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Full text of "Histoire du Concile de Trente"

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EX LIBRIS 

JOËL ELIAS SPINGARIir. 




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HISTOIRE 

DV CONCILE 
DE TRENTE, 

ÉCRITE EN ITALIEN 1 



PAR FRA PAOLO SARPr, 

DE l'Ordre des ServitË?7 

ET T RJDUITZ DE SOUVZAU EN FRANÇOIS, 

AVEC DES NOTES 

CRITIQUES, HISTORIQUES ET THEOLOGIQUES, 
Par pierre - FRANÇOIS °LE COURAYER, 

Dodcu en Tli^ologie de l'UnÎTCtCt^ i'Orhii , 8c Chanoine Régulier & anclea 
Bi^Uoui^caiic de l'Abbaye de Ste Geneviève de Pariï. 

TOME PREMIER. 




A AMSTERDAM, 

Chex J. WETSTEIN et G.. SMITH. 
M. DCC tl. 



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E P IT R E 

. 4^ pouyoit réunir , je ne dis pas , ceux<jui lavoient 
tf^iverfëe , mais même ceux <^ui en avoienc écé les Mi- 
iiiftres '& les Prote^urs. . 
. : . Ct fut pour myailler. à procurer cette réunion de 
.rEglifè.', <lue fut aflfeihblé le Concile dont Fra-Paoio 
. tiovia donne ici i'kiftoire. Mais comme on y choiflt 
.miUe^flaoyiens^ue l'on dévoit prendre pour y parve- 
it{\t\\t fuccès'jl'ejt a ^s été heureux. Lesdivifions 
n'ont fait que fe fortifier. 1& s'accroître; & fi fés Dé- 
crets ont remédié à.quelquesi-uns àci abus les plus gfof^ 
iiers , ils ont eh même céms rendu les autres plus in- 
çui^ables \ en les mettant à couvert à l'abri des Loix 
- q!ui (èàibloient lie devpir être deftinées qu'à les refor- 
liner. On découvrira dans cet Ouvrage , à qui on 
.4oi^ en imputer la faute. La politique & l'intérêt d'un 
4^é , la ctiakmr & 4a prévention de l'autre , firent 
.^hoéer lés meilleures intentions des gens del>iens \ ôc 
i*on verra que tandis qu'on ne padoit de part Se d'au- 
..«re que de défendre la Vérité; & ide corriger les Abus , 
yba né combattoic rédldnienc que pour l' Autorité & les 
<Avantages^tempoiels v & qift'tinTéuiïit bien moins à re- 
-dreifer ce qu'il pouvoir, y avoir de défeâwcux , -quà 
ifbrtifiàr les préjugés , & qa'i élargir les brèches qu a- 
-Ydicnt faitesî'ies premièrtâs .^ifputes , & q^e les nou- 
irsaar Décpsts tUi Condlc dm ifendues prévue irrépa* 
sables. ."■..■ ' 'i .' ■•■'■ •= • -■ 



EX LIBRI3 

JOËL ELIAS SPINGAW, 



TreiyT. SavuL, 







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E P IT R E 

Majesté connoît mieux que perfonne les pernî- 

cieufes conféquences du;! tel principe. Loin de croire 
qu'il eft de l'intérêt de la Religion de captiver les ef- 
pritj fous le joug d'une Autorité arbitraire , & de pu- 
nir lés hommes pour des penfées qu'il n eft en leur 
pouvoir ni de prévenir ni de rejetter , Elle fait que les 
PuifTances ne doivent faire ufage de leur autorité en 
matière de Foi , que pour infpirer aux autres les fenti- 
mens qu Elles croyent les plus raifonnables , & pour 
les porter au bien par leurs exemples & par leurs rai- 
fons. Le zèle qui fe borne à faire triompher le Parti où 
l'on eft né , eft la vertu des Princes foibles , qui me- 
furant leurs lumières à leur puilfance , ne connoiffent 
d'autre mérite en fait de Religion , que celui d'alfer- 
vir les autres à leurs préjugés. Mais Votre Ma- 
j £ s T £ a des idées plus juftes de la Pieté. Bien dif- 
férente de ces Princes , qui fe livrant à la conduite de 
ces Guides aveugles à qui ils ont abandonné leur con- 
fiance , croyent expier leurs defordres à la faveur d'un 
zèle perfécuteur pour le maintien de quelques opi- 
nions y dont ils font d'autant plus jaloux d'appuyer la 
créance qu'elles les laiffent en pleine liberté de fatisfaire 
leurs pallions j Votre Majesté eft perfuadée 
que c*eft par convifkion qu'il faut faire triompher la 
Vérité i que l'efprit de Religion ne confifte pas à dilfi- 
muler bu à défendre les défauts ou les erreurs de fon 



D E*D 1 C AT O I R E. 

Parti , mais à les avouer & à y chercher des remèdes | 
que fî l'on n eft pas aflez heureux pour être à l'abri de 
toute erreur , la fîncérité avec laquelle on cherche à 
s'en détromper eft la difpofition la plus vertueufè 
qu'exigent la Raifon & la Religion j qu'il eft des vé- 
rités obfcures fur lefquelles on fe partage fans crime , 
quand on le fait fans partialité & fans intérêt ; & qu'en- 
fin l'objet principal de l'Evangile a été de nous rendre 
gens de bien , & de réformer encore plus nos cœurs 
que nos efprits. 

Il eft fâcheux , Madame, pour l'honneur de la 
Religion & de l'humanité , qu'on ait ofé attaquer de 
fî juftes maximes ; & ce n'eft que parce qu'on a tenté 
de le fkire , que l'on a donné tant de prife aux Efprits- 
forts , dont la plume libertine a fu prendre avantage 
pour attaquer les fondemens mêmes de la Foi. Mais 
ils fe trompent , s'ils croient les renverfer en combat- 
tant à^ Doctrines que la Religion defavoue , & qu'on 
ne met fur fon compte quefaute de diftinguer ce qu elle 
enfeigne , d'avec les principes particuliers de ceux qui 
favent fî mal la défendre. 

La pénétration de Votre Majesté afu lui 
faire faire depuis longtems ce difcernement. Auflî en- 
nemie de la licence que de la fervitude , Elle fait que 
la Religion feule eft capable de foutenir la Majeftédu 
Trône , & d'alTurer le bonheur des Princes & des Peu- 



EPÏtRE DE'DICATOIRE. 

pies y & (ju Qn ne peut compEer fur la fidélité de ceux 
qui bornent leurs craintes &c leurs efpérances à cette 
vie , & qui n ont pour principes de leurs avions que 
leurs palfions & leurs intérêts. PuifTe l'exemple de Vo- 
TRE Majesté infpirer à tout le monde plus de 
refpeâ pour les vérités & les devoirs de la Religion i 
& puiiTe la pratique de ces mêmes devoirs attirer fur 
Elle &c fur fon Augulle Famille lés profpérités , qui 
fans être la véritable récompenfe de la Vertu , fervenc 
fouvent à la rendre plus éclatante par le bon ufage 
qu'elle fait en faire ! Ce font , M a D a m s , les vœux 
les plus ardens & les plus (incères que je ne celfe de 
former pour Votre Majesté, & que je la fup- 
plie de recevoir comme le témoignage de i'eftime la. 
plus fincère , de la plus vive reconnoilfance , te du plus 
profond refpeâ avec lequel j'ai riionneur d'être. 



MADAME, 



De Votre Majesté, 



Le très humble & ttcs obéifTanc Serviteur l 
Pii&kb-FramçoisLbCovilayeju' 

PREFACE 




PREFACE- 

I E N n'tft fi ordinaire aux Traduiieurs , pour in(pîrcr au Pa-* 
blic quelque eftime de leur travail , que de commencer par 
l'éloge de l'Ouvrage qu'ils ont a traduire , & par celui de l'Au- 
teur qui l'a compofS. Heureufement , la réputation de Frar 
Paolo & de fon Hiftoire me di(penfcnt de cet ufage. Si tôt 
qu'elle parut dans le Public , elle fut lue avec avidité -, & plus 
d'un fiéclc écoulé depuis (a première publication , n'a fait qu'augmenter 
l'eftime qu'en firent d'abord les Savans & Içs gens éclairés & impartiaux^ 
Rome cependant en fut fcandalifée ,& n'oublia rien pour en diminuer le 
mérite 8c en décréditer l'Auteur. Mais un Ouvrage eÔènticUcment bon (c 
fontient par foi-même contre des attaques intérelfées & mendiées ; & les 
méprifes légères , que rinfpeétion des AGtts Se la découverte de plufieurs 
nouveaux Mémoires ont fait remarquer dans cette Hiftoire, n'ont fervi 
tja'â donner au refte plus de crédit & d'autorité. 

L'iNGfiNuiTâ avec laquelle cette Hiftoire étoît éaite , fit bien juger d 
Frd'Paolo , qu'il ne pouvoit s'en avouer l'Auteur fans danger , ôc fans réveil- 
ler les ennemis que la querelle de Vlmerdit de Venife lui avoir fufcités. Il prit 
xlonc le parti de tenir la chofe fecrette , & l'on ignora pendant quelque tems 
i qui l'on étoit redevable de cette production. Le P. Fnlgence^ dans la Vie 
C[u'il nous a donnée de ce grand homme , trop fcrupuleux à ne pas divul- 
guer le (ècret de fon Ami, nous laiflà fur cela dans la même ignorance ', & 
ce ne fut d'abord qu'à la faveur de quelques conjeftures qu'on découvrit ce 
que Frd Paolo avoir mieux aimé laificr deviner, que déclarer lui-même , foit 
de peur de s'attirer de nouveaux ennemis par une telle déclaration ^ foit 
pour ne pas décréditer fon propre Ouvrage parmi les Dévots , à qui fon 
nom devenu odieux ne pouvoit manquer (finfpirer un préjugé contre cette 
Hiftoire , nonobftant la fincérité & le défintérellcment qui s'y font remar- 
quer de tous côtés. 

C £ s T ce qui fit que dans les commencemcns , on héfita pendant quel- 
que tems fur le nom de fon véritable Auteur. Quelques-uns, idon Pierre 
Vitpny dans une lettre à Camden du i^ d'Avril mdcxix, attribuoient cet 
Ouvrage à l'Archevêque de Sfalâtro. D'autres , fclon Camden dans fa réponfc 
à Pierre Dapfty du 1 1 de Mai , le donnoient au P. Fntgence ou à quelque au- 
tre Italien. On foupçonnoit pourtant dès-lors , fclon le même Camden , Fror 
Paolo d'en être le véritable père ; & lorfque le Prince de Conde lui rendit vi- 
fite a Venife en m ncx x ii , il ne manqua pas de le mettre fur ce point pour 
s'en aflîircr. Mais le Pcrc , qui avoic fcs raitoos pour ne pas découvrir fon fc- 



11 PREFACE. 

crée » & qm écoic d'autant plus fur fes gardes avec le Prince ^ qu'il Cûvoit qiie 
c^étoit lui qui aroit répandu ce brute en France , & lavoir même débité à 
rAmbafTadeur de Venile, fe contenta de lui répondre , qu^on en connoii^ 
foit TAuteur a Rome. En efFet, (oit que Ton y fut inftruic du foin que Fré^ 
pAolo avoit pris depuis plulîeurs ann^^cs de recueillir tout ce qui pouvoir 
avoir rapport â cette maticre » ou que Ton nom ne fût pas allez déguifé fous 
celui donc on sVtoit fervi » fbit que l'on n^ connût perfbnne plus capable que 
lui en Italie d^écrire un tel Ouvrage» foit enfin que Ton y rccrouvat quanci«* 
té de maximes ôc de principes répandus dans îcs autres Ecrits > Tonne s'y 
trompa point comme ailleurs , de les doutes s'éclaircirent bientôt partouc». 
Car comme après la mort de notre Hiftorien on n'eut plus le mcmc intérêc. 
de dcguifèr la chofe , ou que ceux qui étoient les dépofitaires du fecret uc 
jugèrent pas qu'il convînt de fu^endre plus long^tems la curiofité du Public 
£ir ce point > tout le monde fut bientôt que c'étoit i lui que le Public ca 
étoit redevable. 

E N effet 9 (ans (è déceler lui même ^ il y avoit long-rems qu'il avoit laifK: 
connoicre à fes amis, {iir-cout en France, qiu'il recherchoit avec foin tout 
ce qui avoit rapport à cette affaire , afin qu'ils l'aidaflcnt de leurs confcils Se 
des Mémoires particuliers qu'ils pouvoient avoir ^& dès l'an mdcviii on 
voir que non-leulement il avoit déjà ramaflë pluûeucs chofes, mais mêmc^ 
u'il avoit commencé à écrire cette Hiftoire. r^ vu , dic-il dans une lettre 
u 21 de Juillet m o c v 1 1 1 à Mr. Grojlot , U Révijion dn Concile de Trente , 
le BuredH , & les jiUes. S'il y a quetcfue antre Owvragefwr U menu méuiere , je 
ferois bien aife de C avoir , parce que fat écrit moi-même quelcfue chofe de fins iten^ 
diii,qiufaitirtdeiAfonHmens que f ai f h trouver en ce pdis-ci. On voit auffî. 
par une antre lettre du 17 de Mai , qu'il remercie Mr. Gtllot- des* Colle(5Uons 
^u'il lui avoit envoyées fur ce fiijet^ & où il avoue qu'il avoit trouvé des 
chofes rrès remarquables» On fut d'ailleurs que c'étoit de lui c^l Antoine de 
Dominis y, Aïchcyè<\uc de Spalatroy avoit eu le Manufcric qu'il avoit fait inv* 
primer à Londres en mocxix. CePrélat,.auiIi connu par fon inconftancc 
& (àfinnulhcureufè que par (baérudition> avoit eu des liaifons avec Fra^ 
Faolo y & lui avoit Êiit part appacemmenc du deflcin qu'il avoit de paflfêr en. 
Angleterre.. Ce fut zvanr d'exécuter (a réfolution , qu'il avoit tiré de notre 
Uiftorien la copie de (bn Hiftoire, qu^il (è propofa de faire imprimer auûî* 
fi&t qu'il (èroit dans un pais où il le pût faire en liberté. De (avoir fi l'Auteur 
lui avoit permis de tirer cette copie, ou. sal le fit fans fon aveu^ c'eft fur quoi 
je n'ofe rien afiurer.. Je fèrois cependant afiez porté i croire, que la chofe- 
ae s'étoir pas faite fans fa participation ; puifque, fi nous en crayons l'An- 
leur de la Vie du Chevalier Waiton qui avoir été Ambadàdeur d'Angleterre à 
Ycnik y^FraPaclù en avoit tranfmis lui-même les feuilles au Roi Jacques />. 
par le canal de ce Miniftre*, non peur* erre dans ledeflcin de faire imprimer 
cer Ouvrage de fon vivanr ,. mais du moins pour en prévenir la fbppreflion 
après ùk mort , & le facrifice qu'en eût pu faire le Sénar pour ne point don-- 

aci decumvcaiaiiijftt de plainte i la. Cwc dc&ome^ 



3 



P 1R. E F A C E. Ml 

M A I s 9 (bit qae Fré^Péolo aie communiqué lui-même (on ManuTcrir i 
rArcbevêque de Sfdatro , ou non , il paroit bien certain au moins par !'£- 
pitre dédicatoire de ce Prélat au Roi Jacques /> que la publication de l'HiC- 
toire du Concile (è fit à Tinfu de fon Auteur \ pui(que de Dominis y dit à ce 
Prince , yn*// nejait commem Py^uteur interprétera Jk réfilmion , 6c qu^U remet 
cet Owurage entre les mains de S. M. comme an antre May/ejanvé du mUien dei 
eaux , OH Çek peut-être fait périr celui qui lui avoit donné la vie. Cela femble in- 
iiiquer aiïez clairement, ({ucFra-Paolo n'eut aucune part â cette publication; 
âc même, qu'elle (è^aifbit en quelque forte contre Ces inclinations. Quoi 
ou il en (bit, de Dominis ne fe crut pas obligé d'y déférer; ou du moins il 
iuppofà que c'étoit fuffifamment y fatisfaire , que de ne pas divuleuer le nom 
de l'Auteur. A peine donc étoit-il arrivé en Angleterre , qu'il ht imprimer 
cette Hiftoire , mais avec un Titre Se une Epitre dédicatoire au Roi J acquêt ^ 
qui déplurent à F^a-Paolo aufli-bien qu'à la plupart des gens (ènfés, qui pré- 
virent aifémcnt Tufage qu'on feroit de ces deux chofes pour prévenir les Ca- 
tholiques contre un Ouvrage qui avoit été écrit principalement pour eux» 
Se pour empêcher par-lâ tout le fruit qu'il eut pu faire s'il eut été publié 
fans ces additions , qui le leur rendoient en même tems & foCpcék Se odieux. 
Ceft ce que marquèrent â Cambden le célèbre Pierre DupHjf Se Nicolas do 
Teirefcy qu'on n'a jamais foupçonnés d'être fuperlUticux dans leur Orthodo- 
xie. Plut à Dieu 9 dit le premier dans une lettre du 13 de Juillet mdcxix» 
qu'on en eut retranché la Préface & la dernière partie du Titre. Les préju-' 

Î;és ont un grand empire Se un pouvoir abfolu (ùr nous. La Préface rendra 
'Ouvrage inutile, & lui fera perdre toute fon autorité. Vtinam , utinam ahef 
fet prafatio & etiam pars ultima tituli ! Prajudicia apudnos multum valent , ont^ 
nia pojfunt. — Préfatio*^- inutilem & nuliiusferi momemi librum apud nos red^ 
det. Ceft une très-belle Pièce, dit l'autre dans une lettre du i 5 de Juillet, & 
laquelle étoit capable Jt un grand effet , & d avoir un grand cours ,fi celui qui Fa 
fait imprimer eut pu fi contenir dans la même modération de F Auteur , & s^abfte^ 
nir non^eulement de tarraifonnemem qu^il a ajouté au Titre & des mots piquons 
& partiaux qu^it a entrelaces en F Indice des matières^ putis auffi de fin Epitre li* 
minairey & de fin nom tout à-fait , puifqi/il efl déjà fi décrie parmi ceux qui ne 
font pas de fin avis , quil décréditera ce^and Ouvrage ici , ^ t empêchera JtOi» 
"Voir cours , comme il eutpojfible eu entre les mains des Catholiques mêmes, voire 
jufque dans F/talie. 

On fent bicti les raifons , qui avoîcnt porté l'Archevêque de Spalatro i 
cnagiraînfi. Il crut, qu'en qualité de Profcly te, il ne pouvoit mieux faire 
fa cour aux Protcftaris qu'en déclamant avec violence contre le Pape; Se il 
le fit fans ménagement dans fon Epirre dédicatoire. Se dans l'addition qu'il 
fit au Titre de Fra-Paoh, Mais on lut fut fi peu de gré de ce qu'il avoit hiit, 
que dans faTraduâion Latine qui fe fit auffi- tôt de cette Hiftoire en An- 
gleterre, on en retrancha & TEpitre & le Titre, auffi-bicn que danslesnou- 
Tclles Editions qui fe firent du Texte original à Genève enMDCXXix, Se 
Cft Mpchvi & if»c£x;£: il cft a^natorcl de ccoirct qu'on ne le fie' 

aij 



lY PREFACE. 

que pour fc coefonner aux dcfirs de l'Auteur, qui étant toujours dcmcnré 
dans la Communion Romaine» fentit toute l'incongruité qu il y avoit à flat- 
ter les Proteftans aux dépens de fon propre Parti, après avoir affcâé dans 
tout le cours de fon Ouvrage une impartialité que Ton rencontre à peit^ 
dans aucun autre Ecrivain. 

Une Hiftoirc écrite avec autant de fincérité & de jugement , fut reçue 
comme ont accoutumé de rêrrc de tels Ouvrages. Les jperfonnes d^fintcrclr- 
fées Tadmirerent. Les autres réglèrent leur jugement (ur leurs préventions, 
& en parlèrent bien ou mal, félon les intérêts & les préjugés du Parti ou 
ils fe trouvoient engagés. Les Proteftans la comblèrent d'éloges. La plupart 
des Catholiques la décrièrent fans ménagement, & il n'y eut guercs qu'en 
France où ils ofâlTcnt en parler avec modération & montrer l'eftime qu'on 
en dévoie faire. Audi le Catholicifme des François eft un peu différent de 
celui des Ultramontains '> &tel padèpour très-orthodoxe tn-deçà des Alpes 
& des Py renées , qui auroit peine à (c défendre des pourfuites de l'Inquifitioa 
au-delà» Les Romains (ùr- tout en furent plus indignes que perfbnne^ & il 
cft vrai auifî que leur politique & leurs abus y avoient été expofés avec plus^ 
de liberté. Bien en prit â Fra-Paolo lor(qu'ils l'en reconnurent pour l'Au- 
teur , de n'être pas dans un lieu qui le mît à leur difcretion. Un prétexte de 
Religion les eut venges des coups qu'il leur avoit portés; & ils eudènt eu 
une occafion d'autant plus favorable de (àtisfaire leur reflfèntiment , qu'en 
le faifant ils euflènt paru ne rien faire que pour le maintien de l'Orthodoxie.. 
. Mais l'indignation qu'en conçurent quelques Dévots auili-bien que les 
Romains , n'a pas empêché le Public de regarder fon Ouvrage comme un 
chef-d'œuvre en fait d'Hiftoire. Quoique TexprcfCon fe fente un peu de 
ridiome Vénitien qui n'eft pas des meilleurs d'Italie, la narration eft n ai((fe , 
6c les faits (i heureufement liés les uns avec les autres, que les plus judicieux 
Critiques n'ont pas fait difficulté de donner cette Hlftoire comme le meil- 
leur modèle que puiflent fe propofer les Hiftoriens. C'eft ce qui fit dire â 
«Jonr.dt» Mr. «Wa dans l'Extrait qu'il donna de l'Hiftoire du Cardinal Pallavicin, ^ 
Sâ¥. Mars que Fon ru peiU rien voir de plus achevé éfue celle de Fra-Paolg i & à Mr. j5w- 
'^^î* net,^ que c'eft un modèle que doivent (liivre tous ceux qui veuleut rcuffir à 

ii& ^p^i?^ ^^^*^^ l'Hiftoire. Pierre DupHy de Mr. de Peirejc en avoient jugé de même 
' ' dès le commencement , & ce jugement n'a fait que fe confirmer dans la fui* 
te; Tans que la critique que quelques Ecrivains ont pris à tâche d'en faire j. 
Se les mépriiês Légères qui s'y trouvent , en ay ent diminué le mérite aux yeux 
du Public. 

En effet, fôit que Ton confîdere cet Ouvrage par rapport à la vérité des 
faits» foit que l'on y envifage la forme & rarrangpment que TAuteur a don- 
nés à fa matière,, (bit enfin que l'on examine les réflexions dont il a coutume: 
d'accompagner les événemens, tout contribue également à en relever le prix. 
êc le mérite. 

A l'égard de la vérité des faits, on ne peut prendre de plus juftes me« 
6res fout &'cn aHiirer^, qae celles fjpt prit fréhPâ49* Hh qu'il fe fut pro^ 



i; 



P R. E F A C E. V 

pofé d'dcrire i*Hiftoire du Concile , il n'épargna ni peines ni recherches 
pour conlîilccr tous les Monumcns qui y avoicnc quelque rapport-, & fa fi- 
nianon lui procuia fur cela bien des facilirés. Il vivoic près du lieu ou les 
dioies s'étoient pailces. La mémoire de cette affaire étoit encore toute ré- 
cente, & ii eut occalion de connoitre plulieurs de ceux qui y avoicnt allîftc. 
Il fut lie même d'une étroite amitié avec Camille Oliva, :)écrétaire du Car- 
dinal de MantoHc l'un des Préfidens du Concile fous Pie If^. Il avoir eu en- 
tre les mains le Journal de Chéregat Nonce à' Adrien FI^ les A£tes de la Lé- 
gation de Conturini à Ratisbonne, une partie des Lettres du Cardinal del 
Monte premier Préûdent du Concile fous Paul 1/2 ^ celles de nfeonti Agent 
de Pie /^ à Trente , les Mémoires du Cardinal da Mnla^ les Dépêches des. 
Ambaflàdeurs de Vcnife au Concile , la plupart de celles des Ambaffadeurs. 
de France , qui lui avoienc été communiquées par Mr. Gillat ou par quel- 
ques autres de ks Amis-, fans compter beaucoup d'autres Mémoires particu- 
fiers, dont il avoit tiré les Vores des Prélats & des Théologiens fut la p!u- 
art des queftions qui furent agitées dans le Concile. Il confulta d'ailleurs 
es Hiftoriens les plus (ars & les plus accrédités , fur l'Hidoirc de ce rems^ 
dans les chofes qui n avoient point un rapport dired au Concile \ Sleidan^ 
fiir les affaires d'Allemagne -, GHicciardin^ Adriani , Paul Jove, & quelques 
autres» fur les affaires dltalie-, Beancaire, La Popeltmere , De Thon , & d'au- 
tres pareils, fur celles de France. En un mot > il ne marcha jamais qu'après les 
guides les plus (Tirs \ & s'il s'écarta quelquefois de la vérité > ce ne fut que 
par un accident commun à tous ceux qui font obligés d'écrire fur des rap- 
ports étrangers , & fans aucun delFein ni d'altérer le vrai, ni de colorer le 
faux aux yeux de perfonne. Uefl: vrai que tous ces fecours ne fufEfoienr pas 
encore pour donner à fon Ouvrage la dernière petfeétion, putfqu'ilne put 
avoir communication ni des Adtes mêmes , ni des Lettres fecrettes ou écrites 
par les Légats ou qui leur étoient adreflees , & qui pouvoient nrieux fervir 
qu'aucune autre chofc à découvrir cous les myfteres & les intrigues qui 
avoient donné le mouvement au Concile. C'eft à ceci fans doute que font 
dues quelques fautes qui (è trouvent dans notre Hiftorien^ mais dont on 
doit lui faire d'autant moins de crime „ qu'on fait bien qu'il nétoit pas enr 
fon pouvoir de confuker ces Monumens \ 6c que fa pénétration d'ailleurs ^ 
fuppléé fouvent aux Ades par des conjedtures fi heureufes, que la décou- 
verte de ces Pièces n'a fervi qu'à les vérifier. Mais malgré ce peu de mé* 
piles , que la prévention de Traducteur n'a pu m'empêcher de reconnoi^ 
trc , 8c de reétifier autant qu'il a éré en mon pouvoir, on ne voir pas que ce* 
la doive diminuer beaucoup du prix de l'Ouvrage. Eneffer, ce font desi 
fautes de nature à ne rien altérer dans rcflcntiel de la narration , & alai(ïcr 
â l'Auteur le caraékere de véracité , qui malgré ces méprifes fe fait remarquer 
dans cette Hiftoire. Qa'importe efïcdîvement au Lefteur , qu'une Congre- 
«non le foit tenue un jour plutôt qu'un autre , que ce Ibit un td Théo- 
logien ou un autre qui ait parlé fur une telle matière, que le nom dW 

Evcqpc ou d'ua £vêché foit mal marqué y qu'il y aie qi^elquc circooftaocc: 



VI PREFACE 

<emi(ê ou changée dans la relation d'un fait étranger au Concile } Ce font 
réellement des fautes contre i'exaétitude de FHiltoire. Mais s'il convient 
éc les remarquet pour l'utilité des Leéleurs » elles ne (àuroient diminuer le 
crédit d un Ouvrage dont le fond eft efTentiellement vrai , Se dans lequel 
fi l'Auteur Te méprend quelquefois » c'eft toujours (ans conséquence pour 
les chofes edcntielles , Se (ans préjudice pour Ion propre caraâere. 

Mais s'il s'eft glidè des fautes légères par rapport â l'exadlitude dans 
ouelques chofes peu edcntielles, on ne peut rien defirer par rapport i la 
totme de l'Ouvrage 8c à l'arrangement des matières. La narration feloa 
Mr. Dup'iy en eft nette, élégante, & agréable. Uhrum étvidè legijiimma 
€Hm volHptate. Narréuio dducida , elegans^ nec minus jHcimia. On ti'y voie 

{>oint de digreifions étrangetes Se ennuyeufès. L'Hiftoire du tems y eft me- 
ée , mais avec un choix & une préci(ion qui ne laide rien ignorer de nécef- 
faire , & qui ne détourne point l'attention par un ramas de circonftances 
inutiles. Tout concourt au but général de l'Auteur. Les événemens poli- 
tiques n'y font touchés qu'autant qu'il a été nécedàire de le faite pour 
montrer la part qu'ils ont eu (bit â la convocation , foit au progrès ou 
à la concludon du Concile. Tout y (èmble lié (\ naturellement , que la nar« 
ration eût paru imparfaite (ans ce mélange , 6c furchargée fans cette préci- 
fion. L'érudition y eft ménagée avec tant d'art , qu'on voit un homme par- 
faitement maitre de toutes les matières qu'il traite , fans afFeâcr de faire 
parade de iz% connoidànces. Toujours exaâement renfermé dans les bornes 
d'Hiftorien , il en dit adèz pour mettre fon Leâeur au fait des difputes *, & 
laide plutôt pre(rentir ce qu'il en pen(ê, qu'il ne le déclare. Chaque matière 
eft traitée dans la forme qui lui convient , l'Antiquité Ecclédaftique avec 
érudition Se avec critique , le Dogme avec fobriété , la Scolaftique avec 
fubtilité , la Morale avec pureté , la Difcipline avec difcernement & avec 
(bumiflîon pour les Loix. ^ans prendre parti parmi une grande variété de 
(cntimens , l'Auteur les expofe tous avec netteté & impat tialité ; & s'il fait 
fentir la vanité de plu(ieurs di(putes qui s'agitèrent dans le Concile, c'eft 
plutôt aux rai(bns foibles qu'apportoient leurs défen(èurs que fe découvre 
ce qu'on en doit penfer, qu'au jugement qu'il en porte. Par un mélange 
jadicieax de Doftrine & d'Hiftoire, il a trouvé moyen de faire lire les 
cho(ês les plus férieufes Se les plus graves avec plaidr , & les moins iinpor- 
cantes avec utilité. En croyant ne lire qu'une Hiftoire , on entre infen(ible- 
ment dans les difcudions les plus profondes de la Théologie \ Se fans fon- 
ger qu'à s'éclaircir des fentimens des Théologiens, on fe trouve penfer Se 
opiner pour foi-mcme , lorfqu'on Ce figuroit ne s'inftruire que des opi- 
nions des autres. L'art de l'Hiftorien paroit (ur-tout dans (es Abrégés. Peu 
de pages & quelquefois peu de lignes mettent un Lcftcur au fait des ma- 
tières qui fcmbleroient demander une explication fort étendue i Se foit qu'il 
expofe la DoArinc ou la Difcipline ancienne , foit qu'il donne un précis 
des fuffirages des Pères, tout eft énoncé dans une préci(ion qui épargne 
toutes les inutilités > & i qui rien n'échape de ce qui eft eflèntiel. £u ua 



PREFACE, ru 

mot» (î la Jidlion droit toujours auifi puce que les idées de T Auteur font 
sectes & aifccs > rien ne manqueroic à ccr Ouvrage du côté de la narration, 
& on pourroit dire (ans aucune reftriâion, avec l'Auteur du Journal des- 
Savans, an on ne fem rien voir de plus achevé» 

La foiidié des reflexions qui lont ièmées par-tout dans cette Hiftoirc». 
cft un dernier arricie qui ne contribue pas» moins que le refte à en faire ua 
Ouvrage excellent. Cène fourni de cespenfées forcées, pour la produc- 
tion defqueUes un Ecrivain met fon génie à la rorture afin de fe donner la^ 
réputation d'homme d'elprit \ ni de ces moralités ennuyeufes ,.oû (è perd 
un Auteur , pour iè donner la réputation équivoque d'homme vertueux 8c 
ic réformateur. S'il ceuiure le vice , c'eft fans cet efpiit de malignité qur 
le fait on mérite de rechercher & de publier les fcandales , fans autre fruic 
^ue de ruiner la réputation des^mtres, fouvencau préjudice de la fienne: 
propre. Ses remarques fur les points de Doârrine Ce fement par-tout de Tim- 
partialité avec laquelle , (ans égard aux préjugés ou favorables ou contrai*- 
res , il approuve ou déiâpprouve ce qu'il croit ou conforme ou contraire 
â la vérité , dans fon Parti comme dans les autres. Comme il ne Ce déclare 
BÎ l'Apologifte ni l'Adverfaire du Concile ,^ il en parle roujours en Hifto- 
sien 9 dont le caraâere eflentiel eft d'expofer les faits avec fîncérité > fans 
déterminer autrement le'^jugemetu de ion Leâcur qu'en le mettant au fait 
des raifons ou des ob|eâions , qu'il expolè avec la même fidélité que les 
faits. Si quelquefois fa Critique eft ou moins exadle ou moins meiurée », 
c'eft qu'il n'y a point d'homme infailHble dans fes jugemens » ou qui ne fe 
kvre quelquefois trop iCcs idées. Mais cela même eft rare^ dans notre Hif- 
torien v & toujours maitre de lui-même > fes écarts font légers Se raremenr 
capables de féduire un Leâeur attentif. S'il ne donne pas toujours aux cho^ 
ùs le tour le plus favorable , c'eft que Tenchainement des faits ne lui per^ 
met pas d'interpréter en bien » des chofès qui prifes fi^parément feroienr 
d'elles-mêmes indifférentes. Il fait diftinguer par-tout la Religion d'avec li' 
Superftition, & ne rend point à des Fantômes un refpeâ qui n'cft dû qu'â^ 
k Vérité» Il diftingue dans les Supérieurs l'autorité légitime dont ils (ont 
sevêtus , d'avec l'abus que plu(ieurs en ont pu faire; & quoiqu'il n'eût que 
trop fujet de fe plaiiulre des injuftices & des violences qu'il avoit fouâfene»* 
de la. part de la Cour de Rome , ihen parle avec le même dérintéredemenr 
qu'eût fait toute perfonnc indifférente v& s'il en cenfure quelquefois la con- 
duite Se les abus > c'eft plutôt avec la ùncénté d'un Hiftorien , qu'avec la. 
malignité d'un Critique. L'idée quil donne des délibérations du Concile,, 
cft ordinairement fondée fur les faits qu'il rapporte ) & s^l n'en a pas tou- 
jours une opinion auflî avanragj?u(e que Rome Tcât (ouhairé, c'eft* qu'il s'y. 
cft décidé bien des cho(ês difficiles a admetrrei& l'oppofition qui s'cft trou- 
vée à fa réceprion , ne juftifie que trop fon jtigement. On voit régner par- 
tout une liberté fans licenee, uae religion fans hypocri(îe, une franchifc 
&ns impudence, une modeftie fans afteâbation, une févériré fans rudefTe ,. 
«ne exaâitttde ians fii£erititiof|r> uoe étcndM de connoiflwccs iâns oftenu»- 



vm PREFACE. 

tion. En un mot, toutes les redexions de TAureur ne (èmblent tendre qu^atf 
vrai ôc au bien j Se n^.- dans un fiécle où les conceftacions de Religion avoienc 
coiiimencc à difliper les préjugés d'une (bumiflîon aveugle , & d'une con-- 
fiance fuperftirieule tn des pratiques fouvenc plus propres à infpirer la pré- 
fomption que la religion» il (èmble ne Te propoier dans Ton Hiftoire que 
d'éclairer la foumiflion, que de fubftiruer la piété réelle â un extérieur de 
dévotion» & que de détruire la folle fccurité de ceux qui â l'abri de DiC- 
penfes , d'Indulgences , d'hxemrions , ou d'autres chofès de même nature , (e 
croyent quittes des devoirs les plus edèntiels de la Morale Ôc de la Difci- 
pline , ôc ne relèvent la puifTance du Pape que pour s'en faire un rempart 
contre les remords d'une confcience féduite par les charmes des paflions Se 
de la cupidité. Ses réflexions ne font point d'ailleurs d'une prolixité qui lesi 
rende faftidieufes , ni de ces lieux communs plus convenables à un Sermon 
qu'à une Hiftoire. Tout eft (ènfé , concis , & propre au fujet , dont rarement 
l'Auteur s'écarte. Le âl de la narration n'en eft jamais rompu ; elle n'en pa- 
roit au contraire que plus animée Se plus intérelTante : tant l'Auteur a fti 
donner à fon Ouvrage le tour néccflàire pour plaire, & pour faire les im- 
preflîons que les faits autrement expofés n'eudènt pu produire, quoiqu'elles 
en naidènt naturellement. 

Mais, quelque attention qu'ait eue l'Auteur 1 ne rien avancer que de 
vrai & que de conforme aux Mémoires qu'il avoir recueillis , & à ne com- 
battre directement aucune des déciHons du Concile, fon Hiftoire n'a pas 
laiflë de trouver des Cenfeurs ; & plufieurs Ecrivains fe fonr fait un devoir 
Se un mérite de travailler â décréditer un Ouvrage qui leur étoit d'au- 
tant plus odieux , que les ennemi» de l'Eglife Romaine fembloient en faire 
plus acftime. Les attaques cependant furent d'abord alFez légères , &n'ef- 
fleurèrent qu'à peine la réputation de l'Auteur. 

U N des premiers Cenfeurs qui parut fur les rangs fut un nommé Philippe 
Quorliy qui après avoir publié lui-même les deux premiers Livres de fa Cri- 
tique à Venife en mdclv , en lai(Ià deux autres qui furent imprimés avec les 
deux premiers à Palerme en MbCLxi , fous ce titre , Hifloria Concilii Tridcn^ 
uni Peu Suavis Polani ex AtiSlorifinet affertionibm confutma. Dans cet Ou- 
vrage, l'Auteur exadlcment renfermé dans fon Titre ne va chercher ni dans 
les Ades du Concile, ni dans les Hiftoriens du tems, de quoi oppofer aux 
récits de Fra-Paolo •> mais fe bornant à découvrir dans fon Hiftoire de pré- 
tendues contradidtions pour l'oppofer à lui-même , il y a réuflî avec fi pea 
de fuccès , que le Livre eft à peine connu, & que la réputation même de 
l'Ouvrage qu'il attaque n a pu lui procurer la gloire que les Auteurs mé- 
diocres tirent ordinairement du nom des Adverfaires qu'ils combattent. 

Vers le même tems parut un autre Ouvrage d'un Théologien de Met 
iîne nommé Scipio Henrici , fous le titre de CenfwA Theologica & Hifionca » 
dont la première Partie eft dcftinée à donner un Extrait de tout ce qu'il y a 
de bon , de vrai & de probable dans l'Hiftoire de Fra^Paolo; Se la féconde y 
à cenfiirer ce qu'il y a de mauvais » de faux 8c de condamnable. Mais il y a 

Uea 



PREFACE. IX 

ïcu de croire , que cette féconde Partie n'a été ajoutée que pour dormct 
le change au monde , s'il eft vrai , comme l'ont marqué pluficurs Critiques, 
que l'Auteur mafqué (bus le nom (ïj4(jmlinHS foit Scipio Henrici lui-même. 
Car dans le jugement que cet Auteur pfcudonyme porte (ur les trois His- 
toires du Concile, c*eft- à-dire, fur celles à^ Fra-Vnolo y 8c de Pallaviciftj 
8c fur celle qu'il avoît donnée lui-même dans (à Cenfurc Théologique & 
Hiftorique , il donne par-tout la préférence à la première , 6c la juftifie 
même en plusieurs endroits > & contre fa propre Critique , 6c contre celle 
an Cardinal. 

Ces attaques étoient trop légères, pour avoir quelque (uccès; & l'on 
vit bien à Rome qu'il falloir quelque cnofe de plus important pour ruiner 
le crédit de l'Hiftoire de FréhP4ola. Le P. ^hiéU Jéfuite de réputation fut 
donc chargé de 4a commiffion , & on lui offrit tous les (ècours néceffaires 
pour s'en acquitter mieux que n'avoicnt fait les autres. Toutes les Archi- 
ves lui furent ouvertes, ôc rien ne fut omis pour le mettre en état de con- 
vaincre de faux notre Hiftorien 6c de rétablir la réputation du Concile» 
à laquelle l'Hiftoire de Fra-Paolp avoit donné quelque atteinte. Plu/îeurs 
années fe padcrent à raffèmbler les matériaux nécedàires. Mais tanc de 
tems employé à ces recherches ne (èrvit qu a lui faire mieux (èntir la dif- 
ficulté de rentreprifè, 6c il en laiflà l'nécution à une main plus hardie on 
plus préfomprueufè. Pallavicirij aufli Jéfuite 6c depuis Cardinal, fiit It 
Héros deftiné à la défaite d*un Ennemi que (a mort n'empêchoit pas d'être 
redoutable, & à détruire un Ouvrage qui s'étoit fbutenu jufqu'alors 6c 
contre les cendires Romaines , 6c contre les coups que différens parricu- 
liers avoient voulu lui porter. Chargé & par Con choix 6c par l'ordre de 
fcs Supérieurs d*une entreprife fi importante, il eut pour Texécutcr tout 
les avantages que peut avoir un Ecrivain. Outre les Mémoires qu'avoir raf- 
fèmblés y^lcidi, chacun s'empreflà de lui fournir tout ce qui pouvoit lui 
être de quelque u6ge. Jamais perfonne n'entreprit la compohtion d'une 
Hiftoire avec plus de fecours. Cependant, quel en fut le fuccès > Il fit re- 
marquer dans l'Ouvrage de Fra-Paoh des fautes légères , des inexaftitudes , 
quelques méprifès dans les noms ou les dates, quelques altérarions dans des 
circonftances peu eflènrielles , quelques conjedîurcs bazardées fans fonde- 
ment*, mais du refte, une conformité fi entière dans la fubftance des faits, 
ue l'Auteur mafqué fous le nom à*Ai]HilinHs , dans le jugement qu'il porte 
es difFérens Hiftoriens du Concile , ne fait point difficulté de traiter le 
Cardinal Pallavicin d'Interprète & d^Amplificateur de fon Adverfaire , Am- 
plificéUor& Intcrpreu 

' C'a donc été une oftentation ridicule, & une malignité condamnable 
dans ce Cardinal, pour prévenir fcs Lcéteurs contre Fra-Paoloy d'avoir 
produit un Catalogue enflé de méprifes qui n'ont rien de réel ou d'efïcn- 
ticl. En effet, outre qu'une partie de ces fautes prétendues ne font point 
réellement des fautes, comme on s'en convaincra par mes Notes, & que 
^e(k le Cardinal lui-même qui s'cft mépris , on verra qu'il y en a peu paiN 
TqwI. b 



i 



X PREFACE. 

mi le refte ^i mérkaflcnc d'ctre relevées avec Taîgreur 6c ramemuneavec 
laquelle le tak le Cardinal Pédlmncin. Il y a des féUêJfetis, die judicteufemenc 
Mr. jimelaty^ui ne ruinem point U réputation im Hiftorien\ & quand il n$ 
parle point contre fa confiience , U mérite JCetre excufi y humanum cnim eft es^ 
rare. VHiflorien n'eft pas refponfMe des chojes dm il lui a fallu Je rapporter 
à autrui , et autant efiiil ftefi pas requis que celui qui compofi une Hjfloire ait 
vu ce qtéM écrit. Tel a été le cas de notre Hiftoricn > qui obligé d'écrire Cixr 
des Mémoires parcicaliers faute d'avoir eu la liberté de consulter les Aâes 
originaux» n'a pu toujours raconter les faits avec la même exaéHtude que 
ion Advecfaire. Mais quel préjudice ea (buffire Ton Hiftoire pour le fond l 
Tous les faits eflcntiels font les mêmes yôc ih fidélité que l'on remarque 
dans ce qu'il x copié des Mémoires du rems y on jam que s'iLs*eft trompé fur 
quelques détails indifférens^ ùt véracité- n*en sefoit point d'atteinte , & foa 
Hiftoire n'en mérite pas moins notre créance Se n'en eft pas eflèntiellemenc 
plus défèâucii(è. 

Ce n'eft pas que, pont relever Fru-P^Wt* tox dépens Je ion Cen(ênr> je 
veuille décrédicer l'Ouvrage du Cardind y am certainement a fon ntiérite p. 
quoiqu'en qualité d'Hiftonen il ibit bien iaKtîeiir iMuteur qn'iL cenfiire». 
Mais il a du moins, cet avantage au-deflîis de Fra^Paolo y que comme il e^ 
travaillé £br les^ Aâes de Cat k$ Lettres orkinales». il peut fervir à fuppléec 
des faits & cedreficr des méprifès, contre k(quelles il n étoit pas poliible i 
notre Hiftorien de fe précautionner.. Ceft par cet endroit leul qu'il mérite 
quelque préfihrence, & i tout autre égard il ne lui eft nullement compa* 
cable. Sa diâdon à la vérité eft' plus pure r mais il écrit moin$ en Hiftoriei^ 

În'en. Rhéteur ,.& Ton ne reconnoit aucunement dans fon Ouvrage le ftylc 
e l'Hifloire*. Ses détails (bot plutôt des digreffions étrangères , que des ré- 
cits eâèntiels à (à narration» Adulateur déclaré des Papes». il canonife ju(^ 
qu*â leurs excès ^& il juftifie les maximes les plus fcandaleu(êsa.vec autant 
d'aflurance , qqe fi elles faiibîent partit de la Religion. Toujours partial 

Îour ce qu'il appelle TEglife» il donne tout aux préjugés de Parti »,& jufti*^ 
e ou condamne (èlon les différens intérêts qui Fagitent , (ans croire que 
ks Catholiques raiflènc (ê tromper « ni tes Protefbms avoir raifon (ur au<^ 
cun point. Exceflîvement prévenu pour les maximes préiêntes , ou il f tx-^ 
mené les anciennes quoiqu'eflèntiellemenr oppo(ëes^ ou il condamne cel-^ 
lkh<i comme moins (âges , par la (eule rai(bn qu'elles ont cefTé d'être ûii^ 




on 

hors qui n'en (ont que , 

Êlufieurs devoirs, qu*il ne donne que pour desLoix d'une Di(<wline ar^^ 
traire ^ dont la pratique cefte d'obliger â la £ivenr des Di(pen(es.. ïkié^ 

de tour par les maximes dW Politique toute mondaine» & il fâtt àt 



PRErACE. rf 

tt^B& âc Jefiis-Chrijft une Société toute humaine 9 qui doit Ce gourerner 
par le même efprit que (e gouvetnenc les Principtutcs Temporelles. Enfin 
FrM'Péid9 eft THiftorien du Concile > & PédUmcm en eft le Panégyrifte *, Se 
À, Tavancage près qu a celni-d d'être plus eiaâ dans certains détails moins 
cilendels » & de nous avoir communiqué les Extraits de phifieurs Pièces 
4iriginales que Ton ne connoifloit point auparavant, on peut dire que le 
Public n*eft gueres plus inftruit qu'il Tétoit de l'Hiftoire du Concile , A: 
qu*on pouvoir ignorer ce qu'il nous en a appris , (ans être moins au fait de 
cette affaire. Encore» comme l'a fort bien ooftrvé Mr. Sdê le premier Ao- 
ceur du Journal des Savans »< fmqH^an m veuiUe pds s^infcrire enf/mx €mt* 
Ère la Latres& les AÛmmres wumi^us ùris prmapdlemem de U Bibliatheme 
VéùkmÊ^ eemfimepikfkwres frivees, & k Ufei defymelUs onffeflfosMi^' 
£é de dtfbrer pififu^k ce epien les mt rendnes fnUi^s^ éfn epien fmffe les 
êsséomner & en recemtekre U véritt; & Jtéiméfm fùss dms cette cecifan , ek 
€m fen vemfervir comre mt Hifierien ^m a M prefine cememperém^ & fm 
iefi âcepm heêxMsf de crismce dmu les écrits deU^^nfan dtê mettde. 

Voila pourtant proprement le feak HMorien que Rome ait pu oppo* 
(èr à FréhPJole, 6c pour le triomplie duquel cUe ait épuifô toutes (es ArduTes» 
Mds la précaution qu'a eue Fdùvkm de ne publier de toutes les Piéœa 
qui lui ont été cotmnuniquées oue ce qoi convenoit à fês vues, (ans nous 
lien découvrir des Inftruâions (ecrettes envoyées ou de Rome ou de Trente» 
nous laiâe toi^ours ibupçonnec bien des intrigues ftir le(quelles ce Cardi* 
aal n'a pas jugé à propos de s'expliquer , ic que Frs-PâûU n'a avancées que 
(nr des Mémoires a(G» (un pour mériter notre créance. An moins il 7 t 
lieu de croire que tout ce que fi>n Cen(èur n'a pas jugé i propos de rele- 
ver > pem paflèr pour certain^ & lors même que PédUetnein , fans en ap« 
porter d'antres preuves que (on autorité , s*in(crit en faux contre certains 
ntts uniquement parce qu'ils ne font honneur ni à la Cour de Rome ni au 
Concile » le préjugé eft en faveur de notre Hiftorien» qu'il n'eût pas man* 
que de travailler a convaincre de faux, s'il eût eu en main de quoi le faire. 
. Cbttb attaque portée â notre Hiftorien, eft proprement la dernière 
^'il ait ene â eflùyer- Car je compte pour rien une Crit'upte moderne de 
tmfloire dn Concie de Tretste de Frét-Pétôh , qui parut in 4<<» à, Paris en^ 
MBocxiXy & où rAutenr anonyme de cet Ouvrage déclare ^ <pcfitt dt0m 
eiefi pas d'examiner fi les faits del'Hkftoire qu'il attaqney^ tr^r/ m noni 
mais qu'il & propo(e uniquement de montrer , que Fra-Paelo n'a eu aucune 
des qualités néceflàires à un Hiftorien 9 c'eft-à-dire , nifagejfe^m mediratiott^ 
miJMgamettty nihâbiUti. Un Ecrivain qui choque aîn(i de front le jugement 
qu'a porté depuis plus dfun (iéde le Public de cette Hiftoit e , 8c les aveux 
mêmes des ennemis de Fré^Paelo , qui dans le tems qu'ils l'ont ceniuré avec 
phis de rigueur , comme le P. Rapin Jé(ùîte , n'ont pu difconvenir de la beau- 
se de l'Ouvrage & de l'habileté de f Hiftorien ; un tel Ecrivain , dis- je , ne 
mérite pas d'autre (brt ^ celui qu'il a cflùjré > je veux dire » celui d'être mé' 
priîë & oubliée 



xu préface; 

Il femble au contraire que les Critiques que Ton a faites cte PHîftoîre dSr 
Fra-Paoloy n'ayenc fervi qu'a en relever le crédit &c la réputation. Mais^ 
avant cela même elle avoic été û agréablement re^ue du Public, que pour & 
tisfaire ceux qui ne pouvoient la lire dans TOriginal , on la traduiiit en difféi- 
rentes forces de Langues. Dans le tems que TArchevêque de SpaUtro la pa- 
blioic en Italien à Londres, le Roi J^i^rj/ chargea Michel Newton Pré* 
cepteur du Prince Henri Ton fils , de la traduire en Latin. Il commença en 
eftct cetce Tradu(f^ion dès Tan mocxix. Mais comme ^ ou faute d'êrre aflèx 
au fait des raacieres, ou parce qu'il n'entendoit pas affez bien l'Italien , fz 
Traduction parut en bien des endroits défeârueule > Bedell depuis Evêque de 
Kilmore en Irlande fc chargea du refte de l'Ouvrage , dont la publication 
fuivic de près l'Edition Italienne, &. en rendit la leéhire plus commune Se 
par conféquent plus utile» 

C£TT£ Traduâion cependant ne fiifEt pas pour (àtisfaire Tavidité da 
Public. Différentes Nations voulurent avoir l'Ouvrage en leur propre Lan-p 
gue > & en peu d'années on le vu paroitre en Eraoçois , en Allemand , & en 
Apglois. Diêdm fe chargea de la Traduétion Françoifè à Genève. Etant Ita- 
lien lui-même , il fêmble i^u'ondevoit attendre de lui quelque chofe d^exaét* 
Mois^ foit que le François ne lui fut pas. toutà-fait aufli familier que Tlta* 
lien 9 foit <|ue le changement aaivé dans notre Langue nous fa(Ic paroicre 
défeéhieux ce qui ne le paroidbit pas alors , cette Traduâion , quoique réim* 
priniée depuis à Paris même, ell devenue tellement hors, d'ufagc, qu'elle 
nous eft prefque aujourd'hui plus étrangère que l'Original même. C'eft ce 
qui engagea il y a environ cinquante ans Mr. j4melot de la Houjfaye à nous 
en donner une nouvelle. Elle n'étoit pas uns défauts > mais incomparable* 
ment préférable à celle de Diodati à cous égards , eUe eût dû ce femble me 
détourni^r d'en entreprendre une autre , il je n'euffc jugé que Taviditc avec 
laquelle elle a été reçue du Public , que différentes Editions ont pu i peiné 
fatisfairc , montre mieux Tcftime qu'il confcrve pour L'Ouvrage de Fra Poù* 
lo , que le mérite même de la Tradu6kion..Ea effet, outre que Mr. jImeloP 
femble fouvent dans les endroits dithciles avoir plutôt fait la fienne fiir le 
Lacin même que fur l'Original , le fiyle d'ailleurs^ en femble aujourd'hui un 
peupoiïéî & il s'y trouve différentes fautes qui mérîtoient ou qu'on ré-« 
lormat. cette Traduétion, ou qu'on ea fît une toute nouvelle , pour en ren-» 
dre la Icâure plus agréable & plus utile.. 

C E s T à, cç dernier parti que je me fuis détermine >.fbit pour m'épargner 
le défagrément qu'il y a de retoucher l'Ouvrage d'un autre, foit pour pré- 
venir l'inégalité de flyle qu'on ne peut jamais éviter dans un Ouvrage ré-^ 
formé. Nos vues^ d'ailleurs font afl'ez différentes dans cette entreprife^ 
Mr. jlmelof femble s'être borné dans la fienne à une fimple Traduâion y. 
6ç le peu de Not^s qui l'accompagnent fcmblcnt plutôt faites pour fcrvir. 
d'ornement à l'Hiftoire qu il publie, que. pour Téclaircir ou la juftifier«. 
Mes vues ont été. toutes différentes dans leâ miennes.. Toutes ont qiielquei 
ufage , ôc je n'en ai i^ aucune pour la £aradc:»< 



P R É 1^ A C B. xin 

*r iCôlFIrv MOta^élËihè ^ut Prs-Péiolènctvi^a point avrogrtf fur (cthmts,. 
*ûe panîe eft deftinèe i reâifier («s m^ptifls*,^ je Tai fait ordinairemenc Cut 
Tàucoritii des Aâes rapportées par Pstlm^idn, par RayfiéddtiSyOwi^^x quel*^ 
-que autre Aufeiir ^ ou lui^ Içs- témoignages de quelques Hiftoriens contem« 

£ crains qu il a méconnufr^ ou qu'il a^ lus avec rrop de précipitation.£n ce- 
• f*ài rlKhd(i jufticb à (bn^Ceoieuc k Cardinal FaUavicir^i 8c |e n*ai jamais 
lléotéâ'k fiiivfe quand (âcvicique mVpàru fondée fur des Aâei> & non 
ittr fes'préjugé$.. Une Miccc partie idts Noces eft employée d- juftifier Frd* 
FéiùU \ii-haik!^€ contve fon-Adver^iire, lorfqu'iH'a critiqué fans fonde- 
ments & j*-ai tâché <te le faire > ou en prouvant la vérité des faits avancés* 
pftr nocce Hiftorien 5 on en le déchargeant par des témoignages parallèles 
«Autetlinr qui'ks*:tv<n6tit xapportés-'ovanrluivde la faHiTe imputation de les 
fmùr itilvtntés; Le^ qMftioûs doâ7in«lle^ <ltt Concile ont fourni moticre à 
vnautcé^ncedc^oces^^ je n'ai eu'pouf objet que de donner tmeidée 
claire ^ abrégée iitê-^'qtfD:rok>ddk<pen&r des- dift^r entes dédiions dif 
Cbncife jT & crà faifi^tiierdiot nii Us d^endre ni '^ le$ combattre r je mb 
£iÎ5 botné i^doÀncr quelques notioné'juftes- des chofes > Se à niarquer Té^ 
poqoe d« quel^^ties^ ^ouveanoc. APtictos de' Foi; tJne plus- longue contro^ 
verfe toe convènolit point a de ûm{4es« Notes >d6 c'eût été embarraiTcr ÏHiC" 
soiié au-lieiide r^ciaîrdrjiqtte^i'enire» dan^^ diiputes Théologiqtièa 
qu'on '{|etitcr<kiVél:^aitiplemenr(lifi:utées! ailleurs- pas les Ecrivains dts l'ar-» 
tisopdô^,'qui''ont examiné -plus à^fend^ceàmaderes» Enfin il y- a x^ntl^ 

Îuepdi d'amies^ Notes, foie pqur fixer les date» de quelques événemens ,. 
Dût notre Auceur n'avoir pas.marquéaflèz. préciiëmenr le rems $ loir pour, 
relbver. quelques fautes principales dt^ bi dernière Traduâion Fcançoi(è>. 
ou (de quelques- autres- Autcursr^de. réputation , dont il (èmbie^' phis efifèn— 
âcl^de remarquer lesvméprîièsi proportion de Teftime qu'on en fait «afin; 
d'empechct qu'on nes'i^gare à la luice de leur autorité. Mais, Toit que je; 
juftifie notre Auteur-, ou que je le rcdrefle ^ foie que pour éclaircic Ton Hi(^.; 
roirc j'aye fiiivi4''aotoricé d'aiures Ecrivains, oii que je m'en (bis écarté^; 
f'ai taché dfe.ne contrer en. tout que la vérité, uns m'abandohner ni L 
k partialité qu'ont ordinairement les Traduâeurs ou les Editeurs pour les: 
Ouvrages qu^'ils pnblien&,.nià la vanité de critiquer des Auteurs demé»; 
rite uoiquemeArpour avoir le plaiiîc de me faire, un, nom aux. dépens desi- 
autres. ,» - » . 

En matière de faits princtpatemenr ,' jV tâché tantxju'il a été pofiible: 
Jk ne rkn avancer £ins gacaht; & pour.me mettre entièrement au fait dei 
k vérité détour cc.que rapparoe notre Hiftorien,. j'ai confulté le plus de: 
Mémoires paniculiers donc j ai .pu avoir communication. Outre ceux qui: 
ont été imprimés^ & qui om uorvapport plus on moins direâ: aux.afiàiresk 
40 Concile , tels que Ic'Reaieiiride Pièces publié par Mr. Dufmy y les Mé-^ 
moîceS' 6c l^argat ^ les Lettcesxle fTi/cQmiiy^ celles desCacdioaux. de ParrMre. 
Jfe de SântA-Croce y les Aâes: dé MfiffareUi 6c ceux de Tarelli publiés afTesD 
q^Pcguneniripagic.E; ^Àrr(Qn(>!.ie. Journal é^Nicolai, Pfilme Evêque .de. 



xïy PREFACE. 



Vccdan publia pir le P. Hiêgê^ic coiit ce qui a écë «âlii(cd ibic dins kf Aif3 
. nalcs de Rénndèu » foie dans l'Hiftoire de PédUcmhi & ailleurs jj^ai 



î 



JPiÇfMMtfi » toit dans 1 Hiftoire de ?4/!(4fi^^ & ailleurs j/ai eu c^ 
iX)urs aux MSS. mêmes donc je pouvois cirer queloue lumière , dç qui m'onc 
ix& communiqués par quelques peribmies qui iê tbnc on plaifir de comr^ 
btier à roue ce qui peut ccre de quelque utilité au Public 

Entre autres Pièces qui m'ont paru, les plus curieoiês » j'ai fait ufâgp 
d*uo Recueil d'Aâes qui commencent à rouverciire du Conule .â>u$ tM 
III i & qui finiflèot à Ùl tranflatipn i Bologne > ramaflés par un oomni^ 
£. PréUéums Nervms. Ces Aébs qui m'ont été communiqués par le Or. Fer^ 
rari , & qui me paroiflènt uès-exaéb & très-fidéles » Ibnt précédés d'un 
Sommaire abrégé écrit avec beaucoup de liberté > où TAutcur nous donne 
une idée aflcz peu avantageuiê Coit des vues de ia Cour de Rome» Cok 
de la liberté du Concile »& où iljqftifie bien des.cho(cs avancées. par Fm- 
Paoloôc niées confidemment par le Cardinal PglUuksff. Çcft amfi qu'il jus- 
tifie ce que notre Hiftorien avoîc dit de la icience du Cardinal de Ste. Croix 
dans rAftronomie : Poatificem i^ûfpf Rmiumum ipÈffmfmmnm fi Pmdo lit 
difiinSû jiftranomicis rémomtas jéon pridem efl vémcinmm. C'eft ainfi encore 
u il confirme ce qu'avoir dit Vétrf/u , que dans la Googr^ation du i f 
e Janvier mdxlvu quelques Italiens traitèrent les Espagnols de Renards » 
Vdffcdéu » parce qu'ils cherchoient à étendre leur autorité au préjudice do 
celle du Pape. U nous apprend de même, que les L^ats rendoient le Pape 
mairre de toutes les dénbérations du Condle : Onmo tmm m Pomificisjiath 
m ùotifiéiii liberrmù pofium fiwiper VêbêerÊ , cmmnAm tétm erebris Decretm 
éidmis^Hi fHùd éigertm^ slhsnalli Miékrm^U^^Tfm primm Prsfidins ûof* 
fi fi inqmt ix fammi Pmtificis Mtmo fH€ mUaftéXHire & concladire : Qui'ils(ê 
donnoient une autorité entière dans cette Aflemblée : Rtpupim apenè prim 
mm Prtfidens amma cûUocms mpottfiâte Ligmwrxm —— Ex io wumififlum effi 
pour M Legatos PrdJuUmesmhilreipfa Uiersim Synodo ptrmttfre : Qu'ils chan^ 
geoient l'ordre des fiiffragcs, lorsqu'ils voy oient que les dio(ès n'alloient 
pas à leur eré : ht téon PutUtontm mâguan purum iiwrmm éotimétdvtrtens pri^ 
mus Prâfidens non oft pajfns ordim fiUto fiiafitffiragia pr^hpù : Qu'ils fe laiA 
foient quelquefois aller â des emportemens indécens : Promu Pn^fiJens nom 
finifionuieho eonami^ atfne éi/porM tmis contorfit. Ejmt tmnen âarbamem nom 
péUêci râiionibm filidis & modefiioribm reuuUre ^ inter qnas Epifiopm Afiori^ 
cenfis pTécipui gravibus mrgwnentis bilem ejus confregit — - Commneliosi Legéttà 
m bœ Epi/copo ob/liten. Promu Prsfidcns ^min bilm eréUprocUvior ^jniet Ejpif 
copum/ua Epifiopédi dipUau conuntnm ejfi. Ce Manufcrir eft plein de km* 
blabies traits » dont je n'euflè pas manqué de £ûre ufâge , s'il fiit tombé â 
tems entre mes mams pour pouvoir en enrichir mes Notes , 6c juftifier bien 
des cho(ès que Fréê-Paolo avance » & qui l'ont fait traiter par Pédlaviçin d'en- 
nemi du Concile , quoiqu'il ait parié avec beaucoup plus de réferve que ne 
le Élit l'Auteur de ce Manufcrit, qui n'a fait que copier les. Aâes du Con* 
die où (e trouvent beaucoup de particularités trèscurieufês* 
J I ne puis pas dire la même choie xl'un Abrégé MS d!un Journal da Gott^ 



P R E F A C É. %r 

file> «ttri&iié m Secrétaire d'un Ambafladeor de Venî^è i Trente. Car en 
le comparant avec FHiftoâre de Fra P40I0 , il eft viable que ce n'en eft qu'on 
fimple Extraie > auquel il a pin a T Auteur de donner le nom de Journal y 
quoiqu'il n'en ait ni la forme ni les détails» 

1 1 y a plus i profiter dans la leâure d'un Recueil de Lettres ècs Légats 
jn Concile fomPaHUlI^éctitcs noor la plupart au Caid^F^nf^y 6c ait 
Gard* Céamirl'mgue ^^^ tsiiL fourni auffi le Dt.Ferréiri^ Elles commencent 
WOL premier de Février iinxvi >& finirent au demies de Décembre de la me-» 
me année » & compreiment ainfi preique tout le tems de la première Con« 
irocatioB» Ce Recueil» anffi-bien que celui de Philifpe Mkfêtti Secrétaire du 
Card. Séripémdx qae Mylord Lavel a eu b bonté denM faire communiquer y 
te qm ibos le dtre de Jmrtidt dtl Cptt€ili^ Ji Trente comprend un fort grand 
nombre de Lettces originales à commencer depuis k 1 8 d'Avril mvlxi jut 
qu'an 1 S de Décembre de la m&me année » c'eft-à-dire , tout ce qui s'eft fait 

EUT préparer U tenue de la dernière convocation du Concile v ces Recueils r 
kje>. contiennent quantité d'Anecdotes» dont plufienrsmérîtoiem d'avoic 
place dans l*Hifloire. Le Car4inal PdUnricin » qui en avoir en communica* 
non > en a dré bien des cho(ès ;. mais toujours avec la précaution de n^en ex* 
traire qne ce qui étok fiivocabk â (es vues*. Il eût été pl«s avantageux air 
Public de publier les Recueils memcr^^ & je Teoilê fiût avecplaifir »,(i k Ùl^ 
vanr Dt; Ferréri^cfk me les a communiqués ic qui a^ ramaue beaucoup de 
ces fortes de Pièces, ne m^eût fait entendre qu'il fê propofe de ks puolkt 
fiii-même 6c de donnes cette CoUeâaon an Public , lor(qn'il aura mis en or^* 
dre tour ce qu'il» déjà recueilli >& tout te qui fe trouve dilperfé ailleurs 
parmi ce qu'on a.d^a publié de ce Concile.. 

C B fera l*occafion naturelle d'y joindre ce qin manque aux Lettres de 
fnfiêffti ^ dont on n'a pubUé que la moindre partie , pniique les Manu(crit& 
commencent dès-k mois de Juin* MOLXii>^au-Iicu que les Imprimés ne com* 
mencenr qu'en Févrkr MOLxiik Ce Recueil emkr , dont Mylord Ltfvcl a eu 
la bonté cle me communiquer une copie , & quelques Amis de Paris uneau*- 
tre>e(bceqiie nous avons de plus- détaillé fiir k dernière convocation do^ 
Concik > & il feroit à foubaiter qu'on eût fiitk refte un détail auflS parti- 
cularifë^ooe celui que fournirent ces Eettresv Quoiqu'elle» manquent qqcK 
quefoiscTexaétitude en quelqjies drconftances > elks nous fbumifTent d'ail* 
kurs tant de paniculatités curieuks » qpe k publication n'en peut être qa'u* 
tile 8c agréaâe. Il.eft vifibk par k kéture de Fn^Péiolo , qu'il a eu ces Let- 
tres entre les mains ^ & q^'il en a tiré k plupart des détails qiie l'on trouve 
dans fon Hiftoire. L'on voit de même par une Relation MS^ des Congré*- 
gâtions du mois d'Août au fujet de la Communion du Calice , qui fe trouve 
eufli dans k Bibliothèque de Mylôrd Lovd , que notre Uiâotien l'a conful* 
tée & prcfqoe copiée nK>r pour mot r preuve évidente qq'il a eu unfbin- 
extrême de ne rien avancer £uisgarancs9.& que s'il s'eft quelquefois mé* 
pris» c'eft:à iês Mémoires mornes qu^il<feut s*en prendre» 6c non à aucun 
ééBat de fidéfité#.JKhis j^ai egifccafiog dfcxonfiikcr de cesibnes dePiéccs^. 



XVI PRETA C E. 

6c plus je me fuis convaincu de la fcrupuleufe exaâicude de notre Auteur l 
& pour le juftificr contre la mahgnité de ceux qui Taccufent , le moyeti le 
plus court & le plus fimplc (èroit de raflembler le plus qu'il Ce peut de ces for- 
tes de Mémoires , pour (è convaincre par leur leâure de la fidélité avec la- 
quelle il les a fuivis. Une telle CoUeâion ne peut être que très-curieulè Se 
très- utile ; & dans le dellèin où eft le Dr. Ferrari de la publier aufli ampkA 
aufli complette quil eft pollible, il fera très-obligé â ceux qui auroient iîir 
cela quelques Mémoires, de vouloir les lui communiquer, afin d-en poa« 
voir cnricnir le Public 

A la leâure de ces difFérens Mémoires j'ai joint celle des Auteurs contenir 
porains , qui pouvoient (êrvir ou à éclaircir ou â redreflèr les récits de notre 
Hiftorien à l'égard des faits hiftoriques qu'il en a ou empruntés ou abrégés. 
Cette comparaifon, quoique pénible, Àoitnécedàire pour tavoirquel fonds 
on doit faire fur ce qu'il rapporte. Il eût pu nous épargner cette peine , s'il 
eut cité lui-même fes garants. Mais à fon défaut , j'ai taché d'7 (bppléer par 
les citations exaâes des anciens Auteurs que vraifèmblablement il n'a taie 
que fuivre, ou par celles des Auteurs modernes qui ont puifè apparemment 
dans les mêmes fources , de qui (ont une forte de Notes abrégées pour les 
endroits qui ne fbufFrent pas de difficulté , 8c au moyeo defqQclles on peut 
vérifier les faits , dont fans cela on n'eût eu auame aflfùrance. 

P o u R ce qui eft de la Traduâion , je l'ai faite ftir l'Edition originale de 
Londres de mdcxix , comme celle qui eft communément la plus efbmée. Mais 
j'ai eu foin de la comparer exadement avec, & de la réformer même quel- 
quefois fur celle de Genève de mdcxxdc , qui fans être exemte de fautes , 
m'a paru généralement plus exaâe & moins Héfe&ueufè que celle de Loti- 
dres, quoique le préjueé public donne ordinairement à celle-ci la préfé- 
rence, peut-être faute d'en avoir fait comme moi 4a comparaifbn. Dans 
cette Traduûion , ma méthode a été de ne point m'écarter trop librement 
du tour de l'Original, ni de le fuivrc trop fervilement. Outre qu'une imi- 
tation trop fervile rend fbuvent une Veruon barbare & prefque inintelli- 
gible , il arrive même quelquefois qu'un attachement trop fcnipuleux â la 
lettre fait perdre plus aifcment le tens , lorfque les idiomes des deux Lan- 
gues ne fe rapportent pas exaftement l'un à l'autre. J'ai tâché de plus d'évi- 
ter également dans le ftyle, l'enflure & la baflfcflc. L'Hiftoire demande de 
la fîmplicité & de la netteté, 8c c'eft uniquement à quoi je me fuis étudié, 
■fans donncf dans TafFedlation fi commune aujourd'hui parmi nos Ecrivains 
modernes, qui fous prétexte d'enrichir la Langue par de nouvelles cxprcf^ 
■fions ou de nouveaux tours , la défigurent 8c la rendent fouvcnt inintelli- 
gible. Mon attention a été de conftrver autant qu'il a été pofiîble le fcns 
de l'Auteur dans une Langue étrangère ; & quoique la néccfiitc de ne pas 
s'écarter de fon Original ne laiflc pas toujours à un Traduékcur la liberté 
oc donner à fa narration un tour auflî aifé qu'il pourroit fans cette gêne , 
je n'ai rien négligé pour donner â mon travail un tour auffi naturel que ce- 
jjui de rOrigiaal même. Enfin pour ce qui regarde les noms-propres , fans j 

obferver 



PREFACE. xvn 

obfe'rver d'unirormicé , je me fui!; conformé à Pufage le phis commun de 
nos Ecrivains > comme la régie la plus convenable qu'on puidè feproporec 
dans ces (brres de cho(ès; ou s'ils iè trouvent partagés, je me fuis cru en li- 
berté de fiiivrc ce qui m'a paru de mieux» Ainfi j'ai mis Pdllavicin pour Pal-- 
léeuidm, Gmcciardin pour GMCciardimy Raj/nalJus ^omï Raynaldi > parce que 
tel eft l'ufage de U plupart de nos Auteurs. Au contraite j'ai confervé le nom 
de Pool que quelques-uns nomment PoIhs , de del Morne que quelques-uns 
nomment Monu ou de Morne ^ de ddi^Mula que quelques-uns nomment 
jimidio , &c. parce que comme nos Ecrivains font partagés fur cela , j'ai pen- 
(é qu'il étoit plus naturel de fuivre ceux qui ^z\\ tiennent aux noms ori- 
ginaux. 

C o M M E on s'intéredè naturellement â connoitre les Auteurs dont on 
lit les Ouvrages^ )'ai cru faire plaillr au Publicxie publier à la tête de cette 
Hiftoire un Abrégé de la Vie de Fra-Paolo.y^i délibéré même fi je ne tra- 
diiirois point en entier celle qu'a compofée le P. Pdgence Di(ciple & Ami 
infëparable de l'Auteur , comme a fait le Traduâeur Anglois deTHiftoire 
^du Concile» Mais cette Vie eft écrite d'un ftyle fi ditfus> Se eft remplie de 
- tant de chofes inutiles » que j'ai cru qu'il convenoit mieux de n'en extraire 
que ce qui pouvoir fèrvir à faire connoitre notre Hiftorien » afin d'épar<» 
gner au Public tout ce qu'il pouvoit y avoir d'ennuyant & de fiiperfla. 
Par-lâ on faura tout ce qui intérefiè dans la vie de ce grand homme ; ic 
ce (^e Ton fupprime fera fiippléé plus agréablement par quelques circons- 
tances tirées de (t% Lettres ou de les Ouvrages » fur leiquelles le P. Fidgencc 
a gardé un afièz grand filence. 

A la fuite de THiftoire du Concile , j'ai donné une Relation hiftorique de 
iâ réception principalement en France , où fon acceptation a tr'ouvé plus 
d'obftacles ic de difficultés qu'ailleurs. Les Auteurs des Notes fur le Con- 
cile en avoient déjà publié unes & Mr. Dapin dans fon Hiftoire da xvi 
Siècle y avoir ajoute quelques autres chofes > tirées pour la plupart des 
Aâes des Afièmblées du Clergé de France. En réunifiant ce qu'ils en ont 
écrit avec ce que j'ai recueilli de quelques autres Auteurs > & principale- 
ment de l'Hiftoire de Mr. de Thon , qui nous apprend fur cela plus de par^ 
dcularités qu'aucun autre de nosHiftoricns, je crois avoir omis fort peu 
de chofes fiir l'article \ Se chacun pourra juger par ce qui s'eft pafië fur ce fa- 
jet, du jugement que l'on a porté de ce Concile en France, & de l'autorité 
qu^il y a acquis par rapport foie aux matières de Doârine, foit à celles de 
Difcipline. 

E N F I N j'ai mis au commencement de chaque Livre , des Sommaires abré- 

es de ce qu'ils contiennent. Ils ne font ni tout- â- fait les mêmes , ni tout-à- 

ait différens de ceux qui fe trouvenr dans les Editions Italiennes de Ge-* 

neve. Car pour dans celle de Londres^, il n'y en a point, non plus que dans 

la Traduâion de Mr. Ameldt. Je crois. n'y avoir rien omis d'efiintiel, 6c 

ces Sommaires peuvent être r^ardés coaune une forte d'Abrégé qui rapr 

TVmA c 






xvîii PREFACE. 

pelle tout ce qui eft contenu dans le Uvre même» 8c où Ton pent te re» 
trouver avec plus de facilité que dans l'Hiftoire. 

Il ne me convient point de prévenir le jugement du Public fur ce qu'iË 
iloit penfer de mon travail. Te Tattendrai avec refpeâ: , & je me (èns ailez 
de docilité pour réformer les fautes réelles qui me feront écbapées , (bit 
dans les expreiSons, foit dans les chofcs , lorfque je me ferai convaincu que 
ce font réellement des fautes. Dans un Ouvrage auffi long & qui demande 
autant d'application que celui-ci , il eft difficile qu'il n'en échappe > & je: 
ferai le premier a les reconnoitre > duflènt-elles m'étre reprochées par dés 
plumes ennemies > moins attentives à découvrir la. vérité , qu'au plaifir de 
trouver que je m'en ferois écarté. Avec de telles difpofitions , on peut fc 
tromper iàns honte ; & il y a fouvent plus de gloire à (avoir reconnoitre 
&s fautes , qu'à n'en point faire. Mais on ne doit pas s'attendre qae j'avoue 
pour fautes une (impie oppo(ition de (cntimens aux opinions reçues , ou au 
jugemcnr de gens qui pour être plus habiles , ne s'en livrent fonvent pas. 
moins aux prqugé&deleur Parti. Cefi le fin ordinaire des Auteurs ^dit Mr. Si* 
â Lett. mon > ^ ut avoir à Je défendre contre une foule de demi-favans frivenus en favtwr 
choiC T. ^^ certaines opinions communes, principalement quand il sofitdk fms qm rt^ 
4* f ' 4'< gardent quêiqu^indireSemcnt la Théologie. Mais il vient un tems où ce que Ton; 
a condamné d'abord comme une erreur , eft reçu enfùite comme une vérité». 
Les JhfSeurs de Paris, ajoute le même Auteur y ont condamné au commence* 
mem du dernier fiécle pltefiewrs femimens dans les Ecrits de Jacques le fevre- 
d*Eflaples9 & d*Êrafine , comme des nouveautés dimgereufis. Ces (entimens y^m- 
par oij] oient dors dangereux à nosfiiges Maitres^fim aujourd'hui refus do tom^ 
ce efu^il y a d^hahiles gens» 

Comme je n'ai eu en vue dans mes Notes de flatter ni les Catholiques» 
ni les Ptoteftans > nuis uniquemenc de chercher la vérité , je prévois qu'aa 
lieu déplaire aux Partis oppo(&^je ferai peut-être expofé à la cenfure des^ 
uns Se des autres. C'efl le iort ordinaire de ceux qui cherchent ai conci- 
lier les (èntimens dif&rens » ou qui les trouvent <^^emenr improbables». 
Les homtnes (buflrent in^aticmment qu'on les foupçonoe de (e tromper». 
C'eft m&me a(Ièz pour être cenfé n'avoir point de Reli^n , que d'éviter de 
fe déclarer pour les (èntimens favoris de chaque Seâe ; & tel eft jugé Pro^ 
tsftant par des Catholiques > parce qu'il ne donne pas dans toutes les (u* 
perftitionsou la foumiflion aveugle qu'on exige dans la Communion Ro-^ 
maine, qui eft décrié comme Papifte par lesProteftans» parce qu'il hait: 
le Schifme , qu'il n'eft pas ennemi de toute cérémonie > qu'il ne condamne, 
pas toute pratique qui n'eft pas explicitement prefcrite par l'Ecricure^ qu'iË: 
ne croit pas toutes fortes d'erreurs également criminelles > Se qa'H ne traite, 
^s l'Antiquité avec mépris. 

Pour moi , à Tèxempie de Fra-Paolo y (ans condamner qui que ce (bir^. 
fc me fuis contenté fur les articles de Doârine de Bàk remarquer ce qiiii 
m*a paru de bien on mal fondée d*aiidea oa 4e x&Qovem , de certain m^ 



PREFACE. xrt 

4*iiicertAin , de vraifêmblable on d'improbable. Si (Quelquefois je me fuis 
écarté de quelques opinions de nos Théologiens fur des Articles mêmes 
qu'on a ériges en Dogmes ou dans le Concile > ou auparavant , je n'ai 
befbin d'employer fur cela d'autre Apologie que cette maxime de Vincent 
de Lérins: Qu'on ne dort regarder comme appartenant à.la Foi, que ce 
qui a ézé cru univerfellement , perpccuellement » & conftamment ^ quod 
M oTnmBus , Mftte , & Jhnper creditttm ejl. Tout ce qu'on propofe à croire 
comrre ierre régie ne petit jamais céder d'être opinion , Se toute opinion 
ne peut avoir aautorité que celle qu'elle emprunte de la probabilité des 
raiions dont on fe fert pour l'appuyer. C'eft â difcuter la judefTe de ces 
tatfons , que s'exerce la Théologie ; mais une telle di(cu(Iîon ne peut faire 
partie dcr la Foi , parce que la Foi n'a pour objet que des Doârines claire- 
ment révélées & crues dès le commencement. Et puifqu'on n'eft oblige de 
croire que ce qui a toujours été cru , c eft ne pas (ortir des bornes de 
la CathoHciré que de combattre des opinions , qui quoique reçues gé- 
néralement aujourd'hui par quelque Egli(è, n'ont été proposes comme 
des Dogmes que dans des (lécles reculds , 8c fur lefquelles il nous eft 
auffi permis d'opiner librement > qu'il rétoit à nos Pères ayant ces dé- 
cifion^. 

Je (ai bien que cette liberté, quelque reftreinte qu'elle puîflê être, ne 
manquera pas de trouver parmi nos Théologiens des Cehlures» & qu'il faut 
n'attendre de leur part aux reproches d'HéréHe, de précomptions Se de 
témérité. Ce (ont les qualifications ordinaires dont ils ont coutume d'ho- 
norer ceux qui ne re^eâent pas adèz les préjugés établis , parce que c'eft 
un crime impardonnable chez eux que de pas acquie(cer fans réferve i 
toutes leurs décifions. j4 peine ont-ils prononcé ^ écrivoit autrefois S. Bafile « ^ S. BaC 
i Ettfibe de Samofite en parlant des Romains , qu il font lès écorner d^s U Jh^^* ^^^* 
lence. Les repréfenttttïons les plus juAes font à leurs yetix des crimes, pu df* moins 
les preuves de (jnelque Mdchenteni a Terreur ; &Jipowr les dijpofir à Us écèi^,çr 
4evec douceur on leur parle Ofvecfiumijfion , elle ne jfert qu^à les rendre plus fiers 
&plus intraitables. Si Fra-Paoto, malgré la modération qui régné dans fon 
Hiftoire, n'a pu empêcher le Cardinal Fallavicin dé le, traiter de Protefr 
tant , d'impie , de kélérat *, dois-je attendre plus de jûftice de. ceii^ qui! 
comme ce Cardinal , ne font confifler la BLeligion que dans uoe appro- 
bation fervile^ de tout ce qui (ê trouve établi biep ôu. rhal , uniquement 
Îiarce qu'il eft établi? Telle eft la régie à laquelle (e mefure I^ Cathp- 
îcité ou rHétérodoxie des Ecrivains dans la plupart dds Pafris \Sc j'au^ 
jrois tort de prétendre fur cela â la moindre diûinébibn. .^inH f ai pris 
étvec eux mon paru , pour me (crvir encore des termes de iS. Baplfi Ib iront 
leur chemin , /ir4/ le mien. Je tacherai de me prifcurer la peux Ç^[(a tismierç, 
qtiils me refufent^ & nous verrons qui de nous fi U^cra plutôt de'£Cftc.€on^ 
duite. .^ ' " . ' ;v .' ..^ ,j*" . ^^ 

3t ne pen(è donc poiht 1 me défendre contre j^^ljtijùftt^^^^ 
Aes, quchr qu'fl^ puîflSht îtké. Les perfonnw" fcnfécs h'cxîgcrit''^ofe^^ 'dc^ 

cij 



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XX PREFACE. 

moi une telle Apologie, & elle (croir inutile pour les autres. A Végttè* 
des faits hiftoriques > c*e(l un devoir pour moi de les juftifier ù on les 
attaque fans rai(on, ou de les rctr^iâcr (î je me fuis mépris. L*un ne me. 
coûtera pas plus que l'autre > & auflidifporé àdcfavouer ce qui eft faux, 
u*â détendre ce qui eft vrai , je ne me ferai jamais un mérite de jufti* 
er par obftination ce qui me (croit échappé par (ùrprife. J'aurai la mê- 
me déférence à l'égard de la Traduétion « & je confentirai aifémenc à 
réformer ce qui pourroic s'y trouver de défeâucux , fans m'amufec^ con- 
tefter pour des expreflions , lorfque je jugerai que j'en eu(Tè pu employer 
de meilleures. Mais il ne fuflSra pas pour m'obliger à les cbatiger > que 
quelqu'un les défàpprouve par mauvaife humeur. Il eft de la (ageflè d'é- 
couter les avis & critiques , mais il faut du di(cernemcnt pour en faire 
ufage , puifque (buvent tel condamne un tour ou une ezpreflion qui fe 
trouve du goût de bien d'autres *i & tout homme qui ne s'aveugle point fur 
fon Ouvrage > eft fou vent plus propre qu'un autre a juger Ci c'eft à tort ou 
avec raifon qu'on le critique. 

Pour ce qui regarde les matières de Doétrine, comme on ne peut 
m'objeâer que des difficultés cent fois propofées & autant de fois réfblues > 
ou qu'il eft impoffible d'éclaircir au-delà d'un certain degré , on ne doit 
pas s'attendre que je m'embarque dans une conuoverfè (ans fin. Il y a peu 
a ajouter aux recherches de tant d'habiles gens fur ces diffcrens points > 8c 
mon autorité de plus ou de moins dans des matières (I fouvent agitées» n'eft 
pas d'un adcz grand poids pour engager qui que ce foit à fe déterminer 
par mon fuffrage. Le Concile d'ailleurs a embradë un (î grand nombre de 
matières dans (es décidons , que ce feroit l'ouvrage de plus d'une vie que 
de vouloir s'engager à les défendre ou â les combattre » dans la jufte éten- 
due qu'exieeroit une telle difcuftion. Mon deftèin dans mes Notes , com- 
me je l'ai déjà dit , a moins été de m'ériger en Controverfifte , que de 
donner fur chaque matière des idées qui puidènt fervir ou à faire céder 
toutes les difputes de mots , ou à abandonner â la liberté des Ecoles ce qiû 
n'appartient point réellement à la Foi , ou enfin i réconcilier des fenti- 
mens , qui fouvent ne font oppofës que parce qu'on envifage les objets par 
des faces toutes di(rérente$ 3 & qui ibnt également vrais aans le point de 
vue où chacun les conddere. C'eft ce qui a déjà été tenté par d'habiles 
Théologiens Catholiques Se Proteftans, avant moi*, & quoique ces efforts 
n'aient pas; produit tout l'effet qu'ils euflfènt pu s'en promettre , on peut dire 
qu'ils ù ont pas été toût-â-fait fans fuccès ; pui(qu'on fe trouve prefque 
eaccord' aujourd'hui (ùr la plupart des difputes qui ont occadonné le 
Schifme > 8c fur lefquelles on conteftoit alors avec le plus de chaleur ^ 
comme fur la juftification > le Libre-arbitre , les bonnes (Suvres , le Mé- 
rite, '& quelques autres. Pourquoi feroit-il plus difficile de (è concilier 
fur le refte ? Avec moins de hauteur d'une part , 8c moins de roideur de 
l'autre, Uchofene (èroit peut- être pasimpoffible. Mais d les préventions 
tclèk ^dpDàs 4^. hommes forment des opftadcs iadirmoAtabks aux vues 



r v 



PREFACE. xxï 

Aacifiqnes des gens défincéreflès » c'eft toujours un bien d'ouvrir les voies à 
la paix ; 8c au dcfauc du fuccès j Ton a toujours â fe (avoir bon gré de la pu« 
xçté de (es intentions. 

En cela j'ai tâché d'entrer dans l'efprit de rHiftorien^ueje publie. Fixé 
dans la Communion Romaine par profeflion > il y conlerva toujours cec 
c(pric de liberté , fans laquelle la Religion n eft qu'un effet de l'éducation Se 
de l'habicude. Se non de la lumière 8c de la piété. Ce qu'il y connue 
d'abus» ne lui fit point condamner ce qu'il y trouva de conforme aux 
r^les & à re(prit primitif du Chriftianifme > & il crut que pour s'y fanc- 
tiber il lui fuffafoit de ne prendre point de part aux défordrcs qui 
$'y étoient glillës> fans s'élever contre l'Autorité qui les toléroit, ou con- 
tre la Société , qu'il étoit dangereux d'ébranler par une Réforme ou pré- 
maturée , ou trop févére. Ennemi des partis extrêmes où s'étoient jettes les 
premiers Réformateurs , il approuva la cen(ùre qu'ils faifoient de nos 
obus , & ne regarda pas comme autant d'erreurs la manière différente 
dont ils s'expliquoient (lit différens points de Doâirine. La facilité même 
avec laquelle il voyoit les Romains propofèr de nouveaux Dogmes , lui 
infpira quelque inclination pour les Reformés > mais non pas jufqu'au 
point de s'engager lui-même à la défenfe de toutes leurs opinions , 6c 
encore moins de s'élever contre tous les ufages que plufieurs de ceux-ci 
ne condamnoient que pour donner plus de couleur à leur (<f paration , ou 
faute de favoir qu'ils venoient (inon de l'Evangile , du moins des (iécles 
aflèz proches des ipremiers tems du Chriftianifme. Le Pape ne fut point 
pour lui l'Antechrift y la Meffe une Idolâtrie , les Cérémonies un Judaï(^ 
me , le Culte extérieur une Superftition y la Difcipllne Eccléfîaftiqne une 
Tyrannie , 8c la Hiérarchie Eccléfiaftique une Police mondaine. Il ne crue 
pas que la Religion l'obligeât â adopter tout dans un Pani , & â con- 
damner tout dans l'autre *> & fe renfermant dans cette fage médiocrité 
qu'avoient choifie Erajme , Cdjfander > & tant d'autres à leur exemple , il 
ne prit ni du commun des Catholiques, cette foumiflion aveugle & (ans 
examen â tout ce qui leur étoit propofé , ni des Réformateurs l'efpric 
d'oppo(ition â tout ce qui fe trouvoit établi y faifant ufage de fa Rai(bn 
pour éclairer (à Foi , & diipofé d'ailleurs a fe foumettre a l'autorité lé- 
gitime en tout ce qui ne portoit aucun caraâere d'erreur ou de fuperf- 
tidon , quand même il ne l'eût pas jugé néceflàire ou eflèntiel â la 
Religion. 

C'est dans ce même efprit que font compo(ëes \ts Notes doéfcrinales qui 
accompagnent l'Hiftoire que je publie. On y verra la même impartialité > 
le même défintéreflcment , & le même élpignement de tout efprit de dif- 
cprde 8c de divifion y que l'on a goûtés dans mes autres Ouvrages *, & 
j'e(bere que les personnes raifbnnables dans les Communions oppofées ne 
dé (approuveront pas en moi la liberté que j'ai prife de m'écarter quel- 
quefois de leurs (entimens, puifqu'ils font pour eux-mêmes ufage de cette 
MbcrcétCciix mêmes qu'un zélé plus.rigide empêche de goûter aucun tem* 



xxrt PREFACE. 

péramcne en mâttere de Rel^on , ne peuvent gueres condamner dans met \ 
Noces cequils n*onr jamais condamné dans le Livre même; & l'Ouvrage • 
en paroitra plus uniforme que s'il eût été publié par des perfbnne^ cng»- - 
gées par préjugé a tout juftifier » ou à tout cenfurer dans le fyftème 
qu ils Ce, fecoicnt propofc de fuivre y ou de combattre. Je fai qu'en ma- 
tière de Doârine le moyen le plus (ur de (e donner des Panégyriftes» * 
eft de fe déclarer pour un Parti, fans lequel il eft rare qu'un Oavrage- 
puiHe fe foutenir contre les attaques oppo(ees auxquelles une voie mi- 
toyenne ne manque gueres de rexpofer. Maison doit confidérer que l'Ou- 
vrage que je publie eft moins le mien > que celui de Fr^Péiol^s <}ue mon - 
principal objet a moins été d'établir ou de corabatre aucune Doârinc»* 
que d'expofer celle de mon Auteur , & de propofèr quelques idées qui 
puifTent fervir à Tintelligence des matières; que fans partialité ni fani* 
haine à l'égard des Catholiques Se des Proteftans t rien ne m'intéreflè â 
favorifer les uns au préjudice des autres , & que mon feul intérêt eft de 
parvenir à connoitre la vérité ; que lors même que je m*écarte des opi- 
nions des autres , c'cft fans condamner perfbnne , & fans me rendre Tar-» 
bitre de leur (àlut ou de leur damnation , perAïadé que toute erreur de 
bonne foi eft toujours in volontaire » ic par conféquent moins criminelle 
que les fautes qui font l'effet de la corruption du cœur ; qu'enfin la vé- 
ritable Catholicité ne confîfte pas tant dans une uniformité entière de • 
fentimens , que dans un amour ardent de la vérité , une difbofition (incére à 
fuivre toutes celles qui font connues , 6c une attenrion (éiïc\xk à ne fufciter 
ni révolte contre l'Autorité , ni Schi(me contre la Charité , par un atta/- 
chement opiniâtre i fès idées , ou une oppo/îtion trop violente i celtes 
des autres. 

CfiST à ce feul caraâere que peut (è reconnoîrre Teffirit du Chriftia^- 
niCne» efprit de paix^ de tolérance 8c de charité. Il feroît à fouhaiter,' 
comme le dit S. Paul > que nous n'euflions tous qu'un même (entimenr. * 
Mais fi nous ne pouvons toujours nous réunir dans les mêmes idées , notrle- 
devoir au moins eft de nous fupporter les uns les autres , jusqu'à ce que Diea 
/Philip, nous éclaire ou par lui-même , ou par le miniftere de gens plus inftruits.^ 
in« I $* QmcunufM ergo perfeBiJumas hâcftmiamms & fi qmd Miter fiijntis , & hâc vâ» 
bisDeHsrevelahit.P^erttnttommÂdfHodpirvenimHSMidemfimi^ & in M* 
dtm permaneamus regida. Rien n'eft plus contraire à ce précepte , que la 
démangeaifon de multiplier (ans cefle de nouveaux Dogmes , & d*y voa«- 
loir foumetcre avec empire, tous les autres, en taxant trop aifément d'Hé- 
réfie quiconque paroit le moins du monde s'en écarter» Le mal eft d'une 
origine ancienne, mais ce n'eft que depuis la naifl&nce de la Scolaftique 6s, 
l'établiftèment tranquille des énormes prétentions de la CourdeRome^ 
qu'il eft parvenu à un fi haut degré. Ce n'eft plus i l'attaque de quelques* 
points eflentiels & fondamentaux qu'eft attachée la notion d'Héréfie , mais 
à. tout ce qui s'éloigne des opinions ou des préjugés un peu répandus. ' 
Tour ce qui s*écarte^, dit le ^lébre Vrim^ des opinions de TEcole, paflc^ 



P R E F A C E. iJonîT 

jpMt aûfc lUtéGcy Se Toppodrion dans les choCes les plus légères eft flé- 
trie du nom k plus atroce. i^MdCitm^He âb SchêUùUchis diffident , Scholaftico 
TieUogo fimt hésrtticas fHod crimen ita vdgautm efi , ttt rebits quo^ Uviffimis 
impingémtr , qukm fit ip/nm perfe éurocijfmmm. 

Il (èroîc à ibuhairer que le Concile de Trente , qnr ayoit été demandé 
& ToUicité par tous les gens de bien pour rétablir TUnité rompue par Top- 
pofidon de fencimens que pcoduiHt la nouvelle Réforme , n*eût pas aug- 
menté le mal par la multiplication exceffive de Dogmes inconnus auparar 
irant, & d'Anathême& Il y auroitune prévention trop marquée à ne pas 
leconnoitre qu'il s'eft fait dans cette Aflembléeun nombrr de Règlement 
scès-fâges & de décidons (blides, qui font conformes à la Doârine an- 
cienne , & aux Loix les plus pures de la Morale. Mais comment juftifier 
d*indifcrétioa cette facilité à ériger en Article de Foi tant de chofes in* 
certaines »^ fuperflaes» & peu fondées, pour ne rien dire de pis 3 Com- 
ment approuver cette multitude d'Anathâmes prodigués pour de (impies 
diiputes de mots , telles que la plupart des controverfes fiir la Juftification >. 
le Mérite des ceuvrei, & tant d'antres de même nature 3 Comment rece- 
voir» |e ne dis pas comme des Dogmes néceilàires, mais même comme 
ides vérités >. tant d'imaginations de r£cole qui n'avoient )amais excédé 
juiques-U les bornes d une (impie probabilité , tels que plufieurs Canons 
&r les Sacremens en général éc en particulier,, dont il avoit été permis- 
jliiqu'à lors de difi>uter librement (ans s'expofer à aucune Cen(ttreB Com- 
menc excufer de acfaut de charité cette intolérance qui a fait exclure de 
de l'Unité Cbrérienne tant de Peuples y pour les vouloir aiTu jettir trop 
impérieusement à des pratiques ou peu raifi)cinablcs , comme les prières 
«n langue étrangère > ou contraires a l'infticucion primitive > comme la- 
Communion (bus une (êuk £(péces ou nullement nécedàkes , comme 
fufage des Imagçs , l'invocation des Saints , &c ? Comment er^n ne pas* 
taxer de dureté cette obftination. à vouloir retenir tant d'ob(crvances 
|»eut*être bonnes , mais non néceflàtres , & i forcer tour le monde 4 
«'y afTujettir »^ au riique de révolter une partie des peuples, fans vouloir 
& relâcher (ùr ks chofes les plus indifférentes & les moins eflèntieJies à 
Jâ vertu, comme la difttndtion des Viandes, le Célibat du Clergé^ Se 
le maintien de certaines cérémonies & de phifieurs u(kges , qui (ans être des 
abus, enavoientoccadonné ungrandnofnbre?.Iln'yaqu'unzéIe fans cou* 
Aoiflànce & une pure prévenrion de Parti, qui puiÛènr excufer toutes ces 
cbo(ès i &c pour peu qu'on juge (ans intérêt &c (ans paflîon , on ne peut 
gueres difconvenir de ce qiie )'ai dit ailleurs , t que le (èul moyen de juftifier gKtMU 
en quelque manière le Concile , eft de regarder une partie de /es Canons moins ^^^' * 
^amme dés dtcifims kjidvrt , que comme une expofiûon desjèntmtens qm koient ' ^ ^^ 
4às»s ptns fmvis. ^^ 

Il eft bien cercain^u^mofos , que plufieurs dies opinions érigées en Dog- 
mes dams le Coocile ^ avoient été jii(ques- la libremem agitées dans les Eco* 
ics^&qnccd cm alors ggflc poqr f oaOxtfaodoxc ^ <|ai dqpois cette KSkïOe^ 



xxir PREFACE. 

blec a été traité d'Hérctique , fans avoir ci*autrcs fentîmens que ceux quiak'f 
paravant éroient jugés fore innoccns. Cependant , comme le remarque (en* 
JbFlcury , fcmcnt TAbbé FUnry , *> Ufiffi^ ijffon Jkche le commencement ctune Qpimim^ 
Difc. ç. fur powr Ajfurer cfifelle ne fera jamais déclarée être de foi , (jmi qifen pmjfent dire 
l'Hift. Ec- c^^ix cjiù iéchai^frnt le pliu à la fetitenir , pmfin'il eft de foi que l'Eglife ne crri- 
^ * * va jamais tjne ce (fuselle a toujours cm , tjmi^H^elle pmjfe s^explitfHer clairement ; 

entand e'ie leJMenéceJféùre. Ainfî , quelque nouvelle décifionquonprop<>* 
le, on eft aum Chrétien & auifi Catholique qu'on doit letre dès qu'on 
croit ce que Jcfus-Chrifta enfcigné, &: ce que les Apôtres ont prêché. La 
Foi ne reçoit point d'augmentations ; elle a eu toute fa perfèélion dès le 
commencement > 8c , comme le dit Tertullien , // ne nous ejfpas permis de rien 
inventer y ni même de-rien chercher après P Evangile, On a beau rai(bnner pour 
montrer qu on doit croire telle ou telle choie. H faut prouver cjue DietêCd 
voulu & cju'il nous Fa révélé. Il faut prouver non pas e^ue l'Eglife a du le croire, 
mais quelle Ta cruen ejfet. Tout ce que rC ont point fa les premiers Fidèles ^ 
n eft point néceflàire , puifqu'ils ont été Fidèles fans le croire. Il (uflitpour 
montrer Tinutilité de cesdoârines, qu*il ait été un tems où elles étoient igno- 
rées fans crime. On laille à ceux qui les trouvent probables ou vraies » la 
liberté de les croire , mais (ans le droit d'en impofcr la créance aux autres 
qui n'ont pas fur cela les mêmes lumières. C'eft ainfî , comme le dit l'Abbé 
là, Dif. 7. Fleury , » que dans lespremeirs tems les Pafieurs avoient fiin de bien inflruire les 
Chrétiens , feins prétendre les gouverner par lafiumijfion aveugle qui efl F effet 
& la caufe de Fignerance. Leur force étoit dans la perfîiafîon > &ilsn'exi- 
geoient de créance qu'autant qu'ils avoient produit de conviction. Perfua- 
dés que la Foi s'infpire ic ne fe commande point > ils réfêrvoient toute leur 
autorité pour le maintien de l'Ordre & de la Difcipline, & n'employoienc 
que l'inftrudtion pour attirer les peuples à la prorcflion delà vérité, (ans 
étonner lesefprits pardes Anathêmes qui ne peuvent nuire qu'à ceux qui (è 
éId.Dif. t. refufent volontairement à la lumière. Mais on ne (c contint pas longtems 
dans une fi fage mefùre^ ^ & comme (î les Evêques euffent été forcés par une 
nécejfué fatale a prononcer les peines canoniques contre tous ceux qui ne pou-. 
voient fe foumettre qu'à une autorité accompagnée de lumière, lesExcomr 
munications prirent la place de l'inftruâion , 6c les Prélits firent plus d'u(à*- 

fe de leur pouvoir , à me(ùre que leur ignorance les rendit moins capables 
e faire ufage de la fcience. Au lieu d'éviter ce dcfordre , le Concile de 
Trente n'a fait que le fortifier par de nouveaux Anathêmes ; & ce n*eft pas 
le moindre mal qu'il ait produit, puifque c'eft à cette indifcrétion qu'eft 
due la perpétuité du Schifme , & l'impoUibilité morale d'y remédier. Il eft 
vrai que s'il étoit aufii-bien au pouvoir de l'homme de croire que d'agir , 
il n'y auroit en matière de doârine , comme en fait de pratique , d'autre 
parti pour les Supérieurs à prendre , que celui de (è faire obéir par l'aut^ 
rite des Loix. Mais l'Efprit ne cède qu'à la lumière *, & tout autre moyen 9 
au lieu de l'éclairer ^ ne fert qu'à produire l'ignorance & Thypocrifiç; 
Toute EgUfc donc qui prononce Anachême contre une autre fur des poina 

9» 



P H EF ACE. »v 

honteux oa non néccffaircs, fe ftparc clic même de l'Unité (ans en retrancher 
les autres; parce que, comme elle n*a pas le droit d*en commander la créance,' 
il n'y a pour les autres aucune néceffité d'obéir,&qu'ufurDant un pouvoir qui 
fie lui a psint été donné , on peur par confëquent lui derobéir â cet égard 
fans injimice ôc fans crime. 

Mais ce n'eft pas à oe(èul égard , qu'il eft difficile de juAifier ie Concile; 
SU a excédé (on pouvoir en ordonnant la créance de nouveaux Dogmes^ 
il en a auffi mal réglé Tufàgeen infiftant avec trop de roideur fur Tobrer-* 
vation de plufieurs pratiques non néceflàires » 8c en. ne voulant (c relâcher 
fur rien dans les cho(ès même les plus indifférentes , & qui avoient donné 
occafion i bien des abus. Jifus-Cnrift était venu au monde , twn pour ttahlir 
mg Culte extérieur & wfiititer de nouvelles cérémonies , méiis pour faire Mdoret 
fin F ère en ejprit & en^ériti. Mais on ne tarda pas long-tems â s'écarter de 
cette vue. Tout le tourna bientôt en formes , & on mie tout (on zélé i fai- 
re valoir ce qu'il y a voit de moins eflèn tiel. ^ A mefure que U charitije refroi" l Fleury ; 
du y Us titres & les cérémonies Mg/nenterent^ Le Chrijiiani/me ne fut ùlus par- *^,*"" ^ 
mi les peuples ^"une punie des mœurs de chaque nution , & ne conj^^ qiien ^^ • 
formdités extérieures , comme les fuuffes Religions. Les Chrétiens sh différèrent ^* ^ 
^Xmguéres des Juifs & des Jnfideles quuntuux vices & aux vertus , mais quant 
aux cérémonies qtti ne rendent ùoim les hommes meilleurs. Ceft cependanr a ces* 
«érémonies extérieures que le Concile s'eft attaché , avec autant de roideur- 

3[ue fi elles étoient ab(blument eflèntielles. Au lieu de lai^r i la dirpofitiont 
e chaque Egli(è le jugement de ce qui convenoit au caraâere de chaque 
nation & aux différentes drcooftances des tems & des lieux, oniinn&€. 
itir des pratiques purement humaines , avec autant de rieueur que (î c'euf- 
(ènt été <ies Loix de Dieu même. On a accablé une Religion , dont toute 
l'excellence confifte dans la (pirituaitté du Culte fous une infinité d'obfer- 
vances (èrviles , en (brte que , comme s'en plaignoir déjà «S*. Augifiin de fon '..'** 
cems» on a rendu la condition des Chrétiens moins tolérableque celle des . * 
|iu& , par le joug qu*on a impo(ë fur leur confcience » en leur faifant des 
devoirs de-ce qu'on devoit laiuer à leur liberré&à leur dévotion. ™ ReU^ mkng.tf. 
ponem , quam paucifpmis & manifefliffimis celebrationum Sacramemis mifèricor'^ ^ J**^ 
dia Ddeffeliheram voluit , fervitihus operitus premmu ; ut tolerahilior fît condi* 
fio Judaorum^ qui etiamfî tempus tihrtatis non cognoverim , legalitus tamen Jar^ 
cinis non humanis prafimptionitusfid^Jiciuntur. 

-' G fi (croit mal prendre ma penfée , que de croire que j'en veux aux 
Cérémonies mêmes. Quoique je fâche que ce n'eft point en cela que con^ 
iîfte l'eflènce de la Religion, je fuis perfuadé que leCulte extérieur eft né- 
ceflàire pour entretenir l'efprit de piété dans les peuples , ôc qu'aucune (b- 
ciéçé. humaine ne peut le con(erver fans ces liens. Si nous n'étions qu'eC 
prit , d}C S. Chryfofiome , nons n'aurions d'autre Culte i rendre qu'un pure» 
vient (pirituel -, mais étant compo(ës de corps , nous avons befbin de (&- 
-cours. extérieurs pour nourrir en nous la religion & la piété *, & le peuple 
l^c diflicxlemcQC ik coofèrvcr religieux (ans ce fecours. Mais om ne doit 
Tomo I. d 



E 



/ 



xjm PR.EFACE. 

t^ çQ^fy^dn ks moyras: vf^c U fin , & prcucke cts ^{travmftfNwl' 

kveroi méiM» Amr^QMiir (quc dégéecrç cQfup^rflinoa, fie Poi^na <)M 

l'QXfiEf icm dq kipié.t4 9 an Ueud'cn avoir la réaUr^. )e «c di$ pas q«c le Cea-^ 

cik ^$ donocdaKUoe ^Ik ^fuiidtjc^. Mais ce doocoa ne ocm gaéccs le 

JQftifier » c cft cTavoit donné occaûon à la fBpcrftiticKi en tnâftant irofi IbiK 

tco^eoc Âk U pjcaôquc de ce« iàccj^ d'Qb(ibr\iai|CQ9^ » en donciafti Uen d'yi qmc- 

ti(Q tro|p^ de coofiaoce , â^. eo: merf aoc rvo» peu (k dèfttnftiofkciirf e les LoU <i& 

Dictt & celle des bomiws» qui ceflevic 4'én:e dr$ dévoues lor(!q^'ettea ne 6c-» 

^^rcf» pius aux fias pour lefqueUe^ cUes. onc i^é établies t & qti'U fc UQUve. 

pliK d'iiKonvéoieQt 4 les cooTervei: <|jLi'à li» changée 

• i'A^ust de la PuiiTance SpickucUe eft encore un ann» début qui fit 

MMC^œ dans ce Concile ^ & qiii a a pas p^u conccihué à en dionauer taoroi*' 

rifié. tt t& corcain que Jefiis-ChrUib} en^ ^caistliâàm des MiniAres dam Cont 

Egfifir > le& a sevécus de couc le pouvoir qui écoîc oéceflTaire pour la fanâtr 

iÎQaiion de ceux qu'il a coounis^ a lieurs (bin^ Mais ce pouvoir eft iimmé au» 

&uks ah^fes. ^rituelles , & tout ce qui va au-delà nie peut êcre regar<U: 

que cofiH^e tme coQceiSofi des Princes^ ou une ufi^rpadoin fi»r eux. Qs^ 

l^fldattc k Concile >. (ans aucuaégajrd a ççx%t diftin<%on >. s'eft accâbuc OA 

HOttvoir itiitpîcé fin: leschofes pucem^ac cenipocelles , âc aiCoumis ei^beaiir^ 

^ouc^ dloccafions L'autoricé des Princes Se des, Magiftca^aà c^Ie du Ckrgé». 

daai LQ&choics n»emes. qi|i ds kur aacure fincu ufÛKyjemeajt: dtr re&flc de b 

Boiii^ce Êculiece. Ek-là ce$ plaintes & ces. proce(£arîoaA , £iice& dans If» 

Co^icik Blême coacce de pareilles^ atceinrtes. De-U ces reftriiâ&oQS. ds cc% 

Kmicacions qiae chaque païs a éoé obligé: de n^crre àUpli^arc de (es. Dén 

crées ; poitc empêcher le pr^judicei qui en pouvok téw/^ct ^Sc ht confiirt 

fion qôi en fcroic infiûUibkoiêmL nie daas l^e^écucioa. Qe-lÀ ces c^pofirioii» 

fi (buvenc vék6rées en France i lAréçefcioftdeceCpTOfe, dopeitc>.coni«* 

^Ikch. L. me k die le célébra Enenne P^qmr x dans Cçs recherches , ^ <pi'eni édmm 

J^c. 54« tant idits /es. Dtcrtts > éUk Uti^. de WMyi^ner um (ffdr^.% m yt apportai $uf dtf 

firJre & une ABtfnmrchic non jamais vue oh milim dit U notr^ G*ci|^ 

pourquoi > VL]Oiitt-t'T\.yfagmem^ nnus. ne, Fav(m$ voidu éubnfittre en France^ tm^ 

emre ipékchâque occurrence iaffaires Us Çourùpms de U Cour d^ Mon» nouf 

sôuehem tû^oûn dcUpublicsiion da Cfi ConciU. > pMir Uijudenun trm dt pluma- 

is fape actjuimUt plutdoMUrué % qu^il n^aurohpH faire die é^ depuis U fondât 

tion de notre Chrijfîamfine. 

: Enxin un dermer- défiim , qui Te mooire dit: nmo^ anâi fenfibkment 

Iue les aucres/Sans ce Cbncik > eft raâedbtioo: qui s'y remarque pac^tour 
e concentrer toute k Puifl&nce ^clcfiafttqpe dans k Pape , au préfudice ^, 
£>it des Conciles X ^ des£vcques> qui n'y font regardai que cooimeks; 
Vicaires du Pape dont ilsxtrent toute kuÊ juctTcÙâaon at. Se des ordces dn^ 

3uel ils ne font que ks fimpks exécuteurs.. Ceft à quoi l'on voir que cen^ 
oient les Légats dans toute kuc conduite ySc il ne tint pas à& eux q|ie ùu 
AxA ne fiic déclacée en> tenoes pofitifk Mais fiiKoppofitioirqu'ik tronvep^ 



l 



PREFACE Ktnt 

ccot taosne occafiôn de i'mtmiiec par-toot > Se totttt k téSAtà^ des Fran- 
çois & des E^agoois n'abôuric qu a donner aux L^acs lien de «lontrer 
.tOBce kur adrefie à établir d'une manière oblî<}ue 6c indireâe > des pré- 
ceAcions qu*ils ne pèuvoienr faire paAbr iJos ouvertemeiit fins cfaoqaec 
cous les Evéques if craagers , & mêmes pluiiewrs kaiîef». &ttn "Cependaoc 
de pkis contraire aux maximes de TAntiquité » qui a*a jafenais mis de dif- 
fiircBce tntre les Evéqucis de Rome ôc les antres > de qui n'a diftingoé les 
Papes des Eveques ordinairesque comme les Métropolitains k font de leim 
SiSragans , -c eft-^dice , par me érendue plus ou moins grande de firifdîe- 
cion , acqaiiè ou par la prééminence de kur Ville, ouparks Canons. Si 
^ Pifcs s'écoicat contentés de cet awnmjge & de certe fiipériorité « il n'y 
4M*oit aucun lieu de s*en plaindre j^^ h tebordination des antres Erêques, 
loin d erre préjudiciable â PEgliTe « loi antoit été utile pour nûeux «nrte- 
tctfir l'ordre Se l'union. Mais il eft rare que ceux qui ibnt revêtus d'un gtraitd 
fOttVioir n'en abufènt &: ne portent leurs prétentions au-deU des bornes lé- 
^timel. Ceft ainii que les Evêques de Rome , au lieu de ù contenter de 
^cecccibpérioricé de Jun(Htâàon que la prééminence de leur Siège leur avoir 
«cqui^è » -Se oue les Loix Eccléfialtiques leur avoient afiurée , ont prétendu 
4cre noo-(eukment les premiers' Evêques» mais les (buis-, dont les autres 
me (ont que de amples Vicaires ; qn'tls ont ^tk&é de paficr pour infailH- 
Ues: qu'ils feibnt attribués une (ùpérioriré itir les Princes mêmes » Se une 
fuifliuite dans le Temporel auffi-bien que dans le Spirimel^ en on mot» 
•oue k regardant comme fiipérieurs â toutes (brtes de Loix , ils Te font 
taie un droit de di(pen(èr non*(èukment des Loik purement hnmaines» 
mais encore Quelquefois des divines » au pféjudice de la Rtfigion tSc au 
icandale de l'Eglife. 

Sams approuver de tels excès, il eft certain du moins que le Concik a 
Icfflbk y conniver , en étendant k pouvoir du Pape au-delà de (es fnftes bor- 
■fcs ', en favorifiint toutes (es prétmtiom de fupétiorité non-feulement fût 
lès Eveques particuliers « mais fur ks Conctks mêmes 8c fur les Princes \ en 
l«i laiffiuit une liberté entière de dî^enlèr des Loix les plus juftes ft: les plus 
Jiécefiàir^; & en fécondant toutes fes vues foit pour reftreindre la Ubené 
êk Concile dans les cfaofès oui toncboîent ks intérêts ou ceux de fa Cour , 
-Ait pour fôomettre â (k di^ofirion I>rsécacion des Lx>ix faites contre les 
•bus • Loix dont on k rend abfblument le maitre. 

MA t G Ré tous ces défauts qoi (è remarquent G. fenfiblemelit dans fes 
Décrets de ce Concile , & qu'on nfe pcUt ft tiiffimultr fans partialité > on ne 
ijpetit dé(avoaer qn*il n'y ait beismcoup de éhofcs & looer dans ces mêmes 
Oécrets, 8c qu^ n'ayent fervi à remettre quelque ordre dam TEglifo » 
«Quoique beaucoup moins qu'on ne s'en ^étoit Hatté. 

P A E MiB«Eif EMT âl'égard de laDifcipiine, il «ft rertain qu'on y a fait 
tm nombre >d'eKcelltns Rt^lemens ronformts à Taocien efprit de l'Eglife , 
^ qa'on y a remédié à quantité d^abus penrideux qui régnoient inmuiié- 

d9 



xxvHi PREFACE. 

dr^s qui faifoient fouhaitcr £ ardcmmenc ôc fi uoivcrfellement la Referma 
tion. Défordrcs dans lé Clergé , qui Ce livroit fans réferve à rincontinence,» 
ôc Ce faifoit un jeu de la Simonie la plus déclarée. Défordres dans les Mo- 
fiafteres, où fous le voile de la Religion régnoit une licence effrénée , une* 
avarice (brdide, &une fiiperfticion des plus outrées. Défordres dans les 
Peuples , donc la vertu ne confiftoit que dans la pratique de vaines obfêr^ 
vances & dans une confiance préfomptueufe en l'extérieur de la Religion» 
dont le Culte ctoit dégénéré en un (peétaclc plus propre à, tromper la' 
piété q)u'à la nourrir. Défordres dans tes Pafteurs,: plus attentifs à s'etîgraif^ 
fer delà dépouille de leurs Troupeaux, qu*â lesinftruire & â les édifier V 
^ qui n'eftimoient leur vocation que par l'autorité & le profit qu'ils en 
retiroient, ôc non par l'avantage qu'elle leur proeuroit de fe rendre utiW 
à la (anâification des autres. Défordres dans les Princes , qui ae fe fi^rvoienc 
de la Religion que comme d'un inftrument propre â tenir les peupks danB^ 
la fiijcttion v qui faifoient un trafic mercenaire des Dignités Eccléiiaftiques 
i leur difpofition ; donc le zclc pour la Di(cipline ne tcndoit qu'à corri- 
ger les. abus qui s'oppofoieac i leurs intérêts v qui ne veuloient deRégl^- 
mens que pour réformer les défordres des autres ôc non les leurs propres^ 
& qui ne paroiflbicnc fouhairer la réforme des abus que pour recouvrée 
ce qu^ils croyoienc avoir perdu par Tufiarpation du Clergé , & non par utt 
zélé fincerc pour le jrécabliâTèment de la piété y. dont les paflions des Prin^ 
ces oar plus â (bufifdr que celles des autres.. Tous ces défordres n'ont pas 
écétedrefi^ par le Concile. Mais fi. l'on en juge fans prévention , on peur 
dire avec vérité qu'ils (bnc infiniment moindres qu'ils n'étoienc aupanvani;. 
que les Ecclcfiaftiques ont vécu depuis avec plus de régularité , ou du moins, 
avec plus de décence & moins de fcandale *> que la Difcipline s'eft mûnct- 
Biie avec plus de foin & d'édificarion dans les Monafteres *, que l'inftitutiotu 
des Sén&inaires a contribué à former une infinité d-'excclkns Paftenrs ôc de 
Minifires édifians ; que le retranchement des Regrès, des Expe6batives> des: 
Réiêrvacions mentales^ des Unions à vie , a prévenu en grande partie Its. 
défordres ôc la fimonie qui inondoient l'ËglKè •, que la défenfe de pofl2- 
der en même tems plufieurs Bénéfices à charge d'ames , a rétabli aflfez efS«- 
cacement le devoir de la Réfidence *, que Tordre & la décence (e (ont faît^ 
plus remarquer dans l'exercice du Culte public; que lacafiàcion' des Ma- 
riages clandcftins a prévenu la ruine & la confiinon qu'ils introduifeieac 
dans la plupart des familles ; que l'abolition des Quêteurs a prévenu etiî. 
grande partie le trafic infâme ÔC fcandaleux des Indulgences; que la fup- 
prefiion de beaucoup d'Exemtions a rétabli la (Iibordination naturelle ôc 
primitive. dans rEalifc, en rendant auxEvcques une partie de la jurifdic- 
tion dont s'étoîc loufitait le Clergé inférieur ,.& dont les avoientdépouil- 
ïès les Papes pouraccroicre leur pr-opre pouvoir aux dépens de celui desr. 
autres ; qu'enfin il s'y eft fait quanrité de Réglemens particuliers , qui >> 

riqu'infuffifans pour remédier à tous les maux, n'ont paslaifië de rca- 
à .lïgUiÎLuiic. gacâcdc. fi £i)xccé,,&.J^.ti£éc.dc cet abimc^ ^ cocsf 



PREFACE. XXIX 

ffOptioir 8c de èèCotdres qai Pavoient enriérement défigurée» 9c faifoicno 
^nir cous les gens de bien depuis un certain nombre de fiécles. 

P G u R ce qui concerne les Décrets de Doârine , iï n'eft pas tout- à- fait 
ttfé d>h porter un jugement fi favorable. Car quoîqu il j en ait un grand 
Bombre de parfaitement conformes 4 la doârine de TAntiquité y on ne 
peut guéres déiàvouer qu'on a excédé en plu/ieurs rencontres la iage me- 
iùre' prefcvite par nos Peres« Je ne voudroîs pas dire i la^ vérité , comme la 
plupart des Ptoteftans , qu'on n'a pas laiffèaux Evèques la liberté néceflàirt 

four juger des cboTes (ans partialité. Si l'on^a gêné la liberté dujConcile à 
égard de celles qai concemoient les intérêts perfbnels de k Cour de Ro* 
me, on peut dire généralement parlant ^ qu'en matière de Doâfrine, les '' 
Légats fe montrèrent communément aflèz indifFérens fiir ce qu'on vouloit 
cti décider \ 8c Fra-Paolo lui-même remarque plus d'une fois, que quelque 
divifés que fuiTènc entre eux les Prélats & les Théologie^is (iir certains point» 
particuliers y ils s'accordoient prefque tous- dans la condamnation des opi- 
nions Luthériennes. Si donc l'on a excédé dans la multiplication des Dog- 
mes , c'eft moins i la Cour de Rome qu'il' faut s'en pf endre , qu'au zélé 
mal entendu de la plupart des Théologiens du Concile, & à celui des E& 
pagnob & des Italiens , qui plus Catholiques que ne l'exigeoient la Rai*- 
ion & la Religion, ne voulurent rien relâcher de leurs opinions & des pré- 
jugés établis, & qui (ans (ê contenter d'être (âges fufqu'à Is^fobriétd, comi- 
me Tor donne S. Pauf , excédèrent la:mefure de fageflè Convenable i dos 
Chrétiens, & tombèrent par-là dans des ab&cdité^ Se de faudès connoi^ 
fances , qui loin d'éclairer ne condui(ênt qu'à Filltrfien;. Ce n'eft pas potus 
fant qu'ils ayent propofé de nouvelles opinions , ou qu'ils ayent inventé des. 
doârines inconnues avant te Coacilc : la judice ne nous permet pas de 1« 
charger d'una telle imputation r& c'eft k coct que quelques Proteftans les 
en ont accu(ës* Mais ce dont iteft diâicile de les juftifier,^ c'efk d'avoir fait 
de plufieurs de ces opinions autant d'Articles^ de Foi,, malgré leur inceni-- 
tilde; d'en avoir impo(ë là créance , n^algrc la liberté avec laquelle on en 
avoir di(puté jufqu'alors v 8c d'avoir retranché de la Communion Rechargé 
d'Anathémes des Peuples entiers, pour des fentimensH peu néce({àires» 
^ue ju(qu'au Concile de Florence aa moins chacun avoir eu la liberté de lot- 
croire ou de les rejetrer,. 

Il eft vrai que ,.(èlonuneL maxime commtmément' reçue aujourd'hui par- 
mi nos Théologiens , ce qu'il étoit libre de croire ou de ne pas croire avant: 
la détermination d'an ConcHe ,. devient néceilàire après^ cette déci(ioo,> 
contre laquelle il n'eft plus permis de s'élever fans (è cendre coupable d& 
Schifme, doRévoke, 8c d'Héréfie. Mais cette maxime ne peut erre vraie: 
dans (à généralité , & elle doit êtif iPeftreiate par quelque modification »> 
* pour être ramenée à un (èns raifonnablc Car il eft certain* que toutes Ics^ 
vérités néceftàires à croire nous ont été propoi^es par Jé(us-Chrift & (ès^ 
i^ôtres, & qu'ain(i n'y ayant aucune: nouvelle lévélation à attendre »> 
y^rcfautorigl d!floXk)KiisL jaccoiifiâie'qj^a décJareiL ces^vâcicés» jtàûs^qiic. 



nx PREF A et" 

cecce détltttci^li k$ rende fim ôv tnoîdsttétieaakec* iM'MàSMkÀ'MCoB^ 
cile n'ajoure doM riea i ieiir oécdlités & s'il eft tt^ ^e «qu'il n'écok^ 
tféceflàice <k crdire âiram Me relie décifion le puiiïc devclHc a^ès, ce n6 
peut être qu'en ce &ns » que cette néceflicé fe fait plus ihridetiiiiieoc cos- 
noicre par le confetitemeRC unanime d'une celle AlfemUée qu'ai^aravanc^ 
8c que ce ctMsfenceroeiK forme m préfugé contve lequel il s'y a qu'une ibo* 
verâîoe évidence qui pmtk tenir. Mais en cas de partage d'opinion «ntce Jet 
Egli(ès Chrétiennes ^ ioit unies entre elles » feit réparées (ts uses des autres 
par le Sc]|i£kie » l'uniformicé de témoignage venait â ce^ » il n'f a plui 
d'autî« motif pour nous porter a croire^ que lesraifens de ptobabilicé &iÊ 
iefquelles (ont appuyés ks Dogmes qil'on propose f ou l'éTidefice dont cft 
accompagnée la Révélation. 

C'est fauce d'avoir agi fur ces pri n c ip es » qu'on a G fort cbar^ noi 
Confeffions de Foi ^ d'attides nouveaux Oc inconnus dans l' Antiquité. Si 
BOUS nous croyons jplus édaites â ca ^and , il faut que nous logions quo 
l'on a en des idées fort imparfaites de h Foi dans \ts premiers rems > fit 
que ces fiéclesqoe l'on a regarda comme les plus ptïts du Chriftianirmc# 
«ient été réellement ks plus ignorans Oc les plus imparfkidk Cependant » 
comment concevoir tjue la vérité étoît moàis connue foUs Ibs Apôtres Se 
jeurspremteisâicceâfèuds» qu'à la diftance de plofîeurs &éd^% & que de- 
vient le ^t6ék de cette Tradidon dont on u ^Ruir refevé l'aotortté } U faiic 
que l'on (c trompe i l'un ou i f autre éeard. Si la Fcfi a été parfaite àès Coâ 
origine > c^eft fans néceffité, comme Sanî autorité , qu'on veut nous faite 
^Hte loi de toutes ces nouvelles dédfions. Si ou contraire elle n'a pas eu toui« 
fà perfeébion dès le commencement, de queUe ref&nstçc ta la Tradition de 
ces tems où Ton ignoroit tant de vérités néceflaires l 

L E plus Ar eft donc de s'en tenir À la Auplicité anrientie , >& de ne point 
cmbarrallèr la Foi par des diiêuflions qui ne fervent qu'à aipoier notre eu- 
riofité, fans nous rendre pfais éclairés ou plus religieux. L'expérience coaC* 
rame que l'on a d'ailleurs que ces (brrei de dilates 9c de recherches ne 
fevent communément qu*à remplir l'Eglilê de divîfions ic de fdbifmes » 
.eut dti porter le Concile à raftreindte le nAmbre de iès décidons, plutôt 
•qu'à les augmenter. Mais i'efprit qui y régnuit^t prendre Vautres melures. 
Faute de bien connoirre les hommes, on crut que ptiur les ibuiliettre& ks 
réunir, H n'y avoir qu'Ailier b créance par des Décrets & étonner les cA 
prits par des Anathêmes. Cette mériiode eût pu avoir ion utilité dans des 
rems de reipeâ Se de foumSflion , oà l'autorité des Pirfteurs étoit la feule 
niefure qui régloit la créance des Fidèles. Mais «ts rems n'étoient plus , Se 
chacun vofuloit juger par iôi-m$me de hibtidité des railôns qui poitoienc 
tes uns à décider 8c k$ autres A troiit^ Se l'on romifiença à regarder phi- 
t&t comme nne crédulité btfirhable qoe comme une Foi raifennable >, l' ac- 

auiefcemcnt des doiSfcrines dont 4»i ne toimoitfbtt point les preuves. E}ans 
e pareilles «irconftances^ tiù la téfyf9c 8c la differécion ièmbloient êere 
te iatk«Ofciis f copctt Atéttbl|t4à>ooiic<iMfe)^Mi«udt^liaicl^onpté<^ 




F9. 1^ F A € E. tnk 

^fkn, qàkpùhk ksjç c ifonfc Les Tlnéologiens» acçomnmés i regarder 
1^19 foécuiuâons commç aïKa^ devécicésoéceÛaices>p]:éYalucaiK dajo&lq 
CoDotc m poii¥ 4*ca faire cngcc uft g^raod nw)bre CQ Ai^dcle& de Foi>â^ 
i^*€Ûc été r^ppo^tiod qui tégpoit tmx^ ks diSèrtmfi^ Eçaks çu ils avoîenc 
é$i îaftwcs ]t il eft a0cz jworçl de croire ^i^'co eâc cncpr^ gfQ^ nos Con« 
ffiiÏQfi^ <k F^ don geand iiombce de Dç^poes ^ae leur diviCoa nous a. 
;«i45« Mais quelle a écé la cooié^eme; dQ eacc ç^oivluice > (boa de 
ib(9f k&P(0(eftaas d^ns liçi\r (épai^^non, ft de cendre f lus difficile aux. 
Oiholiq^es la iitfa^ de k^ propre OckS^ioc r doox la Qouveamé eu plu*» 
fifocs fim^ a donné pciiè 4 ceux qui ^e checcboicnc qnq ïoçcàûon de U 
cQoibaiCF^ av«ïc avantage ) Maia bem^eu/bnenc , la Foi eft indépendanie d« 
tQi}WiCc$ii9l>uUcéii ; â( bn 4ire moins Oifcliadme on pç^i ne prendre au-* 
OP fom (iff: bea»cQi9|i de ca qu^flio^c;» fiu: leftyiellcsi noç Pg:es plus /a* 
f^ 4^f^ non» aviiy;ilt cwjpiui^ bM^e kt^b^né dç; ic pai;;açex {blon (ôs lu» 

%ie9Qnr pa« U voî« de rm»ori^é. Cela petit (À^Q pour 1q peuple^ n:vat3 
Ûn gcm î»Ainirs veulent; dç& laiibna ^Sf^Q dans des: nMjrtcgres Qbicurc& il« 
%'cxigfpi; pasi CQUfQur^ i|nc p^faice évidence , ît$ veulent du moins avqie 
nae piobabilké atfb graMt; pour foti^n in^aiçq^idCbQB^m^i^aiibnnabk^ 
«^'m k^r p^op€i6^ £c dftiv^ ce ^a^uKone. on) i^ p^uçpa5. ejpgpr qu o^ 
igeçqivc coaiçpc df Aii »d«$ 0«£UHIQf ^ W T^At ibipdiie&^cfiif une pliif 
fmdr piobabiMa^par^ciqpe la iiM(¥re;de VaffqfMcTcenïenr dfyaipt çtre îotr 
inâe fur la mefyf^ dk k c<»iiMk$tiai,» we c^oayiâîgn 4ui> n'a. pQi» foxukr 
iMW qu'une plus gra^d? piobaJ^lufé t w p<uc;j^un4i&^Qqnei;unP ccrckwdr 
qui (sut propir<i»c»f k cm(^^ de k ¥^ 

T 9>u T ce q^ n'c^ àm^ ni éyide;imieni répété: » ni évidemment cerub ^ 
«rpern «ne pçopo^ qomne w ^b^ec de créance. U^ dé/çiiWs d'unCgn* 
^ e» macierr de D^dk^miu <yM n'o^ff m^c ^pfus aucune; d; cc^ deux évi^ 
dtnees» fom aM^MK dSnipQ^iriQns inJM^ iuc t^Eoi dé&bQrnme&i âc toute 
Anachène qpi p^rre inr un aïKrrfgndeneius, cft nul de & nature 9c vickuJi; 
dAns fon principe. Vancocité d'une celk AdènjtEdée ^(k ce qu'il ^ a dei plua 
nfyc&Mfi daBS VE^life , ta#jc q^'eik (% QQonenc dans, ks liâmes qpi Ini 
ipoii pneicxices ^ parce q^e en Tribunal çfen^ ceconnaîc poinc de {ùpérie^r., 
Maîft pour s'aJSiireff k fic^peéb qvi lui eijk du, il doit fiijLvre fiis^ scgles» â:; 
6ppofè ^'il ^en écafiCf t lok ep dpfln.ai^ pooircccuia ce qui cft doucegj^ ^ 
•u pour néce (Taire ce qui cflF indifférent , (on aucaricé ceilè *». parce qu'il n'a 
Vautre pouvoir qne celui/ de d^dajces; ccque J^iûs^Cbriftncuis aenicigpé>: 
4 q«r'il eft fenionenc riniierpréjQe de & Pp^îne >. uns qull hU (Joui; Kxmi| 
d'w publier d*aaccf xnît d'àjoiKM;!: à la. nécel0^ de Isi fiennc» Toac Cfonçile 
qni mir d*au(rf rég^x^'ôce k pQUvoir do* iiei;vir de régk lui-même \ parc^ 

rfoQ amoritc eft toui:i9 bcKii^e à f^r^ r^ce\^£: U ElO|£b:ine Se ks.Lqiiu 
jjcfins-GbriA > ^ qA& H)iH Qi;! qu'il y àjfiU^ on en. rocranjche eft d'utrç 
i$UQmé pnveinent bumainr» ât e$ i^p^mh^v^ çïfrgàam q;^ ^wf^ 
a0rrcQgMQa.i9Q9ifikf«diilM^^ ^ .'_ 



;u 



.<* 



txxit ? k É t^À CE. 

O N (ênt bien (ans que je m'explique , aue ces maximes nt s^éténdene ^a'|* 
ce qui regarde les vérités de Doârine & les Loix de Morale , qui font d'une 
certitude immuable, & qui ne font fufcepribles d'aucune altération* Car en 
matière de Rirs & de Diîcipline, on ne peut rcfufer à un Concile le droic 
naturel i toute Société de faire tontes les Loix qui paroiilènt néceflfàiret 
pour le maintien de l'Ordre & du Culte public. En effet , comme l'Evangite - 
n'eft point defcendu dans ces fortes de détails, & que Je(ùs-Chnft a com? ' 
muniqué à fes Apôtres & i leurs lùccêllèurs tout le pouvoir qui étoit né- 
ceflàire pour le TOuvernement de fon Eglise , qui ne peut fubhfter (ans uii 
certain ordre , il faut reconnoitre néceiiai rement qu'il y a un tel pouvoir 
dans ceux qui la gouvernent , ou fe réfoudre â voir régner par-tout la coa- 
fu(ion 8c l'indépendance , qui font la ruine 6c la deftruéUon de toute Sodé^- 
té. Il eft vrai, que s'il n'e(t pas permis aux particuliers de (e (bu(fa:aire i- 
ces Loix; comme néanmoins elles (ont variables, 8c qu'elles doivent s'ac- 
commoder aux tems & aux lieux , chaque Egli(c particulière a toujours ea 
le pouvoir de les modifier ou de les changer , félon qu'il convenoit au bieii 
de fes peuples. C'qft-Ià ce qui a produit cette variété de Cérémonies 8& 
d'Obfervances dans les différentes Eglifes, qui ne fai(ànt point partie des 
Loix fondamentales du ChrifUanifme , (ont cellement abandonnées au pou^ 
voir de l'Eglife en général , qtie n'ayant rien d'immuable par leur nature» 
elles puiflènt être variées ou altérées félon les conjonâures des perfonnes , 
des lieux , 8c des tems , 8c (èlon que chaque Eglife Nationale juge qu'elles^ 
conviennent au génie & au caraâiere des peuples qu'elle a a gouverner. 

C E s T de quoi l'on peut (ê convaincre *par l'Hiftoire , qui 'nous montre 
le pouvoir que s'eft attribué chaque Egli(è en matière de Rits 8c d'Obfèr- 
vances , fans (ê croire liée par d'autres Loix que par les (iennes propres. 
Car pour peu que l'on parcoure les pratiques des différentes Egliiès , l'on 
verra une infinité de dimrences entre celles d'Orient & d'Occident ; Se- 
fon trouvera la même diver(ké entre leS'EgUfès particulières de ces di^Féren-» 
fes Parties du Monde , quoique les Egli(ès Patriarchales ay ent eu aflfez d'in- 
fluence fur celles qui leur étoient (tibordonnées , pour leur faire adopter à la 
fuite des tems pluueurs des Loix qu'elles avoienc faites pour elles-mêmes. Il 
ny a , ce me femble , fur cet article aucune di/Eculté-, 8c la (èule qu'il puifTe 
y avoir , eft de (kvoh: jufqu'â quel point peuvent obliger celles d'un Con- 
cile Général en matière de Difcipline. C'eft ce qu'il hie refte à examiner , Sc^ 
pat où je terminerai cette Préface. 

CoMMfi c'efl proprement par l'acceptation qni en eft faite , qu'un Con« 
cile eft regardt^ comme Général , puifque la repréfèntation n'eft jamais (i 
univerfcUe , qu'une telle Aflemblcc puific être compo(ëe de toute l'Eglife 5 
31 s'enfuit par une conféqnence nécefîaire , que les Loix & les.Réglemens 
qui y font faits , ne peuvent avoir de force qu'autant qu'ils (ont acceptée 
par les Eglifes particulières qui n'y ont point eu de repréfcntatifs, ou con-» 
Brniés par celles qui ont eu leurs Députés. Car les Décrets d'une Eglifè ne 
peuveat |piat lier les autres » 8c dcs^ Députés ne peuvent point obliger les 

Corps 



PREFACE. xxxirt 

Cof ps qu'ik repréfcntcnt , qu'autant qu'ils agiflcnt conformément aux 
kitenrions de ceux qui (ont repréfêncés ^ ce qui ne peut Ce vérifier aue par 
l'acceptation. C'eft donc cette acceptation feule qui peut donner de la force 
aux Décrets d'un Concile Général 5 Se l'on fcnt par la force de la chofe 
même , que fans cette acceptation ces Décrets ne peuvent lier les EgHfe 
particulière^, flir Icfquelles les Evéques affèmblés n'ont aucune autorité. 
S'il s'agidbit de vérités évidentes ou de Loix de Morale , qui ont leur certi- 
tude indépendante de l'autorité des hommes , il ne (croit pas libre aux Egli- 
fès particulières de les rejetter j parce que ce font de ces chofes à l'égard 
de(quelles l'homme n'a nulle liberté. Mais en matière de Loix podtives d'une 
autorité humaine , toute leur force dépend de l'acceptation , fans laquelle 
une ou plu(îeurs Eglifes enfemble ne peuvent en forcer d'autres à s'y (bumet* 
ne; parce que le pouvoir de chaque Eglife étant égal à cet égard > elles ne 
deviennent Loix que pour celles qui les acceptent. & qui joignent leur con- 
(èntementâ celui des Egli(cs ou des Evcques qui y ont donné le leur dans 
l'Aflèmblée où elles ont été établies. 

' C'fiST par cela feul qu'on peut expliquer pourquoi certaines Loix des 
Conciles Généraux ont été fuivies , fans que le;» autres l'ayent été. Si 
leur exécution étoit une fuite néceflfàire de l'autorité qui les a portées , elles^ 
auroient dû erre toutes également obfervées , pui(qu'elles émanent tontes' 
du même pouvoir. Mais dès-là que la force de ces Loix vient de l'accepta- 
tion que chaque Egli(è en a pu faire , l'on voit évidemment pourquoi el« 
les fe trouvent pratiquées en certains endroits ,& non en d*autres. Telle' 
eftla(burce delà différence deDifcipline qui (ùbfifta (î long-tems entre 
diâférentes Eglifes (ùr la Pâque , fur la réitération du Baptême & del'Ordi- * 
lUtion , fur l'articledes Images& fur d'autres points. Malgré la décifionda 
fécond G>ncile de Nicée, on fe contenta en Occident de recevoit les Ima-, 
gcs (ans leur rendre aucun culte-, jufqu'âce qu'enfin nos Eglilès ayant jngé à 
propos de fe conformer à fes Décrets, s'en firent des Loix pour elles-mêmes, '. 
Si (e (bumirent â la Di(cipline dé/a reçue chez les Orientaux. De-là viennent 
pareiUeraent les différences qui (c trouvent entre les Eglifes Grecque Se La- 
tine dans l'adminiftration desSacremens , dans le Célibat , dans le nombre 
dfis Ordres, & dans beaucoup d'autres Obfervances, que les Décrets de dif- 
férens G>ncilcs n'ont pu ramener à t^uniformité » faute d acceptation dans 
quelques-unes de ces Eglifes , qui n'ont regardé ces Loix que comme 
des pratiques particulières ^ dont chacun devoit être Juge dans fon propre 
diftriâ:. 

C'est donc alors (èulement, & non auparavant , que peuvent obli- 
^r les Loix d'nn Concile Général. Mais comme cçs Loix font (buvent 
d'une nature très-différente , il s'enfuit aufliconfSquemment, que l'obliga»- 
tion de les pratiquer n'efl pas la même à tous égards. Pour décider donc 
de la nature de l'obligation qu'il y a d'obferver ces Loix 9 il- en faut juger 
Tome /. c 



axw P R E P A C R 

par Vitopottancc ic Icar objet. Quclq tes-unes ne Cmt AittS «e pOOC 
préferver Tordre dADskSociécé^ ôc ladcccace dans Le Culte pubuc. D'au* 
rrcs (ont rdUtivcs à des devoirs moraux >& fembUiK navojr été prefirrttcS^ 
que pour ea cnicux procurer roblcrvorioA. Plufieurs oncété faites unique^ 
ment pour (êrvir d*alinient i la pieté » & ont été propofées comme dflt 
moyens iînoanéceilàkes, utiles du moins de propres ou i Tiniptrer ou ik 
rcntretenir.D*autics enfin femblent n'avoir été imaginées qu'en fàvetsrdcfr 
Clergé» à l'avantage duquel on a coniacré quantké de Décrets » dans fidér 
apparemment que la Religion trouvoit (es avamagjcs dans çtu% de (es Mintr- 
àresLDela di£[^re&cede cesEkécrets naît ane di^renced'obbgations» te^ 
htives i tinuKMtance de leucs. objets ^ou à celle des c6n(éqpciice8 qat peup 
Ycnt naître de la ptatiq^ ou de rioob(€rvatîoo de cci Loix. 

A L'égard de celles qui (ont faites pour préfèrvec Tordre dans la Société* 
Ac la décence dans le Culte public , elles (ont d'ime obligation aflèz étroite » 
parce que tout ce qui tend â renver(êr l'ordre établi ,. pèche contre les fbo* 
démens m&mes de la Société, qufne peut fiibûfter que par cet ordre. Aiûe^ 
£.« tous ceux q^i refu(ênt d'obéir à TAutorité légidme tandis c^'cUe nCL 
commande rien de contraire à la vérité ouâ. la veau t pèchent griévemesC 
jur cela mâme , que refuianr de fe (bomettre i une Pni(Emce établie dcL 
Bieu Se aux Loîx <¥^*clfe eft en droit de fàice ^ ils déibbéiflènr i celutHnâme: 
qui rétabli cette Puiuànce,,&(ê rendent par con^uenc criminels iCnyeaiu, 
l! ne faut pas croire cependant, que ces fautes KMcnt toujours ég^lemcot. 
confidérafaks» La nature des Loix doir en*âxerl\înormicé. Si ces Loîx font: 



I 



1 



peur imporcances , les fauces ne peuvent irre qjtxe légeresL Msiisdaos ce go»-- 
tc^toac ce qui peut^donner une atteinte eflentielle â TOrdre Se choqucir 
avec (candale la décence da Culte, efl: auficriflnnel qtrune immoramé ^ 

SuKque fi Tîmmocilicé a'cft pas dans la choTe même ,ella fe trouve du moinr 
ans ks cofttcqpenœs ,,& piu: le (candale qpc cutTe cetoe défbbéîflknce^^de: 
jMtr le renversement qu'elle produit dans la Société. 

O» doit dire la même cnoiê par rapport aux Lois qoi (ont reladves- i^ 
des devoirs moraux. Quoique ot nefoient que desmoy^ns prefcrics poor eft; 
mieux procurer TobSèrvation >& qui par coB(2qucnt ne font pasauffi^eflèi»* 
ôels qjie les dévoies mêmes >. il fiiffir pour entendre la pratique néce^aire >. 
qu'ils aient une (inutile y,8c qu'ils (bienr ceeommandéa par une Autorité fnf^ 
mÀtu^ En- matière df Loix ,^1 vlcvkfàat pas davantage pour ks tendre oUi«^ 
gfuoires. Autrement aucune Loi humaise oepourrok /amas obliger , pui^ 
que toute Loi n^ft' autre cfao(êqq'un^pcé(èrvatircoBtre le vice , oa qu'uni 
moyen, pour pratiquer k verni. I^ Loix ncRivelks ou divines nous prdfcri*» 
vmr les devoirs mêmes.. Les-Loix tuimaims (ont fiaàtcs^ pour en fi^riliter bk 
prartqne , par le choix des mojcas ks plus propres Se ks plus coitvenabks Ai 
wa»coadirfon&.in0sciroooftances...£rqueUc autre Société eftplua w^ 
q«i(ëci<^fair&diK.tdUyitIoift>.<^xolk dpac :totttk.ltttf c&dc travaîU(cr> Oopf^ 



I 



P R. E F A C E. xwr 

4I procactr anx hommes des avantages temporels » maïs à lear afTurer des 
biens éternels par robfèrvadon des devoirs qui CenU les lear peuvent faire 
«obtenir^ On ne peat donc exemter de péché ceux qui violent ces fortes de 
Loix y pui(qa*ils ne fauroient s'en écarter ùins manquer i l'obéi (lance due 
it 1* Autorité l(%itime qui les z. faites , Ôc fans s'expoier au danger de tranA 
greilèr les devoirs mêmes pour la patique defquels on a pre(cric ces forces 
de moyens. 

* A r^ard des Loix qui oc concetnent que des nratiques arbitraires de 
fiécé f l'obligatioB par ia nature même de la cho(e n*en peur pas être auffi 
Croire. Car comme en matière de Loix Tobligation qu'on a de s'y fou- 
saerrre Ce tire non-feulemem de rAucorité qui les pre(crit y mais de la 
nature des devoirs qui (ont commandés ; il s^enfiôr par une confôquence 
nécedàire , que des pratiques arbitraires de piéré ne peuvent pas être d'une 
néceffité aum rigoureu(è que celle de choies plus eflèmieiles, ôc que la dif- 
ftrence des drconftances peut en reflerrer ou en dimimier robligation. 
Si les raifons de s'en di(penter font plus importantes qne celles qui en* ordon- 
fient la pratique ; ^il y a une concurrence de devoirs incompatibles dont 
celai de la Loi eft le moindre \ û le mépris ou le fcandale n'entrent pour 
tien dans llnobfêrvation de la Loi , mais que des raifons ou équivalentes ou 
prépondérantes en prévieimcnt l'exécution y il paroit certain qu'en tous ces 
-Ms Tomiffion ne peut erre regardée comme criminelle , parce que le Legifla* 
ceur n*eft pas cenfë vouloir prefcrire aucune Loi au préjudice des devoirs 
•plus importans, ou lier l'homme (ans égard â la néceffité contraire où il peut 
le trouver réduit par les circonftances. Comme il eft (iippofé parla nature 
4c ces Loix que les cho(es qu'elles commandenr font indifférentes d'elles- 
mêmes j 8c n'obligent qu'en verni de l'autorité qui lesprefcrit , le feul égard 
S*on doit i cette autorité lorfqu'elle fe trouve en concurrence avec des ra»- 
is qui diminuent l'obligation de s*y (bumettre , eft de ne point Ce révol- 
ter contre , d'éviter le fcandale dans l'inobfervation , & de ne manquer i 
pratiquer ce qui eft prefcrit , que par des motifs plus confid^rables que 
ceux qui ont tait faire la Loi même. Ce9 ainfi que , quoique l'Evangile eût 
abrogé les Loix Judaïques , l'on vit S. Paul s'y foumettre ou les négli«r 
ielon que la prudence ou la charité le lui didoienr , fans aucun ^rd â 
l'abrogation , parce que ces cérémonies de leur nature indifférentes pou- 
voient ou fe pratiquer ou s'omettre par des moctB également bons. Il ya 
un nombre de Loix de même narare dfam l'Eglifè. Si l'ufage des Images , U 
diftinAion des Viandes, la pratique de certaines Cérémonies prefcrites par 
des Conciles , ne peuvent s'obfêrver fans altérer la charité , fans fcandalifêr 
nos frères, fans occafionner des fchifmes on des abus, la Lot doit céder 
en ces cas â la néceflîré; parce que la Religion Se la venu ne dépendent m 
de l'obfervance ni de l'omiflion de ces chofes. La Charité eft Tame de la 
piété , 8c c'eft elle qui dans les con jonâures équivoques en dote régler la 
pratique. Ccft Ur<^UdeS. Paul Ces fortes de Loix ne font faites ni pour 



XXXVI PREFACE. 

tous , ni pour tous les tems \ ni pour toutes les circonftancès. Elles fox 
cffcnticllcs , lor(qu on ne peut y défobéir fans fcandalc. Elles font fans force» 
lor(qu on ne peut y ob;iir qu'en blcflànt la Charité , ou qu'en jettant du 
fcrupulc dans les âmes. Chaque Société Eccléfiaftique peut faire des Loix 
en ce genre. Mais comme ces Loix doivent tendre au fâlut de ceux pour qui 
elles (ont faites , Tobfervation doit s'en régler par ce motif > qui eft Tclprk 
de la Loi , & qui doit en fixer lapratique. 

E N F I N , à l'égard des Loix qui ne concernent que l'honneur & les avan- 
tages du Clergé , tl ne fauroit y avoir beaucoup clc difEculté. Comme au- 
cune Société ne peut s'attribuer de privilèges au préjudice des autres r on 
fcnt bien que ces Loix ne peuvent avoir de lieu que du confentement des 
PuiflTances qui peuvent y ctre intéreflScs , & que pour le tems qui convient 
aux Etats qui les admettent. Ces fortes de Loix intéreflcnt moins la Coa- 
fciencc que la Police % & ne peuvent ctre regardées fur un autre pied. Il 
convient d'honorer les Miniftres de la Religion v & Ç a été la pratique de 
tous les tems , Se l'ufage de toutes les nations. Mais il ne faut pas con- 
fondre un devoir de Police & de bienféance , avec un aâe de Reli- 
gion. Si le refoed que l'on doit aux Miniftres Eccléfiaftiques conrrir 
bue à faire relpeder la Religion même > c'cft aux Princes & aux M^ 
. giftrats i féconder la vénération qu'on leur porte. Si au contraire ce rcf* 
pe<â ne fcrt qu'à couvrir des abus , qu'à rendre impuni le crime , qu'à pror 
duire des di vidons ôc des brouilleries dans un Etat, & qu'à afifoiblir dan5 les 
peuples les fcniimens de foumiflion Se d'obéiffànce pour leurs Souverains >. 
:cn ne doit pas héfiter à abroger des Loix qui ne peuvent tourner qu'au dcfa- 
vantage de ceux qui ks pratiquent, & à la corruption de ceux en faveur 
de qui elles font faites. Ce n'cft pas pouftanr > que je croye qu'il foit per- 
mis à chaque paniculier de déroger de fon autorité privée à ces fortes dc 
Loix. Tout ce que je prétens ici eft feulement > que ce ne font que des Régie- 
mens de Police & temporaires , qui ne font point d'une autre nature que 
les Loix civiles ordinaires , qui peuvent être altérées au gré. des diffé- 
lens Etats > & qui ne lient la conicience que par le fcandale ou le déforr 
dre que pourroit faire naitre la cranfgremoo volontaire & déraifonnable 
de ces Loix.. 

TfUEeft ndéc que je croîs que Ton peut Ce former des Dccrets^dc^ 
Conciles , & de l'obligation où l'on eft de s'y foumettre. Si je ne la porte- 
pas aaffi loin que beaucoup de Théologiens, c'eft qjae je crois qu'il peut y" 
avoiv de Texcès dans une foumiffion fans bornes pour une Auxorité qui a Ics^ 
iennes, & qu'il eft âuffi dangereux de trop l'étendre que de trop la reC- 
ferrer. Ce quc/r'àiidit ici fur les Décrets du Concile de Trente» eft fondé 
ht la pratique ancienne des Eglifes à l'égard des autres Conciles Généraux^^. 
dont eUcs ont reçu ou rejette les Décrets en matière de Rjts& dcOifclr 
pliae » fcloo qur'il convei\oit au génie de leurs peuples & à leurs circonftanr- 
ces» Qu'inogorte ca effet cette divci;ûté à la Eoi & aux Meeurs l IL n'y a: ndoi 



PRE F A. CE. xxxYjr 

' plus si ccnfiiPér dam cecce diifércDce , que dans celle des Loix civiles qui 
iubiiftcnt dans chaque nation. £n matière de.chofes indifTt^rences de leur 
nature , on doit laillër à chaque EgUfe le choix de ce que la prudence lui 
fait trouver de plus convenable. Retrancher des nations entières de Ùl 
communion fur de pareils, prétextes » ou s'en féparer foi- même, (ont des 
choies qu'il eft impollible de juftifier. Les (culs exemples qu'on en trouve 
dans les premiers rems y font ceux de la conceftation lur la Paque & de la 

•râcéracion du Baptême*! & ksplus fages Ecrivains de TAnciquité n*ont pu 
9-empêcher de cenfurer la conduite des Papes Viiior ôc Etienne y pour s'être 
conduits avec trop de chaleur & d'empire dans ces difputes. Si Ton ne peut 
être toujours uni de fentimens, on devroit Têtre au moins par la Charité. 
Le refte eft moins eflcncicl , puifqu'il eft moins en notre pouvoir de croire 
que d'agir , & que la Charité, félon S. Paul , eft au-dcffus de la Foi. C'cft à 
quoi l'on auroit dû faire un peu plus d'attention dans le Concile, donc 
Fra-Paolo nous a donné l'Hiftoire. Si Ton n'y trouvoit d'autres défauts que 
celui de n'avoir pas rétabli la Difcipline dans toute fa pureté , la corruption 
des tems pourroit peut-être fournir une excufe légitime , dans l'impollibi- 
lité où étoit le Concile de remédier à tous les maux. Mais comment jufti- 
fier tant d'Anathcmes au moins inutiles , lorfqu'on fcnt qu'ils n'ont fcrvi 
qu'à élatgir les brèches faites à l'Unité, au lieu de les réparer l II n'y a 
qu'un amour déclaré de Parti , qui puiflc excufer une telle conduite aux 
yeux dcshorrvmçsi flçp9i}j:pcjp^^4'e;i,4<^pj;^j;e{k^^^^^ il fuffic de 

penfer avec impai-jcUBcé &.;avec,iftod6:tfûoix^ ..:.viv\i:V , 

C'est ce que fa] tâché, jlcfaîrç 'dàn5 jetpiîyn^e,.t>à je n'ai eu en vue 
que la vérité & la paix. S'il m'y eft échajpé. quelques favcs , je ne me ferai 
point un mérite de lés ^é^ndje \ *& j'.efpçrjc récjprgquement qu'on me fe- 
ra la grâce de les exct|fer'> en fafyeur de j^ {^Q^eté xig mes intentions. Ma 
principale attention a été de^nyc.tppijcn^gai^e contre les préjugés. Je n'ofe 
pas me flatter de \cs avQii^.tDds.évi^é;, {^â.Qaîflàncç , l'éducation > un amour 
trop déclaré pour la paixj «ne préyçnpiqti quelquefois trop favorable pour 
nos propres idées, nous Ciànnent (ans ^ne nous nous en appercevions» 
Tout ce qu'un homme fage peut f^îre^, çft. de ne pobt s'y livrer volon- 
tairement, ni par aucun motif Je crainte; oy d'intérêt^ & c'eft de quoi je 
puis me rendre un témoignage peij J^u^^oque. Si j'cuffe été fufceptible de: 
quelqu'une de ces vues> ou j'auroif ^tf^Ius de complaifance dans ma Pa^ 
trie > ou je me fudè mis dans une fitàà^ion plus favorable â la fortune dans; 
mon exil. Des motifs plus purs m'ont dirigé dans mon entreprife s & s'il? 
m'arrîve quelquefois cie me tromper, on ne doit l'imputer qua la foi- 
blcde de mes lumières, & non au défaut de droiture dans mes intentions^ 
Jai pris pour mes guides dans les faits, les Hiftoriens les plus inftruits.En 
matière de Théologie, j'ai moins confulté les dédfions des Théologiens 
que leurs raifons , parce que j'ai cru qu'il n*y avoit qu'un Oracle inûilli- 
ble q^i dût nous, déterminer par le poids de fou autocité ^ & que tout au-*^ 



miacm !^ R E î A C L 

xtc Auteur ne âevok exiger notre ÉMvicfectnmt que (ur t* fotoe <le ftt 
preuves. Si c'eft de ma part ttae raéprite , on dof r me la pardonaer cf aocattc 
plus atlëmentj jqu'il y a du moins autapt de danger à pouflèr trop loin la 
crédulité , qu'à y donner des bornes trop étroites. Il n'y a qtie Dieu qui 
mérite fans réièrve le faccifioe do tios kimierei. Toute autre Autoché étant 
faillible en matière de raifomiemcnt , chacun eft en droit de hitt ùù^ de 
•ià raifon pour juger de la folidité des opiniotis qu'on kA propoâr. S fù 
fait ufage de ût droit dans cet Ouvrage » les gens Ciges n'auronr garde 
•de le dciàpprouver i 6c foppotë que d'autres le coindâmtieni > leur cenfute 
<eft fi injufte » que je me crois même dliccdpé àê faire fiir ceto fapologte 
jàc U liberté que ;'ai prife. 










VIE ABRÉGÉE 

D E 

FRA-PAOLO. 

jpe tOrdre des Servîtes y, Théologien de la République de 
V^enife^ & Auteur detHiJioire du Concile de Trente- 

Y7^ ^--f^ ® J^ O i nommé dans le monde flore S^ , * naquît à Vc- * tît;dcfl»i, 
F* îAk k 1.4 d'Août M.D L 1 1. Son pcre Fruftfôis S/tt0 , originaire de San- ^*^® >*• ^•' 

Vido dans le FriouU exerça le Commerce avec peu de fîiccès. D'un. 
Mnpéramefit ftatufeMemem violent 8c pitls porté aux armes qu'à fa prôfei- 
£ofi , il ruina (es af&ires , 8c hiffz en montant fà Emilie avec peu de ref^ 
fiMirces du côté de tft fortune » mais dédomfrtiagéé d*ailleurs par des biens. - . 

ptos précieux que l'Opulence 8c Mévation.Sa mb:e Jfitelle Marelli y d'unt 
MMile Gkadine de Vénifé ,. d'un caràâerê doux 8c naturclktnent porté ai 
fil pHété*, d'êine conduite régpliere 8c édifiante > fuppléa i ce qui manquoir 
i (es enfans du côté àt$ rieheflès,.|nir les {èmences de religion & de vertU' 
^ifcMe Icuf îofpèra*, & pac ^éducation qu'elle )cur procura par le thoyen^ 
dé (bn frerc -/f *r*rw/? Mwelli Reâeur des Religieufcs de S'« Erroâgore , & 
Maître d'une Ecote à Venilè ^ d'oà forrirent plufieucs Elevés , qui ont fait 
fièfmeur k & mémoire & i Tes foins». 

Ce fot fous brecfikiuité de cet oncle que ftit élevé le jeune 54rp/. ^ Ilétoît Hb*.-p4i. 
Éé avec de grands takias & d*heurcu(ês difpofitions ». & fon application (èr- 
vit temôt â les perfeâionner. Sous les veux d'un oncle & d'un Maître na« 
tttrelhment févére» 8c qui Pétoif peut-être encore plus pour fon neveu que 
I^Mir une perfonne qui lui eût été indiffif rente > il ne perdit poiât des mo^ 
mens dont les ^unes gens eonnoiflènt peu lepriX)& que l'on ripare tou- 
jÉMrs' difficilement», quand une fois on \ts a perdus. Son tempérament vé- 
sFt^ement (êmbloit formé pour ràpplicatiom. Né avec un eiprit naturel- 
fement pênfif^ « & un cahnîkere un peu mélancolique , rien ne fcmblort ca» €l^^H. 
i/fAAcàt k diffraire. Tacitutyié, entiemi àvi jeu 8c du plaitir, d'urne fàbrié- 
té <^ ne.làiflbit aucune p«(èà la iènfûallté » îté toit par tempérament ce. 
^ lès autres ne deviennent que par vertu ,.& fon adofefcence (t pajlà fans 
^*il parût rien en lui* dé jeune mie l'âge. On raconte des prodiges de (à mé- 
^<^Tre; &^eqtffe pOur endimmuer ndéeif'avouoir par modcftîe>^<^ qu'il Aib^{^*f|. 
tf avôit jftfhai^pu repérer que lavaleurdé treince vers^après les avoir emeodm 
^i&eLmiMkk^\ TMÊteûtiàtità i)h&aircl2râïunf.c^i!Siôîû. 



fct V I E D E L' A U T E U R. 

• : Avec de telles difpofirions , on peut juger que Ces progrès furent ripViég! 
Les premiers éicmens des Sciences neracrêcerent pas longtemS) 6c après avoir 
acquis une adèz gr&nde connoiflànce des Belles-l.crcres , il s'arracha dèsTàge 
eVic. delP. de creize ans « à Técude de la Philofopjbie & des Mathématiques, ôc à ccUc 
Paolo, p.8. des Langues Grecque & Hébraïque , fans quie ce partage affaiblît (on appfi- 
cation ou retardât fcs progrès. Jean Marie Capella de Crémone, de TOrdrc 
flh, p. 7. des Servi tes, ^dont la demeure voi/ineiui a voit procuré la connoiflànce , fuc 
celui qui fc chargea de lui donner des Leçons de Logique \ & quelque répu- 
tation qu'il eût acquife dans ccgence de Sciencf , il avoua l^ientôt qu'il ne 
pouvoir plus rien apprendre à (onDifciple , & réforma même fouvent Ces 
opinions fur fcs railops , Auxquelles il faifoit gloire de fe rendre ,. faps croire 
qu'il y eût aucun deshonneur pour lui â cédei: a la vérité , quoiqu'éUe ne Ivà' 
vînt que par le canal de fon Elevé. 

L* HABITUDE que le jeune Sar^i avoit contradde avec Capella fon Maî- 
f Ib. p. 8. tre , 6 le détermina bientôt à choilu: le même genre de profeiTion. Son carac- 
tère leportoit naturellement à la retraite*, (es inclinations le dégoûtoieiK 
des plaifirs & des occupations du fiécle ; & les femences de vertu Ôc de piét^ 
que lui a voient infpirées les exemples de fa mère , 6c les indrudtions de foQ: 
oncle, lui avoicnt donné un penchant pour la vie, Régulière, que la çon- 
noiflTance & apparemment les infînuations de Capella dirigèrent vers l'Ordre 
h Ib.p. f. des Scrvites. En-vain ** fon oncle & fa mcre, qui avpient fur lui d'êtres- 
vues, s'oppoferent-ils â fa réfolution , & tachèrent même de l'en détouract- 
par des mortifications & des duretés, auxquelles peut-être il n'eût pas cru 
devoir s'attendre i il demeura ferme dans fon deflcin , & prit l'habit de l'Or- 
dre le 14 de Novembre m d lx v i « n'étant encore âgé que de quatorze ans : 
âge bien tendre pour un tel engagement , mais qui dans le jeune Sam croie 
accompagné de tant de maturité, & fécondé de di(pofitions fi conformes à 
une telle profeflion , que ni les affaires dont il fiit chargé, ni les occafîons 
quil eut de s'en prévaloir pour changer de condition ou fe fouflraire à la 
pratique des Obfervances , ne le dégoûtèrent jamais de fon état loin de l'en 
faire repentir , & ne fervirent même qu'à lui infpirer plus d'inclination pour 
» Ib. p. 10. le repos & la retraite* En mdlxviii ^ il fit profefuon tacite dans l'Ordre , qu*il> 
rênouvella enfuite folcmnellement le 10 de Mai mjlxxii_, entre les mains 
d* Etienne Bonucci alors Général des Servîtes , & depuis Cardinal. 

A l'occafion du Chapitre GénéraWe l'Ordre qui fe tint vers ce même tems 
à Mantoue > le jeune Sarpi ( que nous nommerons dorénavant le P. Paul ou 
Fra-Paoloy du nom quil prit en entrant dans l'Ordre) âgé. feulement de 
4^ Ib.p. zi. vingt ans, s'y fit diftinguer par fpn efprit & fon érudition. ^ Il y foutint des 
Thefes fur la Philofophie Naturelle & la Théologie avec tant d'éclat , qu'il 
flirprit toute l'Aflcmblée, & s'en attira une infinité d'applaudiflèmens. Guil- 
laume Duc de Mantoue, Prince d'efprit & de capacité, & qui par l'efHmc . 
dont il honoroit les Sciences & les Savans fe faifoit un mérite de les attacher 
à fa Cour , n'eut garde de laiflèr échaper le jeune Paul. L'ayant obtenu de, 
Tes Supérieurs 9 il le déclara foo Théologien > 6c Boldrino Evêqae de Man- 
toue, 



V I E D E L' A UT E D R. xli 

touc,^ qui fccondoit les inclinations du Prince dans fon affcdion pour les ^ Vit. dcl P. 
Savans , le nomma Leéècur de fa Cathédrale pour la Théologie Pomive , les Paolo,p.ii. 
Câs de confcience, & les fàints Canons. Mais Fra-Paolo ^ fnpérieur ^ fes em- 
plois, ne borna pas.fès études a cette Science. Il profita du (ëjour de Man« 
touc pour fc perfectionner dans l'étude de Ja Langue Hébraïque , & perfua- 
dé que (on attachement à la Cour d'un Prince lui rendoit la connoidance 
Àc rriiftoire abfolument nécefïaire , " il s'y livra avec un goût qu'en n'eût mlb.p.i j2 
peut-être pas attendu d'un génie naturellement porté à des Sciences plusab- 
ftraites , & avec un fiiccès qui répondit à fon application , & qui lui tut d'un 
ufàge infini dans les poftes qu'il eut à remplir dans la fuite de fa vie. 

CiPENi^ANT il ne put le réfbudre â refier long-*tems à Mantoue*, " (bit «Ib.p,i«i, 
'que dégoûté par les caprices du Duc GnUlaHme , qui joignoit beaucoup de 
bizarrerie à beaucoup d'efprir, il ne pût aifémcnt (bufFrir fcs inégalités-, (bit 
que fatigué du tumulte des Cours & des fbllicitations impottunes de ceux 
qui l'obfcdoient pour en obtenir des recommandations , ^ il regrettât la ^ ^^^ ^^ ^ ^ 
tranquillité d'une vie privée, dont les charmes avoient encorepour lui plus 
d'attrait , depuis qu'il avoit éprouvé les incommodités d'une utuation où il 
vivoit moins pour lui que pour les autres. 

Il n'avoir que vingt-deux ans , lorsqu'il quitta cette Cour. Dans un âge fi 
peu avancé , on ne peut qu'être furpris de l'étendue de Ces connoiflànces. P f Ib. p. 13, 
Car outre celle des Belles-Lettres & des Langues Latine, Grecque, Hé- 
braïque & Caldéennc , il étoit très-habile dans la Philofbphie, la Théolo- 
gie^ & le Droit Canon, & déjà très-inflruit du Droit Civil, des Mathéma- 
tiques , de toutes les parties de la Phyfique > de la Chymie même, & de plu- 
ficurs autres chofes, qui fembleroient avoir demandé l'émde d'une grande 
partie de la vie,& qui exigeoicnt au moins un efprit vif, une mémoire heu- 
reufè, une conception ^Cée, & une tête parfaitement claire & capable de 
réunir tant de différens objers fans la moindre confufion. Aufli Ton appli- 
cation étoit-elle fans relâche, & tout le tems qu*il n'étoit point occupé des 
affaires publiques , n il ne pafibit point de jour qu'il n'étucfiât au moins huit j Ib. p. } ù 
heures-, parce que ne donnant rien au plaiiir. Se partageant uniquement 
{on tems entre la prière & l'étude , peu de chofes étoient capables de le 
diflraire , Se tout étoit mis à profit pour fon inflruâiou, ou celle des autres. 

Ce qu'il y a de fiirprenant en ceci efl, que d'une conftitution auffi foi- 
ble qu'il étoit, il pût loutenir un tel régime. D'une (ànté naturellement dé- 
licate» fon application l'avoit encore altérée; Se il contrafta dès ce tems-là 
des infirmités habituelles, qu'il conferva jufqu'à la vieillefTe. Ce fut ce qui 
l'obligea enfin de boire quelque peu de vin , ' dont il s'étoit abftenu juf^ ''Ib«p. t^i 
qu'à l'âge de trente ans : encore difbit-il éjfue c^itoit la chofi qui lui avoit le 
fins coiité y & une de celles dont il setoit toujours repemi. Il ne fe nourrifibit 
prefque que de pain & de fruits , & ufà très-peu cle viandes jufqu'à l'âge de 
cinquante- cinq ans, & ce fut même toujours avec beaucoup dcrélcrve, 
parce que cela le rendoit fiijet à de grands maux de tête. En un mot il 
Icmbloit ne vivre que par régime, tant la Nature t'avoit formé d*unc corn- 
Tome/. f 



xLfi VIE DE L' AUTEUR. 

plexion délicace*, & quoique ùl fobriéré ôc un efpric nacurellement^me 8c 
iTit. dcl P. tranquille le con(crva(Tènc jufqu'â un âge aficz avancé , ' le peu de foncU 
raoio^p.jc. q^^»jj ^^oic fait fur la vie nous a fait perdre le fruit de beaucoup de con- 
noiflfances , qu'il ne tenta jamais de mettre en œuvre , par la répugnance 
qu'il eut de commencer des Ouvrages, auxquels il ne compta jamais d'a^ 
voir le tems de mettre la dernière main. 
t Ib. p. ij: Ayant été fait Prêtre à l'âge de vingt-deux ans>* malgré les KégLcmens> 
^ *^« du Concile de Trente , qui exigeoient que cet Ordre ne fût reçu qui vingt- 

quatre y il étoit en Ci grande réputation de capacité & de vertu > que le 
Gard. Borromie Arcbeypque de Milan, connu depuis, fous le nom de S. Char* 
les , qui cherchoit de tous cotés àzs Miniikes capables de féconder les vues, 
qu'il avoir pour la réforme de (on Eglifè, l'employa avec diftinâîon >& le 
confultoit avec foin dans tous les cas où les diflicultés l'obligeoient de re- 
courir aux lumières des autres. C'étoit une grande preuve de l'cftime qu'em 
faifoit le faint Prélat , & de la réputation que lui avoient acqui(è (es lu* 
miercs Se ks vertus. Mais cette réputation ne pur le fouftraire à la mali-^ 
vrb.p. iS. gnitc de quelques envieux,. & (èrvit même peut-être â la faite naitre. ^ 
On la déféra k l'Inquifition comme fufpeâ en matière de Foi, & cela (bus. 
prétexte qu'il ne croyoit pas qu'on pût ttouver le myftcre de la Trinité 
par le premier Chapitre de la Gene(e. L'accu(àtion étoit ridicule. Au(E 
TrorfaoU s'en moqua-r-il, & fans vouloir répondre à rinquî(îteur , il ap- 
pella à Rome de toute la ptocédure. L'Appel y fût reçu & la Caufe évo- 
quée; & lorfqu'on y eut examiné le procès > on fe contenta de ccnlurer 
Pignorance de rinqui(îtcur ,, fans (c donner même la peine d'écouter les jut 
tincatlons de raccu(e. 

Uni tentative auffî peu (cn(<fc ne (crvic qu*a faire éclater davantage fe 
mérita de Fra-Paolo. Après avoir pa(ÏS fucceflîvement par tous les grades des; 
X Ib..p. 1% Univcr(îtés jufqu à celui de Doâreur en Théologie , * & avoir été aggrégé 
*-i^- au célèbre Collège de Padoue , il fïit nommé Provincial de (on Ordre pour 

la Province de Vcnife^à l'âge de vingt-(îx ans.*, cho(è, dit l'Auteur de (i 
Vie , )ufques-lâ fans exemple dans rHi(loire de cet Ordre r & comme (i 
cela n'eût pas (îiflS pour un génie fi a6tif, il (c chargea- encore en même 
tems d'enfeigner la Théologie à (es Confrères. Ils'acquirta de ces emplois^ 
d'une manière qui ne contribua pas peu à augmenter (a réputation , par le 
bon ordre qu il mit dans (is Monafteres , par les (âges Réglcmens qfi*!! y fit ,. 
>ar la douceur & l'égalité de (on gouvernemenr , par les exemples de vertus 
Se de régularité qu'il donna à tout le monde , par le redre(remcnt des abus ,. 
par le dé(intére(îement de fa conduite > en^unmot, partout ce qui peut 
rendre ua Supérieur égaletnent aimable & refpedlable à ceux qu'il gou*^ 
j^Il>.p. 47W vetne. Ce fut fans doute à cette eftime / qu'il dut la charge de Procureur- 
Général de fon Ordre , où il fut élevé quelques années après , & où il fou- 
tint exaâxment le caradtere qu'il avoir déjà acquis , & augmenta rcftimc 
de tous ceux qui le connurent à Rome > où fon pofte l'bbligeoit de réfider;, 
i/Lh IX daos lies îocervalks. de negos: que lui laiUbietir. ccs.dij£^reos txs^ 



t 



..''■* 



VIE DE L' A U T E U R: xtlii 

plois» n Ce dédommageoic avec Coin du tcms qu'ils cnlevoienc à Tes études » 
en s^y livrant a vec'un nouveau plailîr 8c une plus grande application. Et com« 
me, malgré la connoidànce qu'il avoir acqui(ê de la Théologie & du Droit 
Ononique , études plus conformes Se de plus d'ufâge dans ùl profeflion, Cou 
inclination le portoit davantage du côté des matières philofophiques , il s'y 
attacha auifi avec plus d'eraprelTement. Les Mathématiques fur-tout, TAna- 
comie , & la Chymie eurent pour lui infiniment d'attrait ^ & il y fit des dé- 
couvertes , dont fa modeftie lui eût fouvent dérobé l'honneur de l'invention , 
fi d'autres n'euflènt pris autant de foin à lui rendre juftice , qu'il en prenoit 
à empêcher que Ces talensne fuilent connus. ' L^yic^uapendeme zsiwoué dans >. VîcdelP. 
(on "Traité De f^i/k, que c'étoic du P. Paul qu'il avoit appris la manière dont ^aolo,p.4j 
(è fait la Vi/ion. Ce fut encore de lui qu'il tira la connoiflance des Valvules ^^' 
qui fervent à la circulation du fâng; & l'Auteur de fâ Vie en cite pour té- 
moins Santoriusy & Pierre jlJfelitiiAU Médecin François. Aucune partie des 
connoiflfànces naturelles ne lui étoit étrangère, & fur quelque article decec« 
te Science qu'on le mît, il en parloir comme un homme qui ne (ê fut occu- 
pé que de la feule matière dont on l'entretenoit. Il difcouroit de Mathéma- 
tique avec les Mathématiciens , d'Aftronomie avec les Aftronomes , de Mé- 
ilecine avec les Médecins , d'Anatomie avec les Chirurgiens , de la connoif^ 
(ance des Simples & de l'analyfe des Métaux avec les Chymiftes *, & tou« 
fours non en homme fuperficiel, qui eût pris une fimple teinture de chaque' 
chofè pour fe donner la réputation d'en étreinftruit, mais en Savant qui 
avoit pénétré le fond & l'ufage de toutes ces Sciences , & qui par la faci- 
lité qu'il avoit de communiquer Ces lumières, & le peu de foin qu'il prenoic 
de fe faire honneur de Ces découvertes, faifoit bien voir que c'étoit non 
par la vanité de paroitre favant qu'il avoit acquis ces connoiiïances , mais 
pour le plaifir de s'inftruire, & plus encore pour celui de Ce rendre utile 
au Public & à ceux qui s'occupoient en particulier aux différens genres 
de Science , que ce favant homme avoit embrafles tous enfêmble. 

Cet état de tranquillité c^eFra-PaoU fut fi bien mettre â profit pour 
augmenter Ces connoi (lances, & perfeâionner celles qu'il avoit déjà ac- 
quifès , fut un peu dérangé par plulieurs tracaflèries domcftiques > qui s'éle- 
vèrent dans l'Ordre des Servites , & auxquelles la confidération où il étoic 
ic les poftcs qu'il y avoit occupés ne lui permirent pas d'être indifférent « 
quelque éloignement que lui donnât fon caractère pour des cabales caufëcs 
par l'ambition & fomentées par l'inquiétude de quelques particuliers , fbu- 
renus du crédit du Cardinal Protcfteur de l'Ordre. * Le détail de ces intrigues a Ib. p. j % 
monaftiques , dont on peut s'inftruire afTez amplement dans la Vie de notre & fcqq. 
Auteur écrite par le P. Fnlgence fon ami , intéreflfe trop peu le Public pour 
en faire ici le récit -, & il fiâît de faire remarquer que Fra-Paolo , après avoir 
fait paroitre dans toutes ces divifions une grande droirure & un grand dé- 
fintércflèment , confèrva toujours parmi ceux mêmes auxquels il avoir été le 
plus contraire , tme réputation de probité â laquelle fes ennemis ne purent 
jamais donner d'atteinte , & ac laiHà aacvne pr^ à la calomnie , quelque ia- 



XLiv VIE DE U A U T E U R. 

térêc & quelque envie qu'on eût de décrier fa conduite, fi la régularité éc 
de ks mœurs & la pureté de fe$ fcndmens n'euflcnt prévenu toutes les at- 
taques, que le caraÂere de ceux auxquels il s'étoit oppoCé lui eût donné Iku 
de craindre de leur part. 
èVit.dclP. On peut juger cffeélivement de leurs dcflcins , par la nouvelle tentative 
Paolo,p. 84. qu'ils firent de le défiîrer à Tlnquifition de Rome ôc de Venife > ^ i Rome, 
* ^h par le P. Gabriel Coliffbm auparavant fon ami , mais depuis fon plus grand ad- 

. verfairc à caufc de Toppoûiion qu'il trouva de fa part à fon élévation aux 
Dignités de TOrdrcv â Venife, par le neveu de CoUJfoniy qui obligé d'épou- 
fer les intérêts de fon oncle , le lècondoit pat les mêmes mefiires» & parta- 
geoit fon injuftice pour pouvoir enfiiite en partager le fruit. Mais les acca- 
lations étoient fi ridicules, qu'on ne le mit pas même à la peine de s'en jufti- 
fier , & que dans ces deux dernières attaques > comme dans la première, il 
. fut déchargé fans même avoir été examiné» Il falloir pour cela que la mali- 

fnité des accu/âteurs fut biea fenfible, ou que la conduite de Fra-Paolo fût 
ien irréprochable. Car d'ailleurs, il y avoit dans l'accuiàtion qui (m portée 
à Rome quelque chofe d'afièz délicat, & qui ne laiflàpas d'y donner contre 
hii des impreflîons facheufes,. quoiqu'on n'ofar pas procéder fiir un tel pré- 
texte, de peur de donner trop de prit aux dilcours publics.. Il s y agiflbit 
f Ib. f . f 4. d'une Lettre écrite en chifl&e à Coliffoni lui-même , « qui pour gagticr la con- 
fiance de FrorPaolo lui ayant propofiî quelques moyens de s'avancer à Ro- 
.me, ce Père en montra beaucoup d'éloigncment & de mépris >& répondit > 
^Hon ne s^énvançoh anx Dignités de cette Cour ^ par de mauvais moyens , & ^uc 
loin d! en faire aucun cas ^il en avoit horreur^ On peut juger quelles impreflîons 
put faire à Rome une telle Lettre , & quoiqu'on n'y trouvât pas de quoi pror 
céder criminclkmenr contre foa Auteur , oa fent allez qu'il ctoit impoflible 
au'elle ne laiflSt des préventions contre lui , qui (è réveillèrent dès que ladé- 
Êcnfe de fa Patrie l'eut obligé de fe déclarer contre les prétentions déraifoik* 
m\Àts.àzPaulf^^ 

L'autre accufation, quoique phis frivoTe encore Jut fir également tort 
à Rome j c'cft qu'il entrctenoit commerce avec des Juife & avec des Héré- 
riques. Dans d'autres conjonétures, un tel crime eût peut-être paru ridicules 
mais l'idée que l'on a à Rome , qu'on ne fauroit mal penfer de cette Cour 
lanspenfer mal en même tems de la Religion, y fit juger que celui qui avoir 
écrit la Lettre déférée , pourroit bien aulfi n'être pas trop zélé pour l'Or- 
thodoxie Romaine. Rien néanmoins n'étoit fi innocent de la part de Fra^ 
Paolo y dont tout le commerce jufques-là avec des Hérétiques réels ou pré- 
tendus , confiftoit à recevoir & entretenir civilement les Etrangers , qui in(^ 
truits de (a réputation venoicnt pour l'eiuretenir & le confijlter ,, fans avoir 
d'ailleurs aiKune cc^rrefpondance par rapport à la Religion ^ qui éioit le (cul 
article qiii eût pu & dû Le rendre fu(peét. Cela ne laifla pascependant d'emr- 
pêcher ibn avancement aux Dignités Eccléfiaftiques. Car lorfque du tems^. 
dUk juS7. de Clément yjjf <> on le propola pour l'Evcché de Milifotama Se cnfiiitcr 

pour celui dfi.iVa;y^3kl'accuiàaQa avoit tellement frappé ce Pape >. que quoi»^ 



fe 



»^- * 



V I E D E L' A U T E U R. xLT 

^a^il avouât que ce Pcre ctoic un homme de Lettres & de capacité , il ajouta 
que le commerce qu'il avoit enttetcnu avec les Hérétiques, le rendoic indi- 
gne de TEpifcopat. Cétoit outrer le (crupule , que de juger du mérite d'un 
homme fur une chofe fî équivoque •, mais cela entroit fans doute dans Tor- 
dre de la Providence > qui avoit fuicité notre Savant pour des vues que fon 
élévation eût pu faire avorter en rempêchant de fervir fa Patrie , & en le 
détournant d'occupations qui furent plus utiles au monde que ne Teût été 
fbn Epifcopat. 

Mais ce tems n'étoit pas encore venu , & FraPaolo > que fa réconcilia- 
tion avec le Cardinal Protefteur de l'Ordre des Servîtes & avec CoUJfoniy « * Vit.dclftj 
aui en devint depuis le Général , avoit rendu à fa première tranquillité & à ^^^\o • p^ 
us Livres, fut mettre à profit pour fa fan6tification les momens de repos ^^^* 
que la Providence lui avoit ménagés, & que lui procura la trêve de quel- 
ques infirmités qui diminuoient avec 1 âge. Il s'occupa alors d'études toutes 
différentes de celles dont il s'étoit occupé autrefois. Car , comme s'il eût 
prévu l'ufige que fa Patrie devoir faire de fcs talens , ^ il fe livra entière- /"Ib.p.xo^ 
ment à l'étude de l'Hiftoire tant Eccléfiaftique que Profane > aulli-bicn qu'à 
celle des Ecritures & de la Théologie Morale 3 & l'on verra par la fuite , de 
quelle utilité lui fut une telle application. Il ne fongeoit pourtant alors qu'à 
i^ propre inftruâion , & qu'à (e préparer par des études de cette nature à 
Téternité dont il s'étoit toujours cru proche, & à laquelle ilcomptoit tou- 
cher d'aflcz près. C'cft à ce tems du moins que l'Auteur de fa Vie croit que 
l'on peut rapporter quelques Ecrits trouvés parmi fes papiers, comme entre 
autres , s Vn Examen de fes propres défauts , dont il Je fropofoit de Je corriger i i Ib. p. p >» 
Vne Médecine de f^r/^V ^ auquel il appliquoit les aphoriimes prelcrits pour 
la guérifon des infirmités du corps j Un Ecrit contre [Athiijmey où il prou- 
voit qu'il répugne à la nature humaine^ qu'il n'y a point de véritables 
Athées , & que ceux qui ne reconnoidènt point le vrai Dieu s'en forment 
néceflairement de faux s Un OpufcuIeyAtr lanaijfance & la décadence de nos 
êpinions > & quelques autres Ecrits, de même nature » qui marquent un liom- 
me bien moins occupé à fe faire un nom par des Ouvrages d'érudition , qu'ai 
k rendre meilleur par l'étude de fcs devoirs , & qu'à rapporter à la pra- 
tique tout ce que fes leébures & ks méditations Lui avoient fourni de lu?» 
mieres pour (à propre fanâification» 

C É T o I T dans cette même vue qu'il s*appfiqua tellement à la lecture des 
Ecritures & fur-tout du Nouveau Teftament , qu'il le favoit pre(quc entiè- 
rement par cœur ^ ^ & que s'étant habitué a foûligner les endroits qu'il vou- h IB. 2^^i^ 
loit éclaircir , il le relut fi fouvent, qu'à la fin il n'y avoit pas un feul mat 
dans fon Exemplaire qui ne fut amCi foûligné- C'eft ce que l'on remarqua 
aufli dans un Exemplaire de l'Ancien JTeftamenty auili-bien que dans ion 
propre Bréviaire & fur-tout dans le Pfeautier : ce qur montra l'application, 
avec laquelle il avoit médité les Livres faiats , & taché d'en pénétrer le Icns y, 
comme la feule fource dans laquelle on pût s'inftruire fiirement de la puretd 
de U Kpli^ton y ôc qu'on ne pouvoir négliger (ans courir le rif^ue de donnes: 



* •• • 



xLVi VIE DE U AUTEUR. 

dans Terreur ou de tomber dans la fuperftinon. Telles furent les principales 
occupations- de FrA-Paolo dans fa retraite , & dans le repos dont il jouit par 
la (îilpenfion des divifions de Ton Ordre & la fubftitution d'autres per(onnes 
à (es emplois , ju(qu i la grande querelle de Pattl /^ avec la Répuolique àt 
Vcnife , (ans laquelle fon mérite tout éclatant qu'il fût eût été beaucoup 
moins connu , faute d'avoir trouvé une occa/ion aÛêz propre i déployer (âl 
lumières , (es talens > (on intrépidité & (à religion. 

Ce fut vers le commencement du xvii (Jécle que s'éleva ce différend, au- 
lïb. p.114. quel quelques Décrets du Sénat de Venilc donnèrent occa(]on. * Par lepre- 
.Oaer. Ai mier de ces Décrets, la République avoit défendu (bus différentes peines de 
Paolo V. jjA^j^ j^j^ (^5 £jjt5 (j^js la pcrnîiflîon du Sénat de nouveaux Hôpitaux oa 

^* *^' Monafteres, ou d'y éublir aucun nouvel Ordre ou Société. Par l'autre on 

renouvelloit un Décret fait en mdxxxvi , qui défendoit à tous les Sujets de 
l'Etat de vendre, aliéner , ou di(po(èr d'aucuns biens immeubles en faveur dti 

* Ib p. 1 j Clergé , fans permiflîon. ^ Vers le même tems le Sénat avoit fait cmpri(bn- 
A »4* ner quelques Eccléfîaftiques coupables ou accules de crimes énormes , & pré- 

tcndoit s*en attribuer la connoiilance. Pad V venoit d'être élu Pape en mdcv. 

/ Ib. p. x5* A peine fiit-il (îir le Saint Siège , ' qu'il crut ne pouvoir (buffrir fans fe desho- 
norer , que la République fit de telles entrcprifes fur les prétendues Immu- 
nités Eccléfîaftiques , & qu'il réfolut de faire révoquer Icfdits Décrets , & de 
fe faire remettre les prifonniers. C'cft ce qu'il fit demander par fon Nonce 

m Ib. p. 30. au Sénat , qui refufa l'un & l'autre. « Sur ce refus , le Pape fît expédier deux 
Brefs datés du 10 de Décembre , l'un au Doge 9 & l'autre à la République, 
en forme de Monitoire pour les obliger à (e foumcrtre. Les Brefs ayant été 

nlb. p. 54. *rcmis par le Nonce au Sénat , ^ la mort du Doge qui arriva alors en fit ren- 
voyer l'ouverture jufqu'aprcs l'élcAion du nouveau , qui fut Léonardo Do^ 
nato , deftiné auparavant Ambadadeur à Rome pour accommoder ce diffé- 
rend. Ce fut une des premières chofes fur laquelle on délibéra , après le choix 
du nouveau Doge. Les Brefs ayant été ouverts alors , le Sénat , après avoir 
pris l'avis de pluficurs Jurifconfultes & Théologiens, fit déclarer au Pape : 

• Ib p. 4 j. ° Qu'il n'avoit point pafle fon pouvoir dans les Loix qu'il avoit faites ', qu'en 

les publiant, il n'avoit rien entrepris fur les Immunités Eccléfiaftiques ; qu'il 
ne croyoit avoir rien fait qui méritât les Cenfures ; & qu'il efpéroit que Sa 
Sainteté , pleine de piété & de religion comme elle étoit, (c défifteroit de 
(es demandes , ic ceueroit d'inquiéter la République par l'Interdit dont elle 
la menaçoit. 

C fe T T E répon(e , loin d'adoucir le Pape , ne fervit qu'à l'irriter \ Se Tin- 
flexible opiniâtreté de ce Pontife rompit bientôt toutes les mefures qu'atH 
roit pu prendre le Sénat pour accommoder cette affaire à la fatisfaâîon 
commune. Ce fut même en vain qu'on envoya i Rome Pierre Dnodo pour 
Ambadàdeur à la place du Doge Donato. Ni les prières ni (es rai(bns ne pu* 
rent rien gagner fur l'elprit de Paul y qui s'aigritibit par la réfiflance , &qui 
ne pouvoir (ouffrir qu'on donnât la moindre atteinte a fes prétentions. Ainfi 
t Ib p. 714 chacun ne pçnfa bientôt qu'àfou(cnir t^ droits à toute rigueur. P4#^Pnayafic 



VIE D E U A U T E U R; xivn 

po amener les Vénitiens à Ton point , publia le 17 d'Avril mbcvx tm Moni- 
cpire violent , par lequel il ordonnoic au Doge & à la République de lui re- 
mettre les deux Eccléiîaftiques prifonniers > & de révoquer les Loix dont il 
fçplaignoit> à faute de quoi il les déclaroit excommuniés > fi dans vingt- 

Znatre jours , à compter de celui de la publication du Monitoire > ils n'obéit^ 
lient à Ces ordres ; & il foumectoit tout l'Etat à l'Interdit , iî trois jours après 
les vingt-quatre ils perfiftoient dans kur défobéiflànce. 

L E Sénat, (îirpris & indigne d'une telle conduite > crut ne pouvoir pren- 
dre de meilleures mefures pour ramener le Pape, qu'en montrant autant- de 
fermeté que ce Pontife montroit d'opiniâtreté & de hauteur. *i L'Ambaflà- ^ Gacr. <S 
deur Extraordinaire de la République fut rappelle immédiatement , & TOr- ?^?J1* . 
dinaire licencié peu après. On fit défenfe à tous les Prélats de recevoir ou de P* ^ 7" 
publiet la Bulle du Pape , & on ordonna à tous ceux qui en avoient des co- 
pies, de les porter aux Magiftrats. Le Confeil des Dix ' ayant fait aflcmblcr ^ ^' P- ^^•^ 
çn même tems les Reâeurs des Egliiès Se les Supérieurs des Monafteres , 
kor ordonna de cominuer à célébrer à l'ordinaire k Service divin nonob- 
ftant rinterclit , & leur fit défenfe de fertir de l'Etat (ans permifiion. On dé- 
libéra enfuite fur k panî qu'il y avoit à prendre par rapport au Monitoire y 
»& le Doge par un Placard du 6 de Mai ayant déclaré le Bref du 1 7 d'Avril. * ^^ P->** 
99U yinjufle y & contr élire i tomes tes règles de Vicfmi & de la raifiny, dit qu'il 
étoit réfblu de k fèrvir de tons les remèdes dont avoient uie ùs prédéce£> 
&urs contre les Papes qui avoient abufè de leur autorité , Se qu'il efpéroit 

3ue les Prélats & Eccléuaftiques continueroknt à faire célébrer k Service 
ivin à f ordinaire > la République ayant réfolu de perfifter conftammcnt^ 4 
dans la Foi ^ 8c dans le re(peâ; dû à l'Eglife Ro(naine. 

JLa [Jupart des Ecdéfiaftiques & des Religieux fe rendirent aux ordres 
du Sénat. Mais les Jéfuites ' ayant été obliges de déclarer s'ils vouloient y /Ifi-p^^^*- 
obéir ,^ répondircnr qu'ils nepouvoient confèntir à dire la Meflè pendant "^ 

f Interdit > Se qu'as aimoient mieux fbrtir des Etats de k République. Suc 
cette réponfê le Sénat n'béfita pas à les congédier, & ceux de Venife fu« 
xent bientôt (ùrvis de tous ceux de kursConfreres qui- demeuroient dans 
les Etats de la République Les Capucins r^ à, l'exception de ceux de BreiTè o/Hii g^ioo^ 
k de Bcrgame» ks Théatins>& ks Réformés de S. François, qm d'abord 
«voient paru àifpo&s â ne point obéir à l'Interdit >. ayant changé de réfo- 
ktion à Finftigation des Jéfuites , lurent également bannis^ Se le dernier joue 
dv terme fixé par le Bref, k Sénat donna un ordre général à tour ceux 
qui voudroient obfêrver l'Interdit , de k retirer. Cet ordre ^exécuta d'a- 
motd allez tranquilkment. Mais quelques tumultes arrivés en divers endreitf^ 
|ar Its intrigues & les déclamations des Jéfuites , donnèrent occafion à un 
nouveau Décret du 14 de Juin , par lequel il flit ordonné 'que ces Pères ^I&s>ih5)». 
fcroknt exclus à perpétuité des Etats de la République , Se que ledit Décret 
ae pourroit jamais être révoqué», à moins que fa chok ayant été délibérée: 
en pkin Sénat ccmipofé de clxxx perfonnes , ces Pères n'euffent pour ks rag^ 
lelkc cixiq^paus des. voix en. £x ^ c'e&ràrdire oudi^ aombre. desi.cixxx. ^ ' 



XLriii V I E D E L* A U T E ir R'. 

L £ Pape , qui avoir cru étonner la République par Ces menaces, ÔC y jet- 
ter la confuûon par Tes Cenfures, fur i'urpris de la fermeré du Sénar & de 
la rranquilliré des Peuples. Plus il fentoir Timprudence de (a première dé- 
marche, & moins il voyoir comment il pourroit s'en tirer avec honneur» 
/Guer. dt D'abord pour intimider les Veniiiens x il fit montre de vouloir armer, 8c 
Paolo V. folliçita quelques Princes de joindre Ces forces aux fienncs , afin de tirer rai- 
p. i4>t 311 fQjj jg la République, qui s effraya encore moins de fes préparatifs que de 
^^^* fcsCenfures, Se qui fe mit en état de (c défendre fî elle droit attaquée. 
Mais CCS apparences de guerre n'allèrent pas plus loin que les menaces *, 8c 
tout fe termina à des Ecrits qui fe multiplièrent bientôt de part ôc d'autre » 
& dans lefquels chacun travaîUoit â juftifier Ces démarches aux yeux du Pu- 
blic , 3c à faire condamner celles du Parti oppofé. 

A peine l'Interdit contre la République avoit été publié , que chacun 
prit parti pour ou contre , (clon qu'il étoit affcété. Tout ce qu'il y avoit de 
*It.p.i03. Savans en Droit & en Théologie s'intérefla dans cette querelle -, * & , com- 
me Fra-Paolo le rapporte dans THiftoire qu'il a écrite de ce démêlé, «» vit 
avant le moisi Aom une Armie Jt Ecrivains en campagne. 

L £ Noble Antonio Qjtirini Sénateur parut des premiers , en publiant une 
favante Diflcrtation en faveur des droits de la Séréniffimc République. Deux 
Jurifconfiiltes anonymes publièrent auffi vers le même rems une Lettre 
adreffée au Pape , dans laquelle parlant à lui-même , ils démontrèrent la nul* 
lité de fon Bref & l'injuftice de fa conduite. Enfin , fans parler de plufieuts 
autres Ecrivains qui s'engagèrent dans la défenfe de la même Cau(e , Jean 
Marfilli Prêtre Napolitain & Dodeur en Théologie Ce mit auflS fur les rangs 
par la publication d'tme Lettre anonyme, fous le titre de Réponfi etun Doc^ 
tew a la Lettre irni Amifwr les Cenfwres , &c. Le célèbre Cardinal Bellarmin^ 
qui trouva ce dernier Adver(àire digne de lui, lui répondit avec toute U 
chaleur dont il étoit capable. Mais fa réponfe ne refta pas long-tems fans 
téplique de la part du Dodteur , qui repoufla Ces fophifines non par des in- 
veétives femblables à celles du Cardinal , mais par de (blides argument > 
dans une nouvelle réponfc qu'il y fit fous le titre de Defenfi de ^an Métr^ 
Jilli en faveur de la Réponfe aux huit Propofitions , &c. 

On juge bien que Fra-Paolo , que la République avoit choifi pour fbn 
Théologien & l'un de Ces Confulteurs , ne demeura pas (pecîbateur oifif de 
cette dîfpute. S'écant apperçu de la confternation où l'Interdit avoit jette les 
efprits non- feulement des peuples , mais encore de beaucoup de Sénateurs , 
il fe perfuada qu'il étoit de fon devoir & comme Citoyen , ôc comme Théo^ 
logien de la République, dediffiper certe terreur mal fondée, en failant 
un jufte parallèle de l'Autorité Pontificale avec les droits des Souverains 
« dans leurs Etats. Ce fut dans cette vue qu'il compofa l'Ecrir publié depuis 

peu d'années en Hollande fous le titre de Droits des Souverains défendus con* 
ire les Excommunications , &c. mais qui dans llt^lien eft intitulé, Conjolation 
de rejprit pour tran<jmlHfer les confciences de ceux cjui vivent bien , contre les 
frayeurs de interdit publié par Paul V. Ce Traité, dont l'Auteur de la Vie 

de 



V lE I> E L' A U T E U R. XLrt 

9e FraPdoto ne parle point, apparemment parce qae n'ayant été écrit que 

?(Hir ru(àge du Souverain , il n*a pas jugé â propos de le faire connoitre ) ce 
'raicé, (fis-je, (èlon TEditeur, précéda tous les autres» & ce qui me fait 
croire qu'il conjednre jafte , tr'cftque l'Auteur après y avoir dit qu'il auroit 
im vrai défit de confbler les Grands & les Petits, ajoute : Qsfil m crépit féu 
^ifilfk à propos de rendre pMic tom ce tp^d étvoit à dire fier cène matière y pîr- 
rr ijiu le Prince & le Sêt/et dévoient penjer différemment fir cesfirtes eté^Mtres i 
& tiH^il Jèiêhéiitek yne ^epeu de conjitls fik r^ervé cemme le trifir péirtiadier dm 
Prince , peur 9eux4à Jeds ^ui étaient k la tête des paires , & fHifiutroiem s'em 
firvir en tems & lien. Il patoit donc qu'il n'avoit encore tien publié fur cette 
conteftation. Car fî les autres Ecrits eullcnt déjà paru , quelle néceflîté de 
faire un myftere de celui-ci» qui ne conctnoit que les nuuunies répandues 
dans les autres ? 

Mais après avoir travaillé pour le Sénat » Fra-Paolo jugea qu'il n'éroit 
pas moins néceflàsre de radarer le peuple » & de pourvoir par ion inftruc- 
rion à la tranquillité publique. Ceft à quoi il s'occupa d'abord * pat la tra- a Vie del 
duâion d'un petit Traité de l'Excommunication» compofif autrefois par Ger- ^' P*olo, 
finj qu'il publia en Latin Se en Italien avec une Lettre anonyme i la tctc , P* '^^' 
où il exhortoit les Prêtres k faire leurs fon6Hons fans craindre de rien faire 
contre leur devoir. Cet Ecrit fut au(fi-t6t condamné par l'Inquifition » 6t - 
BeBarmin voulut appuyer la Cenfure par des raUôns qui ne firent qu'en dé* 
couvrir la feiblefi » avant même qu'on fe fut mis en état d'en découvrir 
l'abus. De peur cependant que ces railbns ne fiflènt quelque imprefllon fuc 
'quelques eiprits trop prévenus en faveur de l'autorité des Papes» Fra-Paotë 
né carda pas â y oppo(èr une réponfe fous le titre d'ulpologie pour Gerfin^ 
où (uivant pied i pied le Catdinal » il juftifia (ans réplique & la conduite 
des Vénitiens & la dodbine de Gerjm. 

L B s e(prits étoient trop animés poiu: (è rendre â Tévidence » & l'on vie 
bientôt plufieurs Théologiens venir au (êcours de BMamun 8c du Pape , 
quoiqu'ils enflent défapprouvé l'imprudence de (a démarche. Mais la Ré- 
publique nereftapas (ans défenfeurs» & FraPaole ^ oppo(â bientôt auxtlb.p.i|^« 
nouveaux Ecrits de Barenius » de Bovie » & des antres » un Ouvraee intitulé , 
Cenfidérohûns fur Us Cenfitres de Pad V , où il ne laillè rien à déurcr fiir cet- 
te matière. Car après avoir prouvé par l'Hiftoire & par l'exemple des Royau- . * 
mes étrangers » que la République n'avoit rien fait dans (es nouvelles Loix 
que ce -quelle avoit toujours été en poflc(fîon de faire» & Que ce qui (è 
jpradquoit dans tous les autres Etats » il montra la nullité du Décret de 
Pmd V ^ premièrement par le défaut de citation » & fecondement par le 
défaut de pouvoir dans le Pape » dont l'autorité s'étend aux feules cho(ès 
(pirimeHes. Il jnftifie enfiiite la conduite de la République dans la juri(clic« 
non qu'elle prétendoit fur les Clercs. U attaque enfin la prétendue infailli- 
bilité du Pape » & prouve que loin d'appréhender une Sentence ou une Ex- 
communication injufte > le Prince & l'Etat doivent s'y oppofer de toutes 
feors forces. 

Tme I. g 



L VIEDEU AUTEUR, 

C€T Ecrit y aufli rccommandable par (à niod(frarion que par la force dm 
raiibos ^ Tcruciicion donr il cft rempli » ^colc fcul capable de cerminer la 
iii(puce , â les prcvcoôoDS écoiem fulcepcibles de conviâion. On y répon- 
dit çcpcodaïKt maU oo ne le réfuta pas'i & le P. Fidgtnce compagnon de 
Fr4^Pêd$ acheva de confondre les défen^urs de rimcrdit par un Ecrit bi- 
tkulé , Difi^[i di$s C^nfiSrjuiomJiêr Us Ccnptres de Pétsd ^, dont tout le fond 
^pojàxùcBt à notre Hiftorien» ielon l'Auteur de fa Vie. Il eut aufli la prind^ 
pale pa^ix aa Traué de l'Interdit publié au nom des fept Théologiens de It 
{ÇépubU^ue » & dms lequel oo prouve en xjz Proposions , que ca Interdit 
4to^ canne toutes les Loix; que les £cclé£aftiques , loin d'être obligés d'y 
déférer» «e le pou voient faire fans péché i 6c que la République en dévoie 
libfolttiiiCTtt empêcher l'exécution. 

CEPENDANT , comme on vit bien à Rome que l'on perdoît pins qu*on ne 
g^W par la multiplication de tant d'Ecrits > on y crut que le moyen le 
plus câic«cc pour en arrêter les imprefliens étoit d'en rendre fuipeâs le^ 
Auteurs 4 £c de les faire cenfurer comme Hérétiques. Ainfi , après avoir fair 
GondfinQer par le Saint Office l'Applogie jpour Gerfin^ ks Confidérarion^ 
fur \t% Ceninres de ?éudV ,6c le Traité de rinterdit » comme cootenans d» 
PAop^Eîoos téméraires I calomnicuTcs » fcandalcalès 9 fëdkieu(ès, fchifinar 
dqiies » erronées » ic hérétiques , FréhPaolç fut cité par un autre Décret dg 
% o d*Oâobre une vi » fous peine d'£xcomnuinicarion> i comparoitre per- 
(oMM^lkmcfit pour fe juitifier des excès 6c des hécéfies dont il étoit accufé». 
On loge bien que les Rondins eux-m&mes ne comptoient pas qu'il dut (e 
i Op. dî P. ^^^^ ^ i^ citation. Il en rapporu ios raifons ^ dans un Manifefte daté d<r 
Pac^o^T.f . 2f de Novembre qu'il adreua au;c Inquifitenrs »2c malgré lequel on ne laiflà 
pas de prononcer la Senteaœ dont on l'avoit menacé. Mais il n'en tint non- 
plus de compte qu'on enavoit tenu de (es raifbnss^ â Fréh Pdolê an fû^ 
phu bsï à Rome » cela ne contribua qu'à le faire plus rc^âer Se plus 
çfttmer à Venifè Se dans les paù étrangers , où l'on approuva autant 1^ 
conduite Se les nuoimes des Théologiens Vénitiens » qu'on-y coodaoma celle 
desRomaifiSL 

RiiN en effet n'étoit pins faux & plus nréjudtctabk à l'Autotité Civile». 

que les pnnt;ipcs fur ieiquels leurs ThéoTociens avoknt taché de juftifier 

d Guer. di Tlntepclit de Péd V. Les Chefs â quoi iê céduifoit leur doârinc écoient : ^ 

YisAo V. I . Qpe la PuiflTance Temporelle des Princes eft (bumife & fubordonnée i 

f> ^^^* la Puil&uce Ecçléilîaitique. x* Qge le Pape a lie pouvoir de priver les Prin^ 

ces de lepoi Etats pour fautes commises dans te Gouvernement ^ Se même 

fans qu'ils ayeat commis aucune faute > ii cek eft utile au bien de l'Eglifè*. 

5 «Qu'il peut décharger leurs Sujets du ferment de fidélité» Se memelef. 

obliger ï prendre les armes contre leur Souverain. 4. Q^'il a toute autori« 

té dans le Ciel Se fur la Terre ^ qne toufi les Princes font fcs Su/ers & fê$. 

Vaf&ux ». qu'iteft le Monarque temporel de tout le Monde» que tons les. 

Princes peuvent appeller 4 lui > & qu'il peut leur donner des Xsîvi Se abro« 

g|cr ks leurs» y^ Que les Immunités £cc£éiiaftique$. ne viconcnc ppioc dc: 1% 



VIEDEL* AUTEUR. 1.1 

ccmceffion des Pdoces » maifrqa'eUesibnr de Dioic Divin, ou du moins de 
Proie JBccldiaftique. ^ Que les Clercs ne Tonc point fujets aux Princes > me» 
«le en cas de crime de Léfe-Majefté , 8c qu'ils ne fbnc fournis aux Lohc que 
d*ttne manière direâîve. 7. Qji'fis font Juges de la ^uftice des Loix , & qu'ils 
lie doivent aux Princes ni taxes ni impôts. &. Qge le Pape ne pent (è troixH 
per » qu*il a laffiftance du Siinc-Eferît > ôc qu on eft obligé crob(erver (es 
Seaceaces juftes ou infuftes; jk Que dans les doutes on doit s'en tenir â la dé- 
^lararion du Pape \ 8b que quand tout le monde jugeroit que Cou avis eft faux, 
cm doit le iuivre ^ 8c qu*oa pccheroit en ne le fiiivanc pas. i o. Que le Pape 
eft on Dieu en Terre » que la Senctaee 8c celle de Dieu font la même choie, 
ope c'eft'le m&me Tribunal , 8c que douter die fit puidànce eft autant que 
douter de celle de Dieu» ii. Qjicxieftreindre aux dio^èS' (pirituelles l'obéif- 
iânce due au Pape, c*eft^la réduire 4 rien. ii. Qg'ilétoit nécc&itc .de n-*é« 
ttbtir Tautoricd du Plape que pen à peu-, pour ne point effittouchec les Prin* 
cesconvertis » & pour tei attirer peui pen par cette' tolérance, C^^ Maximes 
6a(Iè», inCcnCécs , raonftrueu(ès , itibyerlîves de tout Gouvernement , de donc 
pluiieurs font autant de blafphâmes , dont les anciens-Papes eullènt eu autant 
4'harreur , que les modernes en ont paru jaloux. 

Lts Ecrivains Vénitiens en(êigtioient au contraires: x. Que Dieu a établi 
deux Gouvernemens dans le Monde , l'un Spirituel 8c l'autre Temporel , tous 
deux indépendans l'un de l'autre *»& que Dieu a remis le Spirirael aux Apo* 
cies 8c le Temporel aux Princes , fans qu'ils doivent s'immi(cer dans les af^ 
fiîres les uns des autres, x. Que le Pape n'a aucun pouvoir d'annuller les 
Loix des Princes (ur le Temporel , ni de les dépoter 8c décharger leurs Sa» 
ÎPtS;dtt ferment de fidélité-, 8c que cela eft contraire aux Ec^imres* 8c aux 
exemples de JefiiSoCbrift 8c des Saints. ).. Q^ cf eft une doârine f^dirieufè 
Se facrilége^ d'enfêigner qu'en cas de difpute entre les Princes 8c le Pape , 
celui-ci peut les attaquer entrahifbn ou â force ouv^ecte , 8c abfoudre ceux 
€ui fe révoltent contre enx. 4. Que les Immunités Eccléfia^aes viennent 
4c la libéralité des Princes & non de la Loi divine » que nonobflant toute 
œmdoo, le Ptinee a tout pouvoir (br lesperfonnes^ & (iu: les biens Ec-* 
défiaftiques^tlans une néceâité^ publique; 8c qu'en cas d'abos, il peut rcvo« 
qner ces Immunités. $. Quele Pape n'cfti point infaillible. ^*Q^ quand il 
prononce qoelque Cen(kre contre- les Prinœi^, fi- cette CcnTure paroit in*» 
)«fte» ils peuvent & doivent en empichec Vesécuticm. 7^ Que l'Excommu^ 
ucacton contre desSouverains,. ou coonae la multitude ,,cft pernicieufè 8c 
(âcrilége. t. Que lenomd'obéiflaBce aveugle inventé par JgHéici di Lcj^aU 
a, été; inconnu â l'ancienne Eglife , esspofe: a»: danger d'offenurr Dieu, n'ex- 
cufe point de oéché ceux qui font fiikl vies, 8c n'eift propre qu^ exciter des 
i2ditions« Ceft an makmen de ees maximes que fe bornèrent Fr4-PW9 8c 
lis antres Ecrivams de la République ; 8c Iota de les accufer d'avoir pa(^ 
les bornes d*une juftir défèide ,t il^me fêmUe qm les Kcmiainsaur oient dû. 
Içnr avoir quelque ob%srio& de laiflcr encore beaucoup phis d*aotorité 
aux Papes qu'ib. n*cB.8voienr ea damvlespccmiefs'tems^^ SàabtQt indtftinc- 



irt VIE DE L' A tJ TEU It. 

' temcnr toute autorité aux Princes dans 1-adminiftration de» afTaifes^ÈMM^ 
fiafliques , quofqu a la réfèrvç du droit de juger en matière de Doârine> 00^ 
de la di(penfàtion du Miniftere de la Parole & des Sacremem> on fâche qu'ils^ 
ont toujours été en poflfcffion de faire des Loix fur dififeretKes n»atieresde. 
Police EcdéHaftique , & que k pouvoir de rEglifè en ce genre a preiquo 
toujours été fubordonné â celui des Princes% 

Autant qu*étoient oppofëes les maximes des* Romains 8c de» Vénitiens y 
autant y euc-r( de diffirence dans [es mantercSé Car tandis que les premiers r 
dont les Ecrits etoient remplis de Propoiicions infènfées te de Principesperr' 
nicieux & fubver(ifs de toute Autorité légtrime,.accal>loiens leurs adverfai-! 
"^ res d'injures groffieres , & ne les traitoient que d'Hérétiques » da Schifmaf^ 
tiques > 8c d'Excommuniés ; les Vénitiens renfermés dans les bornes d'uno 
légitime défl;n(è ne ikent fentir deforce que dans le poids de leuts rai/bns-» 
8c con(crverent d^aiUeurs toat le refpeâ poâîble pour le Saint Siège & mè^ 
me pour la perfonne du Pape , fims jamais s'écarter des régies les plus étroi*- 
tes de la blenfôance. Cette difSirence dans les manières auili-bien que dan» 
les principes K>urna tout-à-fait i l'avantage de la République, dont la con- 
duite fut approuvée dans la- plupart des Cours etvangeres^ aulieuqu-on y» 
condamna nautcment tes prétentions exorbitantes & les mauvais artifices, 
des Romains, qui ne r<fpondoieot au3& raifbns que par des calonmies ou de» 
Çenfures. 

Le Pap&, qui (ènroft tout le préjudice que lui hiCàit une telle conduite r 
vit bien que n'y ayant rien â gagner par ce qui Ce publioit en faveur de fap 
Caufè , Se qu'au contraire le Public fc dcclaroit de plus en plus contre lui y 
il falloit chercher à terminer ta contefbtion d'une autre manière. Il prit 
donc le parti d'obtenir s'il- pou voit pnr négociarion*, ce qu'il n'avoir pu» 
obccnit ni par menaces ni par perfîianon. Mais la difficulté écoit qu'il no 
rouloit pas fair« les premières avances^ de peur de paroitre- condamner fàp 
propre conduite , & défavouetles prétentions, abufives qui avoient fomenté 
le Schifme de pluficuts Royaumes >& qui pou voient le faire naitre dans touo. 
# YihdelP. le refte de TEurope, comme l'avoit infmué un jour i Fra-Paoto^* le Cardi- 
S. p^ 52. nal £^//4rjR;i;i lui-mcme. te Sénat de (on coté, qui connoifTbit toute la juf^ 
rice de fa caufè & la régularité de (c& démarches, ne vouloir pas fè faire* 
donner te tort par une fàuflè politefle ;,& quoiqu'il: fouhaitât- la paix- aufli; 
pafHonnément peut-être que le Pape, il ne vouloit pas fàcrificr fbn honneur: 
ec encore moins fcs droits â ce defir. Ce fut une àss principales difficulté» 
qui retardèrent la réconciUadon ^ âc ks-Princes qui fe rendirent les Médian 
teurs furent obligés pour rapprocher les Parties de prendre fur eux le$:; 
avances, 8c d'ouvrir ainH U voie à un accommodement. 

Cb fut Henri W qui en eut tout l'honneur , & à qui le Pape en eut la prin<^ 

rîpale obligation, quoique la plupart des Princes de l'Europe euflent cher-»^ 

ché à s'en Faire un mérita fbit. auprès de tady£<m auprès de la République.. 

£]|^,^^^.^^ L'affaire cependant ne fe termina: qu'après une afiez longue négociation ^ 

mais beaucoup plus i la gloire de8;Ycmtieos.qu'à celle du Pdge> qui ne.ra%- 



fOÊU^it toptefoettcdirpure que la r^puparion d'homme haut ^.entreprenanr ^ ' . 
^ s^i^. ipcapabl^ de tcun^ieclu^norablemenr imc ÊiuIIè ' * 

^coit propre a la. faiise*^ 

; Sans encser dans le dScail de coures lés dilEculcds qui Ce renconcrercnc 
dans le cours de çè^ce oégoçiaiiqaa parce quelles (on ten quelque force écran: 
gères à la- viç dc^Fr^r f 4«/<?,. je me concernerai de marquer ici les conciiciOns 
ai^xquelles fi^c. conclu racçommodemenr. On coavinr donc :. 8 i. QuelQ j; Guer. H 
Cardinal ile/f^^ij/;^ employé par Hen^ifi^ pour rcrminei; cette atfaire, ^^^^ V* 
4éc4areroir à^fon -encrée dans. le$énar , que les Cenfiires. écoient levées ^ on P* 44^*- 
qu il les levoit; & qu'en.m&me cems le Doge lui remecrroit en main la. ré» 
vocation de la Proteftation. .2» On régla la manière dont les. prilonniers (è>- 
s^ienc rem^ rentre les mains de 1* Ambaflàdeur de Franç6<.j. On accorda 
qU*à L'esfception des Jéfuites & de'quatarze.aucrespecrdnnesqut^epcnom-i 
inéès ^ lef ï^igîe^x qui/avoien& été- bannis. de 1^ République fetoient réca-^ 
blis. 4.:Û/ut convenu ; qp'pnine feroic aucune mebtioq de la teçtre^éciîte 
aux ReÂcurs , & qu'on révoqueroit fimplemeht la Proteftationpar un Écrit 
qui (êroic imprimé après que les Cenûices fèroienc levées. 5 • Les VenitienS' 
promirent ,.qu'auffi-tot après ils envoyeroienc iin Ambailadetir àRome, qui 
régleroit amiablen^ent avec le Pape to^s les^au très Articles. On convint en* * 
çorç, qu'il nç feroic poinr dréflé d'Ecric d^ r^çcotninodement ,.mais que dç 7 ' ' 
part & d'autre on ù contei^teroitj:éciproqueinent 4cs paroles qui aurôierfç .T'.v 
^té données^ On.dretfà en i^eme^tsmsi'A^ 4e «Toc^ de la Pix»r^fta4 . 
fion, fur laquelle il n'y eue d'autre diÈcultéquc fur cas paroles ,, ^^y^^ ^Vf-i-^^^ 
fMf Us Cenfitres éioiem livées^en reûurm laJPr^teflation > à la place deiquelles . . ' 
k Cardinal de /«yrij/r infifta qu'on mit félon la voloncé du Pape , ^qtton révû- 
quoit la Proteflation ; ce qui fut accordé , comnie de nulle confcqucncc. 
. Q<9Fi<^£ peu content* q0c fût.le Pape decetaccommodcment qiii. étoii Mb^pH53^ 
tout à rhonneur de la République 9 jl fallut bien y confentir.^dans TimpuiA. 
lânçe où il Çt si% d*obteni( des. cpndkîons plus avantageiifès,.^& dans la^ . 
crainte d être abandonné des Médiateurs», (ans lefquels il ne pouvoit pas te- 
nir contre les forces- des Vénitiens. Il (bufcrivit donc à. tout » & non con^ 
tent de recevoir gracicufement l!Ambairadeur.Cof;/iir/«i, à q^ ilne parla 
que do l'oubli du paflS, ^ îLeçyoya un Nonce à Venifcpour marquer. fafîn- *Tb.p\^ji^, 
cérité à la République. Ainii finie cette défagréable afEairc^ q^i fans lesibins 
qu'on prit pour la rermit^erar.eût pu avoir: des fuites. facheufes pour Rome >. 
& après qu'on eut licencié de part. Se d'-autrelcs. Troupes qui avoicm cté h^ 
vées , tout parut Kétabli fur le premien pied \ & 1 .on ne pcn(a plus de la parc 
du Sénat q(i^ calmer les agitations paUees ,. en rappellant ceux qui avoient 
iié bannis^ & en dédommageant le Wpe des mortifications que lui av oie 
caufee cette affaire,, par, des. marques de. compbifance & de.tcfpeâ: donc 
}L avoir toujours été jalouxi 

; MAisRome n^oublïa;pas.fiaifiiment;iceuf que.le^Sénat avotc emplovéa* 
||€ur la défend de fon ancoTÎté & de iês^roits *, & la réconciliation ne izi^ ■ ^ 
W^ qi^U cpyvxic.tta cc^ènKimjenc qui éclata xkguia dans pkis d'uno occallôm^r \. -. 



ix^ VI E Dg t'-A tJT UXSK. 

IFra-Paol. i Trentâ-&r£cclK(îâ(fiques f6ù9 divetfr pvétexvâr Aitem rab^ri^jM^An eli Aft 
Dec. il^o^^ ^tns tcnis,,<Faucrc9 bannis, quelques-uns mémé'envoyéstfirt'Gîlbres » Ac'la 
& dû fo ' nioindrc punition fut l'exclufion des Dignités auxquelles euflènr pu préteB* 
Mars 140 p* dre ceux qui n'avoicnt d'autre raifbnjyour les empêcber d'y parvenir, que 
le pani qu'ils avoientpris pour leur Patrie centre le Pape. PvwPmU^fCOiatf' 
me le plus habile de. tous ceux qui aroient écrit en* faveur d^Wniriens^, 
fut aum celui qui fut leptus-en burrc i la'fatine'& â ia^ jahulie'dfcs^RoniaîoRi. 
Choifi par la République pour (on* "lliéofogiefr , Bs, l^amc de nmi» les con^ 
(cils qui s'étoient pris contre Rorae^ ii avoii^ ttm bie<i (ÔBeemi angoûr du 
Pape la Cau(è dont on lui avoir coniSé^ta défm(e,poiir qu'on-lui^pardon- 
nat aifèment ce qu'on regardoir comme- une (brte de rébellion contre l'E- 
glife. Auffi ne ftir-il pas- long-tems ùxA éprouver les tfkt% dû reflèntiment 
que l'on avoit conlèrvé comre lur ; 6c la paix ne (ervi t qu'^ l'expofer plus 
infailliblement aux jpiéges qi^rni lui tendotr, par la' (ëcurité ou il ccojpair 
être, 6c le peu de défiance que-fr droitofe^lui'kîflbit prendre des tmen« 
rions de (es ennemis. 

Mais quoiqu'il eût été compris nonmiément dans l'accommcKilement de 
la.Riépublique , on ne pouvoir lui pardonner les coups- qu*il avoir portés â 
fyiVicdelP.rautoritéduPape^, & des Fanatiques s'étoientperTnaiés, » qu'il n> avoir 
Paolo , f. que du mérite à fê défaire d'un homme accu(<i 8c condamné d'Héréue 6c de 
i€o ^ i6u révolte contre fEglKè. La choie eff d*âutanttnotns (ûrprenanre , que vers ce 
n Lete. de même tems un Jéfnire à Rome-avoir publié un Ecrit " pour prouver , mn^il 
Fra-paoto eft permis & memi mkrnohre- de fi dtfmn-^ de énultpee mmiere ejm ce fmjfteire , 
au II Dec. imeperjonne excommuméf par le Pkp^i 6c il étoit a(fts probable que cet 
'^^^* Auteur n'eut pas avancé une pareille doârine , s'il eût crainr d'en erre dé- 
favoué. 

Une maxime auffi meurtrière ne ponvoit qu'armer le Fanâtifme desfinix* 
zélés, 6c l'on trouve d'ailleurs aflez d'indices pour fe periùader que le Fa* 
nitifme n'eut pas (èul part aux attentats qu'-on fit fur là vie de Frd-Péiêle. 
n fut averti de différens endroits de (e tenir fur (es jardes ; 6C Seieppins dans 

• Vit.delP. "** entretien qu'il eut avecbi â Venifc *» , ne lui dimmula pa» qu'on en von- 
Paolo, p. * loit ou à (à liberté , ou i fa vie. L'événement montra mez qu'il ne parloir 
t 4* pis (ans connoidànce. Cependant FrÂpadff^ qtti>(e repofirit avec confiance 

nir l'accommodement auui-bien que (br la droiture dt fesdémarches, vi- 
voit dans une fcf cuiiié qui donnoit â (es ennemis la fiieilité d'entreprendre 
contre lui ce qu'ils vouloienr; & ils ne manquèrent pas d'en profiter. Reve- 

• Ib.p.i?» ^^°^ ^ ^^^ Monaflerc T le(bîr dti 5 rfOétobre Mocvn , (ix- mois après l'ac* 
êL 17Ù commodément , il (ut attaqué par cinq a(ra(Ens armés de ftMets^ dont il re- 
çut jufqu'â quinze coups, fl n'y en eut que trois qui* le bleflèrent, mais 
d'une manière fi dangereufè qu'il (ùt laifië pour morr (îir la place. Cepen- 
dant par un coup de la Providence aucune des plaies ne (è trouva mortelle, 
6c il échappa comme par miracle i: un tel danger. L'on n'a^amats fu bien 

f lb.p. 171 certainement qui avoit procuré l*a(}affinat. Mais % la retraite des aflàifins 
êL i'j€. thez le Nonce , Iqir réception à Ferraix 6t dàns-d'âorres endroics de 



VIE PE VAUTEUR. îv 

nut Ecctéfiafiiquc , l'argeiic couché par eux en différais tems i Ancone & 
ailkurS) formccenr de fi vîolens (bupçoos contre la Conr ck Rome, qoe 
Fré^PéiUê lui-m$me m:, pQC ,s'empêctier ca mUlMr de dire » que cela iènroic 
bien lêfi^€ gamMB* 

Cl ne fîic pas même la iêale fois ^ u'oo atrenu à & sic. On dccoarrit ' ^ Vit Jet 
fvelque tems après u» autre îoc:rigi»e encore, plus ccisisneUc, cn^ ce qu'elle ^* ^^^^^ » 
4coic conàiùuwLt des Coninsnas mêmes de dç Pore» qu^on avo« corromms ^'e^^*^ jj, ^|, 
•po«r le faire aflaifincr la nuic daosÀchambct >doQc oo avoir entrepris d'à- mov. Uos^ 
voir de faiUles clés. La cbofi: découverte |M(r «ccsdcnr^ fut coofiarée par & du 30 
ks lettres que Ton CùBt. Mm 00 kwftsL Taffake > de peur de donner du ^^^^^ ^^^•^ 
icandale ) âc tout Teffirtqne cela prpdnifit > iîit dVngager le Sénarà prendre 
de plus grandes préçaatioos pour la cooicrvation d'un homme qni n'étoit 



devenq odiemc que pat (on ^sék fiom: le fervioe de ià Patrie » 4îc d'd^Uger 
Fréhi^^Uo kiKmeiW ^ a'iotevdke doiéMvwi tmc conraerce avec ceux qnî 
lui étoient jncomms s moins copendant^arorattlîDé, que de peur jde donner t 
de nouvelles occsânis iueùz qui Je imfibioDt d attenter iur«Be vie» à la* 
quelle la Kép^Uique pKooit £eaoconp phis d^iiKérêt , qu'il ne (êmbloit tn 
prendre lui-même, lùk cela nVmpecba f9$ qu*on ne ât encosc de nou- 
velles tentatives» (oit pour i*fenlever > fok pourie taer v' & ie Cardioà}:^^^ ^ y ^^ j^|.p^ 
J4rmm bû-meme k At avérer 4e^£è ceoir.âir ibgasdes^ fins qne les difirarès paolô 



qu'ils avoieot leucs enlêmhk au Àjet dcfl'Uxiesdst enflent sien dinûmié de *» n i 
Peftiffle ^'ilâifpk dei=k4riUi/!ps& tm^âoK^ÛKr dcsanojirens ad&cri- ^^^ ^^ « 
mipels que ceux que l'on prenoît pouiib ^fime d'un £ grand hoimne. ^^^ ^^^ ^ 

OTCMnAHT> quelques indioss que l'on eue que tesKomatas avoient beal^ ' 
coup de part â cous ces complots^ ils cacbetcut d'écarter ces ibupçons en fe 
vengeant Tur Ica auifiucs mêmes de l'a&iZiQat • du mauvais fiiocès de kurs 
enveptifts. Us firent donc anieeer < Psmm Chef dies affiiffins de Venife dans » Vit. del F, 
k Palais C^Umm, oà ion fikfut bkfle moitellemenr.eo k dé£endmt^6c P^olo, p» 
où il fur pris. ftiKPWféprHbaniet â CivitarVecchiav nàil monmt.^ ^ '^Le A 
bannit k P^A£dffif^J$iy(fn fur enfiute ealèrmé dans la Xour de Nona. Pa- ^^ n^V.% 
ré^^ un autre desmeutinerss fiitanffi emptifianné» Sitamê fiit tué patries an u Dec*, 
cnnemia» Se un cbquiemcfîit décapitéi PéKxik. Ainfi périrent prefque tous i*^oS,.& dm 
•ceux qui avoicntcu parrirooe fi diàeâabkancreprik *» A: quoique ceiutrotts '^ ^^'^ 
d'antres prétextes^ lWfie|NS^t a'empèdicr dr recoonoitre la main de la ]uf^ ^^^^ 
tice divine (ur des malheureux qui fiirent punis par cemd-mêmes dont ils 
.avoienr éfiéle&inArmncnsvâ^quinep^tMroienr fiautenir-les reproche» qtie: 
:kttr fuioieotcQS ftékcars de m'cvoirpasiéoé pajrés auffi Hhérolementqp'on le: 
:kur avoir fait efyéxer. Mats quelque ioio que l'on prir â Rome pour détour-^ 
ner lcsfi>ttpçDOs.qtte cesicomphôs avoient fait naître» k Public eut peine k 
k déaomper; ^ c3onunc>.klDn la maxime du Dust , oekuk-Iâ eft cen& an- 
Kurdnonmeqniai recirc E a vanoy ^ oc ne put fe pcrfiiadcr quequicë Atr 
i^ut.vouhiattemer diâ mcd^ad homme qd fl*af«ir dîaticre» ennemis -^^^ 
:ttttx de kRémbtiqne^^ccn'é^OMnt çcuv^mâmsa^ s»^ei|: é^Ofentûit'Vai 
4SQDina«firQb%»ntdepccndû;^Q^ /» 



* • I ' 



Il tû i croire cepeQidati(,-:qaô'^^ue ces tcrcneats fe ISlIeDr prâlTfii 

Caufc du Pape, on ne riftfttuHeicfas;de!î mefurâ^énminellcs 8c desnioyétts 

3» Vit. del bas qiie l'on eraployoit i ce deflèin. Il eft certain; an moins , « -qae Péutlf^ 

P. Paola, étoic fort adouci â l'égard de Fra-Paohy 6c que revenu de (es anciennes pré- 

^ **7" ventionsy iltie pouvoir loi refufer le témoignage <i'homme jqfte, prudent, 

& fincere^ comme de Ton c6r<i ce Peie' reconnoiflcnt y ^e lé Pape avoir d^ 

E>{c lamauvaife volooréqu'H avoir eue contre liii-, 6c îMui ^haitoit ntie 
ngue, vie , de peur de trouver d^aût«es *dii(pofitions dans fen- Succefleur'; 
.comme il arriva en e&r, pui(âue pb&urs années après , Grégoire XV di- 
foir » qu'il ne pouvoir y avoir de patx<entre le S^nt Siège & la République t 
tant qu'elle (ê iêrviroit du nnniftece de Ftâ-PooIo. Mais s'il avoir des enne- 
mis à Rome^ il j avoît auffi àt% tléfen(êurs. Des Savans 8c plufieon Cardi- 
naux même ne nouvoieRe-s'emp2chertfe faire parokre pourki <le Teftimc, 
& BelUrmm malnré its dictes avtc notre Auteur (èpkdgtlôir ouvertement 
jfib.p.ftis; t qu'on eâat fÎMt upeudecas^un fi gtandlidknttie, & 4]fi'on ne l*bût pas re- 
tenu à Rome, où n eût pu être très-utile en Km procoraRt quelque avance- 
ment ou cpidque dignité qui l'eut attaché aux intérêts 4e cette Cour , 6c qui 
l'eût engagé par ce motif a eo maintenir les prérc^rives 6c lesfrétentiom. 
Mais quoiqu'il foit aflèz douteux fi ion amour pour* la retraite & pour 
Tiitude lui eût pcnnis Jacoepicr des poftes y «où il eut eu tanr de peine a fi^ 
. .dsfiùre fur cela fis inclinations; iltft bim-certain du moins 4^e ^ialhr^Fti- 
' ; denceièmbia' ménager l'indifFérence ^'bn lui nioBera à RoilMi ;pôur le 
rendre plus utile au PnbKc par les fervkes <fat'û œndit i fa Patrie » 6c par les 
<xcellens Ouvrages auxquels (k fi>litudc lui donna dccafion de s'appliquer ; 
fiir-tout depuis que confiné » pout ainfi dire, au dedans de fon Montiftere 
pour éviter des arreotats pareils i ceux que l'on avoir faits fiir fa vie » fit pru- 
dence 6c les confiSlfl de tes amis l'obligtoîent de vivre avec plus de réierve» 
& xlc ne pas Vexpofer témérairement an Fanatifme ou a la trahifon de ceux 
4{ui fc^rdcmnenr toutes fortes de crimes fous prérexre de Relieiôn. 
&Ib.f.i33« Gb rut dans cette (brte de ptifi>n volontaire qu'il compofa d'abord * fit 
Relation du Diffiitend de PaidF avec la République de Venife , qui fur acfae- 
vée dès la fin de wocvii, comme il paroirpar une de (es Lettres à Mr. GroJUt 
<dii onxe de Décembre de la même années mais qui ne fut publiée que quel- 
' ' ' qnes années apnès , pour ne pas rouvrir une plaie qui étoit encore rrop ré- 
nento 9 âc pour latèèr aux è(prirs le cems de te calmer. Le détail que l'on y 
arpuve de cetceiqnerclle» monrre bien que cette Relation* n'a pu être écrite 
:^ue par ime perfi)nne âqni n'avoir échappé aucune des circonftances ; 
.x]Uoique la modération qui y paroit nous laifiètoit à peine croire qu'elle 
. ait été dreflSe par nn de ceux qui y avoienr éré engagés , fi le même efprit 
. dr'icnpartiaUré qu'on xemarque dians tous les autres Ouvrages de Fré^Paoh 
:0e (èrvoit de pi^euve que celui-ci ne peut venir d'aucune autre main que de 
Ja,fkfnne. En.etfèt ».qttotq«'tl fut l'ame de la République en cette affaire, 6c 
x^ùc jciefi ne Ce publiât .fans kiotu que pâc hii\ à peine eûr-on fil qu'il y a eu 
u moindre pm « fi rtiittoricn tic (a Vie n'c9(k eu foin de nous apprendre oe 

qu'il 



î 



VIE DE L" A U T E U R. ira 

u^il a afFeâé de taire» & ne nous eue doimc par-là une preuve auffî force 

e fa mo Jeftie que de Ton habileté. 
La an de cette conteftation ne fut pas pour lui la fin de (es travaux , & il 
ne Te fervit de Ton repos que pour s'appliquer à quelque chofe de plus gé- 
néralement utile pour le Public. Il y a voit long-tcms * qu'il avoit commcn- * Vit.dcl P, 
ce à recueillir tout ce qu'il avoit pu apprendre de l'Hiftoire du Concile de ^*^^® »P' 
Trente. Dès le tems qu'il avoit étc à Mantoue, la connoi({ànce qu'il avoir ^^^* 
liée avec Oliva Secrétaire du Cardinal de il/^^ir^i^ premier Préfident du Con^ 
cile fous Pie IV ^ lui avoit procuré la facilité de s inftruire de beaucoup de 

Sarticularités de cette AfTemblée. Mais loriqu'il eut tourné fon application 
u coté des matières Ecdéfiaftiques , la libre entrée q^u'il eut dans les Archi^ 
ves de la République, ^ Se les Mémoires que fès liailons avec les Errangcrs hLetAn i% 
lui procurèrent, le mirent bientôt en état de nous donner une Hiftoire fid-» J«ill«i^o*< 
vie de ce Concile , que l'on ne connoidbit prefque encore que par les Dé-; 
crets qui en avoient été publiés > & qui n étoient que la partie la moins 
curieme ôc la moins intéreflànte de cette grande affaire , qui avoit occupé 
toutes les Cours de l'Europe pendant une longue fuite d'années , parce que 
l'on avoit eu grand foin de tenir (ècrettes toutes les intrigues & les reflbrts 
qui avoient donné le mouvement aux délibérations. Que c'ait été unique- 
ment par le défir de s'en inftruire, ou d'en informer le Public, que FrdPaû-' 
h fe (bit appliqué i rechercher tout ce qui concernoit l'Hiftoire de cette Af^ 
(emblée ^ on que , comme plufieurs Ten ont (bupçonné , il ait formé ce dcf* 
ièin dans la vue de mortifier la Cour de Rome, ôc de l'obliger par cette di- 
verfion à (è mettre fur la défenfive au lieu d attaquer les autres Puifiances \ 
d'eft fur quoi je n*ai garde de prononcer : quoiqu'il me paroifiè plus naturel 
de croire, que comme (es recherches étoient antérieures à la querelle de. 
Paul V avec les Vénitiens, il ne s'y eft propo(ë autre cho(ê que de mettre 
le Public au fait de tour ce qui pouvoit intérefier (à curiofité fur ce point. 
Ce qu'il me fuffit d'ob(èrver ici , c'eft que les Romains lui (ùrent encore 
plus mauvais gré de cette Hiftoire , que de la Défen(e des Droits de la Ré« 
publique de Veni(e, & que cet Ouvrage ne (êrvit qu'à fortifier les foup* 
çons que l'on avoit déjà pris de fon penchant pour la Réformation, & ae 
les préventions contre TOrthodoxie Romaine. 

Le Traité des Matières Béncficiales « fut encore un des fruits de la retraite t Ojp. Je! 
de ProrPû^U , & dut apparemment fon origine aux recherches que lui don- P-P* T. j. 
na occafion de faire la conteftation de la République avec PaiiL V. U eft 
VtM que WuSimm <* prétend que ce Traité e(t du P. Pdgemt & non point i^Lctt.Cric. 
du P. Péud^ ôc il fe fonde fur ce que le Manufcrit que Mr. Thivenoî avoit N. E.^. )^ 
apporté d'Italie portoit le nom du premier. Mak deux raifons m'empcdient ?' ''^^ 
de foufcrire à fon opinion. La première, que l'Editeur de ce Traité l'attri- 
bue po(itivement à Fra-P^io. La fccondc, que dans (on Hiftoire du Con- . . 
cile de Trente notre Auteur y a in(eré divers morceaux , qui fe trouvent . . « 
inoi pour mot dans le Traire des Bénéfices. Il faut donc <|u'au moins le 
ibnd de ce Traité (bit de FraP^iolê i & £ le P. Fulgcnçt y a eu quelque parc,' 



Lvm VIEDE L'AUTEUR. 

ce ne peut ccpe que celle d'avoir danné quelque ordfe aux mar^naïuc €ps$, 
avoienr été recueillis fur ce point par (on Maure» 

Le deileio de ce Traité eft de fair^: voir pau queb moyens TEglitè eft de« 
vcf^ue aiainrefie de il grands revenus > & les abus qui le font introduits dans 
la dirpodrion qu'on en faix. On y voit par quels degrés & quels moyens U 
corruption s.*cft glillce Se augmentée dans l'EglIiiè y Se comment ces biens> 
qui ne kûavoient été donnes que pour la (ubiiftaace du Clergé & leibo- 
lagement des Pauvres , occailonnerent le d<«cégieffient des EccléiiaftiqueSi 
ôc no fèrvirenc onfiiite que d'aliment à leur cupidité. On y trouve un détail 
des excès quife commettent dans la Collation des Bcnéâces, & de la Simo* 
nia icandaleuib dont les Collareurs Se les. ^néficiers fe rendent coupables. 
On y remarque fiiv^tout l'adrellè avec laquelle la Coxk de Rome seitatti-^ 
fée la Collation do tant de BcoéBceS) & les proiks immenfes qu'elle retira 
db cette ufurpaicîoa. En un mot l'Auteur y a ttaité fa matière avec tant d*or^ 
dtte, d'éruditioQ, & de zélé, que ce ieul Ouvrage donneroit une haute 
id0e de b capacitd & de laprobiré à^Era-Paot^^. quand, il nauroît pa^> 
lai^ d'aMjtres monumens de la religion Se de Tes lumières. 

L'kXAiMs de- tout ce qui concerne k nutier^ de la Juri^îdkion Ecclé Ga& 
tiqiie fur difTcreos points», conduiiir encore ccPece à une autre recherche», 
c*o(t-^diro, 3k Taucorité de rinq^ailinoit > Se ayant eu ordre du Sénat de 
di(curec i fond cet article > il compofale Traité ctmeux qui s'en trouve par<-» 
evit. dclp. ™^ fes.Oeu¥rcs. « Aprè& y avoir rapparcé d'abord les LqIx ditfcrenres quo 
P.p. 139* k- République avoit fuites. de tems à autre, pour régler les procédures da 
Op. del P. QQ Tribunal , il donne une Hiftoire abrégée de fon inftitut ion > & de la ma- 
■ ^' niere donc il avoir éré introduit à Vcnile aux inûances de Nicolas JP^'ctu 
MccLxxxix« Comparant enfuite la manière dont il avoiic été reçu par laRé> 
publique avec celle dont il avoir été ad'.nis dans diautces Etats » il en coo- 
oliid que rinquifition de Venife cft indépendante de celle de Rome> &; 
dépend uniquement du Prince, l. Parce: q^ les Rjéglcmens fàjts pau Innç^ 
cent IV & les- (ucceffeurs n'onr jamais euheu. à. Vcnifc. t. Parce que ceLTxir» 
bunal n*y a point éoé intcoduir en vertu des Balles des Papes,. mais en verri^ 
d*iin- Décret du Sénat. 3. Parce que Nicolas If^ n'a fait que donner foo^ 
confêntement à ce qui avoit été réglé par la République. 4. En6n , parca 
que c'efb elle Se non le Clergé: qui fournit à Tentretieo & reçoit k s profits 
qui en reviennent. Telle eft* la condufion de. ce Traité , donc l'on voit bteoi 
par confëquent que le but eflrde faire voir > quel'autotrité de rinquiHcion àr 
Tenifc eft entièrement ibbor donnée à. celle du Prince, & que leslîpix dj&lar 
République a cet égardjie (ont rien moins qu'une encceprife itir l' Autoriia 
BccléHadtque. 

CfST à-pett-prè^ dans la.même vtut, quefutencorccompoiEë fon Traité.. 

/Ib'p*i3Sir df^Drûivdfs Afyley, ^ lirécrivitauxIoUicitarion^dun Prékc,. donc il ne 

Op. lû nous dit point le nom , poirr fixer lamaniece done-on dftyoi« procéder dansi 

ces fortes d'aSbtres^, & pour remédiei: aux abus, que le zi^le:fuperJftitîeuxrpouet 

!»• défont^' do Im»i4PMésiAad(^affi<gtt&,awiifJnirw 



/n 






VIE D E L* A U TB UR. ut 

faciles les crimes les plus énormes dameitroiwt impunis. L'Aoteut y rap- 
porte d'abord les Loix des PritKrcs Se les Canotis Eccléfiâftiqucs qui con*- 
cerneoc les droits des ^Jyles , & montre enfuite quelles régies on doit faiv^e 
dans cette matière pour contilier ce qae Ton doit à k Judice 8c au Bieh 
public 9 auflî-bicn qu'à la Reli^on. Ceft dans cette vue qtfil examine ^ 
•I. qacls font lei lieux quidmvent fervir ni^jfjyksi i. quelles font les pcr- 
ibnnes & les crimes qui doivent jouir ou h9h de la proleftion des j^fykst 
j. de quelle manière on doit retirer des jljyles ceux dont les crimes ne kiir 
donnent aucun droit d'en mériter la proteébion. Ceft dans Pexamen de et 
dernier point fur- tout ^ qu'il remet tout au jugement du Magiftrat Laïc, 
auquel il donne le pouvoir fiôn-ftulement de juger des cas qui méritent on 
non la protedHon des Afylts^ mais auffi d'en recirer les criminels pat A 
ptoprc autorité, fans avoir befoin pour cela de celle des Evêques. 

C& (ont-là les fculs Traités de Fra-Paolo fut les matières Eccléfiaftiqûes > 
ât on y difcerne pab-tout beaucoup de fens, d'érudition ic de fegeflè. QueK 
ques mauvais hioyens qu'euflcnt pris fcs ennemis pour le calomnier ou \t 
pcttlre, une fagc modération s'y découvre pâp-tout, & on y voit toujours 
tm homme parfaitement maitre de lui-même , & qui fans rîeh donner ati 
reflènrimenc (ait facrificr fcs paffions aux vues du Bien public, & ne cher» 
cht à (ë venger de$ injures qu'en travaillant à rétablir tes cho(ès dans l'or* 
drc naturel , dont l'abus de laurotité les avoit rirées. Supérieur â (es ad- 
ver(àires par la juftice de la Caufc qu'il avoit à défendre , auflî-bien que 
par its taiens , à peine faurions-nous l'acharnement ic la violence avec la* 
quelle on Ta atta(fié , (\ les Ecrits de ks ennemis ne nous inftruifoient et 
leuts excès & de fa patience» L'injuftice avec laquelle il avoit été traité nt 
k fit jamais foulever contre la Puiflance légfrime , 8^ fans s'attaquer a Tau-- 
roriré Acs Supérieurs , il fe contenta d'en remarquer les abus , & dlndiquet 
ks moyens de rétablir l'ordre primirif , cohimc le plus naturel it le pltl* 
parfait. Ce fut k (es avis que fut dû le re(peét avec lequel le Sénat fe défeti^ 
dit contre les entreprifes de PmU F^i & toujours renfermé dans les bornes 
d'une défenfe légitime , il trouva moyen de maintenir les droirs de fa Patrie , 
uns entreprendre (ur ceux de l'Eglife. Ceft pat ce fagc tempérament qtfîl 
prévint IcSchifme que les Romains étoient prêts d'exciter -, & fi Ffa^-Pnàh 
n'eût eu plus de modérarion qu'ils n'^voicnt montré de prudence, Paul K 
"eut bientôt fait nàkrc en Italie une révolution aufti funefte à fes intérêts, 
4jue celle qu'avoit produite en Allemagne la diftribution fcandaleufe des In- 
dulgences (bus LéM X» 

OoTRR les Ecrits préèédens , qui ne concernent que les marier es Ecclé- 
/iaftiques , on a encore publié deux autres petits Traités de Fra^P4âlo Ctx 
d'autres points, tous deux poftétieuts â la querelle de Paulf^tvtt les Vis- 
fiitiens -, l'un fur la manière de gouverner la République pour afTurer la dit- 
*ée de (on Gouvernement •> l'autre, qui eft une conritïuatiôn de l'Hiftoitfc 
des VJcoijHes commencée par Miftnci9 Afimtci A rchcvêque de Zéira j & pour- 
fitivicpat a0tre Am«ur depuis l'an m a cm i ju(qu*câ iioc^vi. Gc dermer 

hi; 



• tx V I E D E L* A U T E U R. 

^Op. ^d Ecrit $ n'cft proprcmcnc qu'une Relation des difFérends de la Mai(biT d*'Aa*- 

P.P. T. j- friche avec les Vénitiens > qui vexés par les incucfions des VfiocfHes foutenus: 

des Officiers Iniperiaux, ufcrcm de r-rpréfailles fur les Siijets de l'Empereuc 

iitués Le long de la Mer Adriatique >& vengèrent les maui de leurs peuples^ 

par ceux qu'ils firent fouSrir aux Autrichiens. 

Pour ce qui regarde le Traiié fur la manière de gouverner b Républi<- 
t Ib. T. 4. q^ie , il conilile propremenr en deux parties. ^ La première contient les Loix 
que doit fuivre le Scnat pour le gouvernement de ùs Sujets. La (éconde 
concerne la minière de traiter avec les autres Princes , & indique quels font 
les intérêts rcfpedlifs de U République par rapport à: chacun d'eux. Quel- 
que court que Ibif ce Traité» on y découvre un génie né pour le Gouver* 
nsmcnr, & une grande profondeur de Politiques non de cette Politique cri» 
minclle & artihciv-ufe qui tend ou à adervir les Sujets > ou à s'aggrandir par 
ropprclîîon de fcs voilins, mais de cette Policique fage qui tend irendrCL 
les peuples heureux par de (âges Loix>, &âs'ai]urer contre les troubles da 
dehors par de judicieufcs Alliances ménagées à propos pour prévenir Itk 
trop grande pwdance de certains Prmces, dont la (upcriorité & le pou- 
voir (oar toujours pernicieux, ou du moins crès. capabUs de troubler le re- 
pos des autres^ 

C'est là tout ce que nous avons d'Ecrits de Fra PéMlè qui ayent été pu- 
bliés. Mais comme il fut employé depuis le tcms de l'Interdit jusqu'à la fia 
de fa v-e,. c'eft^d.-dire , pendant ûize ans entiers , à L^pondrc à toutes fortes 
de confultations publiques d$f particulières ,.& à donner 'on avis fur toutes 
les afFaites d'Ecar que le Scnat eut à décider de foti teilks^il n'y apasliea 
de douter qu'il n'ait lailfc beaucoup d.autres chofes ou manufcrites ou im- 
iarfaites> qui. faute d'avoir été achevées par l'interruption que kvi cauloient 
;s aiFaires publiques» n'ont pu être recueillies ou communiquées au Pu-* 
blic,qui par-là s'en eft trouvé privé.. L'Auteur de fa Vie nous parle entre 
i Vi^iclP. au^'^^s * d'un Ouvrage yîrr lapHijfwe ik s Princes , donr le plan qui étoit cn- 
B^p. i42it fre les mains da Noble George Contarini^iiott tn ccvi Chapitres ,, dont it 
n'y a» eu que les trois premiers d'achevés. On a publié aiifli quelques Re- 
marques de notre Auteur fur la Relation de l'exat de. la Religion.du C heva* 
lier Sandys >. mais qui ne s'x!tendcnt qu'à, quelques-uns des premiers Chapi- 
tres^ & il y a apparence qu'il a laifié beaucoup d'autres^ cnofcs de même 
nature , qui faute d'avoir été finies, ont ttt négligées ou font reAécs encre 
lesm.iins de fes amis.: En effet ^ conftammem appliqué à la mcdirarion ou 
à la lecture dans la retraite où il étoit coi:ifiné depuis /onaiTàHinat , il eft im-> 
l^ofliblç qu'il n'ait laille une infinité d'ob&rvatiôns par écrit. Mais diArait 
ar les affaires publiques fur leiquelles il ne fe prenoit aucune réfokition 
s fonavis,. auifi-bien. que par 1^ commerce de lettres qu'il, entrctenoic 
avec lesErrangçrs & fur- tout avec les François > dont ibavoit adopte les 
principes for l'autorité des Papes Se fur 1 indépendance des Princes de toute 
Suillànce Eccléfiaitique » il eft allez, naturel de croire qu'iK ne finit aucua 
40liX^ Quviagp coaudérablc j que cciu qjie UoéceiCrd l^avok obligé ^ 



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■y • 
\ 



VIE D E L' A TT T E U K. tXF 

compo(èr pendant ou dcpais les di(putes *, & nous ne voyons point en effet 
par les lettres ni par l'Hiftoire de fa vie , qu a L'exception de Ton Hiftoire du 
Concile de Trente, que DeDominh (èmble même faire entendre qu'il avoit 
rcloiu de fbpprimer > il (ê foit propofë de publier autre chofe que ce que ia 
conteftation de la: République de Venife avec Rome y&c les ordres de les Su- 
périeurs, Tavoiest forcé de laiilèr ibrtir de (es mains» 

Ce s t sL cette conteftation que futent dues les liaifbos qu'il prit avec les- 
Trançois y. Se c'eft le commerce de lettres qu'il entretint avec eux ^ & fur- 
tout avec ceux^ d'encre eux qui étoient Proteflans, qui a donné occafjon L 
Ces ennemis de le foupçonner d'avoir été lui-même tout-à^fait Proteflanc 
dans le cœur. Pdlarjtcin > fur quelques extraits de ces lettres , l'en accufe ou- 
vercemems &c Mr. Amelattichzdz l'en juftifier enprétendant , qn'iLy a liea> 
de croire que ces lettres ont été interpolées > & que l'on y a inféré diverfcs 
chofes étrangères, que Fra-Paolo n'a> jamais écrites.>Mais ceci efl une pure 
conjeâure, qui neft appuyée d'aucune preuve, & qui lai/Iè à Taccufation; 
coûte fa force. Auffi je ne crois pas qu^on puiHè douter que ce &vant homme 
n'approuvât réellement plnfieurs des opinions- Proteflantes , & qu'il ne fou- 
kaitat quelque fuccès & quelque avantage aux Reformés. Mais c'efl en ce 
iens (èul qu'on peut dire qu'il étoit Proteflant dans le cGeur,.& il ne le fut 
jamais en tout au»re». U avoit > dit l'Archevêque dcSpaléUre dans fon Epitre 
dédicatoire à Jaccfius /, un z^letrès^lincere pour fake ce^r toutes les di- 
vifjons qui éroicnt dans l'Eglifê. Dans la (êrvirude où il voyoit leGhriflia- 
.Bifme réduit ^ il ieconduifoit f^us par les lumières d'une confcience.droite:» 
que par les opinions régnantes, bt cfuo'ujiiU fou^u auec feine cjiêon Jéprimât: 
'iropiE^ltfi Romaim /iVtic pou voit iupporter ceux qui défèndoicnt fês abu^. 
comme autant de ptaciques louablts.âc faintes. Mais ami fînoére de là vérir 
té- — ilfaiioit proftllion de la recevoir & de l'embraflcr quelque part 
^qu'elle fc tcouvât. Dkmofirava infe zxUJïncerijfimo che le dhfiordie Eccleji^ 
fiche fi componeJfero^Jn ^nelU CMtJviuêJertuva in mode , che pero. pik con U rep- 
U cottfiienzjty che col cofifhfwe conjuetofi regolaffe^ Et Je bene non uMva volon*- 
tieri lefovtrchie deprejfioni dellx thie/À Romana^ nondimenoathorrivaatfca 
fiulli che gC éénfi-dejfa.y corne fort e in{titMiti9ii,defendiJjfero. Et nekrimanente- 
ttéi délia verftà amico fingHlare^-JCT £ejfa tenaciffimo sonde frofffétva fenzji rifi 
petia alcHno tjnelld , d^^un^iue. etlAfoffe , dovtrfi rictvire & attréicciare, llfou* 
naitoitdonc la réfoiniatioB des PapeSr & non leiur dcftruâion. Il en vou-^ 
loir à KuFS abus 3c à leurs prétentions, & non à. leur place II étoit .ennemi:, 
de la Supeiflicsony^mab il toléroit fans peine les Cérémonies. U condamnoit. 
hi démangeaifûn de. faire de nouveaux Dogmes, & ne (e fai(bit pas toujour»:. 
an devoir de fe foumettre a des decifions faites trop légèrement \ mais il 
ne fe croyait pas oblige de rompre. de. communion pour4e nouvelles opi- 
nions, qu^n érigeok trop indilcrettemcnt en Articles de Foi II s'aflcrviC- 
fci< fins répugnance a l'jautoriié dcl'EgWe dans taures Icschofcsde Rie 
&de Difcipline', mais ileut fouhakc que les Supérieurs EccléiiafHques.fuilent 
Qta$> £uâks 1 relâcher quelque, choie, dda rigueur dcs.Loix.£<DiItnreji tt. 



.rxn V I E D E L* A TJ T E 13 K. 

hziSïmz la Pcrfifctrrion ; mtb il iiaï(2bic aujfii le SchifiiR. U étcît PpcnoftiSR;» 
6 c'eft l'être que de ne pas dcmner aveuglémeoc dans coures les opinions 
régnantes > & de condamner librement les abus invoités 6c Toutenus par 
intérêt. Mais il étoit Catholique , fi c eft l'être que d'aimer fincéremeiK h 
•pureté de r£gli&« que de haïr les divisons , que de maintenir Tordre Oc la 
fubordination » & que d'être animé de zélé pour réformer la Religion Qc 
non pour la déohizcr. Cétoit dans cette vue qu'il £>tthaicoit l'avantage des 
Proceftans , parce qu'il croyoit que c'étoît le iêol moyen de parvenir à une 
RéfbnDacioQ , qui en détrtntâni la &perflition tSc cette domination abtt« 
;five £ir la Foi des autres , pourroit rétablir la implicite Oc la paix dMS 
TËgliTe Chrétienne t & ramener la concorde que la mnlriplicaripn desnour 
velles déciiîons n'avoir fait qu'altérer de plus en plus. En un mot , â Timi* 
station d'Er^/hu , de Caffmder , de Mr. Je Thon ^ & de pluiieurs autres grands 
jiomines » il étoit Catholique en gros , & quelquefois Proteftant en détail. 
U obièrvoic de la Religion Romaine , tout ce qu'il en pouvoit pratiquer (ans 
ibperftition ^ & dans les choies dont il croyoit devoir s'abftenir par ictia* 

f»ole,il avoir un grand foin de ne point (candalifer les foibles. Enfin ^^îga- 
emenr éloigné de tout extrême, s'il déiàpprouvoit les abus des Catholiques» 
il condamnoit aoifi la trop grande chaleur des Réformés \ êc difbit natn- 

ABed«lI*$ Tellement à ceux qui le prem>ient de ie déclarer pour les derniers, ^ qtu 

I-ifc > p. 1 7- Dieu ne Im étvoû pas drnni Pefpr'a de Lmher. 

Ma 15 à cela près , on ne peur dé(àvouer que fur plufieurs points Fra^PaeU 
iie fût fort favorable aux Proteflans, & qu'il n'eût adopté plufieurs de leuts 

^Ib. p. X5« opinions. ^ Bedell depuis Evêque de Kilmore en Irlande, & auparavant Cha- 
pelain du Chevalier Woum Ambafiàdenr d'Angleterre â Venilê , & confi- 
dent des dtfpofidons de notre Auteur , nous apprend qu'il avoir un grand 
penchant pour la Réformation, &c qu'il fiit très mauvais gré à l'Ambailàr 
deur d'avoir différé de préfenter au Sénat ÏAdmmiùôn du Roi lacmes 1 ^ 
après la réconciliation de la République avec Rome ; qu'il agréoit fort le 
Livre des Commutics Prières d'Angleterre, & qu'il (è propofoit de le pren- 
dre pour modèle en cas de rupture encre le Pape 8c les Vénitiens s qu'il s*ab^ 

mlb. p.ii« ftenoit °> en difiuit la Me({e , de la récitation. des prières qui s'adrefiènt aot 
Saints ; que dans les Confirffions, il tàchoit de rerirer les peupfes des abus Oc 
des fiiperftitions qui avoient cours dans l'Eglife , & de leur in(pirer de juftes 
idées de la pureté du Chriftianifine ; en un mot, qu'il eût fort louhaité avoir 

n n>. p. t;« Quitté VeniÎTe pour pafièr en Angleterre , ^ mais que fa fituacion ne lui lai(^ 
(oit pas efpérer d'obrenir jamais cette liberté du Sénat. Voilà ce que nous ap- 
prend Bedell^ Se qui eft a/Ièz conforme â ce que nous favons d'ailleurs des 
difpofitions de Fra-Paolo. 

En effet on voit par plufieurs de fes lenres , qu'il (buhaitoit extrêmement 
le progrès de ia Rétbrmatîon , mais d'une nuniere nn peu différente de celle 

ê Lett. an dont on s'y étoit pris pour la procurer. * Tapie beaucoup , dit-il dans une de 

1 o J uUl. fc$ lettres , U deffe'm épia Mr. CiUu de met$re oh jour Us Libertés de tEflifi , mm 

'^^ pas tam GéUksne > qtêVmverfiUi. ^lehitrt Dim vemil dms çefiicle énindrê 



r 



V I E D- E; L* A U T E U K. rxim 

\é' Tyéumii ^pétr dis moyens fftits dmtx ^ ceux tpimta tfntés par Uptfé. Ce* 
lui (jni M commencé dejetter les fondement , na f as fini îomfragt, Qgt fait fi em 
çmnmenfatttpay le mit ^ comme on fait k pyéfinty tefftf nenfira pas mediiur} 
On pem l* obérer yfi^DieHbmirHenerepr^. Jefirai ravi , dit-U ckms uorc autre ,. 
'^dapfrindre qua les patres des Jt^onnest fi raccommodent , parce qm cefi ce t Lett.du £ 
^il y a de boff dans k monde. JSfom avom ne» jinéaffadiur à Paris , écnc*k en- ^^^ i ^ t' *. 
core , ^ f iM cherche a donner lét pli» manfisaifi idée ^d pem^ des affairer des Ré- q Lett. Jii 
formti , & cela afin Jlcmpkher scilngens di^ien de prendre Qomragti& il re- 3o Août 
Ufut les affaires des Papifirs , ce (fuifait use très-manvais effet ^mau m fijpnu re- ' ' ^' 
midiar. Dans plu/teurs autres lecxres qd voie qu'il (c ré)Oiii(lbtt excrémearcnr 
de COBS les fiicGè^desRcfbcmés de France, & qujl kur fôuhaicoît de nou^ 
iMaua a.vaacages > comme atEes au pcagrès de là vérkd La emfervaUm dk 
SMly 900 plaît , dk-il', ^ 4> catê/r diifieppart (pi en pewaem recevoir les Mif^rmiu r Lett. àa^ 
llfatêt ^ les Hê^ncnaos frfaffent refpeSer , & ils feront bien de nejipointlafi *^ I^cc. 
Jir de demander y^amant pbts epu tonr a qi^iU ohiesedrom feréo pour Ufirvict ^ '^> 
dà Dien^& Fntilitâdn Roi.. Jrfirois tien' aifi de Jkvnir y^^joate^t-il y^ fi /^î/Lctt. duï 
Mmic faoforifi Condé, & s*it j^afneéftte e/p^anea ^ InM^ormés obtiennent '♦ A^'^' 
ffiâlqms meiHenres c/mdiùans pour les affaires dà Roligian y parce ^ défi ctép» 
jfjçedsaiu d!n;antageyperfitadé(fMCGeiafirviroitafaire entrer VEvangUiem 
l^b. Caft<V/i( j» aagmrrcemhaiir^ tçm ira bien- poser la: ReUgiott. y, & défi ^^L'ett Jv* 
^ Samecrmm ^.MJttijuifitian ceffira, & fEvangiie auraconrr^ Crc^z>nm 5*1^^"^ 
OAdQÎ&iCdlic aufiacaïvant, ^ iljpa.mfff^andnombrerdhyfocritefreM JktÙo,& nif^^l^^^^ ^^^ 
foyez, pas fkrpris cfu^ils ferment les yeux a la lumière , pmfqiiils les ont toujours 16 Août, 
ftrmèo à\[d>vmié& anvenr MRmAfot.Eam%mQnyil vegacdctc la&éfbnna-^ i^a». 
ciâfi- acimme la (tvà moyen diabatâèr Roroe, & Ëafa^iiltmeot de Honw 
comme l'unique voie de &ire rcfkurir la: poceté de la. Religionu IL tiyér^ 
rien de plus effcntiely, dîr-il y^fte dr ruiner k cridk des Jéfmtts. EnUrrui^ xVctt cfà 
nant onruine Rome^i & fi Rome eft perdue ,. la* RHiffûn fi reformera, d^- 5]ùiL i^u. 



Tous^ces traits macquent nst aflèr gr^md prarbant paur len RéfofmdSr. 
S& on obfêrve h n»me ehofe dons ce qu'il dit des prédicatîons dirV^^FuU 
ffncOy^doQi il rapporte,. qu'il avoÎD prêché la vérité avec coniiance^ r &j^L'ett;diiT77 
qtr'il avoit condamtsé rignorance. de ceux qui fe œpofoicnc dé la- Foi fiir ^^ ^^f** 
bspaaoles des autoes y malgré la connoiffiiice: qne chacun-devok avoiir dt ^^^J. 
&m propre dévoie. Ceci revienc Lïsw noir ramorté dafns la Vâe.de Bedlrll , 
>*^îrdif que le I?. F/i/j^/»:^ s^énanr demandé dans unSesmon^r^^^ dôêoif- zBeieJfÊ^ 
jpw lac vérité 9. répoiodk y, ijmd Caooit enfin traufsépy 9i cfiœ vetatix^^m un'Life»p*i^««^ 
liLT. il' dit , iped loitenoit dwnfiimaim^ >iite/,afbucarC- il rea remet tant rOiH- 
uroge dans fa poche, c» Livre^efi^difindu.XLo fnrentxes fortesideppedioatioiis^ 
qiii tirentque la Nonce n-bmit rir»^ pourf^it^ mcerdire.lrPtédkatcniii^com'^ 
me Uccéciqnc » parce que» fclcm. la. pkance dt» P^ipr-y c'étotc une cbo(ê iiifV 
Biâblqwe db prêcher 1 Eccititce, âs^ qBc^i^étoir vcMoir rainer Ik Foi^Caftbo^ 
IqiK ,jqtte;dr s-'jjtaccadicrccop can3hemmt..Mai«^ecttropp<»(kiotpdH-N<ikira»: 
<gietvifcqBajaekKcc:dawngag».l^ 



ixiv V I E D E U A U T E U R. 

ailuce dans une de Ces lettres, qu'il Ce crouvoic quelquefois à C^s Sermons 
fufqu a fix cens perfonnes de la Nobleflè. 

C o M M £ ces (êntÛDens du P. Fidgence peuvent (êrvir à nous faire mieux 
connoicre ceux du P. Paul dont il les avoir emprunrés,fajoucerai un autre 
trait , qui nous inftruira encore mieux des difpofiûons de lun 6c de laucrc 
#|Kelat, à regard des Réformés. * Un Docteur fiuncomt^ qui chargé de la conduite 
de quelques Seigneurs Anglois fe crouvoit â Venife après la mort du P. Paul ^ 
y étant tombé malade & paroiflànt tout-à*fait abbactu» ie F^Fulgence lui 
demanda la cau(ê de fon accablement & lui offrit tous (es fervîces. Le Doc* 
teur avoua ingénument au Père » qu il avoir toujours demandé à Dieu la 
grâce de mourir dans un endroit où il pût recevoir le Sacrement (èlon Tu- 
lage de TEglife Anglicane, c*eft-à-dire fous les deux Efpeces, & que m^lheu*' 
xeufement il fe trouvoit fans cette eipérance dans le pays ou il îè trouvoit. 
Ce qui eût été une difficulté pour un autre , ne le fut pas pour le. P. Fêdgence. 
Il eut bientôt confolé le Docteur , en lui difànt qu'il avoit les f^çteces Com- 
munes en Italien , & que s'il le (buhaitoit , il viendroit lui*mêmé'49€C quel- 
ques-uns de Tes Confrères lui adminiftrer la Communion fous les deux EA 
peces; d'autant plus qu'il y avoit encore dans /on Monaftere (cpt ou huit des 
Difdples du P. Pad , qui s'adèmbloient de tems en tems pour recevoir ainfi 
le Sacrement. C'eft ce que le Dr. Duncomh rapporta â Mylord HéUton à (on 
iretour en Angleterre, & ce que l'Evêque Anerhitry attefte avoir appris de 
la bouche du Capitaine Hmon , qui l'avoir entendu dire plu(ieurs fois à (on 
perc. 

Mais ces traits & pla(]eurs autres, qui nous montrent les di(po£tions fa- 
vorables de Fra^Paolo k l'égard des Proteftans Se (on penchant pour plu- 
(leurs de leurs (èntimens , ne prouvent pas qu'il fût Catholique par hypocri- 
(le ', mais Gmplement^ qu'il approuvoit ce qu'il croyoit bon & véritable 
dans les autres Communions \ Se qu'il n'étoit ni de ces Théologiens rigides , 
<jui faifant confifter TOrthodoxie dans une (bumiflion aveugle à toutes les 
opinions de leur Parti , damnent impitoyablement tous ceux qui s'en écar- 
tent dans les moindres points ou dans les moindres pratiques ; ni de ces Pro- 
teftans zélés , qui croyent que la tolérance d'un abus ou d'une erreur eft un 
péché irrémifliole , 8c qu'on doit fe féparer de toute Communion dès qu'on 
Y connoit quelque chofe de répréhendble. Ces deux extrémités lui paroil^ 
loient <igalement vicicufes , Se il crut que le pani le plus (âge étoit de les 
éviter Tune & l'autre. D'un côté^ il condamnoic une multiplication indif* 
crerte de nouvelles décidons *, & de l'autre , le zélé outré qui préfcroit un 
Schidne i la tolérance de c^elques abus Se de quelques erreurs. MMflier 
h Lett. du les jHrticles de Foi , dit-il dans une de (es lettres^ ^ &Jpecifier ce ejui ne Vejl 
1 1 Fcvr. ^oint dans P Ecriture , ceft donner dans les ohm faffes , en ne laijfant pas dans le 
*^^* doHte ce qui y a toujours été. T/ù entendu dire, que les yirticles de Foi font réglés, 

& que qui ne les croit point eft un Infidèle ; mais que qui les multiplie & fi fepare 
des autres, eft un Seflaire. Mais s'il condamnoit cette extrémité, on voit qu'il 
ne défapprouvoit guéres moins l'autre. V édifice de PEglife de Dieu, dit- il 

ailleutS| 



VI E DE L» AUTEU R. wr 

ailleurs, 5 éfuoîtft$e titi par mfig^dnd Architefle , 4 toujowrs cfuel^uis imperfèc- ^ ^^^' <•« 4 
nons par le défaut des matériaux. PofirvH ^ne le fondement Joit bon , nous devons ^^"* ^•o^* 
tolérer les autres fmaes , & les regarder comme desfoihleffes hiemaines. Dans le 
firviee de Bien y diz'il encore,^ je fais ce cpte je fiù^nuùstoitjomrs plein de crainte dljtttÀ^ 
de faire qiêelfiie chofi hors de/aifàn y & d'empêcher par-làifuel^Hechofe de mienx^ »^ Mai 
Le P. fidgcnce fait de même. Noos ne devons pas nous tromper , mais attendre *^^^' 
êom etenham. 

Ce fut dans des difponcbns fi modérées qu'il paflà le refte de (à vie > & 
^u'îl (t prépara infènfiblemenc à la mort. Une (ànté naturellement délicate » 
de longues infirmités , une application conftante à l'étude y 6c la fatigue d'un 
Caraâere public qu'il eut a fontenir depub l'affaire de l'Interdit > ôc qui 
rexpofoit aux entrcpri(cs & aux violences de Tes ennemis > l'y di(po(bienc de» 
puis long-tems^ & H envifagea (à fin avec une fermeté & une tranquillité, 
qui découvroient l'innocence de fa vie & la pureté de fes intentions. S'il eût 
été coupable d'hypocrifie, comme l'en acculent fes ennemis > les approches 
de U mort euflfènt fait tomber le mafque, 8c on eut vu un homme inquiet,- 
agité, ôc noyé dans les frayeurs Se le c^fefpoir. Si fa Religion n'eut été 
qu'un déguifement criminel , & que Proteftant de cœur il n'eût paru Ca« 
cnolique que par politique , la mort eût décelé (es véritables (èntimens , 8c 
iès regrets nous euilènt inftruits de (ts diflimulations précédentes. Mais rien 
de tel ne pàroit dans (a conduite , 8c l'Auteur de ù Vie , confident de (es 
plus fecrettes di(pofitions , 8c témoin des moindres drconftaiices de fa morr» 
nous fait connoitre par la fimplicité de Ces dernières démarches , que la te* 
âeur de fa conduite précédente avoit été l'effet de fa modération en ma- 
tière de créance, &non d'un déguifemenc hypocrite qui lui eût fait difE- 
muler Ces véritables fèntimens. 

Ce fut dans le courant de Tannée mdcxxii , qu'il commença à fèntir lei . 
premières atteintes du mal qui le conduifit au tombeau. « Surpris d'une flu* «^it. ici?. 
jdon accompagnée de fièvre, qu*il négligea d'abord faute d en prévoir les ^' f* *^'^ 
confëquences , il connut bientôt à la diminution de fès forces , qu'il appro- 
àiok infènfîblement de fa fin. Cette vue , au lieu de le remplir d'allarmes , 
ne fît qu'augmenter fà tranquillité*, 8c tout le changement qu'on remar- 
<}ua dans fa conduite , ^fut qu'il s'occupa moins de les études 8c des afFai* /'Ib-P*^^^ 
les, pour fe livrer prefque entièrement i la méditation des chofes faintcs 
& au paflàge de l'éternité. A la rcfèrve dès momens qu'il ne pouvoir refu- 
fo aai affaires publiques fur lefquelles il étoit régulièrement confulté , tout . . 

le relie étoit confàcré i la méditation & à la prière. Il avoit perdu le goût 
pour toute autre chofe s & fl quelquefois , t par un refte d'inclination pour g ib. p«z^f • 
les Mathémariques 8c l'Aftronomie, fbn efpnt rrouvoit encore quelque fa- 
risfaâion à sV>CGuper de ces connoidànces , ce n'étoit que par une forte 
dediftraéHon, qui cédoit bientôt à des réflexions plus fericu(es 8c plus 
importantes. 
: DetachI aiafi de la vie par Qp long atfbiblif&ment qui le menaçoic; 
Tmn L i 



le 



Lxvi VIE DE U A U T E U R. 

d'une prochaine diflblucion , il en prévenoic les momens pat de fréqocti^ 

liVit-delP^ défirs, ** & on lui encendoic fou vent répéter ces paroles du faint Patriarche 

Paolo , Simcon : Seigneur , lajjfvz. aller voire fcrvitewr en peux. Cette paix effcéiivc* 

^ * ment Tacconipagna jufqu'aux derniers momens de fa vie >& Ton n'envi(à-* 

zea jamais la mort avec phis Je réfolution & de férénité. Mes amis , di- 

loit'il fou vent â ceux qui Tapprochoient ^ me voici bientôt à Ujin de mom 

voyage \ Se un jour qu'on lui pailoit de quelque affaire du Monaftere: Cejt 

à vous y répondit-il ^ ày pen/èr , car pour moi Je n'y ferai plus.. 

I L alla ainfl toujours en affbibliflanc jusqu'au commencement dt Tam 

Xb.p. 300.^ MDCXxiu ) qu'ayant reçu les comphmens de la nouvelle année , ^ il dit 

nettement que ce feroit pour lui ia dernière. Il touchoit en effet à (es. 

derniers momens. Le ûxde Jmvier jour de L'Epiphanie» malgré l'augmetH- 

tation de (on mal y ayant poudé la complat(âncc jufqu'à (è rendre au Sénat». 

où il étoic appelle > il en revint routepuifé; & (entant Ton accablements. 

â l^ p )ox» Tai tach* de vous confoler , dit-il â (es amis , ^ aHj[i longtems ^tiilm'a hé p^Jfi^ 

ble i à prifint ^ne je nen fuis plus capable ^(^ejt à: vous à me rendre He-mwe offcf.. 

Le Dimanche 8 de Janvier il ne làifla pas, tout accable qu'il étoit^ 

de (è lever pour cdcbrerla Mené; endiite de laquelle il s'en alla > com?* 

me à Ton ordinaire , prendre (on repas avec les autres. Mais c'étoiem Ics> 

derniers effons d'une nature prefque éteinte , &: qui (c roidi(Tbit contre: 

la force du mal. Après avoir étc (urpris ' le Lundi d une foibleflè qui (it craioh 

Ib,p 301.. jj.ç pour (a vie ,11 fe prépara le Jeudi à ("on dernier moment parkdemaii^ 

. de du Saint Viatique , ^ qu'il reçut avec des ftntimcns de foi ^ de picié 6c 

^ ^^^^' de rédgnation y qui firent admirer la religion » Se tirèrent des larmes de toua. 

les fpeâbaceurs. 

PLNi.AKT toute cette (èmaioe y qui ne fvLt^ pour ainfi dire , qnlme Îdat 

01e défaillance ,. il ne l'aiflà pas de recevoir (ds amis â fon ordinaire ^ 

^ les entretenir » de. les con(oler ,. & dcles pr<îparer à une (cparation, qu'ils 

&voit leur devoir être très-(ên(ible.. Il répondit même aux con(iilrationa 

du Sénat ju(qu'au dernier jour de (à vie , avec une prclcnce d!e(prit q^i noar-. 

2uoit la tranqnillité. de fon ame. Le Samedi» qui fut le jour de (â mort^îli 
: (Tt celire comme les jours ptécédens Ta Oaûion de Jefus-ChriH (elon S». 
'Aïky parla de fcs mi(eres & de la confiance qu'il av^c dans le (àng de: 
:li]s-Chiifl: ) donc il releva les mifedcordcs. Se nr croître tant d'hnmi^tér 
de confiance > que chacun en fur également édifié & atcendrL 
tilbip»|i3«. Lorsqu'il eut appris du Médeçia qu'il ne paflcrott pas la nuit: ^Diem 
fiit /#M^, dit-il. f agrée tota.cofêiil Im plàit. Puis,. après avoir pria. quelque: 
partie de ce qui luiavoit été ordonné , ^llezrvous en , dic-il<iu P^ Futgencet» 
tk g ^ff^ rejk^plns à me voir en cet état.. AtUz^ vom^repojer^ tandis tftà^jie ni en retoetr^ 
'''^ ^ nerai a Dten ek qtû ttons fommes tous ventés, Au lieude lui obéir » IcP. J^nlget^^ 
«If fit avertir la Communauté» quife rendit auprès du monraoc pour faire, 
ks prières ordinaires, qu'il ne put accompagner qu'en^ e(prit > a-àjFaot plus; 
jptiâ que i^ut dite ces j^aialcs^.fj^ ^$Méî^$^cz:éu»itlk.x ce qi^ Vçtit 



VIE DE L* A UT EUH.. Ltvti 

mtctftéti d'une prière qu'il faifoit poift la con(èryation de la République. 

Alors les bras en croix, p & les yeux accachés (ur fon Crucifix, il rendit pyi^ j^p 

fime à fon Créateur, Se termina (àinrement une vie confommée dans Tin* P. p. 31^. * 

fiocence , employée au bien public , expotbe â Tenvie & à la violence , Se 

fidie dans la paix& la li iiplicicé J'une ame jufte, qui fe repofe (ur ia bonté de 

Dieu Se rob(êrvation de fcs Loix. 

A iNsi mourut le P. Paul le r 4 de Janvier mdcxxiit, dans la (bixante & on->> 
sieme année de fon âge , épuiCé de travaux , & comblé de mérites aux yeux 
lie ceux qui ne (çaventeftimer dans les hoiiunes que ce qui eft véritablement 
cftimable , ;e veux dire , la fcience , la fageflè » 8c la vertu* Ennemi dr tout 
ce qui flatte l'ambition , il ne fit ofàge de Ces grands calens que pour Tuti^ 
licé des autres, & non pour fa propre élévation. Chargé d'in/ures A: de ca- 
lomnies par ceux qui défendoient les prétentions de Rome contre les droits 
de la République, loin de rendre perfbnali tés pour perfbnalités dans une 
itfl&ire où il n'étoit queftion q^de l'intérêt public, & non du fien propre » 
il ne fongea pas même à, vcnfk (a propre réputation , déchirée contre 
Mutes les loix de la juflice Se de la bienféance. Accufè d'Héréfîe parce 
qu'il s'étoit élevé contre des prétentions abuflves, il fut juftifier (a foi non par 
varaflervifFemefit flatteur aux vues ambitieufès d'une Cour entreprenante » 
m par une fbnmiffion crédule Se aveugle â toutes les opinions que le pré- 
jogé aroit érigées en Dogmes , mais par une conduite également éloignée 
de /uperftition Se de révolte. Sans iê prévaloir delà proceétion de (es Soa« 
teraifis , il ne chercha point à venger les attentats faits fur (à vie ^ & il eut 
alitant d'attention â couvrir ces (candales & â (buftraireles Auteutsâlapu- 
lotion qa'ils méritoient , que d'autres en auroient eu a la leur faire fuoir. 
Relirieux (ans fuperftition , il Ce foumit avec la fidélité la plus fcrupuleu(è 
tcoL loiic Se aux pratiques les plus aufteres de la Difcipline , (ans y mettre 
me confiance pré(bmptueu(ê ^ Se quelque prétexte plaufible que lui of^ 
6iScnt (es infirmités Se (es occupations pour s'en di(pen(er , il (e m toujours 
Qoe loi inviolable de sy (bumettre , aatant peut-être par la crainte de 
£»idalifer les fbibles , que par l'idée qu'il eut de leur nécef&té ou de lettr 
perieéfcibn. Auflî dur pour (oi que charitable pour les autres , il ne s'accor- 
da jamais d'autre plaint jque celui qu'il recevoir de la fociété de Ces Amis ^ 
te (es mœurs furent fi pures , qu'il ne donna pas même la moindre pri- 
tt aux (bupçons , quelque attentive que fut la malignité pour en former 
à fi>û préjudice. Sopérkur par fon mérite aux Dignités , il pafia par celles 
de (on Ordre (ans les avoir ambitionnées % Se dédaigna de s'élever à d'au- 
tres par des complaifancc^ (erviles, ou par de^ moyens encore moins hono- 
rables que h complaifiince. D'un défintérefiement à toute épreuve, on n'o(a 
pas même tenter u fidélité pour fa Patrie -, ^ & dans le tems que par des f Lett. iu 6 
ptomcfic^ Se des efpérances on travailloit efficacement à cof rompre ceux I**^^* *^^^« 
que laRérablique a^^it chargés de la défenfe de (es Droits , l'opinion tf op 
contme de (a vemi àca même jufqu'à l'cavie d'y porter des attaques , loin 

iij 



xxvm V 1 E D E L' A U T E U R. 

de laiCTer la moindre efpérance de la vaincre. Modefte juiqu'au (crupiilc> 
loin de drer avanc^gede Ces calens pour s'en élever aux yeux des autres > ce 
n'eft qu'à la grackude de (es Amis qu'on doit la connoiflànce de les progrès 
dans différences forces de Sciences > & des décou ver es qu'il y avoir faices^ 
toujours auffi facile à communiquer ce qu'il avoit appris y qu'indifférenc i la 

Sloire qu'il eût eu pour lui d'en êcre reconnu pour l'invenceur. £n(êveli 
ans une letfaice à laquelle Ton incUnatioiv l'accacboic aucanc que fa profe(^ 
£on, U fur également ea forcir locfque fe& fervices furent nécedàires à à 
Patrie, &sy renfermer avec pUiûr lorfqu'il n'eut d'aucres mocifs pouren 
iorcir que de vivre plus, au large, ou de s'émanciper de fon écat. STil parut 
quelquefois dans (es écries un peu trop de malignité ou de fatire , c'eft 
moins une faute en lui^ qu'en ceux qui Ty provoquèrent par leur malice > 
j& lui en fourairenc tant de fujets par leurs.maximes & leur conduire. En ua 
moc y s'il oe fut pas (ans quelques dcfaucs ,, ils furent légers, & efiàccs par de 
grandes vercusv& puifque Rome dans le fore de (à colère n'eue à lui objeâer 
d'aucre crime que celui de (a réû(lance à fcil|précen rions abuiives , l'accnfa* 
l»on de vienc fon éloge y Se pour canoniser ù, conduite il ne faut d'autre jufti«< 
ficacion que celle qu'il reçoit de (es ennemis^ > 

, Qu A N o on ne le connoitroic que par ks Ecrits , on ne pourroir (e for-* 
mer de lui qu'une grande idée. On n'y rrouve poinc , â la vérité , cette 
pureté d'élocutioa ou cette élégance de flyle , qui fait rechercher un Livre 
par le (èul pUifir qu'ily a de le lire Mais en< récompenfè on;y voit utLacr^ uw 
erdre^un choix, une précHion , & une érudition pUcée &à.propos,.qu'on. ne 
peut prefque fe déftndre de pcnfer comme l'Auteur. Jamais homme ne fut 
mieux digérer une matière, &la repréfènter dans fon vrai jour. Ceft um 
Auteur qui plait fans afTcâer de chercher à pkirc ,.q]ai raille fans groffiere* 
té , oui triomphe, fans infulter,. qui fans (è parer d'une 6u(Iè drudicion , en^ 
iâir placer par-tout une. véritable v qui eft libre fans libertinage >.& circoni^ 
fcSt fans KypocriCe *, q^i attaqpe fans colère y. Se Ce défend fans anKrtume su 
trop éclairé pour Cs (bumettreà de fimples prjéjugés ,.& trop retenu pour 
s'^ilever contre les régies ; qpi n'écrit poinr par la vanité d'étoe Auteur om 
de fe faire un nom , mais pour le plaifir de fervir le Public ou* de lai erre; 
i|tile 'y également verfé dans THiftoire (âcrée & prophane ; afl^z jnAruit de» 
la Théologie pouren-cennoitre le véritable ufagc^ât; enméprifer.les (vbti^* 
lires vfi au fait des Loix & 4c U Pifcipline ancienne , q^e Iqs abus pcéfcnsne^ 
ppuvoien& liû en impofer ; également éloigné de méprifct les Ëeres* Se dei 
Wregarder comme des Ora^cles infaillibles y& contenant dans ccttcmefure^ 
de (àgede qui (ait ignorer fans honte tout ce quILae. nous appartient, m ne*, 
nousinupojte de connoitre,.& quincdonnt point fés i^agit^rions pour: 
autant de vérités qui fadènt pairie de la R^ligiotv; aïïèzimpartialpour laccî-^ 
fier les préjugés.dp Parri à la vérité , Se a(Ièz na^ddré ppur Qcpàs épou(êr uw. ; 
9ar(i contraire , parce. qu!it ae pouvoit approuver tout ce qui Te faifpk dans;.» 

lE;iieJDk;.caunjD[ipt)^uii hQnHxie:qaiiàictcmf ui»)}|fitmilicu.^^ 



VIE DE L* auteur: ix» 

.«fil Mpofifes ^ Catholique 9 fans ruperftkion Se fans fervinide;^ Réformé, 
.£uis ichifme Se fans excès s ne rcjcrcant pas le bien , à caufe de quelque mé- 
lange ic mal î con<lamnanr les abus > fans condamner les pratiques ou loua»- 
;t>les, ou indifférences 'y ennemi de tout e(prir de domination, fur la foi des 
•jaucres > fans être ennemi de la.fnbordination *^ oppofé à la perfëcution , par- 
,çc qu elle eft oppofîî elle-même à Tefptit deFEvangile -, ne montrant de zélé 
«que pour la vérité, & d'attacbemenr que pour la vertu v 8c donnantà tous 
les Auteurs un modèle parfait de lamaniere dont ils doivent écrire , & de 
l'atrention qu'ils doivent avoir de ne point affoiblir leur caufe 6c leurs rai<^ 
fons par utt mélange de perfonalités > qui ne montrent que* la colère 
4'un Écrivain , 6c non la jufticc ou la folidité des opinions dont îLa pris ja 
,défenfe. 

;.T£L fut Pr4*P4o/tf dans iès Ecrits ):&Fèftime qu'en ont toujours fait les 
Savans, montre bien qu'il, n'y a riend'exagéK dans le jugement. qu'on ctt 
vient déporter., Cen'cfl pas à dire pourtant , qu*il n'y ait rien abfolumcnt i 
cenfîirer dans fès Ouvrages. Mais les ^utes en fbnt légères , en comparai- 
(bn des perfeâiens ; & s'il lui arrive quelquefois ou de s'écarter de la vérité 
en quelque point , ou de juger trop peu favorablement des aélions ou des 
mtendons des autres , ttTônt de' ces impèffeâ^diâ Won ne fauroit attri- 
buer qu'à la foiblefTe tnctif relie dp-l'homme*>*&'quvne diminuent que peu 
b prix des Ouvrages , iorf^ue* tesxlléfaats fom cx^oyerts par des beautés auflî 
«fIciKiclles que ccUcs qui^tégncnt (lansles fjtn^. : ' - 

L E P. Panl ctoit dîuiîe tiillà mfidiocrc.^' Il ixvoirla tête ronde 6c bien fi- rVît. délit, 
gurce , mais groflè par rapport aw rcflc du corps v un fircmt large , 6c cou- I^«E-^^î» 
pé dans le milieu par une veine. grade d*ùn dôigc ; de beaux fburcils ; les yeux 
grands, noirs & vifs; le nez piu$tgro}que'lc^g^9 & marqué proche la jou& 
droite d'une cicatrice qui lui refta du cbùpdeftilet qu'ilavoit reçu en mocvii^s 
la barbe peu épai(Tè ; une couleik M^nçhe/m'èréc de rouge 9 &le corps mai- 
gré > maisdurefte capable d'une^huîdlt'tf^ûgue^ malgré lesinfirmités aux- 
quelles il fut fujet toute fa vie> & ^ né lê' quittèrent que peu d'années avant ' 
qu'il mourût. L'Aurcur de fà vie nou&dir , • qu'il parut après fk mort avec *^* H*tt- 
«n vifage coloré 6c riant , 6c que {oji^cercueil ayant été ouvert neuf mob 
après >on le retrou va encore entier & plein de couleur. .C'eut été chez les 
Romains un préjugé de fainreté.. Mais ils n'en eurent pas une opinion plus 
£ivorable de celle de Fra*faolo i^ 6c comme s'ily eût eu un grand miracle ^Ib»f^5X|M 
à voir mourir un homme dcfoixante & onze ans ,.,& qu'on voyoit dépérir 
£ar degrés depuis plus d'une année, ils parlèrent de fa mort comme d'un 
coup vifîble delà jnflice de Dieu fur lut. Ce n'^ftpas peut-être qu'ils en ju- 
^a(Iènt amfi v mais ils fktisfaifbient par cette bafle vengeance leur malignité 
& leur reficntimem , & ne pouvant plus attenter iiavie> ils s'en vengçoienc. 
ibr fa réputation; 

Mais fi les uns ne pouvoicnt s'cmpccher dé découvtir leur haine ». 
<Càutres l'en dédommagèrent abondamment £ar les marques d'eftime &de^ 



rtinc r I je:: D B X* iA B OT E XJ K. 

confidération dont ils continuerem i Thonorer. On lui fi r des fîfn(fl*StilIiâ îi^ 
vTit. delP. tingaiîes ^ autant parla magnificence publique, que par le concours dès 
P. p« }tu Grands & de toutes fortes de perfbnnes ^ & les regrets univerjfcls qui l'ac- 
compagnèrent au tombeau firent mieux Ton éloee» que les Panégyriques 
flatteurs ôc mercenaires dont on pare la mémoire des Grands» fiins la rendre 
plus chère Se plus précieulc aux yeux des peuples. Le Sénat , plein de recon- 
noilTance pour les (èrvices que Fra^PdoU avoir rendus à (à Pacifie » ne votf- 
lut pas cédera d'autres Thonnenr de lui élever un Moaumenr pour perp^ 
mer fit mémoire à la poftérité ; Se le Monaftere des Services fut obligé de 
faire céder fa gratitude à celle du Souverain. Ce fut donc aux dépens da 
Public que fut dreflS ce Monument , Se Jean- Antoine Venerio. 9 uxïct Véni«- 
tien compofâ TEpitaphe , que nous ne pouvons nous défendre de joindre ici^ 
comme la récapitulation Se l'Abrégé de fa vie » Se l'éloge le plus fiacére de 
les vertus» * 



^Mfl^ft ^^t^Ê ^^t^Ê ^tffl^ft ^^^^Ê ^^9^B ^^S^k 

>■«• ••^» •«• •%• •«• ^^« *«• 
••*♦• ••*•• ••*•• ••*•• •**•• ••*♦• 
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E P I TA P H I U M* 

F PAULl VENETI- 



4 AU L u s Venetus Scrvîtarum 

Ordînîs Theologas , 

Ita prudens , înteger , lapkn^ ^ 

Ut majorem nec humanorum 

Nec divinorum rdennam ^ 

Nec integribrem nec faDâiorenv 

Vîtam de/îderares : 
Intellîgentiâ.per cunûa permeânce y 
Sapîenciâ aSè(^u$ doœioaiEiite 

Nullâ uhquàm cupîdicaté commotus , 

Nullâ aoimi a^grîcudihe turbfttot , 
Semper con^ns , modçracus ^perfedus >, 
Verum innocentiaE: exempUr^ 

, Deo mîrâ Pkcate^Relîgîottc.v '1 
Conrinentiâ addiâus ^ 
Tantis virtutibus 
Reipublicas în fui deilderium^ 
Cbncîtata: juflam , fîdelem operam. 

Navans ^ 
mioem^dum patrîas fervit^haud à D&o (èpararireafiîmans) 
Summâ confilîî, rarionîs vî lîberâ ,, 
iDcegrâ mente pubUcam €au(ami 

Defendensw. 



tf 



Ogi deLP.P.Xî 



• - 






tjam EPITAPHIUM, 

Magnas d Ilbertate Venetâ 

Infidias fuâ fapientiâ ' 

^ Repellens, 

Majus libercans prasfîdium in Ce 

Quam tn Ârcîbus , Exerdcibus 

Pofîtunvi-, 
Veneds oftendens} 
Mortales 
An magîs amandus , mirandus ; 
Venerandus , 
^ Dubios facîensj 

De nominis apud probos 

JEtcrnitSLte , 

De anîmî apud Deum 

bnmortalicace 

Securus > 

Morbum negligens^ 

Morcem contemnens^ 

Loquens , docens 3 crans ^ 

Contemplans , 

Vivorum adiones exercens^ 

Lxxi. i£tatîs anno 

Magno bônornm ploracu 

Non obiit , abiic è vîca, ad vitan 

Evolavît 



Jo. AHTt yzvixiOyPéttr.Feth 



• \ 



HIST01R.B 



5 O M M A I R E 

Du I. Livre de THiftoire du Concile de Trente, 

T^ E S SEIK de [Auteur. IL Vufage ancien de CEglife itoit d*affembter 
X-/ des Conciles pour terminer les controverfes de Religion , & régler la DiJ^ 
cipline. III. Etat de CEglife dans le XVI* Siècle. IV. CaraSère de Léon X. 
Y. Origine des Indulgences. VL Léon X. en publie de nouvelles 9 & ahufe du 
revenu quU en tire. VIL Martin Luther s'élève contre ceux qui les préchoient ^ 
& contre Us Quêteurs , & enfiàte contre Us Indulgences mêmes. VIII. Plu^ 
Jieurs Théologiens écrivent contre Luther^ qui attaque la Puijfance du Pape. 

IX. Il efi cité à Rome y & comparoit devant le Card. Cajétan à Aufbourg. 

X. Bulle de Lion X. en faveur des Indulgences , 6* Appel de Luther. 
XL TroubUs en Suijfe à roccajion des mêmes Indulgences. XII. Doctrine 
de Luther condamnée par les Univerjités de Louvain & de Cologne. XIII. SuUe 
de Léon X. contre Luther j qui en appelle au Concile. XIV. Jugement que^ 
ton porte de cette BulU. XV. Livres de Luther brûlés à Louvain & à Co- 
logne. Il fait brûlera Wlttembcrg la BuUe de Léon X^ & les Décrétâtes^ 
XVI. Luther comparoît à la Diète de Wormes. XVIL II y eûmis au ban de 
(Empire. XYlll. Sa do3rine ejl condamnée par tUniverjiti de Paris. XIX. 
Henri VIÏI. Roi i AngUterre , écrit conue iâiiXX.. Continuation des trou- 
bles en Suijfe , & Conférence de Zurich 6u' çàmmence la Réformation. XXL 
Tout U monde dejîre un Concile. XXit. Mort de Léon X. & EUSion i Adrien 
yi. XXIIL Cajétan s'oppofe au deffein quavoit ce Pape défaire une nou- 
velle BuUe fur la matière des Indulgences. XXIV. Le Cardinal PucciU dijfuade 
de rétablir [uf âge des ancienrus Pénitences Canoniques \ & Sodérini U détourne 
de travailUr à la réfofrfie des abus , & le porte àfefèrvir de la force pour rame- 
ner les Luthériens. XXV. Adrien envoyé Chérégat en qualité de Nonce à les 
DU te de Nuremberg, ^fopofitions du Nonce & réponfe de la Diite. XXVL 
Cent Griefs de la Diète de Nuremberg envoyés à Rorru. XXVII. Différent 
ju^emensfur ta conduite (f Adrien VI ^ & fa mort. XXVII L Eleaion de 

Clément Vil. XXIX. Envoi du Card. Campege en qualité de Légat à la Diète 
de Nuremberg , 6* fa conduite dans cette Diète. XXX. De concert avec 
quelques-uns des Princes & des Evêques ^ il propofe des articles de réforma- 
tion y dont les autres fe plaignent ^ & auxquels ils ne veulent pas fefou- 
mettre. XXXL L Empereur defaprouve le Décret de la Diète. y.Xyi\l. Nou- 
velle Diète à Spire , oit ton conclud à ne rien changera tétat de ta Retigiàri 
jufquà ta tenue d*un Concile. XXXII'L Clément VII. jaloux de CEm-' 
pereur , fe ligue avec ta France . & addreffe deux différens Brefs a Charles V. 
XXXIV. Réponfe de P Empereur à ces Brefs. XXXV. Les Cotomnes entrent 
armés dans Rome & faccagent le Vatican. XXX VL Le Viceroi de Naples 
retourne à Rome , qui ejl pillée par € Armée du Connétable de Bourbon y 5» 
U Pape ejl fait prifonnier. XXXVIL Changement de Religion en différens 
endroits de la Suiffe. XXXVIIL Le Pape fe raccommode avect Empereur , 
€f fait une Ligue avec lui pour fe rendre maître de Florence. XXXIX. Di}te 
à Spire j & protejiation de quelques Princes contre le Décret qui y fut fait fur 
Tjq m £ L A 



Z son M AIRS. 

la Xelîgion , iToà leur fut donné U nom de Proteftans. XL. Confiront à 
Marpàurgpou r riconcilitr Its Zuiriglicns avec Us Luthirltns . XLI . Entrevue du 
Pjope & dâ r Empereur à Bologne , & couronnement de ce Prince. XLII. Diit€ 
à Ausbourg où affifie le Card. Campige en qualité de Légat y & où les PrO'* 
tefians prifentent leur Confejfion de Foi* XLIIL Edit de l'Empereur & mécon^ 
teruement du Pape. XLI V. Lettres de Climeru aux Princes , & répùnfe des 
Proteflans. XLV. Nouveaux troubles en Suijfe. Zuingle eji tué dans un combat. 
XLVL Infiances de t Empereur pour la convocation a un Concile. LtPapt 
les élude » & Charles accorde la liberté de Religion aux Protejlans. XL VIL 
Nouvelle entrevue du Pape & de C Empereur à Bologne aufujetdu ConcUe , & 
envoi d^un Nonce en Allemagne. Les Protejlans aÏÏemblés à Smalcalde rejeta 
tent fes proportions. XL VIII. Entrevue du Pape & du Roi de France à Mar^ 
feiUe. XLIX. Henri f^III. Roi d^ Angleterre y répudie Catherine d*Arragon% 
&fefépare de tEglife Romaine. L. Mort de Clément VU. & eleBion de Paul 
111. LI. Lt nouveau Pape faitparoUre quelques déjirs de ré formation , & en» 
voie des Nonces aux Princes pour leur propofer le Concile. LU. Promotion de 
Cardinaux. LUI. Verger Nortu en Allemagne traite avec Luther. LVf.LEm^ 
pereur vient à Rome & traite du Concile avec le Pape. LV. Paul convoque U 
Concile à Mantoue , & les Protejlans refufent d^y venir. LVI. Le Duc de 
Mantoue ne veut admettre le Concile k Mantoue quà des conditione que le Pape 
rejetu , 6* le Roi ^Angleurre publie un Manifejle contre cette convocation. 
LVIL Projet de réformation drejfépar quelques Cardinaux , mais qui demeure 
fans exécution. L VIII. Autre convocation du Concile à Nicen:^e » & fécond Ma* 
nifejle de Henri FUI. contre le ConcUe. LIX. Entrevue du Pape avec VEm^ 
pereur & le Roi de France à Nice. LX. Henri VIII. efi excommunié par U 
Pape. LXI. Diite à Francfort , oà Conpropofe de tenir à Nuremberg un CoU 
loque que le P ape tache d! empêcher. LXII. Henri VUI. maintient la doSrine 
de TEglife Romaine dansfon Royaume. LXlll. Le Pape fufpehd la tenue 
du Concile^ fon bon-plai/ir 9 & le Card. Farnife invite f Empereur à une 
Ligue contre les Protejlans. LXIV. Diète a Hagtunau où Ton ordonne un 
Colloqiu à Wormes , qui fe fépare fans fruit. LXV. Autre Dïkte à Ratif^ 
bonne y ou le Pape envoyé le Card. Contarini pour Légat, Succis de cette Diite^ 
& plaintes faites contre le Légat. LXVL Entrevue du Pape & de T Empereur 
a Lucques. LXVII. Dihe à Spire , où le Pape fait offrir d^aJfembUr le Con-- 
cile À Trente ; & quoique les Protejlans refufent de V accepter , Paul III. ne 
laijfe pas que de le convoquer. LXVIII. Plaintes réciproques de T Empereur 
& du Roi de France. LXIX. Le pape envoyé fes Légats à Trente y & TEm» 
pereur fes Ambajfadeurs ; & après unféjour de plufieurs mois ilsfe retirent , 
& le Concile ejl encore renvoyé à un autre tems. LXX Entrevue de T Empereur 
& du Pape au Château de Buffet pwir des intérêts particuliers. LXXI. VEm^ 
pereur fe ligue avec T Angleterre y& le Pape avec la France. LXXII. On reparle 
du Concile à la Diite de Spire y & on donne ordre de travailler à quelque for^^ 
mule de conciliation* LXXIIL Le Pape y choqué dcTentreprife de T Empereur ^ 
lui écrit une lettre tris-ylvepour s* en plaindre. 



HISTOIRE 

D U 

CONCILE DE TRENTE. 

LIVRE PREMIER. 

|j^§^^§^ UOIQUE plufiean Hiftoriens célèbres de notre Gicle Deffim'ii 
•S6 ^^ ^ aient touché quelques particularités du Concile de Trente ^Auumr. 
iL \^' Mi. *^"* '*'^'^ Eaits , & que Jtaa SUidan ■ Auteur fort exaft 
fe\V~V^ ea ait décrit avec foin les caules & les motifs i comme 
!w^^5£. cependant tout ce qu'ils en ont dit joint enfemble ne fuffit 
pas pour en faire une narration luivie & entière , je me ptupofe d'ea 
^rire ici l'Hiftoire. 

A peine avois - je commence à prendre quelque connoiflance dei 

I Jtan SUidan Âuiiur fort txaS, Stc. ] on j reconnoît beaucoup ie fidélité. Plo- 

Cet Hiflonen , qni prie le nom du lira de fïeuTS de nos fciiviins ont tâchi d'en d^ 

fk naiSance , nâc]uit a Stcide village proche cifJicei l'autonif : mais comme , poor ce 

it Cologne , au coiTimencement de i f ^^ , <]ui legarde let alfaiies d'Allemagne , oa 

&mDDTutde la pelle à Srrasbouig au moi) voit «que loui c(l appuya Cm des mono- 

d'Oflobte Jjjt, Peu conGJérablc par fa mens originaux, on ne peut douter qu'à 

naiHânce , il fe didingoa par Ion mfriic 3c cet ^aid du moins on ne doive compter 

fes talens. €levé parmi les Cacholiquei , it fur fa v^ité, quoii^ue peut ■ 6tre il puïflë 

le fit rocceflivemeni Zuingiien & Luihé- y avoir quelqtws fautes. S ItiJan, dit il'A.a- 

tienavec b ville de StTasbnmg, qui l'em- bignJ,L. i.c. i. tjiun Âuttur qui n'ait^ 

ploya en diDérentes occafions , ii dont il ni afft^ là ni ajft^ tjlimé ta ce ^t'cle ; dur 

iîil d^tf au Concile de Trente- Son Hif- ^el Ut Lbeurt fenttnt un tfprit général i 

(oire, dans k compofiiian de laquelle il du^utiles pajponi nt s'emphytnt qut eoutn 

Ini aid£ ^tx Stunniuf , e(l bien Petite i & Itviee, duquel U diligtnct ne s'attachi i 

^ù^ue partiale pour le Parti Pioieftant , siuune ehofi indigne , & dt qui la grandeur 

A i) 



4 HISTOIRE pu CONCILE 

ai&ires dvt monde , que je me fentis une extrême curioficé d'apprendsr 
tout le détail de ce qui s'étoic pafTé dans ce Concile. Ainfi , ^ après avoir 
lu avec foin tout ce que je pus rencontrer de monumens publies imAri« 
mes oa manufcrits , qui ont rapport à cette AlTemblée , je me mis i recner- 
«Pallav. cher ^ tout ce que les Prélats & les autres qui y avoient aififté nous en 
lûtrod. c 4.-Qj^ j laiflTé, & je n'épargnai ni foins ni peines pour recueillir les Mémoires, 
les Votes 5 & les Suffrages publics ^ ou qu'ils nous ont confervés eux-m2« 
mes , ou que d'autres nous ont trànfmis^, & jufqu'aux Lettres d avis > qui 
fe font écrites de Trente pendant la tenue de cette Allèmblée. J'ai même 
été afïêz heureux pour voir des reoueils entiers de Lettres & de Noces de 
ceux qui ont eu une grande part dans toutes ces intrieues. Et c eft à l'aide 
de tous ces monumens , qui peuvent fournir une matière aflfez ample y. qua 
je me propofe d'écrire cette Hiftoire. 

J E raconterai donc les caufes &c les intrigues d'une Aflemblée Ecclé- 
(laftique , qui durant le cours de vingt- deux ans a éoé pour diverfes fins & ps 
diffcrens moyens recherchée & fbllicitée par les uns, & arrêtée ou retar- 
dée par les autres ; & qui pendant dix-huit ans , tantôt aflfemblée & tantôt 
interrompue, mais toujours tenue dans dts vues toutes différentes >. a eu 
enfin un fuccès tout contraire à l'attente de ceux qui l'avoient procurée » 
& à la crainte de ceux qui l'avoient traverfée. Belle leçon , qui nous 
apprend à remettre tout entre les mains de Dieu» & à ne point nous re-- 
pofer fur la prudence humaine. 

* Pallav. 

^ ftqq.^ ' ^ ^^*" établi' le bchume par i oDitination des rartis oppolès , qu' 

n€ méprlfe rien de convenable à rffifioire ; moires Aa Cardinal da Mula^ & quantité 

hix qui ni ont donné goût de lui , & m'ont d'antres 5 on peut fe convaincre & par les 

dégoûté de plufieurs autres. Il e(t vxai que Lettres de Vargas qui ont été publiées ^e- 

ce jugement peut paroître panial , comme puis cette Hiftoire, & par les Mémoires de 

venant d*ttn Pxotefbnt : mais pour peu l/i.Dupuy , & par d'autres Aâes, que la 

quon life Sleidan fans préjugé , on trou- plupan des faits qu'il rappone font très- 

Tqp dans Ton Hiftoire un air de véracité , yériubles > & que jG. Ton ne doit pas tou« 

(]ui dément un peu l'opinion dèfavanta- jours fe repofer avec cenitude fur Tes lapr 

geufe que s'en font formé bien des Catko- pons» c'eft à l'inexaftitude de fes Mémoii- 

Iiques. res qu'il fitut s'en prendre, (ans qu'on 

1 Aprls avoir lu avec foin tout et que je pui(fe Taccufer de les avoit inventés. 

fus rencontrer, &c. ) Po/Ztfvian , auffi-bien j. Il a fi bien établi le Schifine^ &c. ) 

que 5c//>/a/i/rtf/2ri, reprochent fouvent à no- L'Auteur de la Critique de THiftoire de 

tre Auteur d'avoir avancé plufienn faits fur Fra-Paoh ^^. 148. chicane fur cette ez- 

fâ propre autorité & fans aucuns garants, pr efCon ^ comme (i notre Auteur eôt voti- 

Mais l'accufation parott a({% mal fondée, la dire, quec'étoit le Concile qui eût fiiit 

Car , outre qu'en difSrens endroits de (bn naître le Schifme s au lieu qu'il eft vifible 

Hiftoire Fra-Paolo cite les Mémoires d'ôil qu'il n'a prétendu faire entendre autre 

n a tiré les faits qu'il avance^ tels que le- chofe ,. finon qu'il avoit fervi à le fortifiez* 

loumal 6e Chérégat , les Lettres du Cardi- Or c'eft ce qu'on ne peut raifonnablement 

%àX del-Montc ^ celles de Vifconti^lesMi* contefter, pour peu que l'on fafe actea- 




DE:'TRENTE, LiVïtB I. y 

k ^Âvlfion irréconciliable*. Les Princes lavoienc demandé comme né- 
ceilaire pour la réforme de l'Ordre Eccléiîaftique \ & 4 U a caufé dans l'£- 
gjUfe plus de dérangemenr , qu'il ne s'y en écoic vu depuis la naiflànce 
du ChriftiaBifme. Les Evèques avoient efpèré ^ d*y recouvrer Tautoricé e Thw 
Epifcopale, paiTée prefque coure entière encre les mains des Papes-, &L*^35* 
f il la leur a faic perdre couc à faic ^ en les réduifanc à une plus grande ^ ^^* 
fevicude. Au concrake la Cour de Rome ^ qui appréhendoic Se eludoit 
la tenue de ce Concile» comme l'inftrumenc .le plus efficace pour modérer 




parcie qui lui relie fujecce, que jamais fon aucoricé na écé fi grande. 
Je n'a jeccé de (i profondes racines. 

On peuc donc sitCcz proprement appeller ce Concile ^ ÏIliad de no-* 

• . - - • 

ricm qoe c*eft i la moltiplieicé des ooaTel^ :toate efpârance cTe lecDavrer ce pouvoir 

ies décifions faites à Trente > & far lelqojBlr par les cpoceffibns faites aaz Papes , & qui 

les on opinoic librement auparavant , qa'eft font devenues une fone de droit , au lieu 

4&e la principale oppofîcion quont âiite qu'auparavant on pouvoit les regarder 

les Protedans depuis le Concile de (è râ- comme autant d'ufurparions. Ceft ce qu'a 

fiir, & la plus fone accufation qu*ih ont obfervé très-judicieulement Mr. de Thau , 

ftite contre l*EgHfe Romaine , en lut Im- qui après avoir rapporté le delTein qu*a- 

imtant d'avoir &it de nouveaux dogmes 8e voit Philippe Roi d'fifpagne de reflerrer 

4t nouveaux articles de foi. l*autorité des Papes le celle des Chapitres 

4. // a cauji plus de dérangement^ Sec, ) pour augmenter celle des Evoques , ajois- 

Pallavicin a rai(bn de reprocher ici kpru- te : Hac invidiofa interpretatione Philippi 

Paolo d'avoir excédé dans (à cenfure. Car eBufifium criminati illi id effeceiunt^ ut non 

pour peu qu'on juge fans partialité > on doit fohim poteftas Epifcoporum non audayfed 

conTeniide bonne foi, que , quelques abus mukum ex ea delibatumfit « cum ea pa^ 

qui redent à redrefler, ic quelques dèfor- teftas quee ipforum propria efl , ex Deiinfii-- 

dres qui régnent encore dans l'Eglife Ro- tuto lu auributa ; nfdetn tan^am à Sedt 

maine , ils font incomparablement moins Apoftolica deUgatis concedatur , & Epifcor- 

grands qu'ils n'étoient avant le Concile: fi pipaffim non fua ftd Pontificis auQoritate 

ce n'eft peut-être qu'on veuille dire , qu'à ac vice in munerefuo obeundofiinp dicaxt- 

b faveur de fes réglemens on peut )u(bfier tur. Ceft en ce fens que Pra-Paolo a die 

flufieuis pratiques que Ton regardoit au- que le Concile avoit fait perdre aux Evè^ 

Î ara van t comme autant d'abus , comme ques toute leur autorité > & Pallavicin ne 

n Commandes à vie , les réfignations in l'eût pu contefter , s'il n'eût penfé , comme 

fayorem > la pluralité des bénéfices , les la plupart des Ultramontains , qu'ils n'ont 

penfions y £*c. Et ce que je viens de dire réellement d^autorité en matière de juxiC- 

da dérangement, doit auffi s'appliquer à ce dié^ion , que celle que leur accordent les 

que dit Pra- Paolo de Tautorité des Evèques Papes. 

.& de celle du Pape. 6. On peut donc ajfei prêprement appel- 
ât Et il la leur a fait perdre tout à fait» ) ter ce Concile /'Illiade de notre fiécle, ) Sci-^ 
)^lon en reifenant davantage l'exercice de pion Henri critique fortement Fra^Paola, 
itui autorité, mais en ne leur accordant pour avoir don n^ ce nom au Concile. Mais 
qu'à titre de délégation l'exercice d'un on ne voit pas à quel titre , puifqae tant 
pouvoir qui leur ap^nenoit effentielle- de raifons montrent la )ufte(re de cette op- 
inent comme Evèques > & en leur âcant plication» Peut-être que la^ longueur die 



I 

* 



s HISTOIRE pu CONCILE 

tre (îède. Ec comme > dans i'Hiftoire que je me propofe cl*cn écrirey te 
ne me trouve préoccupé d'aucune paifion , qui puiilè me dégiifer U 
vérité , je la fuivrai par-couc avec droiture , fans m'en écarter avec coa- 
noiflance. Au refte , h l'on me trouve plus abondant & plus étendu dans 

3uelques endroits de cet Ouvrage , Se plus rellerré dans d'autres y on 
oit confidérer que toutes les terres ne font pas paiement fertiles , 8t 
que cous les grains ne méritent pas d être confervê égateilnent ; 6c que 
quelque foin d'ailleurs qu'apporte le moilTonneur pour recueillir tous 
ceux qui foiic bons, il lui échappe toujours quelque ébi» né ie faifant 
jamais de moiflbn fi entière , qu'il ne refte quelque choie à glaner après. 
L'ufigf MH* !!• Ma s avant que d'entrer en màrière, je dois avertir , que dans TE* 
den dt CE^ elife Chrétienne l'ancien ufage ctoit d'aflfèmbler des Synodes pour terminer 
giife it9it les controverlcs en matière de Religion , & 7 pour réformer les abus qui 
da^emblef s'^jqjçj^j introduits dans la Difciplinc. C'eft ainfi que, ^ du vivant même 
pûHv ttrmi^ ^^ '* plupart des Apôtres , hir terminée à Jérufafem par une Adèmblée oà 
nw Us C0»' fc trouvèrent tous les Fidèles de cette ville À quatre Apôtres , la première 
troverfis éit difpute qui s'étoit élevée dans l'Eglife au lujet de l'obiervarion des Céré- 
Reli£t0H cJi monies Mofaiqiics, auxquelles quelques-uns vouloient aTuicttir lesGen- 
Jd1/W V»f ^^'^* ^^^^ exemple» pendant deux cens ans& plus, & da >s le feu mèmedei 
^ * perfécutions , les Eveques 6c les principaux des Eglifes s'aflèmblètenc pour 
^PaJIav.In- fçf juipçj. \^^ conteftations qui s'élevoienc tous les jrurs dans chaque i-^ro^ 

^ '*• vince , n*y ayant que ce remède pour ôrer les divifions, 6c pour accorder 
les opinions contraires. 

Mais après qu'il eut plu à Dieu de donner la paix à fon Eglife , 8C 
de fufciter Con9anein pour la protéger ; ' i niefur^ qu'il fut plus facile aux 
Eglifes de traiter &de communiquer enfcmble > les di vidons de/inreac 

cette * flemblée n*a été que le moindre da^^ear en parlant des Conciles en géii6> 

mocifde cecte dénomination. rai fait dire a notre Hiftorîen , ju'il n*y 

7. Pour réformer Us abus qui s'ùount avoit alors ^ c'efta-dire, dans ces premîeit 

introduits dans la Difeiplint, ) le ne pais tems, que ce remède pour ôterUsdiviâonsi 

m'empécher d'obrerrer ici , après TAu- au-lieu que notre Hiftorien , (ans ie fer- 

ceor de la Critique de l'Hiftoire de Fra- vir du terme alors ^ dit généralementi 9l 

Paolo y pzf^. )otf. que Mr. AmeUt n'a pas fans déterminer aucun tems , qu'il n'y a 

tepréfencé iA fon Auteur avec toute la que ce remède pour 6ter les dirifions. Ce^ 

fidélité qu'il devoir. Car au lieu que no- altérations , 00 plutôt ces négligences, foitt 

cie Hiflorien parle en général des abus alTez communes dans Mr. Amelot ; mate 

introduits ^(f /Il la Difcipline , (on Tra- nous ne ferons renurqaer que les plas cooh 

du^enr lui fait dire les abus introduits dans iidèrables. - 

t Ordre Ecclefiafli^ue. Au -lien de ce que %. A nufure qu'il fiât plus faciU aux Eefl* 

dit FraPaolo, que tous les Fidèles de lé- fis de traiter & de communiquer enfimkk^ 

xnfalem fe trouvèrent au Concile de cène &c. ) FraPaolo me (emble ici s'exprimer 

ville, Mr. Amelot dit tous Us Fidèles en peu exadement. Ce n'eft point à la paix 

général. Fra Paolo dit, que quatre Apôrres de TEglife que doit contribuer le plus ou le 

y affiftèrenti & Mr. Amelot lui fait dire, moins de communication qu'avoient en- 

fu*ils y préfidèrent. Enfin ce même Tra- femble les diffîrentes Provinces de rfim« 



DE TKENTE, Livre l 7 

aoffi pluS générales. Car zn^i^^ qa elles fe renfermoienc auparavant dans 
ane ville ^ oa tout aurplu^ dans une Province, elles commencèrent 
i, 9*écéndre par tout rEmpiré , dont routes les parties communiquoient 
plus librement enfemble \ ôc ce fut ce qui obligea d aflèmbler d'un 
plus grand nombre de lieux le Concile , qui étoit le remède ordinaire 
aux:, maux de l'Eglifç» C!eft ce qui fit donner au Synode^ que. C^/i-* 
fianfin convoqua en ce tems-U de tout rEnopire, le nom de Grand 
8l de Saine *, éf, quelque teins après celui de Général ou Oecuménique ^ 
quoiqu'il ne comprit . pas toute TEglife , qui s*écendoit bien plu$ loin 
que tout TEmpiré Romain , parce que c'écoit alors la coutume d'ap- 
peUer TEmpereur le Maître & le Seigneur univerfel de toute la Terre 
nabitée , bien que l'Empire n'en fit pas feulement la dixième partie. 

A l'exemple de Conjlannn ». £es iucceUèurs convoquèrent de femblables 
Conciles pour let différends de Religion, qui arrivèrent fous leur Rè- 
gpe. Et comme » nonobftanc ^ la diviiion de l'Empire faite plufieurs fois 
loas le titre d'Empire êi Orient 8c ^Occident y '^ l'on conanoa toujours 
d*en adminiftrer les affaires fous un feul nom commun , la convoca* 
tion des Synodes continua aufli à fe faire de toutes les parties de l'Em- 
pioe* Mais cette union ayant ceffé par la féparation réelle du Gou-^ 




!!•& 13. 

pSie , mais à l'unité de Gouverneoient. miimes « c'eft-à-dire , qoe les Préfeânres 

Et comme l'Empire Romain étoit r^uni & les Diocèfes^ en qooi chaque Empire 

foQS on (êol Chef avant la naillànice do fut fubdivifé , eurent a peu près les m6- 

Ghiîftianifme ^ cette commiiaicatiop eut, mes . bornes. Car les Préfeâures d'Italie 

étéanfli £ici)e auparavant qo'aprèsr Conf^i Se d^s Gaules avec ku^ Diocèfes confti^ 

UBtin , fi elle n'eut été interceptée par. tuoient proprement j'Empire d'Occident 1 

lei perlécotions, qui obligeaient les lidè- & celles d'Orient & d'Illyiie formoieot 

les de fe. cacher , & les empêchoieçt de l'Empire d'Orient $ & ces. divifions (iibfif- 

communîqoer enrfeaible. Ceci eft d'au- tèrent même lorfqoe l'Empire k xéunif^ 

ont plus certain ^ que depuis la divifion foit fous un feul Chef ^ jufqufà ce que pas 

de l'Empire , malgré la ceffarion des per- Téreâion de différentes Monarchies panr- 

CcocîonSj on faiCvfombieA (coffre^ de- dif- cnli^res l'Empire eût commeocéà fe dé^ 

ficoltés ia convocation de^ Conciles. Qéné- m^q^brer. 

aux. ..-vfo* L'çn continua ttcn admîniftrtr Us 

, 9» La divifion de ^Empin faite pbifiturs affaires fous un feul nom commun, ) Fra* 

fois fous le titre d^ Empire . dOrient & Paolo s'exprime ici fon jufte* Mais Mr^t 

if Occident. ) Cette divifion faite d'abord Amelot l'a fait parler peu exaâement, ea 

avant le tems de Conftantin , quoique d'une traduifam les affaires EccUfiaftiques'. Cax 

manière difiGb:ente , fe renouvella plufieais notre Hiftorien ne parle point des affai^ 

ibis depuis,, mais toujours avec quelque res Ecclefiaftiques enpmïaûïeiywsàsde^ 

variété, par le plus ou le nioii^s de Pro- affiiires commune^ de l'Empire : Manège 

▼inces qui éçoieut foumifes aox Empe)reufs giandofi gCi- affari in commune* 

d'Orient & d'Occident. Mais les fubdivi* 11. Su trouva envahi en grande partie 

fions xeftèzexit toujours à peu pxèf «Jes par les Sarrafins. ) L'Auifeux de la Critiqoe 



« HISTOIREDU CONCILE 

de Concile Univerfel & Oecuménique ne fe tira plus de l*Unité di 
pire Romain ^^ , mais de TAfTemblée des cinq Patriarches chez les G 
chez nous de Tunité & de ia Communion des Royaumes & des 

2ui bbéiflênt au Pape dans les chofes Eccléliafti ques. C*efl: de c 
roits qu'on a continué de convoquer des Synodes , non pas prin 
mène , comme auparavant , pour aflbupir les dirputes de Religion 
ou pour faire la guerre pour le recouvrement des Lieux faints , o 
écemdre les divisons & tes fchifmes de l*Eglife Romaine , ou bia 
core pour concilier les ditferends furvenus entre les Papes & les I 
Chrétiens. 
Etat de tE- I H- Au commencement du XVI. Siècle depuis la venue de J. C 
gfifi dans U paroiflbit aucun prefTant befoin de convoquer un Concile » & il n' 
^^^'Sihle, aucune apparence d'en voir naître la néceflité de longtems » parce qi 
ces les plaintes de pludeurs Egliiès contre la grandeur de U Cour de 
étoient aJdbupies, & que tous les païs Chrétiens d'Occident vivoi 
communion ic fous robéiflTance de TEglife Romaine. Il n'y avoir qu'u 
de terre dans l'endroit où fe joignent les Alpes avec les Pyrénées » ' 
tcouvoic un refte d'anciens Faudois ou jllbigeois. Encore étoienc 
Amples & (i ignorans , qu'ils n étoienc guères propres à communiqué 
dodrine â leurs voifins , auprès defquêls d'ailleurs '4 ils pallbienc ] 
impies & fi diflblus , qu'il n'y avoic point à craindre que la con 
pût en infe£ker d'autres. 



^e Fra-Paclo , p. 510. dit que THifloire 
ne nous apprend point que Tinvaiion des 
Sarrafins ait donné lieu à la divifîon des 
deux Empires. Cela eft très-certain. Auflî 
Fra-Paolo ne dit rien de femblable \ mais 
Cmplemenc , que Tunion de TEmpire , qui 
avoit ceflë auptxavanc^ fe trouva irrépara- 
blement rompue depuis Tinvafion des Sar- 
rafins Se le panage de l*Empire d'Occident 
entre phiCeufs Princes. 

ix. Le nçm de Concile UnivtM & Oe- 
cumirù^ tu fe ika plus de tl/nité de 
l'Empire Romain, Sec. ) Ceft très-IMal à 
[propos que le Cardinal Pallavicin repro- 
che ici a Fra - Paolo d'ayoir parlé fiiuiTe- 
ment & impropremenr , en difant que 
depuis la divifion de l'Empire le nom de 
Concile Oecuménique ft tira de l'AlTemblée 
des cinq Patriarches chee les Grecs, Se 
chez nous de la convocation des Etats 
qui obéiflènc aux Papes. Car quoique fé- 
lon ce Cardinal le nom de Concile Oecu- 
minique dénote à la rigueur un Concile 
alTeinblé de tous les pais Cfaxéciens , il eft 



cependant certain par l*Hi(loire q 
les Grecs la convocation àt% cinq 
ches , $L chez les Occidentaux Vki 
des Evéques fournis au Pape, m i 
uns Se aux antres pour £iire donne 
Concile le nom d'Oecuménique. ( 
quoi Ton voit la preuve dans ta 
des Cbnciles d'Occident, Se nomt 
dans celui de Trente, o& lesGcec 
rent point invités, comme il fiic 
en if^). 

I ) . Où fe trottvoit un refle d*andt 
dois ou Albigeois , &c. ) Ceft le noi 
leur donna, de celui d'un certain 
Valdo Lyonnois, qui s'éleva contre [ 
dodrines de TEglifè Romaine , & < 
difciples ajoutèrent encore depuis | 
erreurs à celles qu'il avoit enfeign 
s'élevant contre différens abus d 
Eglife y qu'il n'avoit que trop de n 
condamner. Pour le nom d'Albise 
le prirent de la ville d'Albi , o& co 
principale retraite. 
' \^Alspëffoi$mpourfiinÊpus^ 



DE TRENTE, Livre I. 9, 

Il Y dvoic auflî dans quelques Cantons de la Bohème quelque refte 
de ces mêmes Vaudois « appelles par les gens du pais du nom de Pi^ 
cards 'S qui écoienc dans les mêmes opinions > mais donc pour les mè* 
mes raifons on n avoic pas lieu de craindre de voir beaucoup augmenter le 
nombre. 

I L fe confervoit aufli dans ce même Royaume quelques difciples de Jean 
Hufs ^^ 9 connus fous le nom de Calixtins ou Subutraquijics\ & qui » à Tex- 
ception de la Communion qu'ils adminiftroient au peuple fous les deux 
efpèces > n'a voient pas une doârine fort différente de celle de TEglife Ro- 
maine. Mais leur petit nombre & leur ignorance leur attiroient peu de 
coniidération ^ & 1 on ne voit pas d'ailleurs ou qu'ils fudènc fort curieux 
de répandre leur doâirine, ou que d'autres fiflènc paroître quelque dclir de 
s*en inftruire. 

I L y eut bien du tems dQ fuies IL quelque danger de voir naître ua 

Scfaifme. '7 Car ce Pape, ^ qui fe livroit plus à l'exercice des armes qtt*à /Pallm 

celui de fon Miniftère , & qui dans l'adminift ration du Pontificat crai- L. i. c i« 

Oaaph. ta 

16. Connus fous le nom de Calixtins ou ^^^ ^^ 
Subiaraquiftes. ) Parce qu'ils fe décUrè- <5aicciar<L 
rent pour la nécefficé des deux Efpèces 1 & ^^ '' 



tus, 8cc. ) Ceft ainfl qu*eut dâ tra-laire 
M* Amelot pour exprimer le (ens de Fra- 
Paolo , qui dit bien ^ que les Vaudois paf* 
ibient pour tels , erano pofti in cofifiniflro 
€onc€tto d'impieiA & ofccnità ; mais non 
qu'ils étoienc véritablement coupables de ces 
vices, comme femble les en accufer notre 
Tradttâeur, en tradui(ânt, que leurs voi- 
fins les avoient en averfion , fait pour leurs 
impiétés, ou pour leurs faletés , Sec. 

x/. Quelque refte de ces mêmes Vau^ 
dois, appelles par les gens dupais du nom de 
Picards. ) Ceft le nom d'une Sede qu'on 
accafe d'avoir outré les erreurs des Ada- 
mites fin U nudité 6c la communauté des 
femmes. Les Auteurs font très - panagés 
fur les erreurs de cette Sede, dont on toit 
Aoteai an François venu de Picardie en 
Bohème* On ne peut gpèret difconvenir 
qu'il n'7 ait eu quelques Fanatiques qui 
aient poufl! la corruption êc l'extravagan- 
ce jufqu'à ce point. Mais M. de Beau- 
fahre , dans une Diflertation imprimée à la 
fin de l'Hiftoire du Concile de Baie , écrite 
par M. Lenfant , prétend qu'il n'y a ja- 



la réception du Calice. 



Fléury > L 



17. Car ce Pape,qui fe livroit plus à 
l* exercice des armes qu'à celui de fon Mi-- 
niftère , Sec. ] Pallavicin , qui en même 
tems qu'il reproche à Fra - Paolo d'exercer 
(on efprit fatyrique contre les Papes , s'en . 
rend lui-même le plus vil adulateur , après 
avoir fait tout (on poflible pour couvrir les 
fureurs de Jules II. efl pounant obligé 
d'avouer, que ce Pontife étoit d'un ca- 
radère colère & féroce , & qu'il avoit une 
padion pour la guerre fort indécente pour 
fon caraélcre. Era Giulio di cuor firoce 
ed iracundo — Trafcorfe ben egli in quai'' 
che ecceffomilitare — non decevole alla fan- 
titâ del grado. Ceft beaucoup plus en di" 
re que n'en a dit Fra-Paolo , dont on doit 
p}ut6t eftimei la modération fur ce point, 
& qui (e contente d'aflurer qu'il k livroit 
plus qu'il ne devoit à l'exercice des armes « 
chofe dont tous les Hiftorîens du tems 
fdumiflent alfez de preuves. Bellicagloria , 



'x^« 



mais eu de Seâe en forme , qui fit pro- plu/quam deceret Pontificem , clarus , dit 
fd&OTk 4e ces erreurs \ que ce que l'on en Onuphre. Il n'avoir d'un Pontife que l'ha- 



a dit (ont autant de calomnies s & que 
ceux qui ont poné ce nom n'étoient qu'un 
refte de Vaudois , qu'on a noircis par de 
fiuifes imputations* 
T o M s L 



bit & le nom , non riuneva di Pontificeal^ 
tro ehè Vhabito O il nom^ * dit Guiccist' 
din , qui le dépeint en même tems com- 
me coupable de Simonie i invettrati^ ntlls 

B 



10 HISTOIR^E DU CONCILE 

toit les Princes 6c les Cardinaux avec une bauteuf excedive , en avoit forcé 

2uelques-uns d fe féparer de lui & i afTenibter un Concile. Outre que 
ouis XII Roi de France s'étanc retiré de l'obéilTance de ce l^npe qui ravoir 
excommunié » & s étant joint avec les Cardinaux qui s'en étoient féparés > 
il fcmbloit que ces commencemcns dévoient fc terminer à quelque cvè-^ 
nement important. Mais Jules étant mort fort à propos dans ces cir* 
/IdL. i).|. confiances, Léon X fon fuccedeur 8 éteignit promtement & facilement 
^"^ ^7« par fa prudence ce feu qui paroiflbit devoit embrafer toute TEglifc , en ré- 
conciliant au Saint Siège le Roi de France & les Cardinaux qui lui étoient 
attachés *•. ^ 

CéirMâhe IV. Léon apporta au Pontificat de grandes qualités , qui étoient le fruit 
de Léom X. de la naifTance illuftre & de l'excellente éducation qu'il avoit reçue. Il 
avoir entre autres une grande connoifTance des Belles-Lettres » une incli- 
nation particulière à favorifer les gens favans & vertueux , de Thumanité » 
, de la bonté, une extrême libéralité, & une C\ grande affabilité à traiter- 
* avec tout le monde , qu on trouvoit quelque choie de plus qu'humain dant 
toutes fes manières , & que depuis très longtems on n avoir point vu fur le 
Skint Siège, de Pape qui eût eu de ù grandes qualités, ou même d'appro- 
h Pallav. k chantes. Et il eût été un Pontife parfait , ^ fi a tant de perfedions il eût 
i. c/ X. ■ joint quelque connoifTànce des chofes de la Religion , ' ' & un peu plus 
d'inclination à la piété , chofes dont il ne parut jamais fe mettre beaucoup 
en peine. 

(JoMME il étoit très libéral , & entendoit aufli parfaitement l'art de don- 

f Flcary , ner , qu'il fa voit peu celui ' d'amafler , il fe fervoit du miniflère de Laurent 

L. 115. N® Pucci Cardinal de Santi-quatro y qui avoit pour cela un talent tout parti- 

^9' culier. Léon doue dans cet état paiûble » voyant tous les Schifmes etouf- 



Simonia & ne eojbiml infand , L. £. Sem* 
bo dans fon Hiftoire de Venife confinne U 
même chofe; & il 11*7 a for cela au*iine, 
(êole voii de tous les Hiftoriens. Il rat élu 
Pape en x f 05 , & moamt en i f 1 5 , après 
«voir £ût des gnerres continoelles , & en 
méditant encore de nouvelles , fi nous en 
cioyons Guicciardin Se Paul Jo^t. 

\%.EtUs Cardmanx qui lui étoient utta' 
chés. ) Savoir Bemjtrd Carusjal, Guillau" 
me Bnçonet , François Borgim , René de 
Brie , Se Frédéric SanSeverino. 

19. i/ eût joint quelque eomnoiffanee des 
ehojès de la Religion, & un peu plus d'in- 
eBnatian à U piété, ) PaUavicin n'ofe pas 
contredire IciFro'FaoloiNelche ionongH 
contradico — Non ^oglia già io afrmare , 
cke/bffe in lui tsnta cura deUapietâ , quan- 
utfirUkieieys êtMQftetto^usfi divino^ Uc 



Et c*eft une preare bien fenfible , que c'eft 
moins par efprit de ùxjit qoe par atta^ 
cfaement poor la vérité , que notre Âoteor 
n'a po diffimuler le peu de rel^ion de ce 
Pape, atteilé d^ailleors par les Hifbmens. 
Egli per natura , dit Gaicdardin , dedito 
air ocio & apiaceri , & hora perla trepp0 
licen^a egrande^^a oËettofapra modo aelte 
facende, imtner/b ad udire tutto'l gjiêmo 
mufiche, facétie , e hufini, inclinato ancora 
troppopiu che fbonejh apiaceri , L. 1 4. Sa 
jeunedè fiu aflez édifiante , mais cette ré* 
potation ne fe footint pas pendant fon Pon- 
tificat; êc Paul Jove, qai le looe aflèz 
d'ailleurs, convient qu'il fut foupçonné de 
dAauches , & même des plus criminelles. 
Il fut élu Pape en ifi) , & mourut en 
If 21, auffi déaié, qu'il avoit été eftimé 
à Ibn avènement au Pontificat : Ingannm 



DE TRENTE, Livre I. ii 

fési 8c n*ayant point, pour ainfi dire, d'adverfaires i craindre, puifque 
le peu de f^audois & de Calixtins qui reftoienc n ecoienc d'aucune confidé- 
ration ; ^^ après avoir épuiic par les libéralités exceffives faites à fes Parent ^ 
à fes Courtifans , ou aux Profefleurs & aux gens de lettres , toutes les 
refiburces dont la Cour de Rome a coutume de fe fervir pour attirer â elle 
les richedes de tous les autres pais, penfa â mettre en œuvre celle des In* 
dulgences. 

V. Ce moyen de tirer de l'argent^ commença i être mis en ufage vers Or^hitàn 
Tan MC par le Pape Urbain II. *« qui accorda une Indulgence plénière çt^xindulgeneêu 
la rémiliion de tous les péchés à tous ceux qui iroient à la Guerre de la *"''*'^^ 
Terre Sainte pour retirer le Saint Sépulcre des mains des Mahométans. Cet ' ^* 
exemple fut fuivi dans les fîècles fuivans par fes fucceflèurs , dont quelques- 
uns pour renchérir , comme on fait d ordinaire fur les nouvelles inventions^ 
accordèrent la même indulgence i tous ceux qui ne pouvant ou ne voulant 
pas aller eux-mêmes à cette guerre, y fourniroient un homme. D'au* 
très dans la fuite offrirent les mêmes Indulgences à ceux qui contri- 
bueroient pour faire la guerre aux Chrétiens mêmes , qui refuioient d'o* 
béir à l'Eglife Romaine. Tels furent les prétextes dont on fe fervit fouvenc 
pour faire des levées exceflives de deniers , dont on ne fit point de fcrupule 
d'employer fouvent le tout ou la plus grande partie a des ufages tout 
différens. 

VL Ce fut i cet exemple ^^ que Lion , par le confeil du Cardinal mdzvi« 

Lion X« 

sflai Vtfpttttttiont , tht qucndofu mffonto éd vcntbic au tems préfcnt : Ne convtnire tan- — ■^-■— • 

Pontificato s*hmveva dilui, coneiofia ck\i U pompa, m Poniifici , ni tjftre feeondo la 

fiufe'ijfe di maggior pruden^a , ma dimolto conditione dt tempi prtfenti il dijjipare inu' 

minore botuÀ di qiutl^ ch'tra gméicsioda tUmerm i danari accunUdati dall* Anttetf" 

tutti. Guic. L. 14. • fore. Ceft allez dequoi }\i(ki6eT Fra-Paoh. 
zo. Après avoir épuifipar les liUraUtés xt.Ce moyen de tirer de l'argent comment 

tsttêffhes , &c« ) Que Lion aini&t le £ifte ça à être mis en tifage vers l'an i loo , par 

St fit piotAc prodigue que libéral, c*efl ^P^ UrkainIL) Ceft eflfèétivement la 

in cfloi Guiccardin , Onnpkre p ic Panl Jo* première Epoqoe des Indulgences pécu- 

ve conviennent de bonne foi. 14algré ce* niaiies. Le Gard* PaUaviein, pour léfii- 

la PaUavi€in<t L« i.c. ». prétend que l'A- ter norre Hiftorien , nous parle d'Indu!- 

puifement des finances vcnoit moins de la gences plus anciennes, 9c des Stations que 

prodigalité 6e Léon, que des dépenfes ex- S. Grégoire & d'autres Papes après lui 

cefiTes qu'aroic faites Juteo pour les guer- établirent dans certaines Egli(ès de Rome 

ses comtnuelles qu'il avoît eues à foutcnir. êc ailleun. Mais quel rapport ont ces Sta« 

Mais en cela il eft démenti par Gnioiia^ tions ou ces Indulgences avec celles qu'il 



i/iii, qui L. II. & 14. parla des xjéConqat £illoit acheter k prix d'aivent, et dont on 

/nks avoit amaiffs St que Uon difCpa en a f^t on commerce fi icafidalenx ^puxs 

peu de tems : Haweva in krifwt tempo dijjj^ l/riain II. en lo^f r Ceft de cesdernières 

patQcon inefiimakUe prodigalitÀ Utefonf ae^ que parle Frs^Pnolo, âtilttt certain qu'on 

mimnUto da Giuli^ ; ft qui rappone qu'il n'en peut £iif e letnonier plus haut l'orî- 

iKpenia 100 , 000 ducats i foo Couronne* gîne. 

mem, pn>fu&}n qui (bt condainn<« oom- a a. Cefitt à net exemple pte Lém^parh 

Mt pc» (bnti i m Positif, H m cou- •mpitàt Cttré.SÊm'fmntr$, tÊçmdapeir 

B 1 



il HISTOIRE DU CONCILE 

MDXTi. SamUquatro » ^ accorda par coure la Chrécienté une Indulgence à tous 
Léon X. ceux qui voudroienc donner quelque argent \ Indulgence , qu'il étendit 
"— ^— même jufqu'aux morts , en voulant que les âmes de ceux à rincencion 
^llr ^j ^ dcfquels on auroic donne de l'argent , fuflent délivrées des peines du Pur- 
^luvilUs g^^^^^ • ^ ^^^ ^^ ajouta encore une pcrmiffion de manger des œufs & da 
c^ éibufedu^^^ les jours de jeûne > de choi(tr un Confeflèur à fon gré , & d'autres fà-« 
rr-j#«M ^m'i7 cultes pareilles. S'il y eut quelque chofe dans l'exécution -de cette 
4n tire. Bulle de peu conforme à la piété & aux régies , & fi » cqmme on le 
'L^L^' dira, elle produifit tant de fcandales, 8c excita tant de noiîveautéss ce 
Slcid! L i. ^*^^ P^ 9^^ '^^ Prédéceflcurs de ce Pape n'euflent accordé avant lut 
p. I. des chofes pareilles par des motifs qui n'étoient pas plus honnêtes , Se 

Thuan. qu'ils n'euflent fait paroître autant ou plus d'avarice dans leurs extorfions : 
L 1. N** 8. mj^jg ç*^(^ q^ç fouvent , faute de perfonnes qui fâchent profiter des occa- 
fions y on voit échapper celles qui fe préfentent de produire de grands 
érènemens *, & qu'il faut d'ailleurs , que pour efièâuer ces choj^ , le 
cems qu'il a plu a Dieu de redreflèr les égaremens des hommes toit ar- 
rivé. Ceft juftement ce qui fe rencontra dans le tems de Léon, donc 
nous parlons. 

Ce Pontife ^^ ayant publié fon Indulgence plénière en l'an mdxvii, 

en diftribua une partie du produit avant que de l'avoir reçu » & même 

avant qu'il fût bien aflkré, ayant afligné à différentes perfonnes le revenu 

de diverfes Provinces, & réfervant celui de quelques autres pour la 

mPallav. Chambre Apoftolique. Dans ce partage °> il fit don *4 de tout ce qui de- 

Guicc^arA ^°^^ revenir de la Saxe , & de cette partie de l'Allemagne qui va de là 

L. 15. jufqu'à la mer, à Madeleine (a focur, femme de France] chette Cibo fils- 



toute U Chrétienté une Indulgence, &c.) 
Ceft fax Tautoricé de Guicciardin , de Slei- 
dan 4 & de M. i£f Thou , que Fra^Paolo a 
avancé ce £aiit. Cependant Pallavicin^ L. 
1. c. 3. prétend qoe ces Indulgences ne 
furent envoyées qu'à cenains païs particu- 
liers. L'un & Taotre peut être vrai. L'en- 
voi s*en étoit déjà h\t en dificrens païs 
particuliers > mais il n'y a nul lieu de dou- 
ter que le deflein du Gard. Pucci , qui 
ivoit fuggèié ce moyen à Léon , ne fuc de 
les envoyer (ucceflîvement par- tout , Se 
qu'il n'en fut empêché que par les rxoubles 
qu'elles excitèrent en Allemagne. Septi^ 
tmndo nellt gratic , cht fopra U cofe Jpiri- 
tuali & ben^ciali concède la Corte , U con^ 
fitio di Loren^o Pucci Cardinale di Santi- 
quatro , dit Guicciardin , L. x ) / haveva 
fparfo fer tuto il mondo , fen^a diftintione 
ili tempi & di luoghi , initlgentie amplijji' 
wu^ ttonfoloper poter giovare con ejifuel- 



li che aneora fbno nella vira prefintc , ma 
confacoltâ dipotem oltra quefto liberare Vof 
nime de defonti dalle pcne de Purgatorio : ce 
qui eft aufC confirmé par Sieidan au con»- 
mencement de Con HiÂoire : Miffispcrom^ 
nia régna literis atque diplomatis, &c. Of 
cela montre , que fi l'envoi n'étoit pas en- 
core £iic, on avoit du moins l'intention de 
le £aiire ^ Se que Fra-Paolo en ce point ne 
s'eft nullement écarté de la vérité» 

2, ) . Cr Pontée aiant publié fon Jndulgen^ 
ce en mdx viu ) Elle le fut dès l'an i f z ^» 
& les BreÊs en avoient été expédiés félon 
Pallavicin dcsïzn ifi4 Se ifif. 

14. Il fit don de tout ce qui devoit revenir 
de la Saxe ^^ à Madeleine fa faur , &c. ) 
Pallaviciny L. i. c. )• joge que, fuppofS 
que ce don fut véritable > on pooiroit lé 
juftifier. Mais il prétend qu'on n'en trou* 
ve aucune preuve dans les Archives & dans 
les Regifires de la Cbambre Apoflbliqiie» 



DE T R E N T E , L 1 V R E L î 5 

hacurel à*Innociiu yJII , qui en faveur de ce mariage Ta voit faic Cardi- m d x ▼ t. 
nal à râgc de quatorze ans , & avoir donné entrée par-là aux grandeurs L i o n X. 
£cclé(iaftiques dans la Maifon^dc Médicis. Ceite libéralité de Léon n ecoic — — — 
pas tant un effet de fon zSéSdon fraternelle , qu'une récompenfe des dé- 
penfes qu'avoir faites pour lui la Maifon Ciio durant fa recraire à Gènes» 
où il fe réfugia lorfque fa famille fut chaffée de Florence y n'ayant pas pa 
demeurer à Rome fous AUxandrc VI , ni avec les Florentins ennemis de 
la Maifon de Médicis. ^5 MadcUine^pout tirer le plus qu'elle pouvoir du don 
de fon frère , chargea du foin de faire prêcher les indulgences 8c d'en re- 
cevoir le produit TEvêque Arcmbaud^ qui en pafTant à la dignité Epif- 
copale n'avoit rien perdu des qualités d'un parrair Marchand Génois. Et 
celui-ci , fans aucun égard i la qualité des perfonnes , céda i qui lui en 
offirit davantage le droit de publier l'Indulgence \ & il le fît d'une manière 
fi fordide > que fans aurre vue que de tirer davantage d'argenr » il ne fongea 
qu'à trouver des Miniftres qui lui futlènr femblables » fans concraâer avec 
les perfonnes médiocres , qui puflènt parrager avec lui le profit. 
C i T o 1 T la coutume en Saxe > que quand les Papes accordoient 



3 



Cela peut être, mais ce font des libérali- 
tés donc on n'aime pas à charger des comp- 
tes. Le filence eft ici la plas feible de 
toutes les preuves ^ far tout lorfque le fait 
eft attefté par les Hiftoriens , comme ce- 
lai ci Teft par Gmcciardin. Et accnbbt , 
dit cet Hiftorien, L. i\. cht il Pontefict , 
il fuaU per facUiià dcUa naturafua cferci- 
tava in moite cofe conyoca maeftâ luffieio 
Ponteficale, donb à Maddalenafuaforella lo 
emolumento & lUfauione dclU indiUgen^e 
di moite parti di Germania, 9cc. Le té- 
moignage dun Hiftorien qui vivoic dans 
ce tems même, & qui étoit attache à 
Léon par Tes emplois , peut bien fuppléer 
ma filence des Regiftres , ou du moins on 
ne peut pas accoler FrorPaolo d'avoir in- 
venté le fait. 

X s • Madeleine — chargea du foin défaire 
prêcher Us Indulgences & d*en recevoir le 
prodÊtit VEvêque Arembaud , qui enpaffant 
à la dignité EpifcopaU m'avoii rien perdu 
des qualités d'un parfait marchand Génois,) 
PaÙavicin , L. i. c. )• a laifende relever 
Fra-Paolo pea ezaâ for 1 anide à* Arem- 
baud , qui n étoit ni Marchand ni Génois , 
mais Gentilhomme Milanois, & qui n'é- 
toit point non plus encore alors Evèqoe, 
ni n'avoit la Saxe pour fon dépanement 
dans k Ferme des Indulgences; Ce (bnc 



des inexadlitodes , qae cet Hiflorien a eà 
doit de relever, qnoiqn'ao fond elles à'al- 
tcrent point TefTence du fait principal. 
Car , félon PaUavicin même y il «ft cer- 
tain qxx Arembaud fut chargé de la publi- 
cation des Indulgences , êc du recouvre- 
ment des deniers fur le Rhin y aufli • bien 
que dans la Bafle Allemagne & le Comté 
de Bourgogne. Le même Hiftorien con- 
vient auflî qu'il devint depuis Evéque , 
quoiqu il ne le fût pas alors. En effet » fé- 
lon i/ghelli , il ne devint Evèque qu'en 
ifif , qu'il obtint l'Evêché de Novare» 
d'od il padk enfuite à l'Archevêché de 
Milan. ( It. Sac. T. 4. ) Mais ce qo'il 7 a 
à remarquer , c'eft que Gucciardin attef- 
té que ce fut Madeleine qui lei fit dépa-* 
ter pour cet ofiBce, &quec'éioitan hom* 
me fon avare : ce qui eil précifëmeot tout 
ce qu'il 7 a d'eflèntiel dans le &it rappor- 
té ^ Fra-Paolo. La quale^ dit Goic- 
ciardin, L. 1.3. havendo fatta deputato 
Commejffario il Fefcovo Armboldo minijlro 
degno di que fia commeffione, chtl'efercitava 
con grande avaritia & eftorfioru. Si Fra- 
Paolo n'eft point coupable de plos grandes 
inexaétitudes qae cdles qui fe trouvent 
dans le récit de ce £iit , on ne doit pas 
craindre que la réputation de fon Hiftoire 
en diminue* 



14 HISTOIRE DU CONCILE 

M D X V I. cies Indulgences , " la publicacion en écoic abandonnée aux Ermita de S« 

Léon ^ jfugufiin *^. Les Quêteurs commis par Arcmbaud ne voulurent point 

.. fc fervir* d'eux , de peur quêtant accoutumés de longue main a ce 

L I. c. ?! commerce > ils n'euflènt radreflc de tirer fecretemcnt à eux une partie 

du profit ; ou qu'étant leur office ordinaire de publier ces Indulgences » 
Bzov. ad elles n'en valuûent moins entre leurs mains. Les Quêteurs ^ en charge* 
an. 15 17. rent donc les Dominicains^ qui, par les nouveautés qu'ils débitèrent 
^r'^' . pour faire mieux valoir les Indulgences qu'ils publioient » donnèrent 
/in L^f'' oeaucoup de fcandale : comme en excitèrent de leur côté P la vie dé* 
Thaan. L ^'^ ^ ^^ ^^^ débauches de Quêteurs mêmes , qui dans les tavernes fie 
x.N^S. aillears dépenfoienc en jeux & en autres chofes qu'il eft plus à propos 

de taire , tout ce que le peuple prenoit fur fon néceflaire pour gagner 

les Indulgences. 
Méirtb^ VIL Cbxtb conduite des Quêteurs % engagea Martin Luther , de 
Luther i*c- l'Ordre des Ennius de S. Auguftin , à s élever contre eux. ^^ Il fe contenta 
lève tùntre d*abord de parler contre l'excès des nouveaux abus » donf ils fo* reii* 

ceux qui les 
frèchoient 



* 160 C'éeoit la coutume en Saxe, que quand 
comte Us y^ p ^conbieat des Indulgmces , ta 
Quêteurs » , •. ^ \ 1, • * . y * r- • 

^ ... /:. -«^ ptsbhcatian em mou sùémdonaée aux Ermites 
O» enjuste j ^ ^ ^- » r. » # r 
contre Us ^* Auguftin. ) Fra-Paolo le trompe 

Indtdtences ^^^^^ <^ic qoe c*écoit la codnune en 

fnimes, ^xede leur abandonner la publication des 

a Pallav. L Indulgences. Car il paroip par les preoves 

I. c. 4. & y. qu'en appone PaUavicin , L. 1. c. ). que 

SIcid. L. I. c^ emploi n'étoic af&âé à aocun Oidre par* 

p. 6. cicnlier, de qae b commiflion en étoit don- 

rleurv , L. née tanrAc aux Franctfcains , & tantôt aux 

1 1; . N^4o. Dominicains , qui en dernier lieo en avoient 

été chargés par les Chevaliers Teotoniques. 

Aoffi ni Omicciardin , ni Sleidsm , ni Mt 

de- Tkou , ne font nulle ntenc ion de cette 

coutume » ft je ne (ai comment a prévalu 

Ibr ce poinc Ifopsnion populaire , qu'a (iii« 

vie FrO'PaêU &ns tiop Texamin^ % quol- 

qut PaUavicin , L. i. c. 4. avoue que Hi 

)aloufie des Auguftins contre les Dominé^ 

cains lut une des premières caufcs de tous 

tes troubles. 

ST. €S déèauckcs des Quêteurs mimas , 
qui dans ks êovtnuê & ailleurs difénfriem 
en jeux ^ en aafiw chafts qu'il cftplus à 
fmpos de $um > &e« ) Ce iont les ^prei 
termes de Guicdsrdinôc de M. de Thau , 
que Fra-P4Qi9 n a dit que copier { & la 
roppreflîoQ que fit la Concile de Trente de 
ces (bnes de Qaâse«9s , ne ^ftiSt que trop 
les plaintes qu*en fait ici notit Htfltiioii* 



Perche era notorïo , dit Guicciardin , cke 
{ indulgenae ) fi concederana filoMteute fer 
eftorquere danari da ffi hucmimi , & effenda 
efercitate imprudentemente da Commeffmni 
dcputati u quefta efattione , la pim parte de 
quoH comperava délia Carie la facoltà di 
cfircitare, kavcva concitato in tûolti luatU 
indignatione &fcandalo affui , &eJpeciaL 
mente ncHa Germania ^ dave a aiôki de' 
AHaiftri era i^eduta'Penderepcrpoco ptcm^ 
à giacarfi fa ic taverne lafacoliâ di Iwe^ 
rare l'anime de* morti dal Purgataria. M. 
de Tbou s'ezprinned une manière a&i fem» 
blable : âr ce qui rend la cbofe plus cei* 
taine , c*eft que Pallavicm n*ofe la 4è&* 
vouer. 

it. Ilfc contenta Sabord de parta^ eature 
l* excès des nouveaux akus. ) Palla^ictm^ 
qui n omet rien pour multiplier autant 
qu'il peut les fautes de notre Hiftorien « 
croit te conmincte de hmt en foutenanc 
que luiker dans fet pcemièies Frapofr- 
tsonf Mcaqua égalemem les Indulgeacas 
conmie tes Abus. Ci hk eft véri^te , 
mais ne montie pas b (aulleti de ce tfon 
ék FrO'Paoh \ piiirqu>'a«ant la p«Wicatio« 
de fes Pfopefcioaft , Itsthee avoit âc pulé 
ft px4ch£ contre les abus qisi Te comme^- 
rolent dans la publicarion des Indulgen* 
ce9 , comme le rapporte SUidan : Is corn- 
cknièus itHs & ^^uafiemn^ lèàeKs exc99a>^ 



DE TRENTE, Livre I. ly 

doient coupables. Mais , irrité de fon procédé à Ici^r égard , il fc mit i m » x vi i. 
étudier l*origiiic & les fondcmcns des Indulgences ; Bc paflant des nou- ^^^^ ^» 
teaux abus aux anciens , & de Tédifice aux fondemens mânes , *^ il publia """"""""^ 
xcv Propofitions fur cette matière, qu'il offrit de détendre à Wittcm- 
berg. Mais , quoiqu'elles eulTent été & vues Se lues , perfonne ne fë pré* 
fcnta pour les attaquer de vive voix. Seulement ^ F. Jean Tu[cl Domi- rFIcury ,L 
nicaîn en propofa d autres toutes contraires , dans la ville de Francfort en nf . N''4o. 
Brandebourg. Pallav.L.i. 

VII L l)ettb oppofition de conclufions fut comme une déclara- ^' p , ^ 
tion de guerre. Car Luther aiant écrit pour la défenfe Ses iiennes y Théologiens 
* Jean Echius les attaqua \ & tous ces écrits aiant paffé |ufqu*à écrivent 
Rome, Sylveflre PnVno J>)mînicain prit auffi la ^\\xmtcotïtizlMther\ contre Lu- 
it ce )® conflit mutuel fit paflTër les uns&: les autres de la matière con* ^^c7'*j t 
teftée â quelques autres points d'une plus grande importance. * ^^ 

£ N effet , comme Ton n'a voit pas encore bien examiné auparavant la Pallav.L.i. 

3ueftion des Indulgences , & qu'on avoit également ignoré la manière c 6. 
le les bien défendre , ou de les bien attaquer , Ton n'en oonnoifibit ^^^^^J^ 
pas trop bien ni la nature ni les caufes ^ Quelques-uns crôjoient > que les !^^' ^ 7'* 

t Pallav. 

ius , quum vîderet vulgo credi quoi Uli ja- ques points d'une plus grande importance, ) L» 2- c. 5. 
Bahant , cœpit monere homines , agerent C*eft Vefftt ordinaire de toutes les difpo- 
prudenter ^ neque merces illas tanti corn" tes, par rencfaainement naturel qo ont dif^ 
pararcm ; qued enim his rébus impende^ férentes matières les ones avec les ancres. 
nm ^ muUo pogc coUocaii nuliiu. £c ce C/eft aaffi ce qui fit pa&r Luther de la 
ne fiic qaaflei de tems après ces prcdica- queftion des Indulgences à celles de la Pé- 
oons, qœ Zi/xA«r écrivit à rArchev^oe de nitence & du Purgatoire , & à plufieurs 
Mayence » & loi envoya (es Propofitions . Il autres. Et quoique dans Tes prémices Pro- 
eft en effet naturel de croire que Luther , portions cet Auteur touchât tous ces difS* 
|aî ne fongeoic nullement alors à fe fqiarer rens articles , ce n'efl nollenient une preuve 
eTEglife Romaine , ne commença i parler comme le prétend PaUavicin , que ce Ré- 
contre la doébine qu'on y prêchoit , que formateur eût eu deflèin d'attaques tous ces 
brlqueladifpuceentcomnieiicéàs'échaaécr points , avant que les comefiicions qu'il 
par les efiôrts que fûToient les Prédicateurs eut avec (es advexTaires dans les pédicacions 
des Indulgences pour juftifier les abus con- & les entretiens euflènt commencé à élargir 
tre le(quels Luther déclamoit i & c*eft ce la difpute. Ce progrès eft exaâement mar- 
ue déclare nettement l'Auteur de la Vie que par Gulcciardin^ L. 13. où il dit^ que 
le Luther, Luther ayant pris occaûon des abfus des C^uè* 
29. N puàlis xcv Propofitions, ) Pallof ceun,€ommeni(aparœépniieriesIndu]gen- 
vicm ^ L« I. c. 4* en nomme zcvii. Mais ces, de âcome(ler enlnite aux Papes Tauto- 
SUidan , aufi-bien que h plupart des au- rite de les accorder : osais que , (butem par 
«es , n'en comptent que zcr i 6c on n'en les applandiflèmens popalaires & la pro- 
tranve pas davantage dans les premières ceétion du Doc de Saxe, (ans (è contenir plus 
Thèfes de Luther publiées en i ; 17. & qu'il long-temt dans ces bornes , nonfèulement 
défendit enfuite dans (à lettre à Léon X. il excéda dans l'anaque qu'il fit de l'auto- 
écriteen if 18. Luth, T. i. p. fi. & loi. rite du Pape, mais qu'il vint avec le tems 
)0. Ce conflit mutuel fit pajfer les uns à défendre bien d'autres erreurs : Nonfolo 
& les autres de la matière eorusftée à quel- fu troppç immqdarato contra Upotefià de* 



i 



i 



I 



16 HISTOIRE DU CONCILE 

M D X V X I. Indulgences 3 1 n'écoienc pas tant une difpenfe de payer ce qui eft d\i à 
Léon X. 1^ Juftice divine , qu'une abfolucion ou une reraife que faifoient les Pré- 
"■■"■■■■" lats des peines que dans les anciens tcms l'Eglife impoloic aux Pénicensr 

rur maintenir la Difcipline » & donc les Eveques s etoienc attribué pea 
peu rimpofition , qu'ils communiquèrent enfuice au Prêtre Pcniten* 
cier ) & enfin à tous les Confeficurs. D'autres , trouvant que cela tour-» 
noit plus au dèfavantage qu'au bien des Chrétiens , qui étant délivrés 
des peines Canoniques négligeoient de fatisfaire â la Juftice de Dieu par 
des peines volontaires , concluoicnt qu'il falloit que les Indulgences dé- 
livraient des unes & des autres. Mais ceux-ci étoient encore partagés 
entre eux. Car les uns vouloient que ce fut une abfolution entière > fans 
qu'il fut befoin de rien donner en équivalent. ^Les autres au contraire, 
ton oppofés à ce fentiment > foutenoient qu'à la faveur de la charité qui 
unit tous les membres de l'Eglife » les pénitences des uns fe pouvoicnc 
communiquer à d'autres » 6c les acquitter par une telle compenfation» 
Mais parce que cette forte de remife paroidbit plutôt être le fruit des mé- 
rites des perfonnes ûintes &ç vertueufes » que de l'autorité des Prélats > 
de-U vint une troidéme opinion » qui fit les Indul^nces partie abfolution , 
i quoi l'autorité eft requife , & partie compenfation. Et comme les Eve- 
ques ne vivoient pas de manière d pouvou^ donner beaucoup de leurs 
mérites à d'autres , on fuppofa dans l'Eglife un Tréfor rempli des mé- 
rites de tous ceux qui en ont pltis qu'il ne leur eft néceflaire ; ic donc 
la difpenfation eft conunife au Pape y qui en accordant les Indulgences 
donne au pécheur dequoi payer fa dette par l'aflignation équivalente qu'il 

Îrend fur ce Tréfor. Mais la difficulté ne fè trou voit pas par U toat« 
-fait terminée. Car fur ce que Ton objedoit » que les mérites des Saints 
étant d'une valeur finie & limitée , ce Tréfor pouvoit s'épuifer -, l'on y ajouta 
les mérites de J. C. qui étant infinis le rendent inépuifable. Cependant, cela 
même faifbit peine a d'autres y qui demandoient à quoi bon avoir recours i 
quelques petites gouttes des mérites des hommes , pendant que ceux de J. 
C. en forment une mer immenfe } C'eft ce qui donna lieu aufli à quelques* 
uns de faire confifter ce Tréfor dans les feuls mérites du Sauveur. 

Comme toutes ces chofes étoient jufqu'alors fort incertaines » & qu'el- 
les 



Pontefici & duthorltà dclU Chiefa Roma- 
na , ma trafcorrtndo ancora ne gli errori 
de Boemi comincio in progreffo di ttmpo a 
Uvare le imagini délie Chiefe , &c. C*eft 
préci((aient ce que marque Fra-Paolo^ Se 
quoiqu*en dife Pallavicin^ on voit bien que 
la chofe n*a pu fe £aire autrement , & il eft 
obligé d*en convenir lui-même , L. i. c. £0. 
% I • Quelques-uns croyaient que les In^ 
dulgences , Bec. ) Fra-Paolo fait ici une 
énmnéiacion ibrteza^ des principales opi- 



nions qu'on a débitées au fujet is^ Indol* 
gences. Il eft certain « que dans leur origine 
on ne les a données & reçues que comme 
une relaxation des peines Canoniques. Ce 
Tréfor des mérites de J. C. & des Saints» 
dont la difpenfation eft commifè au Pape ^ 
eft une imagination de TEcole qui n*a au* 
cun fondement dans Tantiquité, & qui n'eft 
devenue à Rome un article de Foi que de- 
puis la Bulle de Clément VI ^ dont les Papes 
ont Eût depuis fi utilement ufage. 

5** 



DE TRENTE, Livre î. tj 

les n'avoîent d autre fondement 5* que la Bulle de CUmtm VI , publiée .*'^*^'^ 
pour le Jubilé de Tan mcccl s aufli ne paroHIbient-elles pas fumfantes 
pour attaquer & détruire la doctrine de Luther , & pour répondre à fes "— """"^ 
raifons. C'eft pourquoi Tu^cl, Êchius & Priirio^ qui ne trouvoient pas 
dans la matière même dequoi réfuter Luther , eurent recours aux lieux- 
communs , & s'appuyèrent fur lautorité du Pape & le confentement des 
Doâeurs Scolaftiques , concluant qu'il falloit tenir les Indulgences pour 
un Article de Foi > puifqu'elles venoient du Pape » qui étoit infaillible 
dans les chofcs de Foi , & qui avoit approuvé fur cepoint la doArine des 
Scolaftiques. Cela donna occaHon à Luther de pa(Ier des Indulgences i Luther m- 
l'Autorité du Pape , qu'il fbumettoit à celle du Concile Général légitime- ^^îf ^* . 
ment aiTemblé, ^dont il difoit qu'il y avoit alors un prelTant befoin \ candis p^fj[^^ 
que fes adverfaires foutenoient au contraire , que la puiflance du Pape 
etoic fupérieure à toute autre. Mais plus ils Vattachoient i relever l'auto- 
rité des Papes » plus il prenoit plaiiir à la rabaiÏÏer -, parlant néanmoins 
modeftement de la perfonne de Léon , malgré la chaleur de la difpute , 8c 
s'^n rapportant toujours à (on jugement. 3) Ce fut par le même motif, 

2u'il vint à difpurer aufli de la Rémidion des péchés , de la Pénitence , Ce 
u Purgatoire , parce que les Romains tiroient de toutes ces chofbs des pccu- 
ves pour la défenfe des Indulgences. 

Mais de tous ceux qui' écrivirent contre Luther ^ ^ autan ne s'y prit «Lodu 
mieux que F. Jaques Hochfirat Inquifitear Dominicain , ^4 qui, fans s'amu-cont. 
fer aux laifons , exhorxa Léon à le convaincre par le fer & par le feu. o^-^' 7* '* 

D S 

êuJIi à difputtr de U Rimiffion des péchés ^[^ ' i^ 
— parée que les Ronuûns tiroient de tou» i^ii^-j^^ 
tes ces chofes des preuves , ôcc* ) Lêr con-> 
nezion nararelte de toutes ces matièies , 9c 
non les «ttaqpes dits ^.ooiains^ fiit Jjl v£. 



) u Elles n^avoient d'autre fondement que 
la Bulle de Clément VL ) Pallavicin , L. t. 
c f. &it on crime à FraPaolo de ces pa- 
t!oles , (oQS prétexte qae S. Thomas & S. 
Bonavemure. avoient enfeigné la même 
doârine un fiède avant Clément FI, Fra* 
Paolo ne rignoroît pas fans doace , lai qui 
avoit une û grande connoiilâncedesdoâri- 
nés de TEcole , comme on le voit par bn 
Davrage. Ainfi , quand, il dit que toa^s ces 
chofes n'avoienc d'aao» fondement que la 
Balle de Clément VI , ce n*eft pas qa'il 
^HQl^t qise S. Thomas ^ S. Bonaventure « 
Atéxarfdre .de ffalès èc d*aatT.es avoient 
lai&nné fur les mêmes fondçmens. Mais 
c*étoic oniquemenc pour marquer qoe c'était 
la feulç décidon quil j eût dans l'Edife Cm 
fe point i paifque rautoiicé de 5. Tlfomas 
& de S. Bonavefnure pouvoit bien faire re- 
garder Içur opinion comme probable , mais 
non pas rériger en Dogme & en Ajçcicle de 
loi. 

l^* Ce fut par le même motif qu'il vint 

Tome L 



ritible caufe qui porta Luther à en di^pu- 
ter I pai(qa*avant les séponTes qu'il s'attira » 
on voit qull j avoit déjà touché dans Tes 
Pxopofirions. Mais il eft certûo en même- 
tecns , que les attaques de Tes adverfairesélar- 
giient beaucoup ladifpute, &.lui firent com- 
battre phifieuxis points , auxquels de Ton pro- 
pre aveu il n*avoit nullement pen(é d'a- 
bord. 

)4. Mais '-^ aucun ne s*y prit mieux 
que F. Jaques Hochftrat^ &c. ) Ceft ce mê- 
me Inquiticeur qui fufcita tantd'a{{àires.a« 
célèbre Reuchlin , & dont Erafme nous a 
donné un caiaâère4pfficnx dans Tes lettres» 
Ainfi Ion ne doit point être furpris apfêy 
cela , s 11 croyoit que les (iipplices étoient la 
meilleure raifbn .dont Léon put fe (èrvix 
to(vr nunener Luther , comme le dit Slà^, 

C 



iS HISTOIREDU CONCILE 

fnTrm. IX. Cependant la difpace s'échauffoic de plus en plus •, & Luther 

Léon X. avançoit toujours quelque nouvelle Propofition , à mefure qu'on lui en 

• . - . , fournidbir Toccafion. J ? C'cft ce qui obligea Léon * de le faire citer à Rome 

Romf*'' ^ au mois d'Août mdxviii , par ** Jérôme Evêque d'Afcoli Auditeur 

*Id. N°77. de la Chambre ; & d'écriçe en même tcms un Bref à Frédéric Duc de 

Sleîd. L. I. Saie , pour l'exhorter à lui reftifer fa proteAion. Il ccryit t auffi au 

F- ^' Cardinal Cajétan fon Légat à la Diète d'Ausbourg , de foire de fon mieux 

V*^ pour le prendre prifonnier & le faire conduire à Rome. Mais on fittrou- 

y Pallav. ^^^ '^^ ^ ^^^^ > ^^ ^^^^^ Caufe fut examinée en Allemagne ; & il en 

L. I. c. 5^. commit le foin & le jugement à Ion Légat > avec ordre de recevoir Luther 

Luth.Tom. en grâce , s'il voyoit en lui quelque cfpcrance de retour , comme auflî de 

i.p. 104. |yj promettre non-feulement le pardon pour le paffé , )7inais encore des 

honneurs & des récompenfes , félon que fa prudence le lui feroit juger 

à propos. Mais s'il le trouvoit incorrigible , il avoir ordre de s'employer 

auprès de l'Empereur Maximilien & des autres Princes d'Allemagne » pour 

le faire punir. 

é* campa- 3» Luther j muni d'un Sauf- conduit de l'Empereur» » alla trouver le 

rost devant 

le Cardinal j^n > Pontificem ad vim atque flanuaottL Maître da lacté Falaîs qui avoit écrit oon« 

Cojttan à exhortatus. 

Ansbourg. 



. . , )/• C*eft ce qui obligea Lion de le faire 

K Slcid. L. ^;^^^ ^ Rome au mou d'Août m d x y 1 z i. ) 

L & ^t'°'^^ "® ^"^ qu'après en avoir été follicité 

iii * * ^*' ^^* lettres de TEmpercar Maximilien , 

Pallav* Li '"^P^'^ées parmi les Oeuvres de Luther y 

^ o^ ' * T. I. p. 10 j. Ceft ce qui nous doit faire 

Ffciry , L regarder comme riês-fufpeft ce que ra- 

iif.N^So. porte Pujfindorf ^ns (on Introduction à 

l'Hiftoire , o& il nous dit , que Maximilien 

navoit aucune averpon pour la domine de 

Luther , Se qu'il difoit , quil vouloit gar^ 

der ce Moine pour lui , & avoit dejfein de 

s*en fervir avantageufement: H paroic au 

contraire par fa lettre â Lion , qu*il accu- 

foit Luther d*avoir avancé plufieurs Héié- 

fies , & qtfil priott ce Pape A*y apporter 

promtement remède : Audhefefe quemad- 

modum Lutherus muîta difputdrit & pro 

concione dixerit, in quitus pleraquc videan- 

tur e£e haretica — Magnitudinem reîfane 

pofiulare ut nafcenti malo medicinamfaciat 

prîufquam hngîus evagetur atque ferpat. 

Aeid. L. X. p. 8, 



çre Luther , & que par cette raifon on 
n'auroit pas du loi donner en quelque for- 
te pour luge. Mais ce ne fut pas la feule 
fadlë démarche que fit Lion dans toute la 
fuite de cette affaire , comme Pallavicin 
Tavoue en parlant de la part qu'eut Eekius 
à la Bulle de if xo. L. i. c. lo. 
'57. Mais encore des honneurs & des ré- 
compenfes , félon que fa prudence te lui fe- 
roit juger à propos ) Ceft de quoi il n*eft 
&it mention ni dans la CommifGon en<* 
voyée à Cajétan , ni dans Sleidan , ni dans 
la relation de Luther même s & il 7 a ap- 
parence que /nt-Piio/b n*a ajouté ceci que 
par conjeéhire , ou par une fimple pré- 
somption tirée de la conduite que tinrent 
depuis avec Luther , Miltit^ & Verger. Peut- 
dtre audi que notre Hiftorien par méprife 
a appliqué à Luther les promefllès fiuef à 
ceux qui obéiroient fidèlement à la Bulle 
& renonceroient a leurs erreurs s piomefiè 
dont £iit mention Pallavicin , & avant loi 
Sleidan, Qui vero fidelem eperam in eo 
prctftiterint ^ Us vet communem illam & 



3^. ParJirSme Evêque ff Afcolî , Audi- plenam deliflonim remijjîonem concedi , vet 

teurde la Chambre, ) C'ctoit Jérôme Ghi- etiammunusaliquodlargiripracipit.Sl. L»i. 

nucci. Tait depuis Cardinal par Paul III , ^8. Luther , muni d'un Sauf conduit de 

auquel Léon donna pour Con(êiI dans cette V Empereur, alla trouver le Légat à Aus- 

affaire Sylvtftre PrOrio , Dominicaiii 5c hourg, ) Selon Sleidan , L. i. il vint à Ame^ 



DE TRENTE,LiVRfi h 19 

Légat i, Âusbourg, qui après une Conférence qu'ils eurent (îir la matidre mdxvw.. 
des Indulgences y voyant Uen que la Thécdogie Scolaftique » dans laquelle Lkqh X 
il excelloic , ne ferviroic jamais à convaincre Luther qui n'employoir que " 
l'Ecriture , dont les Scolaftiques ne fe fervent guères , lui déclara qu'il ne 
vouloir point difputer avec lui. Mais il fè contenta de l'exhorter â fe 
retraiter » ou du moins à foumettre fès livres & fa doârine au jugement 
du Pape y en lui remontrant le danger où il s'expofbit en perCftanc dans 
£z$ ièntimens , 6c lui promettant des grâces & la faveur du Pape » s'il 
vouloir fe foumettre. Luther ne répliqua rien i ces exhortations *, & le 
L^at » qui jugea à propos de tempoduer un peu , afin que les menaces 
Se les promefles euflent le tems de £ûre lur lui quelque impreflîon > le 
renvoya fans le preiler davantage » de peur de s'en attirer une négative fur 
le champ. Cependant «' il lui fit parler audi en conforoiité par F* Jean 
Siaupit[ y 3 f Vicaire-Général de ion Ordre. 

40 Luther érant retourné ^ une autre fois chez le Légat » il eut avec lui ^ Fleory > 
un entretien fort long fur tous les chefs de fa doârine. Mais le Cardinal , [^o'»^^' 
qui ) pour le rendre plus difpofé à racconmiodemenc qu'il lui vouloir pro Paiiav.L.i. 
pofer , l'écouta pluiot qu'il ne di^iuta « l'ayant exhorté en le quittant à c ^. 

SecKcnd. 

L. I. SedL 
iourg fans ce Sauf-conJut , mais il ne pa^ Icibrieslndolgences 5cfiir les^Ijasile VE- ^g^ *^« .. 

rat devant le I^t qu'après Tavoir obtenu, glilè Jlomaine « k ^paici qi*îl prie de de- 

Quo cum veniffet iniûo menfis OBobris , meorei dans cette £gli(è (ans acquiefcer au 

iriduum ibi fu'u antêquam Cofctanê loqu^ Schifine^ la précaution au*ii eut d^lpudre 

rctur : nam ii^uibus eum Fridericus corn- £#/A^r de fiui voeu d*ob£iuance avant la Coa« 

mtndârat^^vttabant ne friàsiUum acce- firence d*Ausbourg» dont peut-être il prë* 

dera, quam ipji fublica fide çautiun tjfetà voyoit les triftesconflSquenceSy &.la mode- 

Maximdiano Ca/arx. £m d^mum impetrata jration même des offres que fit Luther à Ca- 

venu 4 &c. Je ne (ai fur quoi fondé Mr. jitéity apparemment par défSrence pour les 

Dupia dit ^ que Luther ne demanda ce Sauf- (bUicitacions de Staitplt[ , (ont ce me (èm« 

condoit quaprès les menaces de Cajétan s ble des preuves af&z fortes qu*il s*empIofa 

car le contraire psunott par la Lettre de Lu- eflkacemenc pour terminer cette .a&ire 2 

iher^ T. i. p. m. ramial>Ie,=&Iêconderles vuesdu Lé^tdans 

59.// lui fit psrUr aujf en conformité par la (ôumifllon qu'il ex igeoit de Luther» Seç* 

F, Jean Staupit^^ Fie aire- Général de fin kend. L. i. Seà. iS. N^ 37. 

Ordre. ) Caoit « ftlon Pallaricin L. i. c. 40* Luther étant retourne une autre fils 

xo. un homme d'une grande naiilânce , Se che^ Je Léfot , <lcc. ] Fra-Paolo , aprc^ 

qui avoir un grand cr6dit fur re(pfit de l'E- Sleidan^ ne &it mention que de depx cntre- 

ledeor. S'il eft vrai , comme Yçiii rapporté tiens de Luther avec le liga.t. Mais il parent 

Quelques Auteurs ^ que c*etoit lui qui avoit & par la lettre de Cajétan , & par la relation 

caargé Luther de prêcher d abord contre les de 'Luther ^ qu il y en eut trois s 6c ce ne fqt 

Indulgences , & quaprès les Conférences il auapiès le croifième que le Lég^c lui défen- 

fe retira feçretement d'Ausbourg même dit de fe pr^fenter devant lui , à moins que 

avant Luther , comme le dit Cajétan ( Luth, ce ne ^t pout lui apponer (à rétraâacion » 

T. i. p. tao. ) on feroit aifez porté a croire comme le dit Slèidan: Sîmulahire mfi rer 

qu*il s'acquita n^al de la commidion du Lé- fyifcat , & inpoftèrum âftto coUoquio juha 

gat. Cependant, quoique peut-être il ne fôr abfiinere. Voyez au(G Luth. T. x« p^ 

pas 4*abord fait éloigné des idées de Luther 1 ii« 

C a 



lo HISTOIRE pu CONCILE 

mrmu profiter d une occafion fi fiire & fi utile de terminer cette affaire , Luther Iiii 
Léon X. j-^p^j^jj^ ^^ç^ (^ véhémence ordinaire , que Ton ne ponvoit faire aucun 



10 



accord au préjudice de la vérité \ qu'il n'avoir ofïcnfé perfonnc, & n'avoir 

jbefoin de la faveur de qui que ce foit ; qu'il ne craignoit poiint les me» 

naces , & que fi Ton entreprenoit quelque chofe d'injufte contre lui , il 

en apjpetleroit au Concile. Le Cardinal , aux oreilles de qui H étoit venu 

lue Luther étoit foutenu de quelques Grands pour tenir le Pape en bride » 

(oupçonnant que c'étoit ce qui le faifoit parler avec tant de confiance » 

s'emporta ^^ jufqu'à lui faire de fortes réprimandes , & lui dire des injures \ 

& le fit fortir de chez lui , en lui difant que les Princes ont les mains 

h là, Ibid» bien longues. Luther ^ fonit de chez le Légat y & fe rappellant le traite- 

^- *^' ment qu'on avoit fait à Jean Hufs^ fe retira d'Ausbourg fans rien dire. 

41 Mais après s'en erre éloigné , & avoir réfléchi plus mûrement fur ce qui 

s'étoit paflé , il avoua dans une lettre qu'il écrivit au Cardinal , qu'il s'étott 

trop emporté , mais il en rejetta la faute fur les procédés des Quêteurs Se 

de fes autres Adverfaires , & promit d'en ufer plus modeftement à Favcnir> 

de fiitisfaire le Pape » de ne plus parler des Indulgences , à condition cepeir- 

datit que fes ennemis en ufallent de même. Mais ni eux , ni lui » ne purent 

garder le filence. Au contraire , ils fe provoquèrent tellement de part & 

d'autre » que la conteftation ne fit que s'en échauffer davantage. 

BuUe de X. 4T L A conduite du Cardinal ne plue pas à la Cour de Rome, où on 

Lhn X>efk 

^f^f^l '^ 41» Jufqui lui faire de fortes r^rlman- & par Ta relation de Luther m£ine, & pat 

ti Atb l ^" * ^ ^'^^ ^^ injures , &c. ) Luther le témoignage de Sleidan , L. i . Lutherus , 

deLuthé^ & 5W</a« parient des menaces qpe fit le àït celuï-cï y tertio pofl hanc comminationem 

C2idïm\ Cajétan y mais non d*aacanes in- iSe — datlitteras adillum offlcii plenas ^ 

|ares i St leur filence à cet égard eft une benevolentia^' Cum ad eas litteras Cajc- 

preuve ptus qae' fuffifante qa*bn ne lui en taniu nihilrefponderet^bidubpofiamicorum 

dit aucunes. Vàldt tnfiahat ut revoearet ^ fecutus eonJiUa — difctdit > nli&a quadam 

dit Sleidan , nîfifaciat , panas à Pontifice aDptUatione qua pofi àffigeretur paiam , & 

jam confiitutds minatnr. Luther même jub tempus abitionis denuo fcribit Caje^ 

avoue dans (a relation , que le L^t le tanum. Comme cette dernière lettre ne fut 

traita très- humainement >& dans la lenre rendue , & que fa proteftation ne fut aflS- 

3|U*il écrivit à Cajétan avant fon départ chée qu'après fon départ, c'eft peut-être 

'Ausbourg, il fe loue beaucoup de (à bon- ce qui a donné liea à la méprifè de JFnr- 

té , St Ten remercie d*une manière qui Paoto. 

parott tfès-finccie. PaUàvicïn ^voue ce- j^^. La conduite du Cardinal'ne plut pas 

pendant, L. x. c. 9. qu*aux manières cî- âla Cour de Rome, 8cc.)Vévèï\em^mrMS 

▼lies le Légat joignit des menaces piquan- doute a '6it cotidamner à Rome dans là 

tes : Mefcolando il Legato col dolce délie fuite la conduite de Cajétan , & il y a 

amorevolene il piccante di qualche mi- quelque lieu de croire qu'il: yen ayoît mè- 

naccîa. me de fbn tems qui lebtlmoient de trop 

41. Mais.àprls s'en être éloigne — // a- de roideur. Ce qu^i^y a de certain , c'eft 

roua dans une lettre q[U*it écrivit au Cardî- que Luther dans fon fécond Appel fe phu« 

nal ^ &c. ) La lettre aufli bien que lapro- gnit, non de rinci'vilné, mais de la dure, 

ireftàtion de' Luther , ftirent écrites avant té de Cajétan ; & que Charles Mibit[ , en. 

fôn départ d*Ausbonrg, comme il paxt>îc voyé à l'EleAeur de 5axe pour tâcher d'ao^ 



DE TRENTE, Livre I. zi 

en parla avec beaucoup de mépris , le blâmant ^ d'avoir traité Luther avec MDxrxxt^ 
trop de févérité &c d une manière trop injurieufe , 44 au lieu de Tavoir '^*^ ^ 
ramené par les promeflcs de grandes richeflcs , ou de quelque Evcché , ou ^*, ^ 
même d*un Chapeau de Cardinal. Cependant le pape apprénendant ^ quel- Hift. Flor. 
que nouveauté en Allemagne , non pas tant contre les Indulgences que I. é. 
contre fon autorité , donna une Bulle datée du 9 de Novembre mdxviii î ^Sldd. L. 
où il déclara la validité des Indulgences , qu'en qualité de fucceÛeur de S* ^ P.* '^ 
Hcrre & de Vicaire de Jefus-Chrift , il avoir droit d'accorder aux vivans^^ ^^^' '' 
& pour les noorts » & où il aflfura que telle étoit la dodrine de l'Eglife Lucher , T 
Romaine la Mère & la Maîtreflè de tous les Chrétiens» que dévoient rece- i. p. xi9. ' 
voir tous ceux qui voudroient vivre dans fà communion. Cette bulle ^ fut e Id. p.nt» 
envoyée au Cardinal Cajetan » qui étoit alors à Lintz ville de la Haute 
Autriche , où il la publia , & en fit tirer plufieurs copies authentiques » 
qu'il adredà â tous les Evèques d'Allemagne , avec ordre de la publier auffi » 
te de défendre à tout le monde fous de rigoureufes peines d avoir aucune 
autre foi fur cette matière. 

Luther vit bien par cette Bulle 4f qu'il n'avoir plus rien à attendre de 
Rome & du Pape , que fa condamnation. Et au-lieu qu'auparavant il avoir 
épargné la perionne du Pape , & jie refiifoit pas de fe fbumettre i fon ju- 

commoder cette affaire , ne fie pas diffi- un Apptl, &c. ) Ce fécond Appel de Lu^ 

culte d*en convenir, [Pallav. L. i.c. k 3.) ther ne fac point occafîonné par la Balle , 

le de vouloir traiter avec Luther fur un dont il ne pouvoit encore avoir aucune > 

pied tout diâihrenti preuve évidente qua connoiflànce. Car cette Bulle, qui n*avoit 

Rome on eut fouhaité que Cajétan fe fût été (ignée que le 9 de Novembre , Se non de 

prêté davantage. Cependant on ne voit pas Décembre, comme ledit le Continuateur de 

que ni le Pape,. ni la plus grande paniede Mr. Fltury^ L. xif. N^. t^. n arriva à 

la Cour Romaine , cenTurairent d*abord fon Lintz en Autriche que le i ^ de Décembre > 

procédé^ puîtquon fuivit à Rome fes vues, & TAppel de Luther avoit été interjette dès 

comme on le voit par la Bulle qui fut le 18 de Novembre, (ans qu il y faOe aucune 

publiée crois femaines après contre Lw- mention de ce nouveau Décret. Paliav. L» 

ther» I • c. X a. Il eft do^ bien plus naturel de s*en 

^^ At^eu de r avoir ramené par Us pro- lapponer à ce que dit 5/r/Vtf/z , L. j.qull 

maffes de grandes ruhejffes, ^c. ) Ici Fra- fit cet Appel pour prévenir le jugement qu'il 

Paolû kaJbîk contredire ce qu'il avoit die avoit appris par les lettres du Curd. Càjitan 

auparavant , que Cajétan avoit eu ordre devoir être rendu à Rome contré lui. Lu* 

£aSt'a à, Luther de grandes réçompenfes , therus^ quoniam i Cajetsnî litterïs àccepe^ 

s'il vot^ott fe reconmxtre > &. o^me qu'il rat fore ut cpntra fe Romajudicaretur, no» 

Kavoit £auit. Car fi cela étoit ainfi , conunent vam interjicit é^ellationem NovemBrîs dîr 

la Cour de Rome pouvoit -elle cenTurer v/;e/£ioo o^^dvo. Bt c*e(l ce qui paroît par la 

Cajétan, ôc l'accnfer de trop de (cvérité ? teneur de l'Appel même > oïl Luiher dît^ 

Dans l'un ou dans l'autre notre Hifio- quajrant connu par les lettres du Légat qu'il 

rien fe trompe , & peut-être dana tous les n'avoit rien de bon à attendre de Rome, il 

deux. . s'étoit cru obligé d'appeller du Pape au Coh- 

4 r • Ltttket vil bien par eetu Bulle qu'il cilc futur; Jam vero poffquam hac apnelta^ 

n* avoit plus rien à attendre de Rome j qi^e tione conte^fa^ rejeâis etiam eondltioni^ 

fa condamnation — Pour cet effet il publia bus , nihil opis aut fabms à Pontifice^*- 



t^ HISTOIRE DU CONCILE 

utrmu gement, ilréfolac alors de Tarcaquer Im-m&me. Pour cet cficc ^ il pabtia 

LâOw X. on Appel, où, après avoir déclaré 4^ qu'il ne précend<Mr {XMnc s'oppofix à 

fLutkar ^'^^^^^^^ ^ ^^ > quatid il cnfeigneroit la vériié , il aîouioit : Qu'il n'écoit 

"Ti. p.iis! pas plus infailliole & plus impeccable que le refte des hommes , témom S* 

Slêik L i! l^rre qui avoir été fevèretnenr repris par S. P4uU : Qu'il éoiic bten tiCt 

P* 14* âu Pape » qui avoir tant de richeflès 6c de parrifàns > d'opprimer fàus 

luch. T. I. crainre de perfonne quiconque n'adhéroit pas a fes ibnttiiiens -> de qu'il ny 

^' ^^ '' avoir à cela d'autre remède que d'avoir recours au Concile , qui par coûtes 

fortes de raifons devoit être préféré au Pape. Cette proteftation courue 

route l'Allemagne , & plufieurs la trouvèrent fort raifonnable : ce qui fie 

que la Bulle de Léon ne put éteindre le feu qui y étoit allumé. 

Troubles en X L M A I S la Cour de Rome , % qui le regardoit d^ conune éteint • 

^*^^^*^* envoya en Suiflè F, Samfan Milanois , de l'Orie de S. François , pour j 

n^s /». P^'^chcr les mêmes Indulgences ; ce qu'il fir en divers lieux , Se lamaflà juf- 

dulgenees. 9^*^ ^ ^^ > ^^>^ ^^s* ^^ Mzi^ il trouva à Zurich de l'oppofition de la pare 

g Sleid L. d Ulrich Zuinfjt Chanoine de cette Egiife , avec qui il eut de ^andes 

I. p. 15. difpu tes , en pafTant d'une matière à une autre , ainu qu'il étoit arrivé au- 

Pallav. L. paravant en Allemagne. Cela acquit beaucoup de crédit à Ztdngle , qui 

Fleury^, L. ^'^^^"^ ^^i^ écouter it mit à parler non pas tant contre les abus des indul* 

ii;.N^P4gences9 que contre les Indulgences mêmes» & l'aurorité du Pape qui les 

& L. xi^. accordoit. 

^^ 47- XII. Luther , qui fc vit écouté , 6c <|ui trouroit des Seâatenrs jufquet 

an^^iAs ^^^ I^ ^u^i^^s païs , en devint aufli plus hardi. Il paflà donc i rexameu 
Isjô ly. ' d'autres articles ; & ayant abandonné la do£brine des Scolaftiques & de 
DeOrme de l'Eglifè Romaine fur la Confeûîon & la Communion , il approuva la Com- 
Luther eon- munion dtt Calice pratiquée en Bohème *, il fit confifter le capiral^ie la Pê- 

damnée pMf ' 

les Univei''* 

filés de LeU' ^^^^^^ ^ viieat ex Cajetani Uttris ad ^7» Akùs it trotn^si Zwiek 4e Fappofi" 

vMÎn (^ de Friderùum Principem datis , adduêtum ex- f ion de lapsnd'Ukich Zuitigie, &c.) Ceft 

Celûine, tremâ necejjitau provocare fe à Ponnfice ad à cortqoe FaiLnncin relève ickFra-Paob^ 

ùuurum Cçacilium, quod wifit Toodis amni^ comme ajant dit qae la pablicacion des kw 

%us prafirendum. dulgences £iîie à Zurich avoir doané naif- 

4^. Qu'il neprêtendok point s'^ofpoftr â ûnce à l*Héréfie de ZmingUm Cftr notre HiT» 

Tautorui du Pé^e , quand U enfeiguerob la torien ne die rien de pareil. Mais il fe coiv- 

viriti » &c..) Ce n*eft pas tout à &it le fens tente de manquer l'oppcficion qae Samfom 

de Luther, dont 1* Appel porte fimplement , croura à la publicarioiMie ces ladalgeuoes âm 

4 Vautorid du Tape mieux ififormi, melitu ia part de Èmngle , qoi dès^aopanvanr avoir 

informandum. Ce qui a ttosi^ Pra-Paolo , montté fon ttkt en prèdianc oontxe lesabos 

c*eft qu*aa lien de confulter hi Balle mèmey qui fègnoiem dans la Cour Bc l'EgLfe Roi- 

il sVftarrèté à Textiait qu'endonne SUidan^ maine. Skidan é'étoic ex|imiié de la -même 

& oà H s'exmîme â peu près comme nom manière : Non multè pojt vêuit iMac mifit 

HiQorien . initioprofitetur, noUefe Rotna- Pomificis IndulgennanÊm , m amat , praco 

ni Pontijlcit rekh fentientîs authoritatem SamjonMediolanenfisFrancifcanus,uipe^ 

convâière, &c. aa-Kea que Luther dit fim- timiam emungeree. Ei fife famter opponit 

plement , i — Leone non reâi confubo. ZwngVtus , ac impofiorem effe docet. Vun 

Lttcb«Tom.x.p.'i)2« NBcTaotieficommeroAiroit, farleBt4MeDdf 



DE T R E N T E , L I V R E I. x j 

nicence > non dans la confeflîoD exaâe de fks péchés aux Piècres» mais plu- u^xwnu 
t&t dans une ferme réiblucion de fe réformer à lavenir. De Ai il vint en- ^ > ^ n X» 
core i parler des Vœux , & des Ans de la Vie Monaftique. Et quoique fes """^"~— * 
Ecries, ^ qui avoienr pénétré jufqu à Louvain Se i Cologne , eufTent été exa- h Fleiir^, L. 
ixttnés 6c cenfurés par les Théologiens de ces deux Univerfités > il ne s'en x^f. N^^r* 
ébranla pas davantage ; Se allant toujours en avant y il s'appliqua à expofer ^ ^ 
& à (brcifier d'autant plus fa doârine , qu'il vojoit plus d'adfcrfatres s'éle- ^' ^^* 
ver pour la combattre. 

Lan mdxix fe palïà atinfi , plutôt i contefter cpi'à décider. Cependant 
il venolt à Rome de continuels avis des troubles d'Allemagne & de Snifle ^ 
que la renommée groflklbit encore , comme il arrive ordinairement » fur- 
tout lorfque les nouvelles viennent de paï's éloignés. Léon étoit taxé de né- 
gligence y pour n'avoir pas apporté de promts remèdes à de fi srands périls. 
^ Les Moines fur-tout ' l'accufoient de ne s'occuper que de ipeftades , de f Onoph. 
chadè , de plaifirs > & de muiique , au lieu de prendre foin des a&ices ^^^^'^ ^ 
importantes qui (é préfcntoient. Ils difoient > qu en matière de Foi il ne ^^' 
faut pas négliger la moindre chofe , ni differer an moment ie remède y qui 
étant applique d'abord y peut étouffer le mal dans fa naiiTance , & qui vient 
trop tard quand le mal s'eft fortifié : Que l'Héréfie à*Arius n'étoit qu'iuie 
peute étincelle , qu'on auroit pu d'abord facilement éteindre > & qui pour- 
tant embrafa enfuite tout le monde : Que Jean Hufs & Jtfomt de Prague 
euflent fait autant de mal , fi le Concile de Conftance ne les eut accablés 
dès le commencement. <^ Mais au contraire , Lion fe repentoit de tout ce 



Coppofitioadé ZMÎngksiSamfcn^txak ils ne tcii de tout ce qu'il avais déjà fait , S(c. ) 

nient pas , qii*auptrtvant il ne (ê fut déjà Ceft ce qae dit Fra-Paolo > mais )e ne (àt 

déclaré contre les abus & contre diffirentes fur quelle autorité , paKqu'au lieu d.*adoucir 

opinions de 1 Egli^ Romaine y comme il ce qu'il avott déjà fait par des démarches 

avoir £itt en effet dès fan x y i ^* Hift. de la plus mefurées , ce Pape alla toujours en 

Réf. de laSuiflè, T. i.p. 41. ayante it aigrk le mal encore davantage 9c 

49. Les Moines Y acariens fuf-nmi ie par la nouvelle Bultt qu'il publia peu après, 

nt s'oeeuptr fue de/peUacUs, de ckaffe,de âc par d'autres aûiotts aufS tn^sudentes. U 



pUifirs , ftc. ) Ce n'étoieat pas fenlement eft rrai, que il nous en cxo|ooa Bdndeîli^ 

les Moines I car c*eft le caraâ^eqn'endoiv Lion n'avoit pas intérieurement fi mau- 

nent généralement les Hiûoriens. Folupta- vaiTe opinion de Luther y pui(q^ , félon cet 

tîèus, dit Onuphre» venationij auaqnis Auteur , au )ugement de ce I^ntife , ce 

efitfi dedittis , luxui & fptendîffims con- Réformateur étoit un hett^mo ingignê y € 

viviis y muficaque magis quam tantum Pan- che contefie erano invidie fratefche » )• p* 

tificem deceret ytotusimpendebat. Gnicciar^ Nov. 15. Mais, fiippofé qu'en paniculier 

dht en donne le même caraéV^re : Immerfa il en ait jng^ akiâ, et qiè s'eft pas hors 

sd udirt tmtto'l giorno mufiche , ficetie , e de vrti(eMblancc en ^ni m cazaAife 4k 

hêfflmi, ineitnuto 4uicora troffp^ fiù che Léon^ jk,A cciiayi qae itaos fa. coadtaÎM 



Fhomefto àpiétcêri; & Paml Jave , fbn ^^ pubMque il paoMi peditx iODtdiffi^iemment , 

■égytifte d'ailleurs, n'en porce {»as un auue fans rien faire pour réparer le malqa'avoit 

jugement : ce qui montre bien que cet caufé fa première pfécipkatieo^ A» reAe , 

plaintes n'croient que trop bien ibndées» )e ne &i poMqooi Ma. AmeàÊip, att-iieu dt 

4fn Mme éoê contraèHy Léomfe npeM^ txêdmxty Am eotursiet LéoM fs w/feutoîM^ 



14 HISTOIRE pu CONCILE 

iioxxx. qu'il avoir déjà faic dans cette affaire , Se fur-cout du Bref qu il avoit Ctt^ 
L£ON X. YQy^ gn Allemagne au fujet des Indulgences*, & il croyoic qu'il eût biea 
" mieux fait de laiflcr difputer les moines entre eux > &: en le confervanc 

neutre de £e faire refpeâer des deux Partis , que d'en aliéner un en fe dé- 
clarant pour l'autre : Que cette difpute ne valoit pas la peine de faire cane 
d'éclar : Que Ci l'on en eût fait peu de cas , peu de gens y penferMenc : Ec 
qu'enfin (i le nom du Pape n'y eut point été engagé » elle cireroit à ia fin, & 
ièroit aflbupie. 

CiPEKDANT» aux iuftances des Prélats d'Allemagne Se des Uni* 
verfités , qui vouloienc fortifier de l'autorité du Pape la condamnation 
que leurs Théoloeiens avoient faite des Ecrits de Luther , Se plus encore 
pour fe délivrer de l'importunité des Moines de Rome , il fe dcgermina 
i^Flcury, L. ^ fuivre le fentimentdes autres, ^ & établit une Congrégation de Car- 
11^. N^6c. dinaux , de Prélats » de Théologiens , Se de Canoniftes , à laquelle 11 re« 
mit entièrement le foin de cette af&ire. On y décida très aifément , qu'il 
falloit foudroyer une telle impiété. ^° Mais les Théologiens Se les Canonif- 
tes ne s'accordèrent pas fur. la manière. Les premiers vouloient qu'on en 
vînt tout d'abord à la fulmination. Mais les féconds prétendoient qu'on 
devoit nécedàirement faire précéder la Citation. Les Théologiens ioute- 
noient que l'impiété de la doârine de Luther étoit manifefte , que fes. 
livres étoient publics, & que fes prédications étoient notoires. Mais les 
autres répondoient que la notoriété ne dépouilloit perfonne du privilège 
de fe défendre , qui eft de Droit divin & naturel } & alleguoient pour 
/ Gcn. III. s'autorifer , ces pafïagcs connus de l'Ecriture , * jidam 9 ou êtes-vous \ 
f. & iv. 9. Caîn y oà eji votre fren ? Et dans le cas des cinq villes criminelles , "* Jt 
m Gea. defcenirai 6* je verrai. A quoi ils ajoutoient que la Citation , quoique 
xviiL II. fj^ns effet, faite Tannée précédente par l'Auditeur de la Chambre, en 
vertu de laquelle le Jugement de la Caufe avoit été commis au Cardi* 
nal CtfyV/i2/i a Ausbourg > en montroît-affèz la néceffité, quand il n'y ea 
auroit pas d'autre preuve. Après un long débat entre les Théologiens » 
qui s'attribuoient a eux feuls la décifîon de ce point , parce que c*étoic 
un point de Foi , & les Canoniftes qui vouloient auffi fe l'approprier quant 
à la forme du jugement , on propoia pour les concilier un expédient , 

Îui fut de diftineuer la Caufe en trois parties , fçavoir la doâxine , les 
ivres ^ & la petfonne* l-ç$ Citnoniftes jponvcnoiçnt que la domine pou- 
voir 



comme le porte rOrigintl , In corurâno 
Leone era pentUo di tutu le attionifatte 
da lui, a tnuiuic, D*aiUeurs Lion fe rt- 
pentoii : ce qai frit on conooe fens a0ez 
ien(îble. 

j o. Mms lu Théologiens & les Canoniftes 
ne s'accordèrent pas fur la manière. ) Palla* 

«jo/s OC nous du xien dexe àtwL Mais, 



ootie qu*il ne le contredit pas , ^e q«'îl 
n'eût pas manqué de &iixe s'il eue ht Sm» » 
il rinfinoe tflez lui-mècne en di&nt, J^ i« 
c. 10. qae quoiqu'on s'accordât roi la dAC» 
tance de la Balle , il y eue beaocoop de 
diQnxes for la forme , e bcnche non fi difcor^ 
dajfe nellafoftan{a,aicuni Cardinaliaccem^ 
narono varie obje[ioni intomo aile parole i 



D E TRENTE, Li VUE I. if 

voit être condamnée fans Citation ; mais ils perfiftoicnt à foutenir qu'il m o x x. 
falloK citer la perfonne avant que de la condamner. Mais comme ils ne ^^^^ ^' 
purent vaincre la réfiftance des Théologiens , qui infiftoient ooiniarrément 
& fe couvroient du bouclier de la Religion , Ton prit ennn ce tempé- 
rament > que Ton afligneroit à Luther un terme convenable pour paroître : 
ce-qui tiendroit lieu de Citation. Il y eut plus de difficulté pour lés livres. 
Car tes Théologiens vouloient qu'ils fullent condamnés abfolument avec 
la doârine ; ôc les Canoniftes au contraire » qu'ils fuflent compris avec la 
perfonne dans le terme prefcrit. Ne pouvant donc s'accorder iur ce point 
on fit l'un ôc l'autre , c'eft à dire , qu'ils furent condamnés d'abord , & ci • j t 

Îu'enfuitc on marqua un terme pour les brûler. En conféquence de cette ^ p •q, ' 
élibération , " fut drelfée une Bulle î» datée du 1 5 de Jain mdxx •, qui Paliav. * L. 
étant comme l'origine & le fondement du Concile de Trente , dont nous z. c. 10. 
avons à écrire l'Hiftoire , il eft nécelTairc d'en donner ici le précis. Spond. ad 

w XIII. D'abord le ® Pape y adrcflc le commencement de Ion difcours ?Ji '^*°* 
w à Jefus-Chrift , qui a lailTé S. Pierre & fes fucceffeurs pour Vicaires p^/^ ^^ 
» de fon Hglife , & le prie de la fecourir dans les befoins préfens. l\ Léon Xeon* 
«porte enfuite la parole à S. Pierre, qu'il conjure par le miniftère qn* il tre Luther i 
w a reçu du Sauveur , de vouloir pourvoir aux befoins de l'Eglife Ro- • ^^^^' ^' 
» maine , confacrée par le Sang de Jefus-Chrift. Il demande auffi la même ^^^ ^^^ 
» afliftance à S. Paul , ajoutant, que quoiqu'il ait jugé p les Hiréjits ni- y^^ Fieary . 
M cejfaircs pour éprouver Us bons , il eft raifonnable néanmoins de les étouffer L. x %6. 
»» dans leur naiflance. Il s'adreflè enfin à tous les Saints du Ciel , & à l'Eglife N° ^ï- 
w aniverfelle , & les prie d'intercéder auprès de Dieu pour délivrer fon Eglife ®*^^* *^ 
M d'une fi grande contagion. De là il pafie àraconter,qu'ileft venuàfaconnoif- ^o .^ 
»fance& qu'il a vu même de fes propres yeux, que plufieurs erreurs déjà con* f i. Cor. 
M damnées des Grecs & des Bohémiens , & pluueurs autres opinions faudes , xx. x^. 
*> fcandaleufes , propres à offenfer les oreilles pieufes & à féduire les fimples » 
M fe femoient par toute l'Allemagne , qui lui a toujours été fort chère 
M ainfi qu'à fes prédecefleurs , qui depuis la tranflation de l'Empire Grec 
n ont toujours pris leurs défirnfeurs dans cette Nation , & confirmé , plu- 

U que Lion tint beaucoup de Congréga-* toccodiparîarealCard, Loren^o Pueci aU 

tîons anc de Théologiens que de Canonif- lora Datario , e il quale perd ftimando chc 

tes , pour mettre cette Bulle dans la forme cib apparteneffe alfuo carico ne havea dtvi^ 

oSl elle devoit être , & où 1 on fit à pin- fata un altra idea , e fintiva con ramanco 

fieun fois difTéiences réformes. di vidcrla pofpofta : Si che noto affai cofe in 

fi. En con/equence de cette délibération , quella del Card. d'AnconapiU con acerbuà 

fut drejfie une Bulle datée du if de Juin di emulo , che con {eh di configliere , dit 

If 10, &c. ] Ce fut Pierre Accolti Cardi- Pallavicin^ L. i. c. 10. Il ne fiaillutrien 

nal d'Ancone^ qui en fut le principal Au- moins que l'autorité du Pape pour appai(èr 

tear : ce qui occalionna une vive contefta- cette querelle , qui fut décidée en éiveur 

tion entre lui & Pucci Cardinal Dataire , du Card. d'Ancone^dom on accepta le pro- 

qui prccendoit que c*étoic à lui à la drelfer , jet , mais après y avoir fait diffèrens chan^ 

éc que TaQtre étoit pleine de &ute$ : Finche gemçns* 

ToM£ I. D 



9J 
91 



16 HISTOIRE DU CONCILE 

H9SIV. M /leurs dccrecs que ces Princes religieux ont faits contre les Hérétiques» 
UOM X „ Qqç n^ç voulant plus tolérer de pareilles Erreurs , mais y remédier , il 
"■"■■■■■^ w va en expofer quelques-unes. Là il rapporte xlii Articles ^^ fur le péché 
m originel > la pénitence , la rémiflion des péchés , la Communion , les 
M Indulgences, l'Excommunication, la Puiflancedu Pape , l'Autorité des 
jj Conciles , les bonnes-œuvres , le Libre-arbitre , le Purgatoire , & la 
>j Mendicité Monaftique ; lefquels Articles il déclare être reineâivement 
»> contagieux , pernicieux , fcandaleux , oflènians les oreilles pieufes y coa« 
traires à la charité , au refpeâ: du a TEelife Romaine , & à l'obéidance 
qui eft le nerf de la difcipline Ecclédaftique. Que pour ce fujet, vou* 
iant procéder â la condamnation de ces Articles , il les a examinés di- 
M ligemment avec les Cardinaux , les Généraux d'ordres r^uliers y plu- 
M iieurs Théologiens & Jurifconfultes , & en conféquence îes condamne 
M refpeâivement ^ comme hérétiques , fcandaleux , faux , ofienfans les 
9ê oreilles pieufes , féduifans les efprits religieux : & contraires à la vé- 
M rite Catholique : Que pour cela il défend fous peine d'excommunicarion 
M & autres peines à qui que ce foit de les foutenir , de les défendre , de 
u les prêcher > ou de les favorifer : Et d'autant que ces proportions fe 
»9 trouvent dans les livres de Luther^ il condamne pareillement ces livres» 
94 défendant fous les mêmes peines de les lire ni de les garder y & ordon- 
9# nant de brûler non feulement ceux qui contiennent ces propofitions, mais 
jd aufli tous ks autres ouvrages. Pour ce qui concerne Luther lui-même» 
•j il dit qu'il Ta averti plufîeurs fois , & l'a cité & appelle avec promeflc 
M d'un Sauf-conduit, & oftre de le défrayer de fon voyage : Que s'il fut 
»» venu à Rome , il n'y eût pas trouvé tous les dérèglemens qu'il difoit > 
M mais que lui-même lui eût appris que les Papes i^ prédécefleurs n'a- 
>9 voient jamais erré dans leurs Conftitutions : Qu'ayant ofé , au mépris 
>i des Cenfures portées contre lui depuis un an , n en appeller au futur 
^Spond.ad " Concile , contre les défenfes ^i de Pu IL Se dt Jules II , fous les peines 
an. i^6a » portées contre les Hérétiques , il eût été en droit de procéder i ia con- 
^^ ^' » damnation fans aucune autre raifon : Que néanmoins , fans fe (buvenir 
99 des injures qu'il lui avoit faites,il vouloit bien encore avertir ledit Ijuker, 
99 & tous fes adhérans ^4 de fe défifter de leurs Erreurs & de ceffer de les 
9« prêcher « leur ordonnant fous les mêmes peines de rétraâer lefdites Er- 
M reurs 6c de brûler lefdits livres *, i faute de quoi il les déclaroit Héréti* 
9» ques notoires & obftinés. Il défend aufll à qui que ce (bit fous les mêmes 

fi.Ldii rapporte xiii Artidisfur le Pé- ciie contre tes difenfes de Pie IL & de Jules 

ehi Originel^ Sec. ) CeA une méprife de //. &c. ] Cette dmnfe avoir été £iite dans 

J^d'Psûlôî il ny en avoit que 41* Mais le Concile de Mantoue par Pk IL le i S de 

cette mépiife vient de ce qu'il a fait deux Janvier 14^0 , & fut renoaveliée enfaice 

Anicles é*on feol, comme a ùlk auffî B^o^ par Jules IL dans fon Concile de Rome 

vius ad an. ifio. N^ )• qui du huitième en lyii, 

Anicle en a fait deux. s^^I^^fi défifter de leurs erreurs &d< 

S y Qu* ayant ofi — en appeller au Con» ceffer de les prêcher* ) Lear donnant pout 



ftDx i. 
Léon X. 



DE TRIeN TE, Livre I. 17 

M peines de garder aucun livre de Luther , quand même les Erreurs con- 
M damnées n'y feroienc pas contenues , & d'avoir aucun commerce avec lui 
» ou avec fes fauceurs *> ordonnant au contraire de les prendre ÔC de les 
M lui envoyer , ou du moins de les bannir de toutes fortes d'endroits. Il 
» interdit tous les lieux où ils fe retireront. Il ordonne qu'ils foient déoon- 
t* ces par tout pour Hérétiques , 8c que fa Bnlle foit lue par-tout , ex* 
w ccmnmniant ceux qui en empêcheront la publication. Enfin il veut que 
M fa Bulle foit publiée en particulier à Rome , en Brandebourg » en Mit* 
*t nie & à Man/perg < ^ , & qv'on ajoute foi aux Copies conune à l'Original. 

Xitf/Mr ayant I 
publia un Ecrit 
les mêmes raifons 

plaigûant de plus , que le Pape avoit proèdé contre lui fans rappielîêr ^7 & r Luth. T. 
lans le convamcre , comme auffi fans avoir écouté les raifons de Ùl doârine; ^: ^\ y* 
8c qu'il préféroit fes opinions particulières à l'Ecriture Sainte , fans vouloir p/^. ,* *' 
s'en rapporter à un Concile. Ce qu^il offiroit de prouver , en priant l'Empe- Flcury , L. 
reur 8c tous les Magiftrats de recevoir fon Appel pour la défenfe de l'au- 1^6. N'^So. 
torité du Concile , ne croyant pas que le Décret du Pape put obliger per- 
ibmie , que la Caufe n'y eût été préalablement difcutée. 

XIV. Cependant * la Bulle de iL^o/2 étonnoit ^^ les gens fenfés, pour jugif^iKt 
bien des raifons. Premièrement > quant à la forme , f ' on étoit furpri$ que que tan par- 
le Pape y traitât en îlyle de Palais une matière , où il ne falloir employer ^' ^* ^'«^« 

2ue des termes de l'Ecriture Sainte : outre qu'onjr avoit inféré des claufes p^; ^ 
longues & fi confufcs ^° , qu'à peine étoit-il poflible d'en pénétrer le fciis , j. c, 2,1! 



cela an terme de (bixante jours. 

S s* Et à Manjberg, ] L'Edition de Ge- 
nève pone Mansfeld, & non Manfptrg» 

f 6. Par lequel il appelUit de nouveau 
au Concile , &c. ] Cet Appel , félon Sleidan, 
eftdtt :j de Novembre if lo. 

f 7. Se plaignant que le Pape avoit procédé 
contre lui [ansV appeUer ù fans le convain- 
cre ^ &c. } Il (e plaignoit piincipalemenc 
de quatre chofes, (avoir , x. D'avoir été 
condamné Gtns être entendu & oonvaincu : 
z. De ce qu*on Tobligeoit de nier la né- 
ceffité de la Foi pour la réception des Sa^ 
cremens ; ) • De ce que le Pape préféroit 
fes opinions à l^criture Sainte. 4. Enfin 
de ce qu'il ne laiflbit aucun lieu au Con- 
cile. Sle'id^ L. z-p. )i. 

f S . Cependant la Bulle de Léon éto/moit 
les gens fenfés , pour hien des raifons, ) Fra- 
Paolo ne nous dit point ici quels* écoienr 
ces gens (ènfes ; mais ce qu'il rapporte de 
leurs mifons neft pas toujours également 



(blide i ai le Cardinal PalUvicin (èmble en 
avoir réfute pluileurs aflez jodicieuièment, 
L» t. c. XX. 

f 9. 0/1 étoit furpris que le Pape y trait Je 
enfyle de Palais une matière > où Une faU 
loit employer que les termes de V Ecriture 
Sainte, ) La uurprife eft ici un peu dé^ 
placée ; puilque , comme Ta- fore bien re- 
marqué Pallavicin , on a employé le &jie 
de Palais non par rappon aux matières db 
dodbine, mais fimplement par rapport voit 
prohibitions & aux peines, fur leibuelle* 
il a fallu néce(Iàirement fuivre les tonnef 
du For Ecdéfiafttque. 

60. Outre qu 'on y avok infire des ciaufis 
(ilongutsO ficatipifiSt^*)Q^^ e&tttt- 
vxai; mais Gomme ce (dut de ces che(èf 
de ffyle, dont on- ne peut gucres s'âbî^- 
gner (ans abanibnf^er le» fonnalic^ dxdc- 
naires des pcocédurocr, ce- n'éioit pas une 
chotk à obj^er contre cette Bulle \ 9tPM^ 
lavicin eut pu fe difpenfer d'avoir recours 

D i 



JiC DXit. 

LeOnX. 



zt HISTOIRE DU CONCILE 

comme fi on eût eu à prononcer fur quelque Caufe féodale. On remarquok 

entre autres une de ces claufes , laquelle ctoit fi longue & fi embaraflce de 

parenthèfcs & de reftriékions, qu'entre ces paroles, inhibcnus omnibus ^ & 
celles-ci , ajjtrtrt prœfumant , il y avoir plus de quarre-cens mots. 

D'autres partant plus avant remarquoient , que condamner xlii. Pro- 
pofitions comme hérétiques , fcandaleufes , faurtes , & qui offenfoient les 
oreilles pieufes , & féduifoient les fimples , fans expliquer lefquelles de 
ces Propofitions étoient hérétiques, fcandaleufes, ^' ou faurtes , mais en 
lairtant la liberté d'appliquer à chacune d'ell«$ une qualification incertaine 
comprife fous le mot de rcsptSivtmcnt , c'étoit augmenter la confufion , & 
fortifier la difpute plutôt que la décider f & montrer qu'il falloir plusd'aa- 
torité & de prudence pour la terminer. 

^^ Quelques-uns croient encore plus furpris , qu'on y dit qu'entre les 
XLii Propofitions il y en avoir qui contenoient des Erreurs des Grecs déjà 
condamnées. ^) D'autres rrouvoient afièz étrange , que tant de Propofitions 
en matière de Foi eufiènt été décidées à Rome par le feul avis des courtifans » 
fans en avoir pris confeil auparavant des autres Evêques, des Univerfités9 
& des Savans de l'Europe. 
Ihres di ^^' CEPENDANT ^ les Univcrfités de Louvain Se de Cologne , ^4 ravies 

Luther brû- 
lés À LûU'ài ramoTÎté de Cîcéron dans (on Oraifbn 
vain é^ ^ pro Murctna ^ pour juftifier la Bulle de Z^'oa 
Cologne. fur ce point. 

y^^^^vr ^ ' • ^'^'^^ ^xp^q^^r ItfquelUs de ces Pro- 
u l^' V^fi^i^^^ étoient hérétiques , fcandaleufes ^ 
^B^T^de^ &c. ) Ce que dit ici Fra-Paolo eft très-ju- 
LéonX f^ <l>cieax , au-lieu que ce que répond Pallavi- 
les Décréta- ^'^ "* ^'^^ guères. Ceft jetter delà confufion 



mi ces Propofitions il y en avoit qui con- 
tenoient des Erreurs des Grecs déjà con- 
damnées» puifque la doébrine de Luther 
au fujet de la Primauté du Pape , & du 
Purgatoire, ne paroilToit pas bien éloignée 
de celle des Grecs. 

6 } • D'autres trouvaient ajfe[ étrange, que 

tant de Propofitions en matière de Foi euf- 

dans Tefprit des Fidèles , plutôt que les inf- fent été décidées à Rome par le feul avis 



les, . 1 /r/ - 

t Pallav. L. oruire , que de condamner diftcrentes Pro- 
I. c 11. pofitions par un tas de qualifications con- 
Luth. T. 1. fefes , uns déterminer à quoi doivent s*ap- 
p. 119. pliquer ces qualifications refpeétives , dont 
Sleid. L 1. chacun peut juger différemment. L*ezem- 
p. 3 4. pie du Concile de Conftance , rapporté par 

Spond. ad Pmllavicin , montre bien que ce n'eft pas 
an. 1510. Uqji qui ^ donné ce mauvais exemple, 
N 1. & }» „j^ ne prouve pas qu'il ait eu rai(bn de 

' ^ ' * 61. Quelques-uns étoient encore plus fur- 

pris , qu'on y dit qu'entre les xlii. Propofi- 
tions il y en avoit qui contenoient des Er- 
reurs des Grecs déjà condamnées. ) C'efl 
ici la nième méprife* qu'on a déjà vue, od 
'Fra-Paolo nomme xlii. Propofitions au- 
lieu de X L I. Mais de plus on ne devoir 
pif' être fon fiupiis qu'on 7 dit que par? 



des Courtifans , &c. ] Il y a trop de mali- 
gnité dans ce reproche , (x par Cooni(âns 
Fra-Paolo n'a entendu que les Politiques » 
puifque , de fon propre aveu on tint beau- 
coup de Congrégations , où l'on écouta 
fur cette afiàire les Théologiens & les Ca- 
noniftes de Rome les plus éclairés. Peut- 
être eût -il voulu qu'on eut pris aupara- 
vant l'avis des principaux Prélats & des 
Univerfités. Mais Rome nVvoit garde de 
le (aire, pour ne laifièr pas lieu de croire 
qu'elle doutât elle-même de Ton infailli- 
bilité j & d'ailleurs les principales Univer- 
fités de l'Europe s'étoient déjà déclarées au- 
paravant contre Luther» 

4 ^.Cependant les Univerfités de Louvaïn 
& de Cologne brûlèrent publiquement les 
livres de ùuhtr, ) Ce fiu en coafcquence 



DE TRENTE, Liv^B I. 



2^9 



M D X X. 

Léon X. 



de voir leur jugement autorifé par la Bulle du Pape , brûlèrent publique- 

xnenc les livres ae Luther. Cela 1 engagea ^^ de fon côté à faire brûler publi- 
quement à Vittemberg non feulement la Bulle de £/o/z, mais aufli les Dé* 
crétales , par le jugement de rUniverfîté qu'il avoit aflèmblée. Ââion qu'il 
juftifia eniuite par un long Manifèfte , où il rendoit compte des motifs qui 
l'y avoient porté ^ & où il taxoit le Pape de tyrannifer TEelife , de cor- 
rompre la Doâxine Chrétienne y & d'ufurper la puiilànce des Magiftrats 
l^itimes» 

Toutes ces conddérations , jointes à l'Appel de Luther , fitent juger i 
tout le monde , qu'il falloit nécefTairement un Concile légitime , non feu- 
lement pour terminer ces conteftations , mais encore pour remédier aux a- 
bus qui s'étoient gliffés depuis longtemps dans TEglife. Et cette néceflité 
paroiSbit augmenter tous les jours > a proportion que croifibient les contef- 
tations par les Ecrits , qui fepublioient perpétuellement de part Se d'autre. 
En effet » Luther ne cellbit de fortifier fa doârine par de nouveaux Ou«- 
vra^es ; & plus il étudioit , plus il acquéroit de lumières , ^^ â la faveur 
dçlquelles il alloit toujours en avant , & découvroit des choies auxquelles 
il n'avoit pas penfé auparavant. Ce qu'il faifoit, difoit-il , par zèle pour 
la Maifon de Dieu ; outre qu'il y étoit auflS forcé par la nécedité de fa dé- 
fenfe. Car Rome ^ ayant fait folliciter puiflamment à Cologne par Jérôme v SIcid. L, 
AUandre *7 TEledeur de Saxe de remettre Luther prifonnier entre les mains ^' P- 3 3- 
du Pape , ou de le faire périr de quelque manière que ce fut j il fe voyoit 
obligé de montrer à ce Prince , aux peuples de Saxe , & à tour le monde , 
qu'il avoic la raifon de fon côté ; de peur que fon Prince , ou quelque au- 
tre Puiflance , ne fe laiilat aller aux inftances du Pape contre fa vie. 



des ordres de TEmperear Charles à fon 
retour d'Angleterre , ou il étoit allé vifî- 
ter (à Tante ,* comme le marquent Palla- 
vicin L. i.c. ii. Sl Sponde ad an. lyio. 

^f . Cela V engagea de fon coté à faire bru- 
li'T publiquement à ff^ntemberg non feule- 
ment la Bulle de Léon , mais aujjî les Dé- 
crétales, ) Cette exécution fe fit félon Slei- 
dan le lo. de Décembre i f lo > à Wittem- 
berg, & fut imitée enfuite en quelques 
autres villes d*Allemagne, & même àLip- 
fich ville du domaine du Duc George trcs- 
zèlé Catholique. Avec ces Ecrits Luther 
fit aufC brûler ceux ^Eckius & è^Emfer 
compofis contre lui. 

^^. Plus il étudioit , plus il acquéroit de 
lumières , &c. ) Ce devoit être le fruit na- 
turel de fes études. Mais l'on peut dire 
au(n , que Ci à force d'étudier il acquit plus 
de connoiflânces , il s'égara auffi davantar 



ge en plufieurs matières » Se montra beau- 
coup plus d entêtement, de violence, & 
d*emportenient. 

éj. Car Rome ayant fait folliciter puif 
famment à Cologne par Jérôme AUandre , 
&c. ] Il étoit Nonce vers l'Empereur, 
conjointement avec Marin Caraccioli, Il 
dut le commencement de (on élévation à 
Alexandre VI y qui eut dcffein de le faire 
Secrétaire du Duc de Valentinois fon fils , 
ce qui ne fe fit pas cependant. Comme 
il étoit très-habile dans les Langues , Louis 
XIL le fit venir à Paris pour y enfèigner 
les Belles - Lettres. Venu enfiiite à Rome 
j>our y folliciter la promotion ^Everard 
de la Marck Evêque de Liège au Cardina- 
lat , il y fut anètc par Léon X. qui l'em- 
ploya en plufieurs Nonciatures. Il fut en- 
fuite fait Archevêque de Brindes , & Paul 
III le fit Cardinal. Il fut nommé pour un 
des Préfidens do Concile de Trente , mais 



30 HISTOIRE DUCONCILE 

MD?cxi. XVL AiKSi fioic Tan mdxx ; & une Dièce s'écanc tenue à Vormes en 
Léon X. mi>xxi , * Luibtr y fut appelle avec un Sanf-conduic de Charles élu Eni- 




Wormes. il ne pouvoît s aitendre qu'à y voir oonârmer fa condamnation , (i même 
X SieicL L il ne 11» arrivoit rien de pis. Mais d'un avis contraire i celui de fes amis » 
J-P* îf: il leur dit que quand il fcroit ajfuré £ avoir autanf de Diables à emn^ 
p^i 6±. ^ ^^^^' > qu'il y avoii de adks fur ks maifons de cesu rille , il vouUùt toute- 
VzWzy.Ui.fois y aller', comme il le fit. 

c. 16. Il y comparut en effet ^^ le 17 d'Avril en préfence de l'Empereur f 

^Icury ^ ^ & de cous les Princes \ &c fur la demande qu'on lui fit > s'il étoit r Auteur 

'^5: jL-j* dies livres publiés ibus fen nomi Se dont on lui montra des exemplair 

slcid. Ibid! ^^ ^ ^^^ ''^^ ^^^^^ ' ^ '*^^ vouloiv maintenir tout ce qui y étoit contenu , 

BzoY. ad ott en retraâer quelque cfaofe , il répondit qu'il recoonoiflbit ces livres 

an. ijii. pour les fiens , mais qu'il lui falloitdu tems pour délibérer s'il défen* 

^"^ ^ droit ou non tout ce qu'ils contenoient , parce que c'étoio une affaire 

Anel ^ep ^^ grande importance. On lui donna terme juqu'au lendemain pour fe 

y2.t. déterminer \ 8c ayant été admis i l'Audience* il y fit un long dtfcours , s'ex- 

xPalIav.L cufant premièrement fur fa fimplicité ôc fur la vie privée dans laquelle 

X. c 17. il avoir été élevé , de ce qu'il n'avoit pas parlé avec la dignité qui conve- 

noit à cette augufte Afièmblée , ni donné à chacun les titres d'honneur qui 

lui convenoient. Il confirma enfuite l'aveu qu'il avoit fait de fes livres» 

ôc dit que fes Ecrits n'étoient pas tous d'un même genre : Que les pré« 

miers contenoient la doârine de la Foi & de la Piété : Que les féconds cen« 

furoient la Dodrine Romaine : Et que les derniers ctoient des répliques 

faites à ceux qui avoient foutenu une doctrine contraire d la fienne. Quant 

aux premiers , il dit , qu'il n'agiroit ni en Chrétien ni en hom^ne de bien» 

s'il les rétradoit » puifque le Pape même , qui les avoit tous condamnés > 

ne les avoit pas cependant jugés tous mauvais : Qu'à l'égard des féconds» 

il étoit trop évident , que toutes les Provinces Chrétiennes & particulie- 

sl moanit avant Ton oaverture en :f4t. thcr à Vormes,dit, L. i.c. 16. que no-* 

Il eac de grandes conceftacions avec Eraf' tre Hiftorien ,. fans dire que peu de cho- 

mc^ donc il avoit été ami, Se aoi nous en fesfauiTes, a voulu £iire honneur de cette, 

donne un caraâère allez dèuvantageux. adion à la Sede Luthérienne , par la fup- 

Cétoit un homme qui avoit beaucoup de predîon de plufieurs chofes véritables : CJke 

connoiflânces , mais qui paroïc avoir eu fifi{a moUo di falfo ^ ma col fdtm(io dl 

beaucoup moins de. jugement que d'éra* moko vero , il rsfprtftnta ptr onorevoU â 

dition, quclla Sctta, Mais fi l'on compare ce 

6%, Il y comparut en effet U 17 d* Avril qu'en dit Fra-Paolo avec ce qu'en ont 

enprifenct de V Empereur ^ &c* ] PaUavi" écrit les Hidoriens du rems , & ce qu'en 

cin , qui ne trouve rien ou très -peu de dit jP^tZ/^vici;? lui même, on verra que s'il 

chofe à reprendre dans le récit abrégé que a fupprimc nombre de particularités , c'eft 

£ût ici Fra-Paofo de la comparution de Lu" qu'elles ctoient de trop peu d'importance ï 



MDXXÎi 



DE TRENTE, LivRB I. $% 

cernent rAllemagne étoient pillées » ôc géniiflbienc fous la fcrvicuile s Se 
qu'ainfi ce ne fcroit que fortifier davantage la tyraimie » que de les récrao ^^^^ ^* 
ter : Que pour ceux du dernier genre , il avouoit qu'il les avoir écrits — — "" 
avec trop de paflion 6c de chaleur , &c qu'il en demandoit excufe : qu'il 




pomtdobitination, ccortrant de jetter 
fi on pou voit le convaincre de quelque erreur par l'Ecriture. Enfin adref* 
fant la parole à l'Empereur & aux Princes > il dit que c'étoit an grand 
don de Dieu , quand il lui plaifoit de nous découvrir la Vérité ; mais 

Sn'auffi c'écoit s'expofer aux plus grands malheurs , que de la cejetter oa 
e la déguifer. 
C E difcours * fini , TEmpeteur ^^ lui ordonna de répondre nettement s Sldd. L. 
Se fimplement » s'il vouloir ou non défendre fes Ecrits. A quoi il répondit , |i. p. 57. 
qu'il ne pouvoit rien rétracter de ce qu'il avoit écrit ou enleigné » fi on ne ^w*- T. a. 
leconvainquoit auparavant de quelque Erreur^ ou par l'Ecriture Sainte » ou P* ^^^* 
par des raifons évidentes. Sur cela l'Empereur refolut > à l'exemple de 
lès Ancêtres» 7o<]e défendre TEelife Romaine , 6c d'employer toute forte 
de remèdes pour éteindre cet embrafement ^ fans violer néanmoins la foi 
qu'il avoit donnée à Luther , qu'il ne voulut orofcrire qu'après qu'il firroit 
retourné chez lui. Il fe trouva ^ quelques perlonnes dans l'Aflètnblée , 7« h Pallav. U 

I. c iS* 

cl * À Y 

& qne ce ne peut être que par ce féal mo- flîanam Relîgionem tffeprofsffbs , & Ecete-' p^ , g^ 

û( qu'il les « omifes , puifqu'il pouvoir Jia Romarutftmper ohumper^t ; tpmmfiu sêcKend. L* 

frire honneur à Luthù de plofleors cii- Ltuhcrusnunc eam opjmgmt, atftnuntm i. Sedl. 44. 

confbnces quMl a fopphmées, & que PaI- fua pirtinaciur infiflat , ojficium fuum p^f^ & ^8« 

lav'uin a rapportées lai-mênie. tulan , ut antcceffonun vcfligiîj inftjhu « 

6^. Ce difcours fini , l* Empereur lui or- &c. ,. 

donna de rendre, &c. ) Non pas l'Em- 71. Ilfe trouva quelques perfonnes dans 

pereur lui-même » mais Jean Eckius par VAffemhlée , qui approuvant ce qui sUtoU 

fon ordre , comme le dit Sleidan : FaSo fait à Confiance , difiiient , qu'on ne devoit 

dicendifine,Eccius ajperiori vultu,Non ref- point lui garder la foi. Mars Louis EteC' 

pondes , inquit , ad rem, — flanum & fim- teur Palatin s'y cppofa , &c. ) Patlavicîn' g 

plex rejponjum ahs te petitur , an tua fcri- qui n ofe pas rcjener ce fait comme abfo- 

pta veUs effe rata ? Ce Jean Eckius n*eftpas hxment feux , prétend du moins qu'il eft 

celui qui avoit écrie contre Luther, mais totit à fait improbable > 6: cela uniquemenr 

rofficial de rArchevèquc de Trêves, grand ibndé fut le filence SAUandre^ qui n'en 

ConiAtnt^Aléandre, dit pas tm mot dans fes lettres. C^pen- 

70 Sur cela l'Empereur refolut, à l'exem* dant Sleidan , qui parofc avoir été tiès-lnf- 

pie de fes Ancêtres , de défendre l'EgUfe truit de tout ce qui fe paffa dans cette 

Romaine j tic. ) Ceft ce qu*il fit connohre AfTen^lée, 5c Amngius cité par Secken^ 

par une lettre qu*il adreSa le lendemain à dorf, le rapportent comme un bruit tClez 

PAilêmblée, à oui il fie pan de la réfoln- commun : Nefue deerant, uti fertur, qui 

tion oàil étoit de ne plus écouter Luther, Confiantiet^ Conciti decretum &ve/Hgia 

& de le pourfuivre comme un Hérétique fecuti , ftdem ei minime fervandam dicerent, 

déclaré. Pofiridie Cafar epiflolam mittit in Sed huicfententia tum alios tum Ludovi- 

ConçiliumPrincipum:MajoresfuQs&Chrir^ Cum_ PaUiiaum EleSorcm refiirijfi vticz 



51 HISTOIRE DU CONCILE 

MDxxi. qui approuvant ce qui s'écoitfait à Conftance, difoienc qu'on ne devoir 

LiOM X. point lui garder la foi. Mslxs Louis Elcéteur Palatin s'y oppofa , comme i 

■ une chofe qui flctrriroit éternellement la Nation Germanique , & dit 

avec indignation , que Ton ne devoit pas fbufFrir que pour rendre fervicc 

aux Prêtres , toute TAilemagne fe notât d'infamie en manquant à la foi 

publique. D'autres difoient d'un autre coté, que l'on nedevoit pas aller 

fi vice dans une condamnation qui étoit une choie de fi grande importance , 

& dont les fuites pourraient être très-dangèreufes. 

r Pallav. L. Les jours fuivans ^ on traita encore de cette affaire en préfence de 

I. c. 17. quelques-uns des Princes , & en particulier de l'Archevêque de Trêves , 

^^^«^fr" '* ^ ^^ Joachim Electeur de Brandebourg. Luther parla beaucoup pour la dc- 

P-3 • 19' fçnfç jç ç^ dodrine, & d'autres pour la combattre , & le faire confentic 

à s'en rapporter au jugement de l'Empereur & de la Diète , fans aucune 

1/ PC condition. Mais il répondit que le Prophète-Roi <^défendoit de fe confiée 

CXLV. X. aux hommes ni aux Princes , à qui rien n appartenoit moins que de juger 

de la Parole de Dieu. Sur quoi lui ayant été enfin propofé de s'en remet* 

cre au jugement du futur Concile > il y confentit à condition que l'on 

extrairoit auparavant de fes livres les articles qu'il vouloit bien foumettre 

au jugement , Se que la fentence ne s'en formeroit que fur les témoignages 

de l'Ecriture. Et fur la demande qu'on lui fit > de quels remèdes â loa 

avis il feroir plus à propos de fe fervir dans cette affaire : De uux - là JtuU 

€ Ad. y, dit-il , * que Gamalielpropofa aux Juifs *, c'eft-à-dire , que fi Ctntreprife 

5^1 }9* étoit humaine , elle échoueroit : au lieu que fi elle venoitde Dieu , ilferoit im^ 

pojfihle £en empêcher lefucch : Qu'ainfi le Pape devoit être fatisfait , étant 

indubitable que fi fon defiein ne venoic pas de Dieu , il feroit bien-tôt 

anéanti. Comme Luther fe tenoit fermement â ces réponfes , & qu'on ne 

put lui faire changer la réfolution où il étoit de ne fe foumettre i aucun 

/ P. Mart. jugement , qu'on ne procédât contre lui par l'Ecriture ; ^ on lui donna 

Ang. ep. fon 

711. 

Luth. T. 1. mentir aiunt , quod ad Germanici nomînls croyable, maïs à Slcidan , que Taotren'a 

p. 1^8. labem atquc dcdecus fempiternum ea res &ic que copier, & dont raatorité écoit a(^ 

^^^^^^'^^' peninerct, Quapropur non modo firvan- fez grande pour lui en impofei dans des 

^' ^^* dam ei fidem , fed neque ttmerl damnandum choies de cette nature > d'autant plus que 

<r^ ^ /^/ffriftte cenfibant , &c. Il eft vrai , dans la relation même de Luther , T. 1. p. 

«^0^0 ' qu*en donnant ce fait comme un fimple it6, on voit quelque fondement à ce foup- 

Sleid L. ^^^^> Slcidan n*en certifie pas la vérité, fon dans les Placards qui furent affichés 

' ^' Mais autre chofe eft de dire qu'un fait pour ou contre lui, ce qu'il jugea n'avoir 

n eft pas certain , & de dire qu'il n*eft pas été fait que pour donner lieu a violer le 

probable. Ce n'eft pas le filence SAlian- Sauf conduit : Tametfi à multis adeoque 

dre qui fufEc pour le faire juger tel , puif- inulligcntibus dolo/l ah inimicis putatur 

qu'on fent bien qu il auroic eu bien des fuElum idipfum , ut occajio effet refciu^ 

raifbns de cacher la chofe ^ quand il Tau- dendi falvi condu6his , quod non impi» 

roit fuc. Mais quoi quil en ioit^ ce n'c- grè quarehant Romani Legati. Le même 

toit psisi Fra-Paolo que devoit s'en pren- fait eft rapporté encore par d'autres Au- 

dre Pallavicin ^ s'il jugeoic le fait peu ceurs» 



7» 



• 



DE TRENTE, Livre I. 3} 

ibncoDgc 71 avec le terme ile xi jours pour s'en recourner diez lui, i M^ïmi 
condition qu'il ne feroit aucune prédication , & ne publier oit aucun ^^^^ ^ 
Ecrit en chemin. Après quoi ayant remercié TAiflèmblée , il repartie le 17 - 

d'Avril 75. 

XVIL L E 8. de Maifuivanç , s TEmpereur publia un Edit 74. dans la llyeflmis 
Diète de Vormes , où , après avoir expofc qu'il eft du devoir d'^in Ena- Vt^^ ^ 
pereur détendre la Religion ,& d'éteindre les Héréfies dans leur naiflancc^^jj*^'* ^ 
il raconte comment Lii//t^ tachoit d'infeâer i'Allemaene de cette OM-%^{Jf\i^^\ 
ragion ^ & le danger oùétoit cette Nation de périr raifërablement > fi on c 18. 
vkj apporroit le renaède : Que le Pape Léon , après des avertiflemens pa- Flcurv ,^ L. 
ternels , avoît de l'avis des Cardinaux & d^autres gens diftingués condamné '^7? N^i?- 
fes Ecrirs , & l'avoit déclaré Hérétique , il dans un <:ertain rems il ne ré« 
tradoit fes Erreurs \ & que Jcrenu AUandrc Nonce Apoftolique lui avait 
donné une Copie de cette Btille, le priant comcne Pcoteâeur de l'EgliCç 
de la faire exécuter par tout l'Empire s & dans tous fes Etats : Que oe-» 
pendant JLi^ibr , au lieu de fe corriger) écrwoit de jour en jour des livres 
en Latin & en Allemand j remplis non feuleinent de nouvelles Hétéfîeis % 
mais encore d'Erreurs déjà condamnées par les (aints Conciles. Puis «après eu 
avoir fpecifié quelques-unes » il conclud qu'il n'y avoir aucun de fes 
livres où il n'y eut quelque chofe de oontagieux & quelque aiguillod RK>r« 
fC\%6c qu'il n'y avok prelque pas de mot qu'on ne put dire être un poiibo ; 

7 1. On lui donna fan cvngé^âvtc U terme l*£mpixe auquel il avoir été mis feroit on- 

de xt jours , pour s'en retourner che^ lui, ] vert, eut foin qu'il fiit caché dans un de 

Pallavicin dit lo joun, & P. Martyr dans lès Châteaux , fans qu'il voulut lavoir pi6- 

&s Lettres marque la même cbo(e. Mais ciSment lui-même le lieu particulier ou il 

c*eft une méprife ^ & Sleidan marque po- étoir* Sleïd.L. 3*p. 4i« B{pv»9À an. x f ii. 

fitrrement qu'on hii en donna ii i Et N^ xj. Seckend, Ù i. Seél. 44. N^^^S. 

aune quidem tihi mandat , dit Eckius à Lu- Ceft une conje^re tout à fait Ctivole que 

ther au, nom de TEmpeyeur , ut hinc è celle de Seckendorf^ qvLi prétend que cet 

veJHgio difiedas , &in reditum diesviginti enlèvement de Luther ne fe fit pas (ans la 

unum tihi largitur; quam etiamfidem tihi participation de l'Empereur. 

dédit, eam fervahit inviolatam. Et c'eft j^. Le % de Mai fmvant,l* Empereur fti' 

ce qui eft auîfC marqué dans la relation de blia un Edit dans la Diète de Wormes^icc.) 

Luther, Qu'il (igna dans l*Eglife en préfence des 

75.7/ repartit le zy d* Avril , &c. ) Avec Cardinaux de Mayence & de Sion, Ce fut 

une Sauvegarde de l'Empereur, qu'il ren- le Nonce Aleandre qui le lui préfenta , & 

vojra trois )«urs aprè$ arec des lettres à ce qui y avoit eu la principale part , (bit par 

Prince & aux autres Princes de l'Empire, les fones foUicitations qu'il fit pour l'obte- 

Il fut enfuite accompagné jufqu'en Thu- nir , (bit parce qu'il avoit été chargé de le 

ringe pat quelques-uns de fè amis, qu'il dredfèr , & dont, à la réferve de quelques 

congédia à Eyfenach, Puis ayant £ût mine changemens qui s'y firent , on doit le r&« 

de prendre le chemin de Vittembeig , & -gaidex comme le principal Auteur* Ceft 

f'étant (iparc du refte de fâ troupe, 11 fut ce que nous apprend Pallavicin. Mais Sleh' 

enlevé par les foins de l'Eledeur de Saxe % dan fe contente de dire que l*Edit fut 

qui , pour le mettre à couven des dangers dreflS par peu de perlbnnes , it que plu* 

^a'iljMioitt courir anili-tât que leBaa de fieurs des Eleâetus déclarèrent qu'on nf 

T M E I. E 



34 HISTOIREDU CONCILE 

MDtxi. Que pour ces caufes , voulant fuivre les traces des Empereurs Romains fes 
Liow X. pr^deceflèurs , après en avoir conféré dans cette Diète avec les Eleâeurs 
■ & tous les Ordres de TEmpirc , & avoir pris confeil des perfonnes choifîes 
déroutes les Nations foumifesâfa domination ') de leur avis & confente- 
ment,& pour ôter tout fujet de reproche à ceux qui difoient qu'il falloit écou- 
ter Luther avant que de procéder à l'exécution de la Bulle du Pape » quoi- 
3ae peut-être il ne fut pas convenable d'entendre un homme déjà con- 
amné par le Souverain - Pontife , obftiné dans fes Erreurs , & notoire- 
ment Hérétique , il Tavoit fait citer par un de fes Hérauts , non pas pour 
connoitre ni pour )uger des chofes de la Foi , ce qui appartenoit ieule-* 
ment au Pape , mais pour le rafhener par perfuafion dans le bon chemin. 
Il rapporte enfuite comment Luther fut introduit dans la Diète , les deman* 
des qui lui avoient été faites & fes réponfes , telles qu'elles ont été déjà 
rapportées , & la manière dont il avoit été congédié & renvoyé. Il conclud 
enfin que pour fatisfaire à ce qu'il doit â l'honneur de Dieu, au refpeâ 
qu'il porte au Pape , & au reeard qui eft dûi la Dignité Impériale dont il 
eft revètu,du confeil & du conlentement des Eleâeurs » Princes & Etats de 
l'Empire , & en exécution de la fentence du Pape , il déclare qu'il tient 
Martin Luther pour notoirement Hérétique , & ordonne qu'il foit tenu de 
tout le monde pour tel y défendant à tous de le recevoir ou de le protéger 
de quelque manière que ce foit s commandant à tous les Princes & Etats 
de l'Empire fous les peines portées , de le prendre & emprifonner après le 
terme de ii. jours expirés, & de pourfuivre tous fes complices, adhérans 
& fauteurs , & les dépouiller de tous leurs biens meubles & immeubles. 
11 défend de plus de lire & de garder aucun de fes livres , quand même il s y 
trouveroit de bonnes chofbs , & ordonne aux Princes & aux Maeiftrats dé 
les brûler & les détruire. Et comme il s'étoit fait & imprimé en divers en- 
droits des Abrégés ou des Extraits de plusieurs de fes Ouvraees , il défend 
abfolument de les imprimer de nouveau \ comme aufli de tirer , de pein- 
dre, ou de garder aucune de cesEftampesou Peintures, où le Pape& 
d'autres perfbnnes font repréfentés d'une manière propre à les rendre ridicu-* 
les , & ordonne aux Magiftratsde s'en faifir^c de les brûler , &de punir 
ceux qui les impriment , les achètent ou les vendent. A quoi il ajoute une 
défenfe générale de rien imprimer fur les matières de Foi , fans l'autorité de 
l'Ordinaire. 
SMDoBrim XVIIL 75 Vers le même tems ^ llJniverfité de Paris condamna diver- 

ift eondMm- {èg Propofitions extraites des livres de Luther , les unes comme renouvel- 
ai/* ^4r/'[7- ^ 

p ^*y •'^ leur en avoit rien commaniqtté. Aiunt js.Versle mêmetemsVUnherfitide Pm- 

h <kl 'A T ^^^^^ hoc à paucîs aUquotjuiJfe confia- ris condamna dîverfes Propofitions extraites 

' /K«r:/rtfwi ex EleHorihus nonnulU fatentur des livres de Luther, ) Cette Cenfure eft 

LuUi. T 1 f^^^fi fi^JF^ confcios , ut fuo loco de Colo- du i s ^*Avril i j 1 1 , & condamne plus dé 

p. i8c. ' ' f^i^flfi dicemr, Pallavicin dit que cet Edit cent Propofitions extraites de difRrensOa- 

Bzov. ad f°^ %"^ ^^ ^ ^^ ^^^ « ^^^ ^^'^ ^^ f*''^ vrages de Luther , comprifes fous difTé- 

^.i$xi. public q\ie le 2 é» T. I. Enat. lens titres. Melanàon & Luther loi-mtnno 



DE TRENTE, Livre I. 3S 

lanc la doârine de Wlclcf & de Jean Hufs , & les autres comme autant de 
nouvelles erreurs qu'il avoir avancées contre la doârine Catholique. Mais 
toutes ces oppodtions ne firent qu'aigrir la députe » par les Ecrits qui fe 
multiplièrent de part & d'autre à loccafion des réponfes de Luther > & ne 
fervirent , en excitant la curiofité de plufieurs qui voulurent fe mettre 
au fait de la conteftation > qii a leur découvrir les abus que reprenoit 
Luther \ & i les aliéner par ce moyen de la foumiflion qu'ils avoient pour 
le Pape. 

XlXt 7<^ L E plus illuftre des ad verfàires de Luther (vu Henri VIII. Roi 
d'Angleterre > 77 qui étant le cadet de i^ Maifon 7S avoir été deftiné par 
fon père à TÂrchevèché de Cantorbéry , & dans cette vue avoit em- 
ployé fa jeune(re à l'étude. Mais ayant fuccedé à la Couronne par la mort de 
fon frère ^ celle de fon perç 7^ qui ayoit fuivi » & fe ftifânt un honneur 



MDXXU 

L£ON X; 

Spond* ad 
aa. ijii. 

FleuryHift. 
Ecclef. L 
ii7.N^i8. 
f Spond. ad 
an. 15 II. 
N^j.Slcid. 
L. ). p. 41. 
Pallav. L.1. 
c I. Bumct, 
T. I. L. I. 



y firent des réponfes fen emponées. Pla- 
fieiin des Propofitions condamnées con- 
ciennencdes Erreurs alTez groffièies^ Mais 
il £iat avouer qa*il y en a quelqaes-anes 
dont la Cenfure eft plus condamna})le que 
les Propciicions m&mes. La defcriptîon que 
dit à cette occafion Sleidan de la Faculté 
de Théologie de Paris , mérite d'être lue , 
& nous ne l'omettons que parce qu elle n'a 
aucunxappoRi notre fujet, 

•j6m Le plus illuftre des adverfaires de Lu- 
ther fut Henri VIII, Roi d* Angleterre. )Q^ï 
farviat à la Courpnne an mois d'Avril de 
an If 09 : Prince qui par un mélange bi- 
tarre de bonnes & de manvaifès qualités , 
donna fncceffivement de grandes efpéran- 
ces , & les fit perdre* Il balança pendant 
loote Gk vie la fortane de l'Europe , (ans 
en tirer aucun avantage pour lui - même. 
Pour vouloir être l'arbitre de Tes Alliés , il 
en fut toujours la dupe. Né naturellement 
libéral , il fe ruina lut & Tes Sujets par des 
pto&fions criminelles & extravagantes. 
Mauvais Maître , il fâcrifioic (es Miniflres 
avec la même facilité qu'H les élevoit. 
Mauvais mari, il regardoit (es femmes 
plueât comme fes e(claves que comme Tes 
époufes y & les immoloit à & jaloufie après 
évoôx (àtis&it à Tes paillons. Superftitieux 
dans (on irreligion, il ne fut ni Catholi^ 
que ni Protedant , tandis qu'il afTeâoit de 
montrer fon zèle par les fupplices qu'il fiii- 
(bic fooffirir à fes Sujets. En un noot , ca- 
pable par {fi% talens naturels domez le Trô- 



ne qu'il occupoit , il le (bailla par (es cri- P« ^^' 
mes , & n^ourut détefté de prefque tous FleuryHift. 
l^s partis, auxquels il s'étoit rendu pre(que \jo 

également redoutable & par Tes caprices & '^^1^ 
par fes cruautés. i^ k T ' 

77. Qui étant le cadet de fa Maifon f ., ..^ 
. ) Arthur Prince de Galles , qui étoit ^' ' 



aine 



mourut le fécond d'Avril 



fon 

IfOl. 

7*. Avoit été deftinépar fon père à VAr^» 
chevêche de Cantorberi , &c. ) c'a été l'o- 
pinion pre(que générale. Cependant M* 
Burnety L. i. de fon Hi(h>ire, ne laiflè 
pas de la conteder fur ce fondement , que 
Henri VILCon père avoit fait donner la mê- 
me éducation à Arthur (on fils aine , U 
ne les avoit appliqués fi fon a l'étude l'uii 
& l'autre , que pour leur ôter la connoi(?- 
fance des aSaires. Cela me paroît d'au- 
tant plus vraifemblable , qu'il y a peu lien 
de croire que ce Prince n'ayant que deux 
fils , eut voulu coaiir le ri(que , en enga- 
geant le (êcond dans l'état Ëccléfia(tique , 
de voir terminer fa poAérité, fi par ha- 
zard ^'ainé venoit ou à moorir jeune, oa 
à n'avoir point d'enfans* Mais de plus, 
comme rd>ferve encore Bumet , Henri 
n'avoit que onze ans lor(que (on frère mou- 
rut , & par con(équent n'étoit pas d'âge à 
étudier alors pour 6tre Archev^uede Oui- 
torbery. 

79* Mais ayant fuccïdé à la Couronne 
par la mort de fon frère & celle de fon père , 
&c» ) Qeloi'Ci mourut le a a d'Avril 1509 , 



ContlnuM" 
tien des 
troublis 
Suifi , ci- 



36 HISTOIRE ptJ CONCILE 

iiBZXir d'intervenir dans une difputc ù célèbre, il écrivit un Traité des fept Sacre- 
LbomX. ^^^^ go^ ^^ jj défendit Tautoritc du Pape &c combattit la doûrinc de 
Luiher. Ceci fut fi agréable à Léon , qu'après avoir reçu fon livre it 
^S^^J* l'honora du titre de Défenfcur de la Foi *'. Mais Luther fans fe laiflcr 
glitene " épouvanter par l'éclat de la Majcfté Royale , répondit à ce prince avec 
écrit têntti autant de vi^ence & de mépris , qu'il avoit fait auparavant aux moindres 
^'* Dodeurs. 

U N fi grand nom mêlé dans la difpute ne fervit qu'à exciter davanta(Te 
lacuriofité; & à l'exemple d^s combats où les fpeâatenrs penchent tou* 
jours en faveur du plus foible , ic prennent plaifir d relever fes moin-* 
dres aâions , l'inclination univerfelle parut fe déclarer pour Liuher. 

XX. L E même mois ^ ^ que fut publié l'Edit de l'Empereur , ^ Htiguei 
Evêque de Conlbnce , dans le Diocèfe duquel étoit la ville de Zurich ^ 
écrivit une lettre au Chapitre de cette ville dont Zuïngle étoit alors Cha- 
Cû f enct "^^"^> ^ ^"^ autre au Sénar. Dans rtttie& dans l'autre il répréfentoir 
de Zurich , ^^ ^ ort quc les nouveautés en niatière de doârine faifoient â TEglife par 
ek cemmen- la mine fpirituelle des âmes , & aux Etats par la confufion qu'elles y intro- 
ce U Réfer- duifoient , Sc qui en ruinoient la tranquillité. Il les exhortoit it fe garder 
r*^l^\î - de CCS nouveaux Dofteurs , qui n'étoient animés que par leur propre 
ambition & par l'inft^ation du Diable. Ces lettres étoient accompagnées 
Flcury , L dc la Bulle de Léon & de l'Edit de l'Empereur , qu'il les exhortoit de rccc* 
I }8. N%^. voir & d'exécuter. Comme dans fes lettres le Prélat avoit défigné particu* 
Rudiat lièrement la perfonne & la doârrine de Zuingle & dc fes adhérans ^ celui- 
Ré£ a ^^ ^^ ^^^^ obligé de rendre compte à fon Chapitre & au Sénat dc tout ce 
Suiilc , T. ^"'il enfeignoit. U écrivit auflî à l'Evcque, infiftant principalement à ce que 
i.p. 114. Ion ne fouffrît pas plus long-tems les Prèrres concubinaires , dont la vie 
couvroit d'in&mie tout l'Ordre Eccléfiaftique , & qui par le mauvais 
exemple qu'ils donnoient » introduifoient la corruption parmi tous les peu- 
ples , & difant qu'il n'y avoit d'autre remède d cela que de leur permet- 
tre le mariaee , félon la Doârine des Apôtres. Il écrivit encore pour fa 
propre défende à tous les Cantons Suifies » & leur rappelloit un ancien 



fepc ans après Arthur Ton fils aine » mon 
le (ècond d'Avril r 5 oi. 

Bo. Il écrivit UM Traité des Sept Sétcrt' 
mens. ) Beaucoup Tont attribué à Fifier ^ 
Evèque de Rôchefter , depuis Cardinal , & 
décrite par Tordre de Henri. Mais Bur-- 
iMT , T. i« L» 3. p. ) ) ^ , (bacient que cela 
eft bxix. 

St. Ill'àonmv du titre de D^nfeUr de 
In Foi. ) Par une Balle du mois d'Oâobre 
fyii , (ignée de 17 Cardinaux, après de 
kxigaes & de Térieufes confulcacions fiir le 
tioeqabn Revoit donner à ce Prince , ft 



donc le Cardinal PaUavicin nous rend 
compte dans Ton Hiftoire , L. a. c. i» 
pour nous faire voir avec combien de ma- 
turité on pèfe à Rome les moindres cIk>- 
(t%. Et il eft vrai en eflèt qu'il ny a pas 
de pais au monde , où les minuties fe trai- 
tent avec plus de gravité. 

Si. Le mime mois que fut publié l*E dit de 
V Empereur y Hugues Evêque de Confiance > 
&c, ) Notre Hiftorien fe trompe pour Je 
tems ) car fEvéque de Confiance n'écrivit 
ces lettres qu'en iriz , un an apsès la 
publication de l'Edit de l'fimpexew* 



DE TRENTE, Livre I. 37 

£clitd(xiné parleurs prédeccfleurs , «3 pour obliger tous les Prêtres d avoir JJ*"^ 
leur propre concubine» &c les empêcher par- U d'attenter à la pudeur * ** 
des hcmnètes femmes ; ajoutant , que quoique le Décret parût ridicule , 
il s'ctoit Eût néanmoins par néccfiîté , & que tout ce qu"il y avoir à ré- 



Léon X. 




er contre la 
Zuingle , &lui à fe défendre.' Ce fat ^ dans cette vue qu'il / sidA 
publia Lxyju Propofitions, qui contenoient fa doiSbrinc > & où il taxoit Ibid. p. 48. 
tes abus des Prélats-du Clergé. De - li naquirent tant de diflèn fions & de J^éfonn. de 
défordces , que pour en arrêter le cours le Sénat fe réfolut de convoquer ^^ ' ^' 
tous les Prédicateurs & lesDoftcurs de fa jurifdiâiion. ^4 H invita en même \'^l[ ^^^' 
tcma TEvêque de Confiance d'envoyer de fa part quelque perfonne de 
fcience ôc de probité pour affifter à ce Colloque » & travailler de concert 
â appaifer ces tumultes y & à ordonner ce qui feroit de mieux pour la gloire 
de Dieu. Ce Prélat y envoya donc Jacques /Vr^^rfon grand- Vicaire, qui 
fat depuis Evêque de Vienne 5 & le jour de la Conférence arrivé , & l'Af- 
iëmblee étant fort nombreufe , Zuingle reproduifit (es PropoHtions, & s'of- 
frit de répondre à quiconque voudroit les attaquer. Fabcr y après plufieors 
difcours des Dominicains & d'autres Dodeurs contre Zuingle & fes ré- 
pliques , dit que ce n'étoit ni le tems ni le lieu d'agiter ces matières > donc 
la connoiflknce appartenoir an Concile , qui devoir fe célébrer bientôt , 
comme le Papeen étoit convenu avec les Princes, les principaux M^iftrats> 
& lesEvêques de la Chrétienté. Mais Zuingle ayant répondu que ce 
n'étoient que des prômeflès pour nourrir le peuple des vaines efpérances » 
& cependant l'entretenir toujours dans l'ignorance, ajouta que l'on pouvoir 
4)ien toujours, en attendant que le Concile eût décidé fur les points {dou-- 
teux , traiter de ceux qui étoient certains &c manifeftes par le témoignage 
de TEcrirure Sainte & l'ufage de l'ancienne Eglife. Et comme il preflbic 
Faber de déclarer s'il avoir quelque chofe à oppofer à fes Propofirions j 
celui-ci lui répondit qu'il ne vouloit pas traiter avec lui de vive voix 9 
mais qu'il lui répondroit par écrit. EnSn TAilèmblée fe fépara , & ce- 
pendant le Sénat ordonna ^ que l'on prccheroir l'Evangile félon la doârine m Réf. i& 
de l'Ancien & du Nouveau Teftament , & non félon les Décrets & les ^^^^ » ^" 
Conftitutions humaines. ^' J?* *^^* 

%%*Et Uurrappelloit un ancien Edit don* pîunt , utjuheant eum hahtre conàtbmam ^ 

t^ par leurs prédéctffittrs , &c.] Zuingle ne pudicitiam alienam tentet, Eam confite^ 

ne parle point d'aocan Edit , mais feule- tudinem rideri quîdem à multis , verim 

ment d'une ancienne coutume introduite prudemereffe reeeptam^ ut fuidemeo tenf 

dans quelques-ans des Cantons ; & cela efl pore O in illis domina tenebris atque de* 

infiniment plus probable, damant plus pravatione, Quod autem iUi de concuèinif 

Îi on ne trouve parmi eux aucun velliga iunc feccrint , idem nunc effe de legitimis 

un pareil Edit, NonnuUis in ip/orumpa- uxcnbus inftitutndum uhique* 
gis , dît Sleidan , hune ejfe morem , quum 84. // iuvita en mime tems rEvique da 

nûvum quempiam Ecclejim Minifirum reci- Confiance d'envoyer de fa part quelque pa^^ 



3» HISTOIRE DU CONCILE 

uDxxi. XXI. CoMMfi donc ni les pleines quavoicnt prifes les Doâeurs ficles 

Lbom X. pr^ijjjj Je TEglife Romaine , ni la Bulle ôc la condamnation qu avoic pu- 

Tçttf U ^^^^^ '^ Pape, ni le Décret de TEmpereur tout rigoureux qu'il étoit , 

monde defire ^*^^^^'^^^ pu arrêter le mal^ Se que loin d étouffer la nouvelle doârine 

tm Concile, ils n'avoient fervi jufqu'alors qu a lui faire de nouveaux progrès ; chacun 

vit bien que les moyens qu'on avoir employés jufques-U etoient peu oro- 

près â remédier aux maux préfens , & qu'il faudroit en venir ennn à 

celui qu'on avoir eniployé par le pafTé en de femblables occafions » &qat 

fembloit avoir appaiie les troubles ; c'eft-à-dire à la tenue d'un Concile /. 

que tour le monde commença férieufement à défirer , comme la feule reC* 

fource qui pût être falu taire. 

£ N effet Ion confidéroit que les nouveautés préfentes n'avoient d'aa« 
cre principe que les abus inrroduits par le rems ôc par la négligence dc$ 
Pafteurs » & qu'ainfi il étoit impofuble d'apporter quelque remède à U 
confufîon , fi Ton n'en ôtoit auparavant la caufe ; ce que l'on ne pouvait 
faire unanimement & uniformément que par un Concile Général. C'étoic 
du moins ce que difoient les gens pieux & bien intenrionnés. Divecfes 
autres perfonnes fouhaitoienr audi le Concile pour leurs fins particulières : 
mais elles ne le vouloient qu'à certaines conditions , qui dévoient le leot 
rendre favoriablie , & où l'on n'en pût rien faire de conrraire à leur inrérèc* 
Premièrement , ceux qui avoient embrafie les opinions de Luther demau- 
doienc le Concile , à condition que tout y fût décidé par la Sainte Ecri- 
ture , i l'exclu fion de toutes les Conftirurions des Papes 8^ df^h Théo- 
logie Scolaftique ; étant bien affurés , que c etoit le moyen non-feule« 
ment de défendre leur doctrine , mais encore de la faire Approuver pré- 
férablement à toute autre. C'eft pour cela qu'ils ne vouloient point d'un 
Concile , qui procédât comme Ion avoit fait depuis huit cens ans y don-» 
naat i entendre qu'ils ne fe foumettroient jamais à,fon jugement : Et 
Luther difoit ordinairement , Qu'il avoit eu trop peu de courage à Wormes » 
& quil itoitji certain de la divinité de fa do3nne , qui/ ne voudroit pas même 
lafoumettre au jugement des Anges ^ mais que c' étoit par elle qu il devoit juger Us 
hommes & les Anges même. LesPrinces& les Magiftratç^fans fe mettre fort ea 
peine de ce quç le Concile pourroit décider fnr lado&rine , défiroient feu* 
lement» que les Prêtres & les Moines y fuflcnt rappelles à leur première 
difcipline» efpérant de rentrer par-là dans leurs droits , c'eft-à-dire, de 
recouvrer la Jurifiiiaion temporelle , qui étoit paflTce à l'Ordre Eccléfiaf- 
tiquç 1 &c y avoit porté tant de grandeur & de richefles. C'eft pour 
cela qu'ils difoient , que le Concile feroit inutile , fi les Evêques feuls Se 
les Prélats y avoient voix délibérative , puifqu'ils dévoient être réformés 

fonne de fcience & de probité pouraffîfler à la part de l^T&qne : mais od il refii(a de 

ce Colloque , &c. ) Ce foc au mois de Jan- difpacer , déclarant néanmoins qu'il réfo- 

vier I f 1 ) , que fe tint ce Colloque » où Fa- teroit les Propofîcions dje Zui/igle par écrit* 

ter efii^diyemenc f^t envoyé Ôc ailifta de Réf. de SuiJ[fif1. t. p« 171. 



LionX' 



DE TRENTE, Livre I. 3^ 

eax-m&mes ; & qu'il étoit néceflaire par conféquent d*en donner le foin i 

des gens qui ne fuffcnt point féduits par leur propre intérêt & engagés par- 

là i faire quelque chofe contre le bien commun de la Chrétienté. Ceux 
d^entre le peuple qui avoient quelque connoilTance des affaires du monde , 
déûroient pareillement qu'on modérât l'Autorité EccléHaftique ; qu'on 
n'accablât point le peuple de tant d'exaftiops fous le prétexte de Décimes» 
^Aumônes & d'Indulgences *, & que l'oii arrêtât tes vexations que les 
Officiaux des Evèques faifoient fous le prétexte de correction 8c de juge- 
lîient. La Cour de Rome , qui étoic la partie la plus intéreffée , ne 
fouhaitoit le Concile qu'autant qu'il pouvoit fervir à faire rendre au 
Pape l'autorité qu'il avoit perdue , Se elle entendoit qu'on y procédât 
iêlon les formes des derniers (lècles. Car elle ne vouloir point de Concile 

2ui pût réformer le Pontificat , ni abolir les ufages dont elle recevoir tant 
t profit , & qui attiroient à Rome une grande partie de lor de la Chré- 
tienté. Le Pape leo/i^également embarrafle des deux côtés,ne fçavoit que dé- 
firer. Voyant d'une part, que fon autorité diminuoit de jour en jour par la fé- 
paration de diverfes Provinces qui lui refufoient l'obéifTance , il fouhai- 
toit le Concile comme un remède à cette révolte. Mais confidérant de l'au- 
tre s que le remède feroit pire que le mal , s'il falloir réformer la Cour de 
Rome y cela lui en donnoit un grand éloignement. Il fongeoit donc aux 
moyens de tenir un Concile à Rome , ou dans quelque autre lieu de l'Etat 
Eccléfîaftique , ainfi que fon prédcceflcur & lui avoient fait quelques 
années auparavant avec un bon fuccès. • ^ Car ° le Concile de Latran éteî- » Flcury ; 
griir le Scnifme par la réunion de la France , & , ce qui n'étoit pas moins ^ '*4- N 
important , fit abolir la Pragmatique Sanâion , qui étoit doublement ^^* 
contraire aux intérêts de la Cour de Rome *, tant parce que c'étoit un 
exemple qui pou voit apprendre à lui ôter la collation de tous les Bénéfices » 
qui eft le ronaement de la grandeur des Papes » que parce que c'étoit un 



s f • Cork Concile de Latran — fit abolir 
la Pragmatique Sandion , qui étoit double^ 
ment contraire aux intérêts de la Cour de 
Rome , Sec» ) La Pragmatique Sanfiion 
étoit an Recueil de Décrets faits par le 
Concile de Baie pour la réformation de 
la Difcipline Eccléfiaftique , dopt quelques- 
uns furent modifiés par les Prélats de 
France dans TAfTemblée de Bourges en 
J4)S. Charles VIL la fit ezaâement ob- 
ferver pendant (à vie. Mais comme elle 
obvioit à quantité d*abus de la Cour de 
Rome , par le retranchement des Annates , 
des Réfignations, des Accès, des Regrès, 
& de quantité d'autres dèfordres fembla- 
Mes , & qu^elle étoic le plus ferme main- 
tien des Libertés de TEglife Gallicane, les 



Papes ne fe donnèrent aucun repos qu'ils 
ne fuilent venus k bout de la &ire abo- 
lir i ce qui ne pat fe faire cependant qu'a- 
près bien des oppoficions que les Papes & 
les Rois eurent à footenir^ rant de la parc 
des Parlemens que àts Univerfités & da 
Clergé. La Bulle s'en publia en i^z^ » 
dans la onzième Sefiîon du cinquième 
Concile de Latran , où la Pragmatique eft 
traitée comme la dépravation du Royaume 
de France, Mzis Léon eût parlé plus vrai, 
s'il l'eut appellée le frein de l'ambition & 
de la cupidité Romaine , qui ne pouvoir 
fouArir de trouver (ans celle une telle bar- 
rière aux prétentions des Papes , & au» 
ezaâions qu'ils faifoient fui le ^oyaur 
me. 



40 HISTOIRE DU CONCILE 

MMirit. monument qui confervoic la mémoire du Concile de fiâle « & par 

IjotiX. q^ent de la fujecion du Pape au Concile Général. Mais Lion ne YWMfe 

^ pas comment un Concile de cette forte pourroit guérir un mal qui vCèfoid 

point dans lesperfonnes des Princes & des Prélats que l'on auroit pu g^Mt 

Far des intrigues & par leurs propres intérêts , mais dans les peuples ^ dpie 
on ne pouvoit appaifcr que par un vrai & réel changement. Cetoic l'éttlt 
où étoient les chofes lorique ° ce Pape mourut à la fin de Ttt 

Slcid. L. MDXXI *<^. 

M'- 45- XXII. ^7 D'e s le 9 de Janvier mdxxii » p AdrUn fut créé pour loifiir^ 

LéonX / ^^^^' Cette éleâion d'un homme qui étoit aâuellement en Efpagne > Se 
Eleiisûn V^^ n'étoit counu ni des Cardinaux ni de la Cour de Rome » où il n'écMC 
étAdrienVL jamais venu , & que Ion croyoit d'ailleurs n'approuver ni les maximes Ro« 
/Guicciard. maines ni la vie libre des Cardinaux » occupa tellement les eipr irs » qaVa 
\' ^^À A "^ pc^^o^^ prefque plus à Taftaire de Luther. Les uns craignoienc ^ qn^ 
an^^ifii^ n'eut trop de pencnant pour la réformation ; & d'autres > qu'il nap^ 
N^ I. pellât à (oi les Cardinaux , & ne transférât le Saint Siège hors de lltalie» 
Ileuiy , L comme il étoit arrivé autrefois. Mais on fut bientôt guéri de cette craima 
117. N°8y. Car Adrien ayant appris le iide Janvier à Vitcoria enlUfcaye la nouvelle dà: 
^Palla^L. £^^ éleûion , y donna fon confentement , &c fans attendre les Légats que 
^' lui avoient envoyé les Cardinaux pour la lui notifier & avoir fon confeiito* 
ment , il prit l'habit & les marques du Pontificat en préfence de quel» 

ques 

8^. Lorfque ce Pape mourut à la fin de pofk on n*avoit mil deflfein de Télire : A» 

MDXXU ) Le (êcond de Décembre , ^é de propofio fen\a che alcuno hétvejfe mcUaano* 

4^ ans, Acla neuvième année de (bn Pon- ne di eleggerlo , maper confumare in vamo^ 

cificac. Guiceiardin marque cette mon au quelle matina. Quoi qu'il en foir , (bn 

premier de Décembre , mais il eft contre- éléâion fut fort mal ref ue du peuple &a-' 

dit par Onuphre Se par plufieun autres main , félon Paul Jove 3 & foit par le ié^ 

Ecrivains. eoât qu'on eut de fa fimplicicé & de & 

87* Dès le 9 de Janvier MDXXti , Adrien nrugalité , foit par les oppcÂGrions cpe TuC- 

fat créé pour lui fuecèder, ) Né i, Utreckt citèrent (es Mèniflres à tous (es ixins àeC* 

en 1^49» d'une famille pauvre, il s'éleva feins, fon Pontificat fut peu beoitoz , 4e 

par fon application ic ûl probité aux plus il n'en rempona que des naverfes, ft la 

gmnd^ honneurs. Après s'fetre fait une ré- réputation d'homme de bien, le ne fait 

ptttarion dans ilTniverfité de Louvain, où M.PrévSt, dans fes Notes fur M. ifr 

choifi pour être Précepteur de Charles 7^oii,T. i.p.46. a pris que GuiccMn&i 

d'Autriche depuis Empereur , il devint attribue l'éleâion d'Adrien aux anifices de 

fiicceffivement Evèque de Tertofe , Ré- Afj/tiM/ Amba(&deur d'Bfpagne s car je na 

gent d'Efpagne , Cardinal , & enfin Pape tixnive rien de femblable dans cet (fifio* 

par la jonâion de la faéBen du Cardinal rien i 8c Ton voit au conmipe par lespaio* 

de Médicis , qui voyant qu'il ne pouvoit les que j'en cite , qu'il l'attribue parement 

être élu lui-même , propofa Adrien a la au hazard : mais en cela 't\ efl contredit ptt 

£i6Hon des vieux O&rdinaul , qui y con- les autres Hiftoriens. CeA P. Martyr An» 

fentirent. Cependant , ^ nous en croyons glerius qui dans fa 7 f 5 • Lettre femble infi* 

Guiceiardin , cette éleAion <ut pkKÀt l'ef- nuer quelque chofe de femblable à ce qut 

fet du hazard , puifque lorfqu on le pio» M. ^ttrèt ââtdixe t Guitciardin. 



DE T RENT E , Livre I. 41 

qites Prélats qu'il avoic adèmblés , & partie auifi-tôt pour Barcelone » kdxzii.' 
d'où il écrivit aux Cardinaux les raifons qui l'avoient obligé de fe AdxiewVL 
mectro en podèffion du nom & de la Dignité Pontificale , & de commen- — — — "^ 
cet fon voyage avant l'arrivée des Légats , Se leur ordonna de le faire 
fçavoir par toute l'Italie. Cependant ' il fut contraint d'attendre à Bar- , 

celone le tems propre pour pa(Icr le Golfe de Lyon, qui eft très dan- j^^ ^ 
gereux. '* Mais il ne différa » qu'autant qu'il étoit néceflàire , de s'em- Guicciâtd. 
barquer pour pafler en Italie , où il arriva fur la fin du mois d'Août L. 15. 

MOXXIX. ^PJ^ 

Tout y étoit en mouvement» àcaufede la guerre entre l'Empereur & ** 
le Roi de France *, Se il trouva le Saint Siège embarafTé dans une guerre par- 
ticulière avec les Ducs de hcrrarc Se dUrbin^^^ Rimini nouvellement 
occupé par les Malatcfits , '<> les Cardinaux divifés & en défiance les uns 
des autres , ^' l'Ile de Rodes afliégée par les Turcs, & tout l'Etat de TE- 
^ife épuifé & en défordre par une Anarchie de huit mois. Cependant il ap- 
pliqua principalement tous fes foins à pacifier les différends de Religion en 
Allemagne , & comme dès fa plus tendre jeunefle il avoit été nourri Se 
élevé dans l'étude de la Théologie Scolaflique , il en trouvoit les opi- 
nions (1 claires & fi évidentes , qu'il ne croyoit pas qu'aucun homme rai- 
ibnnable en pût avoir de contraires. C'eft pourquoi il ne traitoit les fenti- 
mens de Luther que de doârine infipide , extravagante , & fans raifon ; Se 
ne croyoit pas qu'il y eût d'autres que des ignorans , qui puflfènt les fuivre. 
Mais il difoit que ceux qui les avoientembraffés favoientenleurconfcience 
que ceux des Romains étoientinconteftables, & qu'ils ne le contredifoient 
que par reflfentiment des vexations qui leur avoient été fs^ites : Qu'ainfi il 
était aifé d'étouffer cette nouvelle doârine qui n'étoit fondée que fur l'in- 
térêt > & de guérir par quelque fatisfaâiion convenable un corps, quifai- 
foit plutôt femblant d'être malade , qu'il ne l'étoiteii effet. D'ailleurs étant 
né à Ucrecht dans la baffe Allemagne , il fe flatcoit que toute la Nation 



sa» Mais H ni diffita — de s'embarquer 
fourfaJUercn lialie où il arriva fur la fin 
du mois d* Août en moxxxz. ] Selon Guie- 
ciardln « il arriva à Rome le 29 , & félon 
Onuphre ^ il fit (bn entrée publique le )o , 
& y fat couronné le .) i àa aifenne mois, 
le ne ûti pourquoi' M. Dupin retarde ceue 
entrée au )o de Septembre. 

^9, Et il trouva U Saint Siège tmbaraf 
fi dans une pierre particulière avec les 
Ducs de ferrare & d'C/rbin , Sec. ] Dont le 
dernier ayoit (té dépouillé de fon Etat par 
Léon X , qui vouloit aulfi enlever Ferrare 
su premier pour le réunir au Saint Siège. 
Mais Adtien termina cette g^erre en ren- 
dant le Duché à'I/rbin à Franfois - Marie 
T o M s L 



délia Rovere qui en svoit été dépouillé, 9c 
en laidànt le Duc de Ferrare paifible poC* 
feflêur de cette ville, & de quelques autres 
lieux, ainfi que le rapporte Guicciardin , 
L. If. 

^'b. Rimini nouvellement occupé par hf 
Malateftes, ] Qui faute de pouvoir pour 
maintenir leur ufurpation, forent obligés 
de rendre cette Place au Saint Siège, $c 
s'acconunodèrent avec Adrien par la mé- 
diation du Duc àiUrhin. Guic. Lift 

91. VIU de Rhodes ajjiègée par Us 
Turcs."] Et prife à la la fin de ifai p«» 
Soliman , qui y fit (on entrée {olemnelle 
fe jour de Noël» ^pond. ad an^ If J^a. N^ 
ai* Guic» L* ij« 

F 



4t HISTOIRE DU CONCILE 

Mpxxii. . prèreroit volontiers roreilled fes proporuions & sincéreileroïc à maintetitr 
AprienVL î 'autorité d'un Pape, qui en qualité d'Allemand avoic toute lafincéritédc 
la Nation , & n'étoit pas capable d'u fer d'artifices pour parvenir i fes fins 
particulières. Perfuade que i'elfentiel étoit de ne point perdre de tems , il 
le réfolut d en faire la première ouverture dans la Diète , qui s'alloic tenir 
a Nuremberg. Mais afin que les propofitions qu'il avoir â faire fiidëac 
agréablement reçues , & qu'on put faire quelque fond fur fes promellès , 
il crut qu'avant que de rien entreprendre » il étoit nécefiaire de commencée 
par réformer les abus , qui étoieht les- caufes de toutes les diflemions» 
Dans cecre vue ^^ il appella * à Rome Jean - PUrrc Carafe Archevêque de 
/Pallav. L. Chiéti , & 9 5 Marcel GdTel de Gacte , eftimésgens de vie exemplaire 6c 
i\^ ^ -très inftruits dans la Dilcipline Eccléliaftiquc ; pour trouver par leur 
ix87n'^'4. i^^yci^ > & ^^^ ^vis ^cs (Cardinaux qui étoient le plus dans la confi- 
dence quelque remède aux abus les plus confidérables , ^^ entre lefquels 
celui de la prodigalité des Indulgences paroiflbit le plus important , comme 
étant celui qui avoir donné du crédit aux nouveaux Prédicateurs d'Alle- 
magne. 

L £ Pape y qui comme Théologien avoir écrit fur cette matière ^ 
/ Pallav, L t avant que Ltaherciit excité fur cela aucune difpute , étoit d'avis d'établir. 
^' c 4- par une Bulle & comme Pape , la do6krine qu'il avoir enfeignée & pu- 
bliée lorfqu'il étoit homme privé , favoir : Que l* Indulgence 9^ étant accor-» 
dit à quiconque fait une certaine auvre de piiû y il peut arriver que quelqu* un 
fajje cette œuvre £une manière fi parfaite quil obtienne l* Indulgence \ mais 
que s*il manque à C œuvre quelque chofe de la perfeSion requife , t homme ne 
gagne pas r Indulgence entière y mais feulement une partie proportionnée à la 



9 t. IlappiUa à Rome Jean-Pierre Ca^ 
raffe Archevêque de Chiét'u ] Et depuis 
Pape , connu fous le nom de Paul^ IV. U 
avoit été Nonce en F.fpagne & en Angle- 
terre, & fut un des Inllicuceurs de l'Or- 
dre des Thiatins, Il étoit dans une gran- 
de réputation de piété , & fes moeurs 
étoient extrêmement févères. Mais il foii- 
tinc mal ce caraé^re dans le Pontificats 
& toute cette (évérité de moeurs n'aboutit 
quà en faire un Pontife fier, impérieux, 
foupçonneux ^ intraitable , & cependant la 
dupe d'une famille intérdTée & ambi- 
tieufe. 

9 ) . Marcel Gafel de Gaëte. ) Que Spon» 
de & M. Dupin ont confondu mal à pro- 
pos avec Jean Gaétan Tautre Inftituteur 
des Théatins, Je ne (ais où a piis M. Ame* 
lot y que Pallavicin l'appelle Toma^oGa- 
{dla de Gaëta : car dans i'endzoic où il 



parle de ce &ît , H le nomme Marceth 
Gaëtano ^ & le diftingue de Gaètano TU'* 
neo Inftituteur des Thiatins, PaUav» L. a» 
c. 4. 

94. Entre lefquels celui de la prodigalité 
des Indulgences paroijfou le plus important J^ 
Ceft ainfi que s'exprime Fra-Paolo : Tra 
quali prima fi rapprefentava la prodigalitâ 
délie Indidgen^t : & je ne vois point pour- 
quoi M. Amelot a miecnt aimé traduire 
la vente mercenaire , pœfque l'Hiftorien 
ne parle que de leur profofion , & non 
de leur vénalité. 

9^. Que l'indulgence étant accordée à 
quiconque fait une certaine œuvre de piété , 
il peut arriver ^ &c. ] Ce n'eft pas la tout 
a Clic exaâement le Cyttème d'Adrien, 
qui enfeigne bien , félon la remarque de 
Pallavicin L. z. c. 4. que l'Indulgence a 
plus ou oioias d'e&c félon la dilpofuioa 



DE TRENTE, Livre I. 45 

vftUuT it t œuvrt. Par-là le Pape croyoït non-fëulcment prévenir le fca:i- npxwr». 
dale pour l'avenir , mais remédier encore au fcandale pallc ; parce que ^p^^^V^ 
d'un côté la moindre aftion pouvant erre lî parfaire , qu'elle mérite uae 
grande récompenfe , on réfolvoic aind la di«ficulcé de Luther , qui de- 
xnandoir comment on pouvoit acqaérir un (i grand tréfor par lofFrande 
d'une petite pièce d argent , & que de l'autre on n'cloignoit pas les Fidèles 
de la recherche des Indulgences, puifque ceux qui a caufcderimperfec- 
don de l'œuvre ne l'obtenoient pas toute enrière , ne laifFoient pas d en ob- 
tenir une partie équivalente à la perfedkion de cette œuvre. 

X X 1 1 1. Mais Thomas Cafetan Cardinal de S. Sixte , Théologien C^*^ 
oonfommé » pour le diffliader de fon dcflèin lui repréfenta : Que ce feroit pu ^*^^ ' *^ 
blier une vérité , qu'il valoit mieux pv>ur le (alutdes âmes tenir fccrete^^,,^^p^^ 
entre les Savans; & que c'é:oir une opinion problématique , plutôt qu'une aeféûvi un* 
cbjfe décidée : Que, quoique lui Cardinal en fut trèi pcrfuadé Ààm (z MmvelU 
confcience, f^ il l'avoit pourtant enfeignée dans fes Ecrits d'une manière ^"^^fi^J^ 
fi obfcure , qu'il n'y avoir que les plus proFonds dans la Théologie , qui ^^^'^'^^ ^ 
puflênt la tirer de fes p.iroles: Que fi cecte d^^rine venoit à être auto- ^^,^ 
rifée & à fe divulguer , ^^ il y av oit à craindre que les Savans n'en concluf- 
fent , que la concellîon du Pape ne fcrvoit à rien , & que rout dcpen- 
doit de la qualité de l'avion ; ce qui diminueroit l'emprcflement qu'on a 
pour les indulgences , & l'idée qur Ton a de l'autorité du Pape. Il ajouta » 
qu'après avoir bien étudié cette matière par l'ordre de Léon Tannée même 

3ue naquirent les conteftations en Allemagne , & en avoir fait un Traité, 
avoiteu lieu l'année d'après érant Légat à Ausbourgd'cn difpurer 6c de 
afen entretenir avec pluficurs , & parriculièrcment en deux Conférences 
qu'il avoir eues avec Luther en cette ville s & qu'après avoir bien examiné 



plus ou moins par&ite de celai qai la re- qa'on tire la notion des Tn.-ltilgences de 

foît i maïs non pas que cette difpofition tcote autre chofe que de la rélazarion des 

phis ou moins parfaite lui puifle faire ob- peines Canoniques, 

tenir (ans l'Indulgence la même grâce 96. Que, fuoi^ue lui Cardmai en fui 

qu'il recevroit par la même difpi.firion , irès ptrfuadédans fa confeienee ,9iC.]Ct1k 

lor(qu*eHe eft jointe à Tlndulgence. Car ainfi qu ont entendu cet endroit de Fra* 

ce Pape raifbnne ici de Tlnduîgence , Paolo le Tradudeur Latin & le Cardinal 

comme le commum des Théologiens fsic Pallavicin» Cependant M. Ameloi rap- 

des Sacremens « à qui ils attribtient plus porte tout ceci au Pape en traduifant ainfi: 

de grâces à proponion des difpofirions de Q^ue le Pape , qui en était fi convaineUp 

ceux qui les reçoivent « fans pourtant que l' avait néanmoins enfeignée , dcccequifilic 

ces mêmes difpofitions puidènt procurer un fens tout op^H>'é, & ne peut s*accor- 

les mêmes grâces , fi elles ne font join- der arec l'Original, qui porte: P^ri/ che 

tes à la réception des Sacremens. le ne anea effa , quai vivamenté in confcien^a Im 

fiiis ici qu'expofer le fentiment à* Adrien, fèntiva , 9lcb ces termes anca effa dciîgnaUit 

Il eft aufli raifonnable du moins que ce- une peribnne différente du Pape, ^ 

lui des autres Scolaftiques ^ & cependant ^f. Il y avait à craindre ^qne les Savant 

ne Teft gu^res, parce qu'il eft diffi:ile de n'en conelufTent , que la eoneeffiondu Pape 

xicn dire de fenft (îtr cet article, dès-lors nefervoit à rien, & que tout dépendait de 

F X 



44. HISTOIRE DU CONCILE 

a!!^** VT ^ig^*^^ cette matière , & difcuté les difficultés ôc les motifs qui croà^ 
^^" bloient ces Provinces » il ofoit afliirer fans crainte de fe tromper , qu'il n*y 
*""*"""""" avoir d autre moyen de remédier aux fcandales paffés , préfens , & à venir ^ 
t;Pallav.L qii*cn remettant ies chofes dans leur premier étac : Que quoique ^ le Pape 
1. c. 6, pmfTe délivrer par le moyen des Indulgences les Fidèles de coures forces 



AdriemVI peines, il paroît clairement néanmoins par la leéhire des Décrétales » 
' '^ que rindulgence efl: feulement une abfolution & une remife des peines 
impofées dans la Confeffion > (i bien ^^ qa'en remettant en ufage les Canons 
Pénitentiaux qui étoient abolis , & fe conduifant par eux dans Timpodcion 
de la Pénitence » chacun verroit clairement la néceflité & Turilité des In- 
dulgences , & les rechercheroit avec ardeur pour fe délivrer du grand poids 
des fatisfaâions publiques : Que cela nous rameneroit le fiécle d'or de la 

{primitive Eglife , pendant lequel les Prélats avoient un empire abfolu ftic 
es Fidèles , parce que par ces Pénitences ils les cenoienc dans un exercice 
continuel ; au lieu cp étant devenus oidfs à préfent « ils veulent fecouer 
1 obéifTance : Et que n les peuples d'Allemagne avoient été cetenus par le frein 
de la pénitence , au lieu de prêter l'oreille comme ils onc faic aux difcours 
de Luther qui leur prêchoit la liberré Chrétienne lorfqu'ils étoient enfé^ 
velis dans ioidveté » ils n'eudènt jamais penfé à toutes ces nouveautés ; 8c 
le Siège Apoftolique pourroic faire grâce de ces peines , à qui voudroic re*- 
connoître renir cette libéralité de lui. 
LtCardinal XXIV. L £ Pape goûta ce fentiment , qui s'accordoic avec £bn aocoritér 
Tueciledif- & auquel il ne voyoit pas qu'on put former d'oppofition. Il le fie donc pro- 
fit^df dî ri^ pofer à la Pénitencerie , pour trouver le moyen & la forme dont il feUoit fc 
#^/rr i^ufa^ fervir pour le mettre d'abord en ufage i Rome , Se enfuite dans toute la; 
^ciinnis îv- Chrétienté. Les Députés de la Réformation tinrent plufieurs Conférences 
nitincesCét- avecles Pénitenciers fur ce fujet. Mais on y trouva tant de difficultés » ' 

X anav. L /^ ^aUU de Va&lon. ] On pouToit le con- mé de cette manière , d'autant pins qi» 

* dure en effet de la manière dont Fra- dans fes OpoTcoles il femble étendre ds» 

Paolo expo(ë le fentiment è^Adr'un , mais vancage Tefièt des Indulgences y quoiqu'af- 

non de celle dont nous Tavons expliqué , vec cette limitation , que pour être utile» 

Se qui eft yérkablement la penfêe de ce elles doivent ttre accordées pour* des cau-> 

Pape. Tes raiibnnables , & n être pas prodiguée» 

9 S. Que quoique le Papepuiffe délivrer (ans prudence & fans juftice. 
pûT le moyen des Indulgences les Fidèles de 9 9. £a remettant en ufage les Canons pé* 
toutes fortes de peines , il paroU néanmoins nitentiaux fui étoient abolis '-^^ ehacw^ 
par la leSure des Décrétales, que l'Indul- verrou clairement la néceffité 6» l'utilité 
gence tft feulement une abfolution & une des Indulgences^ &c ] Cécoit fims doute 
remife des peines impofies dans la Confef le feul uu^e qu'on devok £uredà Indul- 
fion, ] Cela parott un peu connradiébire. gences ^ U ceft la (èule manière d*en don- 
Car fi l'Indulgence n'eft qu'une remife des ner une véritable idée. Mais depuis qne 
fatis&âions Canoniques , comment le- Pa- les fatisfadions Canoniques font abolies^ 
pe pourroiC'il par elle délivrer les Fidèles on ne peut plus regarder les Indulgences 
de toutes fortes de peines ? l'ai beaucoup ou que comme un nom vuide de fens , 
Ueo de douter que Cajétan k foie exprir ou que comme on moyen axtificieox de 



DE TRENTE,LiVRB I. 4f 

que le Cardinal ' °^ Pucci , auparavant Dataire de Léon , & du miniftère du* mdxxii. 

3ucl il fc fcrvoit pour faire venir de l'argent» comme on l'a dit , Se qui ctoit AdrienVL 
lors Grand- Pénitencier , rapporta au Pape , Que l'avis général de toute 
FAflèmblée étoit , que l'exécution de la cnofè paroidbit impoffible *, & que 
li on la tentoit » au lieu de remédier aux maux préiens » on alloit en faire 
naîcredeplus grandsiQue les peines canoniques avoientcefTé d'être en ufage» 
parœque l'ancienne ferveur étant éteinte , on ne pouvoit plus les fuppor* 
ter \ & que pour les rétablir il faudroic auparavant renouveller le zele & 
la charité dans l'Eglife : Que le fiéclepréfent ne reflTembloit pas aux pré^ 
cedens, où tous les Décrets de TEglife etoient reçus fans contradiâion , aa«- 
lieu qu'à préfent chacun vouloit en être juge & en examiner les raifons ; 
& que fi on le &ifoit dans les chofes de peu d'importance , à combien plus 
forte raifon le feroit-on dans celles qui feroient de grande conféquence T 
Qu'il étoit vrai que le remède <]ue l'on propofoit étoit fort convenable au 
mal ; mais aufli , qu'il paflbit les forces d'un corps malade 5 & que bien 
loin de le guérir, il lui cauferoit la mort: Qu*en penfant regagner l'AU 
kmagne » on l'aliéneroit davantage , & qu*on perdroit toute l'Italie. Il 
me lemble , ajoutoit le Cardinal , entendre quelqu'un qui dira » comme 
S. Pierre » y Pourquoi unur Dieu , en mutant fur Us épauks des difciples un y ^^ ^• 
fsrdeau que nous ni nos pères n^ avons pu porter ? Qu'ainfi Sa Sainteté feroic '^' 
bien de fe fouvenirdece célèbre endroit de la Glofè , qu'elle avoir cité 
dans ion quatrième Livre fur les Sentences , que pour ce qui concerne la 
valeur des Indulgences^ laquefiion efl ancienne mais encore indécije : Que fi elle 
confidéroit les quatre opinions que cette Glofe rapporte , toutes Catho* 



tirer de l'argent de la crédulité des peu- 
ples 8c de leur fuperftition. Le confeil 
de Cajùan paroit donc aflez (âge $ mais 
PaUavicin prétend qu'il neft pas vraifêm* 
blable , parce que die - il , ou ce Cardinal 
prétendoit que les Indulgences ferroient 
a remettre la peine du Purgatoire, au- 
quel cas fubfiftoit la difficulté qu il avoir 
propoflEe auparavant ^n il crojoit qu'el- 
les ne remetcoient ^p la peine impo(!e 
parles ConfeffeuR, & dans cette fuppo- 
firion Liuhir auroit eu raifon de dire 
qu'elles étoient plus pemicieufes qu'uci- 
ks. Mais ce raisonnement eft un piur fo- 
phiCne. Car dans cette dernière hypo- 
thèfe on ne pouvoit pas dire que les In- 
dulgences fioflènt pemicieufes, pui(qu el- 
les n euflènt été accordées comme autre- 
fois que dans des cas extraordinaires & 
dans la vue d'exciter davantage la ferveur 
4cla vertu des Fidèles /& de fuppléer par- 
là aux làtis£iâions Canoniques* £t dans 



le premier cas la difficulté fubfiftoit en« 
core moins , pui(que fi ce Cardinal crojoit 
que les Indulgences fervoient à remettre 
la peine du Pu^atoire , en laiflànt au Pa- 
pe la acuité de les accorder utilement» 
il en confervoit toujoun le crédit dans 
l'eiprit des Fidèles, & la valeur par lap- 
pon à la produdion de l'effet qu'il lenxat- 
tribuoit. 

100. Que U Cardinal Pucci j auparavant 
Dataire de] Léon , & du miniflhr< duquel 
il fc fervoit pour faire venir de l'argent ^ 
comme on l'a dit ^ & qui étoit alors Grand' 
Pénitencier , &c. ] C'eft le caraâère que 
nous donnent de ce Prélat Guicciardin dans 
l'endroit du treizième livre que nous 
avons déjà cité auparavant, & M. de Thou 
dans le premier livre de (on Hiftoire, od 
il nous dépeint ce Cardinal comme l'inP 
trument dont fe fervoit Léon pour four- 
nir à fes prodigalités. Peccatum , dit - il , 
tune infacris muneribus difpenfanàu admif* 



4« HISTOIRE DU CONCILE 

MDxxxf. liques , 8c néanmoins crès-difTérentes , elle verroic bien qu'en ces te!n$«ci 
AoaienVI. il vâloic mieux garder le ûleace fur cecce matière, que de la mettre en dif^ 
—■—■■" pute. 

C E $ raifons firent tcnt d impreffion fur refprit iijldrien , qu'il ne 
favoit à quoi fc réfoudre ; &c fou irréfolucion écoit d'autant plus grande , 
qu'il ne crouvoic pas moins de difficultés dans les autres chofes qu il $*écoit 
«Pallav. L. pi^^^pofé de réformer <• On blâmoit , comme une encreprile qui devoit afibs- 
X. c. 6, Dîir la Difcipline EccléHaftique^ la réfolucion où il étoit à 1 égard des dif- 
penfes de mariage , de lever pour foulager le peuple pluûeurs défenfès 
qu'il y avoit de le conrraâer entre certaines gens , comme étant fuperflues 
& d'une obfervation difficile ; quoique fi on les continuoit , c'étoit donner 
lieu aux Luthériens à^^\ït(\\it ce n'étoit que pour tirer de l'argent: Que 
de reftreindre les difpenfes à des personnes d'une certaine qualité , c'étoit 
donner un nouveau lujecdç plaintf à ceux qui prétendoient que dans les cho- 
fes fpirituelles, & qui concernent le miniftère de Jefus-Chrift» il ne doit poine 
y avoir de diftinâion de perfonncs \ 8c que d'abolir les taxes qui fe payoienc 
pour les difpenfes , cela ne fe pouvoir faire, fans rembourfer le prix des 
Offices que Léon avoit vendus , & dont les acheteurs tiroient des émo^ 
/ lumens. La même raifon empèchoit encore de fupprimer les Regrès « les 
Accès, lesCoadjuroreries, &pluneurs autres chofes qui fe pratiquoiene 
dans la collation des Bénéfices 9 qui avoient l'apparence deSimonic, ou^ 
pour mieux dire , qui en étpient une réelle. Car de racheter ces Offices 
cela paroidbit impomble à caufe des grandes dépenfes qu'il avoit fallu taite» 
& que Ton étoit obligé de continuer. Er ce qui chagrinoit davantage ce 
SodMfii U Pontife , c'eft que quand il s'ctoit déterminé a ôtcr quelque abus , * il ne 
détoHtnt de manquoit point de fe trouver des gens quis'opiniatroient à foutenir par 
^ift;4i//fr ii quelques raitons apparentes, que les chofes que l'on vouloit fupprimer 
U réforme étoicnt bonnes ou même nécelTaircs. Tout cela retint Admn dans la pcr^ 
^'^*'^»^ plexité jufqu'au mois de Novembre , que perfiftant toujours dans le défir 
fJruir dtm ^^ ^^^"^^ quclque réformation confidérable pour donner au public une preuve 
foret four <^ fon zéle, il vouloit apporter quelque remède aux abus , avant que de 
rmmener Us commencer â négocier en Allemagne. 
Lmhériens. » M A i s il fqt tout-à-fait déterminé au contraire flùjile Cardinal Fran^ 

fum Léo Pontîftx mox longé gNTvlore cumu' que let chof^r que Fom veuhit fupprimef 

Uvh. Nam ciim alioqui ad omnem licen- étoient bonnes , on mène nicejfaires. ] M« 

tiam fponte fua ferretur , Laurentii Puccî Amelot a enduit ici Fra^Paolô root à eon«* 

CardinaliSfhoministurbidi^cuinimiumtri' trefens. Car au -lien que cet iHliftoriett 

huebat , impulfu , ut peeuniam ad immen" dit , que \or((\vk Adrkn Toaloic réformet 

fis fumptus undique eorrot^aret , mîjfis per quelque chofe , il fe nrouvott toujours des 

cmnia Ckrifliani orbis diphmatis, omnium gens qui câchoient de juftifier les abus qu'il 

deUêiorum expiationem ac vitam ttternam vouloit réformer, il lui fait dire, qu'il y 

pollicitus efl conjlituto precio , ficc. Thuan. avoit des gens qui prenoient à tâche dt 

L. i.N** 8. foutenir f que toutes ces reformations étoiem 

I. // ne manquoit point de fe trouver bonnes & même néceffaires. 

des gens qui s'opiniJeroient â foutenir ^-^ i. Mais il fut tout À fait déterminé att 



DE TRENTE, LivrbI. 47 

çcis Soiirini ^ Evêque de Prénefte , ' furnommé de FoUcrre , alors fon mdxxii. 
grand Confident , mais qui depuis tomba dans fa difgrace , & fut emprifonné AdrienVI. 

Sar fon ordre. Comme ce Cardinal étoit très-expénmentc dans les affaires 
'Etat , où il avoit eu beaucoup de part fous les Pontificats à' Alexandre \ ^ ^^' 
VI ^ de Jules IL & de Léon X , remplis devénemens fort différents 
4c fort coniîdérables » toutes les fois qu'il entrecenoit le Pape , il laif* 
(bit couler quelques paroles qui pouvoient fervir à Tinftruire. Après 
avoir loué fa bonté , fa candeur , & fon zélé pour la ré formation de l'E- 
gliA: & l'extirpation des Héréfies > il ajoutoir , que quelque louables que 
niflent fes intentions ,ce n étoit pas aflèz pour faire le bien , s il ne choifif- 
foit avec foin les moyens propres pour les faire réufiir , & s'il n'apponoic 
dans l'exécution beaucoup de circonfpedion & de prudence. Puis quand il 
vit que le tems pelloit de prendre une réfolution, il lui dit nettement : 
Qu'il n'y avoit nulle efpérance de confondre ni de difliper les Luthériens 
par la réformation de la Cour de Rome : Que c'étoit au contraire le vrai 
moyen de leur donner plus de crédit ; parce que fi le peuple , qui juge tou- 
jours par les événemens > v^feit travailler à une réformation 5 il s'imagi- 
neroit que puifqu'on avoit eu raifon de s'élever contre quelques abus » il 
y avoit lieu de croire que les autres nouveautés propofées par Z.///Arr étoienc 
bien fondées ; & que les Héréfiarques » après avoir eu cet avantage fur une 
partie , ne cefleroient de s'élever concie lautrc : Que c'cft le train ordi- 
naire des chofes humaines » que lorfqu'on accorde aux hommes quelques- 
unes de leurs demandes, ils fe font un droit d'en foUiciter d'autres , comme fi 
elles leur épient dues : Qu'en lifant l'hiftoire des fiècles pafies , l'on voyorc 

eontrairepar le Cardinal François Sodcrlni ma non forme propor^îonate aile condiiioni 

Evique de Prénefte, ] Quoique le Cardinal délia materia. Ce qui revient aiTez à Téloge 

PaUavicin tâche de rendre fufped Tencre- qu'il fait de ce Pape, c. 9. ou il dit que c*é- 

tien A' Adrien avec le Cardinal Cajétan , il toit un très bon Ecclcfiaflique , mais on Pape 

convient néanmoins de la .réfolution que fon médiocre îfù Ecclejîaftico vttimo, Pon^ 

prit ce Pape ( en confSquence.» ce (èmble » tefice in verità médiocre. Mais par un pareil 

de cet entretien ) de réformer la Pénitence- jugement ce Cardinal £ait mc^ns de ton à 

lie & la Oaterie , & des oppofitions qu'il y la mémoire ^ Adrien^ dont un tel fiècle n'é- 

trouva de la pan de^ Cardinaux Pucci & toit pas digne , qu'à la flenne propre \ & nous 

Sodérini , qui lui en repréfentèrent Xim^oC- donn^ feulement a entendre, que les abus 

fibilicé. Cet aveu e({ une preuve de la vérité (ont incorrigibles , & que le Pape le mieux 

de ce que rapporte ici notre Hiftorien, & de intentionné trouvera toujours des obftades 

la juftelTe d'une réflexion qu'il &it aflêz (ba- infurmontables à fes dellèins & à fes meil- 

Tent , du peu d'efpérance que Ton a du avoir leures réfolurions. 

de voir remédier efficacement aux abus de la 3 . Par le Cardinal François Sodérini E' 

Cour de Rome. Mais ce qui me paroit de vêque de Prénefte ^ &c.] Ce Cardinal » célè* 

p^a*> remarquable, c'edque PaUavicin y ^xt- bre par les emplois qu'il avoit exercés (bus 

lieu d'applaudir à ces tentatives à' Adrien , les trois Pontificats précédens, étoit alors un 

le<; traite d'idées chimériques qui n'étoient des plus grands confidens du Pape. Mais les 

belles qu'en fpéculacion , mais impratiqua- lettres qu'il écrivoit al'E vêque de Saintes (on 

blés en elles mêmes. / jfMi {elanti difegni neveu, par lefquelles il confeilloit au Roi de 

erano idce afratte belliffime à conten^larfi , Prance d'attaquer la Sicile , ayant été intex^ 



48 HISTOIRE DU CONCILE 

MDxxii. que les Hérétiques qui s ecoienc élevés contre l'autorité de l'Eglife Romai- 
AdrienVI. i^Q ^ avoicnt toujours pris leur prétexte des mœurs corrompues de ccttç 
■■■— — ^ Cour : Que cependant les Papes n'avoient jamais jugé qu'il leur fut utile 
de les réformer 4 , mais qu'ils s'étoient contentés , après avoir employé les 
exhonationsfic les remontrances» d'engager les Princes i protéger i'EgUfc: 
Qu'il falloit toujours garder une conduite , dont on s'étoit bien trouvé par 
le pafle : Qu'il n'y a rien de plus capable de renverser un Etat , que d'al- 
térer la forme de fon Gouvernement : Que de prendre de nouvelles routes » 
c'étoit s'expo&r i de grands dangers , & que le plus fur étoit de fuivre celles 
qu'avoient tracées tant de faints Pontifes , qui avoient toujours réufli dans 
ce qu'ils avoient entrepris : Que les Hérénes ne s'étoient jamais diflipées 
par les réformations , mais par les Croifades , & en excitant les Princes 
Se les peuples à les détruire : Que c'étoit par ce moyen çxl Innocent III 
avoir neureufement étoufle celle des jilbigeois en Languedoc \ 6c que fês 
fucceiïèurs n'en avoienr point employé d'autres.'contre les fraudais y les Pi^ 
cards 9 les Pauvrts dt Lyon , les Arnaldxfits , les Spcronifics , & les Ptf- 
douans , ^ dont il ne reftoit que le nom : Qplil'on ne manqueroit pas de 

Princes 



ceptées , il fiit arrêté , tous Ces biens confif- 
qoés, & lai enfermé <knx le Château .^. An- 
ge, (l*oà il fonit cependant après la mon da 
Fape , Se affilia aa Conclave oA (et éla Clé- 
ment VIL II devint depuis Evêqoe d'Oftie & 
Doyen du Sacré Collège ^ & monrat en gran- 
de réputation de prudence & de capacité. 
5/K?#i^. ad am I f i 5 . N* 4* 

4. Que cependant les Papes n'avoient ja- 
mais jugé qu'il leur fût utile de Us réformer , 
Sec] Ces rai(bnnemens , aflèz dignes d*an 
Folitique,neconvenoientgaèresdans la bou- 
che d*un Evèqne & d'un Cardinal , dont tou- 
tes les vues ne dévoient tendre qu'à con(èr- 
ver ou à rétablir la pureté de l'EglÛè, & à pro- 
curer la (ànétification des Fidèles. P^Uavi- 
cin n'en juge pas ainfi j Ac fort content des 
maximes de Sodérini , il foutient , qu'à la 
naiflànce des SchiCnes & des Héréfles la ré- 
fermacion n'eft pas un moyen propre de ra- 
mener les gens féduits, & qu'on ne peut le 
faire efficacement que par la terreur & par 
les peines: Ilfiioco délie rehellioni non fi 
fmor^afe non h col gieh del terrore , h con la 
pioggia delfangue. C'eft fur de pareils fonde- 
mens qu'on a élevé rinquifîcion , & l'on peut 
Juger de la jufteflè de la maxime par l'appli- 
cation que Ton en a^te. Elle peut être vraie 
à l'égard des révoltes volontaires contre une 



autorité légitime & des devoirs connns. Mais 
comme on ne refufe de fe foumettre à une 
décifion , ou de croire une chofè, que parce 
qu'on lajngefBiuflè, & que la terreur êclt% 
fupplices ne (èrvent de rien à convaincre les 
efprits i un moyen propre à être appliqué dans 
les afiàires temporelles , eft abfolument mau- 
vais & pernicieux dans les aflàires de Rell* 
gion. 

f . Et que fes fucceffeurs n*en avaient 
point en^lôyé d* autres cintre lesVaudoisJUs 
Picards , les Pauvres de Lyon , les Amsl* 
di/èes, les Spéronifies, & les Padouans^ doni 
il ne reftoit que le nom,] Nous avons déjà par- 
lé des Faudois & des Picards, Les Pauvres 
de Lyon écoient les mêmes que les Vaudois^ 
& ne prirent ce nom qu'à caufe de l'opinion 
oà ils étoient , que félon les loix de l'Evan* 
gile les Miniftres de l'Eglife ne doivent 
pofléder aucuns biens temporels > & qu'eux- 
mêmes hïhïtïii profeffion de vivre dans 
cette pauvreté. Les Amaldiftes êc les Spéro* 
niftes étoient d'autres branches de la même 
Sede , mais aux Erreun comniunes de la- 
quelle ils en ajoutoient de paniculières. Les 
Amaldiftes s'appelloient ainfi du nom d'i^^r- 
naud de Brejffe. , leur Chef. Il y a apparence 
que les Spéroniftes Ct (ont ainfi nommés do 
nom de quelqu'un de leun Cheft » comme 

It 



D E T R E N T E , L I V R E I. 49 

PjQÎnccs en Allemagne , qui , pourvu que le Pape leur ofFrît les Erars des mdxxii. 
&uceurs du Luchéranifme , fe chargeroient de protéger le Saint Siège à AdrienVI. 
CîCttc condition , Se qu'ils icroient fécondes des peuples à, qui on projnec- — — """^ 
troic des Indulgences & la rémidîon de leurs pèches » s'ils fervoient dans 
cette entreprife. Il remontra encore , qu'on ne devoir pas donner toutes 
iks penfées aux affaires d'Allemagne ) comme s'il n'y avoir point d'autre 
péril qui menaçât TEglife Romaine > puifque 1 on étoit à la veille d'avoir 
ta guerre en Italie , chofe bien plus dangèreufe ,& à laquelle il falloir pen- 
ièr avanr toutes chofes, parce que (I dans une telle conjondure l'on fe trou- 
voit fans argent, qui e Iç nerf de la guerre , on pourroit en recevoir un 
grand préjudice : Qu'on ne pouvoir faire aucune réforme fans diminuer 
confiderablemenc les revenus Eccléfiaftiques , Ijefquels provenoienc de qua- 
tre fources , l'une temporelle , c'eft à dire, le produir des Domaines de l'Etat» 
& les rrois autres fpirituelles ^ qui font les Indulgences , les Difpenfes, & 
la Collation des bénéfices^ defquelles on nepouvoit tarir aucune , fans faire 
perdre au Saint Siège le quarr de fes revenus. 

Le Pape rapportant .cet entretien à Guillaume Enckenwort qu'il fit depsis 
Cardinal^ ^ a Théodoric Hc[c , fes plus intimes confidens , fè plaignoit à 
^UX , Que la condition des Papes étoit bien malheureufe , ^ puifqu'il vo- 
yoir clairement qu'ils ne pouvoicnt faire le bien , quoiqu'ils en euflènt la 
volonté & en cberchaflènr les moyens ; d'où il concluoit qu'il n'étoit pas pof- 
fible de mettre en exécution aucun des chefs de la réformation qu'il s'etoit 
propofé de faire , avant le voyage qu'il méditoit de faire en Allemagne ; 6c 
^u'il falloir qu'on Xe contentât de les prome(îès , qu'il étoit bien refolu de 
tenir , auand même il devroit (è paUer d'aucun domaine temporel ^ & fe 
]:éduire a la vie Apoftolique. Cependant , comme l'un étoit Dataire » Se 
l'autcc Sécreraire , il leur donna des ordres rrès - précis ^ d'appprrer beau- y Pallav. L. 
coup de précaution dans la conceflion des Indulgences^ des Difpenies , des i. c 6. 
Regrès , & des Coadjuroreries » jufqu'à ce que l'on eût trouve moyen de Onuph. îo 



Adr. 



k Ait M. de Thou , L. 6. N* 1 6. Mats ce celle qtiî a été toujours U plas déreftée à Ro- 

qae l'on fait , c'eAque R<ynerus dans TO- me, a été d'avoir maintenu lautorité des 

pnfcale qu il nous a laiffi De Hareticis , & Princes dans les matières temporelles , & 

2 ut roole presque tout entier fur les Vaadois, d'avoir (ôacenu qu'à cet égard ils étoient in- 

lit mention de ceux-ci , &: de quelques au- dépendans des Papes , qui n avoient nulle aa<^ 

très Que Fra-Paolo ne nomme point, com- torité fur tout ce qui concernoit les matières 

me d'autant de Seâies de Vaudois \ & qu'ils civiles, non pas même for les intérêts tem- 

fbnt ain(! nommés dans une ConfUtntion de porels des Eglifes qui iV éicoieot point de leur 

Crégoire IX en i z 3 y , & dans une ature Domaine. 

A'innoeem IV tn 11 f j , feites l'une & l'au- 6. Le Pape ""^ fe pUignou à eux que I4 

trc contre les Vaudois , & où la {^upart des eoncHtion des Papes étoit tien malheureufe^ 

branches de cette Seéle font nominces. A &c.] Cétoit un aveu très-fincère dans ce Pa- 

régard des Padouans , c'étoient les difciples pc, & qui montre bien la pureté de fes in- 

.dc MarfiU àt Padoue , connu par le parti tentions. C'eft auflS ce qu'exprima trcs-natu- 

qu'il prit en faveur des Empereurs contre les rellement le Cardinal Enckenwort fon con- 

Papes , 8c dont la plus griindc Héréûe , & fident , qui dai)s TEpitaphe <ju'il lui fit , qwx- 

TOME I. G 



jo HISTOIRE pu CONCILE 

MDxxiix. régler tout cela 7 par une Loi pcrpccucUe. Comme tout ceci peut beaa-- 
AdrienVI. coup fervir à l'intelligence des chofes que nous avons à dire dans la fuite » 
■— ■"—" j'ai voulu rapporter en peu de mots ce que j'en ai appris par la ledfcure da 
Journal de TEvèque de Fabriano » ^ où il raconte avec étendue toutes les 
chofes confidérables qu'il avoir vues ôc entendues de fon tems. 
j4drs€n en- XXV. Dans le premier Confiftoire que le Pape tint au mois de No- 
t/oie Chéri' vembre , il nomma de l'avis des Cardinaux ^ cet Evcque, qu'il avoit connu 
f •* Vfî/*^ en Efpagne , pour fon Nonce à la Diète , qui fe tenoit à Nuremberg en Tab- 
s U Dihe ^^^ce de l'Empereur , qui depuis quelques mois avoit été obligé de paflèr 
éU Nnrem- cn Efpagne pour appaifer quelques tumultes Se quelques féditions , qui 
*«y. s'y étoient élevées. Ce Nonce ^ arriva à Nuremberg fur la fin de l'année » 

PfopofatoHs ^ y pr^enta des lettres du Pape du 1 5 de Novembre aux Eleâeurs , aux 
r Palhnr^^L P^i'^^^ ^ ^^^ Députés des Villes de l'Empire ; dans Icfquelles il fe plai- 
1. c 6. & 7. gnoit premièrement, que quoique Luther eut été condamné par Léon^ 
Onuph. in & que cette fentence eut été foutenue par un Edit de l'Empereur donné 
^^'- , , à w ormes & publié par toute l'Allemagne , il pcrfévéroit néanmoins dans 
P'*^ les" mêmes Erreurs, & continuoit de mettre au jour de nouveaux livres 
N^ 13.& remplis d'Héréfies, & qu'il étoit foutenu non feulement de la populace» 
ad an. mais même de la Nobleflè. Il ajoutoit enfuite , que (î l' Apôtre avoit die 
15x5. N® que • Us Hircjus itoUnt nictffaircs pour maniftficrles bons, il ne convenoic 
Ti/^ '* . de les tolérer que dans certains tems favorables , mais non pas dans les 
iis!^®! 9 conjondkures préfentes , où la Chrétienté fe trouvant accablée par les Turcs 9 
Sleid. L 3.01^ devoir employer tous fes foins à purger un mal domeftique, qui, ourre 
p. 46. le danger qu'il portoit avec foi , empêchoit encore qu'on ne put s'oppofer 
Pafcic fcr. à de fi puifians ennemis. Enfuite il exhortoit les Princes & les peuples 
cipct.T. I. ^ j^ç pomt cjnniver à une fi grande impiété en la tolérant plus longtems » 
Ti Cor.XI. ^^^^ repréfentant combien il étoit honteux pour eux de fè laiflcr conduire 
1^, * * pat un fimple Moine hors du chemin de leurs Ancêtres , comme s'il n'y 
avoit que Luther qui eut des lumières & du bon-fens. Il les avertifibit , que 
fi les Sénateurs de Luther avoient bien ofé refufer d'obéir aux Loix Ecclé* 
fiaftiques, ils mépriferoienc encore plus aifément l'Autorité Séculière : &; 

qtia qn^il n*avoic point trouvé de plos grand heur des tems ne le permettoit pas ^ il ajoa« 

ttialheur dans fa vie que celai de comman- te , qu'il ne laiflà pas que de réarmer bien 

der : Hic fitus eft Adrlanus VI ^ qui nihil des chofes, & qu il avoit delTein d*en léfbr- 

fibi infilicius in vita duxit , quant quod im^ mer encore davantage , mais qu'il en fut pré- 

peraret. Onaph. in Adr. venu par la mon. Animum ad Ecclcfiam 

7. // leur donna des ordres très-précis Chrifii fadis ahufibus corruptam refiituen* 

d* apporter beaucoup de précaution dans la dam adjecerat — fed morte occupatus propo^ 

xoncejfion des Indulgences — j^fqu *â ce que fito lufus eft. 

Von eût trouvé moyen de relier tout cela , %. J*ai voulu rapporter en peu de mots ce 

&€.] C eft ce que rapporte Onuphre Panvini que) en ai appris par la le&ure du Journal de 

dans un plus grand détail s & après avoir VEvéque de Fabriano , &c.] C eft à dire , de 

marqué o^ Adrien ne put faire toutes les ré- François Ckérégat Evêque non de Fabriano^ 

fermes quil fe propoCbit > parce que le mal- qui n'eft point an Evtchc , mais de Teramo 



DE TRENTE, Livre I. fr 

qu*aprè5 avoir ufurpé les biens de TEglife » ils «'abftiendroient encore moins mdxxih. 
de ceux des Laïques *» où qu'après avoir ofc mettrai la main fur les Prccres ^^ïEwVf. 
6c les Miniftres de Dieu , ns n cpargneroient pas les maifons , les femmes, — — — ^ 
& les enfans des autres. Enfin il leur confeillpic , s'ils ne pouvoienc ra- 
i^iener Luther & fes adhérans dans le bon chen^in par la douceur , de (e 
fcrvir de remèdes plus violens , > & d'employer le feu pour retrancher db 
leur Corps des membres morts » aind qu'on avoit fait autrefois â Tégard de 
Oatkun. 8c àLAbiron , à!Anamc &c de Sapphlrc , de Jovinicn & de Vigi-- 
lance , ÔC comme avoient fait à l'égard de fcan Hufs 8c de Jcrâmc dt 
Prague dans le Concile de Confiance \tMi% Ancêtres ^ dont ils dévoient fui^ 
vie l'exemple , s'il n'y avoit pas d'autre moyen de pourvoir au mal. Du 
refte il £: repofoit fur ion Nonce de ce qu'il y avoir à faire tant dans cette 
a&ire 1 que dans les autres. Il écrivit encore prefque à tous les Princes fê- 
parémeac *' des lettres à peu près de même teneur. Mais il prioit en par- 
ticulier l'Eleâeur de Saxe ^ de bien confîdérer ^ quelle tacne ce feroit d / Onuph. 
coûte {à poftérité d'avoir favorifé un frénétique» qui mettoit par- tout la ^^vlt. Adxi 
confufion par fes nouveaurés folles & impies, & £e révoltoit contre une 
doârrine fcellée du fang des Martyrs,, défendue par les Ecrits des SS. Doc- 
teurs , & maintenue par les armes de tant de vaillans Princes. Il' le con«- 
jurpic de marcher fur les traces de fes Ancêtres, fans fe laiflêr perfuader 
a l'afveugle , par la fureur d'un homme de néant , de fuivre des Erreurs 
condamnées par cane de Conciles. 

Le Nonce s préfenta non feulement à la Diète le Bref du Pape, mais ir ^icid. L 
encore fes propres Inftruâions ^ par lefquelles ce Pontife le chargeoic d'éx- 4* p- 49- 
Jborter les Princes à s'oppofer à la contagion de Luther^ pour fept raifons. ^*^*^v.L.t. 
1. Parce qu'ils y dévoient être excités par l'amour qu'ils dévoient à Dieu y]£çxc rcr 
& la charité qu'ils dévoient au prochain, i. Pour ne pas laiiler couvrir leur expec. T. i. 

P- HJ. 
dans V Abrutie s & que Fra-Paoh ne fait ne doit pas en împofer à notre rai(bn; &il ^^ov. ad 
Evoque de Fabrîano que furun endroit êi^O- nous fuflSt de connoitie que la perfccntion ^ i f î-*- 
nupkre Panvuû qui Ta trompé. Hue Fran- eft contraire aufll-bien à la raifon qu.'à Tef '4* 
elfcum Cheregatum mlttit fibi antea in Hif- prit de TEvangiie , pour condamner la ma- 
paniA coffiitum — tum rtcens à fepropter xime éi Adrien , en juftifiant même la pure- 
cpimonem virtutis Prafulem Fabrianenfem té de Tes intentions. 
declaratum, i o. // écrivit encore à prefque tous tes 

9. Enfin il leur confeilloit , s'ils ne pou- Princes fipariment , fifc] C'eft ce qui ett 

voient ramener Luther — par la douceur, de attelle par Sleidan , auffi-bien que par Oiz«^ 

feferv'u de remldesplus violens , &c.] Certe phre, qui nous rapporte la fubftance de ce$ 

panie de la lettre ^ Adrien , qui d'ailleurs lettres. Ded\t adhac litteras^ ditOnuphre^ 

étoit adroite & CtnŒt , montre combien les ferè adfingulos quofque Principes & Eccte* 

plus gens de bien ont de peine à s élever au- fiafticos & Laïcos ejufdem exempli yfedpret- 

dediis des préjugés où ils ont été élevés, puif- fenim ad Ducem Saxonia Fridericum , in 

que tnaigté toute fa piété & fa modération , cujus dominatu totius incendiifax Lutherus 

ce Pape ne lailfoit pas d*autorifer la plus per- agebat , monens eum , 8cc, Sleidan ne bit 

nicieufe & la plus antichrétienne de toutes point de mention de la lettre à l'Ëleéleur , 

ies aiasiaie$. Nbis la probité des pexibones apparemment parce qu!elle contenoit peu de 

G z 



yi HISTOIRE DU CONCILE 

MDXTin. Nation de cette infamie. 3. Pour leur honneur propre » &poaT montrer 
AprienVI. qu'ils ^ç dcgcncroient point du zèle de leurs Ancêtres, qui étoienc inr- 
"""""""""^ tervenus dans la condamnation de Jtan Hufs au Concile de Confiance , 
& d'autres Hérétiques, dont quelques-uns même '^ avoient été menés 
par ces Princes au fupplice ; outre qu*il y alloit de leur réputation de te^ 
nirleur parole, la plupart d'eux ayant approuvé TEdit deTEmpereur con-- 
tre Luther. 4. Parce qu'ils dévoient fe refTentir de l'injure que cet hom- 
me fai(bit a leurs Ancêtres en publiant une autre Foi que celle qu'ils avoient 
f>rofe(rée, & par conféquent les faifant croire tous damnés. 5. Parce que 
a fin que ces Sedaires (e propofoient étoit d'affoiblir la PuiflTànce Séculière 
après avoir renverfé l'EccIéfiaftique , fous le faux prétexte qu'elle avoir été 
ufurpée contre l'efprit de l'Evangile ; ic que s'ils paroiÛbient vouloîr^ka- 
ver l'autorité des Priiices , c'étoit un artifice qu'ils employoient pour les fur- 
prendre. 6. Parce que c'étoitde-là qu'étoient venus tous les trouble» & ron- 
ces les didènfions d'Allemagne. 7. Enfin parce que Luther preaoiy k même 
route qu'iavoit prife Mahomet^ en permettant de fatisfaire toutes les in^- 
clinations de la chair , & qu'il ne montroit plus de modeftie que poàf ctûfifT- 
per plus efficacement. Que fi quelqu'un difoit que Luther avoit été con- 
damné fans être entendu Se fans avoir eu la liberté de fe défendre,, & qu'il 
étoit jufte d'écouter fes raifons, le Nonce devoir répondre. Qu'il croit fufte 
de l'entendre pour ce qui concerne le fait , avoir s'il étoît vrai qu'il eût 
enfeigné ou écrit ces chofes ou non *, mais non pas d'écouter'ce qu'il avok 
à dire pour Ja défenfe de ce qu'il avott enfeigné fur la matière de la Foi & 
des Sacremens, parce qu'on ne de voit jamais mettre en doute ce qui avoir 
été approuvé par les Conciles Généraux & par toute l'Eglife. Le Pape en- 
fuite chargeoit fon Nonce de conféflfer ingenumenr , Que toute '* cette 
confufion étoit née des péchés àcs hommes, & particulièrement de ceux 

chofes difflhrentes de ce qai étoit contenci cîn , qui connoîflbit mieux les maximes d'à- 

dans les autres. Mais on la peut voir dans ne politique mondaine que celles de FETan*- 

jB[ovius ad an. i;ii. N^ y 4» Sc dans les gile, trouve qoL Adrien le conduifit en cela 

Oeuvres de Luther > T. II. p. j ;• avec beaucoup plus de zèle que de prudence. 

II. Dont quelques-uns même avoient ùé Una taie Jftru{ioney dit-il L. 2. c. j, ha 

menés par ces Princes au fupplice J] L*Elec- fatto defiierare in Uù maggior pruden^a & 

teui Palatin avoit été chargé a Confiance de circonfpet^ione'^-^ Il governo - meglio fi 

Texécution de Jean Hufs , & il fut préfênt amminiftra da una hontâ médiocre accompa^ 

à fon fupplice. gnata dafenno grande, che da nnafàntità 

1 1. (^ue toute cette confufion étoit née des fomita di picciolfenno. Cèft pour cela qu'il 

péchés des hommes , & particulièrement de condamne prefque toutes les panies de cette 

ceux des Eccléfiaftiques.'] Rien de plus in- InftruéHon , fi édifiante d'ailleurs & (i Epif- 

génu & en même tems de plus digne de copale. Mais ceux qui connoiffentnnieux les 

louange que cet aveu à* Adrien , & la xék}lu- devoirs d'un Evéque que les artifices d'une 

tion qu'il montroit de vouloir remédier aux politique nnrondame , ne faotoient qu'admi- 

défordres , & d'employer les moyens qu'on ler la droiture à* Adrien , dont la Cour de 

lui indiqueioit comme les plus propres à en Rome n*étoit pas digne. Auffî Onuphre , qui 

anttei le cours. Mais le Canlinal Pallavf jugeoit plus ftinemem des chofes ^ue nom 



DE TRENTE, Livre I. yj 

des Ecdéfiaftiques & des Prélacs , &c d'avouer que depuis quelques années mdxxxxt. 
ils s'écoic commis plufieurs abominations fur le Saint Siège*, qu'il y avoir AdrienVL 
beaucoup d*abus dans l'adminittrarion des chofes fpirituelles , & d'excès — ■-■^— 
dans les préceptes y qu'enfin tout s ecoit perverti de manière que la corrup* 
cion avoir palTe du chef aux Membres > Se des Souverains-Pontifes aux Pré^ 
lacs inférieurs « & qu'à peine y en avoîr-il un feul qui fît le bien : Que 
pour facisfaire aucanc à (on inclinacion qu'aux devoirs de fa charge , il étoit 
réfolu de mettre couc fon efpric , & d'employer coûtes forces de moyens 
pour réformer avant coures chofes la Couc de Rome , d'où peuc-ècre 
provenoic couc le mal j 6c qu'il s'y porceroic d 'aucanc plus volonciers qu'il 
voyoic que couc le monde le défiroic ardemmenc : Que l'on ne devok 
pas s'éconner » fi l'on ne voyoic pas touc d'un coup tous les abus 
corrigés > parce que le mal ay^nc vieilli & s'étant multiplié , il falloic 
aller pas à pas dans la guérifon , & commencer par les chofes plus im^ 
portantes » pour ne pas touc jeccer dans la confufion , en voulant couc 
faire a la fois. Il lui ordonnoit de plus de promettre en fon nom lobfer* ^ 
vacioii de tous les Concordats , &c qu'il s'informeroit des procès que la 
Rou avoic évoqués > pour les renvoyer fur les lieux félon la ^uftice. Enfin 
îl le cbargeoic de foUicicer les Princes & les Etats de répondre à fes lettres, 
& de lui indiquer les moyens les plus propres d'obvier aifémenc aux pro- 
grès des Luthériens. Après avoir préfenté le Bref du Pape & fes inftruc- 
hons, le Nonce ajouta de plus, que par toute l'Allemagne on voyoit des 
Religieux foriir de leurs Monaftères pour retourner] au fiécle, & des Prêtres 
fe marier , à la honte & au mépris de la Religion \ & la plupart d'entr'eux 
commettre encore beaucoup d'autres excès & d'impiétés ) & qu'il étoit abfo- 
liunent néceflàire d'y pourvoir en caflfant ces mariages facrilèges , en en 
panidànt févèremenc les Auteurs , & en remettant les Moines Apoftat9 
entre les mains de leurs Supérieurs. 

La Diète ^ répondit au Nonce par écrit , Que l'on avoit lu avec refped 
le Bref du Pape & fes inftruâions au fujet deTaffaire de Luther 'y que Réfonfidâ 
l'on rendoit grâces à Dieu de fon exaltation au Pontificat , & que l'on lui ^^ Di^e. 
ibuhaitoit toute forte de félicité. Et après avoir dit ce qui convenoit ^ ^^^*°' ^ 
au fujet de la concorde entre les Princes Chrétiens , & de la guerre conr- spond^ad 
ue les Turcs , en venant d la demande qtù écoic faicc aux ordres de lEm- ar. 1513. 
pire de faire exécuter la fentence publiée concre Luther & l'Edic de Vor- N° 7. 
mes , l'on marquoit , que l'on étoit prêt d'employer tomes les forces né- ^^H^v. L 
ceûTaires pour l'extirpation des Erreurs , & que fi l'on avoit manqué d'é- p^f^|** ^^^ 

Cardinal, Bc cpA les voyoit de plus près , ne fan&itas vitœ praftantîaque dofirina pepere- ^^^\ ' ** 

£itt-il point difficulté de dire y que par (à rant^tum grand, qudmaximdapud Germa- P* '^ * 

k>nc6 ôL (a (àinteté AdrUn s*étoic rendu fi nos Pontijex Germanus vaUbat, utmalum 

ifjréable aux Allemands» que s*il n*eûc été iUud jam tum uteunque miufccnt^ & fpes 

Inrpris de la mon, il y a^lieu de croire qu'il magfia ejfet^ nifimors ejus imped'iffèt ,forraf- 

cik remédié aux maux de rEglife* Jnfitmmd fis brevi aut in totum y aut ex maximâ c^rci 

tantumegecufeduUtauauthor'uMeque^quam parte explodendunu 



S4 HISTOIRE pu CONCILE 

itOTxm. xécuterla fentencc & TEdit, ç'avoicétc pour des eau fcs rrès- importance?: 
AxxRxEwrl. Q^ç comme les livres de Luther avoienc perfuadc i la plupart du peuple , 
"" mie la Cour de Rome avoir fait beaucoup de mal à i Allemagne ; (i l'on 
etft tenté Texécnrion de ta fentence^ la niulri'ude fe fut imaginée ^*oa 
l'auroit fait pour maintenir les abus & l'impiété dont on ie plaignoir ; d oè 
il feroit né quelque tumulte , & peut-être quelque guerre civile : Qa'il 
falloit donc dans de pareilles conjonâures des remèdes plus convenables» 
le Nonce confefTant lui-même au nom du ■ s Pape , que ces maux vG- 
noienc des péchés des hommes y & promettant de réformer la Cour de Ro- 
me : que fi on n'ôcoit pas les abus > qu*on ne remédiât pas aux vexations i 
Se qu'on ne fatisfît pas les Princes fur quelques articles qu'ils donneroienc 
par écrie, il n'étoit pas pofltble de rétablir la paix encre les Eccléfiaftiques 
Bc les Séculiers , ni cTappaifer les troubles : Que puifque l'Allemagne n a« 
voit confenti i payer les Annates qu'à condition qu'on les eroployeroic i la 
guerre contre les Turcs » 8c qu'elles n'avoient point ièrvi à cet ufage depuis 

Slufienrs années qu'on les payoit > Ton prioit le Pape qu'à l'avenir la Cou: 
e Rome ceflat de les exiger , *4 Et que cet argent allât au Fifc de TEmpire 
pbur les dépenfes de la guerre : Que puifque lePape leur demandoi t leur avis 
lut les moyens les plus propres de remédier à tant de maux , ils aoyoienr» 
que nes'agiffànt pas feulement deJ'afFaire de Luther^ mais auffi d'extirper 
beaucoup d'erreurs & de vices enracinés par une ancienne habitude, & qui 
ie répandoient ou par la malice des uns ou à la faveur de l'ignorance des 
autres , il n'y avoir point de remède plus propre , plus efficace & plus con» 
venablej que celui de convoquer au- plutôt du conlèntemenc de l'Empereur 
un Concile pieux , libre & Chrétien , en un lieu commode d'Allemagne ^ 
comme Strasoourg, Mayence, Cologne , ou Metz, fans différer cette cohh 
vocation de plus d'un an ; 6c que dans ce Concile les Laïques comme les 
Ecclcfiaftiques euflcnt la liberté , nonobftant tout ferment & toute obliga^ 
tion contraire , de parler & de propofer ce qu'ils jugeroient de mieux pour 
la gloire de Dieu & le falut des âmes : Que perfuadés que fa Sainteté feroic 

X). Ztf Nonce confiffant lui-même au prafuntEcclefis, comme ^^nerindm&on» 

nom du pape , que ces maux venoient des 1 4. Et que cet argent allât au Fifc ie 

péchés, des hommes , &c.] Ced litteialemenc f Empire pour les dépenfes de la guerre.]!^ 

le fens de Fra-Paolo , qui dit , Confejfando ruppreflion des Annates qae demandoient 

ejfo Nonciopernome dcl Pontefice, che quefti les Allemands étoit aflez raifonnable \ mais 

maU venivano per li peccati dcgli huomini : l'application qu'ils fouhaicoient qu'on en f k 

& je ne (ai pourquoi M. Amelot Im a prêté au Fifc de l'Empire pour les dépenfes de la 

un autre fens , en traduifanr. Le Nonce con- guerre ne Tétoic guères , 6c cette deftination 

feffant lui-même que la Cour de Rome étoit la- n'àvoit jamais eu lieu auparairanr. Il eft joAê 

caufe de tous ces maux ; \m(c\VL Adrien ne que dans les néceffités publiques les Ecclé* 

^rejettoitpas les mauxdel*EglifefurlaCâur nadiques comme les Laïques contribuent 

de Rome feule, mais fur les péchés de tout le aux dépenfes de l'Etat , puifqa'ils jouidènt 

monde,& principalement des Ecclé^aftiques des mêmes aranrages que les autres , ft-qu'ils, 

dont la Cour de Rome ne fai(bit qu'une par* ont le même intérêt à fa confervation. Mail 

ùcimaximivcràpropterpeccatacorumqui rétabliflbmenc d%ne Amiate perpétueUè 



DE TRENTE, Livre I. yj 

poac cela toute la diligence poifible ^ & pour pourvoir autant qu'il étoit en MDxxm^ 
eux |)endanc cet intervalle aux maux préfens , ils avoient réfolu de s'em- AdrixnVI. 
ployer auprès de TEleâeur de Saxe , pour le prier d*empêcher que les Lu^ •■■'"■■■■^ 
tkéhens n'écrividènt & n'imprimaflènc de nouveaux livres*, Se d'ordonner 
en même tems que par toute TAllemagne les Prédicateurs fe contentaflènt 
de pécher parement & amplement TEvangile félon la doârine approuvée 
de rEglife, fans toucher aux chofesqui poarroient exciter quelque fédition 
populaire , & fans remuer aucune difpute , afin de renvoyer au Concile la 
décifion de toutes les conteftations : Que Ion chargeroit les Evèques de dé- 
puter des hommes vertueux & favans pour veiller fur les Prédicateurs y 6c \ 
les corriger dans le befoin , mais de manière cependant que Ton né put foup- 
çonner que ce fut pour arrêter le cours de la vérité Evangélique : Que l'on 
aoroit foin qu'il ne s'imprimât rien de nouveau , qui n'eût été revu par des 
gens de probité & de doârine *, & que (i fa Sainteté de fon côté vouloit re* 
dreflèr les Griefs dont ils fe plaignoient , Se convoouer un Concile libre Se 
Chrétien , ils efpèroient de remédier aux troubles &%e rétablir prefque par* 
tout la tranquillité > parce que les gens de bien attendroient fplontiers la 
détermination du Concile > quand ils en verroient la célébration prochaine : 
Qu'à l'égard des Prêtres qui s etoient mariés , Se des Religieux qui étoient re- 
tournés dans le (iècle , ils croyoient qu'il fuffifoit que les Ordinaires emplo- 
yaient contre eux les peines Canoniques , puifque les Loix civiles n'avoienc 
point encore ftatué fur ce point y mais que s'ils commettoient quelque crime » 
le Prince ou le Ma^ifttat fous la jurifdiâion duquel Us fe trouveroient > les 
cbatieroit félon qu'ils l'auroient mérité. 

' f Le Nonce, > peu fatisfait de cette réponfe , prit lé parti de répliquer , 
A ce que l'on avoir dit, que c'étoit pur éviter le fcandale que l'on n'avoit 'Pallay. L 
pas exécuté la fentencedu Pape & l'Edit de TEmpereur contre Luther^ il ré- p ^}' 
pondit que cette raifon néroit pas valable , parce qu'il ne convient pas de cxpS\"T, 
tolérer ic mal pour en tirer du bien , & que le falut des âmes doit l'emporter p. 34^. ' 
fur la tranquillité publique. Il ajoutoit que les Sedateurs de Luther ne de« 
voient point s excufer fur les vexations & les fcandales de la Cour de Rome , ' ^ 
parce que, quand ils feroient réels 3 on ne devoit pas fe féparer de l'Unité 



poor tme guerre accidentelle de extraordi- 
naire ne paroiflbic ni fondé en juftice , ni 
conforme aux intentions de ceux qai avoient 
doté ces Eglifes , & étoit par conféqaent con- 
traire à toute fone de droit, puifqu'on ne 
poovoit exiger d**eax avec équité ce qa on 
n'exigeoit pas des Laïques loHqu'on leur con • 
iéroic quelque revenu temporel. 

1/. Lt Nonce , peu fatisfait de cette ri- 
ponfe^prit le parti de répliquer,^ Pallavicin, 
L. 1. c. 8. ne paroit pas plus content des ré- 
ponfes du Nonce > que de i*In(bué^ion à'A^ 



driejty & cela par les mêmes principes i c'eft 
adiré, parce qu'il juge que ce Minifee ne 
couvroitpas aflez bien rbonneur& les inté- 
rêts de la Coui de Rome. Il dit même ici ce 
quil a fbuvent condamné dans /ra-Piijib, 
qui eft de prêter aux Romains de ce tems-U 
fes propres réflexions fur les réponfes du 
Nonce , qu'il cherche cependant a excufer 
à la fin par cette raifon, que peut-être les 
circonftances où il fe trouvoit alors ne per« 
mettoient pas qu'il parlât autrement. 
id. Parce que, quand ils feroient rétls 



î^ HISTOIREDU CONCILE 

^iiDxxm. Catholique , mais fiipporcer paciemmenc toutes fortes de maux plutôt que 
AdxxenVI. de la quitter : '7 Qu*il prioit donc la Diète qu'avant quedefe icparer clic 
ordonnât l'exécution de la fentei^ice & de TEdit. Que (i l'Allemagne étoic 
lèfée en quelque chofe par la Cour de Rome » le Saine Siège auroit foin dV 
remédier promptement ; & que s'il y avoit de la divi(ion entre les £cclé(îa£- 
tiques & les Princes Séculiers \ le Pape accomoderoic tous leurs difTérends, 
Pour les Annates il dit , qu'il n'avoit rien à dire pour le préfent ; mais que 
Sa Sainteté répondroit fur ce point dans un tems convenable. A l'égard de 
la demande du Concile, il répondit qu'il croyoit qu'elle ne déplairoïc point 
au Pape quand ils la feroient en des termes plus mefurés ; mais qu'il fouhai- 
roit qu'on en retranchât tous ceux qui pourroient donner quelque ombrage 
à Sa Sainteté, comme ceux-ci > que le Concile fûe convoque du confemtmem 
dp Sa Majeflc ImpinaU , ou ces autres , que le Concile fut convoqué plutôt 
dans une ville que dans une autre ; parce qu'en ne les otanc pas, on fembioic 
vouloir lier les mains au Pape , ce qui n'auroit pas un bon effet. Pour ce qui 
concernoit les Prédicateurs, il demanda que l'on obfervât le Décret du Pape, 
qu'à l'avenii^x^eribnne ne pût prêcher que fa doârine n'eût été auparavant 
examinée par l'Evèque. Quant aux Imprimeurs & aux Libraires, il témoigna 
que la réponfe ne le fatisfaifoit aucunement ; qu'il falloit &ire exécuter fur 
ce point la fentence du Pape & l'Edit de l'Empereur , qui ordonnoient que 
les livres feroient brûlés & les Imprimeurs punis, & que c'étoit-li le point 
eilèntiel dont dépendoit tout le refte s Que pour les livres â imprimer, il 
n'y avoit qu'à obferver le Règlement du dernier Concile de Latran. A l'é*» 
gard enfin des Prêtres mariés , il dit que la réponfe ne lui eût pas déplu , fi 
elle n'avoit pa$ cette reftriftion , qu ils feroient punis de leurs crimes par U 
Prince ou le Magifirat i parce que ce feroit entreprendre fur la libené Ec^ 
cléfiaftique, porter U ^< dans une moidbn étrangère, & toucher à ceux 
qu; font réfervés d Jefus-Cbrift : '^ de (brte que les Princes ne ponvoient 
nullement prétendre que l' ApoftaHe de ces gens4â les foumit à leur jurifdic* 
tion , ou qu'ils çuflèat droit de les punir pour Quelque crime que ce £ftt , 

puifquc 



êcc] Ceft ainfi qu'il fiiQt'tradaîre, & non 
pas comme Ta&it M. Amtlot, encore que 
aUfât vrai , ce qui feroit un aveu des (can- 
<)ales > eu-lieu que le Nonce, bien éloigné de 
les avoaer,n'en parle ici que par (bppofîtion : 
Perche , fe benfoffcro vert , dit Fra-Paolo ; 
exprefllon qui ruppofebien la poffibilité de 
c^ fcandales , mais qui n*en eft pat un 
ayeo. 

17. Qu'il prioit donc la Diète, qu avant 
que defe/eparer elle ordonnât fexécution de 
la fentence & de fEdit. ] Ceft ce que dit 
Fra-Paolo : Onde li pregavaper VeJJeeutio' 
ne dellajenun^a fyîcU Edittp, inan^i cke 



la Dieta fi finifce : & je ne fai poar« 
quoi M. Amelot a omis cette phra(è. 

it. De forte que Us Princes nepouvoiene 
nullement prétendre — qu'ils eujfent droit 
de les punir pour quelque crime fue ce fut,^ 
Si le Nonce n'eAt prétendu autre chofe . fi** 
non que le fagement des Ecdéfiaftiqoes de- 
▼oit être xéfervé aux Evèques à Tégard des 
tranfgreflions contre les loix ]nirement Ec- 
cléfiaftiqaes , la demande eut été jufte 8c raî- 
(bnnable , êcW femble que les Princes n*a- 
voient pas deifein de s'y oppofêr. Mais que, 
(bus prétexte de leur caraâère , le Magiftiae 
Civil ne pût Les punir poQi quelque crime 



DE TRENTE, L IVRE I. J7 

pnîfque ces Apoftacs en confervanc leur caraâèré & leurs Ordres, reftoienc moxzxxx; 
toujours fous lajurifdiââon de TEglife, & que les Princes n'avoieitt autre Ap^"><V^» 
chofe à faire à leur égard , qu'à les dénoncer à leurs Evêques 8c à leurs Su- """""""^ 
périeurs , qui écoient charges de les punir. Enfin il concluoit en les priant 
de délibérer plus mûrement fur toutes ces chofes , & de lui donner une ré- 
poftfe plus favorable, plus claire, plus orthodoxe, & mieux délibérée. 
Cette réplique fut mal reçue delà Diète, où l'on difoit communément 
entre les Prmces , que le Nonce mefuroit le bien & le mal félon les inté* 
rets de la Comt de Rome , & non félon les beibins de l'Allemagne : Que pour 
la oonfervation de l'Unité Catholique , il valoit mieux faire un bien nu:ile 
à exécuter , que de tolérer un mal difficile à fupporter : Que néanmoins le 
Nonce vouloit que l'Allemagne portât patiemment les oppreflionsde la Cour 
de Rome , fans que cette Cour voulût fe plier un peu J^ur le bien , & fzns 
vouloir fe défifter du mal autrement que par des promeues : Que c'étoit mon- 
tiet trop de délicatefle , que de paroître oflènfé de la demande d'un Concile» 

Soiqu elle fut Ci nécelfaire & qu'on l'eût faite d'une manière fi modefle. 
ipendant après une longue délibération ilfutréfolu unanimement de ne 
pomr faire d'autre réponie , mais d'attendre celle du Pape à. celle que l'oa 
avoir donnée à fon Nonce. 

j XXVI. ^9 Les Princes Laïques ^ dreflèrent*enfuite un long Mémoire de c#jm Grhfs 
leurs plaintes & de leurs prétentions contre la Cour de Rome & les Ecclé- ^ U DUtt 
fiaftiques , qu'ils réduifirent i cent chefs , auxquels ils donnèrent pour cela ^ ^«•'««^ 
le titre de Ctntum Gravamina. Et comme le Nonce , avec lequel ils en ^fT^ 
avoient conféré , fut parti avant que cet Ecrit fût dreflé , ils l'envoyèrent j^ Spond. ad 
au Pape, avec une proteftation , qu'ils ne vouloientni ne pouvoient plus an. ij&i. 
tolérer fes griefs , & que la néceflicé de leurs affaires aufli bien que l'énor- N^ 9- 
ini:é de ces excès les forçoient d employer tous leurs foins , & de chercher 
ks moyens les plus propres à s'eji délivrer* 

o«e ce i&c , c*eft ce qui étoit contre tout cni (ë (opprimer , (èlon qu'on le trouve 

droit &rai(bn, paifque tout Sujet Ecclé/îaf- plus oa moins avantageux pour le bien de 

tique ou Laïque eft refpon&ble au Prince de la Société , qui doit être la régie immuable 

tout ce qui peut tendre à troubler Tordre de par laquelle on doit difpofer de ces (bnes de 

la Société. Si , par refped pour le Clergé , cho(ès. 

les Empereurs ou les Rois lui ont accordé 19 • Les Princes Laïques drejferent en* 

des Immunités qui le mettent à cooven de fuUe un long Mémoire de leurs plaintes — ■ 

k pourfuite du Magiftrat , elles ont pu être qu'ils réduifirent à cent chefs ^ auxquels ils 

révoquées par la même pniflànce qui les lut donnèrent pour cela le titre de Cbntum Gra- 

a accordées , loifqu on s'eft convaincu par vamina] Ils ont été imprimés en dififérens 

eipérienceque ces privilèges pouvoient être , endroits , & on peut les voir dans le Fafii" 

préjudiciables à la Société, èc ne farvoient culus rerum expttendarum , Bc dans G(?/« 

Ï*i rendre le crime impuni. Le caraâére dafte^ Environ xo ans auparavant » Maxi^ 

rOrdination n*a aucune connexion né- nulien avoit &it drelTer dix Grie6 contre 

ceflàire avec les Immunités Civiles. Tout le b Cour de Rome , dont il demandoit le 

privilège de cette profeffion (è borne a^x redreflèihent. Mais ces diffirentes deman- 

choCes fpiritiielles- Le rtfie peut s'accorder des furent également inutiles. Ct a'eft pas 

Tome I, H 



5» HISTOIRE DU CONCILE 

MDzzxix. Il feroLc trop long de marquer ici en détail }e contenu de ce Mémoire § 
^DRXENyi. jjj^^ jg jjj.^ ç^ général , * que les Princes s'y plaignoient des Taxes qui fc 
. ç, payoienc pour les difpenfes & les Abfolutions, de largenc qui fc ciroit des 
rer ezi^ Indulgences > de révocation des Procès à Rome > des refervations des Bé- 
T.i.p. 5;i. néfices > de l'abus des Commendes & des Annates ^ de lexemption des Ec- 
défiaftiques dans les Caufes criminelles , des Excommunications & des In- 
terdits injuftes , des Caufes civiles tirées fous divers prétextes dans le For 
Eccléliaftique, des dépenfes exce(fives qu'il falloit faire pour la confécra- 
tion des Eglifes & des Cimetières, des Pénitences pécuniaires > & des fraix 
Gu'il falloit faire pour avoir les Sacremens & la Sépulture. Ce qu'ils rédui* 
toient à trois chen prùicipauif ^ favoir , que les Ecclédaftiques réduifoient 
les peuples en fervitude , qu'ils les dépouilloient de leurs biens > & qu'ils 
s'approprioient la jurifdiâion des Magiftrats Laïques» 
inPaIIay.L ^^ Le 6 de Mars ^ la Diète publia ion Recès; avec tous les chefs con* 
^'Jr}' tenus dans la réponfe faite au Nonce ; & peu de tems après , le tout Ait 
^ imprimé avec le Bref du Pape , l'Inftrudion du Nonce , & les réplique» 
Luth. T. 1. ^iccs de part & d'autre , comme auffi les Cent Griefs » oui furent debU 
p. 317. tés dans toute 1* Allemagne > &delà fe répandirent en d'autres lieux & 
»SIeid.L même à Rome, ^* où l'aveu ingénu que faifoit le Pape 9 ° que la Cour 
p Fr ^\ ^ Rome Se tout l'Ordre Eccléuaftique étoient la première fource du mal, 
^ ç^ ' ' déplut beaucoup aux Prélats » qui jugeoient que cela les couvroit de honte 
pjeuryi L. & les rendroit plus odieux dans le monde » comme aufli qu'ils en feroienc 
nS.N^ 3f. plus méprifés par les peuples > &c que les Luthériens en deviendroient plus. 

pourtant que cette Cour ignore 00 approuve au Nonce. Seulement iî auroit pu ajouter ,. 

les abus ; mais c*eft qu'elle (trouve qu'il j a qu'on n'y infifta pas fur quelques • uns des^ 

de la dureté à vouloir l'obliger de les réibr- points qui avoient déplu à ce Miniftre» 

mer, lorfqu'eile ne le peut £iife fans facri- Mais il y ar apparence que le filence de 

fier quelque chofe de Tes prétentions & de SUidan fur cela a produit celui de Fra» 

fes intérêts. Paolo , qui n'a tiré pre/que que de lui feul 

10. Le 6 de Mars la Diète publia fort Rt» tout ce qu'il dit des affaires d'Allemagne» 
ch , avec tous les chefs contenus dans la ir. OhVaveuingénuquefaïfoitlerape^ 
réponfe faite au Nonce, &c.] C'eft donc à que la Cour de Rome & tout l* Ordre Eccli^ 
ton que le Cardinal PaUavicin reproche à fîaftiqtu étoient la première fource du mal,. 
Fra-Paolo de n'avoir point rapporté ce Dé- déplut beaucoup aux Prélats ,. icc» ) C'eft 
cret. Ma cib , che il Soave non riferifce , apparemment cet aveu ingénu qui a faici 
VEdittopubUcatofifecondoTuft) al nome di dire à PaUavicin^ L. i. c. 7. cfs^Adrienr 
Crfare benche ajferue nelReceffo délia Dieta écoit d'un caraâère uop ouvert , aufll biei^ 
fotto il di fefio di Mar^o > conunnefcnne , que Chérégai^ à quefia f facejffi per ordinc 
le qualifen^a rivocar alcuno de punti ejprejl d'Adriano troppo aperto , à perche^ il Chere^ 
Mellari/pojladichiararona âfavore del Papa gatofojfe di natura apertijfima l pero gratis 
alcuni di quegli articoli , che corne ambigui al Pontée ,. &c. Et c'eft en conféquencc" 
turbavano ilCAeregato* U eft vrai que no- de ce yigemtnty qu)à l'exemple des Prê- 
tre Hiftnnen n'ezpoOe pas tout le détail de lats Couni&ns dû tems d^Adrien^^ il cziti- 
ce.'Recès> mais il en dit tout ce qui eu. né- que prelque tous tes peints éÈe etne- Fnf- 
ceflàire , en marquant qu'il comprenoit truâion , & avoue que fuppofé même I» 
tous Us chefs CQiUcms dans la réponftfùu venté d^ cbofes ^ ce Poniife n'en eue pa»* 



DE TRENTE, Livre L p 

•hardis & plus ciirbulens Et ce qui leur déplaifoic davan rage, c*cft qu'ils mdwi^. 
voyoicnc ouvrir une porte à Tintroduftion d une Réformation qu'ils avoient ^'^^"'*^' 
en horreur, & qu'ils ne pouvoicnt éviter fans laiflcr voir qu'ils étoient 
incorrigibles. Mais ceux qui étoient portés à excufer Adrien , actribuoient 
ce qu'il avoir fait au peu de connoidance qu'il avoir des artifices qui fer- 
venc à Htaintenir l'autorité Pontificale , & la puifTance d'une Cour qui ne 
(t ibutienr que par fa réputation. C'eft pourquoi ils louoient la prudence 
de Lion , qui avoit fu attribuer la mauvaife opinion qu'avoient les Alle- 
mands des mosiiTs de la Cour de Rome au peu de connoiflfànce qu'ils en 
«voient , & qui dans fa Bulle contre Luther avoit dit , que s'il fut venu 
i, Rome lorlqu'il y avoit été cité , il n'y auroit pas trouvé les abus qu'il 
Véroit figurés. 

XXVII. D'un autre côté , les ennemis de cette Cour en Allemagne in- Diffinm 
terprétoient en mauvaife part cette candeur d'Adrien \ Se difoient que c'é- fjfi^'»' 
toit l'artifice ordinaire des Papes de confefler le mal & d'en promettre le ^. J^' 
lemede , fans aucun deflèin de rien effèâuer \ afin d'en4ormir les fîmples, ^^^^^ yj 1, 
de gagner du tems, & cependant par les intrigues qu'ils employoienc auprès y^uy^rf. 
des Princes , fe juftifier de manière qu'ils pudent mieux adervir les peu- 
ples , & les empêcher de s'oppofer à leurs volonrés & de parler de leurs 
défauts. Ils railloient même de ce que le Pape difoit , ^ qu'il ne falloit pas ^ sidd. L 
icncer de remédier à routa la fois de peur d'empirer le mal , mais aller 4.^.^0. 
jnu à pas \^^ &c difoient qu'en eflèt on iroic (i bien pas à pas y qu'entre un 
pas & l'autre on mettroit bien l'efpace d'un fiècle. Mais les gens de bien p . P P!^^^^' 
îi^ oient plus favorablement des bonnes intentions d'^^r/e/2 , qui avoic ^ 
toujours mené une vie exemplaire , tant avant fon élévation aux Digni- 
tés Eccléfiaftiques , que depuis qu'il avoit été fait Evêque & Cardinal \ 
& les bonnes vues qu'il paroiflbic avoir dans routes fes aâions leur faifoietil|t 
croire vérirablement , que c'étoit très-fincerement qu'il faifoit l'aveu des dé- 
sordres de Rome , & qu'il étoit difpofé à y remédier encore plutôt qu'il n V 
voit promis. L'événement n'a pas donné lieu de juger le contraire. Car la 
Cour de Rome n'étant pas digne d'un tel Pontife , Dieu le retira du mon- 
de prefquc aufli-tôt qu'il eut reçu de fon Nonce la relation de ce qui s'étolc 

d& &îrefi librement Yzyevt: Se pure il Pon- prendre. Se qa*il étoit fi inutile de cacher ^ 
tefice kaveva quefii concetti 3 parue ch'egli étant auffî connus qa*ils Tétoient. 
cperajffi trappo liberamente inpublicarli ml- zi. Et difoient qu'en effet on iroitfibien 
ia Dkta , ed 6 egli à il Nun^io in dame pas à pas , qu'entre un pas O l'autre on 
fcrittura. Mais ce que cet Ecrivain con- mettroit bien Tenace d'un fiècle.) Cefk zinG. 
damne y fie approuvé alors par tous les qu'en parloit Luther, qui cherchant à dé- 
gens de bien i & Ton a vu qu*au jugement créditer les promelfes du Pape , quoique 
aOniqfhre , il / a grand lieu de croire que très - fincères , fit des Noces fur les diffi- 
fi Adrien eut vécu, od*eût travaillé plus rentes panies de Tlnftrudion qu'il avoit 
utilement pour la réconciliation de l'Aile- donnée a fon Nonce, 6c les publia pour 
magne, que ne le firent fes fuccefleurs, en empêcher l'effet, comme nous l'am- 
en voulant ou difliaïuler ou juflifier les ]^enà Sle^an, Hoc fcfiptum , dît cet Au- 
abus que l'on avoit tant de raifondere- ceur, Lutherus poftfa fermone popnlari coU" 

H z 



tfo HISTOIRE DU CONCILE 

iKDxxtii. fait à Nuremberg ^S étant mort ^ le i j de Septembre de l'année mdxxtii. 
ApjmwVI, Cependant, qaand on eut publié le Décret de la Diète de Nurem- 
berg avec les Réglemens touchant les Prédications & rimpreûion des livres, 
1^ ^ ^' la plupart n'en tmrent aucun compte y mais ' ceux qui y croient intéreflés , 
rSkicL L. ^^^ ^tholiaues que Luthériens, ^4 Tinterprétèrent en leur faveur. Car 
4. p.53.6cee Décret ordonnant le filencefur tout ce qui pouvoit exciter des tumul- 
54* tes populaires , les Catholiques Tinterprétoient comme (i Ton de voit s'abf- 

Pallay.L.i. ^^^ j^ prêcher les nouveautés que Luther avoit introduites dans la doébi- 
Fleûry , L ne , & de repretidre les abus de TOrdre Ecdéfiaftique ; & les Luthériens 
ai9.N^5tf. au contraire difoient , que l'efprit de la Diète étoit d'empêcher qu'on ne 
foutînt ces abus , dont la défènfe faifbit foulever le peuple contre les Pré- 
dicateurs 9 qui repréfentoient comme bonnes des cnofes tout i fait mau- 
vaifès. Et à l'égard de cette partie du Décret qui ordonnoit de prêcher 
l'Evangile félon la doârine des Ecrivains approuvés de l'Eglife , les Catho- 
liques entendoient par - là la doârine des Scolaftiques 6c , des Com« 
mentatCHrs modqcnes de l'Ecriture Sainte : mais les Luthériens diibient 
qu'il falloir entendre les SS. Pères , tels que S. Hilaire , S. Ambroift , S. 
Augustin , S. Jiromt , & d'atures femblables ; ajoutant , qu'il leur étoit 
même permis par le Décret de continuer d'enfeigner leurs opmions jufqu'à 
la tenue du (Zoncile ; au-lieu que les Catholiques (butenoient que , (èloo 
l'efprit de la Diète, il falloit continuer de prêcner la doâxine de l'Egliiê 
Romaine. Ce Décret donc , loin d'éteindre le feu ne fer van t qu'à l'allumer 
davantage , augmeiitoit dans les perfonnes de piété le defir d'un Concile 
libre , par l'efpérance d'être délivré de tant de maux , fi les deux partis vott« 
loient bien ^y foumettre. 

vtrûty & additis in marginem annotatîun' dans lefqaelles il tiroir ce Décret en (â fa* 

culis , Ulud, quod Pontifex au pedetentim vear. Quum dccrttum illud Impem Nori^ 

çportere procedi,Jtc accipiendum effe dicii, ,bergéfa6ium alii accipereai , pUriqui enam 

ut finguU pedcs atque paffus intcrvallum contemnerentyLuthems dat'u l'ueris ad Prin* 

habeant aliquot facuîorum^ &c. cipes rcveremer & magna cum voluptate ft 

15, Etant mort U i^. de Septembre de Ugiffe illud ,& Ecclefia quoque If^ittember^ 

Vannii mdxxiii.) Fra-Paolo s*eft trompé gtnji propofuïjfe dicit Hoc itaquefcriptû 

en iTurquant le 1 5 • poar le 1 4 , qui fut le fi voluijfe declarare , quomodo iliud acei^ 

véritable jour de (à mort, comme le mar- piat, &:c. Ced donc injadement , que le 

Cfl^OnuphrctxyuuKalendasOâobris^qui Gard. Pallavicin prétend que /r^i • /^tftf/0 

dies ExaltatétCrucitumfifluserat Ro- fe trompe fui ce point ,& que les Luthé- 

ma, in Vaticano naturct concejfit. Guscàar- riens ne pouvoient pas tirer à eux ce Re- 

din marque auffî cette mort au 14. La ces. Ceft difputer contre un hk certain, 

méprife de Fra-Paolo vient apparemment dont il eft obligé d*avouer lui-même la vé- 

de ce qu'il a fuivi Paul love & Sleidan , rilé, L. 2. c. S. Et d*ailleun, quoique le 

(ans autre examen. Décret ne favoriflk pas clairement lesLo- 

•14. Mais ceux qui y étoient intérejfîs^ tbériens, il (uffifoit pour Tufâge quils en 

tant Catholiques que Luthériens , Vinterpré- faifbient, que les tennes en fo/Tent aflei 

tirent en leur faveur, ) Sleidan le dit claire- équivoques pour qu*on pût les tirer bien 

mentj & rappone les lettres de Luther , ou mal en divers fèns. 



DE TRENTE, Livre L 6i 

XXVIII. Adrien ^^ eue pour fucceiTeuc * Jules de Médicis^ coufln de mdxxiix. 
Lion X , qui prit le nom de Clément y IL Ce Pape donna tout d'un coup ^^^^^VL 
tous its foins aux troubles d'Allemagne. Et comme il croit fort verfé dans 
les affaires, il vit clairement <\}x'Adrtcn , contre la conduite ordinaire des c/^J^T 
Papes les plus prudens » avoir été trop facile à confellèr les défauts de la viL 
Cour de Rome > & à promectre la réformation des abus » & qu'il s'étoit trop # Onupluv 
rabaifle en demandant confeil aux Allemands fur les meilleurs moyens de ^^^^ 
cerminer les difputes qui s'étoienc élevées chez eux:Que par-là il s'écoit atti- ^^^ ^ 
fié la demande d'un Concile , chofe d'une confequence dangereufe > fur-tout spond^ad 
fi c'étoit à condition qu'on le tînt en Allemagne:Qu'enân il avoit tellement an. 15 15. 
selevé le courage de ces Princes, qu'ils avoient ofé non-feulement lui en- N^ 15. 
.VQ/cr, mais encore faire imprimer leurs C(S/i/ Griefs , Ecrit injurieux au Guicciari 
Clergé d'Allemagne , mais beaucoup plus encore à la Cour de Rome. Après ^ j '^* « 
avoir bien réfléchi fur tout cela, il vit bien qu'il étoit néceilaire de don- usTn^ 
ner quelque fatisfaâion à l'Allemagne^ mais il fe réfolut de le taire de 105. 
jnanière que fon autorité n'en reçût aucune atteinte , & que la Cour de 
Rome ne perdît rien de fes profits. Voyant donc qu'il y avoit bien pluiieurs 
<le ces Griefs qui regardoient Rome , mais que la plus grande partie con- 
cernoit les Evèques , les Officiaux, les Curés , & les autres Prèrres d'Alle- 
magne \ il fe perfuada , que (i ces derniers abus étoient réformés , les Alle- 
mands confentiroient aifénvent à garder le filence & à ne pas infifter fur ce 
qui regardoit la Cour de Rome , &c que par-U il feroit aiver/ion à la de* 
mande d'un Concile. Il réfolut donc d'envoyer fans retardement un Légac 
^^ de tète & d'autorité à la Diète , qui devoit fe tenir dans trois mois à 
Nuremberg , avec ordre de fuivre exadcment ces vues ; & fur- tour, de 
feindre d'ignorer entièrement les propoficions faites par Adrien , & les ré* 



if. Adrien eut pour fuccejfcur JuUs de 
Médias , coufin de LéonX « qui prit le nom 
de Clément VIL ) Il écoic fils de Julien de 
Médicis nié par les Pa^^^i en 1 47 S , 6c d*a- 
ne femme qu'il tenoic alors, les uns difent 
comme concubine , & les autres comme 
ton époafe. Ce qu*il y a de cenain y c'eft 
qa*on Ta regardé plus communémenc com- 
me bâtard , ( FUury^L, ii8.N°iof.) quoi- 
que fous Léon X, il fiic déclaré légitime 
par une fentence rendue à Rome. Il fuc- 
oèda à Adrien le 1 9. de Novembre x f 1 5 , 
après un Conclave de près de deux mois , 
où. les fadions furent extrêmement op^x>- 
fies , & qui ne finirent , félon Mcndo^e 
Let, du 10. d'Oâobre 1^48, Se Guicciar» 
din^L, If. que par une convention fimo« 
niaque entre lui 8c le Cardinal Colomnt , 
ou par 4a crainte que ce dernier eut , félon 
Onufrt , que Médicis ne fit élire le Car- 



dinal Orfini ennemi capital des Colcmnes, 
Pallavicin nous dit au contraire fui des 
Mémoires anonymes, dont il ne nous 
marque ni le mérite ni l'Auteur , que 1 c- 
xaltation de Clément fut le fruit de (à mo- 
dédie. La charité peur nous porter à le 
croire : c*e(l dommage qu'on n*en ait point 
d autres preuves. 

i6. Il réfolut donc d'envoyer fans retard 
dément un Légat de tête & d* autorité À la 
Diète , qui devoit fe tenir dans trois mois à 
Nuremberg. ) Il avoit d abord réfblu de vif 
envoyer qu'un Nonce, & ce fut Jérôme 
Rorario l'un de fes Camériers , qu'il avoit 
choifi pour cette fondion , & qu'il fit par-^ 
tir d'avance charge d*un Bref particulier 
pour l'Eledeur de Saxe. Sleidan Su M. 
Dupin font envoyer ce Rorario par Adrien 
fV» Tannée d'auparavant. Mais Pallavi^îj^ 
prouve que c'efî une erreur, & que ïet*^ 



6t HISTOIRE DU CONCILE 

Moxxiii. ponfes qu'il avoir reçues , pour ne point trouver de traverfc à fa négocit* 
Clem. vu. jjqj^ ^ ^ A^^^ ^^ ^^^^ jg rraiter «/ in rc inugra. 

XXIX. Laurtnt Campegc *7 Cardinal de S" Anafia/ic , fut celui ' que 
C.mrd.Cmvà' Clément choifit pour cette Légation. Etant arrivé à la Diète , il traita d'abood 
j>}gecnqua- de différentes cnofes avec quelques Particuliers , pour faciliter le fuccès de 
isûdeUg4t{z négociation. Puis s'étant préfenté dans rAffemblée publique , il die » 
À U Dthê Qu'il s etonnoit extrêmement , que tant de fages & habiles Pnnces puflènt 
b ATr ^^^^^^ ^^ ^^^ abolît des rits & des cérémonies dans lefquelles ils étoient 
çênduiu ^^s & avoient été élevés , & une Religion dans laquelle leurs pères âc 
dtmi c$tu leurs ancêtres étoient morts > & fans confîdérer que toutes ces nouveautés 
D/V/e. tendoient à faire foulever le peuple contre les Magiftrats : Que le Pape.» 
t SlciA L. f^fjg confulter fon propre intérêt , ** mais plein a une compaffion pareil 
^^' ^^' nelle pour les maux tant (pirituels que temporels de l'Allemagne » & les 
Pailâv. L périls encore plus grands dont elle étoit menacée > l'avoit envoyé vers eut 
1. c. lo, pour tenter dV trouver quelque remède : Que ce n'étoit point Tintentimi 
Spond. âd jç 5a Sainteté de leur rien prefcrire , & moins encore qu'on lui prefcrivîc 



1514. 



an. 
Fleiuy , 



▼oi s*en fit par Clément^ pai(qae le Bref mîqae » que celle du Gard. P^ifvicMr ji qiy 
t'^*"^ *o dont il étoit chargé pour l'Eleâeiir de Saxe taxe fane efpèce de Simonie le deilèia 
I ' & ^' eft du mois de Décembre 1 f 1 5 • Climem 
jugeant enfuiie qa*il avoit befbin pour cette 
Légation d'une perfonne plus ca^le , rap- 
pella Rorario , 9c envoya le Cardinal Cam- 
pegc à la Diète de Nuremberg. 

1 7 • Laurent Campège Card, de S te Ana' 



qu'avoient les Allemands de fe rédimer des 
vexations de la Cour de Rome , par la 
crainte qu'ils lui infpireroient de ne point 
retourner fous fon obéiflànce , ob de loi 
&ire acheter ce retour par le redreflêmenc 
de leurs Griefe : /Vr lopiù erano rivolùà 



flafie fut celui que Clément choifit pour cette far unafpecie di Simonia^vendendo al P api 



Légation, ) Ce Cardinal > Bolonois d'origi- 
ne, avoit été d abord Auditeur de Roce» 
puis Nonce en Allemagne vers TEmpereor 
MaximiUen, Il fut &it Cardinal par Lion 
X , puis Archevêque de Bologne & Légat 
en Angleterre , od il retourna depuis en la 
même qualité pour juger de la validité du 
mariage de Henri VIIL avec la Reine Ca» 
therine d'Arragon. Dans ces diâérentes 
fbnébons il fit paroitre beaucoup d'habile- 
té & de manège , (ans cependant avoir eu 
beaucoup de (uccès dans la plupart des né- 
gociations dont il fut chargé. St% mœurs 
même ne furent pas à l'épreuve des mauvais 
rapports, â( Ton mit fur fon compte en An- 
gleterre différentes chofes , qui ne font hon- 
neur ni à fon caraôère ni à & profelEon» 
18. (^ue U Pape 9 fans confulter fon pro- 
pre intérêt , mais plein d'une compaffion pa- 
ternelle pour Us maux tant fpiritueU que 
temporels de l'Allemagne - l'avoit envoyé 
\-£rs eux , &c. ] C*eft une penfêe aflez co- 



la ricupera^ione délie anime âpre[[o d'en^ 
trate e di giurifdi^ioni ritolte alla Chiefàm 
A tout prendre cependant , rechange étoic 
à peu prés de même efpèce. Us redeman- 
doienc autorité pour autorité , & loin de 
fe croire coupables de Simonie dans cette 
compenfàtion , ils fe plaignoient au con- 
traire dans leurs Grieé de celle de Rome ^ 
qui vendoit hautement pour de l'argent fës 
Bulles, fes Ab(blutions, Ces Indulgences 
& fes Difpenfes } Se qui ne fe foucioit du 
retour de ces peuples , qu'autant qu'on ne 
toucheroit point a ce trafic ipirituel. Il 
n'étoit donc pas trop vériuble , comoie le 
di(bit Campège , que le Pape en l'envoyant 
n'avoit point confulté fon propre intérêt* 
S'il n y avoic eu ni Annates ni autres pro^ 
fits fpiriruels & temporels à recouvrer par 
le retour de TAlIemagne , il eft aflez don-^ 
teux fi les Papes euffent &it autant de dé- 
marches qu'ils en firent pour fe réconcilier 
ces peuples. 



DE TRENTE, Litre L 6) 

k lai-fBeme quelque chofc ; mois bien de concerter avec eux les moyens les mdxxiv. 
plus propres pour remédier aux maux -, concluanr , que s'ils ne répondoienc C^^"- VJ^- 
pa^au zèle de Sa Sainteté , il ne feroit pas raifonnable d'en rejetter la faute 
wx ce Pontife. 

» L'Empbrsur étant encore en Efpagne > comme on Ta dit , les Prin- 
ces ^ après avoir remercié le Pape de fa bienveillance , répondirent au Lé- 
gat 9 qu'ils étoient parfaitement inftruits du danger dont les menaçoit le 
changement de doârine, qui étoit arrivé dans les matières de Religion : 
Que pour cela , dans la Diète précédente ils avoienc indiqué au Nonce 
èLAdmn les moyens de terminer ces différends , & lui avoienc donné par 
écrit un Mémoire , qui contenoit toutes leurs demandes : Qu'ils croyoient 
que ce Pape avoir reçu ce Mémoire , parce que fon Nonce leur avoir 
promis de le lui remettre : Que comme tout le monde étoit inftruit des 
Griefs que l'Allemagne avoit foufiferts des Eccléfiaftiques » puifqu'ils les 
avoient fait imprimer y ils avoient attendu pfqu'à préient qu'on leur 
donnât une jufte fatisfaâion , & qu'ils concinuoient de l'attendre : Qu'ainH , 
$*il avoit quelques ordres ou quelque Inftruéfcion du Pape , ils le prioienc 
de vouloir les leur communiquer , afin qu'ils poflènt en délibérer en- 
(èmble. 

- A CELA le Légat répondit ^ félon llnflrudion qu'il avoit reçue : Qu'il vsicîi t. 
ne ikvoit point ^9 qu'on eût envoyé au Pape ou aux Cardinaux aucun 4. p. 58. 
Mémoire touchant les moyens d'appaifer les troubles de la Religion ; mais 
qu'il les afTuroit de la bonne volonté de Climtnt , qui lui avoit donné un 
plein pouvoir de faire tour ce qui conduiroit à cette fin : Que c'étoit â 
eux de montrer le chemin y parce qu'ils connoifibient mieux les difpofitions 
des hommes & les maximes de leur propre païs : Qu'il fa voir très-bien , que 
dans la Aiète de formes l'Empereur de leur confentement avoit pulnié 
contre les Luthériens un Edit , obfervé par les uns & violé par les autres : 
Qu'il ne favoit point la raifoa de cette diverfité de conduite , mais qu'il 
lui paroifibir qu'avant toutes chofes on devoit délibérer fur les moyens de 
£iire exécuter cet Edit : Que quoiqu'il ne fut pas ' que les Cent Griefs x Pallav. L. 
cuflent été publiés dans le deflèin de les préfenter au Pape , il favoit qu'il ^- c* ^<^* 
en étoit paiie trois exemplaires à Rome adrefles à quelques Particuliers » 
dont il avoit vu un : Que le Pape & les Cardinaux , qui avoient vu aufii 

19. ji Cita le Lêgai npondU'^-^ Qu'il tîon » pour traiter plas &vorabIement avec 

'mfitpoit point qu'on tût envêyé au Pape ou les Princes. Ma perche l'ejfer queftafcrit-^ 

aux Cardinaux aucun Mémoirt , &c. J Ap- tara ufc'ua aUeftanme nmn permetteva tal^ 

piiemmenc que le Pape & (on ligac jn- Ugame imorania^fuimpofio alLegato che 

feoienr, qae le menfbnge étoit pennis ne parL^e corne di eofa nota al Pontefice 

poQT une bonne caafè. Car il n*eft pas per conu^^a priitata , Blc^ L&s mzxivnts àts 

dometix que les Cent Griefs n'enflent été Politiques ne s*accordent pas toujours avec 

Mifiés i cette Cour > & le Oiidinal Palla- celles de la droite Morale y mais c*eft fur les 

vicin ne nous laide pas ignoref que Cam- premières que PaUavicînz cru qu'on excu- 

fège eut osdre 4e diflimiilex cette lecep- fexoit la conduite de CUnunt ôc de Campège^ 



«4 HISTOIRE DU CONCILE 

MDxxiY c^^ £^"^ » n'a voient pu fe perfuader qu'il eût été drefTé par Tordre des 
CLtM. VII. Princes \ mais qu'ils a voient cru que c ecoit la produâion de quelque mal- 
' intenrionné pour la Cour de Rome : Que quoiqu'il n'eut aucun ordre ou 

aucune Inftruâion fur ce point^> il ne laillbit pas d'avoir l'autorité d'ea 
traiter félon qu'il conviendroit : Que comme ^° parmi ces demandes il y 
en avoit plu(ieurs qui dérogeoient à l'autorité du Pape , & qui fentoienc 
l'Héréfie y il ne tx>uvoit pas traiter de celles-là ; mais qu'il s'onroit de con- 
noitre & de conrérer de celles qui n'étoient point contre le Pape , & qui 
paroiflbient équitables : Que s'il reftoit enfuite quelque chofe X traiter avec 
ce Pontife > on le pourroit propofèr , pourvu que ce fut d'une manière 
plus modérée : Que cependant il ne pouvoir s'empêcher de blâmer qu'on 
* eût imprimé & publié ces Griefs , ce qui lui paroiflbit pouflèr les choies 
trop lom : Qu'il étoit certain que Clément^ qui étoir le Pafteur univerfel » 
feroit tout pour l'amour de l'Allemagne ; mais que fi on n'écoutoit point 
la voix du Pafteur , il ne reftoit autre chofe à faire au Pape & à lui > qu'i 
prendre patience , & à remettre tout entre les mains de Dieu. 

Q u o I Q u' I L ne parût pas yraifemblable à la Diète , que le Pape & le 
Légat ignoraflènt ce qui s'étoit traité avec Adrien , & qu'on jugeât bien 
qu'il y avoit de l'artifice dans les répoufes du Cardinal \ cependant, comme 
on defiroit de trouver quelques expédiens heureux pour pacifier les trou-* 
blés d'Allemagne , on députa quelques Princes pour négocier avec lui. Mais 
on ne put en obtenir qu'une promefle de faire une bonne réforme dans le 
Clergé d'Allemagne^ Car pour ce oui regardoit les abus de la Cour de 
Rome 9 on ne put le faire condefcendre à rien ; parce que quand on le met- 
toit fur ce chapitre , ou il difoit que c'étoit une Héréfie que de reprendre^ 
ces abus , ou il renvoyoit au Pape pour en traiter avec lui. 
br eoncirt ^^^* ^ ^ Légat dreflà donc une forte de Réformation pour l'Allemagne* 
Mvcc qtêel- ^^\s comme elle ne regardoit que le bas Clergé , on jugea que non feule- 
qnes - uns ment elle fomenteroit le mal , comme font toujours les remèdes rrop doux, 
d(^ Princes mais qu'elle fcrviroit encore â accroître davanrage l'autorité de la Ôour de 
& desEye^ Rome & celle des grands Prélats au préjudice des Puiflànces temporelles • 
pofi éUssr ^ quelle ouvriroit la porte a de plus grandes 



ticUs tU ré-' 
formmion* 



5 e. Que comme parmi ces demandes il y 
en avoit plujieurs qui dérogeoient à tautO' 
rite du Pape , 6» qui fentoient VHérifie , il 
ne poHvoii traiter de celles -la , &c. ] Il eft 
vrai que parmi les Ceru Griefs il y en avoit 
plaCeurs qai tendoient à reirerrer Tautorité 
da Pape dans Ces jades bornes , & à fap- 
primer beawcoap de charges onéreofes à 
la Nation , par Talent qu'en tiroit la Cour 
de Rome. Ce font- la tes demandes qui, 
au jugement du Ltgit , fintoient VHérifie. 



exaâions. On regardoit 

d'ailleurs 



Mais ces demandes n^ fentoient VHérifie 
qu*à Rome \ & par^toot ailleor^ ôo les a 
jugées fort Catholiques , & uniquement 
propofces pourjreirancher des abus utiles à. 
cette Cour , qui eut pu aidment ramener* 
les peuples, fi elle eût eu plus à cœurlea* 
intér^s de la Religion que les fiens pio*' 
près, puiiquonne sjfbulevoit point con*. 
tre Tamonté du I^tpe, mais fimfiieraenc. 
qu'on ne vouloit pas en fttxt opprimé. 

ji. Le * 



DE TRENTE, L I VRE I. 6^ 

fl'knieurs cette Réformation comme un jeu de la Cour de Rome , pour J*^^'^^^: 
éluder raircnce de l'Allemagne , & la réduire fous une plus grande fervi- ^^^"- ^^^ 
Çttde. De forte que quelque preflantcs & quelque fortes que fuffènt les 
inftances que fit le Légat pour la faire accepter , elle fut rejettée ; comme 
îjetta de fon côté toutes les propofitions qui lui furent faites par les 



il rejetta 

Péputés de la Diète. Voyant donc y 'qu'il étoit impoilible de rien conclure j' Pallav. L. 
avec lui , la Diète fit publier fon Rccès le 1 8 d'Avril , avec un Décret qui ^ *r^^ 
portoit : Que le Pape , du confentemcnt de TEmpercur , intimeroir au- " ^'^ ^ 

Îlutôt un Concile liorc en Allemagne en quelque heu convenable , &c que 
ts Etats de TEmpire s'a(tèmbleroient à Spire le 1 1 de Novembre fuivanr > 
pour y déterminer ce que Ion auroit à faire en attendant l'ouverture du 
(Concile : Que cependant chaque Prince dans fes Etats feroit recueillir p^ 
{cns pieux & favans,.lc$ matières que Ton y devoir examiner : Qu'enfin 
es Maglftrats prendroient foin que TEvangile fût prêché felon la dodrinc 
des Ecrivains, approuves par lEglife i & de faire fupprimer toutes les pein- 
tures & libelles aiffamatoires faits' contre la Cour de Rome. 

L B Légat ayant ïépondu à tous les chefs du Décret , & montré que ce 
p'étoit pas aux Laïques à rien ordonner fur U Foi » la Do(%rine ^ & la Pré- 
dicarioi» , fe chargea à l'égard feulement de la demande du Concile y d'en 
£ûre fon rapport au Pape. 

. A u départ des Princes après la conclufion de la Dicte , le Légat fit înftan- 
çe auprès de ceux qui croient les plus attachés à Rome , de s'aflembler entre 
eux pour faire publier la Réfôrmatiôn que la Diète avoit rejectée. En con- 
icQuence, * Ferdinand frèvt de l'Empereur, le Cardinal Archevêque de xSlcîd.L 
Safczbourg 3 « , deux des Ducs de Bavière , les Evêques de Trente & de Ra- 4- P- ^2- 
tîsbonne , 51 & les Agens de neuf autres EvêquQs aflcmblcs avec le Légat à^â"*^'L««- 
Ritisbonne , y firent un Décret le^de Juillet, qui portoit : Que l'Aucm-^ "'^ ^ 
hléc de Nuremberg ayant ordonné que le Décret de Worms contre Luther ^^ 15^^* 
f&t exécuté autant qu'il fe pourroit , ils vouloient , à l'inftance du Cardinal N'' 6. 
Campigc Légat du Saint Siège , que ce Décret fut obfervé dans tous leurs Flcury , L. 
Etats & Domaines : Que les Novateurs fuflcnt punis félon la forme du '^^'^ '5* 
Décret : Que l'on ne changeât aucune chofe dans la célébration de la MeiTè ni 
dans l'adminiftration des Sacremens : Qu'on punit les Moines & les Religieu- 
fcs qui apoftafioient , les Prêtres qui fe marioient , & ceux qui recevoient 
TEnchariftie fans fe confellèr» ou qui mangeoienr des viandes défendues : 
Enfin que ceux de leurs Sujets , qui étoient alors dans l'Univerfité de ^it- 
temberg, eudènt à en fortir dans trois mois pour revenir chez eux y ou aller 
étudier ailleurs. 

L E lendemain 7 Juiller , le Cardinal publia les Règlemens de Réforma- 
lion qu'il avoir dreflTés , * & qui , après avoir été approuvés de tous les Prin- ^ Pallav. L. 
ces de cette Affemblée , furent accompagnés d'un ordre de les faire publier , 1. c 11. 

Slcid. L. 4« 
)!• Le Cardinal Archevêque de Sab^' Savoir de Bamberg, de Spire, de Seras- p^ ^^^ 

iourg. ] Cétoit le frère du Duc de Bavière, bourg , d'Ausbourg , de Confiance , de Ba- 

^t. Elles Agens de 9. autres Evêques. ] le^ de fii£ngcie, de Brixen , & de Paflàv* / 

T o M £ L I 



fa 



éé HISTOIRE DU CONCILE 

^^t^-xxrr, recevoir ,. & obfervcr dans tous leurs Etats. Dans le préambule cle ces Règle*^ 
Clim. Vil. njçns le Légat y difbit : Que comnne il importoit extrêmement pour excir- 
>er lHércnc de Luther , de réformer la vie & les mœurs du Clergé , il avoir 
fait des Décrets , de l'avis des Princes Se des Prélats aflemblés avec lui ; Se 
qu'il ordonnoit à tous les Archevêques , Evêques , & autres Prélats > Prêtres 
& Réguliers > de les recevoir & publier dans toutes les Villes & les Eglifès. 
n Ces Règlemens contenoient xxxvii Oiapitres ^ fur le vêtement Se la 
manière de vivre des Clercs , Tadminidration gratuite des Sacremehs & des 
atttfes fpndtions Eccléfiaftiques , les Feftins , la Fabrique ^es Eglifes y la 
collation des Ordres , la célébration des Fêtes , & les Jeûnes. Il y en avoit 
aufli quelques-uns contre les Prêtres qui fe mar ioient , )4 contre les perfon* 
ncs qui communioient fans fe confeufer ^ contre les Blafphéroateurs , les 
Sorciers , les Devins » & autres de cette nature. A la fin on commandoit aux 
Evêques de tenir tous les ans leurs Synodes pour faire obferver ces StatutSj 
avec pouvoir de s'adreflèr au bras féculier pour faire punir ceux qui les tran& 
grefferoient* 
D^t lis ^^ publication ^ de ces Règlemens oiFenfa tous les Princes & les Evêques 
Mutres fe qui n'y avoient pas voulu confentir dans la Diète ; Se ils en furent maoyaif 
fUignent , gré non feulement au Légat , mais auflî à tous ceux qui s'étoient aflèmbiéf 
érMtxquils j^yg^ jyj ^ Ratisbonne , regardant comme une injure, qu'il eût voulu avee 
)entpss%' P^^ ^^ perfonnes faire un Règlement général pour toute l'Allemagne , fur- 
fititMttrê. tout après qu'on lui avoir repréfenté qu'il n'en pouvoit arriver aucun bien* 
b Flcury, L. ' f Ils trouvèrent auffi très-mauvais , qu'un petit nombre de Princes & d*£ vê^» 
it^.N*^#. ques fe fut attribué l'autorité d'obliger toute la Nation contre l'avis des au- 
tres. ^^ Ils fe plaignoient encore, que dans cette Réformation le Légat avoir 

) )• Ces Règlemens contenoient xxxtit. magînoit pouvoir £ûre des Règlemens qui 

Ckapitres, &c. J Notre Aateur Ct trompe fur obligeaflênc toute la Nation. 

le nombre , car il n'y en avoir que xxxv. ^6, Ils fe plaignoient encore , que — h 

^^. Contre les perfonnes qui communioient Légat avoit négligé les chofes importantes 

fans fe confejfer. ] Ily avoit aoflî un arti- - pour ne pourvoir qu'à de ligers aSus. J 

cle contre ceux qui ne (è confeflbient & ne Pallavicin « adêz convaincu de la juftice 

communioient point à Pâques. de cette plainte , demande poux Téloder , 

)f. Ils trouvèrent auffi très.-^ mauvais ^ s'il n'eft pas d'un habile Médecin, pour 

qu'un petit nombre de Princes & d' Evêques guérir les mîiladies ^de. commencer par les 

fe fut attribué tautorité d'obliger toute la lemçdes les moins forts. Cçft avouer la 

Nation contre F avis des autres, ] Pallavi- juftice du reproche , . que de n'y oppofef 

cin , qui cherche moins à faire lUiftoire qu une telle répopfc 5 fie juïlifîer Fra - P^ra- 

du Concile de Trente , qu'à trouver de- lo , plutôt que de le réfuter. On ire dif- 

quoi cenfurer dans celle de /><x-Ptf 0/0, dit, convient pas au rcfte, que ces Réformes 

L. t. c. II. que le nombre de ces Princes ne fuflent néceliâires. la queftion eft, fi 

n'étoit pas petit en comparaifon du tout, elles éooient importantes , U û cellqs que. 

Xlais une AfTemblée où Ton ne voit au- l'on avoit demandées^ êi aqxquelles le I^*^ 

cun des Eleéleurs , ni beaucoup d'autres gat ne touchoit point dans ces articles , ne 

Princes & Evêques de l'Empire, pouvoit l'éçoient pas bien davanta^. Ceftfbrqôoi 

(tfe regardée comme peu confidérable , & il fialloit répondre > fie Pallavicin ne le ftir 

«tine voit pas pat qttetttâutitfiié aile s V pas. • - 



DE T RE NTE, Livre L éy 

a^igé ks choies importantes > cx)mme s*ii n y avoir Ca tien ï y réformer , 
pour né pourvoir <ju a de légers abus : »7 Que ce n'éroienc pas ceux du bas Cl-«*«, Vit 
Clergé V quifaifoicnt foufl&ir l'Allemagne, mais les £YêqiÛQ3.& les Pxélats """■'■■■"^ 
par teursè usurpations » èc plus encore la Cour de Riome par/es vexations ei«- 
odffives : Que néanmoins le Légat avoir gardé fuci tielÂ;le filence^ comme 
ficoitt, éroit mieux réglé que dons la prtmi^ve.Eg^iië : Et qu'à l'égard mîœe 
dû bat Qei^ , on n'y touchoît .pas. aux principaux afcus^ iliais aux moil^ 
dicf » ce qui étoit en quelque ibrte approuver les autres s & tjue cciix 
■tèinft» qa'oa reprenoit etoient jderaeorés fans remède y parce qukm fe ûoù^ 
tentoic de les indiquer , fans y appliquer les moyetis néctiflaires pour les 
g^iif • . ' . 

Jf M A is It Légat .& \c% Princes afiemblés avec lui fe mtttoieût peu en 
pttne de.ce qpél*on djifoitien AUemagœ^.ik moins encore des fuites delà 
M^pltcatiott dei»! Règlemens; paiDœ qu'ils-jneiè «ptopoibiestt 'en .cela t^uedê 
2bnn6r auelque fattsfaâbn au Pape i, . Se îque le Pape navoit d'antre vue * 
<|ae de nire croire t]a'tl avoir tellement pourvu aux abus.» çu'il n'^toit plus 
«ttbÎQ de Concilie, i*^ Car Clhmnt^ quî^it tràs-ton(bmmé dansJes '^ ' 



. 1 ^ • 

Clii^ jfiùfififouat.fouj^^ t Allemagne , .,^i.Jllms.Ic L^at& Us Princes — fi 

mus Tes Evequis & tçs Prélats par leurs mettoientpeu enfeùie de ce gue Ton dijfoie 

É/lupàïions, & plus ehcore là Cour de in ASiMpit', &' SHOinS encore des faiUs 

KOmà ; Sec. ] Les grands abus venaient faits de ta ipMtcntiok de tes Réfjkmens , &c.'] 

Mfee Jes Prélats Bt de la Cour de Kome , ^Pall^icùî tnice ^ela de calôomie ; mais les 

de . Aoa du tias Gergé , qui n'écoit ni aflèe e&cs jjuftifient wSèi ; Fra -tPaolà^ pusfijae 

lidke ni aflèt poi&nt pour aflervir. ltq$ }*on.ne.v6it pas. qu*ond«t aucun compc^ 



peuples ^ Bç dont les Princes pa; 'conflf- ds ces Réglemens en aucun endroit,. & 

^œnt n'avtfient rienâ craindre poar4ear. aue n'étant poii^t confirmés par l-auroiicé 

pmflance. Quoique ces derniers aSus fiT* des Etats dé VEnipirey ils ne pouvoîent 

lèht psmie dé ceux dont les Allemands avoir d*aUtoriiè , quatitant que chacun Voa- 

ilttnénc demandé le redreflen^ent , ee n'é- loit teur'iéndonher. D*aiiIeois« conrméon 

létëticpas ceux dont 4a réformatibn lent oohriniiai'jfeplaikidre desr^mèfiMîs aVus^^jH 

wnDÎt ;fi fiirt à conm Ce qui les» dagri^. eft vifibiis C]ue ler:&égleiniens de Cawpèije 

n'Mt» (coic de voit lesexadHon^ ônéreufès afoientpeu fervi à ie^ réformer. 

4a Ja ^Côur de Hotnei» la ténalicé de t6u<- . 39. Car ÇUment ^ avoit toujours foi^ 

tas i«s cfaôfes fpixitaelles ^.Ilauroiité que le tcuu du vivant même d'Adrien , que dofts 

Pape & les Ëviques prenoient dans les af- les conjonthires préfentésTc ConcSc étoit une 

fitifët temporelles s ces domaines immen- c^ofe perniciéi/fe yScc] Ce fut téujotufs À 

_ lès qu'ils avoient acquis , & qui en &i- penfïe de Clénûm > jcrfqu'à la fin de â 

ftietat bien moins des Evtques que des viei&c'eft ce^o*il marqua einertûÀent 

Princes s cette lurifdiétion temporelle dont à l'Empereur C harles- Quint , lor(que pref* 

id laïques avbient écé dépouillés ipout eh ft^r œ^ince^liilèmUèr le'<}Diicile,.ît 

revêtir le Clergé; cei Immunités ^ceffi^ lui répondit «n Xrf$^« que dans les con- 

iftg \qm fnfoient des EccléfiaftiquiâB autant joaâxaés ôulron \fe trouvoit,t la.choT^ iid 

4e Sujets tndépendans , Se con^me une So" paroiiE)it tris -Tdângeoeufé :^x0nkper Je 

ciété tout à frit diiUnguée dé l^ti«. Voilà nmlame délia CÂi^ non vkà' pèùfakAife 

te grands abus & la t3!rrannie dont'fe fû'- -medieamehtù d'unCoucdia^ortunûmente 

fgnoienrJes Allemands , iSt iqooi Icsl^le- -eoHgnféttOi ^ c^aon v'^^firvêhnocpiMp^ 

I 2 




6Î HIS^TOLRE DU CONCILE 

wxxv. res d'Etat , ^ avoit toujours fourenu du vivant même à' Adrien y que daiir 
Clêm. vil Jç5 conjonûurcs préfentes le Concite étoit une chofe pernicieufe ; & il avoit 
^ --..-. .... ttaiteroit 

^ lus perni' 
autrefois la 

ïleury y L. 'leflonrce des Papes étoit de recourir aux Côndles , â préfènc la fureté d» 

xi5.N®3i^Pontificat confiftoit i les éviter : d'autant plus que Lion ayant déjà con- 

.'damné la doâxine de Luther y on ne pou voit retoucher cette matière dans 

onConcile» ni ly ibumettre à un nouvel examen > fans mettre encore ei» 

doute l'autorité du Si^ Apoflolique» 

I/Empermr XXXI. L' Empereur ^ ayant reçu le Décret de Nuremberg , en rf- 

étéfsfrûm/êytRoiffïti d\i reSzm'utxtnt y croyant. que c'étoit montrer peu d'égard pour fx 

ie Décret de Diffiité y que de rendre fans (a participation une réponfe fi poficive i iav 

^j^i^'A T ^"^^ étranger fur une affaire cle fi erande importance. Il n'agréoic pas; 



^ d'ailleurs qu'on eût rendu un Déaet n ferme , prévoyant bien qu'il dépfai- 

Fleury /l. ^^^^ ^^ ^^P^ > ^^'il vouloit tenir attaché à fes intérêts y i caufe de la euerre 

119. N^ij. qu'il avoit alors avec ta France* Il en écrivit donc * aux Princes > & fe plai-< 

#Pallav. L>gnit, qu'ayant condamné tous les livres de Luther y la Diète fe fût reflrainte 

X. c 10. >[|^ condamnation des feiils tibeltes diffamatoires. Mais il trouva bien plus 

mauvais encore , qu*ils euflènt fait un Décret pour la tenue d'un Concile 

en Allemagne y & e^0eht chargé le Légat d'en traiter avec le Pape , comme 

fi cela n'appartenoït pas au Pape & à lui- mtme , plutôt qu a eux i Que 

s'ils aoyoïent qu'un Concile dut êtte fi utile à l'Allemagne , ils devoicnc 

bien s'adredèr à lui pour en faire la demande au Pape : Qu'en recosnoiflànc 

lui-même l'utilité , c'étoit bien|fon defiein d'en faire tenir un *, pourvu que 

ce fut dans un tems ou dans un lieu , où il pût fe trouver en peribnne : 

Qu'à l'égard de la nouvelle Afiemblée qu'ils, avoient indiquée a Spire pour 

y régler les affaires de Religion jufqu'au Conciîe , il ne pouvoir y confen- 

tir y mais qu'il falloit obéir au Décret de Vormes ; 6c qu'il ne vouloît point 

qa*on traitât d'aucune affaite de Religion > jufqu'au Concile qui £eroit smcm- 

" V blé par l'ordre du Pape & le fien. Ces lettres de l'Empereur ,. plus impériea- 

{es que celles qu'avoit coutume de recevoir l'Allemagne de fes prédécef- 

feurs y excitèrent des mouvemens afièz dangereux dans l'efprit de pliifieurs 

Princes» dont Tagitarion ièmbloit devoir & terminer à quelque chofe de 

fâcheux. Mais cène agitation fè diffipa , Se l'année mdxx y fe pafla fans aUf^^ 

cune nouvelle négociation fiir cette afEiire. 

fSlcii. L. 40 Car en Allemagne ^ la révolte dc&Paîfans contre les Princes & les Ma- 

4. p. 6^46» j r 

PalIav.L.i. 1^^^ ^^mi CcnciUo eeUirato întemffieitn 61 (on (îicceflêar, uni étoit fiur ce* pbîot 

^ ^ cîftêfian^i^ fer cui ella venga difirdinaea. ^lans des idéei afTez (emblabies. 

PftllaT. L. fr c. f, AvdTi malgré toutes ^o. Car en AtUmagnc la révolte des'Paï^ 

les inilances qni Loi forent faites pont af- /anr contre les Princes &les Magifirats ^ & 

Icmbler le Concile , ce Pontife fit fi bien la guerre des Anabaptifies , y occupèrent tout 

qu'il réluda jofiju'à (a mon i & il fallut en- k monde, ] Elle cooimença en Souabe aa 

coxe bien des annies poory &iie coofenr mois de Novembre x{L4> par la. létaltr 



DE TRENTE, Livre I. 69- 

rtrats, & la guerre àzs Anabaptifics ^ y occupèrent tout le monde; 4» & mdxxvi/' 
fuccès 8 de la bataille de Pavie en Italie & la prife de François L Roi de ^^^**- ^*'- 
France , augmentèrent tellement laucorité de TEmpereur , qu'il fe crut en . 

état de donner la loi à tous les Princes, Mais il eut aflcz à faire i fe pré-^ ' 
cautionner contre les Ligues que firent plufieurs Puiflances contre lui > & Belcar. L. 
â terminer les négociations qui fe firent pour la délivrance du Roi de 1 8. 
France. Le Pape ^ d'ailleurs voyant l'Italie fans dcfenfe à la difcrétion h Pallav. 
des Miniftres Impériaux, penfbit à lui-même, & à s'allier avec d'autres Ibid. c 13. 
Princes qui pulTent le protéger contre TEmpereur , dont il avoit pris om- 
brée par la crainte de fa puiHknce , qui mettoit le Pontificat même â fa 
difcrétion. 

XXXIL L'an mdxxvi, on reprit les mêmes négociations en Allé- VieuveUi 
magne & en Italie. En Allemagne , 4^ les Etats de l'Empire ^ s'étant a(Tèm- DiéteàSpi^ 
blés k Spire fur la fin du mois de Juin , on délibéra par ordre exprès de ''' * ^^ ^^ 
l'Empereur , fur les moyens de conferver la Religion Chrétienne, & ^^ ^i^êndf^ "^ 
anciennes pratiques de l'Eglife, & de punir les tranfgreflcurs. Mais comme ^7^^^^ 
les avis étoient li difFérens qu'on ne pouvoir rien conclure , 4} les Miniftres U Keligim 
de l'Empereur firent lire fes lettres , où il di(bit qu'il avoit réfolu de pa(îèr/>/9«'^ l^ 
en Italie , & d'aller à Rome , tant pour y recevoir la Couronne Impériale , Jî**"..'** 
que pour y traiter avec le Pape de la convocation du Concile ; Que pour /s^y r 
cecie raifon il défendoit qu'on ftatuât aucune chofe contre les Loix , les Ce- y. p. g^^ 
remontes, & les anciens Ufages de l'Eglife , & qu'il vouloir qu'on obfervât 
la formule de l'Edit de NTormes , & qu'on prît un peu de patience jufqu'à 
ce qu'il eût traité avec le Pape pour la tenue d'un Concile , ce qu'il feroic 
bien-rot ; parce que , traiter des affaires de Religion dans une Diète, faifoic 
plus de mal que de bien. 

44 L A plupart des Villes répondirent : ^ Qu'elles avoient un extrême dcfîr k sUli. t, 

^. p. 8^. 

lies Païfans contre le Comte de loupfiew: C'eft-à-dîre le if , félon SieiJan. i^^o 'Jdi ^ 

Seigneur, Se produifo une infinité de gucr- 45. Les M'miftres de l* Empereur firent ^^' ^** 

ses le de meonres en Allemagne. lire fes lettres. ] Ecrites de Sé?ille le x 5 • dei 

41. Lé fuccès delà bataille de Pavie e/t Mars ifi6» 
Italie. ] Où François /• fut fait prifbnnier 44. La plupart des Filles ripondirenti 

Je %y de Février de I an i ; i f , félon Guic- &c. ] Outre la léponfe que rappone ici 

tiardin. Mais Du Bellai Se Beaucaire di- Fra-Paolo , les mêmes Villes préfentèrenc 

(txii le 14 , & leur témoignage eft préféra^ le 4 d'Août un autre Ecrit aux Princes , 

ble à celui de Guicciardin. M.deTAou, dont notre Auteur ne ^t point de men- 

L* I. N^ II. s*eft groHièrement trompé tion, oïl elles demandoient Tabrogatio» 

en marquant cet éTènenient au 1 ^, de Jan- des Fêtes & de la diOinélion des riandes , 

YÎei , mais il j a apparence que c*eA moins la réduâion des Moines & de leurs im" 

une faute de l'Auteur que du Copiftc y munités , 6c une défenfe à eux de recevoir 

paifqo'il ajoute que c ctoic le mênie jour des fucce(Eons & des Legs , la permidlon 

auquel tonaboit la naifEince de Charles , qui à chacun de fuîvre fes propres cérémo* 

étott Yérirablement le 14. de Février. nies julqu^à la tenue du Concile , flc la li- 

4a. Les Etats de r Empire sUtant affem- berté de la prédication de TEvangilef Steid^ 

Uis â Spire fur la fin du mois de Juin, } L» $r 



70 HISTOIRE DU CONCILE 

uBSxn. de complaire & d*obéir à TEmpereur ; mais qu'elles ne voyoienc pas le mioTeii 
CtiML VH. ^g £j^^g çg qjj»j| jç^P denaandoic par fes lettres , parce que les controverfes 
""""""""""^ i aaementoienc de jour en jour , particulièrement au fujct des Rits Se éo$ 
Cérémonies : Que u par le paffë on n'avoir pu obfenrer le Déaec de Vormcs 
pat la crainte de quelque fédicion , elle étoic encore plus â appréhen- 
der maintenant ^ conuneon Tavoit montré au Légat : Que fi l'Empcrear 
étoic préiènt lui-même » ou mieux informé des chofes , il n'en jogeroic pas 
hacrement qu'eux. Quant à la promeflle que Sa Majefté leur faifbit de pro- 
curer U tenue d'un Concile , cnacun difoit^ que rfimptreuc eut pu l'e&c*- 
taer dans le tems qu'il avoit écrit fes lettres » parce qu'alors il:écoit en •bonne 
intelligence avec le Pape *, mais que depuis s'étanc brouillés l'un l'autre » A:* 
le Pape ajrant armé contre lui > on ne vojoic pas comment daiis dbtte cQn« 
)0nâuce on potirroic en afTcmbler un. C'cft pourquoi quelques>-uns propo^r 
' ibieac qne pour remédier aux périls ^oi les menaçoient , TEmpereuc fur 
Tupplié de convoquer on Concile National en Allemagne ; & s'il ne goû- 
roic pas cet expédient , de trouver bon an moins que , pour prévenir les 
créditions dangèreufes qui pourroient arriver., on diifèrât 1 exétution de l'Edic 
de Vormes , jufqu'à la tenue d'un Concile Général. Mais les Ev^ues , qu» 
h*avDient pas d'autre vue que de conibrver leur autorité » difûîent qu'en mâ«- 
tîèrede Religion on devoir s'abftenic de rien régler pendant que l'Empereuc 
&le Pape feroient en difcordo , ôc qa'il falloir renvoyer tout à un tems plus 
&vorabie. 

Cette diverfké d'opinions fit naStre une fi grande diflènfion entre lei 

Eccléfiaftiqu^ 8c ceux qui penchoient pour la doâxine de Luther y qu'on 

fiit fur le point de voir naître une guette civile ^ & plufieurs des Princes te 

l Sleid. L. difpofoient déjà à partir. Mais Ferdinand ^ Se les autres Miniftres de l'EnH 

<;p; %6. péteur » qui prévoyoient les niaux qui atrrveroient a la Diète fe foin^ic 

Spood, «d dans cette animofité , & fi les Princes fc féparoicnt fans qu'on eût fait aucun 

aflu 1 5 ft^ Décret , parce qu'alors chacun eût agi félon les di£férens intérêts qui le pouf*. 

^' feient» au péril de divifer ir-réconciliablement l'Allemagne , s'appliquèrent 

jfivec tant de iuccès à ramener les e^its des Chefs de chaque Parti , qu^ k 

fin on convint de faire un Déârfcc ^ x^ui ; <}aoiqu'tl ne fôt pas conforme -aux 

intentions de l'Empereur, taifibrc Voir cependiant nne' appartoce d'obéiflancè 

1 fes ordres , & de concorde entc^ les Etats. U pûttbit en fubftan<:e : Que 

comme il écoit nécenfaire pour remettre Tordre dans les affaires de Rel^ioh % 

6c maintenir la Liberté » de tenir un Concile légitime en Allemagne , ou* 

dr'en procurer un Univerfel avant le terme d'une année , on envoieroit des 

Amoaffadeurs à l'Empereur , pour le prier de regarder avec compaffion l'état 

mifcrable & tumultacux dt 1 Empire , & de retourner au-plûtèt e*i Alte-^ 

lïiagne pour le faire tenir : Et qu'en attendant l'un où l'autre de^ Cohcitc^ 

nécedaires , les Princes & lés Etats dans leurs Provinces & leurs Gouvôrrfe- 

mens eu(!ènt à fe conduire fur le fait de la Religion & de TEdit de^oriKLès.» 

de manière qu'ils pudcnt rendre compte de Uorsaâions d Diea'& à TËm- 

pereur. 



DE TRENTE, Livre I. 71 

XXXIII. Cependant Clément , qui avoir paflTc toute Tannée précé- mdxxvx. 
dente dans de continuelles frayeurs , s'imaginant tantôt voir Charles i Rome ^^' ^^^ 
les armes à la main s'emparec de TEtat Ëccléfiaftique > & rentrer en pofleffion •"■■■^— 
de certe partie de l'Empire que les Papes fcs prcdccefleurs avoient acquife ^^/nenê 
par leurs artifices » tantôt le voir dans un Concile mettre des bornes à 1 au- ^ /£ f * 
tocité des Papes fur TEglife , fans quoi il n'eut pas cté poûible de diminuer retirfeUzue 
leur autorité temporelle ; plein de foupçons d'ailleurs de ce que tous les avec U 
Miniftres qu'il avoit envoyés en France pour traiter avec la Reine-Mere & France , eJ» 
le Gouvernement écôient péris en chemin , commença enfin à refpirer fur ^f^-^^^«* 
la fin du mois de Mars ^^ lorfqu'il eut appris le retour de François L en ^refs^ 
fbn Royaume. Il dépêcha en diligence une perfonne pour le féliciter de fa QharUs T. 
délivrance , & conclure en même tems une Ligue avec lui contre l'Em- 
pereur. 4« Elle fut fîgnée à Coignac le 12 de Mai, entre lui , le Roi, & les 
Princes Italiens , &c fut appellée la Sainte Ligue \ Se le Pape 47 délivra le 
Roi du ferment qu'il avoir prêté en Efpagne pour la fureté des conditions 
dont il y étoit convenu avec l'Empereur. Le Pape alors délivré de la crain- 
te , qui étoit fa difpofition dominante , fe crur en pleine liberté. Et comme 
il étoic fort irrité de quelques Réglemens faits en Efpagne & dans le Royau- 
me de Naples au préjudice de la Cour de Rome , & plus encore "^ de ce que ^ ^ • 
dans le même tems un Notaire Efpagnol avoit eu la hardiedè de fe trouver datd.!. 17, 
3 la Rote , & de défendre publiquement au nom de l'Empereur d deux Néa- n PalUv. 
politains de plaider davantage devant ce Tribunal , il fe réfolut de montrer ^- ^- ^* ^ ^ 
du reflentiment pour animer fes Confédérés. Il écrivit donc ^ à l'Empereur ^P^°**- ^^ 
le 1; de Juin un Bref fort lonp en forme d'invedkive, où après avoir rap- N%.Guic* 
pelle toutes les grâces qu'il avoir faites à ce Prince , tant lorfqu'il n'écoitciard. L17. 
^e Cardinal , que depuis fon Pontificat , 6c les grands avantages qu'il avoit f ieurv , L, 

4^ » Lorfqu'il eut appris U retour de Fran-' du 12, & c'eft par conféquent la vérita- 
fùis L en France, ] Sa délivrance avoir été ble. 

(Bpalée par fe Traité de Madrid conclu le 47. Le Pape délivra le Roi du ferment 

14. de Janvier lyiés&le 18. de Mars fui- q^^il avoit prêté en Efpagne , Sec. ] C*eft 

vant il fit échange avec Tes deux enfans} une étrange prétention dans les Papes j de 

<]ai iîirent donnes en otage pour la fureté un aveuglement incroyable dans les Prin- 

de l'exécution du Traité. Guiçciaidin , ces, de croire c]ue l'autorité d*un Pape efl 

l^.j6. marque mal a propos ce Traire au allez grande pour délivrer quelqu'un de 

14. de Février, en quoi fl a été fuivi par Tôbligation de garder un ferment jufte S^ 

Biducaire L. 18. de fes Mémoires, & par fait félon les règles. Rien neft plus con- 

le Oontinoaceur de M. Fleury. Mais il efl traire aux loix de la Morale & au maintien 

vtfible par le &ecueil< Diplomatique, que de la Société. Si le ferment eft injufte , 

le Traité avoit été dgné le 14. de Janvier, il eft nul de fa nature > mais s'il eft jufte » 

4^. EUt fut /ignée à Coignac le la. de par quel droit le Pape en peut-il difpen- 

Mai , entre lui ^ le Roi y & les Prirtccs lia- kr ? Les Princes n ont (ans doute &it fem- 

liens. ] Quelques-uns de nos Kiftoricns blanc de le croire, que lorfquil^ ont jugé 

mtttent la '•fignaiore de ce Traité au 17, qu'il y avoit pour eux de l'avantage à 

U Bèaucairg au X3, fixto Idus Maias. rompre leurs engagemens > 9l ce fon^ de 

Mftis dans.k Recueil des Traités de Paix ces opinions fondées fur rimérât, ft non 

il poTM Goiqroe dans Fra^PaolQ la date for Ja nicitié. 



71 HISTOIRE DU CONCILE 

MoxxTi. refufés des autres Princes pour entretenir fon amitié » il £e plaignolc cTen 
Clim.' vil avoir été fort mal récompenfe , puifque TEmpcreur n avoit ni répondu i-toa 
" ' ' affeâion , ni tenu les promeffcs qu'il lui avoir faites j mais au contraire* 
qu'il lui avoit infpiré beaucoup de foiipçons , fait beaucoup d'injures , Se 
excité des guerres en Italie & ailleurs. Après un détail de tous ces griefs , 
6c des maux dont il rejettoit toute la caufe fur l'Empereur , 6c après boau-^ 
coup de plamtes des injures faites a la dignité du Saint Siège par les Loix 
faites en Efpagne , & la Pragmatique publiée i Naples contre la liberté 
Eccléiiaftique & Thonneur du Saint Siège» il conduoit enfin y non par des 
menaces d'excommunication félon la coutume des Papes , mais par une pro- 




jufti 

Saint Siège , de prendre des armes juftes & fàintes contre lui , non dans le 
deflèin de l'ofTenfer , mais pour pourvoir au falut conunnn & à fa propre 
dignité. 
#slcid L.6. ^^ lendemain ^* de ^expédition de ce Bref, ^ le Pape en écrivit un au- 
p. 88. ^ce fans faire mention du premier > où il difoit en fubllance : Que pour 
PaUav.Li. maintenir la liberté de l'Italie , & détourner les maux dont le Saint oiège 
^; <5* écoit menacé , il avoit été contraint de prendre des réfolutions qu'il n'eue 
pu n^liger fans manquer au devoir d'un bon Pape & d'un Prince équitable : 
Oue u l'Empereur vouloit ap[>orter aux maux préfens le remède convenable» 
comme il lui étoit facile , utile > & glorieux , la Chrétienté feroit délivrée 
d'un grand danger , comme fon Nonce , qui réfidoit auprès de lui » le lui 
expoieroit plus amplement : Qu'il le prioit donc au nom de Dieu de l'écou- 
ter & de pourvoir au falut public , 6c de contenir dans les bornes de la jus- 
tice les paflîons effrénées des Hens , afin que les autres puflent être en fureté 
de leurs vies & de leurs biens. Par ces dernières paroles le Pape taxoit prin- 
cipalement le Cardinal Pompée Colomne , Vefpajîtn , Jfcagne^ 6c quelques, 
autres de la même famille qui tenoient le parti de l'Empereur , & qui fe fen- 
tant appuyés parle Viceroi de Naples, s'oppofoient perpétuellement à tour- 
tes {ts vues. Et ce qui l'intriguoit davantage, ceft qu'il appréhendoit encore 
qu'ils ne lui fufcitaflent de l'embaras au fujet du Pontificat. Car le Cardinal 
Cohmne ^ ^> homme hardi 6c faftueux , ne pouvoir s'empccher de dire tout 

publique- 

48. Le lendemain de V expédition de ce che fiijfe troppo acerho , ne feriffe fuhiiomn 

Bref, te Pape en écrivit un autre , &c. ] ahropiù manfueto, 

PéUlavicin pr^end » fur les recherches de 49. Car le Cardinal Colomne — — • mt 

Contelori y qa*il ne fut (igné que deux pouvoii s'empécker de dire tout publique^ 

jours après, c'eft-à-dire > le if • Guicciar- ment , que Clément étoit parvenu au Por^ 

din , fans marquer le jour du fécond Bref, tificatpar des voies illégitimes , &c. ] Guù^ 

dit iknplement qu'il fut expédié aufH-tôt ciardin , L. if. dit quil avoit promis à 

«prêt rtunre t Ma parendogUpoi che rheb* Colomne par un billet (igné de (a main de 

terojpedito , ( c*efl-à-diie , le preoiieiBref ) le faire Yicechancelier de TEglife Romfi*. 

ne. 



DE TRENTE,L i vre L 7? 

publîqatniCDC , que Clément étoir parvenu au Pontîftcat par des voies illé- mdx 
gkiinef , & relevoic avec fafle tout ce que k Maifon Colomnc avoit fait ^'*^ VM 
contre les autres Papes intrus & illégitimes , comme il les hommoit. Ilajoa^ , 
toit, que c'^oit une fatalité attachée à (a Maifon , cl*èrre haïe par les Papes 
tyranniques, comme à eux d'être reprimés par les Celomms \ & menaçant 
Climtnt dun Concile , il folUcitoic les Miniftres de l'Empereur de le ré- 
ibudre à ie convoquer. Le Pape P non feulement irrité de fes difcours ^ tnais* f Gale* 
afaffi pottF prévenir fes menaces , pubKa un rigoureux Monitoire contre lui , ciard.L i;^ . 
où il raxoir ouvertement le Viceroi de Naples, & obliquement TEmpe- P****^'^-*'* 
tfeur ; & il cita le Cardinal à Rome fous des peines & des cenfures très griè-^ ^^ 
ves*^ Mais comme le fuccès des armes îi'étoit pas heureux en Lombardie » 
que les troupes de France tardoient trop à venir ; que TArmée Chrétienne 
avoit été défaite en Hongrie , & le Roi Louis tué ; que le nombre des Sec- 
tateurs de Luther fe Aiultiplioit de jour en jour en Allemagne , & que tout 
le monde fouhaitoit un Concile pour rétablir 1 union entre tous les Chré- 
* cions^ mettre fin à tant dedèferdres) il crut, pour s'accommoder au tem^ 
devoir changer de mefures. 

S' B r A N T doBC d*abord réconcilié avec les Colorants , 5c ayant révoqué 
le Monitoire publié contre le Cardinal , 4 il rint un Confiftoire le t j de q Gole^ 
Septembre , où daAs un lonç difcours il déplora les mifères de la Chrétienté «ard.L.17. 
& la mort du Roi de Hongrie , attïibuanc tous ces malheurs à la colère de ^«"T»^" 
Dieu , provoquée par les péchés des hommes. Puis avouant que les dérègle- '^ 
mens de l'Ordre Eccléfiamque étoient ta fource de tous ces maux , il mon- 
tra la néceflité qu'il y avoir d'applaifer la colère divine , en commençant » 
comme il dit , par la maifon de Dieu i & ajouta , qu'il vouloir en donner 
kii-mème l'exemple en fa propre perfonne. Il excufa enfuité fon armemenr> 
& fa conduite contre les Colomncs , & exhorta les Cardinaux à la réforme 
de leurs mœurs , jdifant qu'il vouloit aller lui-mèmetrouver tous les Prin- 
ces, pour ménager 'une paix univerfelle , &c qu^il pcrdroit plutôt la vie, 
que de fe -défifter de -cette entreprife , jufiju à ce qu'il l'eût conduite â un 
heureux fuccès. Que moyennant la grâce de Di^ > il efpéroit fermement 
voir fes defirs heureufement accomplis : Et que sV pouvoiten venir â bout, 
il étoit réfolu de convoquer un Concile Général, pour éteindre les divifions 
de TEglife , & étouffer les Héréfîes. L'on publia ce difcours à Rome & par 



Ae , & de lui donner le Pïlais qui lui ap- 
partenoit à Rome : // quale per una cedo- 
la di mano propria fegretiffimamcnte glipro- 
mcffe rC/fficio dtUa Viciscanccllana che ri- 
fùdeva inperfona fua, col Pala[7^o fontuo- 
Pffit^ , il quale edifieato giâ dal Car^ 
Hinale di San Giorgio era ftato conceduto 
À lui dal Pomtfice Leone. On ne voit 
point cependant, qae dans les Manifeftes 
que les Colonines pablièienc contre Clé- 
TOM£ I« 



ment , on fît mention de cette promeflè 
Simoniaqtie , comme Ta obfervé PaUavi^ 
cin^ L. 1. c. 10. Mais c'étoic peut-être 
parce que Pompée Colomne ne vouloit pas 
paroitre coupable lui - même d'une con- 
vention (t criminelle^ Car Mendoie yJ^m^ 
baflàdeur à R^ome fous Paul III y donqe 
la chofe comme publique, dans fa lettre 
du lo d*p«aobre 154^, & Onuphre lie 
le diâîmale pas dans la Vie de Climeat, 

K 



74 HISTOIREDUCONCILE 

vnxxvi* coûte l'Italie , ôc Ton en fit courir beaucoup de copies y mais quelque foin 
Clem. vil quç priflent fes partilans de le louer , J<» il y eue peu de perfonnes qui rc* 
—"■""" gardaflcnt fes paroles comme fincères. 

r Pallav. L. Son Nonce ' en Efpagne ayant préfenté fes deux Brefs à PEmpereur i 
1. c 1 3. un jour l'un de l'autre , excita différentes penfces dans le Çonfcil de ce Prin- 
ce. Quelques-uns penfoient que Clcmtnt avoir écrit le fécond pour adoucir 
l*aigreur du premier , donc il fe repentoic s ce qui leur faifoic croire qu'il 
ne ralloic pomr en moncrer de redencimenc. Ec ce qui fonifioic cec avis> c'eft 
que le Nonce avoic répandu un bruic , qu'avec le fécond bref il lui écoir veno 
un ordre de renvoyer le premier , s'il n'avoir pas encore été préfenté. Mais 
les plus fenfés iugeoient , que n'y ayant qu'un jour d'incervalle enrre txok 
ic 1 aurre , il eue été facile au Pape , s'il fe fut repenti > de faire prévenir le 
premier Courier par le fécond : Que d'ailleurs il n'y avoic point d^appacen- 
ce > qu'un Prince aufli prudent que lui fe fût déterminé à raîre d'une mif 
nière aufli aigre , fans y avoir bien réfléchi auparavant v ce qui donnoicliea 
de croire que ce n'étoic qu'un artifice de Clément » oui vouloit faire une ' 
forte de proteftation , qui demeurât fans réponfe. U rot donc réfblu que 
pour lui rendre le change , l'Empereur â fon imitation répondroit au pre- 
mier Bref en des termes plus durs » & au fécond on jour apr& en un ftyle pin» 
cbux , & femblable à celui du fécond Bref : ce qui fut exécuté. 
Hifùàfiéè XXXIV. Le 17 de Septembre * l'Empereur écrivit donc une lettrç apo- 
TEmfirek^ logécique de vingt-deux feuilles en papier Impérial , «que Mercure Gaeti-- 
^ ^^'.f^*^'' ^^^^ préfenca coûte ouverte au Nonce > & donc il lui fît ta leâure »• après 
* H*L * ^ûoi iï J* cacheta en fa préfence , & la lui remit pour la faire cenir au Pape. 
Pallav. Li. ^*^'^ s'y plaienoic d'abord : Que le procédé du Pape à fon égard ne con- 
CI). venoic pas a celui d*un véritable Palpeur, & ne répondoit pas au refpeA 
Fleury > L. Ûial qu'il avoir toujours eu pour le Saint Siège & la perfonne du Pape i Se 
'3^* ^^'^^ que les louanges qu'il fe donnoit à lui-même» le forçoient lui Empereur ». 
qu'il taxoit d ambition & d'avarice > de faire voir fon innocence. Puis re- 
prenant lliiftoire de tout ce qui s'étoit pa(Ie du cems de Lion Se à* Adrien » 
& fous le Pontificat mêtne de Clemcm , il montroit qull n'avoit eu que de 
bonnes intentions dans toor ce qull avoit fait , qu'il n'avoit fait que ce qu'il 
avoic été contraint de faire , & que le Pape étoic la caufe du mal qui ecoir 
arrivée U rappellpit enfuite les fervices qu'il avoit rendus , pour leK[uels il 
n'aVoit reçu de Clément que de mauvais traitemens en diveries occamms. Es 
il conduoit enfin en difanc qu'il ne défiroir rien davancage que la tranquil- 
lité publique > une paix générale » & la jufte liberté de l'Italie : Que fi le 

f o. Ity eut peu de perfonnes qui regar- Fît udïta eon grande attentîene & etiandlà 

dafintfis paroles comme fincires. ] C'eft ce con non minore compajjiùne lapropofiadet 

cpLt tVinoigne Guicciardîn^ en noasdifiint Pontefice & commendata moho ; ma fa^ 

atie les GÎrdinauz ibrenc fore toacbés de rehhe fiata anche commendata moka pià » 

(on difcoars « mais qn*îls renflent été da- fe le parole fue haveffero havuta tanta fir^ 

vantage , slls euflènt pu 7 ajouter foi : de, fuanta in fe kavevano dignità. 



DE TR EN T E, Livre- I. • 7;^ 

Pape la (buliaitoic autant q^c lui » il 4e voit mettre bas les armes > î< & re- jiiu>^:pc;nfi- 
. mettre l epce de S. Pierre d^ns le fourreau ; après quoi il feroit aifc de tra- ^^^**' ^• 
vailler à la paix , & de s*a{>pliquer à éteindre les erreurs de Luther Se des ■ 
autres Hérétiques j en quoi iji le tcouyeroit toujours un fils très-obéi0ant. 
Mais que fi Sa Sain{;etc en agidbit.auQcement » ilproteftoit devant Dieu Se 
devant les hommes > ^ue 1 on ne pourroit lui attribuer les malheurs qui en 
Dourroient arriver à U Chi;étienté : Que s'il plaifoit à Sa Sainteté d'écouter 
nvorablement fes bonnes & juftes raifons, il oublieroit entièren^ent les in- 
jures qu il en avoit reçues : Mais que fi Elle continuoit d'armer contre lui , 
ce qui nétoit pas faite l'office d'un Père &.d'un Pafteur , mais d'un Aggref- 

uftificat 
unique 
iburce à laquelle il pût avoir recours : Que cependant il l'exhortoit au nom 
de Dieu d'afligner un lieu fur & propre pour cette Adèmblée ^ & de la te* 
nir dans un tems convenable ; parce que , vu la confuHon où fe trouvoiept 
i*Eglife & la Religion t pour pourvoir i fa propre fureté & au falut du pu- 
blic >.il avoit recours au Concile Uniyerfel , auquel il appelloit de toutes 
(es joienaces & des injures qu'il pourroit Jui faire. 

Dans la réponfe au fécond Bref qu'il fit le lendemain 18 , il y difbit : 
Que les fécondes lettres du Pape lui avoient donné beaucoup de fatisfaAion» 
voyant que Sa Sainteté lui témoignoit plus de bienveillance , & marquoit 
plus d'inclination à la paix : Que s'il étoit aufC bien en fon pouvoir de la 
procurer , comme aux autres de faire la guerre , le Pape ceconnoîtroit aifé- 
ment la fincérité de fes intentions : Que perfuadé que Sa Sainteté lui avoit 
parlé coniime elle avoit fait , plutôt à l'inftigation des autres , que de fon pro- 

Î^te mouvement , il efpèroit en Dieu qu'EUe aimeroit mieux travailler pour 
e bien public , que de féconder les intentions particulières de quelques 
perfonnes : Qu'il la prioit donc de regarder avec compaffion les maux de 
la Chrétienté , & de croire , comme il en prenoit Dieu a témoin , qu'il étoit 
prftt de montrer â tout le monde qu'il ne fe propofoit en tout que la gloire 
oe Dieu & le falut de fon Peuple , comme il s en étoit expliqué plus au 
loQg dans fes lettres précédentes. 

Le 6 d'Oûobre l'Empereur écrivit encore ^ au Sacré Collège : Qu'il ref- ^ fIcutt * 
jcntoit une extrême douleurde ce que le* Pape , oubliant fa dignité , chcr-L.iji.N6i* 
choit â troubler la tranquillité publique *, Se que dans le tèms qu'il croyoit sieid. L 6. 
avoir mis tout le monde en paix par l'accord qu il avoit fait avec le Roi de P- ^^• 

f 1. £/ rtmtttre Vipic de S. Pierre dans avec l'épée, ctxidi pas à cette repré(èntâ» 

tefiwrreau,] NT. Amelœ , en fobftitaanc le cion que notre Hiftorien fiit allafion i mais 

nom de 5. Paul â celai de5. Pierre dans (â i Tendioit dé l'Evaiigile oà yéros-Chrift or- 

traduAion , n*eft pas entré dans la pehfïe de doiine 'i l^îéne di reitiéttre fon épée dans 

Frd-Paofo. Car qaoiqu'ordinairement on le fototreaa. Il Cdloit donc laiflèr a 5. P/Vrre 

^pri&nte 5. Pierre avec les clés, & 5. Paul Fépée qae Fra-Paolo lui donne. 



i6 HISTOÏRE Dû CONCILE 

ïiDXXTi. France , il avoir reçtt des lettres de Sa Sainteté qu'il n'eut jamais cru devoir 
Ci,EM. VIL attendre d'un Père commun & d'un Vicaire en Jéfus-Chrift : Que comme 
■■"■■■■■"■ il croyoit que ces lettres n'avoient pas été écrites fans leur participation , & 
que le Pape ne prenoit pas fans eux des réfolutions de cette importance , il 
ne pouvoit voir fans furprife qu'un Pape & des Pères fi religieux fc fullènt 
laiué aller i des menaces de guerre & à des confeiiis pernicieux contre un 
Empereur , proteâeur del'Eglife qui en avoit fi bien mérité , & qui pour 
leur complaire avoit fermé tes oreilles dans la Diète de ^Tormes à toutes les 
prières de l'Allemagne contre les oppreflions qu'elle fouffroit de la Cour de 
Rome , ^^ & avoit négligé les juftes demandes qu'on lui avoit faites d'un 
Concile , pour remédier aux dites vexations , ce qui auroit fervi en mcme 
tems à arrêter iHéréfie AtLutherxQxat pour te fervice de TEglife Romaine 
il avoit défendu TAfiemblée que les Allemands avoient indiquée i Spire , 
prévoyant que de-tà il naîtroit un Schifine , qui fépareroit rAllemagne du 
Saint Siège , & qu'il en avoit fait perdre la penlée par la promené d'un 
Concile : Qu'en ayant écrit au Pape , Sa Sainteté l'avoit remercié d'avoir 
empêché l'Adèmblée de Spire , & l'avoir prié de remettre â un tems plus 
favorable à parler d'un Concile : ' ' Que quoique , pour lui complaire , il 
eût eu plus de (bin de lui procurer cette fatisfaâion , que d'égara pour les 
|uftes prières & les befoins de l'Allemagne , cela n'avoit pas empêché CU' 
ment de lui écrire des lettres remplies de plaintes & de faufles imputations , 
& de lui faire des demandes que la juftice & fa propre fureté ne lui per- 
mettoient pas de lui accorder : Qu'il leur envoyoït une copie de ces lettres , 
afin qu'mftruits de tout , ils fubvinfTent aux befoins de la Chrétienté qui 
comboit en ruine , & qu'ils travaillaflènt â faire revenir te Pape de defleins 
fi pernicieux : Que fi Sa Sainteté y perfiftoit , ils eudènt â l'exiiorter à con- 

f 1. Et avait néglige les jupes demandes mais dont Viwportuniti n*einpèchoit pas la 

fu'on lui avoit faUes d*un Concile» ] Pour juftice. 

rendre exactement le fcns de rBmpereur , / j . Que quoique , pour lui complaire , il 

ïk auroic 6llu que Fra-Paàlo eût dit, que eût en plus de foin de lui procurer cette fi" 

Charles avoit fermé les oreilles aux deman- tisfa&ion , &c. } Le Cardinal PaUavicin , 

des importunes de F Allemagne. Mais Palla- qui ne cherche qn a chicaner Fra-Patilù (or 

/vicin a tort de dire qœ ce tetme a un fens les' moindres expre({ipns , deoiande en quel 

tout oppofé à celui de jufiies demandes. On endroit de la lettre TEmpereor dit qa*îî a 

peut le rendre importun dans la demande travaillé pour complaire au Pape. Mais il 

d'une ch9k jujie, comme d*une chofe iVi- n^avoit qnà relire ce quil en rapporte luî- 

jufte ; & il paroh bien par toute la conduite même dans la page précédente , od il (ait 

de Charles Quint , & par la lettre même écrire ces paroles par l'Empereur : Ha* 

fp*il écrivit aux Princes plein de méconten- veva elet^o più tçfio di conformarfi com 

temenr contre le Rëcét 4e la Ûiecé de Nu- gU affetti del Papa , che eon teptegjkitf 

xemberg, qu'il apprqnyoit lui-mêsi^la de> deW yjàUemagaa. N'eft -ce pas lâexaâe- 

. mnde d'un Conpiie y quoiqu'il ci&t que ce men^ç l'expidiion de Fra-Paolo « &. PaS^ 

ïïftR étoit pas le tems y & oue c'écoit. à lui^ l^vicinne le juAific^'-il pas lui-même dans 

non a ces Princes de la iaire. Cefi à quoi le rtems qu'il prétend le convaincze de 

filit allufiôn le mot de prières in^ortunes^ bxxx, ? 



'DE TRENTE, LïVKB L jy 

ifoqMr le Concile *, & en cas qu'il le re&ilàc ou qu'il le différât » qu'il prioic mdxxvx. 
leurs Révérences & le S^cré Collège , félon la Loi , de le convoquer eux- Clim* Vll^ 
mêmes dans les formes ordinaires : Et qu'en cas qu'ils refufaflcnt d acquief- -■■-"-■-• 
cer à une il jufte demande , ou qu'ils dinérallènt plus qu'il ne convenoic » 
il y pourvoiroit lui-même par l'Autorité Impériale, & uferoit de tous les 
remèdes qu'il croiroit juftes & raifonnables. Cette lettre fut préfentée le 
12 de Décembre dans le Confiftoire, & on rendit au Pape dans le mê- 
me lieu un double de celle qui avoic été remife encre les mains du Nonce 
à Grenade. 

Toutes ces lettres furent aofli-tât imprimées en divers endroits d'AU 
lemagne, d'Efpagne & d'Italie^ &ilen courut quantité d'exemplaires, 
f ^ Ceux qui , quoique fpeâateurs des évènemens humains » n'ont pas 
beaucoup d'intelligence , & «qui font accoutumés à régler leur vie & leur 
conduite fur l'exemple des autres , & particulièrement des Grands , avoienc 
cm jufqu'alors , que c'étoit par un pur motif de Religion & de con^Tcience 
que Charles avoit pris le parti do Pape » de montré beaucoup de zèle con- 
tre les Luthériens à formes & en d'autres occaiions. Mais ils furent extrê- 
mement fcandalifés de fon changement , & f»r- tout de l'aveu qu'il ^ faifoi t ^ Pallav. lé 
d'avoir fermé les oreilles aux juftes prières de TAllem^ne , pour complaire i. c i^ 
m Pape. ^ ^ Pour les gens fenfés , ils jugèrent que l'Empereur avoic fuivi 



f4. Ctux qui ^ quoique fptAatturs des 
Mnemens humains , nont vas beaucoup 
d'intelligence — avoient cru jufqu alors que 
ettoit par un pur motif de Religion & de 
tonfcience que Charles avoit pris le parti du 
Pape,. &C.J Lorfque Charles fe déclara d'a- 
bord contre Luther dans la première Diète 
i&WoxmeSy il y a toute apparence qa'ille fit 
& par zèle de par attachement pour la Reli- 
gion Catholique & pour le Pape } d'autant 
plus quil ne pouvoit prévoix encore les fui- 
tes qu'auroit cette afiàire par rapport à (es 
intérêts temporels. Mais on ne peut guères 
douter j que quand la diviGon fut toute for- 
mée, & lur-tout depuis le (bccès de la ba- 
taille de Malberg) ce Prince ne regardât le 
Xothéranifme comme une occafion propre 
peur fe rendre maître ab(bltt de TAÎlema- 
goe, &pour alTujettir enfuite l'Italie, s'il 
ae portoit pas même plus loin fes vues. C'eft 
ce <fBn ferma toutes ks Ligues contre lui y 
par la crainte que les Allemands & les Ita- 
liens earem de (è voir aflèrvis. Se les auaes 
Princes de l'Europe tout à fait dépendans. 
Cette politique , 6c la )aloufie que l'Europe 
en conçut, ^ent la fource de toutes les 



guerres. On auroit ton de juger par-là , que 
Charles n avoit point de Religion s mais il 
el\ vrai auflî qu'il fit trop fervir la Religion 
à fes intérêts y & qu'il eût travaillé plus uti- 
lement pour rétablir l'unité 8t la concorde , 
sll n'édt entretenu un peu- la divifion lui- 
même pour aflfujettir les uns par les autres ,• 
& fe rendre le maître abfolu de tous. 

f ;. Pour les gensfenjes, ils jugèrent que 
l* Empereur avoit fuivi un tris mauvais con'^ 
feil en divulguant un telfecret^ &c.j Palla-' 
vicin demande od l'Empereur avoit révélé 
ce fecret. Mais Fra-Paolo eât pu facilement 
lui répondre, que c'étoit en découvrant trop 
ouvertement que fon union avec lie Pape 
avoir eu un autrebut que celui d'appaifèx les 
difiérends de Religion , & que les intérêts 
temporels avoient du moins autant de pan 
à leur alliance & à leur querelle , que le dé- 
fît de s-'oppofer aux nouveautés de Luther, 
^ooxtf, comme £iit Pallavicin , que Char- 
Us oe doutoic point de rinfàilli! ilîté da 
Pape dans lea controverfes de Religioa> 
c'efl dire une choie dont il n'a nulle preuve^ 
& qui ef^ clairement scfutée par toute la 
conduite de ce Prince. 



^-^ 



y% HISTOIRE DU CONCILE 

^Dxxvi. un très mauvais confeil en divulguant un tel (ecret > & en donnant 
CLttt. VII. monde de croire , que le refped qu'on faifbit paroître pour le Pape n'écoic 
- qu'un arcifice du Gouvernement , couvert du manteau de la Religion. 

L'on s'atcendoit que ces lettres exciteroient un grand redenument daoi 
le Pape , d'autant que l'Empereur y avoir touché deux chofes très délicaces 
pour la Papauté ; Tune , en appellant du Pape au Concile futur contre les 
O>nftitutions de Pie IL Se de Jules II 'y & l'autre , en invitant les Car- 
dinaux à convoquer le Concile , û le Pape refufoit on différoit de le faire : 
ce qui pouvoir avoir de grandes fuites. Mais comme les femences , quelque 
bonnes qu'elles foient, demeurent ftériles lorfqu'elles ont été jettées en terre 
hors de laifon -, de même les grandes entreprifes aboutidènt ordinairement i 
rien , lorfqu'elles fe font à contre-tems ,comme il arriva en cette rencontre. 
Car pendant que le Pape méditoit de montrer fon reflèntiment par fes armes 
& celles des Princes fes Alliés , Se de fe faire quelque appui temporel avant 
X Giiic- que de fe fervir des armes fpiri ruelles ; ^ les Colomnes y ou par défiance de 
ciard.L.iy. jfes promeflès , ou pour quelque autre caufe , après avoir armé les fujets de 
Spond. ad jç^-g Xfef ^gs , & tous leurs adnérans , s'approchèrent de Rome par le Bourg 
^ô ^^ g le lo de Septembre. Cette furprife mit l'épouvante dans la famille du Pape^ 
Paîlar. L.i. qui fe trouvant au dépourvu , & ne fçachant â quoi fe réfoudre dans le trou- 
c. 14. ble où ilétoit , <lemanda Ces habits Pontificaux à l'imitation de Bonifact 
^^^"^y j ^ ^///, difant qu'il vouloit attendre dans le Siège Pontifical , & voir fi l'on 
'^ '* ^'* auroit bien la hardieflè de violer encore une fois en la perfonne du Pontife 
la Dignité Apoftolique. Mais il fe rendit aifément à l'avis des fiens, qui 
lui confeillerent de fe fauver par le Corridor dans le Château S. Ange> pour 
ne point fe faire taxer d'imprudence mal à propos. 
Les Cohm- XXXV. Les Colomnes eturèrent dans Rome , où ils pillèrent rEglifê 
nés entrent de S.Pierre, & tous les meubles du Palais Pontifical. Ils commençoient 
Mjnés éimns auffi à faccager les premières maifons du Bourg. Mais la réfiftance des habi* 
Rome , eJ» tans , & l'arrivée des l/r/ins qui étoient de la Faâion contraire , les forcé- 
vJtîcéml ^^^^ ^^ ^^ retirer dans un lieu fur , qu'ils avoient pris dans le voifinage , 7 
r^ emportant avec eux , au grand déplaifir du Pape , la proie du Vatican. 
Et comme leur troupe fe groffifibit de jour en jour par les fecours qui leur 
yQ\xlcz\zxi0 yenoient de Naples , y Clément y craignant qaelque chofe de pis , 6c cédant 
1^17* â la nécefllité > fit appeller au Château Hugues de Moncade Miniftre del*Em- 
"Dereur , & conclut avec lui une trêve de quatre mois , d condition que les 

f ^. Emportant avec eux, au grand dé- mettre à coaven leur batin , une place oA 

plaifir du Pape , la proie du Vatican], Je ils ne pouvoienc demearer que quelques 

fuis furpris que M. Amelot ait pu traduire » heures par la réfiftance qu'ils trouirarent , & 

emportant néanmoins leur proie au Vatican ; qui les empêcha de fe rendre maicres de 

ce qui eft non feulement coût â (ait connaîre Rome ? La chofe eft fans vraifemblance, êe 

au texte deFra-Paolo^ cà on lit, portando prouve que la traduôion de M. Amtht eft 



nondimeno lapreda del Vaticano , mais aufli défeâueufe ; ou , ce que je croirois plus 
à la nature dé la chofe. Car pedc-on s*imagi- lontiers , que ce n*eft qu'une fimple &iice 
ner que les Colomnes euUènt choiii pour d'imprefliom 



m 



DE TRENTE, Livre L 79 

Colomms & les Néapolicains forciroient de Rome, & que le Pape retireroic mbxxti. 
Its troapes de Lombardie : ce qui fuc exécuté de part & d'autre. Cependant ^l^^* VII« 
ÇUnunt , rafluré par la péfence de fes troupes , que fous prétexte d'obfer- •"— — 
ver les conventions de la trêve il avoir fait revenir à Rome , * fulmina x. SponcL 
les ^7 Cenfures contre tous les Colomnts , les déclarant Hérétiques & Schif- N^'t. & 8. 
matiques , & excommuniant tous ceux qui leur donneroient du fecours ou ^^^v. L.i. 
du confeil, & qui les favoriferoient , ou leur donneroient quelque ^c-q'^*. . 
Oraitc. Il dégrada de plus de fa Dignité le Cardinal Colomnt , qui étoit q\J^ 
alors i Naples s qui fe moquant des Cenfures en interietta appel au Con- 
cile , expofant non feulement l'injuftice & la nullité des Cenfures , des 
Monitoires , & des Sentences portées contre lui » mais encore les befoins 
de TEglife , donc Tétat déplorable ne pouvoir trouver de reflburce que dans 
la convocation d'un Concile légitime , qui la réformât dans le Cher & dans 
les Membres, f ^ flc citant le Pape lui-mcme A celui que rEmpereur devoir 
dflèmbler à Spire. 

Les partilans des Colomnts firent afficher de nuit aux portes des prin- 
cipales Eglifes de Rome & en divers autres lieux cet Appel » ou plutôt ce 
Manifefte , ic en répandirent des copies par toute lltalie : ce qui jetta dans 
on grand trouble le Pape , qui avoir en norreur le nom de Concile , non 
pas tant par lappréhenuon qu'il avoir de voir modérer l'Autoriré Pontificale» 
<m diminuer les profits de fa Cour y que parce qu'il craignoit pour fa pro- 
pre perfbnne. Car * quoique Lion fon coufin , en le créanr Cardinal , eûr m Guîc- 
taic prouver qu'il 7 avoir eu une promellè de mariage entre fa mère & Ju- ciard.L. 10. 
Ikn tU Mcdicis fon père > ^^ néanmoins la fauflèté des preuves étoit mani- ^* Martyr 

* * Angl. ep. 

f7. Cependant Clément — fulmina les ce Prince avoît deflêin 'd^ convoquer Im- 74^» 

Cenfitres contre tous Us Colomnes , les dé- m6me. Car THiftoire ne fait nulle mention 

iUrant Mérétifues & Schifmatiqucs , &c.] d*aucon Concile indiqué en cette ville , U 

On ne Toît pis U'aotre lailon dans Clément Fra-Paolo a raifon de dire qu'il n'en eft 

poof traiter les Colomnes d'Hérétiques y fi- parlé que dans le Manifefte da Cardinal Co- 

non parce qa'ih a voient pris le parti de l'EDI- lomne , & dans Ùl vie écrite par Paul Jove* 

pereor contre lui. Tout eft Héréfie à Rome». U fe peut bien faire cependant, que l'Em- 

qoand on s'oppoft à (es intérêts temporels, perenr eàt fiiit entendre aux Colomnes, poux 

Les Colomnes furent pai&itement Catho- les maintenir dans (on pani , qu'en cas que 

lîqnes , dès qu'ils fe forent réconciliés avec le Pape peififtât dans la Ligue faite contre 

Clément, & qu'il eut &it (â paix avec l'Em- loi , il anfembleroit un Concile 5 conune oi| 

pereor. Apparemment qu'à Rome il 7 a de voit qu'il l'en avoit menacé dans (â lettre aci 

difTéientes efpéces dliéréfie ^ & que celles Sacré Collège. Mais tout cela n'étoit qu'une 

^ (bnt en matière de dodrine ne (bnt pas menace , & n'alla jamais au-delà, 
celles qo'on j détefte le plus. f 9. Néanmoins la fauffeté des preuves 

$%• Et citant le Pape lui-même à celui étoit manifefte,] Fra-Paolo, qoi dans ce 

fie r Empereur devoit affembler à Spire.] qo'il dit ici des craintes qne Clément avoir 

jl 7 a apparence que Colomne prend ici pour do Concile , ne fait qoe copier Guicciardin^ 

on Concile^ ou la Dete qoe l'AfTemblée de ne noos marque point les raifons qo'il avoir 

Noremberg avoit indiquée à Spire « & qoi de croire qne les preuves do mariage de Ju» 

n'eot point de lieo par le lefos qoe fit VEtn' lien de Médias étoient faulTes ; & nous ne 

pexeor d'y confèntir} ou qoelqoe antxe qoe trouvons pas plos d'é c lai r ci ff cment for cela 



to HISTOIRE DU C O M C I L E 

Hî>xxn. feftc. Et comme , *** quoiqu'il n'y ait point de Loi ^ qui exclue les bâtards 
Clem. vil du Pontificat , c'eft cependiant l'opinion commune que cette Dignité eft in- 
—■"■"" compatible avec une telle naidance) Clément apprchendoit que les ennemis' 
Pailay. L ^ppuy^j Jç l'Empereur ne filTcnt valoir ce prétexte tout frivole qu'il fur. 
Mais ce qui l'intimidoit davantage, c'eft que fâchant par quelles ^' intri- 
gues il étoit parvenu au Pontificat > & la facilité qu*avoit de le prouver le 
Cardinal Colorant y il craignoit qu'il ne lui arrivât ce qui étoit arrivé à BaU 
thazar Coffa connu fous le nom 4c Jean XXlll 9 attendu la févérité de la 
■ Bulle 



h 

1. C 10^ 



dans lesHiftoriens. Nardi nous dit bien dans 
£)n HiAoire de Florence , L. 4. qae (km les 
prières de Lucrèce Tomabuoni mire de /#- 
Utn^ il n eue jamais été reçu dans la £uxiille» 
5c que Lion le faifant Archevêque de Flo- 
rence le déclara légitime fu^ le rappon de 
qoelqaes Religieux , & do frère de (à mère. 
Mais cela ne prouve évidemment , ni qu'il 
fit légitime , ni qu'il f&t amplement fils-na^ 
Corel. Ce qoe l'on peot dire, c'eft qoe le 
bruit commun n'étoit pas £ivorable a Clé' 
ment, comme on le voit par Onuphre. Mais 
on ne peot regarder cette jopinion comme 
une conviûion manifefte de la faufleté des 
preuves , & Fra Paoîo eût ce (èmble parlé 
phis ezadement , s'il eut dit qoe ces preuves 
éfoient toojoors demeorées nrès-folpeâes. 

éo. Quoiqu'il n'y ait point de Loi qui 
exclue les bâtards du Pontificat , ^efi c«- 
pendant l'opinion commune , que cette Di- 
gnité eft incompatible avec une telle naijjhn- 
ce , &.C.] Fra-Paolo a raifon de traiter ce 
prétexte de frivole. Car qooiqoe par plo- 
iieors Canons la bâurdife foit on empêche- 
ment canonique à la réception des Ordres » 
comme cet empêchement fe lève par les 
difpenfes , on ne pouvoir s'en fervir contre 
Clément , fuppoft même que fa bitardife 
êàt été con(bnte : ce qui n'étoit pas, puif^ 
qu'il avoit été déclaré légitime par une 
Sentence publique. Lç Pontificat d'ailleun 
n'eft pas plus incompatible avec la qualité 
de fils-naturel , que rSpifcopat \ & l'on a 
TU quantité de bâtards devenir £vêques, 
6c avoir pan à tootes les Dignités Eedé- 
fiaftiqoes. 

éi. Sachant par quelles intrigues il étoit 
parvenu au Pontificat , &la facilité qu'a- 
voit de le prouver le Cardinal Colomne, il 



craignoit, etc.] Le Cardinal Pallsvicim s 
qoelqoe raifon d'être furpris, pourquoi, fi 
la chofe étoit fi &cile« le Cardinal Colomne 
ne l'a pas £iit dans le fini de leurs querelles. 
Mais comme il ne pouvoit accu(êr Clément 
de Simonie, (ans s*en convaincre lui-mê- 
me , cela a pu lui fournir un motif aflTea 
puif&nc pour fupprimer les preuves qui en 
pouvoient être entre fes mains. Ainfi ce 
filence n'eft pas une preuve bien évidente 
de l'innocence de Clémtni , fur-tout coatit 
la dépofition des Hiftoriens » dont [es acco- 
(àtions ne font pas (ans de fiortes ntéfivnp- 
tions^ quoique les preuves n'en loîencpaf 
fouvent fiiçiles. La conduite de Ctémemt en* 
vers Colomne aufii-tAt après fon éleâion , 
noos donne lieo de croire qoe la Simonie 
étoit aflèz véritable. Cependant je doute 
qu*il j ait eu de promefle par écrit, com- 
me le rapportent Guieeiardin 8c Metuhft ; 
6c ces Ordinaux étoient trop habiles pour 
s'czpofer aux confSquences qui en pou- 
voient arriver , fi la chofe çât pu fe prou- 
ver d'une manière auffi pofitive. Au£S On»' 
phre , fans parler d'aucune promeflè par 
écrit , dit fimplement que Colomne , pouc 
prix du fervice rendu à Clément , reçut de 
lui un magnifique Palais , & la Dignité de 
Chancelier : Cujus navatœ opérée Pompeius 
prtcmium tulit magnificentijpmas eedes à 
Raphaële Riario exftruélasy quas JuBus 
paulo ante Riario mortuo à Leone obtb* 
nuerat , item Caneellariatûs officium^ Il y 
a bien de l'apparence que cela avoit étk 
promis: mais cet Hiftorien^ comme foa 
voit, ne (ait mention d'aocon Ecrit s & en 
bonne pditiqoe, il étoit trop dang^euz 
d'en faire , pour fuppofer qu'ils en aient 
voulu courir le liiquc. 

0t. E$ 



DE TRENTE, Livre I. 8i 

Bulle de Jules IL qui annulie route Election Simoniaque , fans permettre mdxxtx; 
qu'elle puiflfe être validée par un confentemcnt fubfcquenr. Ci.bm. VIL. 

Quant i la négociation prétendue pour tenir un Concile â Spire , |e "■■■'■■■■■■■ 
ne trouve point qu'il en foit fait mention ailleurs que dans le Manife)(îe 
du Cardinal Colomnc y & dans la Vie de ce même Cardinal y écrite par. 
Paul Jove. 

Ce fut au plus fort de tous ces embarras que finit Tan mdxxvi, laiflànc 
tout le monde dans l'attente & dans la crainte où tômberoit une fi grande . - 

tempête. C'eft ce qui fit que Tannée mdxxvii on ne parla en aucune façon 
des négociations du Concile ; parce qu'il arrive d'ordinaire qu'on ne fbnge 
guères à faire des Loix , lorfqu'on eft occupé de la guerre. Il ne laifia pas 
cependant d'y avoir des évènemens confidérables , qu'il eft befoin de racon- 
ter ici y pour l'intelligence des chofes qui arrivèrent dans la fuite , & qui 
ont rapport à mon Hiftoire. 

XXXVI. Le Viceroi de Naples , ^ prétendant que le Pape avoit violé la leVicerâssU 
trêve par fes procédures contre les Colomnts , & pouffé par le Cardinal & ^^plesre^ 
les autres de cette famille , fit reprendre à fes foloats le chemin de Rome. ^'^'^ ^ . 
D'uir autre côté Charles de Bourboriy Général de l'Armée Impériale en Lom- efipiiUeTj^ 
bardie , n'ayant pas de quoi, payer fes troupes» & craignant qu'elles ne kr Armée dn 
mutinailènt ou qu'elles ne défertaffènt , les ht tnutL dans l'Etat Eccléfiafti- CûnnhéMe 
que , pour fc les confcryer à quelque prix que ce fut. Il y étoit fortement i^^î^^*^ 
pouflï d'ailleurs par George Franfperg Officier Allemand, qui avoir conduit ^ ^/£L 
en Italie i) ou 14000 hommes prclque tous Luthériens > fans autre l^^y^fimUir. 

20e d'un écu par tête , qu'il avoit donné defon argent , m^is avec promeffe «OnupI^ . 
e les conduire à Rome y où ils aurotent occafion de s'enrichir par le pillage 1° Clem^ 
d une Ville où fe portoit tout l'or de l'Europe. ^^^^ 

Sua la fin de Janvier *^ Bourbon ayant paué le Po avec toute fon Armée , p^Uav.!.!,' 
sVurança vers la Romagne. Cette marche troubla extrêmement le Pape y qui c 14. ' 
connoiffbit le caraâère de$ Allemands , & étoit informé des menaces con- 4/Spoiui.ad 
dnuelles de Fronfpergy qui pour tenir fes fbldats unis , & les animer à fup- ^^^ '5*7* 
porter les fatigues du voyage , quoiqu'ils ne fuflcnt pas payes , faifpit porter '* ^ ^ 
auprès de l'EnCbi^e une corde « dont il difoit qu'il vouloit étrangler le Pa- 
pe. Cela porta Clément à prêter les oreilles à Céfar Fièramofca Néapolitain ^ 
qui nouvellement revenu d'Efpagne en avoit rapporté une longue lettre cle 
l'Empereur coûte pleine d'offres » & qui l'affuiant que ce Prince avoit ioit 
défaprouvé l'entrée des Cohmrus dans Rome > & qu'il ne défiroitque la 
paix 9 lui perfuada de traiter d'une trêve avec le Viceroi de Naples. Et quoi* 
qu'au mois de Mars George Fronfptrg eût eu une attaque d^apoplexie qui 
le mît prefque au tombeau ; cependant , comme l'Armée étoit déjà entrée 
dans rÈtar Ecclcfiaftique , & s'avançoit toujours , le Pape fc réfolut à la 
fin de ce mois d'-en venir à quelque accord > Quoiqu*ij[ vit bien que ce ne 
fêroit pas fans deshonneur pour fui , & fans donner de l'ombrage à fes Al- 
liés , qui peut-être abandonneroient fa défisnfe. L'on convint donc d'uniç 
/ufpenfion d'armes pour huit moisjif ondition que le Pape p^yeroit foixwcç 
T x> M E L I0 



9z HISTOIRE DU CONCILE 

mille ccus , qu'il donncroit aux Colomncs rabfolucion de leurs Ccnfures ^ 
Olèm. tîï. ^ qQ»ii rétabliroit le Cardinal dans fa Dignité , à quoi il ne confencic qu'a- 
■■■*■"■" vcc une extrême répugnance» 

Mais quoique la trêve eût été conclue avec le Viceroi » & que le Pape 
eut payé la fbmnne convenue , & rétabli les Colomms , le Duc de Bourbon 
ne voulue point accepter la rufpennon , & continua fon chemin vers Ro- 
me , aux environs de laquelle ayant pris les poftes le 5 de Mai , il y donna 
#Plcury L. l'aflaut le jour fui vant du côté du Vatican. D'abord « les foldats du Pape » 
1 } I. N**i }. 5jr la Jcuneflc Romaine , & particulièrement ceux de la Faftion Guelfe , fc 
défendirenr avec allez de courage y & Bourbon y fut rué d'une moufque- 
tade. Mais les afliègés s'écanc mis â fuir dans le Dourg, l'Armée entra viâo- 
rieufe dans h Ville. Le Pape effrayé , comme il arrive dans les accident 
imprévus , fe fauva dans le Château S. Ange avec quelques Cardinaux ; 8c 
quoiqu'on lui confeillât de ne s'y point arrêter, mais de paflèr dans la Ville 
& àt gagner de U quelque retraite fure , il rejetta un confeil û faluraire 9 
& par la difpolition peur-ctre d une caufe fupérieure , il k réfolur d y reT* 
ter. Cependanr, faute de Chef, une telle confufion fe mir dans Rome » 

Îue perfbnne ne s'avifa d'un expédient qui eût été rrès - urile , 6c qui 
toit de rompre les ponts par où l'on paffe du Bourg d la Ville, & de fe 
inertre en defenfe : ce qui eût donné aux Romains le tems^de mettre leurs 
efiets à couvert , Se de faire évader les perfonnes de con(idération. Mait 
f Oiwt* ^^^^ ^^ ^^^ expédient les foldars^ étant entrés dans la Ville , pillèrent noa 
in cîfcS"* feulement les maifons , mais dépouillèrent encore les Eglifes de leurs or- 
Gffiocîàtà. nemens , foulèrenr aux pieds les Reliques , & les chofes facrées qui n'é- 
L..ît; toienr point de prix, ** & firent prifonniers les Cardinaux & les aurre^ 
Steid: L 1^. Prélats , qu'ils menoienr par dérifion fur des ânes , revêtus de leurs habitr 
^•- V' Pontificaux. Il eft certain au moins que les Cardinaux de Sienne , de la -Mï- 
nerte , & Poni^etta furent chargés de coups , & menés honteufement en 
procdflîon ; Se que les Cardinaux Allemands & Efpagnols ne fîirenr pas 
moins maltraités que les autres , quoiqu'ils s'attendiflënt à un meilleur 
traitement , d'une Armée compofce de troupes de leur propre Nation, 
i^^rf *^ ^^ ^^P^ ^ ' ^^^ P^^ *^ Impériaux dans le Château de S. Ange , fut 



N*>j:, 



6%. Et firent pnfonmèrs les Cardinaux & de Jules IIl ^ Sartholini Archevêqtie de 

les autres Prélats , qu'ils menaient par </if- Pife , Pucd Evôcjae de Piftoye , Gihenl 

rifion fur des ânes , revêtus de leurs habits Evèqoe de Vérone, & plufieon autres, qui 

Pontificaux , &c.] Toac ce détail eft tiré étoienc les cautions du Pape pour l'argent 

mot pour mot de THiftoire de Guicciar- promis aux (bldacs , furent menés trois 

din , à Timitarion duquel notre Auteur die fois dans le Champ de Florence comme 

que ces Prélats furent menés fopra le beftie des criminels , & que peu s'en fallut qu'ils 

vt/i. Outre les trois Cardinaux que nomme ne foiTent pendus. Rien ne fut épargné 

ici notre Auteur après Guicciardin ,qui dans ce (âccagement, & Rome (ut plus 

furent (I maltraités, Mardi au livre t. de maltraitée fous on Empereur Catholique ^ 

fon Hiftoire de Florence dit , que Jean^ quelle ne l'avoic été fous les Barbares de 

Marie del Monte ^ depuis Pdpe (bus le nona fous les Pajens. 



DE TRENTE, Livre L Çj 

abligé de le leur rcmetue, & de fe rendre prifonnierentrc leurs mains, mdxxtik 
où ilfur tenu forr rellcrré. A toutes ces aflfliftions il en furvint une nou- P*-**»» Wf. 
vellc , encore plus triftepour lui que toutes les autres. C'eft que le Cardi- 




ayant , 

vemement; & la plupart des Florentins montrèrent tant danimofitc con- *** 
tre le Pape & fa Maifon , qu'ils biffèrent toutes leurs armes jufques dans 
les lieux particuliers , ^ défigurèrent par plufieurs coups les portraits de 
Hon 8c de Clément^ qui éroicnr dans 1 Eglife neuve de TAnnonciade. 

L'Empereur ^^ ayant'reçu avis du fac de Rome & de la prifon du Pape , 
en témoigna beaucoup de douleur * , & fit céder aufii-tôt toutes les fctes ,• ^ponj. 
publiques qui fe faifoient à Valladolid pour la naiflance de fon fils , né le ibid N^ 8. 
21 de ce même mois. Avec de telles apparences il eût donné au public une P^Uav ' 
idée avantageufe de fa piété & de fa religion , s'il eût ordonné en même ^ ^^ 
tems de remettre le Pape en liberté. ^4 Mais en le voyant retenir encore fix 
mois prifonnier , l'on reconnue aifément la différence qu'il y a des apparea- 
ces à ta vérité. 

On commença aufld-tôt à traiter d'accommodement , 3c de la délivrance 

KTaicciaijtf. 




E(pagne deux aufii illuftres pri- 

ibniïiers , qu'un Roi de France & un Pape. Mais fâchant que tous les peu^ 

^) . V Empereur ayant reçu avis du fac 6^. Mais en le voyant retenir encore fix 

di Rome & de la prifon du Pape, en témoi- mois prifonnier , Von reconnut mfement la 

gna beaucoup de douleur ^ & fit cejfer aufii- dijfference quil y a des apparences â la v/- 

Ut toutes les fêtes publiques , &c] Il eft rite.] Le Cardinal Pallavicin^ L. i.c. 14. 

certain qui l'extérieur ce Prince parut af- rejette la &ute de ce longemprifonnement , 

fligé de cet cvènement» mais Guicciardin non fur TEmpereur , mais fur fesOfl^cierSj 

ne convient pas qu il ait (ait céder toutes qui prirent prétexte de Tambiguité de Tes 

les fttes publiques. Intefa la cattura del ordres , pour retenir fi long-tems le Pape 

Pontefice , dit-il , benche con le parole di- prifonnier , afin d*cn tirer plus d*argenr. 

mofirafie effergU moleflijjîma , nondimeno fi Cependant il eft difficile de croire que 

raccoglieva che in fecreto gli era ftata gra- l'Empereur voulut bien fincèrement fa dé- 

tîjfima ; an^i non fi afienendo totabnente livrance, puifque s*il eût donné des ordres 

dalle dimoftrationi eftrinfeche , non haveva bien pofitiÊ, kl Généraux ne pouvoient 

per quefto iruermejfo le fefte comminciate pri' gucres fe difpenfer d'y obéir. L'on voit 

màper la natiyità del figlivolo. D'autres d'ailleurs par les Places au'on demanda i 

Hiftoriens cependant rapponent le fait com- Clément ^ux caution delà fidélité future. 

me Fra-Paolo, Mail quoi qu il en foit de par les orages qu'on en exigea , & par les 

ces démonftrations extérieures , tout le fommes immenfes qu'on tira de lui pouf 

monde convient affez au moins « qu'inté- les dépenfes de la guerre êc le payement 

xieurement Charles n'étoic pas trop âché des Armées , que tout cela ne le pouvoit 

de cet accident , quoiqu'il le (3c fans doute (aire qu'au fu de l'Empereur, & qu'il Ëilloic 

qu'on eut porté la violence jufqu'à l'excès bien que Charles eût quelque part à cette 

qu'on avoit va dans le fâccagement deRoaie. longue captivité. 

L i 



«4 HISTOIRE DU CONCILE 

■ inxTTn. pics d'Efpagnc avoicnt horreur de voir de leurs yeux celui qui repréfcntoît 
CtEM. vil. JcfuS'Chrift, prifonnier, chofe qu'ils tegardoient comme rignominic <fc 
la Chrétienté , il changea de de(tein *, d'autant plus qu'il craignoit d ail- 
leurs d*exciter trop d'envie , 6c d'irriter le Roi d'Angleterre, qu'il a voit 
^rcé par la paix publiée au mois d'Août précédent de fe lier plus-étroitement 
avec le Roi de France , qui avoir déjà envoyé une puiflante Armée en 
/I<L Ibi<L Italie, & gagné divetfes vidhûres en Lombardie. L'Empereur ^ confèntic 
Spond. ad Jonc à la nn de l'année à la délivrance da Pape , ^î à condition qu'il ne 
??; '^*'^' le traverferoit point dans les affaires de Milan Se de Naples , & que pour 
Bclcard L ^^^^^^ ^^ ^^ remettroit Oftie , Civita-Vecchia , Civita^Caftellana , avec 
1^. N° 44. laFortcrelTc de Forli > qu'il lui donnecoit pour otages ffypoliu & Alexan* 
drc fes neveux , & qu'il lui accorderoit la Croifade en Efpaene , & la 
Décime des biens EccléGaftiques dans tous fes Royaumes. Apres que tout 
• ^Jrr"*^' ^"^ conclu "* > le Pape , qui avoit reçu la pcrmiflîon de fortir du Châtcaa 
Onuph. in ^* ^"g^ '^ 9 ^^ Décembre > & oui étoit toujours en défiance , en fortit la 
Clcni. ^^^^ du 8 , & fc retira en habit de Marchand. & avec peu d'efcorte à Monte- 
Fiafcone , & après s'y être peu arrêté il palTa de là à Orviète. 
Chémge" XXX VIL Pendakt que tous les Princes étoient occupés d la g^uerre , la 
me9udê-R£- Religion ^ s'altéroit toujours de nouveau en divers endroits ; en quelques- 
^tùnendif- ^^^ ^^^ l'ordre des Magiftrats , & en d'autres par des féditions populaires. 
"2vi/j diU ^ ^^'^ ^ ^ Berne ^^ ayant fait faire une Aflemblée folemnellc de fts 
Smjfe. Dodeurs & de Savans étrangers > après une difpute de plufieurs jours fe 
«Spond. ad déclara pour la dodtrine de ZuingU. A Baie il y eut une émeute populaire , 
juL iyi8. p q(^^ toutes les Images furenr renverfées , les Magiftrats dépofés , d'autres 
Sldi U ™^ ^" ^"^ P^^^^ , fie la nouvelle Religion introduite. ^7 D'un autre côréil 
6,0,9%. y^uc huit Cantons qui dans leur Aflemblée affermirent pour leur diftriA 
pld, L. tf. la dcwlrinc de l'Eglne Romaine, ôc écrivirent une longue lettre à celai 
p« 97* de Berne pour l'cxliorter à ne rien changer dans la Religion > cela n'appar- 
S ^^"t menant pas à un Peuple ni à un Paîs particulier , mais au feul Concile Gé- 
Spond ad "^^^* Néanmoins ^ l'exemple de Berne fïit fuivi à Genève , i Confiance , 
an. 151^. fi^ en d'autres lieux voifins. A Strasbourg , après une difpute publique , la 
N^ 8. Meflè fut défendue par un Décret , jufqu a ce que ceux qui la mainte- 

Steid. L. ^ 

p. 5^, ^ . . ^ 

6f. j4 condition fu'il ne le traverferoit 

point dans les affaires de Milan, &c.] Oa- 
tre les conditions dont parle ici Fra-Paoto , 
& qu*il a copiées de Guicciardin, il y en 
avoic une autre marquée par PaUavici'n, 
L. 1. c. 14. par faquelle le Pape s*enga< 
geoic de convoquer aiiplûtôt un Concile 
Général dans un lieu convenable , &en oh- 
fervant toutes les chofu que requièrent les 
Loîx. FraPaolo n'en fa>t point de men- 
tion y parce que s*étant borné aux recher- 
ches de Guicciardin, qui garde for cela le 



fflence , il y a apparence qu'il n'en a eu tti- 
cune connoidànce. 

6 6. LavHU de Berne ayant fait faire une 
Affemblée de fes Doreurs , &c.] La difpute,. 
félon Steidan^ commença le 7 de Janyier , 
& iïnit le 2^. On en peut voir le dérail dans 
rniftbire de la RTéformation de \z. Suiflê , 

T»< 1. pp. 24 . ». 102. 

^7. D*un autre cStê il y eut huit C art- 
tons ^ &c.] Céroient ceux de LucemCy Uri^ 
Schwit^ y Underwald , Zoug , Glaris^ 
Fribourg , & Soleurre. 



DE TR EN T E, Livre I. 8y 

noient cuflcnt prouve que c ccoit un culte agréable à Dieu ', & le Décret ^mdxxvw. 
fiibfiftanonobftant une longue & forte remontrance de la Chambre de Spire, ^'■^^ V^^> 
pour prouver qu'il n'croit pas permis à une Ville particulière , & non pas ■"— ^"^ 
même à tous les Etats de l'Empire , de rien innover dans la Doctrine & les 
Rits de l'Eglife , fans l'ordre d'un Concile Général ou National. 

Dans l'Italie ^ même , plufieurs perfonnes goûtèrent la nouvelle Réfor- ^Spond. ad 
me. Car ayant été deux ans fans Pape & fans Cour Romaine , on rcgardoit ^ôj'^l^ 
les malheurs qu'elle avoir efliiyés comme l'exécution d'une fentence de la i^^^ t;\ ^^ 
Juftice Divine contre ce Gouvernement *, & Ton prèchoit contre l'Eglife 
Romaine dans lesmaifons particulières de plufieurs Villes, & fur- tout à 
Facnza Ville du Domaine du Pape •, en lorte que l'on voyoit augmen- 
ter tous les jours le nombre des Luthériens , qui avoient pris le nom d'£' 
vangèliques. 

XXXVIII. L'an mdxxviii , • TArmée de France fit de grands progrès LeVapifi 
Àams le Royaume de Naplcs , qu'elle occupa prcfqiie entier. Cela, obligea raccommode 
les Impériaux de faire forrir de Rome la leur , dont la pefte avoit confumé ^'^'^ ^^^1. 
une partie , & qui d'ailleurs étoit aftbibliepar la retraite de ceux qui avoient /^^^ iji 
voulu mettre en fureté leur butin. Cependant les^ Alliés faifoient de gran- gue avec 
des inftances au Pape de fe déclarer ouvertement pour eux > de procéder /«< pour fi 
contre l'Empereur par les armes fpirituelles , & de le priver du Royaume •'^«^^ ^'- 
de Naples & de l'Empire, puifque Rome érant délivrée non par la bonne ^* ' 
volonté de Charles , mais par la néceflîté qui Ty avoit forcé , rien ne l'obli- , sponck ad 
geoit plus de temporifer avec lui. Mais le Pape , que les traverfes avoient an. 15x8. 
abbattu ,& qui prévoyoit que fi les Alliés reftoient les plus forts, iUmain- N° 3. 
tiendroicnt la liberté de Florence , dont il defiroit davantage de recouvrer ?"^g"^ 
la poîèrtîon , que de fe venger des aflfronts que lui avoit faits l'Empereur -, ^ * '^^ 
loin de lui être contraire , réfolut de s'unir à lui à la première occafion » 
^' pour fe rétablir dans Florence , dont il étoit (Tir que le Rot de France Se 

^S. Maïs le Pape — loin de lui Are pe n*iavoit rien pîos à cœur que de voir 16^ 
€wuraire^ réfolut de s'unir à lui à la pre- tablir fa famille dans cette ville avec toute 



occafion , pour fi rétablir dans Flo- l'autorité qu'elle y avoir eue , & que c'écoic 

rence, 8ccJ] C'écoit une des principales vues à quoi tendoient toutes (es démarclies. Ma 

de Clément en fe réconciliant avec TEnripe- giâ comminciavano à non fi potert più difi 

fèor s & rien n eft plus frivole que ce que fimulare i fiioi più profindi & piu occulti 

dit le Cardinal Paltavicin , L. i. c. i^. penfitri ^ dïjfimulati prima eon mohe artiy 

pour réfuter fur cela Fra-Paolo ^ favoir, perche ejfendogli infijfa neW anima la eu- 

qœ ce Pape ne fie aucune mention de ce pidità di refiituire alla fiimiglia fiia la 

dedèin à Longueval , lorfqu il lui propof» de grande^j^a di Firen^e , s'era sfir^ato publi- 

s'ciriir avec la France & TAngleterre contre cando ^cacijftmamente il contrario perfita^ 

J'^pereur. Car Clément étoic trop habile dere à Fiorentini niano penfiero- ejfir più 

pour s'ouvrir fur ce point à des Princes qu il alieno da lui, ne dtfiderare fi non ehe 

-Ikvoit bien être dans Tintenrion de mainte- ipieUa Republica lo^ riconofitjfi filaments 

nir la tibené de Florence. Auffi Guicciardin — come Pontcfice ^ & che nelle cofi priva-' 

qro notre Hiftorien n a fait ici que copier, te non pcrfigu'itajfero i fiioi , ne lovajfero^ 

nom Qoarque-c-il poCciveaient, que lePa- U infigne & gli omamenti proprii doll^ 



t6 HISTOIRE DU CONCILE 

Mtf^xviii. les Vénitiens vouloicnt maintenir la liberté , s'ils rcftoicnt fupérieufs en 
Clem. VII. Italie. Cependant ^ fans fe découvrir alors il s'excufa envers les Alliés , 
" fous prétexte que dans Tétat de pauvreté & de foibleflc où il étoit réduit , il 

f j/V^g nepouvoit que leur erre à charge , fans leur êtrcdaucune utilité •, ôc que 
* la dépofition de Charles feroit loulever l'Allemagne par la jaloufie qu'elle 
en prcndroit , & la crainte quelle auroit que Rome ne s'arrogeât Tautorîté 
de créer l'Empereur, Et comme il s'appcrçut que fes Confédérés pénétroient 
fes vues , & qu'il étoit parfaitement habile à didimuler , il fit iemblanc de 
n'avoir plus de penfée pour les affaires temporelles 'i & pour en mieux per- 
fuader le public , il ht entendre aux Florentins pendant plufieurs mois , 
qu'il avoit tout â fait perdu le deflcin de fe mêler de leur Gouvernement \ 
V Id. L i9> ^"*^^ ^^ fouhaitoit autre chofe que d'être reconnu d'eux pour Ponrife com- 
me du refte des Princes Chrétiens , les priant ^ de ne point maltraiter fa 
famille dans fes affaires particulières , &c de fouârir que ks Armes reftaf- 
fent aux édifices qui avoient été conftruits par fes ancêtres. En même tems 
il ne parloir plus que de réformer l'Eglife , de ramener les Luthériens , & 
de la réfolution où il étoit d'aller lui-même en Allemagne pour les convertir 
par fes bons exemples. Tels étoient les difcours qu'il tint toute l'année, & 
qui firent croire à la plupart que fon changement étoit le fruit des affligions 
que Dieu lui avoit envoyées. Mais ce qui arriva les années fuivantes fie 
X Luc VIII. juger aux perfonnes de piété , que c'a voit été une femence ^ jettée fur la pierre 
}. ou le long des grands chemins ; & aux gens éclairés » qu'il ne s'étoit conduit 

ainfi que pour endormir les Florentins. 

L'an mdxxix , l'ardeur de la guerre s'étant ralientie par une négociation 
de paix entre l'Empereur & la France » l'on traita de nouveau de la convo- 
cation d'un Concile. François Quignonès Cardinal de Sainte Croix ayant 
apporté d'Efpagne l'ordre de remettre au Pape Oftie , Civita-Vecchia , Se 
les autres Places qu'il avoit confignéesaux Impériaux pour fureté de fes pso- 
y Guic- mcdcs y , & lui ayant fait des offires confidérables de la part de l'Empereur ; 
ciarcl.Li9. Clément , qui , vu la paix qui fe traitoit avec la France , confidéroit' oom* 
Spond. ad bien il lui importoit de fe lier étroitement avec l'Empereur , lui envoya i 
N** I ^&^* Barcelone TEvêque de Vaifon fon Ma/ordômc ^9 pour traiter avec lui ', & ils 

Pallav. L. * 

x.c. i6. jig^ famigUs , &c. Ce neft donc pas paT dans le Traité que fit Clément avec Chades 

malignité , comme le reproche Pallavicin l'année fuivante, le fécond article fut pour 

à Fra-Paolo , mais far lautorité d'Ecri- alTajettir les Florentins aaz Médicis ^ ce 

vains inftruits & impartiaux , que notre qui avoit toujours été le grand objet du 

Hiftorien attribue un tel deflèin à Clément ; Pape. 

êc la conduite fuivante de ce Pontife ne juf- ^9. Clément — envoya à Barulone l*E* 

tifie que trop ce récit, confirme par Nar^ vcqut de Vaifon fon Majordome pour trai" 

di, qui dit que tous ces propos de Clé- ter ,8cc.]Céto\t François Seledo, qoicon- 

ment n*étoient que pour endormir les Flo- dut un Traité avec TEmpereur le a 9 de 

rentins: Addormentare la Citta , & farla Juin ifi94 comme on le voit dans le 

pigra neir amarfi & fortificarjî , corne fi Recueil des Traités de Paix , & non le 

êonveniva , perdifendere lafua libertà. Auffi 10 , comme le dit Pallavicin , ou le ii^ j 



DE TRENTE, Liv!iE I. 87 

convinrent facilement des articles. D une part le Pape proraectoit à TEm- mdxxtx.- 

Screur linveftiture du Royaume de Naples , fans autre redevance que celle ^^^*** ^^^' 
*un cheval blanc tous les ans. Il lui accordoïc le Patronage de vingt-qiutre " 
Eglifesde ce Royaume , & s'en^geoit à lui donner la Couronne Impériale , 
8ciCt$ troupes la liberté du pafUge par TËcat Ecclcfiaftique. Charles de fon 
côté * promettoit 7® de rétablir à Florence le fils de Laurent de Medicis ne- ^ j^ jj^j j 
vcu du Pape , de lui donner en mariage Marguerite fa fille naturelle , & Guicciard. 
7* d'aider Clément i recouvrer les Villes de Cervia , Ra venue , Modene, &: L. i^. 
Reggio , occupées par les Vénitiens & le Duc de Ferrare. Ils convinrent en- 
core de fe recevoir a la folemnité du Couronnement avec toutes les cérémo- 
nies ordinaires. Il n'y eut qu'un article qui fut lor.g-tems contefté. C'eft que 
le Pape voulant que Charles Se Ferdinand s'engageaient à contraindre les 
Luthériens par la voie des armes à rentrer dans fobéiflànce du Saint Siège , 
l'Empereur demandoit au contraire la convocation d'un Concile Général 
pour les réduire. Mais après de longues conteftations , pour ne point faire 
manquer. tant d'autres articles importans fur lefquels ils étoient d'accord > 
ib convinrent de s'en tenir à des termes généraux , & conclurent , que R, 
les Luthériens perltftoient dans leur opiniâtreté , le Pape employeroit pour 
les réduire les moyens fpirituels , & Charles & Ferdinand les temporels , tels 
que la prife des armes ; en quel cas le Pape feroit obligé d'engager les autres 
Ihînces Chrétiens à fe joindre à eux pour les foumettre. 

Ainsi fut terminé ce Traité dont la coudufion donna beaucoup de joie i 
Clément y & de furprife à tout le monde , qui admiroit comment le Pape ^ 
qui avoit perdu tout fon Etat & fa réputation > a voit pu recouvrer fà pvc^ 
roière grandeur en fi peu de tems : ce que les Italiens , qui avoient va 
des évenémens fi differens & fi contraires , regardoient comme un miracle » 
& les partifaas de la Cour de Rome comme un figne éclatant de la pro* 
tedfcion de Dieu fur fon Eglife. 

XXXIX. En Allemagne , l'Empereur ^ ayant convoqué les Etats à Spire Dihe à 
pour le 15 de Mars, le Pape y envoya Jean Thomas Comte de la Mirandole^p'^^* 
pour les exhorter à la guerre contre le Turc , promettant d'y contribuer ^ ^^^*^* ^ 
de fa part autant que les forces épuifécs par calamités pafTées le lui per- pâ^'av^Li. 
znett^oient , ic de mettre tous fcs foins à pacifier les difrérends qui étoient c 18. 

Spond. ad 

2Q I C XQ 

comme le marque le Continuateur de M. Laurent Je Medicis neveu du Pape.] Sa^ N.'io. 

FUury.M, de Thon ^L. i. N** 1 1. ditqae voir Alexandre^ fils-naturel de Laurent 

le Pape lai- même fut à Barcelone s nnais Duc d*i/rhin , qui époufà Marguerite, 8c 

t*eft une méprife, 5c il el\ le feul qui le fut proclamé Doc de Florence le 6 de 

&£e. Il 7 à beaucoup d apparence y comme Juillet i f ^ i • 

le conjeéhire M. Dupuy , quau-lieu de 71. D'aider Clément à recouvrer les vil^ 

Sarcinonem il faut lire Bononiam prafeBus^ Us de Cervia , Ravenne , Afodène, & Reg^ 

puifque ce (lit a Bologne que Ce m l'entre- gio, occupées par les Vénitiens & le Duc de 

vue , iTiais plufieurs mois après la fignature F^rr^rr. JCervia & Ravenne furent effjélive- 

du Traire. ment rendues , mais non Modcne & Reggio> 

jo. De rétablir i Florence le fils de qui reûettnt too|oan à la Maiibn d'i?/?e. 



S8 HISTOIRE DU CONCILE 

ifoxxix. entre TEnipcreur & le Roi de France , afin que touc étant tranquille ', ic 
Clem. VII. jQus les empcchemens levés , il pic convoquer un Concile pour le réca- 
■"■"■■" bliflement de la Religion eh Allemagre. 

Les affaires de Religion furent les premières qui occupèrent la Diète» 
^Pallav L ^^ ^^^ Catholiques rentcrent de faire naître ^ de ladivifion entre leurs ad- 
L. i. c i8. verfaires, qu'ils voyoient partagés en deux Partis , dont Tun fuivoic la 
Fleur)r , L. dodbcine de Luther & l'autre celle de Zuinglc ; & ils y euflènt réufli ^ fi 
x5i.N^6z. le Landgrave de Hefic Prince fage & prévoyant n'eût prévenu le péril» 
7 3 en remontrant que la différence n'étoic pas importante » & en leur 
faifant efpérer qu'ils s'accorderoient facilement enfemble \ au -lieu que 
s'ils fe parcageoient , leur divifion les expoferoit â un grand danger par 
l'avantage qu'en tireroient les Catholiques. Après une longue difpuce qu'il 
y eut dans la Diète pour trouver quelque forme d'accommodement » M 
c Slcid. L. enfin on convint d'un Décret , qui portoit : « Que celui de la précédente 
^. p.98. Diète de Spire , par les fauflès interprétations qu'on lui avoit données» 
Fleury , L ayant fervi à maintenir toutes fortes d'opinions abfurdes , il étoit nécef* 
*^**^°^4- faire de l'expliquer : 7t Qu'ils ordonnoient donc que ceux qui avoienc 
jufqu'alors oofervé l'Edit de Wormes euflènt à continuer de le faire , te 
euflent le pou voir d'y contraindre leur peuple , jufqu'à la tenue du Coa- 
cile que l'Empereur faifoit efpérer bientôt : Qui l'égard de ceux qui avoienc 
changé de Doâirine , & qui ne pouvoient l'abandonner fans crainte de 
quelque fédition , ils s'en tiendroient à ce qui étoit fait , £ins rien inno- 
ver davantage jufqu'à ce même tems : Que la Meflc ne fût point abolie » 
& que dans les lieux même où la nouvelle doftrine avoit été reçue , 
n'^Aipèchat poiqit de l'y célébrer : Que ï /Inabapnfmc fut interdit fous pei 



71. Les Catholiques tentèrent de faire 
naître de la divifion entre leurs adverfaires , 
3cc.] Ceft ce oue Pallavicin reconnoît lui- 
tnème , en crîciquant cependant Fra-Paolo 
pour avoir traité cela d'artifice. 11 eut eu 
ton en effet, fi par le mot êi artifice il eût 
entendu quelque chofe criminelle. Mais 
fi y comme il eft vraifemblable , il n'a pris 
ce mot dans aucun autre fens que celui 
d'adreflc & d'habileté , je ne vois pas quelle 
cenfure il mérite pour cela \ & le Cardinal 
Séripand dzns une de Tes lettres Ce fert de la 
Blême expreiïlon dans une occafion à peu 
près pareille. 

• jy En remontrant que la différence ni- 
toit pas importante, &c.] Le Landgrave 
e&t bien voulu le leur foire croire. Mais tant 
de réunions tentées inutilement entre les 
^uingliens & les Luthériens ont toujours 
montré ^ qu'au jnoins ils éjtoient bien perf^a* 



on 

peine 

de 

dés du contraire. En ceci chacun (botenoir 
(on caraétère: le Landgraveparloit 6c agiflbîc 
en Politique , & les autres en Théologiens. 

74* Enfin on convint d^un Décret , &&] 
Qui fiit foit (èlon Pallavicin le 1 5 d'Avnl 
I f 29. Mais comme félon Sleidan la pfo- 
teftation des Princes oppofkns (e fit le 19 ^ 
il fout que le Décret ait été foit plntÂtp 
quoique peut-être il n*ait été publié que 
le 1). Le Continuateur de M* Fleury met 
ce Décret an 1 ) , & cette date paroir plqs 
vraifemblable. 

7f. Qu'ils ordonnoient done^9cc.'\ 0«* 
tre les diflérens articles du Recès rapponéf 
ici ^tFra-Paolo^ il y en avoit encore aa 
autse par lequel il étoit ordonné que la Seât 
des Sacramentaires fôt bannie de toutes lef 
terres de l*Empire, & qui défendoit deie* 
cevoir en aucun lieu leur doélrine fiiî I9 
Cène du Seigneur. 

7^. VE^ 



DE T R EN T E, Livre I. %$ 

AU vie» fuivanc TEdit de l'Empereur qu'ils avoient ratifié : Qu'à l'cgard MDXxTiir. 
des Prédicateurs & des Impreflions l'on obfervâc les Décrets des deux derniè- ^^^ ^^ 
ses Dièaes de Nuremberg , c*e(b-à-dire » que les Prédicateurs fuÛeotcir- ■"— •■■^ 
a>nfpecb » & fe gatdallent d'ofFenfer peribnne par leurs paroles , & de 
donner lieu au peuple de fe foulever contre leurs Ma^iftrats : Qu'ils s abf- 
dnflènt de |)ropofer de nouveaux dogmes , ou qui mOfèut peu fondés fur 
rEcriture \ mais qu'ils prèchadènt l'Evangile félon l'interprétation approu- 
vée par l'Ëgliie , fans toucher aux chofes qui étoient en difpute , jufqu'â 
la détermination du Concile > où tout feroit légitimement décidé. 

7^ L'Electeur ^ de Saxe &cinq autres Princes s oppofèrent à ce DéaeC) Frûtefistim 
di(ant , Qu'il ne convenoir pas de déroger à celui de la Diète précédente » ^ ^utlquês 
^ui avoit accordé â chacun la liberté de Religbn jufqu'au Concile -, & Prstues^* 
que ce Décret ayant été £ait du confentement de tous, il ne pouvoit auffi^^^^ • * 
èoe alteii que d'un conientement général : Que dans la Diète de Nurem-yL^ jmtjw 
bergron avoic vu clairement l'ori^me & la caufe de toutes les diilenûons ^ U ReUgfo»^ 
te que le Pape lui - même en avoit fait l'aveu ; mais eue nonobftanx les de- ^^JVT^ 
jnandes qui lui avoient été faites , il n'aveic apporte aucun remède aux ^ p^^?!^ 
(knt Gritfs dont on s'étoit plaint : Que dans toutes les délibérations précé- 1^,. 
dences on étoit convenu , qu'il n'y avoit point de moyen plus propre que i/Spoad.ad 
le Concile pour terminer toutes les difputes : Qu'en attendant, recevoir an. i j ty. 
le nouveau Décret, c'étoit rejetter la Parole ck Dieu pure & fimple ; ^pV^V 
que permettre la Mefle, ^'étoit renouveller les défordrcs : Qu'ils approu- ^ f^\%^ 
voient la clauie de pr^dier l'Evangile ielon l'interprétation approuvée par sieid. L €^ 
i'Eglife , mais qu'il reftoit à (çavoir quelle étoit la véritable Eglifè : Que p^^t. de ffs 
d'admettre un Décret (i obfcur , c'étoit ouvrir la porte à beaucoup de trou<- 
Vits te de conteftations : Qu'ils n'y pouvoient donner leur confentement , 
& qu'ils rendroient compte à tout le monde & i l'Empereur même, de 
leur refus *. Et qu'enfin ils ne feroient rien jufqu'au Concile Général ou i 
!un Concile National d'Allemagne , qui ne riit conforme à la raifen. 
77 Quatorze des principales Villes d'Allemagne ^ fe joignirent à cette op- g id. f, f^ 
pofition. Et parceque les Princes & les Villes rendirent publique leur Pro- 
teftatjon & l'Appel qu*ils firent de ce Décret à l'Emperçur & au Concile 
Général futur ou à un Concilp National d'Allemagne p &c Jl tontes fortes 
de Juges non fufpe£fcs , le nom de Prçuftanscn oemeura â tous ceux qui 
Êdfoient profeflion de la nouvelle Relieion de Luther. 
' XL. Comme nous avons fait ici mention de la différence d*opinîoii quHl Cênflntuê 

y avoit entre Luther 8c ZtùnsUivii l'article de l'Euchariftie , il eft bon d'en ^ ^^^^ 
' ^ fottr nçQWz 

76. L'EUHtur de Saxe & cinq autres lemagne fi joîgnirem à cette oppofition ^ 
f rinces s'opposèrent à ce Décret ^ Sec»] Sa- &c.] Cétoienc celles de Strasbourg ^ Nu* 
Yoir^ l*Eledear àt Brandebourg ^ Emefl & remherg. Confiance j Ulme , ReutUnghen ^ 
François Dacs de Lunekourg , Philippe fPînd^heim,Meminghen,Lindaw,Kemp^ 
Landgrave de Meffe , 8c Voijgang Prince ten^ HaiBron, Ifny ^Weijfembçurg^ tf^nt, 
^Anhalt. knghen , 9c f. GaL 

77. Q^atorzi dfis prineipêUs Villes f^k 



90 HISTOIRE DU CONCILE 

uvtMx. parler un peu plusdiftinâemenc. 78 Lutherie Zuinglcy fans aucun concert 

CiMi. Vil. çntrc l'un & l autre , ^ ayant commencé le premier en Saxe Se l'autre 2 

' ' Zurich à faire des cha^gemens dans la Religion , s'accordèrent fur tous les 

^uLàli' s ^^^^ ^^ doârine jufqu en mdxxv. Mais quoique dans l'explication du mjù 

^^f^^Xiy. èiedu Sacrement de TEuchariftie ils convinrent l'un & l'autre» que le 

tkéri ns. corps & le fang de Jefus Chrift ne font que dans l'ufage , & y font reçus 

/Flcury, L de cœur & par la foi ; néanmoins Luther enfcignoit que ces paroles de Notre 

I }!• N^'Si. Seigneur , Ceci efi mon corps , doivent s'entendre a la lettre , & dans leur 

fens naturel \ & Zi^'/7^/e au contraire > qu'il les faut prendre dans un ient 

figuré , fpirituel & facramentel , & non pas charnellement. Et comme la 

difpute s'échauffoit & s'aigriflbit toujours de plus en plus , fur- tout du côté 

de Luther y qui traitoit fes ad verfaires d'une manière fort dure , cela fournit 

occafion aux Catholiques de travailler dans la Diète de Spire tenue cette 

annéo , à infpirer , comme on l'a dit » de la défiance & du dégoût à l'un des 

Partis contre l'autre. Mais le Landgrave de Hefle , % qui découvrit l'arti- 

., , . fice , & qui avoit tenu iufque-là ces deux Partis unis dans l'efpérance de 

pw lox. concilier leurs opmions , les ht conlentir , tant pour maintenir les pto» 

meflès que pour prévenir le danger de cette divifion , à tenir un Colloque » 

où les Suiues dévoient envoyer quelques-uns de leurs Théologiens. 7$ Mar« 

h Spond. ad pourg fut le lieu qu'il affigna pour cette Conférence , ** & elle fe tint pen- 

adaiLi;i^. Janttout le mois d'Oftobre de Van mdxxix. *® Luther y vint de Saxe avec 

Pallav.L). deux de fes difciples 9 & Zuingle & (Rcolampadc s'y trouvèrent de la part 

c K ' des Sui(Tès. Luther & Zuingle y difputèrent feuls. La difpute dura plusieurs 

Kéfbmi. de jours , fans qu'ils puflent convenir de rien \ foit que la conteftation ayant 

Suiffc, T.x. 

^' ^' 78. Luther & Zuingle -^s'accordèrent tivementqne dans rarricTe de ITncbariftiew 

Jur tous Us chefs de do&rine jufqu en 79. Marpourg fut le lieu qu'il ^gfUÊ 

UDXXY.] Cela n'eft pas exaâemenc vrai , pour cette Conférence y & elle fe tint /ma* 

& ne doit pas fe prendre à la rîgaeurs dant tout le mois d^Oéhère de Tan UDXXixJi 

êc on ne doit entendre cet accoiS qae Selon Sleidan , on fe fépaia dès le conn- 

par rappon aax conceftatîons principales mencement d*Oâobre : Et its fuidem 

qui x^noient alors, c*efl à dire » par rap- amicl difcejjfutn fuit initia Offohris. En ef* 

poR aux Indulgences , aa culte des Ima- fet cette Conférence , qui ne dora que 

ges , à Tinvocation des Saints , à la dif- deox joan y finit dès le troifièmc d*Oâo* 

tin^on des Viandes , aa Célibat » & à bre, ce qni montre que FrârPaolo nesVft 

quelques autres anicles de cette nature, pas exprimé exaâement. 

Car d'ailleurs il y avoit plufieuis autres to. Luther y vint de Saxe avec deux dt 

points (îir leiquels ils ne s'accordoient pas j fes difcipUs , &c. ] Luther y étoit accom» 

comme fur le Péché originel , l'eflScace pagné de Mélanfion , dt Jonas , SOfian^ 

des Saciemens, & quelques autres quef* der^ deBrentius, 8l d'Agricolai Se Zuin* 

tioDS fur lesquelles ces deux Seélcs ont gle y vint avec Oecolampade , Bueer^ ft 

toujours été partagées. Le Continuateur de Nédion^ febn le rz^fon de Spondt. S là- 

IL Fkury s'exprime pounant comme/Wi- dsu ne parle ni de Brentius ni d^^gncola: 

Piitf&^&ron voit que les Confeffionsdefbi mais on voit par la ^nature de Taccord 

des Zaingliensêc des Luthériens préTentées dit le tioifiême d'Oâobre , qu'ils 7 écoiciir 

danaUDimd'AnfboiirgnedifiSroientefièG- cemme les awes. 



DE TRENTE, L i vue I. 91 

été pottflee trop loin, les Auteurs y tcouvadënc leur honneur engagé ; ^' 
foit que , comme il arrive d'ordinaire dans les queftions de mors > la peti 
cedcmème de la différence fervîr i fomenter looftinacion ; ^^ foir qu'enfin 
Luther, comme il 1 écrivit peu après à un de fes amis » voyant déjà de fi 
grands rroubles , ^ ne voulût pas rendre fes Princes plus odieux , ni les ex- 
pofer à de plus grands dangers en recevant l'interprétation des Zuingliens > 
dont les Romains avoient tant d'horreur. Mais quelle que ce foir de ces 
caufbs i laquelle on veuille rapporter cet événement > il y en a une qui 
eft plus générale & plus vraie , &quieft, que Dieu vouloic fe fervir de 
çecte divifion de fentimens pour divers effers , qui arrivèrent dans la fuite. 
Cependanr il fallut finir la Conférence fans rien conclure, finon que le Land- 
grave obrinr d'eux , ^ qu'éranr d accord fur cous les autres chefs , ^) ils 
s'abftiendroientd l'avenir de trairer cette matière parâculière avec aigreur & 
avec emportement , & qu'ils prieroient Dieu de leur découvrir quelque 

Sie de concorde. ^^ Mais comme leurs fuccefleurs fuivirent mal un accord 
c avec taiit de prudence > ^ ou , comme ils difoient , avec tanr de charité , 
cela rerarda beaucoup le pro«:ès de la nouvelle doârine. Car en marière 
de Religion , coure divifion oans un Parri fournir au Pani contraire dequoi 
Tactaquer avec fuccès. 






!?pi^ 






k Sleid. L. 
^. p. loi. 



/ Spond. ûi 
an. 1519. 
N« II. 



' Si. SoU que , comme il srrive d'oniinai'- 
n dans les queftions de mou , la peùtejfe 
mime de la diffirenee fervît â fomenter Vob-' 
fittduion.] Fra-Paolo juge ici de cette dif- 
firence aotrement c^ n'en jageoient ]es 
Lodiériens eax-mimeSt qai lont toajonrs 
regardée comme fi eHèntielle, qu'ils nont 
pQ troarer moyen ni de la concilier , ni 
de fe réunir « tant qu'ils ne s'accordent 
pas fur ce point. Lors même qu'a la pnère 
do Landgrave l'on convint malgré cette 
oppofition de fé (bpponer avec charité , 
Luther répondit que c*étoit avec cette cha- 
rité qu'on doit aux ennemis, & non celle 
qui unit les Chrétiens en une feule Sbcié- 
^. (Rif. de Suiffe» T. t. p. 490.) U eft 
yrai aum , que fans décider de quelle im* 
portance eft cette queftion , on ne peut pas 
dire du moins que ce ne (bit qu'une cptC- 
cion de mots. Si par rappon aux effets la 
diffibence eft peu eflentielle, elle ne laiffe 
pas d'être confidèrable , tant par rapport à 
la nature de la chofe , que par rappon i la 
diverficé du culte , qui (uit de la diverfité 
d'opinion (ur ce point. 

tz. Soit qiC enfin ^ il ne voulût pas 
rendre fis Princes plus odieux , &c.] Ce 



pouvoir êore an de fes motifs , mais ce 
n'étoit pas &ns doute le plus puiflànt, 
puifque d'ailleurs Luther a toujours £iit 
profeffion jufqu'à la fin de re^rder le fen- 
timent des Zuingliens comme contraire à 
l'Ecriture Sainte, à la tradition de l'Eglife, 
& à la vérité. 

%\.Ils s'ahfiiendroient à lavenir de traî* 
ter cette matière particulière avec aigreur 
(f avec emportement y &c.] Doveffero per 
Vauvenire aftenerfi dalle acerbità in fuefto 
paniculare^ pregando DiOy che mcfiraje 
qualche lume di concordia. Ce font les ter* 
mes de Fra - Paolo , que M. Amelot a 
mal rendus en traduifant , quils s'éUftien" 
droient à l'avenir de conttfier davantage 
fiir ce point. Car le Landgrave les fie 
convenir, non de ne point contefter, 
mais de le £iire (ans aigreur, aftenerfi dalle 
acerbità. 

S 4. Mms comme leurs fucceffeurs fuivi- 
rent mal un accord fait - avec tdtnt de 
charité, êcc] Ceft à dire, comme l'^Ji- 
pUquoit Luther, avec la charité qu'on doit 
aux ennemis , Bc non celle qui fait regar- 
der les Chrétiens comme autant dt ui«. 



res. 



M a 



9t HISTOIRE DU CONCILE 

i^xTiT. XLI. ^ï Le Pape ™ & l'Empereur ayant conclu leur Ligue enfeinbtey 
CtEu. VU comme nous l'avons dit , & tout étant prêt pour le Couronnement de ce 

« Prince , la Ville de Bologne fut choifie pour cette cérémonie , le Pape ne 

^u plp!^ trouvant pas à propos de la faire à Rome en préfence de ceux qui 
de tEmff' favoient laccagée deux ans aupstravant. L'Empereur de fon c6té y crouvoie 
ffsa^ k Btf- fa facisfaârion ; parceque la cérémonie en dévoie être plus courte, & que 
ic^ne ^ (^ par- là il pourroit pafTer plutôt en Allemagne, comme il le fouhai toit. Le 
Cûuronnt' ^^^^ n comme Ic plus grand vint donc le premier k Bofogne , puis l'Erope* 
Trince, teur , qui y arriva le j Novembrclc s'y arrêta quatre mois, demeurant 

iff Pailav. dans le même Palais avecle Pape. Il %*y traita de oeaucoup de ebofès encre 
L 3. c. X. ces deux Princes , les unes pour le repos univerfel de la Chrétienté » les 
Sponcf. ad autres pour leurs intérêts particuliers. Les principales furent la paix gén^ 
>rY&'x. ^^'^ d'Italie, & la ruine des Proteftans d Allemagne. La première n'ap- 

n sldd. L. patient point à notre fujet. Mats pour ce qui concerne les Proteftans , il 

7. p. 104. y avoit des perfonnesqui confeilloient i l'Empereur de diffimulep béas» 

Guk. L. &a coup de chofes , attendu le caraâère des Allemands fort paflionnés pour 

leur liberté , & qui croyoient qu'il feroit beaucoup mieux de ramener les 

Princes à l'obéifiànce du Pape par des moyens doux & cfes remontrances en* 

{gageantes ; d'autant que ii une fois ils retiroient aux nouveaux Doâeurs 
eur proteâion , il feroit aifé de remédier au refte : Que pour cela le Con- 
cile étoit le rtméde te plus propre & le plus certain , tant parce qu'ils^ le 
IblliciToient , que parce que totK le monde £t ibnmettrote à un nom & 
Ugufte & n vénérable. 
V Mais le Pape , qui ne craignoît rien tant qu'un Concile , fur-cour 

8%» Le Pape nr trouvant pas a propos meffo îTpenJîero tanâare hutanp j pnfi im 

'de la faire à Rome en préftnce de ceux qui Bologna con eonforfo grande ma conpiccoléS 

Pavoîent faceagée deux ans auparavant. ] pompa & fpefa la Corona Impériale j Sec. 

£a nifon qa*en donne ici Fra-Faolo ne Ceft ce ce que Pii/Afvicin prouve tnffi par 

ficmUe pas la véritable , paifqne le Pape & une lettre du Pape mtme à l*Ev£que de Vai* 

FEmpereur étoient convenus auparavant de fon ^ Se ce qui eft attefté par d'aatres Hîf» 

fetranfponer à Rome pour cette cérémo- torrens. Peut-être même que j. comme Tin-^ 

nie , comme le dit Guicciardin. Statut- ûnxxt dans Sltidan^ L. 7. p. loj.ledilcoort 

roRO poi' il Ponttfice & Ctfare étandare à de l*Empereur à la Diète d'Ausbourg « cr 

Swnaper dare pïh (Tapprejo favore alla Prince pnt ce parti pour diminatrb dé^n*^ 

imprefa , & poi trasferirfi à Romaper la fe. His rébus cvgniti^ valde fejuije eom-^ 

Corona. Ce qu'ajoute ce même Auteur a motum, ^ idcirco ut celeriter auxUia mitte^ 

Jlbsdevnrifemblance. CeflqueTEmpereur rentur ^ eam pecuniam quam fibi Romam 

tant preffé de paflêr en AHemagne , il étoic inaugurationu eaufa proficifcerui erant f»» 

plus commode pour ce Prince d'être cou- penfuri , juffijfe omnem eè converti. Cda- 

lonnéà Bologne , d'oiil poiivoît plus promp- n'cft pas abfolument hors dfe vraifemblance r 

lemenc fe rendre à Ausbourg pour 7 tenir la mats la raifbn de Guicciardin paroit de too*- 

Dière qut devoit s'y aflfembler : JHa ejfendo tes la micui fondée , it Fra-Paolo femUe 

già in proeinto di partir fi, d vera h fimu- en convenir à lia fin. 
Èéta chefujje ta dtliherûtione , fopravennero %6. Mais le Pape , qui ne craignoit rieit 

ktterê di Germania , cke lo folUcitavano à tant quun Concile , &c. ] C'eft Guieciatdm 

srasfirirji in quella Provinda-m^Pero om* <pk nous le dit ^ & qui a'eft pas contredit tft 



comme fage & pieux. Riferuo qmfto dif- ^^^' ^ 
ccrfo^ ilquaUfefoffipato Morfaua ve- ^ôl^^^' 



DE TRENTE, Livre I. ^j 

t^l & tenoit delà les monts , librement , & avec Tintervention de ceux qui kdxxxx. 
avoient déjà fecoué le )ougde robéiffance , voyoit clairement combien il le- ^**** ^^^ 
loit facile â ces gens-là de gagner les autres. Ouae cela il confidéroit , que '■■■■■■■■^ 
bien qu'il eut un intérêt commun avec tous les Evèques , que les Au- 
teurs des nouvelles doârines vouloient dépouiller de leurs richeflès , ils 
aroient néanmoins eux * mêmes quelque lujet d'être mécontens de la Couc 
de Rome , qu'ils prétendoient avoir ulurpé fur eux la collation des Béné- 
fices par les Réfervations & les Préventions > & leur avoir enlevé une 
grande partie de leur jurifdiâion par les Evocations , les Difpenfes , les 
Abfblutions & autres droits pareils , que les Papes s'étoient appropriés , 
èt^ communs qu'ils étoient auparavant à tous les Evêques : ce qui lui fai- 
foie juger que la tenue du Concile ne ferviroit qu'à diminuer con(tderable« 
ment 1 autorité du Pontificat. ^7 II s'applioua doncentiérement à perfuader 
à l'Empereur , ^ que le Concile > loin d'être utile à pacifier les trouble ^ ^j^ij- r 

7«P. lotf. 
cda par les aanres Hiftoriens. Neffuna cofa. Mais il eft cenain ao moins que s'ils ne (ont ^allav. L 
ik cet Hifèoîien L. lo. di/piaceva jnù si pas vrais, THiflorieny a mis coatela vrai- 3* <^ ^* N^ 
Pép^ di quefta ; ma per confervart Ufli^ Ambiance > poifqae PaUavieim avoue qoe^* 5* & 5* 
msiione deÛa huona menu fua , dij/imu^ fi ce difcoors écoit vrai i. on devroir le louer ^^^J' 
iâVéi quefta inclinatione à caufa di timoré : 
ms temcndo in effetto che il Concilioper mo- 

derare Pabufioni délia Cotte e le îndifcrete ramente dal Papa , dovreih bdarji corne -^{^^ r 
tmueffioni di moki Pontefici non diminitiffi figgio , pio , e eonfermato daW e^ento. C'eft j j ij$^ •<- 
tr^fpo Ufacokà Pontificale Sec. PaUavicin tout ce qaon peat exiger en pareil cas^ ^ 
Ini-inême n ofe pas le nier. E ben verità , quand on ne fzïi pajier les hommes que fe^ 
dit ce Cardinal L. j c. lo che Clémente Ion les loiz de la prudence humaine Se de 
mefiràin variitempi qualche dttàita{ione g la vraifemblance , il eft cenain que s'ils 
cke apenofiuna volta , benche ad altrofine y n'ont pas dit précifement ce qu'on leur fini 
U Concilia alcuni cervelli inquieti rifufcitaf' diie , on doit convenir du moins qu'ils ont 
firo timportuna fuejhone délia mamoran^a dit quelaae cfaofe d'^^aivalent. Aufli le mè' 
fra effo e*l Papa con rïfchio dijar nttovo nie PaUavicin nedèlàvotte-t-îl pas, que le 
fcifma in cambio di torre il già fatto* Mais Pape montra peut-être quelque éloigne- 
il ne dit ici qu'une paitie des raifons qui ment do Concile. Certo è che'l Pomefice 
fidlbtent craindre le Concile à Clément Ù à p^tè iviperauventura mofirar opinione cAe'i 
lèf (bcceflèurs. Car quoiqu'ils paioflènt ac- Concilié non fojffi per giovare al Ben pv* 
quiefcet à la réforme des abus , ce n'éroit blieo , &c. Ainii toute la queftion (t réduit 
que malgré eux qu'ils confèntoientà la fup- à favoir s'il employa les raiTonnemens que 
pieffion de ceux dont ils tiroient avantage s Fra^Paolo lui prête. Sur cela on ne peut 
%L ils craîgnolent poux le moins antanrqu on avoir que de la vntifembJance \ mtis ii fem* 
j. touchât 9 qu'a leur autorité. Ue qu'elle fuffit en pareil cas. Au refle ^ je 
S7. n s^àpptiqua donc entièrement i per- nv dois pas difllimuler que- félon Guicciar^ 
fkader à V Empereur , q;aek Concile > &c. ] din L. 10. le Pape convint à la fin d'adèm- 
U eft aflèz difficile de fàvoir d'oil Fra-Paolo bler le Concile , fi on le jugeoit nécelTaire 
a tiré les difcoiirs qu'il fiiit tenir ici par le pour ramener les Luthériens : Havuta in^ 
Hpe à l'Encreur. Ces fônes d'entretiens tentione dàl Pontefice di confintire al Con^ 
nt peuvent guères être connus ^ Ar on a tosc ciHo 9 fe fi conofcejfe effer utiU per efirparm 
Seit de croire qu'ils ont été formés aprér la herefia da Luterani». 
coog 6ax ht conduite qp!a tenue ce Papev 



\ 

/ 



94 HISTpIRE DU CONCILE 

.KDxxtx. d'Allem^^e , ne ferviroic qu'à y ruiner fon autorité. Il lui fit lemarqocr i 
Xx£M. VIL q^g l'Héréfic avoir infedé deux ferres de perfonnes , favoir ic Peuple ,. te 
" les Princes ou les Grands : Qu'il croit vrailemblahle que la muUiruoe a¥oic 



^ré féduite ; mais que le Concile n'ctoit pas le moyen propre de !'< 
£c qull ne ferviroir qu'à inrroduire la licence populaire : Qu'après lui 
avoir lai0e révoquer la Religion en doute , ou rechercher fur cela plus de 
lumières , ce feroit un prétexte pour elle de vouloir donner des loix aa 
Gouvernement *, & qu'après s'être mife en poflèHion d'examiner & de con« 
trôler la puiiTance Eccléuaftique , elle vouaroit aufli réeler la Temporelle : 
Qu'il éroit plus facile de s oppofer aux premières demandes de la malcitude » 

Sue de la contenir dans cerraines bornes » quand on a eu la complaifancc 
c lui en accorder une partie : Qu'à l'égard des Princes 6c des Grands » il 
devoir s'affurer que ce n'éroient poinr des vues de piété qui les Êûfbieoc 
agir » mais qu'ils n'avoient pour but que de s'emparer des biens Eccléfiafttp- 
ques, & de devenir abfolus » fans reconnoîrre que point ou rrès-peu Tao* 
torité de l'Empereur : Que s'il y en avoir encore quelques uns exemts de 
eerte contagion faute d'avoir pénétré ce fecret» ils tendroient toasai 
même but , aufll tôt qu'ils l'auroient découvert : Que fans doute le Pape 
perdroit beaucoup en perdant l'Allemagne , mais que l'Empire & la Maitoa 
d'Autriche y perdroient encore davantage : ^' Que le meilleur moyen de 
parer à ce mal , étoit d'employer l'autorité & la force pendant que la plus 
/ FkiuT, L grande partie obéïdbit encore ; mais qu'il falloir fe prefller avant que la ré- 
141.N ^4. y^ijç s'acaût , & que la généralité eût découvert les avanrag^ qu'elle 
trouveroit à fuivre ces nouvelles opinions : Que rien n'éroit plus concraiie 
à la célériré qui éroit fi nécelTaire » que de parier d'un Conale ; puiique t 
quelque défir que chacun en eût , quand même on n'y mettroit aucun €h£* 
tacle , il falloit des années pour l'aflèmbler > 9c que les chofes ne s'y poa» 
voienr rraiter qu'avec beaucoup de longueurs: Qu'il ne vouloir faire men- 



tion que 



iter qu avec oeaucoup ae longueurs : v^u une voujoir raire men- 
de cela , puifque ce feroit une chofe infinie que de ^vouloir parler 



S s. Que le meilUur moyen de parer à réfiitent aiTez d'elies-mémes s & fi Too com^ 

ce mal étoii d'employer l' autorité & la for- pare les deux HiAoires , on n*aoia pas de 

€€9 Bec* ] Ce difconn ^ que Fra^Paolo peine à décider dans laquelle des deux la 

traite avec laifon de malfiant dans la boa- politique de Machiavel éclata daTaniage i 

che d*an Pape , n'a pas paru tel à Palla^ 00 dans celle de Pallavicin » qui fâcnfie 

viein , qui , tout in&tué des maximes de tout aux intérêts & à rambitîon de la Cour 

la Cour Romaine , trouve qu'il y a de la de Rome , jufqa'à en joflifier ies abus les 

vertu Se de la religion à employer le fer & plus criminels s ou dans celle de FrorPmah^ 

le (en poar convertir les hommes , Se leur qui dans le tems qu'il détefte.la violence ft 

embrafTer des opinions , de la £ia(Iëté refclavage en matière de Religion , ne pré» 



4e(qoelles ils fecroyent convaincus. Et parce che que la vertu » ne condamne que la 

que notre Hiilorien penfe différemment , fuperltition y êc ne cenfure que les abus 

ce Cardinal ofe bien raccafer d'avoir rem- Se les défordres , Se loue dans les Papes 

flï (on Hiùoixe de femences éCAthafme,& mêmes qu'il condamne, leun vercot ft 

de maximes plus impies que celles de Ma- tout ce qu'il trouve de louable dans leu^ 

chiavel. Des accu(ations de cette nanire (è conduite. , 



DE TRENTE,LivKE I. JT 

^ tous les empèchcmens qa*y feroienc naître pour leurs intérêts particuliers mdxxx< 
bien de perfonnes , qui ious différens prétextes en empecheroient ou au ^^^^ VU; 
moins en retarderoienc la tenue » pour le faire tout-à-fait échouer enfuite : "■— ^"^ 
Que c'étoit le bruit commun , que les Papes ne vouloient point de Concile : 
dejpcur qu'on n* y mît des bornes à leur puiflfance i mais qu'il n'étoit poino 
ioueptible de cette crainte » puifque Jefus-Chrift , de qui il tenoit imrné* 
lUatement fon autorité » avoit promis ^ que les porus de VEnfe 



promis 4 que les portes de l r»njer neprevau^ q Matt. 
Jnùefujamais contre tEglife : Que l'expérience du paffè montroit aflez , que ^vi. 1 8. 
Tautorité des Papes n'avoic jamais été diminuée par aucun Concile ^ qu'au 
contraire » félon les paroles du Seigneur , les ô>nciles l'avoient toujours 
teconnue pour abfolue & (ans bornes , comme elle l'eft véritablement \ & 
que quand les Papes par humilité ou par quelque autre motif s'étoient abf* 
tenus de l'exercer toute entière , les Pères les avoient toujours portés à s'en 
fervir dans toute fon étendue : Que quiconque avoic lu THiftoire voyoit clai- 
rement , que lorfque les Papes avoient employé les Conciles contre les Hé- 
léfies ou pour quelque autre befoin > ils y avoient toujours trouvé Taug^* 
nentation de leur pouvoir : Qu'en mettant â part la promefle de Jefus* 
Chrift 9 qui eft le véritable & l'unique fondement de l'Autorité des Papes » 
te qu'^ ne confidérer les chofes qu'humainement ^ le Concile ne pouvoir 
fttre contraire aux Papes » étant compofé d'Evèques y à qui la grandeur 
des Papes eft utile , parce qu'elle fert a les protéger contre les Princes & les 
Peuples : Que les Rois & les autres Souverains qui entendoient bien leurs 
avantages , & les maximes du Gouvernement » étoient eux-mêmes inté- 
cefles a favorifer l'Autorité Papale » n'avant pas d'autre moyen de réprimer 
lenrs Evèques , (|uand ils oibient étendre trop leur pouvoir. Enfin le Pape 
conclut , qu'il étoit fi certain de l'événement, qu'il pouvoit en quelque fone 
prophérifer que le Gondle produiroit encore de plus grands défordres en 
Allenu^e : parce que ceux qui le demandoient » s'en fàiibient un pré-* 
texte pour perfifter dans leurs opinions jufqu*à ce qu'il fut tenu ; mais qu'auC- 
fi-tdc qu'elles feroient condamnées » comme il arâveroit infailliblement ^ 
ils prétexteroient quelaue autre chofe pour décrier le Concile » Se qu'alors 
TAutorité Impériale aemeurerott anéantie en Allemagne & fort ébranlée 
ailleurs, au lieii que celle du Pape diminueroit à la vérité en Allemagne, 
.mais en augmenteroit d'autant plus dans tout le refte du Monde : Que 
l'Empereur devoit d'autant plus l'en croire , qu'il n'avoir en cela d'autre 
intérêt, que de voir l'Allemagne réunie àrEgliib & à l'Empereur obéi : 
Que cela ne réuffiroit pas , s'il ne rerournoit au plmât en ce païs , 8c n'em- 
ployoit fon autorité poury ordonner que (ans aucune réplique on eut àmet-^ 
tre à exécution la fentence de Lion y 8c l'Edit de formes « fans rien écou- 
ter de ce que les Proteftans pourroient dire , fbit en demandant un Con- 
.cile ou de plus grandes inftruâîons , foit en alléguant leur ProteftatioU 
8c leur appel , ou toute autre excufe , qui ne pouvoient être que des pr^ 
textes pour couvrir leur impiété : Qu'au premier refiis d\>béir , il falloir 
d'abord employer la £arce : Qjoe la chofe loi (broie £uâlc » ayant pour lui 



96 HISTOIRE DU CONCILE 

Moxxx. tous les Princes Ecclétlaftiques , & la plus grande partie des Princes Laïqudf f 

Clem. vil Q^^ fç joindroicnt à lui contre le petit nombre des oppofans : Que cela 

■ ccoit du devoir d'un Empereur , qui croit Avocat de TEglifè Romaine \ ic 

2u'il devoir cela au iènnenc qu'il avoir fait à fbn Couronnement à Aix-U* 
Ihapelle, & qu'il alloit faire de nouveau en recevant la Couronne impériale 
de fes mains : Qu'enfin il étoit évident que la tenue d'un Concile , & toutes 
les négociations ou les tranfaâions qui fe feroienc en cette occafion » iè ter* 
mineroient à une guerre ; & qu'ainfi il valoir mieux tenter d'étouffi!^ ces dé« 
iordres par un coup d autorité & un commandement abfolu j donc il y a voie 
lieu de croire que le fuccès feroit heureux » & en venir plutôt à la rorce ic 
aux armes » en cas que Tautoricé feule ne fufFît pas » que de lâcher la bride k 
k licence populaire, i l'ambitioo des Grands » & à la méchanceté des Héré- 
fiarqûes. 

'^ Ces raiiôns , qui euflênt été peu convenables dans la bouche de Fr. 
Jules Je MLUcis Chevalier de Malte , ( car c'eft ainfi que s'appelloic le Paoe 
avant que d'avoir été créé Cardinal ) & qui l'étoient encore moins en celle 
de Clément VII ^ ne laiflèrenc pas que de taire impreflion fur Charks » étant 
iecondées d'ailleurs & par les perluaûons de Mercure Gaetinare ion Chan« 
# celier & Cardinal , i qui le Pape entre autres promedes avoir fait efpèrer eh 
particulier d'avoir égard i fes parens & à fes créatiures dans la première pro- 
motion de Cardinaux qu'il fe préparoit de faire , & par la propre inclinarkm 
de l'Empereur , qui fouhidtoit de fe rendre plus abtolu en Allemagne i que 
répond, ad ne Tavoienc été Ion Ayeul & fon Bifayeul. 

Mj in^* Son Couronnemenr '^ fe fit i Bologne le 14 de Février avec les cérémo- 
Id.'M^i!^ nû:s ordinaires i ôc Charles ^ réfolu de fe rendre en Allemagne pour mettre 



fleorv» L. 



19. Ces raîjbns'^^' ne lai/sirentpas qtu 
de faire imprej/ion fur Charles , étant fteon- 
dits d^ ailleurs & par les perfuafions de Mer-* 
fiure Gattinare fon Chancelier « Bec. ] Sans 
4oCet déterminer , comme on Ta déjà ob- 
fer?é » quels forent en détail les entretiens 
de Clément 8c de Charles , du moins Slei- 
dan ne nous \z\Se p$s lieu de douter qoe 
€*en lut à peu pris la (bbftarice. Cnfar, 
dit -il ^ qui totam hyemem inde â Novemhri 
afyue in Martium menfem Bononiet fiterat 
$am Poruifiu in eodem paUtio , totus eà 
/peSahat, quemadmodum reUgionis dij/î" 
dinm ahfque Concilia pacarttm Nam hoç 
qffi Ckmenti longé gratijpmum fciebat « cic- 
jus hic eratfcopus , utfileniter fopiri caufa 
9on poffet « omrimeretur armis. Ceft-U , 
•onçune on voit ^ a quoi fe rédoir tout le' 
difisoors que Fra-Paolo met dans la bouche 

i^ CiSâpr/u ; 4c il /eft éyidem de m£ioe , que 



fin 

l*Empereur s^la for cela & conduite. On 
ne peut goiies mime douter , qoe Oat» 
tinare n'apporât ces projets , êc qa*U nt 
fécondât les vAes do Pape , dont ilavoit ob* 
teno le chapeau de Cardinal. De dire apiif 
cela,commefiût Pallavicin^ qoe CUtnene 
n'avoir point d'éloignemenr m GmciJe , 
c*eft démentir toot les H^lorîens*, ft too* 
loii être cm par la feole raifon qo'il ne (è« 
Toit pas honorable poor te Pape .qu'on cfAc 
le contraire. Il eft mtme confiant par la 
lettre qu*écrivirent au mois de Février foi- 
vant aoz Rois de France 8l d'Angleterre les 
Protefbns , qoe Charles fit ce qu'il put dans 
la Di^e 4'Aosboorg pour éviter le Çénôl^ 
Ç^uufu auum^Cafar — vfnijjet in Ger* 
maniam ad Auguftét Comitia , totum m 
hoe/kiffi/s ut fine ConeUio res componere^ 
turi Bc s'il Ta fiût« ce n'a été &ns dooit 
que ppr défibcace pour le Pape. 

90. Mais. 



7. 
8C 



t 

DE TRENTE, Livre I. 97 

fin aux défordres , intima une Diète à Aufbourg pour le 8 d'Avril , & fe Mirtcxx. 
siit en chemin le mois de xMars pour s'y rendre , avec une ferme réfohuion ^^^^' VU 
d'agir dansla Diète avec empire , d'obliger les Princes par force de rentrer ■"— ^~" 
daas l'obéillance de TEglife Romaine, &c de défendre qu'on prêchât, & 

3[u on publiât des livres en faveur de la nouvelle do6krine. Le Pape lui 
oana * le Cardinal Campcgz pour l'accompagner , & pour affilier à la Diète ' ^^^^^^^ ^ 
<n qualité de Légat. Il envoya en même tems PUrrc-Paul Ferger pour fon |j ^'a'\ 
Nonce auprès du Roi Ferdinand y &c le chargea par ks inftrudions d'obre- p. 104, 
nir de lui qu'on ne dilputât ni ne délibérât d'aucun point de Religion dans 10^. 
la Diète , 6c que l'on ne tînt point de Concile en Allemagne. Et pour fc 
rendre favorable ce Prince , qu'il croyoit avoir beaucoup de crédit en Alle- 
magne , tant parce qu'il étoit frère de l'Empereur , que pour avoir paffe 
tant d'années dans le païs , il lui accorda la faculté de tirer une contribu- 
rion du Clergé d'Allemagne, & même de fc fervir de toute l'argenterie des 
Sgliiès pour la guerre contre les Turcs. 

XLII. Presque tous les ïîjrinces arrivèrent à la Diète avant l'Empereur, ^ Dihe 
qui s'y rendit le 1 3 de Juin veille de la Fête du Saint Sacrement ; &c qui ^^^^^^ourg^ 
aflifta le lendemain à la proceffion , fans avoir pu obtenir que les Princes ^ ^'^ '* 
l*rotcftans s'y trouvaffènt. Le Légat en parut extrêmement mortifié , par i^Campèreen 
préjudice , difoit-il , que cet entêtement caufoit au Pape. Mais pour pren- ^ualiié de 




jours après a 1 ouverture ae la uiete. l électeur trou- Confcjfion 
voit que c'étoit contrevenir à la dodrine dont il faifoit profeffion , s'il obéif- de Toi, ' 
£>ic:& craignoitde perdre fa Dignité , s'il réfiftoit, ayant preiïcnti que ' ^'^^^•^* 7- 
l'Empereur à foi7 refus étoit déterminé de transférer cet honneur à un autre. ^' n^^'r 
Mais k% Théologiens difciples de Luther lui firent entendre , que fans bief- c. 3. 
fer fa confcience il pouvoir affifter à la Melfe comme à une cérémonie ci- Fleury , L. 
vile & non religieufe ; & que ce confeil étoit femblable à celui du Pro- ^^h^'^. i'. 
phère EUfée , ^ qui ne défapprouva point que le Général de la Milice de v 4 Recr. 
Syrie s'inclinât dansinn temple d'Idoles, lorfque fon Roi appuyé fur fon V. i^. 
bras s'inclinoit devant elles. Quelques uns n*approuvoicnt pas cette décifion, 
parce qu'on en pouvoit conclure qu'il feroit permis à un chacun d'affiftcr 
a toutes les cérémonies d'une autre Religion , comme à des cérémonies ci- 
viles •, les prétextes de néceflîté ou d'utilité ne manquant jamais à quicon- 
que en veut trouver. ^^ Mais d'autres juftifioient le confeil & la réfolution 



90. Mais d* autres ju fit fiaient U confeil 
& la réfolution de VEUàeur , &c. ] Il y a 
ce femble une injuftice criante dans le Car- 
dinal Pallavicin , de rendre Fra - Paolo 
rcrpqn(àblc d'une dodlrine qu'il ne fait cju'ex- 
j!>o(er comme Hiftorien. Car il eu certain , 
que ce fiit fur les raifons qu'il allùgue > que 
Tome I. 



les Théologiens du Duc de Saxe lui perfua- 
dihrent de fe trouver à la MelFe. Le Cardi- 
nal lui-même juge que cette Dcdrine eft 
recevable dans un fens , & avec certaines 
limitations. Quejîa dottrina , benche in 
qualche fenfo è con alcune Umita^ioni fa 
yera ed infecnata da Theologi , &c. C'eft 

N 



5>8 HISTOIRE DU CONCILE 

MDxJnt. de TElcdeur , foucenant , qu'à cet exemple il dévoie être permis à un chz^ 
Clem. vil çhh , pour conferver fa Dignité , ou fon Etat , ou les bonnes grâces de Ton 
« Seigneur , ou de quelque perfonne cminente , de ne pas refufer d'aflifter 
i quelque aâion comme à une cérémonie civile » quoique les autres qui y 
affiftoienc la regardaflenc comme une action de Religion \ 6c que fi les nou- 
veaux Doâeurs en avoienr ufé ainfi par le pafTc , ou en ufoienc ainfi à l'ave* 
nir , la porte ne feroic pas ouverte en bien des occafions à mille inconvéniens. 
;tPaUav. Dans cette Meflè , avant TOficrtoire ^' , Vincent Pinpintllo Archevè- 
L- 3* ^ 5* que de RofTane Nonce Apoftolique fit un difcours Latin > < dans lequel il 
ne parla aucunement de chofes édifiantes ou de Religion. Il reprocha feu- 
lement aux Allemands d'avoir fouâfert tant de maux de la part des Turcs» 
fans fonger à en tirer vengeance*, & il les exhorta par l'exemple de plu- 
fieurs anciens Capitaines de la République Romaine , â leur déclarer la 
guerre. 11 remontra que le malheur de l'Allemagne venoit de ce que plu- 
lieurs ne vouloient obéir à perfonne , au-lieu que -les Turcs obéillbienc z 
un feul Prince *, & qu'ils n'avoient qu'une feule Rehgion , au-lieu que les 
Allemands en inventoient tous les jours de nouvelles , & fe moquoient de 
l'ancienne comme d une Religion furannée. Il leur dit que s'ils vouloienc 
changer de Foi , ils dévoient bien au moins en choiûr une plus fainre fie 
plus prudente : Que s'ils fe fuflènt propofé pour exemples ceux de Scipion 
Najica , de Caion , du Peuple Romain , & de leurs ancêtres , ils fudènt de- 
meurés fermement attachés à la Religion Catholique. Enfin il les exhorta 
à renoncer à toutes ces nouveautés » & à fe préparer férieufement à U 
guerre. 
y là. IbU. Dans la première féance de la Diète , y le Cardinal Camptge présenta 
Skid. L. 7. les Bulles de la Légation , & y fit un difcours Latin en préfence de l'Em* 
\\ '^^ T P^^^^*^ > ^"^ portoit en fubftance : Que Pextinâion de la charité & de la 
lu N^^i4. ^^^^veillance mutuelle étoit la caufe de toutes les ScQits qui regnoienc 
alors : Que le changement de la doârine & des cérémonies avoir non-fi:u- 
lement déchiré l'Eglife , mais encore mis une confufion horrible dans la 

plus faire que n'a &ic Fra-Paolo y qui s*eft a cm les plas relifîfox , il efl vifible que ce 

contenté de la rapponer'bns rien dire dod neflqu une violente dcclâmation,oii{>arune 

Ion paiflè jager s*il l'approuve ou la con- oppofîtion bizarre entre la conduite préfente 

^amne. Ainfî lacenfure de PaUavicin re- des Allemands & celle des anciens Romains^ 

Mmbe plucât fur lui-mfme , qoe for fon ad- par rapport à leur zèle poor le culte de leurs 

verfaire. faox Dieux , il exhorte puifTamment \ft 

9 1 . Vincent PimpineOo Archevêque de Princes à la guerre contre les Turcs « & în« 

Rojfano^fit un difcours Latin, dans lequel vedive fonemenc conne la nouvelle Ré- 

U ne parla aucunement de chofes édifiantes formation, qu il les invite de détruire à feif 

0u dt Religion , &c. ] Le Cardinal traite & à fang. Si c'eft là ce que le Cardinal ap» 

cette accufation de calomnie. Mais ceqa*il pelle un Sermon édifiant, il ne faut pas 

xappone lai-même du difcours de Pimpi- dtfputer de termes i mais on ne dois pas 

nelio eft bien plus propre a jaftifîer Fra^ être furpris en mènr>e tems , que Fra-Faoh 

Paolo , que le Sermon de TArchevèque. en ait jugé autrement , & que d*aatxes 

Car quoiqu'il en ait choi£ les endroits qu'il crojent qu'il en à bien jugé* 



DE TRENTE, LivrbI. 99 

police des Etats : Que les Papes ayant envoyé fans aucun fruit des Légats **^^3f3f- 
dans les Diètes précédentes , Clément Tavoit député vers eux pour les exhor- ^'*** * 
ter , leur donner confeil , & concourir avec eux dans tout ce qui fe pourroic 
faire pour le rétabliflèment de la Religion. Puis , après avoir loué TEmpe- 
reur, il exhorta tout le monde à lui obéir en tout ce qu'il ordonneroit 6c 
régleroit fur les matières de Religion & fur les articles de Foi. Il les anima 
aum à la guerre contre les Turcs , avec promeflè que le Pape n'épargneroic 
rien pour les fecourir. Il les pria pour l'amour de Jefus-Cnrift , & pour le 
falut de leur Patrie & le leur propre , de fe défaire de leurs Erreurs , afin de 
s'appliquer à délivrer l'Allemagne & toute la Chrétienté ; & finit en difanc 
que s'ils vouloient faire ce qu'il leur demandoit > le Pape leur donnoit fa bé« 
nédiâiion. 

L'Archevesque de Mayence , par ordre^ de l'Empereur & de la 
Diète , répondit au Légat : Que l'Empereur , pour remplir les devoirs d'A« 
Tocac fuprême de l'Eglife , tenteroit toutes fortes de moyens pour concilier 
les différends , Se employeroit toutes fes forces contre les Turcs \ Se que 
cous les Princes concourroient avec lui , & tâcheroient ^^ de faire enforte 
que leur conduite fut agréable à Dieu & au Pape. Les autres Ambaffadeurs 
ayant été ouïs enfuite ', l'Eledteur de Saxe ^J conjointement avec les au- j^ sicîd 
très Princes & les Villes Proteftantes préfenta a l'Empereur leur Confeffion L. y.p.io^ 
de Foi écrite en Latin & en Allemand , le fuppliant de la faire lire. Mais 
l'Empereur ne voulant pas qu elle fut lue en pleine Diète , remit la chofe 
au lendemain , que la ledture s'en fit à haute voix devant l'Empereur Se les 
Princes dans une Salle capable de contenir deux cens perfonnes , mais en 
i'abfence du Légat qui refufa d'y adlfter , de peur qu'en femblant l'autori- 
fer par fa préfence , cela ne lui portât quelque préjudice. '4 Les Villes du iii<I.p.io7. 
parti de Zuinglc * préfentércnt auflî féparément leur Confeflion , qui ne 
diiféroit de l'autre que dans l'article de l'Euchariftie. 

L A première , qui » depuis cette AflTcmblée où elle fut lue , s*appella la 
Confcffion d' Ausbourg y contenoit deux parties. La première étoit une ex- 
pofition des Articles de la doârine Luthérienne au nombre de ;cxi ; & l'on 
y craitoit de l'Unité de Dieu > du Péché originel , de l'Incarnation , de la 

j2.Dc faire enforte que leur conduite fut ^ j . Z *Eleffeur de Saxe , conjointement 

'agréable à Dieu 6» au Pape, ] Ceft ce que avec les autres Princes & les Pilles Pro^ 

dit Fra-Paolo : Operando fi fattamente , tejîintes , préfenta à V Empereur leur Con* 

ehe le loro attionifaranno approvate da Dio fejfion de Foi écrite en Latin & en Aile- 

^ daV Papa ; & je ne fai pourquoi M. mand , &c. ] Et fîgnée par les Princes 

Amelot ne parle que de Tapprobacion du qui l'avoient enibraflcc. Pallavicin L. j. 

Pape , & qu il traduit » en forte que U Pape c. j . 

en feroit content. Ceft Caire parler TArche- p4. Les Filles du parti de Zningîe pré- 

vèque de Mayence dune manière qui ne fenterent féparément leur ConfeJJion, ] C*é- 

convenoit pas aflez à fon caradlcre, ni à toicnt, félon 5/f/Wj/x, celles de Strasbourg, 

celui de fa Nation , que de ne lui faire avoir de Conftance , de Mcmminghen , & de 

d'égard que pour la feftion du Pape. Lindav. 



N t 



82442Î) 



îoo HISTOIRE DU CONCILE 

MDxxx. Juftificarion , du Miniftére Evangélique , de TEglife , de radminiftration 
Clkm. Vil. Jeg Sacremens , du Baptcme , de l'Euchariftie , de la Confeffion , de la Pé- 
■■■■■■■"■■" nicence , de Tufage des Sacremens , de TOrdre Eccléfiaftique , des Cciémo- 
nies de l'Eglife , de la Police Civile , du Jugement dernier , du Libre- Ar- 
bitre , de la Caufe du Péché , de la Foi , des bonnes Œuvres , & du Culte 
des Saints. On expofoit dans la feccnde les dogmes oppofcs à ceux de l'Egli- 
fe Romaine , & les Abus que les Auteurs de la Confeflion trouvoient à re- 
prendre -, le tout en fept Articles fort étendus , où Ion traitoit de la Com- 
munion fous les deux efpéces, du Mariage des Prêtres, de la Meffe , de la 
Confeffion , de la diftindbion des Viandes , des Vœux Monaftiques , & de 
la Jurisdidtion Eccléfiaftique. A la fin les Auteurs oflfroient de donner, s'il 
en ctoit befoin , une expofition plus ample de leurs fentimens» Ils mar- 
quoient dans la Préface , qu ils avoient mis leur Confeffion de Foi par 
écrit pour obéir à l'Empereur , qui avoit fouhairé qu'ils propofaflcnt leurs 
opinions -, & que fi les autres Princes vouloient donner aullî leurs fentimcns 
par écrit, ils etoient prêts d'en conférer à lamiable, pour en venir à quel- 

3ue accord : Que fi on ne pouvoir y parvenir, l'Empereur ayant fait enten- 
te dans les Diètes précédentes , que pour diverfes raifons qu'il avoit allé- 
guées il ne pouvoir rien déterminer en matière dt Religion , mais qu'il 
agiroit auprès du Pape pour la convocation d'un Concile Général ; & ayanc 
fait dire dans la Diète de Spire , que les différends entre Clcnunt ôc lui étant 
prêts d'être terminés , on ne pouvoir plus douter que ce Pontife ne con- 
fentît au Concile ; ils s'offroient d'y comparoître , d'y rendre compte de leurs 
fentimens , & de défendre leur caufe dans un tel Concile Général , libre & 
Chrétien , dont on avoit toujours traité dans toutes les Diètes tenues depuis 
fon éle(5tion : Qu'ayant déjà appelle auparavant au Concile & à Sa Majefté 
Impériale félon les formes légitimes , ils adhéroient de nouveau à leur Ap- 
pel , fans intention de s'en defifter , quelque Traire qu'on propofac , qu'au- 
paravant la charité n'eût fait terminer les différends par une concorde Chré- 
tienne. 

On ne fit rien davantage ce jour-là. Car l'Empereur , avant que de 
prendre aucune réfolution fur cette affaire , voulut avoir l'avis du Légat. 
Les Théologiens que Campège avoit amenés d'Italie , ayant lu ôc examine 
cette Confeffion , étoient d'avis de la réfuter , & d'en publier une Cenfurc 
fous fon nom. Mais il n'y voulut point confentir , de peur de donner occa- 
fion à de plus grands troubles. Il dit donc nettement , que comme il ne 
trouvoit prefque qu'ure différence de termes dans l'explicarion de la doâri- 
ne, & qu'il importoit afièz peu de parler d'une façon ou d'une autre, il 




fcrupuleux de la dodrine , mais qi 
l'exemple qu'on donneroit par- la à tous les efprits inquiets & pointilleux, 
qui auroient toujours quelques nouveautés à propofer , qu'on ne laifieroic 
pas d'écouter avec plaifir quelque peu probables qu'elles fulfenc , pai Ta 



DE TRENTE, Livre I. loi 

dcmangeaîfon que le monde a pour les chofes nouvelles : Qu a l'égard des mdxxj^. 
abu2» dont ou fe plaignoit, il y auroit plus d'inconvéniens à les corriger, que Clem. VÏL 
ceux aufquels on vouloir remédier : Que fon fcntiment étoic ^ , que pour — — ■ 
cnipC^clier les Luthériens de tirer avantage de la ledure de leur dodrine , ^ Pallav. L. 
il falloir aullî en faire lire la réturation , mais fans en donner de copies , ^' ^' ^' 
pour ne point ouvrir la porte aux difputes , & s appliquer uniquement au 
moyen d'em^^^ècher que les Proteftans ne pairaffent plus avant , en les ga- 
gnant par des promelfes , ou en les intimidant par des menaces. Cependant 
la Icdure de leur Confeflîon produifit fur Tefprit des Catholiques des effets 
fort différens. Quelques-uns crurent les Luthériens , encore plus impies 
qu'ils ne fe 1 croient figuré , avanr que d'être inftruits du détail de leur^ 
opinions. D'aurres au contraire diminuèrent beaucoup de la mauvaifc opi- 
nion qu'ils en avoient ; ne trouvant pas leur dodine fi abfurdc qu'ils l'avoient 
pcnfé , ni qu'ils eu(Icnt fi grand tort de. reprendre les abus contre lefqueU 
ils s'étoient élevés. ^^ Je ne dois pas omettre entr'autres ce que difoir fur ce 
fujct à rout le monde le Cardinal Matthieu Lang , Archevêque de Salcz- 
bourg : Que la réformation de la Meflèlui paroifloir raifonnable, la liberté 
de manger indifféremment de toutes fortes de viandes jufte , & la demande 
(de l'abolition de tant de préceptes humains fort convenable ; mais qu'il 
n etoir pas fupportable qu'ils fuflent tous réformés par un miférable Moine, 
Et Corneille Scoper Secrétaire de l'Empereur difoir : Que fi les Prédicateur^ 
Proteftans euiTent eu de l'argent , ils enflent pu aifément acheter des Italiens 
telle Religion qu'ils enflent voulu \ mais que fans or , ils ne pouvoient ja- 
mais efpérer que la leur brillât dans le monde. 

L' Empereur, fuivant l'avis du Légat approuvé par fon propre Con- 
fcil , voulant tout accornmoder par la négociation , tâche d'abord de divifer 
les Ambafladeurs des Villes d'avec les Princes. Mais n'y ayant pu réullîr , il 
fitdreflèr une Réfutation de l'Ecrit des Proteftans, avec uns Réplique à 
part à celui des Villes. Puis ayant aflemblé toute la Diète , & ayant dit aux 
Proteftans qu'il avoir fait examiner leur Confeflîon par des gens pieux & 

^$* Je ne dois pas omettre entre autres mutta fuîjfe In tadtm Synodo coram tepro^ 

ce que difoit fur ce Jujet à tout U monde le pofita àfide erronea , 6* à generalibus Con- 

Cardinal Matthieu Lang , Archevêque de ciliis antea reprobata , admijfafque etïam 

Sali^bourg, ] Fra-Paolo ne nous dit point perfonas qua nec jure née tonfuetudine ad' 

d'où il a tiré ce fait , qui n'eft rapporté ni mitti debeant , &c. Je ne faurois dire quels 

par Sleidan ni par M. de Thou, Mais outre font les points que Paul III trouvoit repré- 

3ue Pallavicin ne le contredit pas , il y a henfibles dans ce Synode , qui a été enticre- 

autantplus de raifon de le croire véritable, ment omis dans les CoUedions des Conciles, 

que nous trouvons dans Raynaldus ad an. Mais il eft alTez probable par-là , que ce Prc- 

i^-jy.No. 3j.un Bref de Paul III . a cet lat étoit fort capable d'avoir dit ce que lui 

Archevêque , ou il le reprend d avoir dans feit dire ici Fra-Paolo \ & Ton voie d'ail- 

fon Synode fait plufîeurs Rcglemens très leurs dans l'Hiftoire du Concile , que le 

préjudiciables à la foi Catholique : Rela- Cardinal Aftf^ri/cr dit un jour quelque chofe 

tum eft aobis [quod vix credere potuimus] d'affeifemblabie. 



\ 



auf( 
lur 



T02. HISTOIRE DU CONCILE 

M©xxx. éclaires , pour en avoir leur jugemem , «^ il en fie lire la Réfacarion >^, dani 

Cx.EM. VIL laquelle , après avoir condamne plufieurs de kurs opinions , on y convenoic 

à la fin , qu*ilj y avpit diffcrenres chofes â réformer dans TEglife Romaine, 

. bid. — /q^ç^es TEmpereur promettoit de pourvoir : Qu'ils dévoient s'en repofer 

fui » & fe reunir aux Catholiques ; qu'il les afTuroic qu'en le fàifant » ils 

bbciendroient tout ce qu'ils demandoienc de jufte , mais que s'ils le re£u* 

foienc , il ne manqueroic pas de faire ce qu'exigeoicde lui la qualité de Pro- 

teneur & de Défenfeur de l'Eglife. 

Les Princes Proteftans déclarèrent qu'ils étoient pnèrs de faire tout ce 

que leur confcience leur permettoit de raire , & de reformer leur doétrine » 

fi on pouvoir leur montrer par l'Ecrinfre Sainte qu'il y avoit quelque Erreur ; 

ou de l'expliquer plus amplement , fi on jugeoit que cela fut néce(faire. Et 

^ comme dans la rémtation des différens chefs de leur Confedion on en ad« 

mettoit quelques-uns , & on en rejettoit d'autres *, ils s'ofiroient , fi l'on 

vouloitleurdonner copie de cet Ecrit, de s'expliquer d'une manière plus 

claire qu'ils n'avoient encore fait. 

d Pallav. L '^ A p R i s plufieurs pourparlers ^ l'on élut enfin fept Catholiques 8c fept 

5. c. 4. Proteftans pour conférer enfemble , & trouver quelque voie d*accommode- 

Slcid. L. 7. j^çj^f ^ 58 Ne pouvant s'accorder , le nombre en fut réduit à trois de part & 

d'autre, ^^ Mais , quoique d'accord fur quelques points de doârine moins 

0é. Dans laquelle , après avoir coniam- de Bade , Turirconrulces s & Jean EcKÎusl 
ni plufieurs de leurs opinions , &c. ] Je ne Conrad Vlmpina , & Jean CochUe , Théo- 
Tois point pourquoi M. Amelot a omis ces logiens.Les Proteftans forent Jean-Frediric 

proies , qui ne laifTent pas d'avoir leur con- fils de TEleéleur de Saxe , George Marquis 
féquence , puifqu on peut juger par-là qu'on de Brandebourg fils de TEledteur , Grégoire 
ne défapprouvoit pas également , je ne dis Bruch & D. Heller^ Jurifconfultes ; & Afê- 

pas tous les anicles de la Confeffion lanâon ^ Brentius & Schnepfius ,Tkto\0' 

d*AusbouTg , y en ayant plufieurs conformes giens« 

à la doArine Catholique , mais même tou- ^%. Ne pouvant s'accorder , le nomhn 

tes les opinions Luthériennes, dont plufieurs en fut réduit à trois départ & d* autre. 'l 

apparemment ne paroiflbient pas trop con- Savoir Eckîus & deux lurifconfiilres Ca- 

damnables. Car c'eft de leurs opinions & tholiques d'une part , avec Mélanélon & 

non de leurs articles que parle Fra-Paolo , deux Jurifconfultes Proteftans de l'autre* 
néÛa quate taffate moite délie opinioni loro* 9 9 . Mais , quoique d* accord fur quelquii 

Et c'éft ce qui paroit auflî clairement par la points de doélrine moins import ans — coM' 

léponfe des Proteftans, où ils déclarent qu'on me aucun des partis ne voulait rien céder à 

àvoit admis quelques chefs de leur doctrine : Vautre fur les articlei principaux ^ &c. J 

Quia ejus doârinctauain obtulerint capità Le Cardinal Pallavicin prétend an contfai^ 

qiieedamfint admijja ^ quœdam repudiatà^ ré, que l'accord étoic (ut les articles les 

&c» plus importans ^ & il en produit pour prea- 



97» Après plufieurs pourparlers ^ Von ve une lettre de 3f^7â/z^on au Cardinal 

ihu enfin fept Catholiques & fept Protef pège pleine de grands complimens pour le 

tans, J Les Catholiques furent l'Evèque Légat , & qui pounant ne décide de lien s 

à'Ausbourg^ le Duc de Brunswick^ & à ion & eft même convaincu de faux dans rartî- 

départ George Duc de Saxe » les Chancel- cle le plus efTentiel , où il dit que foh Pirtî 

liers de r£le£teur de Cologne & du Marquis n\nfeighe aucun dogme contraire à ctux tè 



DE TRENTE, Livre I. loj 

imporcans » & fur quelques cérémonies peu efTencielles , comme aucun des mdxxx. 
Partis ne vouloir rien céder à l'autre fur les articles principaux , on vit ^^***' ^^^* 
bien qu'il ne falloit rien attendre de cette Conférence pour la paix. Après 
plu^eurs jours employés dans cette affaire » on fit lire la Réfutation de la 
Confeflion préfentée par les Villes j Se leurs Ambaffadeurs > après lavoir 
entendue , répondirent : ^ Que 1 on a voie rapporte plufieurs articles de leur ^ Sleld.L,7. 
Confeflion autrement qu'ils n'étoient » & qu'on avoit donné à plufieurs P* '^^ 
autres un mauvais fens pour les rendre plus odieux : Qu'ils répondroient à 
tout » (i on vouloit leur donner une copie de la Réfutation : Et qu'ils prioienc 
qu'on voulut attendre leur Défenfe , & qu'on n'ajoutât aucune foi aux ca- 
lomnies dç leurs ennemis. Mais on refufa de leur donner la copie qu'ils de- 
mandoient , en difant , que l'Empereur ne vouloit pas que l'on mît en dif- 
puce les chofes de Religion. 

Cependant Charles eflaya par perfuafion de ramener les Princes , en 
leur difant entre autres chofes : ^ Qu'ils étoient en petit nombre : Que leur/SIcIdX/r 
doctrine étoit nouvelle , & qu'ayant été fuffifamment réfutée dans la Diète , P« ^ ïo* 
c'étoit une extrême hardieflc à eux de vouloir condamner d'Erreur , d'Hé- 
rcfîe , & de fauflTe Religion , l'Empereur & tant de Princes & Etats d'Alle- 
magne , en comparaifon defquels on pouvoir les compter pour rien ; Se ce 
qui étoit de pis encore,de traiter d'Hérétiques leurs Pères & leurs Ancêtres ; 
Se pendant qu'ils demandoient un Concile , de chercher à répandre de plus 
en plus leurs Erreurs. Mais comme ces raifons étoient de peu de poids au« 
près d'eux » parce qu'ils nioient que leur doârine fut nouvelle ^ 6c que les 

FEglifc Romaine, Mais comme Milanc^ ntque Luneturgicl , neque Norihergcnfcs 

ton écoic na^uiellemenc porté à la tolérance, probabant, Fra-Paolo a donc pa dire fan» 

& beaucoup plas modéré que la plupart des en impofer , quon n étoit convenu que fur 

tatres Luthériens , on ne peut pas £iire quelques points moins imponans. Car à Té^ 

grand fonds fur les conceiTions de cet Au- gard àt^ controverfès de la Juflification , do 

ceur s & nous voyons par SUidan qu*il fut mérite des bonnes œuvres , quand on en 

iléfavouc par fes propres aflbciés , & qu après auroit été d'accord , comme elles ne confif^ 

la rédudion du nombre des Interlocuteurs , toienc la plupart que dans des difputes de 

il fut chargé de ne faire aucune concedîon mots , & quon pouvoit fe réunir fanscban* 

davantage : Sed Philippo fuit injunSum , ger de fentiment , il n*en étoit pas moins 

ne quid amplius conccderet. Ce qu'il y a de vrai qu'aucun des deux Panis ne vouloir 

certain, c'eft quon ne convint point fur rien ccder à l'autre fur les articles princi- 

quantité de points importans. Intcr hoc de paux , comme le déclare l'Empereur dans 

mofuiullis convenit ; feddc Mijfa , de con- le difcours qu'il fit après la rupture des Con* 

fupo facerdotum , de cetaa Domini tota , férences : Nunc autem non fine gravi molef- 

de votis monafticis , de jurifdidione Epif- tia cognofccrt ipfos à reliqnis diffcntire in 

€Çporum,prctcipua erat controverfia , maxi- pracipais dogmatls , quod fibi plané prêter 

mi verà de Mijfa dcque votis. Mélaniton fe expeffationtm acciderit ; & l'on voit la vnt» 

relâcha un peu davantage fur le pouvoir des me chofe dans la Dicte de Ratisbonne qui 

Evjk]ues , mais il en fut dè(âvoué. Quan- fe tint onze ans après , & où Ton ne pue 

tum ad iltud pertinet de poteftate & jurls' jamais convenir que des anicles moins ef- 

diHionc Epifcopomm ^ Saxonu aUquantà fentiels , comme nous le verrons bientôt , tSt 

pUis erant largiti , fid neqau Lantgraviani^ conune le marque ezpredéoaent Beaucwe^ 



104 HISTOIRE DU CONCILE 

MDxxx. ccrcmonies de l'Eglifc Romaine fufTent anciennes -, '°° TEmpereur , 6 pour 
Clem. vil tenter les autres moyens que lui avoit propolcs le Légat , ht traiter avec 
chacnn des Princes en parriculier , leur promettant quelque fatisfadion 
g . ibid. j^j^^ ^^ qu ils paroiflbient fouhaiter davantage pour leur rropre intérêt, 8c 
* leur reprclentant au contraire les oppolinons & les traverfes qu ils trouve- 

roient d leurs avantages , s'ils perfifloient opiniâtrement dans la réfolution 
de ne fe point réunir â TEglife. Mais , foit que ces Princes cruflcnt qu*ea 
tenant bon ils y trouveroient plus d'avantages , ou qu'ils préféraflènt la con* 
fervation de leur Religion a tout autre intérêt , toutes les tentatives de 
TEmpcreur furent fans effet ; & il ne put pas même obtenir d'eux de fouf- 
r Tj Ti.« j frir dans leurs Etats l'exercice de la Relieion Romaine , iufqu'au Concile ^ 
qu il promettoit de convoquer dans Iix mois ; parce qu ils s appcrçurcnt 
que c'étoit un artifice du Légat , qui ne pouvant alors venir à bout de ce 
qu'il prétendoit , jugeoit que ce feroit gagner beaucoup , fi en rétabliffant 
par- tout les ufages de l'Eglife Romaine , il pou voit mettre la confufioa 
parmi les peuples qui en croient déjà féparés , ce qui pourroit ouvrir la 
porte à certains incidens, qui fourniroienc peut-être Toccafion de détruire 
la nouvelle Religion. Car a l'égard de la convocation d'un Concile dans 
fix mois , ils prévoyoient bien qu il furviendroit de jour en jour des obftaclcs 
qui obligeroient de le diftcirer , &en cmpêchéroient peut-être tout à fait la 
tenue. 

XLIII. La Diète s'ctant alnfi terminée fans qu'on pût rien conclure, 

les Princes partirent fur la fin d'Odobre •, ' & l'Empereur fit un Edit pour 

^'' * le maintien des anciens Ufages de l'Eglife Romaine , » par lequel il défen- 

^'^f^' doit de changer aucune chofe dans la Meîfe, & dans Tadminidration des 

internent Sacremcns de Confirmation &: d'Extrcme-onftion , &c de détruire les Ima- 

dn Pape, gcs , & ordonnoit que les anciennes feroient rétablies. Il déclaroit , qu'il 

i Slcid. I, n'étoit pas permis de nier le Libre-arbitre, ni d'cnfeigner qu'on pût être 

7. p. 114. j.jdifié par la feule Foi. Il vouloir qu'on confcrvât les Sacremens , les Cé- 

/!^ô ' rémonies , les Rits ordinaires , 8c qu'on cardât les formes accoutumées 

dans les Obféques ', qu'on donnât les Bénénces à des perfonnes qui en fuf- 

fent capables * Se que les Prêtres mariés abandonnaflent leurs femmes , ou 

qu'ils fuflènt bannis 5 que toutes les ventes des biens Eccléfiaftiques fuflcnt 

annuUées , 

100. L* Empereur ''^fit traiter avec cha^ ab aliîs dîvellere — — &petenti fuee ditio' 

Clin des Princes en particulier , leur pro- nis inaupirationem pro more Jmperii dtnf 

mettant quelque fatis fa Siion dans ce qu'ils gabat ^ nifi priiis cum Ecclejîa Romana in 

paroi ffoient fouhaiter davantage , &c. ] A gratiam rediret, Alteri vero denuntia" 

TEledeur de Saxe, Tinverticure de fes bat ^ nifî vareret , fore ut Alberti fui nC" 

Etats 3 à celui de Brandebourg, la confer- potis ex jratre Cafimiro tutela ipfi adîma* 

vation de la tutèle de Ton neveu Albert ; tur^ Sec, 

au Landgrve de Heife, le rétabli (Terne nt i. Et l'Empereur fit un Edit pour le 

à' Ulrich Duc deWirtemberg, & d'autres maintien des anciens Ufages de V Eglife Ro' 

cliofes à d'autres , comme le rapporte maine. ) Et félon Sleidan , le fit publier 

Sleidan. Saxonem quidem conatus ejl etiam daiis la Diète le r 9 de Novembre mdxxx» 

1* Li 



Edit 



DE TRENTE, Livre L loy 

tnnullées , & coures les ufurpations reftituées ; qu on prêchât ôc qu'on en- mdxxx. 

feignâc conformément à cet Edit ; & qu'on exhortât le peuple à entendre C^***- VU. 

U Melïc , à invoquer la Saince Vierge Ôc les autres Saints , à obfcrver les — "■■■■■^ 

Fèces ôc les Jeûnes , & d rétablir les Monaftères & les Lieux faints qui 

aVoient écé détruits. Il annonçoit que le Pape feroit prié de faire avant 

fix mois la convocation d'un Concile , pour en faire louverture en un an 

au plus tard. Enfin , pour que TEdit fut obfervé dans toute Ton étendue » 

il annuUoit toutes les Appellations ôc Exceptions contraires ; il enjoignoic 

à un chacun d'employer (es forces , fes biens , fon fang , ôc fa vie pour le 

Étire exécuter y ôc il ordonnait à la Chambre de procéder contre ceux qui 

y contreviendroient. 

^ L E Pape , qui avoir appris par le Légat ce qui s'écoic pa(Ië dans la 
Diècc, ^ en fuc excrêmement mortifié; voyant que quoique l'Empereur, ^PallaT.L 
félon fon confeil , eût employé l'autorité ôc les menaces , il n'en avoit pas '* ^ ^* 
agi cependant comme (impie Défenfeur ou Avocat de i'Egiife Romaine, au- 

Ïuel il n'appartient pas ae prendre connoifTance des chofes , mais d être 
mple Exécuteur des Décrets du Pape : Que fans fe contenir dans ces bor- 
nes , l'Empereur au contraire avoit reçu & fait lire les Confeflions de Foi 
des Proteftans , & avoit fait tenir des Conférences pour accorder les diffé- 
rends de Religion. Il étoit encore plus mortifié de ce que l'on avoit accordé 
certains points , & qu'on eût confenti i l'abolition de quelques Rits ; 
parce qu'il croyoit que c'étoit ufurper fon autorité > que de traiter des cho- 
ies de cette importance fans fa participation , quoique ce que l'on eût fait 
eut pu fe tolérer , fi cela fe fût fait par Taucorité du Légat. U trouvoic 
d'ailleurs , que le confentement qu'avoient donné les Prélats à ce qui s'étoic 
fait , lui portoût un grand préjudice. Enfin , ce qui le fâchoit plus que tout 
le cefte^ étoit la promefiê d'un Concile , donc il avoit une extrême averi- 

t. Le Pape , qui avoit appris par U fat anfll favorable aax Catholiqaes , qa'il 
Légat et -qui s'étoit paffe dans la Diète , Ce pouvoir fouhaicer dans les conjoi\ébi- 
en fut extrcmement mortifié , Sec. ] lÀ res où Ton (è trouvoit. Il y avoit à U 
Pape (ans douce n écoic point trop conre^c vérité div.er(ès chofès y que fon caradère 
de ia demande inflexible qa*on lui faifoit ne lai permettoit pas d'approuver en pu- 
d'an Concile s & il eft aiTé de voir par ]a blic s mais il e(i difiîcile de croire qu jl 
r6pon(è qu'il fit à TEmpereur après en en fut fâché intérieurement , puifqu elles 
avoir délibéré avec les Cardinaux , que tendoient infenGblement ou à regagner les 
cet expédient ne l'accomnoodoit aucune- Luthériens, ou à engager tellement TEm- 
ment : ffaver egîi riçhiefto foprà çib il pa- pereur contre eux , qu'il ne pût s'enipô- 
rered'una fpecial Congregaiione diCardir cher de leur f^irp la guerre , ce qui étoit 
nali ; e molti h^vtr giudïcato che nonfojfe l'objet principal de Clément^ qui avoit tou- 
j^i(«/i/:ri/i^oj?ci/i0> comme nous l'apprend jours cra que la voie des armes étoit plus 
Pallavicuiy L. }. p. y. Mais il neft pas propre que celle d'un Concile pour rédui- 
Également certain qu'il fut fi fiché de re l'Allemagne. Nom hoc ejfe CUmenti 
ce qui s'étoit paffi dans la Diète , puif- longé gratijpmumfciebat , eujus hic eratfco» 
que l'Empereur y avoit toujours agi de pus, utfilenitercaufafopirinon poJfct,op^ 
concert avec le Légat . & que le Recès primeretur armis^coaime le iii SIeidiVttUj* 
Tome 1. ' ^ p 



10* HISTOIREDU CONCILE 

«Ditxx« (ion ; & quoique Ton auroritë parue aflez ménagée dans la demande qifctk 

CuM. V IL çjj devoir faire , il lui fembloic cependant , que de lui pccfcrire le terme 

■■*■■■—" de fix mois pour le convoquer , Se celui d*un an pour le commencer » 

c*étoit entreprendre fur fès droits , & faire l'Empereur le Principal , & la 

Pape le Miniftre. Par ces commencemens il jugeoit qu'il y avoir doré*- 

navant fort peu à efperer du côté de l'Allemaene , & qu'ainii il falloir 

penfer à fe mettre fur la défenfive , afin d'empêcher , s'il étoit poffible , 

que le mal ne gagn&t les autres parties du corps de TEglife. Mais comme 

/Pall^. L. 1^ P^f^^ ^t^oit fans remède , ^ il crut qu'il étoit de fa prudence de ne pat 

). c. j. laiitèr voir que ce qui s'étoit fait fur contre ion eré , mais au contraire de 

s'en faire lui-même l'auteur » afin que fa réputation en pût recevoir moin$ 

«l'atteinte. 

Lettres d0 XLI V. I L écrivit donc ^ le premier de Décembre à tons les Rois 8c les 

dimfnt Princes des lettres de même teneur , où rendant compte de ce qui s'étoit 

^** i"*' P^^^ > *' ^*^ • Q^*^' avoit efperé que la préfence de l'Empereur pourroic 

^tênÇtàir "^i"^"^^ l'Héréfie de Luthtr \ & que c'étoit pour cela qu'il s'étoit rendu 

Froteftmu ^ Boulogne pour Ten prefler , quoique Charles y fut aflèz porté de loi*- 

iwSlcid. L même r ' ' n-:--^ o ^ — /^. i-„ r 

7. p. 11^. que les 

après en avoir délibéré avec les Cardinaux , qu'il n'y avoit plus d'autre re- 
mède à employer que celui dont s'étoient fervîs nos Ancêtres » c*eft-à-dire% 
le Concile Général , il les exhonoit à favorifer une fi fainte caufè , ou en 
honorant de leur préfence , ou du moins en envoyant leurs Amballàdeurs 
au Concile libre &c général qu'il étoit réfolu de convoquer le plutôt qu'il 
pourroit dans quelque lieu commode d'Italie. ' Ces lettres furent bienc&t 
connues de tout le monde, par le foin que prirent par- rout les Mini(hes 
du Pape de les répandre •, 4 non que le Pape ou la Cour de Rome defiraf- 
fent ou eudent delfein de procurer un Concile , pour lequel ils avoient 



: mais qu'ayant appris par ce Prince , 6c par Campige fon Legar» 
I Proteftans n'en étoient que plus obftinés , & connoitlant clairement 



5» Ces lettres furent Bientôt evnntus de 
tout le monde , par le foin que prirent pat" 
tout les Miniftres du Pape de les répandre , 
&c. ) Il n'étoic pas befoin d'un grand foin 
pour cela> paifqoe ces lettres ayant été 
envoyées à tous les I^inces , fe rép^ndi- 
lent a(rez d'elles-mêmes; & s'il y eut de 
Taf&âation de la pan de la Cour de Ro- 
me, ce fut en faifant paroltre un grand 
defir du Concile, dans le tems que réelle- 
spentelle le craignoit beaucoup plus qu'elle 
ne le defîroit , & qu'elle ne te vouloit te- 
nir qu'à 4es conditions qu'on favoijt bien 
que les Prpteflans n's^ccepteioienr jamais* 

^. Non que le Pape ou la Cour de 
Rome defiraffent ou eurent defftin deprocw- 
rer un Concile > fOur lequel Us ayoiejH 



Beaucoup de répugnance , Sec] C'eft ce qui 
Ce voit 6c par les diâRcultés que le Pape 
fit repréfenter à l'Empereur & pr le Lé^ 
gat & par l'Evêque de Tonone fon Non- 
ce , & encore mieux par les conditions 
qu'il exigeoit , 3c dont plufieurs étoient înv 
pratiquables. Il edvrai que furies inftan» 
ces réitérées de TEmpereur, Clément paxm 
y confemii à la fini mais d'une manière fi 
vague, qu'on voit bien que c'étoit contre 
fon inclination qu'il agiuoit en le pTome^- 
tant. Anffi ces promeHes n'eurent elles au- 
cune fuite, U if» ans s'écoulèrent encore 
avant que fon fuccelfeur, qui appréhen- 
doit autant le Concile que lui, enficToa- 
verture, z^rh qu'il y fut forcé par fEmr 
pereur & les autres Princes» 



1 



DE T R E N T E , L < V A Ë I. ro? 

beaucoup de répugnance , ""mais pour amufer les hommes par l'efpérancc **'^*^* 
«l'une promtc réfbrmation des abus ou des défordrés , 8c les retenir par-là "'^ ' 
dans lobciflance. Mais peu de gens y furent trompés , étant facile de dé- ' 
couvrir qu'il n y avoit qu'une pure am&ation dans les inftances que le Pape 
Êiifoit aux Princes d'envoyer leurs AmbafTadeurs â un Concile > dont il ne 
dé^erminoit ni le tems , ni le lieu , ni la forme. 

f Les Proteftans prirent occafion de ces lettres d'écrire au(E au mois de 
Février fuivant aux mêmes Rois & aux mêmes Princes une lettre commune 
au nom d'eux tous , où ils difoient : ^ Que leurs Majeftés étoient afièz in- '^ ^1^^^* ^ 
formées des vieilles plaintes que des gens pieux , & entre autres Jean Ger^ p f; ^ Y' 
fon f Nicolas de CUmanps & d autres en France » Jian Collet en Angle- ^ ^; 
terre , & d'autres en cFautres lieux > avoient faites il y a longtems contre Spond. zi 
les vices EccléHaftiques : Que la même chofe étoit encore arrivée depuis an. 153 r. 
auelques années en Allemagne , à l'occa/ion du déteftable gain que fai- ^^ ^* 
loient quelques Moines en publiant les Indulgences. Et de-U prenant 00 
cafion de raconter tout ce qui s'étoit pafle depuis ce rems-là jufqu a la der- 
nière Diète i ils difoient que leurs Adrerfaires chercboient â aierir l'Em- 
pereuT & les autres Rois contre eux par diverfes calomnies » qu'ils avoient 
déjà réfutées , & donc il leur feroit encore plus aifé de fe juflifier dans uû 
Concile Général , i la décifion duquel ils ecoient prêts de s*en rapporter » 
pourvu qu'on n'y écoutât ni les partis ni les préjuges : ^ Que de toutes les 
calomnies dont on les charéeoit , la principale etoit qu'ils condamnoient 
les Magiftrats > & diminuoient la dignité des Loix : Que cela non-(èuler 
ment n'étoit pas véritable ; mais que , comme ils l'avoient montré dans la 
Diète d'Ausbourg , ils enfeignoient à honorer les uns , & défendoient 
l'autorité des autres , plus qu'on ne l'avoir jamais fait avant eux ; faifanc 
entendre aux Magiftrats , que leur état & leur genre de vie eft très-agréa- 
ble à Dieu ; & prêchant aux peuples > qu'ils font obligés de les honorer 

/. Les Proteflans prirent occafian de cette Seéte. Fleury , L, ijr. N° 87. Car 

ces lettres d'écrire aujjl au mois de Févr'ur d'ailleurs il eft cenain , que Luther écri- 

fuivant aux mêmes Rois , &c* ) Leur let- vit contre la révolte des Païfans de Soua* 

tre rapportée par Sleïdan L. 8. eft datée be & contre les Anabaptiftes , & que les 

du 16. de Février, & écrite au nom des Princes Luthériens soppoferent à eux auffi 

Eleâeurs de Szut & de Brandebourg , du fortement que les Catholiques. Mais com- 

Duc de Lunebourg , du Landgrave de me ils ne voulurent ni obéir aux Décrets 

Hefle , & des Villes de Strasbourg , Nu- de TEmpereur , ni fe foumettre aux Re- 

remberg, Magdebourg, & Ulmé. Elle fut ces des Diètes qui letit étoient contiaires» 

adreifée principalement aux Rois de France on en prit prétexte des les accufer de ré^ 

& d'Angleterre. volte contre les Magiftrats & contre les 

6, Que- de toutes les calomnies dont on Loix $ & ce fut ce qui engagea plufieurs 

les chargeait , la principale étoit qu'ils con' àts Proteftans à s'unir à l'Empereur con- 

damnoient les Magiftrats, 8cc.) Parce (fx'on tre la Ligue de Smalcalde , qui n'avoir 

les confondoit avec les Anabaptiftes , ou été £iite que pour la défenfe de la nouvelle 

plutôt qu'on prétendoit que c'étoic fui les Religion contre les attaques qu'on (c pcir 

principes de Luther , que s'étoit fbnnée paroit à lui porter* 

O X 



log HISTOIRE DU CONCILE 

"HDxxx. Se de leur obéir par l'ordre de Diea , qui ne4ai(Ièra pas leur défobéi£&iioe 

Clsai^ VII. impunie , parce qu'ils font établis par fon ordre : Qu'ils avoient été bieo 

"""■"■■"■*■ aifcs de les informer de ces chofes , pour fe difculpcr auprès d eux de ce 

qu'on leur imputoit ; & qu'ils les prioient de ne point ajouter foi aux 

calomnies dont on les chargeoit, & de s'abftenirde les juger, jufqu'i ce 

3[u'ils euffent lieu de fe juftifier publiquement : Qu'enfin ils les prioient 
'engager l'Empereur i faire adembler au plutôt pour le bien de toute 
l'Eglife un Concile libre & pieux en Allemagne , & de ne point employer 
la force , que les difputes n'eudènt été auparavant examinées ôc définies lé- 
gitimement. 
# Spond. td 7 L E Roi de France les remercia très-ôblîgeammenc ^ par une lettre de la 
?^ < n !• part qu'ils lui avoient donnée d'une affaire (i importante , leur témoignant 
Slcïd L. 8 ^^'^' ^^^^^ ^^^^ fatisfair de leur juftification , qu'il approuvoit leurs inftan- 
f. XIX. ' ces pour la réformation des abus, & qu'il avoit fur cela les mêmes defirs 
qu'eux 'y que la demande d'un Concile étoit jufte , fainte , & néceflaire 
non- feulement pour les befoins de l'Allemagne , mais aufii pour ceux de 
toute l'Eglife ; & qu'il n'étoit pas honnête d'en venir aux armes » pendant 

Sue l'on pouvoit terminer les conrroverfes par des voies pacifiques. Le Roi 
'Angleterre p écrivit aufli dans le même fens , ajoutant en particulier, qu'il 
P* '^^* deiiroit lui-même le Concile , & qu'il vouloir s'entremettre auprès de Char^ 
les pour trouver les moyens de tour pacifier. 

L E Décret de l'Empereur ayant été notifié dans toute l'Allemagne , Too 
commença auffi-tôt à accufer à la Chambre de Spire ceux qui fmvoienc la 
nouvelle Religion ; accufation que les uns faifoient par zèle , d'autres 
pour venger leurs inimitiés particulières , & quelques-uns pour s'emparer 
des biens de leurs ennemis. Mais de toutes les fentences , déclarations » 
ou confifcâtions qui forent décrétées contre les Princes , les Villes , ou les 
Particuliers , pas une n'eut fon effet qu'a l'égard de quelques personnes 
dont les biensétoientfitués dans les Etats des Catholiques. Les autres mé« 
priférent toutes ces fentences , au préjudice non- feulement de la réputation 
de la Chambre» mais aufli de celle de l'Empereui;, qui s'apperçut bientôt que 
le remède n'étoit pas convenable au mal , qui croifTbit de jour en jour» 
Car > outre que les Princes & les Villes Protedantcs faifoient peu de cas 
des Jugemens de la Chambre , ils s'étoient liés plus étroitement entre eux 
& s'étoient fortifiés par des Alliances étrangères pour fe préparer à la dé« 
fenfè; & tout s'animancde plus en plus, on fe voyoit à la veille d'une 
guerre également dangereufe pour les deux Partis, & dont l'événement > 
quel qu'il pût être , ne pouvoit manquer d'être pernicieux à l'Allemagne, 
• C'eft ce qui engagea l'Empereur i confentir » que quelques Princes s'en- 

r. Le Roi de France Us remercia très» t. C*</? ce ^i engagea tEmperemt' à 

êèUgeammeni par une lettre, &c. ) Salet- eon/ènth que quelques Princes s'entremiffimf- 

tie eft du II d*Avril, & celle du Roi potp" trouver une voie de conciliation.) Ces 

^•«ngletenre du 5. de MaÎMDXXxi , & on Princes étotent l'Eleé^ur de Mayence, ft 

en trouve le pxécis dans 5i!rid^/r , L. %• le Comte Palatin i êc les Proteflaas yo»- 



DE T R EN T E , L I V R E I. 109 

tftmîflênt pour trouver une voie de conciliation ; & toute i ann^ mdxxxi mdxsxz« 
ayant été employée à négocier fur les différens chefs>^ & à concerter quelques ^^**** VII. 
conditions au moyen defquelles on pût saccordcr , l'on intima pour Tannée "TJTT"" 
fui vante une Diète à Raiisbonne , où Ton put en venir a quelque concluHon. î "^^' 
XL V. Cependant tout étoit plein de foupçons , &c les défiances Id. p. Ar. 
augmentoient de plus en plus entre les deux Partis. Mais il arriva parmi ^ouvemux 
les Suides un événement confidérable , qui les engagea enfin d s'accorder '''^^^^ ^ 
entre eux. Quoique les dxfputes ' pour caufe de Religion , qui étoicnt 5^^'/. 
entre les Cantons de Zurich , de Berne , & de Baie d une part , & les Can- /J'^ ^ 
tons Catholiques de l'autre > euflènt été plufieurs fois adoupies par l'en- cênAmt. 
tremife de diverfes perfonnes , il reftoit toujours de l'aigreur & de l'ani- ^^à, ibid. 
mofité dans les efprits \ Se les querelles fe renouvelaient fouvent , par mille ^*^'*v-^3* 
accidens qui arrivoient de jour en jour* Elles s'échauffèrent plus que jamais spoli<L d 
cette année , par la défenfe que firent ceux de Zurich 8c de Berne , de laiflcr an. r ; 3V 
tranfporter des vivres dans les cinq Cantons Catholiques. L'on arma donc N"" 6. 
de part & d'autre. ^ Zuinglc , inflexible aux prières de [^ amis qui lexhor- ^^f- ^^ 
coient à refter chez lui > & à laiflèr ce foin d un autre , voulut accompagner ^ ^ * ^' 
les trotipes de Zurichdans cette expédition, pour ne pas paroitre abandonner jj 487^^' 
les fiens dans le danger, &lai(Ièr croire qu'il netoit propre à les encourager 
que dans la Chaire. L'on en vint aux mains le onze d'Oâobre. Les trou- 
pes de Zurich furent défaites , » & Zuinglc tué , ce qui fit plus de plaifir ^ puir. 
aux Catholiques que la victoire même. Ils infultérent fon corps. Se luij^i^^^ 
firent plufieurs outrages; Se cette mort fut une des principales caufes deN"*!!;. 
l'accommodement que quelques perfonnes procurèrent entre les deux Par- 

Inrent bien qaon s'aflèmblât , mais a teur, poarne pas paroîcre abandonner dans 
oonditîonqae l'on fie ceflèi les pcarfuices le danger ceux qu'il y avoir en qaelqaéfbrte 
de la Chambre Impériale contre les Lu- piécipicés : Qui/m ficum reputaret , quod 

thériens poor caufe de Religion. fi domi refidtret , ac praiium forte fient 
9. Zuingle , infiexihU aux prières de pu adverfiim « fore ut mapiam ipfofobiret i n- 
mmis , — voulut accompagrur les troupes vidiam , quafi conciombus quidcm accen* 
it Zurich dans cette expédition , &c. ] il ne deree âominum animos ^ in ipfo autem difi 

pouvoir gttJres s'en difpenfer, s*il e(î vrai crinùneremoUcfoeret^^voluitomninbcommU" 

ce qu'ajoute Sleidan^ que la coutume de nemfiihiremartyrem.VkyMtMTàeVH\i\om 

Zurich eft y que lorfque Ton envoie une de la Reformation de la Suillè convient 

Armée contre l'ennemi , le premier Minif- avec Sleidan , que c'étoit alors la coutume 

tie du païs doit l'accompagner. Nam Tigu- que le premier Pafleur de l'Eglifè de Zurich 

rinorumitafirt confoetudo , quum in ko fi- accompagnât l'Armée ,& ajoute d'ailleurs ^ 

tem exitur, ut Ecclefict Minifter prima- que Zuinglc eut un ordre particuliei; du 

rius unà prodeat. Il &lloit pourtanr que Magidrar de le faire. Si cela eft, il n'eft 

cette coutume ne fât pas bien abiblument pas difficile de voir pourquoi \\ ne déféra 

établie « puirqu'autremcnt les amis de Zuin- pas aux prières de (es amis , ni à (à pro- 

^ n'eollènt pas eu lieu de l'exhorter à ne [>re répugnance. Ceût été en quelque (bne 

point accompagner les troupes. Ainfî il fem- déiëner ceux à qui il avoit mis les armes 

ble que c'ait été plutôt par zèle que par né- à la main s & il aimoit mieux courir le mê-» 

ceflîcc qu'il fe Toit rendu à l'Armée , & appa- me ri(que qu'eux , que de (urvi vre à leur dé- 

zeiiunenr , comme l'ajoute le même Au- faite i ou a'aToii pas de paie à leur visite* 



1X0 HISTOIRE DU CONCILE 

wûMÊitTL. tis , à condition que chacun reciendroic fa propre Religion. Les cinq Cân«^ 

toM. V IL j^^j Catholiques fc flattoicnt que les autres reviendroienc bientôt i Taiw 

***'''*'^ cieniie , après avoir perdu celui qui par fcs prédications avoir ctc rauteor 

du changement qui étoic arrivé ; & ils fe rorrifiérenc d'autant plus dang 

cette efpérance , c^'Oecolampadc Miniftre de fiâle , & dont les lentimens 

étoient conformes à ceux de Zuinglc , étant mort peu de jours après de de-« 

Slaidr d'avoir perdu fon ami , ils regardoient ces deux morts comme un efièc 
t la Providence , qui par compaflion pour les maux de la Suillè avoir enfin 
puni & enlevé les auteurs de la difcorde. Mais fi c*eft piété & Religion qoe 
d'attribuer à la Psovidence la difpoiition de tous les événemens » c'eft pré« 
fomption que de vouloir déterminer la fin que Dieu fe propofe en les per-^ 
mettant. Les hommes fe font un point de Religion de s'attacher à leurt 
opinions , comme fi Dieu en étoit aufii jaloux , qu'ils le font eux-mêmes. 
Mais comme , par ce qui arriva dans la luire , on voit que depuis la mort 
de ces deux hommes la do£b:ine des Cantons appelles Evangéliqucs fir en-* 
core plus de progrès qu'auparavant , c'efl une preuve évidente qu'il faut 
rapporter cet effet â une caufe plus élevée que les efforts de Zuinglc. 
ImfiéKÊfêi^dê XLVL E N Allemagne ' l'Archevêque de Mayence & l'Eleârur Palatin. 
tEmfn9wr s'entremirent de l'accord des Proteftans avec les Catholiques *, & l'on &t 
fêurUeên- ^ovLt cela plufieurs Ecrits , qu'il fallut fouvent changer , parce qu'ils ne fk-» 
2J^2L. risfaifoient entièrement ni l'un ni l'autre Parti. L'Empereur jugea de-là , 
àU. ^^ 1^ Concile étoit abfolument néceflaire *, & après en avoir délibéré avec 

t Sltt<L L. te-Roi de France , il envoya en pofte à Rome pour en traiter avec le Pape 
s, p. 114. ^ les Cardinaux. Ce Prince ^ ne fe mettoit pas beaucoup en peine ni wt 
*fÎ*^ - lieu ni des autres conditions , pourvu que l'Allemagne fût latisfaite , bc que 
M^N^7*. ^^ Protcflans y intervbflènt & promiCTent de s'y foumettre 5 & le Roi , 
' qui trouvoit que cette fatisfaâion étoit jufte > promit d'y contribuer de fa 
part. L'Ambaffadeur repréfenta donc au Pape : Que l'Empereur ayant 
eflayé toutes fortes de moyens pour ramener les Proteflans , & ayant 
employé l'autorité , les remonrrances , les menaces > & la jufHce même 9 
fans fuccès , il ne reftoit plus que la guerre ou le Concile : Que ne pouvant 
en venir aux armes à caufe des préparatifs que faifoit le Turc contre lui , 
il étoit forcé d'avoir recours sL l'autre parti : Qu'il prioit donc le Pape y quÛ 
l'imiution de fes prédéceflèurs il voulut bien accorder un Concile , âucuel 
les Proteflans ne nffent nulle diflBculté de fe foumettre , puifqu'ils avoienc 
plufieurs fois offert de s'en tenir à la décifion d'un Concile libre , où Ton 
I# P^^/f eût pour Juges des perfbnnes défintéreflées. '^ Le Pape, qui ne vouloir 



10» Le Pape g qui ne voulait point du 
totu du Concile , mais qui ne pouvoit pas 
ouvertement rejetter cette demande , y eon^ 
fentit. Bec, ] Quelques effotts qne faSe 
Pallaviein pour prouver que Clément con- 
(êntoit de bonne foi à la tenue du Concile , 
on voit cependant 5e par toutes fes démar- 



ches, & par l'ambiguïté de (es léponiès^ 
qu'il ne cherchoic qu*à Téluder i & le Car- 
dinal lui-mémie ne (auroit dèfa vouer qo't^ 
y étoit tout à fait contraire d'inclination. // 
Papa difuo giudicio non vinelinava , die* 
il L. 5 • c. 7. riputandolo poc' opportuno allé^ 
quaktà dclpsAlica mék , e déUl' akrs pano 



DE TRENTE, Litre L ji« 

p(Mn€<dti tout du Concile , mais qui ne pouvoir pas ouvertement rejetcer . ^^ 

cette demande » y con&ntit , mais d'une manière dont il favoit bien qu on ^^^ac VB. 
«e fc contentcroir pas. ' * Il propofa pour cette Aflcmblce » une des Villes ■ 

de l'Etat Eccléfiaftique , celles que Bologne , Parme , ou Plai&nce , touiqs * ^*^'^^* ^ 
capables de contenir Se de nourrir beaucoup de monde , d'un air fort fain , y'ptllâv, L, 
&d'tta territoire fort étendu 5 & dit que les Proteftans ne dévoient faite 3. c, ix.' 
«ocune difficulté d'y venir pour y être écoutés , parce qu'on leur donneroic 
tm plein & ample Sauf- conduit» & qu'il s'y trouveroit lui-même afià 

2a on n*y fit tore à perfbnne , & que tout s y traitât avec une concorde 
Chrétienne : »* Qu'il ne pouroit confentir 4 tenir le Concile en Allemagne, 
parce que l'Italie ne pourroit foufirir cette préférence : Que la France 6c 
rEfpagne , qui pour les affaires de l'Eglife oédoient volontiers a l'Italie par 
-cefpeâ pour le Pontificat dont elle eft k Siège, ne voudroient jamais céder 
à l'Allemagne ; ôc que l'on feroit peu de cas de l'autorité d'un Concile où 
il n*y auroit que des Allemands , & fort peu de perfonnes d'autres Nations > 
parce qu'indubitablement les Italiens , les François , & les Efpagnols ne 
pounoient fe laiiler perfuader de s'y rendre : Que ce n'étoit pas au malade > 
mais au Médecin , à choifir le remède : Que l'Allemagne étant infeâéc 
d'tme multitude & d'une grande variété d'opinions nouvelles , ne pourroit 

f»as porter un jugement fi Tain fur ces matières , que pourroient faire l'Ita- 
ie , la France 6c l'Efpaene > qui étoient encore exemtes de corruption , 8c 
perfévéroient tout entières dans l'obéiflance de l'Eglife Romaine k Mère 

'SBCQmmodo à se in ^uel tempo — Nondimc- le dit Fm-Pdolo ^ que le Pape proposa qaet- 

ma veggenÂQ , ehi il ricufdrlo gli concite* Ques Villes de TEcac Eccléfiaftiqae , mais 

nkhcgratuT odiotd infamia , eUggea piu uns s y borner néanmoins, pourvu (|u'on 

10^ di Ci^nfeatire ad un danno vcro , che di ne tint point le Concile hors d'Italie > corn- 

fipugnare ad un benc falfamcnte fpcrato , me notre Auteur femblè le fairtf encendlè 

6cc, Ce n'étoit donc , félon Pallavicin mô- lui même par la fuite. 
me , que malgré lui que Clément avoit cette i x. Qu'il ne pouvait confentir à tenir U 

complai(ànce pour l'Empereur s & perfuadé CoacUe gn Allemagne , parce que l'Italie 

qu'il 7a5K>it peu à efpérer d'un Concile pour nepgmrrQitfouffrir cette préférenc^. ] Ces râi- 

le retoor des Proteftans f & beaucoup à crain- (bns éroîent bien frivoles, auffî nétoiene* 

«Ire peur (on autorité , il n*eft pas étonnant elles pas les véritables j & fi le Pape refWiôic 

Qu*ilen écootit peu voloniien la propofi- détenir le Concile hors d'halte , cVftpAroe 

tion. qu'il apprébendoic d'y être moins le maître ^ 

1 1 M propofa pour cet» affenélie mu des &: de ne pouvoir empêcher qu'on n'y traii(t 

VUlesdelEtatEccîéfiafiique,^c,'^t(\vud- de mattèies contraires à (es intérêts , le 

ques autres, à condition néanmoins qu'elles qu'on n'y travaillât à la réferme de fâ Cour 

ne fiiflent point hors d'Italie, comme Mibn à (bn piéjudice. Depuis l'exemple des Con* 

QQ.Mantooe i bien réfolu-de ne point tenir ciles de Conftance & de Baie , les Papes 

de Concile au-delà des monts, foit parce craignent des*expoferauz dangers de leurs 

•que cela augmenteroit (à dépenfe 9c fes em- prédccedèufs. Ils courent moins de rifques 

■bâfras , foit parce que hors d'Italie il appré- dans les endroits Oil ils font les makies , le 

hendoit plus pour (on autorité. Ilter^ofu , il £iudra qu'ils y fôient forcés pour con(ei>- 

càe il Conciliofi ceUhraJfe in It^ia , dit tir jamais qu'on tienne de celles AilèaibUfS 

Pallavicin. Il eft donc bien vrai , aouuae fldilsoelefoAtpas* 



m ^HISTOIRE DU CONCILE 

MDxxxn. Se la Maîtreflê de tous les Chrétiens : Que (|uanc à la manière de définir 
Clem, VII. |ç5 chofes dans le Concile , i\ n ce jit pas néceflaire d'en traiter , puifqu*il ne 
•^■•""^ pouvoir y avoir fur cela aucune difficulté , à moins qu on ne voulut introduis 
re une nouvelle forme de Concile inufîtéejufqu alors dans l'Eglife : Qu'il 
étoit clair , que félon les Canons il n'y avoir que les Evèques qui euflènc 
droit d'y opiner : Que la coutume avoit fait étendre ce droit jufqu'aiu 
Abbés , & la concedion du Pape à quelques autres perfonnes : Que tous 
les autres qui vouloient être ouïs dévoient fe fou mettre i la dérermination 
de ceux-ci , ' ' au nom defquels fe font les Décrets des Synodes fi le Pape 
en eft abfent , au lieu que s'il y affide , tout fe fait en fon nom avec la 
feule approbation des Pères. Les Cardinaux parlèrent aufli dans le même 
fens que le Pape » ajoutant feulement quelques raifons > pour montrer que 
le Concile n'etoit point nécefiàire après la Sentence de Ùon , qu'il faffi- 



foit d'exécuter pour remédier à tout -, & que ceux qui refufoicnt de fe fou- 
mettre i la déafion d'un Pape faite de l'avis des Cardinaux , mépriferoient 
encore davantage les Décrets d'un Concile : Qu'il étoit bien clair , que les 
Proteftans n'en demandoient la convocation que pour éluder l'exécution de 
l*£dit^de Wormes , parce qu'ils favoient bien que le Concile ne pourroit pas 
manquer d'approuver ce que Léon avoit défini , à moins que de vouloir être 
xegardé comme un Conciliabule > ainfi que tous ceux qui s'étoientéloigpés 
de la doftrine & de Tobéiltance des Papes. 

Pour trouver quelque tempérament à tout cela l'Ambadàdeur de PEm* 
pereur eut plufieurs Conférences avec le Pape & avec deux Cardinaux 
qu'il avoit nommés, pour cet efiet. Il leur remontra : Que l'Italie , 1 
France & l'Efpagne , n'avoient point befoin de Concile & n'en demandoieoc 
point , &qu ainfi il ne falloit point les confidérer dans cette affaire : Que 
comme c'étoit pour remédier aux maux de l'Allemagne qu'on lefolliditoir» 

U 



9 

la 



I ) . Au nom defiuels fe font les Décrets 
des Synodes J! le Pape en eft aèfom « mu lieu 
fue s'il y affifte , tout fe fait en fon nom 
avec la feule approbation des Pères. ] C'eft 
une des maximes modernes de la Cour de 
Rome y fondée fur la fituife opinion de là 
(àpériorité des Papes fur les Conciles. Mais , 
outre qa'elle eft combatnie par toute la doc- 
trine de TAntiquité & la conduite Àe tous 
les anciens Conciles > qui n*ont jamais fup- 
po(é une telle fupériorité , & que cette fa- 
périorité a même été de(à vouée par les Pi- 
pes, qui fe font reconnus fournis eux-mê- 
mes aux Décrets de ces Aflèmblées ; il fuffit 
de confidérer quelle e(l la nature des Con- 
ciles , pour juger que leurs décidons doivent 
être Eûtes au nom de tous les Pères, 6: non 



do Pape fenl. Car fi , comme Ta tm bien 
prouvé Holden^ AnaL fid. L. r. c. ^. le jii« 
gement des Conciles n'eft autre chofe que le 
témoignage que les Evtqœs de tontes lit 
Nations Chrétiennes rendent de la Foi de 
leurs Eglifès , il s'enfuit que ce témoigna* 
ge doit être rendu en leur commun nom , 
& non en celui du Pape feuL Ceft anffi 
pour cela que chaque Evâqqe figne comme 
jugeant en fon propre & privé nom^jmdi» 
cans fcripfii ce qui nanrpit pA fè &ire fi 
tous les Décrets le publioient au nom dn 
Pape. Comme le premier Evéque, il j tient 
le premier rang i mais c*eft toute fa préro* 
gative , & les définitions ne tirent pas plot 
de force dt fon m^tpriié (|ue de celle des 
autres. 

«4- Q« 



DE TRENTE, Livre I. 115 

il étoît i propos , afin que le remède convînt au mal , de choifir un lieu mdxxxi. 
où cette Nation piu s aflèmbler : Qu à l'égard des autres , dont il ne s'agif- ^^^* ^^^* 
foit pas, il fuâîioitqu*il y vînt quelques-uns des Principaux Prélats : Que 
les Villes propofées avoient bien des avantages , mais qu'elles écoient trop 
éloignées de TAllemagne : Que quoique la parole de Sa Sainteté Tufifit pour 
Giâurer chacun > on ne guériroit jamais les Proteftans , de leurs défiances 
pour des raifons anciennes Se nouvelles, dont la moindre étoit, qntLéon 
X* Ton couiin les avoit déjà condamnés & déclarés Hérétiques : Que quoi- 
que la perfuanon de la bonne foi du Pape dut les tranquilUfer & Tempor* 
xtx. fur toutes leurs raifons , Sa Sainteté fa voit auiE , par l'expérience qu'elle 
avoit des afEiires & par fa propre pénétration , qu'il falloit condefcendre à 
la fbiblede des hommes , & leur accorder par compadion ce que l'équité 
jttgeoit convenable, quoiqu'il ne fut pas dû en rigueur : '4 Quepuifque le 
droit de fufFrage avoit été introduit partie par coutume & partie par privi- 
lège , le y Pape avoit un grand champ ou vert à l'exercice de fa bonté, en/ Pallav.L 
'* introduifant une coutume propre au temspréfent : Que fi les Abbés avoienc^ ^' ^*' 
été admis autrefois à donner leur fuffrage par la coutume, & parce qu'ils 
mdbient pour odieux instruits de la Religion , la raifon vouloir que 
Von en u$at de même avec des gens d'une capacité égale ou plus jgrande, quoi* 
qu'ils n'eudènt point le titre d* Abbcs : Qu'enfin le privilèee tournifibit un 
moyen aifé de contenter tout le monde ; ic qu'en l'accordant à ceux qui 
pourroient procurer la gloire de Dieu dans cette Afiemblée , ce feroit le 
moyen d'avoir un Concile pieux & Chrétien i comme tout le monde le dé^ 
Ûroic. ^^^^^^ 

L E Pape ayantoppofé à ces remontrances les mêmes raifons qu'il avoit ^^^^^ ^ ^^' 
déjà alléguées , l'affaire n'alla pas alors plus loin -, & l'Empereur , ' à la hmidt R#« 

Ugion 4UK 

14* Quepuîffue le droit defuffrage avoit to Cefare e*l Papa dîfconvenivano ; cioè , ^^/J ^^i 

iU introduit partie par coutume & partie che Vuno conofceva la ra^onevolei(^^a dcUe « 

parpriviUge, le Pape avoit un grand champ condi^ioni ; ma come bramofo difodufar i p^llav L ' 

ouvert à V exercice de fa bonté , &c. ] Le Tedefchi in qualunque modoperhaver quie- • ^^ J 

Card. Pallavicin , L. ). c. y. après avoir teneW Imperio , dejiderava dal Papaei^n- Spond. ad 

taxé de fauifeté la demande que Fra-Paolo do VecceJJivo , quando gli altri non fi con- an. 15 5^. 

dirquerAmbalfadeur deTEmperearfic que tentaffero del ragionevole. Per contrario il N° i. 

les Proteftans eulTent voix dans le Concile , Papa — non voleva dare alV appetito in- Fleury , L. 

avoue néanmoins, c. ii. que qaoiqae ce fano djuia parte rejffir regola al govemo del 154. N^j;*' 

Prince fût convainca de Téq^icé des condi- ri^r/aJfete» adunare il ConciUo in maniera 

rions qa*ezigeoic le P^pe, c'eft-à-dire, infiJÊKmtdetita pregiudicare al Primato 

qu'on laivic les lx>iz ordinaires fur ce point, Ap^lfH^ ^ ècc. far cet aveu , qui ne peut 

&qa'il n'y eût qaeceaz qqi avoient voix legarderqueledroitde fiifFrage, /'«//^vici/j^ 

dans les Conciles félon les règles ordinaires jultifie Ton adver(kire , & fe condamne Iqj- 

qai pufTent y ppiner > cependant pour con- même. Mais ce neft pas le feul endroit oà 

tenter les Luchériens il defîroit que le Pape il l'a âdt, & où il donne malgré lui des preu- 

ne fe tint pas fi ion attaché aux règles , puif- ves de la finccritc & de la pénétration dç 

que les autres ne fe contentoienc pas de ce FrA'Paolç* 
qai'ccoit raifonnable* Vcdevafi ^ che inpun- 

Tome I. ^ P 



ri4 HISTOIRE DU CONCILE 

MDxxxi. veille d'avoir la guerre avec les Turcs , fe mit à foUicicer la conclufîon da 
Cleia. vil Traité qu'il avoir commence de n^ocier avec les Proteftaus. ' î Tout étant 
**■■■■■■■" convenu , on publia enfin le 23. de Juillet , l'accord , qui portoit : Qu*il 
y auroit entre l'Empereur & tous les Etats de l'Empire , tant Eccléfîafti« 
ques que Laïques une paix générale jufqu'à la convocation d'un Concile 
Général » libre & Chrétien : Que perlonne pour caufe de Religion ne 
poorroit faire la guerre à quelque autre , ni le prendre , le dépouiller » oa 
i'aûiéger : Qu'il y auroit entre tous une amitié fincère , ic une concorde 
Chrétienne : Que l'Empereiu: tâcheroit de faire indiquer le Concile dans 
ûx, mois , 6c d'en procurer la tenue en un an : Que fi cela ne pouvoir fe 
£ûre y tous les Etats de l'Empire feroient ailemblés , pour délibérer de ce 
que Ton auroit à faire , tant par rapport au Concile , qu'à l'égard des au- 
tres chofes nécelTaires : Que l'Empereur fufpendroit tous les procès 
inrentés pour fait de Religion par fon Fifcal ou par d'autres contre l'E- 
- leâcur de Saxe Se Tes Alliés , jufqu'au Concile futur , ou à ladite Adeni- 
blée des Etats. 

L'Electbur de Saxe & les autres Princes Se Villes' Proteftantes pro* 
menoient de leur côté d'obferver de bonne- foi cette Paix , de rendre i l'Em- 
pereur l'obéiâance qui lui étoit due , 6c de lui fournir des fecours convé- 
M SIcid. L. nables contre le Turc. Charles ^ ratifia 6c confirma cette Paix par fes let- 
t. p. 1 1^. très du 1 d'Août , fufpendit tous les procès , & promit de faire convoquer 
un Concile dans fix mois , & d'en procurer l'ouverrure dans un an. Il rendit 
auffi compte aux Princes Catholiques de TAmbaflfade qu'il avoit envoyée 
à Rome pour folliciter le Concile , ajoutant , que quoiqu'il n'eût pu en- 
core régler les grandes difficultés qu'il y avoit lur la forme 6c le lien , il 
h Id. IbU. continueroit ^ cependant d'employer fes foins auprès du Pape pour l'enga- 
ger à le convoquer , dans l'efpérance que ce Pontife ne voudroit pas man- 
quer aux befoins de la Chrétienté ni à fon devoir ; & que s'il n'y réuflif- 
K)it pas , il ne manqueroit pas d'intimer une Diète pour trouver aux maux 
préfens quelque remède. 

C E fut là la première liberté de Religion • que ceux de la Confcflîon 

d'Ausbourg obtinrent par un Décret public. On en parla diverfement dans le 

# Pallav. L. monde. ^ ^ A Rome on blâmoit fort l'Empereur ^ d'avoir porté la faux dans 



ft^Pite 



T f . Tout étant convenu l on pi 
U 1^ de Juillet l'Accord , qui pt 
Pallavicin dit le i j , mais c'eft 
une fente dlmprefllon , où I on a mis x ) 
pour 1 5 . Cet Accord , que Ton appelle com- 
munément la Tranjaàion de Nuremberg , 
fut ratifié pir rEmpercnr le fécond d'Août. 
Hanc pacis formulant ^ dit Sleidan , In* 
terctffores decreverunt Julii die vigefima 
tertia. Cafàr autem — Aupi^Vfnenfis die 
ficundo ratam habuit^ & Edi6lo publico 



deinde fanxît. Dans cet accord ctoîent com- 
pris les Eledears de Saxe & de Brandeboar^ 
les Ducs de BninfwicK , le Prince d'Anhalt , 
les Comtes de Mansfeld , 5c 14 Villes Impé- 
riales. Mais les AnibafTkdeurs du Landgrare 
de Hçffe refusèrent de fîgner cet AAe , i, 
caufe de quelques Griefs qu'ils donncrcnt 
par écrit aux Eledeursde Mayence & Pala- 
tin. Gold. Confl. Imp. p. £• 

16. A Rome on hlamoit fort fEmp n -ur 
d^avoir porté ta faux dans la moijfon d*éu^ 



DE TRENTE, Livre L iiy 

la moîfibn d'aucrui : les Princes , & encore plus les Empereurs qui en font mdxxxxz. 
4es (ermens fi foiemncis , étant étroitement obligés fous peine des Cenfures ^^s**^ VIL 
d'extirper ceux que les Papes ont condamnés, 8c dy employer jufquà 
leurs Etats ôc même leur vie ; & Ton diibit que Charles ayant contrevenu 
1 ce ferment par un procédé fans exemple , devoir appréhender de re(Ien- 
tir bientôt quelque effet de la vengeanœ. divine. Mais d'autres louoient ùl 
piété & fa prudence , d'avoir prévenu par-là le danger preOTant dont étoic 
menacé le nom Chrétien par les armes des Turcs , qui attaquent dire£i;c« 
ment la Religion *, & aufquels il u auroit pu réfifter , '7 s'il ne fe fut aifuré 




toujours ^nretiens. '^ lis diioient de plus que la maxime fi fa- i/Thuan. 
vorite de Rome , Qu'il vaut mieux petfécurer les Hérétiques que les L. i. N° 4* 
Infidèles , ^ s'accommodoit bien avec les intérêts des Papes , mais 



irui , &c ] En tolérant des gens qui avoient 
été condamnés à Rome comme Héréciqaes« 
&qae le Pape eue voulu quon forçât par 
les aimes à rentrer dans Tobéiflance de l'E- 
glife. Auffi voyons - nous <ra*Aléandre fit 
tout ce qu il put pour empêcher TEmpereur 
cTâCCorder la paix aux Luthériens s & peut- 
être en (ut- il venu à bout, fans la crainte 
que l'on eut de 5o/i/7tif/x , crainte qui obligea 
ks deux Partis de fe réunir pour s'oppoTer 
de concen à Tentreprife qu'il méditoit con- 
tre l'Allemagne. Il eft donc indubitable « 
?ie cette paix fut extrêmement défaprouvée 
Rome i & quoique PalUvicin remarque 
^fki (ênfîment , que Fra^Paolo s'eft mal 
exprimé en appellant cela , pomr la faux 
dans la moiffon (T autrui , la chofe n'étoit 
pas de nature à mériter d'être relevée com- 
me une faute. 

xy. S'il nefcfât affuri des Proteftans , 
îftfif quoiqu'ils diffirent d<s autres dans 
fuelques Rits particuliers — ne laiffentpas 
^ue d*ctre toujours Chrétiens, ] Il y avoit 
ikns doute quelque chofe de plus qu'une (im- 
pie différence en quelques Rits j & les Lu- 
thériens eux-mêmes euflènt été bien âchés 
que Ion crût qu il n'y en avoit point d'autre, 
puisque c'eut été un grand crime de rompre 
l'unité Se la charité pour de (impies Rits* Il 
efk vrai cependant, que beaucoup des prin- 
cipaux articles , qui excitoienc alors le plus 
de contefbtion , n'ont paru depuis que de 
impies difputes de mots. Mais aoffi » il relie 



encore quelque chofe de plus que des Ries ; 
& l'on eu toujours divilë (ùr plu&urs opi- 
nions , qui font peut - être moins eifen- 
tielles qu'on ne dierche à le faire croire , 
mais aufn auxquelles on ne peut ni (è 
(bumettre , ni renoncer au/Iî facilement 
qu'à des Rits , qui de leur nature (ont ailez 
indifSrens. 

I %m Ils difoient de plus , que la maxi-9 
me fi favorite de Rome, Qu'U vaut mieux 
perficuter les Hérétiques qiu Us Infidèles ^^ 
s'accommodoit bien avec les intérêts des 
Papes y &c. ] PaUavicin demande , qui en- 
feigne à Rome cette maxime ? Perfonne 
peut-être , mais on ly pratique a(fez vo- 
lontiers \ & pour peu qu'on life l'Hifloire , 
on verra peut-être plus de guerres enrrepri- 
(ès pour l'extirpation des Hérétiques que 
pour celle des Infidèles , contre lesquels on 
n'a armé que par crainte de leur pui(}ànce, 
& beaucoup moins par zèle de Religion , 
que pour prévenir leurs invafions. A quelle 
autre maxime en effet peut-on attribuer les 
guerres de Languedoc , de Bohème , d'AHOi» 
m^ne , de Flandres & de France , dep«is 
(Ix fiècles , (ans compter celles qui ayoienc 
précédé ? Ne difpotons point At% termes : fi 
l'on n'enfeigne point cette maxime à Ro- 
me « on (ait bien du moins en faire u(àge 
dans rocca(ion s & ce n*eft pas Fra-Paolo 
feul qui l'a remarqué , puifque M. de Thou 
nous apprend que c'étoit le reproche que 
&î(bient les Pxotcfians aux Papes : Onétt» 

P 1 



ïï6 HISTOIRE DU CONCILE 

MDxxvii. nullement avec ceux de la Chrétienté. Quelques-uns même , fans COO'- 
Clem. vil (îdérer les Turcs , difoienc : Que les Royaumes & les Etats ne dévoient 

(' )as fe gouverner par les maximes & les intérêts des Prêtres qui (ont 

es gens du monde les plus attachés à leur grandeur & à leurs commodités^; 
mais par l'amour du bien public , qui exige quelquefois qu'on tolère cenains 
défauts : Que c'eft à la vérité le devoir de tout Prince Chrétien , de faire 
en forte que fes Sujets s'attachent également â la véritable Foi 5 & à l'obia> 
yation de tous les Connnandemens de Dieu » fans faire différence entre l'un 
& 1 autre > mais cependant , que quand un vice ne peut s'abolir fans la ruine 
de l'Etat , Dieu fans douce ne défapprouve point qu'on le tolère : '^ Qu'il 
n'y a pas plus d'obligation de punir les Hérétiques que les Fornicateurs; 
& que fi ceux-ci fe louffirent pour ne point troubler ta tranquillité publicpic^ 
il n'y a pas plus d'inconvénient à tolérer ceux qui ne tiennent pas toutes nof 
opinions : Que quoiqu'il ne foit pas aifé de trouver des Princes qui Payent 
fait depuis huit cens ans , l'on verroit en remontant plus haut , qti*ils s'étoient 
tous conduits de cette manière ; & qu'ils étoienc louables d'en aeir ainfi, 
lorfqu'ils y étoient forcés par la néccflîté : Que Charles ayant tente pendant 
onze ans toutes fortes de moyens pour terminer les différends de Religion 
fans pouvoir y réuffir , on ne pouvoir le blâmer qu'en attendant le remède 
qu'on efpéroit du Concile > il eut établi la paix en Allemagne , pour 
ne pas la voir tomber en ruine : Qu'il n'y a que le prince feul qui 
fâche gouverner fon Etat , parceque lui feul en connoit les befoins r 
& que celui-là le ruinera toujours » qui le gouvernera fdon l'înrérêr 
d'autrui : Et qu'il y auroit autant d'inconvénient à gouverner l'At- 
lemaene au goût des Romains , qu a gouverner Rome au goût des Alle« 
xnanas. 

fiM/R multis perfuafum fitU Cafdrem at* d'ane &ate fe doit me(ur6r {^ la liberté Jiî 

ma contra Turcam parafa ïn Germanos choix y il £iut convenir qae de toutes le^ 

vertijffi peffima fed folcmni & ufitato Poti^ fautes THéréfie eft la moindre. Mais fi Ttf- 

tificibus Romanis , ftcuti Proteftantis jac- bligation doit fe meforer aux inconvénient 

tabant, confiRo , qui eos inter Chriftianos ^ cjui en reviennent à la Société, pour loisr 

qui ip forum nimiam potcntiam in dubium on peut doatef, peut-être, lequel eft le' 

vocant y capitaliori odio quam ipfos Chri- plus tolérable , de THéréfie ou de la Fornî- 

fiiani nominis hoftes ha&cnus femper profit cation. Ceft à ce feul égard que Pallavicin 

cuti funt. eut pu raifennablement attaquer cette ma- 

19. Qu* il ny a pas plus d* obligation de zime : car dire, comme il fait, que c'efb 

punir Us Hérétiques que Us Fomicateurs , donner dans Terreur des Stoïciens , qui égt- 

&c. ] Si cette obligation fe tire de Ténor- loient tous les péchés, c*ef^ avancer lachofe 

mité du crime , il femble qu'il y a moins du monde la plus abfurde ; puifque ceux qui: 

de nécefficé de punir les Hérétiques que débitoientcettedoâ!rine,nectDyoient THé- 

toute autre Cône de pécheurs , puisque l^Hé- léfîe moins punifTable , que parce qu'ils pen- 

xéfie eft une faute toujours involontaire , foient qu'il y avoit moins d.e mal à fuiwer 

& par conféquent plus digne d'indulgence des opinions particulières ^qu à s'écarter desr 

que toute autre. Car perfonne ne fe livre loix de la Morale for l'article de la chafteté» 
foîontairement à Teneur ^ & fi la grandearoa fu r qoelqu'autre de même nature* 



DE TRENTE, Livre I. ity 

Au re(Ve pcrfonne en lifantces cvcnemcns ne doit s'ctonncr de tout ce mdxxxix. 
que difoient fur cela les hommes , & d une infinité d'autres difcours qui Clem, VIL 
\t tenoient alors , parce que ce font de ces chofes qui intcreffenc tout le —■■■-■"'• 
inonde. ^^ En eâtt s'il s*agi(Ibit de favoir fi chaque Païs Chrétien doit 
être gouverné félon fes beloins & fon avantage *, ou fi toutes les Nations 
font tellement efclaves d une feule Ville , que pour lui pfocurer toutes fes 
ailes elles doivent s'épuifer elles-mêmes , & refter dans la défolation ; on 
a vu par la fuite , & on le verra éternellement , que le parti que prit l'Em- 
pereur étoit conforme à toutes les Loix divines & humâmes. Quelque mor- 
«fié qu'en fut le Pape , la grande expérience qu'il avoit des affaires d'Etat 
loi fît bien juger qu'il n'avoit pas fujet de s'en plaindre. Mais réâéchiflant 
en même tems que fes propres intérêts ne s'accommodoient point avec ceux 
de ce Prince , il s'aliéna de lui entièrement. 

XLVII. Charles , après avoir chaflc le Turc de l'Autriche , * rcpaflTa en f^^g^^h^ 
Italie, & vint â Bologne s'aboucher avec le Pape, pour y traiter de leurs ^^^^^^^ 
intérêts communs. Us renou vellèrent leur confédération \ ^^ mais le Pape ne Pape <^ de 

tEmferettr 

^ À BoUgne g 
>o. En tffet » il i*ag!ffblt it favoir fi parence de Religion, que la dlviaon le mit ^ ^^^^i 

éhtquc Païs Chrétien doit être gouverné fe- dans tome TEorope , & qae fè maintient le d^un Ncnc€ 
lonfis hefoins & fon avantage , ëcc. ) C'é- Schifme que les abas des Indulgences firent en AUems" 
toit ta fond le véritable point de la difpute > naître , & qae les nouvelles décidons dtgne, 
& les opinions paniculicres de Luther ou Trente n'ont 6it que fortifier. • Spond. ad 
des Doâedrs qui lont fuivi, nom été que ai. Mais le Pofenefutpas entièrement an. 1531. 
le préteite des divifions. L*abtts que les Pa- fatisfait , tant à caufe de la liberté de Re* N 7- 
pcs Êufoient de leur pouvoir > les profits Si- ligion que l'Empereur avoit accordée en Al* *^^'*'^' ^ J* 
moniaques qu ils tiroient du trafic des cho- lemagne , &c. ) Ce n*étoit pas le feul fujet c ' i* * '*• 
fês (pirituelles » lufurpation qu ils avoient du mécontemenc du Pape , & il 7 avoir plth 
£ûte en matière temporelle fur l'autorité fietns autres intérhs perfonels qui avoient 
des Princes i les richefies immenfes qu'eux recommencé à brouiller ces deux Princes* 
& le refte do Clergé avoient accumulées , U Car Charles ayant été choifi pour arbitre par 
dont ils Ëii(bient un ofage tout contraire à Clément & le Duc de Ferrare , qui fe con- 
l'intention de ceux qui les leur avoient cé« teftoient la pofièffion de Modéne êc de Re^ 
dées t & le foin qu'ils prenoient d'entretenir gio , il avoit décidé en faveur du Duc , cou- 
les peuples dans des fuperûitions inCenCées tre la promefie faite au Pape de ne point 
poorlesretenir dans l'a veuglemcnt,furent les prononcer en cas qu'il ne trouvât pas la 
caufes qui foulevcrent d'abord les Princes juftice de fon c6té. Le Pape ne fut pas 
d'Allemagne , & plufieurs autres peuples a moins mécontent de la décifîon de l'Empe- 
lenr exemple -, parce que l'on vit que c*é- reur au fujet de Ferrare « qu'il adjugea au 
toit moins par zàle de Religion que par ef- Duc, quoique les JurifconfultesieconnuiTent 
prit d'ambition & d'avarice, qu'on perfiftoit le droit du Pape. ( Onuph. in Clem, ) A cela 
a maintenir des maximes évidemment fauf- fe joignirent d'autres mécontentemens par- 
fes & criminelles. De part & d'autre , on fe ticnlier^, comme l'affront fait au Cardinal 
teprochoit des Erreurs. Le prétexte étoit de Médicis , que l'Empereur fit arrêter pour 
honnête. Mais au fond , c'efl parce que n'avoir pas voulu fe conformer à l'ordre 
Rome voiiloit commander comme aupa> donné pour la marche des troupes en Italie^ 
lavant , & que les autres ne vouloient plus Ces motifs & d'autres joints enfemble reiroi- 
obéir fervilement ni j^re la dupe d'une ap- dirent infiniment ces Princes , & la uoor 



ii8 HISTOIRE DU CONCILE 

icDzxzxxi. fut pas encièremenc facisfaic , tant à caufe de la liberté de Religion que l'Em« 

Clbm. VII. pereur avoit accordée en Allemagne , comme on Ta dit , que parce qu'ils ne 

•■■'■''■■■" purent convenir fur l'article du Concile. Ce Prince , conformément aux 

inftances qu'il avoit fait faire l'aimée précédente nar fon Ambalfadeur, 

inflftoir à en avoir un qui pût remédier aux maux de l'Allemagne ; ce qui 

ne fe pouvoir faire , fi les Proreftans n'y étoient pas admis. Le Pape au 

contraire 5 ou n'en vouloir aucun ; ou s'il écoit abfolumentnéceflàired'cQ 

ailèmbler , il vouloir que ce fut en Italie , & que perfonne n'y eue 

droit de fuffrage que ceux à qui ce privilège eft acquis par le Droit Canon» 

L'Empereur étoit adêz difpolé d'en pafler fur cela par la volonté du Pape f 

fi l'on pouvoit trouver quelque moyen de faire goûter cette proportion aux 

Proteftans iSc pour en convaincre CUmcrUyiX lui propofa d'envoyer un Nonce 

f Pallav ^^ Allemagne , ^ qu'il feroit accompagner par un Ambafladeur , pouf 

L.V ç. lu ^^^ 'î o" pouvoit trouver moyen de lever cette difficulté ; avec promeflfe 

que fon Ambaffadeur fe régleroit fur les volontés du Nonce. Le Pape ac» 

ceptace parti, mais fans être tout-à-fait content de l'Empereur \ perfuadé 

qu'il étoit que (i la négociation des deux Miniftres échouoit , Charles préfé- 

reroit toujours la fatisfadtion de l'Allemagne à la (îenne. Il fe réfolutdonc 

dès ce moment de fe lier plus étroitement avec le Roi de France , pour 

fe metrre en état par - U de traverfer tout ce que Charles pourroir pro« 

pofer. 

sieîd. L. ^ ^ exécution de ce que Ton étoit convenu à Bologne , 8 le * ^ Pape en* 

t. pi I jô. voya après Pâques de l'an moxxxiii , Hugues Rangoni Evêque de Reggio ^ 

Pallav. L. conjointement avec l'Ambaffadeur de l'Empereur , à Jean-Frederic Elec- 

î- c- M- teur de Saxe , qui quelques mois auparavant avoit fuccedé à fon pcre, & 

Spond, ad ^^j ^^^-^ comme le Chef des Proteftans. Le Nonce pour exécuter fa com« 

N^ II. miffion lui expofa : Que Climtnt dès le commencement de fon Pontificat 

Fleury , L avoir dcfiré par deffus toutes chofes de voir terminer les différends de 

i34.N**7o. Religion qui s'étoient élevés en Allemagne , & qu'il y avoit envoyé pour 

cela plufieurs [)erfonnes très-habiles : Que cela n'ayant pas réuflî > il avoit 

cfpére que l'arrivée de l'Empereur en Allemagne après fon couronnement 

metrroit entièrement fin aux divifions : Que le luccès n'en ayanr pas été 

plus heureux» ce Prince à fon retour en Italie lui avoit répréfenré , qu'il n'y 

avoit point de remède plus propre qu'un Concile Général , que les Princes 

d'Allemagne défiroient ardemment : Qu'ayant agréé ce moyen , tant pour 

h Spond.ad complaire à l'Empereur , que pour conrribuer au bien public, ^ le Pape 

an. 1555. lavoir envoyé pour concerter avec lui la forme , le tems , & le lieu du 

N** II. futur Concile : Qu'à l'égard de Tordre & de la forme, le Pape Tavott 

Pallav.L3. 

c. 1 5. velle alliance qoc fit Clément avec François Reggio « conjointement avec l* Ambaffadeitr 

/. acheva de rompre le concert qui avoit été de l'Empereur « &c. ] Cétoit Lambert de 

entr*eux, & fie bientôt qa'on ne pen(àplus Briard ^ikÇÀ'^nx du Confeil de Flandres , 

du rout au Concile. qui fe rendit avec le Nonce le i. loin 

tt^ Le Pape envoya après Pâques de l* an mdxxxiii auprès de TEleâcui de Saxe à 

MDxzxiii ^ Hugues Rangoni Evique de Nf^eymai en Tburinge» 



DE TRENTE, Livre L 119 

charge de lui propofer ces conditions comme néccfTaires : La première, que le mdxxxitt. 
Concile fut libre ôc général , & tel que par le pafle les Pères avoient cou- ^'^' ^^^' 
tiune de le tenir : La féconde , que ceux qui le demandoient promiflent • -' 

8c alTuraflènt d'en recevoir les Décrets , fans quoi il feroit inutile de Tadèm-i 
blet , puifque c'eft envain qu'on fait des Loix ^ fi on ne veut les obferver x 
La troifiéme , que ceux qui n'y pourroient aflifter , y envoyaient des Am- 
balTadeurs , pour faire cette promede > & en donner caution : Qu'en atten- 
dant il étoit nécelTaire que tout reftat dans l'état où il fe trouvoit , & 
qu'où ne fit plus aucune innovation jufqu'au Concile : Qu'à l'égard du lieu , 
le Pape , après y avoir fouvent Se mûrement penfé » & avoir confidére qu'il 
falloir choiHr un endroit fertile qui pût fournir abondamment des vivres 
pour une Aflemblée fi nombreufe , èc un lieu fain pour que les délibé- 
rations ne fuflent point fufpendues par les fréquentes infirmités de ceux 
qui y afiifteroient , il ne trouvoit point de place plus convenable que les 
Villes de Piaifance , Bologne ou Mancoue , de l'une defquelles il laiUbit le 
choix aux Allemands. Le Nonce ajouta que fi après cela quelque Prince né- 
gligeoit de venir au Concile ou d'y envoyer fes Ambafiadeurs, & refufoic 
d'obéir à fes Décrets , il écoit jude que tous les autres prifiènt la défenfe de 
TEglife. Puis il conclut que fi l'Allemagne étoit contente de ces propofi- 
ûons , le Pape traiceroit aufii-tôt avec les antres Rois 3 Se convoqueroit dans 
fix mois un Concile , dont l'ouverture fe feroit un an après , afin qu'on eût 
le rems de préparer des vivres , Se que ceux quiétoient éloignés eullênt le 
BCms de fe difpofer pour le voyage. 

L E Nonce * donna fefc propotitions par écrit, & l'Ambafladeur de TEm- ' Pallav. L. 



Mreur les appuya auprès de lEledeur, qui demanda quelque rems pour 5;^- H* 
y repondre. Ce Miniltre 5 qui ne deliroit que de gagner du rems , agréa p m 
oe délai , & en augura un heureux fuccès pour fa négociation. Il ne put Fleury'» L. 



même s'empêcher de louer ce Prince, de ce quil vouloir délibérer â loifir i34.N°7i. 
fiit une affaire qui le méritoit fi bien. Cependant peu de Jours après , TE- 
ledteur répondit : Qu'il apprenoit avec un extrême plainr , que l'Empe- 
reur & le Pape fè fuflcnt déterminés à tenir un Concile pour décider les 
conrroverfes félon les régies de la Parole de Dieu , comme on l'avoir 




qui fuivoient comme lui la Confefiion d'Ausbourg 
noit pas qu'il fît cette réponfe fimsen délibérer avec eux» Se que cela même 
étoit utile pour le bien de lacaufc : Qu'y ayanr une afiemblée indiquée pour 
le 14. Juin , il lui demandoir ce petit délai , pour lui communiquer la 
dernière réfolution qu'ils prendroient en commun fur cette afl&ire. * 3 Le 

1 3 . Z^ Nonce , qui eût fouhaîté que le l'Hiftoire. Car , quelque proteftation que 

délai fût plutôt de plujîeurs années que de fît le Pape de vouloir bien concourir à la 

phifieurs mois , fut fort content de cette re* tenue du Concile , comme il ne loffroit 

mife , &c. ) Cette réflexion que Pallavicin qu'à des conditions qu*on étoit fur que les 

laze de malignité , fe vérifie aiTez par Piotcftans b acceptexoienc pas , on ne peoc 



110 HISTOIRE DU CONCILE 

WDxxxiii. Nonce qui eût fouhaité que le délai fùc plurôc de pluficurs anucçs que dé 

^^*^ * piufieurs mois, fut fort content de cette remife , & en conçut encore de 

k Id ibid. "^^^'^^""^^^ cfpérances. *4 Mais les Proteftans s'ccant affcmblés à Sni^lcalde 

PalIav.Li. ^" ^^^^ çrefcrit , répondirent: ^ Qu'ils remercioient i*Empereur de lapeinç 

c 1 3. qu'il avoir prife de foUicirer \p Concile dans la vue de procurer la gloire do 

Dieu , & de rétablir la tranquillité public^ue *, mais que cette peine feroic 

inutile , (1 ce Concile manquoit des conditions néceiFaires pour remédier 

$iux maux de TAUemagne : Qu'ils défiroient que les chofes s'y décidallènc 

dans Tordre convenable : Que l'Empereur leur ayant promis dans plusieurs 

Dictes , après en avoir délibéré avec les Princes Si les Etats , qu'on le tien«- 

droit en Allemagne , ils efpéroienc qu'il leur tiendroit ce qu'il leur avoi( 

promis : Que s étant découvert beaucoup d'Erreurs à l'occaûon de la prédi* 

cation des Indulgences , le Pape JUon avoit condamné les Doûeurs qui ea 

damni 

très 

que^ 

île puflènt former aucun préjugé , 

teftation non par les Décrétales ni par l'autorité des Scbolaftiques , mais par 
l'Ecriture Sainte ; Que Ci l'on fuivoit une autre voie > c'étoiç inutilement 
Gu'on fe donneroit tant de peine » comme on le pouvoir voir par l'exemple 
de quelques Conciles précédens : Qu'à l'égard df s proportions du Pape » 
elles étoient contraires aux fins qu'on fe propofoi|: , aux demandes des Diètes 
& aux promelles de l'Empereur : Que ce Pontife propofoic un Concile qui 
n'étoit libre que de nom , mais qui réellement feroit captif , fi on ne 

f)QUvoit y reprendre les abus>& réformer la doâ:rine>& qui ne feryiroit qu'à 
e mettre mieux en état de maintenir fon autorité : Que ce n'é^oit pas une 
demande raifonnable , que d'exiger d'eux qu'ils s'obligeafiçntà obferver les 
Décrets du Cgncile , avant que de favoir quel ordre & quelle forme on 
garderoit en les faifant , & fi le Pape & les uens voudroient y être les feuls 
Juges fouverains , & y faire décider les concroverfès ou par l'Ecriture , ou 
par les Loix de ks Tradiûon; humaines ; Qu'il paroiUbit quelque cbofe de 

captieux 

pas donter que toute remife ne lui fut agréa- paearet. Nam hoc tjfc Clemcnti longé gra^^ 

ble , parce que fans fe commettre il fe ùjfimum fciehat ; au lieu que par un refus 

trouvoit ciré d*embarras. Il n*ell pas vrai toute négociation étoit rompue : ce qui eat 

pounant , qu a ce compte il eût dû être plus peut-être été auffi défagréable au Pape qu'un 

content d*an refus , comme le dit Le Car- Concile. 

4inal i parce qu'au moyen d'une fîmplc 14. Mai4 Us PrHeflans sUtant affemhUs 

remife , il ponvoit négocier utilement fans à Smalcalde au tems préfcrit, répondirent ^ 

aucun Concile , comme ç avoit toujours été &c. ] Cette réponfe efl non du dernier de 

fon objet, ainfS que nous l'apprend SUidan Juillet , comme le dit Pallavicin , mais da 

en parlant de la première entrevue de.Bo- dernier de Juin , comme le dit SUidan, JJc 

logne : Cafar — totus eb/peéiahat quemad- delibcrata communi nomine per liuras rif' 

^odum Rdiçionis dijjidium abf^uc Co/^çilio ponfum fiiif uUima dU Junii. 

1/. CVjï 



DE T RE NT E, Livre L m 

captieux dans la demande que le Concile fut tenu félon l'ancien ufage ; mdxxxzu« 
parce que (i par cela on entendoic que tout s'y dût décider parTEcriture , C^**** ^^^* 
comme dans les premiers Conciles , ils ne le refiiferoient pas ; mais que les ; 
Conciles des (iécles fui vans avoient été fort diffërens des premiers > & qu'on 
y avoir trop déféré aux Décrets humains 8c aux Loix des Papes : Qu'ainfi 
cetiû demande étoit fpécieufe , mais qu'elle détruifoit en effet la liberté 
qu'on demandait ôc qui étoit tout-à-fait néceiïàire dans l'affaire préfente : 
Qu'ils prioient l'Empereur , que tour fe pafsât d'une manière légitime : Que 
îDUS les peuples étoient dans l'attente ôc l'efpérance du Concile , & qu'ils 
le ibllicitoient ardemment par leurs vœux 8c leurs prières ; mais que ce feroic 
pour eux un grand fujet d affliâion & de peines , (1 on éludoit leur attente 
par la tenue d'un Concile tout différent de celui qui étoit demandé & pro- 
nus : Qu'il ne falloir point douter que tous les ordres de l'Empire » ôc tous 
les autres Rois ôc Princes > ne fuffent réfolus comme eux de ne point fe laif* 
ta captiver par les liens dont on vouloit les retlèrrer davantage dans un tel 
Concile ^auquel fi on abandonnoit entièrement le ménagement de tout , ils 
wmettroient à Dieu le foin de leurs intérêts , & penleroient a ce qu'ils 
-aoroient à faire : Que néanmoins (i on les y citoit en leur donnant des furetés 
légitimes , ôc qu'ils viflcnt qu'ils puflènt y faire quelque chofe d'utile pour 
leièrvice de Dieu , ils ne laidèroient pas d'y comparoître, mais àcondi- 
non de ne point confentir aux demandes du Pape, ni aux décidons d'un 
Concile qui ne feroit pas conforme aux Décrets des Diètes de l'Empire. 
Enfin ils prioient l'Empereur de ne point prendre en mauvaife part leur ré« 
Iblmion , & de ne pas travailler à fortifier la puifTance de ceux qui depuis 
plufieurs années perlécutoient cruellement des innocens. 

Les Proteftans ^ fe réfolurent non-feulement d'envoyer leur Rcponfe / sicid. L. 
au Pape & i l'Empereur, mais encore de la faire imprimer avec la Pro- 8. p. I^^. 
^j^tion du Nonce , <jue le Pape même jugea imprudente ôc trop peu cou- ^^^^î^o'^^ 
verte. C'eft pourquoi il le rappclla fous prétexte de fa vieilleffe , & de ^^'^•' '^' 
t'impuiffance oui! etoit de foutenir la fatigue de cet emploi % ôc lui fubflitua 
Verger Nonce auprès du Roi Ferdinand , avec ordre de fuivre les mêmes Inf- 
truàions , d'être extrêmement attentif à ne point s'écarter fous quelque pré- 
texte que ce fut de fes intentions , & de n'écouter aucun tempérament , 
quand même Ferdinand Vtn foUiciteroit 5 de peur qu^ cela ne le jettât im- 
prudemment dans quelque embarras ÔC dans la nécefllcc d'afTembler un Con- 
cile : ce qui ne convenoit ni aux befoins de l'Eglife , ni aux intérêts du 
Siège Apoflolique. 

XLVIII. Cependant le Pape qui avoit prévu la rcponfe qui devoit 'Entrevue 
^enir d'Allemagne, & qili dès l'entrevue de Boloene avoit pris des dé- *('' ^^^^^ 

C j 1 K» ^ * \ r ' \ r ' ' * ^ n - du Rot de 

iiances de l^mpcreur , renonça tout-à-fait a Ion amitie ; parce que ce Prmce, Yrance à 
" à qui avoit été remis l'arbitrage d'un différend qui étoit entre le Saint Siège MarfeUe. 
£c le Duc de Ferrare au fujet de la Principauté de Modène & de Reggio > m Guîc- 
a voit jugé en faveur du Duc de Ferrare. *^ C'eft ce qui engagea le Pape ciard.Lxi?. 

^j. C'eft ce qui engagea le Pape a s'allier avee Ja France , ôcc. ) Ce mariage avoit été 
X O M E L Q 



MDXXX1II. 

Cl£m. vil 

n Sleld. L. 
5. p. 154. 
Pallav.L.}. 
c. 14. 

Paul. Jov. 
Hift.L5i. 



111 HISTOIRE DU CONCISE 

i s'allier avec le Roi de France -, & pour fortifier davantage leur Alliance ^ 
^^ ils concluccntle mariage de -Wf/jri fécond fils de France , zwcc .Catherine 
de Midicis petite-nièce de Sa Sainteté ; & le Pape " vint à Marfeille s'abou.» 
cher avec le Roi potir mettre la dernière main à leur négociation. Ce 
Pontifi: voyant quetoutle monde délkproavoit ce voyage, comme entrepris 
uniquement dans la vue d*aggrandir la Maifon , fans aucune vue du.bictt 
public, *7 tâcha defe juftificr en publiant ® qu'il ne sy était ergagé.quç 
dans :1c deflfein de porter le Roi a favori fer le Concile pour rextinûion 
de THéréfie de Luther, Mais ilcft vrai. pourtant , qu*entr'autres chofesdonc 
ils traitèrent, «-^ il foUicita le Roi de faire enforte que les Protcft ans & 



propof6 il y avoir déjà quelques années , 
comme Ta obfervé Pallavic'm s mais il y a 
bien de l'apparence que les mécontentemens 
qui augmentoienc entre le Pape.& l'Empe- 
xeur , donnèrent lieu de l'accélérer & de le 
con(bmmer. 

i6. Ils conclurent le mariage de Henri 
fécond fils de France , avec Catherine de 
Midicis petite nièct de Sa Sainteté. ) Cette 
Piince0e fi célèbre dans THiftoire de France , 
encore plus par fon ambition que par Ùl 
beauté & (on efprit , écoîc fille de Laurent 
de Médicis Duc d'Urbin , & arrière-petite- 
&le du célèbre Laurent de Médicis le redau- 
laceur des Belles-Lettres & des beaux-Arts 
en Italie. Il n y eut que la paflîon qu'eut 
François L de mettre le Pape dans (es incé- 
lêts , pour être en état de recouvrer plus 
aifémenc & plus furement le Duché de Mi- 
lan , qui lui fit choifir pour fon fils une al- 
liance ù disproportionnée à fon rang , & 
dont les fuites fe trouvèrent par 1 événement 
fi défavantageufes à la France. 

17. Tâcha de fe juflifier en publiant qu'il 
ne s* y étoit engagé que dans le deffein de 
porter le Roi à favorjfer le Concile , &c. ) 
Guicciardin ne parle nullement du Con- 
cile, mais il dit feulement que Clcment pour 
juftifier ce voyage difoit , qu'il ne l'avoir en- 
trepris que par la vue du bien public. Sfor- 
ij^avafi il Ponteficc di perfuadere à c'iafcuno 
d*andare â qiiello ahboccamento principal" 
mente ptr praticare la pace , trattare la 
imprefa contra gV Infidcli , ridurre à buo- 
na via il Re d* Inghiiterra , 6* finalmente 
' folo per gV intercfjî communi. Ma non po- 
tendo diffîmulare la vera Ctigione , &c. Mais 
ce Pontife eut beau difiimuler y perfônne n'y 



fiit trompé ; 8c on vit bienr6t que le mariage 
de {à nièce étoit le principal bue de ce voya- 
ge , & que le Pape avoic du moins autant 
en vue les avantages de (a famille , que le 
bien public. 

iS. Il foUicita le Roide faire enforte que 
les Proteflans , & principaletnetu U Laad» 
grave de Heffi y qui devoit aller en Frati^. 
ce y fe défifUtffent de la demande d'un Conr* 
eiû , &c. ) Sleidan , qui !• 9. nous parle 
êc de l'entrevue de Clément avec François /• 
& du voyage du Landgrave en France , ne 
nous apprend rien à ce fujet , 6c le fait me 
paroît aflez douteux. Car quoique le Pape 
eût réellement de Téloignement pour le Con- 
cile , il n'eft pas naturel de croire qu'il eâc 
voulu que les Proteflans l'en fbup^onnaflenty 
comme ils n'eufient pas manqué de le faire » 
û François eût follicité fur cela le Landgra- 
ve , qui auroit bien jugé qu'il ne le ùdGAt 
quepour faire plaifir au Pape. Auffi 'en too- 
tes occafions Clément fit toujours entendre 
aux Proteflans, qu'il étoit prêt de convo- 
quer le Concile : mais comme c'étoit à des 
conditions qu'ils n'^éoienc pas , il trouva 
toujours moyen de l'éluder, (ans leur mon- 
trer qu il le defirat. Au contraire nous voyons 
par nos Hifloriens , comme le remarque le 
Continuateur de *M. Fleury , L. x 5 4, N* 
1 3 1. que François I, propofa au Landgrave 
de faire agréer aux Protefhns la tenue du 
Concile aux conditions marquées par le 
Nonce ; & il efl bien plus naturel de croire 
que ce fut à la follicitation du Pape , pour 
qui le Concile n avoir plus rien de dange- 
reux , fi les Proteflans cuflènt accepté ces 
conditions. 



DE TRENTE, Livre L 113 

principalement le Landgrave de Heffè , qui devoir aller en France, fedé- mdxxxiix.. 
aftallcnt de la demande d'un Concile , & chcrchaflent quclqu autre voye ^^®*** ^^^ 
pour accommoder les différends , leur promettant de les féconder de bonne — — ""-^ 
toi & de tout fon pouvoir 5 quand il en feroit tems^ 

Lb Roi en parla donc au Landgrave -, mais il ne put rien obtenir de ce 
Peiace , qui lui die qu'il n')r avoit nul autre moyen de prévenir ladéfo- 
lacion de l'Allemagne que la tenue d'un Concile , & qu'on ne pouvoic y- 
renoncer fans fe jeccer volontairement dans une guerre civile. Sur quoi le 
Roi infifta pour qu'on fe contentât au moins que le Concile fe tînt ea 
Italie. Mais cecte demande fut également cejetcee -, \cs Allemands trou- 
vant que ce parti étoit pire que le premier , qui leur attireroit feulement 
lagùer/e*, au^lieu que celui-ci les réduiroit à une manifefte fervitude cor- 
poielte & fpirituelle , à quoi l'on ne pouvoir remédier que par un Concile 
tCQU dans un lieu libre; Que cependant par condefcendance pour Sa Ma^ 
fdké ils ceilèroient d'inHlter à ce qu'il fe tînt en Allemagne , pourvu que l'on 
conièntît à le tenir dans un lieu libre hors de l'Italie , quelque voikn qu'il 
en put être. 

Au commencement de Tan mdxxxi v , le Roi rendit compte au Pape de 
ce qu'il avoit fait , & s'of&it de faire agréer Genève aux Proj^ftans. Le Pape 
à cette nouvelle , incertain (i en cette occaHon le Roi quoique ion Allié &c 
&n parent s'étoit peu foucié de le voir dans l'embarras , ou fî fa prudence 
oirdinaire l'avoir abandonné > Jpgea qu'il ne devoir pas fe fervir ciavantlage. 
de ion entremife dans cette a&ire ; êc ib contentant de le remercier de la 
peine qu^'il avoit prifb , fans> dite un mot de Genève, il rafliiiraceux de 
là Cour que cette propo(ition avoit allarmés, en leur promettant que rien^ 
au monde ne fèroit capable de le faire confentir , comme il s'exprimoit ^ 2^ 
cette folie. 

Cbpenikant, au-lieu de regagner rAllemagne , le* Pape perdit encore 
cette année l'obéifTance de l'Angleterre, ^^ pour s'être conduit dans une 
a&ire pl&tôt par reilentiment & par paflîon » ^pie iclon les* régies de ù 
pnidenoe (inéceflàire dans les- choies» importantes. Comme cet événement 
ar été cbniidérable Se par lui- même & encore plus- par (es fuites , il 
eft nécelTaire , pour le bien faire connoître , de remonter jufqu'â fbn ori« 
gihc. 

' ar9. Pouw 3* krc conduit dsns ww^airt coii.tre le mariage XAnru 4e Boûn , qne. 

jhi&ffar reffentiment & parpaffion',. que^ beaucoup de Catholiques & la plupart des 

fiUm Ut règles de- la prudence , &c« ] La^ Pitoteflans jugeoîent criminel. Loiamème 

cendjaecflèfzizioiFra^Paolo de la con«^ de croire que Clément aie montré de la 

diitce de Clément • ne paroic pas toat-à-^it partialité contre Henri en faveur de Charles^ 

équitable. Car fi on ne peut pas dire qae- îonpeatdire qu'iiétoit natoreilement plus 

ce Pape ait foivi exaâ:ement tontes les Idx. porté poorle Roi d'Angletene quepour TEm* 

de la prndence- dans TafËûre da divorce de peieor avec qui il étoit alois aiTez brouillé^- 

Henri VIII , on doit encore moins affiner 8l qu'il n a condamné le premier , que 

qae ce foit pnr paffion d» par rtfflaitvmnt patce que raiIbnnabJement il a,e pouvoir pas 

qu il l'air condamné , & qu'il air pionoiicé\ l4bfib]dre;< 

Q * 



114 HISTOIRE DU CONCILE 

idDxxxiY. XLIX. î<> Henri FUI. Roi d'Angleterre, P avoir époufé avec une di^ 

CiEM. VIL pçnfe jç /^/^^ // ^ Catherine Infante d'EKpgne , veuve à* Arthur Prince de 

jj .T^,jw Galles fon frère aîné, & fœur de la mère de Charles- Quint. Cette Princefle 

JR« iTilji- ^voit été grofle plufîcurs fois •, mais ou elle avoit eu de fauflfcs couches , on 

gUterreyrt- les enfans avoient peu vécu , & il ne reftoic de fon mariage avec Henri 

fudie C4- qu*une feule fille. î* Ce Prince, ou par haine contre l'empereur , ou par 

r^mVf# iç j^(jj d*avoir des enfans mâles , ou par quelque autre raifon que ce puiflè 

&fi^^!ire ^^^^ * ^^^^^ P^^^ quelques fcrupules delà validité de fon mariage , & aprè» 

élê CEgtife ^^ avoir conféré avec fes Evèques , iifefépara de lui-même de fa femme. 

Romsune. Les Evêques follicitèrent la Reine de conlentir au divorce , difant que !» 

/ Slcid. L. difpcnfe de /tf/w //. n'étoit ni valide ni véritable. î* Mais cette Princeffè 

P fl ' ^L. ^^^^^^ ^^ ^^ rendre à leurs fenrimens eut recours au Pape , à qui le Roi 

c I f . & 17! s^^ddreda de fon côté pour demander la cafTation de fbn mariage. CUmcru , 

Burnec <iui étoit alors à Orviète , fe flattant de mieux réuflir dans fes deflèins ^ & 

Hift. Ré- les Rois de France & d'Angleterre continuoient â le fevorifer en inquiétaac 

form. Part. ITEmpereur dans la poflèllion du Royaume de Naples , envoya en Angle- 

^ rerre le Cardinal Campige , auquel conjointemenr avec le Cardinal d*I&rck 

il remir le Jugement de cette anaire. 3 3 Henri reçut de Romc& de ces Car-- 

dinaux des efpérances que le Jugement luiferoit favorable. )4 Etpoar fâci* 



) G. Henri VI H , Roi S Angleterre j avoit 
ipoufe avec une difpenfe de Jules II , Ca- 
therine Infante d'Éjfpagne , &c. ] Elle étoic 
fille de Ferdinand Roi d'Arragon » Se d'/- 
fabelle Reine de Caftille , Se foeur cadette 
de Jeanne meie de CharUs-Quint. Cette 
PrincelTe » auflî diftingoée par Ùl venu que 
par fes malheurs, & par les révolutions aux- 
quelles ce mariage donna lieu dans la faite , 
avoit époufiE en première^ nocesArthur 
Prince de Galles , frère aine de Henri ; & 
ce fut ce qui fît douter enfoice de la validité 
du fécond mariage. 

)i. Ou par quelque autre raifon que ce feroit favorable. ] Ceft (ans doute for ces- 



fe (ut tout d*an coup adreOS à Tes Evèquet ^ 
& qu'ils eulfent déclaré fon mariage mw*^ 
llde, il eût eu plus de moyens de juftifier 
(à conduite. Mais qu'après avoir reconnu. • 
Clémentpoax fon Jii^e, il ait paflé outre (kn^ 
attendre la fentence, &ait décliné ce Tti* 
bunal pour en dioifir un autre , c^eft ce qui 
eft contraire à toutes les loix , & qui moor 
tre que ce Prince fe conduifoit bien moinr 
dans cette aâire par fcrupolè, que fat' 
paflion. 

35* Henri reçut de Rome & de ces Car^^ 
dinaux des efpérances que le Jugement 



puijfe être ^ Bec. ] La paiCon de Henri pour 
Anne de Bolen eut fans doute autant de 
pan à cet événement y qu'aucun des autres 
iiioti($ qu'allègue ici notre Hiftorien. Ja- 
mais Prince depuis cet engagement ne fie 
paroitre plus d'intempérance & de cruauté 1 
& ceux mêmes qui étoient les plus portés à 
condamner fon premier mariage , n'ont pu 
juftifier la mémoire d'un Prince , qui fur la 
fin de (à vie viola toutes les loix de la ver- 
tu , de l'humanité ^ & de la bienféance. 

3 1. Ztfi Reine — -. eut recours au Pape, à 
firi le Roi s'adrejfa de fon côté , Sec* ] Si 

Henri (ans recoanoitze le Tribunal du Pape 



efpérances y que ce Prince preflbit fi fisnle 
Jugement dénnitif , qu'il eût (bllicité plus 
froidement , s'il n'eut eu quelque lieu de' 
croire qu'il lui feibit avantageux. Il avoir 
encore plus de rai(bn de fe le per(iiader ,. 
s'il eft vrai ce que rapporte Bumet, que 
Clément encore prifonnier à Rome avoic: 
promis au Secrétaire Knight qu'au(fi-tdc qu'il 
feroit en liberté , il donneroit au Roi la &^ 
tisfadion qu'il feuhaitoit » & que Cangfége: 
le fiata de la même efpérance. Bumet , P. ?•. 
L. 2»p« 47. 

34* Et pour faciliter la chofe & acMtrtr 
U Juge§tent , U Pape fit drefferuaBref--^ 



DE T R E N T E , L I V R E L iif 

litcr la chofc & accélérer le Jugement , le Pape fit drefler un Bref <l avec les mdxxxxv. 
clauiès les plus amples qu'on eut jamais employées dans aucune Bulle , ^^**** ^^ 
lequel il dégageoit le Roi de fon mariage , & le déclaroit ^libre *, & le 



Gulc- 



firef fuc envoyé en Angleterre avec ordre à Campegc de le préfenter au cîard.L.i^. 
Roi 9 auflîtôt que Ion auroit fait quelques preuves , qu'il étoit très-aifé de Pallav.Li. 
£ùre. Tout cela fe paiTa en mdxxviii. Mais enluite Clément , pour c i;. 




'Angleterre , 3î il envoya en mdxxix. rBiini.P.r« 
François Campana en Angleterre , ' avec ordre à Campigc de brûler le ^ *• P* ^^ 
Bref, & de procéder lentement dans cette affaire. Le Cardinal commença 
donc i tirer les chofes en longueur , & à faire naître des difficultés à Texécu- 
rion des promeflès faites au Roi. Henri perfuadé par-là , qu'il y avoit de la 
œlluiion entre fon Juge & fes ennemis , fit confulterle cas dans lesUniver- 
fitcs d'Italie, d'Allemagne, & de France, où il trouva des Théologiens» 
qui opinèrent les uns pour la validité , & les autres pour la nulaté da 
mariage. 3^ La plupart des Théologiens de Paris prononcèrent conformé- 
jnent aux inclinarions de Henri : mais plufieurs crurent que les préfens de ce 
Prince avoient plus influé fur leur décifion , que fes raifons. 

par kfud il dégageait le Roi de fon mariagt , cagioni pure auencnti à qutlla caufa , ma 

ftc ) Cécoit le fentiment général de ce con commeffione al Campeggio che abbm^ 

temf-U y & Guicciardin l'acre en termes ciajfe la BoUa ; il che bencke différée 

pofitifi. Fece fecretijpmamente una Solla d'effequireper ejfere fopravcnuu Uinfernd* 

decretale declaratoria che il matrimoniofojfe ta del Pomefice , guarendo poi mife ad ef- 

invalida , laquale dette al Cardinal Cam» fetto il comandamento fuo. Mais qaoi qu'il 

peggio , &gli commife che moflratale al Re en foit de la vérité de ce Bref^l'ordre aa moin» 

& al Card. Eboraccnfe dicejfe havere com,' de tirer cette affiiire en longaear eft certain ^ 

wùffione di publicarla , fe nel giudicio la Se Pallavicin en convient. En cela CUmenè 

€ogni{ione délia caufa non fucccdejfe prof agilToit ave<^ beaucoup de prudence, parce 

/icnfm^Ar^.Cependant le Cardinal Pallavicin qu'en diflèrant le Jugement, la mon de Hen^ 

niele £ut y mais for des xaifons qui me ri on de Catherine^ qui pouvoit arriver , 

paroiflènt trop foibles pour nous convain- eut terminé le dif!îrend (ans aucun rifqne.. 

cre de fa faaUetc , quoiqu'elles foient aflêz 3 6* La plupart des Théologiens de Paris 

ipécieufes pour le rendre doutenz. Je ne (ai prononcèrent conformément aux inclinations 

néanmoins fi 1 on peut demeurer dans le de Henri , 5cc. ] Mais non fans foupçon 

doote après la leâure des lettres de Henri d'avoir été gagnés par argent. Et Pari-- 

'VUI , . de Wolfey » & de Cajfati y rappor- fienfes quidem , dit Sleidan L. 9. videbantur 

tées par Burnet , & qui toutes fuppofent approbare , non fine largitionis fufpicione , 

clairement la réalité de ce Bref. Bum. P. !• ficut alii plerique. La plupart des Univers 

Coll. of Records, L. i. N^ i^.& 17. fités dltalie & de France, foit perfuadées^ 

^$•11 envoya en uDxxix François Cam- parles raifons de ce Prince, (bit gagnée» 

pana en Angleterre avec ordre à Campége par fes libéralités, opinèrent pour le mime 

de brûler le Bref ^ £• • de procéder lentement parti. Mais en Espagne, en Flandres, & dans 

dans cette affaire. ] C^ ce que continue les Païs-Bas on décida pour la validité ; &en 

d'afliirer Guicciardin, Manda, dii-Uy Fran- comparant les rai(bns , il femble que c'é- 

cefco Campana injnghilterra alCardXam- toit le pani le plus jofte & le plus honnête. 

peggio dmofkando al Re mandarlo per altre Bum.V. Xt C9llio£Keco2[dS| t. a, M^ ^^ 



j 



ii<f- HIS'TOrRÉ DV CONCILE 

Mblrtf^iV; Cependant le Pape , oti pour obliger TEmpcreur , « ou par crainte que 
CleAi. Vir. jç Cardinal d^Yorck ne fît pàflcr quelque A<Ste contraire à ks^ intentions , ÔC 

j I pour tirer Camphgc d'A'ngleterrc , évoqua à lui-même la connoiflTance de cette 

iV^N^A^i Caufe, Le Roi impatienté par ces longueurs , foit pour avoir pénétré les 
rânâv*. L * aftifiees du Pape', fbit pour quelqu'autre rai(bn , publia fon divorce avec 
X.C 17. VdMrine , )7ge: épouùijinne de BoUn en mMxxiii : la Caufe demeucanr 
I<L L. j. totijburs entre lés- mains du< Pape , qui, pour contttnter TEmperear , &ne 
^' '^ point oïFehfer le* Roi, s'étoit réfola de procéder lentement. C*eft pourquoi 
l'on traita plûcèc de quelques incidens que du fond d&rafiàice ; 3« ⣠U dis- 
pute s'étant bornée d'abord' à l'Article des Attentats , le Pape prononça fim« 
plemeht cotitre le Roi , qu'il ne lui avoir point été permis de fe fejpacer de 
la femme, de fa propre autorité fans Pintervention du Jugpr Eccléuaftiquc, 
y^ Henri informée cette Sentence fecoualobéifTance du Pape au commsn-^ 
t Pallav. L. cernent de l'an Mbixxi v , & défendit à tous fes Sujets de porter doréna« ' 
D ^ M^ vant de l'argent à Rortic , Se de payer le Denier de S. Kerre. Cette nou> 
up. cm. ^jj^ confterna lirGour de Rome , \&c on penfa immédiatement à y remédier. 
Qtitlqnelç-unsétoientd'avistfe fulminer des Cenfures contre le Roi, ^ 6c 
d'interdire à toutes^ les Nations Chrétiennes le commerce fd^'Angleterre» 
Mais d'autres jngelbient plus k propos de teraporifer , ôc de ménager quel- 
que accommôdenhént par l'entremife du Roi Très-Chrétien , & cet avis 
pfh^\}»V €e Prince y confeAtJt 8c envoya ^ Romei'Evèque de Pasis poue 
tcf^ttët d€ l'âcdommôdên^t' at^ec' lè Pape. Cependant oa pn>céd6il^ toujoucs 
â Rome â l'exametï de k Caufe -, mais lentement , 8c dans la oéibltition det 
n'en point venir aux Cenfures , que TEmpereuï n'eut pris les armes pour 

^7. Xe Roi — époufa Anne de Bolen en nonce fur la validité da preoiîer mariage^ 

MDxxxiii. ] Ce lïiariage fe fie fecretepienc II n'étoic nullement qtieftion dans cette 

éh le mois de Novembre 1/3 &• Mais il ne premiàre Sentence , de favoir fi ce premier 

£it publié qu au mois de &lai x n 5 > ^P^^ mariage avoit été valide ou non. Mais on 

la Sentence de divorce que prononça Cra/t' y condamnoit /implcmenr Henri, pour ttk 

mer Archevêque de Cantorbery » qui aux avoir contraflé un fécond de (on amorîtf , 

inftances du Roi prit fur lui le jugement avant que le premier efit été jugé invalide, 

de cette affaire , quoiqu'elle fît toujours ou que ce Jugement eut été poné par un 

pendante à Rome , dont le Roi &Ia Reine Tribunal compétent, 

avoient reconnu le Tribuital. Burnet^ F« i* 3.9. Itcnri informé de cène Sentence^ 

L. 1* p. 1)1. Une relation citée par M, Le défendit à tous fes Sujets de porter darin^^ 

Grand f nous apprend que Aouland Lee vant de l'argent â Rome ^ & de payértk 

qui fit ce mariage « ne le fit que fur Taf- Denier de S. Pierre,] Lés Hifterient ntf 

uiranceque lui donna Henri ^ quelel'ape déterminent pas bien préclfément qoellè 

avoit caflé par fi Sentence celui qu'il avoit efl la valeur que Ton doit entendre par 

conttafté avec Catherine tArragon. ce Denier , Se l'on ne fait pas même bien 

%%.Et la dijpute s étant bornée Sabord quelle eft la première origine de cette. Ifr^ 

à V-articU des Attenats , &c.] Ceft à dire, devance. Polydort Virgile ^Sîeidan aplif 

à favoir fi la Cauft demeurant toujours lui l'attribuent au Roi //i4i en DCCXL',Ârlt 

entre les mains du Jhipe , Henri avoit pu fixent à un écu d'argent. Mais il y^a' (ufceaf 

légiomemenc fe féparei de fâ femme & en deux points tant d'incenitude, que leplo^^ 

époofer une autre, avant quon eut pro- eft d'attendre fur cela plus d*éc]a§rdliefnta& 



DiE ÎTREN T E , LivxE I. 117 

les foacçnlr. La Caufe.écoic pacci^ée en xxiii Accicics \ 6c onexamiQqic.^Iors, Hî>X3Ksnr^ 
fi le Prince Arthur avoir eu commerce avec la Reii^e Catherine. Çeçtc <Uf-^^^w..YII. 
cuffion dura ^ jufqu*après la moirié du Carême^ quon reçut nouvelle â ' 
Komele 19 de Mafs que Ton avoir publié ço Angler^c un Libelle violent Hift^^ 
çQWiP le Papc.A: coure V.Çour de ftqme , .4^ quenr^préfence ^>Roi &c de Réf. l. x. 
ix)u|C la. Cour on î^vçir.r^préfenié une,Com64iepù:ion cpurnqir le Pape ^ p. 13^, 
jRHEis IfisCacd^inauK pi •ciqiçiile. 40 .Ççla les ^ni(n^ rejlemqnr tp^s > ;quon P^ll^^-I^-j* 
pç^jpiuU^Sçutçpce, jpfutpïibUécleAii. du.raç^ mpis dapsje Con- ^ '^ 
iiftoke > :& qi^ .déclarait ^v^li^ ic .n^^^age de If^à 8c ^^Cathcrinc , or- ^^^'Jf 
^ODQoit a,a Roi 4c, U .rjBpcçûdic,, & le.dçnogsqic çjxçpminuwc , sïl oc N^ j. & 
Je faiibit pas. (êq^. 

if Pape 41 lac tarda piajsifcçépenîir 4c ceucw?^ Ç^rjiy.joui» 

nprès iLreçut dos lcççfçs4a'ÇU>i Jc;Çrai|cç>'quifuiit^ four 

«lettQit/à la>Sonrfinee-prQnoocéc fur j'ATticlcfi;? ArKçnft«rj9cqtt!U4toitptcc 
Je i^entrcr d^ns l'pbéiilançfi du S. Siège , ppiurvu que Içs Ç^ainïUix qui lui 
-^coicnt fufpei^s ne ftiflcftr point Juges dans cette affaire,, 8c ^u.Qnenvoyâc 
Â.Ombrai des perfonnes ^fCi non fufpeâes pour piendre les informations. 
Jùnri même avoitdéja envoyé fes Procureurs à Rome pour agir en fon nom 
.dans fa Caufe ; ôc CUmP^ cherchoit quelque pcétej^ic pour fufpendre la 
.SçQcence que L'on avpit précipî^içe » & reprendre la .Caiiiè en fon enrier% 
Mais Henri ayant va Ja^cqtcoce 1 dit : Que U choie lulimportoit peu : 
jQâe le Pape feroit Evèque de Rome > ^ lui ifçul Maître de fon JRoyaume : 
Qu'en cela il fuivroit l'ulage ancien de l'Eelife Orientale : Qu'il ne cef- 
JfeîQit pas dette bon Chrétien, &. qu'il ne JaiHèroit point entrer dans fon 
;Royaume ni l'Héréfiede Lfithcr^ ni aucune autre 5 ce qu'il exécuta effec- 
tlivement. Il publia. donc un* Edit , ^ où il fe déclara Chef de l'Eglife Angli- ^ Spon(I.a<! 
•cane il menaça de mort . quiconque diroit que le Pape a quelque au- î^o*"*'^^^ 
:tQrité en Angleterre ; il chafTa les Collecteurs du Deoicr de Saint Pierre ; ^' 
f& il fit approuver tour cela par le Parlement , oii Ton ordonna encore , que 
tous les Evèchés d'Angleterre reccvroient leur Confirmation de l'Arche vê- 

40. Cela Us anima tellement. tous , quon û court > 8c les fuices fi importantes , qa on 

-précipita la fentence » qui fiu.publide le 24 :ne peut (ans la <ienii(^re partialité pour Ko- 

hU Mars,] Ou plutôt le x^ , comme le nie ezcuf^r Clément d'imprudence & de 

ipfouve le Cardinal P.2//tfvicia par les Aâes .précipitation, quand .même on convien- 

:Coi3iî()x>xiaax 9 & comme k marquent droit qii*iln a rien donné au xeiTentimentl^ 

Sliidan, L. 9» & Bumet ^. x. L. r..p. à la vengeance. 
1 J ^» 4*' Car fix jours offres il reçut des lettres 

^u Xi 'Pape ne^tarda pas à fe repentir de du Roi de France , &c.] Ceft ce que die 

€eue précipitation,] Quoi qu'en dife Palla- l'Auteur Anglois de la Vie de lienri VI IL 

-vicin, on ue peut juftiiier Cinntf/i/ d'un lAzxs Guillaume du Bellai àziiiksiAcmoï' 

excès d'imprudence en cette eocafîbn. Car resdicqoe le Courier arriva feulement deux 

'pQifqu'on attendoit inceflamment le retour jours après , & Bumet le marque de même. 

•du Courier dépêché en Angleterre , on ne Peut-être que />tf-P<joib marque (»x jours ^ 

^pouvoit fe difpenfer d attendre la rcponfe , parce que du Sellai avoit eÉfe^vcmenc 

quelle qu'elle put être. Le délai devoir être demandé lix jours de délai. 



xi8 HISTOIRE DU CONCILE 

Msxzxnr. que de Cantorbcry , Se que le Clergé payeroit au Roi tous les ans la iommé 
Clem. vil de I jo , ooo livres ftcrUng pour la dcfenfe de TEtat contre qui que ce pue 



être. 



^) Cette aftion du Roi fut interprétée fort diverfement. Les uns ju<- 
geoienc qu'il avoir agi très-prudemment de s être tiré de la fujettion de 
Rome j ians faire aucun changement dans la Religion , fans courir le rif- 
que de faire ibulever fes peuples , & fans fe remettre au jugement d'an 
Concile. Car outre la dimculté qu'il y avoit dans un tel jugement 9 il y 
avoit tout d craindre pour lui » puifqu'on ne voyoit pas comment un Con- 
cile compofé d'Eccléfiaftiques ne feroit pas toujours favorable à la puiflànce 
du Pape , qui eft le foutien de leur Ordre , & par le moyen duquel ilsfe 
trouvent fupérieurs aux Empereurs & aux Rois , auxquels ils feroient alTu- 
jetcis fans lui, qui eft leleul qui ait cette fupériorité fur les Princes. La 
Cour de Rome foutenoit au contraire , qu'on ne pouvoir pas dire qu'on n'eut 
rien altéré dans là Religion , puifqué Ton avoir changé le premier & le prin- 
cipal article , qui eft Ta Supériorité du Pape , & que ce ièul changement 
ièroit naître autant de féditions , que tous les autres points enfemble. L'é' 
vénement confirma cette conjeâure. Car ffenrî pour le maintien de fon 
Edit fut forcé de procéder rigoureufement contre pluHeurs de fes Sujets » 
qu'il honoroit auparavant de fon amitié & de fon eftime. L'on ne peut ex- 
primer le déplainr que fenrirent Rome Se tour l'Ordre Eccléfiaftique , de 
voir un fi grand Royaume fouftraie à l'obéiflànce du S. Siège \ ic ce fiit 
un exemple bien éclatant de l'inconftance des chofes humaines , dont (bu- 
vent celles mêmes qui ont produit de plus grands avantages , portent auffi 
dans la fuite de plus grands préjudices. Car les Difpenfes de mariage & les 
Senrences de divorce accordées ou refufées avoient beaucoup fervi par le 
pafTé à enrichir le Pontificat, lorfque les Papes à l'ombre du nom de Vi- 
caire de Jefus-Chrift , ayant ou aucorifé un mariage inceftueux , ou difibos 

on 

43. Cette aHion du Roi fut interprétée mêmes qui écoîenc les plus portés à l'exco^ 

fort diverfement.] Il eft alTez naturel de le fer , comme les François , Se ceux qai 

croire, fui-toat dans la difpoficionodétoient avoient décidé contre la validité du pre« 

alors les efprits en Europe. Les Proceftans la mier mariage , ne voyoient cependant qu'a- 

louèrent , comme propre à introduire la vec peine que Henri eue poné les choies à 

Réfbrmation dans un Royaume où die cette extrémité < & quoique peat-trre ils ne 

n*avoit point encore pénétré > 6c quoiqu'ils fulTent pas bien convaincus de cette Pri* 

n^approuvalTent pas le motif qui avoit porté mauté de Droit divin que s attribooient les 

Henn à cette démarche, ils n'en étoient Papes, du moins eaffent-ils été bien aifes 

pas n^oins portés à la louer à cauTe des que pour conferver la paix Se Tanité^ on ne 

îuites qu'elle pouvoit avoir , Se de 1 atteinte touchât pas à cette fubordination , qui (bb- 

qu'elle portoit à l'autorité du Pape. Les Ca- £ftoit depuis tant de fiècles , & que le Prince 

fholiques généralement la condamnoient , ne s'attribuât pas an titre & une autorité 

comme une déclaration ouverte de Schif- jufque-lâ inconnue dans l'EgliCe , Se donc 

ine, & d'un Schifme qui ne dévoie fa Henri fit dans la faite on aflèz uiawais 

naiflànce qu a une pailion cxioûnelle. Ceox ulage. 

4+. Lorfyuc 



DE TRENTE, LiYKfiL ri^ 

un mariage légicime pour donner lieu à un autre » avoienc fourni anrPrin- mdxxxiv. 
CCS des prcrcxtes de s'emparer de quelque Principauté , ou de firuftrcr les C^^**- VII. 
droits des autres Prétendans , & les avoientinterefles par-id tant eux que ■"■■■■™" 
leur poftérité à défendre leur propre autorité , fans laquelle ce que ces Prin- 
ces avoient fait eut été condamné , & leur poftérité regardée comme illé- 
gitime. Quoi qu'il en foit , on ne peut difcon venir que le malheur qui arriva 
cette fois ne fut un efïèt de la précipitation de Clément , qui ne fçut pas en 
cette occaHon ménager fon autorité ; & qui> s'il eut plu à Dieu lin iailfec 
£iire ufage de fa prudence ordinaire , eût pu tirer un grand avantage de la 
même chofe qui lui caufa une (î grande perte. 

44 Lorsque TEmpereur de retour en Allemagne eut appris de que' le manière 
le Nonce Rangonizvoit négocié l'affaire du Concile, 4^ ii écâvic a Rome pour 
le plaindre y de ce qu'ayant promis aux Allemands de le faire aifcmbler » . 
te étant convenu avec le Pape de la manière dont il falloir s'y pendre j^ ^^^ 
pour traiter avec les Princes , les Nonces s*y étoient pris d une manière toute 
différente , 4« de forte que les Protcftans croyoient qu'on avoit voulu les 
tromper ; Se il orioit i la an Sa Saintetéde vouloir trouver quelque expé« 
dientpour fatisraire l'Allemagne. 47 Ces lettres furent lues dans le ConfiC- 



44. Lorfque l'Empereur de retour en Al- 
lemagne^ écc] L'Empereur ne tevinc en Al- 
lemagne qu après la mon de Clément Vll^ 
& même après Texpédition d'Afrique qui ne 
it fit que Tannée fuivante, 

^%* Il écrivit à Rome pour fe plaindre , 
&c*] Je ne fai fur quels Mémoires nocre 
Hiftorien avance ce fait. Car ^ comme 
robferve fçrt bien Pallavicin , il eft alFez 
difficile de comprendre de quoi l'Empe- 
reur Ce (èroit plaine, puifque le Nonce 
n*avoit négocié que de concert avec l'Am- 
baflàdeor de ce Prince, qui avoir appuyé 
Rangoni dans toutes Tes proportions , & 
qui même, félon Sleidan L. 8. avoit prié 
l'Eleveur de Saxe d^ajouter foi à tout ce 
que l'autre lui avoit propofé. Et quoniam 
ÙU de re tota fit abundè locutus , non ej/e 
quod ipfe pluribus agat : Pctere autem ut 
narrationi fidem habeat , 6' henevoU ref- 
pondeat. Il y a donc peu lieu de croire que 
l'Empereur fe foie plaint de la ncgocia:ion 
de Rangoni , fi ce n'eft peut-être qu'on 
veuille penfer que l'Empereur n'ctoit pas 
content des Inftruiflions qui avoient été 
données à ce Nonce , & qui ne lailïbienc 
pas efpcrer que jamais les Proteftans con- 
ïentilTent à aucun Concile (bus les condi- 
tions que propofoic la Cour de Rome* ta 

1 O M £ L 



chofè poftirroit bien être vraie en ce (ens » 
& l'Empereur n'auroic fait femblanc d'être 
mécontent du Nonce, que pour n'en pas 
rejetter la &ute fur le Pape même. Mais 
quoi qu'il en foie, il &ut que la négocia- 
tion de Rangoni ait déplu au Pape ou 2 
l'Empereur , puifque peu après il fut rap<- 
pelle, U que Verger lui fut fubftitaé dans 
le même emploi. 

4^. De foru que les Proteflans cnoyoîenl 
qu'on avoit voulu les tromper, to.J C'eft 
eSèdivement la plainte qu'ils faifoienc 
dans leur réponfe: Et laqueum illum atque 
vincula , qua Pontifex ipfis induere cogi* 
tat , longijffimè répudient — Quam enim 
ille molitur obligationem , ejfeplenam cap-- 
tionis & injîdiarum. Fra-Paolo ne dit pas 
que cette plainte fur jufte , & il ne le £iicpas 
dire à l'Empereur. Il rapporte fimplement 
la chofe , & l'on voit par $leidan qu'elle eil 
affez certaines. 

47. Ces lettres furent lues dans le Con-- 
Jiftoire du 8 de Juin.] Selon Pallavicin , ce 
furent les lettres non Je l'Empereur , mais 
de Ferdinand y qui furent lues dans le Con- 
fidone , non du 8 mais du 10 de Juin s Se 
il n'eft fait mention dans les Ades Confîfto- 
riaux d'aucunes lettres de Charles^ ni dans le 
Confilloire du 8,ni dans celui du 10 de JuiJi» 

R 



130 HISTOIRE DU CONCILE 

MDzzxzT. toire du 8 de Juin. 4» Et comirc quelques jours auparavant * l'on avoîi 
Clem. vil reçu nouvelles, que le Landgrave de Hefle avoir enlevé le Duché de Vir- 
■■"""^ tembeig au Roi Ferdinand pouv le rendre au Duc l///ic fon légitime Maîrr^ 

*o ^N°'' ^' ^ ^^°*^ ^^^^^ '^ ^^^ ^ ^^^^^ ^^ P^^^ ^^^^ '^^ Protcftans , plufieifrs Car- 
Slcjd. L^^! dinaux furent d'avis , qu'après un tel avantage remporté par les Luthériens, 
' il étoit nécelFaire de leur donner quelque fatisfadion cfFedive , fans les 
amufer davantage par des paroles artificieufcs : d'autant plus qu'il étoit à 
craindre , que a le Pape ne trouvoit quelque expédient pour dégager la pro- 
mciïè de l'Empereur , ce Prince qui avoir promis le Concile ne le trouvât 
obligé d'avoir quelque condefcendance , qui fcroit encore plus préjudicia- 
ble d l'Eglife. Mais le Pape ôc la plus grande partie des Cardinaux , qui 
voyoicnt qu'il feroit impoflible de faire accepter aux Luthériens un Concile • 



p. 137. 



tel 



qui convint aux mtcrcts ^^ 



s de la Cour de Rome , & qui étoient déterminés 
M Pallav. a n'en point agréer d'autre , fe réfolurent de répondre à l'Empereur : » Qu'on 
L }.c.i6. fcntoit bien Timportance dafTembler préfentement un Concile Général , 
6c qu'on étoit prêt de le convoquer , pourvu qu'on pût le célébrer de ma- 
nière qu'il pût produire les bons effets que le befoin requéroit : mais que 
voyant naître de jour en jour de nouvelles brou illeries entre lui & le Roi de 
France , & des diflenfions ouvertes entre les autres Princes , 4^ il étoit né- 
ceffaire de tout concilier avant que d'aflemblcr le Concile , qui fans cela 
ne produiroit aucun bon effet , dans un tems fur - tout où les Luthériens 
tout fiers de la viûoire de Wirtemberg avoicnt toujours les armes à la main» 



4%, Et comme quelques jours auparavant 
ton avoit reçu nouvelle , que le Landgrave 
de Hejje avoit enlevé le Duché de JFirtem- 
terg au Roi Ferdinand , &c.] A en croire 
Pallavicin , notre Hiftorien fe trompe en 
dîfant qu'avant le Confîdoirc du S de Juin 
on avoît eu nouvelle que le Landgrave avoit 
enlevé leDuchéde\5^irtemberg iFerdinand^ 
puilqne la paix entre ces Princes ne fut 
faite que le 29 de Juin > félon Sleidan. 
Mais je ne vois aucune con{?quence de 
l'un à l'autre , ni aucune contradiction à 
dire qu'on avoit eu nouvelle à Rome que 
le Duché de Wirtemberg avoit été enlevé 
iès le commencement de Juin , quoique 
la paix ne fe fit qu'à la fin du même mois. 
Ce qu'il y a de vrai , c'eft que cette guerre 
ajant commencé dans le mois de Mai , 5c 
l'Armée de Ferdinand ayant été mife en 
déroute des le 1 5, la guerre finit prefque 
auiïi-tôt qu'elle avoit commencé , par la 
reddition volontaire de toutes les Places à 
leur ancien Seigneur. Ainfi ceft à tort 
que le Cardinal cenfuie ici Fra-Paolo , 



qui ne s'eft écarté for ce point ni de la vé- 
rité ni de la vraifemblance. Il eft vrai que 
dans le Confîftoire du 10 de Juin on ne 
pouvoit pas avoir nouvelle de la paix , qui 
ne (ut faite que le 19. Mais il femble que 
notre Hiftorien parle plutôt de la nécef- 
fîté où Ferdinand fe trouvoit de (aire la 
paix , que de la conclufîon mhne de cette 
paix : ou fi c'eft de cette conclufion qu'il 
parle, il faut avouer que Pallavicin a eu 
rai fon de relever fa méprife en cette cir- 
conftance. 

^^.11 étoit nécejfaire de tout concilier 
avant que d'aJlembler le Concile.] Ceft ce 
que reconnoît Pallavicin lui-même , Forf- 
qu'en parlant des délibérations du ConfiC" 
toire tenu le 10 de Juin , il dit que tous 
les Cardinaux convinrent unanimement de 
la néceflîté du Concile , mais qu'on ne pou- 
voit le tenir que préalablement la paix ne 
(3t établie entre les Princes Chrétiens. E 
perche le ueilità fperabili dal Concilio dovt^ 
vano havera per fondamento lapact i quefis 
nel primo luogo fi procurajjk. 



DE TRENTE, Livre L 131 

L. Mais toutes ces négociations au fuiec du Concile furent toat d'un mdxxzit. 
coup interrompues par la raorc ^ de CUmcnt , qui î® après une longue ma- ^^"' ^^^* 
ladie termina fcs jours dans le mois de Septembre , n à la grande fa- ^ , 
tifïaâion de fa Cour. Car quoiqu'on admirât en lui une gravité na- clément 
curelle, une économie admirable , &c une grande habileté dans rartdedif- vil , é" 
(Imuler *, on le baiïlbit cependant à caufe de fon avarice , de fa dureté > éUHion dt 
& de fa cruauté , qui s croient encore plus fait remarquer depuis fa ma- ^V^\ ^//v 

ladie, 9. p. n8. 

Durant la vacance du Siège , c'eft la coutume des Cardinaux de dredèr spond. ad 
certains Articles de reformation » qu'ils jurent tous d'obferver , s'ils devien- an. 1554. 
ncnt Papes*, mais que l'expérience montre qu'ils jurent fans aucune inten- N"* 17. 
cion de les obfcrver , ne manquant pas de dire après leur exaltation , ou P^"*^-L«J- 
qu'ils n'ont pu s obliger, ou que le Pontificat les dégage de leurs proïncf- q^j^^^^j^ 
ies. L'un des Articles donc , qui fut propofé dans le Conclave après la l. lo. 
mort de Clément , fut : Que le Pape futur feroit obligé de convoquer le 
Concile dans le terme d'une année. Mais ces Articles ne fiirent ni confir- 
més ni jurés. Car le jour même ^ que le Conclave fut fermé , qui étoit le 1 1 e Rayn. 
d'O&obre î* , on élut Pape à Timprovifte le Cardinal Farnéft^ tJ quiadaiLi5 54. 
pris à fa création le nom èi Honoré K. qu'il changea dans fon couronne ^ *• 
ment pour celui de Paul III. Pontife qui avoitde bonnes qualités , ^4 mais ^"'xjSi^ 

3 ui n'en eftimoit aucune à l'égal de fa diflimulatioru II etoit alors Doyen jj^J^o^ L. 
u Sacré Collège, ^ & l'expérience qu'il avoir acquifedans les affaires , i.N^ ii« 

Spond. ad 

Mais il pâTwt Bc par les A^es Confîftoriaax , *"^ ' ^ ^ ^ 
& par les Relations de ce Conclave écrites ^ ^^ 
par àts perfonnes qui y écoient préfentes. 



f 0. Qui après uru lonpu maladU ter- 
mina fes jours dans le mois de Septembre.^ 
Ceft à dire, fel©n Onuphre , le if de ce 
mois. 

^i.A la grande fatisfaêlion de fa Cour,] 
Ceft ce ou allire Guicciardin. More odio- 
fo alla Coru , fofpetto à Principi , 6» con 
fama piu prejlo grave & odiofa che piace- 
vole , ejjendo riputato avaro^ dipocafade^ 
& alieno di natura da beneficare gli huo- 
mini. Et PalLzvicin confirme ce jugement 
en di(ànr que fa mort (ixt reçue avec au- 
tant de joie que fon éledion. Fu fentita 
con altretanta allègre [{a, con quanta già 
Ufua ele{iione. 

^imLe 12 £OElobre on élut Pape â Vun- 
provifte U. Card, Farnèfe] Il fut clu le i j : 
mais la méprife de Fra-Paolo eft affez légè- 
re , parce que Icleâion fe fit la nuit du ix 
au I ) , & pour cette raifon pludeurs la mar- 
quent au II. 

f 3 . Qui prit à fa création le nom d^ Ho- 
nore VJ\ Ceft ce que dit Fra-Paolo , fur 
l'aucoiité de quelques Auteurs mal inftruits* 



qu il prit 'le nom de Paul dès le moment 
de fon éledion. Ceft donc avec aufll peu 
de fondement que M. de Thou L. i. die 
quil prit d*abord le nom 6! Onuphre.' Le% 
mêmes autorités fervent à réfuter Tune & 
Tautre méprife. 

f4. Mais qui n'en ejlimoit aucune J 
régal de fa dijimulation,] Au moins Ptf/- 
lavicin convient que c'étoit lopinion 
qu'on avoir de ce Pontife : Cojî la fama 
che Paolo havea di prudente , fe dapprima 
riputar à i Politici ch'egU finge(fe ; mais 
il foutient en même tems , qu on n en 
jugeoit ainfi que parce que rarement le 
monde (ait distinguer la difUmuIation de 
la prudence. 

f $, L'expérience qu'il avoit acquife dans 
les affaires fous les fix Pontificats précé- 
dens7] C eft à dire , (bus ceux ^Alexandre 
VI, Pie III y JuUs II, Léon X, Adrietf 
VI, & CUment VIL 



iji HISTOIRE DU CONCILE 

mxTcxiv. où il avoît eu beaucoup de part fous les fix Pontificats précédens , lui 
Clïîm. VII. gj juger qu'il ne devoit pas faire paroîtrc , comme fon prédeceflcur ,' 
,p .. qu'il craignît le Concile, Au contraire il croyoit ** qu'ilf étoit utile pour 
1^ , ç j^' (es intérêts de montrer qu'il le défiroit & le vouloir abfolument : étant 
bien certain d ailleurs qu'on ne pouvoir le forcer de le tenir dans un 
lieu ou d une manière qui lui fut défavantageufe , Se que quand il feroit 
nécelfaire de l'empccher , loppofition de la Cour de Rome & de tout l'Or- 
dre Eccléfiaftiquc lui en fourniroit afTez de moyens. Il jugeoit même , que 
cela lui ferviroit encore à conferver la paix en Iralie , qui lui paroilloit 
néceflaire pour gouverner avec tranquillité •, & que le prétexte du Concilô 
t'aideroit à couvrir beaucoup de chofes , & à s'excuferde faire celles qui 
ne feroient pas de fon goût. C'cft pourquoi au(Titôt après fon éleâion if 
donna à entendre, que quoiqu'il n'eut point juré les Articles qui avoient été 
dreffes, il étoit néanmoins réfolu d'obferver celui de la convocation du Con- 
# Rayn. ad cile , fâchant de quelle néceflîté étoit uoc telle AlTemblce pour la gloire de 
an. I j 34. Dieu & l'avantage de l'Eglife.^ Le 1 6 d'Oftobre t^ ayant donc convoqué une 
^ *' Congrégation générale de Cardinaux , 'qui ne s'appelle Confiftoire que 
guand le Pape eft couronné , il leur en fit la propofition. Il leur repréfentar 
fortement , qu'on ne pouvoir différer de convoquer le Concile , pnifqu'on 
ne'pouvoit fans cela rérablir la bonne intelligence entre les Princes Chrétiens, 
fld Ibtî ^^ détruire les Héréfies r &: qu'ils dévoient tous examiner avec attention , 
]sîo / ' comment il feroit à propos de le célébrer. Il députa même ^ trois Cardt- 
naux en parriculier pour délibérer du tems , du lieu , & des autres chofes 
qui regardoient cette affaire , avec ordre de lui en rapporter leiu^s avis dans 
le premier Confiftoire qui fe tiendroit après ion couronnemenr. Et pour 
commencer a faire naître des con traditions dont il pût fe prévaloir au 
befbin , il ajouta que comme l'Ordre Eccléfiaftique devoir être réforme 
par le Concile » & qu'il n'étoit pas convenable que l'on y réformat les 
Cardinaux , il falloir qu'ils commençaflent à fe réformer d'eux-mêmes ; 
étant déterminé à tirer tout le fruit qu'il pourtoit d'une Affemblée, dont les 
Décrets auroientpcu de vigueur , s'ils ne donnoient les premiers l'exemple. 
CoMWE c'cft la coutume des nouveaux Papes a accorder aifément 
les premiers jours de leur exaltation quelques grâces aux Cardinaux , & 
principalement à ceux d'une grande naiflance , ^7 le Cardinal de Lorraine 

fé.Le î 6 d*0(iobre ayant donc convoque de France, que le Pape lai refiifa honnê-»- 

une Congrégation générait de Cardinaux , tement. Lotharingus Cardinalis GaUicam 

&c.] Se fon /?ijy;i<2/</Mj , cette Congrégation Legationem ad fe transferri rogavit^fièî 

ne fe tintqne le 17. certo pollicitus illum in tanta animi alie^ 

S7* Lt Card, de Lorraine 6* les autres nationt eam rem non fibi negaturum. At 

François le prièrent au nom de leur Roi Farnefius nondum plané Pontifex , id de* 

d* accorder au Duc de Lorraine la nomic corifuo convenire negans ^ preces ejus non 

nation des Evichés , &c.] Onuphre ne dit audivit. Ce Cardinal de Lorraine étoit 

rien de pareil, mais il nous apprend que oncle du célèbre Charles Câïd, de Lorraine ^ 

ce Cardinal demanda pour lui la Légation qui fie tant de biuit fous les règnes fuivans» 



D E T RENITE, L I VR E I. , i^f 

te les autres François le prièrent au nom de leur Roi d'accorder au Duc «oxxxit; 
de Lorraine la nomination des Evêchés & des Abbayes de fes Etats ; Se la ^^^ ' 
République de Venife avoir envie de faire la même demande. Mais le 
Paperépondir : Qu'il écoit néceflaire dans le Concile quon devoir célé- 
brer , d oter aux Princes une nomination , que fes prédécefleurs avoient 
accordée avec rrop de facilité *, & qu'il ne falloit pas multiplier les abus , ôc 
accorder à préfent une chofe , qu'il étoit fur qu on révoqueroit en peu de 
cems dèshonorablement pour lui. 

LI. î^ Dans le premier Confîftoîrc qu'il tint le 1 1 de Novembre , s Le noU'*^ 
il remit fur le tapis l'affaire du Concile , & dit : Qu'avant toutes chofes y^'*P^f^ 
il falloit procurer l'union des Princes Chrétiens , ou du moins qu'ils ^^^'^^f^'*^^^ 
naflent quelque afliirance que pendant le rems de fa tenue ils ne 1^^^^^- defiA tUrt* 
droient point les armes : Que pour cet effet il leur vouloir envoyer à ions formation ^ 
des Nonces, pour traiter avec eux de cet article, & de tous les autres é» *«vm> 
dont les Cardinaux avoient fait mention. Il rappcUa auffî d'Allemagne ^' ^^^" 
Vtrgtr ^ pour être informé de l'état des chofes en ce païs , ^^ & députa ^^ jJJ^** 
les Cardinaux de Sienne , de S. Séverin , & Ce^/is^ cires des trois Oxàx^ propcfir u 
du Sacré Collège, pour délibérer fur l'affaire de la réformarion. Il ne te- Concile, 
noie même auam Confiftoire, où il ne parlât long-tems fur ce fujet, & iPallar. 
où il ne répétât fouvent qu'il étoir néceflaire de commencer la réforme par ^ 3* c» 17* 
fa Cour & principalement par les Cardinaux ; difcours que les uns attri* 
buoient â un bon zèle & au defir (incère d'en voir quelques effets , & que 
d'autres prenoient pour un artifice , croyant qu'il n'en ufoit ainfi que 
pour engager fa Cour Se les Cardinaux à faire naître des obflacles au 
Concile , afin d'éloigner par- là la réformation. Et ce qui le faifoit croire 
davantage , c'eft que dans le choix des trois Cardinaux qu'il avoir char- 
gés de délibérer fur ce point , il n'avoit pris ni les plus zélés ni les plus 
expéditifs , mais au contraire les plus lents Se les plus tranquilles du Sacré 
Collège. 
LU. ^^ M A I s il donna bien plus a parler , ^ lorfqu'au mois de Dé- Tromottnt 

de Cardi- 

f S, Dans U premier Confiftoire qu'il tint ans , & Gnî-Afcapie Sforce , dgé de 16 y »^^*'. 

U %2 de Novembre fuivant , &c.] Selon les &c.] Ce fut le 1 » de Décembre i f 5 4 , ^ ^^- ^hidr 

A^te Confiftoriaux cités par Pallavicin , deux mois après fon éledion , qu'il fît l^J^' 

Il ne le tint que le 1 5. cette promotion, que le Cardinal PaOavi- \L '^. . 

^^1 Et députa les Cardinaux de Sienne y cin tâche d'excufer cdmme il peut, c eft p ""F**- *^ 

'de S. Séverin , 6» Céfis , &c. ] Auxquels à dire aflez mal , en difant qu'un tel ex- p. ' • 

Fra-Paolo eut du ajouter les Cardinaux ces de tendreffe ne feroic pas on défaut j,* m» 

Ghinucci ScSimonète^ aufli-bien que Ja- dans d*autîes que dans un Pape. Mais en ^ ' 

eobacci alors Evêque de Caffano & depuis qui ne condamneroit-on point le choix de 

Cardinal , & les Archevêques de Nicofie deux enfans pour occuper une dignité , 

& d*Aix y conmne on le voit par un Bref dont la fonélion ne confiée à rien moins 

de Paul II J cité par Pallavicin. qu'à partager avec le Pcipe le Gouverne- 

<^0. Mais il donna bien plus à parler , ment de rÈglife UniverfeÛe , & à lui don- 

iorpptau mais de Décembre fuivant il créa ner des confeils dans les affaires du monde 

Cardinaux Akxandre Farnèfe âgé de 14 les plus importantes ? Ne feroitcc poiuc 



134 HISTOIRE DU CONCILE 

iCDxxxty. cembre fuivant il créa Cardinaux AUxandn Furnkft âge de quatorze ans » 
PAPtllL ^ Gui-AJ'cagru Sforcc âge de feizc , ks pecirs-tils -, le premier , fils de 
*"■■—"■ Louis Farnhjc fon fils-naturel \ Se Tautre , de Confiance fa fille- naturelle : 
difant à quiconque parloir de leur jcunelTe , qu'il y fuppléoit par fon âge 
décrépit. Dès-lors s'évanouirent l'attente que Ton avoit de voir réforaicr 
les Cardinaux , & la crainte qu'en avoient quelques uns , puifque c'euc 
été par l'âge &c la naitfance de ceux qu'on de voit ciécr , qu'il auroit fallt^ 
commencer. Le Pape lui-même cclFa depuis de parler comme auparavant 
de réforme , ne pouvant plus fe mafquer apte; une a^ion de cette nature. 
Cependant la propoficion du Concile rcftoit toujours fur le même 
pied*, & dans le Confilloire du i(S de Janvier mdxxxv, Paul ùtixn long 
& fort difcours pour exciter les Cardiîiaux à prendie quelque réfolution 
fur ce point , difant qu'en procédant h lentement c'éroit donner à enten- 
dre au monde , que tout ce que l'on en avoit dit n'étoit que des paroles 
Se un appât , mais que réellement on ne vouloit point de Concile. U 
f Id.L 15^. parla * fur cela d'une manière lî pa:hé:ique>que tout le monde en fut ému. 
N** I. Il fut donc réfolu dans ce Confiftoire d'envoyer des Nonces à l'Empe- 
reur , au Roi de France , & aux autres Princes Chiétiens , avec ordre de 
leur expufer que le Pape & le vSacré Collège étoicnt absolument déter- 
minés pour le bien de la Chrétienté de tenir le Concile , Se les exbor- 
coientàle favorifer, & à afTurer la paix Se la tranquillité publique pen- 
dant qu'il feroit aflfemblé ; mais de dire qu'à l'égard du tems & du heu , 
Sa Sainteté n'avoir encore pris aucune réfolution fixe. Ces Nonces avoienc 
outre cela une Inftrudtion fecrette de fonder adroitement la pcnfée des 
Princes pour le lieu *) afin que lorfqu'on connoitroit leurs intérêts Se leurs 
vues, on put les oppofer les uns aux autres , ^* & que le Pape tût plus 
en état de faire préférer celui qu'il vouloir cboifir. Enfin ils avoient ordre 
de fe plaindre de ia conduire du Roi d'Angleterre , & s'ils y voyoient 
quelque ouverture , d'animer les Puiflances conrre lui , & de leur offrir 
ton Royaume. 
Vergiff Lni^ berger ^ entre autres fut renvoyé en Allemagne avec une com« 
AlU^^ «tf °^^''^®" P^^5 particulière de fonder les vues des Proteftans fur la manière 
trMte Mvèe ^^ flairer dans le Concile , & de faire fur cela ce qu'il jugeroit néceflàire. 
Luther. ^^ U fut chargé même de traiter avec Luther y Se les autres principaux 
k RayiLad , 

l^\i U" dé&at dans d'autres que dans on Pape, ne (ai pourqaoî M. Amelot a omis cet 

Spood. ad ^^ ^^^^ ^^ ^^^ choix 5 & quelle eft la nv>- endroit , qui ne paroît point du tom in»- 

an. I c 3 r . ^^^^ ^^ Cardinal , s'il la cru ? Il £iut avouer tile. 

N° 10. 9^'i^ * ^^ Evangile tout particulier pour 6i. Il fut chargé même de traiter avec 

Pallav. L. les Papes, & qu'il eft auflî diflScile de Luther, Sec] Il y a lieu de douter de la 

}. c. x8. Texcufer dun excès de flaterie, que Fra- vérité de cette ciiconftance. Car il paroic 

Paolo quelquefois d'un peu tiop de aia- & par une lettre de Verger , & par le lap- 

lignité, port de Seckendorf, que cette rencontre 

^i. Et que U Pape fût plus en état de fut purement accidentelle. Cependant Slei^ 

faire préférer celui qu'il vouloit choijir.] Je dMi (èmble infinuer, que la vifite de Lit* 



DE TRENTE,LxyRE I. ijy 

Prédicateurs de la nouvelle dcn^rine , & de travailler à les amener â quel- uûxitTT» 
^ue accommodement par toutes fortes de promeflTes , & en leur oftirant ^^^^ ^^ 
toutes fortes de partis. Le Pape blâmoit en route occadon le Cardinal CVi- ■■^■■■«* 
Jéian d avoir rejette à Ausbourg en mdxviii Tofïre que lui faifoit Luther 
et ^ar<ler le (ilence , pourvu qu on Timpofat en même tcms à fbs adverfai* 
res ; & il condamnoit la dureté de ce Cardinal , qui en exigeant opiniâtre* 
ment une retraâation de cet Auteur , Tàvoit rédoit à un défefpoir qui 
ftvoit déjà tant çoutfé à TËglife Romaine , & qui lui couteroit encore la 
moitié de fon Autorité. Il difoit qu'il ne vouloir pas imiter Lion , qui s'é^ 
toit figuré que les Moiiies étoient des inftrumens propres pour accabler les 
nouveaux Dofteurs en Allemagne : Que Texpériertce & la raifon avoienc 
Élit voir combien il s etoit trompé : Qu'il n'y avoit que deux moyens pro- 
pres à rcrminer cette affeire , qui étoient la force & la négociation j & 
qu'il les employeroit , voulant un accord à quelque prix que ce fût , pourvu 
qu'on mît à couvert l'Autorité Pontificale. Et comme il difoit qu'il avoir 
be(bin pour cela de gens de mérite & d'expérience , ^J il créa le n de 
Mai fix Cardinaux , & peu de jours après un feptiéme , tous gens fort 
eftimés à Rome. * De ce nombre fut Jean Fisher Evcque de Rochcfter , / Rayn. 
alors prifonnier en Angleterre pour avoir refufé de renoncer à l'obéiflfànce N° 7. 
du Pape. Dans le choix que Paul fit de lui , il confidéra que c'étoit faire Spond. 
honneur à fa promotion , que d'y joindre un homme favanr , & qui avoit ^^^ ^^ 
fi bien mérité du Saint Siège par la perfécution qu'il foutenoit pour fa dé* 
fcnfc ; & il fe figuroit d ailleurs que cette nouvelle dignité le rendroic 
plus refpcdtable au Roi , en même tems qu'elle augmenteroit (on crédit 
parmi le peuple. Mais elle ne fer vit ™ au contraire qu'à avancer fap ^'^^^^ 
mort , ^4 ayant eu la tète coupée publiquement quarante - trois jours p* ^e^J' 
après. 



iher fe fît de propos délibéré : Quum in 
ea Legaùone Lutherum quoque witumbir- 
pt convenijfet ; expreflîon qui ne paroïc 
pas défîgner une rencontre fortuite , mais 
qui en même tems n'eft pas exade , puif- 
jjoe ce ne fut ^s' Verger qui alla trouver 
Luther y mais Luther qui vit Verger dans 
le Château , & à qui il fîit pré(èntc par le 
Gouverneur. 

6 } . // créa le 21 de Mai fix Cardinaux , 
&c.] Savoir Nicolas Schombergh Archevè- 
^edeCapoue, Simonète Auditetrr de Ro- 
te, Ghinueci Auditeur de la Chambre Apo(^ 
tolfqne , Jean du Bellai Evêque de Paris , 
Jean Fifher Evêque de Rochefter, Gafpar 
Contarini , Se Marin Caraccioli Protono- 
taire Apoftolique. Fipier fat crée le même 
)dui que les (u autres. 



64, Ayant eu la tête coupée publique* 
ment 43 jours après,] Il y a ici une mé- 
prife. Car Fifher fut exécuté le 12 de Juin 
fîiivant , & par confïquent le 3 5 jour après 
fa promotion. Je ne fai pourquoi M. Ame- 
lot traduit -40 jours après : car cela n*e(l 
conforme ni à Ff^-Paolo , ni à 1« vérité. 
Au reAe ce Prélat , recommandabie par &: 
capacité , fa venu » fon • defintéreffementv 
de (à fermeté à s*oppofef aux caprices dé- 
raifonnablesdVin Prince violent & empor^, 
mourut d'une manière qtli répondit à fâ 
vie î c*eft 4 dire , avec an courage & une • 
religion qui feront toujours honneur à fâ 
mémoire , & dêskonoreront toujours fon 
perfécuteur. Il mourut à r4ge de ^ «ns , 
après une prifon des>plusdan!6 te desptds 
criantes. 



MDXXXY. 



tié HISTOIRE DU CONCILE 

Qu£LQ.UE démon ftracion que fît le Pape de vouloir un Concile t tel 

Vaul III. QUI p{;^ contenter l'Allemagne &c fervir à la ramener j cependant toute la 

^ CoMT de Rome , & ceux même avec qui ce Pontife en traitoit plus confia* 

demmcnt, difoient qu'on ne pouvoit le tenir ailleurs qu'en Italie; que par*- 

tout ailleurs il ne feroit pas libre , & qu'en Italie on ne pouvoit choifir 

d'autre Ville que Mantoue. 

f^crger étant de retour en Allemagne , commença par traiter avec Fer^ 
dinand , puis avec ceux des Proteftans qui vinrent alors trouver ce Roi 

1)our leurs affaires : après quoi il fit un voyage exprès pour négocier avec 
es autres. Mais il ne tira d'aucun d'eux d'autre reponfe » finon qu'ils en 
confulteroient enfemble dans TAfTemblée qu'ils dévoient tenir à la fin de 
l'année , & lui rendroient en commun leur réponfe. 
n Slcid. L La propofition du Nonce étoit : ^ Que le tems du Concile tant dé(tr£ 
g. p. 143. ^i2LVii venu , ^ï le Pape vouloit traiter avec l'Empereur & les Rois férieu- 
i\6AV^ ' fement & non en apparence , comme on avoir fait auparavant , pour le 
' tenir : Que pour ne pas différer davantage , il avoit jette les yeux fur Man- 
toue , comme on en étoit convenu deux ans auparavant avec l'Empereur : 
Que cette Ville appartenant à un Feudataire de l'Empire > & confinant 
avec les Terres de l'Empereur & des Vénitiens, ils dévoient fc regarder 
en parfaite fureté dans cette Place , outre que le Pape & l'Empereur leur 
donneroient toute forte de caution : Qu'il n*étoit point befoin de parler de 
la forme & de la manière de traiter dans le Concile , parce que cela ie 
règleroit mieux lorfqu'il feroit aflfèmblé : Qu'il ne pouvoit nullement k 
tenir en Allemagne , où il y avoit tant d'Anabaptiftes » de Sacramentai-» 
res , & d'autres Sedtaires pour la plupart fous & hirieux : Qu'il n'y auroit 
pas de (ïïrecé pour les autres Nations d'aller au milieu d'une multitudç fi 
puifTante , & d'y condamner leur doârine : Qu'il étoit indifférent au Pape 
dans quel lieu il fe tînt \ mais qu'il ne vouloit pas paroître forcé , ni qu'on 
le dépouillât de l'autorité de prelcrire le lieu du Concile Général , dont il 
étoit en poflèiïion depuis tant de (iécles. 

^^ Dans ce voyage f^crger fut trouver Luther à Wirtemberg , le traita 

très- 

éf.Le ape Pvoutut iraittr avec VEmpe* 
nur £• Us Rois fcrieufement & non en ap* 
psrence , comme on avoit fait auparavant , 
Sec.] Non quidem ad fpeciem , fed ferio & 
rêvera , comme le ^it SUidan L. 9 s preuve 
que y quoi qu en dife Pallavicin « le Pape 
ctoit ailèz perfuadé que ju(que-li les pro- 
çneflès du Concile n ayoient pas été fort fin- 
cères. 

66* Dans ce voyage ^ Verger fut trouver 

Luther à Wittemberg , le traita très-humai' 

nament , & eut avec lui de longs entre^ 

^ns^ &C.J Ç'eft ceijue dit aufli Sponde, 



maïs peut-étte uniquement (br Ti 
de Fra-Paolo. Ad Lutherum quoque wii* 
tenbergam divertens cum eo eopiofl atque. 
humaniter egit. Cependant Pallavicin tiaî* 
ce èi le diicoun du Nonce & la xépon(e 
de Luther d'un pur Roman » & il parafe 
en effet par une lettre de Verger écrite le 
rz de Novembre au Secrétaire de Paul^ 
Se dont le Cardinal nous donne quelques 
fragmens , que ce Nonce ne vit Lttther 
qu'une fois , & que l'entretien fut a(tè« 
léger. Il dit même qu'il l'écouta avec 
beaucoup de peine ^ Çc qu'il nç voulut ja« 

mail 



^ DE TRENTE, Litre L 137 

très-humainement » ® & eue avec lui de longs entretiens , dans lefquels udxxxt. 
il l'aiTura d'abord : Que le Pape Se le Sacré Collège faifoienc beaucoup ^^"*" ^^* 



^'eftime de lui , Se qu'ils avoienc un déplaifir extrême de la perte d'un ""rTTTT" 
Sujet qui auroit pu faire un bien infini , s'il eût employé fes taiens au ^ ^^ 
ifervice de Dieu 6c du Saint Siège » dont les intérêts font inféparables ; & p^av. L. t. 



qu'ils feroient toutes chofes au monde pour le regagner : Qu'il pouvoit c i8. 
l'alfurer que le Pape & tous les Cardinaux blâmoient extrêmement la du- Spond. 

Rayi 

ifpofition f qu'à l'inftigation des autres : Qu'il pouvoit fe promettre tou- Secxcnd. 
tes fortes de ntveurs du Saint Siège. Il ajouta : Qu'il n'étoit point venu L. 5. Scâ^ 
pour difpuier avec lui fur les points conteftés, ne faifant point profeffion >'' $• 54* 
tle Théologie ; mais feulement pour lui montrer par des rations fenfibles» 
combien il lui feroit avantageux de fe réunir au Chef de l'Eglifè: Qu'en 
réâéchiflant , que depuis dix huit ans feulement que fa doârine paroif- 
Ibit au jour , elle avoit produit une infinité de Sedtes , qui fe déteftoicnt 
les unes les autres, & mille féditions, qui avoient entraîné la perte Se la 
ruine d'une infinité de perfonnes : on en* devoir conclure quelle ne ve- 
noît pas de Dieu, mais au contraire qu'il paroidbit certain qu'elle avoit 

mais loi répondre que' deux mots, pour dum eoUoquium fiiiffc , fed meditatum & 

ne pas paroicre une b6te. ïo udiva con fccretum , certè mafculum animoque Lutht" " 

'gran tormento ; non voUi mai rijpondtre fi ri dignum. Il fe peut donc bien faire ^ 

non due paroUtte^ p€r non parer unironco, comme le foupçonne encore Seckcndorf 

Ce témoignage eft précis, fi Ton pouvoit après Maimbourg , que fi Verger ne s*é- 

compter bien furement fur la fincéricé de tend pas davantage dans fà lettre fur fon 

cet homme. Mais je ne (âurois me per- entretien avec Luther , c'eft qu'il aura 

(bader que Fra-Paolo ait imaginé tout voulu acconr^moder fon récit au goût des 

cet entretien de lui-même > & il y a tou- oreilles Romaines , & ne pas fe rendre 

te apparence , ou que Ferger ne rappone lui-même fufpeâ. Credibilius efi & ab ip^ 

pas tout ce qui fe paflà entre eux , ou fi> Maimburgio olfaHum , quod ad auhe 

que PaUavicin ne nous en donne pas un Romana genium relationtm fuam accom* 

extrait fidèle. Car il paroit par une rela- modaverit , &c. Car d'ailleurs il eft vifi- 

tien dont Seckendorf nous donne un ex- ble par la relation de 5<cA:r/7</oj/j qui, com- 

erait , qu'il s'y dit bien d'autres thofes me il le marque , s'accorde aifez pour le 

3|ue celles dont il eft parlé dans la lettre fond avec le récit de notre Hiftorien , 

e Verger. Et quoiqu'elles ne (e rapponent qua Venenis tant acuratè notavit , & quct 

pas exaébment à ce qu'en dit Fra-Paolo , in fiimma non difirepant à narratiotu Wit- 

on voit du moins que l'entretien en quet tenbergenfi; il eft vifible, dis-je, que Ver- 

don xx'eft pas au(fi chimérique que fon ger diffimule roue ce qu'il y a de plus ef- 

adverûiire voudroit le faire croire , com- fentiel dans cette entrevue , & que fa let- 

me le remarque Seckendorf» Jam ex col- tre eft une pièce bien infuiffifante pour 

latione , dit-il, wittenbergenfis reiaiionis, convaincre de &ux la narration de Fra^ 

imperfeéia Ucet â" rudis , & ejus quam Paolo , qui ne fiait dire à Luther que ce 

€X Veneto attuU , plura apparet locutum qu'il avoit dit & écrit plufieurs fois : Et 

effe Vergerium cum Luthero , quàm ex lit- fuccum quemdam ac nervum eontm con' 

teris illius à Pallavicino ad<ûiâis percipi- tinent, quœ Luthcrus aliâs locutus eft & 

iur, nequt tantùm fortuitum inter cœnan* fcripfiu 

T o M E L S 



138 



HISTOIRE DU CONCILE 



MDzxxY. ^cc crès-pcrnicicufe , puifqu il en étoic né <ie (i grands maux. Qu'il falloit 
Paul. 111. -•^-^'^-^ ...P.. 



bien s*aimer foi- même , & avoir une grande eftime de Tes opinions , quand 
pour les répandre on vouloir rroubler couc le monde. Si c ell par conlcien- 
ce, & pour votre falut , difoic Ferger i Luther^ que vous avez innové 
dans la Foi dans laquelle vous êtes né , & vous avez été élevé pendant 
trente-cinq ans , il vous fufiifoit de garder vos connoifTances pour vous- 
même. Si c'eft la charité du prochain qui vous y poufloit , pourquoi trou- 
bler tout rUnivers pour une chofe qui n etoit point nécefTaire , & fans la- 




tppliquer en convoquant 
Mantoue , où fe trouveront tous les Savans de TEurope pour faire paroitr^ 
la vérité dans tout fon jour , à la confufîon des efprits inquiets. Et bien 
qu'il faille mettre fa principale efpérance en la bonté divine , cependant en 
y ajoutant les moyens humains , il dit à Luther , qu*ii étoit en fon pouvoir 
de faciliter le fuccès du remède, s'il vouloir fe trouver au Concile, 8c y 
traiter avec charité *, & que par- là il obligeroit le Pape , qui étoit un Prince 
très-généreux & favoit reconnoitre les perfonnes de mérite. Là-deiTus il 
lui rapporta l'exemple à'Enéc Sylvius , qui avec toute fa peine & fk fervi- 
tude ne put jamais parvenir qu'à un Canonicat de Trente , tant qu'il fuivit 
fes propres opinions s au- lieu qu'en y ayant renoncé il devint Evêque , 
Cardinal , & Pape ifous le nom de Pie IL II lui rappella auili l'exemple <le 
Btffarion de Nicée , qui d'un raiférable Caloier de Trcbifonde devint on 
célèbre Cardinal , & acquit tant de réputation , que peu s'en fallut qn'il 
ne devînt Pape. 

^7 La réponfe de Luther fut violente & emportée , félon fon caraâère. 

/Flcury,L.Il dit au Nonce : P Qu'il ne fe mettoit nullement en peine de ce qu'on 

1 3^. N° 4. penfoit de lui à la Cour de Rome s qu'il ne craignoit point fa haine , & ne 

Verger , f^ foucioit point de fa bienveillance : Qu'il s employoit autant qu'il pou« 

Ep. II. II. j^ ^^ fcrvice de Dieu, fans que fon fuccès l'empêchât de fc regarder 

€omme un lerviteur inutile : Qu il ne voyoït pas comment le lervice de 

Dieu pouvoit être joint à celui du Pape , (inon comme les ténèbres le font 

à la lumière : Que rien ne lui avoir été plus utile dans fa vie que la rigueur 

de Léon ôc la dureté de Cajétan , ou'if ne falloir pas tant leur attribuer 

qu'à la Providence divine : Que n'etanr pas encore bien inftruir dans ces 

tems-14 de toutes les Vérités de la Foi Chrétienne, &que n'ayant encore 

découvert que les abus des Indulgences , il avoir été difpofé à refter dans le 



67, La réponfe de Lmher fut violente & 
emportée , félon fon caraSèreJ] On le voit 
par le peu qai s'en trouve dans les lettres 
de Verger & la relation de Wlttemherg^ Se 
qui fe rapporte en partie à ce qu*en dit 
Fra-Paolo , & eft d'ailleurs entièrement 
du caïaâère de Luther. On voit au lefte 



par le peu qui fê lit dans cette ierare^ 
que Tentretien du Nonce n*eft p«s aoli 
ronnanefque que le vondroit faire crom 
Pallaviciny puifoue par les réponfes ie 
Luther il eft aifé de juger que les dif- 
com^ de Verger n'ont pu être fort difiï- 
zens de ccez que M prête n«txe«iftori«i» 



DE TRENTE, LiYRE I. ij^ 

filcnce , fi fcs Advcrfaires euireiu voulu taire de mcmc ; mais que les Ecrits ¥i>w«v. 
du Maicre du Sacré i^alais , la fuperchene de Cajétan , & la rigueur de ^^^^' ^^'* 
Uon , en le concraignaac d ecudicr , lui avoienc fait découvrir divers au- ^^■""- 
très abus & eneuis Uu i^oaaiicac encore moins tolérahles , qu'il ne pouvoir 
en confcience m diiliaiulec , nisempccher de d couvrir : Que laveu iu- 
g^nu que lui a voit fait le iM jnce de ne poinc entendre la Théologie , fe vé« 
rifioic aiTc^ par les raifons qu il lui avoïc propofées \ puifqje fa doârine ne 
(e pouvoir appeller nouvelle que par ceux qui croyoient que Jefus-Cbrift , 
les Apôtres , & les Saints Pcics avoicnt vécu comme ViVoient à préf^nc le 
Pape » les Cardinaux , & les Ëvèques : Qu on ne pouvoir tirer contre (à 
domine aucune conféquence de toutes les féditions arrivées en Allemagne» 
fi ce n éroient ceux qui faute davoir lu TEcriture Sainte , ne favoicnc pat 
Gue l'effet ordinaire de la Parole de Dieu & de l'Evangile étoit d exciter 
oes troubles & des divifions par-tout où elle étoit prcchée , jufqu a féparcr 
les enfans de leurs pères : Que fa vercu étoit de donner la vie à qui Tecou* 
coic» & de procurer une plus grande condamnation à qui la rejettoit. Lu-- 
ihcr ajouta : Que c'étoit là le défaut le plus général des Romains , de vou- 
loir gouverner 1 Eglife par des vues de politique , comme fi c etoic un 
Eue temporel : Que cctoit- là cette forte Aq fagcffc que S. Paul dit 4 qui j^ j.. 
paflc pour folie devant Dieu ; comme au contraire méprifer toutes ces \^\ '* 
maximes politiques félon lefquelles Rome gouvernoit , & fe confier aux 
promedès de Dieu , & lui remettre la conduite des affaires de PEglife , paf- 
ibit pour folie aux yeux des hommes y mais étoit une vémakle fagejfe aux 

âge ( 

agir ^ , ^ ^ ^ 

sic , & qu on n'y prit pour règle des délibérarions que rEericure Sainte > 
ùm mélange d'intérêts & d'artifices , & fans entreprendre rien fur la li- 
berté des autres : Que fi on en agiffoit ainfi > il apporteroit de fon côté 
toute la fiacécité & la charité Chrétienne , non pour obliger le Pape ni 
aucun autre > mais pour le fervice de Jefus-Chrift , & pour procurer la 
- -.- ; Q^•on ne pouvoit efpérer d< 

!bic pas que la colère de Dieu 

'hypocriue : Qu oti ne pouvoit 
£ur rAffemblée de tant de Savans , parce que Dieu étant irrité > il n y avoir 
point d'Erreur fi abfurde &: fi déraifonnable , que Satan ne pût faire rece- 
voir , fur*tout à ces Savans qui fe croyoient/z^^ , ' & dont Dieu vouloir r Cor. L 
confondre la fageffe : Qu'on ne pouvoit rien recevoir de Rome > qui fïic 17- 
compatible avec le miniflère de l'Evangile : Que lei exemples à'Enée Syl^ 
vius 8c de Bejfarion ne faiibient nulle impreflion fur lui » parce qu'il ne 
faifoit aucun cas de ces grandeurs ténébreufes v .& que Vii vouloir fe glo^ 
rifier lui-même, il le pouvoit en difant férieufemenr & avec vérité, ce 
q\xErdfme avoit dit de lui en railUnt ^ ^ue Luibtr » tout pauvre & cour 
pbfcur qu'il fut ^ ^sw (Uvichi â; «levé biiea des pei:^uiAei : Que.ûns ailes 

S a 



140 HISTOIRE DU CONCILE 

MDxxxT. plus loin , le Nonce favoic bien qu'au mois de Mai dernier il avoic beaa« 
Paul 111. ^^p contribué à faire élever l'Evêque de Rochefter au Cardinalat ; que 
*■"— ^ Schombcrg lui devoir à lui feul fa nomination î & que fi le premier avoic 
perdu la vie auffi-iôt , c'étoit un effet de la providence de Dieu, f^crger 
ne put jamais engager Luther à rien relâcher de fa fermeté ; & celui-ci di- 
foii au contraire , qu'il étoit auffi cerrain de fa dodrine que s'il rcût vue 
de fes yeux s & que le Nonce & le Pape même embrafleroient plutôt ùl 
Foi , qu'il ne l'abandonneroit.' 

Le Nonce , félon la commiflion que le Pape lui en avoir donnée , fonda 
auflî les autres Miniftres de Virtemberg & ceux des autres lieux où il paflà) 
mais par-tout il ne trouva que de l'opiniâtreré dans ceux qui étoient de 

3uelque confidération : & ceux qui vouloient bien fe rendre avoient fi pea 
e mérite , & portoient fi haut leurs prétentions , qu'il ne crut pas devoir 
les acheter fi chèrement* 

^^ Cependant les Proteftans aflfèmblés à Smalcalde au nombre de 
quinze Princes avec les Députés de trente Villes , répondirent aux propo- 
I Sleid.L5^. étions du Nonce : » Qu'ils avoient marqué dans plufieurs Dières leurs 
p* 144- intentions au fujetdu Concile: Qu'en dernier lieu ils avoient déclaré il 
N^ «4. yavoit deux ans au Nonce de Clément y &à l'Ambailadeur de l'Empe- 
Pallav.L.5.reur , qu^ils défiroient toujours un Concile légitime ^ ainfi que faifoienc 




que le Pape faifeit de le tenir à Mantoue , ils ne pouvoient l'agréer 

qu'ils efpéroieift que l'Empereur , conformément aux Décrets de ces Diè - 

tes j leur tiendroit les promefies qu'il leur avoir fi fouvent &ites de le faire 

tenir en Allemagne , ou ils ne voyoient pas quel danger il pouvoir 7 avoir» 

puifque tous les Princes & les Villes obéifioient à l'Empereur , & que 

tout y étoit fi bien réglé , que les Etrangers y étoient reçus & traités avec 

route forte d'humanité : Que pour la fureté que le Pape promettoit à ceux 

qui iroient au Concile , ils ne (avoient quelle confiance y prendre après 

ce qui étoit arrivé par le patTé : Que la République Chrétienne avoir beloin 

d'un Concile libre & pieux , & qu'ils en avoient appelle à un qui fut tel : 

Que de dire qu'il n'étoit point nécefiaire avant toutes chofes de trairer de 

la manière & de la forme dont on y procéderoit , c'étoit faire entendre 

qu'il n'y auroit point de liberté , & que tout s'y pafièroit à la difcrétîon du 

Pape, qui ayant déjà condamné pliweurs fois leur doftrine, préjudiciel 

roir à la liberté du Concile , s'il y étoit une fois le Juge : Que le Concile 

n'étoit pas le Tribunal du Pape feul , ou des feuls Prêtres , mais de tous 

les Ordres de l'Eglife , fans en exclure même les Laïques t Que c'eft tme 

opinion injufte & tyrannique , que de vouloir mettre la puifiance du Pape 

au-delTus de l'aurorité de toute l'Eglife : Qu'enfin le Pape étant Patrie , & 

^S. Cependant tes Protefians affemhUs tîons du Nonce, &c.] Cette réponfè foc 
i Smalcalde •'^^répandireni aux pr^ofi^ donnée le fti 4e Décembre x/5f« 



DE TRENTE, Livre I. 141 

défendant même l'opinion des Gens par des Edics cruels 9 la Juftice vou- mdxxxvx* 
knc que ce fut aux Princes i déterminer la manière & la forme donc on ^^^^' ^^• 
devoir procéder dans cette Aflèmblée. - 

Lbs Rois de France ^ & d'Angleterre avoient envoyé au(G leurs Am- t Pallav. 
baflàdeurs à l'Adèmblée de Smalcalde. Celui de France , qui après la mort ^j'\^- 
<k François S farce Duc de Milan fongeoit à porter la guerre en Italie , fit ^ J ^^* 
prier l'Aflemblée de ne point accepter le lieu du Concile que de concert i^^/* 
avec lui -, & le Roi d'Angleterre promit de fa parc qu'il n'en accepteroic 
point fans leur participation. Il les avertit en même- tems de bien prendre 

Sarde que l'on ne tînt un Concile , où au-lieu de réformer les abus on éta- 
lic de plus en plus l'autorité du Pape > & il les pria en mème-tems d'ap- 
pcouver fon divorce. De leur côté ils lui propoférenc de recevoir la Con« 
feffion d'Ausbourg. Mais ils ne purent convenir de ces chofes , quoiqu'on 
eut tenu fur cela pluûeurs Conférences. 

Au commencement de Tan mdxxxvi > Vtrgtr retourna à Rome pour y 
fiûre rapport au Pape du fuccès de fa Légation s & il lui déclara en fub- 
ftance : ▼ Que les Proteftans ne recevroient jamais le Concile , s'il n'étoit ^ ji^jj^ ^ 
libre > & fi on ne le cenoit dans un lieu convenable de l'Empire , comme 10. p. léz. 
l'Empereur le leur avoic promis : & qu'à l'égard de Liuhtr & de fes com- Pallay.L.5. 
pUces , il n'v avoir rien à efpérer de leur retour , & qu'il n'y avoir d'au- ^ *^* 



la vidoire qu'il avoir remportée en Afrique , éroir pade dans ce Royaume ^^ ^• 
poar en régler les aSàires. Sur le rapporr de Ftrgtr > ce Prince vinr à Ro- 
me > r où il ear des entreriens tres-fecrets avec le Pape fur les affaires^ ^^Y**- *<* 
d'Italie , & fur les moyens de pacifier l'Allemagne ; ce qui , félon le Pape î?ô ^^^^' 
anpuyé par le Nonce , ne pouvoir plus fe faire que par la voie des armes, spond. N^ 
L Empereur , ^ qui ne voyoit pas que le tems fût fort propre à en rirer 5. 
aucun avantage j & qui trouvoit dans les affaires d'Italie un embarras , donc ^ Flcury , 
il ne pouvoir fe démêler qu'en cédant le Duché de Milan , dont il avoit ^" ^37- N"* 
céfolu de s'emparer &qui faifoit le principal objer de toutes fes démar- ^^'\ - 
ches , dit pour éloigner la prife d'armes contre les Proteftans , qu'il éroit 
bien plus nécefTaire alors d'empêcher que Milan ne tombât entre les mains 
des François. Mais le Pape > dont tout le but étoit de faire céder cet Etat 
i un Italien » & qui propofoit la euerre d'Allemagne non pas rant pour 
opprinver les Luthériens , comme il Te difoic , que pour empêcher TEmpe- 

6^* Le P^ , pour récompenfer U Noacc c. 19. & qu'il fiic envoyé à Naples dès le 

ii fis peines ^ lui donna L'Evêchéde Capo- mois de Mais. Mais il fe peut Étire quil 

£Ifiria fa patrie ^ & V envoya à Naples , étoit déjà deftiné pour cetEvèché avant fon 

&c.] Cet Evêché ne lui fut donné que plus envoi à Naples , & ce (eroit alTez pour 

d'un mois après le voyage de Naples, puif- juftifier notre Hiftorien. Le Continuateur 

qu'il ne fut préconiffi dans le Confiftoire de M. Fleury a fuivi la méprife de Fra- 

que le / de Mai , félon Pallavicin L. }» Paolo. 



J41 HISTOIREDU CONCILE 

MDxzxvx. reur de s'emparer de Milan , ce qui écoic Ton bue principal quoique fecret % 
Paul m. repliquoic, qu'en fe joignant avec les Vénitiens il pourroit , Ibit par les 
armes ou la négociation , faire défifter la France de les entrcpci£e&^ quaad. 
bien même Charles ne s'en mêleroit point. 

Ce Prince , qui pénétroit les fecrètes intentions du Pape , feignit par iioo' 
didîmularion réciproque d être perfuadé de (es raifons , ôc d'êtie porté i U 
«Raya, guerre d'Allemagne*) mais il die ' que pour n avoir pas tout le monde 
^"^ ^- lur les bras , il italloir pour juftiâer fes démarches commencer pac convo- 
quer le Concile , afin de faire voir qu'on n'avoir pris les acmes , qu'après 
avoir tenté tous les autres moyens. Le Pape n'étoit pas fâché qu'ayant 




^ Flcury^, en feu , 7© il auroit un prétexte 

j j ^ 37- N ^^ç £^^^ ombre de le protéger & de le défendre. Ainfi il parut confentir i> 
cette convocation , pourvu que ce fur à des conditions qui ne dérogeaflènc 
ni à Tautorité ni i la réputation du Saint Siège. L'Empereur £er de iâ 
viéloire d'Afrique , & plein de vaftes dedeins , cbmptoit de terminer ea 
deux ans au plus la guerre de Lombardie , & qu'après avoir chaflë les 
François de-deçà les monts , rien ne l'empêcherait plus de pourvoir aux 
af&ires d'Allemagne. Il prétendoit auffi fe fervir du Concile à deux fins. 
Premièrement, i tenir Paul en bride pendant la guerre d'Italie, s'il lut 
prenoit envie félon la coutume des Papes de fe joindre avec la France » en 
cas qu'elle eut du dedbus , pour contrebalancer la puiffance du vainqueur. 
Secondement , à réduire l'Allemagne à fon obéiflànce 9 qui eft ce à quoi 
il tendoit principalement ; car il ne comptoit que pour une chofe accioen** 
telle d'y maintenir l'autorité du Pape. Il agréoit (on la ville de Mantoue s 
& à l'égard des autres conditions il s'en mettoit peu en peine , parce qu'il 
favoit bien que quand le Concile feroit afTemblé , il feroit maître d'jr 
changer ce qui ne lui plairoit pas. Ainfi , pourvu que l'on ademblât le 
Concile , il parut , qu'à quelque condition que ce fut > il en étoit content ^ 
& il fit efpérer de le faire agréer lînon à, toute l'Allemagne , du moins à U 
plus grande partie : & la refolution en fur prife par le Pape , du confente- 
ment de tous les Cardinaux. 

70. // aiiroit un prétexte honnête d'envi' fte plus politique a Paul III dans cette 
ronner d* armes le Concile^ &c.] Pallaviciny convocation , ce feroit de croire qu'il n'ao- 
!• 5. c. 19. a raifon de relever cette ré- roit paru fi promt à convoquer le Concile 
flexion, comme peu folide & trop ma- pour plaire à i'Eftipereur, que parce que 
ligne, puifque les Armées qui fe trouve- le voyant embarqué dans une nouvelle guer- 
roient en Italie ne pouvoient être à la dif- re avec la France , il ptévofoir bien qu'il 
pofition du Pape , & qu'il avoit moins à feroit impofiîble de tenir cette Aflèmbtée » 
efpérer de s'en fervir poor fe rendre mai- Se qu'on ne pourroit loi en imputer la £iote« 
tre du Concile, qua craindre que l'Empc- Cette penfée a quelque chofe de plus n** 
reur ou le Roi de France n'en fiffent ufà- turel que celle de Fra-Paolo ; qui a pour- 
ge pour rendre le Concile dépendant d'eux- tant été adoptée par le Continoaseor da 
mêmes. Si l'on pouvoit prccer une pcn- M. Fleury» 



DE T R E N T E , L I V R E I. 143 

7> En conféquence Charles « parut dans le Confiftoire du iS d'Arudo 
mur y remercier le Pape & le Sacré Collège de la promce réfolucion qu ils 
«voient prife de convoquer le Concile Général , & les pria en même cems 
id'en faire expédier la Bulle avant fon départ , aân qu'il pût après cela 
prendre fes mefures pour le refte. La chofe pourtant ne fe put faire & prom- 
isement , parce qu'il étoit néceffaire de melurer avec foin les paroles qull 
fâlioit employer , pour faire efpérer toute la libené qu'on pourroit lou- 
liaiter, fans préjuaicier cependant â l'autorité du Pape. 7^ Lacommiflion 
«i fut donnée ^ i &l Cardinaux & i trois Evcques ; ^3 de la Bulle enfin 
en (ai expédiée le 1 1 de Juin , publiée dans le Con(iftotre , 74 & foufcrite 
par tous les Cardinaux. 

LV. Elle portoit en fubftance : ^ Que le Pape dès le commencement 
de fon Pontificat n'avoit rien eu plus â cœur que de purger l'Eglifb que 
Dieu avoir comroife à fes foins , des Erreurs % des Héréfies , & d'y reta- 
Uir 1 ancienne Difcipltne : Que n'ayant point trouvé pour cela de meilletir 
aoyen que celui dont on s'étoit toujours (èrvi en pareilles occafiotis , c'eft- 
«Â-dire le Concile Général , il en avoir écrit plufieurs fois â l'Empereur Se 
aux autres Rois , dans l'efpérance non-feulement de parvenir â ces fins , 
«nais encore de rétablir la paix entre les Princes Chrétiens , poirr les mettre 
'en état en faifant la guerre aux Infidèles , de délivrer les Chrétiens de h 
ifervitude cruelle où ils étoient réduits , & d'amener les Infidèles eux-mê- 
mes à la Foi : Qu'à cet effet , en vertu de la plénitude de puilfance que 
Dku lâi avoit donnée , du confentement de fes frères les Cardinaux, "75 il 



MDXXXVI, 

Paul III. 

c Slcid. L. 
10. p. i^i. 
Pallav.L.5. 
c. 19, 
Rayn.N°;. 
Spond. N° 

5- 
Flcury, L. 

Âf Rayn. 

4. 
F nul eott' 

voqucê U 

Céneilè À 

Spond, N^ 

Sleld. L. 
10. p. 16%. 



N° 



71. En conféquence Charles parut dans 
U Confifioire du 28 d'Avril,] Notre Auteur 
4e -tiompe dans ta daie. Car idès le i S d'A- 
•fpl ce Prince écoic pani de Rome. Ce &t 
-J^ns le CoaÛloire du 1 7 , où TEmperear 
.afilfau, ^ail tnve^iva fi fonement contre 
Jrwnç(HS /. comme le marqnear bu bien 
itsynaldus 8c Pallavicin. • 

7t* La cammiffhn en fat donnée â fix 
Cardinaux & à trois Evêques. ] C eft en- 
■C<Mre ici tine inéprife de notre Hiftorien , 
Se qui a été copiée par Raynaldu4 & M. 
JDiupin, Car il y avoit 7 Cardinaux , favoir 
Pieohmini , Campège , Ghinucci , Simo- 
éièfe, Cùntarini, Céfis^ & Céfarini, aux- 

Soels furent joints Aléandre Archevè>]ue 
e Blindes, & Verger ,i\\ii n*étoic pas en- 
core Evèque. Pallav. L. %,c,%<)* 

7^. Et la Bulle enfin en fat expédiée U 
12 de Juin. ] Non le 1 1 ^ mais le i , com- 
me on le voit par le témoignage des Au- 
teurs du tems , & par les AdesConfîftoriaax 
cités par Raynaldus y qoi dit qoe le Pape 



déclara Tindiélion du Concile dans le Con* 
fldoire du fécond de Juin , & que la Bulle 
en fiit publiée dans celui du 4 , dont elle 
.porte la date. Roma foria 6 z ^ Jmùi SS» 
D. N. — indixu Oecumcmcum fut Uni- 
verfalc & Générale Concilitim m ciVitatc 
Mantua mehoandum die Z3 nunfis Mail 
unxxxvzz. Decrttum in fenaiu editum hi- 
duà poft inter facra fûUmrù pompa promuU 
gatum eft. Je ne (ai pourquoi Pallavicm die 
que riadiâion s*en fit dans le Contiiloiie du 
19 de Mai, & que la Bulle en fîit publiée 
le fécond de Juin. 

7 4* Et foufcrite par 4ous Us Cardinaux^ 
&c. ] Non par tons , mars feulement par 
2, f , dont on voit ia i^acure dans Ray^ 
naldusm 

^^» Il convôquoit pour le zy de Mai de 
Vannée fu'tvante mdxxxvii.] C*eft encore 
ici une négligence , qui a été copiée par M* 
Dupin. L*indiclion s*en fit non pooi le 
17 de Mai , mais pour le 2 3 . 



144 HISTOIRE DU CONCILE 

MDzxxTi. oonv3quoic pour le 17 de Mai de l'année faivante mdxxxvii , an Concile 
Paul lli. Général de toute la Chrétienté à Mantoue, lieu abondant & commode 
pour la célébration d'un Concile , & conunandoic fous les peines portéei 
par les SS. Canons , â tous les Evêques & Prélats de quelque lieu que ce 
rue , de s'y trouver au jour marqué , comme ils y étoient obligés en verra 
du ferment qu'ils lui avoient prêté : Qu'il prioit l'Empereur , le Roi de 
France > & tous les autres Rois & Princes , pour l'amour de Jefus-Chrift , 
8c pour le falut de la Chrétienté , de s'y trouver en peribnne , ou , s'ils ne 
le pouvoient pas,d'y envoyer leurs Amba({adeurs » comme ils l'avoient (bu-' 
vent promis à Cicnene Se à lui-même ; & d'oblieer audi les Prélats de leurf 
Royaumes d'y venir & d'y demeurer jufqu'à la nn , pour déterminer ce qui 
feroit nécedaire & convenable pour la réformation de" l'Eglifè , l'extirpa* 
tion des Héréties , & l'entreprile de la guerre contre les Infidèles. 

7^ Le Pape publia en même-tems une autre Btdie ^ pour purger j di« 
(bit-il , de toutes fortes de vices & d'abus la ville de Rome , Capitale de 
toute la Chrétienté , 77 & la Maître({e de la Dodrine , des Mœurs & de 
Slei(i.L.io. la Difcipline ; afin qu'ayant purifié fa propre maifon, il pût enfuite ploi 
^am ad facilement purifier toutes les autres. A quoi ne pouvant vaquer entière- 
an 1540. nient Inifèul, il nommoit pour cela les Cardinaux d*Ofiie^ de S. Severin^ 
N^ ^y. Gkinucci; & Simoniu , ordonnant i tout le monde fous de grièves peinci 
Pallav. L. de leur obéir abfolument. Ces Cardinaux , conjointement avec quelques 
^ ^ J* Prélats députés par le Pape , fe mirent aufll-tôt à travailler à la réforma- 
non de la Pèniunceric , de la Dateric , & des mœurs de la Cour , mail 
fans que rien fut mis â exécution. 78 Chacun même jugea qu'à l'égard 

de 



/Flcury , 
L. 157. 



j6* Le Pape publia en mime tems une 
autre Bulle, pour purger, difoÎMl, de iou- 
tes fortes de vices & d'abus la ville de Rome, 
&c] Ceft fur l'aacorité de Sleidan , que no- 
tre HiAnrien avance ce &it. Mais je ne vois 
point que ni Onuphre ni les autres Hiflo- 
riens en fedènt mention fur cette année : 
& Raynaldus , aufli-bien qne Pallavicin 
1. 4* c. f • ne marquent cette réfomnation 
que fur Tan i f 40 ^ & en diftribuent Tezé- 
cution à plnfieurs autres Cardinaux. Ray- 
naldus marque pourtant dès Tan 1/34 les 
Cardinaux d 0/?/> , de S. Séverin , & Ghi- 
nucci, comme défignés f>ar Paul III pour 
la réforme de la Difcipline Ecdéfiaftique. 
Le Continuateur de M. Fleury rappone le 
fait comme Fra-Paolo , mais c'eft peut-être 
fur fa feule autorité. 

77. Et la Maitrejffe de la DoShine , des 
Mœurs 6» de la Difcipline.] C*eft ainfi que 
sexjîrime Fra-Pa^lo, Maejlra délia dot- 



trina, di cofluml, & délia difciptma; 9c 
je ne fai pourquoi M. jim$lot traduit ici 
la fource de la do&nne , &c. ce au*' ne 
fait en cet endroit aucun fens raiu>i.na- 
ble , au-lieu que Texprefllon de Fra^Pao^ 
h eft fon jofte. Le Continuateur de M. 
Fleury a copié ici mal à propos M. jimelotm 
78. Chacun même jugea qu'à l'égard de 
la convocation du Concile on ne pou^oh 
la faire en un tems moins propre , &c.] C*eft 
allez vainement que Pallavicin s'arrête k 
prouver que tout le monde étoit fbn con- 
tent de la convocation du Concile , & le 
fouhaitoit. Car c'étoit juftement parce qu'qa 
le fouhaitoit , quon trouvoit que le tems 
n*croit guères propre pour le tenir , puisque 
la guerre prête à éclater en Italie ne permet- 
toit pas d'efpérer que cette convocation p&t 
avoir lieu , comme le fie entendre François 
L à TEvêque de Faê'nza Nonce en Franct. 
/'tf/Ztfv. L.4.C.4. 



DE TRENTE, LiynE I. i4y 

delà conrocation du Concile on ne pouvoir la faire en un rems moins pro- mdxxxtic 
{nre que celui > où TEmpereur & le Roi de France écoienc en guerre ouverte Pavl lii.* 
en Picardie , en Provence , & en Piémont. ■ 

Les Proteftans § ayant vu la Bulle , écrivirent à TEmpcrcur : Qu'ils ne Let Vrouf- 
lâvoient pas quelle étoit la forme de procéder que Ton devoir garder dans tum refu- 
le Concile -, 6c que comme ils en a voient toujours demandé un qui fùtfi^^^J '^'- 
pieux , libre , & aflcmblé en Allemagne > & qu on le leur avoir promis, ils "''^'j . , - 
efpéroient qu'on leur tiendroit la parole qu on leur avoit donnée, Ôc qu on iq, p^ î^^^ 
iàcisferoit à leurs demandes. 

Mais au commencement de Tan mdicxxvii , l'Empereur leur envoya 
Matthias Hdt fon Vice-Chancelier , ^ pour les exhorter à accepter le Con- h Flcury U 




appelle au Concile , il ne convenoitpas que par un changement fubit ils n.p. U7. 
zerbfaflènt de s'y trouver avec toutes les autres Nations , qui fondoient fur Rayn. a4 
cette Aflcmbléc toute l'efpérance de la réformation de TEglife : Que TEm- ??• '^ ^7- 
pereur ne doutoit point que le Pape ne fe conduisît d'une manière digne spond. N*. 
dn Chef de tout l'ordre Eccléfiaftique , & que s'ils avoient quelques plain- J^ i^ 
ces â faire contre lui , ils pourroient les propofer modeftement dans le 
Concile : Que quant à la manière & à la forme de procéder , il n'étoit pas 
ratibnnable qu'ils donnalTent la loi i toutes les Nations : Que leurs 'Hiéo- 
logiens n'étoient pas les feuls infpirés de Dieu , ni les feuls qui fuflènc 
inftruits des chofes facrées , & qu'il y en avoit ailleurs qui ne manquoient 
ni de doârine ni de fainteté : Que pour le lieu, quoiqu'ils eudènt demandé 
^a'on le choisît en Allemagne , ils dévoient bien avoir quelque égard à la 
commodité des autres Nations : Que Mantoue étant proche de l'Allemagne» 
fertile, faine, &fu)ette à un Feudataire de l'Empire, le Pape n'y avoir 
aucun pouvoir ; & que s'ils fouhaitoient de plus grandes aflTirances , l'Em* 
pereur étoit prêt de les leur donner. Hdt s'entretmt auffi féparément avec 
rÈleâeur de Saxe , l'exhortant d'envoyer fes Ambaffadeurs au Concile » 
fans apporter de prétextes ni d'excofes > qui ne pourroient produire que des - 
inconveniens. 

Les Proteftans firent réponfe à l'article qui regardoit le Concile : ^ * ^'cU. U 
Qu'ayant lu les lettres du Pape , ils voyoient que fes vues étoient fort dif- "' P* i5/* 
férentes de celles de l'Empereur. Puis ayant rappelle routes les négocia- xc^^ 
tions qui s'éroienr faites avec Adrien ^ Clément , & Paul y ils conclurent Flcury , L' 
qu'il eroit vifible que tous ces Papes avoient eu un même but. Ils vinrent ij 8. N^ ^ 
cnfuitc aux raifons pour lefqudles il ne convenoit pas que ni le Pape , ni 
ceux qui lui étoient attachés par fcrmenr , fuflcnt Juges dans le Concile. 
A l'égard du lieu ils dirent : Qu'outre que celui qu'on indiquoit étoit con- 
craire à ce qui avoit été arrêté dans les Diètes de TEmpire , ils ne pourroient 
d'ailleurs y aller fans danger , quelque (Tirçré qu'on leur donnât; parce que 
le Pape ayant des adhérans par. cmce Tlcalie > qui étoient ennemis jurés 

ToM£ L T 



14^ HISTOIRE DU CONCILE 

MDxxxvii. de la dodrine des Proteftans , ils auroient toujours à craindre quelques 
Paul III. embûches , 6c quelques pratiques fecretes \ outre que plufieurs de leurs 
'^"— ~" Doûeurs Se de leurs Miniftrcs devant y aller en perfonne , parce que les 
chofes de cette importance ne pouvoient fe traiter par Procureurs , leurs 
Eglifes refteroient abandonnées. Comment d'ailleurs > difoienc-ils , pour- 
roient-ils s'en rapporter au Jugement du Pape , qui n'avoit d*autre vue que 
de profcrire leur doûrine , qu'il traitoit d'Héréue,& qu'il ne pouvoir s'em- 
pêcher de qualifier ainfi dans toutes Tes Bulles , & tout nouvellement en- 
core dans celle de l'indiâion du Concile , & dans l'autre où il avoir feint 
de vouloir travailler à réformer la Cour de Rome , & où il avoir die en 
propres termes , qu'il convoquoit le Concile pour extirper l'Héréfie Luthé- 
rienne *> & qui joignant Teftet aux paroles , dccernoic de cruels fupplices 
contre de malheureux innocens , dont tout le crime étoic de fuivre cette 
Religion par un motif de confcience } Et comment pourroient-ils l'accufer 
lui &c Tes adhérans , s'il prétendoic être leur Juge } Que cependant rece- 
voir Ton Bref , ce feroit fe foumettre à fon Jugement : Qu'ils avoienc tou- 
jours demandé un Concile libre & Chrétien , non pas tant pour que chacuq 
y put parler librement , & qu'on n'en exclue que les Turcs & les Infidèles p 
qu'afin que ceux qui étoient liés par ferment au Pape , ou par quelque aflb- 
ciation particulière, n'y fulfent pas les Juges, & que les controverfcs n'y 
fuflent décidées que par la Parole de Dieu , qui devoir préfider aux Juge- 
Uiens qui s'y rendroient : Qu'ils favoient fort bien qu'il y avoit des gens 
pieux & favansdans les autres Nations > mais qu'ils n'étoient pas moins 
certains , que (i la puilfance démefurée du Pape étoit réprimée , non-feule- 

tenoient cachés 
réforme de 
'Eglife : Qu'ils n'avoienr rien à dire contre la fituation & la commodité de 
Ta ville de Mantoue ; mais que la guerre étant en Italie , ils ne pouvoient 
y vivre fans défiance *, ourre que le frère du Duc étoit Cardinal , & un des 
principaux de la Cour de Rome : Qu'il y avoit plufieurs villes en Alle- 
magne auHi commodes que Mantoue, & où régnoic l'équité & la juftice, 8c 
où d'ailleurs on ne connoiffoit point ces moyens fecrets & ces complots 
clandeftins pour fe défaire des gens , qui étoient fi fort en ufage en d'autres 
lieux : Que dans les anciens Conciles on avoit toujours recherché princi- 
palement la fiireté du lieu ; & que quand bien même l'Empereur feroit OQ 
I)erfonne au Concile , ils n'en feroient pas plus en affûrance , fâchant que 
e Pane vouloit bien lui laifier prendre part aux délibérations, mais qu'il 
fe réiervoir à lui feu! le pouvoir de déterminer : Qu'on favoit ce qui étoit 
arrive à l'Empereur Sigl mond dans le Concile de Confiance , où l'on avoit, 
viole fon Sauf- con'iuit, &: où il avoit été forcé de foufftir cet affront : 
Qu'ils fupplioien; donc l'Empereur de vouloir bien avoir quelque égard 
pour des raifons d un fi grand poids , & d'y faire les réflexions qu'elles 
/Pallav. méritoient. 
L4.C1. L'Ëv£s<iUS d'Aqui > envoyé pai le Pape vers les Proteftans ^ pour les 




DE T R E N T E , L I V R E L 147 

inviter au Concile, parut aulîî dans la même Dièrc , mais fans pouvou «oR'Trrrt. 
rien obtenir ; 79 & quelques-uns même des Princes refuferent de lui don- ^^^^ ^^^' 
ner audience. Et pour notifier à tout le monde les raifons de leur conduite , .. 
ils publièrent un Ecrit imprimé , *" dans lequel ils s'attachoient principa- ^o^' 
lement â repondre à lobjedtion qu'on leur raifoir , qu'ils ne vouloii^nt fe Fleury , L. 
Ibumettrc à aucun Juge , qu'ils méprifoient les autres Nations , qu*ils re- i58.N° 15. 
jcttoicnt le fuprcme Tribunal de TEelife , qu'ils renouvelloicnt des Hcré- ''- ^^^'^^• 
^cs autrefois condamnées , qu'ils tomentoient les difcordes civiles, & '|^j^' 
qu'ils ne reprenoient dans les mœurs de la Cour de Rome que des chofes 
légères & tolcrables. Ils alléguoient les raifons , pour lefquelies il ne con- 
Vcnoit pas que le Pape feul ou avec les fiens fiit Juge daris le Concile. Ils 
irapportoient les exemples de plufîeurs Conciles récufés par plufîeurs dés 
Saints Pères. Enfin ils appcUoient tous les Princes à leur defcnfe , s of- 
frant en quelque tems qu'on voulût aflcmbler un Concile légitime , d y 
défendre leur caufe , & d'y rendre compte de leurs adtions. Ils envoyèrent 
^ auflî un Ambafladeur en France pour informer des mêmes chofes le » là. Ibî<L 
Roi , qui répondit : Qu'à Téi^ard du Concile , il étoic d'avis comme cax P* *^^ 
de n'en point approuver que de légitime , Se qui fe tînt dans un lieu fur ; 
^^ Se que le Roi d'Ecofle fon gendre croit fur ce point dans les mêhies 
ibntimens. 

LVI. Cependant le Duc de Mantoue , * pour obliger le Pape , & J^« I>«^ de 
(ans réfléchir fur les fuites , avoir accordé fa ville pour y tenir le Concile , ^^^^yf^ 
jugeant d'ailleurs félon l'opinion commune , qu'attendu la guerre de l'Em- ^g^f^^ *^ 
pereur avec la France , & l'oppofition de l'Allemagne , ce Concile n'auroit ConàU À 
point dz lieu. Mais lorfqu'il vit le Concile indiqué , fongcant aux moyens Msntouây 
d'aflurer fa ville , ** il fit repréfenter au Pape : Qu'un fi grand nombre de ^^'^ des 

contliiieni 

j^. Et quelques-uns mêmes des Princes iii(bn ^ 1^ payât. L'autre, que la Jufli- qne le Pafg 

rifiuèrent de lui donner audience.] Sleidau' ce &t rendue dans Mancoue par Ces pro- rejette, 

.nomme en rparciculier le Landgrave de près Officiers , & non par ceux du Con- o Slzïâ, L. 

.Heflê, à qui le Nonce ayante fait un jour cile. PalUvicin prétend au contraire, n. p. i8o. 

demander audience , il lui fie dire qu'il n'eiï qu'il rie fut queftion que de la garnifoiî j Rayn. 

avoir pas le temsî & fortit prefque dans & ce qui me poneroic alTez à le croire, ^^ ^^' 

le même monient pour aller rendre vi/îte c'eft qu'il neft fait mention que de" ce ^^^^^^•^.4. 

â Luther y qui logeoic dans un endroit que feul point, non feulement dans la Bulle de î.^ 

lé Nonce pouvoir voir de fon logis 5 ce la prorogation du Concile , mais encore ^«J^ÎJo'o * 

qui étoit ajouter, pour ainfi dite : Tinfulte dans les Brefs de Paul III kVEm^^rem & ' ^ ' ^' 

au mépris. à Ferdinand , Se dans les lettres du Car- 

S o. Et que le Roi d*EcoJfefon gendre^&c] dinal Sadolet rapportées par Raynaldus far 

Cétoit /tfc^£/« f^, qui avoit époufé AfWtf- Tan :f37. Si nous en croyons même 

Uine de France SlX^àt François L Onuphre ^ c'étoit bien moins Tautorité 

t .,11 fit repréfenter au Pape , quun fi du Pape quapfprchendoit le Duc de Man- 

grand nombre de perfonnes ayant à venir toue', que celle de rEniperôur. Sed mox 

dans Mantoue ^ il y falloit une grojfe^arni- DUcis ^ qui Imperatorh vires timebat, r'o- 

fon , &c.] Notre Hiftbrien rapporte ici ' gatu locum mutavit, Ainfî il y a peu d'ap- 

deùx demandes du Duc de MàritoUe. parence , que la jaloufie de Jurifdidlion 

L'une, que le Pape loi fournît une gar- entrC le Duc & le^Pape ait- eu aucune pÉrt 

T i 



14» HISTOIRE DU CONCILE 

MDzxzTTi. perfonnes ayant à venir dans Mancoiie , il y falloit une grofle garnîlon i 
Paul 111. q^»j| ^^ {ouffiriroit pas dépendre d'autre perfonne que de loi , &c qu'il ner 
^ pouvoit cependant entretenir à fes dépens ; & que puifque le Pape vouloic 

qu on y aiiemblât le Concile > il falloir qu'il lui fournit dequoi payer les 
troupes qui feroient jugées néceflaires. Mais le Pape répondit : Que le Con- 
cile n'étant pas une AÎlemblée de eens de guerre ni de perfonnes armées, 
mais d'Eccléfiaftiqucs & de gens de Lettres , il fuffiroit , pour contenir 
chacun dans le devoir , d'un Magiftrat qu'il nommcroit pour rendre la Jus- 
tice , & d'une petite Garde : Qu'une garnifbn de Soldats feroit fufpedte 
à tous ceux du Concile , & malféante dans un lieu où il ne devoit y avoir 
que des apparences de paix , & où tout devoit réellement fé paUër en paix r 
Et que quand même il faudroit quelque milice pour la Garde , il ne feroit 
pas raifonnable qu elle dépendît d'autre que du Concile même , c'eft-â-dire 
du Pape , qui en étoit le Chef. Le Duc » qui conddéroit que la Juri»» 
diâion entraîne toujours avec foi la Souveraineté , répliqua qu'il ne vou* 
loit en aucune manière que la Juftice fût rendue dans Mantoue par d*aa.- 
tres que par fes Officiers. Le Pape , homme très-éclairé » & à qui it arri- 
voit rarement de recevoir une réponfe qu'il n'eût prévue , demeura fort 
furpris , & repartit à l'Envoyé du Duc : Qu'il n'eût jamais cru qu'un Pria- 
ce Italien , comme fon Maître , dont la Maifon avoit reçu tant de bien-^ 
faits du Saint Siège , & qui avoit un frère Cardinal , dût lui refu&r une* 
chofe telle que le jugement fuprème des Eccléûaftiques , que jamais perfôor- 
ne ne lui avoit contefté, qui lui appartenoit par les Loix divines & Humai- 
nes» que les Luthériens ne lui difputoient pas, & que le Duc lui-mêm^ 
ne conteftoit pas à fon Evêque, qui iugeoit à Mantoue les Caufes de fes 
Prêtres : Que dans le Concile il ne devoit intervenir que des perfonnes^ 
£cclé(iaftiques , qui , comme aufC leurs familles , font exemres dé la Ju- 
rifdidlion Séculière : ^^ Que la chofe étoit û cbire , qu'au fentiment àt 
tous les Dodeurs , les Concubines mêmes dts Prêtres reflbrtiflbicnt au jir- 
gement du For EccléHaftique ; & comment après cela fon Maître pouvoir- 
il lui refufèr d^avoir dans Mantoue utx Magiftrat qui rendît la Juftice aux 



cEiangement de IFea pour la renne Ja plos de rapport a qacîqae Tdrirdîdion qne- 

Concile. Cependant dans la Bulle d'indic- le Duc vooloit exercer fur les membres âm 

tîon du Concile de Trente publiée en i j 42* , Concile , & qae le Pape tntice de contraixe 

il 7 a un endroit qui (èmble infinuer quel- à la liberté Eccléfîaftique. Le Continuateur dr 

que chofe de pareil àcequarance ici Fra- M. Fltury s'eft exprimé fur ce fait comme 

Paolû. Dtntgata fuit nohis y dit Paul III , notre Uiftorien. 

Mantuana civitas , nifi aViquas condl' 8i. Que la chofe étoît fî daire^ qu'où 

tiones fuhïremus ab inftitutis Majorum fentiment de tous les DoSteurs , lis Concu" 

nofhorum & conditione temporum, nofba- bines même des Prêtres reffortijfoient aujw^ 

fue ac hujus 5. Sedis ac nominis EccU- gement du For Eccléfiajiique.] Ceft appa- 

fiaflici dignitate Hbertateque prorfus oGe- remment une raillerie de Fra-Paolà. Cac 

nos y quas in aliis nofiris litteris expreffimus» félon Pallavicin^ ce n*efl ni la pratique 

n eft difficile d'expliquer cela de la de- de Rome >. ni U maxime des Canomftes^. 
■aande d'une g^ifon ^& cela a infiniment 



cettt 
eonvoca^ 



DE T R E N T E , L I V R E I. 149 

Eccléfiaftiqaes pendant la durce du Concile? Nonobftant ces raifons^, le MDxxrvm 
Duc pcrlKta , tant à rcfufer au Pape aucune jurifdidtion dans Mantoue , ^^^^ ^^^•' 
qu a demander qu'il payât la earnifon. Mais Paul^ qui trouva ces conditions •—■■■—• 
trop dures, &, comme il difoit , contraires à l'ancien ufagc, à la dignité 
du Saint Siège, & à la libet té Eccléfiaftique , refufady acquiefcer , & quitta 
le de(ïèin de tenir le Concile a Mantoue , fe fouvenant de ce qui étoit arri- 
vé* à Jean XXIII pour en avoir tenu un dans un endroit où il n'étoit pas 
le plus forf. 83 II fe réfolut donc de fufpcndre le Concile , & fit publier une 
Bulle P où pour s'cxcufer il difoit en fubftance : Que quoiqu'il eût une ex- . ^ 
trème douleur d*êtte forcé de changer le lieu du Concile •, ce qui le confo- n© j,/^ 
loit , c'eft qu'on en devoit imputer la faute à d'autres , & non pas à lui : 
Et que comme il ne pouvoir pas trouver tout d'un coup un lieu commode 
pour cette Aflemblée , il fufpendoic la célébration du Concile jufqu au pre- 
mier de Novembre de la même année. 

D A N s ce même tems le Roi d'Angleterre ^ publia un Manifefte en fbn te K^r 
nom & en celui de fa Nobleffe , contre la convocation du Concile faite par d^ Angleterre 
le Pape, où il difoit : Qu'elle étoit faite par une perfonnequi n'en avoir /'^^^'f *» 
pas le pouvoir, dans un tems que la guerre étoit allumée en Italie, & ^i^nifeftê 
clans cm lieu mal afluré : Que quoiqu'il délirât un Concile Chrétien , il ^^^, 
ne vouloit ni aller ni envoyer ks Ambaffàdeurs à un qui feroic convoqué tion 
par le Pape r Qu'il n'avoir rien à faire avec l'Evêque de Rome y ni avec q Slcid. I^ 
KS Bulles , plus qu'avec aucun autre Evêque : Qu'autrefois les Conciles "• P* ^8®" 
8*a(IèmbIoienr par l'autorité des Rois, & que cet ufage devoit fe renou- W*^ 
veller avec d'autant plus de raifon , qu'il étoit queftion de s'y plaindre Spondl 
des abus de la Cour Romaine : Que ce n*étoit pas une chofe rare de voir N** ij. 
les Papes manquer à leur parole : Qu'il avoir a'autant plus d'intérêt d'y ^^^* P- ^*^ 
faire attention , qu'ils le haiflbient mortellement pour avoir aboli leur au- pj^* P* ^^S*" 
torité en Aneleterre , & refufé de leur faire payer le Denier de S. Pierre : j ?%^^ 
Que c'étoit fe moquer du public ,^ que de rcjetter la faute de la fufpenfion 
fiir le Duc de Mantoue , parce qu'il ne vouloit pas recevoir tant de monde 
dans fa ville &ns garnifon , ic que de proroger le Concile jufqii'au mois 
die Novembre , fans dire où on Taflembleroit ; puifque fans doute le Paper 
Toodroit choifir l'endroit oadàns fes propres Etats , ou* dans ceux de quel- 
que Prince de fa dépendance : Qu'ainfi aucuTie perfonne de bon fens ne* 
pouvant efpércr d'avoir un vrai Concile ^ il valoir mieux que chaque Prin^^ 
ce réformât la Religion chez foi : Que cependant y fi quelqu'un trouvoic 
quelque meilleur expédienr , il ne le rejetteroit pasr 

En Italie même on n'étoit pas moins difpofé à interpréter en niauvaifcr 
part les a&ions dtt Pape > & on y difbit librement > que c'étois à. lui qu'ils 

f j. Il fi réfilut donc de fufpendre le mais le lo' d'Avril, dont elle porte ladatéf 

Concile , & fit publier une Bulle , &c.] dans Raynaldus , oà elle fe croave. Lat 

Non le lo de Mai , comme le dit Pallo' méprife de Pallavicin a été copiée plu: 1^ 

L» x^ Ct 4» & M* Dvgin afcès Ivii^ Continimeui de^ là^Flmry^ ^ 



lyo HISTOIRE DU CONCILE 

MDxxxYn. falloîc fe prendre de la fufpenfion du Concile , donc il rcjcttoic la faute fur 

J?AUL III. Iq J)^^ jç Mancoue ; &c que cela paroiflbic alTcz clairement , parce qu aprèr 

"""■—"—■" avoir publié une DuUe pour la réformacion de fa Cour , & avoir charge 

quatre Cardinaux de cette affaire qui ne dépendoit que de lui , & à Texé- 

c^î:ion de laquelle ni le Duc ni qui que ce foit n'eut pu soppofcr , il n'ca 

écoit plus queftion , & que depuis trois ans qu il en avoit fait la propofî- 

cion audi-tot après fon exaltation au Pontihcat > laffaire étoit demeurée 

dans loubli & le (ilcnce. Pour arrêter tous ces mauvais difcours , & faire 

tomber ces reproches & le mauvais tour qu'on donnoit à toutes fcs aâions» 

le Pape réfolut de reprendre de nouveau l'affaire de la réformation > & de 

fe réformer lui , les Cardinaux , & toute fa Cour. *4 Pour cet cflfct il 

r Sleid. L. choilit quatre Cardinaux , ^ &c cinq autres Prélats , qu'il eftimoic tant , 

II. p. i8i. qu'il y en eut quatre qu'il fit Cardinaux dans la fuite ; & il les chargea tous 

^^ les neuf de recueillir les abus qui méritoicnt d'être réformés , &c de lui 

Paliav. L4« "^^^q^er les remèdes les plus propres à ôter aifément ôc promptcmcnt le 

c. j-. mal y tout dans le bon ordre. Ces Prélats exécutèrent donc les ordres du 

Flcury , L. Pape , &c lui remirent leur avis par écrit. 

i38.N°ir. LVII. Ils marquoient d'abord, « que lafource & l'origine de tous lesabus 
'f*\' venoit de ce que les Papes prctoicnt trop aifément l'oreille aux flatteurs, 
dfeffepmr ^^ '^ur facilité à déroger aux Loix , & de l'inobfervation du commandement 
tjHtl^ues qu avoit fait Jefus-Chrifl de ne tirer aucun profit des fondions fpirituelles. 
CsrdinMix, Après quoi venant au détail , ils notoient xxiv abus dans l'adminiftration 
mAtsqtUde- j^^ chofes Eccléfiaftiques , & quatre dans le Gouvernement particulier de 
gxicmtion ^^^^' ^^^ Y traitoicnt de l'Ordination des Clercs , de la collation des Bé- 
s Faîcîc néfîces » des Pcnfîons , des Permutations , des Regrès , des Réfcrvations , 
rer. ezpet. de la pluralité des Bénéfices , des Commandes , de la Réfidence , des £xem« 
T.i.p. 150. tions , de la dépravation des Ordres Réguliers , de l'ignorance des Prédica- 
teurs & des Confefleurs, de la liberté d'imprimer des Livres pernicieux, 
des Ledures , & de la tolérance des Apoftars & des Ufuriers. De- là venant 
aux Difpenfes , ils parloient de celles de marier des gens dans les Ordres, 
de la facilité de difpenfer dans le dégrés défendus , des Difpenfes données 
aux Simonianues > de la facilité d'accorder des Indulgences & des Permi£- 
fions de confefler , des difpenfes des Vœux , de la licence de léguer des 
biens aux Eglifes , de la commutation des Teftamens , de la tolérance des 
Courtifanes , de la négligence dans l'adminiflration des Hôpitaux , & d'au* 
très chofes de ce genre y dont ils faifoient un détail en expofant la nature 
des ces abus , leur origine , les mauvaifes conféquences , & les moyens d*y 
remédier , & de porter la Cour de Rome à mener une vie Chrétienne : Ou- 
vrage tout-à-fair digne d'être lu, & qui eut mérité d'être inféré ici tout 
entier , s'il eût été moins étendu. 

84. Pour cet effet il chotjit 4 Cardinaux Salerne, AUandre Archetèqnc de Erin- 

S> ;*. autres Prélats, 1^^^% Cariinanx furent des, Giberti Evèqae de Vérone, GrégoiPi 

• Contarini^ Carafe, SadoUt^ 8c Pool; & Corte^ Abbé de S. George de Vertife, 9 

les Prélats furent Frégofe Archevêque de Badia Maître du Sacre Palais. 



DE TRENTE, Livre h lyi 

L E Pape ayant reçu des Prélacs cet écrit , le fit examiner par plufieurs mdxxxvh. 
Cardinaux , & le propofa enfuite en plein Confiftoire pour en délibérer. ^^"^ ^^^• 
Nicolas SckomhergCzvdinal de S. Sixte , ^ qu'on appelloit auflî le Cardinal „ ,, 
de Capout y ne un long dilcours pour montrer que le cems prefent netou ^.^ c 
pas propre pour faire une telle réforme. Il remarqua d abord , que la cor- sicid.L. ii. 
ruption des hommes écoit telle , que fi on vouloit arrêter le cours d'un mal , p. 1 8 j. 
on en feroit naître un plus grand ; & qu'il y avoit moins d mconvénient à ^^^ury^, L. 
tolérer un défordre connu, & que la coutume rend moins remarquable ,^38*^ 3^' 
aue d'en introduire, en le réformant , un autre» qui par fa nouveauté même 
leroit plus fenfible & par conféquent plus expofé à la cenfure. Il ajouta 
que par-U l'on donneroit lieu aux Luthériens ae fe vanter d'avoir forcé le 
Pape à cette réforme ; il infifta beaucoup à faire voir que ce feroit un 
pas non-feulement pour retrancher les abus , mais aufli pour abolir les bons 
ufages , & pour expofer â un plus grand danger toutes les chofes de la Re- 
ligion } parce que la réformation que l'on feroit , étant une efpéce d'aveu 
Gue les Luthériens avoient eu raifon de reprendre les abus aufquels il avoit 
fullu remédier , ferviroit à fomenter tout le refte de leur dodtrine. Jean^ 
Pierre Carabe Cardinal Théatin remontra au contraire , que la réforme 
ctoic néceftaire , &: qu'on ne pouvoit l'omettre fans oflfenfer Dieu : Et que 
c'étoit une régie générale de la Morale Chrétienne , que comme il ne faut 
point faire un mal pour procurer un bien , on ne devoir pas non plus omet- 
tre un bien d'obligation , dans la crainte qu'il n'en arrivât un mal. Les avis 
far cela furent partagés , & après difiérentes chofes dites de part & d'autre 
il fut conclu de remettre à un autre tems à parler de cette affaire -, & le 
Pape ordonna de tenir fecrettes les remontrances des Prélats. ^^ Mais 
Sckomberg en envoya une copie en Allemagne , Se quelques-uns crurent 



Sf . Maïs Schomberg en envoya une co- 
pie en Allemagne , & quelques-uns crurent 
que ce néto'u pas à Vinfu du Pape.] Ceft 
ce que dit Sleidan , qui pouvoir bien être 
inftruic de ces bruits. Alii putant non 
nefcio Pontifice exiiffe libellum , ut fie ipfius 
aiiquod ftudium appareret emenJationis , 
& ut homines inteUigerent aliunde tanquam 
îpfe fuerit daturus graviora , fiquidem ali- 
quid ejufmodi putajfet evulgandum» Palla- 
vicin dit qu'un tel foupçon n eft digne que de 
raillerie & de mépris. Mais au moins cette 
raillerie ne devroit regarder que ceux qui 
formoient un tel (bupçon , & non l'Hif- 
torien qui le rappone, quand bien même 
la chofe feroit tout à faic improbable. Mais 
au fond , je ne vois pas qv elle foie fî fort 
contraire à la vraifemblance. Car quoiqu'il 
<bk Yiai que Paul dans tootes les Inltruc* 



tions données aux Nonces eut ordonne de 
tenir fecret cet Ecrit , comme Fra-Paolo 
le reconnoît ; eft-il impoiïible que Schom" 
bergh l'eut envoyé fecrettement, en croyant 
en faire honneur à ce Pontife , fans que 
celui-ci lui en ait fu mauvais gré , parce 
que n'étant point publié avec autorité on 
écoit toujours en état de le défavouer ? Le 
Cardinal juge plus probable, que Schom* 
bergh l'envoya à un Catholique. Cela efl 
poflîble y mais ce n'eft qu'une (impie pro- 
babilité : & d'ailleurs Fra-Paolo ne dit pas 
le contraire , puifque lorfqu il marque qu'il 
fut envoyé en Allemagne , il ne détermine 
pas fi ce fut à un Catholique , ou à un 
Proteflant j & il refte bien certain , que 
malgré le fecret recommandé ^ l'Ecrit fut 
communiqué. 



lyi HISTOIRE DU CONCILE 

uDxxTwji. que ce n'écoit pas à Tinfu du Pape , afin que I on vît qu a Rome on avoît 
Paul III. quelque vue de reforme, Ôc qu'on penfoir à y travailler, Cerrc copie fut 
'^"— —^ aufli-toc imprimée 6c publiée par toute l'Allemagne , & on y publia aufli 
en Latin &c en Allemand quelques Ecrits qu'on y oppofa. Cependant 
le nombre des Proteftans augraentoit tous les jours , 6c le Roi de Dannc- 
marc Se quelques Princes de la Maifon de Brandebourg entrèrent dans la 
même Ligue. 

LVIII. ^^ A l'approche du mois de Novembre , ▼ le Pape publia nnè 
Joc7n7nJu nouvelle Bulle pour convoquer le Concile à Vicenzc s 6c voyant que l'hiver 
ConciU À approchant il étoit néceflaire de donner un plus long terme , il l'intima 
Vicensie^ & pour le premier de Mai de Tannée fuivante mdxxxiiii , & y deftina pour 
fécond Ma- Légats trois Cardinaux , fa voir Laurent Campègc auparavant Légat de Clé* 
H VIU ^^^^ ^^^ ^^ Allemagne , Jaques Simonèu, 6c Jérôme AUandre , qu'il avoît 
jcontTt U ' c^^és Cardinaux. 

Concile. L A nouvelle Bulle ayant été publiée , * le Roi d'Angleterre *7 fit paroi- 

V Slcid. L. tre contre cette nouvelle convocation un fécond Manifefte daté du 8 d'Avril 
V-f' '^^ MDxxx vxii , qu'il adrefla à l'Empereur , & à tous les Rois & Peuples Chré- 
c.V*& ^.^ tiens , dans lequel il difoit : Qu'ayant déjà informé le monde ces raifons 
Rayn. qu'il avoit eues de recufer le Concile que Paul avoir feint de vouloir célé- 
N° j4. brer à Mantoue , 6c qu'enfuite il avoit prorogé fans aflîgner aucun lieu ^ 
Spoiîd. ij ne lui paroiflToit pas néceflaire de faire de nouvelles proteftationsou rc- 
^ ^^' , cufations, toutes les fois qu'il prendroit envie au Pape de faire quelque 
an. 1538. nouvelle feinte de le vouloir célébrer : Que comme fon premier Ecrit dé- 




, par cette Lettre , qui 

Z'^^^^' cufe de ce quil n etoit pas plus difpofé à aller à Vicenze qu'à Mantoue » 
Rayn. ad quoiqu'il n y eCit perfonne qui denrât plus que lui un Concile Général ^ 
2r\, 1 j 3^. pourvu qu'il fût liore & pieux , comme il l'avoir marqué dans la protefta^ 
^'^ >5« tion qu'il avoit faite contre la tenue du Concile a Mantoue : Que comme 
rien n'ctoitplus faint qu'une A(Icmblée gcnéialcde Chrétiens , rien aufli ne 
pouvoit ctre plus préjudiciable 6c plus pernicieux à la Religion qu'un Con- 
cile corrompupar l'intérêt, & alTemblépour confirmer des Erreurs ; Qu'un 
Concile s'appelle Général , parce que^tous les Chrétiens y peuvent dite 
leurs fcnrimcns, 6c qu'on ne de voit pas donner ce nom à une Affëmbléc, 
où l'on ne devoir écouter que ceux qui fe trouvoient obligés à çenir en tout 
le parti du Tape , 6c où les mcmes pcrfonnes étoient accufateurs & cou- 
pables , Parties 6c Juges : Qu'on pouvoit objeder contre Vicenzc les mêmes 

chofes 9 

66. AT approche du mo'is de Novembre y tre cette nouvelle convocation un fecQfld 

U PiJpe publit: une nouvelle Bulle pour con- AfanifeJIe daté du 8 d^ Avril mdxxxviii.J 

roquer le Concile à Vicenze,'] Cette Bulle C'eft donc une faute à Raynaldus d*avoi^ 

cft du 8 d'Oddbre 1^37. rapporte ce Maiiifefte à l'an i/}5,i 



$j. Le Roi d* Angleterre fit parçifre CQtiz 



4t. Li 



DE TRENTE, Livre I. in 

cbofes que dans fon premier Ecrie il avoir objedces concre Mantoue. Puis , MDrxxvm. - 
après avoir rappelle en peu de mots ce qu il avoir dir fur ce point dans fon ^^"^- ^^^• 
premier Ecrie : ii Frédéric Duc de Manroue , ajoutoit-il , n*a pas eu la com- — — "■•—^ 
plaifance pour le Pape de lui accorder fa ville aux conditions qu*il le fou- 
nairoir , quelle raifon aurions^-nous d'avoir celle d'aller où il lui plaîr ? Si le 
Bape a de Dieu le pouvoir d'appeller les Princes où il veur , pourquoi n a* 
c*il pas celui de choidr le lieu qui lui plaît , & de fe faire obéir } Si le Duc 
de Mantoue peut refufer avec raifon Tendroit que le Pape a choid , pour-* 

Soi les Rois & les autres Princes n'auroient-ils pas la liberté de n'y pas 
er ? Et fi tous les Princes lui refufoient leur ville , où feroit fa puifTance ? 
Que feroit'il arrivé , s'ils fe fudènt mis en chemin » & qu arrivés à Man- 
toue , le Duc leur en eut refufé l'entrée ? Ce qui eft arrivé de Mantoue , 
peut également arriver â Vicenze. 

LIX. Les Légats s'y rendirent y au tems marqué , & le Pape en même Entrevue 
tems fe rendir à Nice en Provence » pour ctrc à l'entrevue de l'Empereur ^« P^f^ 
Se du Roi de France qu'il avoir moyennée ^. Le prétexte public étoit ^^*^ ^^^ 
de ** rétablir la paix entre ces deux Princes , mais (a fin principale étoit yj^^^ ^ 
de faire tomber le Duché de Milan dans fa Maifon. Entre ancres chofes France k 
qui fe négocièrent dans cette entrevue , le Pape tâcha d'engager l'un & ^ice. 
l'autre d'envoyer au Concile leurs Arabafladeurs & les Prélats qui étoient >'Slcid, L. 

I2(. p. l%6. 

iPallav.L, 
■ 18. Le prétexte public était de rétablir nons a.Ture bien pofitivement & du dehr ^^ ^.^ ^^ 

la paix entre ces deux Princes ; mais fa que le Pape avoit de feire paflèr ce Duché Rayn. ad 

fin principale étoit de faire tomber le Du- dans fa famille, & des propolîcions qu'il an. if j8. 

ché de Milan dans fa Maifon.] Pallavi- en fit faire à l'Empereur. Cafarem^ dit-il, N° lo, fc 

cïn dit, qu'il ne voudroit pas nier que le à bello avcrtere cupiebat ; fed arcani ca«-fcqq. 

Pape n'en eftt eu quelque de(iein, mais filii alias grav ivres fubejffi caufas h omines Svond. 

qail ne paroîc pas pat les Mémoires du putahant , qui eum Mediolanenfis Imperii ^^ f- 

ttmt qu'il en ait fait aucune piopofition. dominatum affeitare dicebant , quùtn r^on Adnan. u 

Je ne (kis pas ce qu'entend ce Cardinal obfcuri nepotum fuorum alterum infinuansy ^' F* '^' 

par \e% Mémoires du tems > mais ce qu'il id prafenti pecunia comparare poffe fibï i^Tri ' 

y a de vrai, c'eft qu'^^Jritf /si, Auteur con- perfuadebat ab egente Cafare, Ce qu'il ré- ^^ ^'* 

^einporain le marque bien pofitivement. pète encore en un autre endroit ^ où il dit; 

Kon fitrovando modo di convenir di pace^ Cœfari autemfîbi arma in' Germanîampa* 

4ii*il, voUndo il Re che gUfoJfe reftituito ranti quUm pecunia deejfet, Pontifici Âfe- 

in qualche modo il Ducato di Milano^ il diolanenfem Principatum cupienti per am- 

^uale diceva appartenerfeli di ragione , 6* bages obtulit , ut grandi pecunia perfoluta 

V Imperadore non volendo ufcire di cofe ricco O&avius nepos Jnfubrum Augufta auélo- 

6r opportuno ftato aile cofe dltalia , ne con- ritate Dux conftitueretur. Sur de pareils 

tentandofi di darlo à un S ignore lialiana, garants eft ce un fi grand crime à Fra- 

che à ciafcuno di loro pagajji omaggio^ il Paolo d'avoir avancé un tel faiti & croit- 

quai modo era trovato dal Papa propûmn- on qu'un argument négatif^ tel que celai 

do unfuo Nipote per farlo Duca di Mila- que lui oppofe Pallavicin , & qui aihne 

no,fifiabUi una triegua per diecd anni. cft convaincu de faux par la dépoficion 

Onuphre , qui ne doit pas être fufped , des Hifloriens , futKfe poux anéantir 1q 

nous apprend la même chofe , de quoiqu'il poids de ces témoignages? 

iic parle pas de llencrevae de Nice j il 

Tome I. V 



iy4 HISTOIRE DU CONCILE 

tfDRzyiii. à leur fuite , & de donner ordre à ceux qui étoient dans leurs Ecars de fe 
Paul III. mectre en chemin pour s'y rendre. Mais ils s cxcufercnt tous deux , difanc 
'^"— —^ qu'il falloir auparavant favoir de ces Prélats les befoins de leurs EgUfes i 
éc qu a regard de ceux qui étoient avec eux , il feroit difficile de leur per« 
fuader d y aller feuls , fans en avoir auparavant conféré avec leurs confrè- 
res. ^ 9 Le Pape fe contenta fi ailément de cette raifon , qu'il laiflà lieu 
de douter lequel des deux il aimoit le mieux, ou d'unconfentement, ou 
d'un refus. Mais voyant qu'il n y avoit rien à efpérer , ni fur ce point, ni 
fur les autres, qu'il avoit négociés dans cette entrevue, il partie; & de- 
retour à Gènes ayant reçu des lettres de Vicenze , par lefquelles fes Légats 
lui mandoient qu'ils y étoient encore feuls , & qu'il n'y avoit pas un icui 
Prélat ; cela l'obligea '^ de les rappeller , & de proroger par une Bulle du 18 
«Rayn-N^ de Juillet ^ le terme de l'ouverture du Concile juiqu'a Pâques de l'année 
34.^35. fuivame. 

^PJ""*- >» C E Pontife , qui depuis quane ans ufoit prudemment de patience & 

^' de diflimulation avec le Roi d'Angleterre , fulmina contre lui cette même 
h Barnct , année ^ une Bulle te rible , & dans une forme inufitée par fes prédéceflèurs. 
Pan. I. L ^ q^j j^»^ jamais été imitée depuis par fe» fucceflcurs. Et comme cette 
Pafîav.^ll fiiln^ii^ation fut l'effet des Manifeftes que Henry avoit publiés contre le 
4* C.7. Concile convoqué à Mantoue & à Vicenze, il convient à THiftoire que 
Rayn, N® j'écris d'en faire mention , d'autant plus que ceci fervira à l'intelligence de 
4^* plufieurs chofes qui doivent fuivre. Se qui m'obligent de rapporter ici le 

^^^g"^J^- dérail de cet événement. 

HetniVlU. ^^' ^ ^ Prince s'étant fouftrait à l'obéifTance de l'Eglife Romaine , & 
tfi excom- s'étant fait déclarer en mdxxxiv Chef de l'Eglife Anglicane , comme on 

mimiéfêr 

le Pdfe. *?• -t« ^^ fi contenta fi aïfiment de de Juin , & avoit été précédée <i*une autre 

cette raifon , quil latffa lieu de douter /e- da if . d'Avril , oà le Pape remettoit TcHi- 

quel des deux il aimoit le mieux , ou dun verture do Concile , (âus en déterminer le 

confintemtnt , ou d'un refus» ] Ceci edane jour. Rayn, N^ 34. 
calomnie , à entendre Pallavicin, Cepen- $1. Ce Pontée , qui depuis quatre ans 

dant il convient que le Pape ne rétifta nul- ufoit prudemment de patience & de dij^mu" 

lement i la demande de la prorogation. E tation avec le Roi d'Angleterre , fiilminéL 

je il Pontefice 'non fù duro alla concorde contre lui cette mime année une Bulle ter* 

lor peti[ionefopra l'indugio del convocarlo y rible , &c. ] Je ne fais à qui en veut le Car- 

non fapeva il Soave , &c. Ceft-à-dire , dinal, d*accufer ici Fra-Paolo d*approavcf 

qu au fond il convient do fait , mais qu'il tous les excès de Henri VIIL II n-y a pas 

croit qu'il y a trop de malignité dans la an mot dans tout le récit de notre Hifto- 

léflexion de Fra - Paolo & dans la conff- rien qui puiflè Éstire foupçonner qu'il ap- 

quence qu'il en tire , poifqoe fi le Pape prouvât les fureurs de ce Prince. Il raconte 

céda fi aifcment , c'eft parce qu'il étoit amplement le &it ; & les réflexions qo'il 

împofnble de ne le pas ÉÎire. ajoute font plus propres à faire honneoi à 

90. Ce qui l'obligea — de proroger par la prudence de Paul , qui le fît difRrer fi 

une Bulle du 28* de Juillet le terme de l'ou- longtems à fulminer cette Bulle y dont il 

verture du Concile ^ Sec, ] Fra-Paolo fe prévoyoit bien qu'il ne devoit attendre zxp- 

trompe. La Bulle n'efl point do iS. de cun fuccès , qu'à juftifier le Prince contre 

luillet, mais elle eft datée de Gènes du iS» qui la Cenfoif étoit portée* 



D E T R E N T E, Li VRE L lyy 

Ta rapporté auparavant., Paul aulfî-côc après fon exalracion fut fortement 6c mdzxxtiiu 
continucllcmeiit follicitc par l'Empereur , qui ne confultoit en cela que fes ^^"^ ^^• 
propres intérêts , de fulmmer les Cenfures contre H^nri -, & il y étoir d'ail- -^■— * 
leurs encore excité par fa Cour » qui croyoit par ce moyen ou regagner 
l'Anglererre , ou du moins la mettre toute en feu. Mais le Pape, qui etoic 
très-expérimenté d^ns les affaires , jugeoit cette démarche peu convenable» 
condderant que (ï les foudres de its prédeceflèurs n avoienr produit aucua 
bon tfict dans le cems quon les craignoit & qu'on les refpeâoit , on de* 
voit encore moins efpcrer de réullir i préfenc que tant de gens avoient pu- 
blié & reçu une doélrine qui apprenoit à les méprifer \ 6c il croyoit qu'il 
^toit plus prudent de tenir dans le fourreau une épée , qui n'a point d'au- 
tre tranchant que l'opinion de ceux contre qui on la tire. Cependant le 
Cardinal de Kocâefter ayant été décapité en moxxx v , les autres Cardinaux 
ie mirent à lui remontrer l'affront qui en retomboic fur leur dignité , Se 
le danger extrême où feroit expofé un Ordre qui pallbit pour faint & pour 
inviolable , (i on laiffoit prendre pied à cet exemple : que d'ailleurs, comme 
les Cardinaux défendent le Pontificat contre les entreprifes des Princes avec 
d'autant plus de hardiede , qu'ils fe regardent comme en lureté de leur vie » 
ils feroient dorénavant obligés de fe ménager par crainte , s'ils perdoienc 
cette affurance > & fi les Laïques venoient à connoitre que les Cardinaux 
peuvent être condamnés & exécutés i mort comme les autres. Le Pape 
néanmoins ne changea pas de réfolution. Mais pour employer un tempérar 
ment dont aucun autre de fes prédéceflfeurs ne s'etoit encore fervi , qui étoit 
de lever la main & de menacer de la foudre , mais fans la lancer , & (atts-* 
faire ainfi les Cardinaux & fa Cour fans commettre l'Autorité Pontificale» 
^* il fit drefler un Procès & une Sentence très-rigoureûfc contre Hcnriydzxéc 
du 50 d'Août MDXxxv , ^ ^} dont il fufpendit la publication à fa volonté » t Rayo. ad 

an. iyj4. 

N® 18. 
91. Il fil dreffcrun Procès fi» une Sen* fa volonté. ] Cefiit , félon Sanderus , tant Spood. 

U7U€ irès-rigoureufe contre Henri , datée du à la foUicitation de plufîetirs Princes , que N® 15. 

)o. d'Août MOXXX V, &c. ) Ceft la date de (on propre moavement , comme il eft 

qu'elle pone dans le BuUaire & dans la ponéparlaBulledu 17.de Décembre if)S. 

Colleâion de Bumet^ L. j. p. 17^. quoi-- Fadum eft y ( dit-il, L. 1.) ut Pontifix, 

que Raynaldus la date du jo. d*Oélobre, partimfua Jponte , partim multorum Prin» 

ce qat (ans doute eft an faute. Au refte , ce cipum rogatu , ab exequenda hac fua fen^ 

même Auteur nous apprend que cette Sen- tentia adnonruiUos annos fe cohibuerit ; & 

tence ne paflâ pas fans de grandes oppofi- peut-être ne le fit-il , aue parce qu'il ne 

tions : Maximis autem difficultatibus hanc trouva aucun Prince difpof! à le foutenir , 

rem impUcitam fuiffe docent ASta Confifto^ quoique félon Raynaldus il en eut folli- 

rialia. Et il ne feut pas s'en étonner. Car cité l'Empereur , & les Rois de France & 

quoique peut-être tous convinflent que d'Ecoffe , mais en-vain. Ce qui me porte 

Henri fe (ut juftement attiré les Cenfures, encore plus à le croire, c'en que , félon 

il pouvoit y aToir bien des raifons pour PaUavicin lui-même L. 4. c. 7- il n'en 

croire qu'il n'étoit pas de la prudence de vint enfin à la publication delà Sentence, 

les employer. que fur une efpérance qu'il croyoit bien 

9). Dont il fufpendit la publication à fondée , q[ue l'Empereur , la France, 9c 

V a 



i$6 HISTOIRE DU CONCILE 

•iDxxxix. mais dont il laifFa aller fecretrcmenc quelques copies encre les mains de 
Paul III. g^j^^ ^^'^j fa voit bien les devoir faire courir ; répandant en même tcms le 
bruic que la Bulle avoir été drelféc & fufpenduc, & qu'il la publieroic 
bientôt , quoiqu'il n'eut aucun dellèin de le faire. Car il ne défelpéroic pas 
que ce Prince ne cédât à la fin > ou par la crainte de cette foudre , ou pour 
latisfaire aux dedrs de fon peuple , ou las des fupplices qu il avoir cm-* 

5»loyés pour faire reconnoître fa Suprémacie , ou enfin par 1 entremife de 
'Empereur ou du Roi de France , en cas que la néce/Sté de fes afikires 
l'obligeât de fe joindre à l'un ou à l'autre. Et ce qui Tengageoit encore 
plus a garder cette conduite , c'eft qu'il ne vouloit pas montrer la foibleflè 
de fes armes > de peur d'affermir encore plus par-là Hinri dans fa fèpa* 
ration. 

M A I s enfin au bout de trois ans , irrité par les mauvais traitemens dont 
il croyoit que ce Prince avoir ufé envers lui fans lui en avoir donné de 
fujet > comme auffî par les Manifeflcs qu'il avoir publiés contre fes Convo- 
cations du Concile , par la cenfure qu'il faifoit de fes avions quoiqu'il n'eue 
jamais eu en vue de l'offènfer , 8c nouvellement enfin par les procédures 
contre S. Thomas de Cantorbéry canonifé par Alexandre IIL â caufe de la 
morr qu'il avoir fouffèrt en mclxxi pour la défenfe des Libertés & de la 
Puidance Ecdéfiaftique , & honoré dans l'Eglife Romaine par une Fêre an- 
nuelle qu'on y célèbre ; mais que Henry avoir fait citer & condamner com- 
me un rebelle, dont il avoit fait brûler les os publiquement: par la main da 
boureau , 8c jetter les cendres dans la rivière , & de TEglife duquel il avoir 
confifqué les biens > & fait faifir les tréfors , lesornemens, & les revenus^ 
ce qui étoit toucher a un des myflères du Pontificar bien plus imporranr 

3ue le Concile même : irrité, disje, de toutes ces chofes, il crur enfin 
.• w^.*. evoir changer de conduite. Il lança donc ^ le 17 de Décembre la foudre 
Hid. of. qu'il tenoir fufpendue depuis rrois ans , & cela dans l'efpérance qu'il avoir 
Rcf. P. i.L conçue dans fon entrevue avec le Roi de France , que ce Prince avant feit 

ion 

Saint 

Spond. Siège , le meurtre du Cardinal de Rochcjlcr , & fes procédures conrrc S. 

p V^ T Tf^'^^^^^ E" conféquence de quoi il le privoit de fon Royaume , & tous fes 

2^1" adhérens de tous leurs biens ; il ordonnoit a fes Sujets de lui refufer l'obéif- 

ûnce , & aux Etrangers de n^avoir aucun commerce avec fon Royaume ;& 

donnoi. à ceux qui prendroienr les armes contre lui & les (îens, leurs 

Etats & leurs biens , & même leurs perfonnes. Mais les Ligues ,. tes Con« 

rEcoflê (è décîareroient en mime - tems II ftir pourtant trompé dans ion attente s dt 

contre Henri i & même , ajoute-t'il , je Charles auffi bien que François ne s'ena- 

crois qae (ân<; cette affiirance il ne fe feroic prellérenc pas moins depois à xecbexcfact 

pab dc:larc. j4n^'io trovo chefen^a un tal îaUlancc de Henri* 
foadamentQ il Pontefice non yoUe proccdere* 




D E TR EN TE Livre I. 157 

fédérations , &c les Traités que firent depuis avec ce Prince l'Empereur , mdxxxxx. 
le Roi de France , & les autres Souverains Catholiques , montrent aflez ^^"^ ^^^' 
quel cas Ton fit de fon Bref, &c avec quelle fidélité l'on obéit à fcs 
ordres. 

• LXI. Au commencement de l'an MDxxxiX, s'étant élevé de nouveaux Dihê tU 
troubles en Allemagne fur les affaires de Religion , qui fervoient de pré- ^runcfort , 
texte aux perfonnes mal-intentionnées pour augmenter les défordres , on ^'^ ^^^ t^^' 
tint « à Francfort une Aflèmblée , ^4 où l'Empereur envoya un Commiflai- tv^^^temt 
rc , & où après une longue difpute on convint le 19 d'Avril , du confcntc- hniunQoU 
ment de ce Miniftre , de tenir une Conférence le premier d'Août à Nurem- Uqnt ^ quê 
bcrg , pour y traiter amiablement 6c tranquillement de la Religion. Là , ^^ P^f^ ta- 
outre les Doàeur^ , l'Empereur , le Roi Ferdinand ^ & les Princes dévoient ^J' ^«»/«- 
envoyer de part & d'autre des perfonnes prudentes pour tâcher de concilier ^ ^' ^^ . 
les deux Partis , &c préfider à un Colloque dont le réfultat feroit notifié à an. 1539, 
tous les Ordres de l'Empire , & confirmé par l'Empereur dans la première N® j. & 
Diète fuivanie. Les Catholiques vouloient que l'on priât auffi le Pape d y ^^4^- 
envoyer quelqu'un de fa part -, mais cela n'eut point de lieu , parce que les ^P^^- ^ - 
Proteftans remontrèrent que c'étoit une chofe contraire à leur Proteftation. Pallav.L4, 
Le Pape , ^ informé de cette convention , s'en tint fort oflfenfé 5 tant à caufe c. 8. iL9. ' 
de la liberté qu'on prenoit de vouloir traiter des affaires de Religion en Slci<l.L.ii. 
Allemagne , que par le préjudice que cela portoit à la réputation du Con- P- ^^°' ^ 
cilc qu'il avoit convoqué , quelque peu qu'il fe fouciât de le faire tenir \ p f^ ' j 
& plus encore parce qu'après avoir propofé de faire afliiler quelqu'un de i j^. \^o ^^ 
fa part au Colloque, on avoit confenti à l'en exclure, ^y C'efl pourquoi /Id. N®4, 
il dépêcha fur le champ en Efpagne l'Evèque de Montépulciano , pour fol* 
liciter l'Empereur de ne point confirmer , ou même d'annuller les Décrets 
de cette Auemblée. 




'Empereur , qui fans aucun égard au ferment qu'il avoit Rayn. 
prêté au Saine Siège , aux bienfaits qu'il avoit reçus du Pape , & aux Inf- ^^ ^ 

94. Oh V Empereur envoya un Commlf- Chrîftieme II , qae fes craautés beaucoap 

faire , &c. ] C étoit Jean Véfal Archevêque plus que fa Religion avoienc rendu odieux 

de Lunden , de la conduite duquel Aléan-^ & exécrable à tous fes Sujets j ce Prélat , 

ère alors L^t en Allemagne fit de grandes dis-je , s'étant mis au fenrice de l'Empe- 

plaintes au Pape , comme s'il eut trahi les leur devint dans la fuite & mourut Evêque 

intérêts du parti Catholique. Mais les let- de Condance. 

ties du Cardinal Contarini le juftifient aa $s*C*eftpourquoiildip€chafur le champ 

jugement même de Pallavicin ; & l'on en Efpagne C Evêque de Montépulciano. J 

doit croire , que s'il ne tira pas des con- Jean Ricci ^ depuis Cardinal & Evêque de 

ditions plus avantageufes , c'efl qu'il ne lui Montépulciano. Car il ne l'étoit pas encore 

fiit pas pcfTible de le £iire. Ce Prélat qui lorfqu il fut envoyé en Efpagne , Montée 

avoit étéchalfé de fon Archevêché de Lun- pulciano n'ayant été érigé en Evêché que 

den , lorfqu on bannit la Religion Catholi- plufîeun années après , fous le Pontificat de 

que de Dannemazc , & qa'c» deftitoa le Koi Pie IV* Pallav» L. 4- c. 9. 



ij8 HISTOIRE DU CONCILE 

MDxxxix. truétions de l'Empereur , avoic confenci aux demandes des Luthériens » au 
' ^^^^ ^^^' préjudice du Saint Siège fie au deshonneur de fa Majefté Impériale , s etaoc 
"— ""— "^ iaillc corrompre par les promefles ôc les préfens de la Ville d'Ausbourg ** 
f T. qui lui avoient donné ^^ 150 ^ 000 florins dor , fie par le Roi de Danoe- 

N^ 10. ' marc , qui lui avoir promis 4000 florins par an à prendre fur les revenus de 
i'Ârchevcché de Lunden donc il Ta voie dépouillé j outre qu il penfoit à £è 
marier fie à quitter l'érat Eccléiîaftique , n'ayant jamais voulu recevoir les 
Ordres facrés. i. De remontrer à l'Empereur , que s'il confirmoit les chofes 
accordées par cet Archevêque , il ne fe montreroit pas véritable flls du 
Saint Siège ; fie que tous les Princes Catholiques d'Allemagne fe plaignoienc 
de cette convention , fie fe flattoient qu'il ne la conflrmeroit jamais. 3. De 
lui propofer pour fe le rendre plus favorable , d'appuyer fes intérêts touchant 
le Ducné de Gueldre fie l'éleâion du Roi des Romains. 4. De lui repréfen- 
ter y Qu'en tolérant les Erreurs des Luthériens il n'efi feroit pas plus maître 
en Allemagne , quelque chofe au contraire que puHènt lui dire l'Archevê- 
que de Lunden & quelques autres ; l'expérience montrant , qu'il ne fauc 
point efpérer de conferver les Etats où la Religion fe perd , ni où Ton ea 
ibuflre deux : Que Ton en voyoit l'exemple dans les Empereurs d'Orient > 
qui ayant renoncé à l'obéiflance du Pape , avoient perdu leurs forces fie leur 
Empire : Que l'on connoiflbit préfentement allez les fourbes des Luthériens » 
qui en avoient toujours agi frauduleufement avec l'Empereur , fie qui , (bus 

Î rétexte de calmer les brouilleries de Religion,avoient toute autre chofe que 
i Religion en vue : Que l'on avoit l'exemple de la Diète de Spire de i'aa 
MDxxvi, fie de celles de Nuremberg en mdxxxii, fiedeCalan en mdxxxiy, 
quand le Duc de Virtemberg reprit fon Duché ; chofe qui montroit que le 
Landgrave fie les Luthériens avoient moins eu la Religion en vue, que d'en* 
lever cet Etat au Roi des Romains : Qu'il devoit faire attention , que s'il 
s'accordoit avec les Luthériens , les Princes Catholiques ne pourroient fouf- 
frir qu'il eut plus de pouvoir fur eux que fur les Proteftans » fie qu'ils pen-* 
feroient à de nouveaux remèdes : Qu'il y avoit d'autres voies légitimes 8c 
honnêtes de redrefler les affaires de l'Allemagne , fie que le Pape leroit cou« 
jours prêt de l'aider félon (es forces : Que Sa Majeftc devoit penfer qu'elle 
ne pouvoir approuver ces articles , fans rifquer de voir toute l'Allemagne 
devenir Luthérienne , ce qui lui feroit perdre toute fon autorité , cette 
Se<5te étant ennemie de toute Souveraineté, fie ne prêchant que la liberté 
Se la licence. Outre cela , le Nonce avoit ordre de porter l'Empereur à fori' 
tifier la Ligue Catholique , fie à détacher des Luthériens cous ceux que l'on 
pourroit , en envoyant le plus d'argent qu'il feroit poflible en Allemagne , 
pour en promettre fie en aiftribuer à ceux qui fuivroicnt le parti Catnoli- 

- $6, Qui lui avoit donné 1 fo ,000 florins blable de toaces, û Véfal & le Landgrave 

iTor, ] C efè ainfi que porte TEdition de de Heftè après loi n avoient traité toute 

Londres. Mais celle de Genève marque feu- cette accufation de pure calomnie. Ste^ 

lement i s ^000 i 8c RaynéUdus 1 s 00. Cette kend, L. j.Seâ. it« $. 70. & Seâ. il* 

dernière fomme paioicroit la plus viaifem- $. Se. 



; 



D E T R E N T E , L I V RE I. ly^ 

que : De lui pcrfuader d'envoyer , fobs prétexte de la crainte des Turcs , mdxxiix» 
quelques croupes Italiennes & Ëfpagnoles dans les terres du Roi des Ro- Paol III/ 
mains : De lalTurer que le Pape etoit dans la réfolution d'envoyer vers les «— — — 
Princes Catholiques quelque perfonne avec de l'argent y pour en promettre 
& en donner à ceux qu'il croiroic utiles à fes intérêts : De l'engager à faire 
un Edit femblable à ceux qu'avoic publié dans fes Etats le Roi d'Angle* 
terre , & de faire répandre adroitement le bruit qu'il étoic en négociatioa 
avec ce Prince pour le ramener à l'obéillànce du Pape. Enfin le Nonce ,• ^tj^^^ 
avoir ordre encore de fe plaindre : ^ Que la Reine Mane fa fœur » Gou- N® Z4« 
vernante des Païs-Bas » favorifoit fecrettement les Luthériens » qui entre* 
tenoient des intelligences auprès d'elle : Que fur le point de conclurre la 
Ligue Catholique , elle avoir détourné l'Eledleur de Trêves d'y entrer , 
& avoir fait manquer par- là une (1 bonne œuvre : Qu'elle avoir empêché 
TEvèque de Lavaur ÂmbalTadeur de France , de paflèr en Allemagne pour 
délibérer avec le Roi des Romains & le Légat de Sa Sainteté fur les atti- 
res de la Religion : Qu'à la vérité , le Pape croyoit bien que cela ne venoic 
pas d'aucune mauvaife volonté de fa part , mais des mauvais conièils de 
{es Miniftres. 

LXII. Comme je viens de faire mention d'un Edit du Roi d'Angle- 
terre fur les matières de Religion , il n'eft pas hors de propos de raconter ^^^J^^^ 
ici ^ comment Henri F7II , ou parce qu'il croyoit qu'il étoit du fervice do^InT'éU 
de Dieu de ne pas permettre qu'il fc fît aucun changement de Reliçon dans rEgUfe Ko^ 
fon Royaume , ou pour montrer fon ferme attachement à la dodrme qu'il maéne dans * 
avoir défendue dans fon livre contre Luther , ou enfin pour donner le de- ^'^ ^oy^- 
menti au Pape , qui dans fa Bulle l'accufoit d'avoir publié une doârine ^!^^ 
hérétique dans fon Royaume *, '7 comment , dis-je , ce Prince donna un Hift.of.Rc- 
Edit pendant la Diète de Francfort, par lequel ilcommandoit à tous fes form. P. i. 
Sujets de croire la Préfencc réelle du Corps véritable & naturel & du Sang L»3- P- ^58» 
de Jefus-Chrift fous les efpéces & apparences du pain & du vin , fans que ]^o^^* 
la fubftance de ces deux élemens demeurât ; comme auflî que Jefus-Chrift ^\^2^' ^ 
étoit contenu tout entier fous l'une ou l'autre efpéce -, que la communion i3^.N^*i/. 
du Calice n'étoit point néceffaire -, qu'il n'étoit pas permis aux Prêtres de 
fc marier ; que les Religieux après leur profeflSon étoient pcrpétucUemenr 
ohligés à garder leur vœu de chaftété , & à vivre dans leurs Monaftéres \ 
que la Confeflion fecrctte & auriculaire étoit non- feulement utile, mais 
encore néceflfâire *, que la célébration des Medes privées étoit une chofe 
fàinte > voulant que la pratique s'en continuât dans fon Royaume \ & dé- 

97. Comment, dis-'je , ce Prince donns écrire , ou prêcher contre le premier Ar» 

MU Edit pendant la Diète de Francfort , ticle, c*eft-à-dire, contre la Préfence réelle, 

&c. ) Cequenonre Hiftorien appelle ici on à peine d'eue brolé, fans être reçu à faire 

Edit , eft un Ade du Parlement palTé le aucune abjuration s & d'écrire ou de prêcher 

x8. de Juin if 39 , par lequel on ordon- contre les cinq autres, fous peine d'être puni 

noit la créance de ces ûx Anicles , & il étoit comme pour crime de Félonie , c*eft-à-dire, 

défendu apri» le ix» de loillet de parler > d*êtxe pendu & d avoir fes biejos confisqués» 



i6o HISTOIRE DU CONCILE 

UDXxxix. fendant à tout le monde de rien faire ou cnfeigner contre chacun de ces 
Paul III. articles, fous toutes les peines ordonnées par les Loix contre les Hérétiques. 
"'""■"■^" Ce qui pourra furprendre ici , c'eft de voir comment le Pape , qui peu de 
jours auparavant avoir lancé de (i rerribles foudres contre ce Prince , avoic 
pu fe refoudre à le louer , & à, propofer à Tempereur fon exemple à fuivre ; 
^' tant il eft vrai que c'eft Tintérêc qui nous fait tantôt louer , & tantôt bla • 
mer la même j^erfonne. 
I# PMpg LXIII. 9' Paul y après le départ de Montépulciano y voyant que d'amu- 
fufitjtd U fer iç monde en convoquant le Concile , & en le fufoendant après jufqu'à 
C^iiiÀ ^^ <^crtain tems limité, comme il avoit déjà fait pluueurs fois, cctoit trop 
fin hên cxpofer fa réputation , jugea néceffaire de quitter une conduire fi équivo- 
fUifirm que , qui aores avoir laiïé le monde pourroit avoir quelques mauvaifes fui- 
tes -, & il (e réfolut d agir plus ouvertement & de quitter routes ambiguï- 
tés. Après avoir donc expofc tout ce qui s etoit pafTé jufqu'alors , & montré 
la néceflité de prendre une réfolution décifive de manière ou d'autre , il 
pria le Confiftoire d'en délibérer. Quelques - uns des Cardinaux , pour fè 
délivrer tout-à-fait de la crainte qui les tenoit tous les jours en fufpens » 
n'approuvoient pas le terme de fufpenfion ; & ne voyant pas comment fur- 
monter les obftacles qui fe rencontroient , ils euflent voulu qu on déclarât 
cxpreflément , que le Concile ne fe tiendroit point jufqu a ce que les Prin- 
ces fuffent en paix , fans laquelle il n'y avoit nul lieu d'efpérer qu'on pûc 
le célébrer. Mais les plus prudens , qui craignoient encore plus que fi 1 on 
faifoit une telle déclaration , on ne revint a parler de Conciles Nationaux 
ou de quelques autres remèdes encore plus dangereux , étoient d'un autre 
avis. C'eft pourquoi la plupart fe rangèrent à leur fentiment , Se opinè- 
rent d fufpendre le Concile autant qu'il plairoit au Pape , eftimant que la 

dilcorde 



98. Tant ilejl vrai que c'eft l* intérêt qui 
nous fait tantôt louer & tantôt bUmer la 
même perfonne. ] La maxime eft aflcz vraie 
en général , mais je ne (ai fi Tapplicacion 
ici en eft bien jude, pai(qu'on ne voit pas 
qael intérêt panicalier avoic le Pape de 
louer le Roi d'Angleterre. Ceft ce qif ob- 
ferve Pall^vicin^ L. 4. c. 8. qui remarque 
d'ailleurs qu'un méchant homme peut faire 
des allions louables , & qu'on peut par 
con(cquent eftimer. Mais ce que l'on pour- 
rait dire à la juftifîcation de Fra-Paolo , 
c'eft que Rome ayant toujours défapprouvé 
que les {Princes ftatuafTent rien en ma* 
tière de Religion de leur propre autorité , 
cétoit un affez mauvais exemple a alléguer 
que celui de Henri VIIL Car quoique Ion 
Edit ou l'Aél*- du Parlement fut en faveur 
(les articles de l'ancienne Religion , con)- 



me c'ctoit de (on autorité prppre qu'il or« 
donnoit de les croire , il étoit dangereux 
de propofer un tel exemple aux Princes i 
& je ne fai comment la Cour de Rome , 
qui condamnoir fi fert le principe fur le- 
quel Henri agidbit , pouvoic louer ainfi un 
A^e émané de ce principe. 

99. Paul i après le départ de Montépul- 
ciflno « voyant que d*amufer U monde en con^ 
voquant le Concile & en Ufufptndant , 8cc. ] 
Il y a ici une mépri(è de Frd'Paoio. La 
Bulle de prorogation du Concile fut pu- 
bliée avant & non après le départ de Mon- 
tépulciano. Car cette Bulle qui fut arrttëe 
dans le Confiftoire du 30. de Mai , fut 
publiée le I3.de Juin , & Montépulcîane 
lie partit pour l'Efpagne que le xo. d'Août 
fuiyant. Pallt^y. L. 4. c. 9. 

190. VEm^ 



DE TR ENTE,L I V RE L r^r 

difcordc<lcs Princes ou quclqu autre motif fer viroit d'un prétexte raifonna- mdxxxix. 
ble de continuer la fufpenfion , tant qu'on jugeroit qu'il ne feroit pas utile P^^'- ^^^' 
de tenir le Concile 5 & qu'au contraire, fi l'on avoit à craindre quelque 
Concile National , ou quelque Colloque ou autre chofe , on fe délivreroic 
de ce danger en levant la fufpenfion , Se en aflignant le tems & le lieu du 
Concile , que l'on tiendroit ou ne tiendroic pas , félon l'exigence des con- 
jonctures. Ori s'en tint donc à ce parti, ^ & le i j de Juin le Pape expédia /PalUv.L. 
une Bulle qui fufpendoit à fon bon plaifir , & à celui du Saint Siège , le 4. c 9. 
Concile qu'il avoir convoqué. Rayn. 

Cependant Montépulciano ^ avoit exécuté en Efpagne fa commiflîon î*'** ^^* 
auprès de l'Empereur , ' 0° qui , foit pour les raifons alléguées par le Nonce , ^^ 
foit par d'autres vues , ne jugea pas a propos de déclarer s'il approuvoit ou m Rayn. 
défkpprouvoit le Colloque qui fe devoit tenir au mois d'Août à Nurem- N"* 15. 
berg. Et comme la mort de l'Impératrice , & le foulévement de Gand &c 
<l'une partie des Païs-Bas, fuivirent peu après, ce Prince prit prétexte de tant 
d'afËiires plus imponantes , pour iaiflfèr la chofe en fufpens. Ainfi fe pafla 
toute Tannée mdxxxix. 

Quand j'ai commencé à écrire cette Hiftoire , voyant combien on avoir 
ou convoqué ou tenu de Colloques pour terminer les différends de Religion, 
j'ai douté fi je devois parler de tous , trouvant des raifons pour & contre. 
Mais enfin ayant réfléchi que je m'étois propofé de raconter jtou tes les caufes 
de la tenue du Concile de Trente , & voyant qu'on n'avoit ou convoqué 
ou tenu aucun de ces Colloques , que dans la vue d'empêcher ou de pro- 
curer , de retarder ou d'avancer ce Concile , je me fuis déterminé à n'en 
omettre aucun , fur-tout à caufe de l'utilité qu'on peut tirer de la connoif- 

xo«. L'Empereur qui — /i^ J^S^^ P^^ tlone. Il (emble donc qa*il ne voulût pas 
à propos de déclarer s'il approuvait ou dé- s'expliquer trop clairement fur le Colloque ; 
/approuvoit le Colloque qui Je devoit tenir au d'autant plus qu'il ajoute par la fuite , qu'il 
mois d*Aout à Nuremberg. ] Il paroît an croyoit qu'il étoit à propos qu*il en con- 
contraire par la réponfe de l'Empereur aux voquat un lui-même. Rayn. N° 17. Inte" 
proportions du Nonce, & par une lettre rim vifum eft Cafarea Majeftati jfi Ponti- 
de ce Prince au Pape citée pat Pallavicin, ficia Sanflitas rem approbaret , indicere 
L. 4* c. 9. que quoiqu'il approuvât la con- alium Conventumin Germania, reformandi 
duite de l'Archevêque de Lunden , il déclara Decreti Francofordienfis gratia , eaque oC" 
néanmoins qu'il ne ratifîeroit point cette cajîone eoque tempore viros fapientes ac 
Concorde , & ne lailferoit point tenir ce pacis cupidos pro Religionis dijjidiis com-^ 
Colloque. Mais quoique l'Empereur dans ponendis in Colloquium vocare , &c. Ce- 
la réponfe déclarât, qu'il ne ratifieroit point toit donc en quelque forte approuver la voie 
l'accord de Francfort , il lefeifoit cependant du Colloque , dans le même tems qu'il re- 
d'une manière affez ambiguë pour laiffer jcttoit celui de Nuremberg i & cela juftifîe 
douter s'il laifTeroit tenir un Colloque ou adèz ce que dit Fra-Paolo , qu'il ne jugea 
non. Car après avoir die qu'il ne ratmeroit pas à propos de déclarer s'il approuvoit ou 
point cette Concorde , il ajoute, Porro défàpprouvoitleColloque, quoiqu'il fetrom- 
animadvertendum ne aberrantes à fide Ca- pe en parlant de celui qui fe devoit tenir 
thoUca effèrantur in extremam defperatio^ a Nuremberg, 
fionem ex denegata illius faderls confirma" 

T O M E L X 



U% HISTOIRE DU CONCILE 

MBvmx. fan ce de ce qui s'y eft paifé. Voici donc 1 origine de celui qui fe tint en 
Paul IU. mdxl. 

"■■^— — " » L'Empereur s'étanc rendu par la France aux Pais- Bas ** pour appaifer la 
» Rayn. f^^jjon qui s y ctoit élevée , Ferdinand vint l'y trouver pour s'aooucher 
Sleid.^L ^^^^ ^^^ > ^ ^'^^^ ^^^ principaux obiers de l'entrevue fut de chercher quel* 
13. p. zpj.que moyen pour accommoder les cufTérends de Religion en Allem^ne. 
La cbofe miie en délibération dans le Confeil de l'Empereur , tous après 
un examen férieux penchèrent pour la tenue d'un Colloque. 
X# C4r- Farnifty qui avoir accompagné l'Empereur en qualité de Légat %^ 6c 
SmI ¥ar^ qui n'ayant pas encore vingt ans avoit auprès de lui plufieurs perionnes de 
M^fi invhê capacité & d'expérience > & entr'autres Maral Cervin Evèque de Nicaftro» 
ïEmtnMur depuis Pape fous le nom de Marctl IL ayant eu avis de ce qui fe paflbit , 
Centre 'fes' ^ oppofa à cettc réfolution , & remontra à Charles » à Ferdinand , & â 
Trêtefians. tous ceux du Confeil avec qui il eut à traiter : Que depuis le premier ac- 
Sleid. L cord , qu'on avoit commencé dix ans auparavant de négocier à Ausbourg 
1 3. p. 10}. avec les Proteftans , on avoit fouvent tente d'y réuffir fans pouvoir parvenir 
Rayn. ad ^ ^^^^ conclure : Que quand bien même on n'eût pu trouver & convenir 
N^ 14. ^ quelque voie d'accommodement , cela deviendroit inutile , parce qu'ils 
Spoud. changeoient tous les jours d'opinion fans fe fixer i aucune doârine» ju(que-là 
N^^4. ^ qa'ilscontrevenoientmême a la Confeflion qu'ils avoient préfentée â Auf^ 
bourg: Qu'ils étoient auffî gli(Iàns que des anguilles : Que d'abord ils ne 
demandoient que la réforme des défordres & des abus ^ mais qu'à préfenc 
x79*N^'44.cc n'étoit plus la réformation du Pontificat qu'ils fouhaitoient » maisfon 
Belcar. L. extindion & la deftrudion du Saint Siège & de toute la Jutifdiâion Ecclé- 
ai.N° 41. flaftique : Que fi jamais ils a voient été infolens , ce feroit encore pis à pré- 
fent que la paix ctoit mal afTurée avec la France , & la Hongrie menacée 
par le Turc : Que les controverfes s'étendant à une infinité de dogmes » il 
ne falloir pas efpérer de leur faire abandonner leurs fentimens 'y qu'étant par- 
tagés en cuBférentes Seâes , il étoit impofliblede s'accorder avec tous ; outre 
3ue la plupart d'entre eux n'avoient a'autre vue que de s'emparer du bien 
'aurrui , & de dépouiller l'Empereur de fon autorité : Qu'il etoit vrai que 
la guerre qu'on étoit à la veille d'avoir avec les Turcs devoir porter â s'ac- 
corder fur la Religion , mais eue cela ne fe pouvoir faire ni dans des Diètes 
particulières ni dans des Conciles Nationaux , mais feulement dans un Con- 
cile Général qu'on pourroit aflembler fans délai \ parce que dans les matières 
de Religion on ne devoit faire aucun changement que d'un confentemenc 

\*VEmf€Hur iksm rendu par UFnmee contre Charks. Maïs par on excès de gc» 

mêx Pais-Bas peur y maifer lafidiiion ncxofité François refQfa leorofit, dans Vef^ 

^i s'y étoii iUvée , êcc. J Les Gantois , fa- pérance (ans doute , que l'Empereur loi 

tigoés ptf les impÂes ezceflîft que les gaer- feroit enfin raifon fur fes prétentions ao 

Tcs continuelles de TEmperear Tobligeoie^t Dnchi de Milan. Mais il fer la dape de 

à mettre for fes Sujets , s'étoient révoltes ChmrUt en cette occafion , comme il Ta- 

contre lui , & avoient oSen de fe fomnet- voit été en une infinité d*aetifc. 
tre à la France , fi elle yoaloit les foittenii 



Pallav. L 
c. 10. 
Fleury , L. 



DE TRENTE, Livre I. 1^5 

commun : Qu on ne dévoie pas avoir feulement égard à TAllemagne , mais ^^tu 
auflii A la France , â TEfpagne , à l'Italie , & aux autres Nations , dont il ^^^^ ^ 
Y auroic du danger pour l'Allemagne à fe divifer , fi elle Faifoit quelque ■■'■"'■■■• 
changement fans la participation des autres : Que cetoit une coutume établie 
depuis le tems des Apôtres , de terminer les difputes de Religion par la 
fcuït voie du Concile '^ ôc que tous les Rois , les Princes & les gens de bien 
le défiroient : Que l'on pouvoit aifément conclure la paix entre l'Empereur 
& le Roi de France , & tenir le G>ncile auflltôt après > & pendant ce tems-lâ 
s'appliquer i augmenter & i fortifier la Ligue Catholique d'Allemagne , ce 
quimtimideroit les Proteftans , & les obligeroit de fe foumettre au Concile» 
oumettroit les Catholiques en état de les y fixcer : Que la Ligue Catholi- 
aue étant puiflante > Ton pourroic obliger les Proteftans de contribuer aux 
nraix de la guerre contre le Turc » lorfqu'on feroit dans la néceflité de la 
faire : Qu'en cas même qu'ils ne le fifient point » il valoit toujours mieux de 
deux maux choifir le moindre ; Se qu'il y avoit plus de mal à offenfer Dieu » 
& à abandonner la caufe de la Religion , qu'à fe pafier des fecours d'une par-i* 
lie d'une Province *, étant difficile fur* tout de déterminer qui des Protef- 
cans ou des Turcs étoient plus contraires â Jefus-Chrift » puifqueceux- ci ne 
fnettoient que les corps en fervitude , au- lieu que les premiers y vouloient 
mettre les corps & les âmes. De tous ces diicours & ces raifonnemens le 
Cardinal en conclut qu'il ne falloit point traiter les afEtires de Religion 
dans ces Diètes d'AUemame > mais convoquer & commencer le Concile 
cette même année , s'appliquer â augmenter la Ligue Catholique > & faire 
la paix avec la France. 

Malgré ces remontrances, l'Empereur après de grandes délibérations 
réfolut de tenter la voie de la concorde , & conclut à tenir une Diète en AU 
leraagne dans l'endroit que /Vr^'/Zii/z^jugeroit le plus convenable; Se à invî« 
ler les Princes Proteftans à s'y trouver en perfonne > avec promefiè de toute 
faxtii*^ Farnifty averti de cette réfolution prife à fon infçu, p partit aufli-tôt, p Bclcar. L. 
& obtint du Roi en paflant par Paris un Edit très-rigoureux contre les Hé- ^^* ^"^ 4i- 

c. 10. 

s. Famlfe , averti de cette réfolution cîn . qu'avant le départ de Farnlfe , ce Lé Id. L. 4« 

fr^e à fort ïnfu , partit auJUi-tèt y &c. ] gatfuc averti de la réfolution prife de tenir c. ii. 

Le Cardinal PalUvlcin prétend que ce la Diète & le Colloque, au*il en (ut fort Hcury , L- 

ne (uc pas la nouvelle de la Diète & du mécontent , qu'il j oppofa de £au(Ies re- i}9*^ 45* 

Colloque , qui détermina Famhfe i partir $ montrances ; & on ne peut douter que n'y 

& que dès auparavant il avoit demandé (on voyant point de remède ^ cela n'ait con- 

rappel , chagrin de ne voir aucun jour à ré- tribué à hâter fon dépan , comme le mar- 

tablir la paix entre l'Empereur & le Roi de que Beaucaire. Non mult'u poft dUbùs ^ 

France ; 5e appréhendant que François loti^ dit-il , conventu jam Haganoam indiSlo , 

2i*il fe verroit trompé , ne s'imaginât qu'il de ^mo fi â Cafare Granvellanoque ceU^ 

oit refté pour l'amufer de concen avec tum indignabatur , Camefius Cardinalis 

Charles par. des apparences d'accommo- ex aula Cafariana di/cej/ît. Ce qui 

dément qu'il favoit bien être ÊiuiTes. Il jaftifie tout à £iit le récit de notre Hifto^ 

rft certain néanmoins,de l'aveu de PaUavi- rien» 

X 1 



if4 HISTOIRE DU CONCILE 

M D X I. réciques & les Luthériens , que l'on exécuta fort févéremenc par toute la 
Paul UL pr^ncc , auflî-tôt qu il eut été publié. 

^ LXIV. 5 Cependant la Diète fut convoquée ^ par Ferdinand i HaguenaUf 

Bthê À çy^ fg rendirent avec les Doâeurs Catholiques pluueurs Minières Lutnériens» 
ûh^têH^or- ^^^ Eleûeurs de Trêves & Palatin , le Duc Louis de Bavière , & Guil-' 
donné 9m Idumt Evèque de Strasbourg , furent nommés pour Médiateurs entre les 
Cêlloqne À Parties. Les Proteftans requis de déclarer les Chefs de Ipûr doârine » répon- 
^VT^i^ dirent : Que dix ans auparavant ils avoicnt préfcnté^ dans la Diète d Auf- 
f^'jfj^f^' bourg leur Confeflion & fon Apologie : Qu'ils perfiftoicnt dans la même 
fiMit. doârine > &c étoient prêts d'en rendre compte d tout le monde : Que ne fa- 

9l(i.N^4^. chant ce que leurs adverfaires avoient i y reprendre > ils n'auroient rien de 
SleicLL 15. nouveau à dire » mais qu'ils attendoient quon leur marquât ce qu'on y 
p. 10^. trouvoit de contraire ^ à la vérité i que c'etoit pour cela qu'ils s'étoient 
N^^4.o tendus au Colloque *, & qu'ils ne manqueroient pas d'avoir toujours devant 
Spond.' l^s yeux l'amour de la concorde. Les Catholiques aufli-^tot prirent la pa- 
N° j. rôle , & confcntant à ce que les autres propofoient, ils dirent : Qu'il conve- 
noit qu'ils approuvadènt ce quis'étoit fait dans cette Dicte -, qu'ils en dé- 
voient recevoir le Décret , & fui vie la forme de réconciliation que l'on y 
avoit ébauchée. Les Proteftans > qui connoifibient le défavantage qu'il y 
auroit pour eux à fuivre cette forme , & le préjudice qu'ils recevroient de 
ce Décret > ^ infîftoient qu'en laiffant à part tous les torts , on drefsât une 
nouvelle Formule. Mais les Catholiques de leur côté demandoient , que 
puifqu'il falloit redreflfèr tous les griefs , les Proteftans réparaftent tous les 
torts & reftituaflènt tous les biens de l'E^life. Ceux-ci répliquèrent : Que 
ces biens n'avoient point été ufurpés, mais appliqués par le rétabliflèmenc 
de la bonne doârine aux ufages légitimes & hotmêtes , aufquels quoique 
deftinés dans leur première inftitution , les Eccléûaftiques avoient ctffi 
de les appliquer ; & qu'ainfi il étott nécefTaire de décider des points de 
doârine, avant que de parler de la reftitution des biens. Les conteftations 
rRayn. «'échauffant , Ferdinand otdonnz : ' Que Ton dreftcroit une nouvelle For- 
N<' y 8. mule, qui ne put préjudicier à aucune des Parties *, que le nombre des 
Spoxid. Doâeurs feroit égal de part & d'autre -, que le Colloque s'ouvriroit dans 
^^* S' une nouvelle Aflèmblée qui fous le bon plaifîr de l'Empereur fe tiendroit sL 
Wormesle 28. d'Oûobre fuivant 5 & qu'il feroit libre au Pape d y envoyer 
fes Nonces. Les Proteftans acceptèrent le Décret, & déclarèrent qu'ils ne 
s'oppofoient point à l'intervention des Nonces y mais qu'ils ne prétendoient 

3* La Diète fut convoquée par Ferdinand M. Ameîot a traduit ,. tous Us préjugés mis 

â Fagutnau, ] L ouverture s*en fie le tf. à part. Mais cela ne hit aucun fens. Cas 

de Juin, & elle finit le i8.de Juillet i;40. il ne s agit pas ici de préjugés , mais de 

Sleid. L. 1 5 . p. 10^. réparer les tons que les Catholiques fe plai-^ 

4. Injifioient quen laijfant â part tous gnoient quon leur avoic âdts pax TuTuipa.* 

les torts , &c. ] Ce qu'exprime ainfi Fra- tion des biens Eccléfiaftiques* 
Paole , rimojp tutti i pregiudicii , que 



DE T R E N T E , L I V R E I. itfy 

Doint par-U attribuer ni aucune primauté au Pape , ni aucune autoriré i m d x u 

>•! • PaUi ÏÎI 

ceux qu il pourroit envoyer. '^^^^ "*• 

ï L'Empereur en confirmation de ce Décret ordonna TAflemblce , » & y 
envoya pour fon Commiflaire Granvellcy qui y alla avecl'Evequed'Arrasfon / p^^oS 
ils depuis Cardinal , & trois Théologiens Efpagnols » & qui en fit l'ou* Pailav. L.' 
vercure par un difcours fore pieux , fort propre à infpirer la concorde & d 4. c. ix. 
terminer les différends. Peu cie jours après arriva Thomas Campege , Evèque ^ ^cury i L. 
de Felcri & Nonce Apoftolique. Car , quoique le Pape vîr bien qu'il étoit nlf'^^'f '* 
couc-à- fait contraire àfes intérêts de laifler traiter des matières de Religibn ^^^ ^'o g^ 
en Allemagne , & qu'il eût fait tout fon poflîble pour empêcher ce Col- Rayn. 
loque 9 il jugeoit pourtant quec ctoit encore un moindre mal d'y confentir , N° 5^. 
que de le laifler tenir malgré lui. ^ Le Nonce , conformément aux In£- 
miâions du Pape , ^ fit un difcours à fon entrée , oii il dit : Que les Papes t SleiJ. L. 




que quoiqu'il eût été oblig( 
pendre , parce que perfonne ne s'y étoit rendu , il étoit de nouveau réfolu 
de le convoquer dans un lieu plus commode : Qu'afin qu'on y rraitât avec 
iiiccès les matières de Religion , ^ il avoir permis à l'Empereur de tenir un 

$. V Empereur en confirmation de ce Dé' Campège , & tapponées par Raynaldus , & 

ertt ordonna VAjfembUe ,&y envoya pour il n y a aucune apparence que ce Nonce eût 

fon Commijfaîre GranveÛe -■ qui en fit Pou- fàic une pareille avance fans des ordres pré- 

verture. Sec] Non le 18. d'Oâobie , auquel cis de fon Maître. 

le Colloque étoit intimé, mais le i; de 8. // avoit permis à V Empereur de te* 

Novembre fuivant, (tXon S leutan^L. 13. nir un Colloque en Allemagne , quifervît 

p. 108. comme de prélude au Concile^ &c. ] //vs- 

ê. Le Nonce t conformément aux inftruc' Paolo prête ici beaucoup au Nonce, qui 

tions du Pûpe , fit un difcours a fon entrée , fans parler du Pape dit amplement , que 

&c. ] Ce fur , félon Sleidan , le 8. de l'Empereur avoic ordonné ce Colloque pour 

Décembre fuivant. fervir comme de prélude à ce qui dévoie (e 

7. Que Paul III — étoit de nouveau ri'- traiter a Racisbonne : Ccefarem quoque Wor» 

fobi de le convoquer dans un lieu plus corn* matianum hoc CoUoquium inftituijfe , Ra^ 

mode, &c. ] 11 ne parok point par Textrait tisbonenfis Conventûs , ubi Cafar aderit^ 

qjoe donne Sleidan de ce difcours, que le velutiquoddampraludium.{Rayn*'N^ jf^*) 

Nonce ait oHén de la part du Pape de trans- Il n'eA effeéUvement nullement vrai^m- 

férer le Concile dans un lieu plus commo- blable , que le Nonce eut ofé dire que le 

de i mais il dit fîmplement que ce Pontife Pape avoit permis ce Colloque , tandis que 

voyant que perfonne ne s*étoit rendu à Vi- dans fes inftruâions il étoit marqué que le 

cenze , av.iit remis la tenue du Synode à un fàint Siège les avoit toujours condamnés, 

autre tems , in aliud tempus neceffarid re- Nos licet ex eo quod iftos fuper Religiont 

jeciffi ; Se qu'il TaiTembleroit lor(qu*il plai- Trafiatus — nonfolum nonprobare , verum 

loit à rEinpereur & à l'Allemagne , qualora etiam damnare , & quoad fieri poffet, pro- 

foffe gradito aW Imperadore ed alla Ger^ hibere deberemus ^ tamen « Sec, L'on a vu 

mania , comme s'exprime PuUavicin, Il même que les Cardinaux Farnèfe Se Cervin 

n e(l eliedlivement rien dit de l'otfre d'une avoient îzÀi tout leur podible pour détour- 

autre Ville dans les Inflruâions données à ner TEmpereui d'en permettre aucun s & il 



166 HISTOIREDU CONCILE 

U9XU Colloque en Allemagne » qui fervît comme de prélude au Concile » & qu'il 

PAut m. l'avoic envoyé pour y ailifter de fa part , Se les aider autant qu'il pourroit : 

' Qu'il les prioit donc tous de faire leur poflible pour parvenir â la concorde t 

ôc qu'il leur promettoit de faire de fon côté tout ce que la Religi<Hi pourrok 

lui permettre de faire. ' f^erger Evèque de Capo d*lftria , donc on a déjà 

V Pallav.L P^^^^ plufieurs fois , vint aufli au Colloque , ^ non comme Miniftre du Pape t 

5. c. 1 1. quoiqu en eâèt envoyé par lui , comme fort au fait du génie des Allemands » 

Steid. L mais avec le caraâère d'Envoyé de France , pour fervir plus utilement le 

15- P ^^9* Pape fous un nom étranger. Ayant fait imprimer un Difcours fur l'unité SC 

^o ' 1^ P^ix de TEglife , où il avoir pour but de montrer que le Concile Na« 

Fleury L. t^onnal n'étoit pas un moyen propre pour parvenir â cette fin , il en fit difl 

i3^.N^;3. tribuer le plus qu'il put de copies , à deifein d'interrompre ce Colloque qui 

reflembloit en quelque forte a un Concile de cette namre. On fut long* 

cems à ajufter la forme de la Conférence , tant par rapp:>rt au (ècrec qui 

s'y devoir garder , que pour régler le nombre des Doâears qui parleroienr» 

■<» Car il y avoir des grns , qui> tant à l'inftigation du Nonce Campige^ 

eft (arprenant qae Fra-Paolo » qai Tenoit pour empêcher de remployer avec on ca- 

de le raconter, air fait parler le Nonce d*a- raâ:re public , pouvoir cependant ne Vtxst 

ne nnanière fi peu conforme a ce qui s*é(oit pas alTez pour empêcher de (ê (êrvir de loi 

palis auparavant. Car quand bien même fecrerrement , non comme d*un homme é^ 

Paul l'eÂt permis « il n'eue januis fouifèrt confiance , mais comme d*an infljument 

qu'on le iaillàc connoirre au Public. Au(H ne fecret , propre à être défàvoué en cas qu'il 

voit-on rien de pareil ni dans les Inftrudions n'agît pas comme on le defiroit. Du nxiins 

de Campége , ni dans l'extrait que donne il me paroit tout à fiiit hors de vraifem- 

SUidan de fon dHcours. blance , que l'a France fe toi (èrvie fans 

9* Verger Evêque de Capo-d^Iftrla - la participation du Pape , d'un Evêqoa 

vint auffiau Colloque , non comme Mini^ Italien qui avoit exercé plufieurs Nonr 

tre du Pape , quoiqu en ejfet envoyé par ciatures^ & en qui les Papes ic Paul Im^ 

ht — mais avec le caraélère d'Envoyé de même aveient montré beaucoup de con* 

/r^s/zce. ]Ceftcequedit poficivement5/ri- fiance. Ainfi , fi ce que difem 5/(fiikii ft 

dan , fur rautorité duquel Fra-Paolo l'a Fra-Paolo n'eft pas tout à dit certain , ii 

(ans doute avancé. Erat etiam in hoc Con^ me femble au moins qu'il eft extrêmement 

venm Petrus Paulus Vergerius Epifcopns probable. 

JufiinopoUianus , verbo quidem tanquam 1 a. Car H y avoîi des gens qui , tant 

Oailia Régis caufa , fed rêvera miffus â à Finftigation du Nonce Campège « que par 

Ponùfice , qui fuis rébus Ulum infervire ks intrigues fecrettes de Vetpr , s*appli* 

magis putabat , fiquidem alieno nomme ibi quoient â tirer les chofes en lofègueur ] No- 

verfaretur. Il faut avouer d'ailleurs , que la tre Auteur après Sleidan rejette ces tenta* 

conduite que tint cet homme dans le Col- tives fur les Catholiques \ de Paltaviein for 

loque juftifie afiez le peHbnnage que ces les Proteftans ^ que le Nbnce Moron es 

deux Hiftoriens lui font &ire. Cependant accufe di?^s fes lettres. L'autorité de chaque 

PalUvicin prérend que la chofe eft abfola- cAté eft fafpede , 9c peut être chaque Parti 

mear &ulle , & même impoffible , parce avoir-il fes raifons pour temporifirr ; les Ca« 

que dès-lors ce Prélat avoit éré rendu CuC- tholiques, parce que félon Shidan les Pré- 

peél: a Rome par les rapports défavantageur fidens leur étoient fufpeéh > ft les ProteT- 

qq avoit Eût de lui le Légat Aléandre au tans , parce qti'ils étoient bien aifes à la fil* 

Pape. Cette raifon , toute fone qu elle fflt reur dn cems de pouâèi^or aranti^ « 9t. 



DE T R E N T E , L I V R E I. Uy 

que pftr tes intrigues fecrectes de f^trgcry sappliquoienc à tirer les chofes m irxi. il 
en longueur. Mais il fut arrêté enfin , que Tcan Eckius parleroit pour les ^^^^ ^^ 
Catbobques , & Philippe MelanSon pour les Proceftans > & qu'on coin- *""— "^ 
IDenceroit par la matière du Péché originel. 

PENDANT que cela fe paiToit à formes » le Nonce qui rcitdoir auprès de 
FEmpereur ne ce({bit de lui repréiènter ' que ce Colloque prodoiroit on |. 
moà Schifme » & rendroit toute l'Allemagne Luthérieime ; âr que non- ^Jo ^J^ 
feulement il détruiroit entièrement l'autorité du Pape > mais auffî qu'il Spond.* 
efibibliroit extrêmement la fienne. Il lui répéta toutes les mêmes raifons y^"" $> 
que lui avoir alléguées Montcpulciano pour empêcher le Colloque ordonné ^^^*"Jj ^ 
dans la Diète de Francfort , & celles dont s'étoic fcrvi le Cardinal Farnifc ' ^^"^ ^^ 
pour arrêter celui de Haeuenau. Enfin l'Empereur perfuadé par fcs raifons » 
- ic inftruit par GranvdU açz difficultés qu'il rencontroit > ne voulut pas que 
l'on pafsât plus avant. ' ' C'eft pourquoi , après trois jours de conférence 
entre Eckius & Milancion , le Colloque fut rompu par des lettres de l'Em* 
pereur > qui rappelloit GranvclU > & qui remettoit tout à la Diète de Ra- 
cisbonne, où il avoitdellèin de fe trouver» croyant que fa préfcnce facili- 
cetoit les chofes. 

LXV. L'EMPEREUR y s'y rendit en effet avec de grandes efpérances de -^^ ^>*^ 
H^rminer tous les di£fêrends , & d'unir rAllemagne en une feule Religion , ^' ^ ^^ïf/u 
»> & l'ouverture s'en fit au mois de Mars mdxli. Charles zyon invité le p^^^'^J^^ 
Pape d'y envoyer un L^at habile & difcret » avec des plein- pouvoirs très-/^ CardiiuU 
ainples > pour cire en état de terminer fur le champ ce que la Diète & le Contarini 
Légat jugeroient convenable , fans qu'on fut obligé d'envoyer à Rome pour f^'^ I^Js^^ 
chaque cnofe -, & il lui marqua que c etoit dans cette vue qu'il avoit cédé ^^ IVo ^ 
aux inltances faites par fon Nonce pour la rupture du Colloque de VTor- Flcury , lT 
mes. i59.N**^7. 

Paul envoya donc * le Cardinal Gafpar Contarini , eftimé très-habile & * FlcunfjL, 
très-homme de bien, &c il le fit accompagner par des perfonnesbieninf- ^^^*^ ^ 

de tendre leur Seâe plus nombieofe. A )a- tx. L'ouverture s* en fit au mois de Mars ^ô , ^ 

&poimanc des chofes far la fimple vrai- mdxlt. ] Sleidan marque au contraire , feqq. 

blance , il femble que Sleidan eft mieux qu'elle ne fe fît qu'au f d'Avril. Qukmjam Spond. N^ 

ftndédans fes conjonâures que le Cardi- plerique convenijfentomnes ^ inchoatur adio i. i. & 5. 

nel Pallavicin» parce que les Catholiques di^ quinta menfis ^/xri/ix. Cependant j?jy* Pallav.L4. 

lyint intérêt de £aire avorter ce Colloque naldus la marque au premier : Cofti funt c. 1 5. & 14. 

comme les précédens^ ne pouvoienc mieux prima AprHis die Ratishonenfts Convenu- 

Îf réttffii qu'en &iûinc traîner les chofes en tus. Peut-être que la cérémonie de l'oo- 

ongueur. venure de la Diète fe fit le premier , & 

I r. C*efi pourquoi , après trois jours de qu'on ne commença à parler d'af&ires que 

conférence entre Eckius & Mélanéhn , le le f. Cela reviendroit ailez a ce que dit 

Coiioque fat rompu , &c. ] Le 1 8 de Jan- Fra-Paolo , qui après avoir mis l'ouver- 

vier 1 f 4f , après la leéhire dts lettres de ture de la Diète au mois de Mars , mar* 

fEmpereur , qui rappelloit Granvelîe , & que la première finance au f d'Avril. Mais 

Tcmenoit tout à la Diète de Ratisbonne, o& en ce cas , Sleidan ou Raynaldus fe fou» 
si ayoît dcflêin de fe trouver loi-même» mal exprimés. 



V 

X 



Il D X L I. 

Paul III. 



i6i HISTOIRE DU CONCILE 

truites de tous les intérêts de la Cour de Rome , & par des Notaires char- 

gcs de drefler des Aftes de tout ce qui fe diroit & fe feroit. Le Légat avoit 

*""■■■■" ordre , en cas qu'il preflentît qu'il le dût faire quelque chofe au préjudice de 
l'autorité du Saint Siège , d'interrompre le Colloque , & de propofer un 
Concile Général comme l'unique & le véritable remède aux maux : ou 
s'il arrivoit que l'Empereur fut forcé d'accorder aux Proteftans quelque 
chofe de défavantageux , il étoit chargé de s'y oppofer par l'Autorité Apof* 
tolique *, ou fi la chofe étoit déjà faite , de la condamner & la dédaccr 
nulle , Se enfuite de fe retirer ae la Diète » mais non pas d'auprès l'Em- 
pereur. 

La première chofe que fit le Légat à fon arrivée à Ratisbonne , futd*ez- 
cufer le Pape de ce qu'ilne lui avoit pas donné des plein-pouvoirs auifi amples 
& une autorité aufli abfolue que l'Empereur le défiroit y premièrement » 
parce que cette puifiance abfolue eft tellement attachée au Pontificat , qu'elle 
eft incommunicable à tout autre s '3 & fecondement, parce qu'il n'y avoit 
ni termes ni claufes propres d exprimer la communication que feroit le Pape 
à d'autres pour déciaer des controverfes de la Foi ; le privilège de l'Infàilti- 
bilité n'ayant été donné qu'à la perfonne du Pape dans ces paroles de Jefus-» 
M Luc. Chrift à S. Pierre : * Pierre y /ai prié pour vous. Il ajouta: Que cependant 
XXII. $1. Paul lui avoit donné tout pouvoir de faire un accord avec les Proteftans » 
pourvu qu'ils admifiènt d'abord , que la primauté du Saint Siège a été ins- 
tituée par Jefus-Chrift , qu'ils reconnufiènt les Sacremens tels qu'ils fbnc 
enfeignés dans TEglife Romaine , 6c qu'ils reçudènt tout-ce qui avoit été 
décidé par la Bulle de Lion : '^ Qu a ces conditions , il ofiroit de donner aux 

Allemands 



X 5 . Secondement , parce qu'il n'y avoit 
ni termes ni claufes propres à exprimer la 
communication que feroit le Pape , &c. ] 
Tout cec endroic a été omis par M. Ameloty 
(ans nous dire pourquoi. 

1 4. Qu'à ces conditions il offroit de don- 
ner aux Allemands une pleine fatisfaBion 
fur toutes les autres chofes. ] Par les Inf- 
crudions données à Contarini , il ne pa- 
Toit pas que Tes pouvoirs fuflenc fi amples. 
Car il lui étoit défendu de rien innover, & 
de donner aucune difpenfe des Loiz & des 
Cérémonies qui étoient en ufage dans route 
TEglife. Amplijfima poteftate à Pontifice 
inftruHus eft , dit Reynaldus , ut hœreticos 
ad fidem CathoUcam pelliceret : verum cir- 
ca Ritus Ecclefict aliaque traditione Apof- 
tolica ad nos tranfmiffa quidquam novari 
ah eodem Pontifice vetitus eft, C'eft ce que 
portoit le premier chef des InQruâions , 
(eloa Pallavicin , où il étoit marqué , Che 



nella di/penfa^ione dette leggi e de' riti délia 
Chiefa introdotti non gli dava il Pontefict 
veruna giurifdi^ione : 3c tous les autres 
points étoient conformes à ce premier, 
comme on le voit dans ces Auteurs* Si 
urgentur ad permittenda Lutheranis fidû 
dignitatique Pontificia, contraria , interritai 
animo profiteatur nunquam iis affenfurum ^ 
imb nomine Pontificio illa prohiheat ac rtf-^ 
cindat — Si quid etiam iniqui ad tempus 
aliquod Lutheranis in Conventu permittatur 
donec celebretur Concilium ^ id omninb pro* 
hibeat , &c. Il n'eft donc pas étonnant apréf 
cela, que l'Empereur fe foit plaine qaon 
eût envoyé le Légat avec des &cultés fi li- 
mitées , ni que celui-ci en ait fait des ex-* 
cufes. Mais il feroit un peu extraordinaire , 
que ce Miniftre connoiflant ces limitations, 
eût offèn aux Allemands de leur donner uns 
fi ample (àtisfadUon fur tout ce qui ne legar» 
doit poiot les dogmes » & Fra-Paola 

fembl^ 



DE TRENTE, Livre I. 169 

Allemands une pleine fatisfadtion fur toutes les autres chofes. Enfin il m d jc 1 1; 
fjria l'Empereur de n'cœuter aucune propofition des Proreftans & de ne leur ^^^^ ^^' 
rien accorder à Tinfu des autres Nations > de peur qu'il n'en arrivât quelque •"■"■■" 
diviàon dangéreufè. 

' f Comme cette Diète fut la caufe principale qui porta le Pape , non- 
ièalement i confentir comme auparavant à la célébration du Concile , mais 
encore à en preflèr davantage la célébration ; ^ & qu'au contraire * ^ les Pro- b Pallav. U 
teftans s'y convainquirent plus <fue jamais , qu'il n'y avoit rien â efpérer 4* c. 13. 
pcmr eux ni dans le Concile , ni par-tout où il y auroit un Miniftre du 
Pape ; il efl: néceflàire d'expofer ici dans un plus grand détail toutes les chofes 
qai sYpafsèrent. 

^7 Dans la première Séance, qui fe tint le 5 d'Avril, on y dit au nom Suechdt 
i l'Empereur: ^ Que Sa Majefte Impériale voyant que les divifions des ceae Diéie ^ 
Etats de l'Empire fur les matières de Religion avoient donné occafion aux &pUintês 
Turcs de pénétrer jufque dans le fein de l'Allemagne , ce Prince avoit cher- /«'^J ^^»^' 
die tous les moyens poflSbles de les terminer : Que n'en trouvant point de ^^^^ j 
— :ii^.._ q^ç jç ^^^ j^ Concile Général, il s'étoit rendu en Italie pour ij.p. xîi. 

RaynuN?i, 
auparavant , par les tentatives qae les Non- 



femble avoir ignoré en le hifknt parler ain- 
fi , combien (es pouvoirs étoienc bomés. 
Cependant avec de celles limitations, com« 
ment éroic-il pofEble de tenter jamais aa- 
cane union ? Si le Légat ne pouvoit pas fe 
f elicher même fur des Rits , à quoi pou- 
voit fervir (à préfence ? rien qu'à rompre le 
Colloque s & c*étoit apparemment le but 
in Pape , dans le tems qu*il fembloît vouloir 
contenter l'Empereur par Tenvoi d un Lé- 

I f • Comme cette Diète fut la caufeprin- 
tipak fui porta le Pape , non-feuUment à 
confentir comme auparavant à la célébra^ 
tîon du Concile , mais encore à en preffer 
dévantage la célébration , &c. Ce que dit 
ici Fra-Paolo eft très-certain i Se c'eft en- 
vain que le Cardinal Pallavicin prétend le 
convaincre de &ux , en ditant que dès au- 
paravant Paul IIL avort fon infifté pour 
»ire tenir le Concile. Notre Hiftorien ne 
le nie pas ^ mais il dit que cette Diète le 
porta à en prelTer davantage la célébra- 
tion , & (on Adverfaire ne prouve pas le 
contraire. 

■ 1^. Les Protefians s'y convainquirent 
plus que jamais , qu'il n'y avoit rien à ef" 
peur pour eux ni dans le Concile , ni par- 
tout où il y auroit un Miniftre du Pape. ] 
Ils avoient dû s'en convaincre dès longtems 

TOM£ L 



ces & les Légats avoient toujours £iites, & 
les ordres qu'ils avoient d'empêcher tout ac- 
cord , qui ne fe pourroit faire qu'en relâ- 
chant quelque chofe ou des prétentions oa 
des opinions delà Cour de Rome. Et quoi*- 
que Pallavicin femble le nier » en difanc 
que plufîeurs blâmèrent Contarin pour s'être 
trop prêté à cet accord , cela fert plutôt à 
jïdiiéei Fra-Paolo qu'à le réfuter s puifque 
le peu d'avances que fit ce Légat contre (es 
Inftiuélions , ne laiflà pas de £iire blâmer 
(k conduite à Rome , oà l'on parloit bien 
d'avoir de l'indulgence pour les Hérétiques y 
mais oà l'on ne voiHoit rien relâcher « pas 
même dans les chofes les plus indifférentes, 
&même les plus néceffaires, comme les 
prières en Langue vulgaire , le retranche* 
ment du culte des Images , la Communion 
fous les deux efpèces , &c» 

17. Dans la première Séance , qui fe 
tint le s d'Avril , &c. ] Apparemment que 
notre Auteur diftingue l'Ouverture « de la 
première Séance , puifqu'il a dit un peu 
plus haut , que l'ouverture de cette Diète 
fe fit au mois de Mars. Autrement , il (è 
contrediroit d'une manière a(fez fen(!ble» 
Je ne (ai fur quelle autorité il a placé l'ouver- 
ture an mois de Mars. Mais ici il fuit le té* 
moignage de Sleidan» 

Y 



170 HISTOIRE DU CONCILE 

u D X L I. en traiter avec le Pape Clément \ mais que la chofe n'ayant pu s'exécuter » il 
Paul IIL ^^^Jj ^\\^ ^ Rome pour en conférer avec Paul , qu'il y avoit trouvé très- 
difpofé : Que la guerre ayant toujours empêché l'exécution de ce deflcin» 
il avoit enfin convoqué cette Diète , & prié le Pape d'y envoyer an Légat ^ 
Qu'enfin il n'avoit rien de plus à cœur que de pouvoir procurer quelque ac- 
commodement , & que pour y parvenir il étoit à propos de choifir de part &c 
d'autre un petit nombre de gens pieux & favans , qui fans préjudice d'aucune 
des Parties conféradent à l'amiable fur les points controverfés , & propo- 
fàiTent à la Dièce quelque voie de conciliation , afin qu'après en avoir dé* 
libéré avec le Légat, on pût parvenir à la fin qu'il défiroit. Il y eut d'abord 
une contedation entre les Catholiques & les Proteftans > fur la manière 
d'élire ceux qui dévoient conférer. C'eft pourquoi l'Empereur» qui fouhaitoic 
que cette Conférence eût quelque fuccès , fe fit déférer cette nomination 
par les deux Partis , les amirant qu'il ne feroit rien que pour le bien & l'a- 
vantage commun. Il élut donc pour les Catholiques » Jean Eck^tus , JuUs 
Pflug , & George Groppe ; & pour les Proteftants , Philippe MelanSon , 
Martin Bucer & Jean Pifiorius , qu'il exhorta par un difcours très-grave i 
fe dépouiller de leurs padions &c de leurs préjugés , & a n'avoir en vue que 
iSleiJ. L. la gloire de Dieu. Il nomma ^ pour préfider d ce Colloque , Frédéric Prince 
1 j. p. xij. Palatin , & Granvelle ; «^ & il cnargea quelques autres dy aflifter, afin que 
Rayn.N 7. ^^^^ (g pafsât avec plus de dignité. Le Colloque étant affcmblé , Granvelle 
j}9^^99. y préfenta un Livre qu'il dit avoir été donné â l'Empereur par quelques per- 
lonnes pieufes & favantes > comme propre à rétablir la concorde ; Se die 
que ce Prince fouhaitoit qu'on le lût & l'examinât, comme devant fervir 



le guide fur les matières fur lefquelles on devoir conférer ; 6c qu'il prioic 

3u'on y confirmât ce qui plairoit à tout le monde , qu'on y reformât ce qui 
éplairoità tous,£c qu'on vit comment on p arroit s'accorder fur les chofcs 
•lAN^'ioo. fur lefquelles on ne conviendroit pas de fentimçns. Ce Livre « contenoit 
Skid.L. 14. XXII Articles , & l'on y traitoitdc la création de l'Homme & de l'intégrité 
l"^-"^' de la Nature, du Libre- Arbitre , de la caufe du Péché originel, delajufti- 
N° IX. fication , de TEglife & de fes marques^ des fignes de la Parole de Dieu» 
de la Pénitence après le Péché , de l'Autorité de l'Eglife , de llnterpréta^ 
tion de l'Ecriture , des Sacremens , de l'Ordre , du Baptême , de la Con- 
firmation , de l'Euchariftie, delà Pénitence , du Mariage, de l'Extrême- 
Ondion , de la Charité , de la Hiérarchie Eccléfiaftiquc , des Articles dé- 
terminés par l'Eglife , de l'ufage , de l'adminiftration & des cérémoaies 
des Sacremens, de la Difcipline Eccléfiaftique , ôc de la Difcipline da 

1%. Et il chargea quelques autres d*y af- naldus , c'étoîent Eherard de FoleJvBerg ^ 

fifter ^ afin que tout je paffdt avec plus de le Comte de Manderpett, Henri Najs , 

dignité.] Ceux qui étoicnt chargés de cette François Rivard , Jean Jai , àc Jaques 

commiÂon écoient , félon Sleidan , le Com- Sturm ; qui font apparemment les mêmes 

te de Manderfcheid , Eherard Rudens , perfonnes , mais dont les noms ont txiàkr 

Henri Hafs , François Burchard ^ Jean figurés par ce dernier Auteur»- 

Figgg & Jaques Sturm. Mais félon Ra^r. 



* 



DE TRENTE, Livre L 171 

Peuple. Ce Livre ayant été luô^examiné, on en approuva quelques Ar- MDrt't. 



ciclcs, on CT réforma quelques autres d'un confentemcnt général, & '5. il Paul.III. 
r en eut quelques-uns fur lefqueis on ne put convenir, ^ comme far le ix de "TT" 
a Puiflance de TEglife , fur le xi v. du Sacrement de Pénitente , fur le x viii. : xîl 



i 



/Bclcar. L- 



de la Hiérarchie, fur le xix. des Articles déterminés par TEglife , & fur le 
XXI. du Célibat, fur lefqueis on relia oppofé j & chaque Parti écrivit fon 
avis. 

Ceci étant terminé dans l'Aflemblée des Princes , K rEmpercur pré-^FIcury, L. 
icntaà toute la Diète les articles accordés, & les fcntirtiens difFércns desi59.N®io}. 
Interlocuteurs du Colloque, & en demanda les Avis, propofant en même- Pallav. L. 
rems de faire une réformation tant dans TEtat que dans l'Eglife. Les Eve- ^: ?•. ' J* 
ques rejettérent entièrement le Livre de la Concorde & tous les AAes du j ' ^^ 
Colloque. Mais les Eleâeurs & les autres Princes Catholiques , qui déH- 
roient la paix , n'entrant pas dans les mêmes fentimens, il fut conclu que 
l'Empereur , comme Avocat de TEglife , examineroit avec le Légat les Ar- 
ticles accordés , & feroit expliquer ceux où il pouvoir refter quelque obfcu- 
rité 5 après quoi il traiteroit avec les Proteftans , pour tâcher de convenir 
de quelque Formule de concorde fur les points conteftés. L'Empereur 
communiqua le tout au Légat , & lui fit des inftances pour la réformation 
de l'Etat Eccléfiaflique. ^® Après de férieufes réflexions , le Légat ^ donna ^FIcury,L. 
par écrit une réponfe conçue d la manière des anciens Oracles , où il di- i39*N°io;. 
foit : Qu'iayant vu le Livre préfenté à Jtmperêur , Se tous les Ecrits des ^^^^^* ^ 
Députés du Colloque, auffi-bien que les Apoftilles faites de part & d'au- ^^' ^V* 
trc, & les objedions des Proteftans, *' il étoit d avis , que comme ils an. 15 41. 



19. Il y en eut quelques-uns fur le/quels 
en ne put convenir , comme fur le neuviè" 
me , &c. ] Fra-Paolo en a omis ici quel- 
ques autres , comme les articles de TEucha- 
riftie , de Tinvocation des Saints , de la 
Meffe , de lufage du Colice , & de quel- 
ques autres. De quibufdam non ita magni 
momenti capitibus, dit Beaucaire^L» ti. N^. 
/o« înter Colloquutores convenu ; de prct" 
cipuis non convenu , nempe de Ecclefia 
€jufque poteflate , de corporis &fanguinis 
Chrifti facramento , quam Euchariftiam vo- 
camus, de SatisfaSlioru , de Unitate & Or^ 
dine facrorum Miniftrorum , de SanElis , 
de facra Liturgia quam Miffam vocant ^ de 
ufu integro Sacramenti , id efl , quod fit 
unus integerfub una fpecie ; de Calibatu. 
Ceft auflî ce que marque SUidan , & je 
m*étonne que notre Auteur , qui le copie fi 
ibuvent , ne Taie pas fait ici. Ce qu il y a de 
vrai , c'eft qu'il en fut de ce Colloque com- 
me de celui d'Ausbooig onze ans aupara- 



vant, otl Ton convint des queftions les 
moins importantes , & où les autres leftè- 
rent toujours auflî conteftces. 

20. Après deferieufes réflexions ^ le Lé* 
gat donrta par écrit une réponfe conçue à Ia 
manière des anciens Oracles , &c. ] Palla" 
vicin dit au contraire , L. 4. c. i f . qu'elle 
étoit fon claire > & cependant il avoue dans 
le même endroit , que TEmpereur la prit 
dans un fens tout oppo(£. Eft-ce une preuve 
de fa clarté , ou de fon ambiguïté ? 

11.// étoit d*avis , que comme Us diffi- 
roient en certains points de la créance corn» 
mune de rEglifc"^ on ne devoit rien flatuer 
fur cela , &c. ] C'eft cette réponfe , que 
Fra-Paolo a traitée de femblable aux an- 
ciens Oracles , & il femble qu il n'ait pas 
eu tout à &it tort. Car l'Empereur en con- 
clut que le Légat n'ayant parlé de ren- 
voyer au Pape que les articles controverlés ,' 
il écoic d'avis qu'on reçut les autres jufqu'aa 
Concile Général 00 a la Diète prochaine. L* 

Y 2 



N*> 14. 



17^ HISTOIRE DU CONCILE 

M o z L X. dififéroienc en certains points de la créance commune de TEglife, fur le£^ 
Paul. IIL qQ^j néanmoins il efperoit avec laide de Dieu de les voir oientôt d'ac- 
"^■■■■^ cord , on ne devoir rien ftatuer fur cela, mais renvoyer le tout au Pape Se 
au Saint Siège y qui décideroient ces points conformément à la vérité Ca« 
cbolique , ou dans le Concile Général qui fe devoir bientôt tenir > ou de 
quelque autre manière s*il en étoit befoin , & qui auroient égard au tems 
& aux conjonâures pour déterminer tout ce qui feroit de plus avantageux 
au bien de toute la (Chrétienté & de l'Allemagne. Quant à la réformation 
de l'Ordre Eccléfiaftique > il s'y montra très-porté » 6c affembla pour cela 
chez lui tous les Evèques , à qui il fît un très>long difcours > les exhortant 

f»ar rapport à leurs perfonnes à éviter tout fcandale &c toute apparence de 
uxe j aavarice , ou d'ambition ; & par rapport à leur famille > à la tenir 
dans la régie 9 parce qu'ils favoient bien que le peuple juge des mœiurs Se 
de la concmite de fon Evèque par celles de fa maifon. Il les exhorta encore 
 demeurer dans les lieux les plus habités de leur Diocèfe » pour veiller 

5 lus commodément fur leur Troupeau , & a tenir dans les autres lieux 
es Surveillans fidèles *, à vifiter leurs Diocèfes ; à conférer les Bénéfices à 
des gens de bien & de capacité ; à employer leurs revenus au foulag^ment 
des pauvres s à choifir des Prédicateurs pieux , favans , difcrets , 6c pacifi- 
ques ) & à pourvoir à l'inftruâion & à, l'éducation de la Jeuneflè , qui étoit 
le moyen dont fe fervoient les Proteftans pour attirer à eux toute la No- 
bleflê. Il donna des copies de ion Difcours à l'Empereur , aux Evèques , Se 
aux Princes ) ce qui donna occafion aux Proteftans de cenfurer ce Difcours 
aufli bien que la réponfe donnée a l'Empereur , en difant pour raifon , que 
cet Ecrit ayant été publié , on pourroit prendre leur filence pour une ap- 
probation. Les Catholiques de leur côté n'approuvèrent pas davantage la 
réponfe qu'il avoit faite à l'Empereur , parce qu'il leur fembloit y approu- 
ver les Articles accordés dans te Colloque, 
f Fleury, L L'Empereur * fit part à la Diète de tout ce qui s etoit pafTé jufqu'alors » 
xj^.N^xe^. & leur communiqua tes JBcrits mêmes du Légat -, concluant qu'après avoit 
fait tout ce qui étoit en lui , il ne reftoit qu'a délibérer, fi fauf le Recès de 
la Diète d'Ausbourg on devoit recevoir les Articles accordés dans cette 
Conférence comme une doârine Chrétienne, fans les mettre davantage 
en difpute jufqu'au Concile Général qui devoit bientôt fe tenir , comme 
le Légat fembloit en être d'avis ; ou bien , en cas que le Concile ne fe tînt 
pas , jufqu'à une nouvelle Diète , où l'on examineroit a fond toutes les 
controvcrfes de Religion. 
J^ Pallav. La réponfe des Elefteurs Catholiques fiit : ^ Quils approuvoient fans 

L. 4. c. 15. héfiter , comme quelque chofe de très-bon & de très-utile , que les Arti- 

$leld. L 

1 4* p. X I ^. plupart des Catholiques l'entendirent de mfr- mais j*av(nie que fi le Légat n*eâc expliqué (k 

me. Cependanc le Légat nia que ce (ut le penfée depuis y j*aurois jugé de la réponfe 

fensde^ réponfe. Croira-t-on après cela comme en jugèrent alors & rEoipereox &^ 

qu clleétoic audi claire que le dit Pallavicin} la plupart des Cacholiques. 
Je n'oIê rien aiTurex do jugement des amies; 



DE TRENTE, Livre I. 173 

des accordés dans le Colloque fuflenc reçus unanimement jufqu'au tems m d x l 1; 
du Concile Général où Ton pourroic les examiner de nouveau , ou du moins ^^^^ ^^* 
|afqu'à la renue d un Synode National , ou d'une Diète ; & que ce feroic - 

un acheminement à une conciliation entière fur les articles fur lefquels on 
ii'étoit pas encore d'accord : Que de plus ils prioient Sa Majefté de paflèr 
encore plus avant , s'il y avoit quelque efperance d'avancer davantage la 
concorde dans cette Diète *, mais que (1 les conjondures ne le permettoienc 
p0s, ils approuvoient fort qu'il traitât avec le Pape, pour tâcher de l'en- 
gager â aUèmbler au plutôt en Allemagne , de l'agrément de Sa Majefté , 
on Concile Général ou National pour y rétablir entièrement l'union. Les 
Proteftans firent la même réponfe , déclarant feulement , que comme ils 
defiroient un Concile libre & Chrétien en Allemagne , ils ne pouvoient 
en accepter un oi\ le Pape Se les tiens euflènt le pouvoir de connoitre Se de 
juger les points de Religion. Mais les Evêques ^ Se quelque peu des Prin- ^ld> Ibld 
CCS Catholiques répondirent différemment. Ils avouèrent d'aoord , qu'il y ^J^ 
avoit en Allemagne , auffi bien que dans d'autres Nations, des Abus , des Paiiav L^ 
ScùtSf ôcdesHéréfies, qu'on ne pouvoir détruire fans un Concile Gêné- c. ij. 
raL Mais ils ajoutèrent : Qu ils ne pouvoient confentir à aucun change* 
ment de Religion , de Cérémonies , Se de Rits , puifque le Légat ofïroit un 
Concile dans peu de tems , & que l'Empereur en devoir traiter avec le Pape: 
Que fi le Concile Général ne pouvoir s'adembler , ils fupplioient Sa Majefté 
& le Pape d'en faire aflembler un National en Allemagne , ou du moins 




que 

des Diètes Impériales , & fur - tout dans celui de la Diète d'Ausbourg : 
Qu'ils ne confenciroient jamais â recevoir les Articles accordés dans le Col* 
loque , rant parce qu'il y en avoit quelques-uns qui étoient fuperflus , corn* 
me les quatre premiers , que parce qu'on y avoit employé des manières de 
parler qui n'étoient nullement conformes à l'ufage de TÈglife ; qu'il y avoit 
atielques-uns de ces Articles qui étoient condamnables , Se d'autres à ré- 
rormer ; qu'on ne s'étoit accordé que fur les points les moins importans , 
candis qu'on reftoit divifé fur ceux d'une plus grande conféquence ; & en- 
fin que les Catholiques avoient trop accordé aux Proteftans , ce qui blef- 
fbit la réputation du Pape & des Etats Catholiques. De tout cela ils con- 
duoient qu'il ne falloit faire aucun ufage des Aâres du Colloque > Se 
qu'on devoit renvoyer à régler tout ce qui concemoit la Religion au Con- 
cile ou Général ou National , ou à. la Diète. Ce qui donna lieu à cette ré- 
ponfe des Catholiques , fut que non-feulemenr ils croyoient que la propo- 
iltion de l'Empereur étoit trop avantageufe aux Proteftans ; ^^ mais en- 

11. Mais encore, que Us Do fleurs C a- en détail par Sleidan, qui dit, L. 14. 

tholîques du Colloque ne s'accordoient pas €pLEckius , qui mcprifoit fon & le Livre 

tnfemble.] Ce que Fra-Paob ne fck préfenté par rEmpereur, & les Théologiens 

qa'expofei ici en général , cft lapportfplus qu'on lui avoit aflbciés dans le Colloque , 



Rayn. 
N° i; 



T74 HISTOIRE DU CONCILE 

MD X L I. cjce , que les Doâ;eurs Catholiques du Colloque "^ ne s'accordoient pas 
Paul. III. cnfemble. 

Le Légat apprenant '^ que l'Empereur faifbit entendre que ce qui avotc 
^ " ' ■ étc accorde Tavoit été de ion confcntement •, & pouflc autant par la propre 
Pallav. L.4! *^rainte que par les inftances des Eccléfiaftiques de la Diète , il fe plaignit i 
c. 15. ce Prince de ce qu'on avoir mal interprété fa réponfe , en l'accufant d'avoir 
»Slcid.L. confenti qu'on tolérât jufqu'au Concile ce dont on éroit convenu dans le 
P^.jP* *i^* Colloque. Il dit : Que fa pcnfée avoit été que tout reftât indécis , ôc qn'ùù 
4. c ic. renvoyât le tout au Pape , qui promettoit , foi de bon Pafteur & de Chef 
univerfel de l'Eglife > de faire déterminer tout par un Concile Général , 
ou par quelque autre voie équivalente , avec toute la maturité & la fincé- 
rite poflible , fans précipitation , fans partialité, Se fans avoir rien autre 
chofc en vue que le fervice de Dieu : Que fi Sa Sainteté avoit envoyé dans 
cette vue dès le commencement de fon Pontificat des lettres & des Non- 
ces à tous les Princes pour les inviter au Concile , & après l'avoir convo- 
qué y avoit envoyé (es Légats , & fi Elle avoit foufFert qu'on eût traité 
plufieurs fois des matières de Religion dans les Diètes d'Allemagne , au 
préjudice de fon autorité , quoiqu'il appartînt à Elle feule d'en juger , ç'a- 
voit été furies promedèsque Sa Majefté lui avoit faites que tout fè tai- 
foit pour le bien : Qu'il étoit contre toute raifon , que l'Allemagne au 
préjudice du Saint Siège voulut s'attribuer ce qui appartenoit à toutes les 
Nations Chrétiennes : Qu'enfin il ne falloit plus abufer de la bonté du 
Pape , en voulant déterminer dans une Diète ce qui ne devoir être décidé 
que par le Pape ôc par TEglife Univerfelle •, mais envoyer à Rome le Livre 
& tous les Aâes du Colloque avec les Avis des deux Partis, 6c attendre fur 
cela la détermination de ce Pontife. 
Slcîd. L. Non- CONTENT de cela, le Légat publia un troifiéme Ecrit > ® où il dî- 
14. p. Il 6. foit : Que la réponfe qu'il avoit faite à l'Empereur fur ce qui s'étoit pafR 
Pallav. L. j^^g jç Colloque ayant été inteprétée diverfement , les uns jueeant qu'il 
Flcùry ,*L. ^voit confenti à ce qu'on obfervât jufqu'au Concile Général les Articles 
x}5-N°xo8. convenus. Se les autres qu'il avoir tout renvoyé au jugement du Pape ; il 
déclaroit , pour ne laidèr aucun doute for fa réponfe , que ce n'avoir point 
été, &: que ce n'étoit point encore fon intention de rien déterminer foc 



étant arrêté par une fièvre , éaivit une let- 
tre aux Piinces , oi il difoit : Que ce Livre 
lui avoit toujours beaucoup déplu , qu il y 
avoit trouvé quantité d'erreurs , qu*il y re- 
connoiflfoic tout le flyle & le génie de Mé" 
lanSion » & qu'il y avoit apperçu plufieurs 
des dogmes Luthériens. Gropper & Pflug > 
qui fe crurent attaqués par cette lettre, s*en 
plaignirent aux Préudens , qui en firent leur 
rappon à l'Empereur. Ce Prince , qui appa- 
remment n avoit rien £ût que de concen 



avec ces Théologiens , qui ▼railêmblable'' 
ment avoient eu part ou à la compofition oa 
à la revifion de ce Livre, fut (ènfible à leoit 
plaintes , Se leur rendit témoignage par un 
Ecrit public , qu'ils n'avoient rien fait dans 
cette affaire , que ce qui convenoit a des 
gens de bien. Voilà apparemment la 
mèfintelltgence à laquelle notre Hifto- 
rien fait allufion , & qui fut peut - être 
une des caofes du peu de fuccès du Co11q« 
que. 



DE TRENTE, Livre I. 17^ 

cette afiaice , ni de décider qu'on dût recevoir & tolérer jufqu'au futur m d x l v» * 
Concile les Articles fur lefqucls on avoir été d accord dans le Colloque 5 ^^^^^ ^^^ 
inais de renvoyer le tout au Pape , comme il le renvoyoit de nouveau : & — ■■■■■^ 
qu'après 1 avoir déclaré de vive voix à l'Empereur , il jugeoit à propos de 
le déclarer par écrit à tout le monde. Il n'en refta pas même encore là y 
nais voyant que tous les Princes Catholiques & même les Ecqiéfiaftiques 
s'accordoient a demander un Concile National » & le Pape l'ayant chargé 
pot fes Inllruâions de s'y oppofer , quand même on le voudroit tenir par 
ion autorité 6c en la préfence de fes Légats > & de repréfenter quel danger 
il y auroit pour les âmes , & quel affront ce feroit pour le Saint Siège ^ 
que ce feroit dépouiller d'une autorité que Dieu lui avoit donnée , pour 
l'attribuer à une Nation particulière : il remontra : Que l'Empereur dévoie ^ 

ic fouvenir qu'étant à Bologne il avoit détefté lui-même le Concile Natio- 
nal , comme préjudiciable à l'Autorité Impériale ^ parce qu'il avoit fujec 
de craindre que les Sujets , après avoir ofé une fois innover dans la Reli^ 
gioi\ , ne s'enhardidènc enfuite à faire aufC des changemens dans l'Etat y 
& que pour éviter la demande qu'on lui en pourroit faire, il s'étoit abfenté 
de toutes les Diètes depuis l'an mdxxxii. Le Cardinal fit donc tout ce qu'il 
put auprès de l'Empereur & des Princes pour détourner ce deflein , & il 
adrella dans cette même vue un autre Ecrit aux Catholiques , où il difoit : P p sIcM^L 
Qu'après avoir confîderé mûrement de quel préjudice il feroit pour la Re- 14. p. 117. 
lieion > que les controverfes de la Foi fe remifïcnt à la décifîon d'un Concile Rayn. 
National , il croyoit qu'il étoit de fbn devoir de les avertir , qu'ils de- ^** *^' 
voient fupprimer entièrement cette claufe , étant manifefte qu'un Concile 
National n'a point le pouvoir de décider des controverfes de la Foi , dont 
la détermination appartient à toute TEglife : Que les déciiions qui s'y fe« 
roient 9 feroient nulles & invalides : Que s'ils vouloient fupprimer cette 
demande , comme il s'en flattoit , ils feroient une chofe très-agréable aa 
Pape , qui efl le Chef de l'Eglife ôc de tous les Conciles ; comme au con- 
traire ce feroit un grand déploifir pour lui » s'ils ne le faifotent pas» puifque 
cela ne manqueroit pas d'exciter de plus grands troubles dans les matières 
de Religion , aufli-bien parmi les autres Nations , que dans l'Allemagne : 
Qu'enfin il s'étoit crû ooligé de leur repréfenter toutes ces chofes , tant 
pour obéir aux ordres de Sa Sainteté » que pour remplir les devoirs de Gl 
Légation. 

Lis Princes répondirent à cet Ecrit du Légat : ^ Qu'il étoît en fbn pou- ^ Rayn^ 
voir de prévenir & de remédier à tous les inconvéniens dont il parloir , en Ibid, 
engageant le Pape à convoquer & à tenir le Concile Général fans différer ^^^^^* ^ 
davantage :. Que par-là il fatiçferoit aux défîrs de tous les Etats de l'Em- ^^ ^* ' 
pire , ôc feroit cefler la demande d'un Concile National : mais que (î le 
Concile Général fî fouvent proniis , & encore nouvellement par lui-même » 
ne fe tenoit pas efïeftivemenr , les befoins preflans del' Allemagne exigeoient 
que les controverfes tudent terminées dans un Concile National > ou dan$ 
une Diète en pcéfencç 4'ua Légat ài Saint Siège; 



176 HISTOIRE pu CONCILE 

MD XIX. Les Théologiens Proceftans ^ répondirent de leur côté par an long 

Paul 111. £çj.jf ^ q^ ils dirent : Qu'il ne pouvoir naître ni grandes ni petites féditions 

■~rrj"" en décidant les controverfes de Religion conformément a la Parole de 

Ibii" ^^^" » ^ ^^ réformant les abus par la doârine de TEericure & les Canons 

Pallav. L. authentiques de TEglife : Que dans les (îécles précédens on n'avoit jamais 

4. c ly. refufé aux Conciles Nationaux de prononcer fur la Foi : Jefus- Chrift ayanc 

s Matt. pi^omis fon afliftance * à ceux qui s'aJfcmbUroicnt au nombre de deux ou irois 

XYUL xo, en fon nom. Qu'il y avoir eu plufieurs Conciles non-feulement Nationaux^* 

mais même d'un très-petit nombre d'Evêques ^ dans la Sjrrie , la Grèce ^ 

l'Afrique , l'Italie , la France , & l'Efpagne , qui avoient tait des dédfionf 

de Foi contre les Erreurs de Paul de Samofau , è^Arius , des Donatifles » 

I des Pela^ns , Se d'autres Hérétiaues > & fait des Réglemens pour les 

mœurs -, Se qu'il y auroit de l'impiété à traiter de nulles 1 d'invalides, ÔC 

de vaines ces décifions : Qu'on avoir bien accordé la Primauté â l'Eglife 

de Rome, & la prérogative d'autorité i fon Evêque au-deflus des autres 

Patriarches ; mais qu'on ne rrouvoit dans aucun Père , qu'il eût été appelle 

le Chef de l'Eglife Se des Conciles : Que Jefus-Chrift étoit le feul Chef de 

TEglife , Se que Paul, Jpollo , Se Céphas n'en étoient que les Miniftres i 

Qu'enfin la difcipline qui s'obfervoit à Rome depuis tant de fiècles , & les 

délais affeâés qu'on apportoit à la célébration d'un Concile légitime » nooiw 

troient afièz ce qu'on devoit attendre de fa part. 

t rleary , Enfin après de longues difcuflions , l'Empereur ^ congédia la Diète le 

X» X )f . 18 de Juillet , en renvoyant au Concile Général , ou â un Synode National 

N® 117. d'Allemagne , ou à une Diète de TEmpirc, toute la procédure du Collo* 



V Id. IbU. que. Il promit ^ d'aller en Italie pour traiter du Concile avec le Pape , & 
Rayn. il aflTira que s'il ne pouvoir en obtenir un Général ou tm National ^ il 
^^ H* convocjueroit dans dix-huit mois une Diète de l'Empire , â laquelle il in- 
, " XI 7. viteroit le Pape d'envoyer im Légat , pour'y fixer les matières de Religion^ 
' Il défendit aux Proteftans de recevoir d'autres dogmes , que ceux fur le£- 

aiiels on s'étoit accordé -, Se ordonna aux Evèques de réformer leurs Eelifês. 
défendit aufli d'abattre les Mouaftères , d'ufurper les biens d'Eglile , 8c 
de foUiciter perfonne à changer de Religion. Et pour fatisfaire davantage 
«p Id. Ibid. jg5 Proteftans , * il ajouta : Qu'il ne leur prefcrivoir rien par rapport aux 
Articles dont on n'étoit pas d'accord ; qu'à l'égard des Monaftères , oh ne 
devoit pas les détruire , mais les réformer , & les ramener 4 une vie plus 
Chrétienne ; qu'on ne devoit pas non plus s'emparer des biçns Eccléfîafti-* 
ques , mais les laider aux Miniftres , lans égard à la diverfité de Religion 1 
Se qu'enfin on ne devoit foUiciter perfonne â changer de Religion , mais 
qu'on pourroit recevoir ceux qui fe préfenteroient volontairement. Il fu{^ 
pendit aufli le Décret d'Ausbourg par rapport aux af&ires de Religion & àt 
ce qui y avoir rapport , jufqu'à ce qu'on eût décidé les controverfes ou dans 
Entrevue ^^ Concile , ou aans une Diète. 
dn Pétpe (^ LXVI. Tout étant ainfi terminé , y l'Empereur pafla en Iratie, 8c con- 
de tEmfe- fera 4 Lucques avec le Pape fur le Concile Se fur la guerre des Turcs. Ils y 

convinrent 



DE T RÈNT E, L I T R E I. 177 

convinrent enfcmble , que Paul envoyeroir un Nonce en Allemagne pour ki> rts: 
délibérer fur lune & l'autre de ces affaires dans la Diète quidcvoit fe tenir ^^^^ ^» 
i Spire au commencement de Tannée fui vante , & que le Concile fe tien- 
droit à Vicenze , comme on en étoit convenu auparavant. Le Pape fit part ^^1^1 *** 
de cette réfolution au Sénat de Vénife ; qui pour différentes raifons ne ju- y sltïL t» 
gçant pas à propos de recevoir une (i grande Affemblée dans Vicenze » ni 14. p. ixf» 

2u*on y traitât de la guerre contre les Turcs » foit que réellement on en eût ^^*Uav. k 
eflèin^ ou qu'on n'en fît que la feinte , répondit : Que les affaires ayant t, ^ '^* 
changé de face par laccord que la République venoit de faire avec le Turc, i^^a^^ 
elle ne pouvoit plus conièntir à prêter cette Ville , de peur que SoUman ne Spood.* Wi 
la ibupçonnât de vouloir y former une Ligue de tous les Princes Chrétiens 7* 
contre lui. Il fallut donc que le Pape prît d'autres mefures. ^'^*"Ito'* 

Cependant * on répandit à la Cour de Rome. beaucoup de calomnies '^ô--!,'' 
îDontre le Cardinal Contarini , ^) qu'on y foupçonnoit d'avoir du penchant m» ^%^ 
pour la domine Luthérienne ; & ceux qui parloient plus favorablement Spond» 
de lui 9 ^ difoient qu'il ne s'y étoit pas oppolé autant qu'il convenoit ^ & ^^ ^\ 
qu*il avoit mis en danger l'autorité du Pape. »4 Paul même n'étoit pas * ^'^*^ ^ 
cout-â-fait content de lui , quoique le Cardinal Frégofc n'oubliât rien pour Pai^Vxx* 
le défendre. Mais Contarini étant venu à Lucqnes trouver le Pape, qui y c. ly. ' 
actendoit r£mpereur , il lui rendit fi bon compte de fa Légation ^ que ce I>i^t9 À 
Pontife en rcfta pleinement fatisfair. ^^* «jf* ^ 

LXVIL Ainsi finit l'an mdxli , & dès le Commencement ^ de Tannée ^^^ £sl^ 
fuivante , *î Paul envoya â la Diète de Spire , où étoit le Roi FerJinanJ, ji^igr u 
*^ Jean Moron Evêque de Modène ; qui , félon l'Inftruâion qu'il avoit Qàncil$ i 
reçue , dit : Que la difpofition du Pape â l'égard du Concile étoit la même Tr/»/* \ cf* 
que par le paffê , & qu'il fouhaitoit qu'on le tînt : Qu"il l'avoit fufpendu du ^*^f *' ^^ 



Qu'il ne pouvoit fe réfoudre de le tenir en Allemagne , parce qu'ayant ^^^* f^u 

% % • Qu*on yfittpçonnoît iT avoir du peH' para porté pour quelques-unes de ieow Er- ^? çf ^- j^'tj 

*£haiup0urU dodrine LuthérUnne. ] Appa- reurs. Mais s*il eue des ennemis, il eut auflt '^ 

remment , parce qae fur les macièies de la des défenfeurs , comme les Cardinaux Pool p^juv L iL 

Viiftification il avoir cru que les Luthériens & Frégofcy ce qui fit qu'il fiic mieux re^u c 17 * 

a'étoientdiyifésd'aveclesCatholiquesqu'en du Pape qu'il ne Tavoic e/pèré. Cet accueil j^^yQ. ^i 

paroles. Qui familiariter illum noverant , néanmoins ne prouve pas que Paul n'eâc^n. î<au 

4itSlcidan, de juftificaiione hominisrt&è point pris de (oupfons contre lui ^ mais^o i. ^ 

ftnfiffc dicunt, amplement quil n*y ajouta pas entière- (eqq. 

14- Paul même n'éioit pas tout â fait ment foi , & qu'il foc fa^en àife quil fe fui Spond. 

aonunt de lui , &c. ] Non bonam gratiam juftifié. N^ i. 

inik apud Poniifieem atque Collegiumy dit 1 f • Paul envoya â la Diète de Spire. ] Fleury , Ï4 

6leidan , L. 14. Il cft certain du moins , Qui commen^ le 9 de Février i f 41. '40» N 1^ 

JeraveujnnèmedePiri!^viciii,qaeplu/ieurs 16. Jean Moron Evêque de Modène,^ l^s 

faccufoienc ou d'avoir agi trop mollement &c. ] Cefiitle 1^ deMars qu'il àtfoadif» 

contre les Luthériens , ai ikm^ d'avoir- waa^ 



/ 



X78 HISTOIRE DU CONCILE 

Il D X 1 1 1« defTein de s y trouver en perfonne , fon âge , la longueur du chemin , & 
pAui IlL im changement d'air fi différent , ne lui permettroit pas de s'y tranfporter ^ 
J & que cela feroit également incommode aux autres Nations : Que d'ail« 

leurs , comme il étoit à aaindre que vraifemblablement on ne pût pas y 
naiter les chofes (ans troubles & fans violence , il lui paroiflbit plus à pro- 
pos de choilu: Ferrare , Bologne, ou Plaifance , villes très-grandes & très* 




Qu 11 auroit ete Dien-aiie a ouvrir le L^onciie a la i^entecote -, mais que 
terme étant trop court > il le prolongeoit jufqu'au i ) Août -, & qu'il les 
prioit tous d'y aflifter , & de fe défaire de leurs averfions réciproques , pour 
traiter la caufe de Dieu avec droiture & avec fincérité. Ferdinand & les 
«ftayiLN^ Princes Catholiques remercièrent le Pape, ^ en difant que puifqu'ils ne 
luktii* pouvoient obtenir un lieu propre en Allemagne , comme eut été Ratisbonno 
ou Cologne , ils fe contentoient de Trente. ^7 Mais les Proteftans n'a- 
gréèrent ni Trente pour le lieu du Concile , ni qu'il fût convoqué par lo 
Pape ; ce qui fut caufe qu'on ne prit aucune autre réfolution dans la Diète 
au fujet du Concile. 
iT Sleid. L. ^' Cela n'empêcha pas le Pape de publier le 22 de Mai de cette année ^ 
14. p. i&s. la Bulle dlndidiou du Concile *, dans laquelle , après avoir témoigné le 
^^^"^ défit qu'il avoir coujours eu de pourvoir aux maux de la Chrétienté , il di- 
foit : Qu'il avoit coujours penfé â y chercher les remèdes ; & que n'en 
ayant point trouvé de plus propre que d'affembler un Concile , il étoir dans 
une ferme réfolution de le faire. Puis après avoir parlé de la convocation 
qu'il en avoit faite i Mantoue & enfuite à Vicenze , & des fufpenfions i 
terme qu'il avoir été forcé de faire de l'une & de Taurre , & notamment 
d'ime dernière qu'il avoit faite fans prefcrire de tems , il déduifoit les eau* 
{^ qui avoient fait prolonger jufqu alors cette fufpenfion , & qui étoienf 
la guerre de Ferdinand en Hongrie , la révolte de Flandre contre l'Empe* 
reur , & ce qui s'étoit pafie à la Diète de Ratisbonne. Il marquoit enfuite : 
Que trouvant tant d bbftacles , il avoit attendu que le tems deftiné de Dieu 
pour cette enivre fut arrivé ; mais que confiderant enfin que tout tems lui 
eft agréable quand il s'agit de traiter des chofes faintes, il étoit réfoin àt 
ne plus attendre davantage le confentement des Princes : Que n'ayant pa 



Eayn. 
N« 1}. 
Spond. 
N'^io- 
Pallav. L. 
4.C 17. 
Pleuxy, L. 



17. Maïs Us Prottjlans n'ap'ttnnt ni 
Trente pour le lieu du Concile , ni ^u* il fui 
convoqué par le Pape , &c. ] C'eft ce que 
dit Fra Paolo : Ma Proteftanti negarono di 
confentire ne chc il ConcUiofoJfe intimato 
dai Pontefice > ne che il luogofojfe Trente ; 
& je ne fçii pourquoi M. Amelot traduit : 
Mais les Proie ftans ne votdurent accepter ni 
le lieu ^ ni le Conc'ite. Car ce n eft pas couc 
Concile qu'ils zefoToient, mais on qui £k 



aflfemblé par le Pape* 

2.S Cela nempechapas le Pape Je puhlîew 
le 22 de Mai la Bulle d^IndiBion y &c. ] 
Cette Bulle fut bien fignée le ix de Mai, 
mais elle ne fut publiée que le 29 de Juin. 
Je m'étonne que Sleidan L. f 4. ait placé 
cette Indiâion au premier de Juin. Interem 
Pontifex Kalendis Junii Concilium indicii» 
Car ce n'eft ni le jour de iafignatore | ni c^ 
lui de la paUicauon» 



DE TRENTE, Litre I. 17^ 

obtenir la ville de Vicenze , Se défiranc donner à TAllemagne la fatif- m d x 1 1 x. 
fadtion qu'elle défiroicà 1 égard du lieu, il avoitparune charité paternelle P^uï'^M- 
pour les Allemands qu'il favoit dcfirer Trente , quoiqu'une ville d'Italie ""■"■■^ 
lui eût paru plus commode ; il avoit , dis-je , â leur demande choifi cette 
ville pour y célébrer le Concile Général le premier de Novembre fuivant, 
donnant un (i long terme, afin que fa Bulle pût être publiée par-tout, Ôc que 
les Prélats enflent le tems de s'y rendre : Qu'en conféquence de l'autonté 
du Père , du Fils , ôc du Saint-Efprit , Se des Apôtres S. Pierre Se S. Paul » 
qu'il ezerçoit en Terre , & de l'avis & du confentement des Cardinaux , il 
levoit toute fufpenfion du Concile , & l'intimoit à Trente , ville libre & 
commode i toutes les Nations , pour y être commencé le premier de No* 
yembre , & y être enfuite continué Se achevé : Qu'il y appelloic tous les 
Patriarches , Archevêques , Evcques , Abbés , & tous ceux qui par droit 
ou par privilège avoient voix dans les Conciles Généraux , Se leur comman* 
doit de s*y trouver en vertu de l'obéidance & du ferment qu'ils lui avoient 
prêté Se au Saint Siège , fous les peines portées par les Loix Se la Coutume 
contre les défobéiflans ; ou s'ils en étoient empêchés, de certifier leur em- 

Ecchement, & d'y envoyer leurs Procureurs : Qu'il prioit l'Empereur , le 
oi Très - Chrétien , Se tous les autres Rois , Ducs , & Princes , de s'y 
trouver ; ou s'ils en étoient empêchés , d'y envoyer des Ambaflàdeurs pleins 
de fagedè & d'autorité ' & les Evêques & autres Prélats de leurs Etacs : 
Qu'il y invitoit plus particulièrement que les autres , les Prélats Se les 
Princes d'Allemagne , puifque c'étoit principalement pour eux qu'on avoit 
choifî pour le lieu du Concile cette ville qu'ils avoient défirée ^ & où l'on 
s'allèmbleroit pour y traiter de tout ce qui regardoit les Vérités de la Reli- 

f'ion Chrétienne , la réformation des mœurs , l'union & la concorde des 
rinces & des Peuples Chrétiens > & les moyens de fe délivrer de l'oppref^ 
fion des Barbares Se des Infidèles. 

Cette Bulle fut envoyée au(S-tôt à tous les Princes Chrétiens , mais «Raya, 
dans une conjondlure peu favorable. Car « dès le mois de Juillet , le Roi ^°. î^ 
de France déclara la guerre à l'Empereur par un Manifefte public rempli "^g^^* 
de paroles outrageantes, & qui fut fuivi d'une irruption faite en même- 
tems dans le Brabant , le Luxembourg , le Rouflillon , le Piémont , 8c 
i'Anois. 

LXVIII. L'Empereur parut mal fatîsfait de la Bulle du Concile , & il TLuntts 
nurqua au Pape : ^ Qu'il trouvoit étrange que n'ayant épargné ni peines ni »'^«/j[«3'«« 
dangers pour procurer le Concile , on lui comparât & égalât dans cette *^'^^- 
Bulle le Roi de France , qui avoit tout tair pour 1 empêcher. Puis après un s^; ^ 
détail de toutes les injures qu'il croyoit en avoir reçues , il ajoutoit : Qa*en- VrMnce. 
core dans la dernière Diète de Spire , ce Prince avoit travaillé par fcs Am- / Pallav. 
balladeursâ fomenter les différends de Religion, en promettant à l'un & ^ ^' ^ '• 
l'autre Parti féparément fon aflîftance Se fa proteftion. Efinn il prioit Sa j^jo^"' 
Sainteté de confidérer fi la conduite de ce Monarque étoit propre a remé- Spon<L 
dier aux maux de la Chrétienté ^ & â permettre iouverture du Concile , N"* xi. 



tîà HISTOIRE DU CONCILE 

«i>z L 1 1. qu il avoic toujours cfaverfé pour fon utilité privée i ce qui l'avoir (brcl 
Paul 111 lui.tnème , après s'en être auperçu , de prendre d'autres moyens pour tâ- 
*~""^ cher de paciner les difputes de Religion : Que Sa Sainteté donc devoit s'en 
Bdcar. L pendre au Roi & non à lui , fi le Concile ne fe tenoit pas , & que fi' Elle 
fleury , L. vouloit contribuer au bien pubhc , Elle devoit fi: déclarer fi^n ennemi » 
i4o.N^ 57. pnifque c'étoit le feul moyen de £aire aflembler le Concile , de rétablit' Içf 

affaires de Religion , Se de procurer la paix. 

^Id-N** )S. ^^ ^oi de France , s pour prévenir les imputations d'avoir fait la gtiefrc 

Sleid L au préjudice de la foi , & d'avoir empêché par-U le fruit qu'on attendoit 

14. p. iis. du Concile, dont il avoit bien préva qu'on te chargeroit , avoit fait publiet 

Spojid» N** yjj £jjj contre les Luthériens, avec ordre à fes Parlemens de l'exécuter in» 

^* violablement > & de procéder rigoureufement contre ceux qu'on dénonce^ 

toit comme ayant des livres contraires à la dodtrine de* l'EgQfe Romaine » 

Se qui ou tiendroient des Allèmblées fecrettes , ou violeroient les Com-» 

mandemens de l'Eglife, de fur-tout contre ceux ou qui n'obferveroient par 

la défenfb des viandes , ou feroient leurs prières en une autre Langue que 

la Latine ', & il en joignoit en même-tems* à la Sorbonne d'en faire une 

exaéte perquiHtion. Puis inftruit des artifices dont fe fi:rvoit FEmpereuc 

pour animer le Pape contre lui , il donna* ordre pour lès^ âuder qu'on rolc 

en exécution l'Edit publié contre \t& Luriiériens , de fit drefier à Paris une 

Formule pour les découvrir Se les accufer , promettanr des récompenfès 2 

ceux qui les dénonceroient > & menaçant de punir ceux qui ne le rëroienc 

pas. Ayant appris enfuite ce que Charles avoit écrit au Pape contre lui , û 

f Iljqdj, adrefla à ce Pontife ^ une lettre apologétique pour hii-même, St pleine 

li'inveâives contre l'Empereur , à qui il reprochoit premièrement le fac de 

Rome , Se h détention ae Clément , pendant qu'il faifoit faire des Procef^ 

fions en Efpagne pour ia* délivrance , ajoutant ainfi la dérifion à l'injuftice; 

Il racontoit enfuice la caufe de toutes leurs querelles , dont il rejettoit là 

faute fur l'Empereur. Ilfinifibit enfin en montrant que ce* n'étûit point 

à lui qu'on devoit imputer les empechemeirs ou les^ retardemens du 

Concile de Trente , puifqu'il ne lui en revenoit aucune utilité ; & qu'l 

l'exemple de fes Ancêtres , il mettoit toute fon application i conferver là 

Religion, témoin le^ Edits qu'il avoit publiés & les exécutions qu'il avoit 

£dt taire tout nouvellement en France. 11 prioit donc le Pape de ce point 

ajouter foi aux calomnies de l'Empereur, & de s'afiurer qu'il feroit tou«» 

fours prêt à prendre la défenfe de fes intérêt? , &^de ceux oc l'Eglife Ro^ 

maine. 

le Tétfé LXIX. Le Pape pour ne point manquer à Toffice de Père commun 9 

envoie fis ^Jo^t fes prédéceflèurs avoient toujours affefté de paroître jaloux , deflini 

^ml é» ^^ ^ Légats à ces deux Princes , favoir Contarini i l'Empereur , Se Sadoht 

tEmpeiem ^ ^^^ > P^"^ ^^^ pottor a Ta paix , Se i facrifier leurs injures particulières: 

fis Àmbafi au bien public , de peur que leur difcorde ne fut un obftacle à la pacification 

/^««''JcJ* de Religion. Mais Cc?/2/tfri/2i étant mort peu après, Paul lui fubftitua le 

*'^*^^. Cardinal à^Fiftu^ ^ augtaod ctoancment de fa Gour, <iui favoit qa'3 



DE TRENTE, Livre !♦ fîi 

A'étoît pas aîmè de rEmpcreur ^^ vers lequel on Tenvoycir. Quoique la**^3CLH. 
guerre Kit allumée en tant d'endroits , J® le Pape cependant, qui croyoit ^^^^ï"* 
^uil étoit de IW réputation d« pourfuivre l'affaire du Concile y fit partir • 

Itour Trente le 16 d'Août mdxlii , les Cardinaux PUm-Paul Parifiy Jcan^n^. LUZ 
Moron , & Ktgnaud FooL , qu 11 avoit nommes pour les Légats -, le pre- ils fe ren-^ 
Mkict , comme très-habile Canonifte -, le fécond, comme bon Politique & nnt^fjf» U 
^Jbrc au fait des affaires ; 6c le dernier afin de montrer , que quoique le Roi ^^^^^ '/^ 
d'Angleterre fût féparé de TEgliic Romaine , ca Royaume ne laiffoit pas '^^^l ^"^ 
d'avoir grande part au Concile. Il leur fit expédier le Bref de leur Légation, ]^^y^ ^^^ 
êc leur ordonna, s'ils trouvoient à Trente des Prélats & des AmbaflTadeurs , i Flcory, L* 
de chercher le moyen de les y amufer fans faire pourtant une aftion publi- i4o-N^4i.' 
que , ^ jufqir'à ce qu'ils enflent reçu les Inftruâions qu'il leur envoycroit ^^J^' 
Jorfqu'il en feroit tems. ^ j^^^^o .. 

L'Empereur ayant appris l'envoi des Légats au Concile, y envoya de fa Adrian, L. 
fztz " D. Diego de Mendo^t fon Réfîdent à Venife , & Nicolas Granvelle , j. p. 17^, 
avec TEvêque d'Arras foti fils, & quelque peu d'Evêques du Royaume de ^^7^. 
Naples -, non qu'il efpcrât que dans les conjonûures préfentes o» pût en ^p jf^*' 
attendre quelque bien , mais pour empêcher le Pape d'entreprendre quelque ^ ,^^' ' 
^fc à fon préjudice. 3 < Outre les Légats , le Pape donna ordre â quelques m Mém. do 

Varg. p. 7. 

Concile que le i f d'Ôftobre fumrit feloh ^^7"' ^^ 
Raynaldus , ou le U félon PallaviciriySc ^ j^"^* 
qu'ils n arrivèrent à Trente que le ii de ç 
Novembre félon ce dernier , ou le 1 1 félon p^lfâv. L. 
Taucre. L'erreur de notre Hiftorien vient r. c. 4, 
ùihs douce de ce qù*il a niafpris le fens de Adrian. L*' 
SUidan » qui , après avoir mis au 1 8* d'Août 5. p. 1 84. 
renvoi des Cardinaux de Vifeu Se Sadelet\ Fleury , L. • 
raconte tout de fuite l'envoi des Légats an i40.N^ ^9^ 
Concile fans marquer la diate de leur mif^ 
fion. Pontifex jfupi0 o6(6decirhà Legatôs 
MÙttït Cardinales pacificatores Micha'éUift 
Vifenfem Lufitanum ad Cctfarem , Jacobum. 
Sadoletum ad Gallia Regem — Legatos 
quoque Tridentum mîttit in Synodknt Car" 
dinales Parijium , Polum, Moronum. Sleid. 
L. I f p* 131. Voilà fans doute la fource de 
la méprife , & il en arrivé tcfùà les jours de' 
pareilles à d'autres Auteurs. 

3 1 •' Outre Us Légats', le Pape donna or* ' 
dre â quelques Eveques defesplus confidcTÙs 
deferendreaujpà Trente, Sic.^ Le Gard. 
Pallavicin y L. ;. c. 4. dit quéc'eftunô 
grande feufleté , fl Pra-Paolo entend qd*3 
preffa plus ceux-ci que ceux de tous les au- 
tres païs , auprès defquels il fit de très-fones 
ifl^di 4ç k xeadic ftu Co/icilc: Si intem' 



't 



19 . Paul lui fuhflituale Cardinal de J^i" 
fnC, au grand étonnement de fa Cour, qui 
favoit quil n étoit pas aimé de [Empereur^ 
etc. ] Pallavicin die , que TEmpereur n'a- 
mc rien de perfonnel contre lui. Mdt\s que 
cela £ût>il à la ckofe , puifqu il eft certain 
que la perfonne lui étoit délagréable par d'an- 
ges raifons l Ce qu'il y a de vrai y c eft que 
ee Cardinal fut tort mal reçu de Charles , 
qui à peine voulut le voir ^ & le reçut d'un 
TOÎige très-froid & très-dèfagréable. Trifii 
mique afpero "vultu illum mox â fe dimifit , 
difficillimumque aditufeprahuit , dit Ray* 
naldus. C'efl ce qui eft confirmé ^ Adria- 
mi» Vifeo y dit-il, dallo Imperadore nonfu 
Molto ben ricevuto — fu in queUa Corte 
mal veduto > 6* tenutone lontano. Ce mé- 
contentement de l'Empereur fut fi fenfi- 
ble , que le Pape fut obligé de rappeller ce 
Cardinal dès îe fécond de Novembre. Cela 
ne juflifîe-t-il pas alTez Pra-Paelo contré 
fon Adverfaire ? 

50. Le Pape fit partir pour Trente le 16 
d^Août MDXLii. les Cardinaux Pierre- 
Paul Parifi, &c.] La méprife de Pra-Paolo 
eft ici un peu groffière , puifque ces Cardi- 

WMK nefyjçAdiçguncs {»our ^léfider a» 



M D 

Pau 



i8i/ HISTOIRE DU CONCILE 

X L 1 1. Evcqaes de fes plus confidens de fe rendre aufli à Trente > ^^ mais le plus 
JL III. lentement qu'ils pourroient. î3 Les Impériaux , comme ceux qui venoienc 
""de la parc du Pape, arrivèrent au tems prefcrit; & î4 les premiers après 
avoir préfenté aux Léeats les lettres de TEmpereur , demandèrent qu on fît 
l'ouverture du Concile & qu'on commençât à agir. Mais les Légats s'ea 
excuférent , fur ce qu'il n'étoit pas de la dignité ou Concile de le conunen- 
cer avec fi peu de perfonnes , fur- tout ayant à traiter de matières aufli im« 
portantes que celles qui étoient en difpute avec les Luthériens. Les Impé- 
riaux repliquoient qu'en attendant on pouvoit bien traiter la matière de la 
réformation , qui écoit Se plus nécefTaire & fu jette à moins de difficultés : 
a quoi les Légats répondirent , que comme la réforme devoir être com- 
mune à différentes Nations, on ne pouvoit la faire fans quelles y con» 
courudent. Sur cela les Impériaux procédèrent ; mais les Légats au-lieu de 
leur répondre , renvoyèrent la chofe au Pape , & il n'y eut rien de terminé. 
«ricury, L, îî SuR la fin de l'année , l'Empereur ordonna à GranvtlU ^ d'aller à la 
i4o.N*'48. Diète , qui fe devoit tenir au commencement de Tannée fuivance à Nurem* 
berg -, & a Diego de Mcndo^c de refier à Trente , pour continuer d'y foili- 



de y che à beUoftudio fcegHeffi fol quefli , 
proferifci unasfacciata hugia. Mais ce qu*il 
appelle un menfonge ef&oncé , efl poortanc 
an fait actcflé par le témoignage d*iin Au- 
teur eflinié tiés - fidèle. // Pontefict , dit 
^jidriani , vi haveva anco invitato al" 
cuni defuoi Vefcovî più fedcli y comandan- 
do àgli altri pur Untamente che vifi do- 
vcjfero prefcntart* Noos verrons d'ailleurs 
dans la fuite de cette Hifloire , que les Pa- 
pes avoient à leurs gages un certain nombre 
d'Evêques afiîd£s« qu'ils envoyoient à Trente 
toutes les fois ou qu'il y avoit à décider quel- 
que point à quoi s'intéreSbit la Cour de 
Rome, ou que le nombre des Evèques 
Nationaux leur faifoit craindre qu'il ne 
fe paflac quelque chofe au défâvantage du 
Pontificat ; afin d'avoir toujours on con- 
trepoids à oppofer aux tentatives que l'on 
voudroit faire pour lefierrer la puifiànce 
Pontificale. 

3 !• Mais le plus lentement quils pour* 
roient. ] Il me femble que Fra-Paolo fe 
trompe ici pour avoir mal entendu le fens 
iLAdrianîy que vraifemblablement il n'a 
fait que copier. Car ce n'eil pas aux confi- 
dens que ce dernier Hiftorien dit que le Pa- 
pe avoit ordonné d'aller plus lentement, 
mais aux autres qui n'étoient pas fi confidensi 
eomandando à gli altri pur lentamtntc che 



fidoveffero prefentare. Cela eft infinxmenc 
plus viaifemblable, & il femble qu'on devroic 
réformer le texte de notre Hiflorien par ce- 
lui ^Adriani» 

5 5 . Les Impériaux — .- arrivèrent au tems 
prefcrit, &c. J Non pas exadement, pniC- 
qu'ils n'arrivèrent à Trente que le 8 de 
Janvier iy4) , au lien que rouvertore 
du Concile étoit indiquée pour le premier 
de Novembre iy4i, & que les L^ats 
étoient arrivés le 1 1 ou le ii du mhne 
mois. 

3 4* Les premiers , apris avoir préfenti 
aux Légats les lettres de V Empereur. ] C'eft 
ce qu'ils firent le 9 de Janvier, & Gran- 
velle Evèque d'Arras fut celui qui prononçs 
le difcours. 

3 f • Sur la fin de P année , t Empereur 
ordonna à Granvelle daller â la Diète i 
&c.] Ce n'a pu être fiir lafin de l'année i s^z^ 
puifque Granvelle n'étoit arrivé à Trente 
qu'au commencement de i f 4 3 • Il &ut donc 
que l'ordre qu'il reçut de fe rendre à Norem* 
perg fut poflérieur ; & il ne s'y rendit en 
effet , félon Sleidan , que le i f de Janvier , 
huit jours après l'ouvenure de la Diète , qui 
fe fépara fans prendre aucune rcfolution , 
quoique Ferdinand ne laiflat pas d'y faire 
faire un Décret , mais qui n'eut aucune exé- 
cution. 



DE TRENTE, Livre L 183 

citer Touvercure au Concile , ou du moins pour empêcher que ceux qui s*y m d x l i x. 
trou voient ne s'en retiraflènr , afin qu'il pue faire ufage dans la Diète de ^^"^ ^*^* 
l'ombre de cette AfTembléc. GranvclU ^ propofa à la Diète de faire la guerre — ^— - 
au Turc, &c d'affifter TEmpereur contre le Roi de France. Les Proteîlans de- , si j t 
mandoient au contraire , qu'avant toutes chofes on terminai les différends de i. p. ^', . 
Religion , & que Ton fit cefler les oppreflions que les Juges de la Chambre Flcury , L. 
Impériale leur faifoient fouffi:ir fous divers prétextes, quoique la Religion i40'N^75- 
en fût la caufe réelle. GranvclU lepliqua que l'on ne pou voit ni ne dévoie 
leur accorder ce qu'ils fouhaitoient , dans le tems que le Concile étoit a(Ièm- 
blé i Trente pour délibérer fur cette affaire. Mais ils rejettèrent cette ex« 
cufe , fous prétexte qu'ils n'approuvoient point ce Concile , auquel ils dé- 
clarèrent nettement qu'ils ne vouloient point aflfUler. Ainfi la Diète s'étanc 
lëparée fans rien faire , D. Diego s'en retourna à fon Ambaflade de Venife ; 
quelque inftance que lui fiiFenc les Légats , pour donner de la réputation 
au Concile , de refter à Trente jufqu'à ce que le Pape eût fait réponfe'à fa 
proteftation. 

LXX. L'Ambassadeur de l'Empereur étant parti , les Eyèques Impé* 
tlaux le fuivirent : &c les autres s'étant retirés fous divers prétextes, ^^ le Entrevue 
Pape rappella fcs Légats , p après fept mois entiers de féjour â Trente fans ^^ ^^t' ^ 
rien faire ; & telle fut Tiflucde cette Aflfemblée. Cependant, comme TEm- /^ '^*" 



pereur à fon retour d'Efpagne devctit dans peu palier en Italie pour fe ren- châtemu éh 
arc en Allemagne , le Pape qui défiroit s'aboucher avec lui , 4 envoya Pierre- Buffet^ pour 
Louis i^on filsàGencs pour l'iLviter à fe rendre à Bologne. Mais l'Empereur ^^^ '.»^^*^' 
ne voulant pas fe détourner ' ' ..-_.. *- — 

dépêcha le Cardinal Farnife 

où il l'itoit attendre. Cepenuaiu , cummc n cul uuciljuc uiiumnc lui i<i ^ 

fiianière dont ce Prince y enrrcroit , ils fe trouvèrent l'un & l'autre ' le Adr. L, 3. 
21 de Juin mdxliii au Château de Buffet, fitué fur les bords du Tar entre P- ]^\' 
Parme "^ Plaifance, qui appartenoit aux P^^v/ci/u. Les intérêts particu- J'^ 1^1^^ 
licrs dont ils avoient a traiter enlemble , ^7 i,e leur permirent pas de taire Rayn. N® 
des affaires de la K^eligion &c du Concile le fujet de leur principal entretien. 1 3. & 14 . 
L'Empereur qui ne fongeoit qu'à fe fortifier contre le Roi de France , prefTbit Pallav. L. 
le Pape de fe déclarer contre lui , & de fournir aux fraix de la guerre. J^ Le j/f '.*' ^rj* 

^6, Le Pape rapfelU fes Légats après 7 
mois entiers de féjour à Trente. ] Il femble- 
xoit par le récit de Fra^Paolo , que les Lé- 
gacs furent rappelles avant rentrevuc de 
l'Empereur ao Château de Buflec. Mais la 
chofe n*.l\ pas aind: car l'entrevue fe fie 
avant la fin de )uin « & les Légats ne furent 
lao lellés c|'i*a'.ncs la Bulle de fufpenfion du 
Concile 4 qui ne fut donnée que le fiz de 
3ui let IJ4;. 

^7. Ne leur permirent pas de faire des 
affaires de la Religion & du Concile lefu^ 



jet de leur principal entretien. ] Ceft ce que ^ P* J^ V 
dit Adriani en ternies bien pofitifs ; La r^°"P"* *^ 
cofa era tutta riftrettafopra lo ftato di Mi- g^t ' r 
lano, non contcndendo il Papa tanto d'al- N^; x. 
eun' altra cofa. 

3S. Z/ Pape au contraire vouloit pro* 
fixer de Voccafion pour faire tomber â fes 
petits-fils le Duché de Milam ] Le Cardi- 
nal Pallavicin , L. f . c. 5. après avoir avoué 
que ce récit n*eft pas fans vraifemblance, 
s'étend beaucoup pour prouverqu!il eft faux, 
foit en déczéditant les Aoteois qui cm lap* 



i«4 HISTOIRE pu CONCILE 

tf 9 X L t X. Pape au contraire vouloir proficcr de loccafion pour faire tomber à fc$ petits*^ 
PAut IIL £jj |ç Duché de Milan , & il fc trouvoic féconde en cela par Marguerite fiUc- 
' naturelle de TEmpcceur , mzxiiti Octave Farnije petic-fils du Pape, 8ç 
qui avoir été faite Duchede de Camérino. )' Pour obtenir ce qu'il ioabai« 
toit , le Pape offroijc i TEmpereur de fe ligupr avec lui contre la France » 
de faire pluueurs Cardinaux à fa nomination , de lui payer pendant quelques 
années i^o , ooo écus , de lui laifler entre les mains lés Cnaceauic de Milaa 
& de Crémone. Mais les Impériaux demandant un Million de ducats argent 
comptant, & un autre million à payer en quelques termes aflèz proches ^ 
l'affaire ne put fe conclure , & on en remit la négociation entre les mains det 
Minières du Pape , qui dçyoient fuivre l'Empereur. Ce Prince qui crut 
avoir fait afTez connoitre aux Catholiques d'Allemagne fa -bonne volonté 

Ç)ur le Concile par l'envoi des Légats & de quelques autres Evèques k 
rente , & pouyoit faire tomber fur la France les reproches d'en avoir em» 
péché la tenue , n'indfta plus fur ^'article , & dit au contraire qu'il falloic 
voir auparavant quel feroit l'événement de la euerre , pour fa voir de quel 
remède on pourroit fe fervir. Ils fe féparerent m>nc avec de grandes demonf- 
crations d'amitié réciproque. Mais le Pape, qui foupçonnoit un peu (1 l'Em- 
pereur voudroit lui donner une fatistadion qu'il déllroit p coimnença i 
tourner fes penfées du cote de la France. 

LXXI. Il étoitdans cette incertitude , < lorfquon publia la Ligue faim 
entre l'Empereur & le Rpi d'Angleterre contre la Fi;ance. ^^^ Cette oemarche 

dt 



p. 101. 

Selcâr. L 



fiUguê 

Im Ftsnee, P®*^^ ^^ f^*' * fbît en donnant qaelqttcs raî- 
s Slcid. L ^o"5 ^^* femblent le détmire. Mais ces 
ly.p. 1}^, raifons font foibles > & les Hiftoriens du 
Ait. L 4. tems , qaî n*ont eu aucun intérêt de le fup- 
pofer ^ le confirment prefqne tous « ôc en- 
tre auttes Onuphre , /ijriarii , Paul Jove , 
Sandoval ^ Beaucaire , Sleidan , & plu- 
fieun autres. Rejetrer le fufTrage de ces Au- 
teurs ^ parce qu ils fe font trompés fur 
quelques autres £iits « oA qu ils ne s'accor- 
dent pas entièrement fur les circonftances 
de celui - ci , c*eft érablir un Pyrrhonifme 

Îénéral dans l'Hiftoire , puifqu'il n y a point 
'Auteur fî abfolument exadl , qui ne Se 
trouve quelquefois en faute s & que quand 
tous conviennent fur la fubftance d un fait, 
che méprife (ùr quelques légères circonf- 
tances n*en altère jamais la certitude. Ce 
font là les règles générales de Critique en 
matière d'Hiftoire, & il fuflfît ici pour la 
judification de Fra-Pooio^ qu il n*a avancé 
ce quMl dit du deffein du Pape pour faire 
fcunl^er le Ducké de Milan à fes petits-fils , 



que fur des témoignages tr^ - éîepe% iê 
créance j & que Pallavicin le nie uns acu 
,cune autorité, & vraisemblablement parctt 
qu'il lie îHi pas d*honneur à la mémoôe 4c 
Paul JIL On fait cependant auffi , qoll 
s'agit dans cette entrevue de la paix entre 
l'Empereur & la France , que le Pape tâcha 
de moyenner , mais que CharUs itjecta 
opiniâtrement. 

39. Pour obtenir et quil fouhaitoiê^ (g 
Pape ojffroit à V Empereur , &c. ] Le détail 
de ces conditions ell expreflément marqué 
par Adriani , L. ) . p. 19 f • d'od vrailèmbla'^ 
blement Ta tiré notre Auteur. 

40. Cette iimarthe de CharUs aUéna de 
lui tout à fait le Pape. ] C'eft ce que mar« 
que le m^me Hiftorien : Sapevafi in oUrt 
moite tene , che egli s*era fdegnato con C#-* 
fare , poiche il Re d' Jnghilterra nimico em^ 
pital fuo & deUa Chitfa Catholica £trm 
con ejfo collegato. Ce qui eft auffi confirmé 
par Sleidan « qui dit que le Pape porufort 

jiflnpatkœmeiu cem alliance. Hane ven 

fici€tê$em 



DE TRENTE, Livre I. i8y 

de Charles aliéna de lui tout-à-fait le Pape , qui fentoit combien croit prcju- MDTtxii. 

diciable à fon autorité une Lieue conclue avec un Prince qu'il avoit excom- ^^"^ *^^' 

manié, anathématifc, maudit, condamné à la damnation éternelle & dé- 

daré rchifmàtique , privé de fon Royaume & de tous fes Etats , incapable de 

contradter aucune Alliance , & contre lequel tous les Princes Clirétiens 

étoienc obligés par fes ordres de prendre les armes. Il voyoit avec chagrin 

que l'Empereur en s'alliant avec ce Prince contumace , & qui méprifoit plus 

Ouvertement que jamais fon autorité , ne rooatroit pour lui iucun égard ni 

ibirituel ni temporel,& donnoit aux autres l'exemple dene tenir aucun compte 

de (es ordres ^ & Taffront lui paroilToit d'autant plus grand , que c'étoit aux 

fbllicitations de l'Empereur , & pour favorifer fes intérêts , que le Pape Cli^ 

mtm , qui auroit pu facilement accommoder cette affaire en temporifanr» 

avoir procédé contre Henri , Prince d'ailleurs affeâionné au Saint Siège , 6c 

qoi en avoit bien mérité. De l'autre côté de la balance le Pape mettoit les 

Lois & les Edits que le Roi de France avoit faits pour maintenir la Religion 

ic l'autorité du Saint Siège , ^ au(E-bien que les Lettres-Patentes pat lef- ^ ^^cW. L. 

quelles il confirmoit xx v Articles de la doftrine Chrétienne , que les Théo- '^' Pj ^^' 

log^ens de Paris avoient fait imprimer & publier a fon de trompe , & dont ^ ^.' ^ 

Us propofoient par toute la France la créance avec empire , fans y joindre les n^ ;. 

caiions ou les fondemens fur lefquels cette créance étoit appuyée , défendant 

finis de grandes peines de rien dire ou enfeigner de contraire -, & un nouvel 

Edir ^ qu'il venoit de faire pour ordonner la recherche des Luthériens. Tout v Id. ad a«. 

cela failoit d'autant plus de plaifir au Pape, qu'il favoit que ce qu'en avoit i54î« N*^. 

fait le Roi étoit autant pour lui complaire & marquer (on refpeâ au Saint 

Sî^e» que pour faire connoître que ce n'étoitpas pour favorifer la dodbrine 

Lauiérienjie , ni pour empêcher de la détruire qu'il avoit entrepris la guerre 

contre l'Empereur. 

-Chmrlesy inftruit àts plaintes du Pape, répondit: ^ Qu'il lui étoit bien xPallav.L. 
aiiffi permis de s'allier avec le Roi d'Andeterre, qui ne laidbit pas d'être 5. c. 4. 
Chrétien , quoiqu'il ne reconnût pas) l'autorité dû Pape , qu'il l'avoir 
été au Roi de France de fe liguer avec les Turcs pour faire la guerre aux 
Chrétiens , comme cela étoit arrivé au Siège de Nice en Provence fait par 
la Flotte Ottomanne conduite pzv Paulin Ambaflfàdeur du Roi, &dans les 
defcentes faites au Royaume de Naples : Que le Pape avoit bien approuvé 
quclui Se Ferdinand (c ferviflent du fecours des Proteftans , quoique plus 
ennemis du Saint Siège que le Roi d'Angleterre : Qu'il auroit du procéder 
contre le Roi de France lorfqu'il avoit fu qu'il s'étoit ligué avec les Turcs. 
Mais que l'on voyoicbien d où venoit la différence de fa conduite , puifque les 
Turcs qui avoient fait tant de dégât par-tout où ils avoient paffé , n'avoicnt 

JocUtatem graviter tulit Pontîfex , îdeoqne ohlhus^ GaU'que Régis odtopercitus , An- 

Gallicam amicitiamfibi ducebat ejfe necef- gloque reconcûia'us , a/m illo Gallia rcg^ 

firïam. Ec U même chofe eft atteftce par num parti tus erat ^ multum indignante Pau^ 

Beaucaire , I. 19. N°. f9. Cafar nihil- lo Pontifice , ùdc Cafare graviter conque" 

omlnks ^ die - il 4 6* religionis & promijjî rpr^e. 

T p M £ L h^ 



1Î6 HISTOIRE DU CONCILE 

MDxtiii. exercé aucunes hoftilités dans les terres du Pape -, & que tout étant en côa^. 
Paul. 111. fufion à Rome fur la nouvelle , y que la nuit de Saint Pierre ils étoient. 
venu faire eau à Oftie , le Cardinal Carpi , qui y commandoit en 
p. 10?. '^'l'abfence du Pape, raffiira le peuple par les intelligences qu'il avoit avec 

les Turcs. 
OnupsfU LXXIL 4i L'an mdxliv, laf&ire du Concile , que la guerre & contes. 




dri de /r«- de Ratisbonne pour remédier à tous les différends de Religion, dit :Que 
voilier À n'y ayant pu reuilir alors , on avoir tout rerais à un Concile Général oa 
^^ji^f^fi^ Nationnal , ou à une Diète : Que depuis , le Pape avoit à fà prière convo* 
^UMihn^' que le Concile , auquel il avoit eu deffein de le trouver en perfonne , œ, 
z Slcii L ^"'^^ auroit fait , s'il n'en eût été empêché par la guerre de France : Que 
15. p. 143. la continuation des mêmes différends de Religion Se des mcmes maur 
Pallav.L.5. nejpermettoit plus de différer le remède j & qu'il prioit la Diète d*y 
R ^' ^ réfléchir , & de lui propofer tous ceux qu'elle jugeroit les plus pro- 
an^°r44. P^^^* ^^ délibéra donc plufîeurs fois fur les afikires de Religion. Mais 
N^ 1. & 4. dans la néceflité où l'on etoit de penfer à la guerre qui preflbit bien dsi- 
Spond. N® - . - - 

Tliutn. L. fi^^^JJ Décret , de remettre i, l'Empereur le foin de nommer quelques gens 
Bckar.L. P^^^^ & favans , pour dreffer un Formulaire de Kéfbrination , avec ordre 
15. N^ 51. a tous les Princes c'en faire autant chez eux , afin qu'après avoir tout con<* 
s Flcury , féré dans la Diète prochaine, l'on pût convenir unanimement de ce qu'il 
Ibo'^'* y auroit à obferver jufqu'au futur Concile Général oa National, qui de* 
Slcid^Li ^^^^ ^^ célébrer en Allemagne, On y enjoignoit cependant à tous de vivre en 
p. 149. p^îx ^^ns exciter aucun trouble fur le fait de la Religion , & l'on permet- 
Rayn. toit aux EgUfes de Tun & l'autre parti de jouïr tranquillement de leurs biens» 
^^ S* Ce Décret ne plut pas généralement à tous les Catholiques. Mais comme 
quelques-uns d'entr'eux s'étoient alliés avec les Proteftans, une partie ap- 
prouva ce tempérament ; & ceux qui ne l'approu voient pas fe trouvant en 
petit nombre, fe réiblurent de le tolérer. 

L A guêtre cependant fe continuoit toujours , Se le Pape devint plus 

irrité que jamais contre l'Empereur. Car outre le chagrin que lui avoir caufé 

h Flcnry, la Ligue d'Angleterre , *> il étoit très choqué de ce que ce Prince n'avoir 

!• 141. N^ voulu accepter aucun des partis avantageux qu'il lui avoit fait offrir par le 

5 '• Cardinal Farnefc fbn Légat , pour obtenir le Duché de Milan pour fa famille ; 

p .. - comme auflî de ce que, pour ne point oflfènfer les Proteftans , ^ il n'avoir 

5. c f . P^ voulu permettre à fon Légat d'aflîfter à la Diète de Spire , & de ce que 

Hayn. 

'* 41, L'an 9^44, l'affaire du Concile — 8c fut terminée If xo de Juin (iiÎTanc, ft- 

fut remifefur le tapis dans la Diète de Spi' Ion Sleidan» 
re. ] Qpi s'ouviit le 20 de Jcvxier x J44 > 



DE TRENTE, Livre L 187 

le Décret qu on y avoic fait écoic fi préjudiciable à fa dignité & à fon Siège, mdxlxt. 
Voyant donc toutes fes efpérances évanouies , & l atteinte qu en recevoit fa ^^"^ ^^'• 
réputation , il réfolut de faire éclater fon reflfentiment. Et quoique quel- ——■■■" 
ques-uns de (es plus conâdens , qui voyoient combien étoit afFoiblie fou 
autorité en Allemagne, lui confeillallent de didimuler > alTuré cependant 
que pat une déclaration ouverte contre TEmpereur il engageroit encore 

ÎAus fortement le Roi de France â foutenir fes intérêts & fa réputation » il 
c réfolut de commencer par les paroles pour en venir enfuîte aux tScts > 
lorfque les conion£lures lui en fourniroient loccadon. 



LXXIIL 41 II écrivit donc le 1 5 d'Août une longue lettre à l'Empereur , J'^Ji^j[ * 
^ où il lui difoit en fubftance : Qu ayant avis des Décrets faits à Spire , f ^X#^7» 
il fe croyoit obligé par le devoir de la charité paternelle de lui en dire fon de tEmfe^ 
ibntiment , de peur de s'expofer au châtiment dont Dieu avoir puni l'indul- reitr , liU 
gence dont le Grand-Prêtre -Hi?/i avoitufé envers fes enfans: Que ces Décrets *^'^ ^'^^ 
expofant fon ame à un grand danger & TEglife à un grand trouble,il n auroit . * 
pas dû s'écarter des régies Chrétiennes , qui iorfqu'il s'agit de la Religion ,»^;, pimn- 
obligent d'en renvoyer la connoilTance àl'Eglife Romaine: Que cependant» dre. 
fans tenir aucun compte du Pape , à qui feul appartient par les Loix divi- ^ là. N^Jy. 
ncs & humaines l'autorité d'aUembler des Conciles & d'ordonner des chofes ^^^ 
faintes > il avoit voulu de lui-même faire aflembler un Concile Général ou^i^^J^^ 14 
National : ^J Que d'ailleurs il avoit permis à des Ignorans & des Héréti- p. ly i. ' 
ques de juger de la Religion : Qu'il avoit fait des Décrets fur les biens Pallav. L. 
Eccléfiaftiques > & rétabli dans leurs dignités des gens rebelles à l'Eglife, S- c« ^• 
& condamnés par fes propres Edits : Qu'il vouloit croire , que tout cela iie ™Lî ' 
venoit point de fon propre mouvement , mais des pernicieux confeils de 
quelques perfonnes malintentionnées contre l'Eglife Romaine,pour lefqueU 
fesilleplaignoit qu'il eût eu tant de déférence : Que l'Ecriture étoit pleine 
d'exemples de la colère de Dieu contre les ufurpateurs des fondions du 
Grand-Prêtre, & que * les pimitions d'Oia y de Dathan , à'jitiron , de Coré, ^ ^ ^ 
du Roi 0{îas , & de quelques autres , en étoient autant de preuyes : Que iv. 
c ctoit une excufe frivole que de dire que ces Décrets n'étoient que pro- 4. Rcg. 
vifionels , & feulement pour jufqu'au rems du Concile ; parce que , XVII. 
quand une chofe feroit pieufè en elle-même , elle devient mauvaife fi elle y^' 
cft faite par une perfonne qui n'a pas droit de la faire : Que Dieu avoit tou- ^^ pàralîp. 
jours élevé les Princes aflfedionncs à l'Eglife Romaine , qui eft le Chef de XXYI. 



4.1, Il écrivît donc le 2 s dAoût une lort" 
gue lettre â l'Empereur, ] Pallavicin & Ray- 
naldus la datent du 24. Mais Sleidan la met 
au if , comme notre Auteur. 

45.Q//f d'ailleurs il avoit permis à des 
I^noraiis 6* des Hérétiques de juger de la 
Religion. ] Le texte porte , non des Igno- 
rans ^ mais des Lûïques, Qiiod Laïcos de 
rchuj fpiritualibus judicarc vispojje , nequç 



LaïCQ.s modo , fed nullo difcrîmine Laîcos 
& damnatarum harefum affertores. Mais 
Fra-Paolo a moins fuivi le texte que Tex- 
trait de Sleidan , qui porte : Sed illud etiam 
quod non idiotis modo , fed & damnatarum 
hxrefum ajfertoribus permittat de Religione 
judicare. Ceft une véritable négligence , de 
fc contenter d'un Extrait , quand on peut 
avoir recours à l'Original. 

Âa 1 



MDXLXV. 

Paul 111. 



188 HISTOIRE DU CONCILE 

toutes les Eglilès , comme Conjlantin , les Thiodofcs , & CharUmagne ; 
& qu'au concraire il avoic puni tous ceux qui ne l'avoient pas refpeâée » 
' comme Anafiafcy Maurice , Confiance IL Philippe , Léon & plufîeurs auccesi 
& que Henri IV. 6c Frédéric IL en avoient été punis tous deux par leurs 
propres fils : Que non- feulement les Princes , mais des Nations entières 
avoient été châtiées de ces fautes , les Juifs pour avoir crucifié Jefus-Chrifl: 
Fils de Dieu , & les Grecs pour avoir méprifé de diverfes manières fon 
Vicaire : Qu'il devoir appréhender d'autant plus la même punition > qu*il 
tiroit fon origine d Empereurs qui avoient plus reçu d'honneurs de l'Eelife 
Romaine , qu'ils ne lui en avoient procure : Qu'il louoit en lui le aéfic 
qu'il avoit de réformer l'Eelife , mais qu'il en devoit laiflèr le foin à ceux 
que Dieu en avoit charges , l'Empereur n'étant que le Miniftre , & non 
le Pafteur ni le Chef. Il ajoutoit : Qu'il défiroit lui-même la réforma- 
tion , & qu'il l'avoit aflèz montré , en convoquant plufieurs fois le Con- 
cile , & aufli fouvent qu'il y avoit eu quelque lueur a'efpérance de le pou- 
voir aflèmbler : Que fi c'a voit été jufqu'alors fans effet , ce n'avoit pas été 
faute d'avoir fait ce qu'il devoit , ayant toujours défiré le Concile comme 
l'unique moyen de remédier aux maux *, non-feulement de toute la Chré- 
tienté , mais plus particulièrement à ceux de l'Allemagne > qui en avoit un 
plus grand befoin que tout autte : Que fi les troubles de la guerre avoienc 
obligé de remettre a un tems plus commode le Concile qu'il avoit convoqué 
il y avoit déjà long-tems , c'étoit à l'Empereur à ouvrir les voyes à fa tenue» 
foit en faifànt la paix » foit en fufpendant la guerre pendant qu*on traitetoic 
des affaires de Religion dans le Concile : Qu'il devoit donc obéir à fes 
commandemens paternels , empêcher tome difpute de Religion dans les 
Diètes Impériales , & en renvoyer la connoiflfance ic le Jugement au Pape> 
ne rien ordonner fur la difpofition des biens Ecdéfiaftiques , & révoquer 
tout ce qu'il avoit accorde à ceux qui s'étoient révoltés contre le Saint 
Siège ; ou qu'autrement il feroit forcé » pour remplir fon devoir ^ d'en ufer 
avec lui plus rigoureufement qu'il ne voudroit. 




^mmmm 



S O M M A I R E 

Du IL Livre de FHiftoire du Concile de Trente* 

L^ paix faite tntrt P Empereur & le Roi de, France donne occajion de 
remettre fur le tapis ï* affaire du Concile. W. Le Pape l'intime ^fapricipitO' 
tion déplaît à t Empereur qui fait ce qu il peut pour fe faire regarder comme U 
principal Auteur de cette convocation. III. // donne ordre àfes Théologiens de 
fe unir prêts à s y rendre ^ '& le Roi de France enfuit autant. IV. Le Pape 
nomme trois Légats pour le Concile , & envoyé le Cardinal Famïfe à CEmpe^ 
reur. V. Il fait expédier deux Bulles \ l'une oh font énoncés tes pouvoirs des 
Légats , & uru autre plus fecrette , pour leur donner le pouvoir de fufpendre ^ 
de transférer , ou de diffoudre le Concile. VI. Arrivée des deux premiers Li^ 
gats à Trente. Ils demandent qu'on réforme la Bulle de leurs facultés. VIL 
Mendo^e Amhaffadeur de L'Empereur arrive au Concile 9 & y expofefes de^ 
' mandes. VIII. Les Légats ontjoin de pourvoir à conferv^lefecret de leurs dé- 
pêches , enfefaifant envoyer de doubles lettres. IX. Arrivée des Ambaffadeurs 
du Roi des Romains au Concile. X. Ferdinand notifie à la Dihe la tenue du 
Concile. Les Protejlans en prennent ombrage & refufent de s*y foumettre. 
XI. Le Pape efl mécontent delà Dihe& prend deffein de fufciter une guerre 
de Religion. XIL Les Légats confultent le Pape fur Vouverture du Concile , 
6* u Pontife donne ordre de la faire , 6* refufe d entretenir uru gamifon , 
que le Cardinal de Trente lui avoit demandée pour fa ville. XIII. L'Ambaffu" 
deur de C Empereur préund la préfféance avant tout le monde , excepté Us Lé- 
gats. XIV. Le Viceroi de Naples ne veut envoyer au Concile que quatre Evf- 
ques de ce Royaume , quifoient chargés des procurations de tous Us autres. Ces 
Evêquess'y oppofent y & le Pape fait ujie Bulle pour défendre aux Prélats 
de càmparoîire par Procureurs ; mais les Légats lafuppriment comme tropfe- 
vire > & demandent à Rome de C argent pour la fubfifiance des Evêques pauvres 
au Concile. XV. Congrégation où l'on traite des préliminaires du Concile , & 
arrivée du Cardinal Pool troifiéme Légat. XVI. Perfécution des Vaudois en 
Provence^ & maffacre de Cabriires & de MerindoL XVII. L'Empereur fe 
rend à la Diète de Wormes. Le Cardinal Famefe demande qu'on n'ait aiuun 
égard aux oppofitions des Protefians ^ & il fe plaint du Ficeroi de Naples ^ & 
de la promejfe faite d'affembler une nouvelle Diète. Réponfe ambiguë deTEm* 
pereur , qui confent à la guerre contre les Protejlans. Le Légat luipropofe U 
deffein qu'a le Pape de donner Parme & Plaifance à fa famille , & [Empereur 
promet de ne s'y point oppofer. XVIII. Les Protefians preffentent le deffein 
qu'on a de leur faire la guerre. XIX. Les Procureurs de l'Electeur de Mayence 
arrivent à Trente. On fait difficulté de les recevoir , à caufe de la BulU du 
Pape contre les procurations. Lts Légats demandent qii on la modère^ à quoi 
le Pape ru conferu qu' avec peine. XX. Les Evêques sUnnuyeru à Treme & 
murmurent , mais Us Légats les appaifent. XXI. L'Empereur fait citer l'EUc^ 
teur de Cologne. On blâme cette entreprife à Trente & à Rome. Le Pape fait 
citer en même tems U même Prélat devant lui. XXII. L'Empereur tâche ^ 
mais inutilement , de faire confentir les Protefians au Concile 5 6* ils pu^ 
blient un Manif e fie pour juJlifierUur refus. XXIIL On condamne à Rome &^ 



15)0 SOMMAIRE 

à Trente la conduite de H Empereur , & plujieurs Prélats en prennent occajion 
de quitter Trente , ce qui infpire au Pape le dejfein de transférer ailleurs le 
Concile. XXIV. Paul donne VlnveAiture de Parme 6* de Plaijance àfonfils^ 
naturel , & envoyé un Nonu à l'Empereur par rapport à r affaire du Concile. 
Ce Prince y confent à des conditions qui déplaifent au Pape , qui en prend occa* 
fion dordonner â fes Légats d*en faire l'ouverture, XXV. Les Prélats de 
France ont ordre de s'en retourner , mais Us Légats Us arrétem. XXVI. BulU 
pour V ouverture du Concile* UEvéque d'^florga demande qti on fafft la lu-- 
(ure de la BulU des facultés des Légats , qui éludent cettejetition. XXVII. On 
ouvre le ConciU. Cérémonies faites à cette ouverture^ Exhortation des Légats » 
& USure des BulUs du Pape & du Décret de la Sejpon. XXVIII. Sermon de 
VEvéquede Bitonte comparé avec r exhortation des Légats s & jugement que 
Von porte de l'un & de t autre. XXIX. Les Légats confultent le P ope f ter plu^ 
fieurs chofes ; & en attendant fa réponfe , amufent les Prélats à des chofes peu 
importantes. XXX. Réflexions de Fra-Paolofur Us différentes ejpeces de Con* 
ciles 9 &fur la différence de procéder dans Us anciens & les nouveaux.XXXl. 
Le Pape fait publier une BulU pour exemter du payement des Décimes Us Prl^ 
lots préfens au Concile. LesEfpagnols s'en plaignent , auffi-bien que quelqius 
4Utres.XXXlLLe Cardinal del Monte propofe le dernier Concile de Latran pour 
modiU de la forme avee laquelle on doit procéder dans celui de Trente. XXXIIL 
Conujlationfur U titre que ton doit donner au Concile XXXIV. Seconde Sef-^ 
fion , & Décret qui y efl publié. XXXV. On contefle de nouveau fur U titre 
du Conclu. XXXVL On délitirefur les matières dont on doit traiter d abord • 
Partage d'avis fur utte matière. Les Légats écrivent à Romepoiir avoir Tavis 
du Pape ) quidijffire de leur répondre. XXXVll. Quelques-uns font infiance , 
qu'on commence par la Réformation. Les Légats éludent leurs demandes^ & onfc 
détermine â traiter de la doSrine & de la Réformation tout enfemtU.XXXVllL 
On propofe décrire au Pape & aux Princes^ & on délibère fur U Sceau dontfe 
doitfervirle CenciU. XXXIX. Ia Cardinal Pool propofe défaire lire U SymboU 
dans la prochainefefpon^&l'Evtque de Bitonte s'y oppofe.XhJTroifiémtfeJfion^ 
où l'onfe borne à^ récitation du Symbole de Nicée. XLI. Nouveaux progris du 
Luthéranifme en AlUmagne , 6* mort de Luther. XLII. Diffîmulation de 
t Empereur à la Diète de Ratisbonne. XLIII. Le Pape confent qu'on entre en 
mature y & on propofe de traiter de T Écriture Sainte. Articles extraits des Li^ 
vresde Luther. XLIV. Tous s accordent à reconnoitre t autorité des Traditions. 
XLV. Vincent Luntl demande qùon traite de V autorité de l'églife^ mais f on 
avis n'eflpasfuivi. XLVI. Marinier ri efl pas d'avis qu'on parle des Traditions^ 
mais fonfcntiment ejl cenfuré. XL VII. Diverfité d'opinions fur le Canon dès 
Livres fûcrés. XLVIII. Plaintes excitées dans U Concile au fujet des Pen/ions. 
XLIX. Congrégation ou l'on égale T autorité des Traditions â celU de CEcri" 
ture. Arrivée de François de Tolède fécond Ambaffadeur de l'Empereur y à 
Trente. L. Verger vient au Concile pour s'y difculper des foupçons d'Héréfie 
dont il efl chargé , mais on ne veut pas Vy admettre. LI . On arrête le Canon des 
Livres facrés ^ & on traite de l'autorité de la Vulgate Latine. LU. Difpute 
fur Us nouveaux fens que Us Interprètes modernes peuvent donner â rÉcn» 



DU LIVRE IL .. '9^ 

turc. LIIL On approuve la Vulgatt en propofant den donner une Edition plus 
correclci & on défend de donner à F Ecriture aucun fens contraire à la doc-^- 
triru commuru de tEglife & des Pères. Difficultés fur la formation du Décret. 
LIV. On parle de réformer les abus qui fe font gHjfés dans Pufage que F on fait 
de r Ecriture. LV. Conuflations entre les Evêques & les Réguliers fur le droit 
de prêcher & défaire des leçons publiques. LVI. Quatrième Seffion , & Décret 
fur F Ecriture & fur les Traditions. Jugement du Public fur ce Décret. LVII. 
UAmbaffadeur de F Empereur préfente fes Lettres de créance. Réponfe du Con- 
cile. LVIII. Le Pape prend à cœur les affaires du Concile 9 & donru plU" 
Jieurs avis aux Légats y qui lui promettent defuivrefes ordres. LIX. Le Pape 
inviu les Suiffes au Concile. Il excommunie FEleUeur de Cologne & le dépofe. 
Les Protefians s^en irritent davantage , & F Empereur lui-même a peu d* égard 
à ceue Sentence. LX. On difpofe les matières de la Seffionfuivante ^ & le 
Pape ordonne qiiony traite du Péché originel. LXI. On remet fur le tapis 
t affaire des Leçons & des Prédications. LEvêque de Fiéfoli parle avec beau- 
coup de liberté y & les Légats , après en avoir repris rudement ce Prélat , en 
écrivent au Pape. LXII. On foutient à Rome Viruirêt des Réguliers , & les 
Légats trouvent un tempérament pour les accorder avec les Evêques. LXIII. Les 
Impériaux s^oppofent , mais envain , au deffein de traiter du Péché origiruL 
Articles extraits des Livres des Luthériens. LXIV. Sentimens des Théola^ 
giensfur ces différens Articles. LXV. Conuflation de Catharin & de Sotofur 
la nature du Péché originel y & de Marinier jur la Concupifcence. LXVL Em- 
harras des Pères fur ^formation du Décret. LXVII. Difputes des Dominicains 
& des Francifcains fur la Conception immaculée de la Vierge. Réflexions de 
Fra-Paolofur Forigine & le progrès de cette opinion. LXVIII. Ordre du Pape 
aux Légats de coruilier , 5*// étoit pofjîble , les différends des Théologiens fur 
ce point. LXIX. L Empereur travaille inutilement dans la Diète a terminer Us 
querelles de Religion , & commence à laiffer connoitre le deffein quil avoit de 
faire la guerre aux Protefians. LXX. Cinquième Sefjîon. Décret fur le Péché 
Originel y & fur les Leçons & les Prédications des Réguliers. Jugement du 
Public fur ces Décrets. LXXI. Lettre du Roi de France au Concile , & dif- 
cours de fes Ambaffadeurs. LXXIL Conclufîon de la Ligue entre le Pape & 
F Empereur contre les Protefians. Le Pape en donne avis aux Suiffes y & les in^ 
vite au Concile. L Empereur tâche de diffimulerles motifs de cette guerre , mais 
les Protefians Us découvrent. LXXIII. Congrégation où Fonpropofe de traiter 
des matières de la Grâce & de lajuffificationy malgré F oppofition des Impé- 
riaux. LXXIV. Autre Congrégation où Fonpropofe de parler en mêmetems de 
la Réfîdence. Avis deFEvêquede Vaifonfurcefujet. LXXV. Articles fur la 
Juflification extraits des Livres des Protefians. LXX VI. Sentimens & di/putes 
des Théologiens fur les articles de la Juflification & de la Grace.lXXNW* Jubilé 
publié à RomeàFoccafion de la guerre contre les Protefians. V empereur met 
F Electeur de Saxe & de Landgrave de Heffe au Ban de F Empire. Les vues du 
Pape & de F Empereur dans cette guerre font tris-différentes. LXX VIII. Char-' 
les- Qiiini soppofe à la ^diffolution du Concile , & le Pape enfufpend les opé-^ 
rations. LXXIX. Manifefie des Protefians contre le Pape > doru les troupes 



191 SOMMAIRE DU LIVRE IL 
ft joignent à celles de V Empereur. LXXX. Nouvelles dif putes dans le Con* 
ciUfurles madères de la Jujlificationy ioùVonpaffe à ullts du Libre Arbl- 
ire , & enfuite à celles de la Prédejlination & delà Réprobation. Grandes con» 
iejlations fur cette matière , fur laquelle on forme enfin les Canons. LXXXL Au^ 
ères dif putes fur C article de la Rifidence , pourfavoirfi elle eft de Droit divin ou 
humain. Les difpenfes du Pape fur ut article en font négliger entièrement Cob-^ 
fervaiion. LXXXII. Le Pape mécontent de VEmpereur rappelle le Cardinal 
Farnife. Avantages remportés par ce Prince fur les Proteflans. Le Paperap-* 
pelle fes troupes. VEmpereur s en plaint. Paul fe jufiîfie ^ & ordonne â fes 
Légats de tenir la S effion. LXXXIII. Sixième Seffion, Décrets fur la Jufiifi^ 
cation , la Liberté , la Grâce , & la Prédejlination. Jugement du Public far 
ces Décrets , fur lefquels les Tliéologiens ne saccordoient que dans les termes. 
Catharin & Soto , quoique defemimens oppofes , prétendent chacun que le Con^ 
cile a décidé en faveur defon opinion. Autre Décret fur la Réjidence. LXXXIV. 
Congrégation où tonpropofe de traiter des Sacremens en général ^& des abus 
qui Je font introduits dans leur adminiflration. Les Efpagnols ont envie de re-- 
nouvdler la que/lion du Droit divin de la Réjidence , mais Del Monte ittuU 
leur dejfein. LXXXV. Articles extraits des Livres Protejlans fur les Sacre* 
mens en général , & fur le Baptême & la Confirmation. Sentimensdes Théo* 
logiens fur tous ces différens articles. LXXXVI. Différend entre Us Dondni* 
coins & les Francifcains fur la manière dont les Sacremens opèrent ^ ^ fi^ 
d autres articles. Grandis difputes fur le genre iinteruion qui efl néceffairt^ 
LXXX VII. Décrets formés fur la réforme des Abus , & arande contçjlasion 
fur la gratuité de Cadminifiration des Sacremens. Autres Décrets formes fur la 
DoSrine. LXXXVIII. Difputes fur la pluralité des Bénéfices 9 & remïdes 
propofés contre cette affaire au Pape. Ce Pontife veut révoquer à foi par uru' 
Bulle y mais le Concile s y oppofe. LXXXIX. On^ Articles de Réformation 
propofés parles Efpagnols ^ & inquiétude qii en prennent les Légats* Le Pape 
fait délibérer fur cela Çf envoyé fa réponfe. XC. Paul II L commence à crains* 
dre le Concile & furtaùt les Efpagnols , & il fortifie fon parti par tenvêi de 
nouveaux Evéques Italiens. Il forme le deffeiu de transférer le Concile â 
Bologne & mandefon projet au\ Légats, XCI. L Empereur dépouille t Ar^ 
chevêque de Cologne defon EleHorat. XCII. Mort de Henri VIII. RoidTAn* 
gleterre. XCIII. Différence tfavis entre les Légats fur les demandes des Efpa» 
gnols. XCI V. Les fentimens font partagés fur les Difpenfes ^ fur la Réjidence , 
fur les qualités des Evéques & des Curés , fur la réforme des Cardinaux ; mais 
le parti des Romain^ prévaut fur celui des autres. XCV. Septième Seffion» 
Canons fur les Sacremens en général y & fur le Baptême & la Confirmation , 
& Décret fur la réforme des Abus. XCVL Ordre de transférer le Concile , 
fignifiéaux Légats. XCVII. Pour y obéir ils prennent prétexte iTun bruit de 
contagion qui sétoit répandu. XCVII I. Les Efpagnols s^oppofen/^^ la propo» 
fitiony mais la majorité Cemporte. XCIX. La tranjlationejl conclue & exécu^ 
tée fur le champ. Huitième Seffion » oit on licentie le Concile. Les Légats 
quittent Trente , &fontfuivis des Evéques de leur parti. Les EJpagnols refu* 
Jfent defuiyre Us autres^ & refiènt à Trente. CMort de François L HIS« 



^®. ^^ ^w >SiïSiïïis,ïHKM»TO»!T JK'ît ^'^ i*'" 



HISTOIRE 

DU 

CONCILE DE TRENTE. 



LIVRE SECOND. 

j A guerre entre l'Empeieat 8c le Rcn <le FEincê ne dura pas 

t loog-ienu. Cai Chartes vît clairement > qne pendant qu'il 

itoit occupé contre les François , & fbn ficte contre les 

t Turcs, l'AUetn^oe marchoit agrandi pas à la liberté j & 

• que bientât elle ne vôudroÏE'plus reconn<^tre l'autorité Im- 

Pcriale. Aînlî , pour ne pas imiter It cbieti ne la f^bte , qui conrant apt^ 
ombre perdit réellement Ùl proie , il & détermina i prêter l'oreille aux 
propcfitions de paix faites par les François , afin que délivré de cet embar- 
ras il pût faire ùm accommodement avec les Turcs par l'entremife de la 
France t Se donner enfuite toute ibn application aux sHàires d'Allemagne. 
* La paix fut donc conclue entre ces deux Princes à ' Ctépy en Valois le 
14 de Septembre -, ^ Se ils convinrent encre autres chofes , de défnidie 




t. La paix fat dont eonelue mtrt ea 
dtux Pr'mets A Cr^ m faioU It 24 de 
Sepitmirt.] Ctd ce qoe dît M. dt Tkou 
a^èt Sleidan , qa'a fuivi noue Hilloiien. 
PalUvit'm an cantnire marque ceicc piii 
W 17. Mtii Stsucairt, Spondt, It Rai- 
natdiu b mettent an iS , qù eft 1ï va- 
lable iue, comme on le voit pu le Re- 
coetl des Tnitjs de piiz. 

X, lit eonvmrtiît tmre aturts çhofet ^^ 
et travsiiter dt eo/utn i la ràtman Jt l'E' 
Tout I. 



^e , Cf à U r^iitaàon de U Cour dt 
Rome. ] Çavoit toujoon été l'intention 
de ces Princes j qui convaincus qne les dî- 
vilïons en midoe de Relieion renoient 
originaiiement-iles ■bus qoi i^noient dans 
l'Eglife, & foi-toui à la Cou de Rome , Te 
proposèrent de commencei pu ié£bnnei 
ces abus. C'ell donc aSêz mal à propoc 
que PaiUviein dit , qu'il n'eft point parl^ 
de cela dans les Capitulations. Ce font de 
ce* chofèt qui avoient d'autu» moins be- 
Bb 



La f*ùt 
fmit tntrt- 
lEn^tnmr 
éUKtidt 
trmiet, 
dtmutet»- 
fitmde n- 
VMttre fir 

ftw A» 

<iSIcii.L. 
ij.p.iji. 
Bclcar. L 

Thuan. L. 
i.N» ij. 
Kayn. ad 



N 
Spond. N» 

Pallav.I,;. 



SpODil. 



194 HISTOIRE DU CONCILE 

uDXLiT. l'ancienae Religion ; de navaillet de concetc i ta céunion de rEjdilc , Se 

Paul III. ^ j^ réfpctnadan de la Cour de Rone , d'où venoient tomes les di|Ieniions ; 

, . Ôe de s'unir pour demander au Pape la convocation du Goncilc , quole 

PaoJ m.'" ^^ icavaillcroit à faire accepter aux Proteftaas , en envoyant un Atiibaflk- 

dçw-^-1^; Diète. lie l'^P^'s ràï cjuc l'opporuion d'intérêts de. ces Princes ne 

leur pcrmectroit pas d agir longiems de concert , ne s'effiaya point de la cé- 

folutM)9-qu'ils avoient ptik au.iiuçt du.Cooqle 6;^ dç la B4ibrnuâoa4. Se 

il ne douta point que cettqR.craiination devant s'esécutst par le inoyea 

du ConcilCi il ne nt tournai ce projet tn^me auprgfit de Ibn autoàté. 

Mais craignant que s'il convoquoit le Concile à l'înffance de ces Princes , 

on ne crût qu'il y avoir été forcé , ce qui ne te pouvoit faire fans affbiblir 

fa réputation > & relever le cour;^ deiccux qui tendoient à diminuer Ton 

autoriré, il ne voulut yns fe laiuer prévenir. Sans attendre donc qu'il en 

(Tu iblliciié , & djfllmulznt tous les-feupçons qu'il avoitrconçus contre 

l'Empereur, & fiir-tout le chagrin qu'il avoir de voir la paix faite Tant 

fa participation , & m&me avec des articles préjudiciables à fôn autorité * 

' il publia une Bulle, dans laquelle.'' invitant toute l'Eglife à fe réjouir 

fiRayn. d'une paix qui Icvoit l'unique obftaclrqu'il yavotti Ix rcrrae dn Con- 

'*^'" cite , il l'intimoit de nouveau i Trente pour le i j du mois de Mars 

fuivant. 
~. . . II. L E Pape voyoit bien que le terme étoit trop coun pour notifier la 
,^_[^o'^p'cIiofe à tout le inonde, & donner aux Prélats le tcms de s'y djfpofcr & de 
Lt Taft faire le voyage. * Mais il croyoir > que puifqu'ïl faltoit tenir le Gèftcilo'^ it 
tiniime , é- 

yâ;m;^i(«-fdn d'être fpceifiéci.qne cesl'rincei (tant 4, Mais it eroyoit ^ qu'il Jii^ iuft 

tien Jiff^ii convenut d'agir de concerr poar.la lénnion ^vantagtux dt. U totattUcer avteptu,^ 

À TEmpc- d«;l'EgJife & la tenue Aa Concile, ramre Préiau » & mhu ^i.jkfftU Ï(mS*v mi 

rrur, qui anicle ctok une fuite nécclFaiie.^ ceiu-cî. gfnt di fa Cour & dt fa ^éf^damtt^ 11 

fatt ce qu il (^^11 ce qa'i fort bien marqué Onaphrt , iioii fans douce fort îiDponant sa Pape , 

/rw f u«r/« njji jjf^ jjyg Paul III -iy^m fu ce que qu'on dLteimînît à là faiisliâion Ik-mani^- 

fAtrt f'S'^- CkiirUiai.Fntnçols»yoi&ni^m]etttà.Crépy re de procédai dans le Concile; Kc'eft' 

."^ - *' .contre la Cour de Rome, indiqua aufli- ce qui a fait croin iFra-Paola, que çV 

AHicuT d *^^ ^^ nonve»u le Concile. Cogngfcent vf voit été la tm qm loi aTCit frit- preridiv 

«/««(WM-'^" y* '"/"'" Crepinii comt*» Rtmanam- un terme /îcoan'pour.'&MOiifnnmOft' 

t»:if»H ^'Orùn Regti agitaverant ., Cmiçilam^ nw peittfeqpi ji>h «flpiin^iiTc li itrmii 4» 

- bello huBeniit imptdimnt denu& convoea- ce qu'^ifn^ avoit dit, que léPapetVaiE 

vit infefueMtis anni mtafem MankimL Cil.^ prellè fa plv confiAni^dvin nBdn ai 

n'ell donc pas une vaine iinaf;inatian dé' Tte»Ec, avec ctitfwex-taatitéa'tt'^im- 

' noaa Hiftorien , comme l'appelle Piji/a~ qne plut lentemenT. // PoHuficc vi ' 

vitin, mais un 6it bien attcOf pat un m^co invitaia aicnai de fuiù Ktfc 

Asteur qui n'Jtoit certainement ennemi fidiU, ecmsitdando j gli aliri pt 

m de Paatn\At\a. Coui de Roma , non rntnit chc vi fi dovtfftro pn/Husa. Crpi 

plat que f^Mi/f, qui noofaâine de- li mf' dam il TamMe qu'ii ^ait un peu trop: 

meçhofê. Difinemcmidanscetteixtlin^m ft'^i 

\, Il'pnklis- knt SuUidëiulaqueUi^ roii plus voloniierr, 
&-C.J elle cil <iatte-dft'i9'A-Nc»vembn qa'eut Aii/il«a ~ 
1S44. wÂ&n ' ' 







r!i 



iui étoit avantageux .deile commencer: <ifvec peu de Prelars^^ & ,même <}ui ^plt;i{7« 
rfbdenc Italiens ou gens de. fa Cour & de fa dépendance , qail fpUiciceroïc ^f^i^P^* 
ok 5-y rendre les premiers» catitparcqque Ton y Revoie traixer de.U'mamère • ' 
lie pooeéder /dansL leConcilç, dKHejcrès^iapo^wtejpour lui^, &'d*9Ùdépen- ^ 
41dic. 'entièrement larcoriferVation>dp^(pni aiK^Q(ii^:; fque rparce^uecou^içeqx 
mtiarriveroisntiaprès » feroient obitgés^C)fe'ib|Ame£cre à co qui aucoxt été ^ 
Ctt»lé« ^c de peuirqu'oa ne.fïlciorpfîs de 1soii:^j>mii^cer un Concik (fjéné- . v . 
rai avec fî peu de monde , il difbit qti'on en avoit ain(i ufc 4a&s IpiÇÔacile t 
olePiiè & de Coriftande s^qui h-avôientpiitt laitlerp^urcda d avQir un <|ieu*- . . , 
mox'fucoès. .Cdmme il aVoit pénétré d* ailleurs la* véritable caf^ de la.paiz , . 
di écrivît à TEimpereur , qu il s^étoit Jiâtéifpour l|ii rendse iervic^ de coavp^ 
'^tidir Jo: Concile ; a£n de luictioEOner ^tsiCyenUp^-Urdc^s'cxc^fçx' auprès dps ' 
iMOieftans'dans laDièœ>qui le deviriceenii^^ S^ptepi^boç^» i^e ,f e^. l ,'-' 

zmé £aqrcé do leor promettre., à ^taufe de 1a guerre «^'il avoii; alprs ^y^/ia . : ' . 2 

frAnuiœ. • • 'V' 

' MILMai s FEmperenr -nàfttt'conttat'iu 4e-la précipitation du Pape » ' _ •; 
***^i-dêsirailbnsqbHl apportoirpoor la^ftiâer ,f parce roue^pour ^^'P^9P^^^^i^%f^ 
•0é(Hiiacian » & pour fkire^usepter pks auetnent Iç Concile ^xiAllcxqands y.tkéihJSs 

6c pour d'autres raifons encore > il eût fbiibaité qu W. i'^p eiu i^a]4é^oixi*%^'jft^<«#à' 
imc^ fe principal! amène; iMais neipouTant tlé&itf!^ ce qui^érpit fait- ,. il (c pn- pf"^^* ^ '> 
Hbifit de celle manière , qu'il^arucricsi le! ¥éffitab{^.)>Fomoreurdu Cécile, ^^'^^ 
^(Cpte le Pape n'étoit qàe^fbn fécond. Il -envoya donc des Anât^ailàcleurs^à N'^^.sf^. 
' icnules Princes pour leufnoti&r'la eonvocatiCMv du -Concile , & les prier Pallay.L.5i 
^'f emvoyer leurs AmbaÛàdeursf pour honorer -eeece A^Ièmblée de leur pré-c 7. 
"'laioe y ' ic ^(ifimier ks Décrets qlii a'y feroiejit. 'Eiifûite r^ ;^>ppliqua aux 
^Mépacatifs , comme s*il eutséoèrauteurideVtintKdpffiiiè. {Idojinâ divers or- 
jims M» Prélacs >d^pagne •&• de$ Daïs^^fiaSfi&^ocdodna^enrre^tres ^ aux dRayn: 
''Ilitetogîeiiside Ix^uvaioiiiefs^reteUàrcpoa^^ qui d^-N^* 55. 

iraient fe propofet M Concile, f Ces Doâeurs 6>rméreat donc xxxii Ar- 

• 

»flWMi4aC(>nQile,&,qallfnétoic le principal fuffi o deiemmaJIe , 'cûnqfçctido la cofa 

proniotear. Il avoit en effèt toujours afiedé' poter ijje'di molto pregîûdicîo alla Corte 

de le faire croire, depuis le commence- Romana. C'ed ce qu*a obfervé aufi'i^r- 

'téknt'àe Con Poètî&at. 'Irlus; ^çomme il rgas dans (è& mémoires. ,\ p. «^.i j8(./i. & 

nHaàgnoityefi -Àième: t«ns,- qii'.il ne' s'/?/ît ce dont la fuite du Concile mondera âiifèz 

qudque chofe contre- Tes* îfmtrics, il :étoit ^Ja véi^té.: " 

^bien* tife dy évoir . «a' commencement un ,.$, Ces ^boj^joirsfo^rtnt danc j 2 Arti* 
cerMin . nombre >d*Ë^o^ entièrement à ^ctc^, Asç»] JL'E^ion de LpivJr^ porté xi » 
-doi^Jpanre «)Q*îl.-tûi étoit^flibnûe^qa'onne . 'mais f ë(liaiis'doate «n'e-'&ike'de Cppîfte , 
>4étennifutineni far-U.maiiiière d^ procé- ii£fahi^dans4^s'^dûions de.Cenèye. Car 
néer, âui pût rempCdber 'd'èare-maUre \àt yû\j .esfi,.^voic;j.'rfellèaaient/^» , foinme, le 

'pnpoter te qd'on;/ devQii;d^UbNKr)'a3m-' ^^ii^pqueaf J^;^^^ ^^ ^^' 

vimW.ik'Adnmi<^.hi s», p* ^O4é'^^iy0'. w^-firéff-Paôlq copie ordiQaix^Qni,en( ce'det- 
Uva chiîLegatifiwiitgnieàitfMpytuiffiro^ .t^HJler'Hi(^enf:furx;çs^^ 
e cki fcnia lor conftnfo nuUa vi^fi prop<^ .gurs , îi çj);.^^ viuble'|]a*on àe peut 

Bbif 



196 Histoire du concile 

'ttDXLiT. ricles 9 ^ aulls propoferent magiftraleiDcnc à croire , fans les appuyer par 
Vavl IIL aucun pailàge die TLcricure *, & l'Empereur les confirma par un Edic , avec 
*~TrT ordre à tout le monde de les fuivre. Il s'expliqua enfuice au Nonce ranr en 
itf Ik^xc^ ^^^^ occafion 'qu'en plufieurs autres audiences » en termes qui marquoienr 
f kii!^ , il ïc mécontentement qu'il avoir du Pape s ^ & il défendit même i trois Ef- 
i4i.N®4i; pamols que Paul ^yoit créés Cardinaux ^ dans une promotion de treize 

/Pallav. qu^ii fit au mois de Décembre ^ d'en prendre les marques » & d'en porter le 
^ycj. nom 8c l'habit. 

L# Wdi 7 Lb Roi de France de fon c6té r fît auflîaflèmbler les Théologiens àc 




37 



Dap. Mein. rétabliflement de la Pragmatique Sanâion. Les autres , craignant d'o&nfcr 

P* !f • le Roi par une demancfe qui alloiri détruire le Concordat qu'il avoit £ûr 

ë^ ^ é ^^^^ ^ ' ^^ Youloifnt point au'on touchât à ce point. De plus comme ils 

Spônd. ad * étoient aufli partage fur l'article des Sacremens » aufquels quelques-uns 

r 4c . attiribuoient une emcace miniftérielle » que d*autres rejettoient > 6c que cha» 



an. I 



M^* I. at A. cun vouloit faire paflèr fon opinion pour un dogme de Foi > ils ne' purent 

^'^^o ^ convenir d'anrre chofe » fînon que 1 on s'en tiradroit aux zzv Acticfes pa-* 
141 J^ 4». yj^ jçjy^ j^ auparavant. 

L B Pape cependant ayant (ait part au Roi de la mauvaife difpofition eik 
paroiflbit l'Empereur à ton égard , le nria d'envoyer au- plutôt fes Ambaflk* 
oeurs au Conale » pour y défendre les intérêts du Sièêe Apoftolique \ de 
ordonna en m^e rems à (on Nonce auprès de Charles ce profiter de toutes 
les occafions , où les Proteftans pourroient donner quelaue chagrin â oe 
Prince » pour lui oflfrir de fa part toute Taffiftance fpirituelle & temporelle 
dont il anroit befoin pour recouvrer fon autorité. Le Nonce n'ayant eu que 
trop d'occafions de le faire » l'Empereur , qui comprit qu'il pourroit avoir 
î^foin du Pape » relâcha de fa dureté ) & pour en donner une preuve > il 
permit aux nouveaux Cardinaux de prendre le nom & les marques de lew 
dignité » donna au Nonce des audiences nlus favorables » & conféra avec 
lui fur les affaires de l'Allemagne plus fouvent qu'il ne faifoir aupara« 



vaut. 

sejetter cette &iite que (nr le Confie ea 
l*;bnprimear. 

tf • // défendu mime à trois EJpapÈoU que 
Péoti svoit criis Cardinaux — ^en prcn- 
ire Us marques j &c. ] Ces Caidînaoz é- 
toient Gajpard ^Avalos ArcfacTÊque de 
CompoRelle , François BoèadiBa Brèque 
deCoxiâ , & Barthéknd de la Cueva. Pal" 
taviein dît qœ la raifon de cette défenfis 
vint du m^ncenrement qo'tyoit l*Empe- 
Veor , de ce que Pitrré PicheeoEfèqptét 
Jtien n*aToit pas été oompt» dans cette 



pRNnot!oii«Céla pentèore Tfài : mmtFra^ 
Paolo ne dir pas le comnîare^ comme fe» 
accufe (on adTerfaixe* 

7. Le Roi de France de fon tUéfta^ 
JemhUrles Théologiens de Paris â Meium^ 
&c. ] Non pas toate la Faculté de Jhéolo- 

g'e , mak amplement douze Doâeofs qui 
rendirent à Melon far la fin de Kovcm- 
brei âc nous avons dans les Mémoires de 
M. Di^uy \t letcrd da Roi à Claude d'£f 
pence pour $'7 troevcr.. 



DE TRENTE, Livre IL 197 

IV. L' Empressement du Pape ne fe montra pas feulement dans la unxzir. 
convocation du Concile, mais encore dans Tenvoi de fes Légats , ^ qu'il ^^"^ ^^^' 
obligea de partir avant le tems , & de fe rendre à Trente les premiers , quoi- 
que quelques-uns lui fiflcnt entendre qu'il étoit de (a dignité d'envoyer au- „^^^ JJ^ 
poravant quelqu'un pour recevoir les premiers Prélats, afin ope fes Légats i^^j^^i^ p^^ 
pudênt faire enfuite leur entrée avec plus de cérémonies & oéclat. Jean- le Concile. 
Marie dtl Monte Cardinal Evèque de Paleftrine , Marcel Ctrvin Cardinal ^ ^^y»- ^d 
Prêtre de Su Croix , & RéginaU Pool Cardinal Diacre de Su Marie in ^"ô |^^^ 
Cejmedin , furent ceux qu'il choifit \ le premier , à caufe de fa candeur & Spon'a. ^* 
de fa franchife , ' & d'un attachement ii fort pout fes Maîtres , qu'il ne N"" 14! 




quêtant Anglois , toute 1 Angleterre netoit pas 
fi^lfe. Le Pape ne leur donna ni Bulle contenant leturs fruités , ni Inftruc- 
fions par écrit félon la coutume *, parce qu'encore incertain de ce dont il de- 
voir les charger , il voulut attendre à fe gouverner félon l'événement & les 
démarches de l'Empereur : & il les fit partir avecc le feul Bref de leur Lé- 
gation , qu'il leur avoir fait expédier. 

Mais, outre l'affaire du Concile dont le Pape étoit occupé , celle de ^l inwU 
la Diète qui devoit fe tenir i Wornies en l'abfence de l'Em^reur , 8c qui ^ ^^«^ 
ne lui paroiflbit guéres moins importante , n'attiroit pas moins fon atten- ^£^1^^^ 
non. Comme il apprehendoit que ce Prince irrité de fa lettre n'y fît ^ire 
ibus main , ou du moins ne permît qu'on y fît quelque Décret encore plus 
préjudiciable à fes intérêts que ceux que l'on avoit déjà faits \ ^ il jugea né- 



S. Et iun attachement fi fort pour fts 
'Maîtres j <iu*il ne' pouvait facri fier leurs in* 
iéréts â fa propre confciencei ] L'Edition de 
Londres y qai porte , ehe non poteva pre» 
porre gli intere^ di quelii alla propria cof- 
eien^a , eft vifiblemenc défedueufe , & c'eft 
ce qui m*a obligé de fuivre U leçon des 
Editions de Genève, otl l'on lit pojporre au 
lieu de preporre. En effet , qu'y auroit>il 
i blâmer dans rattachement de ce L^gaK 
pour fes Maîtres , s'il eAc toajbois préfixé 
& confcience à lears intérêts? Au refte^ 
par les éloges qoe Fra - Paolo donne aux 
autres Lég^s ^idel Monté loi-même > on 
ne oeut pas croire que c'ait été par malignité 
plutôt que par fincérité-^ qo'il en aie donné 
ce caraà^re. Car ^ (ans vouloir s'en rappor- 
ter trop aveuglément ni à l'autorité de notre 
Hiftorien qui le critique ^ ni à celle de 
Pallavicin qui le loue i à en juger Am- 
plement pax l'idée que nous en donne ià, 



conduite dans le Concile , on fencaflfèz que 
le jugement de notre Auteur n'eft pas extrê- 
mement exagéré. 

9. Il jugea nécefiaire d'y avoir un Mi-- 
nifire d* autorité d» de réputation , en qualité 
de Légat, ] Pour avoir occafion de décrier 
le témoignage de Fra- Paolo , le Cardiijal 
PaUaviein lui prête fouvent des imagina- 
tions auxquelles l'autre n'a jamais pen(£. 
Ainfi pour le contredire ici , il foocient que 
le Pape n'avoit jamais eu deflèin au com- 
mencement d'envoyer Famkfe pour L^ae« 
MaiSj Q^ Fra- Paolo a-t-il dit le contraire, 
& même ne l'infinue-t-il pas aflez par la 
fuite? Parce qoe cetHiftohen ne rapporte 
ordinairement que ce qui a été fait , le Car- 
dinal en prend prétexte de l'accufer ou d*o- 
miflion ou d'ignorance. Mais il Ct trompe. 
Ce n'eff pas une faute d'omettre ce qui n'eft 
nullement ellèntiel au fujet > c'eft difcerne- 
jnent dans un Hiftorien > & fi Pallavicin 



Y>« H rs Tom£ iDV con cil e 

*UTixtT7. cefTaire â'y avoir un Miniftre d'autorité & àc réputation » en qualité 
•Paul III. ,jç -Légat. Mais -dans -la eraintc où il étoit de recevoir un 'affront fi « 
"— ~~" Légat rfétoir pas reçu dans la Diète avec tes^honneurs requis, il treaya'im 
f Pâllàv L. ^crop^ïûetït , * qâi'fîit ,-en isnvôyftiit4e Cardinal Fâméfcfon iievea:ir£in- 
j. c. 8. ' pereur , de le fuite p^r^^'Vâ^ttifcs^potir y dotitierfes'Oïdtes auac Gâàia^ 
sieidL. i^. tiques , d'où > aptes avoir feglé et qui cenviendiroit , ilfe vendcuiràcipsètHle 
p. 1^0. ce Prince ; & de dépêcher en même tems '» Fàbio^Mignantlio de Steitfke 

Evèque de Groflleto > en qualité de Nonce auprès du Roi Bifdmaml^^sûc 

ordre de le fuivre à la-Diàte. 
1/ fiUtex' V. T o V'K V A'K T ' ettfiiite toute fbn' attention aux-tfdiMs^ Trente , îil 




2LWA/ "P^csà fuivre; Gât au dernier Gôncile de featran le ftipe y-ttvcitipiîéfidé 

/«^Mv^ff/ i^/pcrfodiie , cotnmeauffi atiparavam Eugène iri celui ^Flotence, fûPi 

Ugats ; xXIir- te Màrnn V ^ celni de Gotilbmee » où l-on ^it fin iiu> Schifitie^por 

ia déposition de trots Papes , & AlMàndré V\ la fin de celui^de Pife, ^i 

avoir été aflèttiblé ^r les Gudinaux. DAns'testeins'eticole'plas' scions» 

' CUnttnt V aVôit été préfenr au Gbncile tte Vienne > fffnoitnp IK^ ^Gfstmire 

X aux deux Conciles de Lyon » & InHotent III-^ ^ui deXaitrM. ixC^at^-» 

cilede Bitei, dans le' rems qu'il teconnoifloit !£«^^^ ÎVy étoit le^feûl où 

^h)n eût envoya' des Légats \ i8c il eùr été d'un trop mauvais ptéi^e d'imiitr 

te Concile en quoi que ce pur être. '' Il fut donc réfolu de fonrtier la-Botte 

ide lamanière fuivante ^JPaul y difbit : qu'il envoyoit fes Légats au Gon- 

* Raya, cile qu'il avoit convoqué à Trente ,- comme des 'Anges de paix ; & que de 

^"^ 5^* ctaititeque faute d'autorité ia célébration oU la continuation du Concile^e 

^fùt letardée.^ il leardonnoit un pouvoir .plein 2^ entier d y préfider., & 

djy faire cous les Décrets -& Statuts convenables , i8c de les. publier dans< les 

Seffions felon la coutume ;>de propofer , conclure > &'^aiter tonr ce qui 

feroiti)éee(Gdrepc)ar-€x>ndamiler & extirper les Erreurs 'de tous- les Royau* 

nies & de ' totlKies les Provinees > de connoitre» entendre, *'& décider ^ de 

toutes les caufes dliéréfie , & de tout ce qui appar tenoità la Foi Catholique ; 

de réformer l'état de rEglîfe dàxis tods les ^membres ,. tant ' Eçdéfiaftiqâes 

^que Laïques-, de:procUrer la paix entré les Prihc^' Chrétiens '^ de détentimer 

lout ce qu'ils rageroienr être de tvhonneur de^l>ieu^ & fervir à l^ugniep* 

•cation delà Foi Chrétienne / de repriaser:ipiarixrfirurcs & peines £ccTéiiajr- 

'^ues' tous les dpporans&les^pebetles,ide*4^uelqele dignité & condition 

gu'ils fuffent, quand'bîen mèitieils feraient rerèttts^deUa 'Dignité Ponci^ 
cale ou Royale -, '& de' faite tolkte'Àutte'chbfe'nécéiratte î6f eonyenable po«r 

en e&t'fiiît paxoînre autant '(}ûe''rdrï'iildvér- •'^''i^\s^'éc^\\îtkc^ti^ 

faire , illé ffit (bavent épàr^é éé$-^rfeè:kér- '>t\. ll'fhrdone fifiAu drfomtrla^FnUt 

ches , qm montrent plus (à leSOte qtfe fbn WU ^anïhc fuivante. ] ' fitle éft '<k^e ^éu 

jugenlenc. ■ % l'dëïéVrifer i f 4 f ; aofli bi^en^qUeceHequi 

lo. Fahio Mignariillo de' Sienne Evcjue Uôhnoit âoïLé^trie pouvoir 4e*transfEfex 

/«Gre//^/oJil ne futEyê^âeaeGïôtéto 'le'tbttdle. 



D^E TRENTE, Livre II 

^exûcpatioû des^Héréûes &c. des Erceucs , pouc le recour des Peuples féduics ^^xinr. 
4 robctiraDccdu Siègp Apcftolique , 6c pour la conJfcfvaciQQ & le rétablif- ^'^"^^^^ 
femenc de la Liberté Ecclcfiaftiquc : à ccsodiâon cepc^ajoc >,qH'en<coui;cela, -- 

ib-he ptocéderoient qu'avec le confenrerocnct dui Cbocile* 

A.PR.£'s avoir pris ces mefures pour avancer l'afTaicedaCopcile, lePape,^ ^^^ ^^ 
^«ne. penfoic pas moins aux. moy ens^ de Je di0Qudre: apsè^ qu!il fc^ic> ir^ phs fi^. 
cônmencé r (i fes intérêts le cequéroicot ^ cmt.dfvoir> dooMC à/t^. LqgaA» ^^f^yf^ar^ 
pttun Bref parricuiierJ!amadtc de le proi»açr » diffwdf^'i.Q» tuiwftw.W ^*^ *w^ 
lUcor plaitaittCommè^vDitÊdr avanfluiinmy^/^f.qiii criiii^^ Jk^^hh^ 

Bctnele malheur arrivé i Jean^XXUl à Ctoftbnce > donM k^ mème^poiir dr^^ y JSt 
^Ecnn aux Nonces qttil.eEiyoyoit:à.Pavie : heut^ux fecretpoor traveifcar^par tramfkw » 
Mtles déiibécacÎQas^ jqui pourroient être contraires au» vueadit R0<»|&« *^ Il ^^^^àigéM^. 
Àinnadonc que^uerjouts- après ifesI^ata^pafiUoeaiiitveBuUi^^Ma^ ^rO»* 

ai; de Fé varier de la même année » la faioulté die cnuMfécQr le Conçîleu . Mak / ^ariu. 
cûmme nou&enjdèvoos parier aiUeursài'occafionrdii^aifraii^iltfl^U Synoi-^N'^ i«. 
dà à Bologne > nous remettons à. ce toms à. lapponef cC''.qpfli nousjavonii.sk 
to dite. 

Vi. Le. 1} de Macs^œxLv, °^les Cardinaux dc^Afo/ii^ &! de iSr^.Crc?^. Anlvi%^ 
aonverent â Trente , où ils furent reçus par le Cardinal Madm€c% ficfirent^^^ '^f'^* 
tesr entrée publique le même jour , accocdanctrois ans £c autant de quarati* Rentiers 
fliiiies^'Indulgences à tous ceux qui- y étaient pré&os^ dansl'eipécaticequc^Trf^^ 
W- Pape, qui>nis:leoc avoit point doniié ce pou voie,, ne laii&roit pas qoe de m sieid. 
mtifier cette oonceifion; '3 Us n'y trouvèrent aucun Prélat, quoique le Pape L. i6, p. 
itn.euc fait partir quelques-uns de Rome» afin qu'ils s'y trouvadencaatems^^o. 

prefcrit. VlnL^^ 

La première chofe que firent les: Légats, fur. d'examiner la: tennur desi>^ i^ 



£tcultés'que leur donnoic la Bulle« Ils^ convinrent de la tenir fecrécre >. &.de Pallav. Ly; 
flipréfenter au Pape : " Que la claufe de procéder avec le confentement du 5* ^• 
GoBcile reftraignoittrDp leur pouvoir, & leurégaloît le moindre Préiatj;: que V^ ^^^f^ 
^ifafMt donner ttopdelibertéL&mcmedclicenceà la multirudejâ: qu'il fcroit^^^ 
très-difficile de la gouverner, s'il falloit tout communiquera tous. '^ Ces BulU de 
nûibns furent approuvées à Rome , où l'on corrigea: la BuUe fur lettrs:aYis , /r«r/ /«• 

€uhh. 
■ XI. IL donaa donc^ quelques jours après,^ . me^^j^HtV ou corrigea la.SulkfuxUufs- avisai ' n Pallav. 

fis Légau par une autre BulU — Ufaçubé Onlelçur.a^itpromiseneffçct, & l'on en L. j.c. pi - 

de (rànsfirer le Concile, 8cc. ] Ce ne fut pas délibéra. Mais fur les réflexions que 1 on.fic , 

Ofielaues jours après , car les deux Balles que le poaroir q^'on leur donnôit de ne 

nmt datées do même jour , ceft-à-dîre , du lien faire que du confentement du Concile 

t des Calendes de Mars , ou du 1 1 de ne regardoir pas la Eeiculté de propofer , 

Février^, comme on le peut voir dans Ray- mais celle de (lacuer & de décider , ce qui 

kalàus , & comme en convient lui-même ne poovoit fe &ire efieôivement fans' ce 

Fra^Paolo. conlentemenr ^ ^n ne jugea pas à propos: de 

I ^ , //r ny irottvhint aucun Prélat , &c. ] rienchvnger dans la Balle , comme on le 

Selon Pallavicin il j en aroic un , Se cVtôlt vott-parune lettre du Ca^udÀFamèfic\i6ê 

sekn de Cava. par PaUavicm^ 
i^» Ces raîfons furent approuvées 'iRo'^ 



loo HISTOIRE DU CONCILE 

MDxtiv. Se on leur y donna une autorité abfolue. En attendant cette réponfè > les 
Paul IIL Légats firent préparer dans TEglife Cathédrale un endroit pour les SeflionSi 
— — — ~" capable de contenir quatre cens perfonnes* 

j^^j VII. Dix jours après les Légats , arriva à Trente ® D. Diego de Mcn-^ 
AnAsffs- ^i^ AmbafTadeur de l'Empereur à Venife > muni d*un très-ample Mande- 
éhmr df ment daté de Bruxelles du lo de Février. Il fut reçu par les Légats accom- 
tEmfiTêftr' planés du Cardinal Madrucc & de trois Evêques , les leuls qui aoient arri- 

c^^'i ^'tv ^^ ^'^^^ ' ^ ^^'^^ ^^ ^^ ^° ^^ marquer. ici les noms » parce que ce furent 
Téxpûfefis ^^ premiers qui fe rendirent au Concile. C'étoienc Thomas Campimt Eve- 
demémd€s. que|de Feltri , neveu du Cardinal de ce nom \ Thomas de S. Félix Eveque de 
^ Rayn. Cava ; & Comelio Mujjo Francifcain Eveque de Bitonte , le plus éloquent 
^^ 4- Prédicateur de fon tems. Quatre joiurs après , Mendo^e p donna fes propofî- 
h!^?c ' ^^^^ P^ ^^^* ^^ y ^^P^^^ ^^ bonnes intentions de l'Empereur pour le Con-^ 
Pallav. L ^6 9 & Tordre qu'il avoir donné de s'y rendre aux Evêques d'Efpagne » 
5. c. 8. qu'il croyoit déjà en chemin. Il s'excmafur fes indiibofitions » de n'être 
Flcury^,L. pas venu plutôt > & demanda qu'on commençât au plutôt le Concile» 8c 
X41.N 8^. q^ç ^>Qjj y travaillât à la Réformation des mœurs» comme GranveUc ÔC 
N^4. tc^. ^^ lavoient demandé deux ans auparavant dans ce même lieu. Les Légats 
donnèrent auffi leur réponfe par écrit. Ils y louèrent l'Empereur de foit 
zélé > reçurent les excufes de fon AmbaHadeur » & marquèrent le defir 
qu'ils avoient de voir arriver les Prélats. La proportion & la réponfe furent 
reçues de part 6c d'autre fans préjudice aux intérêts refpeélifs de leurs Maî- 
tres : ■ f précaution , qui montre clairement avec quelle charité Se quelle 
confiance on traitoit des deux côtés , puifqu'au mot de Réformation près » 
la demande Se la réponfe n'étoient que de purs complimens. 
Les LigMU VIII. Les Légats , incertains encore de quelle manière ils dévoient pro- 

> faifoient mine de vouloir aeir de concert avec l'Ambaflàdeur & les 



^tfi'm de céder > faifoient mine de vouloir agir 

fourvotr À £v^aes , Sc de leur communiquer toutes leurs vues ; Se dès qu'il arrivoit 

ficra^ê * ^ lettres de Rome ou d'Allemagne , ils les aflembloient pour leur en faire 

hurs défi' ?^^^* lA^ s'appercevant que mendo^e s'égaloit â eux ^ & que les Evêques 

ehes y mfiit faifoient plus valoir qu'ils n'avoienr coutume de faire à Rome , & crai- 

fmfvtt in- gnant que quand ils feroient en plus grand nombre il n'en arrivât quelque 

Hui^le Ut' i^^^^^nic'*^ > ^ ^^ confeillerent au Pape que lorfqu'on auroit à leur écrire 

f^ç^^ ' on leur mandât les chofes fecrettes â part , 8c qu'on leur envoyât en même 

tçms une lettre qu'ils pudent montrer » d'autant plus qu*â l'égard de celles 

qu'ils avoient déjà reçues 9 il leur avoir fallu ufer aadrefle. Us demandèrent 

auili un Chiffre pour les a&ires de plus grande importance. Particularités 

que 

Zf« Précaution qui montre clairement roic Ce (errîr à leur ptéjadice : & ceft 

avec quelle confiance & quelle charité on poudèr trop loin la critique que d*en con« 

traitoit des deux côtés , &c. ] Ce fi>nt de dure» comme £iit Fra - Paolo y que ces 

«ei £>rmalités , que les Miniftres em- per&nnes agiflbient fans charité & (ânt 

ployent pour prévenir des confiqoences confiance « comme Ta fort bien obfervi 

qu'ils ne piévojent pas > & dont on pour- PaUavicin. 

U. Les 



DE TRENTE, Livre IL lor 

3ae j'ai tirées , ainfi que plufieurs autres dont je ferai mention dans la fuite , moxlt: ' 
u Recueil des lettres du Cardinal dcl Monte , & que je n'ai pas voulu taire , ^^^^ ^^^y 
parce qu'elles fervent beaucoup à pénétrer jufque dans 1 intérieur des intri- ' 

gués qui Vemployoient. 

IX. L £ mois de Mars étant déjà paflé » & le terme de Touverture du Coti' Arrivée 
cile fixé par la Bulle du Pape expiré depuis plufieurs jours , les Légats réfo- des Ambaf- 
lurent entre eux d'attendre à l'ouvrir , qu'ils euflcnt des nouvelles de Fabiof^àe^* dtê 
Migmamllo Nonce auprès de Ferdinand , de ce qui fe traitoit à Wormes , &c '**'/'* ^* 
un ordre du Pape t i qui ils avoient rendu compte de la venue & de la P^o-'^^l^^^ 
poficion de Mendo^e ; d'autant plus qu'ils avoient quelque honte de corn-* 
menoer une affaire fi importante avec trois Evcqnes feulement. ' Les Am- ^ Heury^t. 
bafladeurs ''^ du Roi des Romains arrivèrent le 8 d'Avril > &: on tint une i4i.N^V'' 
Congrégation folemnelle pour les recevoir. Mendo^e y vouloir avoir féance^^ayn-N** ^. 
inimédiatemeiit après les Légats & au-deflfus du Cardinal Madruce , fous ?P°"^" 
prétexte que répréfentant l'Empereur , il devoir avoir la place que fon p^j^y' j^^ ' 
Maître auroit occupée. Mais pour ne point arrêter cette Aébion , on trouva j. c. s. 
moyen de les placer de manière , qu'on ne pouvoir difcerner qui avoir la 
preifèance. Les Ambafiadeurs de Ferdinand ne préfenterent qu'une lettre 

de leur Maître , dent ils exooferent de vive voix le refpeft envers le. 
Saint Siège & le Pape > & fa difpofition à favorifer le Concile ; & après de 
grandes ofires qu iU firent de fa part » ils ajoutèrent qu'il envoyeroit bien« 
tôt des Ifidruftions en forme » & des perfonnes plus inftruites de fes ia- 
tentions. 

X. O N reçut enfuîte à Trente & i Rome l'avis que Ton attendoit de la ^^f^fff 

prôpofition faite à la Diète le 14 de Mars par le Roi Ferdinand y « c^ui y jj^jj/ i^ 

prélidoit au nom de l'Empereur , & des négociations qui Tavoient fuivie. tênuê dm 

La propofition de ce Prince fut : Que pour s'appliquer à pacifier les difiî- Concile. 

rends de Religion , & fe mertre* en érat de faire la guerre aux Turcs , r>Em- ' Bolcat i; 

pereur avoir mt la paix avecla France, dont le Roi avoir promis de lui four- çfc^if'r.^ 

nir desfecours & d'approuver le Concile de Trente , & même de s'y trouver p ^ ^^ 

ou en perfonne ou par fes Ambafiadeurs : Que dans cerre même vue Giar^ Thuao. L.* 
Us - - -- 




OUI 

des fecours contre les Turcs : Qu it arv/^i. vi^twi» «aw ^^ c»aiiiivi.w t« wwâtTv/w«- ^ , 
tion du Concile , & que les Amba(radeurs de l'Empereur & les fiens ctoitnt ^o ^ * 
déjà à Trente : Que perfonne n'ignoroit les peines que l'Empereur s'étoit Flcury , L. 
données pour procurer certe Aflèmblée, & les inftances réitérées qu'ri'en i4ï«N''7^-» 
avoir faites au Pape Climent à Bologne , & à Paul à Rome , à Gènes , â 
Nice, à Luques , & à Buflfèt : Qu'en exécution du Décrer de Spire , ce Prince 

16. Les Anéajfadeurs du Rot des Ro- félon Sponde , étoîent fFblfffangEyèque iè 

mains arrivèrent le 8 {tAyriL^ Il Mloit Paflkv, le Comit à^ C afldalto ^ JeanCo- 

qaHlsfaflfent arrivés auparavant, car ils pré* chlée , ^Antoine Quêta ou Gineta, Ce 

(entèrent le $ d'Avril leurs lettres datées de fut le Comte qui préfenia les lettres & fit If 

formes da 14 de Mars. Ces Ambai&dean, diTcoors. ' 

T o M E L Ce 



Zm tp§* 



xox HISTOIRE DU CONCILE 

iisxiir* avoir ordonné à des gens pieux & favans de drelfer un plan de Réforma* 
?AUL IlL (^on 9 ce qui avoir été exécuté *> mais que la cbofc demandanr beaucoup do 
délibérarion » & que la gr-crre des Turcs donr on éroic menacé inceflammenc 
n'en donnanr pas le rems » TËiTipereur vouloir différer d'en trairer , jufqu^ 
ce qu'on eue vu quel feroii le fruir du Concile qui alloit commencer > & ce 
qu'on en pouvoir efpérer : Qu'enfin fi l'on voyoir qu'il n'y eûr aucun bien X 
en arrendre, on pourroir avanr la fin de certe Dière en inrimer une autre 9 
où l'on régleroit route l'afTaire de la Religion \ & qu'en atrendanr il falloic 
fe précautionner conrre la guerre des Turcs > qui éroic la cbofe qui impoc^ 
cgic davanrage. 

Les Proceftans prirent beaucoup d^ombrage de cette propofition , ' parco 

^^ '^^ que la paix de Religion devant durer jufqu'au Concile » ils appréhendoienc 

^'ummi ^^'^^^^^ épuifés d'argent par les contriburions qu'ils fourniroienr contre les 

mrAréHTf , Turcs , on ne les arraquâc enfuire , foos précexre que le rerme de la paia 

&fififim, étott expiré par Touverrure du Concile a Trenre. *7 Us demandèrent donc» 

de s'y y#ir- Q^ qu'on conrinuat à traiter des ai&ires de Religion , difanr qu'il y avoic 

'"'r^âvii. ^^ ^ ^^^^ P^^ ^^^^ ^^ avoient la crainte de Dieu \ ou au moins qu'ott 

N® 10. ^^"^^ aflfurat de nouveau la paix jufquà la tenue d'un Concile légitime qu'ott 

Slei(l.JLi^. leur avoir tant de fois promis, ne pouvant reconnoîcre pour tel celui de 

P* ^57* Trente » pour les raiibns qu'ils avoient fi fouvene alléguées. Its déclarèrent 

^^'* en mîme rems > qu'ils ne pouvoient contribuer en rien pour la guerre des 

Turcs » fi on ne leur donnoitdes furetés d'une paix indépendante d'aucun 

if U. Ibîd. Concile du Pape , ^ qu'ils avoient toujours rejetré » auranr de fois qu^oo 

en avoir parlé. Ainfi , quoique les Eccléfiaftiques fuflènt tous d'avis de 

renvoyer entièrement au Concile toutes les afiàires de Religion , il fut 

néanmoins réfolu d'attendre la réponfe de l'Empereur » avant que de pceti^ 

die aucune réfolution. . 

Xt P4^ 4^ XI* Dans toute cette conduite il y eut trois ehofes qui déplurent bea»«^ 

îmkmt9n$ coup au Pape » & aux Légats qui étoient à Trente. La première > qu^l'Em* 

*^^J^> pereur publiât qu'il avoir pouÛS le Pape à faire afièmbler le Concile j ce 

jLmrjM ^uî iembloit inunuer que ce Pontife ne fe mettoit pas beaucoup en peine 

fufùtif ttm ^^ affaires de Religion. La féconde » que ce Prince fe fît honneur d'avoit 

puffê^éê engagé le Roi de France à donner fon confentement au Concile ; ce qui fiû:- 

Ihtifjmu foit af&ont au Pape , que ce foin regardoit. La troifième » qii'il vouloir too* 

jours le tenir en bride par le moyen d'une Diète » afin que h le Concile n'a»* 



17. Ils denuindbrent tUnc y &ۥ ] Cette 
«Jemande fe fit félon Skidam le i) d*Avril, 
It felon Raynaldus'ct ne fiic que le xS« 
Mais cela fe peut concilier aifémenc , parce 
^ot RmyMéUas npponeà on feollt ra^mt 
jour» ce qui fe fit en dilRrens temt felen 
Skidsiu Ainfi on peut concevoir ai{ëmenr, 
ipe 1% première oppofition des Protefians à 
b propofidon de ferdifumi fe & la %y^ 



ft qa'Us préfentèrent enfoite leun <Ie« 
mandes le 18 s d'autant plus que, félon 
Beaucsue^ qui met la première oppoS* 
tion des Princes Proteftans dès le 5 d'A- 
vril y tt/iia n^MorAfrlUs rt/pondàRt Pro^ 
Hfismtt , le refte du même mois fe paffii 
en oomeAations & en difpntes : In his 
éÊbtrcêÊiiomkui fmitm tmuim ApriUm im^ 
ffmdifuu ^ ùLCé 



DE TRENTE, Livre II. 105 

Ytnçoîc DâS , il eue toujours à craindre que la Diète ne voulut régler les umnw» 
affaires de Religion. Ainlî Paul vivoit dans une inquiétude continuelle « ^^^^ ^ 
tant â caufe des outrages que lui faifoient tous les Proteftans , que par rap« 
port à la conduite de l'Empereur » qui » comme il diibit » plus elle avoit dea 
apparences favorables , plus elle étoit préjudiciable à, la Religion & â {bq 
autorité , Tune étant infcparable de Tautre. Il craignoit toujours d'ailleurs ^ 
' que ce Prince ne s'accordât avec les Proteftans à fon préjudice; '^ & il jrBeIcir.L» 
n'y Yoyoit point d'autre remède , que de fufciter une guerre de Religion , ^4* f^ ^f# 
qui en fervant d'un c6té i, réprimer les Proteftans , & de l'autre i embar* 
rafler l'Empereur » empècheroit qu'on ne parlât davantage ni de Concile ni 
<)e Réforme. Ce qui lui faifoit elpérer d'jr réaflir , c'eft que fon Nonce lui 
mandoit , que Charles s'irritoic de plus en plus contre les Ftoteftans , & qu'il 
^coucoit vobntiers les propodtions qu'on lui faiCbic de les réduire par U 
fbrœ. '^ Il prit donc la réfolution d'envoyer le Cardinal Famè/l Légat 




pour relever le courage de ceux qui lui 
étoient attachés » ^^ mais encore pour une autre qui lui étoit plus impor« 



%%• Et II n'y voyait point tûutn remkde 
qiu dt fufciter une guerre de Religion, &c.] 
Ce n*étoit pas , comme le dit notre Aotenr, 
afin qa'on ne parlât ni de Concile , ni de 
Réferme , piii(qQ*il j a apparence que Péoil 
m (êncoit bien que le G>ncile étoit né- 
cefiàire , & que comme il laudroit Taflèm- 
hier tôt ou tard , il étoit plus à propos de 
le tenir (ans de plus grands délais. Mais 
jugeant bien par tout ce qui s*étoit paffi^^ 
que les Proteftans ne fe foumettroient ja- 
mais aux décifions qui s*y feroienc , il crut 
qv^il n'y avoit d*a«re moyen de les réduire 
que par une guerre } & ce fut ce qui l'enga- 
gea plus d'une feka en faire )a propoficion à 
Iwnpecear , & à lui fournir des (ècours » 
amant pour l'aider dans cette entreprit , 
que pour rendre ce Prince favorable aux 
vues particulières qu'il avoit pour rarance- 
jnent de Tes neveux. 

19. Il prit dont Ut réfiimtwn d*tmroytr 
ie Cardin^ Fsrnifi , etc. ] Quoique les 
Inftrudtoiic de ce Cardinal ne porrallenc 
rien par nppcMrt i, la guerre ^ on ne douta 
|ioint néanoioins que ce ne fit un des mo- 
ttfs de fit LôptioR. Die étbtro , dit Beau- 
Caire » Fmrmfims Cmrdinddis p ftti pëueoâ 
i^ éiêâ €Êmmorûtmt Romsm tuiilm V9I4U* 
cejfus vel reditus ptï caufa dtçlarmét pfh 



diit , helli adverfus Lntheranos eomcitandl 
caufa acceffijfe fsrébamr ; ftd nondmm Cm^ 
fttr fûtis paratus erat» Ceflaafli ce que mar* 
que SUidan L. i é. de rércnemenc juiHfia 
afiêt le bruit public , & le (bupçon de ces 
HiAoriens. 

xo. Mais encore pour uttt attire pti lai 
étoit plus importante , parce quelle toucAoii 
À fis propres intérêts»} On ne voit pas par 
les InftruéUons du Cardinal Fsmèfi , qu'U 
fBt chargé de ^pte aiBire en particulier» 
qui efieâivemeat ne fut réglée que quel- 

Ïies mois après. Mais je ne ûti fi l'on peofii 
ire un grand fonds fur ces Indruâions » 
puisque quoiqu'il n'y (oit point parlé de la 
guerre contre les Proteftans » il eft certain 
néanmoins que le Légat en traita : ce qui 
prouve qu'il j avoit (ans doute quelque Inf- 
trudion plus (ecrette que celle dont parle 
Pallavicin. De ea Legatiame , dit Rayn^U 
dus , varii varia opinati funt. Belêaritu 
verà femju , fiûjfi mijfittn mt Cmfarem ad 
fociak iellum m Protefiantes sdeos in ofi^ 
dam redigendos uuitaret , cogeretque de»* 
crtta Confiiu atnpleâi. Ce que confirma 
auffi SUidan : Hmjus qua fuerit adventûs 
caufa , dit-il , non quidem afirmart pof'^ 
fum , ftd excitandi hclU caufa in Luthara^ 

tmvm^gcmèfatatitr.l.i6.QAikagaim 

Ce i 



104 H IST OI RE DU C ONCIL E 

uDrxtY. tante, parce qu'elle toiichoit à fcs propres iticcrêts. * Cctoir qu'ayant def- 
PAut III. fçj(^ jç donner Parme 6c Plaifancc a ton fils , il ne croyoii pas le pouvoir 
' faire fans fc mettre en grand danger , s'il n'avoir le confentemcnt de l'Em- 

f p îoT P^^^^^ > ^^^ auroit pu travcrfer fon de(Ièin« ou fous prétexte que ces ville» 
PaUav.L.5. ^'voi^'^^ ^f^ autrefois des dépendances du Duché de Milan , ou parce que 
c. 13. comme Avocat de TEglife il pouvoir citipccher qu'on n'en fit aucun dé- 
• " raembrement. 

*tes Légats XII. CEPENDANT Ics Lcgats , quî avoient ordre en cas que l'on voulût 
€onft4Uenth traiter de Religion-dans la Dicte , de commencer le Concile fans attendre 
Tape fur qq plus grand nombre de Prélats , ou de & conduire félon que l'cxigeroient 
Totiverture fcs conjonftures , en cas que l'on n'y en traitât pas, jugèrent bien par le* 
é* ce Von- propofi rions de la Dicre , que rien ne les obUgeoit de le prefler ; & au con- 
tife donne tîaire le nombre des Evêques , qui n'étoient encore que quatre , les enga« 
ifrdre de U geoit plutôt à diffèrer qudque tems à l'ouvrir. Mais ils ne laiflbient pas de* 
//ittB^ré*''^ craindre que la guerre des- Turcs ne contraignît Ferdinand ik faire le Recès^ 
tretèr^r^' de la Diète , & à en intimer une autre felon^ fa promefle , où l'on traitâr 
Gamifon ^^^ affaires de Religion •, & q»c ce Prince n'en rejettât touro la faute fur 
^ue U C/rr- eux , en difant qu'il les avoit informés de fes propofitrons , afin qu'inftruits^ 
dinal de de ce qu'il avoit promis à bonne intention , ils ouvriflcnt le Concile , 6c 
Trente lui |yj fourniflcnt par-U le prétexte de ne point tenir fa promeffè. Dans cette 
irréfolution où les jet^oit d un c&té la nécefldcé d'accélérer l'oaverture dis 
Concile , de de l'autre la raifon qu'il y avoit de la différer comme étanc 



avoit de^ 
mandée 
four fa 
wlle 



ïlie. prefquefculs à^ Trente , * ils envoyèrent en diligence au Pape pour recc- 

Pallav.L voir fes ordres , & favoir ce qu'ils avoient à faire dans une telle perplcxitér^ 
Ra^ K^ ''^ ^^^ repréfenterent donc : Qu'ils avoient toutes fortes de railons de 
^ ^' foupçonner que l'Empereur ne fe foucioit pas beaucoup de la célébration 
du Concile : Que fon Ambaffadeur denuis fa première audience n*én avoit 
pas dit tui mot, &qMl'on jugeoitàlon maintien qu'il les voyoit avec 
plaifir perdre le rems ane rien taire; parce que fa préfence fufmbit pour, 
difculper fon Maître, 6c l'autorifer à convoquer une Diète afin d'y termi-^ 



âonc pas s^aflurer forces Inibodions , que 
Famè/è ne traita point de 1 al&ire de Par- 
me 8c de PlaifaïKC y ni faire un crime à 
Fra-Paolo daroir avancé que ce Légat 
avoit commiflion dVn parler. Il eft même 
d'autant plus* ridicule à Paliavicin de trai- 
ter ceci de menfbnge énorme , énorme bu- 
gra , que Fra-^Paolo ne IV rapponé que for 
Pautoricé d*un Ecrivain très>accrédité , je 
▼eux diie ^'Adrianiy qoiie dit pofitive- 
ment. Et pero che Papa Paolo Terip coh 
fpvetno dtlle cofepuhlïche con'giugneva fem-^ 
pre ilhene e Vhonor di cafafua , diede anco 
id €ard, commeffione ai proporrt , chc con 
htçna gracia di quella Maefià haiifya in 



snimo d'invefiire Picr-Lulgi fuo figUvolo* 
dello flato di Piacen^a e di Parma — iL 
quale ( Legato) là giunto e fcufate le coft 
paffate fi. ben feppe adoperare , che la mala^ 
eimtentei^a deW Imp. con le moite promefft 
de danari & de gli ajuti quando ne fufftk 
bifogno \ ' fi muto in miglior difpofiiJLone. 
Qa'on joge par-li ^ fi PaUavicin efl de 
bonne fin en accuûtnc notre Hiftorien de 
ne pas racencer , mais d'inventer , nom 
racconta , ma inventa. Quand un Ecri^ 
vain ne parle qu'après les Hiftoriens » iL 
peut fe tromper; mais c'eft one calom-*- 
nie > de l'accoièr d'inventer les £ûts qi^ 



DE TRENTE Livre IL rof 

lier les affaires de Religion comme dévolues à fa JurilUiftion par fon zèle m.dxlv. 
& ia négligence du Pape , puifque le Concile qu'il avoir follicité & obrenu ^^^^ ^^^' 
par fes inftances & celles de fes Ambafladeurs , ne fe mercoir en devoir de ' 
lien faire. En conféquence ils lui propofércnt de prçndre un milieu , ^ qui ^Flcury , L. 
écoirde faire chanter la Meflc du Sainr-Efprir , avant que l'Empereur arri- i4ï«N®88, 
vâc â la Diète : Que par-U on pourroit dure qu'on avoic ouvert le Con- 
cile y & prévenir ain(i tout ce que ce Prince pourroit ordonner dans le Re^ 
ces ', & que de l'autre côté on oteroit le prétexte de dire qu'on avoir com* 
snencé à traiter les affaires du Concile feulement avec. quatre perfonnes : 
Que fî l'on attendoit à ouvrir le Conciles que le Cardinal Farnife eue 




pourroit s'imaginer qu'on lauroit ouvert dans un temsoù l'on iàvoic bien 
qu'on ne pourroit le tenir > & qu'il falloit penfer à toute autre chofe. Le 
Cardinal de Sainte Croix , qui avoir un grand de(îr qu'on donnât en cette 
rencontre des marques de dévotion ^ & qu'on attirât un grand concours de 
peuple par les cérémonies ordinaires de l'Eglife , perfuada â fes Collègues 
de demander au Pape un Bref, qui leur donnât pouvoir d'accorder des In- 
dulgences, ^ 6c qui fur daté du tems de leur départ , pour valider celles i/u c^^c 
qu'ils avoient données le jour de leur entrée. ^' Car il avoir quelque {cru-* 
pule fur celles qu'ils avoienr accordées ; & pour ne point priver le peuple 
de ces trois années & d'aurant de quaranraines d'Indulgences , il vouloir y 
famléer par ce Bref 9 fans confiderer qu'il y avoit quelque difficulté à fa- 
voir fi celui qui a le pouvoir d'accorder des Indulgences , a celai de valides 
celles que les autres ont accordées fans autorité. 

Lb Cardinal Madruce Evèque & Seigneur de Trente, confîderant que fa 
ville étant petite & mal peuplée, refleroic à la difcrétion des Etrangers fl 
le Concile s'augmenroit , & qu'il y avoit du danger d'y voir naître des fé- 
dittons , remontra au Pape qu'il y falloit une garnifon d'au moins cent 
cinquante hommes , fur-rout fl les Luthériens fe rendoient au Concile ; & 
qu'étant épuifé par les dertes que lui avoir laifTées fon prédéceflèur , il ne 
ournir a certe dépenfe. *^ Mais le Pape répondit : Que fî l'on met- 



pouvoit fourni 

1 1 . Car il avoit quelque fcrupulejhr cel- 
tes qu'Us avoient accordées , &c. J Notre 
Ktftorien fe moque ici aflèz agréablement 
6e la implicite da Cardinal de S te Croix ^ 
qai pal uii Bref antidaté vouloir faire re- 
vivre des Indulgences que les Légats avoient 
données à leur entrée , (ans que le Pape les- 
câc aatoriSs potir cda. Pallavicln^ qui 
d'abord uze notre Auteur d'être fon igno- 
lanc dans la Théologie Morale , eft pour- 
tant obligé à ta. fin de recourir à une /impie 
f robabilité pour jofUfier la valeoi de ces 



Indulgences par une approbation fiibfi- 
qaente. Mais j'appréhende que d*autres ne 
trouvent très-improbable ce qu'il juge, pro- 
bable y & qa'au lieu de trouver de la charité 
dans les Légats , oa ne les accufe d'avoir 
trempé les peuples , en les flattant d'une ré- 
miflion de péchés , qu'il» n'a voient pas le 
pouvoir de leur accorder.- 
. a 2^ fii^is h Pape répondit y que fi Von^ 
mtùoit une garnifon à Trente , dcc. J La. 
raifbn que donne ici le Pape pour ne point 
vouloir mettre de garni(bn à Trente ^ écoiK 



lo^ HISTOIRE DU CONCILE 

M î> K t V. roic une garnifon à Trente , les Luthériens en prcndroicnt prétexte de pa- 
Paul III. yj^,. q^ç jç Concile ne feroit pas libre -, que pendant qu'il n'y avoir que 
"^■~~" des Italiens au Concile , fa crainte étoit fans fondement ; qu'il ne s'intcnef* 
ibic pas moins que lui-même à la tranquillité de (a ville ; que la (ureté da 
Concile importoit plus au Pape qu'à TÊvèquc ; que par oonféquent il n'a« 
voit qu*4 fe repofèr fur lui de tout foin , & s'aflurer qa'il pocuroiroic teU 
iement i <out > qu'il ne feroit chargé d'aucune dépenfc » & iie icroit expofé 
â auctm dommage. 

Apre*s que le Pape eut bien pefé toutes les rai(bns pour 8c contre Von* 
▼ertute du Concile , il ne trouva rien qui pût le difluader de l'ouvrir , (inon 
0ue quand il iêroit commencé » il y avoit a craindre qu on ne le follicitât 
de le fufpendre jufqu'i ce qu'on fut délivré de la guerre des Turcs ou d'aa« 
très pareils empèchemens 9 ce qui feroit une efpéce de frein dont fe (ervi^ 
foit celui qui fe riendroit , pour le conduire ou l'on voudroit , chofe très^ 
4angereufe pour fes intérêts. C'eft ce qui le fit léibudre i ne point laiflèr 
le Concile oifif quand une fois il feroit ouvert , mais» ou de le faire agit 
autant qu'on le pourroit ; ou (î on ne le pouvoir pas , de le finir ou le fuf« 
pendre jufqu'au jour qu*on fixeroit pour le teprendre« En conicquence de 
-^ cette réfolution , « il ccrivir à fes Légats de l'ouvrir le jour de Sainte Croix , 
^o\{^ & ils firent favoir cette réfolution 11 TAmbadadeur de l'Empereur & aux 
Pailay.L 5. autres , mais fans marquer précifément le jour. Peu de jours après le Car« 
c 10.& XI. dinal Farnife allant à IP^rmes pafla par Treme » où après avoir confifré 
avec les Légats » ils convinrent qu'il falloir continuer de notifier à tout le 
/PallâT. L mondre Tordre qu'ils avoicnt de faire l'ouverture du Concile , ^ mais (ans 
§.€. II. marquer le jour, jufqu'à oe que Famè/i eût entretenu l'Empereur. Car 
ayant appris que ce Prince paroififoit très-fatisfait de la Légation qui lui 
étoit envoyée » Se laiflbit à, entendre qu'il vouloit agir de concert avec le 
Pape , ils en connurent de très-bonnes efpérances ; & pour ne point rompre 
cette bonne intelligence , les Légats , de l'avis de Mtndo^t & du Cardinal 
et Trente , réfcJurent de ne commencer aucune Aââon ùnt la pacticipatioa 
de l*Empcreur. 
'VMmbMÏÏéir XIH. Mendoje reneuvelk alors fa prétention c de précéder tout autre 
êUar de que les Légats , (bus prétexte que perf<mne ne pouvant prendre iéance en- 
tEmperittr q^ k Pape & TEmpereuT lorfqu'ils fe trouvent enièmble , la même chofe 
fritind U jçy^^ s obferver eatre ceux qui les repréfentoient ; & il dit qu'il avoit pris 
d^lfn^Mf ^^^^^ ^'^▼is & lecûnièil de geos habiles eu ces ic^tes de choies. Les Lo- 
ir monde , 

gxceptéles fert fenfh', rtnîs il j en aroic encore «ne mêmes f aifims avoiem fint re(ûfer au Pape 

Légats, autre , fans éoote , qm !e poitoît à ce sefos* la Vtlfe<le Mantooe ; Se il rùitoit pas nanfr» 

X Spond. C'eft qoe comme ii e&t été obligé de l'en- rclqa*il accordSt a« Caidinat Msdma c» 

N^ If. tretenir , cela l'eut brchaigé d'tme dCpenfe qiTil avoit re(ii(S à «n Prince Italien, for^- 

qui n*<étok trallement nécctiàîre, 0cqmn*é» tout dans one Tille qoi ^coit dn domaino 

toit d'iractinetmlii^. Oorre que , peut-être, de Ferdinand , Se où malgré (à gaimlba le 

2 7 eût p& avoir quelque contefbftion poor Piape n'eût es aeaue autos ité« 

fctoix â qui de v u h db ék cette garmfcn» Ces 



DE TRENTE, Livre IL 407 

pLts répondirent en termes généraux : Qu'ils écoient prêts de donner i cha- m » z &% 

con la place qui lui éioit diie , & qu'ils attendoient fur cela des ordres de ^^^^ ^^^ 

ILoioe. Cette réponfe plut à Mcndo^ê , qui croc que Ton irouveroit dans ^ 

ka Arcbives pi^liques quelques décidons ou quelques exemples favorables 

k fea prétentions s & qui pour éloigner toute idée de fafte diibit y que hors 

dtt Concile , il céderoit volontiers aii moindre Prêtre ; mait que dans le 

Concile , perfonne après le Pape n'y avoir plus d'autorité que ton Maître. 

Ce détail de cbofes légères ic preu importantes j>aroîtra pettt-fttre fuperflu 

i quelques Leâeurs : mais j'ai jugé au contraire qu'il etoît nécelfaire de 

ikire bien connoitre de combien de petits rutflèaux ^ s'eft formé ce erand i^^PalfavrEr 

lac , qui a couvert toute l'Europe % ic ù l'on voyoit dans les Archives 5*^9* 

quelle quantité de lettres furent écrites de différentes parts , avantxjued'en 

Tenir à l'ouverture du Concile, on feroit étoriné & du jugement que l'on 

en £ii(bit , & des ombrages que plufieurs en prenoient*^ 

XIV. Quand on vit en Italie » que le train que prenoietit tes affaires Xt Vimri 
dtt Concile donnoit lieu d'efpérer qu'on le célébrerok enfin, les Evcques de NsfUi 
penferent férieufement au voyage* Le Viccroi de Naples^ * qui ne trou- »*'«'«•» «»^ 
Toît pas i propos que tous les E venues du Royaume fe rendiflcnt à Trente, ^ZJ^ 
Youlut y en envoyée feulement quatre àfon choix , avec procurarioe de quMtM^^ 
iQtts les autres , qui font au nombre de plus de cent. Le Grand-Cbapelain aues de er 
du Royaume convoqua donc chez lui une A({èmblée dé Prélats d cet e&t , kayMMme ^ 
9c leur propofà de donner la procuration qu'on leur demandoit. Mais la ^ J^^ 
plupart b rcfuferent , difant qu'ils voaloient affifter au Concile en per- procu^MtiJ!» 
. kinne , comme ils l'avoient ^uré & y étoienr obligés ; Se que »ils- ne pou^ jes munes^ 
Toient y aflifter , il étoit raifonnable cpe chacun conftituat un Procureur ^Paltâv. U 
pour foi ielon les lumières de fa confcience, & non pas qu'on en établît 5- ^ ^^^ 
ua pour tous. Le Viceroi s'irrita > fie ordonna au Grand-Chapelain de con- ^' ^^^ 
Toquer les Evèques de nouveau, &^leur commander de donner leur ^itury , U 
procuration , & il envoya les mêmes ordres i tous les Gouverneurs des x4i.N° s^. 
difiéren tes parties du Royaume. Cate conduite inquiéta fort le Pape & Ces Ex t^ 
les Léears , qui ne jQivoient (x cela venoit du propre caprice du Viceroi qui V*" *y ^f; 



vouloir montrer fon autorité, ou s'il Tavoit fait' par iênorance , ou enBn ^pjp^r^ 
s'il en avoir agi ainG par des ordres fupérieurs. Pdtu: découvrir s'il fe pou- mi# Bfdif 
Yoit la caufe fecrette de cette aftàire ». >) Paul fit une Bulle par laquelle fêur dé/en- 
il défendoit très«févèrement ^ de compardirre par Procureur au Concile, dre aux 

^ ^^ Frtiéiis d9 

ccmparoitrr 
%2* Paul fit une Btdu par taqitelU u <m par leurs ^ocafean>eiiiienrea une telle ^^^P^^^i,^ 

'i^ttdoii très'fMrement de comparaître par fapénorité de voix , que le giand nombre re$trs ; wMti 

Procureur au CotuiU, &c. ] Il étoit «fone d'Evfeques Italiens flr abToknneiu àtytnn Us Légat flm 

omCqoence infinie poar le Pape de ne inutile au Ps^e. Ceft ce q^i le fie tç3Xt')o\usfuffrimenfp. 

point admecnre les Procoreurs des Ev^œs à ^oppofer à les admettre , & Ton révoqua comme trop 

voter an Concile , poor deux raifons f la même dans la dernière tenue du Concile fivïre, 

première , (arce que la pki|;»art (ê feririent le privilige qu'on «avoit accordé fur cela ^ Rayn.- 

iàfytnSii Sy afiifter i la féconde, paiceqqe dans la première aux Prélats d'Allemagne ^^ ^ 9^ t% 

)Kfiv^ucséaangess>oiapac fWHiiAaicSji pas diâi&âioiu PaUanciMplè» i%^ fm 



io8 HISTOIRE pu CONCILE 

KDXLT. Mais le$ Légats la trou vanc impraticable» parce qu'elle s etendoic à cous 
Paul. HI. les Prélats de là Chrétienté , fans en excepter ceux qui étoient fort éloignés 
" ôc qui avoient des empechemens légitimes , & la jugeant trop rigide , parce 

qu'elle menaçoit les contrevenaos a une fuô>ennon ipfo facto à divinisy Ôc de 
radminiftration de leurs Eglifes » ce qui pouvoir caufer quantité d'irré* 
gukrités , de nullités d'Ââes , Se de perceptions de fruits lU^times , 6c 
exciter quelque Nation malcontente â en appeller , & à contefter la Jurif- 
diâion du Pape ^ ^^ ils jugèrent à propos de la tenir fecrette fans la pu* 
blier. C'eft pourquoi ils repréfenterent au Pape» qu'ils ne croyoient pas la 
devoir rendre publique uns de nouveaux ordres » & qu'il fufiîfoit que le 
bruit courûr qu'elle étoit expédiée , fans la montrer. Je dirai ailleurs le 
fuccès qu'elle eut d la fin. ' 
, Il reftoit alors une autre diffiailté » qui quoique moins importante ne 

demanden! ^^^^^it pa