âbou-Yahya-Abou-Bekr excita 
"à la cour de Fez Tallégresse la plus vive, tant èi cause des belles 
qualités de la jeune fiancée que du profond respect que les Méri^ 
tiides portaient h son père et à sa famille. Le sultan Abon-Satd 
partit pour Tèza afin de surveiller, en personne, le progrès du 
cortège et de témoigner à la princesse hafside les sentiments de 
joie et de haute considération dont il était animé; mais à peine 
fut-il entré dans celte ville qu'il tomba dangereusement malade 
et mit son fils, Abou-'l-Hacen, dans la nécessité de le ramener à 
ia capitale. Plusieurs domestiques du' palais chargèrent sur leurs 
épaules la litière qui renfermait le sultan et la portèrent jusqu'à 
la rivière Sebou. Delà on entreprit de faire entrer le malade au 
palais pendant la nuit , mais il mourut avant d'y arriver ; que 
Dieu lui fasse miséricorde I On déposa le corps du souverain dans 
la chambre ou il avait l'habitude de se tenir, et on confia aux per- 
sonnages les plus saints de la ville le soin de l'ensevelir. Ceci se 
passa dans le mois de Dou-'I-Hiddja 731 (sept-oct. 1331) , 
Dieu seul est éternel I 

Aussitôt après la mort d'Abou-Satd, les principaux cheikhs <te 



342 HISTOIRI DES BERBÈRES. 

la nation mérinide et los grands dignitaires de rélal se réunirent 
autour de l'émir Abou-1-Hacen, son successeur désigné, et lut 
prêtèrent le serment de fidéliié. Le nouveau sultan fit donner 
Tordre aux troupes de quitter le Sebou et de venir h Ez-Zitoun, 
près de Fez; ensuite il assista aux obsèques de son père; puis, 
«'étant entouré d'un cortège nombreux, il se rendit au camp. 
Tous les corps de l^elal et toutes les classes de la population vin« 
rent lui offrir foi et hommage, pendant qu'il tenait une séance so- 
.lennelle dans la tente impériale, et ils prêtèrent le sermenr de 
^délité entre les mains du mizouar, Obbou^-Ibn-Cacem, prévôt 
de la police, et grand chambellan depuis le règne de Youçof-ll^n- 
Yacoub. Alors on présenta au sultan sa fiancée et le mariage fut 
célébré au camp, la mémo nuit. 

Abou-U-Hacen s'était décidé h châtier les ennemis de son beau- 
père, mais il voulut d'abord connaître les dispositions de l'émir 
Abott^Ali à son égard. Se rappelant que le feu sultan portait 
une vive affection à ce prince et qu'il l'avait fortement recom- 
mandé à sa bienveillance, il résolut d'aller le voir et, comme les 
fatigues étaient pour lui des plaisirs, il s'empressa de partir pour 
£idjilmessa. 



LE SULTAN ABOI)^ 'L-OÀCBIV PART TOUR SIDJlLVeSSA, CO^XLl;T 
4YEC SON FnktM ABOU*ALI UN TRAITÉ DE PAIX ET MARCHE 

SUR TLBHCEN. 



Le sultan Abou- l-Haccn étant monté sur le trône, désira con- 
naître les dispositions de son frère Abou- Ali, avant d'entrepren* 
dre une expédition contre Tlemcen, et il se proposa de le traiter 
avec bienveillance, par égard aux fréquentes recommandations 
de son père, qui avait toujours porté une tendre affection au 
prince de Sidjilmessa. S'étant dirigé vers cette ville en quittant 
le camp d'Ez-Ztloun, il rencontra en rouie une députation que 
son frère avait envoyée an devant de lui. Cette ambassade lui 
déclara qu'Abou-Ali, reconnaissant ses droits à la souveraineté, 



DYNASTIE HÊRIMDB. ABOU^'t-BÂCfcK. &< $' 

ièfélicitatt de la haute position ii laquelle Dieu l'avait élevé ; qu'il* 
tftcherait toujours de mériter sa bienveillance et, se conteutant de 
cotte portion de l'héritage paternel dont il jouissait déjà, qu'il ne* 
chercherait jamais à lui disputer le pouvoir : tout ce qu'il deman- 
dait était sa confirmation dans le gouvernement de Sidjilmessa. 
Le sultan y donna son consentement et, conformément aux injonc- 
tions de son père* , il nomma l'émir Abou- Ali souverain de cette ville 
et des provinces du Sud qui en dépendent. Les principaux chefs 
des tribus zenaticnncs et arabes ainsi que les grands officiers de 
la tribu mérinide assistèrent à cette déclaration. 

Pour répondre alors aux demandes de secours que les Hafsi- 
des lui avait adressées, il se porta rapidement vers Tlemcen, 
mais, passant outre, sans s^y arrêter, il marcha vers l'Est afin 
d'opérer sa jonction avec l'armée du sultan Abou-Yahya-Abou- 
Bekr. Nous avons déjà mentionné que lors de la mission d'Abou- 
Zékérïa en Maghreb, Ton était convenu que le sultan hafside ai- 
derait les Mérinides à faire le siège de Tiemcen. Dans le mois dé 
Chàban 732 (mai 1332), Abou^'UHacen prit position à Teçala et, 
en attendant l'arrivée de son allié, il donna à ses navires l'ordre 
de quitter les ports du Maghreb et de ravager les côtes de l'em- 
pire abd-el-ouadite. Il fit aussi embarquer à Oran un corps de 
troupes commandé par son client, Mohammcd-el-Botouï, et l'en- 
voya au secours du souverain hafside. Ce renfort débarqua au 
port de Bougie et, s'étant rangé sous les drapeaux d'Abou-Yah^ 
ya-Abou-Bekr, il marcha avec lui contre Tikial [Temzezdekt] , 
quartier-général de l'armée abd-el-ouadite chargée de bloquer 
la forteresse hafside. Eïça-Ibu-Mezrouâ , commandant des 
assiégeants, emmena aussitôt toutes les troupes qui se trouvaient 
dans Tikiat et se replia sur la frontière du Maghreb central. No- 
tre seigneur, le sultan Abou-Yahya-Abou Bekr, s'avança a la téter 
des Almohades, des Arabes, des Berbères et de tous les peuples 
qu'il avait rassemblés^ et prit possession de la place qu'on venait 



1 Dans le texte arabe Vh du mot âhd est déplacé. 



3ii mSTOlRB MS nE0ftaB8. 

d'évacuer. Le sultan Abou-Hammou avait donné l'ordre, ei» 
constniisant ce fort, que les gouverneurs de ses provinces orien- 
tales, depuis El-Bat*ba jusqu'à la frontière, seraient tenus d'y 
envoyer régulièrement la dtmo de toutes les récoltes de leurs 
pays respectifs, et son fils, le sultan Abou-Tachcfln, avait maiur 
tenu cet usage. Aussi, les vainqueurs y trouvèrent-ils des appro- 
visionnements en quantité énorme. Tout fut livré au pillage e^ 
leiort ruiné de fond en comble. 

Pendant ce temps, Abou-'l-Hacen attendait chaque jour Tarri* 
véedu sultan et de l'armée hafsides. Il était encore au même lieu 
de rendez^vous quand on vint lui annoncer que son frère, l'émir 
Abon-Ali, s'était mis en révolte. Cette nouvelle le décida à ren- 
trer chez lui, et le sultan Abou-Yahya-Abou-Bekr, ayant été 
averti de son départ, reprit le chemin de sa capitale et emmena 
El-Botouï avec lui. Alors, il combla do dons les troupes mérinides. 
et leur chef, les embarqua dans les vaisseaux qui les avaient 
amenés et les renvoya à leur souverain. 

A la suite de cet échec, le sultan Abou-Tachefin n'essaya plus 
d'envahir le territoire hafside. 



lÉVOLTB I)'^B0f7<*ALI. -^ LB SULTAN ABOU-'l -BÀCEN lUBCDB CORTRB 

LUI B7 L8 FAIT PRISONNIBR. 



Quand Abou-'I-Hacen se fut avancé jusqu'à Teçala afin d'opé- 
rer sa jonction avec l'armée d'Abou-Tahya-Abou-Bekr et do 
marcher ensuite sur Tlemcen, dont ils s'étaient proposés de faire 
le siège, Abou-Tachefîn, sultan de cette ville, réussit, par l'en-- 
tremise de ses agents, à engager l'émir Abou-Ali dans une al- 
liance contre le sultan mérinide. Par ce traité, chacune des par- 
ties contractantes s'imposa l'obligation d'entraver les opérations 
d*Abou-4-Hacen, toutes les fois que ce monarque entreprendrait 
des hostilités contre l'autre partie. L'émir Abou-Ali se mit alors 
en révolte contre son frère, sortit de Sidjilmessa pour envahir le 
Deçà et installa dans cette province un de ses officiers comme 



DYNaSTIB VtRiniDB.— abou-*l**baceii. 245> 

gouverneur, après avoir lue celui qui y commaDdâit au nom 
d^Abou-1-Hacen. Du Derâ, il envoya un corps do troupes dans la 
province de Maroc. 

Le sultan étaît h Tcçala quand cette nouvelle lui arriva, et, 
outré de colère, il résolut de se venger et reprit aussil&t le che- 
min de sa capitale. Parvenu à Taourîrt[-8ur-Za], une dea places 
frontières de son royaume, il y laissa une garnison sons les or- 
dres de son fils^ Tachofin, auprès duquel il plaça en qualité de 
dijecteur, le vizir Mendîl-lbn-Hammama-Ibn-Tlrbîghîn. S'étant 
alors dirigé vers Sidjilmessa, il y arriva à la suite d'une marche 
irè6-rapideoi,rayant investi, il employa une foule d'ouvriers k 
construire des machines de guerre et à bâtir une ville sous les 
murs de la place. Pendant une année entière, il continua le siège 
sans donner aux révoltés le moindre répit. 

Abou-Tachefîn, Tabd-el-ouadite, se jeta alors sur la frontière 
mérinide avec ses troui)es et y répandit le ravage et la dévastation 
afin d'obliger le sultan à lever le siège et à venir dégager le Ma- 
ghreb. Arrivé près de Taourirt, il se laissa battre par le 
fils d'Abou- l-Hacen, qui en était sorti, avec ses vizirs et ses 
troupes pour lui livrer bataille. S'élant ensuite réfugié dans 
[Tlemcen],son asile ordinaire, il s'empressa d'envoyer un corps 
de troupes au secours d'Abou- Ali. Ce détachement réussit h s'in- 
troduire dans Sidjilmessa en s'y glissant far petites bandes et 
par individus isolés. 

Pendant ce temps, le sultan continua le siège de la ville, jus- 
qu'à ce qu'il l'emportât de vivo forceet lui fit éprouver tous les 
maux de la guerre. L'omir Abou-Ali, fait prisonnier h la porte de 
son palais, fut amené devant le vainqueur et mis aux. arrêts. Après 
avoir établi uu nouveau gouverneur dans Sidjilmessa , Abou*'l- 
Hacen repartit pour Fez, où il arriva l'an 733 (1332-3). Il fit 
alors enfermer son frère dans une des chambres du palais et, 
quelques mois plus tard, il donna l'ordre de l'étrangler. 

Ce qu'il pouvait y avoir de blâmable dans la conquête de Si- 
djilmessa fut bientôt racheté par celle de Gibraltar, ville que 
les musulmans, commandés par son (ils, Abou-Malek, onlevorent 
aux chrétiens. 



V 



3\iy MîSTOitM DES nofcKvr. 



SlÉCiB KT PRISE DE GtBEALTAl FAH LES MUSULMAIIS 800S IE9 

ORDRES DE L'^MIR AROC-MALEK. 



Abou-1'Oueltd[-Isma}l], fils du raïs Aboa-Satd, enleva le ro'' 
yanme de T Andalousie à son cousin, Abou-'I-Djoïouch, etmournt 
en laissant pour successeur un fils en bas âge nommé Moham- 
med. Celui-ci régna sous la tutetle du virir Mohammed- Ibn-ef- 
Mahrouc, membre d'une des premières familles 'de l' Andalousie 
et employé, depuis des longues années, au service de Tétat. Le 
sultan Mohammed, étant entré dans TadoTescence, souffrit avec 
impatience la domination de son vizir et, à Tinstigaiion de ses 
esclaves chrétiens, il le fit assassiner, en ran729 (4328*9). de- 
venu de cette manière mattre de ses volontés, if les consacra au 
rétablissement de l'autorité royahe. \ 

En l'an 709 (4309), Ile roi chrétien avait pris GibraTtar et 
rendu cette ville une voisine très-incommode pour les autres 
forteresses du Détroit. Les musulmans en furent consternés, sa- 
chant que le souverain mérinide était alors trop occupé par l'a 
révolte de son fils pour venir à leur secours. D'ailleurs, te gou- 
vernement du Maghreb [ne possédait plus aucun point d'opéra- 
tion dans la péninsule ; il] avait rendu la ville et les forts d'Al- 
^éciras à Ibu-el-Ahmer en Tan 712(4312-3). Frappés enfin de 
la grande supériorité que la puissance du roi chrétien avait ac- 
quise, les Andalousiens remirent cette ville aux Mérinides, Pan 
729. Le sultan Abou-Said y installa un de ses oncles maternels, 
le nommé Sollan-Ibn-Mohelhel ^ chef de la tribu arabe de 
Kholt. 

Après la mort de ce prince, les chrétiens s'emparèrent de la 
plupart des forts qui dépendent d'Algéciras et interceptèrent 
ainsi toute communication avec le Maghreb. Peu de temps aupa* 
ravant* le sultan de l'Andalousie avait fait mourir son visir 



1* Le texte arabe porte : vers sette époque. 



DTNA5TIB BÉRIIIIDI.— - ABOU-'L'HACER. 217 

Ibn -el-Makhroac. BemarqaaDt ensuite, avec une inquiétude ex* 
tréme le progrès du roi chrétien, il. passa en Afrique, Tan 732 
(1331-2), et se rendii auprès du sultan Abou-'l-Hacen, qui était 
alors è^Fes, capitale de l'empire. Accueilli avec de grands hon* 
neurs par ce monarque, qui avait envoyé au-devant de lui an 
cortège magnifique, il se logea dans le Hesarat^ jardin qui tou- 
chait au palais, et il s'y vit traiter avec la plus haute distinc-- 
tion. Dans l'entretien qu'il eut alors avec son hôte, il lui fit part 
de l'effroi que le progrès des chrétiens inspirait aux musulmans 
espagnols el de la douleur qu'il éprouvait lui-même en voyant 
Gibraltar tenir maintenant en respect toutes les places fortes qui 
couvraient cette partie du pays. 

Dans sa réponse, le sultan Abou-*'l-Hacen lui dit d'avoir bon 
espoir et, comme il avait pour la guerre sainte une passion ex* 
tréme, h l'instar de son aïeul, Abou-Youçof-Yacoub, il s'occupa 
sur le champ à préparer une expédition contrôles chrétiens. Son 
fils, l'émir Abou-Malek, partit bientôt h la tête de cinq mille Mé- 
rinides, afin d'entreprendre le siège de Gibraltar, et il emmena 
avec lui le sultan de Grenade. Débarqué à Algéciras , il y 
attendit les divers corps de renforts que son père lui faisait 
passer l'un après l'autre , et , pendant ce temps, les agents 
de Mohammed [IV] - Ibn^-el-Ahmer s'occupèrent à parcourir 
l'Andalousie afin d'y lever des troupes. Quand tout ce monde 
fut rassemblé, l'émir et le sultan allèrent camper sous les murs 
de Gibraltar, et ils pressèrent la place Hvec tant de vigueur, 
qu'ils s'en rendirent maîtres l'an 733 (4333). Dieu avait permis à 
l'armée musulmane d'emporter la ville d'assaut et de saisir, 
comme une proie, les biens et les personnes de tous les chrétiens 
qui s'y étaient enfermés. 

Le surlendemain, le roi chrétien arriva, et avec lui des na- 



p£* Le Mesarat, jardin situé au-dehors de Bab-es-Gheri&, une des portes 

du quartier des Cairoaanides, à Fez, était renommé pour sa fertilité. Il 

^n est fait mention dans le Carfa^, pages Si, Ï3 du texte arabe de l'édi- 
'lon imprimée. 



218 HISTOIRE DBS BBaàfttBS. 

lions entières d'infidèles ; mais la place venait d'être approvi* 
sionnée par la cavalerie musulmane. Dans celle opération; 
l'exemple fut donné par Abou-Haleket par le sultan, qui avaient 
chacun pris en croupe, à Algéciras, un sac de vivres. L'émir mé- 
rinide s'en retourna à celte dernière ville après avoir confié la 
défense de Gibraltar à Yabya«-Ibn*Talha-lbn-Mohalli, l'un des 
vizirs de son père. 

Le quatrième jour après la rentrée d'Àbou-Malek h Algéciras/ 
le roi chrétien en commença le siège. Âbou-Halek sortit alors à 
la tête de ses troupes et occupa une position vis«>à-vis de l'ennemi. 
Le souverain de l'Andalousie, qui était parti avec ses bandes pour 
ravagerle territoire chrétien, revint sur ses pas, ^l'invitation de 
son allié, et se plaça en face de l'armée chrétienne. De cette ma- 
nière, ils obligèrent l'ennemi à se retrancher et Tempéchèrent 
d'attaquer [Gibraltar], ville récemment conquise et mal pourvue 
de troupes et d'armes. 

Le sultan de l'Andalousie se dévoua alors pour le salut des 
musulmans et courut, en devançant tout le monde, vers la tente 
do roi chrétien. Celui-ci vint à pied au-devant de lui et l'accueillit 
la tète découverte, en signe de respect; puis, ayant écouté sa de- 
mande, il consentit & lever le siège de la forteresse. Effectivement, 
quand il reçut en cadeau tous les trésors que le sultan avait au- 
près de lui, il ploya bagage et partit^ L'émir Abou-Malek se mit 
alors à restaurer les forlifications de la place, à y transporter 
des approvisionnements et ë y faire entrer des troupes. 

Le sultan Abou-'l-Hacen eut ainsi le bonheur d'achever une 



* Pour ménager la susceptibilité de ses lecteurs^ Iba^Khaldouo tourne 
cette dernière phrase de manière à leur laisser croire que le sultan 
avait reçu de i'argeci't durci cbrélieo. Voici la (raductioo littérale du 
passage : « et il lui accorda sa demande au sujet du lever de siège, et il 
» lui fit don des (résors qu'il avait auprès de lui, et il s'en alla sur le- 
» champ. 9 La vérité est que le sullan de Grenade se reconnut lo vassal 
du roi de Castille, lui rcmil deux places fortes, avec cinquante mille 
pièces d'or, et promit de lui payer un tribut annuel. 



DYlf ASTIB MfiRIMlDB. — ABOU-'L-UACBN» 2{ 9 

eonquéte qui couronna son règne d'une gloire iin[)éi'issable, el 
il put enfin reprendre son oncien projet et faire le siège do 
Tlemcen. 



PEISB DE TLBMCBlf PAR ABOU-'l-DACBH ; HORT d'aBOU-TACBEFÎH 
BT CaCTB I>B L'BMPIRB ABD'RL-OUADITB. 



Le sultan Abou*'l-Hacen» ayant vaincu son frère et fait dispa- 
raître les suites de la révolte que ce prince avait allumée, pour- 
vut à la sûreté de ses frontières et remporta, par la grâce de 
Dieu et parla bravoure de ses troupes» un grand avantage sur 
Us chrétiens: la ville de Gibraltar tomba en son pouvoir après 
être restée plus d'une vingtaine d'années entre les mains des in- 
fidèles. Dégagé maintenant de toutes ses préoccupations, il 
tourna ses pensées vers un ennemi de longue date, [Abou-Tache- 
ftn], et forma la résolution de marcher sur Tlemcen. 

Vers cette époque, il reçut unie ambassade qui lui apporta, do 
la part d'Abou-Yahya-Abou-Bekr, une lettre de félicitation au 
sujet de la conquête de Gibraltar et la prière de vouloir bien em- 
pdcher Abou-Tacheftn d'insulter les frontières du royaume haf- 
side. Par suite de cette commimication, il envoya des agents à 
b cour de Tlemcen, afin d'obtenir par de vives remontrances 
l'évacuation entière du territoire hafside, la remise de Tedellis 
au sultan Abou-Yahya-Abou-Bekr et la réduction do l'empire 
abd-el-^ouadite à ses anciennes limites*. [D'après son idée, la ré- 
ussite de cette demande] devait montrer combien les autres rois 
redoutaient sa puissance et apprendre k ses propres sujets lo 
respect qui lui était dû. Abou-Tachefîn repoussa ces proposî-* 
tiens avec fierté et y répondit dans des termes nullement mesu- 



' On lit, de plus, dans le texte arabe : toa laou dma-idh (et si âant 
cette année). L'auteur a probablement voulu dire qoe toutes ces opéra- 
tions devaient s'elTectucr avant Texpiration de l'année. 



220 HisToim DB3 bshbêrbs. 

rës. Quelques-uns des esclaves qui étaieut de service pcndaot la 
réception, se permirent d'interpeller la députation delà manière 
la plus inconvenante et d'insulter môme la dignité de celui qui 
l'avait envoyée. 

Abou-'l-Hacen éprouva une violente indignation en appre- 
nant les détails de cette scène et résolut de marcher contre tes 
Abd-el-Ouadites sans perdre un instant. Ayant fait dresser ses 
tentes hors de la Ville-Neuve de Fez, il ordonna à ses vizirs 
d^aller lever des troupes, même jusqu'au fond des provinces ma- 
rocaine,8puis, s'étant dépéché d'équiper son armée, de la passer 
en revue et d'organiser sa cavalerie, il se mit en marche vers le 
milieu de l'an 735 (fév.-mars 4 335), emmenant avec lui nne mul- 
titude de guerriers, tirés de toutes les tribus du Maghreb. En 
passant par Oudjda, il y laissa un corps de troupes pour en faire 
le siège et, s'étant ensuite présenté devant Nedroma, vers la fin 
de Pan 735 (juillet-août 1 335), il l'emporta d'assaut le même jour. 
Toute la garnison- fut passée au fil de l'épée. De le, il marcha, en 
ordre de bataille, jusqu'à Tlemcen dont il commença aussitôt 
rinvestissement. En l'an 736, les troupes qu'il avait laissées 
sous les murs d'Oudjda s'emparèrent de la place et, d'après ses 
ordres, elles en détruisirent les fortifications. 

Pendant que, de tous côtés, on lui expédiait des renforts, il se 
tenait en observation devant Tlemcen, ainsi que le lion guette sa 
proie. Après avoir obtenu la soumission des Maghraoua et des 
Toudjtn, il lança [la plus grande partie de] ses troupes sur les 
contrées voisines. Oran succomba à ses armes ainsi que Honein; 
Hillana, Ténès et Alger subirent ensuite le même sort. Toutes 
ces conquêtes eurent lieu en l'an 736. 

Yahya-Ibn-Houça, qui gouvernait alors la partie orientale du 
royaume abd-el-ouadite, sur la limite du territoire haCside, et 
qui dirigeait te siège de Bougie depuis la défaite de Mouça-ibn« 
Ali, passa alors du côté d'Abou-'l-Hacen. Accueilli avec beaucoup 
de distinction parle sultan, il obtint une position honorable à la 
cour, le rang de vizir et son admission dans la société intime du 
souverain. 

La tâche de soumettre la région orientale du royaume de Tlem- 



DTNASTIK MfilllNIDR. — ABOli-L- UaCEIC. 221 

cen (ui couGée h Yahya-lbo-Soleiman , chef des Beni-Âsker, 
cheikh des Béni- Mcrio, membre du conseiUd'état et gendre du 
soltan. Cet offîcier partit avec ses troupes, drapeaux déployés, 
et soumit tes tribus qui habitaient les plaines de cette contrée ; il 
s'empara de toutes les villes jusqu'à Médéa, inclusivement, et, 
quand il eut établi dans toutes ces localités Taulorité des Méri- 
nidcs, il y leva des troupes et les envoya au camp d'Abou-1- 
Hacen. Ces renforts furent si considérables qu'ils surpassèrent en 
nombre le reste de l'armée 

LbOuanchertch ctlo pays des Hachem toudjtnides reçurentalors 
leurs gouverneurs des Mérinides : Sdd-lbn-Selama*Ibn-Alî fut 
nommé au commandement des Beni-Idiel ten et chargé de veiller à la 
conduite du gouverneur de Taoughzout. Sâd avait abandonné le 
service d'Âbou-Tacheftn antérieurement au départ d'Âbou-'U 
Hacen pour cette expédition : jaloux de la haute faveur dont son 
frère et rival, Mohammed-lbn-Selama, jouissait h la cour de 
Tlemceo, il s'était décidé à passer en Maghreb. 

Le sultan mérinide établit aussi des gouverneurs dans le pays 
du Chelif et dans toutes les autres provinces du Maghreb centrai. 
Il fonda [rebâtît], auprès de Tiemcen, la Yille-Neuve pour lui ser«- 
vir de résidence, ainsi qu'à ses troupes, et il lui donna le nom 
d^El'Mansoura^. Autour de la capitale abd*el-ouadite, vouée 
maintenast à la destruction, il lira une ceinture de murailles et 
un fossé. Derrière le fossé il posa ses catapultes et autres machi- 
nes de guerre, et, sur le bord antérieur, il construisit plusieurs 
tours dont chacune avait en face une des tours de la ville. Du 
haut de ces édifices les archers mérinides lancèrent des traits 
sur les archers abd-el-ouadites et les obligèrent à s'occuperuni- 
quementdeleur propre sûreté, pendant que les assiégeants bfl* 
tissaient d'autres tours plus rapprochées de la ville et assez éle- 
vées poqr en dominer les remparts. De cette manière , ils 
poussèrent en avant leurs ouvrages jusqu'à ce que leurs demie* 
res tours couronnèrent la contrescarpe de la place. Les combat- 



^Ct-devaDl^ pige 113. 



^2i msToiRG \jes berbères. 

(ants se trouvèrcut eiiPin tcllcrncnt rapprochés qu'ils purent se 
battre tlu haut de leurs tours à coups d'épée. Ou fil alors avan- 
cer les catapultes et on les lira sur la ville avec un effet prodi- 
gieux. 

De jour en jour la guerre devenait encore plus acharnée, et 
Tiemcen se trouvait de plus en plus reserré. Chaque matin, le 
suUan faisait le tour de la ville pour voir si ses soldats étaient à 
leurs postes, et, quelquefois, dans ces promenades, il s'éloignait 
de son escorte. Les Âbd-el-Ouadites s'en étant aperçus, crurent 
que, dans une de ces occasions, il leur serait facile de surprendre 
leur ennemi>. Quand ils eurent arrangé leur plan, ils postèrent un 
corps de troupes derrière la parlie de la muraille qui fait face à 
la montagne [des Beni-Ourntd] et, au moment où le sultan faisait 
sa tournée habituelle, ils ouvrirent les portes et lancèrent sur 
lui leurs guerriers les plus braves. Le sultan s'enfuit vers le pen- 
chant de la montagne et il s'engagea dans un terrain tellement 
entrecoupé qu'il était sur le point de mettre pied à terre, lui et 
son compagnon, Arif-lbn-Yahya, émir des Soueid. L'alarme fut 
donnée dans le camp, les deux fils du sultan, Âbou-Abd-er*Rah- 
man et Âbou-Malek, montèrent h cheval ; de tous les côtés, le$ 
cavaliers mérinides se précipitèrent sur leurs pas, forcèrent les 
Abd-el-<Ouadites à reculer, tout en les empêchant de gagner 
leurs points de ralliement, et ils réussirent à les culbuter dans 
les fossés de la ville. Le nombre de gens qui y furent étouffés et 
écrasés dépassa celui des morts qui étaient restés sur le champ 
de bataille. Dans celte journée fatale, les Abd-el-Ouadites per^^ 
dirent Omar-lbn-Othman, chef desHachemtoudjinides, Moham* 
med-Ibn*Selama,chef des Beni-Idieten, et presque tous leurs 
meilleurs guerriers. Les suites de cette catastrophe furent extrê- 
mement fâcheuses pour les assiégés, et, depuis ce moment, la su- 
périorité des Mérinides ne fit qu'accroître. Les Abd«el-Ouadi^ 
les continuèrent néanmoins à sedéfendre, quoique bien convaincus 
que rien ne pourrait les sauver, et ce ne fui que deux ans après, 



Pour fahtélehou lisez fahtébelmi dans le Icxte arabe. 



DYNASTIE MÊniNIDE. — abou-'l^hacbn. ~ 223 

qoo le sultan parvÎDl à s'emparer de lear ville. Tlemcen fui pris 
d'assaut le 27Bainadan 737 {{•' mai 1337). 

Âbou-Tachefln, entouré de ses familiers, s'arrdta devant la 
porte de son palais, et combattit avec la plus grande bravoure ; 
il y vit tomber ses fils Olbman et Masoud, son viiir Mouça-Ibn- 
Ali , eison ami, Abd-eUHack4bn-0lhman, prince mérinide qui 
avait quitté la cour des Hafsides pour venir le joindre. Nous avons 
déjà fait mention de ce dernier et, plus loin, nous raconterons 
son histoire en détail. Il périt avec son fils cl son neveu. Abou- 
Tachofin, affaibli par de nombreuses blessures, fut pris par quel- 
ques cavaliers qui remportèrent avec l'intention de le présenter au 
sultan; mais l'émir Abou-Abd-er-Rahman qui, dans toute la mê- 
lée, s'était montré au premier rang, rencontra ce cortège et, 
comme la rue en était encombrée, il fît trancher la tête au prison- 
nier. Le sultan fut très-mécontent de cet acte, car il espérait 
avoir le plaisir d'insulter son ancien ennemi et de l'accabler de 
reprociies. 

Pour éviter le tumulte ducombat, les habitants se précipitèrent 
en foule vers la porte du kiosque (Bah-Kochouc) et une multi- 
tude d'entre eux y mourut écrasés. La ville fut livrée au pil- 
lage, et beaucoup de familles eurent à souffrir les plus graves at- 
teintes dans leurs biens et dans leurs harems. Les muftis de la 
ville, Abou-Zéid et Abou-Mouça, surnommés les Fils de l'Imam, 
furent invités à se présenter devant le sultan qui, s*étant installé 
dans la grande mosquée avec sa suite, désirait honorer en leurs 
personnes le savoir et les hommes instruits. Ils firent d'abord 
quelques difficultés, mais, ayant fini par obéir, ils comparurent 
dcvantle vainqueur et, dans une allocution solennelle, ils lui dé- 
peignirent les maux de toute espèce qui venaient d'accabler les- 
habitants de U ville. Touché de leurs remontrances, il sortit à 
chevdl et fit cesser le désordre, en ordonnant à ses soldats et à 
ses partisans d'épargner le peuple et Je mettre un terme aux 
actes do violence. La conquête achevée, il rentra au camp de la 
yille-Neuve [d'EUMansoura]. 

Abou-Hohammed-Abd-Allah-lbn-Tafraguto, qui avait été en- 
voyé h la cour mérinide par le sultan halside afîn de renouveler 



9âi HISTOIRE DKS BfiRBblIBS. 

]e traité d'alliance entre les deux nations, assista à la conquête 
de TIemcen et, sur la recommandation d'Abou-1-Hacen, il se 
hâta de partir afin d'annoncer cette nouvelle k son souverain. Il 
voyagea avec tant de rapidité qu^il devança les courriers et des- 
cendit à Tunisie dix-septième jour après la prise de la capi- 
tule abd-el-ouadite. Le sultan Abou-Yahya-Abou-Bekr apprit 
âvec d'autant plus de joie la chute de son ancien ennemi, Abou<- 
Tachefin, qu'il attribua cet événement à ses propres démar- 
ches. 

Le sultan Abou-'l-Hacen se croyant assez vengé par la mort 
du souverain de TIemcen, donna une amnistie aux autres abd- 
el-Ouadites, et les fit tons inscrire sur les rôles de son armée 
avec une solde convenable. Ces nouvelles troupes le suivirent 
sous les drapeaux qu^ils avaient toujours portés, et conservèrent 
leur ancienne orsanisation. Tous les descendants de Ouactn , sa- 
voir, les Bcni-Mertn, les Beni-Abd-el-Ouad et les Toudjtn, se 
virent ainsi réunis ; Ton peut même dire que le sultan avait com- 
biné en une seule nation tous les peuples d'origine zcnatienne. 
H distribua ces guerriers dans les villes du Maghreb, en assi- 
gnant à chaque corps la garde d'une de ses forteresses. Il en 
établit des garnisons dans le fond du Sous, dans le pays des 
Gbomara et dans ses possessions espagnoles. 

Par la conquête de Tiemceo, Abou-'l-Hacen donna une grande 
étendue à son empire ; d*abord, roi des Beni-Mertn, il devint roi 
desZenata, et, après avoir été souverain du Maghreb-el-Acsa, 
il se trouva mattre des deux bords du Détroit. 



L'ftBIE ABOU-ÀSO-BR-EÀHlf AN TOMBÉ BN DISGBACB A BStIdJA, EST 
. MIS A MOET PAE L'OEDEB DE SON PÈEB, LE SOLTAIV. 



Nos lecteurs savent que le sultan Abou-Satd avait engagé les 
Hafsides à prendre part au siège de TIemcen et que son succes- 
seur, Abou-'l-Hacen, s'était avancé jusqu'à Teçala pour y alien** 
dre l'arrivée du sultan Abou-Yahya-Abou-Bekr. Lors de sa se- 



C0ode expédttioD contre cette ville, Abou-'l-Hacen ne demanda 
pas lear coopération. Pendant le blocus de Tiemcen, Abou-Mo- 
hammed-lbn-Tafragatn, le ministre hafside, arrivait au camp, 
de temps en temps, afin de présenter ses hommages au sultan 
et voir comment finirait (a carrière d'Abou-Tacheftn, leur en^ 
Demi commun. Après la prise delà ville, il* avertit secrètement 
Àboa*'UHacen qne le sultan de Tunis se proposait de venir le 
trouver et lai présenter ses félicitations. La perspective d'une 
entrevue qui devait rehausser sa gloire et satisfaire son amour- 
propre, décida le sultan mérinide à se rendre au-devant de son 
îHustre visiteur. 

fin Tan ?3S (4 337-8), il quitta Tiemcen et alla camper dans 
la plaine de Mettdja, pour y attendre Tarrivéedu suUan hafside. 
Ce monarque avait cependant renoncé h son projet, sur les ins^ 
tances de Mohammed-lbn-eUHaktra, son premier ministre et gé<- 
néralen chef, qui lui en avait fait sentir les graves inconvé* 
nients : « Deux sultans ne se sont jamais rencontrés, lui dit-il, 
» sans que l'un ou Vautre n'ait éprouvé, le jour même, un 
» revers de fortune.» 

Abou-'l-Haceo était resté plusieurs mois au lieu de rendez- 
vous qu'Ibn-Tafragutn lui avait assigné quand il tomba malade- 
et se tint enfermé dans sa tente. On fît alors courir dans le camp' 
le bruit de sa mort el, aussitôt, ses fils, Abou*Abd-er-Rahman 
et Abou-Halek, se virent entourés par un tas d'intrigants, véri- 
tables artisans du désordre*. 

Depuis le règne de leur grand-père, Abou-Satd, chacun de ces 
deux émirs avaient travaillé de son côté pour se faire déclarer 
héritier de l'empire. Abou-'l-Hacen, en montant sur la trône, 
leur avait accordé le titre et les priviléges^de l'émtra/, privilèges 



' Le tetxe arabe porte sefirohoma [l'ambassadeur des dsux)^ c'est- 
à-dire TambaRsadeur envoyé par le sultan de Tunis à celui de Tempire 
marocain. 

* Le traducteur a rapporté ici uoc phrase qui, dans le texte arabe, 
•e trouve quelques lignes plus loin. 

T. IT. * <8 



226 niSTOUB dbs bbiibèeis. 

qtti GODSÎsUiBQt en lo droU d'avoir des vizirs et des seerélairo»- 
d'état, d'apposer aux ordonnances le paraphe impérial, d'enr6* 
1er des troupes, d'avoir une bande de cavaliers à sa solde et on 
corps d'armée à ses ordres. Ne se bornant pas h les placer dans 
une position d'où ils pourraient facilement atteindre à l'autorité 
suprême, le suUan leur permit de le remplacer aux séances ron 
yales pour y rendre justice et ponr promulguer des ordonnances; 
aussi, se trouvèrent-ils possédor, chacun d'eux, Taulorité d'ua 
lieutenant-général du royaume* 

Égarés par les gens malintentionnés dont nous avons parlé, 
chacun de ces émirs tâcha de se faire des amis dans l'armée et y 
envoya plusieurs chevaux chargés d'argent. Déjà, deux partis 
s^étaient formés dans le camp, quand l'émir Abou-Abd-er*Bab- 
man céda aux instances de ses vizirs et do ses courtisans, |quî lut 
avaient conseillé de saisir le pouvoir avant que le véritable état 
de son père fût connu dans le public. Les officiers du sultan dé- 
couvrirent ce projet, en firent part à leur maître el le décidèrent 
à se mootrer aux troupes, afin de prouver qu'il n'était pas mort 
ei de prévenir ainsi un mouvement qui pourrait aboutir au dé- 
membrement de Pempire. Étant passé dans le pavillon où il avait 
l'habitude de donner audience» il y vit arriver tous ses guerriers 
qui, ayant su que leur souverain tenait une séance de réception, 
étaient accourus pour lui baiser la main* U fit aussitôt mettre aux 
arrêts les militaires dont il soupçonnait la fidélité, et, après avoir 
dégradé les deux émirs, il leur retira les troupes qu'ils avaient 
dans leurs camps respectifs. Quand il eut ainsiétouffié le feu delà 
sédition ei déjoué les projets des intriguants, il rentra dans a« 
tej[^e. 

Frappés d'effroi et de honte, les deux princes restèreiktdans 
la consternation et l'isolement; tous leurs partisans s'étant em- 
pressés de les abandonner. Abou-Abd-er-Rahman suriout en fut 
profondément affecté : ne pouvant vaincre ses appréhensions, 
il s'évada du camp, pendant la nuit, et, le lendemain, il arriva 
chez les Aulad-Zoghli, émirs des Arabes zoghbiens qui habitaieoi 
la» plaine du Hamza. Arrêté sur-le-champ par l'émir Houça-Iba- 
Abi-'l-Fadl, il fut ramené à son père qui Penvoya dans la prison 



VTlfASTIl lltElXlIDI. — ABOU-*L-HACBlf. 327 

^'Oodjda. En l'an 742 (1331-2)^ ee malbeureax trompa la sur- 
veillance des servitears que le saltan avait préposés à sa garde 
eltoale geôlier [en essayant de s'échapper]. A celle nouvelle 
le sultan Git partir son chambellan, AllaUlbn-Mohaoïmed, avec 
l'ordre de lui 6ter la vie. Zian-lbn*Onar-eI-Outaci , vizir de cet 
émir tafortuaé, alla se mettre sous la protection des Bafai- 
des. 

Leleudeoiain de la fuite d'Abou-Abd-er*Rabmaa, le suhaa 
pardonna à Témir Abou-Malek, Tenvoya en Espagne pour y pren* 
dre le coramandemeot des possessions raérinide^ et revint loî- 
nérne è Tlemceo^ 



UÉVOLTir D'iSR-olDOlJa, IHTOSTSVII t^OI SB DOlfllA POVK l'zurt 

▲BOU-ABD-EI^-RAHHAK. 



LorsdeVarrestation d^Abou-Abd-er-Rahman, ses domesliqaes 
et ses serviteurs prirent la fuite en se dispersant de divers côtés^ 
et le nommé Ibn-HIdour, boucher employé dans la cuisine de 
«et émir, auquel il ressemblait beaucoup, s^échappa à tous lesre« 
gards, et passa chec les Béni- Amer. Cette tribu zoghbienne était 
alors eu pleine révolte parce que le sultan et sou père avaient 
accordé leur amitié à Artf-lbn-Yahya, émir des Soueid , tribu 
toujours en hostilité avec les Beni-Amer. 

La faveur dont jouissait ArtC avait commencé à l'époque où il 
abandonna Abou-Tachefin pour se joindre aux Mérinides. Les 
Beai-Amer montrèrent alors leur esprit d'insubordination et se 
jetèrent dans lo Désert sous la conduite de leur chef, Sogheir-lbn- 
Amer et de ses frères. Ouenzemmar-tbn«Artf , eommand«bt de tous 
les peuples nomades de l'empire, reçut du sultan Tordre de mar* 
«her contre eux, et, s'élant mis à la tète des troupes qu^il avait 
rassemblées, il les poursuivit avec tant d'acharnement qu'il réusr- 
sit plusieurs fois à leur infliger un châtiment sévère. 

Le boucher dont nous venons de parler étant arrivé chez les 



228 niSTOlRB BKS BERBfiKBS. 

Beni-AmcrS se donna pour l'émir Abou-Âbd-cr-Rahman, et, fe* 
ayant trompés par sa ressemblance avec ce prince, il les décida 
h lui prêter le serment de fidélité et à pénétrer avec loi dans le 
territoire de Médéa. Modjahed, client da sutlan et commandant 
de cette place forte, sortit pour leur livrer bataille , mais 
ses troupes furent mises en déroute et il dut prendre la fuite 
avec elles. Ouenzemmar réunit alors un corps d'armée pour 
combattre les insurgés, et, ceux-ci, en ayant été avertis, sor- 
tirent de la province de Médéa et se dispersèrent en déclarant 
k leur protégé qu'ils ne pouvaient plus le soutenir. 

L'imposteur se réfugia alors au milieu des Beni-lraten*, peu- 
plade zouaouienne, et obtint l'appui de Chiroci, femme qui exer- 
çait le commandement de cette tribu. D'après les instructions de 
leur maîtresse, les Béni- Abd-es-Samed, famille des Irateo, re- 
connurent' l'autorité du prétendant. Bien tôt le bruit se répandit 
que l'émir Abou-Abd-er-Rahman avait reparu. Les uns y ajou* 
tèrent foi, les autres le traitaient de mensonge ; les Iraten eux- 
mêmes finirent par découvrir que leur protégé les avait gros* 
sièrement trompés. 

Repoussé par cette iribu, Ibn-Htdour alla trouver les Doua- 
ottida, émirs des Biah, et s'étant arrêté cher leur chef, Yacoub- 
Ibn-Ali, il lui fit accroire qu'il était le fils du sultan et le décida h 
lui accorder sa protection. Le sultan bafside.Abou- Yabya-Abou- 
Bekr, auquel le sultan Abou-'I-Hacen avait envoyé Ides rensei- 
gnements au sujet de cet aventurier, s'adressa à Zfan-Ibn-Omar, 
ancien vizir d'Abou-Abd-er-Rahman e^ alors réfugié h la cour 
de Tunis, et lui ordonna d'aller voir Yacoub-lbn-Ali et de lui 



* Le texte arabe porte de plus : qui s'étaient révoltés contre son père, 
le sultan Abou-'l-Hacen. Comme ce fait a déjà éié indiqué, le traduc* 
teur a cru joutite de le menlionner Ici . Plusieurs répétitions semblables^ 
qui se présentent dans le texte de l'ouvrage, ne paraissent pas dans 
la traduction . 

sVov. tomei, pageiS*/. 

s Dans le texte arabe, il faut lire au passif le verbe hml. 



dévoilar l'imposture. Qaand Yacoub apprit toate la perversité 
de son h6te, il le conduisit à Ceuta, avec ses affidés, et les livra 
au sultan mérinide. Par l'ordre de ce menai que on coupa au pri- 
sonnier une main et un pied des côtés opposés, et on lui accorda, 
ensuite une pension pour son entretien. Dès-lors, Ibn-Hidour 
continua à habiter le Maghreb et il y mourut en l'an 768 
(1366-7). 



l'bhii âbou'Malsk mbuht un combattant lis cbhbtibrs* 



Après s'être débarrassé de son ennemi [le souverain de Tlem« 
oen], Abou«'l-Hacen termina prompleraent les a&ires qui sur* 
▼lurent après la victoire, et, pour satisfaire ii une passion domi- 
nante chez lui, il résolut d'entreprendre une guerre sainte. De- 
puis le règne de TooçoMbn-Tacoub, les Mërinides eurent tant 
à faire chez eux qu'ils donnèrent aux chrétiens l'occasion d'obte* 
nir la supériorité sur les musulmans de TAndalousie. Ainsi, le roi 
[de Castille] leur enleva plusieurs forteresses, et s'empara de6i« 
brallar[en709| — 1309); puis, il assiégea le sultan Abou-'l-OuélId 
dans la capitale de l'empire grenadin, l'obligea à payer lacapita* 
tion et se disposa à soumettre tous les vrais croyants qui habi- 
taient l'Espagne. 

Le sultan Abou-'l-Hacen, ayant en6n vaincu ses ennemis et 
agrandi son royaume, prit la résolution de faire la guerre aux 
infidèles et, en l'an 74(r(t 339-40), il en avertit son fils, Abou- 
Malek, qui commandait alors les forteresses mërinides de l'Espa- 
gne, et lui envoya l'ordre d'envahir le territoire do Tennomi. il 
lui expédia,enmâme temps, de la capitale, un corps de renforts 
et plusieurs vizirs. Abou-Malek, pénétra, h la tdto d'une armée 
nombreuse, dans les étals du roi chrétien et y répandit la dévas- 
tation; ensuite il revint avec les prisonniers et le buifu jusqu'il 
la frontière et y dressa son camp. Les officiers sous ses ordres 
apprirent que les chrétiens avaient réuni leurs forces et s'a- 
vançaient rapidement; aussi, lui conseillàrent-ils d'évacuer lo 



t30 HISTOIM DBS BBHBllKS. 

territoire derenoen», de rentrer dans celui des musulTnans eir 
traversant la rivière qui les séparait, et d'abriter ses troupes dans 
les villes appartenant au s vrais croyants. Trop fier pour reculer 
«i trop jeune pour avoir rexpéricnce nécessaire dans la conduite 
d^ne guerre, ce prince, aussi enlétéque brave, résolut de bi-' 
vaquer dans la position où il se trouvait. Il en résulta que les Mé- 
rinides, surpris dans leur camp par l'arnoée chrétienne, s^éveti-» 
lèreut en sursaut et, avant de pouvoir quitter leurs tentes et nran- 
ter à cheval, ils forent presque tous taillés en pièces. L'émir 

Abou-Malek lui-même tomba mortellement blessé an moment où 
il allait se mettre en selle. Les chrétiens s'emparèrent de toutes 
les richesses que le camp renfermait et s'en retournèrent d^ns 
leur pays. 

Le sult&n apprit avec douleur la mort de son (ils, mais il trou- 
va une consolation dans la pensée que ce jeune homme avait suc- 
combé en combattant pour la foi et qu'il obtiendrait de Dieu une 
ample récompense. Alors, sans perdre de temps, il lit passer une 
autre armée en Espagne etéqnipa une flotte pour combattre le» 
infidèles. 



LA FLOTTE UCSULMARE RBMf>ORTB UNE YICTOIRV SUR C;ELLB DC8 
CHRÉTIENS. MORT DE l'aUULBUD. 



Quand le sultan apprit la mort de son fils, il envoya ses viiirB 
dans les villes maritimes afin de présider h l'équipement de ses 
vaisseaux de guerre. H ouvrit en môme temps le bureau de solde 
etd'enrfriements ; puis, ayant passé ses troupes enrevne, il pour- 
vut h tous leurs besoins, appela aux armes les diverses popula- 
tions du Maghreb et partit pour Geuta avec l'intention de sur- 
veiller en personne les préparatifs de cette nouvelle expédition. 
Les chrétiens, do leur côté, se disposèrent à faire une. vigou- 
reuse résistance, et )eur roi envoya une flotte dans le Détroit afin 
d*en empêcher le passage. 

Pendant que le souverain mérinide pressait l'armement des 



DYNA8TIB ■ftHlHIDI. — ABOD-^t-HACSK. 834 

navires qui se trouvaient dans ses ports, les Hafsides lui expé- 
dièrent, sur sa demande, la (lotte de l'IfrtkYa, composée de seixe 
bâtiments et commandée par Zeid-Ibn-Perhoun, chef de la ma- 
rine de Bougie. Cette escadre, dont les navires avaient été four- 
nis par les ports de l'Ifrlkïa, tels que Tripoli, Cabes, Djerba, 
Tunis, Bône et Bougie, vint mouiller à Ceuta. La flotte des deux 
Maghrebs, au nombre d'uno centaine de navires, s^y rassembla 
aussi. 

Lo sultan ayant comploté l'équipement de son armée navale, 
en donna le commandement b Mohammed>Ibn-Ali*el-Âzefi, le 
même qui gouvernait h Ceula, lors de la prise de celte ville, et 

lui ordonna d'attaquer les chrétiens dans le Détroit. Les musul- 
mans endossèrent leurs cottes démailles, saisirent leurs armes et 
se portèrent à la rencontre de Tennemi. Dès deux cAtés, Ton s'ar- 
rêta pendant quelques minutes ; pois Pon s'avança pour accro- 
cher les navires de l'adversaire et commencer le combat. Dana 
moins de temps qu'il n'en aurait fallu pour dire deux mots*, la 
victoire se déclara pour les vrais croyants qui, s'étaot élancés à 
l'abordage, massacrèrent les équipages à coups de pique, à coups 
d'épée et jetèrent les cadavres à la mer. Almilend*, caïd des cbré- 
tiens, fut tué dans celte bataille. On prit à la remorque les navi- 
res enlevés à l'ennemi et on les conduisit à Ceula, où une foule 
de monde s'était rassemblée pour voir ce beau spectacle. On porta 
ensuite en triomphée travers tous les quartiers de la ville un 
grand nombre de tètes que Ton avait coupées aux chrétiens, et on 
enchaîna les prisonniers dans l'arsenal. 

A la suite de cette victoire, le sultan tint une grande séance 
afin de recevoir les compliments de son peuple et d'entendre les 
poètes célébrer h Tenvi cette glorieuse journée. 



1 II m I m n ». 



' A la lettre : il n'y avait qne comme non et non, Voy. sur le sens 
de celle expression le commcotaire de Hartri, deM« deSacy, page J^^ 

* Don Alfonse Géofroi do Téooiio, Amirantêde Caslille. 



2^3 mSTOiRE DES BIRVftBIf . 



PBFAITE DES MUSULMANS SOUS L£g MURS hK TAllFJ». 



Après avoir défait la flotte chrélienoe et ouvert le Détroit, kr 
sultan se mit à faire transporter en Espagne les guerriers cpi'U 
avait pris à sa solde, pendant que la flotte musulmane se rangeai! 
sur une seule ligne , d'un continent è Tautre. Quand tonte l'ar- 
mée eut traversé le Détroit, Abou-U-Hàcen la suivît avec ses fa- 
miliers et ses domestiques, et, vers la Hn de l'an 740 (juin (340), 
il débarqua dans le voisinage de Tarifa. Ayant fait camper se» 
troupes dans les environs de la place, il commença tes opéra- 
tions du sîége et [bientôt après] il reçut le secours d'une puis* 
santé armée commandée par le sultan de l'Andalousie, Abou-'f- 
Haddjadj, fils du sultan Abou-'l-Ouélîd. Ces renforts, composés 
de troupes zenatienncs, des garnisons tirées des places frontières 
et de gens de la campagne, prirent position en face de l'armée 
mérinide et complétèrent ainsi l'investissement de Tarifa. 

Pendant que les assiégeants employaient contre la ville toutes 
les ressources de l'art militaire et qu'ils dressaient tears machi- 
nes pour l'attaque, une nouvelle flotte, équipée par te roi chré- 
tien, entra dans le Détroit et empêcha Uarrivée des convois qui 
devaient alimenter Tàrméo musulmane. On persista néanmoins 
h presser le siège, malgré la disette de vivres et de fourrages, 
malgré l'aflaiblissement des bétes de somme et la misère qui ré- 
gnait dans le camp. 

• Le roi [de Ce stille] se mit alors à la tête des peuples chrétiens 
et, quand il eut opéré sa jonction avec l'armée d'El-Bortugal*, sei- 
gneur d'Ichbona* et de l'Andalousie occidentale, il marcha contre 
les vrais croyants qui avaient déjà passé six mois sous les murs 
delà place. S'étant rapproché de leur camp, il profita d'une nnit 



I Don Alfonse IV, roi de Portugal. 
* Jchbona, le nom arabe de Lisbonne. 



BTITASTII HftBUflM.— AM>V**L- BACUI. t33 

obscure pour faire passer dans Tarifa un délachemeni de son ar- 
mée. Les troupes masolcnanesqu'onavait chargées de veiller aux 
mouvements deTenoemine s'aperçurent de rien qu'au point du 
jour, et, s'étant alors précipitées sur Tarrière-garde de la colon* 
ne chrétienne avant qu'elle f6t entrée dans la ville, elles en tuè- 
rent une partie. Craignant ensuite la colère du sultan, elles lui 
cachèrent la vérité et l'assurèrent que rien n'avait pénétré dans 
la forteresse, excepté la petite troupe qu'elle venait d'attaquer. 
Au lendemain, l'armée du roi chrétien s'avança, et le sultan dis- 
posa la sienne en ordre de bataille. Aussitôt que le combat fut 
bien engagé, la colonne qui s'était introduite dans Tarifa et qui 
s'y tenait cachée, fit une sortie contre le camp, en se dirigeant 
vers les tentes du sultan. Elle tailla en pièces les soldats qui s'y 
tenaient de garde et qui avaient tâché de la repousser k coups 
de flèche : toutes les femmes qui essayèrent de résister forent 
tuées; celles du sultan furent massacrées et dépouillées. Tel fut 
le triste sort d'Âïcha , cousine du sultan et fille d'Abou«Yahya* 
Ibn-Yacoub, ainsi que de Fatema, fille d'Abou-Yabya-Abou- 
Bekr, souverain de l'ifrtkïa*. Les troupes musulmanes, s'étaat 
aperçues de ce qui se passait derrière elles, et voyant que leur 
camp était déjà en feu , perdirent leur ordre de bataille et pri- 
rent la fuite. Déjè, un fils du sultan* s'était jeté au milieu 
de l'armée ennemie, à la tête de ses gens, et y avait été 
fait prisonnier. Le sultan lui-même tourna le dos et alla rejoin- 
dre le corps de l'armée musulmane. Dans cette malheureuse jour- 
née beaucoup de nos guerriers trouvèrent la mort. 

Le roi chrétien étant entré dans le camp, s'arrêta auprès de la 
tentedu sultan et exprima le plus vif mécontentement de ce qu'on 



I « Fatime, fille do roi de Tunis, et première femme d*All>oacen 
» (il6eu-'/-Jïi(icea), fut tuée dan« une tente sans être connue. On fit 
9 prisonnière une de ses sœurs et trois autres femmes d*Alboaoen.»— 
{Ferreras.) 

*ll se nommait Abamar {Abou-Amer) , selon Ferreras. 



S3i HISTOIHl DBS miBllBB. 

y avftii massacré les femmes et les eofanls. Ay Bat main ieMOi at- 
teint le bat de son expédition, il s'en retourna dans son pays, ei 
le souverain de Grenade parvint k rentrer dans sa capitale. Le 
sallan niérinidese réfugia dans Algéclras, d*oii il se rendit k Gi- 
braltar et, la même nuit, il s'y embarqua pourCeuta. 

En soumettant les vrais croyants h cette double épreuve, Dieu 
leur réserva une ample indemnité dans l'autre monde et leur 
laissa Tespoir de triompher à leur tour. 



LB BOr CHRËTnSN BKtkTE BL-CALA AU SULTAN DB GBBIIADB BT 

BÉDUrr ALGtCniAS. 



Le roi chrétien étant rentré dans son pays, après la bataille de 
Tarifa, attaqua de nouveau les musulmans de l'Andalousie, dans 
Tespoir de les vaincre sans diflicuUé. Ayant rassemblé les trou- 
pes de la chrétienté, il mit le siège devant Galâ-Beni-Satd * for- 
teresse delà province de Grenade, à une journée de marche de la 
capitale. Par l'emploi de ses machines de guerre et d\ine foule 
d^ouvriers, il réduisit celle place & la dernière extrémité et mit 
la garnison dans la nécessité de se rendre à discrétion, pour ne 
pas mourir de soif. En Tan 742 (1341-2), la Cala succomba ; 
Dieuayant voulu convertir en amertume tout le bonheur des mu- 
sulmans. Cette conquête achevée, le vainqueur repartit pour son 
pays. 

Quant au sultan Abou-'l-Hacen, il alla débarquer à Geata afin 
de préparer une nouvelle expédilîon et de prendre ainsi sa re- 
vanche. Pendant que ses agents parcouraient les villes du Ma- 
ghreb pour y lever des troupes, ses eaids visitaient les ports de 
mer et pressaient l'armement d'une nouvelle flotte. Dans peu de 



1 Al;ala la Real, ëUuéeà une journée de œarche au N. 0. de Gre- 
nade. 



temps OD équipa «n nombre considérable de navires, et le sufUati 
revint^ à Ceula i^oiir les inspecter et pour faire traosporter son 
armée eo Espagne. Le vizir Asker-Ibo-Tahadrlt fut nommé général 
9n chef, et son parent» le vizir Mohammed -Ibn-et*Abbds-Ibn-Ta- 
hadrtl^futdéclaré gouverneur d'Algéciras. Quand cette armée eut 
passé le Détroit, le sultan lui envoya un renfort commandé par 
Mouça^IbQ^IbrahJm^-eMrntani, officier qui rempliamt k la coor 
les fonctions de vizir. 

I^e roi chrétien eut oonnaissanco de ces préparatifs et envoya 
sa flotte dans le Détroit pour combattre celle des musulmans. 
Dans cette rencMiire, Dieu mit encore les vrais croyants è une 
sévère épreuve : sn grand nombre d'eotreenx trouva le martyre 
et leschrétiens demeurèrent mattres de la mer. Alors, le roi quitta 
Séville, k la télé d'mie armée immense et marcha snr Algéciras 
dans l'ospoir de lui faire subir le sort de Tarifa et de Tincorpo* 
rer dans ses états. Secondé par une foule d'ingénieurs et d*ou« 
vriers, il mit le siège devant ce port de passage, ce point d'abor* 
dage pour les navires musulmans; il le tint bloqué pendant si 
longtemps que son armée Gnit par se construire des maisons en 
}kns» 

Abou-*l-Haddjadj, sultan de Grenade, se porta avec l^armée an* 
dalousienne en avant de Gibraltar, afin de couvrir cette place im- 
portante. Abou-'l-Hacen se tint dans Ceuta d'où il fait^ail passer 
en Espagne de Targent, des grains et des cavaliers, à U faveur 
de la nuit, toutes les fois qu'il pouvait tromper la vigilance de la 
flotte ennemie. Ses efforts furent inutiles : la ville, serrée de 
près et en proie à Ic^ famine, devait succomber. Abou-4-Baddjadj 
fît alors une tentative pour obtenir la paix : il fit partir uo agent 
muni d'un sauf-conduit du roi et chargé d'aller trouver le sultan 
et l'entretenir à ce sujet ; mais son navire fut perfidement attaqué 
par plusieurs vaisseaux chrétiens que le roi avait envoyés* 



Probablement de Fez. 



* Ce navire ou galère aurait été enlevé par Tamiral de la flotte chré- 
tienne si le roi Don Alphonse n'eût donné des ordres formellement con« 



S36 ■IftTOIM DU BIMÈUf. 

pour hnteroepté^. CeDefaiqa'apràsavoirsoalenu UDrudecom» 
bai et éprouvé des angoisses mortelles qae les masnlmans par- 
vioreot k regagner le rivage. 

Les troapes mérînides enfermées dans Àlgéciras furent enfin^ 
rédaitesk une telle extrémité qu*elles offrirent d*évacoerla plaee 
moyennant une honorable capitalation. Le roi accepta les condi- 
tions, les remplit fidèlement et renvoya la garnison en Maghreb. 
Algéciras succomba en Tan 743 (1 342-3). * 

Le sultan accueillit ces guerriers avec une bonté qui leur fit 
oublier les maux qu'ils avaient soufferts, et leur distribua tant de 
robes d'honneur, de montures et de gratifications que tout le 
monde en fut émerveiHé ; mais il fit emprisonner le vixir Asker* 
Ibn-Tahadrlt pour le punir de n'avoir pas repoussé l'ennemi; 
ce qui lui aurait été tràs«- possible avec les troupes qu'il avait à 
sa disposition. 

Rentré dans sa capitale, Abou*'l-Hacen demeura profondé- 
ment convaincu que la cause de Dieu finirait par triompher et 
que le Tout-Puissant remplirait sa promesse, en accordant aux 
musulmans un retour de fortune^ et à la religion un proébaio 
triomphe ; cor Dieu complétera la manifeetaiian de sa lumtàre, 
malgré les tnfidiles * . 

U8 PILS D'aBOU-'L-OLà SI BBlTOBiCT àDPBAS DO SULTAN BT 
OBTBNHBirr LBUB GBACB PaB SCITB DB L^INTBBCBSSIOlf DO SOU- 

YBBAllf UAFSIDB. 

Othman-*lbn-Abi-'l-01A, prince mérinide descendu d'Abd-el- 



trafres. Malgré la défense du roi, ajoute Ferreras, un oevea de l'Ami- 
raote, appelé Valeotin, sacrifiant à sa cupidité l'honneur du prince, 
attaqua avec furie la galère, mais celle-ei se défendit vigoureusement 
et parvint A joindre la flotte musulmane. Valootio s'enfuit pour éviter 
le Juste chÀlimentaaqntlil devait s'attendre de la part du roi. 

^Corariy sourate 6t, verset 8. Dana le texte arabe d'Ibn-Rhaldoun 
il faut lire el-kQ/iroun. 



DTKASTIt XtRlRlM.— ABOC-VhACIK. {37 

Baok, ëiaiichef des Volontaires de la foi, corps teoato-berbere 
qoî servait dansl'Aodaioasie. Il s*y était acqais ooe haute renom- 
mée en défendant les frontières contre les chrétiens, en faisant 
des Gonrsea dans le territoire de Pennemi et en partageant avec 
le sultan de Grenade la gloire et les dangers de la guerre sainte. 
On trouvera le détail de ses exploits dans la notice que nous avons 
rintention de lui consacrer. 

Quand les Andalousiens appelèrent Abou-Satd à leur secours 
ce monarque répondit par un refus, en prétextant qu'Oth- 
man*lbn-Abi-'l-Olft tenait chez eux une position trop élevée ; il 
offrit cependant de^leur venir en aide pourvu qu*on loi livrât ce 
chef jusqu'à la fin de la campagne. Cette condition ne fut pasae* 
oeptée. 

Après la mort^d'Othman, ses fils reconnurent pour chef leur 
frère atné, Abon-Thabet*Amer, et continuèrent à faire la guerre 
aux chrétiens* Soutenus par de nombreux enfants et par une 
foule de clients, ils formèrent un parti compact qui domina la 
sultan et ne lui laissa que l'ombre du pouvoir. Ce fut Ik un de* 
motifs qui portèrent le souverain de Grenade à faire sa visite au 
sultan Abou-'l-Hacen. Les fils d'[Othman-]lbn-Abi-'l-Olftjugè« 
rent que cette démarche ne leur présageait rien de bon ; aussi, 
quand ils reçurent de leur sultan l'ordre d'assister au siège de 
Gibraltar, ils s'y rendirent k contre-c(Bur. 

Après la reprise de cette ville par les musulmans, le sultan da 
Grenade réussit, par ses sollicitations, h obtenir la retraite du roi 
chrétien et se disposa à partir pour la capitale. Les Beni-Abi-'l^ 
Ole, prirent alors la résolution de l'assassiner en route et, s'étant 
adressés secrètement aux esclaves chrétiens qu*il avait à son ser- 
vice, ils les firent entrer dans le complot. Ces gens 4è y consentirent 
avec d'autant plus d'empressement qu'ils nourrissaient depuis 
longtemps une haine profonde contre leur mettre, dont la hatt«> 
teur et la sévérité leur étaient devenues insupportables. Le sultan* 
averti du danger, avait fait ordonner h un navire de s'approcher 
de la c6te pour le prendre k bord, [qUMud il serait en route], 
mais, au moment où il descendait vers le rivage, les conjurés 
se hftièreot d'exécuter leur projet avant qu'il ne fAt trop tard. 



£38 ■WTOIRB DES BBUkRBft. 

Ils attdgnireiU.ce'malheQreax prince en deçà de la CorteUdase 
d'Esiepoôa et lui reprochèrent dmèreiuent sa cooduite envers 
eux ; à ses excuses, ils répondirent par des insultes ; puis , 
voulant se donner un prétexte pour le frapper , ils laèrea^ 
devant lui son client , Acem, aduninistratevr du bureau dé 
solde. Ayant ainsi fait éclater ISndignation du aultao , ils 
y répondirent en le criblant de coups de lance. Rentrés aussi- 
tôt au camp, ils dirent aux esclaves, leurs complices, défaire 
venir Abou-'UHadJjadj-Youçof-lbD-Abi-'l-Oaéltdy frère de leur 
victime, et^ d'an commun accord, ils lui prétèrenl le serment de 
fidélité. Le nouveau sultan ordonna à son caïd, Ibn-Aizoua, de 
partir sur le champ et de prendre possession de la capitale. 

Etabli sur le. trône, Abou-'!-Haddjadj se laissa gouverocar par 
aoQ chambellaii Ridouan, mais il conserva toujours aa fond du 
eo^r une haine profonde contre les Beni*Abi-1-0lâ, assassins de 
son frère. Aussi^ qiiand le sultan Abon-'l'^Hacen, voulant entrer 
prendre une guerre sainte, envoya dans ses possessions espagno-» 
les un corps de troupes sous les ordres de son fils Abou-Malek, '^ 

les ministres andalousiens accueillirent avec empressement l'in- 
vitation secrète que ce monarque leur adressa au sujet de ces 
princes, invitation que son père, le suUan Aboo-Sald, leur avait 
délh faite. Tous les membres de cette famille turbulente furent 
arrêtés par l'ordre d'Abou-4-Haddjadj et déportés h Tunis où le 
sultan Abou-Yabya-Abou-Bekr les fit emprisonner sur la deman- 
de du sultan Aboo-'UHacen. Quelque temps après, Meimoun-Ibn^ 
Bekroun, clief des huissiers de la cour mérinide , vint, par Tor- 
dre de son souverain, afin de les conduire tous h FaJs« Abou-Yah- 
ya se crut engagé par l'honneur à ne pas les livrer et repoussa la 
demande d'ÂboU-'l-Hacen; mais, ensuite, il consentit à les lais- 
ser emmener, sur les représentations de son vixif, Abou*Hoham* 
med-Ibra^Tafragnin, qui lui fit entendre que les intentions du 
souverain mérinide n'étaient paa aussi mauvaises qu'on pourmt 
le croire, et qu'il mettrait ce poissant monarque sous une obli^-^ 
tion en les lui envoyant, lient toutefois la précwilion d'écrire à 
Aboo^'I^Hacen une lettre dans laquelle il nteiroédait peureux de^ 
1» manière I^ pk» pressante ; déraordie conseillée aussi par le 



t 

II 



DTNàSTU VâmUlOB. — ABOD-'^r-HACIN. t39 

tirir, dans la conviction qn'uae telle priàro, de la part de son 
mattre, ne serait pas repoussée. En Tan 742 (1341-3), les pros« 
crils furent conduits par Ibn-Bekroun en la présence d'Âbou^*!- 
Hacen^ qui était revenu de son expédition contre les chrétiens» 
et, grâce à la lettre de leur protecteur, ils y trouvèrent l'accueil 
le plus amical et le plus honorable. Des logements au camp^ 
de beaux chevaur richement harnachés, de belles tentes, «des faa« 
bits magnifiques, de l'urgent, telles furent les marques de bicn<< 
veillanco que lo sultan leur accorda, sans compter l^honneur 
d'être admis à son service avec la solde d« première classe. 

Plus^ tard, quand Abou-'l*Hacen se rendit h Geuta afin de se- 
courir la ville d' Algéciras, il prêta roreille à certains délateurs 
qui accusaient les Beoi-Abi-'l-Olâ de vouloir s'emparer du trAne 
avec Taide d'une foule de gens malintentionnés, et, sur cette ae* 
ousaiion, il les fit enfermer dans la prison de Méquinei. A l'ar^ 
nemeotde son fils, Abou^Einan, ils recouvrèrent la liberté, ainei 
que nous le raconterons plus loin. 



AlOU^LoBACUt BSVOrr BN OBIEIIT DBS CADEAlX MAGfllPfQCJBS. — IL 

FAIT FOBTBB A lA HCCQOB , A MÊDINB BT A iftRCSALBM DBS 

BXBM>tAlRB8 DU COTan BCBITS DE SA HAIM. 



Toujours fidèle aux usages de ses aïeux, le sultan Aliou-1-» 
Haccn profitait de toutes les occasions pour cultiver Tamilié des 
rois de l'Orient et, animé par la piété la plus sincère, il témoi-* 
gnait constamment une profonde vénération pour les lieux saints. 
Aussi, quand il eut efTectué la conquête de Tiemoen, réduit- \ù 
Maghreb central et soumis à son autorité une multitude des peu- 
ples, il se laissa emporter sur les ailes d'un noble orgueil et, dans 
une lettre qu'il fit porter è El-Mélek-en-Nacer-Mobammed-lbn- 
Galaoun, roi de l'Egypte et de la Syrie, il lui annonça le triom- 
phe de ses armes et l'opplanissement des obstacles qui avaient 
empêché les pèlerins du Maghreb de se rendre àla Mecque. Pares- 
Ibn-Meîmoun-lbn-Ouedrar, qui porta cette dépêche en Egypte, 



240 «STOIItl ht% iBRBtaKS. 

revint avec une nSpoose destinée à consolider la bonne intetli-' 
géncequi avait toojonrs régné entre les deoz coars. 

Le sultan forma alors le projet d'écrire de sa propre main un 
bel exemplaire du livre saint et d'en faire cadeau au temple de la 
MecquOf afin de mériter, par cette offrande, la faveur divine. Sa 
tâche accomplie, il fil appeler des relieurs pour dorer et orner le 
volume, des lecteurs coraniques pour en corriger et ponctuer le 
texte. La couverture de celivre était formée de morceaux d'ébè- 
se, d'ivoire et de bois de sandal, travaillés avec un art admira- 
ble ] elle était garnie de lames d'or, de perles et de rubis. Les 
étais étaient en cuir solidement travaillés et garnis de filets d'or. 
On enferma le tout dans des enveloppes de soie et de satin, re- 
couvertes de plusieurs autres en toile de lin. Le sultan retira 
alors de son trésor une forte somme d'argent destiné à l'achat de 
plusieurs terres en Orient, dont le revenu devait être consacré 
h la rétribution d'un certain nomiuw de lecteurs qui se servi* 
raient de ce livre. 

Il chargea alors son favori, Artf-lbn^Yahya, émir des Zoghba 
et grand oflicier de l'empire, d'une mission à la cour d'El*Mé- 
lekren-Nacer et le fil accompagner par AtYa-lbn-MohelheMbD» 
Yahya, chef de sea parents maternels, par le secrétaire Abou- 
*l-Padl-lbn-Mohammed-lbn-Abi-Medyenet par Obbou-Ibn-Ca- 
cem-el*Miiouar, chef des huissiers de la cour.\Le présent qu'ils 
devaient offrir au monarque égyptien était tellement magnifique, 
que longtemps après, on en parlait avec admiration. J'ai lu la 
liste des objets dont il se composait, liste écrite de la main du 
secrétaire Abou-'l-FadI, mais j'en ai oublié le contenu, bien que 
jereusappris par cœur. Un des intendants du palais m'a cepen- 
dant dit qu'il y avait : 

Cinq cents chevaux de race dont les selles étaient 
brodées en or et en argent et dont les brides 
[avaient des mors, les uns] en or pur, les autres 
plaqués ou dorés ; 
Cinq cents ballots d'objets fabriqués en Maghreb, 
tels que meubles, armes, beaux tissus de laine, 
habits, robes, borne us, turbans, izanh raies, 






•THÀSTIB MtanriDV.— AB0U->*L-H1CBH. 241 

isars* unis» étoffes de soie à couleurs et brochées 
en or, étoffes de soie unies, étoffes de soie bro- 
dées ; 
Plusieurs boucliers tirés des régions du Désert et 
enduits de ce famenx vernis qui les rend si so- 
lides; on les appelle lamtiens, du nom de Pani- 
mal* dont la peau sert à leur fabrication ; plu- 
sieurs de ces objets d^ameublement que l'on fa- 
brique en Maghreb et qui sont trè&-recherchés 
en Orient; déplus, une mesure de perles et de 
rubis. 
Une des veuves d'Abou«Sa!d ayant demandé h se mettre 
en roule avec la caravane afin de visiter la Mecque, le sultan lui 
en donna Taulorisation, et la confia aux soins de son ambassa- 
deur. Quand elle allait partir, il la combla d'honneurs cl, dans 
sa lettre, il pria te sultan égyptien de lui accorder sa haute 
protection. 

L'ambassade quitta Tlemcen et porta la lettre et les cadeaux h 
leur destination. Elle entra au Caire au milieu d'une foule im- 
mense et, longtemps après, on parla encore de la magnificence 
qu'elle déploya. ËI-Malek-en-Nacer fut très-sensible à un tel té- 
moignage d'égards provenant du sultan de Maghreb; il accueillit 
les envoyés avec des honneurs extraordinaires, et quand ils par- 
tirent pour accomplir le pèlerinage et déposer le livre sacré dans 
le temple, les bontés de ce monarque ne cessèrent de les suivre. 
Alors il fit apprêter un riche cadeau pour le sultan merinide ; on 
y voyait des tentes d'une dimension et d'un travail qui devait 
exciter en Maghreb l'admiration générale, ainsi que des étoffes 
d'Alexandrie brochées en or et tissées d'une manière merveiU 
leuse. Ayant confié ces objets à l'ambassade maghrébine, il la 
renvoya en Afrique après l'avoir comblée de dons et d'hon^ 



* Vizar ou haïe, tissu de soie et laine, a la forme et l'aspect d'un 
grand rdeau blanc- 

* Voy. tome ni page îiâ. 

T. IV. 46 



iil ftl9T0lM ton f MlBklIM. 

nefùn^ Cette ofirAiide fat d*oae telle beauté que, jusqu'à nos 
jontÈ, ou n'a pas cessé d'en parler. Le suHau Abou--l-Hacea 
transcrivit* alors un second exemplaire du Coran, tout-à-fait 
iemblable au premier, et fit choix d^un des grands officiers de 
sou foyaume pour le porter à Médine. 

La meillettre intelligence se maintint entre les deux cours jus- 
qu'à la mort d'El-Melek'^n-Nacer, sultan de l'Egypte. Cet évé- 
nementeutlieu en 741 (1340-4). Abou^'l-Fidà-Ismaïl, son fils 
et successeur*, reçut du souverain mérinide un riche cadeau ac- 
compagné d'une lettre de condoléance. Ce témoignage d'égards 
lui fut apporté par Abou-'l-Fadl-Abd-Âllah-lbn-Abi-Medyen, se- 
crétaire du sultan et directeur de l'administration des impôts 
C'était merveille de voir combien le sultan aimait à déployer le 
faste et l'éclat de sa dignité. Il se plaisait à venir en aide aux 
pèlerins pauvres en faisant leurs frais de route ; il envoyait aux 
grands officiers de l'empire turc [mamlouk] des cadeaux achetés 
de ses propres deniers, sans rien vouloir accepter d'eux en re- 
tour. S'élant rendu maître de l'Ifrtkïa, il commença la transcrip- 
tion d'un troisième exemplaire du Coran qu'il destinait à la 
mosquée de Jérusalem, mais il mourut avant d'avoir terminé 
son travail. 



LB SULTAN BNYOlT ON CADEAU AU BOl BS HBLLU 



Animé par un juste orgueil, le sultan Abou-'l-Hacen aspirait à 
rivaliser avec les souverains les plus puissants, et il avait adopté 
d'eux l'ufage d'offrir des présents aux monarques, ses égaux, et 
d'envoyer des ambassades aux rois des pays lointams. A cette 



^ Il faut probablement corriger le texte arabe et lire eêteneekh. 

* Selon £1-Macrtzî, ce prince se nommait EKMélek-el-Mansour^ 
Self-^-dln-Abou -Bekr. 



DTHASTIt MlltlIBB. '^ AMO-'i-HACIN. 249 

époque, le roi de lielU était le ptds graBd des sonYeraiDs nègres, 
ei «m fojsume, [pias] rapproché da Maghreb [que les antres 
contrées du Soadau] était séparé de la fronlière méridionale des 
états ift^iûidee par un désen large de eent joarnées de marche. 

Quand Abou^'l-Hacen eut enlevé tlemcen aux enfants de 
Yaghmoracen eleenqiiisleMagtireb central, la renommée porta 
daoalooslespayslanooveiledeta mort d'Abon-Taoheftn et du 
trtomplie de» Mérinides. Alors Mença^Mooça, sultan dont nous 
aT«M parlé dans notre chapitre sur les souverains de MelliS ré« 
solut d'envoyer au vainqueur une lettre de félicitation. Un inter-» 
prête appartenant h la nation des Mactn*, peuple sanhadjien 
établi dans le voisinage du pays des Noirs, fut chargé de porter 
cet écritau sultan, et il partit accompagné de deux guideSi su- 
jets du souverain de Melli. 

Abou-'l-Hacen leur 6t un excellent accueil et; pendant leur 
séjoitr auprès de lui, ainsi qu'au moment de leur départ^ il les 
oottbU dii ses bontés. Voulani alors étaler de nouveau le faste 
de sa puissMce, il fit prendre dans ton garde^nieubletme quantité 
d'objets rares et précieux de fabrique roagiirebiuey et les expé» 
dia au roi Mença-Soleiman, qui venait de perdre son père, Men- 
ça-Mooça, et qui était monté sur le trône de Melli dépôts le dé* 
part de lenrs envoyés* Ae nombre des personnes chargées d'ae«- 
oompagoereette mission se (roavèrent Abou-Taleb*Mohammed* 
lbn--Abi-MedlyaD, secrétaire du conseil-d*état, et Anbef, l'eU'- 
niN|ae, •ffraochî do sultan. D'après les ordres d'Abou-'l^Hacen, 
AU«lbn<^ha«i0a,ëflBirdela tribu makilienne de Djar-AUab, Ara- 
bes do Désert, eotreprii d'escorter les voyageurs josqo'à MeHi et 
da les ramener en Maghreb* 

Après avoir aopporté les fatigues d'one longue marche h ifh^ 
ver» le Déseft, la caraTanefit son entrée k MeHi et y trouva 

l Tome n, page 112 et suivantes; 
* Voy. tome m^ page 288, note. 



24i BlSTOmB DBS BIBBIUS. 

''accueil le plos empressé. Les envoyés, étant repartis poar le 
Maghreb , emmeoèreot avec eux une députation composée 
de grands du royaume de Melli et chargée d'oifrir an sultan 
Abou-'UHacen les hommages respectueux de leur maitre et 
l'assurance que ce prince lui serait toujours un serviteurdévoué, 
prêt à exécuter tout ce qn'il voudrait lui ordonner. 

Abou-i-Hacen ayant trouvé encore cette occasion de satisfaire 
son orgueil et d'humilier un autre souverain devant sa puissance 
s'acquitta du devoir de la reconnaissance, en remerciant Dieu 
de ses bontés. 



LR SULTAK ÉPOCSB UlfB FILLB DU SOUTBBAIlf DB Tt7inS. 



Nous avons mentionné comment la fille du sultan Abou-Yahya- 
Ahou-Bdkrfut tuée, avec plusieurs autres dames de la famille 
royale, dans le camp que son mari, le sultan Abou-'l-Hacen, avait 
fait dresser sous les murs de Tarifa. Ce prince garda toujours un 
tendre souvenir* de la femme qu'il avait perdue, et il se rappela 
sans cesse les bonnes qualités et la haute naissance qui la distin* 
guateni, lamanière dont elle gouvernait sa maison, lagrAce qu'elle 
laissait percer môme dans ses moindres actions, les agréments de 
sa société; les charmes d'une compagne auprès de laquelle il 
avait goûté toutes les douceurs de la vie. Remplacer ce vide par 
une sœur de celle qu'il avait perdue fut alors son plus grand dé* 
sir, et une demande è cet effet ne tarda pas d'être adressée an 
sultan de Tunis. Pour conduire cette négociation délicate, le gou-* 
vernement mérinide fit choix d'Artf-lhn-Yahya, émir des Zoghba 
et ami intime du sultan, et lui donna pour collègues Abou-'l-Padl< 
Ibn-Abd-Allah-lbn-Abi-Medyen, directeur des contributions et 
ministre de la guerre, Abou-Abd-Allah-Hohammed-Ibn-Solei- 



\ Lisez hanUuui dans le texte arabe. 



DTNA8TII KtllKIDI. — ▲■OIH'l.-HÂCni. Si5 

man-es-Sitti, jurisooDSultadelacoar, etl'eaaaqaeAnber, affran- 
chi do sultan. 

Ces envoyés arrivèrent à leur destination l'an 746^ et y trou- 
vèrent la réception la plus honorable. Le sultan Abou-Yabya- 
Abott-Bekr, ayant été informé secrètement de l'objet de leur mis- 
sion par le grand chambellan, Abou-Mohammed-Abd-Allah-Ibn- 
Tafragufn, y montra d'abord une grande répugnance, en décla^ 
rant qu'il ne voulait pas exposer une autre de ses filles è la né- 
cessité d'être toujours en voyage de pays en pays et qu'il regar- 
dait un mariage de cette nature comme une chose épouvantable. Le 
chambellan tâcha de réfuter ces objections et de faire valoir les 
droits d'Abon-'l-Hacen i une telle faveur delà part d'un monar-> 
que auquel il s'était déjà attaché par les liens d'amitié et de famille. 
Quand il eut réussi à faire accueillir son avis et à obtenir du sul- 
tan l'autorisation de dresser l'acte de mariage, il se mit è prépa* 
rer un équipage magnifique et un riche trousseau pour la fian- 
cée. Les ambassadeurs durent attendre un temps considérable 
avant que ces apprêts fussent terminés, et ce ne fut que dans le 
mois deRebift 747 (juillet-août 4346), qu'ils se trouvèrent en 
mesure de quitter Tunis. 

D'après les ordres du sultan hafside, son filsBl-Fadl, seigneur 
de B6ne et frère-germain de la princesse, se chargea de la con^ 
dttire auprès d'Abou-'l-Haoen, envers lequel il fallait agir avec 
de grands égards. Une députation de cheikhs almohades, présidée 
par Abd-el-Ouahed-lbn-Akmaztr, partit de la cour de Tunis ^ 
pour accompagner le cortège. 

Les voyageurs étaient déjà en route quand ils apprirent la mort 
du sultan Âbou-Yahya*Abou-Bekr. A l'arrivée de la caravano 



* Le texte arabe porte en plus ces mots yaum methna, fesi-k- 
dire au jour de redoublement^ ce qui doit signifier le 30 de Don-el- 
Hiddja, mois qui, dans les années embolimiques (et l'an 716 en est 
df? nombre), compte un jour de plus que dans les autres années. 
Cette date repona au M avril 1346, 

* Dans le texte arabe il faut probablement lire aite babihù 



%él6 WBTOIW DBS iftHilft 

Abon-^-Haceo leur offrit ses compUoieols de coi^doléwoe ei |^ 
combla d'honnears. Au prince El-Fadl, il fit leB prooiasAes les 
plus flatteuses, en rassurant qu'il l'aiderait à obtenir I'bérii#ge 
paternel, et il le retint auprès de lui, dans le palais, jusqu^à c^ 
qu'il l'emmenfti sous ses drapeaux a la oonquéte de Tlfrikïa. 



LB SULTAK S*BIIPâlft PB L'iFIltftU. 



Depais longtemps, le sultan Aboa-I^Haceii avait des vues %m 
1 IfrtkVa, et, sans les égards qu'il devait à son beacHpère, le sut- 
tan Abou«Yahya-»Abou-Bekf, il aurait déjë tenté la conquête 4e 
ce pays. Il attendit, en eonséquenoe, la mort de ce souverain 
avant de mettre son projet ii exécution. Qiiand les ambassadeurs 
qui devaient demander pour lui la main d'une seeoiide princesse 
hafsidese trouvèrent ii Tunis, le bruit eoumt dans Tiemcen qu'ils 
avaient essuyé un refus. AnssitAl qu'il apprit cette nouvelle, il 
quitta la llaosoura et oeurnt h Fcb afin d'ouvrir le bureau d'en- 
nMementset de réorganiser son armée. Ces préparatifs achevée, 
il confia le gouvernement du Maghreb-el-Acsa k son petîl-fils, 
Mansour*Ibn*Abi*Malek, plaça la cavalerie do la police sons les 
ordres' d'EUHacen*ibn-6eleimau-lbn*Irctgoen, auquel il donna 
aussi le commandement de tons les peiipirs qui vivaient snoe la 
tente , et repartit ensuite pour Tiemcen, avec l'intention d'en-» 
vahir rifrfkïa. Ayant alors appris d*iiiie manière certaine ^(ne 
aa demande avait été agi'éée et que la princesse venait de se met- 
ire en route, il laissa refroidir sa colère et rentra dans son calme 
habituel. 

Danslemoisde Redjeb, 747 (oct.-nov^ 1346), Omar, fils du 
sultan Abou-Yabya-Âbou Bekr, s'empara du trône de l'Ifrikïa, 
après la mort de son père, et. dans te mois de Bamadan (déc« 



' Lisez faawed dans le texte arabe. 



1346 -^jan. 4347), Abou-^MohaiBmed-ibQ^Tafragatn s'enfuît de 
Tttoîs [et passa en Maghreb], Ces évéoemeots raoioièrent les 
pensées ambitieuses d'Abott-4-Hacen qui, après avoir entendu les 
oonseils et les encouragements d'ibn -Ta fraguln, o'bésita plus de 
' marcher contre Tlfrtkïa. Bientôt après l'arrivée de rexf>cham* 
lan, on apprit qu'Omar le hafsiJe venait de tuer son frère Âhn 
med| lequel avait essayé de faire valoir ses droits à la succession 
et qui avait appuyé ses prétentions sur un acte officiel dressé par 
son père. Celte pièce portait en marge les mots vu^t approuvé, 
que le suUan Abou*'l-Hacen y avait ajoutés de sa propre majq, 
h l'époque où Abou-'l-Cacem-lbn Ottou était venu k f^ en mis- 
sion, et sur la demande de ce chambellan. 

Abou-'l*Hacen témoigna une vive indignation contre Omar 
d'avoir enfreint les dispositions de son père, versé le sang de 
son frère et agi en parent dénaturé envers le reste dosa famille ; 
il afiecta surtout une colère extrême en voyant méoonnattre in 
formule d'approbation qu'il avait écrife lui-même et qui devait 
servir h régler Tordre de la succession au trône. Il s*éiait donc 
bien décidé à marcher sur Tunis quand Khdled-Ibn*Hamza-Ibj)«> 
Omar * vint le prier de se mettre en campagne le plus tôt p9f(^ir 
ble. Sur le champ, il ouvrit le bureau d'enrôlements et gratiScn'*' 
tions, convoqua tous ses peuples è une expédition contre l'Urt^* 
kïa et se mit à organiser une armée. 

Abou-Abd-Allah, seigneur de Bougie, était déjà arrivé en Ma- 
ghreb, à la suite de la mort de son ^rand-père, Abou-Yahya* 
Abou-Bekr; ayant conçu l'espoir de gagner les bonnes grAcea 
d'Abou-'l-Hacen en faisant valoir la mission que son père, l'émir 
Abou-Zékérïa , avait remplie auprès de ce monarque. Il désiraii 
aussi se faire confirmer dans le gouvernement de Bougie ; mais, 
s'étant bientôt aperçu que le sultan, au lieu de le favoriser, vou- 
lait marcher en personne contre l'ifrtkïa, il demanda son congé et 
repartit pour Bougie. 



* Chef des Kaonb. 



S4S HI8T01RI DBS BBBBftftIS. 

Après avoir célébré la fête du Sacrifice^ Pan 747 (25 mar& 
4347), lesultaD Abou-'l-Hacen cooGa l'administratioD politique 
et financioredu Maghreb central à son fils, Abou-Einan et, s'élant 
mis h la tète de son armée, il partit pour PifrîkYa, emmenant avec 
lai Rbaled-Ibn-Hamza, émir des nomades. Arrivé à Oran, il reçut 
les envoyés de Gastîlïa et des villes du Djcrîd. Cette députation 
avait pour président Abmed-lbn-Mekki , émir de Djerba et liou^ 
tenani-gouverneurde Cabes, ville dont son frère, Abd-el-Mélek, 
était seigneur. Parmi ses compagnons de voyage , se trouva 
Yahya-Ibn-Mohammed-lbn-Yemloul, qui avait repris la ville do 
Touzer, quand l'émir Abou-'l-Abbas- Ahmed Tévacua pour aller 
se faire toer à Tunis ; on y remarqua aussi Ahmed-lbn-Omar- 
Ibn-Abed et Ali-lbn-el-Khalef, qui avaient profité de la même 
occasion pour rentrer, le premier, dans Cafsa et le second, dans 
Nefta*. Avec ces chefs vinrent les notables de leurs villes respec- 
tives. Tous prêtèrent au sultan Abou-1-Hacen le serment de fidé- 
lité et lui présentèrent les hommages et la soumission de Moham- 
med4bn-Thabet, émir de Tripoli, qui n^avait pas pu les accom* 
pagner. Le souverain mérinide fit à ces chefs un honorable ac- 
cueil et, les ayant confirmés dans leurs commandements, il leur 
donna Tantorisation de repartir pour leurs états, mais il retint 
Ahmed-Ibn-Mekki; dont il désirait la compagnie dans cette expé- 
dition. 

Bep renant ensuite sa marche , il se porta rapidement jusqu'à 
Beui-Hacen, dans la province de] Bougie, et là, il reçut la visite 
deltfansour-Ibn-Mozni, émir de/^Biskera et du Zab,qui vint [lui 
présenter ses hommages] , à la tête d'une députation composée 
des notables de Pendroit où il faisait sa résidence. Yacoub-Ibn- 
Ali-Ibn- Ahmed, chef des Douaouida et commandant des peuples 
nomades qui occupaient les campagnes de Bougie et de Constan- 
tine, se présenta aussi [et reconnut l'autorité mérinide]. Le sultan 



1 Dans le texte arabe jl faut insérer'entre les mots raïs Nefia, ces 
moia*ci : Cafêùi^UQ Àli^Km-Khalef rw. 



DTIfÂSTIB MtllHIDB. ABOH-'l-HAGIH. 849 

eur fit à touH an accueil |$loin de bienveillance et les admit dans 
sa fuite. 

Son caïd, Hammou-Ibn''Yahya*el-AcheriY client du feu sultan 
[Âbou-Saîd], alla camper devant Bougie» ville où commandait 
Abou-Âbd-Allah. Les habitants, craignant la colère d'Abou-4- 
Hacen et désirant mériter sa faveur, refusèrent d'obéir à leur 
émir et finirent par le laisser dans un isolement complet. Leurs 
cheikhs, leurs cadis, leurs muftis et leurs conseillers munici- 
paux se rendirent tous à une grande audience donnée par le sul- 
tan: audience à laquelle Fareb, affranchi dlbn-Séïd-en-Nas, les 
avait devancés pour annoncer la soumission d'Abou-Abd-Allah 
dont il était leohambelUn. Le sultan renvoya Pareh, en le char- 
geant d'avertir cet émir qu'il aurait a se rendre au-devant du 
cortège impériaL Quand les étendards de Parmée mérinide pa- 
rurent sur le haut des collines qui commandent la ville, Abou- 
Abd-Allah accourut auprès du sultan et demanda pardon d'avoir 
tardé à lui offrir ses hommages. Abou-'I-Hacen l'accueillit com- 
me un filsbien-aimé, agréa ses excuses et lui donna en fief le ter- 
ritoire des Koumïa, dans le pays des Honein, avec le droit è une 
forte pension, payable à Tiemcen. ]l le fit aussitôt partir pour 
cette ville en le recommandant à la bienveillance d'Ahou^-Einan, 
gouverneur du Maghreb central. Ayant alors fait son entrée dans 
Bougie, il y mit fin à une foule d'abus et réduisit les impôts d'un 
quart ; il en restaura les fortifications, y installa une garnison 
mérinide sous les ordres de Mohammed4bn-eth-Thouar, un de 
ses vizirs, et, laissant auprès de cet officier le secrétaire des fi^ 
nances, Bérékat-Ibn-Hassoun-lbn-el-Bouac, il partit pour Gons* 
tantine au plus vite. L'émir de cette ville, Abou-Zéid, petit-fils 
du sultan Abou-Yahya-Abon-Bekr, sortit au-devant do lui avec 
Abou-'l-Abbas- Ahmed, Abou-Yahya-Zékérïa et ses autres frères. 
Tous firent leur souinission au sultan mérinide, se démirent de 
leurs commandements en sa faveur et lui jurèrent fidélité. Pour 
les récompenser de celte démarche, il accorda à l'émir Abou- 
Ztid) le gouvernement de Nedroma, ville de la province de 
Tiemcen , en lui ordonnant de partager avec ses frèr^e les 
imp'Isde cette localité. Étant alors entré dans Conslaiilîiie , 



250 OISTOiaU m» MMtAi9. 

il y élaUit, enqualité de gouverneur, Mobamoied-Ibn^ei-Abbas, 
et plaça auprès de lui une garoison composée de Beui-Asker [mé* 
rioides] et oommandée par El-Abbas-lbu^Omar, chef de cette 
tribu. Il confirma alors les Douaouida dans la possession dos fiefs 
dont ils avaient ia jouissance. 

Il était encore à Constantine quand Oinar-Ibn-Hainza, sei^ 
gneur des Kaoub et oommandant de la population nomade [de 
l'empire hafaîde] vint le prier de bâter son départ, en lui repré^ 
sentant que le sultan Abou^Hafs^mar avait quitté Tunis et s'é~ 
tait dirigé vers Cabes avec ses partisans, las Aulad-Mohelhel, 
rivapx des Kaoub. Il loi recommanda aussi d'envoyer un ôorps 
d'armée sur la ligne de marche quo oe prioce devait suivre, afin 
de l'empêcher de se réfugier daus Tripoli. Le sultan approuva 
cat avis et ordonna an caïd SammQu-lbo*Yahya-el-Aeheri d'ae-» 
oompagner ûnMiMbn*Samsa et de prendre avec lui un détache., 
ment des troupes mérinides et de la milice. 

Pendant que cette colonne marchait ^ la poursuite de l'usur-^ 
pateur, le sultan se tant à Constantine et passa son armée en re-» 
vue sur le plateau d'Sl-Adjaf ^ Youçof-ibn-MoKot prit alors la 
route du Zab, après avoir reçu un beau cheval et une robe d'hon-* 
neur; le seigneur EUFadI, fils dn aultan Abou*Yahya-Abou-> 
Bekr, obtint vers la lodme époque, sa eonfirmatioii daos le goo- 
vemementde Bôoeet partit pour cette viUe, cemblé de dons et 
revêtu d'une robe magnilique. Après le départ do ces chefs la 
sultan reprit sa aiarohe. ' 

IpAOolooMde HMQmott*lbn-Yah}a, sooUmoepar les nomades 
qui obéissaient apx Aulad-Abi^'ULeil, réussit à atteindre l'émir 
Abon^Bafs^Omar à Mobarka, aur le leiritoire de Cabes. Dans le 
Gontbat qui s'ensuivit, Omar fut précipité de son cheval et fait 
priaonuiar, ainsi qaeraffranehi d^origine européenne, Dafer-^aS'- 
SiMn«qnitiii servait de ministre. Bammou les fit égorger, 



* Variante : EUAdjab, C'est probablement le plateau de Koudia-t- 
Ati. Il est ce^ndant bon de Mre observer qu'entre le Koudia et la 
vilto 4» fi$««|PQtJif il 7 avait fm dw^le 4é4^. i iM'A^'4di^. 



DTNAST19 XtEUflPI* — AJM>D-'l.-HÂCB!f. VU 

la même fiuit, et eovoya leurs létes «a soltaH, Im àéhria 
de l'armée vaincue s^étant réfugiés dans Cabeft, Abd-el-Mélek- 
Ibn-Hekki, gouverneur de eelte vtlle , fit arrêter Abou-*1- 
Gaoem-Ibu-Oitou, cheikh des Ahnobades qui s'était attaché k h 
fortune d'Abou-Hafa-Oaiar, ainsi que 6akhr*lbu*Mouça, cheikh 
des Beni-Heskin, et plusieurs autres grands personnagas. Tous 
ces malheureux furent enchaînés deux ë deux et envoyés au sul- 
tan. Ce monarque pla<^ aussitôt son ijendre^ yahya«lbn-SoIai* 
mauj chef des Beni-Askeri è la tête de Parméeet lui donna l'or* 
dre de marcher sur Tunis en se faisant accompagner par Abmedk 
Ibo-Mekki. Cette ville tomba au poQvoir des Mérinides. Ibo^ 
Hekki repartit pour le siège de son gouvernement après avoir 
obtenu du sultan sa confirmation dans ce poste et reçu pour 
lui-même et pour sa suite une quantité de robes d'honneur et de 
montures. 

Le sultan était arrivé 2i Bédja quand un courrier lui apporta 
la tête de l'émir Abou-Bafs-Omar comme témoignage de la vic- 
toire que les Mérinides venaient de remporter. Il se remit alors 
en marche, et arriva sous les murs de Tunis, le mercredi, 8 Djo- 
mada second 748 (45 septembre 4347), Les notables de la ville^ 
les cheikhs du grand conseil et les oiuftis sortirent h sa rencontre 
pour lui présenter les hommages de leurs concitoyens Jet ils se ra- 
tirèrent pleins de confianoe dans les bonnes intentions du vain- 
queur. 

Le samedi suivant , ' les troupes du sultan formèrent une 
double baie, longue de trois ou quatre milles, depuis Sîdjoumi 
oà était le camp, jusqu'à l'entrée de la ville. Les Mérinides,. tous 
à cheval, se rangèrent, par classes; sous leurs drapeaux respec- 
tifs, et le sultan sortit de sa tente, monté sur un beau coursier e^ 
nivi d'un cortège magnifique. A sa droite marchait son ami, 
Ârîf-IbnTahya, émir des Zoghba, suivi d'Abou^Mohammed-lbn- 
Tafragutn ; à sa gauche se tenait l'émir Abou-Abd-Allah-Moham 
med, frère du sultan Abou-Tahya-Ahou-Bekr, suivi de son ne- 
veu, l'émir Âbou-Abd- Allah, fils de Khaled. Ces deux princes 
étaient restés en détention ëConstantine, avec leursenfants, de- 
puis la révolte de l'émir Abou- Fafea « Bemis eu liberté par le 



S52 HISTOIRE DBS BBBBÈEBS. 

sultan Âboa-'UHacen *, ils l'accompagnèreDt à Tunis, et ornè- 
rent alors le cortège de ce souverain en le suivant au milieu 
d'une foule de princes et de chefs mérinides. Le sultan avança 
au son des tambours, pendant qu'une centaine de drapeaux flot- 
taient autour de lui. Au furet à mesure qu'il passait, les troupes 
se formèrent en file et marchèrent à sa suite, de sorte que la terre 
tremblait sous les pas de cette armée immense. Jamais, autant 
que je le sache, une pareille journée ne s*élait vue. Entré au pa- 
lais, il posa sur les épaules d'Âbou-Mohammed-Ibn-Tafraguîa 
la robe qu'il venait de porter et lui fit cadeau de son cheval, avec 
la selle et la bride. Toute l'assemblée partagea d'un repas qui lui 
fut servi sous les yeux du sultan et, aussitôt après, elle se 
sépara. 

S'étant alors fait accompagner par Ibn-Tafragutn, le souverain 
mérinide visita toutes les chambres du palais, demeures des kha- 
lifes hafsides. Il passa ensuite dans le Ras-et-Tabiâ, parc atte- 
nant au palais, et, après avoir admiré les jardins et les bassins 
de cet établissement royal, il se rendit directement au camp. En- 
suite il envoya dans la citadelle de Tunis une garnison mérinide 
commandée par Yahya-lbn-Soleiman et, s'étant fait amener les 
chefs qu'on avait arrêtés à Cabes après la défaite d'Âbou-Hafs- 
Omar et qui portaient encore leurs chaînes, il les envoya tous en 
prison, après avoir fait couper la main droite et le pied gauche a 
Abou-'l-Cacem-lbn-Ottou ainsi qu'à Sakhr-lbn-Houça : punition 
qu'il leur infligea en vertu d'une sentence émanée des muftis 
auxquels il avait dénoncé leurs forfaits. 

Au lendemain, il partit pour Gairouan dont il visita les anciens 
monuments, les restes des édifices construits par les Fatemides 
et par les Zirides, les tombeaux où reposent les saints et les doc- 
teursde la loi. De là, il se rendit à El-Mehdïa et, s'étant arrêté 
sur le bord de la mer, ilréfléchit sur le sort de ceux gui PavaimC 
précédé ; hommes encore plus grands el plus puissants sur la 



! Dans le texte arabe il faut remplacer El^Àbbas par El^Hacen, 



DTKAST1B attllIIfiB. -— ▲BOUr'l.oHÀCIN. 253 

terre ^ Aa commencement da mois de Ramadan (^décembre), il 
revint à Tunis en suivant la route qui passe auprès du château 
d*E]-Ëdjem et du ribat d'EI-Monesttr. Ayant alors établi des 
garnisons dans toutes les places fortes de l'ifrikïa, il concéda aux 
Mérinides les villes et les campagnes de cet empire, mais il laissa 
aux Arabes la jouissance des fiefs que le gouvernement hafside 
leur avait accordés. Il envoya des commandants dans toutes les 
localités du pays qu'il venait de soumettre, et il s'installa lui- 
môme dans le palais des rois hafsides. 

Ce fut ainsi qu^leiTectua celte grande conquête, qu^il reçut la 
plénitude de la faveur divine en subjuguant des royaumes et 
qu'il étendit sa domination sur les élats africains, depuis Mes- 
rata jusqu'au Sous-el-Acsa et de là jusqu'«^ Honda, en Espagne. 
L'empire est à Dieu ; il la donne à celui de tes serviteurs guHl 
veut; mais la fin [heureuse] est pour ceux qui craignent [leur 
Créateur] «. 

A Tunis, les poètes lui récitèrent des vers de félicitation; mais 
Abou- 1-Cacem-er-Rahooï, jeune littérateur de grande espérance, 
les surpassa tous dans un poëme qu'il lui adressa et que nous re« 
produisons ici : 

L'Orient a répondu, à ton appela ainsi que l'Occident ; la 
Mecque est accourue au-devant de toif ainsi que Yathreb 
[Médinfi]. 

L'Egypte t'a invoqué, de même que l'Irac et sa voisine ^ 
la Syrie; hûle-toi [à leur secours] ! les maux de la religion 
se guérissent par ta présence. 

Les chaires [de nos mosquées] t'ont saluée ou peu s'en est 
fallu ; ces chaires d'où les prédicateurs de la vérité prononcent 
le khotba en ton nom. 

Nos frères, quHls soient loin ou près [de tot]^ se sont tous 
empressés d'obéir à Dieu en te rendant obéissance. 



* Corah, sourate 40, verset Sli. 

* Ceci n'est pas un verset du Cùran^ mais un composé de plu- 
sieurs fragments de versets. 



Née âmê9 oipinimt mee ardeur^ avec amour ^ à U posséder ^ 
iait qtâê tes iifénements te rapfirochaieni ou ^éloignaient de 
nous. 

Dans la VUle-Blanehe * , Von se tenait à tes ordres au mo- 
ment où tuparaissais à t horizon d^Bn-ffaeerîa *, 

Au moment où tes députations envoyées par les pays de dai~ 
tiers * troui>aieni auprès de toi un bienveillant accueil. 

Ce n^étmt pas par fierté que Bougie tardait [à se sou- 
mettre ], mais parce que Von se plaît ^ chez elle, à braver les 
dangers. 

Btte faisait Voryueilleuse, mais, à Vapproche de ces trou-^ 
pes qui regardent les {armées les plus] brillantes comme une 
preie facile^ 

Ses habitants, remplis d^effroi, s'empressèrent défaire leur 
smêmiseion ; les factieux et leurs chefs s*hum%lièrent devant 
toi. 

T^nis a rempli sa promesse; sans cela, on y aurait vu un 
speetaele afreHa> ; aussi, repose-t^elle maintenant heureuse 
dans ton bercail. 

Ses habitants n'étaient que des milans présomptueux ; mais, 
seus Vinfluence de ta gloire^ ils sont devenus des faucons et des 
aigles. 

NaguèreSy tu étais le protecteur de leur chef; aujourd'hui, 
tu e$ Vasite, le refuge ée tout fmpeuple. 

Ils voieat que ta fortune a remplacé ce prince par foi, eê 
que la v%e, une vie de btmheur, s*est offerte [ è lewrs souhaits] • 

Um filt parvenu h l'âge viril et toutefois soumis, a travaiUé 
peur te faire honneur ; H est vrai qu'il t^a eu pour père*. 



I La Ville-Btenehe, e'est-à-d^ T^sms. DIoddre rrrftil app(4éa 
Tunes leucos, 

^ En^Nacsrïa, c'est-à-dire Bougie. Yoy. tome ii, page 51 de cette 
tradactioD. 

s C'est-à-dire le DjeHd et le Zab. 

4 Ced est ofi comptiinent à l'adresse de l'émir Abeu- I-FAdt , fils 
dasQltan. 



DTNÀST» VtimDf .«^ IBÔV-'t-IIACllf . fSS 

Ce [bùnhMr] n'« tenu qu*à ta justice quê Von compare Mec 
raison à celle des saints khalifes [de f ancien temps]. 

Tu as lutté avec constance pour t empire et pour le ciel] 
vois maintenant devant toi Pautel et le trône K 

D'antres rois peuvent aimer le vin qui circule à la ronde^ 
— té plaisir que tu recherches c'est de lire le Coran et de 
l'écrire. 

Que d^ autres hommes passent leurs matinées à boire, — tu 
consacres, par habitude, ces heures à la prière. 

Que d'autres se plaisent à vider la coupe du soiry «— chaque 
nuit tu abreuves tan âme du souvenir de Dieu. 

Que d'autres princes soient âpres [de caractère] et qu'ils 
vivent enfermés dans leurs palais, — tu n'es pas un esprit mo* 
rose, tu ne repousses pas les visites de tes sujets. 

Chez toi, tous les sentiments respirent ta noblesse et, favo-' 
risés par la fortune , ils répandent des émanations suaves et 
douces. 

Cest ainsi que tu as élevé un édifice [ de gloire ] parmi les 
chefs d\me grande famille dont [les prouesses] augmentent la 
reuommée de [leurs odieux] Cahtan et Yaroh *; 

Des chefs qui surent abattre les tyrans orgueitieux et qui^ 
dans la lice [de là gloire] , laissèrent Cdb et Aghleb derrière 
euos comme des esclaces *. 

Des héros dont les rois briguaient ta protection, qui faisaient 
l'honneur de l'espèce humaine, f admiration de Vunivers ; 

Dominateurs du monde, ils avaient dressé leurs trônes sur 
les épaules des puissants lions*. 



^«N«Mn*Ai»« 



^ Lfitéralement : devant toi est le mihrah et auprèe de lui le cortège 
(mpéfiat. 

* La race des Arabes TemeDites descendant de Cahtan^ père de 
Yarob. 

' Cdb, aïeul d^UDe illostre tribu arabe ; AghUh, aieul des Aghle- 
bides. 

*0\i: des sept pUmites, 



256 HISTOIftX DIS BBtBftUS. 



» 



Leur ville de Fez excita l'envie de Baghdadei [pour étreprès 
d^eux] le Tigre aurait voulu être le Sebou. 

Ils étaient les étoiles qui ornaient le ciel de la gloire; les uns 
stationnaient dans Vest^ les autres dans Vouest. 

Quel brillant cortège de chefs descendus de Yarob ! Vhomme 
du pays étranger devenait arabe pour chanter leurs louan- 
ges. 

Abd^el-Hack se leva pour faire valoir ses droits^ et rien de 
ce qu'il rechercha ne put lui échapper. 

Il engendra Yaeoub^ y prince qui suivit le chemin de son père, 
chemin bien battu dans lequel il ne pouvait pas s^ égarer. 

Yacoub laissa Othman, épée tranchante qui fraya les voies 
de Vislamisme. 

Combien d'expéditions a-t-il faites pour la cause de Dieu ! 
expéditions qui mirent en ruine tout ce que l'infidélité avait 
construit. 

Toutes les fois que Dieu a voulu compléter ses grâces en-^ 
vers les musulmans, il les a versées sur nous tous, saints ou 
pécheurs. 

Dieu l'a produit pour être le flambeau de la religion or- 
thodoxe et pour dissiper les ténèbres qui voilaient Véclat de la 
vérité. 

Dans ton progrès tu as marché selon le cœur de Dieu, et 
suivi un sentier qui Va mené vers sa faveur. 

Tu as soutenu de la bonne manière la cause de Dieu en la 
défendant avec une lance habituée aux combats. 

Tuas rendu le peuple de Dieu ton peuple et ton appui; par 
tes efforts tu lui a procuré un rang et une position [parmi les 
nations]. 

Un coup a frappé les pervers et dérangé leurs projets; un 
homme s* est posé auprès d'eux y pour les réprimander et pour 
les punir. 



Ul y a ici un jeu de mots sur Abd-el-Hack et hack {droit). 
* Oua Acaba Yacouha ; encore un jeu de mots. 



stuastu stEfniDB. — abou^'l^hacen. 257 

ru t%s lutté comme il le fallait pour la cause du Miséricor- 
ilieux ; aussi ^ lesprêtres des infidèles redoutent ta puissance. 

Tu as délivré tout un peuple des griffes des Arabes nomades ; 
faisant ainsi la meilleure des guerres saintes, celle qui est la 
plus nécessaire. 

Le monde s^est avancé vers toi, comme une fiancée soumise 
à ta volonté, parle cours merveilleux du destin. 

Il n^y a point de ville dont les habitants ne souhaitent tapré- 
sence; point de pays qui ne s^épanouisse à la mention de ton nom. , 

La terre n'est qu'unvaste logement dont tues le maitre, et il 
n'y arrive que des amis bienvenus. 

Tu possèdes lamoitié du pays par le droit de conquête, l'au^ 
tre moitié par héritage ; conquête et héritage I beaux titres de 
possesion. 

Tu l'as conquise au moyen de trois armées dont l'une avait 
pour montures des planches et l'Océan, l'autre était portée sur 
de nobles coursiers, 

La troisième était ta bonté, ta justice et ta piété. — ' Celle- 
ià, j'en atteste Dieu I fut la plus puissante, la plus victorieuse* 

Chaque cheval [de tes armées] fait l'ornement de son cava- 
lier ; chaque cavalier fait V ornement de son cheval. 

Chaque lance est mince et flexible', chaque épée polie et tran- 
chante. 

On y voit des écrivains que leur épriture ^ fait vivre et qui 
ne savent cependant ni lire, ni écrire; 

Ils se jettent sur les plus braves cavaliers de l'ennemi ainsi 
que le lion se précipite sur un troupeau de cerfs; 

Des écrivains dont les lancesne se refusent jamais des coaps 
fîquanis, et qm, habitués au haut style, connaissent à fond les 
Journées des Arabes *. 



' L'antevr joue ici sur la double signification du mot khatt {îance$^ 
— écriture. ) 

* Les Journées des Arabes, leurs guerres et combats avant l^isla- 
misme, font le sujet de plusieurs ouvrages très-admirés. Les récils 
4n Kitah-el-Àghani, traduits par M. Fresuel, et les notice que M. 

T. iv. 47 



iSS8 HISTOiEl l>lt BERikBIt. 

Par la magie de cette parole : Frappe I ils produisent des 
effets merveilleux^ et les épées descendent sur tes têtes des 
guerriers. 

Avec les orateurs^ ils savent parler unlangage beau et fleuri; 
parmi les' guerriers^ ils montrent leur supériorité et leurexpé^. 
rience. 

Là aussi sevoit l'homme qui porte la robe du savoir et de la 
piété, et sur lequel flottent les amples basques de la davi- 
(tienne ^ 

Ilpossèdeune teinture de science; [oui, mais] elle se répand 
comme un torrent ; sonintelligence jette des lumières qu^aucun 
nuage ne saurait obscurcir. 

Admirons aussi cette armée qui réunit les étendards de tous 
les peuples ; grâce à elle^ notAS pouvons sans danger parcourir 
le monde. 

Quelle noble troupe ! voilà la bande qui rétablit le bon droit 
et qui brxse tous les obstacles. 

A tdp sire^ appartient la prééminence sur les peuples domi^ 
ciliés^ et sur les nomades^ nHmporte où ils se rendent ei d'où ils 
viennent. 

Roi juste j pieux, favorisé de Dteu, toi dont les hauts faits 
sont exaltés partout et inscrits [sur les pages de l'histoire]; 

Tu as suivi envers nous une voie de générosité qui atteint 
également les présents et les absents. 

Pieux toi-même, tu honores les hommes pieux ; pour toi, le 
dévot est un parent très-^approché. 

Savant [dans la loi] , tu as exalté le savoir et tu recherches 
avec empressement ceux qui le cultivent. 

Gaussin de Perceyala insérées dans son £««ai sur Vhistoire des Arabes 
peuvent donner une idée du contenu de ces anciens recueils- — On 
voit que le poète joue sur la double signification des mots J&urneés 
des Arabes qui s'emploient pour désigner leurs combats et Vhistoirê 
de leurs combats. 

^ Selon les musulmans, personne n'a jamais su travailler le fer 
aussi bien que le roi David, fils de Salomon. Il fabriquait surtout 
des cottes de mailles à larges basques qui avaient la réputation 
d'être impénétrables. 



DYNASTIE HfilkmiDK.— ABOO«'1-HACB1I. 299 

Faire reloge de tes vertus est un devoir pow tout homme qui 
^ait parler; mais qui pourrait compter les sables de la mer. 

Combien est admirable l'abondance des dons, des cadeaux et 
des bienfaits que tu répands l certes , les matns qui versent de 
pareils torrents peuvent se comparer à l'Océan. 

Puissent-elles ressembler toujours à ces nuages quï donnent 
aux créatures de Dieu les eaux et les pâturages ! 

Puisse l'éloge de ta gloire s'élever toujours I puissent les 
détracteurs de ton mérite rester accablés, brisés sous le poids 
du mépris universel I 

Puisse-tu atteindre sûrement au comble de tes vœux ! au- 
cune grâce ne saurait être rebelle [à tes vœux] ni difficile [à 
obtenir]. 

COMBAT ENTRB LES ARABE9 BT LB SULTAN. DÉSASTKB U 

CAIBOUAN. 

LesKaoub, famille de la triba des Soleim, commandaient à 
toute la population nomade dePlfrtkïa ; fiers et'puissants, ils ne 
voulaient jamais subir Pautorité de Tempire [hafside], et, dans 
le temps où cette dynastie n'existait pas, ils s'étaient toujours 
distingués par leur amour de Tindépendance. Lors de la promul- 
gation de rislamisme, quand les Arabes descendus de Moder con- 
quirent tant de royaumes, les Soleim se tinrent à l'écart , au mi- 
lieu de leurs plaines, dans le fond de leurs déserts, et ne payè- 
rent la dtme légale que par simple condescendance. Cette con- 
duite hautaine les rendit suspects aux khalifes, et l'historien Et- 
Taberi* nous assure qu'El-Mansour [deuxième khalife abbacide] 
avait enjoint formellement a son fils [et successeur] El-Mehdi de 
ne jamais admettre aucun individu de cette tribu au service de 
l'empire. 

Quand la dynastie abbacide s'acheminait vers sa ruine et 

' Abou-Djâfer-Mohammed-Ibn-Djerir-et'TaberJy l'an des plus an- 
ciens et des plus célèbres d'entre les historiens arabes, nous a laissé 
une histoire très-volumineuse et très-curieuse des trois premiers 
«iècles de l'islamisme. Il mourut en l'an 310(923 de J.-G.) 



260 IlSTOIRS DBI BBlBÈRIt. 

qu'une Croupe d'esclaves tirés de l'étranger, s'était arrogé tonte 
Pautorité du kbalifat, les Beni-Soleim, devenus, très- puissants 
dans lesdésertsdu Nedjd*, se mirent à dévaliser les caravanes de 
la Mecque et de Medine, en faisant éprouver aux pèlerins lesmaux 
les plus déplorables. Quand les Fatemides eurent démembré l'em- 
pire des Abbacides et fondé la ville du Caire, les Soleim profitè- 
rent de ce changement pour gratifier leur esprit de domination 
ot leur amour du désordre : ils harassèrent également les fron- 
tières des deux khalifats et rendirent les routes impraticables 
par leurs brigandages. \ 

Plus tard, le gouvernement fatemide leur permit d'envahir l'A- 
frique heptentrionale et de partir pour Barca a la suite des Arabes 
hilaliens*. Jls ne cessèrent de parcourir et ravager ce pays jus- 
qu'à l'époque où Ibn-Ghanîa [Palmoravide] fit la guerre aux Al^ 
mobades et leur enleva Tripoli et Cabes, villes qui servaient à 
couvrir la frontière orientale de leurs états. Caracocb, le ghozz, 
client des ATouhides qui gouvernaient l'Egypte et la Syrie, em- 
brassa le parti d'Ibn-Ghanta, et plusieurs fractions de la tribu 
des Soleim se rangèrent du même côté, avec une foule d'autres 
nomades. Rassemblés sons les drapeaux de ces deux chefs , ils 
insultèrent les villes et les campagnes de lifrîkïa, s'y montrant 
partout comme les avant-coureurs du désordre'. 

Après la mort d'Ibn-Ghanta et de Caracoch, quand les Hafsi- 
4les eurent établi leur indépendance en Ifrikïa, les Doua- 
ouida [tribu rtahide] résistèrent à l'autorité d'Abou-Zékérïa- 
Yahya. Cet émir résolut de leur opposer une autre tribu nomade 
et; s'étaot procuré Pappui des Soleim, en les retirant de la provinco 
de Tripoli, où ils avaient leurs lieux de parcours, il les établit à 
Cairouan et leur accorda des ictâ * en Hrîkïa. Introduits au ser- 



* Le Nedjd est un vaste plateau qui occupe une grande partie de 
l'Arabie centrale. 

* Voy. le premier volame de cette traduction. 

» Voy. l'histoire de Caracocb et dlbn-Ghania, dans le second vo- 
lume de cette traduction. 

* Voy. tome'i, p. 117, note 2. 



tTNÀSTIS HÉRIIflDE. — IBOC-'L^HACBll. t64 

Vice de Pempire hafsîde, les Soleifn*lai firent bicDiôt seollr leur 
grande puissance et leur humeur intraitable. 

Lors des luttes qui eurent lieu entre les princes bafsides, les 
Kaoub obtinrent le commandement de toute la population no- 
made et, toujours prêts h soutenir les divers membres de la fa- 
mille royale qui désiraient s'emparer du trône, ils portèrent de 
rudes coups è l'empire, malgré les châtiments qu'ils eurent èi su- 
bir par suite de leur insubordination. Hamza-ibn-Omar, frère de 
l'émir [Houlahem et leur principal chef,] soutintconlre notre sei* 
gneur, l'émir Abou-Yahy a* Abou-Bekr, une guerre dans laquelle 
les succès alternaient avec les revers et^ tant qu'elle dura, il sut 
profiter très-habilement des tentatives faites par les Abd-eUOua- 
dites pour étendre leur domination' sur les provinces occidenta- 
les de l'Ifrrkïa. Il les décida h y envoyer des troupes chaque fois 
qu'il soutenait lui-même l'un ou l'autre des princes hafsides qui 
aspiraient À l'empire; maisensuite, quand le sultan Abou*>Yahya* 
Abou-Bekr eut étouffé l'esprit d'insubordination dont les attein- 
tes avaient tant nui à son autorité, et que le sultan abd-el-oua- 
dite, l'ennemi implacable du gouvernement hafside^ eut succombé 
sous l'épée d'Abou-'l-Hacen, parent et ami du souverain de Tu- 
nis, il changea de tactique et fit sa soumission au prince qu'il 
avait si longtemps combattu. Usant alors de la haute influencis 
qu'il exerçait chez lesSoleim, il porta celle tribu, malgré elle, 
à payer Timpôt [sadacat) au gouvernement. Il mourut, dans 
un guet-à-pens auquel, dit-on, l'administration hafside n'était 
pas étrangère. 

Ses fils et successeiKs montrèrent tant d'imprévoyanee qu'ils 
s'attirèrent, plusieurs fois, un châtiment sévère de la part du 
souverain dont ils avaient encouru la colère. Ayant toujours en- 
tendu vanter la puissance de leurs aïeux, ils ne pensèrent pas 
à traiter avec le gouvernement, et, s'étént laissés emporter par 
l'ambition, ils livrèrent bataille à un généra hafside, Tan 742 
(1341-2), mirent ses troupes en déroute et allèrent assiéger le 
sultan dans la capitale de l'empire. Indignés contre l'émir Abou- 
Hafs-Omarqui les avait abreuvés d'humiliations après la mo/tde 
son père, ils embrassèrent le parti d'Abou-'l-Abbas, héritier lé - 



362 nSTOIRI Ml BtBBÊMN. 

gitime du tr6ne, et le conduisirent h Tunis. Sept jours plus tard, 
Âbou-Hafs força Tentrée de la ville, tua son frère Âbou-'l-Abbas^ 
«t, s'étant emparé d^\bon-'l-Haul, fils de Hamzà, il le tua de 
sangfroid, à la porte de la citadelle. La nouvelle de ce forfait 
remplit les fils doHamza d'une telle indignation qu'ils invitèrent 
Abou-'l-Hacen à venir, sans tarder davantage, et à prendre pos- 
session de rifrîkïa. 

Après avoir effectué cette conquête, le sultan mérinide traita 
ses nouveaux sujets avec une hauteur à laquelle le gouvernement 
hafside ne les avait pas habitués,, et, dans sa conduite envers les 
nomades, il adopta un système bien différent de celui que l'an- 
cienne dynastie avait employé. Ayant reconnu que les Arabes 
s'étaient prévalus de leur puissance pour se faire concéder, d'a- 
bord plusieurs territoires très-étendus, et ensuite, un grand 
nombre de villes, il leur ôta celles-ci et leur accorda, comme in- 
demnité, des pensions sur l'état et une augmentation de djébaia^» 
Bientôt après, il opéra une réduction dans les revenus qu'il ve- 
nait de leur assigner, et, touché des plaintes que les cultivateurs, 
toujours victimes de la tyrannie des Arabes, lui avaient adres- 
sées au sujet du khafâra [protection), tribut qu'ils payaient aux 
nomades, il défendit à ceux-ci de l'exiger et aux cultivateurs da 
le payer. 

Les Arabes commencèrent alors h se méfier du sultan et, se 
voyant enfin accablés par la sévérité de son administration, ils 
attendirent une occasion favorable afin de se venger. Cette por- 
tion de leurs nomades qui vivaient de rapines et de brigandages^ 
eut àpeipe entendu parler de leurs intentions qu'elle glissa à tra- 
vers la ligne de camps et de garnisons que les Herinides avaient 



4 A toutes lesépoques, les gouvernements musulmans se sont vus 
dans l'Impuissance de faire rentrer les impôts des provinces un 
peu éloignées de la capitale. Pour effectuer cette opération finan- 
cière ils ont toujours eu recours aux guerriers nomades, qui rete- 
naient ordinairement la moitié de la somme perçue. — Par le mot 
djebala Ibn-Kbaldoun parait désigner cette espèce de gratification* 



DTIIÀSTII attlNIDI. — aiou-'l-hacbti. 203 

établis sur les frontières de Tlfrlkïa et, s'ëtaDt avancée dansPin- 
tériear du pays, elle se mit à piller les habilants et à enlever 
leurs troupeaux. De toutes parts on n'entendit que des plaintes 
contre les Arabes, et bientôt la bonne intelligence qui avait régné 
entre ce peuple et le gouvernement mérinide fut profondément 
ébranlée. Le sultan avait quitté EUMehdïa et venait de rentrer 
à Tunis quand une députation de chefs arabes se présenta de- 
vant lui. E!le se composait de Rbaled-Ibn-Hamza, le même qui 
l'avait poussé à envahir rifrtkïa, d* Ahmed, frère de Rhaled, de 
Khaltfa-Ibn-Abd-Aliah-lbn-Mesktn, chef des Âuled-el^-Cos, et 
de Khaltfa-Ibn-Abi-Zeid, cousin du précèdent.. Tous ces cheikhs 
reçurent d^abord un honorable accueil, mais, pendait qaUl jouis- 
sait deThospitalité du sultan, une circonstance fâcheuse amena uu 
grand changement dans leur position. 

Parmi les gensqui formaient la suite du sultan se trouvait un 
émir bafside nommé Abd-el-Ouahed, fils du feu sultan Abon- 
Tahya-Zékérïa-lbn-el-Libyani. Retraçons ici l'histoire de ce 
prince. Ayant perdu son père en Egypte, comme nous l'avons 
dit précédemment, il rentra dans la province de Tripoli*, se 
fit proclamer sultan et rallia autour de lui les Arabes nomades de 
la tribu des Debbab. S'étant alors ménagé l'appui d'Abd-el~ 
Mélek'lbn-Mekki, seifl;neur de Cabes, il partit aveo lui et s'em- 
para de Tunis pendant l'absence du sultan [Abou-Yahya-Abou- 
Bekr] qui était alors occupé à détruire la forteresse de Temzex- 
dekt. Ayant appris, quelques jours après, que le sultan appro- 
chait, il quitta la ville en toute hâte et alla se réfugier dans Tlem- 
cen. Quand Abou-'l-Uacen marcha contre la capitale abd-el- 
ouadite, le réfugié abandonna ses protecteurs et trouva auprès 
du souverain mérinide un accueil plein de bienveillance. Depuis 
lors il était resté avec Abou-'l-Hacen et Tavait accompagné à la 
conquête de Tunis. 



1 L'auteur ajoute ici en Van 732, ne s'étaiit pas rappelé qu'il avait 
déjà donné l'an 72^ comme ladate de cet événement. Yoy. tome, n,' 
page A76. 



26& HISTOIRE DBS BBRBftBES. 

Bientôt après l'arrivée de ladéputalion arabe, réarir Abd-el- 
Ouabed informa le sultan qu'un émissaire de ces chefs était venu 
en secret l'engager à partir avec eux et à se laisser proclamer 
souverain de l'Ifrikïa; ii déclara aussi qu'il avait repoussé cette 
proposition comme il le devait. Le chambellan Allal-lbn-Hoham- 
med-lbn-Amsmoud fit aussitôt venir les inculpés au palais et, 
après leur avoir adressé de vifs reproches, il les envoya en pri* 
son. Le sultan ouvrit alors le bureau de la solde et des gratifi- 
cations [en vue d'une nouvelle expédition] ; puis, après avoir 
célébré la fête delà Rupture du jeûne (748 — coramencemenl de 
janvier 4348), il fit dresser ses tentes à Sidjoum, en dehors de 
Tunis, et rappela les garnisons qu'il avait établies dans les 
places frontières, ainsi que tousles autres corps détachés. 

Les Aulad-Abi-'l-Leil et les Aulad-el-Cos apprirent avec effroi 
que le sultan venait d'emprisonner leur députation et qu'il se dis- 
posait à marcher contre eux. N'écoutant plus alors que leur dé- 
sespoir, ils s'obligèrent par serment à combattre jasqu'è la mori 
et ils chargèrent Abou-'l-Leil-Ibn-Hamza de se rendre auprès de 
leurs ennemis héréditaires, les Aulad-Hohelhel, et d'implorer 
leur secours. Après la mort du sultan Abou-Hafs*Omar, ses 
partisans, les Mohelhel, avaient quitté rifrikïa et s'étant jetés* 
dans le Désert pouréviter la vengeance du souverain nierinide. 
Abou-'l-Leil alla,en conséquence, se mettre à la merci des Mofaelhel 
et les implora d'une manière si pressante à former avec sa tribu 
une alliance contre le sultan, qu'ils consentirent à sa prière et 
se mirent en marche avec lui. Toutes les familles qui formaient 
la grande tribu des Kaoub et toutes les branches de la tribu des 
Hakhn se réunirent alors à Touzer, dans leDjerîd. Des deux 
côtés, l'on renonça à ses anciennes haines, l'on se pardonna mu- 
tuellement le sang versé dans leurs querelles ; pois, s'étant tous 
donné la main, ils firent serment de mourir plutôt que de reou^ 
1er. Alors, ils cherchèrent un prince de sang, afin de le mettre 
en a vaut comme sultan, et, snr les indications de quelques arti- 
sans du désordre , ils découvrirent à Touzer un descendant 
d'Abou-Debbous, de ce khalife de la famille d'Abd-el-Moumea 
ffiû fut tué par les Mérinides à la prise de Marog. 



DYNASTIE lÉBlNIDB. — ABOU-'l-HACIR. 266 

Otbman, grand-père de ce personnage, était fils d^Idris et petit- 
fils d'^bou-Debboas. Après la mortd^Idrts, il passa en Espagne 
et fit connaissance avec Morghem«lbn-Saber, chef des Bebbab, 
qui était alors prisonnier à Barcelonne. Le comte de cette ville 
relâcha Morghem, négocia une alliance entre luietOthman, leur 
fournit un navire moyennant la promesse d'une somme d'argent, 
et les fit débarquer sur la côte de Tripoli^ Othraan passa avec 
son compagnon dans la région occupée par les Debbab et, par- 
venu aux montagnes habitées par les Berbères, il annonça ouver- 
tement ses prétentions au trône. Soutenu par tous les Arabes 
debbabiens, il essaya, mais en vain, de réduire la ville de Tri- 
poli, et, s'étant ensuite procuré l'appui d'Ahmed-Ibn-Abi-'l- 
Leil, cheikh des Kaonb, il marcha avec lui contre Tunis. Cette 
tentative n'eut aucun succès, le parti hafside étant encore très* 
puissant en IfrYkïa tandis que celui delà dynastie d\\bd-el-Hou- 
men avait cessé d'eïister depuis de longues années. Othman 
mourut dans Mie deDjerba. Son*fils, Abd-es-Selam, y mourut 
ensuite et laissa trois enfants dont le plus jeune, nommé Ahmed, 
se fit artisan. Après avoir été ballotés par la fortune et jetés de 
pays en pays, ces frères revinrent h Tunis, pensant que ^histoire 
de leur aïeul y serait tout-à-fait oubliée. Le sultan Abou-Tahya- 
Abou-Bekr, ayant appris qui ils étaient, les fit emprisonner pen- 
dant quelque temps et, en Tan 744 (1343-4), il les bannit à 
Alexandrie. Ahmed rentra en Ifrîkïa et, s'étant fixé dans Touzer, 
il exerça le métier de tailleur pour avoir de quoi vivre. Les 
Kaoub s'étant mis d'accord avec leurs alliés et confédérés, les 
Attlad-eUCos et toutes les branches des Allac, appelèrent Ahmed 
au milieu d'eux et le reconnurent pour sultan. Après lui avoir 
fourni une espèce d'équipage royal, composé de quelques tentes, 
de beaux habits, de chevaux de main et d'autres marques de 
commandement, ils l'entourèrent du cérémonial usité à la cour, 
campèrent auprès de lui et partirentensuile pour aller cambaltre 
Abou-'l-Hacen *. 



1 Yoy. tome u, p. 403. 
*yoy. tome m, p 33. 



S66 aitTOIRI Dit BIRBftUS. 

En l'an 748, ce monarque quitta son camp près de Tunis, 
après avoir célébré la fêle du Sacrifice (milieu de mars 4348), 
et marcha coptre les insurgés. Quand il eut débouché du Th^nïa, 
col que Ton traverse pour se rendre de la plaine de;Tunis dans 
celle de Cairouan, l'ennemi s^aperçut de son approche et com- 
mença sa retraite. Pendant ce mouvement rétrograde, les Arabes 
se défendirent avec une grande bravoure, mais, parvenu aux 
environs de Cairouan, ils perdirent tout espoir de salut et s'ar- 
rêtèrent avec la résolution de mourir les armes à la main. En ce 
moment, les troupes abd-el-ouadites, maghrouienes ettoudjîni- 
des qui, après avoir été vaincues par lesBeni-Merin, s'étaient 
vues obligées à marcher avec eux, firent inviter secrètement les 
Arabes h livrer bataille au sultan le lendemain , en déclarant 
qu'aussitôt le combat engagé, elles iraient se ranger de leurcdté, 
drapeaux déployés. Le 8 Moharrem 749* (4 avril i 348), au point 
du jour, les Arabes s'avancèrent à l'attaque, et le sultan étant 
moQté à choval, s'entoura de toute la pompe de la royauté et 
marcha à leur rencontre. Aussitôt, le désordre se mit dans son 
armée, dont une grande partie alla se joindre aux insurgés, et il 
dut se réfugier dans Cairouan avec le petit nombre de ses trou- 
pes qui s'était échappé, par une fuite précipitée, à la cavalerie 
arabe. Son camp, son trésor et plusieurs dames de son hdrem 
tombèrent au pouvoir des vainqueurs, qui dressèrent aussitôt 
leurs tentes en cercle autour de la ville pendant que les bandes 
de pillards qui les avaient accompagnés allèrent si^^ eter comme 
des loups sur les contrées voisines. Toutes les parties de l'em- 
pire se trouvèrent ainsi envahies par des nuées de brigands. 
Quand la nouvelle de ce désastre (utconnue à Tunis, les gens du 
sultan et son harem se réfugièrent dans la citadelle. 

Ibn-Tafragutn, qui avait accompagné Abou-1«Hacen dans 
cette expédition malheureuse, sortit de la ville de Cairouan et 
se rendit au milieu des Arabes. Désigné sur le champ pour rem- 
plir les fonctions de chambellan auprès de leur sultan Ahmed - 



* L'auteur ou son copiste a mis ici en Van 729. 



DTHaSTII HttlRIDB. — AB0U-*I,-H1CCR. S67 

Ibo-Âbi-Debbous, il reçut Tordre de partir pour Tunis et de 
mettre le siège devant la citadelle. A son arrivée, il rallia les 
partisans des Hafsides, les bandes de la milice et la lie de la po- 
pulace; il dressa plusieurs catapultes et commença Pattaque de la 
forteresse qu'il avait fait cerner de tous côtes. Bientôt après, son 
sultan, Ahmed, vint le rejoindre. Tous leseRbrtsdes assiégeants 
échouèrent devant la vigoureuse résistance de la garnison. 

[Sous les mors de Cairouan], la discorde éclata bientôt parmi 
les Kaoub, et une partie de leurs tribus étant allée se ranger 
sous les drapeaux d'Abou-M-Hacen, mit ainsi un terme aublocus 
de la ville. Les Aulad-Abi-M-Leil, voyant que [leurs anciens ri« 
vaux] les Aulad-Mohelhel entretenaient une correspondance ac- 
tive avec ce sultan, s*en étaient inquiétés au point d'autoriser 
leur chef, Abou-']-Leil;Ibn-Hamza, d'aller le visiter et de s'ar- 
ranger de manière à faire lever le siège. Comme l'exécution de 
cette promesse se faisait attendre, le sultan conclut ave lesMohel- 
hel un traité par lequel ils s'obligèrent k l'escorter jusqu'à Souça, 
port de mer où sa flotte avait l'ordre de l'attendre. Étant sorti 
de Cairouan h la faveur des ténèbres, il marcha en ordre de ba- 
taille avec ses nouveaux alliés et parvint à sa destination. 

Ibn-Tafragutn , averti de cet événement, s'embarqua de 
nuit, pour Alexandrie, et abandonna le siégequ'it avait entrepris. 
]bn*Abi-Debbous resta consterné de la fuite de son ministre ' 
tous ses partisans se dispersèrent et la citadelle se trouva dé- 
gagée. 

Vers la On du mois de Rebiâ second <, Abou-'l-Hacen entra au 
port de Tunis et commença sur le champ à faire réparer les mu- 
railles de la ville et à les entourer d'un fossé; sage prévoyance 
qui mit la place en état de mieux résister à l'avenir. 

Ce fut ainsi que, par la volonté de Dieu, le sultan mérinide se 
releva de sa chute et conjura les suites du desastre qui faillit le 
perdre à Cairouan. LesAulad-Abi-'l-Leil et leur sultan Ahmed- 



' Le texte porte de Djomada, Voy. t. m, p. 36. 



t68 HISTOIRE DBS BtlBÈRBS. 

Ibn-Âbi-Debboas se montrèrent bientôt sous les murs de Tunis 
et en commencèrent le siège, mais les Mohelhel restèrent fidèles 
àÂbou-4-HaceuetjusliGèrentla confianceqn'il leur avait accor- 
dée. Quelque temps après, les fils do Hamza-Ibn-Abi-'l-Leil 
changèrent d'avis et résolurent de faire leur soumission. Danslo 
mois de Chftban(oct.-nov.43i8), leur chef, Omar, alla voir le sul- 
tan et, pour lui prouver son obéissance et celle de sa tribu, il lui 
livra Afamed-Ibn-Âbi-Debbous. Lesultan enferma le prétendant, 
accueillit leur repentir et maria son fils, A|3ou-'l-Fadl, h la fille 
d'Omar-lbn-Hamza. Dans la suite, cette tribu se montra tantôt 
dévouée, tantôt hostile au gouvernement mérinide. 



CONSTIRTIHB BT bougie R^PODIENT la domination MfiRINIDB 
ET RENTRENT 80D8 l'aUTORITÉ DBS HAFSIDBS. ' 



Enl'an747 (13i6-'i), El-Padl^ fils de notre seigneur Abou- 
Yahya-Abou-Bekr, conduisit à Tlemcen sa sœur-germaine, 
fiancée du sultan Abou-'UHacen. Il était encore en route quand 
il apprit la mort de son père. A son arrivée, le souverain méri- 
nide lui fit l'accueil le plus empressé et le combla d'égards et de 
faveurs. Voulant le consoler de la perte qu'il venait de faire, il 
lui fit entendre^ d'une manière vague, que le gouvernement du 
Maghreb l'aiderait à monter sur le trône de ses aïeux ; aussi, 
quand il entreprit son expédition contre l'ifrtkïa, le prince hafsi - 
de s'attendait à être bientôt mis en possession de ce ro- 
yhume. Cette espérance ne s'accomplit pas : après avoir vu le 
sultan s'emparer de Bougie et de Constantine et l'avoir suivi jus- 
qu'à Tunis, EUFadl dut se contenter du gouvernement de Bône, 
ville où il avait déjà commandé du vivant de son père. D'après 
l'ordre d'Abou^'UHacen, il s'y rendit sur le champ, mais il gar- 



1 Voy. tome m, page 36. — Ici le texte arabe porta vers la fin dû 
Djwnadù, 



BT1VA8TIB SÈUIHDB. *-<- ABOO-^L-HACEK. 269 

(la dans son cœur une profonde rancune et le désir de se venger. 
La défaite du sultan aux environs deCairouanlui inspira la pen- 
sée de s'emparer du royaume paternel par la force des armes, el 
bientôt il trouva une occasion qui favorisa ce projet. 

Les habitants de Bougie et de Constantine supportaient avec 
impatience la domination des Mérinides, peuple dont la conduite 
dure et hautaine contrastait d'une manière fâcheuse avec l'admi- 
nistration douce et indulgente à laquelle le gouvernement hafside 
les avait habitués. La nouvelle de la déroute de Cairouan leur 
donna le courage de secouer le joug qui les accablait. Eo ce mo- 
ment', la ville de Constantine était [remplie d'étrangers : une ca- 
ravane partie du Maghreb venait d'y arriver avec plusieurs dé- 
putations et quelques troupes du même pays qu'un des jeunes 
fils du sullan conduisait à Tunis par l'ordre de son père.Les gou- 
verneurs des provinces maghrébines qui devaient rendre compte 
au sultan de leur administration et lui remettre es impôts qu'ils 
avaient perçus, y étaient déjà depuis le commencement de l'année. 
On y voyait aussi plusieurs chefs chrétiens chargés par leur roi , le 
fils d'Alphonse, de remettre au sultan Abou-'l-Hacen un autre de 
ses fils, l'émir Tacheftn. Ce prince, qui avait l'esprit dérangé, 
était resté prisonnier chez les chrétiens depuis la fatale journée 
de Tarifa; mais., maintenant que la paix s'était établie 
entre les deux souverains, que leur amitié avait été cimentée par 
de riches cadeaux et que Tlfrlkïa était tombée au pouvoir des Mé- 
rinides, il avait obtenu l'autorisation d'aller rejoindre son père. 
Les chefs qui l'accompagnaient devait complimenter Abou-'l« 
Hacen au nom de leur mailre et le féliciter du triomphe de ses ar-* 
mes. Il y avait encore une députation des gens de Melli, princes 
des peuples nègres de l'Occident. Elle venait de la part de leur 
roi, Mença-Soleiman, afin de complimenter le sultan sur la con- 
quête de rifrlkïa. Enfin, YouçoMbn-Hozni, émir et administra- 
teur du Zab, s'étant mis en route avec l'intention de porter au 
sultan le revenu de cette province, apprit l'arrivée de ces envo- 
yés à Constantine et jugea convenable de s'y rendre aussi afin de 
les accompagner jusqu'à la cour. Tout ce monde se trouvait réuni 
dans la ville et entouraient de leurs respects les deuxfils du sultan. 



S70 HISTOIRE DBS BIRBftRBS. 

• 

Les fortes sommes provenant des impôts et les autres riches- 
ses dont ces députations étaient chargées avaient déjà excité la 
cupidité * de la populace quand on apprit la défaite du sultan 
auprès de Cairouan. A cette nouvelle, les gens du peuple se tin- 
rent prêts à piller les trésors de la caravane, pour se venger, di- 
saient-ils, de la tyrannie des Mérinides. Pendant ce temps , 
leurs cheikhs, avertis qu'El-Fadl venait de lever le masque et de 
se déclarer indépendant, expédiaient un messager h Bône pour 
inviter ce prince à venir sans retard aQn de prendre lecomman- 
dementde leur ville. Les Mérioideset leurs amis ayant su qu'El- 
Fadl approchait à grandes journées, s'enfermèrent dans la cita- 
delle avec les fils du sultan, et Ibn-Mozni courut se mettre en sû- 
reté au camp, où il avait laissé un corps de troupes sous les or- 
dres de Yacoub-Ibn-Âli, émir des Douaouida. Les habitants de 
Gonstantine affectèrent de prendre la défense des Mérinides afin 
de leur inspirer une fausse sécurité et donner à £l-Fadl le temp» 
d'arriver ; puis, à la première vue de ses drapeaux, ils entourè- 
rent la citadelle , forcèrent la garnison à capituler et l'envoyè- 
rent [avec les ambassadeurs] au camp de Yacoub-lbn-Ali, après 
les avoir complètement dépouillés, au mépris du traité qu'ils ve- 
venaient de conclure. 

D'après les conseils d'Ibn-Mozni, tous ces voyageurs l'accom- 
pagnèrent à Biskera d'où ils pouvaient se rendre plus facilement 
auprès du sultan. Us se mirent en route, escortés par Yacoub- 
Ibn-Ali, dont l'autorité s'étendait alors sur tout le pays ouvert. 
Quand ils furent arrivés à Biskera, Ibn-Mozni les traita delà 
manière la plus hospitalière et pourvut abondamment à leurs 
besoins, en se réglant d'après le rang de chacun et l'importance 



* A la lettre : leurs lèvres suintaient le lait ; tournure analogue à 
l'expression française: cela leur faisait venir Veau à la bouche. En 
anglais, on dit de la môme manière : that maJe iheir teeth water 
{cela leur faisait suinter Veau des dents). 



DTVASTfB MtBIKIDI. — IBOU-VbACBH. VU 

plus OU moins grande que chaque ambassade devait avoir aux 
yeux du Bultan. Dans le mois de Redjeb[sept,-oct. 4348] ils ar- 
rivèrent à la cour, sousla conduite de Yacoub-Ibn-Âli. 

Bougie s'empressa de suivre l'exemple donné par Constantine : 
la populace mit au pillage les logements occupés par les gens du 
suUani par ses troupes et par ses officiers d'administration ; puis, 
ayant dépouillé tous ces malheureux, elle les chassa hors de la 
ville et les laissa partir pour le Maghreb. L'émir £l-Fadl< reçut 
par un courrier extraordinaire la nouvelle de cet événement et 
l'invitation de se rendre à Bougie sur le champ. Il confia aussilAt 
le commandement de Constantine et de Bône à deux officiers de 
haut rang et d'une fidélitééprouvée auxquels il avait accordé son 
amitié. Arrivé à Bougie dans le mois de Rebift (juin ou juillet 
4348), il y releva le trône de ses ancêtres, mais il ne le conserva 
pas longtemps. Nous parlerons ailleurs de ce qui se passa plus 
tard entre lui et le sultan. 



LBS PILS DU SOLTAN USUBPENT l'aUTORITÊ 8UPBÈ1IB DANS LB 

■AGBRSB CBIfTBAL BT DANS LB MAGHBBB-EL-ACSA* ABOU- 

BINAN BESTB HaItSE DE CBS DBUX PATS. 



L'émir Abou-Einan, fils d'Abou-'l-Bacen et gouverneur du 
Maghreb central, ayant vu arriver dans sa ville de TIemcen plu- 
sieurs débvis de l'armée de son père qui étaient revenus de l'If- 
rfkïa, les uns par bandes, les autres isolément, et tous dans le 
plus grand dénuement, ajouta foi aux bruits qui couraient dans 
le public et, sous l'impression que le sultan avait perdu la vie à 
Cairouan, il résolut de s'emparer do tout le royaume à l'exclu- 
sion de ses frères. Comme il avait mérité l'estime et l'affection 
de son père par la régularité de sa conduite, par sa piété et par 



^ Deux fois dans le texte arabe de ce chapitre on a imprimé Abau 
l-Padl, à la place d'E^-FadL 



272 HISTOIRE DES BBEBBSES, 

sa profonde connaissance da Coran, il pouvait avec jastîce aspi- 
rer an trône. 

Nous avons déjà parlé d'Othman-lbn-Yahya-Ibn-Djerrar, 
cheikh des Aulad-Tîdoukcen-Ibn-Tâ-ÂlIahS tribu abd-el-oua- 
dite, et mentionné qu'il jouissait d'une certaine considération à 
la cour. Cet homme, ayant obtenu du sultan Abou-'l*Hacen ia per- 
mission de rentrer en Maghreb, quitta le camp, à £l-Mehdïa et, 
arrivé à Tlemcen, il alla se loger dans le Zaouïa^ d'El-Obbad. Aus- 
tère de mœurs, compassé dans toutes ses actions, profondément 
versé dans l'histoire des temps anciens' et singulièrement taci- 
turne, il donna lieu de croire [par son savoir et sa tenue,] quUl 
prévoyait l'avenir. 

Abou-Einan, qui avait un extrême désir de savoir ce qu'était 
devenu son père, crut obtenir de cet homme quelques renseigne- 
ments à ce sujet, et, Payant envoyé chercher, il lui fit un accueil 
plein d'affabilité. Ibn-Djerrar n'était pas bien disposé pour le 
sultan : aussi, ne manqua-t-il pas de donner carrière à son ima- 
gination et d'adresser M'émir plusieurs paroles qui lui laissaient 
entendre la chute de son père dans un abîme ; ensuite, il lui offrit 
des félicitations sur son prochain avènement au trône. Voyant 
qu'Abou-Einan prétait ii ses discours une oreille attentive, il se 
conduisit avec tant d'adresse qu'il s'empara bientôt de son es- 
prit. Quand la nouvelle du désastre de Cairouan parvint à Tlem- 
cen, il fut tellement convaincu de la mort du sultan qu'il con- 
seilla à l'émir de saisir l'autorité suprême avant qu'elle ne tom- 
bât entre les mains de ses frères. Il rapporta en môme temps les 
bruits qui couraient dans la ville au sujet de la mort d'Abou-'l- 



^ Voy. tome ni, page 420. 

• Voy. tome i, page 83. 

3 Djohétna-ta-Khabr-^n (historien aussi véridique qu'un membre de Im 
tribu des Djohiïna), Un proverbe arabe dit ; anda DjehéïncL-4''il^kha'^ 
bro-'l-yakin ( chea les Djohéina on trouve les^ bons renseignemMits .) -^ 
(Spécimen hist. arab. de Pocoke, édition d*Oxford, 4806, p. il. 



DYMASTIB HKRMIDE. -*- ABOC-'l-RACEM. 273 

HaeeB. Ahouc-Binan s'y laissa enfin décider qaand il sat qa<) le 
gouverneur des proTinces lAaghrebines et commandant de Fer, 
NmirMansour, fils d'Abou-Mélek el petit-fils du sultan, avait 

profité du départ des troupes et des chefs mérinidcs pour s'em*- 
parer|dn pouvoir, et qu'il venait d'ouvrir le bureau des gratifiça^ 
lions et d'enrAler des cavaliers et des fantassins, sons le prétexte 
peu croyable d'aller an secours de son grand-père. 

EUBacen-lbn-Soieiman-lbn-Irztguen;. gouverneur de ta cita^ 
délie de Fez ei chef de la cavalerie qui faisait la police'de la cam- 
pagne, s'apef eut du projet de Mansour eft sollicita Tautorisation 
d^aller joindre le sultan. Cette faveur lui fut accordée sansdifli* 
eoUé, tantle jeune prineo désirait Véloignement d'un homme 
aussi puissant. En partant, H reçut de Mansour l'ordre d'emme-*' 
ner avec lui les administrateurs des tribus masmoudiennes et 
des provinces marocaines, vu que ces officiers avaient à remettro 
au snifan les impôts qu'ils venaient de recueillir. 

Quand cette compagnie de voyageurs arriva dans Tlemcen, 
Aboti-Einan, maintenant bien décidé à prendre en marn l'auto- 
rité suprême, saisit l'argent qui lui était venu sr b-propos et, 
s'étant emparé des trésors que son pèrre avait laissés dtfMf Itf 
Mansoura, il se fit proclamer sultan. Ceci eut lieu dans le mois 
do Hebifl [premier] 749 (juin 4348). Étant alors monté aur i^ 
trAne, dans la grande salle du palais, il reçut des hauts fonction* 
nanres de l'empire le serment de fidélité. On lut ensuite auxassrs^ 
tants l'engagement qtie ces chefs venaient de prendre, et quand 
tiMles les classes inférieures eurent suivi leur exemple, on leva 
faséanco. 

Le nouveau sultan, ayant posé les bases do son autorité, sfor^^ 
lit à cheval, au milieu des insignes do la royauté et marcha, h la 
(été i^an cortège magnifique, jusqu^au Kiosque do rhippodrèniv 
[CohbB^t^t'Metdb). A ce spectacle inattendu», le peuple fut safsi 
de eoneternation et se dispersa de. tous les côtés. Bacen^lbn-So'^ 
leiman-Ibn-Irzîguen fut nommé vizir , Fares-lbn-Meimoun-lbn* 
Ouedrar lui fut adjoint comme lieutenant, mais Othman-lbn- 
Dîavrar obtint la préséance aur ces deux: mmtstfes. Le secrétaire 
Aboo-Abd-AlIah-lbn-llohammed, pe(it-fils du cadi Abd-*Altalf^ 

T. nr. 18 



274 HtSTOIRB DES BBRBEEBS. 

IbD-AbUOmar, devant Pami et le conGJt^nt du souverain. Nous' 

» 

donnerons plus tard une notice de ce personnage. 

Abou-Einan ouvrit alors le bureau des izratifications, enrôla 
tous les soldats de son père qui s'étaient réfugies dans Tletncen 
et leur fournil les chevaux, les habits et les gratifications d'u-* 
sage. Pendant qu'il organisait ainsi une armée aGn d'envahir le 
Maghreb, il apprit* que Ouenzemmar^bn-Arif-Ibn-Yahya, émir 
des Zogbba, ami intime du sultan Abou-'l-Hacen et commandant 
de tous les nomades de l'empire, avait rassemblé ses Arabes 
ainsi que les Zénata du Maghreb central et qu'il marchait sur 
Tiemcenavec I intention de soutenir la causé do son mattre et 
d'étouITer, par les armes, la révolte qui venait d'y éclater. A. 
cette nouvelle, AbourEinan donna au vizir El-Hacen-Ibn-Solei- 
man le commandement de l'armée et l'envoya à la rencontre de 
Ouenzemmar; Il mit aussi à sa disposition toutes les fractions des 
Béni' Amer qu'il avait sous la main, sachant que cette tribu était 
toujours la rivale et l'ennemie des Soueid, la grande tribu zogh- 
bienne. Le vizir alla prendre position h Teçala et, après avoir 
repoussé Ouenzemmar, qui était venu l'attaquer, il poursuivit si 
Tivement les troupes de son adversaire qu'il leur enleva tentes, 
bagages et troupeaux. S'étant chargé des dépouilles de l'ennemi, 
il revint auprès d'Abou-Einan, qui nomma aussitôt Othman-Ibn- 
Djerrar gouverneur de Tlemcen, l'installa dans le Vieux-Châ« 
teau [El'Casr'-el^Cadim) ';et partit pour le Maghreb. Ibn-Djer- 
rar resta au pouvoir jusqu'à l'arrivée d'Othman-Ibn-Abd-er- 
Bahman, le prince abd-el-ouadi te [qui monta ensuite sur le trône 
de Tlemcen]. Nous avons raconté la chute d'ibn- Djerrar dans 
notre histoire de cette dynastie. 

Quand Abou-Einan fut parvenu à la rivière d'Ez-Zitoun, on 
Taverlitque son viz'r, EUHaceti-Jbn-Soleiman, avait l'intention 
de le faire assassiner à Tèza, dans l'espoir de mériter ainsi la 
bienveillance d'Abou-'l-Hacen ; on lui dit aussi que C9 ministre, 



I La répétition signalée dans la note (1) du texte de notre auteur- 
est unede ces tournures qui conviennent augémedela langue arabe.. 



DT^NASTIB MiKRlinDB. ^^ AB0U*-'L<DACEN. 275 

ay^nt remarqué le dévouement dont Mansour, gouverneur du 
Maghreb, faisait parade envers Âbou-'UHacen, s^était concerté 
avec lui dans le but de relever l'autorité de ce monarque. Cette 
dénonciation lui parut si étrange qa il hésita d*y ajouter foi, mais 
quand on lui présenta une lettre écrite par le vizir et renfermant 
)a preuve du complot, il ordonna l'arrestation de ce ministre et 
le fil étrangler le même soir. Ayant alors repris sa marche vers 
ie Maghreb, il rencontra auprès du Bou-1-Âdjraf, rivière des 
environs de Tèza, Tarmée de Mansouret la chargea si vigoureu- 
sement qu'il la mit en pleine déroute. Il continua la poursuite 
des fuyards et, dans le mois de Rebiâ second (juillet 4348), il 
prit position contre la Ville-Neuve, forteresse où Mansour 8*était 
enfermé après avoir échappé du champ de bataille et gagné la 
ville de Fez. Ayant rallié pendant sa marche les diverses classes 
de la population qui étaient accourues au«de^ant de lui pour faire 
le«r soumission , il investit la Ville - Neuve et employa une 
fouie d'ouvriers h la construction de machines de siège. 

En arrivant sous les murs de cette forteresse, il avait envoyé 
au gouverneur de Méquinoz Tordre de relâcher les fils d^Abou^'l- 
Oià que Ton détonait dans la citadelle de cette ville ; aussi, ces 
princes arrivèrent au camp bienfAt après, et y restèrent pendant 
toute la durée du siège. La population de la place, voyant que 
ses approvisionnements allaient s'épuiser et que les troupes 
d'Abou-Einan continuaient Tattaque avec autant d'opiniâtreté 
qu'auparavant, ne sut plus quel parti prendre ; la désunion se 
glissa parmi eux et leurs chefs les plus influents passèrent 
aux assiégeants. Alors, Idris, iilsd'Othman-Ibn-Abi-'l-Olâ, s'en- 
fui t du camp, à la tête de ses gens et oiïrit ses services aux habi- 
tants de la Ville-Neuve. En agissant ainsi, il ne fit que suivre 
l'ordre d'Abou-Einan qui lui avait dit en secret d'entrer dans la 
place et d'y excitor une sédition afin d'en accélérer la chute. 
Idrts remplit ses instructions et, dans la confusion produite par 
sa révolte, la Ville-Neuve fut prise d'assaut. Mansour se rendit 
à discrétion ; il fut conduit dans une prison et mis à mort par* 
l'ordre du vainqueur. 

Aussitôt qu'Abou-Einan se fut rendu mattre de la capitale, 



^79 biSTOlRB BÇ6 P£l|BÈ|lfiS. 

((uit#«tfis prpvinces dq Maghreb raçoDuqreDi son «uiprité ai le» 
Q^Pdbr^iis^^ villes de pçmpire rivalisèrent d'emprass9meiit à liM 
«^pédi^rleMrs hommages et leur^ félicitations. Pendant quQlqiU) 
leinps, Çeula demeura fidèle au suUap Âbou-'i-Hacen» maiç, à 
)a fin, Ifl^ babilants ^'insurgèrent contre leur gouverofsur, Abdr 
4tlah-lbn-AU-Jbp-Said, qfftçii^r du çorpç de3 yiairs, et, l'envo^ 
Jurent prisonnier à Témir Abou«Einan dout ils proolapoièrQiit $^us* 
^i^^t \^ souveraineté. Le principal inenei^f de ce inouveçient fi^\ 
leur çhet Abpu*'l-Âbba^*Âbn3ed*IbQ-Moh^(Qn3ed-|bn*Ra(d de la 
f^^^ille 4* Abou-^'s-Cherlf, branche de la grande famille des cbé- 
fjfsquj descendent d'EUHacen [petit-fils de Mahamni^et] L^ 
4boi|^>-Ch^rtf a^yaient hal:^ité la Sicile avqnt de s'établir d^f\f 
Çfuta. 

Ahpu^Pipaq, se trouvant s^jn^i ipîiftre di^ ifçy^ua^e d^ Haghreib, 
r«^UU Mtour de lui tous les Mérinides, à Texception de çeuxquj> 
ne voulant pas abandonner leur sultan, étaient feaiéa a Tuftia.^ 
Cette révolution mit Abou^'l-Bftcen dan$i Timpos^ibililé dechA^ 
lier h réiyoUe des Kaoub ; aussi, ^e tint-il dans Tunia, pensant 
que 1^ fojrtuue lui deviendrait f^CQre {avor4)tla« PeAdani ^ 
temps, les provinces^de TAfriq^^lui échappèrent sucoessi veinent 
et dba nouvelles révoltes ne ceasÀrent d'y éclater jusqu'à ce que, 
ay^Pl perdu Tespoirde caoserverce pays» il partit pour 1^ Ma- 



BÉVOLT^S ftANS US PKOVmCKS. — RaTABLIS-MHEIfT DBS B^NH 

ABD-^IL-OCAD DANS TLEBCHK, DBS KACBBAODA DANS L^ PAYS 

DO CBBLIF BT DIS TOUpJÎN DAIVS MÊD&A. 



Aprèg la défaite du sultan à Gairouan et la dissolution dies 
Kai^ qui tes^ient ei»skear^bte les. tcou(¥^ des diveFa«& natiojaa <et* 
f^tie^nea., qhacm de Ç4j& çpfp^ tU^t gqi^il $ar |^ ï^^swes q^'il 
4w«Vl Pfiejjdirfi ppiiç assurai: ^w {v^opiici ^(^lutet celui de ses. ci- 
liés. S'étant maintenant joints aux Kaoub, ap^r^ ?tVok ^^> 
p^t l^j^ d4JJBçUoi> ^ rev^r^ qui ^ceahl^ 1# sflttjq, tW m àé^è- 



DYNASTIE XfiRINIOS. — AHOU-'L-HACEN. Î7T 

rent kmarehér sar Taàis arec Ibn-Tafraguîn el de se rendre eo 
saite dans leurs pays respectifs. 

Abou-'l-Haceù aVail emmeiiéèb IfrikYa plusieurs de leurs chef» 
de tribu et, dafis le bomhre se irouvèrent quatre frères : [Aboù-* 
8atd']0tbmaD, [Abou-Thabel-] Ëi-ZâYm, Youçof el Ibrahim ^ 
princes dont le père^ Abd-or*Rahman, était fils de Yahyabt pcf* 
tit-fils de Yaghmoraoen-IbD^Zian, sultan des Beni-Abd-el-Ouad. 
Tombés au pouvoir d'Abou-'l-Haceiïtf lors delà prise de Tlem-^ 
cen, et envoyés à Algéciras pour combattre, les chrétiensf ils 
avaient obtenu de lui, après la chute de cette ville, la permission 
de rentrer dans leur tribu, et s^étaiei>l ensuite rendus à Gai 
rouan sous le drapeau du même souverain. 

On remarqua aussi parmi cds chefs Ali, fils de oe Bached^bn*» 
Mohammed-lbn-Tbabet-Ibn-Mendil dont no^js avons déjà racontii 
l'histoire *• Devenu orphelin de bonne heure, Ali^Ibn-Hached 
fut élevé à la cour de Fez ; il y passa sa jeunesse entouré des 
f oins les plus lendresi et, en grandissant sous lès yeux du sul* 
tan, il s'habitua aux Mérinides comme s'il n'avait jamais connu 
d'autre famille que la leur. 

Les Beni-Abd-el-Ouad, s'étant assemblés à Tunis, élurent pour 
chef Othraan, filsd'Abd-er-Rafaman, parce qu'il était l'alné des 
quatre frères dont nous venons de mentionner les noms. Ce fut 
dans la banlieue de cette capitale, aopràs du côté Oriental à% 
Vieux-Uosalla el dans une position d'où Ton découvrait la plaine 
de Sfdjoum que cette réunion eut lieu et qu'Olhman fut inauguré, 
séance tenante. Pour accomplir cette cérémonie^ on posd par 
terre un bouclier lamtien* sur lequel on le fit asseoir ; puis, on 
l'entoura de tous côtés et Von se courba pon r lui baiser la mdin. 
Les Maghraoua prêtèrent ensuite le eferiïient de fidélité à l'émîr 
Ali-Iba-Rached^ en se pressant autour de lui. Alorsy les deui 
peuples se pardonnèrent le sangqui avait été répandu dans leurs 
anciennes querelles et, s'étanl engagés h se traiter 6n aàiitf et k 



> Yoy. p4 145 de ce vol, et tome ni^ p. 319. 
« Voy. t. in^ p. W3. 



278 HISTOIRE DES BERDERKS. 

se soutenir dans Teotrcprise qu'ils allaient tenter^ ils prirent en <» 
semble la route du Maghreb. 

Arrivés, sous la conduite d^Ali-Ibn-Rached, dans leur pays, la 
plaine du Chelif, les Maghraoua soumirent les villes de celte ré-^ 
gion et s'emparèrent de Ténès d'où ils expulsèrent les troupes 
du sultan et tous ses partisans. Us firont mourir Serhan, cadi, de 
Hazouna qui, après avoir soutenu dans cette vîHe la cause d'A- 
boir-'l-Hacen, s^y était rendu indépendant. 

Othman-Ibn-Abd- er-Bahman et ses Beni*Abd-eI-Ouad conti- 
nuèrent leur marche jusqu'à TIemcen, naguère siège de leur em- 
pire, et y trouvèrent Ibn-Djerrar établi comme souverain. Aus- 
sitôt après le départ d*Al)Ou-Einan, cet homme avait pris le titré 
de sultan et encouru la haine des habitants qui le virent avec in- 
dignation s'établir sur un trône auquel sa naissance ne lui don- 
nait aucun droit. H s'était toutefois maintenu au pouvoir pen- 
dant quelques jours et il espérait que sa tribu viendrait à son 
recours quand il se vit tout-à-coup assailli par l'armée abd-él- 
ouaditede l'émir Othman* La populace s'insurgea à l'instant 
même, brisa les portes de la ville, se précipita au-devant de ses 
compatriotes et conduisit le descendant de leurs anciens rois au 
palais de ses aïeux. Cette révolution eut lieu dans le mots de Djo« 
mada 749 (août-sept. 4348). Les habitants accoururent par ban- 
des au pied du trône et prêtèrent le serment de fidélité àMeur nou- 
veau souverain. Dans l'intervalle, Ibn-Djerrar avait disparu, 
mais on le découvrit enGn caché dans une des cabinets de la 
résidence royale. Traîné dans un cachot, il y mourut, noyé par 
les eaux qu'on y fit couler exprès. 

Le sultan Abou-Satd-Olhman partagea l'autorité suprême 
m vec son frère, Abou-Thabet^ez-Zaïm, et, l'ayant choisi pour 
lieutenamt, il lui confia le commandement de l'armée, de la cam- 
pagne et de la population nomade. H choisit pour vizir son pa- 
ient Yahya-IbnDawoud-Fbn-Megguen, de la famille de Moham^- 
med-Ibn-Tîdoukcen-Ibn-Tâ-AlIah. 

Les Abd-el-Ouad, ayant ainsi rétabli leur empire, envoyèrent 
une députation de cheikhs auprès de l'éaiir Abou-Einan, sultan 
des Beai-Merin, et, par l'entremise de ces agents, ils conclurent 



DYNASTIE HERIMDE. — ABOU-'L-HlCfiN. 279 

Un traité de paix par lequel ils s'obligèrent h repousser le sultan 
Abou-'l-Hacen, s*il tentait h passer dans le Maghreb. Ils marchè- 
rent ensuite contre Ori.n, forteresse qui avait fait partie de leurs 
états et, après un siège de quelques mois, ils forcèrent le gouver- 
neur àcapituler. Cet officier, qui était un desclients ^du sultan, 
ae nommait Obbou-lhn-Djana, et le corps de troupes qu4I com- 
mandait avait été installé dans la place par Abou*'l-Hacen. 

Les habitants d'Alger mirent leur ville en état de défense et 
restèrent fidèles au sultan Abou-M-Hacen qui, étant rentré à Tu« 
ois après le désastre de Cairouan, leur avait envoyé comme goiH 
verneur Mohammed- Lbn-Yahya-el-Acheri, ancien serviteur de 
son père. 

Vers la même époque, Adi-Ihn-Youçof, petit-fils deZfan-Ibn- 
Hohammed-Ibn-Abd-el-CaouY, parut à Timproviste dans Médéa 
ei rétablit le royaume de ses ancêtres en s'y faisant proclamer 
sultan» La population de Ouanchertch, boulevard de lempire ton?- 
djinide, repoussa ses prétentions parce qu'elle avait déjà pour 
chef un membre de la famille d'Omar-lbn-Othman, ancien chef 
de la tribu des Beni-Tlgherin ; mais les Aalad-Azîz autre tribu 
toudjinide, établie dans la campagne de Médéa, embrassèrent le 
parti d'Adi et se rallièrent autour de son drapeau. Ce chef passa 
le reste de sa vie à combattre les fils d'Omar-Ibn- Olhman, les* 
quels se maintinrent dans le commandement des Beni-Toudjtn et 
gardèrent leur fidélité envers le sultan Abou*'l-Hacen. 

Pendant ces changements, Abou-'l-Hacen était resté à Tunis,. 



1 Clients : le mot arabe est £^Uji0, de la racine ^â^ {faire). Ce 
terme est employé par notre auteur pour désigner les officiers sor- 
tis du corps des pages et les autres protégés du sultan, ceux^ en 
un mot, dont il avait fait la fortune. Les pages étaient ordinaire- 
ment des orphelins ; élevés, dès leur première jeunesse, sous les 
yeux du sultan, ils oublièrent promptement leur origine et n'eurent 
plus d'autre tribu, d'autre famille que celle de leur patron et pro- 
tecteur. Presque toutes les dynasties musulmanes entretenaient un 
corps de pages ; celle des Turcs, à Constanlinople^ avait ses /toA- 
^ghlanlar [jeunes gens de l'intétieur du palais). 



y 



^80 HISTPIRS DUS BfiBBÈRBS. 

maift enfin l'houro du départ arriva et il vint débarqmr ^ 
Alger, 



\ LES PRINCBS lABSIDES QUI ATAIHPIT COmUMDÉ JL lOUOIB K7 

A COlfUTARTIRB RSRTBBlfT BN POSfXBSION DI CB8 FO>RTJttia8B8. 



A répoqae où Abou-Einau usurpa le trône de sod pèm, en se 
fifiisantprocIamersaUanJtTlemcen, il avait accordé son amitiéft 
Pémlr Abou-Abd-Allah-Mohammed, fils de l'émir Aboa-Zékérra- 
Yabya et ex-seigneur de Bougie. Renvoyé de cette ville par h 
sultan Abou-*l-Hacen, ce prince hafside avait été condaii à 
Tfemcen oit il fit la connaissance d^Aboa-£inan. Cohii-ct, étant 
devenu souverain, n^oublia pas son ami : il le nomma goerer-' 
neur de Bougie, hii fournit des armes et deTargenl en quantité 

suffisante, et PenVbya prendre possession de la ville. En quittant 
son bienfaiteur, Abou-Abd-Alfah prit rengagement de s^opposer 
à la marcbe d*Abou-1-Haceu dans le cas où ce monarque quitte- 
rait Tunis pour se rendre en Maghreb. 

Parti d'Oran avec la flotte qu'Abou-Einan avait mis à sa dis- 
position, il débarqua au port de Tedellis et fit son entrée dans tar 
ville. Les Sanbadja qui habitaient la campagne de Bougie abatr^ 
donnèrent aussitôt l'émir Abou-'l-Abbas-el-Padl et accoururent 
sous les drapeaux de son neveu, Abou-Abd-Allah, duquel ils se 
rappelaient les bienfaits et dont ils avaient vu régner le père. 

L'émir Abou-Binan avait emmené de Tlemcen en Maghreb 
l'émir Abou-Zeid-Abdi-er-Rahman , fils d^ Témir Abou-Abd- 
Allah et ex-gouTerneur de Gonstantiae. [Arrivera Pet], il adnailoe 
prince et ses frères dans son intimité et, quand il eut enlevé la 
Ville-Neuve h son neveu Mansour, il les envoya tous dans leur 
pays, afin de créer encore un nouvel embarras à son père. Dana 
la nombre de ces princes se trouva notre seigneur lesultao régnant^ 
Aboa-*l«-Abbas, celui dont Dieu s'est servi pour restaurer Vpm^ 
pirebafside. 

Leureffranchi,Nebtl, autrefois chambellan de feur père, les 



DTKASTIB ■ÈUIHDB. <^-« ÀtOD-^L-HACBN. S84 

devança auprès da prince Âbou-Abd-Allab qui faisait le siège do 
Bougie et, delà, il partit pour Conslantine, ville dont Âbou-'l- 
Abbas-el-Fadl avait obtenu possession. A son approche, les ha- 
bitants senlirenl renattre dans leurs ocBOrs l'amour qu'il» por- 
taient k Imirs anciens émrs; ils se rappelèrent la doucear de 
leur administration et se décidèreot à déposer le gouverneur 
qu'Abou-'l-Fadl leur avait donné. Aussi, quand Nebîl parut 
sous les murs de leur ville, ils le prirent pour chef, reconnu- 
rent son maître pour leur souverain et renvoyèrent tous les 
officfers d^Rl-Fadl. Nebîl ayant obtenu possession dfe Cotl^-*' 
tantineet des régions qui en dépendent, y rétablit la dotninaCmtt 
dé l'émir Abou-Zeid et de ses frères. Arrivés au stége âet leu^ 
gouvernement, ces princes y trouvèrent leur autorité reconnue 
et virent leurs drapeaux flotter sur toutes les parties de la pro^ 
vince. Il descendirent donc au palais ausst naturellement que 
descendent les iiùns dans teors tanièred ou les autres sûtrs l'bo^ 
rizon. 

Aboa-ÂËcl- Allah élant parvenu h rassembler ses amis et ded 
partisans» tint so» oncle [E^Fadl] MoqM dans Bougie pendant^ 
plnsienvs jours ; ensuite, il décampa et, quelque temps après, il 
reeomnoençâ le siège. Alors, dans nnedes nuits du Ramadan 749 
(noiF.-déc. 4348), les amis qu'il avait dans la place ef le^ gens âtt 
people auxquels il avait fait passer de l'argent lui ouvrirent les 
portes du faubourg. Au bruit de^ tambours et de l'irruption des 
trompes les habitants s^éveillèrenl épouvantes et l'émir Abou-'I-** 
Abbas-*el-Fadl s'élantenfui, à pied et sans chaussure, alla^ ^é' 
cacher dans on des ravins de la Gouraïa, montagne qui domine 
la citadelle. Au lendemain, dans la journée, il fut tiré de sa re-^^ 
traite, amené devant son neveu, qui le reçut très-^grâcieusement 
et l'embarqua pour BÔne, siège de son commandement. 

Redevenu mattre de Bougie, Abou-*Abd-Allah monta éUf* le' 
trène de ses aïeux et écrivit, ainsi que lès princes de Gonstan^ 
line; i Abou^Einan pour lai annoncer leur heureux succès. Ils 
lui renouvelèrent, eu même temps, l'assurance de' leur sincère 
dévouement et se déclarèrent en mesure d^empiécher wrt j}èr6 
de pafsser en Maghreb . 




SS2 BISTOIBI DBS BBRBËaiS. 



KN-MACBR, FILS DD SULTAK ABOU-'L-HACEN, SORT DB TUNIS BT 
FAIT, AYBC ARiP-UR-TAHTA, UNB EXPÉDITION DANS Ll MAGHBBB 

CENTRAL. 



Qaand le sultan Abou-U~Hacen vit arriver à Tunis, sous Tes- 
cortede Yacoub-ibn-Âli, émir des Douaouida, ses deux fils, ses 
percepteurs et les ambassadeurs qu^on lui avait envoyés, il ve- 
nait d'apprendre que les provinces du Maghreb s'étaient déta- 
chées de son empire et que plusieurs princes, dont quelques-uns 
appartenaient à sa propre famille, en avaient pris possession* 
Voulant porter un prompt remède h ce fâcheux état de choses, 
il ordonna a son (ils En-Nacer de partir pour le Maghreb central 
afin d'y étouRcr le feu de la révolte et de reconquérir Tempire 
qui lui échappait. Ses alliés, Yacoub-lbn-Âli et AriMbn-Yahya, 
émir des Zoghba, prirent les devants avec leurs troupes pour 
éclairer le chemin. Arrivé à Biskera, £n-Nacer y 6t camper son 
armée; puis, s'étant remis en marche, il traversa le pays des 
Btah et entra dans celui des Zoghba. Ayant alors rassemblé sous 
ses drapeaux les Arabes seaailiés; ainsi que les Toudjîn du Ouan- 
cherîchet quelques autres tribus zenatiennes, il se porta jus- 
qu'à la rivière Oureg, où il rencontra Abou-Thabet-ez-Zaïm qui 
avait quitté Tiemcen à la tête des Beni-Abd*el-Ouad et de leurs 
alliés, afin d'arrêter son progrès. Dans le combat qui s'ensuivit, 
En-Nacer subit une défaite et dut s'enfuir et rentrer à Biskera. 
Arif-Ibn-Yahya se réfugia au milieu de sa tribu, les Soueid, tra- 
versa ensuite le Désert et, arrivé dans le Maghreb- el-Acsa, il 
trouva un accueil bienveillant auprès de l'émir Abou-Einan. De 
Biskera, En-Nacer marcha avec les Aulad-Mohelhel au secours 
de Tunis, ville dont les Aulad-Abi-1-Leilet leur sultan [Abou-'U 
Abbas-]el-Fadl essayaient de s'emparer. Avertis de son approcher 
les assiégeants quittèrent leurs positions pour lui livrer bataille 
etle chassèrent devant eux jusqu'à Biskera. Il resta dans celte 



7{ 

DTNASTtt HâmmDB. — abou-'l-hacbk. ses 

ville pendant quelque temps ei, quand son père se fut rendu de 
Tunis è Alger, il s^empressa d'aller le rejoindre. 



ABOU-^L-BACEN PlRT POUR LB BAGHRBB. — BL-PADL 

S^BMPABE DE TljNiS. 



Abou-1>Âbbas-eUFadl, ayant été gracié par son neveu après 
la prisi3 de Bougie, repartit pour Bône, siège de son gouverne- 
ment et, comme les (ils de Haraza-lbn-Omar lui envoyèrent alors 
plusieurs cheikhs des AuIad-Abi-'ULeil aGn de le pousser à s^em- 
parer de l'Ifrikïa, il consentit à tenter cette conquête et, vers le 
commencement du mois de Choual 749 (décembre 1348), il se 
rendit dans les cantonnements de ces Arabes. Leur cavalerie se 
mit aussitôt à parcourir les campagnes de l'Iirikïa pour y lever 
des contributions et ensuite elle alla camper devant Tunis. Cette 
armée tint la ville étroitement bloquée pendant plusieurs jours; 
mais, se voyant menacée par les Mohelhel, alliés du sultan Abou- 
'1-Hacen, qui approchaient sous la conduite de son fils, En-Nacer, 
le même qui avait évacué précipitamment le Maghreb central^ 
elle quitta ses positions, força ses adversaires à prendre la fuite* 
et recommença le siège pour Tabandonner encore. 

Alors, Khaled-Ibn-Hamza passa avecsa tribu ducAté des Mo* 
helhel et les rendit ainsi bien plus puissants qu'auparavant* Son 
frère, Omar-lbn-Hamza, partit pour TOrient afin d'accomplir le 
pèlerinage, et Âbou-1-Leil, le troisième frère, se jeta dans le 
Désert avecEl-Fadl. Ce prince ne sortit de sa retraite qu'à Pépo- 
que où les peuplades du Djertd reconnurent son autorité. Yoici 
quelques détails relativement à cet événement. 

Quand le sultan Abou-'l-Hacen fut rentré à Tunis après avoir 
effectué son évasion deCairouan, il reçut la visite d'Ahmed- Ihn- 



] Il faut sans doute lire cherrtdouhomy au i^urlel. 



294 BIBTOIKB DBfl BllBfeRB». 

I 

Mekki qui ^tait veau le féliciter et qui dédirait Peo&retedir eu sur- 
jet de la frontière et des révoltes que la volonté du destin 
avait permis d'éclater dans les provinces. D'après les conseils de 
cet émir, il essaya d'y rétablir l'ordre en donnante chaque loca- 
lité un chef dont la famille appartenait à l'endroit , croyant s'at- 
tacher ainsi les habitants et les conserver dans l'obéissance. Par 
suite de ce projet, le gouvernement de Gabes, de Djerba, d'Ël-* 
Hammaetdes contrées qui en dépendent fut accordé à Abd-el- 
Ouahed, fils du sultan Abou-Yahya-el-Lihyani. Ce prince 
pâftit ^oufâa destination avec Ahmed-lbn Mekki, mais, quel- 
ques jours après son arrivée à Djerba, il mourut de la peste qui 
fil tahtde ravages en Afrique cette année-là. Abou-Cacem-tbn- 
Ottou, grand^cheikh des Almohades [hafsides] reçut par la même 
d<icdsionr, le commandement de Tou^er, de Nefta et de toutes leâ 
autres villeâdu Djerfd; s'étaht attiré les bonneâ grâces du sultan 
après la trahison et la fuite de son rival, Ibn-Tafragutn. Aussi- 
tôt arrivé dans Tôtia^ér*, il pai'vinC à inspirer aul habitants du 
Ùjôftd les meilTeurâ sentiments envers les Méi'inicJes. 

LéprtnceAbou-'l-Abbas-el-Fadl, qui avait assiégéTunisdeux 
fois et repoussé les Aulad Mohelhel, entra dans le Djertd Pan 
780 (< 349-80), dans l'espoir d'y établir son autorité. Ô'étârit 
atoi^s adressée Ibn-Ûttou, il lui rappela leur ancienne amitié é^ 
lés nombreul droits que la famille ie^ Safsides avait à sa recon''' 
naissance. Profondément aiïeclé paf les souvenirs que ces paro- 
les réveillèrent dans son cœur, Ibn-Oltoû jeta les yeux sur ses 
membres cruellement mutilés par l'ordre d'Abou-'(-Hacen, et, 
laissant éclater la hainequ'il avait étouffée jusqu'alors, il répu- 
dia l'autorité des^Mérinides et ordonna à tous ses administrés dé 
reconnaître pour leur souverain le seigneur £I-P&dl, fils du sul- 
tan Âbou-Yahya-Abou-Bekr. Les habitants de Tôuzér^ de Gafsa, 
de Nefta et d'El-Hamma s'empressèrent de répondre è cet^e in- 
vitation et prêtèrent tous le serment de fidélité au prince hafside. 
Ibn-Mekki lui-même suivit leur exemple et entraîna l'adhésion 
des habitants de Gabes et de Djerba. 

Le sultan ayant appris qu'El-Padl marchait sur Tunis après 
s'être rendu roatirecié toutes les villes de l'IfilkYa, dn cowçUV de 



DTlfASTIB «Élini»!. — abov-'l-hàciii. SS6 

sérieaset iDquiétudes, et, oédaqt aux ooBseils de ses familiera 
qui Gomptatent ^ur une vie heureuse dans le Maghreb fiussilAt 
que leur matlre aurait recouvré aon royaume, il commeuça %es 
préparatifs de départ. Âyaut approvisionné* plusieurs navires de 
tout ce qui pourrait coqtribuer au bien-élre des voyageurs, il 
B^embarqua l'an 760, au cœur del*hiver,aprèsavoir accompli le 
jeAne du Ramadan (au milieu de décembre 1349). laissant 
k Tunis, en qualité de gouverneur, son fils Abou-4-Fadl. Il cro* 
yait que l'alliance matrimoniale de ce prince avec la famille de 
Bamza-Ibn-Abi-'l-Leil et le commandement qu'il venait de lui 
donner suffiraient pour empêcher la populace de se révolter 
et d'insulter aux Mérinidesqui allaient s'embarquer. Cinq jours 
apbès son départ, il entra dans le port de Bougie pour renouveler 
sa provision d'eau, mais le seigneur de cette ville défendit à 
tous les habitants du littoral de lui en fournir. Les gens du sultan 
descendirent ë terre, les armes k la main, et remplirent lueurs 
tonneaux après avoir chassé les hommes qui gardaient la fon- 
taine. Son navire remit alors à la voile et essuya, la même nuit, 
une tempête affreuse ; balloté par les vagues, il échoua sur le ri- 
vage après avoir eu ses embarcations brisées et mises hor^ de 
service. La majeure partie de ^équipage fut noyée ainsi que plu- 
sieurs des familiers du sultan. Ce prince lui-même fut jeté sur 
Ptiequi se trouve en face du pays des Zouaoua *, et il y passa ta 
nuit avec quelques serviteurs que la mer avait épargnés et qui 
se trouvaient dans un état de nudité complète. Le lendemain, uq 
canot, échappé au naufrage, s'approcha à la rame et les hommes 
qui le montaient prirent le sultan à bor j. Ils y arrivèrent bien à 
propos, car déjà les Berbères accouraient de leurs modtagnes en 
poussant de hauts cris, et s^avançaient pour enlever le pri.nç6 
quand ce bateau vint le délivrer et le transporter à Alger. Ayant 
débarqué dans cette ville et pris quelque repos, Aboù-'Upacen 

' I ^ I II I ^y^T-^^ I * ' I "m I I | i | H | UHHI 1 W Tl lf ' H I »>l ll l »WttW»ir' li ■■li»l»| l ■ b | 1 .»w h »W 

' > Dans le texte arabe il faut l4re (^^^ 
* Cette fie porte sur nos cartçsje ^u)V^ do VUm Pis^, 



SS6 HISTOIAB DSS BBftMRBS, 

disiriboa des véteBueDls aux équipages des navires qui avaient 
été dispersés par Torage ainsi qu'aux amis qui venaient le 
rajoindre. Son fils En^^Naeer partit alors de Biskera. et vint le 
retrouver. 

Quand El-Fadl eut connaissance du départ du sultan, il sorttl 
du Djerid, s'empara de Tunis et força Abou-4-Fadl, fils de ce 
monarque, à s'enfermer dans la citadelle avec ses partisans. Se* 
condé par les habitants, il investit cette forteresse, le 40 de 
Dou-1-Hiddja (24 février 4350], et obligea la garnison à capitu- 
ler. Âbou-'l-Fadl serenditàla tente d'Âbou-'l-Leil-Ibn-Bamza 
et obtint de ce chef une escorte pour Alger. 

Adi-Ibn-Youçoff membre de la famille d'Âbd-el*Caouï qui 
avait usurpé le commandement à Médéa, accourut auprès du sul- 
tan et offrit de lui remettre cette ville en déclarant qu'il s'en 
était emparé pour le gouverner au nom de ce monarque. Cette 
démarche lui mérita son pardon et même sa confirmation dans le 
commandement. Les Soueid, les Hareth, les Hosein et tous leurs 
dépendants vinrent alors du Maghreb pour soutenir le sultan, 
après s'être rénnis autour de Ouenzemmar*Ibn-Arif, chef qui lui 
était toujours resté fidèle. Il reçut aussi la visite d'Ali -Ibn-Ra-> 
ched, émirmaghraouien, qui voulait le poussera combattre les 
Beni-Abdel-Ouad, et qui se disait prêt à le seconder moyennant 
l'assurance d'être confirmé dans son commandement aussitôt que 
la campagne serait terminée. Le sultan refusa d'admettre aucune 
condition, pour ne pas prendre* un engagement qu'il serait tenté 
à rompre plus tard, etl'émir Ali passa aux Abd-el-Ouadites. 

Le seigneur de Tlemcen, Abou-Saîd-Othman, obtint alors de 
Pémir Abou-Einân l'appui d'un corps mérinide commandé par 
Tahya-Ibn-Rahhou-Ibn-Tacheftu-Ibn-Môti, de la tribu des Tir- 
bîghtn. Son frère, Abou-Thabet-ez-Zaïm marcha contre lesultan 
à la tête de ces Mérinides et des contingents fournis par lesBeni- 
Toudjîn. Abou*'l-Hacen avaitquitté Alger pour établir son camp 
àllettdja quand Ouenzemmar lui amena leS; troupes qu'il avait e- 



^ A la place de UIo il faut lire i^lé^. 



DYNASTIE HfiaiNira. — abod-'l-hàcen. ^S81 

\ées dans les caotOKoements des Arabes. Il partit aussitôt pour 
Ghelif et rencontra l'ennemi à ChediouYa. Les Maghraoaa l'at- 
taquèrent avec une grande impétuosité et, dans la mêlée, lui tuè- 
rent son fils, En-Nacer, qui avait soutenu leur charge sans bron- 
oher* Les troupes du sultan, découragées par la mort de ce jeune 
prince, abandonnèrent à l'ennemi leur camp et les tentes de leur 
souverain. Ouenzemmar-Ibn-Ârtf et ses gens emmenèrent le 
malheureux. Abou~'l-Hacen du champ de bataille et le conduisi-^ 
rentau Djebel-Bached en traversant le Ouanchertch. Les vain« 
queurs renoncèrent è la poursuite et allèrent s'emparer d'Alger, 
d^où ils expulsèrent tous les partisans de leur adversaire. Ce 
fut ainsi que le sultan Abou - '1 - Hacen perdit le Maghreb 
central. 



Ll SVLTAN OCCUPE SIDJILVE6SA ET l'ÉVACUB ENSUITE A L'aPPEOCHE 

DE SON PIL8 ABOU-EINAM. 



Le sultan, après avoir assisté à la défaite de ses troupes et 
perdu son fils, En-Nacer, abandonna le champ de bataille et 
passa dans le Désert avec son ami Ouenzemmar. Conduit par ce 
chefdans les cantonnements desSoueid, au milieu du Ouanche- 
rtch, il prit la résolution de rentrer en Maghreb, demeure de sa 
tribu, pays où elle avait conquis la puissance et fondé son em* 
pire. Arrivé auDjebel-Rached, il entreprit une longue marche 
à travers lo Désert, et se dirigea vers Sidjilmessa sous l'escorte 
des nomades et de leur chef Ouenzemmar. Aussitôt que les ha« 
biianlsde celle ville furent avertis de son approche, ils accouru- 
rent au-devant de lui avec le plus grand empressement ; tous t^ 
précipitèrent à sa rencontre, jusqu'aux jeunes filles : preuve 
évidente de l'amour qu'ils lui portaient et de leur désir de l'avoir 
pour souverain. L'officier qui y commandait [au nom d'Abou- 
Einan] eficctua son évasion et parvint à un lieu de sûreté. 

Quand Abou-Einan eut appris la marche de son père sur Sid- 



S88 HISfOIIIB DES BBRBIKBS. 

jtlmosSft, il équipa shs Mërinldes et sos aulres tnMipes; le«r dis- 
Iribiia IcB^gretificaiions d'usage et se mit «b campagae. Les Mé^ 
rinides éiaieni tràs^mal disposés pour leur ancien sultan : ils 
craigoaient sa y^geanoe en se rappelant combien de fois ils Vbt* 
valent abandonné daos les combats et trahi au moment du dan*« 
ger ; ils laîeo voulaient aussi de les avoir emmenés dans des ex^ 
p^ditioos lointaines et do les avoir engages dans les entreprises 
les plus périlleuses. Aussi $e mirent-ils tous d'necord poor le 
repoasaef et pour soutenir franchement la cause de son fils et 

rival. 

Abou««4«-Haoen était à peine installé dans Qidjilmessa quand 
•o TÎDt lui annoncer que son fils approchait k garndes jovrnées, 
suivi d^une arméeimmense. Pendant qu*il réfléchissait sur sa po- 
sition et qu'il désespérait de pouvoir résister, son favori, Ouen- 
zemmar, disparut avec les Soueid* Expliquons le motif de celte 
défection : Arif-lbn->Yahya, père de Ooenxemmar^ s'étant rallié 
au parti d'Aboo-Einan, avait trouvée la cour de cet émir la 
même position honorable et les mêmes égards dont il avait joui 
sous le règne précédent ; mais quand son nouveau souverian eut 
appris que Ouenzemmar s'était dévoué à la canse d*Abou-'l-Ha* 
een et qu'il allait eavahir le Maghreb* à la tête des Arabes, il se 
vit traiter avec froideur et ensuite il entendit de la bouche du 
prîooe ces paroles menaçantes : « J^en jure par Dieu que, si 
3 ton fils ne quitte pas le sultan, je m'en prendrai îi toi et à ton 
Tt fih Ânter. Écris-lui ce que je viens de to dire. » Faisons ici 
observer qu'Anter se trouvait dans la suite d'Abou-Einan. Ouen- 
jeemmar, ayant prrs connaissance de cette lettre, se décida pour 
son père ; étant, du reste, convaincu que, s*îl entrait dans le 
Maghreb avec le snltan, il ne pourrait hti être dtine grande uti- 
Kté. Il \e quitta donc à l'improviste, passa dans te Zab et, sMtant 
alors séparé de sa tribu, il jeta le bâton de voyage, se fixa dans 
Biskera d'où il ne sortit que pour aller jomdre Abon-Einan ; 
mafs de ceci nous parlerons ailleurs. 



» Dans te texte arabe Vélifûn mot EUHaghreb a disparu et doit y 
êtreréUMi. 



BYNASTIl aftRlNIDC. — ABOU-^L-HACIH. 280 

AboQ-EiDaDiayanltrouvë la ville de Sidjilmessa abandonnée 
par 8on pàre, la mit en état de défensd et y installa comme gou- 
verneur Yahya-Ibn*Omar-lbn-Abd«el-Moumen, chef dés Beni- 
Oangacen. Sur la nouvelle que le sultan avait pris la route de 
Maroc^ îl voulut se porter de ce côté, mais, ne pouvant pas 
décider les Mérinides à le suivre, il se vit obligé de rentrer 
À Fez. 



Ll SULTAN OCCUPB LA VILLB DB MAKOC , L'ÉTACUB â L'APPIOCBB 
DB SON FILS BT asORT DAMS LA aORTAGHB »BS WlTrATA. 



En Tan 751 (1349-50) le sultan Aboa-'l-Hacen sortit de Sidjil- 
messa pour échapper à son fils, Abou-Einan, qui marchait contre 
lui è la tête des Mérioides, et, s'étant dirigé vers Maroc, il s'en- 
gagea dans les précipices de la montagne habitée par lesHas- 
mouda, franchitce passage difficile et arriva en vue de cette ca- 
pitale. Aussitôt, de tous les côtés et de toutes les collines * sa 
précipita une foule de monde, tous empressés de lui oSTrir 
l'assurance de leur dévouement. Le gouverneur de Maroc s'en- 
fuit auprès d'Abou-Einan, mais Tadministrateur de rirapôi, 
Abou-1-Medjd-Mohammed-lbn-Abi«Medyen ; passa an service 
du sultan et lui livra tout Targent qui se trouvait dans la 
caisse des contributions. Abou-'l-Hacen lui en témoigna sa haute 
satisfaction en le nommant son secrétaire écrivain du paraphe. 
S*étant alors mis à enrôler des cavaliers et des fantassins, 
il Ht prélever des impôts et distribuer des gratifications 
h tons ses partisans. Les tribus arabes qui formaient la grande 
famille des Djochem lui offrirent leurs services , ainsi que- 
toutes les tribus masmoudieones. Enooqragé par le rétablisse- 
ment de son autorité k Maroc, il conçut l'espoir de reconquérir 
la souveraineté et d'enlever l'empire à celui qui l'avait usurpé. 



* Coran, sourate 21, verset 96. 

T. lY. 49 



.S90 HISTOIRB DES BBRBfeMES 

Aboii-Einan, étasl revesude Sidjiifflessa, dressa son camp en 
dehors de Pex et dépensa beaucoup d^argeoi pour réorganiser 
son armée. Il avait déjà soupçonné Hamza*lbn-Choaïb\ petit-fils 
deMohammed-lbo-Abi-Medyen et directeur des finances, d'avoir 
travaillé les Mérinides à Sidjilmessa, quand il s^agissait de mar- 
cher de cette ville jusqu'à Maroc, et de les avoir poussés par &es 
intrigues au refus d'oliéissauce qui fit manquer cette expédition; 
aussi, quand il sut qu*Abou-'l-Medjd, oncle de ce ministre, avait 
livré au sultan Abou-'l-Hacen l'argent des impôts marocains, il 
prêta facilement Porcille aux insinuations pçrfides que Tesprit 
delà jalousie avait dictés à son secrétaire et favori, Abou-Abd* 
Allah-Mohammed-lbo-^Mohammed-lbn^Aht-Amr* lîmporté par 
la colère, il mit Choaïb à la torture et le laissa mourir, après lui 
avoir fait couper la langue. Ayant enfin rassemblé ses Mérinidest 
il marcha sur Maroc. 

Le sultan se porta h la rencontre de son fils et le trouva posté 
sur Tautre bord de TOmm-BebiA. Pendant quelque temps, les 
deux armées restèrent en observation, chacune d'elles attendant 
l'autre au passage du fleuve. Enfin, le sultan traversa cette 
barrière et mit ses troupes en ordre de bataille. Ce fut à 
Tamedgharst, vers la fin du mois de Safer 754 (mai 4350) , 
que le combat s'engagea entre le père et le fils. Les Mérinides 
enfoncèrent l'armée du sultan et la mirent en pleine dé- 
route ; leurs plus braves guerriers pénétrèrent même jusqu'à 
l'endroit où se tenait Abôu-*l-Dacen, mais ils s'éloignèrent aus- 
sitôt, frappés de honte et de respect à la vue de leur ancien met- 
tre. Quand ce monarque infortuné voulut enfin prendre la fuite, 
ri tomba à terre avec son cheval et se vit entouré par une nuée 
de cavaliers. Dans ce moment critique, Abou-Dinar-Soteiman, 



< Dans le texte arabe, il faut lire c^^ax.*^. Notre auteur dit, plus 
loin, que Hamza était le neveu d^Abou-*I-Medjd ; il se tronf\pe, 
sans doute, car la comparaison des noms paternels de ces deux 
personnages fait voir que Hamza était le petit-fils d'Abou-l- 
M edjd . 



CTVASTIB MÉRIMDB. ABGC-'L-IIACBN. 294 

Sis (l'Âli - Ibn ' Ahmed , émir des Douaouida , se jela avec 
le lieutenant de son frère Yacofib, entre le sultan et l'ennemi. Il 
étaft allé joindre Abou*'l-Hacen à Alger et ne Tarait plus quitté 
depuis. Ce brave guerrier remit le sultan à cheval et se tint 
en arrière de lui pour le protéger et couvrir sa retraite. 
Allal-lbn-Mobammed, chambellan d'Abou-'l-Hacen, tomba en^ 
tre les o^ains des Mérinides et fut conduit en prison par Tordrti 
d'Abou-Einao, mais il rentra en grâce quand cet émir eut appris 
la mort de son père. 

Ahd-el-AztZ'lbn-Mohamroed-lbn-Ali, chef des Hintata, em- 
mena le sultan dans le montagne habitée par cette tribu et Tins- 
talla chez lui. Les hommes les plus influents parmi les Hintata et 
leurs alliés masmoudiens se rallièrent autour de Tiliustre fugi- 
tif et prirent l'engagement de le défendre jusqu'èi la mort. Abou- 
Einan continua la poursuite jusqu'à Maroc et, s'élant établi dans 
cette ville, il tint la montagne des Hintata investie si longtemps 
qu'il força le sultan h demander grâce. Le chambellan, Moham- 
med-lbn-Abi-AmJr, se rendit alors auprès d'Abou-'l-Qacen 
qu'il avait envoyé chercher, et lui présenta les excuses de l'émir 
son maître, en le suppliant de vouloir bien lui pardonner. Le 
sultan y consentit et Gt aussitôt dresser un écritpar lequel il dé- 
légua l'tfutorité à son fils Abou-Einan. Il pria ce prince, en 
même temps do lui envoyer de l'argent et des habits. Pendant 
qu'Ibn-Abi-Amr se transportait h la résidence royale afin do 
prendre tous les objets dont le sultan pourrait avoir besoin , ce 
monarque tomba gravement malade et fut soigné par ses amis ^ 
et ses serviteurs. S^étant alors fait tirer du sang, il se lava le 
bras avec de Teau afin de se mettre en l'état de pureté [requise 
pour faire la prière] ; mais, aussitôt après, une enflure s'y dé- 
clara et amena la mort au bout de deux ou trois jours. Abou- 
ti- Hacen cessa de vivreIe23deRebiâ second 752 (21 juin 4 351). ^ 
Ses gens firent transmettre celle nouvelle à TémirAbou-Einan, 
qui était campé, dans la plaine de Maroc, et ils se mirent alors 
en route pour lui |>orter le corps de leur niahre qu^ils avaient 
plauésur un brancard. Abou-Einan sortit au-devant d'eux, les 
pieds Qus, la tète découverte, et baisa respectueusement lecer^ 



392 nisToiRi DIS bkrbèris. 

-cueil CD se lamentant et en versant des larmes : a Nous appar- 
» tenons k Dieu, s'écria-t*il plusieurs fois, et c^est à Dieu que 
» nous dey ODS retourner I b 11 traita les amis et les officiers du 
fou sultan avec une bonté extrême et permit à chacun d'eux de 
se choisir un emploi au service de Tempire. Il enterra son père 
h Maroc, mais, en partant pour Fez, il emporta le corps avec lui 
afin de le déposer dans le cimetière royal, à Chala. Abou-Dinar 
trouva auprès de lui l'accueil le plus bienveillant et le plus ho- 
norable ; comblé de dons, revêtu d'une robe d'honneur et monté 
sur un beau cheval dont le nouveau sultan lut avait fait cadeau, 
il partit de Fez pour rentrer dans sa tribu et la décider à joindre 
les Mérinides sous les murs deTlemcen, ville dont Abou-Einan 
avait résolu de faire le siège aussitôt qu'il eut perdu son père. 
Pour récompenser l'émir hintatien, Âbd-el-Azîz, de la géné- 
reuse hospitalité qu'il avait accordée au sultan Abou-'l-Hacen 
et du dévouement qu'il avait montré en bravant la mort pour le 
défendre, Abou-Einan le confirma dans Je gouvernement des 
Hintata, le combla d'égards et lui assigna une place d'honneur 
à sa cour. 



AB0D*BIKA!f aAlCBB SUR TLBHCBM, COMBAT LBS BBITI-ABD-BL-OUAD 
A ANGAD BT TUB LBCR SL'LTAN ABOU-SaId. 



Après avoir levé le blocus de la montagne des Hintata, le 
sultan Abou-Einan emporta le corps de iBon père à Chala pour 
le déposer dans le cimetière de la famille royale et, ce dovoir 
siccompli, il se hâta de rentrer à Fez. N'ayant maintenant aucun 
rival pour lui disputer le trône, il commença les préparatifs 
d'une expédition contre Tiemcen, afin d'enlever aux Beni-Abd- 
el<>Ouad l'empire qu'ils venaient de relever dans le Maghreb 
central. Au commencement de l'an 733 (fév.-mars 4352), il fit 
annoncer qu'une distribution d'argent serait faite à tous les hom- 
mes qui voudraient s'enrôler ; alors il forma un camp au dehors 
de la yille*Neuve, organisa ses nouvelles levées , les passa en 



DTNA8TIB MÉRINIDB. ABOO^BlNAIf. i93 

revue et se mit en marche. A celte noavelle, Âbou-Satd, sultan 
de Tiemcen, et son frère, Abou-Thabet, rassemblèrent les 
Beni-Abd-el-Ouad et tons leurs partisans, tant arabes queze- 
natiens. Arrivé au Molooïa, Abou-Einan s^arrâta pendant quel- 
ques jours afin d'inspecter les troupes arabes et les contingents 
qui étaient venus pour combattre sous ses drapeaux. S'étant 
alors avancé en bon ordre, il alla pren«^lre position dans la 
plaine d'Angad et bientôt, il vit paraître l'ennemi. Quand les 
deux armées se trouvèrent en présence, sa cavalerie légère prit 
la fuite et rentra en Maghreb. Dans ce nH>meQt de confusion, il 
80 mit à la tête des troupes disciplinées, s'élança aa galop yers 
les Abd-el-Ouadites et, s'étant dégagé de la cohue des fu- 
yards, il plongea au milieu des rangs de l'ennemi, en affrontant 
la mort, les mit en pleine déroute et s'empara de leor camp* 
Ses Mérinides continuèrent la poursuite jusqu'à la nuit et ra*- 
menèrent beaucoup de prisonniers et de butin, après avoir tué 
une foule de monde. Le sultan Abou-SaYd étant tombé entre 
leurs mains, fut conduit devant Abou-Einan et mis aux fers 
par son ordre. Le lendemain, on ravagea les cantonnements des 
Arabes makiliens pour les punir d'avoir pillé le camp mérinide 
pendant le tumulte du combat* 

Dans le mois de Rebiâ (second : mai-juin 4352)^ Abou-Einan- 
occupa Tlemcen et y rétablit son autorité. S'étant alors fait ame- 
ner le sultan Abou-Satd, il l'accabla de reproches pour lui faire 
sentir les suites funestes do sa mauvaise foi ; puis, ayant convo- 
qué'plusieurs muftis et légistes, il soumit k leur jugement la 
conduite du prisonnier. S'autorisent ensuite <jb leur avis qui 
devait entraîner la peiné de mort^, il ordonna que la loi de Dieu 
fût exécutée, etAbou'-Said mourut égorgé dans sa prison, après 
une captivité de huit jours. Abou-Thabet-ez-Zaïm s'était déjà 
enfui dans la partie orientale [du Maghre)) central] et là , il 
termina sa carrière, ainsi que nous allons le raconter. 



' Dans le texte arabe il faut peut-être remplacer le mot *^s?Lh^ 
par *jl>^. 



294 BISTOIKE BE8 BERBfctBS. 



DÉFilTB D^ABOU-THABBT PAB LBS MBRIHIDIS SUR LB BORD DV 
CHSLIF. «^ IL TO»BB AU POOTOIR DBS HAFSIDES DB BOUGIE. 



Lors de la défaite des Beni-Abd-el-Ouad et la prise de leur 
saltao Aboa-Saîd, h Âogad, son frère Âbou-Thabet, qui s'ëtail 
échappé avec les débris da Tarmée, passa auprès de Tlemceo, 
pour y prendre les dames de leur famille, et coolinua sa fuite vers 
le Maghreb oriental, en emportant tous les objets de valeur qu'ils 
avaient laissés dans cette capitale. Arrivé au Chélif , dans le 
pays des Maghraoua,il y dressa son camp, rallia autour de son 
drapeau un ramas de Zenatiens et résolut d'y attendre de pied< 
ferme et de risquer encore une bataille. Le vizir Fares-Ibn-Mei- 
inoun-Ibn-Ouedrar partit alors de Tiemcen, par Tordre d'Abou- 
Einan qui le suivit de près, et conduisit les troupes mérmides et 
la milice à la rencontre de Tennemi. Des deux côtés Ton engagea 
te combat avec un acharnement extrême ; Ton se précipita dans 
les eaux du Chelif pour se battre de plus près ; mais les Mérini* 
des chargèrent enfin avec tant de vigueur qu^ils traversèrent le 
fleuve et mirent leurs adversaires en pleine déroute. Le camp 
des Abd-el-Ouadites, leurs richesses, leurs troupeaux et leurs 
femmes tombèrent au pouvoir des vainqueurs et la majeure 
partie des fuyards fut taillée en pièces. Une lettre, écrite par le 
vizir, donna ausultan Abou-Einan la nouvelle de cette victoire. 

Abou-Thabet et les compagnons de sa fuite passèrent de nuit 
auprès d*Algeret, s'étant avancés dansie pays qui forme Pex- 
tréme limite du Maghreb oriental, ils se laissèrent dépouiller par 
Zouaoua et durent continuer leur route à pied, sans habits et 
sans chaussures, après avoir tout perdu, montures et bagages. 
Le vizir arriva bientôt devant Alger dont il obligea les babr* 
tants h reconnattre Tautorité du souverain mérinide. 

Abou-Einan, s^étanl avancé jusqu'à Médéa, ordonna à son 
confident, Ouenzemmar, et à son ami, Yacoub-Ibn-Ali, de por- 
ter à l'émir de Bougie, Abou-Âbd-Allah-Mohammed, petit- Uki 



DYNASTIE lH^RiniBB.— ABOlI«EmAN. 293 

de l'émir Abou-Yahya-Zékérïa, l'ordre de faire arrélerAbou- 
Thabot et les gens qui raccompagaaient. L'émir s'y conforma 
et, par rélablissameot d'une surveillance très-active surtouies 
les rouies et de sentinelles sur toutes les collines, il parvint* 
à découvrir les fugitifs. Abou-Thabet fut amené prison- 
nier à Bougie, ainsi que son neveu Aboa-Ztan et son vizir 
Yabya-Ibn-Dawoud. Le prince de Bougie chargea de fers 
ces malheureux et les* envoya au sultan qui se tenait à^ 
Médéa.llles suivit lui-même de près et, arrivé dans le voisi- 
nage du camp mérinide, il aperçut Abou-Ëinan qui était monté 
achevai pour venir au-devani de lui. A l'approche du cortège, 
il mit pied à terre; le sultan en fit autant, combla son visiteur 
de politesses et, après avoir fait emprisonner Abou-Thabet, il 
donna audience h une députation que les Douaouida venaient de 
lai envoyer. Cette ambassade obtint l'accueil le plus bienveillant 
et les personnes dont elle se composa reçurent des robes d'hon- 
neur, des montures et de l'argent au moment de repartir pour 
leur tribu. Une autre députation, venue du Zah, trouva le sul- 
tan à Médéa et lui présenta un acte d'hommage et de fidélité si-* 
gnépar Ibn-Mozni, seigneur de cette contrée. Une réception^ 
honorable et de riches cadeaux furent aussi le partage de ces 
.envoyés. 

Lorsqu'Abou-Einan eut achevé la réduction du Maghreb cen- 
tral, et installé des administrateurs dans les provinces soumises^ 
il conçut le ferme espoir de reconquérir l'Ifrikïa. ' 



IBOU-ÉIKAN OBTIENT POSSESSION DE BOUGIE ET CONDUIT EN 
tfAGBRBB l'émir DE CETTE VILLE. 



Arrivé à Médéa dans le mois de Châban 753 (sept.-oct. 4352), 
Abou-Abd-Allah-Mohammed , Gis de l'émir Abou-Zékérïa, et 
seigneur, de Bougie, trouva auprès d'Abou-Einan Tacsneil le 
plus empressé. Il lui exposa ensuite, dans un entretien secret, la 
grande difiiculté qu'il éprouva h gouverner un état dont les ha^ 



296 BISTOIRI DIS BIlBBftlS. 

bitants, toujours portés au désordref refusaient d'acquitter le» 
impAts, dont les courtisans avaient accaparé toute l'autorité el 
dont l'armée était en proie à l'insubordination. Un aveu de 
cette nature répondit parfaitement aux souhaits du sultan ; aussi 
s'empressa- t-ii d'offrir à son h6te telle partie du Maghreb qu'il 
désignerait, en échange d'une province qui opposait tant d'obs- 
tacles à une bonne administration. Cette proposition fut trop 
agréable au prince hafside pour âtre repoussée et, se conformant 
aux conseils du chambellan Mohammed-lbn-Abi*Amr , lequel 
agissait d'après les inspirations de son souverain, Abou-Einan, 
il souscrivit à l'arrangement proposé, sans consulter les grands 
officiers du rovaume dont il allait faire l'abandon. Tous ses 
courtisans en furent indignés, et Ali, Jàh du caïd Mohammed-- 
lbn-el-Hak!m, s'enfuit du camp avec plusieurs autres et passa 
eu Ifrikïa. Alors, sur l'invitation du sultan, l'émir écrivit de sa 
propre main au gouverneur de Bougie, lui ordonnant de remet- 
tre la ville aux fonctionnaires mérinides. 

Devenu mettre de Bougie, Abou-Einîin en con6a le gouverne* 
ment à Omar-lbn-Ali-el«Ouattaci, de la famille des Aulad*el- 
Oueztr, la même dont nous avons déjà raconté l'insurrection k 
Tazouta^ Ayant achevé la conquête du Maghreb central, il 
repartit pour Tlemcen afin d'assister aux cérémonies reli- 
gieuses qui accompagnent la rupture du jeftne du Bamadan. 
H y fit son entrée au milieu d'une foule immense, suivi de 
deux chameaux qui marchaient à pas saccadés entre la double 
haie des troupes et dont l'un portait Abon«-Thabet et l'autre 
le vixtr Ibn-Dawoud* Ce spectacle offrit aux assistants un nouvel 
exemple des vicissitudes de la fortune. Le lendemain, on con- 
duisit ces prisonniers au lieu du supplice et on leur èta la vie à 
coups de lance. Abou-Einan assigna un logement magnifique à 
l'ex-émir de Bougie et fit tapisser la salle d'audience pour mieux 
fêter son arrivée. 



iYq7« p. 13& de ce volume. 



IDYNASTIE HfiBlM0S. ABOU-SIlfAIV. S97 



LE CB4VBELUN IBN-ABl-A^R COKDUIT UNI ABJiÉB CONTRE 
BOUGIE DONT LES HABITANTS s'fiTAlENT MIS Blf HÉTOLTB. 



Les Sanhadja des environs de Bougie descendent des Teikata, 
famille dont une •branche régna dans cette ville et dans la Cala 
des Beni-Hammad. Lors de l'établissement de rempirealmobade, 
ils fixèrent leur séjour dans la vallée de Bougie, sur le territoire 
des Beni-Ouriagudy où ils se trouvèrent environnés de peuplades 
berbères-ketamiennes. Les airaohades leur concédèrent cette 
contrée, moyennant le service militaire, et le sultan [hafside de 
Bougie] finit par ne pl»M avoir d'autres troupes, en conséquence 
de la diniinution prog*^<»9sive qu'éprouva l'armée almohade. Les 
Sanhadja profitèrent de cette circonstance ^pour imposer leurs 
volontés au gouvernement. L'émir Abou-Abd*-Allah eut k se plain- 
dre d'eux depuis le moment où il prit le commandement de 
Bougie et, pour se venger, il fit mourir Mohammed-lbn-Temim, 
un de leurs principaux cheikhs. Depuis le règne d'Âbou-Zekérïa, 
le chambellan Fareh, client d'Ibn-Seid-en-Nas, avait eu ce peuple 
sous ses ordres et il était parvenu à gouverner le royaume en 
ne laissant que l'ombre de la puissance souveraine à l'émir 
Abou-Abd -Allah, fils et successeur de ce prince. 

Quand Abou-Abd-Allah consentit ë abdiquer en faveur 
d'Abou-Einan, [son compagnon et ministre] Fareh en fut vive- 
ment contrarié, mais il eut l'adresse de cacher son ressentiment, 
et, lors du départ d'Omar-Ibn-Ali-el-Ouattaci pour Bougie, il s'y 
rendit aussi afin de prendre et de transporter en Maghreb le ha- 
rem de son mattre, ainsi que les effets et le mobilier du palais. 
Arrivé dans la ville, il prêta l'oreille aux confidences des San* 
hadja, qui se plaignaient de l'administration tyrannique sous la- 
quelle on les avait fait passer et, leur ayant donné raison, il leur 
recommanda de chasser les fonctionnaires mérinides et de pro- 
clamer la souveraineté du prince hafside, Abou-Zeid, seigneur 
de Constantine. lis y consentirent volontiers et prirent la résolu- 



298 BISTOIBB DBS BERBfiBES. 

tioD d'assassioer EUOaatlaci pendant qu'il donnerait audience 
dans la citadelle. Mansoar-Ibn-eUHaddj, un de leurs cheikhs, se 
chargea de lui porter le coup mortel, et, s'étant rendu au parais 
de bon malin, selon Tusage des officiers revêtus de hauts corn* 
mandements, il s^approcha du nouveau gouverneur, en se pen- 
chant comme pour lui baiser le pan de la robe, et dans le même 
moment, il lui plongea un poignard dans le corps. Malgré la gra« 
vite de la blessure I El-Ouattaci conserva assez de forces pour 
s'enfuir dans sa chambre, mais les conspirateurs y pénétrèrent et 
lui ôtèrent la vie. Ceci se passa dans le commencement du mois 
de Dou-*UHiddja 753 (janvier 4353). Au même instant, la po-^ 
pulace se mit en insurrection et Faieh, étant monté à chçval, fit 
proclamer à haute voix la sonveraineté d'Abou-Zeid. Ce prince 
reçut par un courrier extraordinaire la nouvelle de la révolution 
survenue h Bougie et l'invitation de s'y rendre le plus tôt possible, 
mais, au lieu de partir, il se contenta d'y envoyer un de sos af- 
franchis européens çn qualité de lieutenant. 

Abou-Einan soupçonna Pémir Abou-Abd- Allah d'avoir com- 
ploté cette révolte avec le chambellan Fareh , et le mit aux ar- 
rêts ; il emprisonna aussi plusieurs notables de la ville de Bougie 
qui étaient arrivés à la cour depuis quelque temps pour y remplir 
une mission dont leurs concitoyens les avaient chargés. [Cet acte 
de vigueur produisit son effet : ] les cheikhs de Bougie se repen- 
tirent d'avoir permis la dernièro révolution ; leurs hommes d'ac- 
tion et de conseil se liguèrent contre Fareh et les Sanhadja ; le 
caïd Uibl, client d'Abou-Abd-Allah-tbn-Séid-en-Nas, entra dans 
le complot, ainsi qu'Ali-Ibn-Mohammed-el-Mit, ancien chambel- 
lan de Témir Abou-Zékérïa-Yahya, et Mohammed, fils ducham- ^ 
bellan Abou-Abd-Allah - Mohammed - Ibn-Seïd-en - Nas. L'on 
convint d'assassiner le chambellan aussitôt que le lieutenant 
du seigneur de Constanline serait arrivé. Ce jour-là ils éclatè- 
rent en plaintes contre Fareh et le firent appeler à une conférence 
dans la grande mosquée. Averti de leurs intentions hostiles, ce 
malheureux alla se réfugier chez le mufti, Ahmed-Ihn-Idrts ; 
mais son patron, Ibn-Séid>ro-Nas, enfonça lui-même la portede 
la maison et le tua d'un coup de potc;iuird. Lr;s conspirateur:^ 



DTRASTll anSRIRlLI. ABOU-KINAIf. 299 

coupèrent ensuite la tête de leur victime pour Tenvoyer à Abou* 
Eioan. et jetèrent le corps [hors du beivéïler,] sur la terrasse de 
la maison. Mansour-lbn-el-Haddj se hâta de quitter la ville avec 
ses troupes sanbadjiennes. 

Il y avait alors en rade un bâtiment dans lequel se trouvait ua 
serviteur d'Âbou-Einan, nommé Ahmed-lbn-Satd-el-Carmouni 
(natif de Carmona, en Espagne), lequel était venu de Tunis pour 
affaires. Les habitants le firent descendre et s'empressèrent au* 
tour de lui en criant a Vive notre maître, le sultan mérinide ! » 
D'après les conseils de cet homme, ils expédièrent un courrier k 
Tahyalen-Ihu-Omar-lbu- Abd-eUMoumen-el-Oungaçni , cheikfa 
mérinide qui commandait h Tedellis. Tahyaten ne tarda pas d'ar- 
river avec une poignée de troupes* Ils envoyèrent aussi un mes* 
sager au sultan Abon-Einan pour lui annoncer ce qu'ils avaient 
fait, et ils attendaient le résultat de leur démarche. 

Quand cette nouvelle parvint au sultan, son chambellan^ Mo- 
hammed-lbn-Abi-Amr , reçut aussitôt l'ordre de partir pour 
Bougie avec un corps d'armée et, s'étant campé en dehors de 
Tlemccn, il y réunit cinq mille cavaliers choisis par sou souve- 
rain, tous parfaitement équipés.et soldés d'avance. Après avoir 
assisté à la fête du Sacrifice (en janvier 4353), il se mit en mar- 
che pour sa destination et, parvenu à Beni-Hacen, il apprit que 
les Sanhadja s'étaient rassemblés pour lui livrer bataille. N'ayant 
éprouvé aucune opposition delà part de ces nomades qui, n'o-* 
sant pas engager le combat , avaient reculé jusqu'à Gonstantine 
d'où ils se rendirent à Tunis, Ibn-Abi-Amr occupa leur camp, 
situé au Rhamts de Tikiat, et la, il reçut la visite des vizirs bafsi* 
des et de la corporation des cheikhs. Après avoir fait arrêter le 
caïd Hilal et l'avoir envoyé au sultan, il entra dans la ville de 
Bougie à la tète d'un brillant cortège et alla s'installer dans la 
citadelle. Ceci eut lieu en Moharrem 754 (février 4 353). Ayant 
rétabli l'ordre dans la place, il donna des robes d'honneur à tous 
les cheikhs et choisit Ali*lbn-el-Mit et Mohammed-lbn-Se'fd-en- 
Nas pour lui servir do ministre:». Ensuite, il fit arrêter et embar- 
quer pour le Maghreb deux cents individus de la populace, tous 
chefs de bandes et tous soupçonnés d'avoir pris part à l'insurrec* 



300 BISTOiBB DES BERBÈliZS. 

tion contre les Mérinides. Par cette mesure il assura la tranquiU 
lifé de la ville. Pour garantir l'obi^issance des tribus-douaouida 
qui venaient de lui envoyer des députations, il exigea la remise 
de plusieurs otages. A tous ces envoyés il prodigua de riches pré- 
sents ainsi qu'au gouverneur du Zab, Youçof-Ibn-Mozni, qui se 
vit ainsi indemnisé de toutes les dépenses quil avait faites [pour 
le service du gouvernement noérinide] ^ 

Après avoir passé deus mois à Bougie, Ibn-Abi-Amr repartit 
pour Tiemcen, emmenant avec lui les chefs arabes et les dépula- 
tions qui étaient venus le trouver. Ayant reçu de lui une robe 
d'honneur, des montures, de Targeot et des teutes, je me mis en 
route avec cette compagnie de voyageurs. Vers le commencement 
de Djomada second (commencement de juillet 4 353), quand nous» 
fûmes arrivés à Tlemcen, le sultan tint une grande séance afin de 
recevoir les députations et d^examiner les chevaux et autres dons 
qu^on avait à lui offrir. Cette cérémonie se Gt en présence d'une 
foule immense. Tons ces envoyés furent amplement rétribués 
par Abou>Einan, surtout Youçof-lbn-Mozni et Yacoub-Ibn-Ali, 
auxquels il prodigua les égards, les dons et les honneurs. Après 
avoir pris leur avis sur l'état de Plfrikïa et £ur le meilleur mo- 
yen de réduire la ville de Constantine, il les renvoya dans leur» 
pays respectifs, le premier jour de Ghàban 764 (commencement 
de sept. 4353). Le chambellan Ibn-Abi-Amrdut (es accompagner 
k son grand regret ; nous en dirons les motifs dans le chapitre 
[suivant] où nous retracerons l'histoire de sa vie. Je me mis en 
route avec lui, heureux d'avoir reçu du sultan une forte gratifi- 
cation, plusieurs robes dlionneur, de beaux chevaux et la pro- 
messe d'être rétabli dans la possession des fiefs dont ma famille 
et moi nous avions eu la jouissance dans [Tunis] notre ville 
natale. 



ï Voy. p. 270 de ce volume. 



DYNASTIE MÉRINIDI. — ABOU-CINAN. 



304 



BIOGRAPHIE DU GUAMBELLAN IBN-ABI-AMR. — KOSUfi GOUTBRNei'R 
DB'BODGIB, IL BNTRBPRBITD LE SIÊiSB DE CORSTARTIZIE 

PAR L^ORDRB DU Bl'LTAN. 



Les ancêtres du chambellan Ibn-Abi -Âmr habitaient El-Mehdïa 
et faisaient partie de la milice fournie au gouvernement de Plfrî- 
kYApar les Arabes temtm ides de ce pays. Son grand-père, Aii, 
légiste d^un grand savoir, alla se (ixer à Tunis, sur l'invitation 
d*El-Mostaneer, et, se voyant chargé de remplir les fonctions dd 
cadi dans cette capitale et dSnscrirc le paraphe impérial sur les 
dépêches du cabinet et sur les ordonnances de toute nature, il 
80 conduisit avec une probité exe nplairo et, jusiiu^à sa 
mon, il conserva sa haute position et Pestime générale. Son fils 
Abd-Allah le remplaça copnme paraphiste des ordonnances et des 
dépêches; nommé à cette charge sous le règne d'Abou-Bafs- 
Omar, (Us de l'émir Abou-Zékérïa, il en remplit les devoirs 
avec une fidélité parfaite. 

Ahmed-lbn-Ali, frère do celui-ci, était un. homme très-réglé 
qui se distinp;uait autant par sa gravité que par son application û 
Pélude. il eut un fils nommé lUohammed[-lbn-Abi-Amr] qui 
cultiva les sciences coraniques et la jurisprudence sous les doc « 
teurs lés plus habiles de Tunis. Lors du bouleversement de 
l'empire hafside , Hohammed-lbn-Abi-Amr quitta la capitale 
pour chercher ailleurs les moyens de vivre ; jeté par les vicissi- 
tudes de la fortune dans la ville de Collo, il s'v fit tellement re-> 
marquer par son amour de l'étude et par sa belle écriture qu'il 
fut nommé régisseur du port à l'époquooù ibn^Ghamr dirigeait 
l'administration de Bougie. Voulant se faire donner comme ad- 
joint le chérîf HaceD-ibn-Hohammed-es-Sibti [natif de C^ta)^ 
qui avait partagé ses fatigues et ses malheurs, il réussite pro- 
curer la nomination de ce fidèle ami. Dès>lors, ils servirent Ibn- 
Ghamr avec un zèle dont celui-ci eut toujours à seJouer. 

Quand Mottimssed-lbn-Youçof se mit en révolte contre Abou- 



308 , niSTOIRB DES BCaBftRE3. 

Bammou* et paralysa de cette manière les forces de Tempire abd- 
el-ouadite, le chérK Âbd-el-Ouehhab, gouverneur de TedelUs, 
abandonna la cause du sultan de Tlemcen et passa aux Hafsides. 
Ibn-Ghamr envoya alors Mohammed -Ibn-Abî-Ainr à Tedeliis 
comme régisseur de la douane et le fit accompagner par le chérîf 
Bacen en qualité de cadi. 

Abou-Bammou ayant rétabli la puissance de son empire et 
repris la ville de Tedeliis, ordonna à son premier mufti, Ibn- 
el*lmam, d^aller recevoir la soumission des habitants et d'exiger 
l'envoi de leurs notables a la cour. Ibn-Abi-Amr et son ami, le 
chérîf, firent partie de cetle députatioo et fixèrent leur séjour 
dans Tlemcen, oh ils occupèrent alternativement la place décadi, 
tant sous le gouvernement abd-el->ouadité que sous la domina- 
tion mérinide. Plusieurs cheikhs de cette ville se liguèrent con- 
tre Ibn-Abi-Amr pendant qu^Abou-'l-Hacen occupait le trône, et 
le dénoncèrent comme un magistrat prévaricateur. Pour leur 
donner quelque satisfaction, ce monarque destitua le cadi, 
mais, étant parfaitement convaincu de son innocence, il le prit à 
son service et lui confia Péducation de son fils Fares. Dans cette 
nouvelle position, Ibn-Abi-Amr se surpassa en zèle et en 
habileté. 

Son fils Mohammed, le chambellan dont nous allons raconter 
rhistoire, fut élevé avec Ahou-Eiiian, fils du sultan, et en de- 
vint Tami intime. Abou-Einan, étant monté sur le trône, fit 
avancer de grade en grade le compagnon de son enfance et le 
porta aux plus hauts emplois. Le paraphe impérial, le comman- 
dement en chef de l'armée, les fonctions de chamlrellan, PoflSce 
d'ambassadeur, la direction des bureaux de la guerre, la compta- 
bilité, l'intendance du palais, les titres d'honneur les plus élevés, 
le gouvernemenlde la maison royale, rien ne manqua au favori du 
sultan. Tous les regards se portèrent vers lui; les hommes les plus 
éminents, les princes dusAng, les chefs de tribus, leschérifs, les 
docteurs de la loi, s'empressèrent à briguer sa protection, et les 



• Voy. tome ni, page 3%. 



DTHASTIB MÉRIRIDI. — AROU> EINAK. 303 

^dmiaiMraleurd des provinces lui envoyèrent l'argent des contri* 
buables, afin de gagner sa faveur. Pendant un temps considérable, 
il jouit du plus haut crédit et d*une fortune qui excita la jalousie' 
des vizirs et des grands de l'empire. Aussi, quand il partit pour 
Bougie à la léle de Tarmée, ses ennemis profilèrent de sonéloi- 
gnement pour gagner l'oreille du souverain et lui faire entendre 
des insinuations perfides ë Tégard de son protégé» Revenu de 
cette expédition, ibn-Abi-Amr crut user de Tascendant qu'il 
avait toujours exercé sur Tespritde son maître et lui reprocha 
d^avoir écouté de pareilles calomnies. Voyant qu^Abou-Einan ac- 
cueillait ses remontrances avec froideur, au point même de s'en 
formaliser, il se posa en victime et sollicita la faveur d'aller pren- 
dre le gouvernement de Bougie. En faisant cette demande, il ne 
s'attendait nullement à être pris au mot, s'étant imagin^ que le 
sultan l'aimait trop pour le laisser s'éloigner ; mais, à son grand 
désappointement, il reçut la permission de s'y rendre. Ce fut en 
vain qu'il voulut s'en dédire : Abou-Einan lui ordonna de i>ar*- 
tiret le chargea en même temps d'une expédition contre Cens- 
tantine. Il lui accorda toutefois autant de troupes et d'argent 
qu'il pourrait désirer. 

Ce fut en Châban 754 (sept. t353),qu Ibn-Abi-Amrse mit 
en marche pour Bougie; il y arriva vers la fin du même mois et y 
passa l'hiver. Les Hafsidoscherchèrent alors à semer la division 
parmi lesMérinideset, dans ce but, ils reconnurent pour souverain 
du Maghreb le prince Abou Omar Tachefîn, fils du sultan Abou '1- 
Haccn qui était tombé au pouvoir de l'émir bafside El-Fadl etqui, 
depuis lors, avait été retenuen captivité, ils lui fournirent des ten- 
tes et un équipage royal, laissant à Meimoun-lbn-Ali le soin de le 
soutenir. Meimoun entreprit cette tâche uniquement pour contra- 
rier son frère, Abou-Dinar-Yacoub-Ibn* Ali. Celui-ci, avant su leur 
dessein, partit sur le champ pour le Zab où les tribus sous les 
ordre.H de Meimoun étaient cantonnées, et, les ayant mis en dé- 
route, il les repoussa dans le pays d'où elles étaient sorties et les 
contraignit à s'enfermer dans la ville [de Constantine]. 

Quand l'hiver fut terminé, Ibn-AbipAmr dressa son camp en 
dehors de la ville [de Bougie], après avoir cf^él)ré la fête du Sa- 



30 i BISTOIRB DES DEKBfeBCS. 

crificc. Il passa ensuite ses troupes en revue, leur distribua les 
gralifications d'usage et les emmena an siège de Consfantine. Le^ 
Douaouida, suivis de leurs familles, leurs tentes et leurs trou- 
peaux, vinrent se joindre à lui. Le seigneur de Constantine , 
Abou-Zeid, fit ses~ préparatifs de résistance et rallia autour do 
lui toules les tribus de la province de Bône, ainsi que les frac- 
tious de la tribu des Douaouida qui s'étaient attachées à son 
parti et qui avaient pour chef Meimoun, (ils d'Âli-lbn-Ahmed. 
Le chambellan Nebîl, auquel il conGa le commandement de cette 
armée, se. porta au-devant dlbn-Âbi-Amr et lui livra bataille, 
enDjomada755 (mai-juin-juillet 4354). Le général mérmidc 
remporta la victoire, s'empara des bagages et des troupeaux de 
ses adversaires, et tint Constantine étroitement bloqué jusqu'à 
ce qu'on lui eût livré le prince Tachefîn, frère d*Abou-Einan, le 
même qu'on avait mis en avant comme prétendant au trône mé- 
rinide. Il envoya ce prisonnier à son souverain. 

Le rds d'AboU'Zeid se rendit alors h la cour merintde par l'or- 
dre de son père et s'en retourna enchanté de sa réception et du 
succès de sa mission. Rentré à Bougie, Ibn-Abi«Amr n'en sortit 
plus, et il y mourut vers le commencement de l'an 7&6 (janv.- 
fév. 1355), emportant les regrets des habitants dont il avait ga- 
gné l'amour par une administration juste et paternelle. Le sultan 
envoya ses propres chevaux et mulets pour ramener en Maghreb 
la famille et les enfants de son ancien ami. Le corps du défunt 
fut porté h TIemcen et déposé dans le cimetière où l'on avait en- 
terré son père. Abou-Zîan, fils du sultan Abou-Einan, arriva 
avec un détachement de troupes mérinidcs pour rendre au cham- 
bellan les derniers devoirs. 

Le vizir Abd-Al!ah-Ibn-Ali-!hn-Sfcîd, fut nommé gouverneur 
de Bougie et partit pour sa destination, au mois de Rebiâ 756 
(marsravriUmai 4385). Aussitôt arrivé, il adopta le système de 
conduite qui avait mérité h son prédécesseur l'estime universelle. 
Nous aurons h parler do lui et de son expédition contre Constan - 
tine, ville dont il sVnapara à la suite d'un siège 



DTNASVIt HÊBIRIM. ABOU-BlHAIf. 39S 



MOU--'L«-PABLf riLS BU «ULTAN A«OU-^L*fIACBH ; A1LVM« CKfi - ^ r Y "^ 

mftVOLTB BAKÂ LA liO?ITA<3NB BKS dBKCiouY* IL MEURT 

YiCTIMB O^VSE TBAIÎSOK 0U»D1« ^AR LE GOÙTfeRIlSOfI DU DBRA. 



Après la mort^ii sultan Abou-'l*HacefB, ses fi]s,Aboti-'t-Padl> 
MoliAinnsed el Aboa^Salem^brahtm, se rendirent auprès de leur 
frère Abeu-^iiiaii, c|4H commença par leur accorder de hauts com^ 
mandemeiits ; puis, craignant de leur laisser acquérir trop d'in- 
fluence, îl les déporta en Espagne.Ils s'établirent dans ce pays, sous 
la protectâon du sultan [de Grenade], Abou-1«Haddjadj, fils du 
sultan Aboà-'l*OuéU<l ei petit-Pils du roiis Abou-Sald. Abou- 
Eioan se repentit bient<6t d'avoir pris tet(e mesure et, lorsqu'il 
eut consolidé son autorité par la conquête de TIemcen et du Ma- 
ghreb centrai, il (il prier Aboa-'UHaddjadj de les loi renvoyer. 
La réJlexion lui avait démontré qu'il garantirait mieux la tran- 
quillité de son empire en retenant ses frères adprès de lui qu'en 
les laissant dans un pays où ils pourraient devenir les instruments 
des intrigants et des factieux. Abon^'l-Haddjadj, soupçonnant 
de mauvaises iaientiens & leur égard , refusa de les livrer, en 
déclarant qu'il no trahirait jamats de vrais croyants auxquels il 
aurait aoGordé sa protection. Piqué au vif par cette réponse, 
Abou-Ëiuan ordonna è son ehambeitan, Motiamtted-Ibn-Abi- 
Kmt, d'écrire au monarque andaiousten une lettre do reproche 
et do reoMnitrance. Ce document fut admirablement bien rédigé, 
comme j'ai pu m'en assurer, ce ministre me l*ayant fait voir pen« 
dantqueje me trouvais è Bougie. Abou-'UBaddjadj en ayant 
pris coisnaiesanco , recommanda secrètement à Abou-'i-Fadl, 
l'a?né des deux princes, de se réfugier auprès du roi [Don Pédre] 
qui, depuis l'an 751 (4350), époque de la mort de son père AU 
phonse sous les murs de Gibraltar, avait montré une sincère 
amitié au souverain de Grenade. Abou*'l*Fadl suivit ce conseil 
et, s'étant ensuite fait prêter un navire par le roi chrétien, il alla 
débarquer sur la côte du Sous. De la, il se rendit auprès d'Abd- 

I. IV. 20 



306 HISTOIRE DCS BEBBCtCS. 

# 

Allah-es-Sekcîouïy et, s'ëtaotfait proclamer soUan, il somma les 
peuples du Maghreb de reconnaître son autorité. 

Abou^Einan apprit cette nouvelle en 754, peu de tem)>s avant 
)e retour de son chambellan lbn-Abi«Amr, qui venait d^occoper 
la ville de Bougie, et envoya aussitôt une armée en Maglireb sous 
la conduite deFares-Ibn-Meimoun-Ibn-Ouedrar. Ce vizir quitta 
Tiemcen dans le mois de Hebiâ 754 (avril-mai 1353). et, par- 
'venu au pied du mont Sekcbua, il en occupa tons les aborda et 
construisit la ville d*EUColiera pour lui servir de camp ei de 
quartier général. Es-Sekciouï, se voyant bloqué danssH monta- 
gne, abandonna la cause de son protégé et oiïrit au vizir un sem- 
blant d'obéissance. Abou-'l-FadI se mitalors a parcourir les mon* 
tagnes des Masmouda, et le vizir porta ses drapeaux et ses armes 
viclorieuses dans toutes les parties du Sous. Pour assurer la 
soumission de cette province après y avoir rétabli Tordre , Pares 
installa des troupes sur les frontières et plaça dos garnisons dans 
plusieurs forteresses et villes telles qu4fri-en-Four!ao* et Taroa- 
dan t. 

Abou-'UFadI étant passé des montagnes occupées par lesllas- 
mouda dans le territoire des Zanaga, se jet^ entre les br<»s d'Ibn* 
Uamtdi, chef de cette portion delà tribu qui habitait [le flanc de 

l'Atlas], vis<4i-vi8 du Derà. Abd-Allah-lbn*Moslem*ez-Zerdali, 
gouyerneur de cette province, se bâta de bloquer le pays où le 
prince s'était réfugié. Cheikh de l'empire abd-el*ouadite, Ez- 
Zerdali avait gagné la faveur du sultan Abou-'l*Hacen, l'an 737, 
«'(près la prise de Tiemcen, et, depuis cette époque, il était resté 
an service de l'empire mérinide. Ayant serré Ibn*Hamtdi de 
près, il l'effraya en déclarant que les armées et les vizirs du 
i^ltan allaient bientôt arriver ; puis, il lui promit telle somme 
d'argent qu'il voudrait à la condition de laisser prendre le réfu- 
gié. Celte proposition fui asEréée, et Ibn-Moslem se mit h Natter 
les espérances du prince par l'offre de son appui, et le trompa an 



• Ifri ou fouran^ ou Ifri enfotnian paratt signifier caverne desra' 
p«tir<, en langue berbère. « 



DT.NASnB HERIKIDE. -^ ABOV-EIKAN. 907 

point de le décider ^ monter h cheval et à venir le trouver. 
L'ayant fait aussîtôt arrêter, il Tenvoya au sultan et paya à El* 
Hamtdi la somme convenue. Ceci se passa en Tau 735 (1354). 
Abou-Einan expédia des lettres jusqu'aux extrémités de son ém- 
igré pour annoncer cette nouvelle et, quelque temps après,» il fit ' 
étrangler son frère dans la prison où on le tenait enfermé. 



VOar B'eiÇA*lBX-EL-HACEN QCI s'était BÈVOLTfi A GIIUKALTAB. 



Eiça, filsd'EUHaoen-lbn-»Âli-lbn*Âbi^'t-Taiac/appartenait ^u 
corps des cheikhs mérinides et était un des membres les plus îo^ 
fluents du grand conseil de la nation. Nous avons déjà parlé <le 
son père en retraçant les événements qui marquèrent le règne 
d'Abou-r-Rebiâ*. Quand le sultan Abou-'l«»HacaQ eut achevéla 
construction de la ville de Djebel «el-Feth [Gibraltar)^ Eiça reçut 
Tordre de s'y installer en qualité de gouverneur des possessions' 
mérinides en Espagne, d^nspecteur des forteresses, de payeur* 
général des garnisons, et il conserva ces fonctions assez longtemps 
pour devoir s'en assurer Texercice pendant le reste de ses 
jenrs. Toutes les fois qu'un grave événement survenait * dans 
^l'état , Abou^'l-Hacen le faisait venir pour avoir son * avis 
et , au moment ile marcher contre rifrikïa , il le consolta 
sur celte entreprise. Ëiça lui recommanda d'y renoncer et lui r&* 
présenta que les tribus mérinides n'étaient pas assez nombreuses 
|x>ur garder un tel pajs, vu qu'il faudrait y établir des garni- 
sons depuis la frontière orientale jusqu'à celle de l'Occident et 
encore sur toute la ligne du littoral. Cette contrée, disai^il, 
exige beaucoup de troupes pour la garder et, de plus, une armée 
assez forte pour contenir le» Arabes, peuple qui y domine main^ 
tenant et qui, depuis bien longtemps est demeuré insoumis. Le 
saltan avait un toi désir de posséder lifrikï^i qu'il ferma l'oreille 



' Pûge i«G de co volume.' 



308 BISTOIM DM BIBBftRIS. 

k CQ9 «âges coBseils el en renvoya Tauteur au gouvernement des 
forteresses espagnoles. 

Après le désastre de Cairouan, Eïça traversa le Détroit aCn 
àe comprimer les révoltes que le fils du sultan avaient suscitées à 
Fes et àTlomcen. Débarqué è Gbassaça, il se rendit à Tèza, looa* 
litésituéedansle territoire de sa tribu, IcsBeni-Asker, et, eoayant 
rassemblé les guerriers, il partit avec l'intention de surprendre le 
campd'Abou-Einan, pendant que ee prince tenait son ueveu étroi- 
tement bloqué' dans la Ville-Neuve [de Fez], après Tavoir battu en 
rase campagne. Sa!d-lbn-Mouça-el-Adjtci, auquel Abou-Einan 
confia le commandement des troupes destinées à agir contre 
Eiça, alla prendra position sur le bord du Uou-Halou, rivière 
qui sert à délimiter la région occupée par les Beni-Asker. Les 
deux armées étaient en présence depuis plusieurs jours quand 
elles apprirent que la Yille-^Neove avait succombé. Peu de temps 
après, Eiça reçut une communication d'Abou Einan qui l'engf* 
geaitk reconnattrc son autorité et, trouvant qu'Abou-'l-Hacen 
- mettait une lenteinr extrême à lui envoyer des renforts, il fit f^a 
soumission moyennant certains avantages que le nouveau sultan 
s'empressa de lui accorder. A la suito de cet arrangement, il se 
rendit k Fex, et Abou-Einan, enchanté d'avoir gagné un homme 
aussi inQuent^ le logea dans le palais et lut donna la présidence 
do conseil privé. 

Après la mort do sultan Abou*1-Hacen, le chambellan, Ibn^ 
Abi^Amr, s'empara de l'esprit d'Abou-Einan et, devenu son 
confident et son ami intime, il écarta de la présenco royale tons 
les autres coortisans. Eiça, qui en fut du nombre, ressentit un 
vif mécontentement, mais il cacha sondépit et se fit donner l'an- 
torisalion d'aller à la Mecque. Revenn du pèlerinage, l'an 756 
(4355), il passa par Bougie et, cédant aux sollicitations d'ibn* 
Abi->Amr, qu'il rencontra dans cette ville, il s'engagea ^ lui cooci* 
lier de nouveau la faveur du sultan. Arrivé h la cour et trouvant 
QO'Aboo-*'Einan gouvernait sans prendre conseil de personne, et 
sans témoigner la moindre confiance ni aux courtisans ni aux fa- 
miliers du palais, il demanda la permission de rentrer en Espa- 
gne, siège de son commandement, afin, de maintenir la guerre 




V. 



DYNASTIE miniDI. ABOO-IlNAlf. 300 

sainte sur cette partie de la frontière mérinide. S*4lant alors 
rendu è Geata, il traversa le Détroit et prit terre à isibraltar, 

Le bureau de la solde établi dans celte forteresse avait alors 
pour chef un nommé Yabya-el-Fercadji, personnage rempli d'or- 
gueil, qui trailait les autres officiers du gouyernement aveo une 
hauteur excessive et qui, par son arrogance, avait excédé Abou^ 
Yahya, fils [et lieutenant] d'Eisa. Quelque temps après l'arrivée 
de celui-ci, Masoud-lbn-Kendoux, un des serviteurs du sultan, 
apporta à Gibraltar, de la part de son mattre, Targeot qui devait 
servir a solder les garnisons mérinides. EUFercadJi voulut obli- 
ger Eiça h passer chez lui pour toucher son traitement, humilia- 
tion qu'il avait déjà fait subir à Aboo-Yahya pendant l'absence 
de son père. Indigné de tant d'insolence, Eiça le fit mettre ati 
cachot, renvoya Ibn*Kendouz à Geuta la même nuit, et répudia 
l'autorité du sultan. 

A la réception de cette nouvelle^ Abou*Einan ressentit une 
inquiétude extrême et, croyant qu'Eiça s'était précipité dans la 
révolte à l'instigation d'Ibn-el-Âhmer et du roi chrétien, il fil 
donner l'ordre à Ahmed-lbn-el-Khattb, commandant de lama-^ 
fine à Tanger, de prendre la mer avec quelques vaisseaux et 
d'aller mouiller dans la rade de Gibraltar afin de surveiller les 
démarches de l'ennemi. Quand cette flotte parut devant la îùvie^ 
resse, les officiers delà garnison et les chefs des volontaires ve^ 
nus du pays des Ghomara pour prendre part à la guerre sainte 
se concertèrent ensemble et, au lieu de soutenir leur chef, ils ré- 
solurentde le livrer au sultan. Soleiman-lbn-Dawoud-lbn-Arab- 
el-Askeri, gouverneur de Ronda, avait déjà eu un entretien se-* 
cret avec Eiça, dont il était le conseiller et l'ami intime et dont 
les démarches lui avaient procuré son commandement. Voyant 
que son protecteur persistait à répudier l'autorité d'Abou-Einan 
et à vouloir se tenir en révolte ouverte, il l'abandonna à son 
sort et écrivit au sultan pour l'assurer de son obéissance. Eiça 
reconnut alors que sa tentative prenait une mauvaise tournure 
et se repentit d'avoir agi en dépit des plus simples règles de la 
prudence^ Aussi, quand Ibn-el-Khattb arriva avec sa flotte, il 
alla implorer ses bons offices au nom de Dieu et de leur ancienne 



340 mSTOIRB DBS BERBÈRES. 

amitié, et b pria d'envoyer au sultan Tassurancc de son dévoue- 
ment et de le disculper d'avoir pris pari au forfait dont les gens 
delà forterasse, disaîl-il, s'étaient rendu coupables. Les Gho- 
marai ayant appris l'accusation qu'Eiça faisait ainsi peser sur 
ens, furent saisis d'effroi et, pour se jqsliGer, ils firent irruption 
dans le château où il s'était enfermé, le garrotèrent lui et son fils, 
et les envoyèrent à bord du navire d'Ibn-el-Khattb. Cet officier 
alla débarquer les prisonniers à Ceula et accourut à la capitale 
pour y annoncer la bonne nouvelle. Le sultan lui présenta une 
robe d'honneur et^ par son ordre, tons les courtisans en firent de 
même. Omar, fils du vizir Âbd-Allah-Ibn-Âli, partit alors avec 
Omar-lbn-el-Adjouz et le commandant de la milice chrétienne 
afin d'amener Eiça et son fils devant le sultan et, le 8 du mois de 
Dou-'l*Hiddja 756 (décemb. 4355), ils revinrent il la capitale. 
Abou-Einan tint alors une séance solennelle pour juger les incuU 
pés et, les ayant fait comparaître, il n'entendit que des excuses 
et des protestations de regret. Cette défense ne fut pas accueillie 
et on les ramena en prison^ où ils restèrent enchaînés jusqu'à ce 
qu'on eut célébré la fêle du Sacrifice [40Dou-'l-Hiddja]. Quand 
le dernier jour de l'année fut arrivé, on les traîna nu champ du 
supplice. Eiça mourut criblé de coups de lance ; son fils subit 
l'amputation d'une main etd'un pied, et, comme il refusa de se 
laisser panser, il resta baigné dans son sang et mourut le lende- 
main. Le triste sort de ces malheureux servit de leçon h ceux 
qui auraient été tentés d'imiter leur exemple. Le sultan donna le 
commandement de Gibraltar et des autres forteresses espagnoles 
à Soleiman-Ibn-Dawoud. 



LB SDLTAN S'BVPABI hE CONSTANTINE ET DB TUNIS, 



Après la mort du chambellan Ibn-Abi-Amr, le suUan donna 
le gouvernement de Bougie et des provinces situées au-delà de 
cette forteresse au vizir Abd-Allah-lbn-Ali-lbn-Satd. Cet officier 
partit pour sa destination après avoir reçu la permission d'em- 



DTITASTtB VÊBIKIDB. AiiOU-BINÀN. 3(f 

ployer pour la solde des troupes tout rargent- provenant de» 
impôts. 

Les montagnes de la province de Constantine, étant habitée» 
pai'de» Sedouikich, appartenaient déjë au sultan; puisque [set 
alliés] les Douaouida y avaient étendu leur domination; aussi, 
nomma-t^il Mouça^Ibn-'Ibrahîm^lbn-Eiça au commandement da 
ces peuplades et lut prescrivit-il d'aller à Taoortrt, sur Teitréme 
limite de la. province de Bougie, et de s'y établir avec ses pa- 
renia, ses fils et ses clients. 

Ibn-Âbi-Amr avait déjà mis le siège devant Gonstantine après 
s'être installé à Bougie; mais, ayant conclu un traité de paix avec 
Témir Abou-Zeid, seigneur de- la ville dont il voulait s'emparer, 
il s'en était éloigné, après avoir posté Uouça-lbn^lbrahlm à 
Mila. 

Le vicir Abd^Allah-Ibn-Ali ayant pris le commandement do* 
[de Bougie avec le tilre de gouverneur de] l'ifrtkïa , se mit en 
marche, Tan 157 (1356), conformément à l'ordre du sultan, et 
occupa les abords de Constantine. Les habitants allaient faire 
leur soumission en voyant les catapultes des assiégeants mena* 
cer leur ville. qui était déjà étroitement bloquée, quand, tout-à- 
coup, les Mérioides levèrent le siège par suite d'un faux bruit qui* 
s'était répandu dans le camp au sujet de la mort d'Abou-Einan«. 
L'émirAbou*Zeid se rendit alors à Bàne, après avoir confié le 
gouvernement de Gon^tantiue à son frère, Abou-'UAbbas, main- 
tenant Émit des croyants, que Dieu tout-puissant le soutienne 1 
Ge prinee y était venu de l'ifrfkïa; où il avait essayé de con- 
quérir letfône de ses ancêtres avec l'aide des Arabes, et tenté, 
à plusieurs reprises, d'enlever Tunis au chambellan Jbn-Tafra- 
gutn. Ces hostilités commencèrent en Tan 753 (1352), ainsi* 
q^e nous l'avons déjà mentionné. Ge fut Kbalcd-lbn-Hamza, 
le compagnon d'Abou-'l-Abbas, qui obtint pour lui le comman- 
dement de Gonstanline et qui emmena l'émir Abou-Zeid; afin de 
recommencer le s!ége de Bougie. Abou-'UAbbas fut à peine ins- 
tallé dans la ville qu'il se déclara indépendant et, cédant aux ins- 
pirations de son esprit intrépide, il prôla une oreille attentive * 
aux suggestions de quelques chefs appartenant aux Aulad-You- 



34 9 msroiu nsf M»f9t«9. 

9of, fiimitlo qui ooiDOM^dait la tribu des Sedoatkiofa el qm étoH 
mai disposée poar les Mérinides. D'après leurs conseils, U mareha 
sarMila et surprit le earap de Moaça-lbn-lbrahtm dans une atta- 
que de oint. Les fila de Mouça y perdirent la TÎe, les lAèrimàe^ 
alModoonèreol leurs tentes et leurs bagages, s^enfuirent jusque 
Taoïirirtel passèrent de là a Bougie. Abott-^Binan, auprès duquel 
Mmiçase rendit è la suite de cette défaite, attribua auxient^ura 
du vîair AbdiAllah^lbtt-Ali lemdlieur qui venait d'arriver, vu 
qu 'un prompt envoi de secours aurait pu le prévenir, et, d'apràa 
son ordre, Ghealb»lbn*Meimoun partit pour Bougie el loi amena 
le visir prisonnier. Yabya-ibn-Meiaioun4bn^Auumoud, client el 
pifotégé de la famiUe royale, fut nommé gouverneur de oelte 
ville. 

Sur ces entrefaites, Abou-Zeid avait écrit à Ibn-Tafragutn, mt- 
uÂstra de son oncle [Abou«Ishac-]lbraktm, îx>ur obtenir l'autori^ 
aation de se fixer à Tunis moyennant la cession de B6ne au sul- 
tan. Cette proposition fut agréée ; l'émir s'établit dans la capitale 
avec le titre d'héritier du trâne, et la ville do BAno reçut un oom« 
mandant tunisien. 

Ce fut pendant les journées du Teehric ^ds l'an 757 (déeemb. 
4356), que le sultan Abou-*Eiuau apprit la défaite de M6uça«4bn* 
Ibrahim. Use décida aussitAi k envahir l'IfrtkTa et, ayant fait 
dresser un camp à U porte de la Vilie«^euve, il envoya des offi« 
eiers à Maroc pour rassembler les contingents des provinces qui 
dépendent de cette villa. Il ordonna en même temps aum Mérini- 
detf de se préparer pour une longue expédilion et, depuis le jour 
QÙ il reçut cette mauvaise nouvelle jusqu'au mois de BabiA (mars«» 
avril 4 357), il se tint eonetammeot assis, en public» afin d'enrft" 
1er des troupes, de les solder et de les passer en revue. Le vÏBir 
EaresT^lbn-^Heimoun partit enfin deFei avec le premier corps et 

'{^s trois jours qui suivent la fête du Sacrifice (40deDou-'l- 
Hfddja) ont et ^ nommés techrie, parce que les p '!< rins expoient au 
mlM {cherrêc) la cbair des victimes pour la dessécher, on 
parcQ qu'ils inunolent les victimes en pleia soleil. 



DTRASnB XtlItlIlDi. -««> AtfOlMIRAR. 9(3 

l'armée, et le saltao le suivit à la tète da second, ils marchèrent 
eo oui ordre jusqu'à Bougie et, après une halte de quelques joors 
pendant lesquels ils s^occupèrent à rétablir l'équipement des 
troupes, le vizir poussa jusqu'à Constantine et y mit le siège. 
I^ 3i}Uafi ne (arda ps à le rejoindre et, aussitM qu'il s'y montra 
avec sa paissante armée qui marchait drapeaux déployés et dont 
le pcûds ébranlait la terre, les habitants, saisis d'effroi, abandon- 
nèrmt leur suUmi et se précipitèrent au-devant du souverain 
mérinide aGn de lui offrir leur soumission. Abou-'l-Abbas s'en- 
ferma dsîns la oitadelle avec ses oflieiers et serviteors, pendant 
que son frère, El«-Fadl, se rendit auprès d'Abou-^Sinan datis l*e8* 
poir d'obtenir une capitulation. Cette grâce leur fut accordée, 
mais, en évacuant la citadelle, ils eurent à passer dtfns le eamp 
du suites». Quelques jours plus tard, Abou-^'l-Abb^ fut envoyé ^ 
bord d'un navire qui le transporta à Ceuta. Il resta prisonnier 
dans cette forteresse jusqu'à ce que la fortune lai devint encore 
favorable, ainsi que nous le racont«roas plus tard. 

Mansoiir-lbn^el*Hgddj-KbalQuf*e)*Tdbani, cheikh mérinideel 
membre du conseil-d'état, reçut d'Abou-Einanle commandement 
de Oottstantine et, dans le mois de Cbâban (juillel^soûl i3&7), il 
^s'ins^ialla dans la citadelle. Le sultan était encore campée» de-« 
bora de la ville quand on lui apporta deux lettres d'hommage; 
l'une de la part d^ Ydhya-lbn*Yemtoul, seigneur de Tooier, et 
l'autra d^ la p^rt d'Ali-lbo'-eK&halef, seigneur de Nefta. Ibn- 
Mekkî vint en per90Qne pour lui renouveler ^assurance de sa fi-» 
délité, et leç Aalad^ob^lbel, chefs des Kaoub et rivaux des Benî-> 
Abi^'l-Leil, arrivèrent aussi pour l'engager dans une tentative 
contre Tauiç- U accueillit cette propoeiMoo avec empresseipent 
et leur fournit tin corps d'armée sous le& ordres de Yafaya-^lhn-^ 
Rahhou-lbn-Tacbefin. Il donna, en mâoae temps, le comniande*' 
ment do la flotte au raïs Mohammed-lbn-Youçof-el-Abkem, en lui 
ordonnant de faire voile pour Tunis, afin d'appuyer le&iroupes 
de terre» 

Averti de leur approche, lechambellao Abou*Mohammed"»lbfH 
TafragdiQ, plaça soD sultan, Abou-Ishao-lbrahtm^ fils da sultan 
Abou-Yahya«Aboti*B«kr, à la tète d!une armée et Teavoya avec 



314 BiSfOiai D£8 MaS&BBS. 

les AoIad-Abw'I-Leil, à la rencontre de l'ennemi. ,La flolte du 
sultan étant arrivée dans le port de Tunis, attaqua la ville pen- 
dant le reste de la journée et, par cette démonstration, elle dé(nda 
Ibn-Tafragutn h partir la même nuit aGn de s'enfermer dans EU 
Mehdïa. Au mois de Ramadan 7ô8 (août-sept, 4357) , les alliés 
* d'Abou-Einan prirent possession de Tunis et y proclamèrent la 
souveraineté de ce monarque, pendant que Yahya-lbn*Rabhoii 
alla s'installer dans la citadelle etse charger du haut commande- 
ment. 

Abou-Einan , ayant alors tourné son attention vers l'état du 
pays qu*il avait conquis, défendit aux Arabes riahides d'exiger 
le tribut appelé khafara et, par cette prohibition, il leur inspira 
tant de méfiance qu'ils étaient tous disposés à la révolte aussitôt 
qu'il leur eut fait demander des otages. Leur émir, Yacoub*Ibn« 
Ali, s'aperçut de ses mauvaises intentions à leur égard et, pour 
les soustraire^ aux coups perfides qui allaient les atteindre, il les 
emmena tous dans la province du Zab. Le sultan se mit à leur 
poursuite en faisant ^éclairer sa marche par Youçof-lbn«>Mozni, 
gouverneur de cette contrée, et se rendit à Tolga en passant par 
Biskera. D'après les conseils do son guide, il arrêta Abd-er- 
Bahraan-lbn-Ahmed, grand cheikh de Totga et détruisit les cbè- 
teaux de Yacoub*lbn-Ali. Comme les Arabes s'enfuyaient tou- 
jours en se dirigeant vers le Désert, il revint sur ses pas et reçut 
d'ibn-Mozni le montant des impôts que ce chef avait recueillis 
dans sa province. Tous les soldats de la colonne jouirent de 
l'hospitalité de ce chef, qui leur distribua du blé, de la viande, 
des assaisonnements et du fourrage pour les dédommager de 
. ce qu'ils avaient consommé pendant celte course de trois jours, 
à travers les sables. Le sultan le récompensa largement de ce 
tribut de générosité et lui donna, ainsi qu à son (ils à ses gens^ 
une forte gratification. 

Il rentra ensuite à Gonslanline avec l'intention de continuer sa 
marche jusqu'à Tunis, mais il avait une armée dont les ressour^ 
ces s'étaient épuisées par la longueur de cette campagne et par 
les dangers qu'elle avait eu k surmonter lors de son entrée en 
Ifrtkïa. Les chefs de corps se concertèrent alors et prirent la ré^ 



*. 



DYNASTIE HfiBIKlDE. — ABOU-Bllf AN. 315 

solution dd l'abandonner; le vizir Fares-Ibn-Meimoun, se laissa 
entraîner dans le complot, et, tbut-à-coup, les cheikhs et com- 
mandants de tribus donnèrent congé à leurs subordonnés et les 
renvoyèrent en Maghreb. Le sultan» auprès duquel ces chefs 
étaient restés, fut averti qu'ils en voulaient mârae à ses jours et 
qu'ils avaient l'intention de le remplacer par Idrls, fils d'Oth- 
man*Ibn-Abi-'I-Olâ ; mais il avait si peu de troupes à sa dispo- 
sition, qu'il fut contraint de cacher son ressentiment. Il savait 
cependant parfaitement bien qu'ils étaient tons d'accord pour le 
trahir. Ce fut à deux journées vers l'est de Conslanlioequ'il se vit 
obligé de reprendre la route du Maghreb. Ayant pressé sa mer- 
che, il entra à Fez vers le commencement de Dou-'l-Hiddja 758 
(nov, 4357), et, sur le champ, il fit emprisonner le vizir Pares- 
Ibn-Meimonn dont il soupçonnait la complicité avec les chefs 
mérinides. Quand les trois jours da Techric furent passés [com- 
mencement de décembre] , il donna l'ordre de faire mourir le 
trattre h coups de lance, et, s'élant saisi des principaux chefs 
des Beni*Merin, il condamna les uns à la mort et les autres k 
Temprisonnement, 

La nouvelle de sa retraite vers lo Maghreb se répandit avec 
une grande rapidité, et le chambejlan Ibn-Tafraguîn s'empressa 
de quitter £l-Mehdïa pour rentrer à Tunis. Aussitôt qu'il parut 
dans les environs de la capitale, ses partisans coururent aux ar- 
mes et forcèrent la garnison mérinide à s'embarquer pour le Ma-^ 
ghreb. Bientôt après le retour de ces troupes, on vit arriver à 
Fez la colonne que Yabya-lba-Rahhou, soutenu parles Aulad- 
Mohelhel, avait conduite dans le Djerid pour y percevoir l'impôt. 
Le sultan rallia ainsi une partie de ses forces et résolut de faire 
une nouvelle campagne l'année suivanle. 



SOLBIHAlf-IBN-DAWOCD EST IfOnnfi TIZIR ET FAIT CHB BXPtDmO!! 

EN IFRÎKÏA. 



Abou-Einan étant rentré en Maghreb sans avoir pu complè* 



346 HISTOIRI DIS BIBBERVt. 

ter la conquête de rifrtkïa, ressenlit queiqo^iDqQiëtti(ie ea ré- 
fléchissant h Télat dans lequel il avait laissé ce, pays. Craignant 
surtout les attaques que Yacoub-Ibn-Ali et les Douaouida insoo* 
rois pourraient diriger contre la province de Constantine, il rap- 
pela Soleiman*lbn-Dawoud, gouverneur de ses possessions espa- 
gnoles, et, Tayant nommé viiir de Pempire, il le plaça à la tête 
de Tannée qui allait partir pour TlfrikTa. Cette colonne se mît 
en marche dans le mois de Rebià 759 ( février-mars-avril 
4358), 

Yacoub-lbn-Ali avait maintenant jeté le masque et levé l'éten- 
dard de la révolte ; aussi, le gouvernement merinide le remplaça 
par son frèreet rival, Meimoun«lbn«-Alt, qui devint ainsi eom* 
mandant des Beni-BIohammed, tribu douaouida, et de tous les 
nomades de la province [de Constantine]. Il parvint même h 
rallier la majeure partie des tribus qui avaient suivi son frère 
Yacoub. Plusieurs fractions des Aulad-Seba-Ibn-Yahva vinrent, 
sous la conduite de leur chef, Othman-Ibn-Youçof>lbn-Soleiman, 
pour se joindre à lui et reconnaître de nouveau l'autorité du 
sultan. Toute« ces peuplades arrivèrent alors avec leurs tentes 
et leurs troupeaux, et se postèrent dans la voisinage du lieu où 
le vizir avait établi son camp. 

Pendant que le sultan se rendait à Tiemcen afin de mieux sur- 
veiller les opérations de son ministre, celui-ci était entré sur le 
territoire de Constantine. Youçof-Ibn-Mozni , gouverneur du 
Zab, connaissant parfaitement les affaires des Douaouida et leurs 
habitudes, reçut Tordre de quitter Biskera etde se rendre auprès 
d'Ibn-Dawoudafin deledirigerparses conseils. Étant allé trouver 
cet officier, il Taccompagna dans une expédition contrôles peuples 
de T Auras et Taida non-seulement à faire i entrer tous les impôts 
de cette localité, mais aussi à chasser les Douaouida insoumis et 
à faire cesser leurs brigandages. Soleiman-Ibn-Ddwoud ramena 
h Tiemcen Tarmée du sultan, après Tavoir conduite à cette par- 
tie de Tifrikïa qui forme Texlréme limite du territoire occupé par 
les Riah. Il revint avec les députations des tribus arabes qiii 
s'étaient distinguées dans cette campagne par leurs bons servi- 
ces, Le sultan donna h ces envoyés ûes robes d'honneur, des 



OTRaSTII MttiKlDI. — ES-BAÎD. 317 

chevaux ot (Ic3 brevels de pension dont la solde devait être 
prisé sur le revenu du Zab. Ahmed, (ils de Youçof-lbn<Mozni, se 
présenta ensuite de Li part de son père et fil cadeau au snllan * 
de plusieurs beaux chevaux et d'un certain nombre d'esclaves et 
del>oucliers.Abou-Einan accueillit ce chef avec une grande dis- 
tinction et l'emmena à Fez afin de le traiter plus diijnement et de 
lut.roonlrer toute la splendeur de la cour mérinide. Ils y arri- 
vèrent vers le milieu du mois de Dou«'l-Câda 759(fin d*oc<- 
tobre 1 358). 



■ORT D'ABOU-fiJNilf. -*LB TIZIR EL-BACEN-IBN-OSIÂH S'fiUPARB 
DU POUVOIR BT FAIT DÊCLARBR ES-8AID SULTAN DU MAGBHEB. 



Entré à Fez la veillede la grande Fête (milieu de nov. 4358), 
Abou-Einan assista le lendemain, jour du Sacriflce, à là prière 
publique et, aussitôt après, il ressentit une indispo<;ition qui 
Tempècha di3 donner audience, ain.si qu'il en avait eu rhabilude 
dansées journées solennelles. Rentré au palais, il se trouva tel- 
lement malade qu'il dut se mettre au lit et se faire soigner par 
ses femmes. Ayant déjà désigné sou fils, Abou-Zfnn, comme héri- 
tier du trône, il avait donné à ce prince, en qualité de vizir oi 
do tuteur, un vieux serviteur delà fnmille rovale, nommé Mou- 
f;a-lbn-Eiça-el-Acouli. Ce personnage, dont k père ailssi avait 
rempli les fonctions de vizir, voulut établir Paulorilé de son pu- 
pille le p^us tôt possible et, dans ce but, il proposa aux chefs 
mérinides de se rallier sur le champ autour du jeune émir et do 
faire*mourir le vizir Él-Hacen-lbn-Omar. On ennemr personnel 
de celui*ci, Omar-Ibn-Meimoun, fut l'auteur de ce conseil. El- 
Hacen, soupçonnant leur dessein, communiqua ses appréhen- 
sions au grand conseil, et, comme les membres de co corps 
étaient tous mal disposés pour le prince héréditaire à cause de 
son humeur farcuche et de son mauvais naturel, ils prirent la^ 
résolution de confier à. un autre I*antorilé suprême. Ayant alors 
appris qu'Abou-Einan, bien que dangereusement malade, avait 



3)8 HISTOIRE DBS BERBtiIBS. 

rinleotion de les chàlier tous avant de mourir, ils so décidèrent 
à lui donner la mort el à proclamer sullan sou Fils* Es-Satd , enfant 
de cinq ans. Ce plan arrêté, ils se rendirent au palais le matin, de 
bonne heure, et luèrenlle vizir Mouça*Ibn-Eiça, ainsi qu'Omar- 
Ibn-Meimoun ; ensuite^ ils placèrent Es-Saîd sur le trône et lui 
prêtèrent le serment de (idélilé. Masoud-lbn-Rahhou-lba-Maçaï^ 
vizir du jeune prince, se Gt alors donner Tordre d^arréker Abou- 
Zîan aPm de Téloigner du palais. L'ayant trouvé dans l'apparte- 
ment des femmes, il l'engagea par des paroles rassurantes à sor- 
tir de celle retraite, le ccinduisit devant son frère auquel il l'o- 
bligea de jurer fidélité. Aussitôt après, il Tentraina dans un ca- 
binet et lui ôta la vie. Ce lut le mercredi, 24 de Dou-'l-Hiddja 
(fin de novembre 4358), qu'ElHacen-Ibn-Omar s'empara de 
1 autorité. 

Pendant ces événements, Abou-Eirinn se mourait; le jeudi sui- 
vant on s'attendait à son enterrement, [car on avait répandu le 
bruitde sa mort]. Le vendredi arriva et, comme aucun préparatif 
funèbre ne se faisait encore, des soupçons de trahison se répandi- 
rent dans ic public. Alors , dit-on, le vizir entra dans la 
chambre du moribond et lui serra le cou jusqu'à ce que la n^ort 
s'ensuivit. L'enterrement eut lieu le lendemain, samedi 

El-Hacen-lbn-Omar séquestra Es-Saîd dans le palais, après 
Tavoir fait proclamer souverain et s'être attribué toute l'autorité. 
Abd-er-Rdhman« autre lilsd'Abou-Einan, effectua son évasion 
le jour où son frère fut inau^^uré, et chercha un asyle dans la 
montagne de Lokaï. Il était plus âgé que le nouveau sultan, mais 
on avait préféré celui-ci parce que son visir, Masoud-lbn-Maçai, 
était cousin [d'El-Hacenrlbn-Omarj.Surla promesse que ses jours 
seraient respectés, Abd*cr-Rahman sortit de sa retraite et se 
laissa conduire devant son frère. EUlIaccn-lbn-Omar Tenferma 



' Le texte arabe porte U-akhiki {à son frère). On peut admettre 
cette ieçoa en supposant que le pronom possessif se rapporte à 
Abon-ZIan ; mais l'auteur aurait mieux fait d'écrire V-ibnihi 
[à son fils). 



DYNASTIE MÉRITIIDB. ES-SAÎD. 319 

ilans la citadelle de Fez et envoya chercher les autres fils d'Abou- 
Kinan lesquels, Lien que Irès-jeunes, occupaient tous de hauts 
commandements dans les forteresses de Tempire. On lai amena 
Ël-Motacem deSidjilmessa, mais Amer-Ibn-Mohammcd, le hin- 
tatien, qui avait été choisi par le feu sultan pour être le tuteur et 
gardien du prince Ël-Motamed, gouverneur de Maroc, refusa de 
livrer son protégé, et Temmena dans la montagne des Hintata. 
Le vizir équipa aussitôt une armée pour lui faire la guerre. EI- 
Motamed ne sortit de cet asile que pour se rendre auprès de son 
oacle, Abou-Salem, à Tépoque où ce priuco obtint la souveraineté 
du Maghreb. 



LE yiZlR SOLBIIIAIV-IDN-DA^'OI'D HARCBB SUR VAKOC , APllf Dl 

COUBATTBB All^B-lBN-XOUAMMED. 



Amer- Ibn-Mohammed'Ibn-Ali était cheikh des Hintata, Tune 
dos grandes tribus masmoudiennes. Son père, Mohammed-lbn- 
Ali, avait été chargé, par le sultan Abou-Youçof-Yacoub, de pré- 
lever l'impôt chez ces peuples, et son oncle, Mouça*lbn*Alif avait 
remplîtes mêmes fonctions pour le sultan Abou-Satd. Amer^ le 
sujet de cette notice, fut élevé à la cour mérinide ; il accompagna 
Abou-'l -Hacen en Ifr ikïn et reçut de ce prince lo commandement 
(lu corps de cavalerie qui faisait la police à Tunis. Abou-4-Iiacen 
s'étant embarqué pour lo Maghreb, mit toutes les dames de sa 
famille dans un autre navire, eu ordoni^anlà Amerde les accom- 
pagner. Elles traversèrent la mer, débarquèrent h Almeris, en 
Andalousie, et là, elles apprirent le naufrage du sultan et de ses 
troupes. Amer les Ol rester dans cette ville, et, fidèle observateur 
des engagements qui le liaient envers son maître, il refusa de les 
livrer aux émissaires d'Al>ou-Einan. Après la mort d'Abou-'l- 
Hacen, qui finit ses jours sur la montagne des ûinlata, il apprit 
qu'Abou-Einan lui savait bon gré de son dévouement envers un 
monarque que iMfrtkïa avait repoussé et que les hommes avaient 
abandonné. Ayant alors conduit auprès du nouveau sultan le 



320 nisTomi ust MUftiss* 

harem li' Abou-'l-Hacen, il fui accueilli k la cour de la manière la 
plus honorable* 

Se trouvant à Tl^mcen Tan 754 (13o3}, il fui nommé par 
Abou-Einan percepteur de Timpôl chez les tribua masinoudi^n- 
nes et, a'étant rendu au milieu de ces peuples, il remplit sa 
tâche avec un zèle et une habileté des plus rares. Le sultan lui- 
même On fut frappé au point de s'écrier : « Je voudrais 
> trouver un homme qui pût administrer les provinces 
» orientales de mon empire avec autant de talent qu'Amer admt* 
» nistre mes provinces occidentales. Débarrassé alors de tout 
» souci mondain, je me livrerais à la vie dévote. » La haute fa«- 
veur qu'Amer s'était acquise lui attira la jalousie des vizirs et, 
k l'époque où El-Hacen-Ibn-Omar devint vizir unique du sultan, 
il eut à supporter non-seulement la haine, mais aussi les calom- 
nies de ses ennemis. 

Peu de temps avant de mourir, Abou-Einan accorda à ses en- 
fants de hauts commandements dans les provinces ; a son 
lils , Mohammed-el«Hotamed , il donna lo gouvernemenl de 
Maroc, et plaça Amer-lbn-Mohammed auprès de lui en qualitéde 
conseiller et protecteur. EI-Hacen-lbn-Omar, s^étnnl emparé 
(lu pouvoir après la mort du sultan, proclama la souveraineté 
d'Es-Satd et rappela h Fez tous les enfants <l'Abou-Einan qui 
exerçaient des commandements. Amer recul alors l'invitation 
«ranfi^ner son pupille à la capitale, mais, au lieu d'obéir, il quitta 
Maroc avec le jeune prince et l'emmena dans la montagne dos 
Hintata. A cette nouvelle , El-Haccn s'empressa d'envoyer a 
Maroc un corps d'armée commandé par son collègue, Soleiman* 
Ibn-Dawoud. Dans le mois de Moharrcm 760 (décembre t3S8), 
Ibn^Dawoud se mit en marche, et, quand il eut occupé la ville 
de Maroc, il pénétra dans la montagne des Hinlala et bloqua la 
position où Amer s'était fortifié. A la f:uito d'un long siège, il allait 
emporter les derniers retanchemenls des insurgés, mais, au mo- 
ment d'atteindre le but de «es efforts, il apprit que la discorde 
avaitéclalé parmi les Mériuides et que Mansour-Ibn-Soleiman, 
prince do la famille royale, s'était mis en révolte et faisait le 
siéi;;ede la Ville*Ncuve. Quand cette nouvelle fut connue dani le 



DTHASTIB MfiRllfIDB. — ^ ES-SAID. 321 



•I 



camp, toutes les troupes quittèrent leurs positions pour aller 
joindre le prétendant, et le vizir iînit par suivre leur exemple* 
Amer &e vit ainsi délivré d'un grand péril el, quelque temps 
après, il quitta sa montagne par Tordre d'Abou-Salom , qui 8'é- 
tait rendu maître du Maghreb en CbAban 760 (juillet) et qui dési- 
rait avoir son neveu auprès de lui. 



ABOO-HIXHOU- HOUÇA SB HOIÏTRE OAKS LA PEOYHÎCE DE TLEHCBII 
BT BNLÈVB CBTTB VILLE AUX ■BRIIfIDES. 



Nous avons dit * qu'Abd-er-Rahman, fils de Yahya et petit- ' 
fils de Yaghmoracen, avait quatre fils. Youçof , qui en était Tatné, 
se distingua par son caractère grave et, peu ambitieux des biens 
de ce monde, il ne s'occupa que de bonnes œuvres. Quand son 
frère, Abou-Satd-Olhman, prit possession de Tiemcen, il reçut 
de lui le gouvernement de Ténès. Son fils Abou-Hammou-Mouça 
marcha sur ses traces : amateur du repos et de la tranquillité, \l 
évita la société des gens pervers. En Tan 753 (4352), quand 
Abou-Einan enleva aux Abd-eî-Ouadites le royaume de Tiemcen, 
. leur sultan, Abou-Thabet s'enfuit vers la frontière orientale du 
Maghreb [avec plusieurs de ses parents et amis]. Ces voyageurs 
forent attaqués par les Zonaoua qui leur enlevèrent tout, jusqu'à 
leurs montures, et les mirent dans la nécessité de continuer leur 
route à' pied. Abou-Thabet, accompagné de son neveu, Abou- 
Zlan -Mohammed, fils d'Abou-SaM, de son autre neveu, Abou* 
Mouça, fils de Youçof, et de son vizir, Yahya-Ibn-Dawoud, s'é-* 
earta du sentier suivi par la reste de ses gens et fut fait prison- 
nier avec ses compagnons. Mouça parvint à s'échapper et, arrivé 
k Tunis bii il se mit sous la protection du chambellan Ibn-Tafra* 
guîn, il trouva h la cour des Hafsides l'accueil le plus bienveil- 
lant. Un fort traitement lui fut assigné ainsi qu'aux autres réfu-- 



Voy. tome lu, p. 4^2. 

T. IT. 34 



322 BISTOIM DBt BBKBERCS. 

giés abd^cUouaditas qni voulaient se mellredo sefvice do goa« 
vernemonl tunisien. AboQ<*>ËiQan demanda en vain leur eilradi-. 
tfoD ; le ebambellan déclara baniemcDl qu'il les prot^eraii 
centre tous ledrs ennemis. 

Quand Tarmée mërinide s'empara de Tunis [en 758 '^t 357] ^ 
le sollan harside, Abou-Ishac-lbrahtm, fils de notre seigneur 
Abou-Yahya-Abon-Bekr, s^éloigna da la ville et emmena dans sa 
suite le prince Abou-Hammou-Mouça. Après le départ d'Abou- 
Einan pour le Maghreb, Abou^lsbac alla mettre le atége devant 
Constantine, et, dans cette entreprise, il se fit soutenir par son 
neveu, Abou-Zeid, seigneur de Bône, par les Douaouida, sous 
les ordres de Yacoub-Ibn-Ali, et par les réfugiés zenaliens com- 
mandés par Abou-Hammou-Mouça. 

. Api'ès la prise de Tiemcen par Abou-Eioan, les Beni-Anier^ 
lbn-Z6ghba se révoltèrent contre son autorité, passèrent eti Ifrî- 
kfaateo leur chef, Soglieir- lbn*Amer, et se fixèrent avec leur;, fa^ 
milles, leurs tentes et leurs troupeau^^, dans le voisinage et sous la 
protection de Yacoub-lbn-Ati. Quand l'armée du sultan Abou- 
làhao leva le siège de Constantine, Sogheir forma le projet de ra« 
mene> eon peuple dans le désert du Maghreb central, leur ancien 
séjour, et, voulant avoir sous la main un prince du sang, afia di» 
le proclamer sultan et d'envahir avec lui la province de Tleincen, 
il ÎDvita Pémir Abou-Hammou h raccompagner. Les Bafsides 
consentirent volontiers au départ de leur protégé et lui Tirent ca- 
deau de plusieurs tentes et d'un équi|>age royal, le lot^t auss.i 
l>eau qu'ils purent lui fournir dans la position où ils se trouvaient, 
puisqu'ils étaient eus-mâmes en expédition et loin de leuiQ*api^ 
taie. SduIq, fils de Yacoub-Ihn-Ali, accompagna les Bi^ni-Ainer 
quavd ils se mirent en marche ; Zian» fils d'Olhman-Ibn-Sebdt et 
chef douaouidieo, se joignit à eux, el Daghar-Ibn-Eiçn prit \| la 
même route, emmenant avec lui les Beni-Said, tribu rîahida. 
se dirigèrent vers le Maghreb à grandes journées, dans l'intentioi 
d'y porter b ravage. \ 

Les Soueid, rivaux des Boni- Amer, el amis des Mérinides , 
avaient rassemblé leurs forces pour repousser les envahisseurs ; 
ils se rencontrèrent avec eux au midi île Tiemcen el, ne pouvant 



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DYNASTIE UtRlNlDB. — ES -SAID. 32S 

leur résisier, iU prirent la fuite, après avoir perda OtbnoiaQ, fils 
<le leur obef Ooenzeramar. Ce fatsur ces entrefaites cpi'eni lien 
la mort d'Aboii-Einan. Avant de quitter la vie, il avait doané à 
ses enfants des commandements dans les provinces et Bommé 
son Q's, Uohammed*el-Mehdi, au gouvernement deTlemoen. 
Les Arabes, ayant appris que le stiltan n'était pins , péné- 
trèrent dans la province de Tlemcen et s'en rendirent m*eitres. 

El-Hacen-lbn«Omar plaça alors Satd-lbn-Houça-el-Adjtci, 
client de la famille rovale, à la tète d^une armée et lui ordonna 
de pousser jusqu'à Tiemcen et de prendre le commandement 
de la garnison que l'on y avait laissé. Abmed-Ibn*Mozui , qui 
vonlut rentrer dans le Zab et qui avait reçu d'Ibn^Omar on 
riobe cadeau, un beau cheval et une /obe d'honneur, profita d« 
départ d« la colonne pour l'accompagner jusqu'à Tlemcen. Satd^ 
lbn«-Moiiça fit son entrée dans cette ville au mois de Safer 769 
{jôiov. 13&9), et s'y vit bientôt investi parMes Beni-Amer qui, 
sous les ordres de leur sultan, Abou-Hammou-Mooça, s'étaient 
rendus maîtres de tout le pays ouvert. Le 8 du mois dû 
Rebiâ ( février ) , ces Arabes emportèrent la ville d'assaut , 
après *pln.«ieurs jours de combats, et massacrèrent la gar- 
nison mérioide. Sogheir-*Ibn-Âmer , dans la tente duquel Satd-* 
Ibn-Mouça s^éiait réfugié avec le fils du sultan Abou^Einân 
et les gens de sa suite, leur accorda sa protection et les fitescor-* 
ter jusqu'à Fez par un détachement de sa tribu. 

Abou-Hammou, ayant recouvré le royaume de ses ancêtres, 
s'appropria un présent roagniGque que le sultan [Abou-Einan] 
destinait à Don Pedro [1Y], fils du comte et seigneur de Barce* 
lone. On y remorqua surtout un beau cheval, de couleur gris- 
«foncé dont la selle et la bride étaient richement brodées en or. U 
garda le cheval pour son propre usage et disposa des autres 
objets pour les besoins de son service. 

LB VlZlft HASOUD-IBN-VAÇAÏ S'bMPARB DS TLBVCBVr , TKAHIT SON GOU-r 
VSaNElHENT RT PR0CtA31K I.A SOUYERAINCTfi DE SIANSOUR FBN-SOLCIMAK. 

Le vizir El-naccn-lbn-Omar couvoqna le corps^ de cheikhs 



324 HISTOIHB DES beubïres. 

mërinides aussitôt qu^il reçut la nouvelle de la prise de TlerocoD 
parAboii Hammoa, et leur annonça son intention* de marcher coq* 
tre le sultan abd-el-ouadile. Il eulPidëe de s'yrendreen personne, 
nuais ils repondirent par des objections, tout en approuvant l'envoi 
d'une armée et en promettant de prendre part à Texpédition. 
Cédant à leurs remontrances, il se borna à faire ouvrir le bu- 
reau de solde, à distribuer beaucoup d'argent et à rassembler, 
sous les mura de la Ville-Neuve, une armée parfaitement équi- 
pée. Le commandt^ment de ce corps fut donné à Masoud-Ibn- 
Rahbou-Ibn-^ Maçaï auquel on remit, en même temps, des sommes 
considérables et les insignes d'autorité. Masoud partit à la (aie 
de ses troupes, drapeaux déployés, et emmena dans sa suite Man- 
80ur-Iba*Soleiman, petit-fils d'Abou-Malek et arriére petiufils 
do sultan Yacoub-Ihn-Abd-cl-Hack. 

Le peuple avait espéré que la royauté passerait h ce prince 
après la mort d'Abou-Kinan ; tout le monde regardait son avène- 
ment comme une chose cerlainc et l'on se le disait, non-seule* 
ment entre amis, mais en public. Mansour en fut très-inquiet et, 
craignant les suites fâcheuses qui pourraient en résulter pour 
lui-même, il alla s'en plaindre [à Masoud]. Ce vizir le blâma verte- 
ment d'avoir souffert qu'une pareille idée lui passât par Tesprit 
el, mettant en oubli toutes les convenances, il lui adressa une ré- 
primande sévère. Le prince suhit cette semonce avec une grande 
soumission et promit de ne plus s'occuper de pensées aussi dan- 
gereuses. J'assistai à cette scène et je demeurai convaincu que 
Mansour, avec une telle faiblesse do caractère, devait infailli- 
blement encourir les disgrâces les plus humiliantes. 

Au mois de Rebiâ second (mars 4359), le vizir fit son entrée 
dans Tiemcen ; Abou^Hammou ayant évacué la ville avec ses 
nlliés arabes, les Zoghba [Beni-Amer] et les Unkil, pour se jeter 
dans le Désert. Ces guerriers, voyant ensuite que le Maghreb 
était resté dégarni par suite du départ des iroupes mérinides 
pour Tiemcen, allèrent s'ioslaller dans l'Angad avec leurs tentes 
et leurs troupeaux. Pour les chasser de cette position Masoud ex- 
pédia contre eux un détachement dans lequel il avait fait entrer 
plusieurs émirs vi cheikhs mérinides. Son cousin, Auier-lbn. 



DTHISTIB aiERINIOB.-^ ABOO-SALBH . 32& 

Obbou-lbn-Maçaï; auquel il donna le commandement de cette 
colonne, rencontra les Arabes dans la plaine d'Oudjda et essuya 
une charge si vigoureuse que ses troupes s'enfuirent en abandon- 
nant leurs tentes et leurs bagages. Les cheikhs mérinides perdi^- 
rent leurs chevaux dans la bagarre et arrivèrent à Oudjda, dé- 
pouillés de tout, jusqu'à leurs 'habits. 

Quand la nouvelle de cette défaite fut connue à Tiemcen, le9 
Mérinides qui s'y trouvaient en garnison étaient déjà mal dispo* 
ses pour le vizir El-Hacen-lbn-Omar et» fort mécontents de 
voir ce ministre tenir leur sultan en tutelle , ils n'»tten-' 
daient qu'une occasion favorable a6n de pouvoir renver- 
ser son autorité usurpée. Aussi, en apprenant la défaite d'Ibor 
Maçaï, ils laissèrent éclater une joie extravagante et, dans uik 
oonseil tenu en dehors de la ville, leurs meneurs se décidèrent à 
prendre pour sultan Yaïch-Ibo-Ali, petit-fils d'Abou-Ziau et ar- 
rière petit-fils du sultan Abou-YacoUb. Le vizir Masoud-lbu-Sah* 
boa fut très-contrarié de cette démonstration^ et, comme il nour- 
rissait, depuis quelques temps, le projet de placer Mansour-^lbn-* 
Soleimaa sur le trône, il s'empressa de le faire venir et le con- 
traignit à prendre le titre de sultan^ Lui ayant alors prêté le 
serment de fidélité, il décida le grand raïs Ibn-Ahmer * et BU 
Gomeodador >, caïd de la milice chrétienne , à suivre son exem*- 
ple. Le peuple arriva en foule pour offrir ses hommages aa 
nouveav souverain, et les chefs mérinides^ avertis de ce qui se 
passait, accoururent de tous côtés pour en faire autant. Yatèb- 
Ibn-Ali partit sur le champ et se rendit en Espagne. 

Hansour se mit alors en marche pour le Maghreb avec les Mé* 
rinides qui s'étaient ralliés à son parti, et, trouvant que les ban- 
des arabes voulaient lui barrer le passage, il tomba sur elles el^ 
s'empara de leurs tentes et de leurs troupeaux. A la suite d'une 
marche très-rapîde, il arriva sur le bord du Sebou, vers le miliea 



* Ce personnage appartenait à la famille royale de Grenade* 

* Le Commandeur, Ce mot est espagnol.* 



326 nSTOlBB 0B9 BIMBtBBS. 

de Djomada second 760 (commeocemen t de mai 4 359) , et y ékabrti 
soneamp. 

A ia réception de cette nouvelie, El-Hacea*lbii--OmBr fit dresser 
ses tentes au dehors de Fez et y conduisit son sultan en grande 
cérémonie. La iiiéa»e nuit, il découvrit que ses troupes commeo* 
çaient à l'abandonner et que les personnages les plus considérable» 
de r^oipire avaient passé du côte de Mansour-lbn-Soleiman. 
Amsitôt, îl fit^alhiflier des torches et des grands feux atitoitr du 
eaflip et, rassemblant lès clienis de la famillo royale et les troa- 
pesde la milice, il fit monter te jeune prince à cheval, le rameftar 
au paiais et mit la Yîile-Neu ve en état de défense. Le leodemain^ 
Hansour rangea son armée en ordre de bataille ot se dirigea vers 
h Kodia*t-dl«AraY6, où il prit position le 22 damôme mois, et com* 
meoça les hostilités en coupant toute communication avec la 
piacb. Pendant que de nombreux oovriers, rassemblés de ton» 
côtés, lui construisaient des titaohinesde siège, une foule dedépu-^ 
taiffoiis vinrent lui présenter les hommages des villes du Ua^reb, 
et les Iroopes mérinides qu*on avaient envoyées k Maroc pour 
s'eoparer d'ABner-lfao-^Mohammed arrivèreoi au camp avecleuf 
chef Soleiinafi-Ibn-Dawoud. Pour récompenser cet officier, Man* 
sour le noBima visîr et, ayant l'ait mettre en liberté Abd-Allah-^ 
lbn*AK, ancien vizir du sultan Abou-£inan, il le rétablit dansie 
rang qu'il avait déjà occupé. 

Notre seigneur, Abou-'l-Abbas , prince de Gonstantioe, reçut 
alors TautoTtsatton de quitter la prison de Ceutdi et, après avoir 
subi Pépreuve de la captivité, il en sortit aussi pur que l*or qu^ 
a passé par les creusets. Toutes les prisons de l'empire se yidè- 
f ont en même temps par l'ordre de Mansour, et les gens du 
peuple que le sultan Abou-Einan avait fait arrêter à Bougie et à 
Gonstantine lors de l'occupation de ces villes par les Mérinides, 
purent enfio rentrer chez eux. 

Pendant que Mansour-lbn-Soleiman dirigeait des attaques in- 
cessantes contre la Ville-Neuve, une partie do ses Mérinides 
passa du côté d*£l-Hacen-lbn-Omar et d'autres rentrèrent dan» 
leurs foyers pour y attendre les événement^. Maâsour garda ses 
positions jusqu'au comniencemcut de Ghàban (comm, de juillet) 






DTNASTIK HAIINIDB.-— ABOU-SALB». 337 

ifiiaiul Aboa-Salom arriva eo Maghrob et monta s«r le Irène 
doses aYeux. 



ABOO-SâLBH MBBABQVB bars LB PAVB GHOHARA BT 9B BEftO 1|Alf>B« 
BC BOTAUne. -** MAMSOOB-lBIl-SOLfllMAN BST MIS A «ORT. 



Vémhp Afaoo-Balem-^Ibralittai avait demeuré en Esp^ne depuis 
la mort de aon père S et il y était resté quand (son frère] Abou*- 
'UFadl aita so perdreen essayant de soulever le Sous contre Aboti'- 
£tnan. 4jomme il s'était adonné aux pratiques ide la dévotion cA 
Hq}\1 menait une vie retirée, le sultan de Maghreb ne pensa goère 
k l'inquiéter. 

Enl'an7S5(t3&4), Abou-'UHaddjadj, souverain de l'Anda- 
louaie fut poignardé dans le maaaila * pendant qu'il eéUbrait If 
fête qui termine le }«Ane de Hamadan (21 octobre). L'ai^ssia 
était un malbeureux idiot, né d'une des négresses du pelais et 
t regardé généraleenent oorame (ils de Mohammed^ frère du souve<- 
ratn régnant. L'affranchi Aidouan^, ihinistrode Toniptre, séques-" 
Ira le nouveau sultan, Mohammed, fils d'AboUi-'UHaddjadJ, et 
prit «ar iuir^méme l'administration de Tétat* i 

Abou-^fitASQ, avons-nous dit, était rempli d'ambition : il espér 
raitméme s*emparer du royaume dn Grenade. Étantmalade, l'an 
7/kJM|5F} il fit inviter le gouvernement andalousieo à lui envoyer Je 
juif^lbraMm-Ibn^-Zerzer, médecin du palais. Cet homme montra 
unegrande répugnance à faire le voyage, et le ministre espagooïi 
•ayant agréé ses excuses, les adressa au sultan magbrehin. Abou^ 
Ëima en fut trèa-»niéoontent, et, rentré à Fez, après la prise éç 

« 

I » ' ■ 1 . I ' ' <■■■! I ■ » ■ Éii ■ w I, |ii m m i M | i I I I I 

9 

* Voy. page 305 de ce volume. 

* Voj. tome I, page 372. 

^Dans le texte arabe ou a imprimé par erreur Ramadan à îa place 
de fitdcKion. 



328 niSTOlM DBS ibivèms. 

Constantine et la conquête de ilfrtkïa, i\ arrêta un vizir et plit" 
ftieurs cheikbs que la coar de Grenade avait envoyés pour le 
complimenter. Il donna pour prétexte de cet acte de violence que 
leur sultan et leur premier ministre auraient dû venir en per- 
sonne pour le féliciter du triomphe de ses armes. Ayant troublé 
de cette façon la bonne intelligence qui avait subsisté entre les 
deux empires, il résolut de passer en Espagnç et de marcher sur 
Grenade. 

Depuis Pan 754 (4950-4), quand Alpbonse[X] mourut au siège 
de Gibraltar, son fils Pedre avait gagné la confiance des Andar 
loosiens ; et RidouaUf depuis son avènement au pouvoir, avait 
toujours cultivé l'amitié des chrétiens dans Tintérél du peuple 
musulman. Abou-Eii^n condamna hautement cette alliance, mais 
ilae vil dans l'impossibilité d'en tirer vengeance ; étant bien con^ 
vaincu que s'il entreprenait une ezpéditiou en Espagne, le roi 
[de Gastille] enverrait sa flotte au secours des Andalousiens e^ 
rempécherait de traverser ie Détroit. Ayant ensuite appris que 
Pédre et le roî d'Aragon se faisaient une guerre acharnée, il for- 
ma Une alliance avec celui-ci et obtint la promesse que U flotte 
de Barcelone passerait dans le Détroit et ferait sa jonctîoi^avec la 
flotte africaine. Il apprêta alors un présent magnifique, composé de 
riches étoffes et de meubles fabriqués en Maghreb, d'un harnais 
brodèenoretd'on beau cheval: témoignage d'amitié qu'il voulait 
envoyer à son nouvel allié. Ge cadeau n'arriva pas à sadestina» 
tion,a}an(été saisi à Tiemcen. 

Après la mort d'Abou-Biuan, son frère Abou*Salem conçut 
l'espoir de mouter sur le trône du Maghreb avec l'appui du gou- 
vernement andaloosien que la politique de ce sultan avait indis- 
posé au dernier point. Invité à se rendre en Afrique par les amis 
qu'il y avait conservés et encouragé par les représentations de 
ceux qui allèrent le trouver à Grenade, il demanda h Bidouan- 
l'autorisation de passer le Détroit. Sur le refus de ce ministre, il 
partit en colère pour la cour de Gastille et, s'étant jeté aux pieds 
du roi chrétien, il l'implord de le faire transporter en Maghreb • 
Aux conditions posées par ce monarque comme prix d'une telle 
faveur, il donna un prompt consentement, et, s'étant embarqué 



DTVlSTIfi MHINIDB. — ÂBOU* 8ALVM. 3t9 

dâDB le navire mis à sa disposition, il alla descendre sur la c6te 
de la province de Maroc. Ayant alors reconnu qu'il ne devait 
pas compter sur l'appui d'Amer^lbo-Mobammed, vu que ce chef 
était alors étroitement bloqué par les troupes de Soleiman-lbo** 
Dawoud, il se remit en mer avec Pintenliop de rentrer an port 
d'où il était parti ; mais, en passant devant Tanger, il prit uae 
réaotution désespérée, et se Gt débarquer au pied du mont Safiha , 
dans le pays desGhomara. A peine s*y fut-il montré, que toute 
la population accourut pour le soutenir et elle jura de le défendre 
jusqu'à la mort. 

S'étant alors emparé de Ceuta et de Tanger, il rencontra dans 
cette dernière ville l'ex-seigneur de Constantine, Abou-'l-Abbas, 
qui s'y était rendu en sortant de la prison de Ceuta. Nous avons 
déjà parlé des événements qui procurèrent la liberté à ce prince 
hafside. Accueilli par Abou-Salem comme un ami , Abou-'l- 
Abbas ne cessa de jouir de sa haute bienveillance, jusqu'à ec^ que 
le destin le retirât de l'eiil pour le mettre en possession du ro- 
yaume paternel. Le prince mérinide trouva aussi à Tanger Bl- 
Hacen-Ibn-Youçof de la iribu des Ourtadjen, Abou-'l-Hacen- 
Ali-lbn-es-Saoud, secrétaire du bureau de la guerre et Abou-'I- 
Cacem-et-Tilimçani le cbérif. Ces trois personnages avaient en* 
couru la disgrâce de Mansour-Ibn-Soleiman qui, les ayant soup- 
çonnés d'entretenir des intelligences avec El-Hacen-lbn-Omar, 
alors assiégé dans la Ville-Neuve, venait de les renvoyer du 
caropavec l'ordre de passer en Espagne. Us entrèrent tous au 
service d'Abou-Salom,£l-HaGen-lbn*Yooçof comme visir; Ibn- 
es-Saoud comme écrivain du paraphe et le chérîf Et-Tilimçanî 
comme intime du palais et compagnon de promenade. 

Bientôt après la soumission de Centa et de Tanger, les forte- 
resses que les Mérinides possédaient en Espagne reconnurent 
l'autorité d'Abou-Salem, et Tahyalen-Ibn-Omar , gouverneur de 
Gibraltar, lui amena les troupes qui formaient la garnison de 
cette ville. 

Le bruit de ces événements se répandit rapidement et l'armée 
du nouveau sultan augmenta tous les jours. Mansour-lbn-Solei- 
man tenait encore la Ville-Neuve assiégée quand il cnt connais* 



3S0 BIBfOIIK DBS BBIBfttBf. 

sanœ dti danger et, pour l'avertir, il plaça ses frères, Ei9a>^t 
Taihe, k la lôte d'un corps de troupes et les envoya contre les in- 
surgés. Cesohefs oocupàroniCasr-iLetama, Uvràrent one batMlle 
à Aboci*<Salem et le repoussèrent dans la montagne {des G)h)- 
iiH»ra]. Alors, ie vizir EUHacen^Ihn-Oœar, qui se tenait toujours 
derrière ses remparts, s^empressa de Caire porUer h C0 priniçe 
l'assurance ée son dévouement et la promesse de lui remeAti»» la 
Ville-Neuve , siège de l'empire ; et Masond-lbp-&abhou^Ua»- 
IfaçfJûT, craignant d'avoir encouru la haine ds Mansour et d'A}î« 
filsde Mansour, suivit les conseils de quelques partisans d'Abov- 
Salemei s'enfuit. pour aUer le joindre. Uansour se vit bientôt 
abandonné de la plupart de son moode et, décourage tQi|t-^>^f^t 
par la retraite des cbeb Mérinides qui Ta vaieot soutenu , il 
courut se réfugier dans Badis, ville située sor le littoral du Ma- 
ghreb. Les troupes cpi'il avait laissées au camp se mirent ai^s 
en ordre de œarobe, par escadrons, et passèrent sous les drâ* 
peaux d'Abou^Salem, en Tinvitant à se porter sur la capitale. 
Aiusitâi qu'Abou-Salem parut sous les mars de la Ville-Neuve, 
El^Haoen-Ibn^Omar déposa son fantôme de sultan et le lut en- 
voya ; sortant ensuite au-devani du prince triomphaleur, il lui 
prêta le serment de fidélité et l'introduisit dans la forteresse. 
Cet événement eut lieu le vendredi, 4 5 CbAban 760 (milieu de 
juillet 4369.) 

Devenu ainsi souverain du Maghreb, Abou-Salem vit accourir 
au pied du trône une foule de députations, chargées de lui pré- 
senter les hommages de ses états. Pour éloigner EUHacen-Ibn- 
Oouir dont il redoutait ta présence, il loi fournit un corps de 
troupes et ie fit partir pour Maroc en qualité de gouverneur. Ma- 
soud-Ibn-Bafabou-Ibn-Maeaï et El-Hacen-lbn^Youpof«6l-Ourta- 
djeut reçurent le titre de vizir, et le savant légiste, Abott*-Abd*> 
Allab-Mohammed-Ibn«»Afamed-lba^Mer20uc, prédicateur da la 
cour sous le règne du père d' Abou-Salem, fut admis au nombre 
des familiers du palais. L'auteur de cet ouvrage devint à la fois 
seerélaire particulier du sultan et secrétaire des commandements: 
ayant remarqué que les aSTairesde Mansour-Ibn^Soleiman tom- 
baieiit en désarroi et convaincu que l'autorité suprême passerait 



DYNASTIE MtEimOB. ABOD-SALIM. 334 

entre les mains d'Abou-Salem, j'avais abandonné le camp de 
Kodia-t«el-Àraïs pour aller troaver ce prince. Il m^accaeillit 
avec une bienveillance extrême, me traita comme t\ j'étais son 
propre fiis^ et me nomma son secrétaire intime. 

Pendant que i'antoritédu sultan se consolidait en Maghreb, les 
partisans qu'il avait à Badis arrêtèrent Mansour-lbn-Soleiman 
ainsi qu'Ali, fils de Hansour, et les an^enèrent enchaînés à la capi- 
tale. Abou Salem les fit comparaître devant lui pour leur adresser 
des TefNTDohes aiensaîte illes envoya aa supplice. Ils mourlH^ent 
Tersla fia de Chàbaa (juiOet), criblés de eoups delaoee. D'après 
SftA ordre, on oondubii en Espag^, pour rester aoiis bonne 
garde dans la forteresse de Bonde, ses frères, ses <x>n8Îiis, toub 
les autres princes du sang, ainsi qua les membres les plus in- 
fluents des br^nehtfs collatérales de la famiUe royale. Son neveu, 
Mohammed, filsd'Abot^Abd^er-^Rahfnaii, parvioiàs'éobapper et, 
après avioir passé quelque tempsà Grenade, il se rendit ë la cour 
du roi cht^éiien où il continua h séjourner jusqu'à oe qu'il montât 
sur le trône du Maghreb. Nous ranonieroosson histoire plus tard. 
Abou«âalem était depuis quelque temps eo possession du pouvoir 
quand on fit eadiarqner les détenus de Ronda, soas le préleiSie 
de les envoyer en Oxient et, lorsque le navire se («i éloigné de la 
côte, on les jeta tous à la mer, conformément à l'ordre que ce 
monarque avait donné. S'étaat ainsi débarrassé de tous ses ri-^ 
vaux, il resta seul maître de l'empire. La volonté de Dieu do« 
nûoe les^vénements I 

An priece hafaîde, Abou-'l-Abbas , le sultan prodigna les 
égards et tes honneurs : il fit disposer pour sa réception la maison 
d'Amef-Um-rFeth-Allah, ancien vizir d'Aboo-'l-Haoen ; il lai as- 
signa aux audiences publiques une place immédiatement à eôté 
de la sienne^ et loi promit de le faire monter sur Te trône de 
•Tunis. Aussi, quand il se fat emparé de Tlemoen^ il enroya son 
piiotégé ep Ifcîli^. 



1 Notre auteur avait alors vingt-huit ans. 



332 HISTOIRE DBS BBlBtelS. 



BiDOUAlf , MINISTRE DU ROI DE GRENADE , EST ASSASSINÉ. — 
SON SOUVERAIN , IBN-EL-AHXER, EST DÉTRÔNÉ ET SB PRESENTE 

U COUR DU SULTAN ABOU-SALEM. 



Ed l'an 755 (1354), Mohammed, fils da sullan Aboa-'l-Had- 
djadj, occupa le trône de l'Andalousie devenu vacant par la mort 
de son père,eiRîdouan, affranchi d'Abou-1-Haddjedj, s'attribua 
la haute direction des affaires. Ismail, fils cadet du feu sultan, 
avait été désigné comme héritier du royaume, par suite de la 
tendre affection que ce monarque lui portait ainsi qu'è sa mère ; 
mais, maintenant que l'on eut fait passer la souveraineté à un 
autre, il se vit relégué dans le fond d'un palais. Il avait épousé 
aa cousine, sœur-germaine de Mohammed, filsd'ismati, fila du 
raXs Abou-Satd ; aussi, fit*il inviter secrètement son beau-frère 
il travailler pour le placer sur le trône. Mohamsied y consentit 
et, profitant de l'absence du sultan qui était allé à une de ses 
maisons de campagne, il rassembla la lie de la populace, dans la 
nuit du 27* Ramadan (42 août 4359) , escalada les mura de 
l'Alhamra , enfonça la porte de la maison habitée par le cham- 
bellan Ridouaa et tua ce ministre sous les yeux de ses femmes et 
de ses filles. Ayant alors fait monter IsmatI à cheval, il le con- 
duisitau palais impérial et le proclama sultan. Pendant que les 
remparts de TAlbamra retentissaient du bruit des tambours, le 
sultan s'enfuit de sa maiaon de plaisance et se réfugia dans 
Guadix. , 

Au point du jour, [les grands de l'empire et les autres classes 
de la population se présentèrent devant IsmatI et lui prêtèrent le 
serment de fidélité. Le raïs Mohammed s'arrogea alors toute l'au«* 



i Le 28, selon Ibo-eUKhatlb, ms ar. de la Bib. irop. numéro 758. 



tTNASTlS HfiKIHIDV. — ABOll-SALBH. 333 

torité et, quelques mois plus tard, il tua son cousin, le nouveau 
suUau, et se plaça lui-niéine sur le trône. 

Le sultan Abou-Salem ressentit un mécontentement eitréme 
en apprenant t*a$sassinat de Ridouan et la déposition *d'Aboa- 
Abd-AIIah[-]Mohammed-lbn-el-Ahmer], prince auprès duquel il 
avait trouvé une généreuse hospitalité, et il ordonna à son fami- 
lier, lechértf Abou-'l-Gacem, départir sur le champ et de lai 
amener le monarque déchu. Cet envoyé passa en Espagne, obtint 
dea ministres du gouvernement grenadin la permission de con- 
duire en Maghreb le réfugié de Gnadix et, leur ayant adressé 
une sommation formelle au nom de son mettre, il procura la mise 
en liberté d'Abou*Abd-Allah-!bn-el-Kbattb^ , vizir et secré^ 
leire d*état qu'ils avaient emprisonné, lors de cette révolution, 
parce qu'il était le lieutenant du chambellan Ridouan et Tun des 
plus fermes soutiens du souverain qu'ils avaient trahi. Il alla 
ensuite à Guadix pour y prendre l'ex-sultan et se rendit avec 
lui en Afrique, où ils débarquèrent dans le mois de Dou-'l-Cftda 
de la même année (octobre 4 359)^. 

Quand le monarque andalousien arriva dans le voisinage de 
FeZy Abou-Salem monta à cheval pour aller à sa rencontre ; en- 
suite, il le conduisit dans la salle d'audience, que l'on avait dé- 
corée pourcette occasion et qui se trouvait remplie d'une foule 
de cheikhs et de grands officiers de l'empire. Le vizir Ibn-eU 



) Ibn-el-Khatib s'était distingué comme diilomate, comme 
poète et comme historien. H était un des amis de notre auteur, qui 
rapporte, plus loin, les circonstances qui amenèrent la mort de cet 
homme vraiment remarquable. £1-Maccari, l'auteur d'une histoire 
d'Espagne dont le texte arabe s'imprime maintenant, consacre 
toute la seconde partie de son grand ouvrage à la biographie d'Ibn- 
el-RhatIb. Les mannscrits de cet ouvrage ne sont pas rares *, il s'en 
trouve à Paris, à Londres, àConstantlne et à Alger. 

'Selon Ibn-el Khatib, le sultan débarqua en Afrique le lende- 
main du jonr du Sacnfif^e, c'est-à-dire le 11 Dou-'l'HIddja, un mois 
plus tard que la date indiquée ici par Ibn-Khaldoun. 



334 BWTÛIEI DBt BlUftUi. 

Rbatib s'avança alors au-devant du suil«D maghrébin et iaî i^ita 
un poème dans lequel il le pria de soutenir le souverain de l'An- 
dalousie et de le replacer sur le trône. Nous donnerons ici Une 
copie de jcette pièoe dont le style touchant et pathétique émvt 
touteTassemblée jusqu'aux larmes* : 

Demandez f met deux {ami$\ , ei {ma b%eii^QMnée[ garde le 
souvenir de liokhabbera; [demandez^ si ce vallon ut encore 
vert t et $i les fleurs y répandent encore leur parfum. 

[Demander] si le printemps a versé ses pluies sur le coteau 
[où se voyait] une demeure dont les traces, maintenant dispa^ 
rueSf n'existent que dans [notre] imagination et [dans nos]sou^ 
venirs. 

[Ce fut là] mon pays! dans ces lieux, je partageais [ot^^cffin 
bien-aimée la coupe] enivrante de l'amour, alors que [le am. 
lier de] 4a vie effarait un gazon doux et verdoyant. 

[O fut] sous ce ciel et dans ce nid que mes ailes commencè- 
rent à croitre; et me voici maintenant privé d'ailes et de 
nidl 

Il m'a repoussé [ce pays], sans pourtant me haïr ni medé- 
daigner, et sans que l'aversion eût brisé les doux liens de 
notre affection ; 

Mais^ parce que les joies de ce monde sont passagères et que 
ses plaisirs ont pour habit%ule de visiter [l'homme] et de «'en« 
fuir. 

Qui me rapprochera de ma [bien-aiméé] ! séparé d*elle » le 
temps me parait bien long et chaque jour me semble un mois. 

Il fallait noits voir, les seins embrasés par la douleur ; 

Pendant que la main du départ répandait les perles de [nos] 
larmes ; hélas l la séparation a des peints que le cœur [de /'o- 
muni] ne saurait endurer. 

Le 5otr, nous pleurâmes auprès des eaux douces [du ruisseau]^ 



t £1-Maccari rapporte qv'lbo-el-Khaltb improvisa son poème, ne 
l'ayant pas composé d^avance. 



DTNASTIB ■£ftmiDB. — A»OU*8ALBM. 33& 

de sorte , qu^aprèê nohre départ , elles étaient devenues 
amères. 

Je disais à nos montures accablées par une longue tnarche de 
nuit, à ces chameaux que le conducteur eoit apprivoiser pa^ 
son chant et effarouclier par ses cris : 

« Courage I après chaque peine arrivent deux plaisirs ; r^- 
» jouisse^^ous \ Dieu remplit sa promesse, nos peines vont 

» disparaître I » 

Dieu a envers nous des desseins cachés; et le bonheur se ren- 
contre même dans un état de malheur. 

Oïit, la fortune nous trompe, mais la prudencene nous trom- 
pera pas I Qvs les hommes nous trahissent, la patience nous 
sera fidèle. 

Si l^adversité, en m^éprouvantj eût reconnu en moi un homme 
d'adresse et d'expérience, auquel sont indifférentes les douceurs 
et les amertumes [de la vie] , 

Elle a dû trouver que mon cœur s'était endurci aux peines de 
l^absence * et que ma résolution était ferme et tranchante à 
rineiar du glaive indien» 

[ Seigneur I ] puisque tu as visité ma maison d'El-Beidâ, 
tant que je vivras f mon cceur et mon aspect ne perdront rien 
de leur fraicbevr;^ 

Nous avons deviné que la guérison de nos cceurs [dffligési] 
se ferait par Ibrahim-[Abou^Salem], et, en voyant sa figure, 
nous avons reconnu la justesse de nos pressentiments* 

[Oui, ils seront guéris] par le meilleur de la famille de 
Yacoub-[Ibn^Abd-*el-J{ack], par celui qui a montré, dans les 
ténèbres de l'adversité, un courage auquel la gloîre n'a jamais 
fait défaut» 

Les caravanes ont répandu partout sa belle renommée, et, 

enle voyant, [les hommes] ont avoué que le bruit public s'ac^ 
cordait avec les faits. 



Il» ■■ lit I tmé^m,^^ 



Lut, elle a mordu sur un bois endurci conirerabsencc. 



A 



336 HISTOIRE DBS BBMBRIS. 

Si la merpauoait contenir [les flots dé sa] générosité^ elle 
verrait ses eaux devenir douces ^t^ [remplie jusqu'au bord] 
elle ne subirait plus les vicissitudes du flux et du reflux. 

Sa bravoure fait tressaillir d'effroi le destin Im-méme; ri* 
vêtu de ses habtts c'est la mort même qui se promène ' • 

Tout lui obéit jnsgu'aux retraites inabordables sur les ci- 
mes des montagnes; et les astres brillants encouragent [les 
mortels] à espérer ses bienfaits. 

Maître des rois I nous sommes venus de loin pour te voir et 
pour obtenir justice de ton esclave ^ la fortune ^ qiH nous a trai^ 
tés en tyran. 

Nous avons arrêté ses emportements à l*aide de ton nom, 
bien qu'elle nous eût consternés par son orgueil et par sa 
dureté. ' 

Dans la gloire qui Ventoure notas avons trouvé un refuge 
contre la mort ; nous avons cherché l'ombrage de ta majesté et 
nos craintes se sont dissipées. 

Arrivés au bord de la mer auo: vagues menaçantes, nous 
avons pansé à V Océan [de ta générosité] et cette mer nous a 
semblé peu de chose. 

[Nous avons pensé] à ton vaste khalifat ; et^ si quelqu'un 
ose méconnaître ta dignité, la foi de cet homme est fausse et 
son savoir n'est qu'ignorance. 

Tes nobles qualités donnent aux louanges une direction sUkre 
et bonne, pendant que la poésie s'égare en louant tes infé- 
rieurs •. 

Les cœurs de tous les croyants ont sincèrement désiré tapré* 
sence ; leurs paroles et leurs pensées se trouvaient agréables à 
Dieu. 



' D*apres une note marginale, la leçon el^fetka serait préférable. 
Les manuscrits portent el-atka avec un aïn, et el-betka. Dans tous 
les cas, le sens du vers est le môme. 

* Dans le texte arabe, une correction mal faite a produit i\ne dou- 
ble erreur : il faut lire J^^ et ô^^l 



DTKASTIB MtBIXIHB. — ABOU- SALEM. 3.3? 

On tendit vars Dieu des maim suppliantes et JMeu ripendit : 
€ Votre prière est exaucée. » 

Il les combla de ses grâces en te plaçant sur le trône; prince 
de noble race, ton avènement était de bon augure. 

Les remparts de cette forteresse laissèrent éclater leur joie; 
eux qui ne souriaient plus à cause de leurs afflietiont. 

En rétùblissant lapaix tu as rendu la sécurité au pays et au 
peuple ; maintenant Vépée ne se dégaine plus, la terreur n'arrive 
plus à Vimproviste. 

Déjà, notre seigneur, ton père^ avait déclaré gw tu étais le 
meilleur de ses fils. 

Tu avais le droit d'exercer le khalifat immédiatement après 
lui ; mais chaque événement est réglé par le destin. 

Tu avais laissé dans une triste solitude le halo de la de^ 
meure des kliahfes ; et^ pendant ton absence^ la lune [ du 
khalifat] ne reluisait pas au [centre de ce halo.] 

Dieu Va ensuite rétabli dans tes droits afin que le bonheur 
fût répandu sur tous et que le voile [de la protection divine] 
fût baissé [autour de la nation]. 

Conduits par lui l'empire et ses habitants se livrèrent à toi ; 
la sécurité leur manquait et ils durent s'y résigner. 

En te faisant subir l'épreuve [de l'adversité]^ il augmente ta 
puissance, ta gloire et taj-écompense ; pour juger de l'or, il 
faut le faire passer par le creuset. 

Cest toi qu'on invoque quand un malheur survient; c'est toi 
dont on espère le secoure quand la pluie [longtemps attendue] 
trompe [les vœux du cultivateur]. 

Que la fortune^ par sa volonté arbitraire, commette uMela- 
justice, c'est à toi [d'y porter remède;] de créer ^ de défaire, 
d'interdire et de commander. 

Voici le fils de Nasr * ; il vient, Paîle brisée, pour dememder 
de ta grandeur les moyens de laguérison. 



' l»a famille des Beni-'I-Ahmer, rois de Grenade, eut pour anoA' 
tre un chef d^origine arabe, nommé Nasr. 

T. IV. 28 



338 HISTOIftB DES BBtBÈBES. 

leif dans un pays étranger^ il espère une faveur que iu es 
digne de lui accorder ; si tu désires la gloire, la voici à ta 
portée* 

Émir des Musulmans^ renouvelle avec lui ta ferme alliance^ 
que rien n^aurait pu briser excepté la trahison. 

Ces t dans un prince comme toi que tout réfugié doit placer 
S4m espoir ; quiconqtie invoque la famille de Mérin ramène à 
lui la puissance et la victoire. 

Imam de la vérité I venge le bon droit outragé I pendant tes 
[généreux] efforts, tu recueilleras la gloire et une digne ré- 
compense. 

Défenseur de la vérité ! soutiens le bon droit, cai , [à toti 
défaut] ou nepourra compter sur personne * . 

Si Von dit : a [// /atif ] de l'argent ; » ton trésor est ample ; 
si Von dit : a [// faut] des troupes ; » ton armée est tm- 
mense. 

Par toi le trangfesseur se voit arrêté dans sa carrière ; par 
tes efforts la morale prend nns nouvelle naissance et l'isla- 
misme relève ce que ^infidélité avait ruiné* 

Quand notre prince te quittera, accorde -luiune faveur ines- 
timable en le renvoyant dans sa patrie. 

Hâte la guérison de ses malheurs et guéris ainsi les cœurs af- 
fligés de tout un peuple, retenu loin de lui par Vusurpation et 
la tyrannie. 

Ils s^attendent à tevoir prendt e un engagement que ta main 
droite s^empressera de sceller et dont le succès est assuré. 

Le but est facile à atteindre ; aucune obligation ne pèsera 
sur toi exceptét[la dépense d^]une somme sans importance quand 
<m considère ta gloire qui doit en résulter. 



> A la lettre : on ne pourra compter m^ur Zeid ni tur Omar. Ceci est 
une allusion à une formate employée par tous les grammairiens ara- 
bes et ainsi conçoedara6a Zetiion Omora {Verberavit Zeidus Omarum.) 

' Le traducteur regarde le mot ^t comme l'adverbe négatif. 
Voy. le Grammaire arabe de M. de Sacy, tome i, p. 549. 



DYNASTIE HÊRINIDB. — ABOU-SALEM. 334 

La vit de t'homme n'est qu^un éclat d^ emprunt, un don qu'il 
faut rendre; mais une belle renommée c'est l'immorta^ 
lité. 

Et celui qui échange un bien transitoire contre un bien éter^ 
nelf a obtenu un vrai succès et un bénéfice énorme* . , 

Prince illustre^ avant que ton hôte puisse accomplir ses dé-- 
sirs, il lui faut de vigoureux coursiers, aux pieds blancs ^ aux 
fronts étoiles ; 

Et des provisions de voyage, et des chameaux, bais de poil, 
qui montrent clairement les indices [d^une nobterace], qui aient 
le corps [brillant comme] de l'or et les jambes [reluisantes 
comme] des perles • 

Et des [chevaux] gns^qu'onarendus sveltes et légers pour 
le jour de combat, et dont les étoiles envient l'éclata 

Et des hommes-lions, de la tribu deUerîn, [des hommes] no- 
blés, à turbans blancs, aux lances jaunes , 

Qui, revêtus d'amples cottes de mailles, résistent, en cara^ 
colant, aux troupes couvertes de fer *. 

Voilà les gens qu'il faut appeler pour repousser une attaque; 
aucun conflit ne leur parait redoutable , aucune montagne ne 
leur est difficile à gravir^. 

Si on leur demande ils donnent; si on leur résiste, ils 



^ Le poète allait terminer ici son improvisation quand un de 
assistants loi fit observer qa^îl devait faire l'éloge des parents du 
sultan et des Mérinides en général. Sans se déconcerter, il récita 
les vera qui suivent. 

^ A la lettre vertes. Le mot khadra était employé par les anciens 
Arabes pour désigner toute espèce de couleur foncée, même fa 
couleur de la cotte de mailles. Le petit corps de cavalerie que 
Mahomet avait sous srrs ordres , lors de la conquête de la 
Mecque s'appelait, pour cette raison, le peloton vert {el-keiiba- 
t-el-khadra) . ' 

s Le traducteur juge inutile de faire rémarquer les jeux de mots 
qui se présentent dans le texte de cette pièce. 



340 BlSTOltB DBS BEUtRBS. 

écraténl ; yils/otU un$ promesse ^ ils la remplissent ; sHls 
prennent un^migagementf ils y restent fidèles. 

S'ils entendent des paroles impudiques, ils s^nfutent; mais ^ 
au jour du combat^ la seule pensée de fuite est pour eux un 
piehé. 

Si on les loue, ils trépignent de joie et s'agitent comme des 
hommes ivres dont les jambes sont affectées par le vin. 

On les voit sourire au milieu d'une forêt de lances, ainsi 
que les fleurs sourient à travers les tiges du bocage. 

Seigneur^! mon esprit, ainsi que mon génie^ s^était en^ 
gourdi; esprit et génie ne m'étaient plus d'aucun secours] 

Et^ sans la compassion que tu m'avais accordée et qui m'a 
sauvé la vie, rien ne serait resté de moi, ni corps ^ ni souvenir» 

J'étais pfrdu, et de quelle perte ! qtjmnd tu me rappelas à 
Inexistence; le tombeau renfermait déjà mes membres quand tu 
m^as ressuscité t. 

Tu commenças par a^ faveur éclatante dont je tC étais nul^ 
lement digne, et la grandeur de ta bonté fit épanouir mon 
cœur. 

Tu m'as comblé de bienfaits sans nombre, et mes éloges, 
ainsi que ma reconnaissance^ ne suffiront jamais pour y 
répondre^ 

Tu as pns l'engagement de couronner ces actes de généro^ 
siti par un effort qui nous rendra te pouvoir, la gloire et 
t*honneur. 

Puisse Celui auquel tu dois ta haute position te récompenser 
de cette miséricorde qui brise les chaînes du captif et relève 
Vopprimé. 

Quandnous essayons de louer dignement tes nobles qumW4e^ 
nous demeurons interdits; ce serait compter les sables du 
Désert o« les gouttes de pluie. 



« Dans le texte arabe, il faat insérer an ^/î^ avant le mot Maulwi. 
^ Le sultan mérinide Pavait Tait sortir de prison. 



DTKASTIB atnilUDB. ASOO-SALBM. 34t 

Hais nous faisons ce que nous pouvons, éi celui ^î nfipwT'- 
fne aucun effort mérite de Pindulgenoe. 

Après la récitation de ce poème on leva la séanee el^ IbD- 
el-Ahmer se rendit \ son logement. On avait tapissé et 
meiiblé plusieurs palais pour lui et pour sa suite et mis à sa 
disposition un nombre d'excellents chevaux dont lei brides et 
les selles étaient brodées en or. Le sultan lui envoya aussi une 
quantité de riches habits et lui assigna un traitement convenable, 
ainsi qu'aux affranchis européens et aux intimes qui Pavaient ac« 
compagne. On observa à l'égard de cet illustre visiteur tout le 
cérémonial delà royauté : cortège, gardes, titres, rien n'y man- 
qua, excepté lés emblèmes ostensibles du commandement; oihTS- 
rfon approuvé par le sultan andalousien è cause des égards qu'il 
devait fc son bâte, le souverain du Maghreb. Après avoir passé 
quelque temp;* auprès de son protecteur, il rentra en Espagne et , 
'en Pan 763 (4363), il recouvra son royaume. 



El-HACBN-IBN-OHAR 88 RÉVOLTE k TKDlA. -* IL TOtiSS AtT 
FOI7T01R DU SULTAN BT SUBIT LA PBlKB DB MORT. 



Le vizir El-Hacen-Ibn-Omar, étant allé prendre te cômmaln- 
dément de Maroc, établit son autorité dans cette ville, mais il 
apprit avec inquiétude que sa haute fortune avait excité la ja- 
lousie dés vizirs attachés au conseil dMtat et qu'ils travaillaient 
i le perdre dans Pesprit du sultan. Craignant d'être frappé à 
Pimproviste par 1^ colère de son maitre, il sortit de Maroc, l'an 
764, au mois de 8afer (janvier 1360), courut à Tedia et arbora 
Pétendard de la révolte. Les Beni-Djaber , tribu djochemide, 
embrassèrent sa cause el; prirent l'engagement de le soutenir. 

El-Hacen-Ibn-Youçof , vizir auquel le sultan remit le comman- 
deraient de Pdrmée, marcba contre les rebelles, occupa Tedla et 
força leur chef à se jeter dans la montagne voisine et à se mei^ 
tre sous la protection de Hocein-Ibn-Ali-el-Ourdfghi, grand 
cheikh dp cette localité. Ayant cerné la montagne, il corrotnpit 



342 BI8T0IBB DUS BSBBBBBS. 

aTeo de Vof, one partie des ZaoAga qui en formaient la popala* 
tioD, et se fit livrer lefugilif dont ib avaient attaqué et dispersé 
les partisans. U ramena son prisonnier à la capitale, où il trouva 
beaucoup de monde assemblé pour le voir arriver. Le sultan en- 
voya toute» sa cavalerie au-devant du vainqueur et se rendit lui- 
même à la Toor-d'Or (Bprdj-^ed'Deheb)^ kiosque situé en dehors 
de la ville et dans laquelle il avait l'habitude de s'asseoir afin de 
faire l'inspection de ses troupes. 

El-Bacen-Ibn-Omar traversa la foule des spectateurs, porté 
sur un chameau, et, en passant devant le kiosque, il pencha la 
ièie comme pour baiser la terre. Le sultan, étant alors monté à 
cheval, prit le chemin du palais, et toute cette multitude se dis- 
persa, après avoir assistée un spectacle qui offrait un triste exem- 
ple des vicissitudes de la fortune. Rentré au palais, le sultan se 
plaça sur le trône et, s'étant entouré de ses officiers, il fit intro- 
duire le prisonnier, et lui reprocha les crimes dont il s'était 
rendu coupable. Le malheureux vizir essaya de se justifier et 
finit par tout nier. Je me trouvai au milieu des courtisans et des « 
grands qui assistaient k cette scène, et j'avoue qu41 y avait de 
quoi faire couler des larmes de commisération. Alors, par Tor- 
dre du souverain, on tratna Ibn-Omar, la face contre terre, hors 
de l'assemblée ; ensuite, on lui arracha la barbe et, après l'avoir 
cruellement fustigé, on le jeta dans une prison. Quelques jours 
plus tard, il fut mené hors de la ville et tué à coups de lance. 
Son cadavre fut mis en croix et resta exposé sur le rempart, 
près de la porte d'El-Mahrouc, pour servir d'exemple. 



LXS IflKSBBS [ BB-SODDAN ] BUVOIBRT AU SOLTaH UH PBtSBHT 
D'AUTIRT plus SINGULIBB qu'il s't TBOOTA mis GiBABfB. 



Dbns notre histoire du sultan Abou-'l-Haoen, nous avons parlé 
du présent qu'il envoya au souverain des Noirs , Mença-Solei- 
inan, fils de Mença-H ouça [et roi de Melli]. Le prince nègre vou- 
lut lui en rendre l'équivalent et réunit divers produits de son 



dtnàstib asaiaioB. — abou-salem. 343- 

pays, tous extrêmement rares et curieux. Abou-'l^H^ceo mourut 
daQsI'iQtervalle, etroffrande qui lui était destinée n'alla pas plus 
loin que Oualaten^ ville située sur l'extrême fronlière du pays 
des Noirs. La mort de Mença-Solèiman , qui eut lieu vers la 
même époque, empêcha la caravane de continuer sa route. Une 
guerre civile éclata alors dans le royaume de Melli : plusieurs 
princes tentèrent de s'emparer du trône et se tuèrent les uns le» 
autres. Le désordre ne prit fin qu'à l'avènement de Monça-Djata^. 
En examinant Tétat du royaume , ce prince découvrit que le 
présent expédié au sultan du Maghreb était encoi'e à Oualaten, 
et donna aussitôt l'ordre de le faire parvenir à sa destination. 
Il y ajouta une girafTe, quadrupède d'une forme bixarre, d'une . 
taille colossale et réunissant en lui seul les caractères distinc tifs 
de plusieurs animaux de différentes espèces. 

Ce présent arriva à Fez dans le mois de Safer 762 (déc.<-j.an v. 
4360-4). Le jour de son entrée à la ville fut une véritable fête : 
pendant que le sultan allait s'asseoir dans le Kiosque-d'Or, d'où 
il avait l'habitude de passer ses troupes en revue, les crieun 
publics invitèrent tout le monde à se rendre dans la plaine, en 
dehors de la ville. L'on s'y précipita en foule de tous les côtés 
et , bientôt , ce vaste local fut tellement encombré que plu- 
sieurs individus durent monter sur les épaules de leurs voi- 
sins» Le désir de voir la'giraffe et d'en admirer la forme étrange 
avait attiré toute cette multitude. Les poètes profitèrent d'une 
si belle occasion pour réciter au sullan des éloges et des compli* 
ments dans lesquels ils eurent soin de décrire ce singulier 
spectacle. Les envoyés nègres se présentèrent devant AJbou-Sa« 
lem pour lui exposer l'objet de leur mission et, tout en lui don- 
nant l'assurance la plus formelle de l'amitié que leur souverain 
lui portait, ils le prièrent d'excuser le retard qu'on avait mis 
dans l'envoi du présent , retard causé par la guerre civile 
qui avait désolé l'empire. Ils décrivirent aussi en termes 



1 Dans la notice des souverains nègres, tome u, p. Iti. notre aïk* 
teur donne à ce prince le nom de Mari-Djata. 



344 BISTOIiB DBS MBBftïfeS. 

pompettx la grandeur de I^ur siiliàn et la hante paissance de 
leur nation. Peodant que l'interprète expliquait lenr discours, 
ils faisaient résonner les cordes de leurs arcs en signe d'appro- 
balioni selon Tusage de leur pays. Pour saluer le sullan, ils se 
jetèrent de la poussière sur la tète, ainsi qoecela se pratique en- 
vers les sottTerains de leur pays barbare. La réception finie, 
Aboo-Salem se remit il cbe?al et l'assemblée se dispersa. La nou- 
velle de cette ambassade se répandit promptement partout. Les 
envoyés furent hébergés aux frais du saltan, et, comme ce 
prince mourut avant leur départ, ce fut le régent de l'empire 
qui leur fit les cadeaux d'usage et les congédia. Ils prirent la 
route de Maroc et passèrent ensuite chez les Doui-Hassan, arabes 
makiliens dont le territoire s'étend depuis ^e Sons jusqu'à la 
frontière du pays des Noirs. En quittant les Doui-Hassan ils se 
rendirent auprès de leur sultan. 



U SOLTAll S'B«PAHB DE TLiaCBlf BT T LAISSE COaUB SOCTEHAllV 

* 

ABOO-ztAll, tBTlT'FILS D'ABOU-TACHEFtE. -^ lES PRIVCES 
BAESIDBS SONT BEIITOTÉS DANS LBOB PATS. 



En 760 (1 359), année dans laquelle le sultan Âboo -Salem de- 
vint souverain du Maghreb, le Derft avait pour gouverneurAbd- 
Allah-tbn-Moslem-ez^Zerdali , ami des Abd-el-Ouadites et partisan 
dévoué de leur famille royale. Entré au service d'Abou-'l-Hacen 
après la chute de Tlemcen, cet officier fut nommé ensuite gouver- 
neurdu Derft par Aboo-Einan.La trahison qui livra au sultan 
Abou-Einan son frère Abou-'l-PadI , lequel s'était mis en révolte 
dans la montagne d'Ibn-Hamtdi, fut ourdie et conduile par Ibn- 
Moslem. Lors de l'avènement d'Abou-Salem, qui portaitèson frère 
Abou-'l-Fadl une viveaffeclion, surtout depuis leor dépoctatipn 
en Espagne, Ibn-Moslem craignit la vengeance du nouveau sul- 
tan et, s'étant assuré le concours des Arabes makilîens, il se 
transporta, avec sa famille et ses (résors, à travers le Désert 
jusqu'à Tlemcen* Il y arriva vers la fin de Pan 760 et trouva un 



DTNaST» MÊRITCIDI. — JkBOU- SALEM. 346 

accueil très-honorable anprès d'Abou-<Haminou. A l'instant 
même, il fut élevé an vizirnt par ce sultan, qui était bien aise 
.d'avoir l'appui d'un homme aussi puissent, et, dès*Iors, il dé- 
ploya un grand zèle pour le service du prince qui lui avait confié 
l*admrnistration * de l'empire. 

Les Arabes makiliens, voyant la haute position qu'Ibn-Moslem 
avait atteint, et craignantd'étre puni» par Abou-Salem, à cause 
de leurs fréquentes révoltes contre le gouvernement mérinidc, 
quittèrent tous leur territoire, sur l'invitation de ce ministre, et 
allèrent se rallier aux Abd-el-Ouadites de Tiemcen. Abou-Salem 
exigea d'Ab'ou-Hammou l'extradition d'Ibn-MosIem et , voyant 
sa demande repoussée, il se rappela que les Makii étaient ses 
sujets, habitants de son empire, et insista sur leur renvoi. Ne 
pouvant obtenir aucune satisfaction du sultan abd-el-ouadite, 
il prit la résolution de lui faire la guerre et alla camper en dehors 
delPez, après avoir fait ouvrir le bureau des enrôlements et an- 
noncer une expédition contre Tiemcen. Pendant qu'il équipait 
[les divers corps qu'il avait sous la main] , plusieurs de ses vizirs 
se rendirent dans les provinces marocaines, afin d'y lever des 
troupes. Au mois de Djomada761 (avril 4360), il se mit en mar- 
che avec tous les contingents de ses états. 

Abou-Hammou, prévoyant le danger, avait rassemblé les for* 
ces de son empire et les partisans que la dynastie abd-el-ouadite 
avait conservés parmi les Arabes et les Zenata. Ses alliés arabes 
étaient lesBeni-Amer et toutes les tribus makiliennes, h l'excep- 
tion des Àmarna, dont le chef, Ez-Zobeïr-)bn-Talha, avait em- 
' brassé le parti du souverain mérinide. Suivi de toutes ces trou* 
pes, Âbou-Hammou évacua Tiemcen , où Abou-Salem fit son 
entrée, le 3 Bedjeb (21 mai 4360), et traversa le Désert pour se 
rendre dans le territoire du Maghreb. Arrivé à Guerctf , ville ap- 
partenant h Ouenzemmar*lbn-Ar!f , il la ruina de fond en comble 
pour se venger de ce chef dont la famille s'était dévouée aux Méri- 



I II faut supprimer dans le mot el-hal du texte arabe Vélif qui 
précède le lam final. 



346 BISTOIRB DES BBRBBtBS: 

nides. Ensaite il alla dévaster le territoire d*Ootati et Toeavre de 
destruction accomplie, il rentra dansTAngad. 

A la nouvelle des ravages qui se commettaient sur la frontière 
du Maghreb, Abou-Salem s'empressa de quitter Tiemcen afin d'y 
mettre un terme, et il y laissa en qualité de gouvemear l'émir 
Abou-Z}an<-Mobammed, filsd'Othman et petit-fils du sultan Aboa- 
Tachefin. Ce prince avait été élevé i la cour de FeB où, depuis 
son enfance, il vécut entouré des soins les plus tendres. On le 
désignait ordinairement par le sobriquet d'El-Gobbi *. Le sultan 
Vayant alors installé dans le palais de Tiemcen, nommé El- 
Casr-el-Cadtm ( le Vieux-Château ) , mit* à ses ordres les 
troupes Ben^tiennes tirées de la partie orientale du Maghreb 
central et lui donna pour vizirs son cousin maternel, Omar-Ibn- 
Mohammed-lbn-Ibrahim-Ibn-Megguen et Satd-Ibn-Mouça-Ibo- 
Ali, fils d'un ancien vizir mérinide. Il plaça dix charges d'or et 
d^argent* à la disposition de son protégé auquel il remit aussi les 
insignes de la souveraineté. 

Ce fut il cette époque qu'il rendit la ville de Gonstantine au 
prince hafside, Abou-'l-Abbas, pour le récompenser d'avoir 
partagé ses fatigues et ses dangers. Il donna, en même temps, 
au prince hafside, Abou-Abd- Allah, la permission d'aller repren- 
dre possession de Bougie, ville qui était alors au pouvoir d'Abou- 
Isbac-Ibrahim, sultan de Tunis et oncle de ces deux princes. 
Après les avoir revêtus de robes d'honneur et fourni à chacun 
d'eux plusieurs montures et deux charges d'argent, il adressa à 
Mansour-Ibn-el-Haddj-Khalouf, officier mérinide qui ôomman- 
daità Gonstantine, une lettre par laquelle il lui ordonna de re« 
mettre cette forteresse à l'émir Ahon-'l-Abbas. En congédiant 
ces princes, il reprit le chemin du Maghreb. Arrivé à la fron- 
tière de ce pays, il en expulsa l'ennemi et, dans le mois de Chfl* 
ban (juin-juillet 4360), il rentra à Fez. 



' Voy. t. ni,^p. 443. Ici les manuscrits portent El-Feta, 
t, *'Dans le texte arabe, le « du mot |0^|;<3Jt doit être supprimé. 



DYNASTIE M&RllIIDB. — ABOU-SALE». 347 

BîeDtAi après son retour, il vît arriver Vém'iv Abou-Zîaa qui, 
ayant quitté Tlemceu précipitamment à l'approche d'Abou- 
Hammou, s'était jeté dans le Oaancherich où ses troupes furent 
ensuite battues et dispersées par les.Abd'cl-Ouadites. Abou- 
Hammou recouvra son royaume el obtint do sultan Abou-Salem 
des conditions de paix très- favorables. 



■ORT DI7 SULTAN ABOU-SAJLBM. OMAa-lBN-*ABD*ALLAa PBOCLAMB 

ET DBPOSB SCCCESSIVBMBNT PLUSIBOBS 8CLTAITS. 



Nous allons raconter Phistoire du prédicateur Abou-Abd- 
Allah [-Mohammed] -Ibn-Merzouc qui était parvenu à exercer sur 
l'esprit du sultan uneinfluencesans bornes. Ses ancêtres avaient 
habité le rt6a^ * du cheikh Abou-Medyen [Bou-Mcdîn], et Tun 
de ses aïeux, gardien du tombeau et de la mosquée de ce saint 
personnage, transmit cette dignité ë ses descendants. Mohammed 
graud-'père* du sujet de cette notice, mourut en odeur de sainteté 
et fut enterré dan^ le Yieux-Châleau [El-Casv^el-Cadîm] par 
l'ordre de Yaghmoracen, qui vonlut avoir près de lui le tombeau 
d'un tel homme, aGn que cela lui portât bonheur. Ahmed, (ils 
du précédent, se rendit en Orient et, jusqu'à sa mort, il habita 
tantôt la Mecque et tantôt Medine. Son fils, Abou-Abd-Allah- 
Mohammed [le prédicateur], passa, ses premières années en Hidjaz 
et en Egypte ; puis, quand il eut fait quelques études et appris la 
jurisprudence sous les professeurs de l'époque, il vint se fixer 
en Maghreb. Le sultan Abou-M-Hacen, ayant bâti la mosquée 
d'EUObbad , choisit Abou-Abd-Allah-[Ibn-Merzouc] pour y 
remplir les fonctions de prédicateur, tant il se plaisait à enten- 
dre les discours {khotba) que ce docteur prononçait du haut de la 



^ Le tombeau, la mosquée et le zaouia (v. 1. 1, p. 85) de Boa^ 
Medfnest située à £l-Obbad, dans le voisinage de Tlemcen. 



* Le trisaHeul^ selon le texte arabe. 



348 HISTOIBE DIS BBRBÈftBS. 

chaire. En effet, ses sertnoiid renfermaient des allusions très- 
flatteuses pour le sultan el de belles prières pour sa prospérité. 
Ibn-Merzoac gagna de celte manière, l^amitié du prince el se vit 
accorder la place d'honneur aux audiences publiques. Toutes les 
fois qu*Abou-'l-Hacen assistait à la prière dans n'importe quelle 
mosquée du Maghreb, ce fut toujours Ibn-Merzouc qui prononça 
\ek/iotba. Il lui arriva même d'être envoyé aux cours étrangères 
comme représentant du sultan. Après la déroute deCairouan, if 
se sauva en Maghreb et s'installa dans le ribat d'El-Obbad, 
séjour de ses ancêtres. Pour éviter des longueurs, nous passerons 
sous silence les aventures qui lui arrivèrent pendant son 
voyage. 

Quand Abou-'l-Hacen se fit débarquer à Alger après avoir 
échappé au naufrage, Abou-Saîd, souverain de Tlemcen, dé- 
cida Ibn-Merzouc à se rendre auprès de ce monarque afin de 
négocier un traité de paix. Abou-Thabet [frère d'Abou-Satd] et 
tous les chefs abd-el-ouadi les condamnèrent cette démarche et 
envoyèrent Sogheir-Ibn-Ameràla poursuite de l'ambassadeur. 
Bamené prisonnier et mis au cachot, Ibn-Merzouc en fut relire 
pour être déporté en Espagne. Il entra alors au service d'Abou- 
i-Haddjadj, sultan de Grenade, et devint prédicateur de la cour, 
honneur qu'il devait à là réputation, assez mal fondée, d'être 
l'homme le plus capable de prêcher en la présence d'un souve- 
rain. Pendant son séjour à Grenade, il cultiva l'amitié d^Abou- 
Salem qui y vivait alors en proscrit; et, chaque fois que ce prince 
avait une demande h faire, il l'appuyait vivement auprès d^Abou- 
'1-Haddjadj. Quand Abou-Salem débarqua chez les Ghomara, 
Ibn«-Merzouc trayailla avec beaucoup de succès à lui gagner des 
amis parmi les chefs mérinides et les vizirs de l'empire ; aussi, 
ce prince, étant parvenu au trône, récompensa avec empresse- 
ment les services que le prédicateur lui avait toujours rendus et 
rattachement qu'il lui avait montré, ainsi qu'à son père Abou- 
'1-Hacen. 

Devenu l'ami du suUan, son conseiller intime, le compagnon 
de ses loisirs et le mattre de son esprit, Ibn-Merzouc attira sur 
lui tous les regards cl vit courber devant lui toutes les têtes* 



DTNASTIB MtRlNlDB. — ABOU-SALBH. 349 

Les vîxirs et les hommes les plus illustres par leur naissance loi 
faisaient la cour ; les généraux et les émirs assiégeaient sa porte 
depuis le malin jusqu'au soir. Bien qu'il tint en main les rênes 
de Télat, il évitait, autant que possible, de faire acte d'autorité 
par crainte des conséquences fâcheuses que cela pourrait avoir 
pour lui-même. Quand des plaignants venaient lui exposer leurs 
griefs, il les renvoyait toujours aux fonctionnaires du palais 
[chargés d'expédier les afiairei de celle nature]. Malgré tonte 
sa prudence, il encourut la haine des gi^nds officiers de la cour 
en se permettant de censurer leur conduite et, non-seulement il 
s'attira leur inimitié, mais il Ws indisposa contre le sultan qui 
le protégeait. Les personnages revêtus de hauts commandements 
voyaient avec indignation l'influence extraordinaire que cet 
homme était parvenu à exercer ; les vizirs contemplaient avec 
jalousie la prééminence qu'il tenait de la faveur du sultan; 
tous , ils n'attendaient qu'une occasion afin de renverser le 
trdne et, pendant ce temps, l'esprit de mécontentement se pro- 
pageait parmi les autres classes de la population. 

Dans le mois de Djomada760 (avril-mai43D9],entlieuIamort 
du vizir Âbd-Allah-ibn-Âli, dont l'immense fortune avait excité 
la cupidité d'Âbou-Salem aussitôt que ce prince fut monté sur le 
trône. Omar-lbn-Abd-Âllah, fils du défunt, se voyant exposée 
perdre ce riche héritage, en offrit la moitié à Ibn-Merzouo pour 
avoir sa protection. Le marché fut conclu au moment même où 
Ton avait décidé le sultan à priver Omar de sa place et de ses 
biens. Ibn-Merzouc conjura le danger, obtint pour son protégé 
un emploi plus élevé qu'auparavant et décida le sultan à en 
épouser la sœur. Toules les fois que ce monarque quittait la 
capitale pour faire une course dans les provinces, Omar-lbn- 
Abd-Allah fut chargé du commandement de la Tille-Neuve. Pour 
neutraliser l'animosité de Masoud-lbn-Maçaï, vizir de l'empire, 
et pour gagner son amilié, Omar en épousa la fille. 

Dans le mois de Ghâban 762 (juin-juillet 1361), Omar-Ibn- 
Abd-Allah fut envoyé en mission à la cour de Tiemcen. Ses en- 
nemis répandirent alors le bruit qu'il tramait un complot avec 
le souverain de cette ville, et iJs le compromirent au point que 



. * 



350 DISTOIRE DES BBr^ÈHES. 

le sultan fat presque décide à lui ôter la vie. Défendu avec cha« 
leur par Ibn-Merzouc, il échappa an sort qu^on lui destinait ; 
mais, depuis lors, il conserva au fond du cœur un vif ressenti- 
mept contre son maître et prit la résolution de le détrôner 
aussitôt que l'occasion se présenterait. Au commencement du 
mois de Dou-'l-Câda* ( commencement de septembre) bien- 
tôt après son retour de Tiemcen , il reprit le commande* 
ment du siège de l'empire, le sultan étant allé s'établir dans 
la citadelle de Fez, où il avait fait construire, à côté du pa- 
lais, une salle magnifique parfaitement bien disposée pour ad- 
mettre la brise du matin et du soir. Voyant alors tous les cœurs 
fortement indisposés contre le gouvernement à cause de la faveur 
excessive dont jouissait Ibn-Merzouc, Omar forma le projet de 
«'emparer du pouvoir et décida Garcia*lbn-AntouD y caYd de la 
milice chrétienne, aie seconder dans cette tentative. La veille 
du mardi, 17 du mois de Dou-'l-Câda76S (19 septembre 4 361), 
les conjurés se transportèrent au logement que Tacheftn, fils 
d'Abou-'l-Hacen , occupait dans la Ville-Neuve , revêtirent ce 
pauvre idiot* de l'habillement impérial, le firent monter achevai 
et leconduisirent, entouré des insignes de la royauté,! jusqu'à la 
salle d'audience. L'ayant placé sur le trône, ils forcèrent Ibn-ez- 
Zerca, chef du corps d'archers et commandant de la garnison, 
à prêter le serment de fidélité au nouveau souverain. Aussitôt 
après, ils proclamèrent, au son de tambours , la déchéance 
d'Abou-Salem et, s'étant rendus au trésor, ils se mirent è distri- 
buer de l'argent aux troupes sans prendre la peine de compterce 
qu'ils donnaient. Les soldats de la milice qui occups^ient la Ville- 
Neuve, s'attroupèrent autour d^eux et, après avoir pris de force 
la solde qui leur revenait , i)s allèrent piller les magasins 
d'effets et d'approvisionnements militaires , situés en dehors de 
la ville , et y mirent ensuite le feu pour empêcher ce vol d'être 
découvert. 



• Voy. page de 869 ce volume. 



DTMASTIB HfiRINIDE. — ABGU^-SALBH. 354 

Le suUan, qui se tenait dans la citadelle selon son habitude, 
monta à cheval le lendemain malin, convoqua ses officiers, ras- 
sembla les troupes tirées des tribus, et, s*étant dirigé vers la 
Ville-Neuve, il en fit le tour sans pouvoir y pénétrer. La résis- 
tance de cette place importante l'ayant mis dans la nécessité d'en 
faire le siège, il alla camper sur le Kodia^t-el-Araïs et ordonna 
au peuple de prendre les armes et de venir se rallier autour de 
son drapeau. Vers le midi^ à l'heure de la sieste, il mit pied à 
terre devant sa tente, mais aussitôt, il vit ses partisans quitter 
le camp par bandes et entrer dans la Ville-Neuve, sans qu'il 
pût les retenir. Abandonné ensuite par ses familiers et par ses 
intimes , qui passèrent tous aux insurgés, il s'entoura d'une 
petite troupe de cavaliers et s'enfuit k cheval. Le vizir Masoud- 
Ibn-Rahhou-ibn-Maçaï, partit avec lui , ainsi que le vizir Solei- 
man-Ibn-Dawoud et le caïd Soleiman-Ibn-Ounsar , c6mmandant 
du corps d'affranchis et chef de la milice qui gardait la porte 
du palais. Ibn-Merzouc, qui avait obtenu la permission de rentrer 
chez lui , profita de cette occasion pour s'en aller. Quand 
la nuit fut venue, l'escorte du sultan se dispersa, à la faveur de 
l'obscurité, et les deux vizirs reprirent la route de la Ville- 
Neuve. Aussitôt arrivés, ils furent arrêtés et emprisonnés sépa^ 
rément, par l'ordre d'Omar-Ibn-Abd-AlIah et de son complice, 
Garcia-lbn-Antoun. Ali-Ibn-Mehdi-Ibn-Irztguen fut envoyée la 
poursuite du sultan et le trouva endormi dans une cdban.e de 
berger, près de la rivière Ouergha, où il s'était réfugié après 
avoir jeté ses habits royaux pour mieux échapper aux regards. 
L'ayant placé sur un mulet, il le ramena vers la ville et dépécha 
un courrierà Omar-Ibn^Abd-Allah pour lui en annoncer la nou- 
velle. Ce ministre donna aussitôt l'ordre h Choaïb-Ibn-Meimouû 
et à Feth-Allah-Ibn-Amer-Ibn-Feth-Allah d'aller h la rencontre 
du prisonpier et de lui couper la téte% Ils le trouvèrent auprès 
de Khandac-el-Casab {fessé aux roseaux)^ derrière le Kodia-t- 
el-Araïs, et le firent décapiter par un soldat de la milice chré- 
tienne. Sa tête fut mise dans un panier et déposée aux pieds du 
vizir et des cheikhs mérinides. 

Omar-lbn*Abd«Allah prit alors le gouvernement de l'empire 



352 OISTOIEB DES BEHBBHSS. 

et, pour tromper le peuple, il leur offrit un semblant de sultan 
dans la personne du faible Tachefin. 



KORT D^IBM-ANTOUN, CAÎD DB Là TBOCPB CHBÉTIENKE. 
BtVOLTB DB TIBTA-IBN-BAHBOU ET DBS CHEFS MÊRIHIDBS. 



Omar-lbn-Abd-Allah ayant fait prisonniers les deux vizirs, 
mit Soleimao-Ibn-Dawoud aux arrêts dans la maison de Garcia- 
Ibn-Ântoun, caïd de la milice chrétienne, et garda chez lui Hd- 
soud-lbn-Maçaï auquel il voulut épargner toute espèce de mau- 
vais traitement. H avait de boos molifs pour en agir ainsi : Ibn- 
Maçaf était son beau-père et avait assez d'enfants, de frères et 
de parents pour former une bande doul le secours pourrait être 
très-utile. 

Soleiman-lbn-Ounsar, qui avait aussi abandonné le sultan, 
entra, la même nuit, dans la Yille-Neuve et se rendit chez son 
ami. Garcia-Ibn-Ântoun, qui avait l'habitude de lui faire boire 
du vin. Daus un entretien avec son hôte, il raconta ses griefs et 
convint avec lui de tuer le vizir Omar-lbn-Abd- Allah et de le 
remplacer par SoIeiman-lbn-Dawoud, homme avancé en Age et 
habitué au commandement. Omar fut averti de leurs intentions 
et, se voyant tout-è-fait dépourvu de l'appui que peut donner 
une nombreuse famille, il alla trouver Ibrahim-el-Batrouhi, com- 
mandant de la troupe andalousienne qui formait le cortège îm* 
périal, et lui exposa sa position. Ayant reçu de cet officier Tas» 
surance qu'il combattrait jusqu'à la mort pour le défendre, il 
porta les mêmes plaintes à Yahya-lbn-Bahhou, l'un des princi*- 
paux cheikhs mérinides et membre très-influent du grand 
conseil. Ce chef lui donna raison et prit l'engagement de 
faire mourir Ibn-Anloun et les autres conjorés. Celui-ci, de 
. son côté, dressa avec Ibn-Ounsar le plan qu'ils devaient saivre 
et, s'étant rendu avec lui au palais, de très^bonne heure, il y fit 
entrer un peloton de la milice chrétienne, afin d'avoir main- 
forte en cas de besoin. Les chefs mérinides se présentèrent è l'au- 



DTHàSTII KÉRINIDI. — TlCHSFtff. 353 

dienee royale, selon l'usage, et goûtèrent du repas qu'on leur fit 
servir. Alors, Omar-Ibn-Abd-AUah invita Ibn-Antoun à venir 
parler avec Yahya-lbn-Aahhou , après avoir eu la précaution 
d^ntrodaire dans la salle El-Batrouhi et la garde andalousienne. 
Ibn-Rahhou ouvrit la conférence et invita le caïd Garcia-Ibn*An- 
toun à transférer Soleiman-lbn-'Dawoud dans la prison de 
l'état. Le chef chrétien s'y refusa en ajoutant, d'un ton sarcas- 
tique, qu'il serait disposé à le faire quand on aujrait soumis Ibn- 
Maçaï è un traitement semblable. Omar-Ibn-Abd-Allah donna 
sur le champ l'ordre d'arrêter le caïd audacieux, mais celui-ci 
lui rit au nez et lira son poignard pour se défendre. Les mérini- 
des se jetèrent aussitôt sur lui et le tuèrent, ainsi que tons les 
soldats chrétiens qui se trouvaient dans le palais. Cette exécution 
ne put s'accomplir qu'à la suite d'un conQit acharné. Le reste de 
la troupe chrétienne se réfugia dans le Melah, camp où on l'avait 
installée et qui était dans le voisinage de la Ville-Neuve. La po- 
pulace se mit alors àcrierqu'lbn-Antou'n avait tenté d'assassiner 
le vizir, et elle massacra tous les soldats chrétiens qu'elle ren- 
contra dans les rues. Ensuite elle se porta vers le Melah afitf d'en 
exterminer le reste, mais les Mérinides étant montés à. cheval, 
vinrent prendre la défense de leur milice et lui éviter la dis- 
grâce d'être vaincue par la canaille. Dans cette affaire les chré- 
tient perdirent presque tous leurs effets et leur argent, mais ils se 
vengèrent en égorgeant une foule de pillards et de mauvais su- 
jets qui s'étaient enivrés dans le Melah. 

Omar s'empara de la maison du caïd et envoya Ibn-Oudrar en 
prison où il le fît mourir la même nuit. Il mit Soleiman-ibn- 
Dawoud aut arrêts dans une maison particulière et, secondé par 
Yahya-Ibn-Rahhou, qu'il avait pris pour conseiller, il étendit sa 
domination non-seulement sur les vizirs, mais sur Tempire, et 
s'attira les hommages empressés des chefs mérinides. Ibn-Rah- 
hon voulut absolument faire mourir tous les familiers du sultan 
Abou-Salem , contre lesquels il nourrissait une haine profonde ; 
mais Omar s'y refusa dans l'espoir de pouvoir utiliser Ibn-Maçaï. 
Sa partialité pour cet homme devint tellement évidente que .l'a- 
mour-propre d'ibn Rahhou et do tous les chefs mérinides en fut 

T. IV. 23 



354 HI8T0IRI M8 nnnÊMiB. 

blessé. S'apercevaDt qu'ils ourdissaiaii quelque trame contra 
lui, Omar acheta rallianœ et Pappui d'Amer-Ibn-MohanHued 
[chef des HiotataJ en partageant avec lai le royaume de Maghreb. 
Il lui fit passer, en même temps, le prince Abou^i^-Padl, ils^ 
d'Âbou-Salem ; se ménageant ainsi un moyen de salut dans lé cas 
où les Ménnidesenlreprendraient lesiégedela Yilt^Neuve, ainsi 
qu^ils en avaient formé le projet. 

Les cheikhs mérinides, s'aperçurent bientôt qn'Abou-i-Padl 
n^était plus dans la citadelle où, jusqu'alors, on l'avait retena 
sous bonne garde, et ils firent h Omar de vifs reproches ; mais 
celui-ci rompit ouvertement avec eux, sans vouloir leur donner 
la moindre satisfaction. S^étant alors eofermédans la Yille-Neuve, 
il les empêcha d'y pénétrer et, par ce Irait de hardiesse, il les 
exaspéra à un tel degré qu'ils allèrent trouver leur chef, lbn« 
Rahhou, et revinrent pour camper en face de la porte d'EI-Po- 
touh. Ils amenèrent avec eux Abd-eUUaltm, fils du sultan Ahou- 
Ali. Nous raconterons plus loin ce qu'ils firent de ce prince. 

Omar-Ibn-Abd*Allah rendit alors la liberté à Hasoud-Ibn«^ 
Maçaï et le laissa partir pour Maroc, après lui avoir imposé Vobli* 
gation de venir combattre les Mérinides s'ils mettaient le siège 
devant la Ville-Neuve. 



ABD-BL-HALtv, FILS DU SULTAN ABOU-ALI, ARRIVE DE TtEttCIN. 

SIEGE OB LA VILLE- MEUVE. 



Le sultan Abou-'l-Hacen, après avoir fait mourir son frère, 
Abou- Ali, ainsi qu'il en avait le droit, se chargea, par devoir, 
d'élever les enfants et d entretenir la famille de ce prince malheu- 
reux. Il combla ces jeunes gens de bienfaits, les traitant, sons tous 
les rapports comme ses propres fils, et il en maria Ali-Abou- 
Ifelloucen avec sa fille bien-aimée Tahadrît. Lors du désas- 
tre de Cairouan, celui-ci abandonna son beau-pèro, passé aux 
Arabes et revinl à leur têle pour l'attaquer dans cette ville et 



BTlflSTIV ■tMlfIDI« -— TACBBFilf . 3ft& 

dans Tunis. Ayant ensaite'qnilté l'Ifrtkjfa, il trouva une honora- 
ble réception à la cour d'Aboa-Satd-Othman, souverain de Tleoi 
€eo ; mais, au moment où il allait se rendre en Espagne, il fui 
livré par son hôte aux agents d^ Aboa-Einan. Ce monarque l^en- 
leraia dans une de ses pvisons et, l'ayant ensuite fait amener 
devant lui, il l^aocabla de reproches à cause de sa trahison en- 
vers* ie sallan Abou-'UHacen; deux jours plus tard , il l'-en* 
voya à la mort. Ceci eut lieu en l'an 751 (1350*4). 

Aussitôt qo'Abou-'l-Hacen eut rendu le dernier soupir, ses 
fils allèrent trouver le sultan Aboo-Einan^ qui, devenu oiattre du 
sort de ces princes, les déporta en Espagne , ainsi que les Gis de 
Témir Abou-Ali. Ceux-<;i se nommèrent Abd-el-Haltm , Abd-cl- 
Moumen,El-HansouretEn-Nacer. Leur neveu Satd, filsd*Abou- 
Ztan, y fut envoyé avec eux* Ibn-el-Ahmer, sultan de P Andalou- 
sie^ les prit sous sa protection et, quand ie monarque africain lui 
fit demander, plus tard, leur extradition ainsi que celle de son 
frère [Abou-'l-PadI], il refusa de les lui livrer» De là surgir 
entre les deux cours la mésintelligence dont nous avons 
parlé. 

Quand le sultan Abou Salem fitconduireàBonda tous lesmem* 
hres de sa famiUe dont il craignait l'influence, Tun deces princes, 
Abd-er*Rahman, fils d'Abou-lfelloucen^ effectua son évasion et 
alla trouver ses oncles à Grenade. Abou-Salem redoutait toujours 
la considération dont ils jouissaient ; il se méfiait également 
de tous ses autres parents, et, sur une simple accusation dirigée 
contre son pupille, Mohammed , fils de sa sœur Tahadrît et d'A- 
bou-ifellpucen, il tua ce jeune homme qui s'était réfugié on Ire 
les bras de sa mère. » 

A l'époque où Abou-Âbd- Allah, fils d'Abou-1-Haddjadj et sul- 
tan de de l'Andalousie, se réfugia en Maghre1> après avoir perdu 
le trône, Abou-Salem, qui s'était empressé de Taccueilir, crut 
^ienir entre ses mains le sort do ses parents qui se trouvaient à 
Grenade. Dans une dépêche adressée au raïs Mohammed-lbn- 
Ismail, qui venait d'usurper le pouvoir et de faire mourir les 
enfants d'Abou-'l-Haddjadj . il demanda rcmprisonoement des 
princes mérinides, en promettant d'empêcher les tentatives que 



356 HITOIRB DBS BBUtRBS. 

le monarque déchu * pourrait diriger contre l'Andalousie. Le 
raïs consentit à cette proposition et enferma les pnnces. 

Le roi [de Castille] s'étant alors brouillé avec le raïs, envahit 
l'Andalousie, enleva aux musulmans un grand nombre de forte- 
resses et invita Abou-Salem à lui envoyer Ibn - el - Ahmer ; 
puis, sur le refus du monarque africain, qui voulait rester 
fidèle à son engagement, il tourna ses armes contre les places for- 
tes que le gouvernement mérinide possédait en Espagne. Abou* 
Salem dut céder pour ne pas risquer ses états : il fournit à son 
\i6ie un équipage royal, le combla de dons et le fit conduire à 
Geuta, où le navire qui l'avait amené venait d'être disposé pour 
le recevoir. Allai -Ibn- Mohammed fut chargé d'embarquer 
rillustre voyageur et de l'accompagner à la cour du roi chrétien. 

Le raïs était dans son sultanat de Grenade quand il apprit 
cette nouvelle et, se rappelant qu'Ahou-Hammou , sultan de 
Tiemcen, lui avait souvent fait demander les fils d'Abou-1- 
Ali, afin de les avoir sous la main quand il voudrait susciter des 
difiicultés au sultan Abou-Salem, il s'empi^essa de mettre en li- 
berté et d'envoyer en Afrique Témir Abd-eUHaltm, l'émir Abd- 
el Moumen, frère de celui-ci, et leur neveu Abd-er-Rahraan , 
fils d*AboU'lfelloucen. Ces princes débarquèrent à Honein peu de 
temps avant la mort d'Abou-Salero. Le souverain de Tiemcen 
les reçut avec une bienveillance extrême et reconnut Abd-el- 
Halîm pour sultan du Maghreb en lui donnant pour vizir 
Mohammed-cs-SobéYè, fils de Mouça-Ibn-lbrahtm, qui avait 
abandonné le parti d'Omar-lbn-Abd-AUah. Arrivé dans la capi- 
tale abd-el-ouadite en même temf^s que les trois princes mérini* 
des, Ibn-Sobéïà leur apprit la mort d'Abou-Salem. présenta ses 
hommages à l'émir Abd-el-Halîm et l'engagea fortement k par- . 
tir avec lui pour le Maghreb. Plusieurs envoyés vinrent alors de la 
part des Mérinîdes et invitèrent ce prince à se rendre au milieu 
d'eux. !l y consentit avec empressement et, après avoir reçu , 



' Dans le texte arabe, il faut lire el-makkloué à la place dW 
kkaloité. 



DYNASTIE MARINIDB. -— rACHtPtN. 357 

d'Âboa*-Haiiimou un équipage royal, iUemiten route. Les voya- 
geurs étaient encore en marche quand ils rencontrèrent Mobam- 
med-Ibn-Zegdan, Tun des Beni-Âli, chefs des Oungacen. Cette 
tribu avait continué à habiter Debdou, sur la frontière du Ma- 
ghreb, depuis inoccupation de ce pays par les Beni-Merîn. Ibn- 
Zegdan prêta le serment de fidélité au nouveau sultan et décida 
son peuple à en faire autant. Alors, Abd-eUHalîm se porta en 
avant à grandes journées. 

Nousavons déjà dit que Yabya-Ibn-Bahhou et les cheikhs méri* 
Dides, se voyant repousséd- par Omar -Ibn-Abd-Allah, avaient 
dressé leur camp en face de la porte de Fotouh. De là ils expé- 
'dièrent à Tlemcen une députation chargée de leur amener Âbd- 
el«-HaUm. Ces envoyés le rencontrèrent à Tèza et revinrent avec 
lui. Les Beni-Merin s'avancèrent tous jusqu'au Sebou pour le re- 
cevoir et, le samedi,? Moharrem 763 (8 nov. 1861), ils campè- 
rent sur le Kodia-t -el-Araïs et commencèrent le siège de la Ville^ * 
Neuve. Pendant sept jours, ils attaquèrent les remparts depuis 
le matin jusqu'au soir, et une foule de dépulations entrèrent au 
camp pour offrir au sultan Abd-eUHalim les hommages des diver- 
ses villes du Maghreb. De nombreux renforts y arrivèrent aussi 
de toutes parts. Le samedi suivant, Omar-ibn-Abj -Allah opéra 
une sortie à la tète des milices musulmanes et chrétiennes qui for- 
maient l'avant-garde de l'armée du sultan Abou-Omar[-Tache- 
ftn]. Ce corps d'archers et de hallebardiers marcha en avant, 
pendant que l'arrière-garde, sous les ordres immédiats du 
sultan , resta en ordre de bataille. Après avoir lancé quel- 
ques volées de flèches, les troupes de Tachefin simulèrent une 
retraite vers la ville, afin d'attirer leurs adversaires à la portée 
des archers qui garnissaient les remparts. Les Mérinides 
s'étant avancés à la poursuite, 'virent leur centre accablé d'une 
grêle de flèches et, ne pouvant soutenir une charge vigoureuse 
qu'Omar dirigea ensuite contre eux, ils prirent la fuite dans 
le plus grand désordre. Les Mérinides se dispersèrent alors 
pour regagner leurs foyers : Yahya-lbn-Bahhou s'enfuit à 
Maroc avec Mobarek^Ibn-ibrahîm, cheikh des Rholt, pendant 
qu'Abd-cl-Halîm et ses frères rentraient à Tèza. Le sang- 



338 HISTOIBB DBS BBBBÈUS. 

froid et la bravoure déployés par ces prinoes rempErénfi 
d'admiration toutes les personnes qui assistèrent k cette ba- 
taille. 

Omar-lbn-Aibd-Âllah évita de le poursuivre et attendit l'arri- 
vée de Mohammed, fils d'Âbou-ÂbdFer-Bahman. 



■OHinHBD, FILS DB L^BHIB ABOD-ABD-BB-tABIIAll, AMIVB A 
Lk VILL8*irBUTB. — OMAa U FicTT PSeCLAIBa 6ULSAH KT U 

TIBirr BK TUTBLU. 



Les Beni-Hertn, s'étant ligués contre Omar-Ibo-Abd-Allab 
aussitôt qu'il rompit avec eux, le blâmèrent hautement d*avoir 
inauguré comme sultan Abou-Omar[-TacheflD], prince auquel 
manquait une des conditions que la loi et Pusage exigent dans 
un khalife, savoir^ la faculté de la raison. Omar lui-même 
s'aperfut qu'il j avait commis une faute, et se mit à chercher un 
autre membre de la famille auquel il pourrait transférer la dignité 
du kbalifat. Son choix se fixa sur [Abou-Ztan-JMohammed, fils de- 
l'émir Abou-Abd-er-Bahman et petit-fils du sultan Abou-'l-Ha- 
cen. Ce prince avait effectué son évasion de Bonda, bientdt après 
l'avènement d'Abou-Salem et avait trouvé un excellent accueil à 
la cour du roi [de Castille]. Omar lui envoya d'abord l'eunuque 
affranchi Y Atic, pour l'engager k venir le trouver sans délai; ensuite 
il donna une semblable coosoiission k Othman-IbiHeUTasmln; 
puis à Er-Baïs-el-Abkem [U cheffimei^]^ membre delà famille 
des Ahmer [souverains de l'Andalousie]. Il s'adressa aussi à 
Vex-sultan, Ibn-eUAhmer, qui avait trouvé, depuis peu de 
temps, un asile dans les états du roi chrétien, et le fit prier d'ob- 
tenir de ce monarque le prompt renvoi du prince m érinide. 
lbn-el*Ahmer , qui n'était plus alors en bons termes avec 
le roi, et qui cherchait une occasion pour le quitter, répon- 



^ Voy. ci^devant, page 326. 



dthastib unnioB. -—ABou-rtAif-iioHAMKED. 359 

dit au vitir qu'il se chargerait de oelte affaire, mais à la condition 
de recevoir pour luî-mâme la ville de Honda. Omar lui expédia 
sur lechaiDp un acte portant la cession de cette place forte et 
aigné par les chefs mérinides et les cherîfs qui formaient son con- 
seil. A la réception de cQtte pièce, Ibn-el-Abiner alla trouver le rci 
et le pria de renvoyer Mohammed, fils d'Abou-Abd«er-Rahman en 
Afrique où.sa présence était réclamée par tous les Mérinides. Le 
roi y consentit et, dans le mois de Moharrem 763 (novemb.1361) 
il permit à ce prince de quitter Séville , après lui avoir imposé 
certaiDBS conditions dont Pacte fut aussi lAt dressé et signé. 

Omar ayant appris par un courrier que Mohammed venait 
d'arriver à Ceuta, où Satd*Ibn-Othman, parent de ce vizir, était 
allé pour l'attendre, déposa le sultan Abou-Omar[-Tachefîn], le 
renvoya dans l'appartement des femmes d'où il avait été tiré et fit 
porter à Abou-Ztan-Mohaoïmed les insignes de la souveraineté i 
les tentes impériales et l'acte d'hommage et fidélité. Un déta- 
chement de troupes qu'il envoya au-devant du nouveau sul* 
tan, le rencontra è Tanger et le conduisit promptement à la ca- 
pitale. Yers le milieu du mois de Safer [décembre], ce prince 
étant venu dresser son camp à Kodia- t-el-AraYs, le vizir alla le 
même jour lui présenter ses hommages et fit placer 9a tente au-, 
près de celle de son maître. Quatre jours plus tard, il le conduisit 
au palais et l'établit sur le trône, mais il se garda bien de lui lais- 
ser la moindre autorité. Bientôt après, il eut à soutenir une lutte 
contre les fils d' Abou-AIi * . 



LES FRftRBS DU SULTAN ABI>-BL-IUi4h BSSUTBMT UNE DIPAITB 
A MEQUINBZ et SB RENDBNT AYBC ]LU1 A StDJaMBSSA. 

Abd-el-Haltm apprit h Tèza que Mohammed, fils d'Abou- 



* Lisez Abi^Àli dans le texte arabe. 



360 HISTOIftB DB8 BBBBiUS. 

Abd-er-BahinaD, a irait qaittëCeata pour se rendre à Fez, et ré- 
solut de lui barrer le chemin. Son frère, Âbd-el-Moumen et bot» 
neveu, Abd-er-Rabman, auxquels il confia l'exécution de oe pro- 
jet, se rendirent à Mequinez (Miknaçajf mais ils n*osèrent pas 
risquer un combat. Quand Mohammed fut entré dans la Yille^ 
Neuve, ils commencèrent à ravager les contrées voisines et mi- 
rent le viiir Omar dans la nécessité de marcher contre eux. Il 
sortit avec tout Pappareil de la guerre et alla bivaquer sur le 
Ouadi-'a-Nedja, d'oii il partit, le lendemain, pour Mequinez. 
Arrivé, par une marche très<rapide, dans le territoire de cette 
ville, il livra bataille aux troupes d'Abd-el-Moumen et d'Abd- 
er-Rahman qui s'étaient avancées à sa rencontre et, après une 
courte résistance; il les força à se replier sur Tèza, auprès du 
sultan Abd-el-Haltm. S'étant alors campé dans la banlieue de 
Mequinez, il me chargea de porter au sultan Mohammed la nou- 
velle de cette victoire. Tout le monde en ressentit une joie extré-^ 
me et le sultan se félicita hautement d'un événement qui leraffer- 
missaitt sur le trône. 

Quand Abd-eUMoumen eut rejoint son frère, Abd-el«Halim, à 
Tèza, les troupes de celui-ci passèrent au sultan de Fez. Abd-el^' 
Hallm partît aussitôt pour Sidjilmessa, emmenant avec lui ses 
frères, son vizir Es-Sobéïft et les Arabes makiliens qui lui étaient 
restés fidèles. Gomme les habitants de celte ville l'avaient 
reconnu pour leur sou verain^, il n'eut pas de diflb;ulté à s'y éta-^ 
blir et à prendre les allures de la royauté. 



ASER-lBK-MOBAHnBD BT MASOUD-IBN-MAÇAÏ ARRIYBHT DE MAROC* 

CBLUI-Ct BST NOHHfi TIZIR BT AlIBR OBTlBIfT LB GOIfTEB- 

IfEHBNT DES PROYl^fCBS KAROGAIKBS. 



Le sultan Abou-Sôlem, étant monté sur le trône du Maghreb^ 
avait confié le gouvernement de Maroc et la perception des im- 
pôts chez les Jifasmouda à Mohammed-IbnrAbi-'l-Olâ-Ibn-Abi-^ 
Talha, membre d'une famille d'administrateurs. Bien que cet offi.-^ 



DYNASTIE HftEnaDB. — AJlOU-ziAlf-IIOlIAVaKD. 364 

oier rempltt aveo une grande habileté les fonctions de sa place, 
il montra tant de haine envers les gens au service d'Amer- 
Ibn-Mohammed que celui-ci en fut indigné. Il avait même dé- 
noncé au snltan, plusieurs fois, la conduite de ce chef , mais ses 
plaintes étaient demeurées sans réponse. A peine Amer eot*il 
appris la mort d'^bou-Salem et l'avènement de son ami, Omar- 
Ibn-Abd-Allah, à la régence, qu'il alla saisir Ibn«Abi-'l-01ft dans 
sa maison, le tratna en prison et le (it mourir dans des tour- 
ments. Devenu ainsi tout-puisaant à Maroc, il se fit envoyer par 
Omar le prince Abou-'l-Fadl, fiU du sultan Abou-Salem, afin de 
le mettre en avant [comme drapeau] dans le cas oit il serait 
obligé de marcher au secours de Fez, ville dont les Mérintdes 
devaient probablement entreprendre le siège. Quelque temps 
après, le marne vizir lui envoya Masoud[*Ibn-Rahhou]-Ibn- 
Haçaï. 

Quand les Mérinides commencèrent le siège de la Yille-Neave, 
Amer rassembla les milices et les contingents des tribus, se mit 
il leur tête avec Abou-'l-Fadi et, s'étant dirigé sur Anfa, il alla 
camper auprès de lOmm-Bebià. Après la défaite des Mérinides 
sous les murs delà Yille-Neuve, il vit arriver [en fugitif] Yahya- 
Ibn-Bahhou, et bien qu'il lui portât une sincère amitié, il le reçut 
avec froideur afin de ménager la susceptibilité d Omar-Ibn-Abd- 
Allah et de Masoud-Ibn-Haçaï qui se trouvait alors avec lui. Il 
évita pour cette raison de présenter le réfugié à l'assemblée 
des chefs et se borna à le faire passer dans la montagne [des Hin- 
tata]. Ibn-Rahhou partit, le cœur ulcéré de ce manque d'égards, 
et alla trouver le sultan Abd-el-Halîm à Sidjilmessa. Quel- 
que temps après, il perdit la vie dans un combat que ce iponar- 
que livra aux Arabes. 

La défaite d'Abd-eUMoumen et l'évacuation de Tèza par Abd- 
el-Haltm, qui était parti pour Sidjilmessa, rendit Omar-Ibn- 
Abd-Allah maître de l'empire. Débarrassé de ses adversaires, il 
reprit les démarches qu'il avait déjà faites dans le but de s'as- 
surer l'appui de Masoud-Ibn*Rahhou[-Ibn-Maçaï], à la famille 
duquel il venait de s'allier par un mariage et dont les nombreux 
frères et parents pouvaient lui être d'un bon secours. Par ces 
moHfs il le fit nommer vizir, à la grande satisfaction des Méri- 



308 aisioiu DBS bimiub. 

iHdes, dont il s'était empressé de coDcilier la bienveillance et d'oa- 
bUer l'bosiiUté. 

Amer-Ibn-Mohamined taisait ses préparatils pour aller déli- 
Yrer le. sultan qnand Hasoad vint le trouver, ils se rendirent en- 
sentie à la ooor , où ce prince les aeoœillit avec ude bonté ex» 
tnèm; Masoodfut installé dans la place de visir, sur la reconir 
nnndaiîon d'Omar-Ibn-Abd-AIlah , lequel espérait gagner de 
cette manière , un OfBfti aussi dévoué que puissant Omar forma , 
an méiae temps , une aHîance avec Amer-lbn-Mohamed , et hn 
céda le gouvernement de tonte la partie dn Maghreb située au-deik 
de l*Omm«Rebift« Pour répondre aux souhaits de ce chef , il 
assigna le commandement de Maroc au prince Abou-'l-FadL 
Amer ooniracta alors une alliance ave la famille royale en épou- 
sant la veuve du sultan Abou-'l-Hacen, fille dn sultan Abou- 
Tahya-Abou-Bekr. Ce furent ses amis qui décidèrent Tentou- 
rage de la princesse à faciliter cette union par leur approbation. 
Dans le mois de Djomada 763 [mars-avril 4362), Amer rentra k 
Maroc avec une suite nombreuse, de^grandes richesses et un train 
magnifique. 

Omar commença alors les préparatifs d'une expédition contre 
Sîdjilmessa, d'où il voulait expulser Abd-el-Halîm et son 
frère. 



IXrtmnOlV n'oaAB-IBN-ABD-AIXAH COimB SWJILIIBSSA. 



Quand Abd-el*Haltm et ses frères furent arrivés à Sidjilmessa, 
les Arabes makilîens vinrent en masse, avec leurs troupeaux, 
pour exiger la- concession des impôts fournis par les contrées 
[qui dépendent de cette ville]. Après s^élre distribué Texploita- 
lion de ces territoires, ils donnèrent des étages comme garants 
de leur obéissance, et se rallièrent autour du souverain dont ils 
avaient extorqué jusqu^à la jouissance des revenus provenant 
tous des domaines royaux. Alors, sur les instances de Yahya-Ibn- 
Rahhou et des autres cheikhs mcrinides qui se trouvaient dans 



DTlf A8TII MÉUlflOf . --" AB01I*etiJI*M0HAUfB9 . 3A3 

la ville, Abd-^-Halfm prit k résolutton de faire une expédition 
en Maghreb. 

Pour étouffer ri neendîe qni menaçait d'éelatefi ie vixir Omar- 
ibn*Abd-Allali se décida à marcher snr Sidjitmeftsa, et, voniant 
rassembler une armée, il fit ennonoer nne distribution d'argent 
aux hommes de bonne volonté. Après avoir passé une revue et 
eompiété l'équipement des guerriers qu'il était parvenu à réooir 
et auxquels il paya d'avanee la solde et Im gratification, il qottta 
les environs de Fez dans le mois de Ghiiban 763 (mai-jnin 4362) 
et se mit en marche pour sa destination. Aveclui partit son 
principal soutien, Masoud-Ibn-Haçaï. 

Le sultan Abd-el-Haltm s'étant porté à la rèoeontre de son 
adversaire, les deux armées se trouvèrent en présence k Taftzour 
tet, localité située auprès du col de la montagne par lequel on 
passe pour se rendre du tell maghrébin dans le Désert. On était 
sur le point d^engager le combat quand les chefs arabes offrirent 
leormédicçtifinet firent des démarches afin d'effectuer un arran-* 
geraent. Après qnelques jours de pourpariers, il fut convenu , 
grâce aux efforts de Ifasoud , qu'Abd^l*HaUm garderait 
Sidjihnessa, son héritage paternel, et que les deux partis s'en 
retourneraient dans leurs états respectifs. Au mois de ramadan 
(juin-juillet) , Omar et le visir Masoud rentrèrent à la TiUe-*Neuva . 
et reçurent de leur souverain l'accueil le plus bienveillant et le 
plus honorable. 

Le vîzir Uohammed-Ibn-SobéTa abandonna la cause 4'Abd-el- 
Baltm et alla trouver le sultan Mohammed et le vizir Omar. Ce- 
tni«ci le reçut avec empressement et le nomma son lieutenant 
dans le vizirat. Dès-lors, les deux sultans se tinrent chacun 
chez soi,^ s'occupèrent à consolider leur autorité. 



ABD-KL-HOCSBIV EST PAOCLAVe SULTIK PAR LES ABABBS. -— 
ABD-Bi-HALtu PART POUR L'ORIERT. 



Après avoir conclu ce traité de paix avec le vizir Omar, le 









— — a 



364 mSTOlRB DBS BBIBÈIBS. 

sultan Abd-d-Haltm rentra dans Sidjîlmessa et y fixa son séjouri. 
A cette époque, les Arabes Doui-Mansour , branche de la tribu 
des Makii, formaient deux grandes familles, les Ablaf et les Aulad- 
Hocein. Or^ depuis l'entrée de ce peuple en Maghreb, les Ahiaf 
avaient leur résidence à Sidjilmessa, ville qui, à elle seule, leur 
valait autant que toutes les contrées parcourues par leur tribut 
Nous avons déjà fait observer que les Aulad^Hocein étaient bien 
disposés pour le vizir Omar ; circonstance qui mérita aux Ahlaf 
la préférence d'Abd-el-Haltm. La jalousie des Aulad-Hocein en 
fut éveillée ; l'inimitié qui avait régné entre les deux peuplades 
éclata de nouveaux et les porta à se faire la guerre. Abd-el-Mou» 
men fut envoyé par son frère, Abd-el-Haltm, pour les amènera 
un racommodemeni, mais, à peine eut-il paru chez les Aulad* 
bocein, qu'ils le proclamèrent sultan, malgré toutes ses remon- 
trances. 

Au mois de Safer 764 (nov.-déc. 4362},ils marchèrent sur Si- 
djilmessa, et Abd-el-Baltm sortit à la tête de ses partisans, les 
Ahlaf, pour leur livrer bataille. Les deux troupes s'arrêtèrent quel* 
que temps, entravèrent leurs chameaux, puis elles engagèrent un 
combat qui se termina par la déroute des Ahlaf. Yahya-lbn-Rah- 
hou, grand cheikh des Mérinides, perdit la vie dans cette rencon- 
tre. Les Hocein prirent possession de Sidjilmessa et contraigni- 
rent Abd-el-Halîm h se démettre du pouvoir en faveur de son 
frère. 

Tombé du trêne, Abd-el-Halim partit pour l'Orient afin 
d'accomplir le pèlerinage de la Mecque et, en disant adieu à son 
frère, il reçut de lui tout ce dont il pourrait avoir besoin pen- 
dant ce long voyage. Ayant traversé le Désert jusqu'à Melli, il.se 
joignit à une caravane de pèlerins qui se rendaient de cette ville 
au Caire. Arrivé dans la capitale de l'Egypte, il se fit) connaître 
à l'émir Ilbogha-el*Khasseki, qui tenait alors en tutelle le sou- 
verain de ce pays, et il trouva auprès de lui uue réception digne 



^ Le traducteur n'ose pas assurer qu'il ait bien compris le texte 
arabe de ce passage. 



DTNASTR HÉRIMIDE. ABOD-ziAN-HOHAMMBD« 36B 

de son rang et de sa naissance. Quatid il eut rempli le devoir du 
pèlerinage, il reprit le chemin du Maghreb, mais il mourut au- 
près l^Âlexaudrie, Tan 768 (4366-7) et laissa Abd-^l-Moumen 
en possession de Sidjilmessa. 

IBN-MAÇAY s'BIPARI de SIDJILHBSSA. — ABD-KL*HOU«BN SB 

BÉFD61B DANS MAROC. 



Quand la désunion se fut mise entre les fils du sultan Abou- 
Ali et qu'Abd-el-Moumen eut déposé son frère, le vizir Omar 
conçut encore l'espoir de les vaincre, et bientôt il «e vit favori- 
sé par les Ahiaf, partisans de Tex-sultan et ennemis jurés des 
Aulad-Ahlaf. Dans le mois de Rebiâ 764 (janv.-fév. 4362-3), il 
plaça son principal soutien , Masoud-lbn-Maçaï, à la tête d'un 
corps de troupes et l'envoya contre Sidjilmessa. Les Ablaf vin- 
rent se joindre à ce chef, suivis de leurs tentes et de leurs trou- 
peaux. L'armée combinée marcha rapidement sur Sidjilmessa et 
opéra sa jonction avec un parti considérable des Hocein qui avait 
abandonné le sultan Abd-el-Moumen. Amer-lbn-Mohammed en- 
voya alors un messager h ce prince qui était encore dans la 
ville et, Tayaut attiré à Maroc, il le mit aux arrâls et le relégua 
dans la maison qu'il avait sur le mont Hintata. Le vizir Masoùd 
occupa Sidjilmessa, après avoir renversé Tantorité des enfants 
d'Abou-Ali et détruisit le principe de désunion qui avait affligé 
Pempire. Rentré en Maghreb deux mois après son départ de ce 
pays , il ne cessa d'habiter la ville de Fez jusqu'à l'époque où il 
rompit avec le vizir Omar-Ibn-Abd-Aliah et ralluma la guerre 

civile. 



AHBR-IBN-MOHAMIIBD SB HBT EN RÉVOLTE. — SON EXEMPLE 
EST SUIVI PAR MASDUD-IBN-MAÇAÏ. 

Amer^Ibn Mohammed, était devenu gouverneur de la ville de 



366 HUTOtBl MS BKKBlm. 

Maroc et des prorinces qai eo dépendent, aind que delà partie 
occidenlale des montages masmoadieDoea , fit ehoix d'Ahott- 
'l«Fadl, fila da aoltan Abou-Salem , pour y représenter la 
royauté; puis, lui ayant dooné desviiirs et des secrétaires, il 
forma de ces localités un état, pour ainsi dire, indépendant. Ceux 
d'entre les grands officiers mérinides qui abandonnaient le gou- 
verneinent[établi à Fez] étaient toujours assurés de trouver 
auprès de lui asile et protection. Les nombreux réfugiés dont il 
se vit bientôt entouré lui conseillèrent de remplacer Abou--'l- 
Fadlpar^Abd-el-Moumen, prince beaucoup plus digne de consi- 
dération par son origine, par les hauts comn)(^ndementsquUl avait 
exercés et par l'intérêt que lui portèrent les Mérinides. En con- 
séquence de leurs représentations, il appela ce prince auprès de 
lui et, pour ne pas éveiller les soupçons d'Omar-Ibn-Abd-Allab, il 
fitentendrek celui-ci qu'il voulait lui rendre un bon service 
et tendre un piège au prince mérinide. Malgré cette déclaration, 
Omar en ressentit une vive inquiétude. 

Parmi les grands personnages qui se réfugièrent à Maroc, 
un des derniers qui arrivèrent fut Es-Sobéïa-lbn«Mouça-Ibn- 
Ibrahtm, ex-vizir d'Abd-el-Haltm. A cette nouvelle. Omar 
cessa de dissimuler ses intentions et résolut d'équiper une 
armée afin d'attaquer son rival. Pendant qu'il se laissait 
entraîner à la méfiance envers tous les fonctionnaires sous 
ses ordres , une lettre lui tomba entre les mains , adressée 
par Masoud-Ibn-Maçaï au régent des pcovinces marocaines 
et renfermant des offres de service et d'un dévouement sans 
bornes. Omar fit aussitôt emprisonner le porteur du billet. 
Masoud en fut très-mécontent et, prêtant l'oreille aux conseils 
et aux promesses des chefs mérinides qui formaient son 
entourage, il résolut d'arracher le pouvoir au vizir. Pour 
mieux déguiser ses intentions, il fit dresser ses tentes à ëz- 
Zîtoun, près de Fez, eu prétextant le désir de jouir de l'air du 
printemps et de l'aspect de la campagne. Ceci eut lieu dans le 
moisdeRedjeb 763 (avril-mai 4363). Ses amis vinrent alors 
camper à côté de lui et, quand ils y furent tous rassemblés, il prit 
résolument son parti et se déclara contre le gouvernement. 



1>T!IAST1B MtUlflDB.*-^ ABOU^stlN-llODAMlfBD. 369 

S'étant alors mis en marche, il effecioasa jonction afvec plnaieors 
de ses partisans mérinides qui étaient venus camper à Onadi-'n* 
Nedja, ainsi que cela avait été convenu, et, les ayantconduita à 
Hequinez, il écrivit au prince Âbd^r-^Rahman, fils d'Ali^Aboa* 
Ifelloucen, en le priant de venir ^et recevoir des insiH^ le 
serment de fidélité. 
Abd-er^Rahoian se trouvait alors aux environs de Tedla ou il 

était allé pour susciter une insurrection, après avoir quittéson 
frère, Abd*el-Moumen, au moment oh ils s'éloignèrent de Sîdjil- 
messa. Amer, gouverneur de Maroc venait d'envoyer un corps 
de troupes contre lui et l'avait forcé à se réfugierau milieu des 
Beni-Oungaoen. A*'la réception delà nouvelle que lui envoyè- 
rent Ibn-Maçaï et sea partisans, Abd-er-Rahman alla les trouver 
et s'en fit proclamer sultan. 

Omar ayant alors donné à son sullan , Mohammei*lbn-Abd- 
er*Aahnian, rautorisation de se mettre en campagne, lui forma 
un camp à Kodia*t-el-Araïs et, quand il eut soldé et équipé une 
année, il le fit marcher jusqu'à Ouadi^'n-Nedja. Attaqué auprès 
de cette rivière, et pendant la nuit, par les troupes d'Ibn*Maçaï, 
il tint ferme jusqu'au jour et força enfin ses adversaires à pren- 
dre la fuite. Les insurgés se dispersèrent de tous côtés pendant 
que le vainqueur les poursuivait avec acharnement, et ib appri- 
rent, à leurs dépens, que la population de l'empire était dévouée, 
plus qu'ils ne l'avaient pensé, au sultan et à son vizir. Ibn-Ma- 
çaT chercha un refuge dans Tedla, pendant que l'émir Abd-er- 
Rahman se rendait chez les Beni-Oungacen. Omar ramena son 
sultan à la capitale et regagna la confiance des chefs mérinides en 
leur accordant une amnistie. 

Abon-Bekr-Ibn-Hammama fit alors proclamer, dans les terri- 
toires soumis h son commandement la souveraineté d'Abd-er- 
Rahman, fils d'Abou-Ifelloucen. Mouça-Ibn-Séïd-en-Nas, gendre 
d'Ibn-Bammaroa et membre de la famille des Beni-Ali qui habite 
la montagne de Debdou, dans le pays des Oiingacen, prôta aussi 
le serment dé fidélité à ce prince. La tribu [d'Ibn-Hammama] ne 
partageant aucunement les sentiments de son chef, passa du 
côté d'Omar, le vizir de Fez, et le décida h s'emparer du pays 



388 BiSTOiu M9 mitui. 

dUbn-Hammaina et à emporter d'assaut Iklouan, château o&te 
chef faisait sa résidence. Ibu-Hammama s^enfuit avec son gen- 
dre, après avoir averti leur sultan , Abd*er-Rahman, qu'il ne 
devait plus compter sur leur appui, et il ne tarda pas à faire sa 
soumission au souverain de Fec. 

Abandonné par ses principaux soutiens, Abd-er»Rahman s'en- 
fuît à Tlemcen et trouva une honorable réception auprès du sul- 
tan* Abou-Hammou. Son vizir, Masoud-Ibn-Maçaï, se réfugia 
dans le Debdou et obtint un asile auprès de Mohammed-Ibn- 
Zegdan, émir et seigneur de cette forte position ; puis, ayant 
formé le projet de réparer ce dernier échec, il s'entendit avec 
son hôte et fit inviter Témir Abd-er-Bahman à quitter Tlem- 
cen et è rester avec lui en attendant^ l'occasion de péné- 
trer d^ns le Maghreb. Comme Abou-Hammou désapprouva ce 
projet, Abd-er-Rahman s*évada de chez lui et alla rejoindre 
Ibn«Haçaï et ses autres partisans. Ceux-ci le reconnurent de nou* 
veau pour leur souverain et firent avec lui une incursion dans le 
territoire de Tèza. Ils entreprirent même de combattre le vizir 
Omar-Ibn-Abd-Allah, qui venait d'arriver dans celle ville avec 
.un corps d'armée, mais ils essuyèrent encore une défaite et du- 
rent s'enfuir à la débandade jusqu'au Debdou. 

Ouenzemmar-Ibn-Arlf, l'ami dévoué de la dynastie mérinide, 
entreprit alors de faire cesser ces tentatives d'insurrection et, 
d'après ses conseils, Abd-or-Rahman se rendit à Ghassaçaet 
s'embarqua pour l'Espagne, avec Ibn-Maçaî, au commencement 
de l'an 76i7 ( sept.-oct. 4365 ). Le vizir Omar repartit pour 
Fez, avec l'intention d'organiser une expédition contre Maroc. 



EXPÉDITION nu VIZIR ET DR SON SULTAN CONTRE UAROC. 



Omar , s'élant ainsi débarrassé de Masoud-Ibn-Maçaï et 



^ Dans le texte arabe il faut probablement lire ^Ji:>j VJojJ ,'ex 
pression qui parait être l'équivalent do A-îL-w^^j-^ui^AJ. 



DYlfASTUS «ÉRllflDB. — ABD-BL-Aztz. 369 

d'Abd-er-Rahman, tourna ses regards vers Maroc, ou Âmer-lbn- 
Mohammed avait établi son indépendance, et prit la résolution de 
Aener une armée contre ce chef. Ayant fait annoncer son projet, 
it dépensa beaucoup d^argeht pour la solde et l'équipement d'un 
corps de troupes^ et, dans le mois de Redjeb 767 (mars-avril 
4366), quand tous ses préparatifs furent terminés , il se mit en 
route pour Maroc. A cette nouvelle, Amer emmena son sultan, 
Aboa-4-Fadl, dans la montagne [des flintala] et s'y retrancha 
avec lui. Il tira en même temps Abd-el*Moumen de la maison 
où on le retenait et, l'ayant entouré des insignes de la souverai- 
neté, il le plaça sur un trône vis-à-vis de celui où siégeait Abou- 
'1-PadI. Il parvint ainsi à persuader au jeune prince que le 
peuple [de Fez] l'avait reconnu pour souverain et que son 
autorité était solidement établie, tandisque le but réel de cette 
manœuvre était de gagner l'adhésion des Mérinides qu'il savait 
être très-bien disposés pour Abd-cUMoumen. Cette démonstra- 
tion inspira tant d'elTroi à Omar qu'il changea de ton et envoya 
une lettre très-grâcieuse à celui qu'iLétait venu combattre. Has- 
soun, fils d'Ali-es-Sobaïhi, fit alors des démarches afin de réta- 
blir la paix entre les deux adversaires, et décida Omar à répar- 
tir pour Fez, après lui avoir faitagréer toutes les conditions pro- 
posées par Amer. Celui-ci séquestra encore le prince Abd-el- 
Moumen et rétablit l'ordre de choses qui avait existé aupara- 
vant. 



HORT su SULTAN MOHAMMBD, FILS 1>'a1I0U*ABD-BK-1ABMAN, 6T 
AYftNBHBNT B'ABD-BL-AzIz, FILS Dif SULTAN A30U-'l-HACBN. 



Ce fut une chose vraiment extraordinaire que la manière dont 
le vizir Omar dominait son sultan : il le tenait éloigné des affai- 
res comme un enfant sans intelligence; il se faisait instruire de 
toutes ses démarches par les espions dont il Tavail entouré, et 
parmi lesquels se trouvaient des personnes appartenant à la fa* 
mille et même au harem de ce malheureux prince. Bien des fois, 
T. IV. ' 24 



370 niSlOIRB DES BIRBIBES. 

le sultan géDiissait de sa triste position ; i| s'en plaignait mémo 
à ses compagnons de table et de lit \ puis enfin il forma le pro- 
jet de faire assassiner le vizir. Un des esclaves attachés è soa 
service devait 6ter la vie à cet insolent ministre, mais le secret 
fut découvert par ui^ femme du harem et communiqué par 
elle au vizir qui Pavait subornée. Pour conjurer le danger 
qui le menaçait, Omar prit un parti extrême : il avait déjà 
porté son audace au point d'entrer cl)oz le sultan à toute bearop 
soit que ce prince se trouvât dans le harem , soit qu^il s'amusât 
avec ses intimes *; donc, cette fois-ci, il pénétra avec ses gardes 
dans la salle où le sultan était à boire, fit mettre à la porte tous 
les convives et ordonna à ses gens d'étrangler leur souverain. 
€e forfait accompli, on jeta le corps dans un des puits du Jardin 
des (ia^elles. Le vizir fil alors venir les grands officiers de Tem- 
|)ire et leur montra le puits, en déclarant que son maître y était 
4ombé dans un moment d'ivresse. Ceci sa passa au commence- 
ment de Tan 768 (scpt-oct.4366]. Aussitôt après, il se fit amener 
l'émir Abd-el-Aztz, fils du sultan Abou- 'l-Hacen, qu'il retenait jus- 
qu'alors sous bonne garde, à Fez, dans unecharabre de la citadelle. 
Grâce à l'excellente éducation qu'il avait reçue, Abd-el-Aztz s'était 
montré digne de régner ; aussi» le sultan Mohammed avait cher- 
ché, par jalousie, è le faire mourir. Arrivé au palais, il monta 
sur le trAne ; les portes de la salle s'ouvrirent , et les Méri- 
nides de toutes les classes s'y précipitèrent afin de lui baiser la 
main et de lui prêter le serment de "fidélité. 

Après l'inauguration, le vizir s'empressa d'organiser une nou- 
velle expédition contre Maroc, et, ayant^ouvert les bureaux d'en- 
rôlement, il se mit à distribuer de l'argent aux volontaires k en 
former ainsi une armée. Quand il eut passé ces troupes et revue, 
il quitta Fez avec son sultan, au mois de Châban (avril-mai 
4367) , et'se porta vers Maroc h grandes journées. Amer<- 



' A la place de iu^j , un des manuscrits porte ai^. C'est par 
conjecture seulement que le traducteur a essayé de rendre ce mot 
et celui qui le précède. 



Ibn - Mohammed venait de $e retirer dans la montagne des 
Hintata oii il tenait auprès de lui les émirs Abou-'l-Padl , 
fils du sultan Abou- Salem, et Abd-'eNlIoumen, fils du 
«ultanAbou-Ali. Ayant relèclié celui-ci, il le fit encore asaeoif 
sur on trAue, vis^-vis de son cousin, et Tentoura des làsîgnes de 
la royauté ; en on mot, il joua avec lui la même comédie qu'au* 
paravent. On parvint alors k négocier une paix entre Amer et 
Omar% lequel ramena son sultan à Fes dans le mois de Ghoual 
(juin 4367). 



XB SOLTAM ABD-BL-AZiz FAIT aOUBlB 0UAR-»N*ABP*ALIAH BT 

TBBIfD L« BAUT COHMANDBUSBT. 



Omar fit dès lors peser sa domination sur le sultan Abd«el- 
Aztz : il le relégua dans le palais , l'empêcha de {aire le ipoiqdre 
4icte d'autorité et défendit au peuple de lui soumettre leurs récla* 
mations. Abd-tsl-Azîz avait toutefois dans sa mère unegardjenne 
affectionnée et dévouée. Après avoir usurpé tout le pouvoir^ le 
vizir désira s'allier à la famille royale en épousant une fille du 
sultan Abou «Einan , et l'on assure qu'une des conditions du ma- 
riage portait que le frère de cette princesse serait placé sur le 
trône. Le sultan fut averti de cette intrigue et il apprit , en 
même temps , que le vizir était bien décidé h Ui Ater la vie« 
Ce fut précisément à ce moment qu'Omar l'invita à quitter le 
vpalais et à prendre uu logement dans la citadelle. Frappé de <cetie 
'Coincidence ^ il résolut de tout risquer plutôtq ue d'y consentir : 
s'étant décidé pour des mesures violentes, il cacha plusieurs 
hommes dans les cabinets aliénant à sa chambre et fit inviter le 
vizir à venir tenir conseil avec lui , comme d'ordinaire. Aussitôt 
-que le ministre s'y présenta , les eunuques de service fermèrent 
•la porte à clef et le sultan se mit à l^accablcr de reproches. Dans 



'■ " "^^ 



* Il faut corriger le texte arabe et sublituer^ à j^U 



372 HKfOIIB DBS BBBBÈRBS. 

le même inAtanl, les assassins s^éiancèrent des cabinets et bâchè- 
rent leur victime à eoaps de sabre. Il eut beau appeler à son se- 
cours les familiers qu^il avait stationnés à la portée de sa voix : 
quand ils eurent enfoncé la porte , ils le trouvèrent étendu sur lo 
earpe«u«t couvert de sang. A ce spectacle , ils prirent la fuite et 
sortirent du palais. Le sultan passa alors dans la safle d'audience 
et , s'étant assis sur le tràne , il fit venir les officiers attachés 
à sa personne et choisit pour vizir Omar-lbn-Masoud-Ibn-Mendtl- 
Ibn-Hammama, lemérinide, Choaïb-lbn-Meimonn>lbn Ouédrar, 
le hachemide , et Yahya-lbn-Meimoan-Âmsmoud , client de la 
famille royale. De cette manière , vers le milieu du mois de 
Dou-1-CAda , 768 (juillet 1367) Pautoritédu sultan fut définiti- 
vement établie. 

Le (ils du vizir Omar , son frère , son oncle , ses autres pa- 
rents et ses domestiques furent jetés en prison et exécutés quel- 
ques nm'tspTustard. Ainsi fut anéantie la puissance de cette famil- 
le. Pour rassurer les esprits , le sultan fit proclamer amnistie, 
permit aux fugitifs de rentrer dans la ville et les traita avec une 
grande indulgence. t)uelques jours après, il ordonna rarreslali<fn 
de Sdieiman-Ibn-Dawond et de Mohammed-es-SobéYa qu'on lui 
aveit dénoncés comme amis d'Omar. Ces deux officiers restèrent 
en détention josqu'bta mort du sultan. Avec eux il emprisonna 
AlIal-lbn-Mohammed et le chértf Abou-M-Cacem , dont il s'était 
méfié parce qu'ils avaient fréquenté le vizir , mais il les relâcha 
plus tard sur la prière dMhn-el-Khattb ; vizir d'Ibn-el-Ahmer^ 
YoulanI ensuite s'attribuer rentier exercice de la puissance souve- 
raine, il défendit k ses officiers et à ses courtisans de se mêler en 
aucune façon des affaires du gouvernement , à moins d'avoir obte* 
nu de lui une autorisation spéciale. Quelques mois après rétablis- 
sement de son autorité , eut lieu la mort du vizir Ghoaïb-Ibn- 
Meimoun et ensuite celle do Yahya-Ibn-^Meimoun. Nous revien- 
drons sur cette afiaire. 



^ Dans le texte arabe H faut probablement lire eua acsahoma {et H 
les bannit) ^ à la place de oua acsaho [et il le bannit). 



DYNASTIE MfiRIMlDB. — ABD-BL»AZ)z. 373 



li'ÉVIR ABOU-'l-FADL S^BMPABB du pouvoir a MAROC. LB 
SULTAN MARCBR CONTRE LUI ET LE FAIT METTRE A MORT> 



Aussitôt qu'Âbou-'l-Fadl , Gis da âultan Aboa^-Saiem, e'ui' 
apprit que le sultan Abd-el-Aztz s'était défait du vizir doQt H* 
subissait la tutelle , il prêta Toreille aux conseils de ses intimes 
et résolut de traiter sou propre vizir , Amer-lbn-Mohammed , 
delà même manière et pour la même raison. Amer devina les 
intentions du prince et, sons prétexte d'une indisposition , îl 
resta chez lui jusqu'i ce qu'il, obtint l'aniorisation de se rendre • 
au château qu'il avait sur la montagne où , disait-il , ses femmes 
et ses parents pourraient le soigner. S'4tant mis en route aveo 
tous ses gens, il ne laissa plus à Abou*'UFadl l'espoir de l'attein*< 
d^e. Quelques nuits après son départ, le prince s^'enivra et, 
d'après les conseils de ses serviteurs , il fit appeler, la oommanr 
dant de la milice chrétienne et lui ordonna de se transporter à la. 
prison de la citadelle de Maroc et d'ôter la vie au- prince Abd^- 
Moumen. L'officier obéit et lui apporta la tâtede sa- victime. 

Amer fut saisi d'épouvante en apprenant cette nouvelle ; il 
remercia Dieu de l'avoir sauvé da danger et, sur le champ, il 
(It porter au sultan Abd-el-Aztz une déclaration de fidélité et 
d'obéissance, il l'engagea , en même temps, d'attaquer Abou- 
'l-Fadl et de s'emparer de Maroc ; lui promettant une coopéra- 
tion active dans celte entreprise. Le sultan commença aussitôt 
les préparatifs d'une expédition et, en ran769 (1367-8), quand 
il eut levé et soldé une armée, il partit de Fez. 

Abou -'1-Fadl, étant devenu maître absolu de Maroc en se dé- 
barrassant d'Abd-ef-Moumen, prit pour vizir le nommé Talha 
et coniia le paraphe impérial à Mohammed- el-Kinani, fils de Mo- 
hammed-lbn-Mendil. Pour conseiller il choisit Mobarek-lbn- 
Ibrahtm-lbn-AtYa, de la tribu des Kholt. Quelque temps après, 
il ôta la vie à Talha contre lequel il s'était laissé indisposer par 
les insinuations d'El-Kinani. Parti ensuite de Maroc avecl'in- 



374 BlfltOlBI NSI BBMBSUfl. 

lealioD d'assiéger le lieu où Amer s'était enfermé, il apprit que 
loi-méme, allait être attaqué par le sultan Abd-el-Azti. A 
cette nouvelle^ il décampa et se rendh dans la province de 
Tedia, afin de prendre position snr la montagnedes BeBi7Djaber. 
Ce lieu de refuge ne le garantit pas contre les armes du sultan 
qui, s'étant détourné de sa marche sur Maroc, vint le bloquer 
et le réduire enfin à la nécessité de risquer une bataille. Au mo- 
riient oè le combat allait s'engager, une partie des Beni^Djaber, 
dont le sultan avait acheté la trahison, abandonna Aboii-'l-Fadl 
et amena par cette défection la déroute du reste de l'armée. 
Parmi les nombreux prisonniers qui tombèrent entre les mains 
du sultan so trouva Mobarek-Ibn-Ibrahtm, lequel resta en cap- 
ti^rilé jusqu'à l'époque eù Amer fut mis à mort. Par l'ordre 
dtt sultan, il subit alors le même sort que le chef hitatiea. 
BI-Kinanî échappa h toutes les recherches et parvint à se ré- 
faigier auprès d'Amer. Quant h l'émir Abou-'i-FadI, il chercha 
un asile au milieu des Zanaga qui se tenaient en arrière de Tedla, 
mais il fut trahi pureeux-mémes dont il avait espéré la protec- 
tion : séduits par l'appftt d'une forte somme d'argent que les 
Beni^Djaber leur offrirent au nom du sultan, ils livrèrent leur 
k6te au visir Yahja-Ibn-Meimoun. Conduit par ce ministre au- 
près du sultan, le prisonnier en eut à subir les reproches les 
plus amers ; alors on le relégua, dans une tente située & côté 
de celle qu'ocôupait le souverain et, quand la nuit fut venue , ou 
l'étrangla. Ceci eut lieu en Ramadan 769 (avril-mai 1368). 

Amer, auquel te sultan fit parvenir ces nouvelles dans t'es* 
poir de l'amener ila soumission, repoussa tout espèce d'accom- 
modement et dressa l'étendard de la révolte. 



CBOTB Bt MOBT DU VIZIB TABTA'lBl«*MBIBIOlIR-UHf*ABSHOUD» 

Yabya-Ibo-Meimoun, grand officier de Pempire, avait été 
élevé h la cour du sultan Abou-'l-Hacen. Ainsi que son père, 
Heimoun, il se vit toujours en bntte à la haine de son oncle Allai. 



OYNASTIB MIKINIDE. ABO*IL-AZiz. 375 

Quaml Abou-Einan usurpa le trône de son pèro, Yahyà eAtra 
aa service de Pempire, et, tant que régna ce prince, il jduiî dé 
toute sa confiance. Devenu gouverneur de Bougie, il garda ce 
commandement jusqu'à son arrestation par les partisans dâ 
gouvernement hafside , quand cette viUe fût enlevée aux 
Mérinides. Amené à Tunis, il y resta prisonnier ; puis ayant 
elbtenti son renvoi en Maghreb pendant la régence d^Omar* 
ibn-Abd-Allah, il gagna la faveur de ce îniiûstre et reçut de lui 
un haut emploi. Nommé vizir par le sultan Abd-eUAztz, il 
montra beaucoup do fermeté et d^énergie dans cette charge, 
inais ses ennemis le trouvèrent inexorable dans ses haines ei 
dans ses vengeances. Son oncle Allai ayant éié remis en liberté 
par Tordre du sultan, réussit à capter la bienveîlianco du prince 
et h se faire donner un emploi qui le rapprochait de lui. Profitant 
alors de sa posirion, il essaya d'indisposer le monarque contre 
Yahya qui, disait-it, s'était emparé dé toute l'autorité et avait 
formé le projet de placer sur le trône un a utre membre de la fa- 
mille royale. Il ajouta que ce ministre avait fait entrer dans le 
complot tous les officœrs de la milice chrétienne. A cette époque, 
une indisposition forçait Yahya de gaHer la maison. Le sultan 
remarqua son absence et fut informé que les chefs de la milice 
chrétienDe et une foule d'autres personnages se pressaient à la 
porte du vizir pour lui rendre visite. Yoy«nnldans cette circons- 
tance la confirmation de ses craintes, il donna à quelques servi- 
teurs du palais l'ordre de traîner Yahya en prison, et, le lende- 
main, il le (it conduire h la place d'exécution et tuer à coups de 
lance. Tous les membres de la famille royale et tous les officiers 

pela milice que l'on soupçonnait d'avoir trempé dans la conspi- 
ration furent exécutés en môme temps, par l'ordre du souve- 
rain* 

LB SULTAN ASSIÈGE AMBR-IBN'IIOHAIIMED DANS LA MONTAGNE 
DES BINTATA ET LB PAIT PRlSONNIfift, 



Après s'être débarrassé d'Abou-'l-Fadl , le sultan confia lo 




376 HI8T0IIIB DBS BIlBftftBS* 

> 

gouveroemeni de Maroc à un client de la famille royale nommé 
Âli-Ibn-Mohammed Ibn-AUdjana, en lai recommandant de tenir 
Amer étroitement bloqué et de le contraindre ainsi à faire acte de 
soumission. Rentré ensuite à Fez', il forma le projet de marcher 
contre Tlemcen, mais, au moment où il réunissait une armée pour 
cet objet , il apprit qo'lbn-Addjana s^était dirigé conire Amer 
et, qu'après l'avoir tenu bloqué pendant plusieurs jours , îl 
venait d'être attaqué et fait prisonnier par son adversaire , ainsi 
qu'une grande partie de ses troupes. Outré de colère à celte nou- 
velle inattendue, il prit la résolution de se mettre à la tête desHéri-i 
nides,|de réunir tous les peuples du Maghreb, et de iparcher contre 
le chef insoumis. Pendant que ses gens parcouraient les provin- 
ces pour y lever des troupes , il se tenait campé en dehors de la 
ville et faisait des largesses aux soldats. Ayant enfin passé en 
revue l'armée qu'il venait de rassembler, il choisit pour yizic 
Abou-Bekr-Ibn-Ghazi-Ibn-Yahya-lbn-el-Kas , personnage dans 
lecJQel il croyait reconnaître les indices d'une grande habileté et 
d'un véritable talent pour le commandement. 

En l'an 770 (1 368-9), il leva son camp et, arrivé à Maroc, il 
alla cerner la montagne où Amer s'était fortifié. Ce chef avait^ 
alors proclamé sultan le nommé Tachefin, prince de la famille 
royale et descendant d'Abd-el-Hack par Abou-Thabet-Yacoub- 
Ibn-Abd-Allah. U venait aussi de recevoir un appui très-réel 
par l'arrivée d'Ali-Ibn-Omar-Ibn-OuîghIan, cheikh des Beni- 
Ourladjin, chef mérinide et membre influent du graod conseil. 
Il rallia aussi à sa cause un grand nombre de soldats qui avaient 
abandonné les drapeaux du sultan, les uns à cause de sa sévé- 
rité, les autres par dégoût du service et d'autres encore dans 
l'espoir de gagner davantage auprès d'Amer, leur parent. Dieu 
retint, toutefois, la main du chef hintalien et l'empêcha de ré- 
pandre sur ses partisans une seule goutte des tréso^rs dont il 
l'avait rendu mattre. 

Comme le blocus se prolongea, le sultan fit construire des lo- 
gements pour ses troupes qui, du reste, ne cessaient d'attaquer 
journellement les positions occupées par l'ennemi. De cette ma- 
nière, on parvint graduellement à. s'emparer des forts par les- 



9YNA8TIB MfiRmiDB. ABD -BL-Aziz. 377 

quels Amer avait cherché h se couvrir, et l'on atteignit le sommet 
du mont Tamskrout. Peadant qu'Abou-Bekr-lbD-Ghazi se signa- 
lait par son habileté, Amer avait poussé Vavarice au point de 
dégoûter ses propres partisans. Bientôt la mésintelligence survint 
entre lui et Ali-lbn-Omar, lequel finit par solliciter secrètement 
sa grâce et passa aux assiégeants aussitôt qu'il eût obtenu du 
sultan l'assurance que ses jours seraient respectés. Fares-Ibn- 
Abd-el-Aztz, ayant eu à se plaindre de la sévérité de son oncle 
Amer, et, indigné de se voir placer sons les ordres d'Abou- 
Bekr, fils d'Amer, envoya prévenir le sultan qu'il allait recon- 
naître son autorité. Aussitôt qu'il reçut de ce monarque des 
lettres de grâce, il suscita nne révolte contre Amer et décida 
les tribus de la montagne à faire leur soumission. L'armée im- 
périale profita de cette occasion pour se porter en avant et elle 
atteignit enfin la cime de la montagne où les Insurgés s'étaient 
retranchés. Amer, se voyant prêt de succomber, conseilla à son 
fils de passer du côté du sultan et^de faire un semblant de sou- 
mission. Le transfuge obtint son pardon et se vit enrôlé dans 
la suite du souverain. 

Amer abandonna alors ses partisans et tâcha de s'échapper 
vers le Sous, mais, obligé de s'engager dans les neiges qui , pendant 
plusieurs jours, s'étaient amoncelées sur la montagne, il perdit 
une partie de son harem, avec toutes ses montures, et ne conserva 
plus aucun espoir de se sauver. Forcé de revenir sur ses pas, il 
alla se cacher dans une caverne que lui indiquèrent les mêmes 
guides auxquels il avait donné de l'argent pour se faire con- 
duire a travers la montagne, jusqu'au désert de Sous. Pendant 
. qu'il y attendait la cessation des neiges, il fut découvert par 
quelques Berbères et conduit devant le sultan. Aux reproches 
dont ce prince Taccabla il répondit avec humilité, en offrant sa 
soumission et en demandant pardon du crime dont il s'avouait 
coupable. Tratnéensuite vers une tente qu'on avait dressée pour 
sa réception, derrière le pavillon du sultan, il y resta 'sous 
bonne garde. Le même jour, on fit prisonnier Mohammed-lbn- 
el-Kinani. 

Les châteaux eties maisons d'Amer furent livrcsau pillage; ses 



378 HISTOIRB DBS BBBBBftBS. 

armes, ses dëpâts de grains et de vivres, ses meubles, une masse 
de richesses dont personne de cet endroit n^avait eu l'idée, tom- 
bèrent entre les mains du vainqueur. La réduction de la montagne 
et des châteaux qui la couronnaient fut effectuée pendant le mois 
de Ramadan 774 (avril 4 370). Le siège en avait duré une année 
entière. 

Devenu maître de ces régions, le sultan donna le commande- 
ment des Hintata h Fares-Ibn-Âbd-el-Âztz-Ibn-Mohammed- 
Ibn-Ali, et partit pour Fez ; oii il arriva vers la &n de Rama- 
dan. Une foule immense sortit à sa rencontre et vit le triste 
spectacle d'Amer et de son sultan Tachefin couverts de baillons, 
portés chacun sur i)n chameau et livrés ainsi au mépris public. 
Ce fut là une grave leçon pour tous ceux qui en étaient les té- 
moins. Après la fête de la rupture du jeûne, le sultan se Gt ame- 
ner Amer et, lui ayant reproché ses méfaits, il produisit une lettre 
écrite par le prisonnier au sultan Abou-Hammou et renfermant 
une demande de secours contre le souverain mérinide. L'authen- 
ticité de celte pièce ayant été établie par la déclaration de lé- 
moins, le sultan donna l'ordre d'en mettre l'auteur à la tor- 
ture. On le frappa à coups de fouet jusqu'à ce que sa chair s'en 
allât en lambeaux ; on lui fustigea les bras et les jambes au point 
de les faire gonfler; enfîn, ce malheureux périt entre les mains 
de ses bourreaux. Alors on introduisit El-Kinani auquel on Ci 
subir le même sort ; Tachefin fut traîné à la place d'exécution et 
tuéàcoups de lance; Mobarek-ibn-Ibrahim subit un long em- 
prisonnement, puis on l'envoya rejoindre ceux qui avaient déjà 
succombé. C'est ainsi qu'à chaque chose il y a un terme. 

Débarrassé maintenant de tous ses adversaires, le sultan 
Abd-el-Azîz put en(in s'occuper de l'expédition contre Tiemcen. 

BBPBISB d'aLGÊCIRAS. 

Nous avons mentionné que le roi chrétien Alphonse [XI, roi 
de Léon et de Castille] s'était emparé d'Algéciras, l'an 743 
(4344) et, qu'après avoir atteint à une grande puissance, il 



DTNASTIiaÉRlNIDB. ABD-EL-Aztz. 37Ô 

mourut de la peste, l^an 754 (1350), sons les mars du Gibral- 
tar, forteresse dont il avait entrepris le siège. Dieu débarrassa 
ainsi les mtisulmaos d'un ennemi acharné. Son fils Pedro [Pierre- 
/e-(7nie/] lui succéda dans le commandement des Galiciens [el 
des Castillans]. Le nouveau roi montra une ieWe animosité 
contre ses frères que le comte [Henri de Transtamare] , fils de 
son père par une concubine nommée Éléonore Gusman, s'enluil 
chez le comte de Barcelone [roi d'Aragon]. Accueilli par ce mo- 
marque avec les plus grands égards, il rallia autour de lui plu* 
sieurs grands de cet empire et plusieurs de leurs comtes, surtout 
le Marquis , fils de sa tante ^ Pierre, roi de Gaslille^ fit de- 
mander au comté de Barcelone l'extradition du fugitif et^ sur 
le refus de ce prince, trop généreux pour trahir les droits do 
l'hospitalité, il lui déclara là guerre. Pendant la longue suite 
d'hostilités qui en résulta, Pierre enleva plusieurs forteresses à 
son adversaire et en parcourut les états h la tête de son armée. 
A plusieurs reprises, il mille siège devant Valence, capitale de 
l'Andalousie orientale : ses troupes s'acharnaient contre cette 
place forte et sa flotte couvrait la mer dont elle est baignée, il 
accabla par sa cruauté la natioti chrétienne [espagnole] et, par 
sa tyrannie, il devint si odieux à ses sujets qu'ils s'insurgèrent 
contre lui et marchèrent sur Gordoue, après avoir fait venir le 
comte [de Transtamare] pour les commander. La révolte de Sé- 
ville fit sentir à Pierre que tous les chrétiens favorisaient son 
frère. Forcé de quitter ses états, iL passa en France, royaume 
situé au nord de la Galice, et, en l'an 767 (1 366) il se présenta 
devant EUFens Ghales [le prince des Galles], souverain de ce 
pays et seigneur de l^Angleterre K Sur sa prière, le prince ras- 
sembla des troupes pour le soutenir et, l'ayant aidé h reconqué- 
rir son royaume, il rentra en France. 

* Don Ferdinand, infant d'Aragon et marquis de Tortose, flis de 
Don Alphonse IV, roi d'Aragon, et d'Ëléonore, infante de Castille, 
et sœur de Don Alphonse XI, roi de Castille et de Léon. 

^ Le Prince noir, qui tenait sa cour à Bordeaux. L'exactitude de 
tous ces renseignements est incontestable et fait bcauc.up d'hon- 
neur à rhîstorien musulman. 



380 HI8T0IRB r>M BBEBtRBS. 

Qaelqae temps après, les chrétiens reprirent les armes contre 
Pierre et aidèrent le comte h loi enlever ses états et à le repous- 
ser vers la frontière musulmane. Ibn-el-Ahmer, dont Pierre im- 
plora l'appui, s'empressa de mettre h profil une si belle occa- 
sion de faire la guerre sainte, et porta le ravage dans le pays des 
chrétiens. Après avoir détruit plusieurs de leurs forteresses et 
de leurs villes, telles qu'Obéda, Jaën et d'autres métropoles, îl^ 
ramena ses troupes h Grenade. La guerre continua entre Pierre 
et son frère jusqu'à ce que celui-ci parvint à vaincre son adver-. 
saire et à lui ôler la vie. 

Pendant cette période de troubles, les chrétiens avaient né- 
gligé l'entretien des forteresses qui couvraient leur pays du côté 
de la frontière musulmane; aussi les vrais croyants conçurent-ils 
l'espoir de recouvrer la ville d'Âlgéciras qui, naguère, faisait par- 
tie de leur empire. Le souverain du Maghreb ne pouvait pas enlre- 
prendre, en personne , une pareille conquête, ayant été obligé 
d'employer tous ses moyens afin de comprimer l'^insurrectioa 
d'Aboi\;-'I-Padl et d'Amer- Ibn-Mohammed ; mais il (il prier Ibn- 
el-Ahraer de mener une armée contre Algéciras, en lui promettant 
de pourvoir à la solde de ce corps et de lui fournir une flotte. Il 
ajouta qu'il désirait se réserver tous les mérites spirituels d'une 
entreprise aussi sainte. Cette condition ayant été acceptée, 
il fit passer à Ibn-el-Ahmer plusieurs charges d'argent et 
donna l'ordre d'équiper la flotte de Ceuta. Ces navires mirent 
bientôt à la voile et allèrent bloquer le port d'Algéciras. Ibn- 
ehAhmer solda ses troupes, organisa son armée et, s'étant 
procuré des machines de siège, il investit la forteresse. A peme 
quelques jours se furent-ils écoulés que la garnison chrétienne 
perdit tout espoir d'être secourue ; reconnaissant que sa perte 
était inévitable, elle demanda une capitulation et l'obtint k des 
conditions si avantageuses qu'elle s'empressa d'évacuer la ville. 
Les vainqueurs y remplacèrent aussitôt les doctrines de l'infidé- 
lité et de l'idolâtrie par les emblèmes et les rites de l'islamisme, 
et Dieu enregistra la récompense de cette bonne action en faveur 
de ceux qui y avait travaillé d'un cœur sincère. 

La ville d'Algéciras rentra au pouvoir des vrais croyants l'an 



DYNASTIE MtRlNIDI.— ABD-BL-AZÎZ. 384 

770(4368). Iba-el-Âhmer y insUlla un de ses officiers comme 
gouverneur ; puis, craignant de la voir retomber au pouvoir des 
chrétiens, il la fit détruire, entre les années 780 et 790, Au 
matin, on la trouva renversée, comme- si elle n^ avait pas été ha^ 
buée la veille*. 



PRISE DE TLBMCBN PAR LE SULTAIV. — FUITE DU SULTAN 

ABOU-HAUnOU. 



Les Arabes de la tribu d*El*Makil habitaient le désert du Ma* 
ghreb, depuis le Sous jusqu^au Dera etàTafilell; puis, delà 
jusqu'au Molouïa et au Za. LesBeni-Maosour, peuplade formant 
une de leurs subdivisions, et composée do deux branches, les 
Aulad-Hocein et les Âhiaf, habitaient le territoire mérinide 
et subissaient, en peuple vaincu, la domination de cet empire. 
Lors des troubles qui eurent lieu en Maghreb après le rétablis- 
sement des Abd-el'Ouadites h Tlemcen par leur sultan Abou- 
Hammou, les Makiliens commencèrent à ravager ce pays et à le 
désoler par leurs brigandages. Quand l'empire mérinide se re- 
leva de sa chute, les Beni-Mansour passèrent aux Beni-Abd-el- 
Ooad, obtinrent la concession d'un territoire dans les états de 
cette famille et y fixèrent leur séjour. Ceci eut lieu à l'époque 
où Abd'Allah-lbn-Moslem, gouverneur du Derâ, abandonna je 
service du gouvernement mérinide pour remplir les fonctions 
de vîzir auprès d'Abou-Hammou. En l'an 766 (4364-5), celui-ci 
envahit le Maghreb, dévasta le territoire de Debdou et s'attira 
la haine de Mohammed-Ibn-Zegdan, seigneur de cette partie de 
la frontière *. 



1 Coran, sourate 10, verset 25. 

^ La suite de ce passage n'est pas intelligible ; le texte arabe 
varie dans tous les manuscrits , sans présentiT, en aucun, un f ens 
raisonnable. 



38S VISTOItB DBS BKBBÈUS. 

Après la mort d'Âbd-Allah-lbn-Moslemy plusieurs messages 
passèrent entré le sultan Abou-Hammou et le sultan Abd-el« 
Aztz, qui venait de prendre en mains Texercice du pouyoir. Dans 
oette correspondance la courmërinide cherchait à décider le goa- 
vernement de Tiemcen à ne plus accueillir les Makil, parce 
qu'elle craignaitPaugmentation de forces que Pappui de cette tribu 
donnait aux Abd-el-ouadites. Abou-Hammou ne voulut pas y con- 
sentir,sachant combien la coopération de ces réfugiés lui serait né- 
cessaire pour téniren échecles Zogbba et les autres tribus. Le ton 
de ces communications devint tellement aigre que le sultan Abd- 
el-Aztz perdit patience et, en l'an 770 (4368-9), il conçut la peu* 
sée de faire une expédition contre Tiemcen. Mohammed-ibn- 
Zegdan le poussa fortement à entreprendre la conquête de cette 
ville, mais la révolte d'Amer-Ibn-Mohammed entrava l'exécution 
de ce projet. 

Rentré à Fez après avoir conduit une expédition à Maroc et 
renversé le pouvoir d'Amer, le sultan reçut la visite d'Abou- 
Bekr-ibo-Arîf, chef de la famille des Beni-Malek et émir des 
Soueid. Cet arabe y arriva avec tous ses nomades aGn d^obtenir 
l'assistance du gouvernement mérinide contre Abou-Hammou, 
« qui, disait-il, se platlà nuire aux Beni-Malekà cause du dévoue* 
» ment bien connu qu'ils ont toujours montré envers le souve- 
» rain du Maghreb ; il relient même en captivité mon frère'Amcr 
» et plusieurs autres de nos chefs. » 

Avec lbn-Ar(f se présenta une députation chargée par les ha- 
bitants d'Alger de présenter au sultan un acte par lequel ils re*^ 
connaissaient son autorité et de le prier de marcher contre Abou- 
Hammou afin de les délivrer de la gueule du lion. Ouenzem-* 
mar-lbn-Arlf et Mohammed-lbn-Zegdan, dont les conseils furent 
recherchés par le sulUn en [celte occasion, s« Grent forts de 
rendre, à eux seuls, ce service aux habitants d'Alger.. Le sultan 
prit toutefois la résolution de marcher en personne sur Tiem- 
cen, et envoya des agents dans les provinces marocaines pour 
y lever des troupes. Le 40 du mois de Dou-'l-Hidd]a de l'an 
774 ( 7 juillet 4370 )^, ces divers corps se trouvèrent réunis 
a la capitale et reçurent, avec leur solde, tous les objets dont ils 



DYHASTIB MÉRIIflDB. — ABD-BL-Az!z. 383 

avaient besoin. Après avoir accompli le sacrifice d'obligatioD on 
ce jour solennel et passé Tarmée eq revue, le sultan la conduisit 
/ à Tèza, sur la roule de Tiemcen. 

À la nouvelle de son approche, Âbou-Hammou rassembla sous 
les murs de sa capitsle tous les Zenata des conjrées orientale^ 
qui reconnaissaient son autorité, ainsi que les Beni-Amer, ara* 
bes de la grande tribu des Zoghba. Après y avoir dressé son 
camp, il fit la revue de ses troupes et, comptant sur la fidélité 
des Arabes makiliens, il sa décida à marcher au-devant des Mé- 
rinides. Bnce moment, il apprit que les Âhlaf et les Obeid- 
Allah avaient été gagnés par Ouenzemmar, l'ami des Mérinides, 
«t s'étaient laissés conduire vers le désert [d*Angad] par le$ 
émissaires de ce chef et qu'ils allaient joindre lebultan. Effrayé 
par cette défection, il leva son camp et se dirigea vers EUBarha 
avec le reste de ses troupes et avec ses partisans fidèles, les Béni- 
Amer. Arrivé dans cette ville, il se détourna vers Mindas d'où i| 
déboucha dans le pays des Dialem et alla s'arrêter chez les Au- 
lad-Seba-Ibn-Yahya , après avoir traversé le territoire des 
Bîah. 

Abd-el-Aztz envoya en avant son vizir, Abou-Bekr-Ibn-Ghazi, 
afin d'occuper Tiemcen et, ayant enfin quitté Tèza, il fit lui- 
même son entrée à Tiemcen le 40 de Moharrem 772 (7 août 
4370). Une foule immense assista h ce spectacle. Alors il confia 
À son vizir Ibn-Ghazi le commandement des Mérinides, des mi- 
lices, des Arabes makiliens, des Arabes soueidiens , et lui or- 
donna de marcher h la poursuite des Abd-el-ouadites. Il lui 
adjoignit Ouenzemmar comme conseiller et directeur muni de 
pleins pouvoirs. Ce fut vers la fin de Moharrem que l'armée 
mérinide partit de Tiemcen. 

A cette époque, j'étais en mission* à la courd'Abou-Hammou. 
Le voyant sur le point dlabandonner Tiemcen, je pris congé de 
lui et me dirigeai vers Honein d'où je me proposai de passer en 



^ Notre auteur était alors bien réellement au service d'Abou- 
Ilammou ; voy. t. i, p. xlyi. 



384 HlSTOIllB DES BiRBERSd. 

m 

Espagne. Il arriva cependant que de misérables intrigants me 
calomnièrent auprès du sultan Âbd-el-Âziz, en ni^accusant de 
vouloir emporter dans ce pays une forte somme d^argent. Une 
troupe de soldats envoyée par ce prince vint m'arréter et me 
conduire auprès de lui. Je le trouvai au Ouadi-'z-Zttoun d'où il 
allait se rendre à Tiemcen. M'ayant fait amener devant lui, il 
m'interrogea lui-même et reconnut, à mes réponses, que ces dé- 
lateurs l'avaient trompé. lime revêtit alors d'une robe d'hon- 
neur, me fit cadeau d'une monture, et, après avoir envoyé son 
vizir h la poursuite d'Abou-Hammou, il me chargea de passer 
diez les Rtah et de faire mes eiïortfi pour les amener à la sou- 
mission, en les détachant du part/ d'Abd-el-ouadite. Je parvins 
à joindre le vizir h El-Bat'ha et, l'ayant accompagné jusqu'à 
rOureg, rivière qui traverse le territoire des Attaf, je pris 
congé do lui et me rendis à ma destination. M'étant abouché avec 
les Rtah, je les décidai à retirer leur appui à Abou-Hammou et à 
reconnaître l'autorité du sultan mérinide. Vers la même époque, 
Abou-Ztan sortit du pays des Hocein, de la localité où il avait 
l'habitude d'allumer la révolte ^ et passa chez les Aulad-Mo^ 
hammed-lbn-Ati-IbnSebâ, grande famille des Douaouida. Quanta 
Abou-Hammou^ il quitta Biskera et se rendit à Ed-Doucen où il 
resta quelque temps. Le vizir et Ouenzemmar se mirentalors en 
marche, sous la conduite d'une bande des Douaouida que je leur 
avais envoyée, et s'avancèrent jusqu'à Ed-Doucen, ville près de 
laquelle Abou-Hammou était campé avec ses troupes zenatiens 
et ceHes de ses alliés , les Beni-Amer. Lq vizir arriva à la 
tête d'une foule d'Arabes makiliens, d'Arabes zoghbiens et de 
Rtahides. A l'instant même, il força le sultan abd-el-ouadite 
d'abandonner son camp et ses trésors. Tout fut livré au pillage 
ainsi que les bagages et les troupeaux des Arabes qui l'avaient 
accompagné. Abou-Hammou prit la fuite à travers mille périls 
et atteignit le pays des Mozab, où il parvint à rallier ses fils et ses 
gens qui s'étaient dispersés de tous càlës dans le Désert. Le vizir 



'Il fautprohablement lire A^y». 



DTlfASTIB BfÉRlNIDS. — AUD-^L^Aztz. 3S5 

Testa quelques jours à Ed-Soucen et y reçut un riche cadeau que 
lui envoya Ibn-Mozai. Ayant alors repris la route du Maghreb, 
il dévasta, en passant, les bourgades que les Beni-Âmer possé-^ 
daient dans le Désert et en chassa les habitants jusqu'à dans ces 
solitudes éloignées bix l'on meurt de soif. Il rentra k Tiemcen au 
mois de Rebift second (oct.-nov. 1374). Ce fut moi qui présentai 
au sultan les Bouaouida et leur chef, Abou-I)}nar-lbn*Âit«ibn- 
Ahmed. Le prince se souvint des bons services que son père 
[Abou- 1-Hacen] avait reçus de cet émir et PaccueiNit avec une 
bonté extrême ; il lui. donna un beau cheval et fit présent d'une 
. robe d'honneur à lui et tous ses compagnons. Les Douaouida re- 
partirent alors pour leur pays. Abd-el-Azlz installa des gouver- 
neurs dans les villes qu'il avait conquises et confia à ses propres 
officiers Tadministralion des contrées qu'il venait de soumettre- 
D'après ses ordres, ie vizir Omar, fils de Hasoud-Ibn-Mendtl- 
Ibn-Hammama, prit le commandement de plusieurs escadrons 
et alla bloquer la localité où Hamza-Ibn-Ali-lbn-lftached, membre 
delà famille de Thabet-lbn*Mendil, s'était retranché. 

Ce jeune homme avait été élevé à la cour des Mérinides, où il 
passa ses premières années , entouré d'égards et comblé de 
bontés. Ayant enfin pris en dégoût la position qu'il occupait chez 
eux, il s^enfuitdans le pays des Maghraoua, séjour de ses aïeux 
et, s'étant réfugié dans la montagne des Beni-Bou-Satd, il se 
mit sous la protection de celte tribu et obtint la promesse qu'elle 
ledéfendraitjusqu'àlamort. Le vizir Omar-1bn*Masoud< chargé 
par le sultan d^étouffer cette insurrection, attaqua les Beni-Bou- 
Sa}d ei les contraignit à se réfugier sur la cime de leur monta- 
gne. Il établit alors son quartier-général à El-Khamts, sur le 
Ohélif, et les tint étroitement|bloqués. Plusieurs renforts lui étant 
arrivés de l'armée de Tlemcen, il les organisa en corps détachés 
et leur assigna des postes où ils devaient rester afin de mieux 
contenir l'ennemi. Pendant ce temps , le sultan s'empara des 
provinces et des villes du pays ; il y établit de nouveaux gonver- 



^ Voy. tome m, page 325. 

T. IV. 23 



r 



386 BlgTOIBI DIS BBSinUSS. 

aears et fiait par soumettre tout le Maghreb central ,' abû que 
l'avaient fait les sultans ses prédécesseurs. 



U «AOHtBB CSNTRIL S'AGITS.— ABOD-ziAR «SVIBRT A TtlBRI, 
BT L88 ABABB8, SOCS LA COHOUITB D'aBOUwHABWOD, «ARCBBUT 
SOI TLBMCBll. — LB SULTAN L8S DfiVAlT BT BAFFUMIT SON 

ACTOBITÉ DARS CB PATS. 



Après le catastrophe d'Ed-Doucen, le sultan Âbou-Bammou 
se jeta dans les profondeurs du Désert avec les Beni-Amer et ses 
autres partisans; s'éloignaut ainsi des bourgades que ses alliés 
[les Beni-Amer] possédaient au sud du mont Rached* Le vixir 
Ibn-GbaBÎ et Ouenzemmar-lbn-Arîf revinrent alors sur leurs 
pas, suivis des Zoghba et des MakiU 

Aussitôt que le sultan Abd-el-Azh se fut établi dans TIemcen, 
les Arabes sollicitèrent l'autorisation d^occuper les territoires 
dont ils avaient naguère arraché la concession à la faiblesse 
d'Abou«-Hammou. Fier de sa puissance et jaloux de sa dignité, 
Abd-eUAztz repoussa cette demande et se fit ainsi beaucoup 
d'ennemis. Dès ce moment, les Arabes souhaitèrent le succès 
d'Abou-Hammou comme le seul moyen qui pourrait les faire at- 
teindre au but de leurs désirs, La victoire sans pareille que le 
souverain de Fez venait de remporter sur celui de TIemcen leur 
fit perdre cette espérance, maisRahhon, fils de Mansour-Ibn-Ya* 
coub et commandant des Rharadjmakiliens, de la branche d'Obeid- 
Allah, prit la résolution de s'insui^er contre le gouvernement 
mérinide. Aussi, quand les Arabes se furent retirés dans leurs 
quartiers d'hiver, il alla joindre ses troupes aux bandes des 
Benî-Amer qui étaient restées avec Abou-Hammou, et mit en- 
core ce prince en état d'insulter les territoires oii le vainqueur 
avait établi sa domination. Conduits par ce chef, les Arabes en- 
vahirent les états du sultan et, dans le mois de Redjeb 772 
(janv.-fév. 4371), ils bloquèrent la ville d'Oudjda. A l'appro- 
che d'une armée envoyée de TIemcen, ils prirent la fuite et, dans 



DTIfASTlB HfiftlNlDE. ABD-BL-AZÎZ. 387 

leur monvemerii de retraite, ils dévastèrent le territoire d'EU 
Bat'ba. Le vizir [Ibn-Gbazi], qui s'était mis à leur poursuite, les 
rejeta dans le Désert. 

Sur oes eolrefaites, les partisans de Hamza-IbB*Ali-4biH 
Rached étaient devenus [audacieux comoie] des aigles, après 
s'être montrés [faibles t)omme] des milans : pendant que le vizir 
{Omar*Ibn-Masoud] les tenaient bloqués, ils descendirent au Ghé^ 
iif, surprirent son camp a la faveur de la nuit, mirent ses trou- 
pes en'dèrouteei le forcèrent à s^enfuir jusqu'à £l-Bat'ha« 

Les Hosein, qui s'attendaient toujours à être châtiés par le 
sultan à cause de leur insubordination envers tous les gouverne- 
rnents et de leur promptitude h soutenir tousles rebelles qui pas- 
saient chez eux, apprirent cette nouvelle [avec plaisir] et envo^ 
yèrent chercher Âbou-ZIan. Cet émir, pour lequel ils s'étaient 
tléjà soulevés, demeurait alors au milieu des Donaouida, chez la 
famille des Âulad-Yahya-lbn-Ali-Ibn-SebA. L'ayant mis à leur 
tête , ils firent une irruption dans la province de Hédéa et blo- 
quèrent la garnison que le sultan avait établie dans cette ville. 
Aussitôt , le feu de l'insurrection s'alluma dans tout le Maghreb 
central. Cet état de choses se prolongea jusqu'à Tan 773 
(1374-2) /quand le sultan réussit à détacher^ Babhou-Ibn^Man- 
sour du parti d'Abou-Hammou, en lui donnant une forte somme 
<l'argent et toutes les plaines dont il désirait obtenir la jouissance. 
A l'égard des autres Arabes, Abd-el-Aztz se conduisit delà même 
manière, au risque d'accroître leur avidité et leurs exigences. Il 
forma alors le projet de les appuyer par un corps d*armée et de 
les employer à rétablir la tranquillité partout, en expulsant du 
pays les chefs des insurgés. Gomme la conduite de son vizir 
[Omar*Ibn*Masoud] envers [Hamza-Ibn-Ali] le maghraouien 
lui paraissait SQspecte, il le fit arrêter par un de ses o£Sciers, 
qui le chargea de fers et le conduisit à la prison de Fez. 



' Lisez, dans le texte arabe, JllU.1. Le traducteur ne s'arrêtera 
plus a signaler les fautes d'impression déjà indiquées dans Verrata 
ajouté au texte arabe. 



388 HISTOIRE DES BBEBÈRfiS. 

L'armée que Ib sultan venait d'organiser partit de Tiemcciiy 
au mois de Bedjeb 773 (janv.-fév. 4372), sons la conduite 
d'Abou-Bekr-Ibo-Ghazi, qui avait l'ordre de châtier les auteurs 
des dernières révoltes. Elle atlaqna avec un grand acharnement 
les partisans de Hamza-Ibn-Ali, lequel s'était retranché dans la 
montagne des Beni-Bou-Saîd, sa retraite ordinaire, et Ht éprou- 
ver à ces insurgés des pertes considérables. Aussi, finirent*ils 
par craindre les suites de leur rébellion et, après avoir chargé 
leurs cheikhs de porter leur soumission au vizir, ils avertirent 
Hamza de ne plus compter sur eux. Ibn-Ghazi accorda aux in- 
surgés les conditions les plus favorables. 

Hamza.se rendit alors chez les Hoseiu pour y trouver Abou- 
Ztan ; m<iis, bientôt après, il s'en retourna dans la plaine du 
€helif et tâcha de surprendrcMa garnison de Timzought dans une 
attaque de nuit. Ces troupes tinrent ferme, mirent en déroute 
!es assaillants et firent prisonnier Hamza-Jbn-Ali. La vizir, au-; 
quel on le conduisit, s'empressa d'en avertirle sultan et, d'après 
les ordres de ce prince, il fit décapiter le rebelle et tous ses par- 
tisans. Leurs tâtes furent envoyées au sultan et leurs cadavres 
furent mis en croix sur les murs de Miltana. 

A la suite de celte victoire, le vizir marcha contre les Hosein 
et les cerna dans leur montagne, à Titeri. Soutenu par toutes les 
tribus zoghbienneS; [h l'exception des Béni- Amer], il tint Ten- 
nemi étroitement bloqué pendant un temps considérable et l'at- 
taqua vigoureusement. Je me trouvai alors dans le Zab, et là, je 
reçus du sultan l'ordre de faire prendre les armes aux Rîah et de 
mener tous ces guerriers au camp du vizir. D'après mes instruc- 
tions, je rassemblai les diverses fractions de cette tribu cl j'allai 
bloquer la montagne, du côté du Désert, en occupant une posi- 
tion qui touchait au territoire des Bîah. Les Hosein éprouvè- 
rent enfin tant de misère que, dans le mois de Moharrem 774 
(juillet 4372), ils perdirent courage et s'enfuirent de tous côtés, 



I Dans le texte arabe, les manuscrits portent avlaj^ ; il faut, sans 
doutC; lirec;AJu^. 



DYNASTIE IffiRlNlDE. — AKD-EL-AZIZ, 389 

en abandonnant leur montagne. Âbou^Ztan réussit à se jeter dans 
Oiiargia. Le vizir] s^enopara de la forteresse, qu'ils venaient 
d'évacuer, et la livra au pillage. Il contraignit même les Hosein 
h fournir des otages et à payer sur le champ une forte contribu- 
tion. 

Dans cet intervalle, Abou*Hammon profita de Tabsence des 
troupes mérinides et fît une irruption dans le territoire de Tlem- 
cen. Jl eut cependant la maladresse d^ndisposer son allié, Kha- 
led4bn*Amer, émir des Beni-Âmer, en lui préférant pour com- 
mander celte tribu zoghbienne, Abd-Âllah-Ibn-Asker, qui n'a- 
vait été que le lieutenant de ce chef. Indigné d'un tel passe- 
droit, Khaled ouvrit des intelligences avec Abd-el*Aztz et, sur 
la réception d'une somme d'argent, il quitta le parti d'Abou- 
Hammou et se rallia aax Mérinides. J)ans le mois de Dou-'i-Gâda 
773 (mai-juin 4373), le sultan envoya contre Abou-Hammou 
un corps d'armée composé de Bent-Amer et d'Aulad-Yahmor, 
tribu makilienne. Le commandement de cette colonne fut donné 
à Mohammed-lbn-Othman, parent du vizir Ibn-Ghazi. Abou* 
Hammou osa risquer une bataille, et vit la défaite de ses parti- 
sans, la prise de son camp et la ruine de ses alliés, les Arabes 
nomades, qui perdirent tout, tentes et bagages. Ses trésors, son 
fils et son harem tombèrent entre les mains des vainqueurs. Le 
sultan, h qui on envoya ces prisonniers, les fit conduire à Fez et 
les logea dans ses palais. Atïa-Ibn-Afouça, seigneur de Cbelif et 
client d'Abon-Hsftnmou, fut pris aussi, mais il obtint sa grftce et 
entra au service du gouvernement mérinide. Abd-Allah-Ibn- 

Sogheir [chef des Beni-Amer], h Ia]merci duquel Abou-Hammou 
vint alors se mettre, fut touché de compassion {et lui fournit des 
guides pour le conduire à Ttgourarîn, dans le pays du Sud. Le 
monarque abd-el-ouadite resta pendant quelque temps dans 
cette ville. Le revers qui avait ruiné] ses espérances lui arriva 
quelques jours avant la conquête de Tlteri. 

Le sultan mérinide, ayant ainsi consolidé sa puissance, se vit 
mattre du Maghreb central. Après avoir chassé de ce pays les 
meneurs de tant de révoltes, il fitVespecterson autorité aux Ara- 
bes, dont les uns se soumirent de bon gré cl les autres par 



390 BISTOIHE' DBS BERBÈfiBS. 

crainte. Le vieir AlKHi-Bekr-lbii-<rhazi étant de retour Je la 
frontière orientale [du Maghreb centrai] lui présenta une foule 
de chefs arabes qu'il avait amenés avec lui, Abd-et-Âztx accueil- 
lit ces visiteurs avec beaucoup de prévenance et leur fit de ri- 
ches cadeaux; il monta même à cheval pour aller au-devant du 
vizir. Tous ces chefs lui fournirent des 6tages et prirent renga- 
gement de lever une armée afin d'expulser Abou-Hammou de 
Ttgourartn. Ik partirent, comblés des bontés que le sultan leur 
avait prodiguées et, rentrés dans leurs quartiers d'hiver, ils or- 
ganisèrent une expédition contre cette ville. 

« 

U VIZia IBH-EL-KBATÎa QOITTB LA COUa n'OH-CL-ASMIt, 
SnCITBDK ni L'ARDALOUSIS, BT SB BftFUGIB A TLBMCBlf, AUTlfeS 

DU SULTAN ABD-BL-AZh^ 



Mohammed-lbn-el-Rhattb était natif de Locha (£oa?a), ville 
située à une journée de Grenade, dans la plaine qui s*étend 
autour de la capitale et qui porte le nom d*El-Merdj (la prairie). 
Loxa s'élève sur le bord du Ghendjtl ou GhentI [Xenil), rivière 
qui traverse cette plaine, en se dirigeant du sud vers le 
nord. Au nombre des vizirs de cet empire on comptait plusieurs 
aïeux d'Ibn-el-Khattb, Son père, Abd-AUah, se transporta à 
Grenade pour entrer an service du souverain, prince de la fa- 
mille des Ahmer, et il devint surintendant des magasins de vi- 
vres. Lui-même, il passa ses premières années dans cette capi- 
tale et fit ses études sous les professeurs les plus distingués. 
Devenu le disciple favori du célèbre médecin, Yahya-Ibn-Hodeil, 
il cultiva les sciences philosophiques et acquit de grandes con- 
naissances en médecine* Entraîné par le goût des belles-lettres, 
îl suivit les leçons des hommes les plus habiles et puisa copieu- 



* El-Haccari a reproduit ce chapitre dans sa vie d'Ibn-el-Khatlb 
(i:H;«9l-e<f-d^n). 



DYMA8T1B MfiKimOB. -*-> AB»»BL-AZiz. 39f 

setneni dé (ont ce qu'il y avait de meilleur dans la poésie et dans 
la prose des auteurs arabes. Toùt-à-coup il se montra grand 
poète, épistolc^faphe de pfèiïiier rang, et, dans ces deux parties, 
il demeura sans rival. Los vers qu'il composa en Thonnettr 
du souverain régbant, Âbou-'l-Haddjadj, prince de la famille 
des Ahmer, se répandirent dans tout le royaume et jus- 
qu'aux pays les plus éloignés. Pour le récompenser, le sultan le 
prit à son service et le (il ehtrer au nombre des écrivains qui 
travaillaient dans le bureau du palais sous la direction dlbn-el- 
Djeïab. 

Abou-^'1-Hacen-IbB^eUDjeîab fut regardé comme le coryphée 
de tous les poètes, prosateurs et philologues de l'Espagne et d^ 
l'Afrique. A l'instar de ses aîeuk, il remplit les fonctions de àe- 
crétaire*auprès des sultans de (ïrenade ; étant entré au service de 
l'état lors déjà déposition de Mohammed [III] et de l'assassinat 
du touti-puissant vîztr, Mohammed-Ibn-el-Haklm. Devenu alors 
chef du secrétariat impérial, il conserva cette place jusqu'en l'an 
74& (4348-9), oh il fut emporté par l'épidémie qui régnait à 
cette époque. 

Le sultan AboQ^'UHaddjftdj choisit alors Hohammed-Ibn«^l-^ 
Khattb pour remplir la place vacante et lui accorda en mém^ 
temps les titres et tes privilèges du-vizirat. Dansl'exeroice de ses 
hautes fonctions; Ibn-^1-Kbaltt> déploya une grande habilité et, 
dans les lettres émanées de son bureau et adressées aux prince» 
voisins, souverains de l'Afrique , il déploya un talent vraiment 
admirable. Le sultan lui témoifçna une bienveillance sans exem** 
pie et l'autorisa secrètement à désigner les candidats aux emplois 
administratifs et à faire avec ces personnes les conditions les 
plus avantageuses pour lui-même. De celte manière, Ibn-el- 
Khatib ramassa une fortune considérable. Envoyé par son sou- 
verain h la cour d'Abou-Einan, afin d'offrir des compliments 
de condoléance^ à ce prince qui venait de perdre son père, le- 



f La correction conjecturale indiquée dans Verrata de l'éditio>i> 
du texte arabe, est confirmée par El-Maccari. 



399r BISrOlRE DES BBBBfcRB&é 

sultan Aboa-'UHaceo , il remplit parfaitemeot sa missiao* 
En Tan 755 (1354), Abou-'l-Haddljadj mourut assassioé* IL 
était allé à la mosqué le |Our de la rupture du jeûne, pour assis- 
ter à la prière, et, au moment où il faisait ses prosternements , 
un homme de la basse classe se précipita sur lui et le tua d'un 
eoup de poignard. Les chrétiens qui formaient la garde du sul- 
tan abattirent ce misérable avec leurs sabres et le taillèrent 
en mille morceaux. L'on proclama aussitôt la souveraineté de 
Mohammed [V] , fils d'Abou-1-Haddjadj. 

L'affranchi Ridouan qui, h cotte époque, était tout-puissant, en 
sa double qualité de général en chef et de tuteur des jeunes 
princes delà famille royale, parvint à dominer Tesprit du sul^ 
tan et à gouverner Tempire. Il prit Ibn-el-Khattb pour lieute- 
nant etTadmit au partage réel du pouvoir ; mais, tout en lui 
laissant la dignité du vizirat, il lui enleva le secrétariat, place à 
laquelle il désigna une autre personne. Dès*lors, Tempire entra 
dans un état do prospérité et jpuit d'une bonne administration.. 

Quelque temps après, Ibn-eIrKhattb reçut l'ordre de se ren- 
dre auprès d'Abou-Einan et de solliciter Tappui de ce monarque 
contre le roi chrétien. Ce fut encore là une répétition des mêmes 
demandes que les rois de Grenade avaient l'habitude d'adresser 
aux. aïeux du princo mérinide. Quand il se présenta à l'audience 
royale, il prit le pas sur les vizirs et légistes dont se composait 
la députation et, s'adressant directement à Abou-Einan, il de- 
manda la permission de reciter une pièce de vers avant d'entrer 
en conférence. Le sultan y consentit et l'ambassadeur commença 
ainsi, en se tenant debout : 

Vicaire de Dieu ! puisse le Destin augmenter ta gloire, tant 
que ta lune brillera dans l'jobscuriîé. 

Puisse la main de la Providence éloigner de toi ces dangers 
que la force des hommes ne saurait repousser. 

Dans nos afflictions^ ton aspect est pour nous la lune qui 
dissipe les ténèbres^ et, aux époques de disette, ta main rem* 
place la pluie [et verse l^abondance] . 

Privé de ton secours, le peuple de VEspagnen^ aurait conservé 
ni kabitation ni territoire. 



STNASTli HtRINIDV. — f ABD-^BL-AZtz. 393 

Entjtnmot, ce pays n^a qu^un besoin : la protection de ta 
majesté. 

Ceux qui ont des obligations envers toi n'ont jamais été in- 
grats; ils n'ont pas nié tes bienfaits. 

Maintenant qu'ils craignent pour leur existence, ils m'ont 
envoyé vers toi et ils attendent. 

Le sultan trouva ces vers si beaux qu'il dit au poète : a Tu 
V oe t'en retourneras pas chez eux sans que tous leurs souhaits 
2> ne soient accomplis. Je le donne la permission de t'asseoir. i» 
Ensuite, il combla de dons les membres de cette ambassade -et, 
avant de les congédier, il accorda toutes leurs demandes. Un de 
mes anciens profe.sseurs, le cadi et cherif Abou-*l-Cacem, qui 
avait fait partie de cette députation, m'a dit, en parlant de cette 
audience : Ce fut la première fois que l'on vit un ambassadeur 
» atteindre le but de sa mission avant d'avoir salué le sultan au- 
t quel il fut envoyé. » 

Bidouan et Ibn-el-Rhatîb avaient gouverné l'Andalousie pen- 
dant cinq ans qnand le raïs [Âbou-Abd-Allah-] Mohammed, 
cousin paternel du sultan ei, comme lui, petit-fils du raïs Abou- 
Satd[-Feredj] conçut le projet de renverser lenr pouvoir et, pro- 
fitant de l'absence du souverain, qui venait de se rendre à sa 
. maison de campagne, il escalada les murs de la résidence impé- 
riale nommée i4/-£ramra {la rouge, l'Alhambra), surprit Ri- 
douan h la faveur delà nuit et lui ôta la vie. Aussitôt après, il 
plaça sur le trône Ismafl, fils du sultan Abou-'l-Uaddjadj; ayant 
préféré ce prince parce qu'il en avait épousé la sœur-germaine. 
Jusqu'alors, on avait tenu Ismail enfermé dansl'Alhamra; le raCs 
le fit sortir du lieu où on le retenait et, l'ayant proclamé sultan, 
il entreprit de gouverner Tempiie au* nom du nouveau sou- 
Terain. 

Le sultan Mohammed, qui se trouvait alors dans sa campagne, 
entendit le bruit des tambours et, soupçonnant quelque trahison, 
il monta à cheval, courut à Guadix et s'en assura la possession '. 



Voy. page 332 de ce volume. 



394 HISTOIRE DIS UUfeSCS. 

Bosttite Jl s'empressa de faire avertir le sullan [ménoide], 
Abon-Salem, de ce qui était arrivé. Ce prince venait de monter 
sur lo trftoe de ses aïeux quand il reçut cette nouvelle. Pendant 
le règne de son frère, Abou-Eiuan^ il avait demeuré en Espagne 
auprès de la famille royale de Grenade. 

Le raïSy devenu ainsi régent de l'empire, jeta le vizir Ibn-el- 
Kbattb dans le fond d'une prison et le tint étroitement gardé. 

Le khatib Ibn-Herzoue qui, pendant son séjour en Espagne, 
s'étaitattdché parles liens de lamitié à ibn-el-Kbattb, exerçait 
alors une grande influence sur Tesprit du sultan Abou-Salem. 
Voulant sauver son ami, il représenta k ce monarque qu'ea fai- 
sant venir de Guadix le snllan déchu, le gouvernement maghré- 
bin aurait le moyen de tenir en échec celui de l'Andalousie et 
d'ôter aux membres de la famille royale mérinide qui s'étaient 
réfugtéSi en ce pays, tout espoir d'envahir le Maghreb. Abou- 
Salem approuva ce conseil et, après avoir obtenu du gouverne* 
mont andalousienla promesse qu'aucun obstacle ne serait apporté 
au départ de Tex-soltani il fit choix d'un de ses familiers, le 
chérif Abou-'l-Cacem de Tiemcen, et lui donna l'ordre d'aller à 
Guadix et de' lui amener le prince qui s'y était réfugié. Cet en* 
voyé emporta aussi une lettre dans laquelle on sollicitait la mise 
en liberté d'Ibn-el-Khattb. L'ex-ministre obtint la permission 
de quitter la prison et, s'étant joint à la suite du chertf , &t toute 
avec lui jusqu'à Fez.. 

Abou-Salem apprit avec un plaisir extrême l'arrivée d'Ibn-ei- 
Âhmer [Mohammpd Y] ; il sortit avec un cortège magnifique afin de 
le recevoir plus dignement, et le fit monter sur un trAne que l'on 
avait dressé vis-à'vis du sien. Ibn-eUKhattb récita alors le poëme 
que nous avons déjà reproduit, poëme dans lequel il implorait 
le monarque africain de ^eu^ porter secours. Ce fut |vraiment là 
un jour de fête. Le sultan promit de soutenir son hôte et, en at- 
tendant le moment d'agir, il le combla d'honnenrs et l'installa 
dans un palais magnifique. En môme temps, il pourvut abondam- 
ment aux besoins de toutes les personnes qui formaient la suite 
du monarque espagnol. 

L'ex-vizir, Ibn-eURhatib, mena pendant queluue temps une 



DTMASTIB «SnmiDB. ABD-SL-AZiz, 305 

vie tràa-agréab)e» en jouissaQl de la pension et des coiicessio^s 
que le suhan mérinide lui avaii accordées; puis^ il deoaanda Tau- 
torisation de parcourir les provinces marocaines et de visiter les 
monuments que les anciens rois y avaient laissés. Il partit^ ^fn« 
portant avec lui des lettres par lesquelles on invita les administra- 
teurs des provinces à lui faire des cadeaux. Grâce àPempresse^ 
ment de ces fonctionnaires, il ramassa une fortune considérable. 
En revenant, il passa par Salé et, étant entré dans le cimetière 
des rois [mérinides], à Chala, il s^arrèta auprès du tombeau 
qui renfermait le corps d*Abou-*UHacen, et récita une élégie 
dans laquelle il déplora la mort de ce sultan et invoqua sa proieo^ 
tien, afin de pouvoir rentrer en possession de sa campagne près 
de Cordoue. Cette pièce commence ainsi : 

Bien que sa demeure soii éloignée e^ que son habitation soit 
à une grande distance de nous, le souvenir de ses hauts faits 
ramène son image devant nos yeux^ 

Partageons nos heures entre la jalousie- et la douleur; [en* 
vions] cette terre qui renferme ses cendres ; \regardons\ ce 
qui reste de lui [et versons des larmes]. 

Le sultan Ahou-Salem ayant eu connaissance de cette pièce, 
intercéda auprès du gouvernement andalousien en faveur de 
Tauteur et lui Gt rendre ses terres. Tant que le sultan déchu 
resta en Afrique, Ibn-el-Khattb se tint àTécart et ne quitta pas 
la ville de Salé. £n l'an 763 (4362), Mohammed-Ibn-el-Ahmer 
rentra en possession du trône et envoya chercher sa famille, 
qu'il avait laissée à Fez. Omar-lbn-Abd-Allah qui, à cette épo- 
que, était régent de l'empire mérinide, fit venir Ibn-el-Khaltb 
de Salé et le chargea de conduire en Espagnoles femmes et les 
enfants du souverain andalousien. Ce prince accueillit son an- 
cien ministre avec un vif plaisir et le rétablit dans la posi- 
tion qu'il avait occupée sous l'administration de Ridouan. * 

[Le prince mérinide,] 0thman-Ibtf«Yahya-1bn-0mar^ com- 
mandant des volontaires de la foi [au service des souverains de 
Grenade], se trouvait alors à la cour du roi chrétien, où il s^é- 
tait rendu avec son père , Tahya , afin d'échapper aux mauvais 
dessins que le raïs^ usurpateur du trône de Grenade, avait for- 



396 HISTOIBB DBS BBBBBRES. 

mes contre eux. De là Yahya s'était rendu en Afrique, mais soir 
fils avait continué à rester chez Tennemi. Quand le sultan Mo- 
hammed [V] se réfugia chez les chrétiens [en quittant le Maghreb,] 
il reprit Olhman^à son service ; puis, ayant perdu Pespoir de re- 
couvrer son royaume avec Taide du roi de Castille, il quitta la 
cour de ce prince et se dirigea, avec Othman, vers la frontière 
de r Andalousie. S*étant alors adressé à Omar-lbn-Abd- Allah, il 
le pria de lui céder une des places fortes que les Mérinides pos- 
sédaient encore en Espagne, voulant s'y installer, en attendant 
l'occasion de reconquérir le royaume de Grenade. Pour obtenir 
cette faveur il eut recours h mon appui; et, comme une ferme 
amitié, fondée sur des obligations mutuelles, régnait entre mot 
et Omar, je décidai ce ministre à lui remettre la forteresse de 
Ronda. J'avais indiqué cette ville, parce qu'elle avait toujours 
appartenu aux aïeux du sultan Mohammed, comme un héritage 
de famille. Ce prince s'y établit avec Othman,qui tenait alors 
la première place[dans 'son intimité. Ce fut de là qu'ils sortirent 
pour s'emparer de Malaga : aussi, peut-on dire que Ronda fut le 
marchepied au moyen duquel le sultan remonta sur le trône. 
Après la prise de Mataga, il se rendit maître de Grenade, capi- 
tale de l'empire. 

Dès-lors, Othman-Ibn-Yahya tint la première place à la cour 
et, jouissant au plus haut degré de la confiance de son maître, il 
le gouverna à sa fantaisie. Aussi, quand Ibn*eUKhattb eut ra- 
mené à Grenade la famille du sultan, et repris sa place dans l'ad- 
ministration de l'empire, avec le privilège de voir ses conseils 
toujours agréés par le souverain, il conçut une jalousie profonde 
contre Othman et s'indigna de la confiance que le sultan témoi- 
gnait à ce chef. Craignant la présence de tous ces princes méri- 
nides comme dangereuse pour l'état, il fit partager ses appré- 
hensionsà son maître*, qui prilaussitôtdes mesures deprécaution» 

Dans le mois de Ramadan 764 (juin-juillet 4363), Othman, 



' Dans l'ouvrage d'El-Maccari, on Ht o^^t »'j'.? «^ '*" A* ^'^^ 
le danger. 



DYNASTIB MËRINIDB. ARD-EL-Aziz. 397 

^soo père et ses frères furent mis^ en prison et, quelque temps 
après, on les expulsa du pays. 

S'étantainsi débarrassé de ses rivaux, Ibn-eUKhatib demeura 
seul maître de l'esprit du sullan et se fit confier le gouvernement 
de l'empire. Il eut môme l'adresse de semer la mésintelli- 
geuce entre le souverain et tous ceux qui Tentouraient, tant les 
amis du prince que ses compagnons de table^. Resté seul arbitre 
de l'administration, il s'attira tous les regards ; sa faveur devint 
l'objet de toutes les espérances ; les grands et les petits se pres- 
saient à sa porte, pendant que les familiers du j^rince dévoraient 
leur jalousie et leur dépit, ils eurent beau employer contre lui 
tous les genres de calomnie et d'intrigue, le sullan resta sourcl à 
leurs insinuations. Ibn-el-Khattb fut enfin averli des trames 
qu'on ourdissait contre lui, et, cédant à ses appréhensions, il se 
disposa à quitter la cour. 

Le sultan Abd-eUAzîz lui était redevable d'un grand service : 
de l'arrestation de son oncle, Âbd-er-Rahman-Ibn^Âbi-lfellop- 
cen, prince auquel on avait donné le commandement des volon- 
taires de la foi qui étaient aii service du gouvernement grenadin. 
Abd-er-Bahman avait parcouru le Maghreb dans l'espoir de 
s'emparer du trône ; de tous côtés il avait allumé le feu delà ré- 
volte, quand le vizir Omar-Ibn-Abd-Aliah, régent de l'empire, 
l'attaqua vigoureusement et le contraignit h passer en Espagne 
etd'yemmenersonvizirMasoud-Ibn-Maçaï. En Tan 767(1 365-6j. 
ils arrivèrent chez le sullan, le même qui avait été déposé, 
et trouvèrent une honorable réception è la cour de Grenade. 
Ali-lbn-Bedr-éd*Dln , commandant des volontaires de la foi, 
étant mort sur ces entrefaites , on fit choix d'Abd-er-Rah« 
man pour le remplacer. Le sultan Abd-el-Aztz s'étant enfin rendu 
maîtie de son propre royaume en ôlant la vie au vizir Omar- 



' Dans lejexte d'El-Macccari, on lit ix^ à la place de aJUj. En 
adoptant cette leçon, qui est probablement la bonne, il faut tra- 
duire ainsi : il plaça fcs fils au nombre desjamis 'eC des intimes du 
prince. 



398 KISTOIRB D£jt BBftltllSlES. 

lbii«Abd-Altah, futlrès^incpiiei de oetle nomination ois'allcmlit 
à voir son autorité ébranlée par les trames dn saltan de Grenade. 
Ayant alors eu connaissance de certaines proclamations qu' Abd- 
er^Rahman avait (ait répandre parmi les Mérinides, il céda èses 
appréhensions et envoya au ministre espagnol un agent secret 
chargé d*6btenir Temprisonnement du prince etdu vizir. Ibn« 
eWKhatib auquel on promit en retour de ce service «ne pe- 
sition très-éievée h la cour de Pes, se fit donner par l'envoyé on 
écrit h cet effet, et alors il décida son souverain k mettre les ré« 
fugiés en prison. La pièce dont nous parlons fui rédigée par 
Abou-Yahya-Ibn-Abi*Medyen, secrétaire [ du sultan méri« 
nide]. 

Pendant le cocrs de tous ces événements, Ibn-eURhattb foi en 
proie aux pluft graves inquiétudes; effrayé par les renseigne*^ 
ments qui lut étaient parvenus au sujet des calomnies et des in« 
irigues des courtisans, il crut s'apercevoir que le sultan com- 
mençait à y ajouter foi, qu'on Tavait même indisposé contre lui; 
aussi, pril-il la résolution de quitter l'Andalousie et de passer 
en Afrique. S'élant fait donner la commission d'inspecter les 
forteresses qui couvraient la frontière occidentale de l'empire, 
il partit h la tôle d'un détachement de cavalerie qu'il avait à son 
service^ et se rendit à sadestination^ avec son fils Ali, lequel était 
tout-a*fait dévoué an sultan. Arrivé auprès de Gibraltar, port 
de passage entre l'Espagne et l'Afrique, il envoya son passeport 
an gouverneur de la place. Ces ofBcier, qui avait déjà reçu des 
instrudiona du sultan Abd-el-Aziz, sortit au-devant de l'illus- 
tre visiteur et le fit partir pour Geuta dans un navire que l'on 
apprêta sur le champ. Arrivé dans cette forteresse africaine, 
lbn-el*Khatîb reçut de tous les fonctionnaires les honneurs 
d'usage et se vit comblé d'égards. Ayant alors pris la route de 
TIemcen, il y trouva le sultan mérinide. Ceci eut lieu en l'an 
773 (1371 -2). Toute la cour se mit en mouvement a la nouvelle 
de son approche ; le sultan fit monter à cheval ses principaux 



■ La bonne leçon est t^xAxi, 



DTKASTIE MÊRINIBE. — ABb-BL-Azlz. 399 

officiers et les envoya au-devant do lui ; il l'accueillit ensuite 
avec une. bienveillance parfaite ; il pourvut à sa sûreté et il son 
bien-être; le traitant avec les mêmes faveurs et les mêmes hon- 
neurs que l'on accorde aux membres de la famille royale. A peine 
les premières salutations passées, le sultan fit partir pour t^E»^ 
pagne son secrétaire, Abou-Yahya -Ibn-Abi*Medyen, afin d'obte^ 
nir du sultan andalousien la permission d'emmener en Afrique les 
femmes et les enfants d'Ibn-el-Khattb. Cet envoyé revint avec 
toute la famille, que l'on avait rassuré complètement et comblée 
d'honneurs. 

Dès-lors, les courtisans du sultan de Grenade ne purent plus 
contenir leur jalousie, et ils s'empressèrent de le mettre sur les 
traces des moindres peccadilles dont le fugitif s'était rendu cou- 
pable. Le monarque laissa enfin percer les sentiments qu'il avait 
cachés depuis longtemps , et se mit à récapituler Mes traits de 
présomption et les défauts qu'il avait remarqués dans son vizir. 
Quelques ennemis d'lbn-el-Khat!b saisirent cette occasion pour 
lui attribuer certains discours qui sentaient le matérialisme, et 
Abou-'l-Hacen-lbn-Abi-'l-Hacen, cadi de Grenade, auquel on 
soumit ces écrits, les trouva si pernicieux que, par un acte for- 
mel, il eo déclara l'auteur un infidèle. Ce fut alors que le sultan 
se tourna tout-à-fait contre son ancien ministre ; il chargea le 
même cadi de se rendre auprès du sultan Abd-el- Azîz et d'exiger 
le châtiment du réfugié, coiiformémantà cette déclaration juri* 
dique et aux prescriptions de la loi divine. Le sultan du Maghreb 
était trop généreux pour trahir les droits de l'hospitalité 
et, en réponse au cadi, il se borna à dire : a Puisque vous con- 
» naissiez ses crimes, pourquoi ne l'avez-vous pas puni pendant 
» qu'il était chez vous ? Quant h moi, je d<^clare que, tant qu'il 
» sera sous ma protection, personne ne devra le tracasser è pro- 
» pos de cet affaire. » Il combla ensuite de { ensions et de con* 
cessions non-seulement lbn-el-Khat!b et ses enfants, mais aussi 
tous les Andalousiens qui l'avaient accompagné en Afrique. 



* Il faut probablement lire ^Uâj^l^ 



400 ^ HISTOIRE DBS BKBRÈftBS. 

En Tan 774 [4372), lors de la mort d'Abd-el-Azti;, les Méri- 
nides quittèrent Tlemcen poar rentrer en Maghreb, et Ibn^l- 
Khattb s'y rendit aussi, dans la suite du vizir, Abou-Bekr-lbn- 
Ghazi, devenu maintenant régent de l'empire. Arrivé à Fez, il 
acheta plusieurs terres, bâtit des maisons superbes et planta de 
beaux jardins. Les pensions qu'il tenait du feu sultan lui atti- 
rèrent enfin la haine du régeut, ainsi que nous le raconterons 
plus tard. 



MORT OC SULTAK AÉD-BL-Aztz BT AVÊNBMBNT DE SON FILS ES- 

SaId. JBB-GHAZI S'bHPARE DE TOUTE L'aUTORITB. LES 

aiÊRlNIDBS RENTBElfT BN MAGHREB. 



Dans sa première jeunesse, Abd-el-Aztz avait tellement 
souffert d'atrophie, accompagnée d'une fièvre intermittente, que 
le sultan Abou-Satem s'abstint de l'en\oyerà Ronda avec les 
autres princes delà famille royale. Parvenu à l'âge de puberté, 
il recouvra la santé ; mais, pendant son séjour h Tlemcen, il eut 
une rechute et devint excessivement maigre. Après avoir conso- 
lidé sa puissance par l'heureux succès de cette campagne, il 
éprouva plusieurs accès de son ancienne maladie ; mais, pour ne 
pas alarmer ses troupes, il supporta ses douleurs avec patience 
et les cacha à la connaissance du public. Pendant ce temps, son 
armée était campée en dehors de la ville et s'apprêtait à partir 
pour le Maghreb. Eudn, la veille du 2'i de Rehtâ second, 774 
(23 oct. 4372), il fil ses derniers adieux à sa famille et cessa de 
vivre. Le vizir [Ibn-Ghazi] ayant été prévenu de ce grave évé- 
nement par les eunuques du palais, prit sur son épaule Moham- 
med-es-Saîd, fils du sultan décédé et, après avoir annoncé au^ 
troupes la perte douloureuse qu'elles venaient de faire, il leur 
présenta cet enfant comme leur souverain. Tout le monde fondit 
en larmes et se pressa autour du jeune prince afin de lui baiser 
la main et de lui donner l'assurance d'un dévouement parfait. 
On le conduisit ensuite au camp. Le vizir fit alors placerle corps 
d'Abd-cl-Azîz sur une bière et le transporta à la tente impé- 



DTKASTIB HÉRINIOB. — BS-SAÎD II. 401 

riala. Peudani toute la nuit l*armée resta sous sous les ar- 
mes et, au leudemain, elle reçut l'ordre de partir. Les Méri- 
nides sortirent [de la ville] par baudes et , s^étant rassem- 
Mes dans le camp, ils prirent, au surlendemain, la route du Ma-, 
ghreb. Après s*étre arrêtée à Tèza , Tarmée continua sa marche 
jusqu'à Fez. 

Quand le nouveau sultan fut arrivé dans la capitale, il tint une 
séance publique au palais afin de recevoir du peuple le serment 
de fidélité et d'accueillir les dépulations des grandes villes qui 
venaient, selon l'usage, lui présenter les hommages de leurs 
concitoyens. Comme il était trop jeune pour s'occuper d'affaires, 
le vizir Abou-Bekr-Ibn-Ghazi le relégua dans le palais et prit 
en main l'administration de l'empire. Il envoya de nouveaux 
commandants dans les provinces, présida aux séances du grand 
conseil* et s'occupa a gouverner le Maghreb do sa propre autorité. 



ABOD-UAMaiOlJ HEPBEND POSSESSION DB TLEMCEN ET DU 

HAGHREB CENTRAL. 



Ouand les Mérinides se furent arrêtés à Tèza, après avoir 
quitté Tiemcen, leurs cheikhs tinrent conseil et désignèrent 
comme gouverneur de la capitalequ'ils venaient de quitter l'émir 
Ibrahtm, fils du sultan abd-eUouadite, Abou-Tachefîn. Ce prince 
avait été élevé à la cour de Fez depuis la mort de son père, et, 
comme il s'était dévoué aux Mérinides, il obtint Cacilement sa 
nomination h ce' haut commandement. Rahhou-Ibn-Mansour, 
émir des Obeid-Allah , tribu makilienne. partit avec lui pour 
l'emmener à sa destination et s'y fit escorter par toutes les trou-^ 
pes maghraoniennes qui se trouvaient alors en Maghreb. Ces 
guerriers avaient reçu l'autorisation de rentrer dans le territoire 
du Chelif, autrefois siège de leur empire, et ils se mirent en 



1 Dans le texte arabe, il faut probablement lire J^aaâJI. 
T. IV. 26 



402 HISTOIRE DES BBRBfiRSS. 

marchesous la conduite d*Ali etde Rahmouo, tous les deux fils de 
HarouD-Ibn-MendlI-lbn-Abd-er-Rahman, aux ordres desquels les 
Mérinides les avaient placés. 

Sur ces entrefaites, un ancien client d'Abou-Hammou, nom- 
mé Àtïa-Ibn-Mouça, qui était entré au service d'Abd-el-Aztz et 
en était même devenu Tami intime, sortit du palais en appre- 
nant la mort du souverain mérinide, et alla se cacher dans la 
ville [de Tlemcen]. Aussitôt que Tarméc mérinide eut levé son 
camp et quitté les environs de Tlemcen, Atïa se montra au peu- 
ple et les invita à rétablir la souveraineté d^Abou-Hammou . 
Ayant rallié autour do lui tous les partisans que ce sultan avait 
conservés parmi les habitants de la ville, il rassembla encore 
une foule de gens du peuplé et força les hommes de la haute 
classe à prêter le serment de fi<lélit^ envers leur ancien maître. 
Aussi, quand Ibrahim, filsd'Abou-Tachefin, s-y présenta avec 
Rahhou-Ibn-Mansour et les Obcid-Allah.il trouva une (elle résis- 
tance qu'il dut s'en éloigner et rentrer en Maghreb. 

Abou-Hammou se tenait encore dans son lieu de retraite, à Tt- 
gourarîn, quand il apprit la nouvelle de ces événements par un 
courrier que ses partisans, les Aulad-Yaghmor, branche des 
Obeid-Allah,lui avaient expédié. Son Gis, Aboq-Tachefîn, qui se 
tenait alors au milieu des nomades de la iribu des Beni-Amer, 
en fut également averti et courut en toute hâte à Tlemcen. Il y 
fît son entrée à Ih tête de la bande des Abd-el-ou«tdites qui lui 
était restée fidèle, et rassembla bientôt les autres fractions de 
cette tribu que s^étaient enfuies dans les contrées voisines. Le 
sultan Abou-Hammou y arriva bientôt apfvS, et, dans le mois 
deDjomada774 (nov.-déc. 1372) il rentra dans sa capitale, 
qu^il avait perdu Tespoir de recouvrer. Après avoir donné ses 
premiers soins au rétablissement de son autorité, il fit arrêter et 
exécuter plusieurs courtisans qi l'avaient desservi pendant son 
absence et dont il avait appris la trahison. Lorsqu'il eut relevé 
l'empire abd-el-ouadile, il marcha contre les Maghraoua, alliés 
des Mérinides, et, à la suite des alternatives d'une longue guerre, 
il soumit leur territoire, le pays du Chelif . Rahmoun, fils de Ha- 
roun, perdit la vie dans une de ces batailles. Ce fut ainsi que 



DTNASTIB MËRINIDE. — BS-SaId II. 403 

i 

t^atttoritédes Hérinides fut anéantie dans les campagnes et dans 
les villes du Maghreb central. 

Le vizir Abou-Bekr-Ibn-Ghazi forma alors le projet d*ane 
expédition cont^e Âbou-Hammoo, mais il en fut détourné par 
l'embarras que lui créa la révolte deVémir Abd-er-Rahman dans 
le pays des Botouïa . 



ABD-BR-RAHMAN, FILS d'aBOU-IFBLLOUCBN , DÉBARQUB EN MAGBRBB 
BT RALLIE A SA CAUSE LA TRIBO DBS BOTOCÎA. 



Dans le mois de Djomada 763 (mars-avrii 1362), Mohammed 
[Y] Ibn-el-Ahmer, Tex-sultan de l'Andalousie, quitta Ronda 
poar reprendre possession du royaume de Grenade. Lq' laïs 
usurpateur s'enfuit chez le roi chrétien, [Pierre^e-Crael] , et fui 
mis à mort par ce prince, qui voulut donner, de cette manière, 
un témoignage de sa haute considération pour [Mohammed V], 
qui s'était déjà mis sous sa protection après avoir perdu son 
royaume. 

Quand [Mohammed Y] fut rétabli sur le trône, Ibn-el-Khattb, 
qui avait rempli auprès de lui et de son père, les fonctions de se- 
crétaire d'état, reparut h la cour et y trouva l'accueil le plus 
bienveillant. Admis dans Tintimité du souverain, il fui aussitôt 
nommé au vizirat, et, se voyant en possession de toute la con-* 
fiance de son mattre, il le dirigea à son gré et gouverna l'em- 
pire. 

Malgré sa haute fortune, il tournait toujours ses regards vers 
le Maghreb , dans la prévision de quelque désastre qui pourrait 
détruire sa puissance et le mettre dans la nécessité d'aller s'éta- 
blir dans ce pays. Aussi, ne cessait-il jamais d'entretenir les 
bonnes grâces des souverains mérinides et de montrer un grand 
empressement à leur rendre des services. L'on sait que les fils 
du sultan Abou-'l-Hacen nourrissaient une jalousie extrême 
contre leurs cousins, les fils du sultan Abou^Ali, tant ils crai- 
gnaient de les voir arriver au pouvoir. Or , Ibn-el-Rhàtib avait 



4Q4 OlSTOiU DES BBMfeBCS. 

mooiré heaucoup de bienveillaooe k Téinir Abd-^fir^-RahmoD 
[fils d'Âbou-Ifelloucen et petit fils d'Abou-Âli], qui était passé 
en Espagne ; il Pavait pris pour ami, et, voulant lui faire une po* 
sition, il a ^ait décidé le sultan è le nommer commandant des Yo« 
lontaires de la foi, corps zenalien dont le dernier chef apparte^ 
naitàla famille d'Abou-1-Hacen. Dans cet emploi, Abd«er-ftab- 
man donna de nombreuses preuves d'une haute capacité. Abd-el- 
Aztz, s'ctant rendu maître du pouvoir, fut convaincu qu'Ibn-el- 
Khattb ferait tout pour mériter sa bienveillance, et lui fit deman- 
der secrèteioent Temprisonnemont d'Abd-er-Rahman et du 
vizir Masoud-Ibn-Maçaï. Le ministre espagnol s'y prit avec tant 
d'adresse qu'il détermina son sultan h donner lui-même Pordre de 
leur arrestation. Ce ne fut qu'après la mort d'Abd-^el-Azii qu'on 
leur rendit la liberté. 

Ibn-el-Kbatfby ayant enfin reconnu que rinQoence dont il 
jouissait auprès du sultan commençait h baisser, quitta la cour 
en Tan m (4370-1) et chercha un asile dans le Maghreb, paya 
dont le avUan, Abd-eUAztz, lui devait de grandes obligationa* 
Ce monarque accueillit le réfugié avec bonté et le reçut cooune 
un ami, ou plutôt comme un parent. Il obtint même d'IbnHil-Ah« 
mer [Mohammed Y] que la famille de son protégé lui fût envoyée. 

8'étant ainsi établi auprès du sultan mérinide, Ibn-eM^hattb 
voulut rendre à son ancien maHre haine pour haine, et, dans cette 
pensée, il encouragea Abd^el-Aztz h tenter la conquête de Vkn^ 
dalousie. Il obtint enfin la promesse que cette entreprise aurait 
lieu aussitôt que la cour et l'armée quitteraient Tiemcen pourren- 
trer en Maghreb. Ibn-el^Ahmer eut connaissance du danger qui 
le menaçait , et , pour le conjurer , il envoya au sultan mérinide 
un cadeau d'un valeur inouia. On y voyait un ohoiz de plus riches 
étoffes et de plus beaux meubles que les fabriques espagnoles 
étaient capables de produire; on y remarquait aussi plusieurs mu* 
leta de l'espèce vigoureuse que l'on élève dans ce pays et une 
bande de jeunes esclaves chrétiens des deux sexes. L'ambassa-* 
deuriohargé de présenter cette offrande au sultan lui demanda, 
en même temps, l'extradition d'ibn-el-Kbattb ; mais sa récla* 
mation fut repousséo avec hauteur. 



OTNaSTIB MfitlMIDB. ES-^SaId II. 405 

Après la mort d'Abd-el-^Âzic, sod vizir, Ibn-Ghazi, qui était 
devenu lout puissant et auquel lbn*el-Rhaltb s^était attaché, 
opposa ûD refus formel h une seconde demande de la même na^ 
ture et répondit de la manière la plus insultante aux instances 
de l'ambassadeur. Quand cet agent fut de retour, Ibn-el- 
Abmer s'attendit h être attaqué par les Hérinides, et, dans cette 
prévision» il mit en liberté l'émir Âbd-6r-Bahman-Ibn<^Abi4fel* 
loucet), l'embarqua pour le Maghreb et alla lui-même mettre 
le siège devant Gibraltar. 

Dans .le mois de Dou-l--Câda 774 (avril-mai 4373) , Abd-er^ 
Rahman débarqua sur la côte du pays des Botoula ot^ accompa- 
gné de soti vizir, Masoud«Ibn*Maçâï, il se présenta aut tribcts, 
de cette localité, s'en fit reconnaître pour sultan et reçut d'elles 
l'engagement de combattre potlr lui jusqu'à la mort. A la récep-^ 
tion de celte nouvelle, le vizir Ibn-Ghazi ordonnée Son cousin, 
Mohammed-ibn-Othman, d'aller prondre le commandement de 
Ceuta, forteresse contre laquelle il craignait qu'lbn*eUAhraer ne 
dirigeât ses attaques. Lui-même , il quitta Fez à la iête d'une 
argaée et porta avec lui des machines de guerre, afin d'assiéger 
la ville des Botouïa où Abd-er-Rahman s'était' fortifié. Après 
avoir attaqué cette place pendant plusieurs jours, il se retira sur 
Tèza d'où il repartit pour Fez. Abd*er-Bahman prit alors pos-* 
session de Tèza. Arrivé à Fez, le vzir réunit le conseil d'état 
et lui soumit le projet d'une expédition contre Tèza, afin d'eo 
chasser l'ennemi. Ce fut alors qu'on vint lui annobcer qu'Abôu- 
'l-Abbas , fils du sultan Abou-Salem ^ s'était fait proclan(ler 
sultan. 



ABOU-'L-ABBÂS-AniKED , FILS d'aBOU-SALKHI, EST PBOCLAnÉ SULTAN 

ET S'BUPARE du trône. 



Mohammed*- fbn'Othman alla s'établir dans Geuta avec la 
mission de mettre cette forteresse à l'abri des surprises et de 
repousser les tentativesqu'lbn-el-Abmcr pourrait diriger contre 



406 HISTOIRE DBS BBRBBRXS. 

elle. Depuis quelque temps, ce monarque tenait Gibraltar étroîie- 
ment bloqué, et il l'avait réduit jusqu'à la dernière eitrémité 
quand, à la suite d'une correspondance épistolaire dans laquelle 
il faisait des reproches à Ibn-Othman, qui s'excusait de son mieux, 
il obtint de cet officier l'aveu qu*ibn*6haxi s'était conduit de la 
manière la plus inconvenante dans .ses rapports avec la cour de 
Grenade. Profilant alors de ses avantages, il lui fit proposer de 
reconnattre pour souverain un fils du feu sultan Abou-Salem^ 
qui se trouvait alors détenue Tanger avec plusieurs autres pria* 
ces du sang royal : a Établissez-le comme sultan, lui disait-il, 
» dans cette communication, donnez ainsi aux musulmans un 
B chef qui ait le pouvoir de les gouverner, un chef qui soit 
A capable de parcourir leur pays * à la tête d'une armée afin de 
» le protéger. Il ne faut pas les laisser sans guide et sans gar- 
» dieu, ni les tenir soumis 'à un enfant dont la souveraineté ne 
» saurait être valide devant la loi, à cause de son extrême jeu- 
» nesse. Prenez le fils d'Abou-Salem pour votre sultan et réta- 
» blissez4e dans les droits qu'il tient de son père. Je vous sou- 
» tiendrai dans cette entreprise, h la condition,, qu'une fois l'af- 
» faire engagée, la garnison mérinide évacuera Gibraltar et me 
B laissera occuper cette forteresse. Vous m'enverrez les autres 
1^ princes du sang qu'on retient prisonniers h Tanger ; je les 
jt garderai chez moi. Vous m'enverrez aussi Ibn-el-Khattb, 
B quand vous serez mattre de sa personne. » 

Ahmed-er-Boaïni, l'agent chargé de cette négociation, réussit 
à obtenir le consentement de Hohammed-lbn-Othman aux de- 
mandes d'Ibn-el-Ahmer. Il était receveur des contributions à 
Ceula ; sa mère avait épousé Abou-'I-Hacen la nuit même où ce 
monarque revint en Afrique après avoir perdu ses femmes au 
siège de Tarifa ; mais elle fut renvoyée k sa famille aussitôt que 



> En marge d'un des manuscrits on trouve la leçon a (| X j b.Ls>» 
qui doit être préférée à celle du texte. 



s La leçon ua^^^ se trouve dans un de nos manuscrits. 



DYNASTIE MÉRiNlDB. — BS-SAÎD H. 407 

les autres femmes du sultan lui furent arrivées de Fez. Élevé 
dans l^idée que cette alliance Tavalt rendu pupille du sultan, Er- 
Roaïni porta la vanité jusqu'au point de croire qu'il faisait par- 
tie des princes du sang, nés d'Abou-^-Hacen, et, se voyant alors* 
employé comme intermédiaire entre Ibn-Othman et le souverain 
deGrenade, il espéra obtenir un haut commandement dans le 
Maghreb. 

 la suite de cette négociation, Mohammed-'Ibn-Othman monta 
achevai, se rendit à Tanger et, étant allé à la prison où Ton rete- 
nait les princes du sang, il en fit sortir Âbou-'ï-Âbbas* Ahmed, 
fils du sultan Abou-Salem, le proclama sultan et décida le peuple 
è jurer fidélité au nouveau souverain, il envoya ensuite aux ha-*: 
bitants de Geuta l'ordre d'expédier au même prince un acte 
d'hommage et d^obéissaoce. La garnison de Gibraltar à laquelle 
il adressa une invitation semblable, donna aussi son adhésion à 
la cause d'Abou-'I-Abbas. Alors, le même officier fit prévenir les 
habitants de cette forteresse que son souverain avait consenti à 
les laisser rentrer sous l'autorité d'Ibn-el-Ahmer. Ce prince, qui 
s'était retiré à Malaga aprèsavoir levéle blocus de Gibraltar, vint 
alors et prit possession de la place. De celte façon, les Mérinides 
perdirent la seule partie do l'Bspagne qui leur était restée. Ibn-el- 
Ahmer fit alors un beau présent au sultan Abou-'l-Abbaset lui 
envoya de plus une somme d'argent pour subvenir aux frais de 
la guerre. H lut fournit aussi un détachement des volontaires de 
la foi. 

Nous devons faire observer que Mohammed -Ibn-Othman, 
avant de quitter Fez et de prendre congé de son cousin, le vizir, 
lui avait conseillé de laisser au peuple mérinide le choix d'un 
imam ( souverain ) autour duquel toute la nation pouvait se 
rallier. Us avaient même délibéré sur ce sujet ; mais ils s'étaient 
séparés sans pouvoir en venir à une décision. Après avoir livré 
Gibraltar, Ibn-Otbman essaya de justifier sa conduite en pré- 
tendant, dans une dépêche, adressée au vizir, qu'il s'était con-; 
formé à la décision prise alors et qu'il avait agi d'après les 
instructions de ce ministre. Nous devons avouer que le résvUat 
de leurs délibérations à cette époque est resté toujours ui^mis- 
tère. Quoi qu'il en soit, le vizir tâcha de se disculper aux yeux du 



408 HISTOIRE DBS BIBBfiRM. 

public en (iëmeotanl la déclBration d'Ibo-Olbinan ; il (enta même 
d'obtenir de celui-ci l'abandon de l'entreprise dans laquelle it 
s'était engagé et la réintégraiion d'Abou-'l-Âbbas dans la prison 
où Ton retenait les autres prince du sang, Ibn-Othman repoussa 
cette proposition en déclarant que la nomination du nouveau 
souverain avait obtenu l'approbation de fout le monde ot que 
citait une affaire déjà arrangée et terminée. 

Pendant que le vizir lbn*6hazi cherchait h sortir de son em- 
barras, il apprit qu'on venait d'envoyer eu Espagne tous les 
princes que l'on détenait à Tanger et qu'ils se trouvaient déjà au 
pouvoir dibn-el-Ahm'er. Cédant au chagrin qui l'accablait, it 
rompit tout«à-fait avec Ibn-Otbman, rejeta le sultan que celui-ci 
avait fait nommer et marcha sur Tèza. Son intention était d'en 
finir* d'abordavecTémir Abd-er-Rahman et de tourner ensuite 
sesarmes contre les insurgés de Ceuta. Ayant mis le siège* devant 
Tèza, il y tenait Abd*er-Babman étroitement bloqué, quand Mo* 
bammed«-Ibn-Othman profita de son éloignemont pour tenter t* 
conquête du Maghreb. Il avait déjà obtenu d'Ibn^el- Ahmer l'a|v- 
pui d'une armée andalousienne, marchant sous le drapeau de ce 
sultan et commandée par Youçof-Ibn-Soltïiman-Ibn-Othman'^' 
lbn-Abi-1-Olâ, officier supérieur du corps des volontaires de h 
foi. Il avait reçu de plus un détachement d'archers andalousiens, 
fort d'environ sept cents hommes. Ibn-el-Ahmer envoya en 
mémo temps un messager à Pémir Abd-er-Rahman pour le déci- 
der à former une alliance avec le sultan Abou ^'1-Abbas et à 
prendre part avec lui au siège de Fez. Par suite de cet arrange-^ 
ment, Abou-'l-Abbas devait monter sur le trône do ses aïeux 
pendant qu'Abd-er-Rahnian irait prendra possession de la pro- 
vince [do Sidjilmessa] où son grand-père avait régné. 

Mohammed-Ibn-Othman partit alors pour Fez avec son Isultan 
dans l'espoir de pouvoir y pénétrer avant le retour du vizir. 



^ Il faut rejeter la leçon proposée dans la note d;i texte arabe. 
^ Dans le teste arabe il faut sans doute Vte J>^ 



DYNASTIE VEltlNlDB. BS-SAÎD 11. 409 

Son armée était déjà parvenue à Casr-Âbd-el-Kertm quand ibn- 
Ghazi eut connaissance du projet, leva le siège de Tèza et revint 
oamper à Rodia-t-el-Araïs^ auprès de la capitale. Averti ensuite 
que le sultan Abou-^l-Abbas était arrivé à Zerhoun, il marcha 
contre lui et tâcha de le chasser du haut de la colline où il s'était 
posté.Gettetentativen'eut point de succès; les troupes du vizir 
reculèrent en désordre ; son arrière-garde fut mise en déroute et 
son camp tomba au pouvoir de Tennemi. Obligé do prendre 
la fuite, il alla se jeter dans la Yille-Neuve et appela à son se -^ 
cours les Aulad-Hocein. D'après ses instructions, celte tribu 
arabe devait camper à Ez-Zltoun, près de Fez , et attendre jus- 
qu'à ce quMl pût sortir de la ville, avec ses troupes, et aller 
les joindre; mais l'émir Abd-er-Eahman, ayant quitté Tèza, à la 
tête de ses Arabes, les Ahiaf, rejeta les Hocein dans le Désert et 
vint se poster en vue de l'armée arabe-zenatienne qui soutenait le 
sultan Abou«'l-Abbas. Les partisans des deux princes Grent alors 
venir l'ami et conseiller de leur famille, Ouenzemmar-Ibn-Arif, 
qui habitait toujours le Casr-Morada, château qu'il s'était faitbâlir 
sur le Molouïa. Quand ils l'eurent mis au courant de leurs arran^- 
gements secrets, il leur recommanda de rester unis et d'agir aveo 
ensemble; puis, dans une autre réunion, tenue à Ouadi-'n-NedJ9, 
il leur fit jurer de combiner leurs efforts contre l'ennemi com- 
mun et d'assiéger la Yille-Neuve , place dout la chute devait 
nécessairement les rendre maîtres de la personne du vizir. 

Dans le mois de Dou-'UCâda 775 (avril mai \ 374), ils allèrent 
prendre position sur le Kodia-t-el-Araïs, et le vizir sortit pour 
leur livrer bataille. Le combat s'engagea vivement et dura pen- 
dant quelque temps ; mais enfin l'armée combinée, soutenue par 
sa réserve, marcha^en avant, culbuta Tennemi et força le vizir 
à rentrer dans la ville: ce fut même à grand'peine qu'il réussit 
à s'échapper. Le sultan Abou-'l-Abbas établit alors son camp sur 
le Kodia ; l'émir Abd-er-Hahman prit position visa vis de lui, et 
ils travaillèrent ensemble h entourer la Ville-Neuve d'une circon- 
vallation . Par des alertes souvent renouvelées , par des assauts et 
d'autres démonstrations hostiles, ils tinrent les assiégés dans des 
alarmes continuelles. Ayant alors reou d'Ibn-el-Ahmer un 



« 



410 BiSTOIRB DBS BmfeRBS. 

renfort de troupes andalousiennes, ils serrèrent la place de très* 
près et firent dévaster les fermes qu'lbn-el-Khatib possédait aux 
environs de Fez. 

Au commencement de l'an 776 (juin 4374), Mohammed-ibn* 
Otfaman fit inviter secrètement son cousin, le vizir Âbou-Bekr-ibo- 
Ghazi, h rendre la ville et à reconnaître le nouveau sultan; il lui fit 
aussi observer qu'il ne pourrait soutenir le siège plus longtemps, 
qu'il devait avoir perdu l'espoir d^étre secouru et que l'argent 
lui manquait. Ces observations décidèrent le vicir à se rendre. 

L'émir Âbd-er-Rahman demanda alors aux Mérinides la re- 
mise des provinces marocaines en échange de Sidjilmessa. Ils y 
consentirent à contre-cœur, ne pouvant faire autrement; mais ils 
conservèrent Fespoir d'annuler cet arrangement par quelque 
tour d'adresse. 

Le vizir Ibn-Ghazi sortit de la ville, se présenta devant Abou- 
i-Abbas, et, l'ayant reconnu pour son souverain, il demanda le 
pardon qu'on lui avait promis et la permission de quitter le vizi- 
rat. Le sultan agréa celte prière et, le septième jour du mois 
de Moharrem (20 juin 1 374), il fit son entrée dans la Ville- 
Neuve. Ce même jour, l'émir Abd-er-Bahman partit avec Ali- 
Ibn-Omar-Ibn Outghian, cheikh mérinide, et le vizir Ibn-Maçaî, 
afin de prendre possession de Maroc. Quelque temps après, ce 
même vizir s'enfuit à Fez, selon l'engagement qu'il avait pris avec 
le sultan Abou-'l-Abbas et , s'élanl fait transporter en Espagne, 
il fixa son séjour dans les états d'Ibn-el-Ahmer. 

Devenu matlre du Maghreb, le sultan Abou-'l-Abbas prit pour 
vizir Hohammed-lbn-Othmdn-lbn-el-Kas et lui laissa tous les 
soins de l'administration. Ce ministre acquit bientôt une grande 
influence sur l'esprit de son matlre. La présidence du conseil fut 
donnée à Soleiman-lbn-Dawoud qui, après avoir été mis en 
liberté par l'ordre d'Ibn-Ghazi et en être devenu le confident et 
l'homme d'exécution, avait passé aux assiégeants dans le moment 
où ses services auraient été très- utiles à son patron. Il s'attacha 
au sultan Abou-'l-Abbas qui, ayant alors pris des mains de Mo- 
hammed-lbn-Olhman les rênes du pouvoir, lui accorda la prési- 
dence du conseil et du corps des cheikhs mérinides. 



DTRASTIB MlfiRiniDB. — ABOU-*L-ABBA8. 44 I 

La meilleure inlelligence s^établit alors entre le gouvernemenl 
mérinide et celui de l'Andalousie ; Ibn-el-Ahmer, ayant mainte- 
nant sous la maiatous les princes du sang mérinide, devint l'ar- 
bitre suprême des affaires du Maghreb. 

Quand l'émir Abd-er-Rahman fut arrivé à Maroc , les Méri* 
nides cherchèrent à éluder les conditions du traité qu'on avait 
fait avec lui, relativement à cette ville et aux provinces qui en 
dépendent; ils soutenaient que ce prince était lié par le traité 
fait antérieurement et qu'il pouvait s'en aller et prendre 
possession du royaume de son aïeul. Ils ajoutèrent que leur con« 
sentement ë laisser échanger ce royaume contre les états maro- 
cains leur avait été arraché par la force des circonstances. Ils 
voulurent même entreprendre une campagne contre lui ; mais ils 
y renoncèrent et, en l'an 776 (4374-5), ils signèrent avec ce 
prince un traité de paix par lequel la ville d'Azemmor devait 
marquer le point de séparation entre le royaume de^Fez et celui 
de Maroc. Baâsoun-Ibn-Ali-es-Sobeihi reçut alors le comman- 
dement de cette place frontière et le conserva jusqu'à sa mort. 



MORT D'lBlf-BL-KBATfB. 



Vers le commencement de l'an 776 (juin 4 374), le sultan Abou- 
'1-Abbas devint maître de la Ville-Neuve, siège de l'empire, et 
se laissa gouverner par son vizir, Mohammed-Ibn-Othman, le- 
quel avait pour lieutenant Soleiman-Ibn-Dawoud , cheikh des 
Beni-Asker, arabes nomades. Proclamé sultan à Tanger, il avait 
pris envers Ibn-el-Ahmer l'engagement de .lui livrer Ibn-el-Kha- 
tlb^ ministre transfuge qui avait poussé Abd-el-Azîz à tenter la 
conquête de l'Andalousie. 

Après avoir quitté Tanger, le sultan] Abou-'l-Abbas eut une 
rencontre avec les troupes d'Abou-Bekr-Jbn-Ghazi sous les murs 
de la Ville-Neuve qu'il avait forcées h s'abriter derrière l^jurs 
remparts et à soutenir un siège. Ibn-el-Khatib comprit alors 
l'étendue du péril qui le menaçait et s'enferma dans la ville avec 



412 HISTOIRE DBS BIIBBUS. 

le vîiir. Le sultan ayant obtenu possession de la place , laissa 
Ibn-el'Khatfb tranquille pendant quelques jours ; puis, il le fit 
arrêter d'après ïe^ conseils de Soleiman-lbU'Dawoud. Ce minis- 
tre portait au prisonnier une haine mortelle : quand Ibn-el- 
Ahmer s'était réfugié en Afrique, il avait obtenu de ce prince la 
promesse formelle qu'aussitôt rétabli sur le trône, il le nomme- 
rait commandant des volontaires delà foi; étant arrivé plus 
tard à la cour de Grenade pour y remplir une mission dont 
Omar-Ibn-Abd-Allah l^avait chargé, il demanda Taccomplisse- 
ment de cet engagement. Ibn-el-Rhatîb en détourna le sultan; lui 
ayant représenté que cette place ne pouvait être remplie que par 
un descendant d'Abd-el-Hack, vu que, de toutes les familles ze- 
natiennes, celle de ce princp était la plus illustre. Soleiman rentra 
en Afrique le cœur aigri par ce désappointement et brûlant d'in- 
dignation contre Ibn-el-Khattb. Nommé ensuite gouverneur de 
Gibraltar^ il eut à tenir une correspondance avec ce ministre et, 
dans ses lettres, il ne craignit pas de lui exprimer le fond de sa 
pensée. Ibn-el-Kbatib, de son côté, y répondit de la façon la 
moins obligeante. 

Ibn-el-Ahmer ayant appris l'arrestation de son ancien minis- 
tre, chargea Abou-Abd-Allah-Ibn-Zemrok, successeur de celui- 
ci, d'aller voir le sultan Abou-'l-Abbas et d'exiger la punition 
du transfuge. Sur la demande de cet envoyé, le sultan mérinide 
fit comparaître Ibn-el-Khatib devant une commission composée 
de grands ofliciers de l'empire et de plusieurs conseillers de 
i'élat. Accusé d'avoir inséré dans quelques-uns de ses écritscer- 
laines propositions mal sonnantes, le prisonnier eut à subir, 
d'abord une réprimande, et ensuite la question, peine qui lui 
fut appliquée séance-tenanle ; puis, il fut ramené en prison. La 
cour délibéra alors sur le point de savoir si lesdites propositions, 
déjà condamnées par un jugement, devaient entraîner la peine 
capitale. Quelques jurisconsultes de l'assemblée opinèrent pour 
la mort, et fournirent ainsi à Soleiman- Ibn*Dawoud l'occasion 
de se venger. Par ses ordres secrets , quelques misérables qn 'îl 
avait àsonservice, ramassèrent, de nuit, une bande de la populace i 
emmenèrent avec eux les envoyés espagnols, forcèrent les 



DTNASTIB MÉRIHIDB. — ABOU-^'l-ABBAS. 443 

portes delà prison et étranglèrent ibn-el-Rbattb. Le lendemain , 
on l'enterra dans le cimetière de la porte de Mahrouc, et le aur* 
lendemain, on découvrit que le corps avait été arraché du tom- 
beau afin d'être brûlé sur un bûcher : il était couché sur le bord 
de la fosse , les cheveux en avaient été consumés et la peau de 
la figure était noircie par l'action du feu. On l'enterra de non- ' 
veau, et ainsi finirent les épreuves d'Ibn-el-Khattb. Le public en 
fut indigné et n'hésita pas à attribuer cette scandaleuse profana- 
tion à Soleiman, à ses domestiques et aux employée de son admi- 
nistration* 
' Pendant les jours de son emprisonnement, le malheureux Ibo- 

el-Khatib (que Dieu liii pardonne ses péchés I ) s'attendait à la 
mort ; il eut toutefois la force de rassembler ses pensées et de com- 
poser plusieurs élégies sur le triste sort qu'on lui réservait. Dans 
une de ces pièces il s'exprimait ainsi : 

Bien que noz^ soyons près du séjour [terrestre] , nous en 
sommes maintenant éloignés I arrivés au heu de rendez-^oUs 
[le tombeau], nous gardons le silence [pour toujours]. 

Nos soupirs se sont arrêtés tout-à'COiXp, ainsi ques^arréie 
la récitation de la prière quand on a prononcé le Konout^ 

Puissants naguères, nous ne sommes plus qu'ossements ; au^ 
trefois nous damnions des festins , maintenant noua sommes le 
festin [des vers]. 

Nous étions les soleils de la gloire; mais à présent ces so^ 
leils ont disparu, et tout l'horizon nous déplore^. 

Combien de fois la lance n^a-^t-elle pas abattu le porteur 
d^épéel combien de fois le malheur n'a-t^il pas terrassé^^ 
l'homme heureux! 



I Le Konout, c'est la formule inna leka canitoun (nous vout sQmmes 
dévoués); on U prononce à la fin de la prière qui se fait au levQr de 
l'aurore. 

* Dans le texte arabe, il faut probablera^nt lire «::;v<>-Ui, leçon 
qui se trouve ^ans un des manuscrits et dans l'histoire d'Ibn-ei^ 
Kbatlb. 

9 Dans te mot ^«X^, il faut supprimer le point du d 



41 i HI6T0IEB DBS BBRBfcRBS. 

Combien de fois a-t-on enseveli dans un haillon l'homme 
dont les habits remplissaient plusieurs malles I 

Dis à nos ennemis : Ibn^el-Khatib est parti ! il n'est plus ! 
et qui ne mourra donc pas ? 

Dis à ceux qui s'en réjouissent : Réjouissez-vous si vous 
êtes immortels* ' 



soleimah-ibr-dawoud sb bbhd en aiidalousib et t ebstb 

jusqu'à sa mort. 



SoIeimaD-Ibn-Dawoud avait senti les atteintes de l'adversité 
et subi les vicissitudes de la fortune; aussi, avait-il toujours la 
pensée de s'enfuir en Espagne a6n de vivre auprès des membres 
de sa tribu qui faisaient partie des volontaires de la foi. En Tan 
764 (4 359-60), quand le sultan Ibn-el«Ahmer arriva à Fez, après 
avoir été détrôné, et qu'il sollicita la protection du sultan Âbou- 
Salem, Soleiman profita de cette occasion pour obtenir du mo- 
narque déchu la promesse d'être attaché à sa personne et d'être 
nommé plus tard au commandement des volontaires. Ibn-el- 
Abmer étant remonté sur le trône de l'Andalousie, Soleiman 
parut à Grenade, l'an 766, chargé ostensiblement d'une mission 
par le vizir Omar-Ibn-Abd-Allah ; mais le véritable but de son 
▼oyage était de réclamer l'exécution de la promesse dont nous 
venons de parler. Ibn-el^Rhattb s'y opposa et fit comprendre au 
sultan que le commandement du corps des volontaires devait 
toujours appartenir à un prince du sang, descendu d'Abd-el- 
Hack, vu que les membres de cette famille formaient un parti 
très*puissanten Andalousie. Soleiman, voyant son espoir frustré, 
revint auprès de celui qui l'avait envoyé en Espagne ; mais il 
garda toujours une profonde rancune contre Ibn-el-Rha(tb. 

Sous le règne d'Abd-el-Aztz, il tomba en disgrâce et resta en 
prison jusqu'à la mort de ce souverain. Il dut sa liberté au ré- 
gent de l'empire, Abou-Bekr-lbn-Ghazi, qui espérait se mainte- 
nir au pouvoir avec l'appui d'un personnage aussi influent. Lors 



DTIfASTlB MÉRINIDB. — * ABOU-'L-ÀDBAS. 445 

cIq siège de la Yille-Neuvo, Soleiman abandonna son patron, 
passa dans le camp du sultan Abou*'l-Âbbas, et, par cette défec- 
tion, eotratna la reddition de la place. 

Au commencement de Tan 776 (juin-juillet 1374). Abou-'l- 
Abhas occupa la Ville Neuve et, s'étant établi sur le trône, il 
éleva Soleiman au rang de conseiller d'état et le chargea d'aider 
le vizir Mohammed-Ibn-Othman, h soutenir le fardeau de Tad- 
ministration. Bien que, dans cette position, Soleiman Ht toujours 
prévaloir ses avis dans le conseil, il n'en chercha pas moins Poe- 
casion de se rendre en Espagne. Pour effectuer son projet, il se 
mil à cultiver la faveur du sultan Ibn-eI*Ahmer, et, sachant com* 
bien ce prince détestait Ibn-el-Khatib, il poussa le vizir, Moham- 
med-Ibn-Othman, à ordonner la mort de ce ministre. 

Après avoir travaillé avec zèle pour les intérêts d'Ibn-el*Ah-> 
mer, il obtint, en l'an 778 (1376-7), une mission pour la cour 
de Grenade. Dans ce voyage, il (il route avec Ouenzemmar*Ibn- 
Arîf. Le sultan leur accorda les honneurs dus h leur rang et les 
traita avec la plus haute distinction. A peine les deux envoyés 
eurent-ils entamé l^aiTaire dont ils étaient chargés, queOuenzem« 
mar se fit donner un ordre écrit de la main du sultan, ordre par 
lequel tous les capitaines de la flotte devaient faciliter le passage 
du porteur en Afrique. Il sortit alors, sons le prétexte d'aller k 
la chasse^ et, s'étant rendu h Malaga, il présenta celte pièce au 
commandant de la flotte. Conduit à Centa par cet oflScier, il s'en 
alla chez lui. Quant à Soleiman, il prit le parti de rester avec Ibn- 
el-Ahmer, dont il devint bientôt l'ami et le conseiller. Pendant 
le reste de sa vie, il conserva la confiance de ce prince. Sa mort 
eut lieu en l'an 781 (1379-80). 



LB TlZia IBN-GHAZl BST DÉPOBTÉ ▲ MAÏOBQCB. — RENTBlft BIf 
VAGBBBB, IL SB UBT BN RfiVOLTB ET TROUVB LA MORT. 



AboU'Bokr-Ibn-Ghazi, se voyant étroitement bloqué dans la 
Ville-Neuve, reconnut, après avoir épuisé ses trésors et même 



446 HISTOIRE DBS BBRBftRBS. 

ceux de son sultan, qu'il ne pouvait échapper h ses eDQemis. 
Dans cette position critique, il accueillit les conseils que Moham- 
med-Ibn-Olhman lui faisait parvenir du camp des assiégeants et 
consentit à rendre la place moyennant la vie sauve. S^étant alors 
présenté devant le sultan Âbou-U-Abbas, il obtint une sauve- 
garde signée de la main de ce prince. Rentré ensuite à Fea, il alla 
s'installer chez lui. Le sultan [Mohammed-es-Said] qu'il avait 
placé sur le trône et qu'il venait de livrer au vizir Mohammed* 
Ibn-Othman, fut mis en détention, sous bonne garde, et, quel- 
que temps après, on l'envoya joindre les autres princes du sang 
qn'lbn-el-Ahmer retenait à Grrena de. Le sultan Abou-'l-Abbas, 
devenu maître du trône et de la capitale, fit aussitôt acte d'auto- 
rité en expédiant ses ordres dans toutes les parties de l'empire. 

Bien qu'Ibn-Ghazi évitât de se montrer en public, toutes les 
espérances étaient fixées sur lui, et les courtisans eux-mdmes se 
pressaient à sa porte. Ces démonstrations éveillèrent les appré- 
hensions des ministres , au point qu'ils travaillèrent l'esprit de 
leur maître contre l'ex-viiir et, vers la fin de l'an 776 (1374-»5), 
ils obtinrent de lui l'ordre de conduire à Gbassaça cet homme 
dangereux et de l'embarquer de là pour Haïorque. 

Ibn-Ghazi passa quelques mois dans cet île ; puis il parvint 
à fléchir le vizir, Mohammed-lbn«Othman, auquel il adressa plu- 
sieurs lettres, et se fit donner l'autorisation de rentrer en Ha- 
ghreb et de se fixer Ghassaça. Au commencement de l'an 777, il 
débarqua à ce port dont on lui avait» donné le commandement et, 
cédant aux inspirations de son génie ambitieux^ il ne cacha plus 
la jalousie qu'il portait à son cousin le ministre de Pempire. 
S'étant adresséau sultan Ibn-el-Abmer, il chercha à se le con- 
cilier par de riches présents et, pour détourner les soupçons 
d'lbn-Othman,il exprima à ce vizir le désir d'être rappelé h 
Fez. Bien que Ouenzemmar-Ibn^Arif eût donné une espèce d'ap- 
pui à cette demande, Ibn-Othman y refusa son consentement et 
parvint même à indisposer le sultan contre celui qui l'avait faite. 
Ayant alors obtenu la révocation des concessions qu'lbn-Gliari 
devait à la bonté du prince, il rassembla les contingents arabe^ 
en l'an 779 (4377-8) et marcha contre lui. 



DTNASTIK MÊEINIDB. — ABOU-'L-ABBAS* 447 

Ibo-Ghazi, de soo c6té, s'empressa de lever des troupes par- 
mi les tribus arabes ; il distribua tout soo argent aux Ahlaf, 
fraction de latribu des Maktl, et, les ayant réunis autour de son 
<lrapeau, il sortit de Ghassaça. Après leur avoir soufflé Tesprit 
de la révolte, il leur fit reconnaître pour souverain un homme 
qu'il avait choisi parmi les Arabes nouvellement venus dans 
le pays et qui prétendait être le fiU du sultan Abou - 4 - 
Hacen. 

A cette nouvelle, le sultan Abou-'l-Abbas partit à la télé d'une 
armée et prit position a Tèza. L'aspect des troupes mérinidos et 
des corps de milice suffit pour faire prendre la fuite aux Arabes, 
et Ibn-Ghazi ne put échapper qu'à grand'peine aux gens qni 
^'étaient mis à sa poursuite. Ouenzemmar-Ibn-Arîf le décida 
enfin à sortir du sentier delà révolte et à s'humilier devant la 
puissance de l'empire ; il Je conduisit auprès du sultan qui en- 
voya le prisonnier à Fer, sous escorte. 

< L'avant-garde de l'armée mérinide poussa jusqu'au Molouïa 
et inspira une telle frayeur au souverain de Tlemceu qu'il dé- 
pêcha plusieurs de ses parents et de ses courtisans au camp du 
sultan. Celte députation employa tantde flatteries, lantd'adresse, 
^our calmer le prince mérinide, qu'elle obtint de lui un Iraité de 
paix signé de sa main. 

Abou-'l-Abbas envoya alors des agents du fisc dans toutes ses 
provinces et recueillit ainsi des impôts à souhait. Rentré dans 
sa capitale, il donna l'ordre défaire mourir Ibn-Ghazi. Ce mal- 
heureux fut poignardé dans la prison où on le retenait et four- 
•iiit, par sa triste fin, un nouvel exemple des vicissitudes de ta 
fortune. 

Après avoir établi son autorité dans toutes les parties de l'em- 
pire, le sultan Abou-'l-Abbas conclut un traité de paix et d'ami- 
lié avec l'émir Abd-er-Rahman, souverain de Maroc. Depuis 
lors, ces princes, ainsi qu'Ibn-el-Ahmer, sullan de l'Andalousie, 
ont continué à s'envoyer régulièrement des présents, les uns aux 
autres ; la tranquillité n'a pas cessé de régner dans le Maghreb 
et , jusqu'au moment où nous avons, fait la révision de cet 
ouvrage, c'est-à-dire, vers la fin de Tan 781 (mars-a^ril 

T. 4V, 27 



448 BISTOIBB DES tBEB&BBS. 

a 

4360) \ tout le monde y vit dans le bonhear, avec Tassarance 
d'uD avenir heureux. 



LÀ GUCBBB ËCLATB ENTBB ABD-BB - BABÏAN , SOCYBBAIlf DB 

BABOC, ET AIOC-VaBBAS, SLLTAN DR FEZ. ABD-EB-BAOHAN 

s'ebpabb d'azemvob dokt il TUB LB GOOTEBREUB, BASSOUN- 

IBN-ALI. 



Âli-ibn-Omar, cheikh des Beni-Outghian, fraction de la tribu 
des Ourladjen, avait embrassé le parti de Pémir Abd-er-Rah- 
man h Pépoquc oii ce prince arriva d'Espagne et s^cmpara de 
Tèza. Il assista avec lui au siège de la Yitle-Neuvo et Taccompa- 
, {^na ensuite à Maroc. Devenu alors le conseiller' intime de son 
mattrc et le premier officier de l'empire, il chercha h se venger 
d'un anr^ien ennemi, Khalod-Ibn-lbrahtm-el-Melzari «, cheikh 
des Haha, tribus masnioudicnncs établies entre Maroc et la pro- 
vince de Sous. 

Quand le vizir Ibn-Ghazi s'empara du pouvoir, après la mort 
du sultan Abd-el-Azîz, Ali-lbn-Omar lui refusa obéissance et se 
relira dans le Sous. Pendant qu'il traversait le territoire de Kha- 
led-lbn-lbrahîm, il fut attaqué par ce chef et perdit plusieurs 
bétcs do somme, ainsi qu'une grande partie de ses bagages. Il 
eut (oulefcis le bonheur daltoindre le lieu d'asile qu'il s'était mé- 
nagé dans colle province cl, dcs-lors, il nourrit une haine pro- 
fonde contre Khalcd. Quand Abd er-Rahman quitta l'Espagne et 
pénétra aux environs de Tèza , Alilbn-Omar résolut d'embras- 
ser le parti de cet émir : il appela auprès de lui les cheikhs des 



* Quelques années plus tard notre auteur ajouta plusieurs chapi- 
tres à son ouvrage. Ces additions portent la date de 796 (1393-4) 
Klies se trouvent dans notre édition du texte arabe et de la traduc- 
tion. 

^ L'orthographe de ce nom est incertaine. 



k. 



DYNASTIE MtRIKIDE.; — ABOU-^L-ABBAS. ^ 

tribus makilienncs, se rendit avec eux au milieu de ces nomades 
et, pendant le temps quMI y resta , il travailla dans les inté- 
rêts du prince dont il s'était déclaré le partisan. Ensuite^ il alla 
joindre son nouveau maître , qui assistait alors le sultan Abou- 
'i^Abbas è faire le siège de la Yille^Neuve. Vers le commence- 
ment de Tan 776 (juin 4374), cette place tomba au pouvoir du 
sultan, et, par suite des arrangements que les deux princes 
avaient faits, Témir Abd-er-Rahman partit pour Maroc. Ali-lba- 
Omar Taccompagna et, à leur arrivée dans cette capitale, il de- 
manda l'autorisation d'ôter la vie h Khaled -Ibn-Ibrahim, Sur le 
refus de Témir, il éprouva un vif mécontentement, mais, sa- 
chant dissimuler, il ne laissa rien paraître de ses véritables sen- 
timents. Quelques jours plus tard, il se rendit dans la montagne 
des Oqrtka pour y arranger quelques affaires administratives et, 
profitant de celte pccasion, il donna à son petit-fils, Amer-ibn- 
Hobammed, Tordre d'assassiner Khaled. Peu de temps après, 
Amer rencontra ce chef aux environs do Maroc et, l'ayant tué, i( 
s'enfuit h Ourtka, auprès de son grand-père. L'émir Abd-er-Rah- 
man employa les voies de la douceur pour ramener les deux fu- 
gitifs et, après avoir.envoyé plusieurs messages très- rassurants, 
il monta lui-même à cheval et alla les chercher. Ali-Ibn-Omar, 
auquel il rendit son amitié, quitta la montagne avec lui et revint 
h Maroc. Pendant quelques jours, il resta auprès du souverain; 
puis, cédant à ses appréhensions, il sortit de la ville et se réfugia 
dans Azeromor. 

Hassoun-Ibn-Ali-es-Sobeihi, commandant de cette forteresse, 
céda aux instances d'Ibn-Omar et fit avec lui une irruption dans le 
territoire des Sanhadja, région qui compte au nombre des pro- 
vinces marocaines. L'émir Abd-er-Rahman donna à son cousin, 
Abd-el-Rerim, l'un des grands officiers de l'empire, l'ordre de 
repousser les envahisseurs. Ce fonctionnaire appartenait à la fa- 
mille royale, son pèt^ Ëïça étant fils de Soleiman, fils de Hanspur, 
fils d'Abou -Mélek - Abd - el - Ouahed, fils de Yacoub , ftls 
d'Abd-el-Hack. Accompagné de Mansour , affranchi de l'émir 
Abd-er-Rahman, il marcha contre Ali-Ibn-Omar et le rejeta dans 
Azemmor, après avoir disperse les banJes el saisi les tentes et 



4S0 HISTOIRE DBS BERBÊKSS. 

les bagages de ce perlurbaieur. Ali-lbn-Omar parlit alors pour 
la cour de Fez avec Hassoun-es-Sobeibi. 

Pendant ces derniers événements, un traité de paix s'était né- 
gocié entre les sultans de Maroc et de Fez; ce qui obligea Âli-Ibn- 
Omar h rester dans celte dernière ville et permit à Hassoun de re- 
partir pour Azemraor. Un peu plus tard, ce traité fut rompu. 

L*émir Abd-er-Rahman avait alors à son service deux frères 
appartenante la famille de Mohammed -Ibn-Yacoub-Ibn -Hassan • 
es-Sobeihi, lesquels se nommaient, Taîné, Ali et, le cadet, Ahmed. 
Ces deux hommes se complaisaient dans les actes de violence et 
de brigandage. Aliassaj^sinason cousin, Ali-Ibn-Yacoub-lbn Ali- 
Ibn-Hassan. Mouça, frère de oo dernier, obtint du sultan Tauto- 
risalion de se venger et tua le meurtrier. ^Ahmed fut outré de 
colère en apprenant la mort de son frère cl résolut d'ôter la vie à 
Mouça. Instruit du dan;^er qui le menaçait, celui-ti courut se ré- 
fugier auprès de Yacoub-lbn Mouça-Ibn-Séïd-en-Nas , grand 
chef des Beni-Ouangacon et hoau-frère de l'émir Abd-er-Rahman; 
puis, au bout dequelques jours, il s'enfuilh Azemmor. La guerre 
ayant éclaté de nouveau, rémir Abd-er-Rahman marcha sur 
cette ville, l'emporta d'assautol la livra au pillage, après en avoir 
tué le gouverneur, tlassoun-Ifen-Ali, qui avait essayé en vain de 
lui résister. 

A la nouvelle de cet événement, le sultan Abou-1-Abbas quitta 
Fezetconduisit son armée jusqu'à Salé. Delà, il se mit à la pour- 
suite d' Abd-er-Rahman qui avait rebroussé chemin pour attein- 
dre Maroc, et, s'étant porté dans la plaine d^Aguelmtm, aux en- 
virons de cette ville, il y resta environ trois mois et livra plu- 
sieurs combats aux troupes de son adversaire. On entra nioiçs en 
pourparlers et la paix se rétablit. D'après le traité qui fut dressé 
à cette occasion, les deux empires [de Fez et de Maroc] devaient 
conserver les mômes limites qu'auparavant. 

Le souverain de Fez étant rentré dans «es états, chargea Et- 
Hacen-lbn-Yahya-Ibn-Hassoun d'aller prendre le commande- 
ment d'Azeninior. Eî-Hacen appartenait à la tribu sanhadjienne 
qui occupait les environs de cette forteresse. Depuis l'établisse- 
în,'nl de l'ernpire des Mériiiiiles, ?a famille avait toujours été à 



CYNASTIB MÉRINIDB. AROU-'L*ABBÀS. 421 

leur service. Son père, Yahya, fut employé par le sultan Abou-'l- 
Hacen comme percepteur d'impôts àÂzemmor et ailleurs ; il mou- 
rut à Tunis, dans Texercice de ses fonctions, è l'époque où Abou- 
'1-Hacen occupait cette capitale. Ses enfants, dont il laissa plu- 
sieurs, obtinrent tous des emplois semblables au sien. Son fils, 
£l-Hacen, celui dont nous venons de parler, embrassa le service, 
militaire et remplit plusieurs commandements analogues au mé- 
tier qu'il avait adopté. Quand Abou-'l-Abbas fut proclamé à 
Tanger, EUHacen, qui était alors gouverneur d'El-Casr-el-Kebîr, 
s^empressa de reconnaître l'autorité du nouveau sultan ; il mar- 
cha même sous ses ordres et assista h la prise de la capitale. 
Chargé ensuite d'autres commandements militaires, il finit par 
obtenir celui d'Azemmor. 

Parlons à présent delà famille des S)beih. Hassan, l'aïeul de 
cette maison, appartenait à la tribu des Sobeih, fraction des 
Soaeid. Quand Abd-Allah-Ibn<-Kendouz, chef des Beni-Gommi, 
tribu abd-el-ouadite, quitta Tunis et se rendit h Tendjedâ * « 
auprès de Yacoub-Ibn-Abd-el-Hack, il avait pour gardien de ses 
chameaux le Hassan dont nous venons de mentionner le nom. 
Ayant obtenu du gouvernement riiérinide la concession d'un ter- 
ritoire dans une des provinces marocaines, à la charge de soi- 
gner les chameaux que le sultan faisait entretenir par les peupla- 
des pasteurs du Maghreb, il rassembla en un seul troupeau tous 
ces animaux qui, jusqu'alors, se trouvaient éparpillés dans diver- 
ses tribus, et les contia a la garde de ses propres chameliers. 
Hassan, qui était à la léie do ce corps de serviteurs, eut dès lors 
l'occasion de causer avec le sultan au sujet de ces bêles de somme 
etde le tenir au courant de leur état. Cela lui procura l'avantage 
d'être connu du souverain et d'arriver à la fortune. Il, devint 
trésor iche et mourut dans une extrême vieillesse. Ses enfants 
furent élevés à la cour, au milieu des grandeurs, et passèrent 
ensuite par diverses charges, tout en conservant la garde de^ 



•Localité dos environs do la ville de Maroc. — Voy. sur Ic: 
Beni-Gommi, t. m, p. 49'2. 



493 HISTOIRE DES BERBEEES> 

troupeaux da sultan. Jusqu'à nos jours, les membi^s de cette fch- 
mille se sont partagés le mdme emploi , comme un héritage, 
et ont rempli plusieurs autres fonctions au service du gou^ 
vemement mérinide. Hassan eut (rois fils ' , Ali , Tacoub 
et Talfaa , aïeux des branches de la famille Sobeih. Leurs 
descendants exefceftit encore la surintendance des tribus pas- 
teurs, h Tinstar de leurs ancêtres , et conservent toujours le 
droit de garder les chameaux dont le sultan se sert pour le 
transport de ses bagages. Ils sont maintenant très-nombreux et 
jouissent d'une grande considération à cause de la haute posHioft 
qu'ils occupentdans Tempire. 



El GtJBtSB tCLATB POUB LA SBCOHDB FOIS BHTBB LES SOCtERAIllS 
DE FEZ BT DE BABOC. -^- SIÈGE DB MABOC BT BftTABLlSSEMBlIT 

' DE LA PAIX. 



Le sultan Âbou-*I-Abbas repartit pour Fez après avoir conclu 
un nouveau traité de paix avec Abd-er-Rahman, mais, comme 
cet émir demanda ensuite la cession des provinces sanhadjiennes 
et dokkaliennes, il se trouva obligé d'envoyer au-devant de lut 
EI-Bacen-lbn-Yahya, gouverneur d*Azemmor et des lieux voi- 
sins. Cet officier devait s'opposer aux tentatives que Véunv pour- 
rait diriger contre ces deux contrées . mais, étant mal disposé 
pour le gouvernement de Fez, il eut à peine rencontré son adver- 
saire qu'il prit rengagement de le seconder et de lui livrer les 
territoires qu'il aurait dû proléger. Abd-er-Bahman ayant aug- 
menté sa puissance de cette manière, résolut d'entamer des hos- 
tilités contre le sultan de Fez et, pour avoir un prétexte de faire 
la guerre, il exigea que l'Omm-Rebiâ formât désormais la ligne 
de séparatiojfi entre les deux empires. Comme cette demande fut 
repoussée avec indignation, il quitta M«rocà la tête d'une armée 



^ Lisez oJjjJl dans le texte arabe. 



DTNASTIB HÉftlMIDB. — ADOU-'L-ABBAS. 423 

elS6 fit remettre la villo d'Azemmor par El-Uaceo-lbn-Yahya* 
Alors, d'après ses ordres, rafTranchi Mansour alla prendre pos- 
session d'Ânfa et imposer une forte contribution sur le gouver- 
neur, lecadi et bs principaux habitants de la ville. A celle nou- 
velle, le sultan Abou-'l-Âbbas sortit de Fez et conduisit son 
armée à Salé. Mansour se hâta d évacuer Anfa et d^opérer sa 
jonction avec Abd-er-Rahman, qui ne tarda pas aussi à quitter 
Azemmor afin de se replier sur Maroc. Le sultan de Fez continua 
sa poursuite et, arrivé au Cantera-t->el-Ouadi [pont^^ela rivière), 
endroit situé près de Maroc, à la distance d'une portée de flèoboi 
il s'y arrêta pendant cinq mois et tint la ville assiégée. 

Le sultan Ibn-el-Ahmer eut connaissance de ces événements 
el chargea son conseiller intime, le vizir Abou^'l-Cacem-'lbn-el^ 
Hakim-er-Rondi, d'aller mettre un terme aux hostilités. Les 
deux rivaux donnèrent alors leur adhésion h uu traité de paix 
dont un des articles portait que le sultan de Fez emmènerai^ 
comme otages les princes Hafod et EUHacen, tous deux fils do 
Témir Abd-er-Rahman. 

Quand Abou-4-Abbas fut rentré h Salé , un grand nombre de 
Mérinides et d'autres personnages marquants vinrent le joindre, 
après avoir abandonné le service de son adversaire; Parmi ces 
transfuges on remarqua Ahmcdlbn-Mohammed-ibn-Yacoub-es- 
Sobeihi, lequel, ayant rencontré en roule Dja-el-Khaber, affran- 
chi de l'émir Abd-er-Rahman, l'avait contraint à l'accompagner. 

On y vit aussi Yacoub-Ibn-Séïd-en-Nas, chef des Oungacen, 
Abou-Rekr-Ibn-Rahhou, petit-fils d'£l-Hacen-Ibn-Ali-Ibn-Abi- 
Talac, Mohammed-Ibn-Masoud-el-Idrici et Zlan, fils d'AIi^lbn- 
Oiuar-el-Outaci. Le sultan, qui était encore à Salé, accueillit tous 
ces chefs avec de grands égards et s'en retourna alors à Fez. 

ALI -fBN-ZfiKÉRÏA , CHEF DES UESEOURA , SE MET EN RBTQ^TB 

CONTRE l'émir ABD - ER-RAOlIAIf ET ASSASSINE L'aFFRANCHI 

I9ANSOUR. — [siège de UAROC et mort d' ABD-ER-RAHMAN.] 



Le sultan rentra dans sa capitale, après avoir pu reconrattre, 



m 

KU RISTOIBB DES BERBÈRES. 

a«x défections qui veQaient d'avoir lieu, que le royaume de Ma-* 
roc devait bientôt succomber, et, l'émir Abd-er-Rahman, se vo- 
yant abandonné par ses principaux soutiens, cessa de compter 
sur la fidélité * de ses troupes et se retraucha dans la ville. Il en- 
toura la citadelle d'une muraille et de plusieurs fossés, trahis- 
sant ainsi l'affaiblissement de sa puissance. Âli-Ibn*ZékérYa, 
grand cheikh des Beskoura, lequel avait embrassé la cause 
de l'émir lorsque ce prince eut' pris possession de Maroc, cher- 
cha alors à so raccommoder avec le sultan de Fez, let parvint 2t 
faire agréer sa soumission. L'affranchi Mansour, auquel Àbd*er- 
Rahman donna l'ordre d^aller voir ce chef et de le ramener 
par la douceur, tomba dans une embuscade dressée par celui- 
même auprès duquel il so rendait, et perdit la vie. Sa tête fut 
envoyée au sultan de Fez , qui se mit aussitôt en campagne et 
marcha sur Maroc. L'émir Abd-er-Rahman s'enferma dans la ci- 
tadelle, qu'il avait isolée de la ville par des muraille^ et un fossé. 
Le sultan, ayant occupé Maroc, posta des troupes autour delà 
citadelle, dressa des machines de siège et fit élever un mqr entre 
cette forteresse et la ville. Tous les jours, pendatlt l'espace de 
sept mois, il dirigea des attaques contre la place. Ahmed-lbn- 
Mohammed-es-Sobeihi, ofiicier auquel il avait confié la garde 
d*une position qui commandait la citadelle, forma alors le projet 
d'assassiner le sultan, mais il fut dénoncé et mis en prison. 

Abou-'l-Abbas ayant enfin reçu des renforts tirés de toutes les 
provinces, et le secours d'un corps de troupes envoyé par Ibn* 
el-Ahmer, pressa le siège avec tant de vigueur, que les partisans 
de l'émir en furent altérés, et, voyant leurs vivres s'épuiser, ils 
reculèrent devant la perspective d^une mort certaine et aban- 
donnèrent la citadelle. Parmi eux se trouva le vizir Nahhou-lbn« 
el-Elm, descendant de ce Mohammed-Ibn-Omar qui avait gou- 
verné les Hcskoiira et les Masmouda sous les règnes d'Abou-'U 
Hacen et d'Abou-Einan. Le sultan, étant convaincuquecechef ne 
serait pas venu le trouver sans y être poussé par la crainte d'un 



* U faut prol)ablemeDt lire J^yt>^! à la plaee de à^.y^S^ 



DTNASnB MÉRINIDB. -«- ABOtJ*'L-ABBAS. i25 

danger îimniDeDi, le fil arrêter [et emprisonner. Enfin, tout le 
monde s'empressa d'abandonner Témir, et I*on descendit du haut 
de la muraille pour se rendre auprès da sultan. 

Pendant la nuit, Témir exhorta ses fils, Abou-Amer et Selîm , 
de mourir les armes à la main^; et, au point du jour, il» se trou- 
vèrent seuls dans la forteresse. Le sultan s'avança alors à cheval, 
en grand pompe, et donna aux tronpes de l'avant»garde Tordre 
de monter à l'assaut» L'émir et ses fils se précipitèrent au-devant 
de l'ennemi qui avait déjà pénétré dans l'Asarak * , placo ouverte 
entourée de palais, et ils combattirent bravement jusqu'à ce 
qu'ils trouvassent la mort. Ils succombèrent sous les coups d'Ali- 
Ibn-Idrts et de ZtaD-Ibn*Omar-el-Outaci, homme qui, pendant 
longtemps, avait vécu de leur bonté et qui s'était montré bien fier 
de les avoir pour mattres. Son nom est devenu le synonyme do 
l'ingratitude, mais Dieu ne lésera qui que ce soit, pas môme 
pour le poids d^un atome K La prise de la citadelle eut lieu le 
dernier jour du mois de Djomada second 784 (11 sept. 1382). Le 
sultan ayant vaincu ses ennemis, chassé ses riviyix et réduit tout 
le Maghreb sous son autorité, reprit la route de Fc2. 



UN FILS DO SULTAN ABOl)-ALI ENVAHIT LB HAGHBBB A LA TfiTB 

DBS ABABBS. ABOD -TACHBPtN, FILS D'aBOU-BAHMOU, EN FAIT 

DB HÊIIB. — ABOU-HAMMOU SUIT LEUR BX8HPLE. 



Les Aulad-Hocein, arabes makiliens, avaient méconnu l'auto- 
rité du sultan quelque temps avant son expédition contre Maroc^ 
et leur cheikh, YouçoMbn-Ali-lbn-Ghanem, s'était plu à témoi- 
gner, par des actes d'hostilité, la haine qu'il portait à Mohammed- 
Ibn-Othman , régent de l'empire. Chassé des environs de SidjiU 



« 



' Dans le dialecte des Berbères masmoudiens, ce mot signifie large^ 
et vaste, Voy. t. n, p; 339.» 

^Coran^ sourate I, verset 



i2fr 



HISTOIRB DBS BERBÈRES. 



messa par les troupes que ce vizir avait envoyé contre lui ^ 
Touçouf se jeta dans le Désert, après avoir vu dévaster ses pro • 
priétés. 

Il y était encore quand Témir Âbd-er-^Rahman, se voyant blo-- 
qaédans^la ville de Maroc, chargea son cousin, Abou-4*AchaYr- 
Ibn-Mansour, d'aller le trouver et le décider à envahir le Ha** 
ghreb; espérant que cette démonstration forcerait le sultan k 
lever le siège. Cet envoyé se rendit auprès de Youçof et le con- 
duisit à^Tiemcen, afin d'obtenir la coopération d'Abou**Hammou, 
entre lequel et l'émir Abd-er-Rahman un traité avait déjà été 
conclu àcet eCet. Le souverain abd-el-ouadite mit à leur dispo- 
sition un corps do troupes commandé par son fils, Abou-Tacho- 
ftn, et il les suivit bientôt après, avec le reste de l'armée. En 
traversant les tribus arabes, Abou-Tachefin et Abou-'l-Achaïr 
les emmenèrent avec eux et, s'étant précipités sur les environs 
deMiknaça\ ils y répandirentla dévastation. 

Au moment de partir pour Maroc, le sultan Abou-'l-Abbas 
avait établi dans Fez, en qualité de lieutenant, AU-lbn»Mehdi- 
el-Askeri, et misa ses ordres un des corps de la milice. Cet oQi- 
cieri ayant été informé de Pirruption des Arabes, sollicita les bons 
offices de Ouenzemmar-Ibn-Arîf, cheikh des Soueid, lequel de- 
meurait alors dans le voisinage du Molouïa avec sa tribu. Patron 
et ami de la dynastie mérinid'e, Ouenzemmar employa toute son 
influence auprès des Arabes makiliens et parvint à détacher de 
leur coalition les Amarna et les Monebbat, autrement dits les 
Ahlaf. Ces tribus allèrent joindre l'armée d'Ali-lbn-Mehdi et l'ai- 
dèrent à chasser l'ennemi du territoire de Miknaça et à lui ôter 
l'espoir de pénétrer plus avant dans le pays. S'étant alors 
arrêtés, ils donnèrent au sultan Abou-Hammou le temps 
de se diriger contre Tèza pour y mettre le siège. Il passa sept 
jours sous les murs de cette place, et il venait de renverser 



^ Nous avons déjà fait remarquer quUl s'agit ici de la Miknaça dn 
Tèza, située à 16 ou 17 licucs Est de Fez. La Miknaça de Zerhoun, 
nommé Mequinez par les Européens, est à 10 lieues Ouest de Fez. 



DTHaSTIB MÉBmiDB. — ABOU-*L<^ÀBBAS . 427 

le palais da sultan et la tnosqaée impériale appelée Casr^Tazrout, 
quand il apprit, à ne pas en douter, que Maroc avait succombé et 
que l'émir Abd-er-Hahman venaitd'étre tué. Aoetle nouvelle, il se 
hâta de quitter le pays ; Abou-I-Achaïr et -Abou-Tachefîn le sui^ 
Tirent avec les Aulad-Hocein, vivement poursuivis par les Ahlaf. 
En se retirant, il traversa le territoire des Botouïa* afin de rentrer 
h Tlemcen et, en passant, il y détruisit le Gasr-Morada, cbâteaa 
appartenant à Ouenzemmar. Lesultan Aboo-'UAbbas revint à Fez 
après avoir achevé la conquête de Maroc* 



LA tILLB DE TIBaCET9 EST PBI8E ET DËVASTfiB PAB IB SULTAN 

MÊRIiNIDB. 



Lesultan, ayant appris l'irruption des Arabes et la conduite 
d'Abou-Haramott, n'en persista pas moins à presser le siège de 
Maroc, mais il conserva un vif ressentiment contre le souverain 
abd-eUouadite qui avait rompu ta paix sans aucun motif légi- 
time. Rentré à Fez, il prit quelques jours de repos et, s'étant dé- 
cidé à marcher sur Tlemcen, Use mit à la télé de l'armée, selon 
Tusagè de ses aïeux, et la mena jusqu'à Taoùrirt. Abou-Hammou 
éprouva un embarras extrême à la réception de cette nouvelle : il 
prit d^abord la résolution de soutenir un siège et, d'après ses or- 
dres, les habitants delà ville s'apprêtèrent à faire une vigoureuse 
résistance; mais, peu de temps après, il quitta sa capitale pen- 
dant la nuit, emmenant avec lui ses fils, ses femmes et ses prin- 
cipaux serviteurs, afin de camper sur le bord du Sefcîfi Au len- 
demain, les habitants accoururent auprès de lui, suivis de leurs 
femmes et de leurs enfants, et l'implorèrent de ne pas les laisser 
2t la merci des troupes maghrébines. Sans se laisser émouvoir par 
leurs prières, il persista dans son projet de se rendre à £l-Bat'ha. 



^ A la place de iS!^, il faut probablement lire ^>^ et traduire 
ainsi : il travema le Molouia. 



428 BISTOIRB DBS BBRBÈ&BS. 

De là il passa dans le pays des Maghraona et, s'étant arrêté chez 
les Beoi«-bou-Saîd, tribu qui demeure près du Ghelif, il déposa 
sa famille et les plus jeunes de ses enfants dans le château de 
Tadjhammoumt. Le sultan Abou»'l-Âbbas prit possession de 
Tlemcen et, après y être resté quelques jours, il iit abattre les 
murailles de la ville et ruiner les palais du souverain. En don- 
nant Tordre de détruire ces monuments, il avait cédé aux ins- 
lances de Ouenzemmar, qui voulut se venger de la ruine de Taz- 
routet de son château de Morada. Il se mit alors à la poursuite 
d'Abou-Hammou, et il venait de faire halte à une journée seu- 
lement de Tlemcen quand il apprit que son cousin Mouça, fils 
d'Abou-Einan, avait traversé le Détroit et s^était rendu matlre 
de Fez, Pendant qi^il se hâtait à rentrer en en Maghreb, Abou- 
Hammou revint à Tlemcen. 



MOUÇA , FILS D'aBOU-EINàN , QUITTE l'ANOALOUSIB , DÉBARQUE 

BN HAGREB ET S'eUPABB DE LA CAPITALE. IL FAIT PRISON* 

NIER SON COUSIN ADOU-Y-ABBAS ET L^ENYOIB EN ESPAGNE. 



Nous avons déjà fait observer que Mohammed-lbn-cI-Ahmer, 
le [même] sultan [qui, après avoir été] déposé, [monta une se- 
conde foia sur le trône de Grenade], exerçait une grande in- 
fluence sur les conseils d'Abou-'l-Abbas, sultan du Maghreb. 
Plusieurs circonstance» avaient contribué à lui procurer cet avan> 
tage : ce fut lui qui porta Mohammed-Ibn-Othman à proclamer 
la souveraineté d'Abou-1-Abbos, alors prisonnier à Tanger; par 
l'envoi de troupes et d^argent, il avait mis ce prince en état de 
réduire la Ville-Neuve et de se rendre maître de l'empire, et 
enfin, il gardait auprès de lui plusieurs princes mérinides qu'il 
pouvait, au besoin, lâcher sur le Maghreb; moyen efficace de tenir 
en respect le gouvernementdecepays. Ces princes avaient été dé- 
tenus à Tanger avec Abou-'l«Âbbas et ils étaient tous petits-fils 
du sultan Abou-'l-Hacen. H y avait les fils d'Abou-Einan, ceux 
d'Abou-Salcm, ceux d'El-Fadl,ccux d'Abou-Amer, ceuxd'Abou- 



DYNASTIE MÊRINIDB. — ABOXI-'L-ABBAS. 429 

Abd-er-Rahman et d'autres encore. Pendant leur captivité, ils s'ë- 
iaient promis mutuellement que celui d'entre eux auquel Dieu 
accorderait Tempire, mettrait les autres en liberté et les ferait 
passer en Espagne. Abou-'l-Abbas, étant parvenu au trône, rem«- 
plitcet engagement en les envoyant au sultan Ibn-el-Ahmer. Ce 
monarque les logea dans TAlhamra, palais du gouvernement an- 
dalousien ; il les combla de dons, leur fournit des chevaux et leur 
assigna de fortes pensions. Aussi, y menèrent«ils une vie heu- 
reuse, à l'ombre de la protection impériale. Mohammed-Ibn-Oth- 
man, grand vizir de l'empire [d'Abou-'l-Abbas], comprit parfai- 
tement que cet état de choses l'obligerait h montrer une extrême 
déférence aux volontés d'Ibn-el-Ahmer ; il seconda en tous points 
les vues de ce monarque et le laissa diriger à son gré le gouver^ 
nement du Maghreb. Les grands officiers mérinides et les chefs 
arabes avaient tous les yeux fixés sur le souverain d'outre-mer, 
et le Maghreb semblait être devenu une province de l'empire de 
Grenade. L'influence d'Ibn-el-Ahmer était arrivée à un tel point, 
qu'au moment de l'expédition contre Tiemcen, les chefs mérini- 
des lui envoyèrent des adresses en le priant de veiller sur les 
destinées de leur pays. 

Lors de cette expédition, Mohammed-Ibn-Othman avait laissé 
à Fez, comme lieutenant, le nommé Mohammed-Ibn-Hacen, an- 
cien partisan des Almohades [Hafsides]de Bougie, qu'il avait pris 
pour seciétaire et comblé de bienfaits. 

Après la prise de Tiemcen, lesMérinidos écrivirent à Ibn-el- 
Ahmer pour lui annoncer le triomphe de leurs armes, et ils con- 
fièrent leur lettre à une démon de perversité qu'on avait accueilli 
h la cour. Cet homme se nommait Abd-el-Ouahed; son père, Mo- 
hammed, était fils du Mizouar Obbou-Ibn-Cacem. Égaré par l'am- 
bition, Abd-el-Ouahed aspiraitaux grandeurs, sans y avoir aucun 
droit, et, pour y arriver, il guettait toutes les occasions afin de 
compromettre la prospérité de l'empire. 

Bien qu'Ibn-el-Ahmer dominât sur le gouvernement mérinide, 
il eut de temps en temps, divers motifs de mécontentement : 
tantôt, on n'avait pas eu é<^ard à son intercession [en faveur de 
CCI tains pcrsonnaeos qui avaient (Micouru la disgrâce du^souve- 



430 niSTOIUE DBS BBRBkRIS. 

raÎD maghrébin] , tanlôt, on agissait en opposition directe è sa 
volonté, parce qu^on ne pouvait pas faire autrement. Il était, par 
conséquent, assez mal disposé pour Abou-'l-Abbas, quand Abd« 
el-Oualied vint lui annoncer la prise de Tlemcen. Cet intrigant 
profita de sa mission pour raconter que les grands de Tempire 
étaient mécontents, et qu'ils remplaceraient volontiers leur 
sultan par un autre, s^ils trouvaient le moyen de le faire. U 
ajouta encore plusieurs renseignements, les uns avex vraisem- 
blables, les autres indignes de foi. Faisant ensuite obser- 
ver que le Maghreb était dégarni de troupes, il déclara sa- 
voir, avec certitude, que' la capitale n^avail point d'autre gar- 
dien qu'un homme de bureau, un citadin, nullement capable d'y 
organiser une résistance sérieuse. Le monarque espagnol saisit 
aussitôt l'occasion qu'il attendait et (it passer en Maghreb l'un 
des petitS'fiis [d'Abou-l-Hacen] qu'il retenait à Grenade ; sa- 
voir, le prince Mouça, fils du sultan Abou-£inan. Pour vizir, il 
lui donna Hasoud-Ibn-Bahhou-Ibn-Maçaï, personnage qui avait 
rempli les fonctions de ministre d'état en Maghreb et dont la 
famille, les Béni Foudoud, s'était attachée aux Mérinides. 

A l'époque où Abou-Bekr-Ibn-Ghazi dirigeait les affaires du 
Maghreb, Masoud avait été désigné pour remplir les fonctions de 
vizir auprès de l'émir Abd-er-Rahman, qui allait y débarquer. 
Il resta au service de ce prince jusqu'à l'occupation delà Ville- 
Neuve par Abou - 'UAbbas et Taccompagna ensi)ite à Maroc. 
Arrivé dans cetle capitale, il obtint de son maître la permission 
de rentrer en Espagne. S'étant alors rendu a Fez, il eut plusieurs 
entrevues avec les autorités mérinides et parvint a s'y faire de 
nombreux am'n^ ; ensuite, il fit ses visites d'adieu et partit avec 
Pespoir que la faveur d'Ibn-el-Ahmcr ne lui manquerait pas. En 
jeffeA, ce monarque l'accueillit avec bonté, lui accorda une pen- 
sion cl Tadmil au nombre de ses familiers. 

Mnsoud-lbn-Maçaï ne cessa d'y mener une vie heureuse jus- 
qu'au moment où le sultan l'envoya en Afrique avec le prince 
Mouça. La flotte andalousicnnc les transporta, eux et un corps 
do troupes, a Coûta, ville forte dont on avait gagné les notables 
cl les membres du conseil municipal, La proclamation de Mouça 



DTNASTIB MÉRimOB. -— MOUÇA. 43i 

n'y éprouva aucune difficulté ; on t'admit dans la ville et on lui 
amena comme prisonnier Rahhou-lbn-ez -Zaïm-el*Hekdoudi , 
gonverneur da la place. Ceci se passa au commencement du mois 
deSafer786 (fin de mars 4384). Le nouveau sultan y fit aussi- 
tôt reconnaître Tautorité d'Ibn-el-Abmer , livra la ville aux 
agents de ce prinoe et partit pour Fez. A* la suite d'une 
marche très-rapide^ il arriva dans cette capitale et, se voyant 
soutenu par la populace, il bloqua la Ville-Neuve, siège du gou- 
vernement. Mohammed-Ibn-Hacen, qui y commandait comme 
lieutenant du vizir Ibn-Othraan, éprouva une telle frayeur qu'il se 
hftta de rendre la place. Le sultan Mouça ne lui en sut cependant 
aucun gré , car , è peine s'y fut-il installé, qu'il jeta cetliomme. 
en prison. La Ville-Neuve fut prise le 20 de Rebiâ premier (786 
44 mai 4384). On accourut alors de tous les côtés pour offrir 
ses hommages au nouveau souverain. 

Abou*'l-Abbas était encore dans la province de Tlemcen quand 
il apprit le débarquement de Mouça à Cenla. Il donna aussitôt 
l'ordre à Ali-Ibn-Mansour, drogman de la milice chrétienne, de 
prendre un détachement de ce corps et d'aller tenir garnison dans 
la Ville-Neuve. Quand cette troupe fut parvenue h Tèza, elle n'alla 
pas plus loin, car on vint lui annoncer la prise de la forteresse 
où elle devait se rendre. Le sultan Abou-'l-Abbas était parti en 
toute hâte pour se rendre à Fez, et, arrivé à Taourîrt, il fut 
averti que sa capitale se trouvait au pouvoir de Mouça. Il poussa 
toutefois en avant, jusqu'au Molouïa et, après avoir balancé 
quelque temps entre les deux partis qui lui restaient à prendre : 
soit d'aller à Sidjilmessa avec ses alliés arabes, soit de continuer 
sa marche vers le Maghreb, il Hnit par s'en tenir à sa dernière 
résolution. Arrivée Tèza, il y passa quatre jours et de là, il se 
rendit à £r*Rokn. Pendant sa marche , les grands chefs qui 
l'accompagnaient tinrent conseil ensemble et , s'étant accordés 
sur la nécessité d'embrasser la cause de son cousin, le sultan 
Mouça, qui éCait alors en possession de la capitale, ils s'en allè- 
rent par bandes du côté de Fez, le malin môme où leur mattre 
devait quitter Er-Rokn. Se voyant ainsi délaissé , Abou-'l- 
Abbas ropiTrtitpour Tôzo, nprcs avoir vu brûler son camp, piller 



13S HISTOIRB DUS BBEBBftB^. 

ses teoies et ses trésors. La nuit suivante, il entra dans Tèia^ 
forteresse qui avait alors pour gouverneur Taffrânchi Dja-el« 
Khaber, client du feu sultan Âbou-'l-Hacen. Quant à Mohammed-* 
Ibn-Othman, il se retira auprès de Ouenzemmar-Ibn-Arlf et des 
émirs makiliens. 

De Tèza le sultan Abou*1-Âbbas écrivit à Houça pour lui rap* 
peler l^engagement d^autrefois, et cet émir, qui avait promis à 
Ibn-el-Abmer de lui envoyer son rival aussitôt qu'il Tauraît eo 
son pouvoir, répondit à la lettre en priant Abou-'l*Abbas de 
venir le trouver. Le sultan se mit en route, accompagné de Zé- 
kérTa-Ibn-Yahva-lbn-SoIeiman, de Mohammed-lbn-Soleiman- 
Ibn-Dawoud-lbn-Arab et de plusieurs autres chefs des Beni-As- 
ker, tribu qui habitait cette localité. El-Abbas-Ibn-Omar-el- 
OusnaH se mit aussi de la bande. Quand ils furent arrivés au 
zaouta de Ghadir-el-Hams, près de Fez, Abou-1-Abbas se ren« 
dit prisonnier et fut chargé de fers. On l'envoya en Espagne sous 
la garde d'Omar-Ibn-Rabhoo, frère du vizir Masoud-lbn-Hah- 
hou-lbn-Maçaï. Il eut toutefois la permission d'emmener son fils 
Abou-FareS) mais on retint ses autres ^enfants à Fez. Embarqué 
à Ceuta, il fut dirigé sur Grenade pour être livré au sultan Ibn- 
ol'Ahmer^ qui se tenait alors dans PAlhamra. Ce monarque fit 
débarrasser le prisonnier de ses liens et, l'ayant placé sous la 
surveillance de quelques officiers, il lui assigna une forte pen-. 
tion: Nous raconterons plus loin comment Abou-^l-Abbas recou- 
vra la liberté et ce qui lui arriva. 



DISGRACE BT IQORT DV T1ZIR BOHAliaiED-lBN-OTaflJklf. 



Mohammcd>Ibn-Othman appartenait à la famille desBeni-'l- 
Kas, et à la tribu d'Ourladjen. Quand les Béni -Abd-el-Hack [les 
Mérinides] eurent établi leur domination dans le Uaghreb, la mai- 
son d'El -Kas leur fournit quoiqucs vizirs , mais elle se vil enfin 



DTNASTIB HtiBlNIOB. "-* MOCÇA. 433 

centratnie de passer en Espagne , en conséquence de la riTalité 
qui s était déclarée entre elle et les deux autres familles viziriea-^ 
nés , les Hachem et les Foudoud. Dans ce pays encore , la fa* 
xnîlle des Beni-'l-Kas eut, avec les Beni-ldris et les Beni-Abd- 
Allab, des contestations qui occasionnèrent la mort de plu- 
sienrsde ses membres. 

Ghazi-lbn*el-Kas passa sa jeunesse à la cour des Mérinides, 
pendant les règnes d'Abou-Said et d'Abou^l-Hacen. L'étude et 
le travail ayant développé les beaux talents dont la nature l'avait 
^oué, il fut nommé par Aboa^'l-Hacen successeur du vizir 
Yahya-lbn-Talha-Ibn-Mohalli , qui venait de mourir. Pendant 
plusieurs années Gbazi exerça les hautes fonctions dont on l'avait 
revêtu et, en Tan 744 [1340-4), iUssista, avec son mattre, à la 
•catastrophe de Tarifa et y perdit la vie en combattant les infi- 
dèles. 

Abou*Bekr-Ibn-Ghaziy fils du précédent, fut élevé par les 
soins et sous les yeux du gouvernement mériaide. La concubine 
dont il naquit, entra, après la mort de son père, au service de 
son cousin, le vizir Mohammed-lbn-Othman[-lbn-el-Kas], per- 
sonnage doni nous aurons bientôt à parler. La jeunesse d'Ibn* 
Ghazi se passa dans^ Ih maison d*lbn-Othman, dont il était, du 
reste, le supérieur par le rang qu'avaient tenu son père et son 
aïeul. Parvenu à l'âge de la raison, il déploya tant de belles qua-< 
lités qu'il s'attira les regards de plusieurs princes et obtint des 
«emplois qui l'habituèrent à l'exercice du pouvoir ; ensuite il de- 
vint vizir d'Abd-el-Aziz, ainsi que nous l'avons dit ailleurs. Dans 
cette haute position, il se fit seconder {)ar son cousin, Ibn-Oth- 
man, et montra comme administrateur une habileté de premier 
ordre. Après la mort d'Abd-el-Azîz, il plaça sur le trône le prince 
E3-Saîd, fils du monarque décédé. Cet enfant était encore si 
jeune qu'il n'avait pas perdu ses premières dents. Nous avons 
raconté ce qui s'ensuivit : la ruine de sa puissance, le siège qu'il 
eut à soutenir dans la Ville-Neuvo et le triomphe d'Abou-'l- 
Abbas. Ce sultan choisit Mohammed-Ibn-Othman pour vizir, Im 
laissa tous les soins de l'administration et s'abandonna aux plai- 
sirs. 

T. IV. 28 



I 



434 HtSTOIRB DBS BBBBÈRBS. 

Mohammed-Ibn-OthiDan gouverna i'ëiat, tant bien que mal^ 
jusqu'à Tépoque où le prince Mouça s'empara de là capitale. 
Abandonné alors par lesMérinides, ainsi que son sultan, il revint 
à Tèza avec ce monarque, qu'il quitta ensuite afin d'aller cher- 
cher la protection de Oueazemmar-lbn-Artf. Ce chef, qui se te- 
nait alors dans le voisinage de Tèza, Taccueillit avec dureté et 
lui tourna le dos. Se rappelant alors Tamitié qu'Ahmed-lbn- 
Obbou, chef des Arabes-Monebbat, lui avait souvent témoignée^ 
Ibn-Othman courut le trouver. Ibn-Obbou qui se trouvait avec 
ses nomades dans le pays situé au sud de Tèza, trompa le réfugié 
en lui offrant sa protection et en faisant prévenir le nouveau sul- 
tan de son arrivée dans la tribu. Un détachement de troupes, 
accompagné du Mizouar , Abd-el-Ouahed-Ibn-Obbou-lbn-Mo* 
hammed-Ibn-Gacem, de Zerouc-lbn-Toucrttet et de Taffranchi 
£l*Hacen-Ibn-Aouafou, fut envoyé à la recherche de l'ex-vizir 
et, Tayant reçu des Monebbat, qui s'étaient empressas de le 
livrer, il le ramena h la capitale. Aussitôt que ce malheureux y 
fut arrivé, on le promena avec ignominie à travers les rues de 
Fez ; ensuite, on le retint en prison pendant quelques jours, 
puis, on le mil à la torture afin de lui arracher ses tréscrs. Après 
avoir subi la confiscation de tous ses biens, Mohammed-Ibn- 
Othmoo fut égorgé dans le lieu où ses ennemis Pavaient 
enfermé. 



EXPÉDITION D'iBN-aïAÇAÏ CONTRE BL*nACBlf-lDN- Sn-If ACER QUI S^ÊTAIT 
MIS EN RÊTOLTB DANS LE PATS DBS GBOVABA. 



Le sultan Mouçj, étant parvenu au trône du Uaghreb, eut à 
subir la domination de son vizir, Afasoud-Ibn-Maçaï. Ce fut alurs 
qu'eurent lieu la déportation du sultan Abou-'UAbbd3 en Espa- 
gne, lexéculion du vizir Mohanimed-lbn-Olhman, et la disper- 
sion des parents cl des amis de ce minisire, qui furent obligés 
de se cacher dans les profondeurs [pour ainsi dire] de la terre. 
El-Abbas-Ibn-Micdad, neveu d'IbnOlhman, sVnfuit à Tunis où 



mriVASTIB BRINIDE. HODÇÀ. 435 

il trouva EUHacen, fils d'En-Nacer et potit-fils du suitau Abou- 
Ati, qui ëtaii arri véde l'Audalousie avec l*espoir de s'emparer du 
royaume [de Sidjilmessa, qui avait appartenu à sooaieul]^ 

D'après Pavis d^bo-Hicdad, ce prince prit la résolution do 
passer en Maghreb et d'entreprendre la conquête de ce pays. 
Ayant quitté Tunis avec son conseiller, il affronta les fatigues et 
les dangers d'un voyage à travers le Désert et atteignit en&n 
la montagne des Ghomara. Accueilli avec empressement par les 
habitants d'Es-Safiha, il les rallia à sa cause, s'en fit proclamer 
sultan du Maghreb et donna le titre de vizir à Ibn-Mfcdad. 

Cette nouvelle étant parvenue à Fez , obligea Masoud-Ibn* 
Maçaï d^envoyer contrôles insurgés son frère, Mehdi-Ibn-MaçaX* 
Pendant plusieurs jours, cet officier bloqua la montagne d'Es- 
Saflha sans pouvoir la soumettre. Alors, le vizir lui-même quitta 
la capitale à la tête d'une armée afin de hâter la réduction de cette 
localité ; mais, avant d'y arriver, il apprit la mort, du sultan 
qu'il avait laissé à Fez et se vit obligé de rebrousser chemin. 



DU SULTAN HODÇA BT AVÈNEMENT A'sL -MONTA CEA, FILS 
DU SULTAN ABOU-'L-ABBAS. 



Devenu sultan du Maghreb, Houça supporta avec impatience 
la domination d'Ibn-Maçaï et fit même entendre à quelques-uns )de 
ses intimes qu'ils lui rendraient un grand service en le débarras- 
santd'un vizir qui le tenait ainsi en tutelle. C'était ordinairemeot 
avec son secrétaire et confident, Mohammed-lbn* Mohammed- 
Ibn-Abi-Amr,fil3 du secrétaire de son père, qu'il s'entretenait 
à ce sujet. Il avait aussi plusieurs compagnons de table qu'il met- 
tait au courant de presque toutes ses affaires; parmi eux se trou« 
vait El-Abbas-lbn-Omar-lbn-Othman-eUOusnafi, dont la mère 
avait épouse le vizir et qui, lui-même, avait été élevé par ce mi- 
nistre. El-Âbbas rapporta à son beau-père tout ce qui se disait de 
lui dans la société intime du sultan et finit par lui inspirer une 
frayeur extrême, 



436 HISTOIRE DES BBKBÈRBS. 

Le vizir ne chercha plus alors qu'un prétexte de s'éloigner do 
Fez et il profita de la révolte d'El-Hacen-lbn-en-Nacer dans le 
pays des Ghomara pour se mettre encaoapagne et quitter la ca- 
pitale. Au moment de partir il y laissa, en qualité de lieutenant, 
son frère, YaYch-lbn-Rahhou-Ibn-MaçaY. Parvenu h * El-Casr-el- 
Kebir, il apprit la mort de Mouça, événement qui eut lieu dans le 
jnois de Djomada second (786 juillet-août 4384). Ce monarque 
fut emporté par une maladie de vingt-quatre heures; aussi, le pu- 
blic ne manqua-t'il pas d'attribuer sa mort à un empoisonnement. 
Yaïch, que Ton accusait de ce forfait, s'empressa de placer sur le 
tr6ne le prince El-Montecer, fils du sultan Abou-*l-Abbas et ne- 
veu du sultan décédé. Le vizir Ibn-Maçaï quitta précipitamment 
El-Casret, rentrée Fez, il ordonna la mort d'Es-Sobéîa-Mo- 
hammed-lbn-Mouça-Ibn-ibrahim, membre du corps des vizirs, 
qu^il avait fait mettre en prison, sous le règne de Mouça. Nous 
avons déjà parlé d'Es-Sobéïà et de sa famille. Pendant quelque 
temps encore, lbn*Maçaï continua à gouverner Tempire. 



LB PRINCE EL-OUATHFX-MOnAVflED, FILS D'aBOU-'L-FàDL ET PETrr-PILS 
\ ' ^ dUbOU-VHaCEN, ARBIVB d'BSPAGKE et SB FAIT PROCLAMER 

StLTAN A FEZ. 



Le vizir Ibn-Maçaï, aussitôt qu'il s'était aperçu des mavaises 
intentions du sultan Mouça à son égard, avait envoyé en Espa- 
gne son fils Yahya et le Mizouar-Abd-el-Ouahed afin d'engager 
Ibn-el-Ahmerà renvoyer en Maghreb le prince Abou-'l-Abba)&, 
qu'il s'était proposé de rétablir sur le trône. Le monarque es- 
pagnol consentit à leur deooande, tira Tes-sultan du lieu où on 
le retenait prisonnier et le conduisit a Gibraltar afin de le faire 
passer en Afrique. La mort du sultan Mouça, événement qui ar- 






' Dans le toxt ^ arabe, il faut insérer le mot Ha avant cl-casr. 



DYNASTIE HfiRINIDB. EL-HONTBGER. 437 

riva sur ces entrefaites^ amena le vizir à changer d'avis et k faire 
prier Ibn-el-Ahmer, par une voie secrète, de ramener Abou-'l- 
Abbas à Grenade et de lui envoyer El-Ooathec-Hohammed, fils 
d'Aboa<*1-Fadl et petit-fils dii sultan Abou-'l«-Hacen. De tous Us 
princes mérinides quibneUAhmer gardait auprès de lui, celui- 
là lui paraissait le plus facile b*cooduire et à tenir en tutelle. 
En conséquence de cette prière, Abou*'l*Abbas fut ramené à 
l'Alkamra et le prince EUOuathec fut envoyé à Gibraltar. 

Trois grands officiers de l-empire abandonnèrent, vers cette 
époque, le parti du vizir Masoud-Ibn-Maçaï, et se rendirent à 
Geuta, afin de passer en Espagne : ils se nommaient Yaïch-Ibn- 
Ali-lbn-Fares-el-Yabani , Siyour-lbn-Tahyaten-Ibn-Omar-el - 
Oungaçni et Mohammed-es-Sobeïhi. S'étant présentés à la cour 
de Grenade en se donnant pour émissaires du vizir , ils se firent 
remettre le prince El-Ouathec et remmenèrent en Maghreb avec 
eux. Arrivés à Zerhoun, montagne qui domine Mequinez, ils 
montèrent auprès des tribus qui habitaient celle localité, et s^y 
étant fortifiés, ils levèrent l'étendard de la révolte. Ayant ras- 
semblé autour d^eux une foule d'individos, tous aussi mal dis- 
posés pour Ibn-Vaçaï qu'eux-mêmes, ils prirent l'engagement 
de combiner leurs efforts et d'agir avec ensemble contre leur en- 
nemi. Parmi les nouveaux venus se trouvèrent Talha-Ibn-ez- 
Zobeir-el-Ourtadjeni , * Mohammed-et-Toimeci , membre de la 
famille d'Abou-t-Talac, et Fareh-Ibn-'Mehdi, affranchi d'origine 
chrétienne qui avait passé du service des BenirZtan, souverains 
de Tiemcen, dans celui du sultan [Monça]. 

Es-Sobeïhi eut à peine mené El-^Ouathec en Maghreb qu'i 
traita ses compagnons avec beaucoup de hauteur et prit envers 
eux le ton d'un mahre, parce qu'il était militaire et qu'il appar- 
tenait à l'un des corps de milice que l'empire avait à son service. 
Les fonctionnaires civils qui' l'accompagnèrent en furent si indi- 
gnés, qu'ils allèrent tous déclarer à El-Oualhec leur ferme résolu- 
tion de ne plus avoir le moindre rapport avec un homme aussi 



Ici le texte arabe ajoute le nom de Styour-lbn-Tayaten, 



438 mSTOlAB MS BSEBftBBS» 

insolent. Encouragés par le prince, qui leur laissa voir la part 
qu'il prenait h leurs sentiments^ ils se jetèrent sur Es-Sobelht^ 
qui se trouvait alors à la porte de la tente impériale, et lui 6fà- 
rentla vie. Taïch^I-Yabani, l'un des grands chefs mérinîdes, 
fui le principal acteur de cette affaire. Le sort d*Es-Sobeîbi peut 
servir de leçon à bien du monde ; il succomba sans être pleurjé ni 
sur la terre ni dans le ciel. 

Il nous faut, maintenant dire quelques mots de Zerrouc-Ibn- 
Toucrttet et de Moharnooed-ibn-Touçof-Ibn-Âllal. Zerrouc , 
affranchi de la famille Ali*Ibn-Ztan, cheikhs des Onngacen, était 
ua des grands oiEciers de Pempire mérinide et avait exercé ua 
haut commandement dans la milice. Ayant ab^^ndonné le service 
du sultan Houça, il se rendit , avec Mohammed- Ibn-Youçoi, 
au milieu des Aulad-Hoccin, arabes makiliens qui étaient en 
pleine révolte , et trouva un bon accueil auprès de leur 
chef , Youçof* - Ibn- Ali- Ibn-Ghanem ^ avec lequel il s'était 
déjà lié par les relations de bon voisinage. Youçof «-Ibn- 
Allal, père de Mohammed, était un des protégés d'Aboii-l- 
Hacen ; ce monarque ayant eu soin de son éducation. Zerrouc et 
Mohammed avaient une telle aversion pour le vizir lbn-Maça¥, 
qu*ils rentrèrent en Maghreb pour se joindre au. parti d'EU 
Ouathec, aussitôt que ce prince fut débarqué. Celle démarche 
leur valut une réception très-honorable et leur nomination aux 
charges qu'ils avaient déjà remplies. 

Le vizir vint alors se poster vis-à-vis des insurgés qui occu- 
paient la montagne deHaghtIa et, pendant quelques jours, il leur 
livra une série de comlxats ,, tout en employant des moyens se- 
crets pour gagner leurs chefs. Une armée qu'il envoya du c6t<^ 
de Mequinez, mit le siège devant cette ville et contraignit le gou* 
verneur , Abd-el-Hack-lbn-el-Hacen-Ibn-Youçof-el-Ourtadjem, 
à se rendre. Alors une correspondance s'établit entre El^Ouathee 



^ Dans letcxte arabe il faut lire y^*»iy. à la place de i^^y^ 



DTMASTIB MBSIHIDE. — BL-OUàTBBC. 439 

et ses partisans d'une part, et le vizir de Tautre. 11 s'agissait de 
faire reconnaître l'autorité d'EI-Ouathec et de renvoyer en Espa- 
gne ce fantôme de sultan, El-]^ontecer, qui pourrait alors rester 
auprès de son père, Abou-'l-Abbas. Cetle négociation ayant eu un 
résultat parfaitement satisfaisant, El-Ouathec et ses partisans 
allèrent joindre le vizir et campèrent auprès de lui. Yaïct>Ibn- 
Âli [à qui cet arrangement ne convenait pas] les quitta tous et 
s'en alla. 

Après avoir conduit £l-Ouathec au siège du gouvernement» 
Ibn-Maçaï lui prêta le serment de fidélité, aussitôt qu'il eut 
obtenu pour lui-même et pour ses amis, tous les avantages qu'ils 
pouvaient souhaiter .^L'inauguration du nouveau sultan eut lieu 
dans le mois de Choual788 (oct.-nov. 4386). El-Montecer fut 
renvoyé en Espagne où il trouva son père Abou-'l-Abbas. Alors 
le vizir fit arrêter plusieurs des chefs qui avaient soutenu El- 
Ouathec; il ôta la vie au Mizouar- Abd-el-Ouahed ; il emprisonna 
Fareh-lbn-Mehdi et fit mettre à la torture Dja-el-Khaber et d'au- 
tres encore. Ensuite il ordonna l'arrestation de tous les fa*- 
miliers du sultan Houça qui avaient tramé sa perte, et en fit mou- 
rir quelques-uns. Il emprisonna aussi .une partie de là milice 
andalousienne qu'Ibn-el-Ahmer avait envoyée en Maghreb pour 
soutenir EUOuathec ; les officiers d'origine chrétienne qui com- 
mandaient ce corps furent mis aussi en arrestation. Mohammed- 
Ibn-Abi-Âmr, secrétaire du sultan Mouça^ fut arrêté à son retour 
d'une mission auprès d'Ibn-el-Ahmer, et ne recouvra la liberté 
qu'en sacrifiant toutes ses richesses. 

A la suite de ces actes de rigueur , Masoud-Ibn-HaçaTenvoya 
Idrîs-Ibn-Mouça-el-Yûbani auprès d'E)-Hacen-lbn-en-Nacer, le 
même qui avait soulevé les Ghomara du mont Sattha et qui était 
resté au milieu d'eux. Cet agent usa de tant d'adresse qu'il par- 
vint h circonvenir le prince trop crédule et à l'emmener à Fez, 
en lui faisant accroire qu^il allait le pla.cor sur le trône. Le >izir 
retint ce jeune homme prisonnier pendant quelques jours et lo 
renvoya en Andalousie. 



A40 HISTOIKB Dft BItmift. 



»5-liAÇ«kï SE BtOUlLLB AYBG LB SULTAN IBIf-BL-*ABIIIR. — 

aboc^Vabbas Débarque a cbuta afin db RitONQuftRiR 

LE TBÔHB. 



Le vizir Ibn-Maçaï étant parvenu à fortifier son autorité par 
rioanguratioii d^El-Oualhec et à mettre fin aux (roubles qui 
avaient affligé Tempire, dirigea son attention vers les provinces 
que les Mérinides avaient perdues et chercha le moyen de let 
recouvrer. Il s'occupa d'abord de Cegta, forteresse que le sultan 
Mouça, lors de son arrivée d'Espagne, avait livrée au sultan ibn- 
el-Ahmer. Dans l'espoir d'obtenir la remise de cette place en pre- 
nant les voies de la douceur, il envoya un agent à la oour de 
Grenade. Ibn-el-Ahmer ne put maîtriser s» colère quand cet am- 
bassadeur le pria de rendre la forteresse au gouvernement du 
Maghreb, et il déclara de la manière la plus formelle qu'il n'y 
consentirait jamais. Ce fut ainsi que la mésintelligence se mi^ 
entre les deux cours^ 

Ibn-Maçaï expédia aassildt un corps de troupes contre Geuta et 
le fit accompagner par El-Abbas-Ibn-Omar-Ibo-OthmaB-el- 
Ousnafi , par Tahya-Ibn-Allal*Ibn<-Amsmoud et par le rms Mo- 
hammed, ù\b de Mobammed-el-Abkem. Le rou appartenait à 
'a famille royale de Grenade , étant descendu du sultan [Me- 
hammed-]es«Cheikh, ancêtre de cette dynastie et fondateur de 
l'empire andalousien. Le vizir écrivit en même temps au roi de 
la famille alphonsienne qui gouvernait Séville et la Galice, le 
priant da lui envoyer Mohammed-eUAbkem et Mohammed Ibn- 
Ismail, cousins d'Ibn-el-Ahmçr, afin de les lancer sur les états- 
de ce monarque. ^ 

L'armée du vizir emporta Ceutade vive fçrce et, è la suite d'ua 
long combatdans les rues de la ville, elle força la garnison anda- 
lousienne à se réfugier dans la citadelle. Ibn-eUAhmer , qui se 
tenait alors dans Malaga, remarqua les feux d'alarme que les 
assiégés avaient allumés et, sur le champ, il embarqua un corps 



DYNASTIE HfiRINlDB. — BL-(H2ATBBC. 444 

de troupes et l'envoya à kur secours. Ayant ensuite fait venir 
de l'Albamra le sultan Abou-4-Abba8, il lui fournit un navire 
pour le transporter en Afrique. Arrivé à la citadelle de Ceuta, 
}e premier du mois de Safer 7«9 (22 février 4387), Abouti- 
Abbas monta, le lendemain, sur le rempart et somma les Méri- 
nides de reconnaître son autorité. Le désordre se mit aussitôt 
dans Tarmée du vizir ; tojit le monde se dispersa et laissa tom-^ 
ber le camp au pouvoir des assiégés. Les fuyards retinrent par 
bandes et se mirent aux ordres de leur ancien sultan, mais les 
Arabes et leurs chefs se retirèrent à Tanger. Abou-'l-Abbas prit 
alors possession de la ville de Ceuta et, bien qu'Ibn-el-Ahmer 
Peut fait inviter k la lui rendre, il n'en persista pas moins à la 
garder '. 



LE SULTATT AB00-'L«ABBAS MARCHE SUR FEZ. — L'ABUAB DU 

VIZIR BST MISB EN DÉROUTE. 



Quand Abou-U-Abbas eut établi son autorité dans Ceuta , il 
prit la résolution de marcher sur Fez aGn de reconquérir son ro- 
yaume. Ibn-el-Ahmer Tencouragea dans cette tentative, en lui 
promettant de le bien appuyer. Il était d'autant plus intéressé au 
succès de son protégé qu'il avait découvert un complot ourdi 
contre lui-même par les intrigues d'Ibn-Maçaï. Ce vizir avait 
gagné quelques individus que le sultan andalousien admettait 
dans son intimité et les avait engagés à tuer leur souverain et à 
placer le rai'5 El-^Abkem sur le trâne de Grenade. L^on dit que 
ces traîtres étaient Youçof-Ibn-Masoud, de Valence, et Moham- 
med, fils du vizir Abou-'l-Cacem-Ibn-el-Haktm, de Bouda. Le 
sultan eut connaissance de la conspiration pendant qu'il se tenait 



^ Le texte arabe ajoute ici un passafl;e qui signifie, et il l'avais 
chargé des affaires des hôtes qui arrivaient. On ne comprend pas pour* 
quoi Tauteur a inséré ces mois ici. 



442 BISTOIBB DBS BBBBfcBBft. 

à Gibraltar pour veiller aa progrès du sultan Abou-'UAbba». 
Les conjurés et leurs parents furent tous mis è mort. Selon ua 
autre rapport, ce complot n^était qu'une fable imaginée par Kba- 
«ledy affranchi et ministre du sultan qui, se voyant gêné par 
l'influence de ces hommes, avait imaginé ce moyen pour s'en àé* 
barrasser. Quoi qu'il en fut, le sultan laissa éclater une viveindi- 
gnation contre Ibn -Ha çaï et pressa ie départ d'Abou-'l-Abbas 
en l'exhortant d'aller reprendre son royaume. 

Le sultan mérinidc se hâta de suivre ce conseil et, après avoir 
établi dans Coûta comme son lieutenant Rahhou-lbn-ez-Zaïm-eU 
Mokdoudi, ancien gouverneur de cette place forte, il alla mettre 
le siège devant Tanger , ville où Saleh-Ibn-Hammou-eUYabani 
commandait au nom d'El-Oualhec et dont la garnison avait pour 
chef le raïs El-Abkcm. Après avoir assiégé la place pendant 
quelques jours sans pouvoir la réduire , il y laissa un corps de 
troupes en observation et marcha sur Aztla. Cette ville reconnut 
aussitôt son autorité et lui ouvrit ses portes. 

Ibn-Maçaï • se mit alors à la tétede l'armée et marcha sur At tla , 
après avoir installé son frère Yaïch dans la capitale avec les 
pouvoirs de lieutenant-général. Quand son avant-garde parut en 
vue d'AztIa, le sultan Abou-'l-Abbas s'éloigna précipitamment 
afin de se réfugier sur le montSaflba. Il y fu^bientôt bloqué par 
les troupes du vizir et par le corps d'archers andalousiens que 
ce ministre avait fait venir de Tanger. Pendant l'espace de deux 
mois il eut à soutenir un siège très-rigoureux ; mais alors, il 
éprouva un changement do fortune, amené par une nouvelle 
complication d'événements. 

Depuis longtemps, Youço[-lbn*Ali-lbn-Ghanem, cheikh des 
Âulad-Hocein, arabes makiliens, avait méconnu l'autorité du 
vizir et s'était prononcé en faveur d'Abou-'l-Abbas. Il avait 
mémo écrit au sultan Ibn-el-Ahmer pour obtenir le renvoi de son 
ancien souverain en Afrique. Ayant maintenant appris qu'Abou- 
'l->Abbas marchait sur Fez après avoir occupé Ceuta, il rassembla 



» Le texte arabe porte Ibn-Fares 



DYNASTIE HERINIDB. — IL-OOATHEC. 443 

ses Arabes, pénéira avec eux dans le Maghreb et prit posilioo 
entre Fez et Miknaça ^ Delà il lança ses cavaliers dans les plaw 
Des voisines, afin d*y répandre la dévastation et de forcer les cul- 
tivateurs è se réfugier dans les places fortes. 

D'un autre côté, Ouenzemmar-lbn-Arlf, ami sincère delà dy- 
nastie roérinide, avait continué à correspondre avec le sultan 
Abou-'l-Abbas, auquel il était toujours resté fidèle, et il ne cessa 
d'écrire ë Ibn-el-Ahmer en faveur de ce prince* Tout-à-coup, il 
yit arriver chez lui, aux environs de Tèza, Abou-Fares, fiU 
d'Ahou-'l-Abbas, et Siyour-lbn-Tayaten-lbn-Omar. Ces envo- 
yés loi dépeignirent si vivement la dangereuse position da leur 
sultan, toujours bloqué dans le Saflhaque, sur le champ, il fit 
proclamer la souveraineté de son ancien maitre et se rendît à 
Tèza avec Abou-Fares. Soleiman-lbn-Bouhîat-el-Foudoudi, pa- 
rent du vizir Ibn-Maçaï et gouverneur de cette ville, fit aussitôt 
sa soumission au jeune prince et lui livra la place. Pour lui don- 
ner, un témoignage de 3a haute satisfaction , Abou-Fares le prit 
pour vizir et partit ensuite pour Sofrouï avec Ouenzemmar, afin 
de se joindre aux Arabes makiliens et d'entreprendre avec eux 
le siège de Fez. 

Yers la même époque, un corps de troupes , sous les ordre» 
d'Él-Abbas-lbn-el-Micdad, fils de la sœur du feu vizir, Moham- 
med-Ibn-Olhman, se présenta devant Ouergha au nom du sultan 
Abou-'lAbbas, et trancha la tète au gouverneur Mohammed-Ibn- 
ed-Demâa. 

A l'aspect des révoltes qui éclatèrent ainsi de toute part, 
Yaïch-lbn-Maçaï expédia uu courrier au camp de Saffha, pour 
en avertir son frère, le vizir. Les troupes, ayant suce qui venait 
d'arriver , abandonnèrent leurs positions et prirent en toute 
hâte la route de Fez. Le sultan se mit à leur poursuite et, 
après avoir reçu la soumission de Dja-el«Khaber, gouverneur 
de Mequinez et affranchi de l'émir Abd * er - Rahman, il opéra sa 



La ville de M(?qiiincz. 



444 HtBIOll^B DBS BBRBBRBS. 

jonction avec les nomades que Yoaçof-lbn-* Ali- Ibn* Ghaneo^ 
s'ëtaît empressé de lai amener, el^marcba sur Fez. 

' Aboa^ares venait de quitter Tèia pour se rendre è Sofrouï, 
où il espérait trouver son père, le sultan ^ quand il rencontra k 
fieni-BeblouI un corps d'armée commandé par Ibn-Maçaï. Ce 
vizirn'hésita pas d'engager un combat dont le succès lui parais- 
sait assuré ; mais, à peine eut-il fait ses dispositions pour l'atta- 
que, qu'il se vit abandonner par ses troupes qui passèrent toutes 
du câté de son adversaire. Il prit aussitôt la fuite et rentra dans 
la Ville-Neuve où il espérait trouver un asile. Le sultan Abou- 
'1-Abbas fut bientôt averti de cet événement et quitta Mequinei 
a6n de marcher sur la capitale. Parvenu au Ouadi*'n-Nedja, il 
opéra sa jonction avec son fils, Abou-Fares, qui était venu à sa 
rencontre et, le lendemain, il parut avec son armée sous les 
murs de la Yille-Neuve. Le vizir qui s'y était déjà enfermé 
avec ses partissms et ses créatures, retenait alors auprès de lui 
Taghmoracen*lbn-Mohammed et plusieurs otages qu'il s'était 
fait donner par les cbefs mérinides avant de marcher contre 
Aztla. 



LBS PARTISANS DU SULTAN ABOU-'^L-ABBAS BfiTABLISSBNT SON 

AUTORITÉ A MAROC. 



Le vizir ibn-Maçaï avait confié le gouvernement de Maroc et 
des provinces masmoudiennes à son (rère Omar. Tout ce pays 
était parfaitement soumis quand la nouvelle s'y répandit de la 
prise de Ceuta par Abou-'l-Abbas. Les partisans que ce monar- 
que conservait encore dans ces contrées s'apprêtèrent aussitôt 2k 
y rétablir son autorité, et Ali-lbn-Zékérïa, chef des Heskoura, 
la fit reconnattre h tous les gens de sa montagne. Le vizir était 
encore occupé à bloquer le sultan dans la montagne deSafihaet 
avait môme fait demander des renforts au gouverneur de Maroc, 
quand l'insurrection éclata. Makhlouf-Ibn - Soleimao, gouver- 
neur de la région qui sépare le Sous des provinces marocaines, 



DYNASTIE VRIIf IDB . BL^OUATHEC. 44S 

s^empressa de lui amener quelques troupes, mais les autres gou- 
verneurs so tinrent dans l'inactlou et finirent par abandonner 
leurs postes. 

AboU'Thabet, petit-fils d'Ali-lbu-Omar, se rendit alors à la 
montagne des Beskoura, avec Youçof-lbn-Yacoub-es-Sobeïhi, 
afin d'obtenir l'appui d'Ali-Ibn-Zékérïa. Ils allèrent ensuite atta- 
quer Omar-lbn-Rahhou-lbn-Maçaï dans Maroc et, à la suite d'un 
combat assez court, ils s'emparèrent de la ville. Abou-Tbabet 
s^installa dan^ la citadelle, y fit emprisonner Omar et envoya au 
sultan une dépécbe renfermant cette bonne nouvelle. Abou-'l- 
Abbas , à qui cette communication arriva au moment où il quit- 
tait Mequinez pour marcher sur Fez, transmit à Abou-Thabet 
Tordre de lui amener les troupes marocaines; ayant jugé que 
leur concours lui serait nécessaire pour faire le siège de la Ville- 
Neuve. Abou-Thabet établit un de ses cousins dans la citadelle 
de Maroc en qualité de lieutenant et partit pour Fez avec Tarmée 
qu'il avait rassemblée. Il trouva le sultan sous les roqrs de 
la Ville-Neuve et- resta avec lui jusqu'à la chute de cette place 
forte. 



BL-HONTECSB, FILS DU SULTAN AB017»'L-ABBAS, BST NOMIIÉ 

GOCTBBNBUR DB MABOC. 



Rentré en Maghreb avec l'espoir d'y rétablir son autorité, le 
sultan Abou -'1- Abbas embarqua son fils, Mohammed-el-Monle* 
cer, pour Salé et lui adjoignit en qualité de vizir Abd-el-Hack- 
Ibn-el-Hacen-Ibn-Youçof. Le jeune prince, étant arrivé à sa des- 
tination, eut l'adresse d'attirer chez lui Zerrouc-lbn-Toucrîret 
qui, ayant appris que le sultan assiégeait la Ville-Neuve, avait 
quitté le Dokkala pour rentrer [en Maghreb]. Zerroucfut chargé 
de fera, conduit auprès du sultan et mis h tnort dans la prison 
0(1 ce monarque l'avait fait enfermer. Quelque temps après, El- 
^Monlecer reçut de son père l'ordre d'aller prendre le gouverne- 
ment de Maroc et, s'élant rendu à cette ville, il somma le com- 



416 BIST01BB DBS BBRBBH18. 

loandant do la ciladelle de lui livrer la place. Cet officier, «qui 
agissait comme lieutenant d'Âbou-Thabet, répondit que le prince 
pourrait y entrer, mais sans être accompagné par aucun indi- 
vidu de sa suite. Ali-Ibn-Abd-el-Âziz, cheikh des Hintata et con- 
fident du lieutenant, fit alors avertir, par une voie secrète, le 
vizir Abd-el-Back, que l^on avait le projet delui 6ter la vie avant 
de remettre la citadelle au prince. Le vizir partit, sur le champ, 
avec son maître, et, s*étant jeté dans la montagne des Ueskoara, 
il expédia au sultan une dépêche dans laquelle il raconta ce qui 
venait de se passer. Abou-'UAbbas en fut vivement contrarié et, 
ne voulant pius se fier à Abou-Thabet, il lui enjoignit d'écrire 
au gouverneur de Maroc, Tordre de mettre EUMontecer en pos- 
session de la citadelle. Ayant ensuite prononcé la destitution du 
vizir Abd-eUHack et son rappel à Fez, il fit choix de Saîd-Ibn- 
Abdonn pour le remplacer. Satd partit sur le champ, muni de la 
lettre d' Abou-Thabet et, Tayant remise, jl se fit livrer la cita- 
delle et y établit le fils du sultan. Amer, le lieutenant d'Abou- 
Thabet, et tous ses partisans furent arrêtés par les gens d'Ël- 
Montecer et mis à la torture jusq^'à ce qu'ils eussent livré toutes 
leurs richesses. 



PRISE DB LA YILLB-NBUVB ET MORT J)'lBIf-aiÇAÎ 



Aussitôt que le sultan eut pris position sous les murs de la 
Yille-Neuve , les membres do sa tribu, [les Beni-Meriu] et ses 
dépendants accoururent auprès do lui. F^o vizir Masoud-lbn- 
Maçaï fut tellement indigné de la défection des Mérinides,que, 
sans l'intervention jde Yaghmoracen-Ibn-Mohammed, il aurait 
àié la vie à tous les enfants que ces chefs lui avaient remis 
comme gages de leur fidélité. Réduit jusqu'à la dernière extré- 
mité, après avoir soutenu un slëgo de trois mois, il demanda 
une capitulation ai/ sultan qui lui envoya* Ouenzemmar-lbn- 
Arlf et Hohammed-Ibn-Youçof^lbu-Allal, chargés de négocier la 
reddition delà place. Comrae conditions du traite, Ibn-Maç^ï 



DTRASTIB MSINIDE.— IBOC-^L'-ABBAS. 44? 

obtint ^assurance qu'aucun mal no serait fait ni à lui, ni à ses 
partisans ; quUl conserverait le titre de vizir et qu'il aurait la 
permiston d'emmener en Espagne son sultan El^Ouatbec. Les 
deux commissaires d'Abou-'l-Abbas promirent, sur la foi du 
serment, que ces conditions seraient respectées. 

Le cinq Ramadan 789 (21 sept. 4387) le sultan rentra en pos- 
session de la Ville-Nieuve, trois ans et quatre mois après son dë- 
trônement. A l'instant même, El-Ouatheo fut arrêté et emmené 
à la prisoi? de Tanger où il fut mis à mort. Deux jours après 
l'occupation do la ville, le sultan proGta du raffermissement de 
son autorité pour faire arrêter et mettre à la torture Masoud-Ibn- 
Maçaï ainsi que les frères et les partisans do ce vizir. Ces malheu- 
reux succombèrent tous dans les supplices. Maâoud fut traité 
avec une cruauté inouie : comme il avait donné l'ordre de sac^ 
cager les habitations des Hérinides qui l'avaient abandonné, il 
reçut vingt coups de fouet sur l'emplacement de chaque maison 
qu'il avait fait abattre; de sorte que ce traitement dépassa toutes 
les borner* Ensuite, le sultan ordonna de lui couper les mains et 
les pieds, mais le malheureux vizir rendit le dernier soupir au 
moment où le second de ses qualres membres lui fut abattu. 



MODAXUBD-IBN-' ALLAI EST IfOMSlfi VIZIB. 



Youçof-lbn-Allal, père de l'hommo d'état dont nous allons 
^esquisser l'histoire, sortit dy corps de jeunes gens que les sultans 
mérinides faisaient éleyer à leur cour. Il passa ses premières 
années dans le palais d'Ahou-'l-HaceD; et tant que h fortune 
favorisa son protecteur, il monta graduellement aux plus hautes 
dignités de Tétat. Gouverneur du Derâ, il amassa do grandes 
richesses, et, comme son caractère le portait vers la magnifi- 
cence, il mena un train do vio digne d'un souverain. Le sultan 
Abou-Binan lui confia l'intendance de sa cuisine, do sa table et 
de la maison des hôtes. Maintenu dans cet einploi par Abou- 
Salcm, frère d'Abou-Einau, Youçof-lbn-Allal y resta quelque 



448 nKTOIRB DB9 BIRBfelUKS. 

temps; il passa ensuite au gouvernement de Sidjtlmessa, oà il 
éprouva tant de difficultés dans radministratioa des tribus 
arabes que le sultan se vit obligé de )e destituer. H mourut à 
Fez, laissant plusieurs enfants qui furent tous élevés à Pombre 
delà bonté impériale. 

Quand Abou-1-Âbbas monta sur le trône, Mohammed, fils de 
Youçof-Ibo-Allal, laissa paratlre de si belles dispositions qu'il 
obtint du sultan l'intendance de la table royale et de la maison 
des hôtes, emploi que son père avait déjà rempli : dans la suite, 
îl devint le confident et compagnon du souverain. La déposition 
d'Abou-4-Abbas ayant rendu le vizir Ibn-MaçaY tout puissant, 
Mohammed-lbn-Allal se trouva dans un graud embarras : depuis 
longtemps, il avait eu en Yaïch, frère du vizir, un ennemi qu^il 
détestait, et maintenant, il se vit obligé de plier devant leur auto- 
rité. Aussi, quand le feu de la'révolte éclata en Maghreb et que les 
Arabes makiliens recommencèrent leurs courses dans le terri- 
toire de Tempire, il s'empressa do fuir le danger auquel il se 
voyait exposé , se rendit au milieu de ces nomades avec Zer<» 
rouc-lbn-Toucritet , et y resta sous la protection de Youçof- 
Ibn-Ali-lbn-Gbanem, cheikk des Aulad -Hoccin. Quand Ël- 
Ouathec arriva d'Espagne et se porta avec ses partisans jusqu*à 
la montagne de Zerboun avecTintention de combattre Ibn-Maçaï, 
les deux réfugiés accoururent auprès de ce prince et reconnurent 
son autorité ; se justifiant ainsi de l'hostilité qu'ils avaient mon- 
Crée au gouvernement cl h laquelle ils avaient été poussés par 1^ 
haine d'Ibn-Maçaï. A peine y furent ils arrivés que ce ministre 
se reconcilia avec £l-Ouathec et le conduisit à Fez. Zerronc et 
Ibn-AUal ne purent se dispenser de suivre le prince et retom- 
bèrent ainsi au pouvoir de leur ennemi. Le vizir oublia toutefois 
ses griefs contre eux et les rétablit dans leurs anciens emplois. 

Quand Mohammed Ibn -Allai apprit qu'Abou-'l-Abbas avait 
débarqué à Ceuta, il en ressentit une vive émotion et, se rap- 
pelant la bienveillance qucce prince lui avait toujours témoignée 
ainsi que la haine que les frères Maçaï lui avaient montrée, il 
prit hardiment ^on parti et se rendit h Ceuta. Le sultan le vit 
arriver avec plaisir, le reçut très-hoiiorablcment cl lui confia la 



DYNASTIE XfiRtNJDC. ABOU-^-ABBAt. %h9 

drrcotîon dos affaires politiques. Quelques jours après Vinvesr 
tissement de la Ville-Neuve, Iba-Allal se vit revâlu du vivirM. 
Dans celte charge împorlànte, il déploya uee grande habileté. 
Après la prise de la Ville-NeQV4), l'ordre se rétablit dausTeiii- 
pire et Mohammed-lbn-AJlal continua à remplir ses hautes fonc- 
iioas de la mamère la plassatlsfaisaole. Nous aiAroas à repacler 
«de ce ministre: 



HOBAUaieil, FILS DU SULTAN AHD-EL-nALtif, S'BMPARB BB 

siiuilhessa. 



Dans notre histoire du suUan Abd-el'^Halim, sarnommé Hallt 
•et fils du sultan Abou-Alt ^ nous avons mentionné que lesMérini- 
des le proclamèrent souverain et marchèrent avec lui, l'an 763 
(1361 j, contre la Ville-Neuve, forteresse dans laquelle Omar-Ibn- 
Abd-Allah s^élait enfermé avec son sultan, Abou«Oi9ar-[TacheftD]y 
filsd'Abou-'l-Hacen. A la suite d'une sortieopéréepar la garnison, 
les Mérinides se dispersèrent de tous côtés et , pendant que le 
sultan Abd-el-Halîm courut se réfugier dans Tèza, son frère, 
Abd-eUMoumen, et son neveu, Abd-er-Rahroan-Ibn-Abi-Ifel- 
loucen, se dirigèrent vers Miknaça (Wèj^utnez). 

Comme les Mérinides refusaient de reconnaître Abou-Omar 
pour leur sullan, vu que son état d'imbécililé le rendait incapable 
de régner, le vizir Omar*lbn-Abd -Allah prit le parti de le, rem- 
placer par Mohammed, fils d'Abou-Abd^r-iRahman etpetit^ls 
d'Abou-'l-Hacen. Ayant fait venir ce prince de Séville, il le pro- 
clama sullan et sortit aussitôt après, à la taie deTarmée, afia 
d'empêcher Abd-el-Moumen et Abd-er-Bahman d'occuper Me- 



* Voy. p«ige 354 de ce volume. 



490 OISTOIRB DES BEIBBSIS. 

qninez. Pans la rencontre qui eut lieu^ les troupes de ces princes» 
furent mises en déroute ; aussi se virent-ils obligés de rentrer a 
Tèza, auprès d'Abd-el~HaUm. De là, ils se transportèrent tous 
les trois à Sidjilraessa et y fixèrent leur séjour ; Abd-el*Haltn 
conservant toujours le titre et l'autorité de sultan. 

Quelque temps après, une querelle éclata entre les Aulad* 
Hocein et les Ahiaf, tribus arabes makiliennes, et Abd*el-Mou- 
men passa au milieu d'eux dans Tespoir d'effectuer un raccomo- 
dement; mais, aussitôt qu'il s'y présenta, les Hocein le proclamè- 
rent sultan malgré ses remontrances. Abd-el-Halîm marcha 
contre les insurgés h la tête des Ahlaf et leur livra une 
bataille qui amena la défaite de ses troupes et la mort de ses 
principaux partisans. Dans cette journée, Yabya-lbn-Rahhou- 
Ibn-Tacheftn-Ibn-Môti, cheikh des Tirbîghtn et grand officier de 
l'empire mérinide, perdit la vie. Abd-el-Moumen fit alors son 
entrée dans la ville de Sidjilmessa, prit en main l'autorité souve- 
raine et donna à son frère» Abd-el-Haltm , l'autorisation de se 
rendre en Orient afin de faire le pèlerinage de la Mecque. Ce 
prince partit pour le Caire, en prenant la route que l08 pèlerins 
de Tekrour ^ ont l'habitude de suivre à travers le Désert. Arrivé 
dans la capitale da l'Egypte, il trouva un honorable accueil au- 
près d'ilbogha-el-Khasseki , officier qui gouvernait alors au nom 
du sultan El-Achref-Chàban-Ibn-Hocein, petil-fîls d'En-Nacer- 
Mohammed et l'arrière petit-fils de Galaoun. Outre les dons et 
les rations qu'il obtint pour lui-même et pour les gens de sa 
suite, l'émir égyptien lui fournit, à titre de provision de voyage, 
une grande quantité de vivres, de vaisselle et de bétes de som- 
me, tant chevaux que chameaux. Après avoir accompli le pèle- 
rinage, il revint au Caire où il reçut encore un grand approvi- 
sionnement pour son voyage enMaghreb, etmourulàTeroudja]*, 



' Tekrofir, le pays des Nègres. 

• Voy. l'index géographique, en tête du prenf>ier volume» 



DYNASTIE HfiRlKIDE. — AHOU-^L-ABBAS. 45) 

tm l'an 767 (1365-6). Les persoDDes attachées à son service ra- 
menèrent en Maghreb ses femmes et ses enfants. Son fils, Mo- 
hammed, dont nous avons maintenant à parler^ était alors un 
enfanta la mamelle. 

Mohammed , fils du sultan Abd-el-HaUm , passa sa jeunesse 
loin de sa famille, h cause de la jalousie qui animait les fils 
du suhan Afaou -'l-Hacen contre leurs cousins, les fils 
d'Abou-Àli. Il vivait tantôt chez un souverain , tantôt chez un 
autre ; mais, le plus souvent, il habitait Ttemcen, sous la pro- 
tection d*Abou-Hammou, l'abd-el-ouadite. Ce monarque eut de 
lui un soin tout particulier; car il espérait Renvoyer plus tard 
en Maghreb [comme prétendant au trône de ce pays,] ce qui 
devait empêcher les Mérinides d-aitaquer le royaume de Tlem- 
cen. 

En l'an 789 (1387), lors de l'insurrection des Arabes maki- 
liens contre le vizir Masoud-Ibn-Maçaï, le sultan Abou-Hammou 
s'empressa de faire passer son protégé au milieu de ces tribus, 
afin de leur donner un prétexte d'envahir le Maghreb et d'effec- 
tuer, s'ils le pouvaient, le démembrement de cet empire. Mo- 
hammed s'arrêta chez les Ahiaf, peuplade dont le territoire était 
irès-rapproché de Sidjilmessa et dont les liaisons avec les ha- 
bitants de cette ville étaient des plus suivies. Ali-lbn-lbrahtm- 
Ibn-Obbou^Ibn-Maçaï commandait alors h Sidjilmessa au nom de 
son parent, le vizir. Celui-ci, se voyant étroitement bloqué dans la 
Ville-Neuve par le sultan Abou-'l-Abbas, envoya des émissaires 
auprès des Ahiaf et recommanda à son cousin Ali d'engager les 
gens de cette tribu à proclamer le prince Mohammed et à l'éta- 
blir comme sultan dans Sidjilmessa. Il espérait qu'à la suite 
de cet arrangement, Mohammed envahirait le Maghreb et force- 
rait le sultan Abou-'l-Abbas à lever le siège de la Yille-Neuvc, 
dont la garnison était aux abois. On suivit ce conseil, et Ali-Ibn- 
Ibrahîm, qui avait admis le prince Mohammed dans Sidjilmessa, 
entreprit de lui servir de vizir. 

Après la prise de la Ville-Neuve et la mortd'Ibn-Maçaï, de ses 
frères et de ses parents, une mésintelligence éclata entre le vizir 
Aii-Ibn-lbrahim et le sultan Mohammed. Il en résulta que celui- 



452 BISTOIRC DES BEBBfeBKS. 

ci abdDdooDa Sidjilmessa et reoira à Tlemceo. où la protection 
d'Abou-Hammou ne devait pas loi manquer. Dès lors, Ali-Ibn- 
Ibrahtm fut en proie à des inquiétudes toujours croissables, et il 
finit par se rendre au piilieu des Arabes plutôt que de rester dans 
une ville qu'il n'osait plus gouverner. Ayant obtenu une es- 
corte d'une de ces tribus, il prit la route do TIemoen où il espé- 
rait obtenir un asile, auprès d'Abou-Hammou. Après la mort de 
ce sultan, il partit pour Tunis, où il se trouva, Tan 706 (1 393-i), 
l6rs de la mort du sultan bafside, Abou-'l-Abbas. 

iQuand Abou-Hammou perdit la vie, Mohammed, fils d'Abd- 
el<*Halfm, se rendit aussi à Tunis ; puis, après la mortd'Abou-'l'- 
Abbas [le hafside]| il partit pour l'Orient afin d'y voyager, d'y 
faire la guerre et de se tenir éloigné de sa pairie. 



■ORT D'iBIf-ABl-AMB BT DB lABACAT-IBN-HASSOUN. 



LesuUan Abou-'UAbbas, étant remonté sur le Irône, tourna 
son attention vers la conduite passée des officiers de l'empire, 
afin d'en reconnaître ceux dont il devait se méGer. Parmi les 
l^ns de sa cour il remarqua particulièrement Mobammed-lbn- 
Abi-Jimr, un de ses familiers d'autrefois, auquel il avait départi 
sa faveur et accordé le premier rang parmi le courtisans. Nous 
avons déjà parlé de cet bomme d'état. 

• LesultanMouça, étant devenu mailre de l'empire, ressentit 
pour Ibn-Abi-Amr les mêmes sentiments de bienveillance 
que son père, Abou-Einan, avait montrés envers le père de ce 
même individu. Il le choisit pour confident et, voulant l'élever 
au-dessuB de tous Mes autres officiers du royaume, tl le nomma 
secrétaire, chargé, comme son père avant lui, d'apposer le pa- 
raphe impérial aux écrits émanant du souverain. Dans toutes 



^ Lisez joUw à la place de^U^ 



CTNAST12 VtBlIlIDS. ABOU-'L-ABBAS. 45S 

ie3 affaires importantes, Mouça avait recoars ë l'avis dece minis- 
tre, et il s^en laissait influencer au point de rendre tous les grands 
fonctionnaires jaloux de son favori. Quand le vizir Masoud- 
Ibn-MaçaY apprit que le sultan Mouça en voulait à sa vie, il dé- 
couvrit on même temps qu'Ibn-Abi-Amr était la personne qui le 
desservait auprès du prince. Ce même Ibn-Âbi-Âmr, devenu le 
favori du sultan Mouça, se rappela les moindres offenses qu'il 
avait reçues des intimes de [Tex-sultan] Ahmed [-Âbou-'l- 
Abbas] et, pour se venger, il poussa son maitre à leur donner la 
mort. Offensé de quelques observations que le cadi, Abou-Ishac- 
el-Iznaceni, s'était permis de faire dans une partie de plaisir où 
le sultan se trouvait avec ses intimes, il essaja de perdre ce ma- 
gistrat dans l'esprit du sultan et réussit à le faire fustiger de la 
manière la plus indigne. Envoyé en Anda|QUsie pour y remplir 
une mission, il eut souvenj; l'occasion de passer aupfès de la mai^ 
son oii Abou-'UAbbas était détenu ; quelquefois même il Ip rea- 
contraity mais il se gardait biep de)e saluer ou de lui (^moigner 
le respect qu'on doit à un prince. Ce fut là un trait qu'Abou'U 
Abbhs n'gublia p^s ; aussi, quand il en eut fini ayec ibn-MaçaY. 
il ordonna l'arrestation du courtisan ipgra^ et, quelques j,our8 
après, il le fit mourir à'coups de fouet. La famille du supplicié, à 
laquelle on envoya le corps, s'occupait à le jiransportç^ au cim^- 
iière quand 09 vint, par Tordre du sultan, le tirçr de la bière, 
le traîner par les pieds, au moyen d'une corde, à travers tous les 
quartiers de la ville et le pter enfin sur on tas de décombres. 

Quelque temps après, on emprisonna Haracat-lbp-Hassonn f 
homme qui, dans la carrière de la trahison, savftit prendre 
toutes les allures. Quand Abou-'l-Abbas vint débarquer 9 Ceuta. 
les Arabes niakilieos^ qui s'étaient insurgés contre le gouveriiçr 
menideFeZ; allèrent trouver Baracat è Tedia ,çt le forcèrent .^ 
reconnaîtra rautorité d^ ce monaque et à -les ^QÇOJJ^p^^^^r ^- 
près de lui. Le sultan avait été instruit du mauvais yçalp.ir de 
cet oQicier, mais il dissimula son mécontentemeot jusqu'il œ 
' qu'il .eût rafEern;ii sa piûssançe p,ar I9 prise de la Vill^-fi^ç^ye .; 
%alors, il ordonna Tarrcstation du traître et le fit ijQO^rif daiiji 
les tortures. ^., 



4^54^ IHSXOIRB DBS SCHBtEEff. 



BtVOLTB D^ALI-1B?I-ZÉ:kÉRÏA DA?(S L4 MONTAGNE DBS HBSKOUftA. 

SA UORT. 



Ali-Ibn-Zékérïa, cheikh des Heskoura, auquel Âbou^'l*Abba& 
envoya ^invitation de venir k son secours au moment d'entre- 
prendre le siège de la Ville-Neuve, ressentit trop vivement les 
obligations qu^il devait au prince pour s^y refuser : il rassemblâ- 
tes gens de sa tribu, ainsi que les troupes masmoudiennes, et 
alla prendre part au siège. Le sultan lui témoigna sa reconnais- 
sance en Ini accordant le commandement de toutes les tribus 
masmoudiennes, charge que le gouvernement avait Phabilude de 
oonGer au grand cheikh des Heskoura. Quelque temps après, un 
chef masmoudien, nommé Mohammed -lbn-Youçof-el-Metzan\ 
vint à la cour et, comme sa sœur avait épousé le vizir Moham- 
med-lbn-Ibrah}m-lbn«Allal, il se fit donner par le sultan Tem- 
.ploidonl on avait revêtu Ibn-Zékérïa. Celui-ci en fut si indigné 
qu'ayant trouvé un prince de la famille royale, il le proclama sul- 
tan et leva l'étendard de la révolte. Abou*'l-Abbas envoya une 
armée contre lui sous la conduite de Mohammed -Ibo-Youçof et de 
Saleh-Ibn-Hammou-eUYabani. Il transmit, eu même temps, à 
Omar-lhn-Abd-'cl-Moumen, gouverneur du Derà, l'ordre de se 
mettre à la tête des troupes de cette province afin d'attaquer 
le rebelle du côté du midi. Ali-Ibn-Zékérïa, se voyant bloqué 
dans sa montagne, après avoir essuyé plusieurs défaites, passa 
dans la montagne voisine , et demanda la protection d'fbrahtm- 
Ihn-Amran-es-Sanagui (/r sanhadjien). Ce chef ,. craignant Tes 
conséquences d'une révolte qui l'exposerait h être vaincu, écouta 
les représentations deMohammed-Ibn-Touçofet, séduit par Tar^* 
gent de ce ministre, il lui livra son hôte. On conduisit le prison- 
nier à Fez où il fit son entrée enla présence d'une foule immense. 
Après la mort du sultan Abou«-'l-Abbas, les personnes chargées 
de gouverner le Maghreb eurent une telle crainte de l'influence 
qu'Ali-lbn-Zékérïa exerçait encore qu'elles le firent mourir dans 
la prison où on le tenait enfermé. 



BTNASTIB HâRllflDE. — AB0U-'L-ABBA9. 455 



âBOU-TACBBFÎR SB BÉTOLTB CONTRE SON PËRB , ABOO-HAMIOU, 
ET DBVANDB l'APPUI d'aBOU-'L-ABBAS. — 1IAR€HB DE l'ARXtK 

HÊRINIOB BT SORT D^ABOU-HAMMOU. 



Vers la 6n de Tan 788 (janvier 4387), le prince Âbou-Ta« 
cheftn emprisonna son père, Àbou-Hammou, h Oran, et marcha 
contre ses frères, El-^Montecer, Âbou-Zian et Omaïr, qui avaient 
joui de toute la faveur paternelle à son détriment. Pendant plu- 
sieurs jours, il les tint bloqués dans la montagne de Ttterl^ ou 
ils s'étaient mis sous la protection des Hosein ; puis, réfléchis- 
sant aux dangers dont il serait menacé tant que son père resterait 
en vie, il ordonna h son fils, Abou-Zian, de se rendre à Oran et 
défaire mourir le prisonnier. Abou-Ztan partit à la tétad^une 
bande de familiers qu'Abou-Tachefin tenait auprès de lui et au 
nombre desquels se trouvèrent Mouça, (ils du vizir Aibran^lbn- 
Monça, et Abd-Allah-Ibn-Djaber^el-Khoraçani. Arrivé k Tlem* 
cen, il Ata la vie à plusieurs fils d'Abou-Hammon et, de là, il se 
rendit à Oran avec sa troupe afin d^en faire autant à leur père. 
Celui-ci, les ayant entendus [à sa porte], monta sur la terrasse 
du château où on le retenait, appela les habitants de la ville à son 
secours et descendit au milieu d'eux à l'aide de la corde de son 
turban, dont il attacha un desbouts autour de son corps^ Touto la 
population de la ville vint alors à son aide et. le plaça de nquveau 
sur le trône. Ibn-Khazrout, prédicateur de la grande mosquée, fut 
le principal meneur de ce mouvement. AboU'Zfan, ayant man- 
qué son coup, s'enfuit à Tlemcen et, se voyant poursuivi par son 
ateul, il quitta C€|tte ville et courut rejoindre son pèi*e. Abou- 
Hammou reprit possession de Tlemcen et, bien qu'il n'y trouvât 



' Voy. tome ni. p. -183. t 



i^ msrOKB DBS BIEBtftES. 

quis des maisons en ruines et des forlificalioiis démantelées, if y 
organisa de nouveau une cour et une administration. A la nou- 
velle de cet événement , .Âboa«Tacbefk) quitta précipitamment 
les environs de Titeri, serendit en toute hâte à Tlemcen et força 
son père k se réfugier dans le minaret de la grande mos- 
quée. L'ayant décidé à se rendre, il lui permit de partir pour PO- 
rient afin d^accomplir le pèlerinage, et le (it embarquer, sous 
bonne garde, dans un navire qui allait partir pour Alexandrie 
avec quelques négociants chrétiens. Quand ce vaisseau fut par- 
venu à la hauteur de Bougie, Aboa-Hammou gagna les chrétiens, 
obtînt sa liberté et, s^étant faU accorder par le gouverneur do 
Bougie un permis de débarquer, il se rendit a Alger ei prit k son 
service les Arabes de cette province Ne pouvant â'abord ré- 
duire TlemceBi il entra dans le Désert et revînt du côté de i'Oc- 
eident pour attaquer la ville, il mit alors en déroute l'armée de 
son fila et, dans le mois de Bedjeb 790 (juillet-aoftt, 1388), 
rentra en possession de sa capitale. Abou-Tachefîn se réfugia aa 
milieu des Soueid, qui se trouvaient alors dans )eUrs quartiers 
d'hiVer. Nous avons tracé ici une simple esquisse de ces événe-^ 
aientâ, les ayant déjà racontés en détail^ . 

Abou-Tâcbefîn, accompagné de Mohammed-Ibn-Arjf, cheikb 
des Soueid, se rendit auprès du sultan Abou '1-Abbas dans Tes- 
poirde ramener la fortuiie avec l'appui de ce monarque. Le sul- 
tan lui fit de belles promesses, sans se presser de les remplir, e^ 
le vizir Mohammed- Ibn-Allal imita l'exemple de son maître, bierr 
qu'il eftt juré au prince abd-el-ouaditede lui tenir parole. 

Sur ces entrefaites , Abou-Hammou s'était adressé au sultan' 
Ibn-el-Ahmer, dont il connaissait la haute influence auprès du 
gouvernement mérinidè, et le pria d'employer son inierventioc^ 
afin d'empdcber Abou-'l-Abbas d'appuyer Abou-Tacbefin. Le 
sultan espagnol laissé de côté toute autre affaire pour no s'oocu- 
pét que de celle-ci, à cause defe grande importance qu'il y atla- 



l^oy.tomenr, page 484 etsuiv. 



DYNASTIE MtRlNlDB. — ABOU-^^L-ABfeAS. 457 

chait, ot il invita le sultan mérinide k lui onvoyer le réfugié. 
Abou-'l-Abbas répondii que cela ne dépeDdait plus de lui, puis-* 
que son fils, Aboa*Fares, venait de prendre Abou-Tacheftn sou» 
S9 protection. Le vizir traîna en longueur cette négociation, jus- 
qu'à ce qu'il eût mari ses plans et décidé le sultan mérinide a 
remplir ses engagements envers Abou-Tacbefîo. Alors il se mit à 
la léte d'une armée el partit pour Tèza, avec l'émir Aboo-Fares, 
afin d'appuyer les mouvements de leur protégé. Le sultan Abott- 
HâmmoU évacua aussitôt Tlemcen , rassembla ses alités , les 
Obeid-Allah et alla se retrancher dans la montagne des Ghaïran,^ 
derrière le Beni-Ournîd, autre montagne qui domine Tlemcen* 
Le vizir et Abou-Tacbeffn en furent informés par leurs espions 
el partirent de Tèza afin de surprendre Abou-Hammou et ses 
Arabes. Conduits par Soleiman-Ibn-Nadji, chef des Ahlaf, ib 
prirent le chemin qui traverse le Désert et tombèrent à l'impro- 
visle sur lesKharndj qui étaient cdm{)és aEl-Ghaïran avec Abou^ 
Hammdu. Ces Arabes prirent la fuite après une courte résistance; 
Abou-Hammou voulut les suivre, mais son cheval s'abattit et it 
fut lui-même atteint parles gens d'Abou-Tachefin et tué à coups 
de laiïce. On porta sa tête au vizir età l'émir Abou-Tachefiu, qui 
l'envoyèrent au sultan. Omaïr, fils d'Abou-Hammou , fut fait 
prisonnier ot, sans l'opposition des Mérinides, il aurait été tué 
sur le champ par Abou-Tacheffn ; cependant, ils le livrèrent à 
son frère quelques jours plus tard, et celui-ci le fit égorger. 

Vers la fin de l'an 791 (nov -déc. 4389), quand Abou-Tache* 
ftn entra dans Tlemcen, le vizir resta campé avec ses Mérinides 
en dehors de la ville pour y attendre Texéculiondes engagements 
que ce princeavait pris, et, quand il eut reçu de lui la sommed^ar-* 
gent stipulée dans le traité, il repartit pour le Maghreb. Abou- 
Tachefîn s'établit dans Tlemcen en qualité de vassal du sultan 
Abou-'l-Abbas et, par son ordre, on fit la prière au nom de ce 
souverain dans toutes les mosquées de l'empire abd-cl-ouadite- 
Depuis lors, il envoya chaque année à ce monarque une somm^ 
considérable à litre de tribut , aibsi que cela avait été convenu. 

A l'cpoquc ou Tlemcen retomba au pouvoir d'Abou-Hammou^ 
émir Abou-Zîan, fils de ce prince , obtint de lui le gouvernement 



468 HISTOIRB DES BBBBBRBS. 

d'Alger. Quand il apprit ia mort de son père, il passa chez les 
Hoseio pour leur demander les moyens de se venger. Une dépa- 
iation des Beni-Amer,tribuzoghbienne, étant alors venue lui pro- 
poser la conquête de Tiemcen , il partit avec elle, obtint l'appui 
de leur chef, Bl-Masoud-Ibn-Soghaïr, et marcha contre cette 
ville. Au mois de Redjeb 79S (juin-juill. 4390), ils y mirent le 
siège, maiSy àl'expiration de quelques jours, les Arabes se lais- 
sèrent corrompre par Pargent d'Abou- Tachefin ei décampèrent. 
Abou-Tacheftn dirigea alors une attaque contre Abou-Ztan et le 
força à prendre la fuite. Ceci se passa dans le mois de Ghàban 
(juillet-août) de la même année. 

Abou-Ztan se jeta dans le Désert, rallia à sa cause les Arabes 
makiliens et, dans le mois de Choual (sept.-oct. 4390), il repa- 
rut sous les murs de Tiemcen dont il recommença le siège. 
Averti ensuite qu'une armée mérinide s'avançait pour dégager 
Abou-Tacheftn, lequel avait envoyé son fils en Maghreb afin 
d'obtenir des secours, et, sachant que ces troupes étaient déjà 
arrivées h Taourtrl, il quitta ses positions et rentra dans le Dé- 
sert. Quelque temps après, il prit la résolution d'aller solliciter 
l'appui des Mérinides. Abou-'l-Abbas , souverain du Maghreb, 
l'accueillit très-honorablement, mais, tout en lui promettant de 
l'aider y il le retint auprès de lui jusqu'à la mort d'Abou-Ta- 
chefîn. 



MORT d'aBOU-TàCHBfIn. — LB SOUTBRAHI nu MAGHflBB PBBND 

POSSESSION DB TLBVCBN^ 



* L'auteur reproduit textuellement un chapitre qu'il a déjà donné 
et donton trouvera la traduction dans le tome m, p. 489, 490. 



LES MÊRIKIDKS VOLONTAIRES DE LA FOI. 459 



HOKT D^AB0U-'L-ABBA8, SULTAN DU MAGHREB. — ABOU-zIaN, 
FILS d'ABOU-HAMHOU , DETIENT HaItRE DE TLEICEN ET DU 

■AGHRB3 CENTRALE 



HISTOIRE DBS PRINCES DE LA FAUILLE d'aBD-EL-HACK QUI 

COVMANDËRENT LES VOLONTAIRES DE LA FOI EN ANDALOUSIE. 

CBS CHEFS PARTAGÈRENT LE POUVOIR AVEC LE SOUVERAIN DE 
GRENADE ET EURENT A EUX SEULS LA CONDUITE DBS EXPÉDITIONS 

CONTRE LES CHRÉTIENS*. 



Après la chute de la dynaslie fondée par Abd-el-Houmen el 
l'élablisseuQent de la famille El-Ahmer sur le trône de Grenade, 
TAndalousie tomba dans la décadence et n'eut presque plus de 
troupes pour la défendre. Elle aurait bientôt succombé sans l'in- 
tervention delà providence divine, qui inspira aux tribus zena- 



* Ici, dans le texte arabe, notre auteur reproduit textuellement 
le dernier chapitre de Thistoire de la dynastie abd-eI*ouadite. 
Comme nous en avons déjà donné la traduction dans notre troi- 
sième volume, pages 490, 491 , nous y renvoyons le lecteur. 

' L'auteur raconte dans ce chapitre, et d'une manière très-vague, 
une série de faits dont il donne les détails dans les chapitres sui' 
vantSr 



460 HISTOiafi DBS BEKBÈRE9. 

tiennes la passion de la goerro sainte, à ces tribus qui se sont 
transmis, l'une à Tautre, le sceptre de la domination et qui ont 
reçu en partage les royaumes du Maghreb. Dans cette noble 
cause, les Beni-Merin, habitants du Maghreb-el-Acsa, se sont par- 
ticulièrement distingués ; les occasions ne leur ont jamais man- 
qué, vu la proximité des côtes du Maghreb et de l'Espagne, 
aiusi que le grand nombre de ports où l'on peut s'embarquer afin 
de traverser le Détroit. Depuis les temps les plus anciens, ce 
canal avait servi de voie de communication entre les deux 
continents. 

Les Mérinides venaient de conquérir le royaume du Maghreb 
quand les musulmans espagnols, affaiblis parleurs malheurs et 
par les empiétements du roi chrétien, se virent obligés de reçu- 
1er vers le bord de la mer. Le vainqueur s'était emparé d'El- 
Frontièra [le territoire de Xérès de la Profitera) et même d'une 
partie des contrées situées en deçà de cetCe limite, pendant que 
les enfants du Comte, seigneurs de Barcelone et de Catalogne, 
avaient conquisTEspagne orientale. Le triste sort deCordoue et 
de ses sœurs, Séville et Valence, avait été annoncé dans toutes 
les parties du monde. A la fin, les musulmans cédèrent à l'indi- 

ë 

gnation et ne demandèrent qu'un seul bonheur, celui de consa- 
crer leurs jours et leurs richesses à la guerre sainte* En Afrique, 
le premier à débuter dans cette carrière fut l'émir hafside, Abou* 
ZékérYa, souverain le plus puissant de l'époque , seul prince sur 
lequel on pouvait compter pour ramener les triomphes de l'isla- 
misme. Quand les habitants de- l'Espagne eurent reconnu la sou- 
veraineté de ce monarque et envoyé à Tunis une députation de 
cheikhs, chargé de lui offrir foi ^t hommage, il employa, pour 
les secourir, une grande partie de sa cavalerie et de ses trésors. 
Yacoub, fils d'Abd-el-Hack, avait longtemps nourri l'espoir 
d'assister à la guerre sainte ; il avait même supplié son frère, 
Abou-Yahya, de le laisser passer en Espagne , mais celui-ci lui 
fut trop attaché pour le permettre do s'expatrier. D'après ses 
ordres, Âbou-Ali-Ibn-Khalas, gouverneur de Ceuta, mit tant 
d'obstacles à l'embarquement de Yacoub qu'il l'obligea h ne 
{)lus y penser. Devenu souverain du Maghreb par la mort 



LES MfiRlMDBS VOLONTAIRES VE LA FOI. 461 

de son frère, Abou-Yahya , le sultan Yaçoub-Ibn-Abd-el- 
Hack fut obligé de veiller à ses propres intérêts et de renon- 
cer aux mérites de la guerre sainte : Tinfluence de ses neveux, 
fils d4drts-Ibn-Abd-el-Uack, et la jalousie qui les animait contre 
ses propres enfants lui donnèrent de trop justes motiis d'appré- 
hension. Aussi, quand Amer, fils dldrîs, lui demanda la per- 
mission d'aller faire ia guerre sainte en Espagne, il la lui accorda 
avec un grand empressement. Il plaça même sous les ordres de 
ce prince un corps de volontaires zenatiens composé de plus de 
trois mille hommes, et le laissa traverser le Détroit avec son 
cousin Rahhou, fils d*Abd-Allab, GIsd'Abd-el-Hack. 

Débarqués en Espagne, Tan 661 (4262-3)*, ces guerriers dé- 
ployèrent une grande bravoure contre les infidèles et se couvri- 
rent de gloire ; mais, ensuite, Amer rentra en Magbreb. Plusieurs 
membres collatéraux de ia famille royale [qui] s'étaient mis en 
révolte [contre leur sultan, durent ensuite passer en Espagne], 
et inspirèrent aux pr;nces zenatiens l'envie de les imiter. Dans 
le Maghreb centrai , Abd-el-Mélek , fils de Yaghmoracen- 
Ibu-Zian, Aïd, fils de Mendtl-lbn-Abd-er-Rahman, Zîan , fils 
de Mohammhd-lbn-Abd-el-Caouï, etquelqbes autres fils de rois, 
prirent ensemble rengagement de traverser le Détroit et de se 
dévouer à la guerre sainte. Us s'y rendirent elTectivement, Tan 
676 (4277*8), et emmenèrent avec eux tous les hommes de leurs 
tribus respectives dont ils pouvaient disposer. De cette manière, 
TEspagne se remplit de princes et de grands chefs zenatiens. 
Parmi les premiers on remarquait les fils d'Eïça-lbn-Yahya- 
Ibn-Ousnaf-Ibn-Obbou-Ibn-Abi-Bekr'lbn-Hainmama et Solei- 
man-lbn-Ibrabtm , guerriers qui se firent une haute renommée 
en combattant les chrétiens. 

Mouça-lbn-Rahhou, soutenu par les Beni-Abd-Âllah-Ibn-Abd- 
el-Hack, avait supporté un siège contre le sultan dans le château 
d'Aloudanet, après avoir capitulé, il se rendit h Tlemcen.^Parmi 



' Voy. p. 48 Ce ce vulumc. 



462 HISTOIBE DIS BERBERES. 

les nombreuses branches de la famille mérinido, les fils d'Abd- 
Allah-Ibn-Abd-el-Hack et d'Idrts- Ibn^Abd-eî Hack faisaient 
bande à pari ; et cela par la raison qu'Ahd-Allah et Idrtsnaqui-» 
rent de la môme mère, Sot-en-Niça. Mohammed, fils dldrîs, se 
révolta a l'exemple de son cousin, Yacoub Ibn-Abd- Allah, et ,s*é- 
tant enfermé dans Casr-Ketama, l'an 663 (1264-5)^ il'y soutint 
un siège contre le sultan^ qui lui accorda, toutefois, une capitu- 
lation honorable. Quant à Yacoub, il persista dans l'insoumis- 
sion et continua ë courir de lieu en lieu jusqu^à ce qu'il fût tué, 
Tan 668 ;( 1269-70 ) , aux environs de Salé , par Talha-lbn- 
Uohalli, allié du sullan. Ce fut à l 'époque où le sultan dési- 
gna son fils, Abou-Malek, comme hérificr du trône que ces 
membres de la famille royale prirent le parti de s'in- 
surger. Hohammed-lbn-Idrts occupa le château d'Aloudan , 
et Mouça-lbn-Bahhou-Ibn-Abd-Allah, soutenu par ses cousins, 
les fils d'Abou-ETad-]bn-Abd-el*Hack, se retrancha dans les 
montagnes des Ghomara. En Tan 670 (1271-2), le sultan les 
contraignit à capituler et les déporta en Espagne. Ce fut alors, 
pendant qu'ils soutenaient si bien la guerre contre les infidèles, 
que les princes zenatiens de Tlemcen aspirèrent Vpartagcr leur 
gloire. 

En Tan 670, [Mouça-lbn-Rahhou] quitta cette ville et se ren- 
dit en Espagne où le sultan-lbn-el-Ahmer lui donna le comman- 
dement des volontaires de la foi ; ayant reconnu en lui un homme 
digne d'en être le chef, tant par sa naissance que par sa bravoure. 
Après y avoir fait un court séjour, [Mouça] rentra en Maghreb. 
Son frère, Abd-el-Hack le remplaça avec l'autorisation du sultan 
espagnol, mais, quelque temps après, il quitta le service, dans 
un moment de mauvaise humeur, et se rendit à Tlemcen. Ibra- 
hfm-Ibn-Eïça-Ibn-Yahya-lhn-Ousnaf fut alors nommé comman- 
dant des volontaires de la foi. 



' Ou bien, en l'an 600 ; voy. p. 4s do ce volume. 



LBS MÉBllVIDIS TOLORTAIBBS hE LA FOI. 462 



BI5T0IHE DE MOUÇÀ-IBN-RAHBOU, PREMIER CHEF DBS VOLONTAIRES 

DE LA FOI. — ^ IL FUT REMPLACÉ PAR SON FRÈRE <, ABD-BL«BACE 

LEQUEL EUT POUR SUCCESSEUR SON FILS DAMMOU. 



Après la morl du sultan [de Grenade, Mohammed I-]Ibn-eI- 
Ahmer, surnommé le Cheikh, son (ils el successeur [Mohammed 
11] !bn-eUAhmer, surnommé le Fakih {légiste) envoya une dépur 
talion en Maghreb afin d*inviter le gouvernement ihérînide à 
porter secours aux musulmans de l'Espagne. Le sultan Yacoub- 
Ibn-Abd-el-Hack s^empressa d'accueillir cette prière et, en Pan 
673 (4 275) 'il passa le Détroit pour la première fois. Dans une 
bataille sanglante, il écrasa les troupes chrétiennes , tua leur 
chef, Don Nuno [de Lara] et porta ses armes victorieuses dans 
toute ^Andalousie. Ibn-el-Ahmer regretta alors la démarche 
quMI venait de faire ; il commençait à craindre que les suites lui 
en fussent funestes et que le sultan mérinide le traitât de la 
même manière que Youoof-Ibn-Tacheffn et les Almoravides 
avaient traité Ibn-Abbad. A côté de lui, une dynastie rivale fon- 
dée par ses parents, les Beni-Chekîlola, régnait sur Guadiz, Ha- 
laga el Gomarès, pendant que dcu\ chefs andalousiens, Abou- 
Atdrîl ' el Ibn*ed-Delil{i faisaient des incursions dans le ter- 
ritoire musulman. Aidés par les chrétiens, ces révoltés mirent le 
siège devant Grenade dont ils avaient ravagé les environs, mais, 
voyant que Yacoub-lbn-Abd-eUHack avait consolidé sa puis- 
sance en Espagne, ils firent alliance avec lui. 



' Dans le texte arabe, remplacez ibnih par akhih. 
* En Tan 674 Voy. ci-devant, p. 77. 
^ Voy. p. 89 de ce vol. L'orthographe de co nom est inrerlainp. 



464 DISTOIRB DES BERURIS. 

Ibn-el-Ahmer vilavcc elTroi celte coalition et, pour se garan- 
tir contre les tentatives du sultan, il résolut de lui opposer Pua 
ou l'autre des princes mérinides que Ton gardait à la cour de 
Grenade. A cette époque, il y avait les fils de Rihhou-Ibn- 
Abd-Allah , les fils dUdris-lbn-Abd-AlIah et les Gis dldrîs- 
]bn-Abd-el-Hack , descendus tousde la même aïeule, Sot- 
en-Niça [Tune des femines d'Abd *el-Hack]. Avec eux se 
trouvèrent les Gis d' Abou - Eïad - Ibn - Abd - el - Hack , qui , 
épouvantés par la froideur que le sultan leur avait témoi- 
gnée , s'étaient réfugiés en Espague. Ils quittèrent le Ma- 
ghreb sous le prétexte d'assister h la guerre contre les inGdèles« 
mais en réalité, ils n'avaient d'autre désir qued'éviter le voisinage 
d'un homme aussi puissant. Chaque fois que le sultan Abou- 
Youçof-Yacoub soupçonnailla Gdélitéd'un prinbedesa famille, il 
l'envoyait en Andalousie : aussi s'en trouva-t-il auprès d'Ibo-el- 
Ahmer toute une bande: on y voyait les Gis d'Abd-el-Hack, 
ceux d'Ousnaf, de Nezoul et de Tacbefln-lbu-Môli, chef des 
Tirbightn , fraction des Béni -Mohammed. On y remarquait 
aussi les fils de Mohalli , oncles maternels du sultan Abou- 
Youçof. 

C'étaitordinairementà l'un ou à l'autre deccs prii^ces qu'Ibn* 
el-Ahmer confiait le commandement des Zenata, volontaires de 
la foi, surtout quand il s'agissait d'envahir le territoire chrétien. 
Il commença, l'an 673 (1274-5), par y nommer Mouça-lbn- 
Rahhou; ensuite, quand celui-ci rentra en Maghreb, il en cboi- 
sitle frère, Abd-el-Hack, pour le remplacer. Abd-el-Hack rentra 
aussi en Maghreb et eut pour successeur Ibrahim-Ibn-Eïça. 
Quelque temps après, Mouça-lbn-Rahhou passa encore en Espa- 
gne avec son frère et obtint, pour la seconde fois, le commande- 
ment des volontaires de la foi. A cette occasion, Ibn-el-Ahmer 
lui délégua des pouvoirs extraordinaires, dans la pensée que l'on 
serait obligé de repousser par les armes le sultan mérinide, 
Abou-Youçof. Dans la suite, cet emploi fut rempli alternative- 
ment par eux et par leurs cousins ; mais, avant que cet arrange- 
ment fiH définitivement adopté, le sultan faisait remplir Id place 
vacante par un autre chef. Ce fui ainsi qu'à l'occasion dune ex- 



IIS MBRITllDES yOLp!(T41RES DE LA FOI. i65 

pédilioD en pays ennemi , il nomma Ali, fils d'Âbou-Eïad^lbn- 
Al)d-el-Hacky chef du corps des volontaires et, une autre fois, 
en l*an679 (4280-4), il en confia le commandement à Tachefin^- 
Ibn-Môti. Cet officier marcha au-devant du roi chrétien et, 
l'ayant rencontré au pied du château de Moclin^ il remporta sur 
lui la victoire. 

Plus tard, Ibn-el-Ahmer eut à combattra le sultan Abou-You- 
çof et, dans une de ses expéditions, il plaça toutes les troupes 
zenatiennes sous les ordres de Yala-Mbn-Abi-Eïad. Une bataille 
s'ensuivit dans laquelle les Mérinides furent mis en déroute, et 
Mendil, filsde leur sultan, tomba au pouvoir des vainqueurs. 
Après la mort d'Abou-Youçof^Yacoub, son fils et successeur, 
Abou-Yacoub Youçof, fit la paix avec le sultan andalousien et 
procura ainsi la liberté de son frère. 

Le commandement des volontaires revint ensuite à Houça«lbn- 
Rahhou ^ qui le conserva jusqu'à sa mort. Abd-el-Hack, frère et 
successeur de Mouça, remporta plusieurs victoires sur les enne- 
mis de l'islamisme et garda cet emploi tant qu'il vécut^. Mort en 
l'an 699 (4299-4300), il fut remplacé par son fils Hammou. Ce 
haut emploi passa plus tard de la famille de Mouça-Ibn-Rahhou 
dans celle de son parent, Abou-'l-Olà ; puis, dans une autre fa- 
mille. Hammou lui-même se vit placer sous les ordres de son 
successeur, Othman-lbn-Abi^'1-Olâ. 

Quant à lbrahim-lbn*Eïça-el-Ousnafi, il rentra en Maghreb et 
alla trouver le sultan Abou-Yacoub-Youçof ; mais, quelque temps 
après, il fut mis à mort par l'ordre de ce prince, qui faisait alors 
le siège de Tlemcen. A cette époque, Ibrahîm était devenu vieux 



* Il faut lire (jjAiill.— Voy. Ferreras, t. iv, p. 317. 

* Dans le texte arabe lisez (^^. 

' C'est à tort qu'on a imprimé dans le texte diVdhey^j (j^ o^* H 
faut supprimer l'un des ^o. 

* Dans l'édition imprimée du texte arabe, p. 515, ligne 10, il y a 
une phrase répétée qu'il faut supprimer. 

T. IV. 30 



466 HISTOIHB DBS BERBÈHES. 

et aveugle. Yaia-Ibn-Abi-Eïad mourut en 687 (4288) ; Môtt 
Ibn-Tacbeflo eu 689 et Talha-Ibn-Hohalli en 686. 



HISTOIBB D'ABD-BL-HA€K-IBN-OTHHlff , COHMAMDAKT DES 

V0L09ITAIBES DB LA FOI. 



Abd-eUHack, l'un des princes les plus illustres de la famille 
mérinide, était petit-fils de Mohammed, fils et second successeur 
deVémir Abd-el-Hack [fondateur de la dynastie]. Son père, 
Olhman , fils de Mohammed , mourut en Espagne , Pan 679 
(1280-4), pendant qu'il faisait une expédition contre les chré* 
tiens. Abd-el-Hack fut élevé sous les yeux du sultan Touçof. 
S'étant ensuite concerté avec \p vizir Rahbou-Ibn*Yacoub-el-- 
Outaci, il sp mit en révolte contre le sultan Abou-V-Rebià * et 
dut s'enfuir à Tlemcen, d'où il se rendit en Espagne. Abou- 
'1-Djoîouch , fils du sultan Mohammed-el-Fakih , gouvernait 
aloi s l'Andalousie, etHammou, filsd'Abd-el-Hack-Ibn-Rahhou, 
commandait les volontaires zenatiens. Emprisonné par le gou- 
vernement^ andalousien sur la demande du sultan mérinide, 
Abou-Satd' , l'émir Abd-el-Back effectua son évasion et passa 
chez les chrétiens. 

Abou-'l-Ouélid, fils durais Abou-Satd, s'étant mis en ré- 
volte, à Malaga, prit le titre de sultan et alla mettre le 
siège devant Grenade. Plusieurs combats se livrèrent sous 
les murs de la ville et , dans une do ces rencontres, Ham- 
mou, fils d'Abd-el*Back-Ibn-Rahhou [et commandant des 
volontaires de la foi ] , tomba entre les mains des assié- 



* Voy, p. 186 de ce volume.. 

* C'e$t à tort que le texte arabe povle A bou-^-Abbat»: 



LES UeaiNlDBS VOLONTAIBBS 1» LA FOU 4S7 

géants et fut conduit devant Aboa-'l-Oaélîd. £l-Abb«s*Ibn«> 
Rahhoa, qui se trouvait alors auprès d'Âbou-'KOuëltd , ne 
voulut pas souiTrii- que Hainmou, Gis de sou frère, restât 
prisonnier et le (it remettre en liberté. Hammou revint an* 
près du sultan, [Abou-'l-Djoiouch], mais le fait de son ren^ 
voi par Tennemi éveilla les soupçons de ce prince, quî 
rappela Abd-el-Back-lbn-Olhman du pays des chrétiens et luî 
donna le commandement des volontaires. Bientôt après, Abou- 
'1-Ouéltd obtint possession do Grenade et signa un traité par le- 
quel Abou-i-Djoïouch eut l'autorisation d'aller prendre le gou- 
vernement de Guadix. Abd-eUHack-Ibn-Otbman s'y rendit avec 
Abou- UDjoYouoh, mais, à la suite d'une altercation qui survmt 
entre eux, il passa de nouveau à la cour du roi chrétien. Plus lard, 
il débarqua au port de Ceula et déploya la plus grande bravoure ^ 
au service de Yahya-lbn-Abi-Taleb-el-Azefi, qui avait à sou- 
tenir un siège contrôle sultan [mérinide],Abou-Satd. Quand 
la paix fut rétablie entre les deux partis et que le sultan se fut 
retiré, Abd-el-Hack-Ibn-Olhman prit la route de l'Ifrîkïa. Ar- 
rivé à Bougie l'an 719 (<3<9), il y trouva le gouverneur, Abou- 
Abd-er-Rahman-Ibn-Ghamr , chambellan * du sultan hafside , 
Abcu-Yahya[-lbn-el-Lihyani]. Cet officier le reçut avec de grands 
égards, lui fournit des vivres en abondance et, pour surcroît 
d'honneur, il lui permit de camper à £r-Bécha, près de la 
ville. Il lui donna aussi cent cinquante chevaux, pour lui et 
pour ses gens, ad moment de les laisser partir pour Tunis. 
Arrivé dans cette capitale, Abd-eUHack fut accueilli par le sul- 
tan avec les témoignages les plus empressés de bienveilhince 
et d'amitié, faveur qu'il devait en grande partie à la troupe de 
guerriers qui avait suivi sa fortune et dont les services pou- 
vaient être d'une grande utilité au gouvernement mérinide. 

En l'an 727(4326-7), le sultan hafside rappela de Bougiû Mo- 
hammed Ibn-Séïd-en-Nas pour lui confier les fondions de cham- 
bellan. Devenu très-puissant, ce ministre se rendit presqu'ina- 



t 



Lisez u^j>.Ur- j^ dans le texte arabe. 



468 BISTOIEE DES BBBBÈAES. 

bordable et, oo oertaio jour, il refusa sa' porte à l'émir Àbd-eN 
Hack-lbu-Othman. Indigoé de cette insulte , le prince mérinide 
persuada au prince Abou-Fares de quitter la capitale et de se 
mettre en réiolte contre son frère, le sultan. Dans l'histoire des 
HafsideSi nous avons raconté les conséquences de cette équipée* : 
Abou-Fares y perdit la vie, et Abd-el-Hack se rendit à Tlemcen. 
Deux années plus tard, il rentra en IfrikYa avec Tarmée abd-el* 
ouadite que le sultan Abou-Tachefin envoya contre le souverain 
de Tunis. 

Vers la fin de la même année, quand les Abd-eUouadites t eu- 
rent repris la route de Tlemcen, notre seigneur, le sultan Abou- 
Yahya«Abou«Bekr, rentra dans Tunis. lbn«Abi-Amran, le prince 
hafside qui s'était établi daos cette capitale en qualité de sultan, 
alla se réfugier au milieu des Arabes nomades. Ibn-Rezztn, ne- 
veu d'Abd-el-Hack-Ibn-Othman fut fait prisonnier et tué à 
coups de lance, ainsi qu'une petite troupe de ses partisans. 
Abd*d-Hack lui-même rentra à Tlemcen où il passa le reste de 
sa vie, honoré de la faveur du sultan Abon-Tacheftn, et comblé 
de ses bienfaits. Il mourut avec lui le jour de la prise de Tlem- 
cen parles troupes du sultan mérinide, Abou-'l-Hacen. Cet évé- 
nement eut lieu en l'an 737 (4337). Avec eux succombèrent, à 
la porte du palais, Othman et Masoud, (ils d'Abou-Tacbeftn , 
M ouça-lbn*Ali , son chambellan, et Abou-Thabet, neveu d'Abd- 
el-Hack. Leurs corps , privés de télés, restèrent exposés devant 
le palais. 



aiBTOlBB D'OTHVAN-IBN-ABI*'l-OLA , COMMANDANT DES 

VOLOMTAIBBS DB LA FOI. . 

Idrts et Abd* Allah , tous les deux fils d'Abd-el-Hack et de 



» Voy. t. n, p. 470 

* Lisez Abd-el-Ouad à la place d' Abd-el 'na4:k ^ dd^ns le texte 
arabe. 






LES MËRIKIOBS VOLOKTA»£S DB LA FOI. 469 

Sot-en-Niça , laissèrent plusieurs enfants, qui formèrent ensem- 
ble loute une bande et qui jouirent d'une haute considération 
parmi les autres Mérinides. Idrîs , aïeul de la famille des Béni- 
Idrls , mourut avec son père , Abd-el-Hack , dans la journée de 
Tafertast* . Son frère, Abd- Allah, éfait mort quelque temps aupa- 
ravant, laissant trois fils, Yacoub ,Rahhou et Idrîs, qui devin- 
rent les souclies d'autant de familles. 

En Pan 649 (4 Soi -2) , Yacoub , fils d'Abd-Allah , reçut d'Abou- 
Yahya , fils d'Abd-el-Hack , le gouvernement de Salé , ville dont 
les Mérinides venaient de faire la conquête; puis, en l'an 658 
(4 260) , il répudia Tautorité de son oncle Yacoub -Ibn-Abd-êl- 
Hack et garda la place pour lui-même. Elle tomba ensuite au pou- 
voir des chrétiens, ainsi que nous Tavons raconté ailleurs *, et 
fut reprise par le sultan Yacoub. Le rebelle se réfugia dans Alou- 
dan , château du pays des Ghomara. 

Amer et Mohammed, fils d'Idrîs, imitèrent la conduite de 
leur cousin, Yacoub -Ibn-Abd- Allah, et s'emparèrent d*El-Casr- 
el-Kebîr. Us avaient réuni sous leurs drapeaux tous les descen- 
dants deSot-en-Niça, quand le sultan marcha contre eux , les 
rejeta dans les montagnes des Ghomara et les y tint bloqués 
jusqu'à ce qu'ils fissent leur soumission. Le vainqueur leur 
pardonna à tous et, en Tan 660 (1261-2), il mit Amer à la tdte 
d'une expédition qui partait pour l'Espagne. Rahhoa,fil8 d'Abd- 
Allah et cousin d'Amer, traversa le Détroit avec lui. Mohammed, 
fils d'Amer, rentra [en Maghreb] et s'enfuit, l'an 680 (1281-2), à 
Tiemcen, d'où il repartit pour TEspagne. En l'an 669 (1970-4), 
ces princes, soutenus par [leurs parents] les fils d'Abou-Eïad- 
Ibn-Abd-el-Hack, se révoltèrent contre le sultan, Yacoub-Ibn- 
Abd-el-Hack, et soutinrent un siège dans Aloudan. Contraints à 
se rendre, ils eurent de ce monarque la permission d'aller à 
Tiemcen. Les descendants de Sot-en-Niça et les fils d'Abou- 
Eïad partirent alors tous et allèrent s'élablir en Espagne. 



I Page 30 de ce volume. 
* Page 46 de ce volume. 



ilO HISrOlEE DES BERBliRE9. 

Plas loin, noas aurons h raconter le relonrd'Âmer ot de Mohano* 
med en Maghreb el ce qui leur arriva dans ce pays. 

Tacoub, fils d- Abd-Allab, mourut Van 668, sans être revenu 
de son égaremeni et àe ses idées de révolte : il fut tué k Gha- 
boula, près de Ribat-el-Falh, par Talha-Ibn-Moballi. Ses GI& 
continuèrent à habiter le Maghreb et l'un, Aboa-Thabet, gou- 
verna le Sous pendant le règne du sultan Youçof-lbn-Yaoonb. 
En Tan 699 (1299-1300), il châtia les Zegna et, depuis lors, 
il resta en Maghreb, lui et ses enfants. 

Aboti-4-Olft et Rahhou, cousins du précédent et fils d*Abd- 
Allab-Ibn-Abd^el-Hack, furent les souches des deur nouvelle» 
branches de la famille. Rahhou passa en Espagne avec ses cou- 
sins, Amer et Mohammed, fils dldrîs. En Tan 669 (1 270-4], soj> 
fils, Mouça I se rendit [en Espagne] avec les filsd\\bou-£ïad et 
les descendants de Sot-%n-Niça. Plus lard, il revint à la place 
qu'il avait occupée dans l'empire mérinide ; puis, en Tan 675 
(4276-7) il s'enfuit à Tiemcen avec son fils. Ensuite il alla se 
fixer en Espagne. Les fils d'Abou-'l-Olà s'y transportèrent 
en l'an 685 (4286), avec leurs parents, les fils d'Abou-Yabyd- 
Ibn-^Abd-el-Hack , et les fils d'Othmao -Ibn^-Nezoul. S'étant tous 
établis en ce pays, ils reconnurent pour chef leur frère aîné 
Abd-Allah. Celui-ci fut un des chefs auquel le sultan anda- 
lousien donna le commandement des Zenata, guerriers da la foi, 
avant que cet emploi fût définitivement constitué [comme apa- 
nage des princes mérinides]. Il resta en place jusqu'à l'an 693 
(429i), quand il trouva le martyre en combattant les chrétiens. 

Othman-lbn-Abi-'l-Olâ , frère d'Abd- Allah, reçut d'îbn-el- 
Ahmer [Mohammed III] «prince que l'on détrôna, le commande- 
ment d'un détachement des volontaires chargés de garder Ma- 
)aga et la région qui s'étend a l'occident do cette ville [la Ghar^ 
bïa de Malaga). Il se vit placer, en même temps, sous les ordres 
du ra;iê Abou-Satd-Feredj ; fils d'IsmdtMbn«Youçof-lbn-Nacer 
et cousin du sultan. En l'an 705 (4305-6), le raïs surprit la 
ville de Coûta et fit ainsi éclater une guerre entre le Maghreb el 
l'Andalousie. La cour de Grenade reconnut Othman pour souve- 
mn du Maghreb et le fit passer chez les Ghomara. S'étaol 



LES IBRIRIDBS YOLOIITAIRBS DB LA FOI. 471 

fait proclamer sultan par cette peuplade, il alla s'emparer 
d'ÂstIa, d*EUAraYcb, puis d'El-Casr-eUKebtr. Nous avons déjà 
raconté l'histoire de cette affaire* et mentionné qu'Olbman fut 
vaincu, en 708 (1308-9) par le sultan Abon-V-Hebiâ. Il rentra 
alors en Espagne. 

Abou-^l*OuélM , fils du rats A: ou-Saïd , ayant formé le pro- 
jet d'enlever le trône à Abou-'l-Djoïoucb , sultan de Grenade, 
s'adressa secrètement à Othmao*ba-AbI-'I'OI&, qui commandait 
encore les volontaires postés à Malaga et, s'étant assuré le con* 
cours de ce chef, il marcha sur Grenade, l'an 7H (1314-R). 
Après avoir accompli son dessein et obtenu possession de la pa. 
pitale , il remplaça l'émir Abd-el-Hack-Ibn-Othtnan , chef des 
volontaires cenatiens, par Othman*Ibn-Abi-'l-Olâ. Abd-eUHack 
suivit Abou-'l-Djoïouch à Guadix ,etHammou-Ibn-Abd'el*Hack- 
Ibn-Rahhou , qui avait aussi commandé les volontaires , s'y ren- 
dit avec eux. 

Othman conserva pendant très-longtemps la haute position 
dans laquelle Abou-'l-Ouélîd l'avait placé et il s'y fit un si belle 
renommée que le sultan du Maghreb en ressentit une jalousie 
extrême. Aussi, en l'an 718 (1318-9) , quand les musulmans 
de l'Andalousie invoquèrent son appui contre les chrétiens, il ré- 
pondit qu'il irait très* volontiers à leur secours si, jusqu'à son 
retour en Maghreb , on tenait emprisonné l'émir Othman. 
Cette condition fut déclarée inexécutable. Quand le roi chré- 
tien mit^e siège devant Grenade, Othman et ses fils montrèrent 
une bravoure qui assura aux musulmans une victoire bien 
au-dessus de leurs espérances. Ils continuèrent h soutenir 
heureusement la cause du gouvernement andalousien et des 
musulmans jusqu'à l'an 725 ( 1324-5), quand Abou-'l-Ouéltd 
fut assassiné par quelques chefs, membres de sa propre 
famille. Othman, que l'on soupçonna d'avoir pris part à cette 
trahison, plaça aussitôt sur le trône Mohammed , fils du feu 



> Page 161 de ce volume. 



472 DtSTOlBB DBS EBRBBRES. 

• 

sultan, qui n'avait pas encore atteint Tàge de puberté. Mobam- 
nied-Ibu-eUMahrouc, client et vizir d'Ibn^el-Ahroer, s'appliqua 
à gagner l'esprit du nouveau sultan et laissa les rênes de Tem- 
pire entre les mains d'Otbman. 

Ayant maintenant le pouvoir d'agir à son gré,Othman domina 
les ministres , leur enleva une grande partie de leur autorité et 
consacra presque tous les revenus de l'état à la solde et l'entre* 
tien des volontaires. Ibn-Mahrouc soupçonna enQn ce chef de 
vouloir usurper le trône et tftcba, par tous les moyens, de l'en 
empêcher. Ses efforts augmentèrent l'opiniâtreté de son collègue 
et ajoutèrent à la mauvaise intelligence qui régnait entre eux. 
Othman, ne pouvant plus contenir son mécontentement , alla 
camper dans la plaine de' Grenade, rallia les volontaires zena- 
tiens autour de son drapeau et força le vizir et tous les autres 
ministres à s'enfermer dans l'Âlhamra. Pendant que le naïb^ 
faisait, chaque jour des nouvelles démarches aQn d'effectuer un 
raccommodement, le vizir forma le projet de susciter à son ad- 
versaire un ^ival capable de lui disputer le pouvoir et de Ten- 
traver dans ses tentatives contre l'état. Othman avait auprès de 
lut son gendre Yahya, fils [d'Omar et petit^fils] de Babbou-Ibn* 
Abd-Âllah-Ibn-Âbd-el*Hack. Le vizir attira ce personnage au 
palais et le nomma commandant des volontaires. Othman se vit 
bientôt abandonné par ses troupes et ne trouva plus au camp 
que ses fils, ses parents et les gens de sa maison. Danscetle 
position, il consentit à faire ta paix et à se rendre en Maghreb. 
Ayant alors envoyé quelques-uns de ses intimes auprès du sul- 
tan Abou-Said, pour l'avertir de son intention, il quitta la plaine 
de Grenade, Tan 72S (4327-8), à la tête de mille cavaliers, dit- 
on, dont les uns étaient ses parents, les autres ses clients et ses 
domestiques. Il prit la route d'Almeria, où il avait l'intention de 
s'embarquer; mais, arrivé aux environs d'Andous * , il reçut 



I Peut-être le lieutenant (naib) du vizir. 

' Variante : Adres, Gela ne peut pas être Andujar, qui était loin 
de la route suivie par Othman. 



LES MfiRlNIDES VOLONTAIRES DE LA FOI. 473 

la vistto des chefs qui y cominaoclaient et avec lesquels il en- 
tretenait des iutelli^euces, puis, au moment où ils lui adressaient 
les compliments d'usage, il profila de leur imprévoyance pour 
monter à cheval et s emparer de la ville. Quand il y eut installé 
son harem et déposé ses trésors, il fit venir de Salobrena un 
fils du rais Abou-Satd , nommé Mohammed et, l'ayant reconnu 
pour sultan, il se mit à faire des courses dans le territoire de 
Grenade. Yahya-Ibn[-Omar*Ibn-]Bahhou rassembla tout ce 
qu'il pouvait de cavaliers zenatiens et sortit pour arrêter oes 
incursions, qui se renouvelaient depuis le matin jusqu'au soir. 
La guerre aurait pu durer pendant des années * si le sultan de 
Grenade, Mohammed [IV]-Ibn-el-Ahmer , n'eût pasôtéla vie à 
son vizir, ibn* eUMahrouc et rappelé Olhman-Ibn-Âbi- 1-OlÂ* Par 
le traité qui fut dressé à cette occasion, le prince Mohammed, 
[fils du raïs Âbou-Saîd et] oucle du sultan, devait être déporté 
en Maghreb, et Othman devait rentrer à Grenade pour repren- 
dre le commandement des volontaires de la foi. Ceci se passa en 
l'an 729 (1338-9). Othman recouvra de cette manière sa haute 
position dans l'empire et mourut quelque temps après. 



HISTOIRE D'aBOU-THABET , FILS I>'OTHMAII-IBH*ABI-'L*OLA ET 
COMMANDANT DBS VOLONTAIRES DE LA FOI. 



Après la mortd'Othman-lbn-Abi-'l-Olà, cheikh des volontai- 
res de la foi et coryphée des princes zenatiens , son fils , Abou* 
Thabet-Amer', le remplaça comme chef de la famille et obtint 
du sultan Abou-Abd-Allah[-Mohammed IV] , Q^ls d'Abou-'l-Ouélîd, 



^ A la place de (^^aâim , ji faut probablement lire (j^aajUi et tra- 
duire : tf La guerre avait duré deux ans quand le sultan de Grenade 
6ta la vie etc. » 



474 UISTOIRB DES B£RBERBS. 

le commandement des volontaires. Son esprit vif, sa fermeié, 
sa bravoure et le nombre de ses dépendants lai méritèrent une* 
considération estraorditiaire ; aussi, les troupes sous ses ordres 
déployèrent-elles une audace qui les rendit redoutables mémo 
au gouvernement andalousien, dont elles avaient plus d'une fois 
constaté la faiblesse*. 

Le sultan Mohammed [IV] était trop fier pour subir la domi* 
nation de qui que ce fut ; il voulut être le seul maître et direo-* 
teur, iant dans les petites affaires que dans les grandes, aussi, ne 
manqua*t-il jamais de traiter avec mépris les conseils que les 
chefs de ce corps voulaient lui imposer, et se plut-il à froisser 
leur amour-propre toutes les fois que Poccasion s'en présenta: 
En Tan 732(1334-2), il se rendit auprès du sultan Âbou-'l- 
Hacen afin d'obtenir son appui contre le roi chrétien et de le dé- 
cider k faire passer en Espagne, le plus tôt possible, un corps de 
troupes sous les ordres de son (ils, Abou-Halek ; un tel secours 
lui paraissant nécessaire pour assurer le succès du siège qu'il 
allait mettre devant Gibraltar. 

Les officiers du corps des volontaires s'imaginèrent que cette 
démarche était le commencement d'une trame dont ils devaient 
être les victimes ; aussi prirent-ils la résolution d'assassiner 
leur souverain. Ils firent même entrer dans le complot plusieurs 
clients de ce prince lesquels, depuis quelque temps , attendaient 
une occasion pour renverser le gouvernement. 

Gibraltar fut pris, ainsi que nous|ravons raconté ailleurs * et 
peu de temps après^ le roi chrétien vint y mettre le siège. Le 
sultan 'de Grenade se rendit alors à la tente' de ce monarque et, à 
force de sollicitations, il le décida à décamper. En l'an 733 
(1333), aussitôt que l'ennemi se fut éloigné, les divers corps 
de l'armée musulmane s'en allèrent, chacun de son côté, et le 



I A la lettre : dont Us avaient mordu le boi$. On mord un morceau 
da bois pour reconnaître s'il est dur ou mou. 

• Page 217 de ce volume. 

' Pour xiju lisez aa^ (sa tente). Voy. Ferreras, t. v, p, 67. 



L€S HÊainiDES VOLONTAIRBS DE LA FOI. 475 

sultan lai-méme partit pour Grenade. Ayant alors appris que les 
chefs des volontaires s'étaient mis en embuscade sur son pas- 
sage, il envoya chercher un navire de la flotte aGn de s*y embar- 
quer pour Halaga. Les conspirateurs, avertis à temps de son in- 
tention, coururent au-devant de lui et, Payant rencontré sur le 
chemin qui longe la côte d'Estepona , ils se mirent à lui repro- 
cher la conduite de son favori, Âccm, affranchi d'origine chré- 
tienne. Pendant qu'il cherchait à disculper son serviteur, les 
traîtres se jetèrent sur celui-ci et le tuèrent à coups de lance. 
Provoqué par cet outrage, il en exprima toute son indignation, et 
aussitôt un autre coup de lance le précipita de son cheval et l'éten- 
dit mort à côté d'Acem. Les assassins Grent alors venir le prince 
[Abou-4-Haddjadj-]Youçof, frère de leur victime, lui prêtèrent 
]e serment de fidélité et le conduisirent à Grenade ; mais le crime 
qu'ils avaient commis les exposa, dès-lors, h la méfiance du 
nouveau souverain. ^ 

Le sultan Abou-4-Hacen\ après avoir achevé la conquête de 
Tlemccn, prit la résolution do faire la guerre aux chrétiens et 
fit proposer au sultan Youçof de combiner leurs efforts afin de 
chasser les infidèles de l'Andalousie. Youçof y donna son entière 
approbation et fit aussitôt emprisonner Abou-Thabet , ainsi 
qu'fdrîs, Mansour et Sultan, frères de ce chef. Soleiman, un au- 
tre de ces frères , effectua son évasion , alla trouver le roi chré- 
tien et, plus tard, dans la journée de Tarifa , il se distingua par 
son acharnement à combattre les musulmans. 

Abou-Thabet et ses frères restèrent en prison plusieurs jours; 
déportés ensuite en Urîkïa par l'ordre du sultan, ils débarquè- 
rent à Tunis et altèrent se présenter devant noire seigneur, 
Abou-Yahya. Ce prince venait de recevoir d'Abou-'l-Hacen 
l'invitation de prendre toutes les mesures nécessaires pour em- 
pêcher ces hommes dangereux de passer en Maghreb tant que le 
souverain de ce pays serait occupé à combattre les chrétiens en 
Espagne; aussi, les fit-il enchaîner sur le champ et livrer à la 
garde . d'Abou-Mohammed-Ibn-Tafragutn, qui avait l'ordre de 
les conduire à la cour du souverain maghrébin. Il adressa en 
même temps une lettre à Abou^^'l-Haccn dans laquelle il le pria 



476 QISTOIBB DES BBRBÊRBS. 

de traiter les prisonniers avec indulgence* • Ce monarque y ré- 
^ pondit en leur faisant un honorable accueil, mais, en Pan 743 
(1342-3), pendant qu^il se tenait à Ceuta afin de mieux surveil- 
ler le siège d'Algéciras, il fit enfermer ces princes dans la prison 
de Mequinez, en conséquence de certains rapports peu favorab