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Full text of "Recueil de Voyages et de Mémoires publié de la Société de Geographie"

J JSS.c 



,AJ 



RECUEIL 



DE 



VOYAGES ET DE MEMOIRES 



PUBLIE 



PAR LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIK 



TOME SEPTIEME 




TA R I S 

CHEZ ARTHllS BERTRAND, LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ 



RTÎE HATITEFEUILLE, N» 23 

M DCCC LXIV 



RECUEIL 



VOYAGES ET UE MÉMOIRES 



OITVRAGES PUBLIÉS PAR LA SOGÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 



RECUEIL DE VOYAGES ET DE MÉMOIRES. 
(Chaque volume se vend séparément.) 

Tome 1", contenant les Voyages de Marco Polo: un volume in-4°. 
Tome II (1" et 2= parties), avec 18 planches. Prix, 18 fr. 
Contenant : 1° Une Relation de Ghanat et des Coutumes de ses habitants ; 
2° Des Relations inédites de la Cyrénaïque; 

3° Une Notice sur la mesure géométrique de quelques sommités des Alpes ; 
4° Résultats des questions adressées à unMauredeTischitet àunNègrede Walet; 
5° Réponses aux questions de la Société sur l'Afrique septentrionale ; 
6° Un Itinéraire de Constantinople à la Mecque ; 
7» Une Description des ruines découvertes près de Palenqué; suivie de Recherches 

sur l'ancienne population de l'Amérique ; 
8" Une Notice sur la carte générale des pachalicks de Hkaleb, Orfa et Bagdad ; 
9° Un Mémoire sup la Géographie de Perse ; 
10° Des Recherches sur les antiquités des États-Unis de l'Amérique septentrionale. 
Tome III, contenant l'Orographie de l'Europe, par H. L. Brdgdière, ouvrage couronné par la 
Société dans sa séance générale du 31 mars 1826, avec une carte orographique, 
15 tableaux synoptiques, et vues des principales chaînes de montagnes. Prix, 20 fr. 
Tomk^IV. Avec une carte et plusieurs fac-similé. Prix, 30 fr. 

Contenant : 1° Description des merveilles d'une partie de l'Asie, par le P- Jordan, de Sévérac ; 
2° Relation d'nn voyage à l'ile d'Amat, d'après les manuscrits de M. Henri Teruaux; 
3" Vocabulaires de plusieurs contrées de l'Afrique, d'après M. Eœnig; 
4° Voyages en Orient de Guillaume de Rubruk; 
5° Notice sur les anciens voyages de Tartarie en général, et sur celui de Jean du 

Plan de Carpin en particulier ; avec une carte, par M. D'Avezac ; 
6° Relation de la Tarlarie de Jean du Plan de Carpin ; 
"" Voyage de Bernard et de ses compagnons en Egypte et en Terre-Sainte ; 
8° Relation des voyages de Sasvulf à Jérusalem et en Terre-Sainte. 
Tome V et VI, contenant la géographie d'Edrisi, traduite de l'arabe en français, d'après deux 
manuscrits de la Bibliothèque du Roi, et accompagnée de notes, par P. Amé- 
dée Jaubert, membre de l'Institut, etc., avec 3 cartes. Prix, 24 fr. chaque 
volume. 

BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ. 
Ce Recueil paraît tous les mois, par numéras^yel^atré'à cinq feuilles : les douze cahiers for- 
ment, à la fin de l'année, deux volumes in-8°, avec planches. 
Prix : pour Paris, 12 fr. ; pour les départements, 15 fr. ; pour l'étranger, 18 fr. 
1" série, 20 vol., de 1821 à 1833. 
2' série, 20 vol., de 1834 à 1843. 
3' série, 14 vol., de 184i à 1850. 
4" série, 20 vol., de 1851 à 1860. 
5« série, 6 vol., de 1861 à 1863. 



Paris. — Imprimerie de E. Martinet, rue Mignon, 2. 



} 

RECUEIL 



DE 



VOYAGES ET DE MÉMOIRES 



PUBLIÉ 



PAR LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE 



TOME SEPTIÈME 




PARIS 

CHEZ ÂRTHUS BERTRAND, LIBRAIRE DE LA SOCIÉTÉ 

Rl'E HAUIEFEUILLE, N° 23 



M DCCC LXIV 



GRAMMAIRE ET DICTIONNAIRE 



ABREGES 



DE LA LANGUE BERBÈRE 



AVERTISSEMENT. 



Il est des hommes qui, dans l'étroite sphère de leur spécialité, contri- 
buèrent à la gloire , à la prospérité de leur patrie , et dont les utiles services , 
les noms mêmes sont restés pour ainsi dire inconnus ^ Dans l'intérêt 
du progrès des sciences, comme par esprit de justice, cependant, nous 
ne devrions pas nous montrer oublieux à l'égard de nos devanciers; 
car, s'il existe un mobile capable de porter au bien , d'exciter l'ardeur 
des âmes généreuses, c'est, sans doute, l'espoir fondé de recueillir, dans 
l'opinion de la postérité , la récompense des efforts tentés pour mériter 
ses suffrages. 

C'est sous fimpression de ce sentiment et pour essayer de rendre à 
mon vénérable prédécesseur un hommage tardif, il est vrai, mais légi- 
time , mais digne de son patriotisme , de son zèle et de ses talents , que j'ai 
accepté , malgré mon insuffisance , la nouvelle lâche qui m'était imposée 
par la Société de géographie , et que j'ai entrepris de publier la Gram- 
maire et le Dictionnaire berbères composés par feu Venture de Paradis , 
il y a plus d'un demi-siècle , alors que rien ne faisait pressentir l'utilité 
dont pourrait être un pareil travail. Qu'il me soit permis, à cette occa- 
sion, de transcrire ici les expressions dont se servait cet habile et 
modeste orientaliste dans une note manuscrite, qu'un hasard heureux 
a fait tomber entre mes mains : 

« Pour donner à mes lecteurs quelque confiance dans le travail que 
je leur présente, il est peut-être nécessaire de leur dire la manière dont 

Je àis : pour ainsi dire , car il a paru dans la article, bien qu'écrit avec bienveillance, laisse 
Biographie des contemporains (t. V, supplément) beaucoup à désirer sous le rapport de l'exactitude, 
un article consacré à Venture de Paradis ; mais cet II est d'ailleurs très-incomplet. 

A 



Il AVERTISSEMENT. 

je l'ai composé. En 1788,1! vint à Paris deux Maures sujets de Maroc ; 
l'un d'eux était né dans la province de Haha , et l'autre dans les mon- 
tagnes enclavées dans les environs de Sous^; tous les deux savaient 
le berbère ainsi que l'arabe , et il me vint en idée de mettre à profit les 
fréquentes visites que j'étais obligé de recevoir d'eux à cause de mon 
emploi de secrétaire interprète du roi, pour prendre quelque idée de 
la langue berbère. Je commençai par écrire, sous leur dictée, quelques 
cahiers contenant les mots les plus usuels ; ensuite je leur demandai 
de courtes phrases, afin de deviner les déclinaisons et les conjugai- 
sons, qu'il leur était impossible de m' expliquer, attendu que, ne sa- 
chant ni lire, ni écrire en aucune langue, ils n'avaient jamais appris 
de principes grammaticaux. 

« Il y avait déjà deux ou trois mois que je me livrais à cette étude, 
lorsque M. le comte de la Luzerne, ministre secrétaire d'Etat au dé- 
partement de la marine , m'envoya à Alger, pour y coopérer au succès 
d'une négociation qui intéressait la tranquillité du commerce et de la 
navigation 

« Les circonstances rendirent mon séjour dans ce pays beaucoup 
plus long que je ne l'avais cru lors de mon départ de Paris, et je 
pris le parti d'employer mes moments de loisir à continuer l'étude 
que j'avais entreprise avec les deux Marocains dont je viens de 
parier. 

M Je trouvai , parmi les étudiants en théologie musulmane dans les 
collèges d'Alger, deux jeunes gens nés dans les montagnes de Felissen 
( Felissah) , situées dans la caïderie de Sebou, à dix-huit lieues est d'Alger. 
Je pris avec eux des arrangements, et, pendant près d'un an, ils vinrent 
passer chaque jour une ou deux heures avec moi. 

« C'est par leur secours que j'ai composé ce vocabulaire. Je m'étais 
fait un devoir de surmonter fennui que m'occasionnait souvent un 
pareil travail dès le moment où, ayant revu avec eux les mots et les 

Il n'est pas rare de voir arriver de ces pro- force et d'adresse vraiment prodigieux ; ces hommes 
vinces et de Tarodant des hommes de cette même parlent l'arabe et le berbère. 
race, qui exécutent sur nos théâtres des tours de 



AVERTISSEMENT. m 

phrases que j'avais écrits à Paris , j'avais reconnu que la langue qu'on 
parle dans les montagnes de Constantine est, à bien peu de chose 
près, la même qui est en usage dans les montagnes de Maroc. 

« Ce dictionnaire n'est point complet; il y manque plusieurs des mots 
nécessaires pour exprimer même des choses communes, et il aurait 
fallu pouvoir remplacer divers mots arabes par les termes équivalents 
en véritable berbère ; mais mes maîtres les ignoraient. Tel qu'il est, 
cependant, ce travail suffira pour initier les philologues à la connais- 
sance de cette langue, et il ne tiendra qu'à un Européen studieux 
appelé en Barbarie par des affaires de commerce ou de politique, de 
perfectionner, sans se donner trop de peine, ce qui m'en a donné 
beaucoup à ébaucher. » 

Tel était le vœu formé par cet excellent homme au moment où , après 
de longs voyages, après de pénibles fatigues , désormais simple professeur 
de turk à f école spéciale des langues orientales , école qui venait d'être 
établie près la Bibliothèque nationale, Venture espérait enfin pouvoir ter- 
miner sa carrière en France. Mais le gouvernement en jugea autrement. 
A l'époque du départ de la mémorable expédition d'Egypte, le général 
Bonaparte , désirant s'entourer des lumières et de l'expérience d'un 
homme qui connaissait si bien l'Orient, et surtout fEgypte, où il avait 
résidé plusieurs années , le choisit pour premier secrétaire interprète du 
chef de l'armée, et le fit embarquer sur le vaisseau amiral. Devenu l'insé- 
parable compagnon du grand homme , on juge de quelle utilité durent 
être ses conseils. En effet, doué d'un esprit d'investigation qui le portait 
à rechercher avec curiosité tout ce qui pouvait avoir trait aux mœurs, 
aux habitudes, aux idées orientales; possédant, pour parler les idiomes 
de ces peuples, l'aptitude particulière aux habitants des contrées méri- 
dionales de la France, dans le sein desquelles il avait reçu le jour, il 
avait cette franchise, parfois un peu rude, qui, sans exclure la bienveil- 
lance du caractère, est si propre à inspirer aux étrangers, aux Orien- 
taux surtout, ime juste confiance dans la loyauté française. 

A ces qualités éminentes, Venture joignait une connaissance appro- 
fondie du génie des langues de l'Arabie , de la Turquie et de la Perse ; 



,v AVERTISSEMENT. 

sa conversation était mêlée de ces sentences spirituelles, de ces expres- 
sions populaires qxii souvent ajoutent tant de charme et de force au 
discours; il avait une gaieté douce, des manières affables, du piquant, 
du trait dans l'esprit, de sorte que, même dans des circonstances im- 
portantes, il lui fut donné de pouvoir terminer d'un seul mot d'épineuses 
négociations. 

Convaincu que les fonctions d'interprète exigent, de la part de celui 
qui aspire à les bien remplir, indépendamment du talent de reproduire 
avec fidélité toutes les nuances de la pensée, un sentiment exquis des 
convenances , une certaine délicatesse de style , et quelquefois même 
une véritable hardiesse dans le choix des expressions, il se faisait une 
haute idée de l'importance de sa charge ; il ne néghgeait aucune occa- 
sion de faire valoir les services des jeunes traducteurs qui travaillaient 
sous sa direction , en sorte qu'à ses yeux un orientaliste était , soit en 
Asie, soit en Afrique, un homme essentiel, indispensable, en un mot 
un trésor d'une inestimable valeur. Objet de son inépuisable bienveil- 
lance au début de ma carrière , je me suis trouvé dans le cas d'éprouver 
les effets de cette opinion exagérée , et il m'est arrivé plusieurs fois 
d'entendre le général Bonaparte se plaindre en riant des incessantes 
obsessions de Venture en faveur de ses collaborateurs. 

Outre l'utilité politique et commerciale qu'il entrevoyait dans ses 
travaux sur la langue berbère, Venture se flattait de l'espoir qu'il ne 
serait pas impossible de retrouver, dans cette langue, des traces de l'an- 
cien punique, et il s'était livré, relativement au fameux passage que 
Plante nous a conservé dans son Pœnulus, à des recherches qui n'ont pas 
été totalement sans résultats. 

On conçoit en effet combien il semblait curieux à un philologue aussi 
habile, combien il serait intéressant pour nous-mêmes de pouvoir dé- 
chiffrer d'une manière certaine les nombreuses inscriptions phéni- 
ciennes qui ont été trouvées, soit en Algérie, soit en Sardaigne, soit à 
Malte, et dont le docte Bochart, fabbé Barthélémy, et plus tard M. Ge- 
senius et notre illustre Quatremère se sont occupés. S'il est un moyen 
de parvenir à l'interprétation exacte de ces inscriptions, nul doute que 



AVERTISSEMENT. v 

ce ne soit l'étude approfondie de la langue qu'on parlait autrefois sur 
les mêmes lieux. Or cette langue ne pouvait être qu'un dialecte offrant 
plus ou moins de traits de ressemblance avec le berbère; et, de même 
qu'aujourd'hui , comme tout le monde le sait, le berbère est mêlé d'arabe , 
de même fancien carthaginois était mêlé de syriaque et de chaldéen : 
tant il est vrai que sur le littoral de l'Afrique septentrionale, comme en 
Europe, la civilisation s'est avancée d'orient en occident. 

Cette langue présentait, d'ailleurs, à un orientaliste aussi exercé que 
fêtait Venture , plusieurs particulaiités remarquables : 

1° L'extrême analogie de son système grammatical avec celui des 
langues d'origine sémitique que nous connaissons ; 

1° Le peu de rapports étymologiques existants entre le berbère et 
ces mêmes langues ; 

3° La présence (inconnue dans les idiomes asiatiques) de f article 
indéfini le, la, les; 

lx° La déclinaison des noms ayant lieu, comme en hébreu, comme 
en arabe, au moyen de particules préfixes, et non comme en latin, 
d'après la terminaison des cas ; 

5° La régularité de la conjugaison des verbes, f ingénieux mécanisme 
de langage au moyen duquel s'opèrent les dérivations de ces verbes, 
et l'absence totale des infinitifs, remplacés par des noms d'action. 

Si, sous le rapport philosophique, cette langue, toute barbare qu'elle 
puisse être, offrait à Venture f attrait qui s'attacherait à un idiome parlé 
par des enfants illettrés; si, dans f intérêt de f érudition, elle lui parais- 
sait de nature à donner accès à la connaissance des dialectes les plus 
anciens de f Afrique, combien il aurait apprécié l'utilité dont elle peut 
être dans nos relations actuelles avec les Kabyles , c'est-à-dire avec les 
aborigènes de ces provinces désormais assujetties à nos lois! Qui ne sent 
en effet que le premier et le plus sûr moyen de donner à ces peuples 
une idée des bienfaits de la civilisation , c'est de pénétrer profondément 
dans la connaissance de leur méthode analytique de la pensée, de 
leur phraséologie , de leur syntaxe et de leur construction .>* Osons le 
croire, ces peuples nous sauront gré, quelque jour, des efforts que 



VI AVERTISSEMENT. 

nous aurons consacrés à l'étude intéressante, instructive, sans doute, 
mais difficile, de leur langue. Brisant les liens où les retiennent un 
intolérant fanatisme, une grossière ignorance, des préjugés anti-sociaux, 
ils ne répugneront plus à s'initier à la connaissance de nos usages et de 
nos mœurs; ils comprendront que, de toutes les religions, la nôtre, le 
catholicisme sans les Jésuites , est celle qui répond le mieux aux besoins 
de l'homme ; qu'en l'ennoblissant à ses propres yeux , elle lui donne 
une juste idée de la dignité de son espèce , lui apprend ce qu'il doit en- 
tendre par les mots de vertu, d'équité, de bonheur, et le dirige enfin 
vers le but que se proposèrent, sans aucun doute, la sagesse et la bonté 
de son Créateur. 



P. AMEDEE JAUBERT. 



Paris, février i8à4. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE 



VENTURE DE PARADIS, 

LDE À LA COMMISSION CENTRALE DE LA SOCIÉTÉ DE GÉOGRAPHIE LE l" DECEMBRE 1 8/43 , ET À L'ASSEMBLÉE 
GÉNÉRALE LE l5 DÉCEMBRE, À L'OCCASION DE LA PUBLICATION DE LA GRAMMAIRE ET DD DICTIONNAIRE 
BERBÈRES PAR LA SOCIÉTÉ. 



Dès les premiers temps de son existence, la Société de géographie a ex- 
primé le vœu de voir publier le Dictionnaire berbère de Venture, demeuré 
manuscrit depuis plus de cinquante années, au grand dommage des études 
africaines et particulièrement de l'ethnographie des peuplades du mont 
Atlas. Les savants avaient une faible idée de l'importance de cet ouvrage, dé- 
posé par Volney à la Bibliothèque royale, quand Langlès en donna un court 
extrait à la suite de la traduction du voyage de Hornemann. La Société, qui 
avait, dès l'an 182 4, conçu le dessein de le mettre au jour pour le besoin 
de la géographie et de la philologie seulement, savait qu'à fouvrage étaient 
jointes une grammaire et des remarques sur la race berbère; mais elle était 
loin de prévoir que, quelques années plus tard, cet écrit deviendrait une 
sorte de besoin public ; que la France posséderait une partie du territoire 
même où règne cet idiome, et que nos soldats seraient en relation journalière 
avec les hommes qui le parlent. Combien, après la conquête de l'Algérie, la 
Société eut à regretter que son vœu n'eût pas été entendu! Toutefois, ses 
instances persévérantes continuèrent , depuis l'événement, pendant plusieurs 
années de suite. Dans le tome IV de ses mémoires \ elle publia plusieurs vo- 
cabulaires et signala, d'après le manuscrit de Venture, l'analogie du berbère 
avec l'idiome parlé dans l'oasis de Syouah, et, dans son recueil périodique, 
elle appela sur cette langue l'attention des savants. 

Enfin en i8/i3, le maréchal duc de Dalmatie, ministre de la guerre 
(grâces lui en soient rendues!), a confirmé une précédente décision ministé- 

' Pages i3o et suiv. 



vm NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR L'AUTEUR. 

rielle du 2 octobre 1889, conforme à la demande de la Société, et il a bien 
voulu venir à son aide pour la publication de l'ouvrage entier. Heureuse- 
ment aussi nous avons obtenu le concours de M. le ministre du commerce, 
alors notre président; c'est ce travail qui sera bientôt sous les yeux du pu- 
blic français et européen. 

Après l'avertissement que doit mettre en tête de l'ouvrage celui de ses 
membres que la Société a chargé de présider à l'impression, M. le chevalier 
Amédée Jaubert, qu'il soit permis à l'un des compagnons de voyage de 
Venture, lors de l'expédition française en Egypte, de dire quelques mots de 
sa vie; on n'accueillera peut être pas sans intérêt ces détails, qu'on pourrait 
dire presque ignorés, puisque la Biographie universelle ne fait pas même 
mention d'un nom si recommandable. Celui qui écrit ces lignes conserve" 
encore, après bien des années, un souvenir plein de respect et de recon- 
naissance pour la personne de Venture, dont il admii^ait le dévouement, le 
patriotisme et le savoir, à l'époque à jamais mémorable de la campagne 
d'Egypte. Ce sentiment est celui que lui vouent et lui ont voué tous les 
orientalistes de l'expédition et tous les membres de l'Institut d'Egypte. 

Venture était particulièrement connu de M. Suard et recherché dans sa 
maison, qui réunissait beaucoup de gens de lettres. A la mort de ce dernier, 
des papiers qui lui avalent appartenu, et qui provenaient de Venture, me 
furent remis, de la part de la veuve (et en ma qualité), comme pouvant 
servir à la rédaction delà Description de l'Egypte, publiée par ordre du 
gouvernement. Il s'y trouvait quelques notes biographiques, des notes de 
M. Digeon, et des observations critiques de Venture au sujet des lettres de 
Savary. Ces observations, datées du Kaire, le 25 février 1787, prouvaient 
toute la sagacité et la justesse d'observation du savant interprète ; mais 
elles avaient perdu un peu de leur importance depuis les travaux de l'Ins- 
titut et de la Commission des sciences d'Egypte, qui, d'ailleurs, avaient 
décidé en principe, qu'il ne fallait point se livrer, dans l'ouvrage, à la cri- 
tique des précédents voyageurs. Les remarques de Venture pourront tou- 
tefois trouver leur place ailleurs; ici je ne dois parler que de la personne 
de l'auteur; il mérite, par ses travaux, la reconnaissance des gens de lettres 
et une place dans le souvenir des hommes. 

Jean Michel de Venture de Paradis, secrétaire interprète du gouverne- 
ment pour les langues orientales, né à Marseille en 1789, le 8 du mois 



NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR L'AUTEUR. ix 

de mai, sur la paroisse Saint-Ferréol , appartenait à une famille noble, 
d'où étaient sortis des militaires>distingués, des drogmans et des consuls. 
Son père avait été consul dans le Levant; son trisaïeul, Jean de Venture, 
écuyer, était consul et gouverneur de la ville de Marseille ^ Son bisaïeul, 
André de Venture, marié en 1660, eut cinq garçons de son mariage. Son 
aïeul, Charles de Venture, était, à vingt ans, capitaine au régiment de 
Vendôme; il devint commandant des milices de Provence sous le maréchal 
de Belle-Isle. Marié en 1699, il eut deux fils, dont l'aîné, Jean-Michel, 
était le père de celui dont nous écrivons la vie. Jean-Michel de Venture , 
qui avait été interprète à Seyde, fut consul, pour la Suède, en Grimée, 
de 1741 à 1744; il eut aussi deux fils: l'aîné, Jean-Joseph, né à la Canée 
en 1780, et notre Jean-Michel, né à Marseille en 1739. Celui-ci fit ses 
études à l'École des jeunes de langues. Ses progrès furent tels que dès 
l'année 1754, c'est-à-dire âgé seulement de quinze ans et comme son 
père, il partit pour Constantinople, afin de se fortifier dans l'étude de la 
langue turque. A l'âge de vingt-deux ans, il remplissait déjà à Seyde 
l'emploi d'interprète. En 1770, le jeune drogman fut envoyé en Egypte, 
sous le premier interprète de France, qui était alors M.Digeon, et, en 1772^, 
il épousa sa fille au Caire. 

C'est à cette époque que Venture connut le célèbre Aly-Bey. On sait 
qu'à la mort de Mohammed Abou-Dahab, successeur de ce prince, les beys 
se disputèrent fautorité; dans ces temps d'anarchie, c'est-à-dire vers 1776, 
la turbulente milice des mamlouks molestait nos négociants, et mettait 
même en péril les intérêts de notre commerce. Venture fut envoyé 
en France pour faire connaître la situation des choses; aussitôt qu'il 
eut rempli cette mission-, il fut associé au baron de Tott, que le gou- 
vernement venait de charger de visiter les échelles du Levant. Cette nou- 
velle mission est de fan 1777. M. de Sartine lui ordonna de se rendre au 
Maroc en 1778. Par ordre deLouisXVI, il passa à Tunis en 1780, comme 
chancelier interprète du consulat. Après avoir rendu, dans ce dernier poste, 
toutes sortes de services au commerce français et à la compagnie française 

' On lit dans une lellre d'un échevin de Mar- biens, qu'elle pouvait faire ses preuves pour Tordre 
seille à M. de Malézieux (i 5 juillet lyM) " que la de Maltlie , elc. « 

maison Venture de Paradis était une des plus an- ' L'acte de célébration est du i /(juillet : M"' Di- 

ciennes de la ville , qu'elle avait possédé de grands geon est née à Chio. 

B ■ 



X NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR L'AUTEUR. 

d'Afrique (qui lui donna un honorable témoignage de sa reconnaissance'), 
il fut nommé en 1781, le 18 mai, secrétaire interprète du roi en langues 
orientales au ministère des affaires étrangères à Paris. En 1786, il était 
à Toulon , occupé d'une négociation épineuse relative à un envoyé du 
Maroc. Deux ans après, en 1788, Venture fit la connaissance, à Paris, 
d'un certain Tripolitain , secrétaire de l'envoyé de la régence de Tripoli , 
qui passait en Hollande, et il recueillit alors de lui des notions sur la 
route de Tripoli au Fezzan. Cet homme proposait d'accompagner le voya- 
geur français qu'on voudrait envoyer dans cette contrée. Venture fît de 
ces renseignements le sujet d'une notice intéressante. 

Dans cette même année 1 788, il alla encore au Levant, chargé de régler 
un différent très-grave entre Alger et la France. C'est à cette époque qu'il 
composa, à l'aide de plusieurs indigènes du mont Atlas, une grammaire 
berbère, et un dictionnaire français-berbère et arabe-berbère : un an fut 
consacré à ce travail. Au bout de deux ans de séjour à Alger, c'est-à-dire 
en 1790, il revint à son poste. A son retour en France, il fut accueilli par 
Volney, et il lui remit des extraits de son travail sur le berbère; plus tard, 
Volney déposa l'ouvrage même à la Bibliothèque nationale ^. 

En 1793, il fut adjoint à la nouvelle ambassade de France à Constanti- 
nople et s'y rendit avec M. de Sémonville pour une mission secrète, après 
avoir séjourné quelque temps à Venise'. Sa nomination à ce poste est du 
3i mai 1793-, le même jour, il recevait un brevet de consul général de la 
république à Smyrne. Au mois de novembre 179^, il était chargé de suivre 
M. Verninac, ambassadeur près la Porte Ottomane. En 1796, le Directoire 
le nomma premier interprète de la légation française ; il resta à Constanti- 
nople jusqu'en 1797, époque où le divan envoya, à son tour, au Directoire 
un ambassadeur, Esseïd Aly-Effendi . Venture eut la mission de l'accompagner 
à Paris. Il saisit cette circonstance pour prendre enfin quelque repos; mais ce 
repos devait être un loisir occupé; car il avait été nommé, en 1795, pro- 
fesseur de turk à l'Ecole spéciale des langues orientales vivantes, école qu'on 
venait créer et qui a depuis rendu et ne cesse de rendre des services si- 
gnalés pour nos relations politiques et commerciales avec le Levant. 

' Par décision du 2 6 janvier l'jSG. ' Son passe-porl de Venise à Constanlinople porte 

' C'est la première copie. Voir la noie autographe la date du g ventôse an m (27 février 1795). 
de Volney, écrite en tête de l'ouvrage. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR L'AUTEUR. xi 

Venture ne put jouir longtemps de celte position qui lui permettait 
enfin de se livrer aux charmes de l'étude et de la vie de famille, ce qu'il 
désirait sincèrement, car il avait eu deux filles de son mariage. A peine un 
an s'était écoulé, que le chef de l'armée d'Angleterre, c'est-à-dire de l'ex- 
pédition mystérieuse d'Orient, appela Venture à une nouvelle carrière de 
travaux et de périls. Sa réputation d'homme profondément versé dans la 
connaissance des langues et des mœurs du Levant le fit choisir, par le général 
Bonaparte, pour premier interprète de l'armée; il obéit sans murmurer; 
seulement il recommanda sa famille au gouvernement ^ 

Après la prise d'Alexandrie, on conçoit quelles difiicultés durent arrêter 
le vainqueur, quand il fut question de se rendre par la ligne la plus courte, 
c'est-à-dire à travers le désert, au-devant de l'armée des beys, de prévenir 
leur attaque par une de ces manœuvres hardies qui ont immortalisé le 
grand capitaine. Faire franchir une mer de sable par une armée de Fran- 
çais, pour la première fois, avec de la cavalerie et de l'artillerie, sans pro- 
visions de vivres et de fourrages suffisantes, sans guides sûrs, sans eau 
surtout, était une entreprise bien téméraire; et, pourtant, le salut de 
l'expédition dépendait d'un coup de main hardi et d'une prompte réso- 
lution. Dans ces circonstances critiques, l'expérience et les lumières de 
Venture furent d'un secours précieux. Comme les chefs des tribus arabes, 
principalement de la puissante tribu des Aoulad-Aly, s'étaient présentés 
devant le général en chef, et que personne ne savait quelles étaient leurs 
vraies dispositions, l'inquiétude était grande et partagée par le général lui- 
même, lorsque Venture se mit promptement en rapport intime avec les 
Arabes. Il expliqua clairement au général que ces hommes n'avaient point 
en ce moment d'intentions hostiles; loin de là, qu'ils venaient lui proposer 
leurs chameaux, leurs bestiaux, des outres chargées d'eau, des guides pour 
le désert, enfin tout ce qui pouvait assurer une niarche prompte de l'ai'mée 
jusqu'aux rives du Nil; on sait le reste. C'est alors qu'on vit tout ce que peut 
un homme de cœur et de talent pour le succès d'une entreprise difficile. 



' Je trouve dans sa réponse à Charles Lacroix, une expédition secrète. Son dévouement ne lui per- 
ministre des relations extérieures , les expressions met pas de faire la moindre réflexion sur son âge 
suivantes-, elles méritent d'être conservées ici: «Le sexagénaire et il ne consulte que le désir de pou- 
gouvernement vient de donner l'ordre au citoyen voir être utile » 



Venture de se rendre à Toulon pour partir avec 



B. 



XI, NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR L'AUTEUR. 

Après la victoire, il ne cessa de travailler, pour sa part, à la formation, à 
la consolidation du nouvel établissement français. Qui pouvait mieux y 
réussir que celui qui avait fait en Egypte deux séjours et y avait résidé huit 
années? Il connaissait si bien les différentes classes de la population, les 
agents publics, les Coptes, les effendis, les chefs de la rehgion, les maisons 
de beys et de kachefs, c'est-à-dire leurs familles restées au Kaire ! Cette 
ville opulente contenait beaucoup de richesses et d'objets précieux que les 
mamlouks y avaient laissés en émigrant ; il fallait en assurer la propriété au 
trésor. L'impôt en deniers et en nature n'était pas moins important à régler; 
il en était de même des comptes à exiger des anciens fonctionnaires. Venture 
était consulté sur toutes ces opérations et sur bien d'autres dans le détail 
desquelles je ne puis entrer. J'ai entendu dire au célèbre et savant général 
CaflFarelli-Dufalga, qu'il ne connaissait pas d'hommes plus utiles à l'armée 
d'Orient que Ventura et Conté. 

A ce dévouement patriotique, à ces talents rares, dire qu'il joignait un 
désintéressement parfait, c'est compléter le portrait de cet homme remar- 
quable. L'Institut d'Egypte l'appela dans son sein. S'il n'eut pas le loisir 
d'y lire des mémoires, c'est qu'il était absorbé par un service de tous les ins- 
tants. Le général Bonaparte, qui lui témoignait la plus haute considération 
et le consultait souvent, ne pouvait se passer de lui presque un seul moment ; 
et, quand il résolut l'expédition de Syrie, il s'en fit accompagner. Tombé 
malade de la dyssenterie au siège de Saint-Jean d'Acre, Venture fut trans- 
porté, sur sa demande, au couvent de Nazareth, dont il connaissait les 
religieux de longue date; puis, lors de la retraite de l'armée, il revint 
au camp français, porté sur un brancard. Pendant la marche, il expira; 
c'était au mois de mai 1799'. Il n'avait encore que cinquante-neuf ans; le 
ciel mit fin trop tôt à cette belle vie , plus pleine de services que d'années "^. 

Sa fin précoce excita les plus vifs regrets dans l'armée. Il joignait à un 
pi'ofond savoir, à une expérience consommée, une activité infatigable, une 
rare franchise et un noble caractère. Il était bon et généreux; à chacun 

' Le fidèle serviteur qui l'accompagnait en Syrie, connaître par de savants ouvrages sur les langues 

et qui vit encore, fut chargé de rapporler'à M"" Ven- et les mœurs orientales , comme il s'est acquis une 

lure ses dernières dispositions. haute renommée par ses voyages en Orient et par 

11 eut pour successeur , dans ces fonctions dif- ses missions diplomatiques, 
liciies , M. Amédée Jauberl , qui , depuis , s'est fait 



NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR L'AUTEUR. xm 

de ses voyages, il avait soin d'assurer, par de généreuses dispositions, 
l'existence et le bien-être de sa famille. Il n'avait point de fds; il a laissé, 
outre sa veuve, qui vit encore, deux fdles\ qui sont mortes toutes les deux^. 
Marseille a , depuis longtemps, donné le nom de Venlure à une de ses rues; 
le nom de Paradis appartient depuis deux siècles à un quartier et à une 
très-grande rue de cette ville. 

Il me reste à citer, jDOur honorer la mémoire de Venture, un glorieux témoi- 
gnage; c'est celui de Napoléon. Je le transcris ici littéralement, d'après le ma- 
nuscrit de la campagne d'Egypte, dicté par le grand capitaine : « Le sultan 
Rebir (le général en chef de l'armée d'Orient) n'oublia rien de ce qui pou- 
vait les rassurer, leur inspirer de la confiance et des sentiments favorables. 
Il était parfaitement secondé par son interprète, le citoyen Venture, qui 
avait passé quarante ans à Constantinople et dans diflerents pays musul- 
mans. C'était le premier orientaliste d'Europe. Il rendait avec élégance, 
facilité, et de manière à produire l'effet convenable, tous ses discours ^ » 

La liste des ouvrages de Venture restés manuscrits est assez étendue; 
celle de ses écrits imprimés est plus courte; on connaît de ces derniers, 
1° plusieurs fragments insérés dans le Magasin encyclopédique, savoir : 
Discours de prééminence entre le vin et la boacjie, traduit de l'arabe [Mag. encycl. 
i'" année, 1796, 1. 1, p.i 16); Séance à Ramlé, traduit d'une des séances de 
Hharyry [ibid. 1 796, t. II, p. 2 79) ; et Anecdote sur le mariage d'Al-Mamoim avec 
Bourân, traduit par Venture etLanglès [ibid. 20"= année, i8i5, t. VI, p. i38) ; 
2° un aperçu de la route de Tripoli de Barbarie à Fezzan""; 3° Les pieux exploits 
d'Aroudj et de Khaïr-eddin, traduit de l'arabe [GazawatAroud,j we Klmir-eddin), 

' L'une d'elle a épousé, en 1793, M. P. Maie- d'avoir fait connaître la mystérieuse doctrine des 

szewki.mort en 1828, auteur de l'Essai historique Druzes; il avait recueilli dans le Liban, à la suite 

et politique sur la Pologne. Cet ouvrage posthume du pillaged'un de leurs villages par le pacha d'Alep, 

a été publié en i833 par sa seconde femme, ma- des manuscrits de leurs livres sacrés. C'est un hom- 

demoiselle Gartan de Coulon, en un volume in-S"; mage que rend à sa mémoire M. de Sacy, je crois 

Paris , 1 833. devoir consigner ici ses paroles : « Le Français dont 

' M. Léonard Chodzko,litérateur polonais juste- il est ici question est M. Venture de Paradis, 

ment estimé, a épousé l'une de ses petites-filles. drogman célèbre , mort dans l'expédition de Syrie, 

'On lit dans le journal d'Abd-er-RalimanGabarti, où il avait accompagné l'armée française 

homme qu'on ne peut soupçonner de partialité M. Venture composa un mémoire très-intéressant 

pour les Français : «Venture était un drogman du sur les Druzes et y joignit la traduction de leur 

général en chef. C'était un homme éloquent et catéchisme.» (Voyez la note 1, pagesuiv.) 
aimable ; il possédait parfaitement le turc, l'arabe, ' Cet écrit est cité par J. Lalande [Mémoire sur 

le grec , l'italien et le français. » On doit à Venture Vintérieurdel'Afnque, Paris, an m, pag. 32) ; depuis, 



XIV TMOTICE BIOGRAPHIQUE SUR L'AUTEUR. 

1 vol. in-fol. C'est l'histoire des deux Barberousse d'Alger, ouvrage récem- 
ment publié par MM. Ferdinand Denis et Fr. Fiang,sous le titre de Fondation 
de la régence d'Alger, histoire des Barberousse , chronicjue arabe duxvi" siècle, i vol. 
in-8°, iSSy; [x° Mémoire -pour servir à l'histoire des Druzes, peuple du Liban, 
publié à Londres, en anglais, en 1786, comme une traduction. Le manus- 
crit de cet ouvrage de Venture, conservé à la Bibliothèque royale, est écrit 
d'une autre main que la sienne et plus étendu. Il est singulier qu'il ait 
paru , pour la première fois , en langue anglaise : c'est ce qu'on lit dans le 
mémoire de M. de Sacy sur le culte du veau chez les Druzes. Il a paru 
ensuite en français dans les Annales de la géographie et des voyages'. 

Ses ouvrages manuscrits sont les suivants , d'après la liste que j'ai formée 
à la Bibliothèque royale ^; ils sont tous autographes. 

1° Passe-temps chronologicjue et historicjue, ou coup d'œil récréatif sur les rennes 
des khalifes, des rois, des sultans d'Egypte, de la composition du cheykh, le 
plus docte des docteurs, Yousef ben-Meryi, natif de Jérusalem, de la doctrine 
d'Hanbal, 1 vol. in-fol. (Je possédais au Kaire cet ouvrage en manuscrit, et 
je l'ai mis à profit dans ma Description du Kaire) ^. 

2 ° Tableau de l'Egypte, ou abrégé géographique et politicjue de l'empire des 
Mamlouks , par Khalil-ibn-Schahin-al-Zairé, visir du Sultan Barsebaï, 
traduit de l'arabe, in-fol. 

On y trouve la fameuse lettre du khalife Omar à Amrou-ben el-A's sur 
l'état de l'Egypte, et la l'éponse d'Amrou. 

3° Kitab al-Djeman, abrégé d'histoire universelle, par Abou Abdallah 
Seïd al-Hardj Mohammed el-Andalousi, traduit de l'arabe, in-/i°. 

4° Halvet el-kumit, la douceur du vin .... par Chems el-dyn abou-'abd- 
allah Mohammed el-Nowadji, 1 vol. in-fol. traduit d'un manuscrit arabe 
de la Bibliothèque nationale. Le sujet est un récit anecdotique. Sur l'auto- 



Langlès l'a publié à la suite de la traduction du 
Voyage de Hornemann, pag. 45 1 à 463. 

' Mémoires de la classe d'histoire et de littérature 
anciennes, 1818, tom. III, p. 80 et suiv. Ann. des 
Voyages, tom. IV, pag. 325, année 1808. 

' Dans la Biographie des contemporains , supplé- 
menl, tome V, une lisle a été donnée àl' article Ven- 
ture, mais incomplète; cette liste étant complétée ici, 
j'espère qu'elle ne sera pas déplacée, ni regardée 



comme superflue. J'ai puisé à cette source quelques 
faits biographiques, en ayant trouvé plusieurs autres 
d'accord avec les papiers de Venture, mes propres 
souvenirs et mes notes. Les papiers que cite l'auteur 
de l'article comme étant en ma possession, sont 
ceux que je tiens de M. Suard. 

' Description de la ville da Kaire, in-fol. pag. 88, 
et Description de l'Egypte, état moderne, tome II 
( 2° partie ) , pag. 666. 



NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR L'AUTEUR. xv 

graphe de Venture, une main qui paraît être la sienne a ajouté ces mots : 
«traduit par Victor Porta;» toutefois, ce n'est pas une simple copie; l'au- 
tographe est souvent raturé par Venture, et celui-ci rapporte des passages du 
texte un grand nombre de fois. Il n'est pas présumable que Venture n'eût 
fait que copier la traduction d'un autre et un volume in-folio tout entier. 

5° Pièces à la suite du mémoire ci-dessus pour servir à l'histoire des Druzes, 
restées inédites, savoir : trois Extraits traduits des livres de Hamzah, fils d'Aly, 
prophète des Druzes, 65 pages in-fol. et Traduction littérale d'un catéchisme, par 
demandes et par réponses, contenant la doctrine des Druzes, 33 pages. 

6° Grammaire berbère (in-fol. autographe). 

7° Dictionnaire berbère (in-fol. deux copies, aussi autographes). Ces deux 
derniers ouvrages sont ceux que la Société de géographie a fait imprimer 
et qui sont sur le point de paraître; malheureusement, ils sont restés comme 
perdus pour le monde savant, pendant plus d'un demi-siècle, tandis qu'ils 
auraient pu contribuer à ouvrir au commerce, ainsi qu'aux sciences, une 
des portes de l'Afrique centrale. 

Il existe encore de Venture , en manuscrit , à la Bibliothèque l'oyale , 
parmi les papiers de l'abbé Raynal, plusieurs opuscules: i° des réponses très- 
étendues aux questions de Raynal sur Tripoli, Tunis, Maroc, Alger et sur 
la Barbarie en généraP : ces fragments se rapportent à autant de mémoires de 
Raynal sur toutes les régences; 2° des recherches sur divers sujets, parmi 
lesquels je signalerai surtout, comme importantes, des notions sur l'Atlas et 
le Sahara, renfermant six itinéraires de l'Afrique septentrionale , que Venture 
tenait des deux Marocains, Ben Ali et Abd-el-Rahmân, qui étaient à Paris en 
1 788 ; 3° des notions particulières sur les Berbères et les Chulouhs, le tout 
formant 173 pages in-fol. Venture a fourni aussi des matériaux pour un 
grand mémoire de Raynal sur la compagnie d'Afrique. 

La famille de Venture possède des pièces et des notes curieuses sur 
l'époque du fameux Aly-Bey, sur l'ambassade de Seid Aly-Effendy au- 
près du Directoire de la République française, sur les Coptes d'Egypte, sur 
les Druzes, sur le port d'Alexandrie, sur le commerce de la mer Rouge; des 

' Les mémoires mêmes ont été publiés par posthume de G. T. Raynal, augmenté d'un aperçu 

M. Peuchet dans l'ouvrage intitulé : Histoire philo- de l'état actuel de ces établissements et du com- 

sophique et politique des établissements du commerce merce qu'y font les Européens , etc. 2 vol. in-8°, 

des Européens dans l'Afrique septentrionale , ouvrage Paris, 1826. 



XVI NOTICE BIOGRAPHIQUE SUR L'AUTEUR. 

parties de sa correspondance avec Volney et avec plusieurs ministres, 
M.deSartine, le maréchal de Castries, M. de la Luzerne, le comte de Saint- 
Priest, M. de Loménie, M. de Talleyrand, Charles Lacroix, etc. des anec- 
dotes et autres fragments traduits de l'arabe; un fragment sur l'expédition 
de Charles-Quint à Alger; différentes pièces diplomatiques, et des notes 
sur Alger et son gouvernement, ainsi que sur le commerce de la Barbarie. 
Il se trouve aussi dans ces papiers un écrit intitulé : Notices et extraits d'un 
ouvrage intitulé : Diwan-al-ssabbet, traité sur l'amour, de la composition de 
Ibn Ebi-Hageli, écrit vers l'an 760 de l'hégire, 96 pages in-fol. Venture a 
ajouté sur le titre les mots suivants : « traduit par Victor Porta, n" i46i, au 
Vatican '; » mais cette copie (si toutefois c'en est une) est toute chargée de 
corrections et de citations du texte arabe. 

JOMARD, 

Ancien commissaire du gouvernement pour la publication 
de la Description de XÈ^ypte. 

N. B. On a faussement accusé Langlès, l'un de nos honorables fondateurs, d'avoir dissi- 
mulé la source de la notice qu'il a donnée sur la langue berbère; car c'est en ces termes 
qu'il s'exprime : « Comme j'ai extrait cette notice des papiers de mon respectable et savant 
ami et collègue feu le citoyen Venture, c'est lui que je vais laisser parler -. » 

Au contraire, on a selon moi de grandes obligations à Langlès d'avoir appelé l'attention 
sur les manuscrits de Venture relatifs au berbère , et d'avoir émis le vœu qu'on les mît en 
lumière. «Les savants, dit-il, regretteront, sans doute, qu'un si précieux ouvrage, qui a 
coûté à son auteur de longues fatigues et une somme d'argent assez considérable, semble 
condamné à un éternel oubli '. » 

J'ajouterai que Langlès fit des démarches directes auprès du gouvernement pour ob- 
tenir l'impression de l'ouvrage, témoin ses lettres à M. Portai, ministre de la marine. Plus 
anciennement encore, Volney avait exprimé le même vœu*. Plusieurs savants se sont aussi 
occupés de cet ouvrage à des époques plus ou moins reculées; ils avaient même songé à le 
compléter à l'aide de documents récents : c'est un but qui sera atteint, on a lieu de l'espé- 
rer, par fimportant travail sur le Berbère, dont M. le ministre de la guerre a ordonné la 
publication ^. La Société de géographie a cru devoir publier la grammaire et le dictionnaire 
de Venture sans y apporter de changement. J-D. 

' On cite encore, comme étant de Venture, des ° Voyage de Frédéric Hornemann, pag. Ai3, 

• notes sur les oasis, sur les Mckamât ou Séances de Paris, an xi (i8o3). — ^ Ibid. pag. 4o4. 

Hharyry, sur l'étude des langues orientales et les ' Note de Volney en tête du Dictionnaire ber- 

jeunes de langues. J'ignore ce qu'elles sont deve- bère, première copie. 

nues; on ne les retrouve ni dans les papiers de ' Décision du 22 avril 18/12. Voyez le Moniteur 

l'abbé Baynal, ni dans ceux de la famille. du 21 mai i842. 



PRÉFACE DE L'AUTEUR'. 



Quelle est l'origine de cette langue que l'on parle depuis les montagnes 
de Sous, qui bordent la mer Océane, jusqu'à celles de Meletis, qui domi- 
nent sur les plaines de Kaïrowan, dans le royaume de Tunis? Cette langue, 
à quelque petite différence près, est aussi celle que l'on parle dans l'île de 
Girbé, à Monastyr et dans la plupart des bourgades répandues dans le 
Sahara, entre autres dans celles de la tribu des Beni-Mozab. Est-ce un idiome 
dérivé de la langue punique? Je laisse aux savants à décider la question. 
Ils pourront le faire aisément avec le secours du vocabulaire dont je leur 
fais l'offre, vocabulaire que j'ai composé et vérifié sur les lieux mêmes, et 
que je puis assurer être exact. ^^ 

Plusieurs voyageurs ont déjà donné une idée de cette langue, mais ils 
ne se sont pas assez étendus pour qu'on puisse en juger parfaitement. Le 
docteur Shaw , dans ses voyages ; M. Georges Hirt , Danois , dans une Re- 
lation de l'empire de Maroc, écrite en allemand; et M. Chénier, dans ses 
Recherches sur les Arabes, ont composé quelques vocabulaires, dont le plus 
volumineux comprend à peine cent cinquante mots; et encore, faute de 
pouvoir bien s'entendre avec ceux qu'ils interrogeaient, ces vocabulaires 
sont remplis de méprises , indépendamment des sons qui ne sont pas ren- 
dus avec exactitude. Par exemple, M. Hirt nomme la lune ayour; mais ayour 
n'est que le mois lunaire; la lune se nomme tiziri. Azal, selon lui, est le 

' A l'époque de la composition de cet ouvrage , lire renferme quelques inexactitudes. Nous n'avons 

on ne possédait qu'une connaissance imparfaite de cru devoir néanmoins rien changer au texte de 

la géographie des contrées dont se compose l'Ai- notre auteur, persuadé que des personnes mieux 

gérie, des principales tribus berbères et du système à portée que nous ne le sommes de rectifier les 

grammatical de la langue parlée par ces peuples. erreurs dont il s'agit, suppléeront facilement à notre 

H n'est donc pas étonnant que la Préface qu'on va silence à cet égard. [Note de M. P. A. Jaulert.) 



xvm PREFACE DE L'AUTEUR. 

jour; mais azal n'est que le moment précis qui divise en deux parties égales 
le temps écoulé entre le lever du soleil et l'heure de midi, comme Yasser est 
l'heure intermédiaire entre midi et le soleil couchant. Le jour proprement 
dit est was; ainsi du reste. 

Le fond de la langue berbère n'est que le jargon d'un peuple sauvage; 
elle n'a pas de termes pour exprimer les idées abstraites, et elle est obligée 
de les emprunter aux Arabes. L'homme n'est pas sujet à la paresse, à la 
mort; il est paresseux, il est mort; le pain n'a pas de rondeur, il est rond. 
La langue de ces peuples ne leur fournit que des termes concrets pour 
exprimer des qualités unies à leurs sujets, et c'est autant qu'il en faut à des 
hommes que la tyrannie des plaines oblige à vivre isolés dans leurs mon- 
tagnes, et que la jalousie et l'intérêt mettent toujours en guerre avec les 
habitants des montagnes voisines. 

Les Berbères n'ont aucune conjonction qui réponde à notre et, et les 
parties de l'oraison ne sont pas liées. Pour dire : il hoit et il mange, ils disent: 
il boit, il mange. L'habitude leur apprend à faire des phrases courtes pour 
exprimer leurs sensations, bornées presque aux seuls besoins des animaux. 
Ils ont cependant le gui et le gue (wein) et la particule cs i, répondant à notre 
il, qui aident leurs narrations et les empêchent d'être obscures. 

Tous les mots relatifs aux arts et à la religion sont empruntés de l'arabe; 
ils leurs donnent une terminaison berbère, en retranchant farticle et en 
mettant au commencement un i^ t, et un autre t ou nit à la fin. Par 
exemple, el mutehhel, en langue barbaresque, signifie^HsiV; les Berbères en 
feront temnhhelt, ou temukhhalnit. Macas, en arabe, signifie ciseau; ils diront 
temacast, ou temacasit. 

Ils empruntent aussi de l'arabe les épithètes qui leur manquent, et 
ils les habillent à la berbère, en les faisant précéder de la syllabe cla ia. 
Cadim, en ancien arabe, sera dacadim en berbère; raguicj , maigre, da- 
racjac, etc. 

Les mots vraiment originaux de cette langue sont les suivants, et ceux de 
cette classe : l>-«y^l islimera, malgré; !;j-3 thoura^, maintenant; j^àsU! ath ma- 
theniou, mes frères; Là! mon frère; liJJ oueltma, ma sœur; ^abl j^ïil eddedough 
adadagh, '^e \iens acheter; (j^j^j-î theoulawiz, les femmes; l^j| ijka, un 

Ce mot, probablement d'origine italienne, n'est autre que ora, « à cette heure. » {Note de M. P. A. J.) 



PRÉFACE DE L'AUTEUR. xix 

peintre; cK!j>«!i da ghouzil, un orphelin; cr^i^ outchi, le manger; c:»;^ tegiie- 
mart, jument, etc. Ils n'ont maintenant point d'autres caractères, pour écrire 
leur langue, que ceux des Arabes, auxquels ils ajoutent trois lettres per- 
sanes qui manquent à l'alphabet arabe, le i) (jue, le J je, le ^ tcMn. Mais 
comme la plupart de leurs montagnes ont toujours été inaccessibles aux 
conquérants de l'Afrique, il n'y aurait rien d'extraordinaire à rencontrer 
chez eux quelques livres écrits en caractères originaux qu'ils ignorent, 
s'il était possible de parcourir l'Atlas sans danger. Cependant, toutes mes 
recherches à ce sujet, dans les lieux où j'ai été à portée d'avoir quelques 
relations, me laissent peu d'espérance. 

Quoique leur religion soit l'islamisme, il y a très-peu de personnes parmi 
eux qui sachent l'arabe; les marabouts leur expliquent l'Alcoran dans leur 
langage, et les prières du peuple, comme parmi les nègres musulmans, se 
bornent, en général, à la profession de foi, la seule chose nécessaire, dans 
leur croyance, pour être sauvé. L'avantage qu'ont leurs marabouts de savoir 
un peu lire et écrire et de parler l'arabe, leur donne le plus grand crédit, et 
ce sont eux qui commandent dans la plupart de ces montagnes. Les peuples 
qui parlent cette langue ont divers noms ; ceux des montagnes qui appar- 
tiennent à Maroc se nomment Chuluhs. Ceux qui habitent dans les plaines 
de cet empire sous des tentes, à la manière des Arabes, se nomment Ber- 
bères, et ceux qui vivent dans les montagnes d'Alger et de Tunis se nomment 
Gabayles ou Gébalis. 

Dans l'empire de Maroc, et surtout dans le royaume de Sous, il y a des 
tribus berbères très-puissantes et en état de se défendre contre les armées de 
l'empereur. 

Les montagnes les plus considérables des Cabayles , dans le royaume d'Al- 
ger, sont les suivantes, dans la province de l'Est : 

Zevawa, à deux petites journées de Bône. Il y a dans cette montagne 
cent villages, grands ou petits, comprenant depuis dix maisons jusqu'à cent 
et cent cinquante. C'est une peuplade puissante qui est en paix avec Alger, 
et qui n'a jamais pu être soumise. 

Batroun , séparée de Zevawa par quelques plaines et quelques vallons , 
paye tribut au bey de Constantine. On y fait de la poudre à canon et beau- 
coup de fausse monnaie. On y travaille aussi le fer et on y fait des épées 
larges et longues à l'usage de tous ces peuples. 



XX _ PRÉFACE DE L'AUTEUR. 

Felissah ou Mellil, située à quatre lieues à l'ouest de la montagne de 
Zevawa. 

El-Monattaca , séparé par un simple vallon de Felissah ou Mellil. Les tri- 
bus de Felissah ou Mellil et d'El-Monattaca, réunies, ont résisté pendant 
trois ans consécutifs, sous le règne du dey Baba Ali, à toutes les forces des 
Algériens, qui ont été ensuite forcés de leur accorder la paix. Elles payent 
une très-légère imposition au caïd de Sebou. Mais le plus riche cultivateur 
de ces montagnes paye, au plus, environ dix sous de notre monnaie, soit en 
fruits, soit en argent. 

Felissat el-Baher, sur le bord de la mer, entre Begiajé (Bougie) et le col. 

Ben Genad, près de Dellis. 

Les montagnes qui sont à l'entour de la Mitidja, vaste plaine auprès 
d'Alger, sont: Zerkev\ra, Gergera, Bouzdin. 

Sur les confins du Sahara, en approchant de Biscara, lieu de garnison 
algérienne, sont les montagnes de Koukou, qui renferment un peuple 
immense qui n'a jamais été entamé. 

Dans la province de l'Ouest, on rencontre les montagnes de Lerhat, près 
de Sidi Ferouch, Chenwa, Béni Hewa, Béni Farahh, Béni Menât, Béni 
Manassar, Bountifoux. El-Berkami est le nom des marabouts héréditaires 
qui y commandent. Dans la province du Midi sont les montagnes de Béni 
Salah, Béni Meça'oud, Mouzaya. 

Les Turks ne pénètrent jamais dans ces montagnes, et les peuplades qui y 
sont rassemblées ne payent tribut au gouvernement que lorsque la faim ou 
des raisons de convenance les obligent d'en descendre, soit pour cultiver 
des plaines voisines, soit pour se débarrasser du superflu de leurs denrées, 
soit enfin pour avoir la faculté de fréquenter les villes et d'y gagner leur pain 
en louant leurs services. Tous ces montagnards ne sont partout que le même 
peuple: à Alger, à Maroc, à Tunis, ce sont les restes des Carthaginois, des 
Romains, des Grecs, des Vandales. Ils parlent tous la même langue, à quel- 
ques différences près qui ne les empêchent pas de s'entendre. Presque tous 
ignorent l'arabe. Ils portent leurs cheveux coupés en forme de calotte, du 
milieu de laquelle pend une touffe; ils vont tête nue ; la plupart n'ont que 
la moustache et pas de barbe. Les femmes ne se couvrent pas le visage. Ils 
sont très-vindicatifs, et les habitants de deux montagnes voisines sont tou- 
jours en guerre. Leurs chefs, qui sont le plus souvent ministres de la reli- 



PRÉFACE DE L'AUTEUR. xxi 

gion, ne peuvent les punir que par l'amende, mais jamais par la prison ou 
par la mort. Ils professent tous la religion musulmane mêlée de beaucoup de 
superstitions. Lorsque l'ârcli ou la tribu est en guerre, c'est un crime que 
de rester à la maison. L'enfant en âge de puberté est forcé d'aller au com- 
bat. Il n'y a pas de pleurs ni de deuil pour un homme mort en combattant 
pour la cause commune. 

Les garnisons que les Algériens ont dans le Sahara sont à Biscara, à Ta- 
bella, à Sour et à Gouzlan. Les Béni Mozab ont de la déférence pour ces 
troupes étrangères, mais ils ne souffrent pas de garnison dans leurs bour- 
gades, et le gouvernement d'Alger n'a jamais pu les soumettre parce que 
leur pays est séparé, par un désert aride de plusieurs jours de marche, 
des confins du Sahara. Les cheikhs de leurs villages portent à Alger de 
légers présents. En revanche, les Mozabis jouissent de certains privilèges. Ils 
ont les boucheries, les bains publics, la vente des légumes et l'échange de la 
petite monnaie. Ils entretiennent des liaisons directes avec le Tounbouctou , 
et ils y font le commerce des esclaves noirs, qu'ils viennent vendre à Alger. 
Il vient aussi à Alger des nègres, amenés par des marchands de Maroc, qui 
les apportent à Betmenars. Les Algériens en envoient annuellement en Tur- 
quie de huit cents à mille. Leur prix, à Alger, est de trois cents livres ou de 
trois cent cinquante livres tournois. 

Les Laghwat i^!^ sont des peuples du Sahara plus à portée de Mascara. 
Ils sont indépendants. Le bey du Ponant fait de temps en temps des incur- 
sions dans leurs villages, et il y fait un butin considérable. Ils sont à huit 
ou dix journées du marché de Mascara. Les Laghwat passent pour des 
hommes infatigables à la course. 

Les Béni Mozab sont hérétiques, suivant les mahométans. Ils suivent 
la secte d'Ali. Ils ne peuvent faire leurs prières qu'après avoir ôté leurs 
culottes et s'être purifiés dans toutes les parties du corps. Ils parlent 
un dialecte de la langue des montagnards, et ce même dialecte se parle 
à Gerbéet , à Monastyr, lieux où l'on professe les mêmes principes de 
religion. , 

Les montagnards de l'Atlas ne connaissent pas l'usage du linge. Un simple 
manteau de laine à capuchon et un morceau d'étoffe de laine qui leur couvre 
le coi'ps depuis le nombril jusqu'aux talons, forment tout leur habillement. 
Le reste du corps est nu sous le bernons. Les femmes n'ont qu'une haïke 



XXI. PREFACE DE L'AUTEUR. 

dont elles s'enveloppent et qu'elles assujettissent par le moyen de deux 
agrafes qui posent sur leurs épaules. 

Leurs maisons consistent en un rez-de-chaussée et une cour plus ou 
moins carrée, à l'entour de laquelle sont deux ou trois appartements dont 
un est spécialement destiné à renfermer les provisions de l'année. Les mai- 
sons sont bâties avec de la terre et des briques cuites au soleil , et elles sont 
tapissées, au dehors, de bouze de vache; ce qui empêche la pluie de les 
démolir. Elles sont couvertes de terrasses. 

Ces peuples ne connaissent pas l'usage des serrures, pas même de celles 
en bois dont on se sert en Egypte et en Syrie. Leurs portes ne peuvent se 
fermer qu'en dedans, par le moyen d'une barre de bois, de sorte qu'il 
reste toujours quelqu'un à la maison pour la garder. Il y a aussi beaucoup 
de ces montagnes où l'on ne connaît pas les briquets ni l'amadou. Ils con- 
servent du feu, et, lorsqu'il s'éteint, ils vont en chercher à la maison voi- 
sine, et quelquefois au plus prochain village. Ils ne s'éclairent, pendant la 
nuit, qu'avec du bois allumé, et ils n'ont ni lampe, ni chandelle. 

Leur industrie consiste, en général, à fabriquer, avec la laine de leurs 
moutons, les bernons et les haïkes dont ils se revêtent; des nattes, qui leur 
servent de sofa et de lit; de la poterie très-grossière et des gamelles de 
bois. Leur chaussure est faite avec une peau de bœuf qu'ils lient par des 
courroies à leurs pieds et à leurs jambes en forme de brodequins. 

Leur nourriture est très-simple et très-frugale. Des figues sèches, des 
raisins secs, de la grosse semoule, des fèves, du miel, du lait, des glands 
doux, des caroubes, des œufs, de l'huile d'olive ou de l'huile d'arghan, de 
la farine d'orge faite avec un moulin à bras, farine qu'ils font rissoler dans 
une marmite et qu'ils pétrissent avec de l'eau ou du lait : voilà à peu près 
tout ce qui compose leurs ressources. Ces moyens, quelque bornés qu'ils 
soient, suffisent à leur bonheur, parce qu'ils ne sortent pas de leurs mon- 
tagnes et qu'ils ne s'imaginent pas qu'il y ait des gens plus fortunés dans 
l'univers. 

La grande différence qu'il y a entre le dialecte barbaresque et celui 
de l'Egypte et de la Syrie , me paraît venir de ce que les Maures ont em- 
prunté beaucoup de mots de la langue berbère, comme les Berbères en 
empruntent beaucoup aux Arabes. 

Pour rendre ce dictionnaire plus utile, je l'ai expliqué, autant que j'ai 



PRÉFACE DE L'AUTEUR. xnm 

pu, en langue barbaresque, dont les mots ne se trouvent pas toujours dans 
les dictionnaires arabes, et je me suis servi toujours du mot vulgaire, 
pour que le voyageur puisse se faire entendre. 

Les Berbères, avant l'islamisme, étaient gouvernés par des rois de la 
postérité d'Oureb, fils de lounous, fils de Sedgliid, fils de Mazigh. 



GRAMMAIRE BERBERE. 



jïH 



GRAMMAIRE BERBERE. 



La langue berbère ne possède aucun terme abstrait; c'est l'Idiome d'un peuple 
sauvage qui n'a de mots que pour exprimer ce qu'il voit et ce qu'il palpe. Les 
Berbères empruntent aux Arabes tous les mots relatifs aux sciences, aux arts et à la 
religion, en ajoutant un i::» f au commencement et à la fin du mot. On a évité 
d'insérer ces mots dans le présent ouvrage, à l'exception des termes les plus 
usuels. Les Berbères n'ont aucune conjonction pour lier les parties du discours, 
comme et, mais; pour dire : Je bois et je ris, ils disent simplement : Je bois, je ris. 

CONJUGAISON. 

Nous commencerons la conjugaison par l'impératif, parce qu'il n'est composé, 
pour l'ordinaire, que de lettres radicales; en y ajoutant un ^ ghaïn à la fin, on a la 
1 "= personne du passé; pour la 2*= personne , on met un cj f au commencement; poiu- 
la 3^ un ts i; pour la i''' du pluriel, un y n; pour la 2\ un ^a (au commencement et 
un ^ m à la fin; pour la 3% un y n à la fin. Il faut observer que le prétérit est le seul 
temps bien précisé dans la conjugaison des verbes. Le présent se forme générale- 
ment en ajoutant la particule iî ad devant les modes du prétérit. Le futur prend 
aussi la même particule , et on ajoute quelque adverbe qui désigne un temps à venir. 

La manière de conjuguer les verbes est uniforme S et ce sont toujours les mêmes 
terminaisons. Les temps se bornent à l'impératif et au prétérit; car, en ajoutant 
aTouT devant le passé, on fait, le présent ou l'optatif, et en ajoutant au présent 
quelque adverbe qui marque l'avenir, on fait le futur. Au moyen des exemples que 
je donnerai, celui qui feuillettera le vocabulaire berbère avec un peu d'attention, 
saisira bientôt la marche de la conjugaison. 

La lettre ^ gh, ajoutée à la 2' personne de l'impératif, forme la 1" personne du 

singulier du prétérit. 

EXEMPLES: 





IMPÉRATIF. 






PASSÉ. 




Fais cuire. 


Subb. 




J'ai fait cuire. 


Subbagh. 


ÛAW 


Triomphe. 


Erni. 


à;' 


J'ai triomphé. 


Ernigh. 




Cherche. 


Fond. 


Iji 


J'ai cherché. 


Foiidagh. 


t='>' 


Trouve. 


Oufi. 


ij' 


J'ai trouvé. 


Oufigh. 





' Cette assertion est contredite par le témoignage de sidi Ahmed Taleb, de Bougie. [Note de l'éditeur.) 



GRAMMAIRE BERBERE. 



Quand la i" lettre de l'impératif est un i élif, cet élif est souvent élidé; mais la 
règle n'est pas générale et il n'y a que l'usage qui puisse l'apprendre. 

EXEMPLES: 

I.MPRRATIF. PASSÉ. 

Esker. 



Fais. 
Laboure. 



jjCwi 



Ëknz. 



.l'ai fait. 
J'ai labouré. 



Sekeragh. ?^*" 

Kerzcujh. fij^' 



L'élif \, qui est la première des lettres radicales de l'impératif, prend aussi 
souvent un j pour adoucir la prononciation du passé. 

EXEMPLE : 



Remplis (la jarre). Agham. 



s.) 



J'airempli (la jarre). Oaghmagh. ^-*.>' 



Pour adoucir ia prononciation de ce ghaïn ^ qui termine et qui désigne la i'' per- 
sonne au passé, on ajoute un i d par euphonie. 



J'airempli (la jarre). Ougkmagh. 
J'ai labouré. Kerzagh. 



■ EXEMPLES: 

O il j 






J'airempli (la jarre). Oughmacjhd. «XxSjl 
J'ai labouré. Kerzaghd. "^-s^y. 



"'Cette règle est générale dans les mots dont la dernière radicale est un ^ ghaïn. 

h: 

EXEMPLES: 





IMPERATIF. 






PASSE. 




Sors. 


Effagh. 




Je suis sorti. 


Efghaghd. 




Prends. 


Oavagh- 
-1 urtvnn , . 




J'ai pris. 


Oughagkd. 


JUèjt 



La 2^ personne du prétérit du singulier se forme en mettant un ii> t au commen- 
cement des radicales de l'impératif, et si c'est un élif qui est la i '"^ radicale , cet 
élif disparaît. On ajoute aussi un a d à la fin. 

EXEMPLES : 

C[\Amf3/ ^' PERSONNE DU PKETÉBIT AD SINGDLIER. 





IMPERATIF. 


c 


Fais. 


Esker. 




Triomphe. 


End. 




Retourné. 


Oughal. 




Pleure. 


Etserou. 




Prie. 


Zall. 


J'i 


Renverse. 


Saghli. 


J^ 



Tu as fait. 
Tu as triomphé. 
Tu as relourné. 
Tu as pleuré. 
Tu as prié. 
Tu as renversé. 



Tesekred. 

Ternid. 

Toughled. 

Tetseroud. 

Tezallad. 



a J 






W ^ 41 J 



u ^ J ^ 

TesagkUd. *XaX**mJ 



GRAMMAIRE BERBERE. 



La 3* personne du passé au singulier prend un .^ i à la place du ^ t qui désigne 
la 2° personne, et le d de la fin disparaît; ou, pour rendre la règle plus simple, 
il faut ajouter un j^ i à la première radicale de l'impératif. 







EXEMPLES: 








IMPÉRATIF. 






PASSÉ. 




Fais. 


Esker. 


jx:I,i 


Il a fait. 


lisker. 




Tourne. 


Ezzi. 


--? 


H a tourné. 


lizzi. 




Pile. 


Eddiz. 


•..t 


Il a pilé. 


liddiz. 




Pétris. 


Ough. 


y 


Il a pétri. 


lougha. 


^^. 



On doit prendre garde ici que l'e'/i/'ajoutéàla fin de ij! ough ne forme pas une ex- 
ception, et que l'on pourrait suppléer à cet 6/1/" par le simple/aiAa. La 1'^'' personne 
du pluriel au prétérit se forme en mettant un y «devant la i"'* radicale de l'im- 
pératif, et si cette T' radicale est un élif, il disparait. 







EXEMPLES: 








IMPÉRATIF. 






PASSÉ. 




Ris. 


Des. 


U-i 


Nous avons ri. 


Nedes. 


ij^J^ 


Fais. 


Esker. 




Nous avons l'ait. 


Nesker. 


:^ 


Cours. 


Ezzil. 


• 


Nous avons couru. 


Nouzze]. 




Coupe. 


Aghzim. 




Nous avons coupé. 


Naghzim. 


^>i 



La 2° personne du pluriel au prétérit prend un c:» devant la première radicale 
de l'impératif et un ^^ th à la fin de la dernière. 







EXEMPLES: 






IMPÉRATIF. 




PASSÉ. 




Fais. 


Esker. 


'Jl\ 


Vous avez fait. Teskerem. 


yyy,u y 


Habille-toi. 


Ils. 


JJI 


Vous VOUS êtes habillés. Telsem. 




Sors. 


Efagh. 




Vous êtes sortis. Tefgham. 




Rassasie-toi. 


Encoii. 




Vous VOUS êtes rassasiés. Terwem. 





La 3° personne du pluriel au prétérit prend un y n à la fin des radicales de 
l'impératif, et, lorsque ï élif est la i'* radicale, il s'élide; mais cette règle n'est pas 
générale , et il n'y a que l'usage qui en décide. 



GRAMMAIRE BERBERE. 

EXEMPLES: 





IMPÉRATIF. 






PASSE. 




Prie. 


Zall. 


Jb 


n a prié. 


Zallen. 


0^0 • 


Fais. 


Esker. 




Ils ont fait. 


Sekeren. 


Q|Xw 



On ajoute aussi, par euphonie, un ù cZ à la fin , comme : 

Zallend. 

Sekerend. iXj^ii^ 



Ds. ont prié. Zallen. (j^l; 

Ds ont fait. Sekeren. tl^^-*" 



«JOkMlj 



Cette conjugaison, unique pour tous les verbes, offre quelques variations moti- 
vées par l'usage où sont ces peuples d'indiquer avec précision le genre féminin. 

A la 3' personne du singulier au prétérit, lorsqu'il s'agit d'une femme, au lieu 
du t5 ! il faut mettre un cy t. 







EXEMPLES: 




1 ; 


Il a fait. 


lisker. 




Elle a fait. 


Tesker. 




Il a pu. 


lizmer. 




Hle a pu. 


Tezmar. 




Il a augmenté. 


lirnad. 




Elle a augmenté. 


Temad. 


« x«^ 
il>;j' 



La 2^ personne du passé au pluriel ajoute un ca < au ^^ m, lorsqu'il s'agit du 
genre féminin. 

EXEMPLES: 



Vous avez pétri (hommes). Toagham. ^y^^yi 

Vous avez torréfié [idem). Tezem. .yi}^ 

«s y 
Vous avez trait ( i'rfem ) . Tezighgham. ^y*^j^ 



Vous avez pétri (femmes). Toaghamt. oi5y> 

Vous avez torréfié ( idem). Tezemt. 






Vous avez trait [idem). Tezighghamt. OhSjJ 



La 3' personne du passé, au pluriel, ajoute un «^ f au y n. C'est précisément 
notre ent dans nos conjugaisons françaises. 



Ils ont fait. 

Ils ont ri. 

Ils ont balayé. 



Sekeren. 

Desen. 

Ennadan. 



EXEMPLES 



Elles ont fait. Sekerent. 

Elles ont ri. Desent. 

Elles ont balayé. Ennadant. 



u u ^ ^ 






GRAMMAIRE BERBÈRE. 7 

La 2^ personne du pluriel à l'imparfait est aussi distinguée lorsqu'il s'agit du 
genre féminin. 



EXEMPLES: 



Faites (hommes). Sekeret. 
Portez (idem). Erfidet. 



^^jSmiI 



jtXijt 



Faites (femmes). Sekerimt. ow«ji*y 
Portez (idem). Erfidimt. tiwoiXjiji 



La conjugaison entière d'un verbe éclaircira encore mieux les règles qu'on 
vient de voir. 





MASCDLIN. 


Fais. 


Esker. 


Fais, toi. 


Esker ketchini 


Faites. 


Sekeret. 


Faites, vous. 


Sekeret kumvi 




X:T^' 



IMPÉRATIF. 






FÉMI.NIN. 






Fais , toi. Esker kemmini. 45»-** J>*«l 

Faites. Sekeriml. aji^jSjm 

Faites, vous. Sekerimt kunemt. (jy«0 oi_«wJ»u. 









PARFAIT. 

MASCDLIN. 

J'ai fait. Sekeraghd ou - >Xf^J.Av 

Sekeragh. P-J^"*^ 

Moi, j'ai fait. Nekini sikeragh. yj^"^ (S-^ 

Tu as fait. Tesekrad. 

Toi, tu as fait. Ketchini tesekrad 

Il a fait. lisker. 

Lui , il a fait. Nithsa iisker. 

Nous avons fait. Nesker. 

Nous, nous avons fait. Nukni nesker. 

Vous avez fait. Teskerem. 

Vous , vous avez fait. Kunwui teskerem. 

Ds ont fait. Sekeren, sekerend. <Xj)Xiu- m>Xmi 

Eux , ils ont fait. Nuthni sekeren. UJ^ (S'^ 






FÉMININ. 



Kemmini tesekrad. 
Tesker. 
Nithsat tesker. 






Kunenti teskerem. 



Nuthenti sekerent. 






g ^ g..*.» 



GRAMMAIRE BERBÈRE. 







PRESENT. 








MASCDLIN. 






PÉMININ. 


Je fais. 


Adiskaragh , 
Adsekaraghad , 
















Adsekaragh. 






" 


Tu fais. 


Ateskerad. 








n fait. 


Adisker. 


Ateskar. 




Nous faisons. 


Adiwsker. 
Ateskerem. 








Vous faites. 


Ateskeremt. 




Hs font. 


Adsekeren, 
Adsekerend. 




Adsekerent. 


f ''<-'' /*• 



FUTUR. 



Je ferai demain. Adsekeragh azikka. 1^1 c^^X«ii:>) ou (^1 c>X«.i5 
Tu feras demain. Ateskerad azikka. ^j\ :a Jd>j \ 



Le futur se conjugue de même que le présent; il n'y a que l'adverbe azikka, ou 
tout autre, qui désigne le temps à venir. 



OPTATIF. 
Que je fasse , littéral, j'ai désiré faire. Nekini ebghih adsekeragh. 

Ketchini tebghid ateskerad. 



Que tu fasses. 

Qu'il fasse. 

Qu'elle fasse. 

Que nous fassions. 

Que vous fassiez (hommes 

Que vous fassiez (femmes 

Qu'ils fassent. 

Qu'elles fassent. 



Nithsa iibgha adisker. 
Nithsat tebgha alesker. 
Nukni nebgha adnesker. 
Kanwi tebgham ateskerem. 
Kunenti tebghamt ateskeremt . 
Niitlmi ebghan adsekerend. 
Nathenti ehghant adsekerent. 



w ^ w ^.m^ .y u y •g 



^m^ il .^ il^ U J 



V ^<-'' .*.- fa fa "^"^ fa •'.' 



GRAMMAIRE BERBERE. 



} 3 ^g 



M. Plaise à Dieu que je fasse, ?!«. lUha ouliou adsekeragh , ou j^l L_r_)t_> _ iJ_Sl-wi< ^}^ ^j^ 
mon cœur a désiré de faire'. lilha oui inek ateskerad. ' g^^»<_ ^ 



(l^^U ^y,^ U^ U J 



F. Plaise à Dieu que tu fasses. lilha oui inem ateskerad. i JC»*j) /Aj! J^i LÂj 

M. Plaise à Dieu qu'il fasse. lilhaouli's.oaoul ine's adisker. ^yXu*jit IJ<*àjI Jj' o" (J*^j' W^ 

F. Plaise à Dieu qu'elle fasse. lilha oui inetset atesker. Jmuo) cooaàjI JjI L(Jb 

M F. Plaise à Dieu qu« nous fassions. Elhan oui ennagh adnesker. JC»<Ji) iUj! Jjl ijUJl 

Ils disent aussi irrégulièrem' : Elhan oalawennagh adnesker. jj^^ji! iJojJjl (jUJi 

M. Plaise à Dieu que vous fassiez. Elhan oulennewen ateskerem. ^v-JC»»j) mjJ"' J_}I ^J^r" 

g ''<.^ ^^^ g — ^ "^ g .1 g ^g^ 

F. Plaise à Dieu que vous fassiez. Elhan oui ennewent ateskereml. c:A,^owC«go'1 c:uvul Jjt mU,-)! 

g • • • g,^ g • xgx g j g • gy 

M. Plaise à Dieu qu'ils fassent. Elhan oui ennesen adsekeren. y^jT^gii (j-"^' Jjl ijUr^' 

g «^ ^ ^ gy»^ g •yg^ gj g yg/- 

F. Plaise à Dieu qu'elles fassent. Elhan oui ennesent adsekerent . oiJjXwi) CiO>.K*j«j! Jjl mÛt^I 

g y^ g -'.^^ g .» y-^ g^ 

Prends garde de faire. £r themaouth ateskerad. iyj^,u*j) tujjLc jl 

gy^ g A'.m^ g j •• g •• 

Prenez garde de faire. Eret temaouth ateskerem. ^/yX«>«j! cj^Lff ca^l 



Le négatif se forme en mettant devant le verbe la particule jj' our ouji iver. 
On y joint aussi , comme en français, le pronom personnel ou le pronom démons- 
tratif; mais il n'est pas égal de mettre jjl our au lieu de wer ; j^ iver ne s'emploie 
ordinairement qu'avec le pronom. 



EXEMPLES: 

gyg y u j 



Ne fais pas. Our esker. j^^m] jj\ 

g -'^y g J 
Ne faites pas. Our sekerat. i^Smi jj\ 

g u j 

Ne dis pas. Our in. (J^' Jj' 

g u j 

Ne dites pas '. Our mit. ljm\ jj] 

Tous les verbes, en général, se conjuguent de même, et il n^y a aucune exception 
ni aucune variation. 

' Comme les Berbères n'ont pas d'infinitif, c'est le présent qui en tient lieu dans la construction. 
Voyez l'art, ne dans le dictionnaire, pour ne pas répéter ici tous les exemples qu'on y trouve pour 
servir de règles. 



10 GRAMMAIRE BERBERE. 

DES LETTRES. 

Les Berbères, pour écrire leur idiome, se servent de l'alphabet arabe, auquel 
ils ajoutent trois lettres persanes, le ^ schim, lejye, le 2) gué. 

Voici la méthode dont on s'est servi dans cet ouvrage pour rendre la valeur des 

lettres en caractères français : a, e, i, o. J4^' akbel, maïs; j-cj! izmer, mouton; 

^Jy>\j\ izameren , les moutons; y5X.»jl oghlan, les dents; y>-«î iman, un mdividu , 

une personne. 

tj B. — J'ai cru remarquer que tous les mots où entre cette lettre ne sont pas 
originairement berbères. 

cj T. — iji>ij^ tezoarin, du raisin. 

ci TH. — C'est le tinta des Grecs, comme il se prononce dans S-sés. Cette lettre 
est très-fréquente dans la langue berbère. 

\jy thoura, maintenant; .j*^'^' ethmathniou , mes frères; ijj^^^^^-f thmiadayn, les 
filles. 

~ DJ ou GiM. — (j^?^^' edjigiguen, ils ont quitté. 

_ H. — (j«^ u'y^^' ahdgiadjouen timis , la flamme. 

~ KU. — «*+^ khaliaa, viande salée et conservée dans l'huile. Les mots dans 
lesquels cette lettre se rencontre ne sont pas berbères. 
21 TCH. — t^^j' oatchi, le manger; ^ ketch, toi. 
> D. — ^ adoii, le vent; îji> dewa, dessous, 
i DH fort adouci. — <^i' adhi, moi ; »i)î^* adhak, toi. 
j R. — jjj ?t)ert!, un verger; j-*i' admer, poitrine; >^1;' aram, chameau. 

j z. — jyj' ez(Z2:ott, fleur. 

j J comme dans jolie, Jean, etc. — JjJ^ii daghoujil, un orphelin ; ^j^ej! eja- 
abouber, les entrailles. 

L)« s. cj^ ^"(, deux; cr-^ mimmis, son fils. 

^^ CH. — iji-*^' acchich, enfant; o-i^b taboucht, teton. 

^jD ss ou s. — '^MoXki timacasst, ciseau. Les mots dans lesquels on rencontre 
cette lettre ne sont pas d'origine berbère. 

t TH ou T double. — iajJ^ bellonth, gland; y^j^ thifirkhan, enfant. 



GRAMMAIRE BERBÈRE. 11 

]ô DH OU double î. — Les mots dans lesquels se rencontre cette lettre ne sont 
pas d'origine berbère. 

^ AÂ. — >^^ aâbbout, le ventre ; txJ_^*A^ tj*+^ mis temenaâoult, fils de prostituée. 

i GH. — C'est le gamma des Grecs. C'est la lettre qui domine dans la langue 
berbère , avec le thita. Les oreilles qui de bonne heure ne sont pas accoutumées 
à prononcer le ghaïn, croient entendre une r grasse, mais il existe une grande diffé- 
rence entre ces deux prononciations. ^^^1 edghagh, une pierre; |^j*' aghoulim, 
une peau. 

ci FA. — (j-yl efoas, main; o>4r»' afrioun, feuille. 

^^ c ou Q. — li-*' acli, nègre; y'^^' umoucran, un grand, un seigneur. 

li) K. — i\^^akal, terre, poussière; (^l^>' akai, tête; é'\ ahk, tout. 

i2J GU, GUE, GUI. — '-^j^ leguemert, jument; \ij^ tegaerfa, corbeau. 

u y y uy 

J L. — j^l elim, paille; l'>yJ lebda, toujours. 
^, M. — 1^1 imi, bouche ; ^ am, comme; ^jI^-* merarJùed, dix. 
y N. — ^Ji nizha, beaucoup, trop. 

) ou w. — J*' aghou, lait aigre; _y^y^iS aksoum, viande; y^ iwen, un; Ijy^Slj 
wadefirwa, l'un après l'autre. 

s H aspirée. — oUii^ theoadicht, une toupie. 
t5 I. — 45*^^ iAiWi, sueur; ^J-;' eired, un tigre, 
y LA. — Si ella, il était. 

DE LA DÉCLINAISON. 

Les noms, dans la langue berbère, sont indéclinables, mais leurs pluriels varient 
beaucoup : aussi, à cause de leur irrégularité, on a eu soin de mettre ces pluriels dans 
le dictionnaire. Quant aux cas, ils sont désignés par des prépositions qu'on trouvera 
dans leur ordre alphabétique. Les mots n'ont pas d'article qui réponde à notre le, 
la. La marque du genre est très-variée, mais je n'ai pas assez d'usage de cette langue 

pour en donner des règles sûres. Voici les prépositions dont on se sert : jl _ y' - y - 
^-V-*^ -jj - t#'. Lorsque j'ai voulu me servir indifféremment de toutes ces 
prépositions, on m'a fait sentir que je me trompais. Celles qui cependant sont le plus 
souvent employées sont les prépositions yl _ ^i _ cj. 



12 



GRAMMAIRE BERBERE. 



EXEMPLES : 
Emnaren thabourt. 






^Uub (^pMJMyMS 



« • «-' j 






«U».».} ^ 



IMW 



Le seuil de la porte. 

Les toisons de laine. Tliilisin en thadoiit. 

Chêne des sangliers. Thibouchichin n'ilfan. 

Le visage de l'homme. Acadoum ou wergaz. 

Gland des cochons. Bellouth gh'ilfan. 

Le dessus de la maison. S'oufella b'oakliam. 

Le cheikh de Felisen. Amoucran aghi Felisen. 

Les prépositions qui marquent le datif sont les suivantes : ^^ - u-i - (j^ -^ _ ts'- 

EXEMPLES: 
/ iverghaz. 

I themthout. 

Ghar oukham. 

h temazert. 

Ghi Meknes. 

S'akham. 

Il me serait impossible d'assigner le véritable lieu et place oii l'on doit employer 
plutôt une des prépositions qu'une autre; mais j'ai remarqué que dans la conver- 
sation tg! i et (j-î, is étaient celles qui revenaient le plus souvent. 

La marque de l'ablatif est la préposition g> zigh , ou la préposition v-*» ghaf. 

EXEMPLES: 

Zigh. thosirt. 

Zigh themdint. 
Ghaf werthi. 
Ghaf edrar. 

Les noms berbères dont la première radicale est un élif perdent cet élif dans 
la construction, et il se change en j ou, comme on aura pu le remarquer dans les 
exemples cités ci-dessus : 

Le visage de l'homme. Acadoum ou werghaz, j^j} j! M^bî 
au lieu de erghaz. j^j' 



A l'homme. 
A la femme. 
A la maison. 
A la ville. 
A Mekinès. 
A la maison. 



tr**^ ti' ulr*^' 



J -^ 



Du moulin. 
De la ville. 
Du verger. 
De la montagne. 



u u,w Qy 



GRAMMAIRE BERBÈRE. 13 

Les pronoms personnels, lorsqu'il sont régis par un verbe, se mettent après ce 
même verbe, comme en français; à l'exception, cependant, du pronom de la i '" per- 
sonne du singulier, qui est désigné par un ^£ i mis à la fin du verbe, et celui de 
la 3' personne du singulier, désigné par un y» s. 





EXEMPLES: 




Donne-moi. 


Efkii. 


^1 


Baise-moi. 


Soudeni. 


• J 


Je l'ai battu. 


Outaghth. 




On lui a donné. 


EJkane$. 


J^^\ 



Lorsque le verbe qui régit les mêmes pronoms personnels est négatif, ces pro- 
noms se joignent à la particule négative. 



EXEMPLES: 




Ne me bats pas. Ouri ouwit. 


J J 


Il ne nous battra pas. Oaragh iiivet. 


"^Si fjj' 



Mais les pronoms personnels, lorsqu'ils sont au datif, se mettent, devant le 
verbe qui les régit, de cette manière : 

A moi. Adhi. t^àt 

y 

A loi (masc). Adhak. lilli) 

A toi (fém.). Adham ou adhakim. _^^»j|ii) _ ^\i>\ 

A lui, à elle. Adha's lj"îi' 

A nous. Adhagh. é!iJ 

A vous (masc). Adhewen. Uj''^' 

A vous (fém.). ÂdKewent ou adakunt. cuÀjlit _ ciojiii 

A eux. Adhasan. y^lil 

A elles. Adhasent. ov.À*utit 

PRONOMS POSSESSIFS. 

i" pers. Inou. ^âjI pour le masculin et le féminin. 

2* pers. Inek. (iJuut idem. 



14 



GRAMMAIRE BERBERE. 

PRONOMS POSSESSIFS LIÉS A UN NOM. 



Mon livre. Kitabinou. 

Ton livre (masc). Kitabinek. 

Ton livre (fém.). Kitabinem. 

Son livre (masc. ). Kitabines. 

Son livre (fém.). Kitabineiset. 

Notre livre. Kitabennagh. 

Votre livre (masc). Kitabennewen. 

Votre livre (fém.). Kilabennewenl. 

Leur livre (masc). Kitabennesen. 

Leur livre (fém.). Kitabennesent. 









ur 






CXJyuùu3 



MANIERE DE COMPTER EN BERBERE. 



Un. 


Wan. 


o'> 


Deux. 


Thenat. 




Trois. 


Kerad. 


;i;r 


Quatre. 


Couz. 


V J 


Cinq. 


Siimmus. 




Six. 


Sedis. 


m y 


Sept. 


Set. 


u y 


Huit. 


Tem. 




Neuf. 


Dza. 


î)^ 


Dix. 

Onze. 


Merawed, ou, par 
contract. Meraa, 
lan demrau. 


y y y 
«) y «y ** ,^ 


Douze. 


Sin demrau. 


jy «y i« 


Treize, 


Kerad demraa. 




Quatorze. 


Couz demrau. 


3^ ti^ V ^ 



GRAMMAIRE BERBERE. 

Quinze. Summus demrau. 

Seize. Sedis demrau. 

Dix-sept. Set demrau. 

Dix-huit. Tem demrau. 

Dix-neuf. Dza demrau. 

Vingt. Sin demrawinin. 

Vingt et un. lan sin demrawinin. 

Vingt-deux. Thenat demrawinin nethnat. 

Vingt-trois. Sin demrawinin kerad. 

Vingt-quatre. Sin demrawinin coaz. 

..Vingt-cinq. Sin demrawinin summus. 

Vingt-six. Sin demrawinin sedis. 

Vingt-sept. Sin demrawinin set. 

Vingt-huit. 5m demrawinin tem. 

Vingt-neuf. Sin demrawinin dza. 

Trente. Kerad demrawinin. 

Trente et un. Kerad demrawinin ian. 

Trente-deux. Kerad demrawinin thenat. 

Trente-trois. Kerad demrawinin kerad. 

Quarante. Coaz demrawinin. 

Quarante et un. Couz demrawinin ian. 

Quarante-deux. Couz demrawinin thenat. 
Cinquante. ' Summus demrawinin. 

Cinquante et un. Summus demrawinin ian. 

Soixante. Sidis demrawinin. 

Soixante et un. Sidis demrawinin ian. 

Soixante et dix. Set demrawinin. 

Soixante et onze. Set demrawinin ian. 



15 






« «^ g -' B ^ w 

« ^ g^ ti .^ 

u •• g • y • « ''^^ 






o >" « .^ oy w j 



jUj (.îvj»! 



^« ^ « .» 



t* • g • w i^ 

g • g^ o 

g y u • g • g 

g ^ ux ti '' 

o • « y g • 



16 





GRAMMAIRE BERBERE. 










W -* & ^ 0^ 


Quatre-vingts. 


Tem deirirawinin. 






Quatre-vingt-un 


Tem demrawinin ian. 




yl> (JVj^i |»J 


Quatre-vingt-dix. 


Dza demrawinin. 




(jVjî^i Iji 


Quatre-vingt-onze. 


Dza demratoinin ian. 






Cent. 


Miiel. 






Cent un. 


Miiet ian. 






Cent deux. 


Miiet thenat. 






Deux cents. 


Thenat miiet. 




iCjyo cjUS' 


Trois cents. 


Kerad miiet. 




oy u y^ 


MiUe. 


Ifid. 




lij 


Deux mille. 


Thenat ifid. 




• •• 


Trois mille. 


Kerad ifid. 




41 ** tl • • 


Million. 


Merawed ifidan. 




ylvXj^ ^.slr* 






y 


y y y « • 


Cent millions. 


Miiet merawed ifidan. 


yU 





DICTIONNAIRE BERBÈRE. 



EXPLICATION 



DES ABRÉVIATIONS DONT ON S'EST SERVI DANS LE PRÉSENT OUVRAGE. 



Sing Singulier. 

PI Pluriel. 

Masc. Masculin. 



Fém Féminin. 

Imp Impératif. 

L Linnée. 



La lettre M désigne les mots qui sont parliculiéremenl en usage dans les états de Maroc , et dont les 
montagnards des régences d'Alger et de Tunis ne se servent pas. 

La lettre A désigne les mots qui tirent leur origine de Tarabe de Barbarie. 



DICTIONNAIRE BERBÈRE. 



















BEKBÈRE 








FRANÇAIS. 




ARABE. 






TRASSCIUT. 


FIGUUÉ. 








A 












A-AB 








A, AD , X LA. 


/, ghar. 


>-c.' 


Jl-Jj 






— comme signe du dalif. 


Se' , is' ghi. 


J U'I-U- 








Nous demandons à Dieu. 


Nethalib i rebbi. 


j,j tsj c_JUi> 








Donne à Thomme. 


Efki i wergliaz. 










J'ai dit à la femme. 


Nigh i temtboat. 










Au four. 


Gkar eïkoacké. 










A ia maison. 


Gkar oukham. 










Va vite à la maison. 


Eddoughiuel sé'ahhain. 


^.ilLtl. ^y^s- jiil 








A ia ville. 


h' temazert. 










Le sultan est allé à Meknës. 


Aghoallid idda ghiMek- 
nès. 










A, AD, dans la signification de sdb. 


Ghaf. 


^ 








Au visage de l'homme. 


Ghaf acadoum werghaz. 


C^Ujy^ u ^ 








— dans !a signif. de jusque. 


Et. 










D'ici à notre pays il y a loin. 


Esla er themouriennagh 
iguough el'hal. 










Abandonne, imp. 


Fil. 





"y ^ oy 






Il a abandonne'. 


Jfel. 


• 








J'ai abandonné. 


Felagh. 


^ 








Abeille. 


Tizizwa, tizwa. 


'iH' - 'x)-)^ 


^ 












3. 





20 



ABS-ACC 



FRANÇAIS. 



Absent (Il est). 

Le chat est absent de chez nous. 

Absinthe. 

Acanthe {Acanthas mollis, L.) 
Accepte, imp. 

J'ai accepté. 

Il a accepté. 
Accommode, apprête le manger, imp. 

Accommodons le manger. 

Je lai accommodé. 

Accommodons la viande dans la mar- 
mite. 

Accouchement. 
— difficile. 

Elle est accouchée. 

Je suis accouchée. 

Tu es accouchée. 

Vous êtes accouchées. 

Elles sont accouchées. 

La femme est accouchée d'un enfant 
mâle. 

Elle est accouchée d'un enfant mort. 



BERBERE 



Igfiab. 

Emchich ighah es ^hour- 
nagh. 



Damemmaï. 

Sabounié. 

Cabil. A. 

Cabilagh. 

lacbel. 
Sub imensi. 

En nesub imensi. 

Su.bgh.ath. 

Ad-nesab ou en -nesub 
aksoam digh tislit. 

Atarou. 
Usr il-nifas. 

Touroa , toarwed. 

Oarough, ouroughd. 

Touroa, tourwed. 

Tounvem. 

Oarant. 

Temthoat tourwed ac- 
ckich, 

Touroaian erauin moût. 















^ J 



5i 






V 



bi 



fi ^U J f J 

« U J n J J 

^AiJ-" - ijy 

o • j 



>jyj , c:>j 13_fc 



ARABE. 









Sà^, 



jjj^ «j^i 



ACH-AGA 



21 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE 


IRANSCIllT. 


FIGORÉ. 


Elle a éprouvé des douleurs dans son 
ventre ; elle veut accoucher. 


lomjhits ciioegea, diijh 
âhboaJi's telgh etsa- 
ro II. 


ou J 




Achète, toi, c. à d. mels-y le prix *. 


Aioagh ketchini sougli. 


i^ <s^ ^1^* 


'-^j '^J-^l 


J'achète. 


Adoughitjh, adaghagh. 


^ ^ ^ V • 




Ils ont acheté. 


Oaglian. 


(J^i^ 




Je vais acheter. 


Eddoagh aàaghagh. 


it ^ ^ Ù J u ^ 




Nous avons acheté cher. 


Nesagh sil'glmli, nou- 
gha sd'gliah. 






Acier. 


Tekir. 


> 




AcBE de terre, un arpent el demi 
environ; ce que deux bœufs peu- 
vent labourer en un jour. 

Affaire. 


Tékirzé en theiougku. 
Choughlat. A. 




y 

y j 


J'ai affaire. 


Dari choughlal. 


u y U J 


J<X^ (^4XÂfr 


Afin de, afin que. 


Akkin. 


^ w ^ 




Nous avons mis de l'ail sur le cou du 
cheval, afin de le garantir du coup 
d'oeil. 


Nesker tichirt ghaf 
tamghant ou âoudiou 
akkin our tetsaghan 
es thilh. 










iaxi" j*î 




Je mettrai un berger auprès du trou- 
peau , afin que le loup ne le mange 
pas. 


Nek adaivigh amdcsa 
ghour oalli, akkin 
our thentits wechen. 


• g ''/fc- "^ 




Agave d'Amérique (agave americana, 
L.). 


Summar. A. 


jUmu 




' Dans toute l'Arabie et dans les Etats barbaresques, c'est à l'acheteur à ofl 
deur se contente de lui dire, quand l'oiFre ne lui convient pas : ^1 Ô*îÎ io 


rîr un prix de la chose qu'il veu 
iij allalij uQue Dieu en paye le 


t avoir. Le ven- 



22 



AGN-AIM 



FRANÇAIS. 




BERBÈRE 


ARABE. 




~^^^ 


^ 








TRANSCniT 




FIGDRÉ. 






Agneau. 


Ezimer. 


sing. 










Ezmeren . 


pi. 


yr«;j 






Agonisant. 


letmisat. 






i sj> — ^ 




Cet homme est agonisant. 


Ercjhaz ulsoufoagKdigli 
erroah. 
















^^P' 




Agrafes , que les femmes arabes 


Tikhlal. 


sing. 


s4^ 






mettent sur leurs épaules pour ar- 






y 






rêter leurs habits. 














Tikhlalin. 


pi. 








Agrée, imp. 


Irdou. 


A. 


V J 1^ 






J'ai agréé. 


Erdigh. 










Aigre, 


Desoummcim , 
moam. 


esem- 








Aiguille à coudre 


Tisighnit, tismi. 


sing. 










Tisighnatin , 


pi. 


'-' " • • ■■ y 








tisimiwin. 




(j:-.jjA<WJ 






— d'emballage. 


Isighni. 




^^jLKMè\ 


L,^ 




Aiguillon, pour piquer les bœufs. 


Amehmaz. 


A. 


iV^ 


^^ 




— dard du scorpion. 


Tisiqaist. 






c^^^JuJl d)^ 




Ail. 


Tichirt. 










Ail triangulaire, plante sauvage {al- 
lium, L.). 


Bibras. 


A 








Aime, imp. 


Hammil. 






• • 




J'aime. 


Hammelagh, ri(jh. 








Je t'aime. 


Hammelaghah. 











AIS-ALU 



23 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 












T1\ANSCRIT. 


FIGDRÉ. 






Je ne t'aime pas. 


Our ritjhak. 








Tu m'aimes. 


Ketchini tehamim lii. 








[I m'aime. 


Nithsa lahniclii. 








Nous l'aimons. 


Nuhni luhainmeltth. 


eJ^ ^ 






Je ne t'aime pas. 


JVerth kanimctaçjk. 








Il ne m'aime pas du tout. 


Nithsa oun iehamniul 
era. 


t4)l J-*? t^^j' '-^ 






Il ne nous aime pas du tout. 


Niihsa. onraxfli ieham- 
mut era. 


^j! J^ ^j,\ l^; 






Aisselle. 


Tliuhic. sing- 
Thawabic. pi. 


là V 


LJ! 




Alaterne {rhamnus alaternus, L.). 


Melilez. 


r^ 






Allaite ton enfant, imp. 


Esouthoud mimmik. 


oui ^ji^^t 


iJ>>Jj ^j\ 




La femme allaite son enfant. 


Tlienithout tesoathoud 
miinmis. 








Aller. (Voyez Va.) 


Tewada. 


Q'^ 


c5^1 




Nous sommes allés. 


Nedda. 


liJvJ 






Je suis allé à la maison. 


Rottliagh sè'al.ham. 


"i' V "' ' 






Allons donc, marche. 


Az a^kirzat. 


^b;fîi^ 






Alldme, imp 


Eseragh. 


« • y • 






J'ai allumé. 


Seraghagh. 








Allume le feu. 


Eseragh timU. 


w w ^ • -^ 






Je l'ai allumé. 


Seraghaghtk. 








Alldmette. 


Eloaquid. A. 


Jyvi^ifi 






Aldn. 


Chebb. A. 


4^A«W 







24 


AMA-AN 








FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


AR A RF, 


^""^^~ 






fi, li /l L> 1J> 




TRANSCRIT. 




FIGDRÉ. 




Amadoo. 


Caw. Turk. 




l^ 




Amande. 


Louz. A. 








Amandieb (Un). 


lat telloiizt. 




cyjiyo c:jI> 


J,^! ii;^ 


Ambre jaune, dont on fait des col- 


Luban. 




il ^i 




liers et des bracelets en Barbarie. 










Amène, imp. 


Awid. 






"r*-*^ 


J'ai amené. 


Oabighd. 




« J 

• 




Tu as amené. 


Toubid. 




y 
y 




Il a amené. 


lotthii. 








Us ont amené des nègres du Sahara. 


Bouiend aclan zighis 


iT^j u^' "^y 






sahra. 








Amène le cheval que je monte. 


Awid ad rehhagh àou- 
diou. 


*- 


jy^i iTj'^-jjT 




c~ 


j y 










y^>y^ 




Ami. 


Damdakal. 






<-.«J>-Uo 


Mon ami. 


Damdalmti. 






^jys^Uo 


Les amis. 


DamedAouhal. 




Jl^jSJili 


tjUpii! 


Mes amis. 


Dameddotthaliott. 




yjl^jj^li 


a^' 


Ampodle, enflure sur la peau. 


TicUlfoukt. 






^V^*L•: 


An, année. 


Esoaghas. sing. 
Isoughasen. pi. 




« ^ • -* 


?. r ' "i- 


Un an. 


lau soughas. 




• J V 


^ 


L'an passé. 


Esonghase yadden. 




" V ' '1- î 


3^ 


L'an qui vient. 


EsoTighase adias. 




^"y^' ^ ^ .'^ 


aLiLpLxJ! 



ANC-APP 



25 



FRANÇAIS. 



Il y a un an. 
H y a deux ans. 
II y a trois ans- 
Quatre ans. 
Ancêtres. 

Ancien. 
Ane. 

L'ànc brait. 

— de la petite espèce, do ia gran- 
deur des dogues. 

Anesse. 

Anémone, fl. {anémone hortensis , L.) 

Animau.x. 

Anneau, bague. 

— de la jambe. 

Anse. 

Anus. 

Appartement inférieur, rez-de-chaus- 
sée. 

Appelle, imp. 

J'ai appelé. 



BERBERE 



Hindi. 
Selli Hindi. 
Selli ou selli Hindi. 
Erbâa isou^hascn. 

Imzoura. 

Ducadim. 
Aghioul. 
Ighmiial. 

Atjhioal iteâtjhgliid. 
Edgkoad. 
Idgitidan. 
Taghioalt. 
Tigliouial. 
MelkhaXl 
Hewaïch. 
Ibrim. 
Akhalkhal. 
Afoas ousaghoum. 
Assroum. 
Ahanou. 

Siwel. 

Sioalagk. 



i<X,i-XjJ 






-> . ,,»' 



/jUmL^MwI ÂX3\\ 



hiy\ 



joôii 









! 






^JJ-« 



^U.) 






ARABE. 









LT*^ 



»jl^ 



.bl 



'^= 






26 



APP-APK 



FRANÇAIS. 


BEKBÈRE 


ARABE. 


TR.INSCRIT. 


FIGURÉ. 


■ 

Tu as appelé. 


Tcsiouled. 






Il a appelé. 


lisiwel. 






Nous avons appelé. 


NesLwel. 






Vous avez appelé. 


Tesioalem. 


:s'^ 




Ils ont appelé. 


Sioiilen. 


(A^ 




Appelle-le. 


Kera's. 


ir^S^ 




J'ai appelé le domestique. 


Keraijh isinujhan. 


(j^lé'j^ 




Apporte, imp. 


Awid. 


jvjjT 


V*-*> 


Il a apporté. 


loabid. 






Nous avons apporté. 


?loubid. 


O J 




Apporte de l'eau , que nous buvions. 


Aivid aman cn'soti. 


fcAMJÎ (jtgi *^j' 




Apporte à manger, que nous mangions. 


Awid en nifcli. 






Apporte quelque chose à manger, du 
miel, des dattes, du pain, de la 


Aivid liera en nitck ta- 
ment, icayn , agh- 






viande. 


roum, tcfihi. 






Apporte un mouchoir, que je m'essuie 


Awid temahrenit adssa- 


0^ tty ^ g ..^^ 




le nez. 


fada<jh rnzerninu. 






Apprends, imp. 


Elmid. 


lit 


^ 


J'apprends. 


Adlenulaifk. 






Nous avons appris. 


Nelmid. 


0vi>j 




Approche, imp. 


Azid. 


¥ 


u^ 


Approche de moi. 


Azid ghoiiri. 






Approche de lui. 


Azid gkours. 


K ■; ^ 




Après , derrière. 


Nef^ dejfir, ti^hourdin. 




ÎJJ - J»*J 





ARA-ARIl 




§•; 


FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 


TRANSCRIT. 


IIGLIRÉ. 


Apr^s dîner. 


Nef im(jtiUi. 


JJuj v_Xi 




Après soupor. 


Nef inunsi. 






L'un après l'autre. 


lewen defjir iwen. 






Je suis allé après lui. 


Soadi(jli ii^hourdiimes. 


V ^ u u j o .; 




Après demain. 


Nefesikka . sella esikka. 






Après que. 


Teswiàa en. 






Après que nous l'aurons fait, nous nous 
en irons. 


Tcswiâa en nesheres en 
neddoKi. 






Araignée 


Tisist . issi 


u, u u 




1 ixmi\j)i ijMj . 

Arbousier des Pyrénées ( urbulus 


Esesnou. 






unedo, L.). 








Arbre (dattier). 


Ennoukla , tebouchicht. 


*é j y y** jii^ 


«^ 


— épineux qui produit des mûres. 


Enedggil. 




i>--XiJI 


Argent. 


Nacaref. 






■ — monnayé (drachmes). 


Idnmen. 




(^b^ 


Argile blanche , avec laquelle on fail 


Thoumlilt. 




AAslyJI 


des moellons, en y mêlant du 








sable de mer. 








Aristoloche longde, plante (aristo- 


Burouchtoum . 






lochia longa, L.). 








Armée , camp. 


Almehalla. 


iL^t 




Arrête-toi, imp. 


Ibid. 


4> 

• 




Il s'est arrêté. 


libid. 






Nous nous sommes arrêtés. 


Nebid. 


«Xxi 




Arrive, imp. 


Elkim. 


"^ 


.^^ 



28 



ART-AUG 



FRANÇAIS. 



Nous sommes arrivés. 
Ils sont arrivés. 
Le sultan est arrivé A Fès. 
Artichaut. 

— sauvage. 

Asperge blanche (asparagus alb us, L.). 

— à feuilles aiguës (asparagus acu- 
lifohus, L.). 

Assassin. 

AssER, point qui partage l'après-midi 
en deux parties. 

Assieds-toi, imp. 

Xous nous sommes assis. 
Ils se sont assis. 
Attends, imp. espère. 
Nous avons attendu. 
Ils ont attendu. 
Attrape-main, plante. 
Aube, de grand malin. 
L'étoile du matin. 
L^'ve-toi de grand matin. 
Levez-vous de grand matin. 
Augmente, imp. 
Augmentez. 



BERBERE 



ir.ANscKir. 



I\'elliim, 

Lil.nien. 

AylùlUd idkem jes. 
Thegha. 
Theghu diout. 
Eskoum, eshoumbek. 
Nesima. 

Ingha. 

Taqhziu. 

Aquim, gluaver, sida- 
oun. 

NuccfUini , na{jhf]luour. 

Acquinicn . ghaweren, 
Ergiou. 

Niikiïi nevijia. 

Nutkfii ergian. 
Haniad. 
Zik. 

Itlin nassbak. 

Ekkir zik. 

Ekkirt zik. 
Ernoud. 

Ernoutid. 









t \ ■ -T 









Jo' 



d; 



^«li i^^'i 



ARABE. 






Joli 
y 

j vie 



iL.' 



^J 






^•, 






ij'Vj 



AUJ-AUT 



29 





BERB 


ÈRE 






FRANÇAIS. 






AKABE. 




TBANSCRrr. 


FIGCRÉ. 




J'ai augmenté. 


Ernigh, ernigkd*. 


u u U.^ OU'' 


-^^j 




Tu as augïiienté. 


Ternid. 








II a augmenté. 


Iirnad. 








Nous avons augmenté. 


Nernud. 








Vous avez augmenté. 


Ternemd. 








Ils ont augmenté. 


Enien. 


tri)' 






AUJOURD'HUI. 


Essa, gkassa. 


IvAé - Lwi 


^^' 




Aumône. 


Sadaca. 


*ï»>w 






J'ai donné l'aumône. 


Ejkûjh sadaca. 








Auprès. 


Glwur. 




JOi* 




Auprès de moi. 


Glioari. 


^sj" 


t^J^_i_t 




Auprès de toi. 


Ghoarah. 








Auprès de toi, femme. 


Ghourein. 








Auprès de lui, auprès d'elle. 


Ghour's. 


U-JIJ.C 






\uprès de nous. 


Ghourna(jli. 


U • il ) 






Auprès de vous. 


Ghounuen, 








Auprès de vous, femmes. 


Ghoiirhunt. 








Auprès d'eux. 


Ghoursen. 








Auprès d'elles. 


Gkoursent. 








Automne. 


El-khurif. 


JL.^ 






L'automne est venu. 


El-hkartJ ioiiba. 




oi^jil cjU= 




Autre , un autre. 


Weïn neden. 


y»>0 _ (jjj 


;ir 




Autres, les aulres. 


Weïn nednin. 








* Le i qui est à la liu d'ernigh se met 


JOUI- adoucir la prononciation 


il est surtout en usage dans 1 


es mots dont la 




dernière radicale est un é. . (Voyez la Gramn 


laire. ) 









30 



AVA-AVO 



FRANÇAIS. 



Avare (littéralement : homme dont 
les mains sont sèches). 

Avec, ensemble, conjointement. 



Avec, marquant la cause malérieile 
instrumentale. 

Avec moi. 

Ave.c toi. 

Avec lui. 

Avec nous. 

Il a tué son frère avec un couteau. 

Us se battent avec la fronde. 
Aveugle. 
— PI. 
Avoir, j'ai. 

Je n'ai pas. 

H n*a pas. 

J'avais , j'ai eu. 

Tu avais, tu as eu. 

li avait, il a eu. 

Je n'avais pas. 

Tu n'avais pas. 

Il n'avait pas. 

Nous n'avions pas. 



BERBERE 



Erghaz iiccour afousis. 
Don, akid, oukid^ ouk. 

Si. 

Akidt. 

Ahidah. 

Âkide's. 

AVidennaijh. 

îiiigha ighma's si an ouf- 
rou. 

Kathen sU'lawen. 
Iderghaî. 
Iderghaîin. 
Ghoari. 

Oulach ghoari. 

Oalach ghoar's. 

alla, ihella ghoari. 

îilla , ihella ghourak. 

lilla, thclla ghoars. 

Ourilla, ourthella ghoa- 
ri. 

Ourilla, oarthella ghou- 
rak. 
Ourilla, ourthella ghoars. 

Oarilla, ourthella ghoar- 
nagh. 






U" 



.Ka^=Î 



u b ) n -^ -* 

u*yj — ^ &^i^ 

w b ) -z y -Z 

^•^^ ^>' - ^J^^ 

fj yu ^ «^ -^ :; "* 
Ç-Ujy^ 5\jjjl _5Xj)jS 



ARABE. 

V - i 

AX.A 



LSI 



giX Â .C 1.1D 



BAG-BAL 



31 





FRANÇAIS. 


BERBÈRE 




ARABE. 






TllANSCBIT. 




FIGURK. 








1 

B 










Bagage. 


Atcous, taghrart. 




-'. - 






(i;--' 






.. 








(j_jjjum 






, 








S% -iJ! _ 






Baghrir, espèce de gâteau fait avec 


Baghrir. 




J^J^ 








du beurre et du miel. 






if 








Bague. 


Tezhekt. ^ 




t^iiAS^yi 


^-^ 






Baguette de fusiJ. 


Elemdek. 












Baise, imp. 


Souden. 












Baise-ie. 


Soadenith. 




U ^ J 








Je l'ai baisé. 


Soude7ia(jhth. 












Il l'a baisé. 


Isoudenitk. 




U f 3 








J'ai baisé la main du clieikh. 


Sottdenayh afous amouk- 
mn. 


U-J— *' 










Baiser (Le). 


Isoudun. 






o-^t 






Balai. 


Timssahhat, timdouest. 
























Balaye , imp. 


Ennad. 












J'ai balayé. 


Ennadagh. 












Tu as balayé. 


Tennadad. 












Je balaye. 


Ad ennadagh. 











32 



BAN-BAT 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




transcrit. 


FIGDRÉ. 










f ^ xwx 






Ils ont balayé. 


Ennadan. 


(^jasOj! 






Bancal , estropié. 


Oabkoii. 


-> 4. J 






Barbe. 


Tliemert. 




^,.4 




Barbier. 


Iksouzal, esalthal. 


jlliwi . jl^_^-14i 


Ci\X=- 




Barque, chaloupe. 


Ibarkou, telcaribl. 




tj)b 




Bakre ". 


Emder. 




J^j 




Bastonnade et B.àton. 


Thighnt. 




U.c 




On l'a pris; on lui a tlonn^ la baston- 


Athfenth ej'hanes titjh- 


u y y uy u u y <J y 






nade. 


rlt. 


Oc_J^ 






BÂTARD. 


Raa elharam. 




U, jJj 




Bâtiment, navire. 


Tanouth, tesfint. 








Bats, imp. 


Ouioit. 


J 






J'ai battu. 


Nehini ouiacjh. 


i>y J y 






Je i'ai battu. 


Oaiaghth. 








J'ai été battu. 


Nekini tf^soutajk. 


^y*^ (^^ 






Il a été battu. 


litsewi. 








Nous avons battu. 


Newet. 








Nous le battrons. 


Nttkni ad newetelh. 








Nous avons été battus les premiers. 


Nahni neiseuwt imzoara. 








Il ne nous battra pas. 


Oaraijh iiliei. 








Vous ne me battrez pas. 


Ouri tehteni. 








* Instrument qui sert à fermer la porte de 


maisons en dedans ; car, dans 


les montagnes de l'Atlas , on ne 


connaît guère les 




serrures en fer ; pas même les serrures en bois 


dont on se serl eu Egypte et en Syrie. 







BAU-BER 



33 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 


TRANSCRIT. 


FIGDRÉ. 


Il ne les battra pas. 


Nilhsa werfhen iikel. 


Cij^ (jjjj Ulii 




Je bats le briquet. 


Adzindatjh timis. 




jUJ! ^y 


Baume de marécage à grandes feuilles 
cotonnées des deux bouts. 


Temirjea. 






Bead, bon. 


Delâcdi, iilha , ijoulki. 






Beadcodp. 


Athas, behré. 




^^^ 


Nous avons gagné beaucoup. 


Naghna hehrc. 






Bec de grde, de la grande espèce, 
plante. 


Moucht erkhail. 


]i''-^'iii!o 




Bêche. 


Aghilzim. sing. 


J;>^' 


U-is 




Ighiiziam. pi. 


^bièj 




BÈGDE. 


Luslous, elthel. 






Behen, plante [cucubaius behen). 


Tightghacht. 


CXamÂAXAJ 




BÉLIER. 


Ikeni. sing- 


.^! 


u^^ 




Ikerraren. pi. 


uJ'^^I 




Belle, bonne. 
Berbère , homme libre. 


Delûalit, telha, tifoul- 
kit. 

Amzigh, amazirgh. 




sing. ^*Jué 
plur. J^Ui 


Berce, imp. 


Houzz eddouh. 




l_p,l_5_d> 


Jai bercé. 


Hoazza(jh. 


|> 




Tu as bercé. 


Tehouzad. 


oy ^ y 





34 



BER-BIE 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCRIT. 


FIGUKÉ. 




Il a bercé. 


lihonz. 


u J 






Nous avons bercé. 


Xehonz. 








Vous avez bercé. 


Tehouzem. 








Us ont bercé. 


Houzten. 








L'enfant pleure, berce le. 


Acchich (itfou, houzzith. 


u ^ j b ci,^ 






Berceau. 


Eddoah. 


CJ^' 


^^ 




Berger. 


Amiksu. 




Jb 




Bernoos , cape de laine blaiiclie ou 


Tahernust , abldi. 


^ ^ U 3^ ^ ^ 






noire avec un capuchon , à l'usage 
de la Barbarie. 










BÉTOINE (Espèce de). 


Hachbel tegharfé. 


MjÀj AAMk». 






Bedrre frais. 


Oudi oiiri mehhra. 








Bedrre fondu, niantègue. 


Oudi. 


i£^i^ 


y^ 




Bien , richesse. 


Eyla, oublagh. 


^5A>^j! . 5X^i 






Bien, adverbe. 


Iriva. 


^ik 






Bien ou mal. 


Jnt'a nigh ikhchin. 








Bien portant 


licotthbé. 


'^M 


^_^ - ^ 




Bien portante. 


Tecouhbé. 








Sois le bienvenu. 


Merhaba iesik. 




Jw) Ua-;^ 




Sois la bienvenue. 


Merhabr ieseni. 








Bientôt. 


Daquiq. 




J+Ji (J* 





BIE-BOI 



35 



FRANÇAIS. 



Bientôt nous retournerons à la mai- 
son. 

Bière, cercueil. 

BisAR, mets de Barbarie '. 

Blanc. 

Blanche. 

BLANQciLiE.pièced'argenI monnayée 
en Barbarie, valant environ ,^ sous. 

Deux blanquilles, valant 6 sous en- 
viron. 

Blé. 

Nous avons foulé le blé. 
Blé de TURQUIE, maïs. 
Blessé. 

Je suis blessé. 

Je l'ai blessé. 
Blessure. 
Blet, bleu de ciel. 
BœcF, taureau. 

Bois à brûler. 



BERBERE 



Daifuiq en aeverri se'a- 
kham. 



Themdalt. 

Bisar. 

Dametlal , emellal , 
imilloul, masc. 

Temellelt. fém. 

Temouzount. 

Sénat temoiizounin. 

Irden, irdtn. 

Neserwet irden. 
Akbel. 
lidgrah. 

Nekini gerhagh. 

Nekini gerahaghth. 
Tekist. 
Esmawi. 
Ezghir. sing. 

Izgharen. pi. 

Esghar. ''ig' 

Izgharen. pi. 

Ikchound. 



iSJ» 



^ 



\=J^ 












ij^iji* '-^^ 



y_>i;j _ (ji;| 




.Xi 



iIxmI 



Uwl 



ARABE. 



»jU=- 



0*=-*-^' 









Espèce de couscoussou fait avec des fèves , de la grosse semoule , et de la viande salée et conservée dans l'huile. 



5. 



36 



BOI-BON 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 


TRANSCniT. 


FIGURÉ. 


Bois puant, arbrisseau (anagyris fœ- 


EMU. 


Xv^i 




tida, L.). 








Bois, forêt. 


Amadagh. 


^liCT 


*jU 


Bois, imp. 


Sew. 


j— 


V^iJ. 


J'ai bu. 


Sewigh, 


^ 




Tu as bu. 


Tesewed, 






H a bu. 


liswa. 






Nous avons bu. 


Neswa. 






Vous avez bu. 


Testvem. 






Ils ont bu. 


Sewen. 


« 

U.»-" 




Il a bu beaucoup de vin. 


liswa eman ou adil 
athas. 






Boîte , tabatière. 


Thacarourt , teikesit. 






Boiteux. 


Erejdel. 




2^' 


Bon. 


DeldU. 


J^'^ 


.^ 


Bon à rien, vaurien. 


l'Venvèlat. 


^^ijj 


à^ - ;£^j 


BONHEDR. 


Sâad. 


*Xx*« 




Son bonheur. 


Sàadne's. 






Notre bonheur. 


Sâadnagh. 


y ti g ^ 
cUtXxAW 




Bonjour. 


Sahakak bi'lkhaïr. 


w^-iLo dL^UkÂs 




Bonne fête. 


Yd enhark. 


WX (J 


è^\.M Oys« 


Bonnet de laine rouge , que les Orien- 


Techachit 




XAxwLmi 


taux portent sous leur turban. 




• 




Je porte un bonnet sur ma tête. 


Adisheragh techachit 


^0 t. ..* 






ghaf ikhjïou. 













BOR-BOU 



37 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE 
















TRANSCRIT. 




FIGURÉ. 






BOKGNE. 


Aboucat. 




cjb^î 


JPi 




Bossu. 


Bondlterount. 










Botte. 


Werguélé. 






*-^>^ 




Bouc. 


Ikilwach. sing. 
Ikitwachen. pi. 






o-.>l 




Bouche. 


Imi. sing. 
Imawen. . pi. 






^ 




Elle a une petite bouche. 


Thella (1ers imi imzi. 


^j-»l 








Ma bouche. 


ïmiou. 




J 






Ta bouche. , 


Imik. 










Sa bouche. 


Imi s. 




uImI 






Ouvre la bouche. 


Erzem imi. 










Ferme la bouche. 


Can imi. 




é'j^ 






Boucher. 


Aghzar. 






j!^.ra-_t->Uaï 




Boue. 


Aloud. 




l^T 


Ai).* _ (ji 




Bougie. 


Techemmâayn , telkan- 
dil tekira. 


VyS-i 






Bouilli (Le). 


Isslac. 




^5^1 






Bouillon blanc, molène. 


Salih lildagk. 




l^.ï}^ 






Boulanger. 


Oukives. 










Bourdon, grosse mouche ennemie 
des ateilles. 


Etzuz. sing. 
Irzazen. pi. 










Bourrache, plante. 


Fond ellacam. 






JyuJi ^ 




Bouton , furoncle. 


Teguirmemt. 




^^" 







38 



BOU-BRO 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCRIT. 


figuré. 




BouzE de vache. 


Imouzouren. 


u^ J J 


'^jj 




— sèche pour faire du feu. 


El'ouquid ifounasin. 


y ) V j^ 






Bracelets de corne, ou d'autre ma- 


Mouc'iasen. 




LT^ 




tière, pour le poignet. 










— pour le bras. 


Tinbalin, izibghan. 


yUj>.l^ - ci^jvl^ 






— pour le pied. 


Tekhalkhalin. 




J^ 




Branche d'arbre. 


Ichkendeoun. 


• u -^ c* 






Bras. 


Ighil. sing. 
Ighallen. pi. 




eb'^ 




Brave, courageux, littéralement: qui 


lukath vezzal. sing. 


=^ ^ ^ 






sait manier le fer. 


lukathen vezzal. pi. 








Brebis. 


Thikhsi, thili. 


J^- _ ts^. 


AdSJ 




Bride. 


Elgham. 




-4 




Briqoet. 


Zinad. 








Bats le briquet. 


Eined. 


•by' 






Je bats le briquet. 


Adzmda(fh. ' 




jUI ^ 




Tu bats le briquet. 


Atezended. 








Jl bal le briquet. 


Ad ilsned. 








Broche, brochette. 


Eseffoiid. 


b i ,' 

àyuoi 


' 




Broderie. 


Berchman. 




ijil, 




Je brode. 


Ad herchmanagh. 


jjt^^ ii 


ii;^ 




Nous avons brodé. 


Neberckman. 


•X 






Vous avez brodé. 


Teberchmaneni. 








Us ont brodé. 


Berchmanend. 


b y • ^b • 







BRO-CAM 



39 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE 








i\ 1. 1 1 L LJ LJi 






TnANSCRlT. 


FIGUnÈ. 






Brodillard. 


Theghout. 




l-)L>M3 




BrdyÈre en arbre [erica arborea, L.). 


Noamicha. 








Bryone, plante {hryone vidtiaris, L.). 


Facouss bou ghouïal. 


JLjj* ^ lTJ** 






Bdste , la partie supérieure du corps , 
depuis les hanches. 


Ghachghoach. 








Butin. 


Essây. 


^! 






Nous avons fait du butin . 


Nesâad essây. 

C 








Cabane. 


Ezroiib. 




• 

Si!) 




Cache, imp. 


Senfi. 




<av^ 




J'ai caciié. 


Senfigh. 


V u ^ 






Il a caciié son mouchoir de soie. 


lisenfi sibniéte's. 


"•T. ."^ . "" 










Cache-toi, imp. 


Effir. 


' J? 


dLs>_y <^ 




Je me suis caché. 


Effragh. 


.. J? 






femme, cache-toi des hommes. 


E'ihemthottt ejjir ima- 
nim ijhaf mmlden. 


il ^ J u ^ 






Cachet ". 


Tejboukt. 


U J« • 


^•^ 




Cage d'oiseau. 


Cafés ighdad. 


ilix-èj JULï 






Calamboche, ^ros millet blanc. 


Bichna. 








Calotte rouge. 


Techachii. 




x;UyU 




Caméléon. 


Taeta. 








* Ou plutôt bague sur laquelle est gravé le n 


om propre avec quelque senten 


ce , pour servir de cachet. 







40 



CAN-CAS 





BERBÈRE 




FRANÇAIS. 






ARABE. 


rn.wscniT. 


FIGURÉ. 


Canal. 


Tbergha. sing. 




y 




Therçjhin. pi. 


cM)-^' 




Canard. 


Ijouzad hou. eman. 




*ai 2^i 


Cancre, espèce de crabe. 


Tifiraqmst. sing. 


^-^■>-v 


XfLÀSfJi 




Tifiracasin. p]. 


y^ul^_-*io 




Canne, roseau. 


Taghanimt. ^irig. 




<-^.«aj> 




Ighounem , ayha- 


^y^-^J'l 




Cannes à sucre. 


nim. pi. 
Aghanim azidem. 




^^^- «-^oaji 


Capillaire, herbe médicinale. 


Kusber. 






Capuchon. 


Tuctemount. 




4t ju y 


Carotte. 


Zeroudié. 






Caroubier, arbre [ceralonia siliqaa, 
L.). 


Kharroubé. 


i^ 
'^l^ 




Casaque de laine, que les Maures 


Tegiïlàbt. 




^^ 


mettent sous leur bernous. 




y 




Je suis revêtu d'un bernous avec une 


Adilsagk labernusi akk 






casaque de laine. 


tegillaU. 




Casse , imp. 


Erz. 


■J 




J'ai cassé la cruche. 


Erzigh echmoahh. 


Q Jiiy V Qy 


xjjl!! tij^jLS' 


La cruche est cassée. 


îerza eclunoakh. 


& uy •tr^ 




Cassie , arbre épineux qui porte une 


Ezizzou. 


Jù;' 


J_5.>>IiJl 


fleur jaune en forme de houppe et 




• 




d'une odeur suave. 








Castagnettes fort larges, à l'usage 


Caraquib. 






des nègres. 









CAS-CEI 



y 



FRANÇAIS. 



Castagnettes doubles et liées par 
une lame de fer, à l'usage des 

nègres. 

Cavalier. 



Cet homme est fort bon cavalier. 
Ceci, cei.ui-ci. 
Celle-là, cette. 
Cela. 
Celui-là. 
Ceux-là. 
Celles-là. 

Ceci m'est utile. 

Cela suffît. 

Celle-là a de beaux yeux. 

Fais ceci avec cela. 

Cette chose-là, nous la faisons selon la 
coutume de nos ancêtres. 

Ces hommes-là. 

Ces femmes-là. 

Ceinture de soie légère. 

— de cuir dont les Berbères se 
ceignent. 



BERBERE 



Oudneïn gliinmoé. 

Demnaïn. s'ng- 

Demnaï. pi. 

Erçjhaz deitinaï elàali 
Waghi, aghi. 
Taghi, ati. 
Weinna. 
Edtdn. 
Edwiin. 
Tiinna. 

IVac/bi iiiifdau. 

IVagki atas. 

Tatjhi d^rs ilùtlt ijoulki. 



Eskcr ivaghi ak {Icwa- 

Cjhi. 

Temselt acjki ets nesker 
ghaj ièddi' imzoura. 



Erghazcn edu'un. 

Thoulawen tdnna. 
Sarbik. 
Aghous. 






iJ^. 



fljLoi 



li-oi 



J^i ^l 



• (i^ U j'H^ 



J^J' 



<i ^ f- 



ARABE. 



jtjô è\ jV^yS^S 



(j-yl 













42 



CEI-CHA 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


A R A R F, 




TRANSCRIT. 


FIGCnÉ. 


J 1 1 1 i ï 1_J J_j* 








o «yo^ 


'--'"'t 




Ceinture de guerre, où l'on met les 


Timahzemt. 


"^J^^ 


X<^l 




carlouches, les pistolets. 










Cendre. 


Ighid. 




• 




Cent. 


Miié. 




*J^ 




Deux cents. 


Thenat elmiié. 




tJV^^ 




Trois cents *. 


Kerad elmiié. 


411 îi;^ 


*jU ii>5\j 




Centaurée (centaurea ptillata, L.). 


ht n fnltpl Pniii 


A l'".' 


". , 




lÂlH^llUCl Cftlifl. 


iyUJiJi 




— GALACTITE [ceiituiirea qalac/ites. 


Taskéré. 








L.). 




f , 






Cerise. 


Kirez. 


f^ 






Cervelle. 


Akhichkhuch acaroui , 


- iSi:i^ jiUf^T 








dimagh. 


^u. 






Chacal et Lodp. 


VVeschenn. sing. 
Weschanen. pi. 




iS)h -r^-^ 




Chaîne J' or, ornement du cou. 


Tesinsill. 








Chaise , escabeau , banc de pierre. 


Timingert. 




^ 3 




Chaledr du .soleil. 


Telhar in tufoukl. 








jy 










jj*^<>iJi 




Chalumeau , instrument de paire. 


.jdgwac. 




^';ai 




Chameau. 


Elghoum, aram. sing. 

Ilghoamen, alghoa- 
mnn, uramen. pi. 




Jbr 




Chamelle , femelle du chameau 


Telcjhouml , tarami. 




• -• 




Voir la manière de compter en berbère , pa 


g- '4. 









CHA 



43 



FRANÇAIS. 



La femelle du chameau ne met bas 
qu'aprës neuf mois. 



Cham^pïtis {teucrittm chameepyiis) 
piante à laquelle les Arabes attri 
buent de grandes vertus 

Champignon. 
Chanson. 
Chante, imp. 

Chante, toi femme. 

Je chante. 
Chapon , coq châtré. 



Charbon. 

Charbon, furoncle dangereux. 

Chardon , produisant une gomme 
[atraclilis gummifera, L.). 

Chardon [carduas, L.). 

Chardonneret, oiseau. 

Charge de fusil, étui pour mesurer 
la poudre. 

Charrde. 

Manche de la charrue. 
Chasse, renvoie, imp. 

11 m'a chassé. 



BERBERE 



TEANSCBIT. 



Teltjhoumt our tefsarou 
er daniten tisàa wa- 



Chendeghoara. 

Telfoacâayn. 

Amarir. 

Ghanni. 

Gkanni kemmini. 

Adqhanniqh. 

Aiazid eksenes lluou 
themin, lenbehudg , 
echichau. 

Thirghm. 
Timmist. 
Thililsen . 

Izifou. 

Thimarcamt. 

Tegiaboubt. 

Elmâoun. 

Teoussat. 
Ikouquil. 

IhoacUi. 



U J U JU^ 






Lw»JlL-j' J^l CiAwtjik) 






(S^ (Sf 

t. ^ ^ o • t, •^ 



^ 



j_ij 



ey-f 



'^^jî 









ARABE. 



AJULJ 






Lli Ik-J^^y^ 



•ÙyiiijS AA« 



(j ^ 



41 • g ^ u 



jikaJi.jUiii 






4/1 



CHA 







BERBÈRE 






FRANÇAIS. 




A R A R F. 




TRANSCRIT. 


TiGvnii. 


j 1 M.y ï\ kj Lj » 




Nous l'avons cliassé. 


Nikoucleth. 


•^ y 


«Lii^o 




Chat. 


Emchich , mouch. sing. 




J^J 






Imchacheii,moachen. pL 


b y J u y y V 


JalkiiJl 


f 


Le chai miaule. 


Emchich iitcâagliijkicl. 


y^ >• u iiy 


djywa kJiJ! 




Chatte. 


Temchicht, tamouchi. s. 








Château. 


Temchichin , lamou- 
chin. pi. 
Teghadirt. 




*xJi3 




Chaud. 


Zucal. 


ù^j 


U ^ J 




Eau chaude. 


Email zacalit. 


u yy u ^y 


AJL=C U 




H Fait chaud. 


Zacal cl'liaL 


Jui J^5 


(J^M 




Cheikh, chel' d'un ou de plusieurs 


Amoucran. sing. 


ol^T 


^^ 




villages. 


Imoucranin. pi. 


Cl ^U f 






Le cheikh de la montagne de Feiisen 


Amoucran aghi feiisen. 








(qui domine Begiaïa ou Bougie). 










Le cheikh de Muattaca, au sud de 


Amoucran nel'nmâatlaca. 








Feiisen. 










Chemin. 


Ehrid, agharas. 


^i^Ui _ Jv^t 






Cheminée. 


KeiiHinin. 




uy^ 




Chemise d'étoffe ou de laine. 


Tuciimiourt. 


o J iiyy 


^ j oy 




— de toile. 


Tuseil. 




u^.| 




Chaudron. 


Thesill, tacdoarl. 








Chauve. 


Amzouth. 


u ^«*_ 

i=,>.i 


U g^ 




Chadve-soukis. 


Dazaghounennuî. 


^£li5_^ljii 


«jWjr? 




Chaux. 


Ligiiibs. 


c^-+^. 




^ 



CHE 



45 





BERBÈRE 






FRANÇAIS, 






ARABE. 




TB.VNSCr.lT. 


FIGLRK. 






Chêne kermès, portanl des glands 


Tiboachichin ghilfan. 




L^jJ^i 




âpres [quercus locrifera, L,). 










Chêne à glands doux comme les 


Tibouchichin ou bel- 


Jsj_X_) j! (Jv*rS*".yr^J 


L_>U! jU#! 




châtaignes , commun en Barba- 
rie, en Syrie et en Espagne. 


loulh uziden. 




^ 




Chêne vert. 


Oui elma. 


UÎi^ 






Chenille. 


Boureboa. 




j^i" ^j^ 




Chenillette, plante [scoipinrus ver- 


Hachbet el'hadgel. 








miculatus , L.). 










Cherche, imp. 


Kitch, nadi. 




Lr4» 




Je cherche. 


Adnadigh. 


y^\llr 






J'ai cherché. 


Noudagk. 


é^y 


C^AJCj 




Tu as clierché. 


Toiinadcd, 








li a clierché. 


lounad. 








Nous a\ons cherché. 


Nounad. 








Vous avez cherché. 


Toanadein. 








Ils ont cherché. 


Oanaden. 








J'ai cherché et j'ai trouvé. 


Noudagh oujigh. 




" ^ -. ",--■' 




Cheval. 


Aoudwu, cis, aghmar. s. 


^r-s' - crj' - j^^^ 


ij^.yUa»- 






lûaoudmen, eisen. pi. 




J^^ 




Le chevai de l'homme 


-ioadiou lunjhaz. 


jls^joijj: 






Le cheval de la femme. 


Eis in Ihemthout. 








Ils sont tous montés ;\ che\ai. 


Mudden nin eisen. 


{j->^ (j!J y<>^ 






Le cheval liennit. 


Aaoudiou iitcnahanih. 








Cheveux. 


Dichâar, azal. 








Cheville du pied. 


Tefjuechirirt. 




Xax^) 





46 



CHE-CHI 





FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 
















THANSCIilT. 


FIGOBÉ. 








Chèvre. 


Thaghat. »ing. 
TJdghak'ii . pi. 










Chevreau. 


Ighid. sing. 
Icjhideii. pi. 




^^ 






Chèvrefeuille ( liniccrii caprifo- 


SuJtan alghabé. 


4W1 yUaJUw 








lium, L.). 












Chez, préposition qui marque la de- 


Ghour, ghar, der, dur. 




OOL^ 






meure. 












Chez lui. 


Ghours. 




S>XÀ£ 






Chez moi, dans ma maison. 


Dur ahhatni. 


^\jjj\i 


^jti i 






Chez ie cheikh. 


Der anioucran. 




^uaJI >\jL^ 






De chez nous. 


Soa(jharnagh. 


B /tl • J 


(^>><j-« tj-« 






De chez eus 


Soughoursen. 




|i6^* (j^ 






Chie, imp. 


Kitch edrague. 




<M 






J'ai chié. 


Neh dercjaa(jli. 










Tu as chié. 


Kitch iercjued. 


^ (jy y 








Il a chié. 


Niihsu iidreijue. 










Nous avons chié. 


Nahni ncdregue. 


•■•k" ." . ^ :: 








Vous avez chié. 


Kunwi tedergueni. 










Us ont chié. 


Nutkni ederguen. 










Chien. 


Aidi. sing- 
Idan. pi. 


0^ 


Hf 






Le chien aboie. 


Aidi iisighlej. 




^, jJTi 






Chien enragé. 


Aidi damesoud. 




c_rji<i ^ 





CHI-CIR 



47 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 


TRANSCRIT. 


FIGCRK. 


Chien (Petit). 


Acdjoan. sing. 




iy^ 




Icdjan. pi. 


uîS^l 




Chienne. 


Taidil. sing. 




xvi^ 




Taiudin. pi. 






La chienne a mis bas. 


Taidit toiirou. 




AAJOli iljJj 


La chienne a fait des petits. 


Taidit lesers icdjan. 


0. ^ ^ g \r. 




Chienne (Petite). 


Tacdjount. 






Chose. 


Temselt taghaoussa. 


^ 3 y f ow^yy 


g 


Cette chose-là, je l'ai faite. 


Tcmsclt tatjhi sehe- 
raijhth. 


o « -^ 




Chose commencée. 


Tatjhaoassa tabda. 






Chou. 




Kurounb. 


« J J 




Chrétien. 




Iroumi. sing. 


4iA 








Iroamiin. pi. 






Les chrétiens qui arrivent dans nos 


Irottmiin wesend ghar 






montagnes, on ne peut les prendre; 
ils deviennent musulmans et ils se 


ihemoartenTKKjh our 
izmiren ; athen edda- 




marient. 


win oakkoulend in- 


^ g y g ^^ 






silman richlen dinna. 


g yg g g g y j- -' 




« 




/-tt " .^ u 




Cils. 


Chefer en thith. 


t. u ^ it r /• 


y^t 


Cimetière. 


Timacbart. 




AjUs- 


Cinq. 


Semmous. 






Circoncis. 


Makhatten. 


g S^ j 





48 



CIR-COL 







BERBÈRE 


A R A R F 






FRANÇAIS. 


transcrit. 




FIGDRË. 








Cet enfant a été circoncis. 


Acchich atjhi iisakhten. 










Anit'ne ton £is, que je ic circoncise. 


Awid munmih ados sikli- 
ienayh. 










Cire. 


Tekir. 




-^ 








Cire mêlée avec le miel , rayon de miel. 


Adacqiiis. 




^\-x 


J-^t ^_;Ji 






Ciseau de menuisier. 


Amounghar. 






u X « ,» 


, 




— de maçon. 


Elàalh'. 












CiSEAix pour couper la toile. 


Timacasst. 












Clématite à vrilles ( clemalis cir- 
-rosa, L.). 


Toiizini. 












Clitoris. 


Azenbour. 












Clypéole maritime ( clypeola mari- 


Hachbel elyda. 




y Uy 1^ U 








tima, L.). 














Cochon domeslique et sauvage. 


Ilf. sing. 
llfan. pi. 




ou 


o_jA&- 






Coeur. 


Oui. sing. 
Ouluwen. pi. 






^ 






Le cœur me bat. 


OuUou iihet. 












Nos cœurs sont affligés. 


îahzen oulawcnnagli. 












Coffre. 


Tessandouct. 




^ ^ -; 


iïj>>>-^ 






Coing, fruit. 


Sefergel. 












Col, Cou. 


Temgharat. sing. 
Timghardin. pi. 




U ti •o 


4i; 






On lui a coupé le cou. 


Ghizmen temijharaiis. 












Colère; il est en colère. 


litchahh. 






^Lyiif 





COL-COM 



49 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


A R A RF, 




thanscbit. 


FIGOnÉ. 






Colique. 


Wegeda en theâabout. 




g ^•O-' 




Collier, à grains d'or. 


Tezligait, tesbikt. 




&•*' j 
iU^ 




— d'ambre jaune. 


Acd laban. 








— de verroterie. 


Labkhingha. 








Colline. 


Ighil. sing. 
Ighatlen. pi. 




AJ.XÊ» 




Collyre, poudre noire faite avec de 


Thazoult. 


W Cl ^ 






l'alquifoux, dont les femmes de 










l'Orient s'enduisent les yeux. 










CoLOCASSiE , espèce de topinambour. 


Coulcas. 


Q t'a j 




r 


Colonne. 


Tighidjdit. sing. 
Tighidjda. pi. 








Combat. 


Imengki. 




^!^ 




Combien. 


Menichta. 




g • 




Combien as-tu acheté l'agneau î 


Menickta toughid ezimer? 






' 


Combien de fois? 


Eich hal en thekitt? 




• 




Combien de fois ne les ont-ils pas 


Eich hal en thekitt ada- 








vaincus ? 


sen ernen? 








Comme, semblable. 


Em, enicht, zund. 


g u^ g U^ 






Comme ceci 


Em waghû 


• 


iosjft Ji« 




Comme cela. 


Em oubin. 









50 



COM CON 



FRANÇAIS. - 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCRIT. 


flGCilÉ. 




Je l'apporterai un singe qui est comme 
un rat. 


Aduk tlddaivigk ibkcn 
eniclit oujjkarda. 








Cette fille-là est belle comme le soleil. 


Teliaialt ati tejoalki zund 
tej'oukt. 








COMMEKCE, imp. 


Ibda. 








Il a commencé à faire. 


libda iisher. 


f ^ « O 






Comment. 


Emeh, men, inan, men- 
gha. 








Comment le pories-lu? 


Emek tellid? 


«J^ u^x 






Comment sont vos habits? 


Emeh theniilsat cnneweiî! 








Comment as-tu dit? 


Men tennid? 


u u^ 






Commenta fait sa sœur? 


Mengha tesker weltmas? 








CONFITDRE. 


■ Mâadgioun. 








Connais, sache, imp. 


Esin. 


or' 






Je le connais. 


Sinaghth. 


ox 






Je ne le connais pas. 


Oïlrs sinaijhra. 








Il me connaît. 


NHhsa usenii. 








Il nous connaît. 


lisennagh. 


u ^u ^ 






Constipé (H est,. 


Our iismir adjidrage. 




(_y3jAJU «aIsJ 




Je suis constipé, je ne puis aller à la 
selle. 


Our zemra(jh addergnagh. 








Convalescent. 


liji. 


..^^l 


«AjljfcM Jî?-!; 




Convive, hôle. 


InehgU. sing. 
Inehghawen. pi. 




U»JS<î 


^ 



COQ-COT 



5Î 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 


TilANSCRlT. 


FiGonÉ. 


Coq. 


Atazid, afoaltous. s. 


U«jAJjjl _ <X)jlj| 






louzad. pi. 


^by-l 




Le coq ciiante. 


Aîazid iilhedden. 


y.>wSj Jvj^l 




Coquillages. 


Tchoaghlal el'bahar. 


j^\ s-hj^ 


xaîyajiJi 


Corbeau. 


Thegaerfa, ihecjueiwer. 


w ^ •« y 


t_î^ 


Corde , de chanvre ou de crin . 


Emrar, eziker. .sing. 


W ^ 0,- 




j-f ■ - 


Iinraren. pi. 


LUW 




— en sparlerie. 


Esufjhoan. sing. 


u^^' 


^jj; Jxi 




hucjkwann. pi. 


ijl>U 




Petite corde en spartcrie. 


Esacflioun amzian. 


,-^ <^ j ^ " 




Grande corde e[i sparterie. 


Esacjhoan amoucran. 






Cordon, de laine ou de poil de chèvre". 


El'medqdoiil , el'khaith. 






Cordonnier. 


Adoucat. 


JlïjiT 


Jv'>^j)!ji^ 


CoRiLLE, petit coquillage blanc qui 


Timâazghaniii , abzoun. 




^lli _ «ijJ 


sert d'ornemeni et de monnaie en 








Nigrilie. 




« j >• 




Corme, fruit. 


Zarour. 


jjjb 




CORNARD. 


Dadahaii. 


yla-lilS 




Corne , de bœuf ou d'autre animal. 


Eick. sing. 








Eichiwen. pi. 






— de chevaux. 


Icher ou aoudiou. 




yUilji^ 


Corps, de l'homme ou de l'animai. 


Emsidoakh. 






CÔTE, os courbe et plal. 


Ebardi. sing. 


.^^jM 


iU 




Ibardiin. pi. 


tJMij^î 




* Les Arabes mettent ce cordon autour de 


eur tête en guise de turban. I 


a un pouce de grosseur ou de 


argeur, et deux 


aunes de long. 









52 



COU 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCRIT. 


FIGURÉ. 




CoDciiANT, occident. 


Touchi. 




(^y 






Coucher du soleil. Voyez Soir. 


Talâchit. 






Ajk.M£ 




COOCHE-TOI , imp. 


Ghin. 




<^ 






Il s'est couché. 


lighin. 






v'' 




Allons nous coucher. 


la neghin, ia na 


thass. 


(joki b - ^jJU Lf 






Couleur violette'. 


Eghousim. 






iP^Jl^ 




Coup. 


Thiitha. 


sing. 


T' 


'ri/^ 






Thiithiwen. 


pi. 


upiwi- 






— de pied. 


Ticaret. 




c:);Uj' 


t^jJl v.^ 




Coupe, imp. 


Aghzim. 




^^l" 

• 


0^ 

^1 




Il coupe. 


Adiighzem. 






jjajb 




J'ai coupé. 


Gkizmagh. 




il 






Nous avons coupé.- 


Nagkzim. 




Ji^ 






Ils ont coupé. 


Ghizmen. 










On dit aussi : Coupe, imp. 


Bi. 




a 






Nous avons coupé- 


Nebi 




4" 






Ils ont coupé. 


Biien. 










Coupe le blé, moissonne. 


Emgair. 










Ils ont coupé le blé. 


Nathni megueren 






lj<X4a»> 




Coupons le blé aujourd'hui. 


Essa en nemguei 










Couperose. 


Zadj taïb. 




W y il ^ 






Couple. 


Sin. 


sing. 










Sinat. 


pi. 


4» ^ 






* Les femmes arabes et berbères se teignen 


1 
t les lèvres et le menton avec 


ette couleur, qu'elles obtienne 


nt en mâchant 




l'écorce d'un jeune noyer. 













cou 



53 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCRIT. 


FIGOBÉ. 




Une couple de bœufs. 


5m izgharen. 








Couples de vaches. 


Sinai tefounasin. 


• 






CoDRGE. 


Tacssit. 








— propre à porter l'eau. 


Tacssil negiadj. 


w ^ b uy 


m as-ji 




Courrier, exprès. 


Araccas. 


^u;t 


JU_^JpUJ 




COORS DE VENTRE. 


Ibizdan, abrid. 


^J^T. ybjji 


A'^ 




J'ai le cours de venlre. 


loughi abrid. 








Il a le cours de ventre. 


îzil adis. 


(J~Ji> c^>J 






Cours, va devant, imp. 


Ezwir, efit. 


W • U Qy 


V uy 




— marche vite. 


Ezil. 


J-l 






Courez. 


Ezlet. 








J'ai couru. 


Ezlagh. 


uyuy 






Nous avons couru. 


Noazel. 


jy 






Ils ont couru. 


Ezlen. 








CODHSE. 


Tezla. 








Court , l'opposé de long. 


Dawizlan, wezzU. 


^ïi - (j^>'j'^ 


^)-^*2-'> 




Conscoussou *. 


Suksou. 


^ 


o_i . ., 

,^■5:-^ 




Fais un bon couscoussou avec de la 


Esker saksoa ddàli ouh 


, ^f, ^ï--- "i-"^ 






viande. 


d'oucsoum. 








CoDsiN, parent. 


Adhoughal. sing. 
IdoaijUan. pi. 








CotjsiN, moustique. 


Tliizit, abiha. 




y»j.«L> 




Le cousin m'a piqué. 


Thizit iishoufoiiji. 






- 


■ Grosse semoule cuite à la vapeur de l'eau 


bouillante. C'est le pilau des Barborcsques. 







54 



COU-CRE 



FRANÇAIS. 



Couteau recourbé, khaiiglar. 

— de table. 

Coutelas. 

Couverture de laine, qui sert aussi 
de vêlement aux Arabes. 

Couvre, imp. 

Couvre-moi. 

.rai couvert. 

J'ai été couvert. 
Crachat 
Crache, ini/j. 

J'ai craciié sur \e visage de cet hiomme. 

Il a craché sur mes habits. 

Crains, uni). 

J'ai craint. 

Tu as craint. 

Il a craint. 

iXous avons craint. 

Vous avez craint. 

lis ont craint. 
Crapaud. 
Créneaux du parapet d'un rempart. 



BERBÈRE 



TRANSCr.rf. 



Kemmié. 
Efrou. 
Agenewi. 
Ahaik, akhousi. 

Edil. 

EdUi. 

Neh deliijh. 

Nek dilagh. 

Imithmen. 

Sousef. 

Sousejaijh (jliaj acadotun 
oa Jirrgha:. 

liousej (jhaf thelebe inou. 

Eksoud, aoughad. 

Eksoada^h, aoucjhadacjk. 

Toughadad. 

loughad, 

Noaghad. 

Touxjhadem. 

Aoughadan. 
Moaghoarghour, 
Iscal oughadir. 



■S^ir^ 



A.«i «. 'S^ 






• 




^ 

• 


CSvJil 




(S^ 


i^i Jo 






ft^ 






"'"■■■ t 








i>^' 











'j3 y 
xLLî uÀff- 



o 



^Xi-jt - i 



u y x .«, 



o • *' ^ 

w • J 
o • J 









ARABE. 



(^«Xi- 



y 



UbLÎ 



(jbjill kj|^ 





CRE-CUI 




5 


5 


FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TIlANSCniT. 


FIGDIli. 




Crépis bisannuel , plante [crépis 


Almerrara. 


«jijU! 






biennis, L.). 


. 








Cresson de fontaine. 


Gharnoanech. 








Crie, imp. 


Siwel. 


yy^ 


^lic 




Us crient. 


Sioalen, sioalenâ. 




I_^K», 




Pourquoi cries-tu si fort? Parle douce- 


Echimi tesuialid nisha si- 








ment. 


wel silaquil. 


JjijtLu Jj,*« 






Crosse de fusil. 


Serir en temoiikhalt. 


• 






Crotte de chèvre ou de brebis. 


Tehourourt. sing. 
Ahourour. pi. 




. . ■ 1 




Croche. 


Saghoum, echmoukh. 








Cdire (Fais), imp. 


Suhb. 








J'ai fait cuire. 


Sabbacjh. 








Tu as fait cuire. 


Tesahbed. 








Il a fait cuire. 


lisubb. 


w ^ 






Nous avons fait cuire. 


Nesub. 








Vous avez fait cuire. 


Tesabbem. 








Ils ont fait cuire. 


Sabben. 








Cuisine. 


Adris, anwal. 








Cuisse. 


Temssad. sing. 
Imssaden. pi. 


» ^ 




i 


Cuivre. 


Enhas. 




0-^ 





56 



CUL-DAN 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 


TRANSCRIT. 


FIGDRÉ. 


Cul. 


Thakhna, acounnid. s. 








Thikhneioa. pi. 


'^^ 




Culotte longue, de toile ou de iaine. 


Teserwal, tetibban. 




ji;> 


Cultivateur et moissonneur. 


Imkeraz. 






Cyclamen, pain de pourceau, plante. 


Elhadibi. 


^i^ 




Cynoglosse, plante (cynoghssum.L.). 


Almassassa. 

D 






Dame. 


Temcourt. 




• 


Dans, préposition de lieu. 


Digh, igh, ghi. 


j-t-t\-^-^ 


i 


Dans ce pays-ci ii y a beaucoup de 
monde. 


Digh temourt wagki el- 
ghacki athas. 






Dans les montagnes, ii y a de braves 
gens qui savent manier ies armes. 


Digh cdrar erghazen de- 
làli ukathen wezzal. 






Leboisesttrès-toufifu.il y a des lions; et 
littéralem. dans lui il y a des lions. 


Amadagh iicwa nizha di- 
gki's ismawen. 






Dans le chemin. 


Ghi gharas. 






Dans la maison. 


Igh ouhham. 






Danse , imp. 


Echdah. 






Danse, toi femme. 


Eckdak kenimini. 






Je danse. 


Ad cliedhagk 


g u ^ ,*- 




Vous dansez. 


Ad teckidham. 







DARDE 



57 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCRIT. 


FIGURÉ. 




Les filles dansent. 


Tliilawin adcliidhan. 


(jU^Jv^i) ç^j'i^JU 






Dartre, tumeur avec rougeur el dé- 


Atliazzazé. 


»3P 






mangeaisou. 










Dattes. 


Tint, icayn. 








Dattier. 


lal furoiikht. 




«.vi? 




Daopiiin, poisson de mer. 


Ilfen lebhar. 




CJ^^ 




Davantage, plus. 


Echad. 




• «• 




De , Dc , DE LA , prép. qui marquent 
les rapports. 


Ghal, (jhi, ni, en, ou, 
(ttjhi, neu, eb. 




JU^- ^^ 




Nous nous sommes levés du lit. 


Nenkker ghal frach. 


4< UX - t;^ 






Glands de cochons. 


Bellottih gh'ilfan. 


yuUv^: 






Chênes de sangliers. 


Thiboiichichin ntlj'an. 


'l ■ "l. " ... .•■ ' ... 






Les toisons de laine. 


ThUisin en tadoal. 








Le visage de Thomnie. 


Acadoum ou werghaz. 








Le cheikh de la montagne dc Feiisen. 


Amoucran agliifelisen. 








Le maître de Tor, doreur. 


Elnmalltni neu wirgK. 


è^j i-' j^' 






La moitié du chemin. 


Eztjhcn eb hoiiherid. 


b ^ t* • 41 -l" Cy 






De , DC, préposition de lieu. 


Glial,ghaf, zigh,zighi:. 


^^ - ^j . Ji . ii 


tr« - (j* 




Le moulin est éloigné de la ville. 


Thcsirl ubâad ghaj tem- 
dint. 


„ . » „ j 






Je suis sorti de la maison. 


Oafijhaghd zigli ouhliam. 








Je suis descendu de l'échelle. 


Ersatjh zUjhiz sullani. 








Je suis parti d'Alger. 


Sajragh zîghiz mezyhan- 
na. 









58 



DE-DEN 





FRANÇAIS. 


BER 


BÈRE 


ARABE. 






TRANSCRIT. 


FIGURÉ. 






De , pour, depuis. 


Zigh. 


_ k 


(j-« 






De l'an passé jusqu'à présent. 


Ziijk soucjhas iiâdden er 
thoara. 


oy 








DÉ À COUDRE. 


Teâasfourt. 




4t ..J 






DÉCHIRE, imp. 


Bi. 


a 








J'ai déchiré. 


Biçjh. 


u 

é^ 


c:»-«j^ 




1 


DÉCOUVRE, imp. 


Erzim. 


• 


J4^' 






J'ai découvert. 


Razmagh. 




fr ^ "^ • 




i: 


DÉJEUNER. 


Imkili. 


J^l 


gk-ikit pUL 






DÉLIE, imp. 


Efs,. 


(^1 


• 






Délie ie nœud. 


Efsi iiguerest. 


o u ^ .0 f y 


sjJuI) JU- 






Je l'ai délié. 


Efsyhf. 










Il a délié sa ceinture. 


lefsi aghoase's. 


" ' -r • 






; 


DÉLUGE. 


Eman thoiifan. 


Q ^ ' • 


K y -■ 






Demain. 


Ezikka. 










Après-demain. 


Nef esikka. 




»_jj^_^ 






DÉMANGE.VISON. 


Itchi. 


' ^l 








La peau me démange. 


lUchi acsoumiott. 




t 




i 


Demi, moitié, milieu. 


Ezcjaen, icsim. 










Demi-mouzoune, pièce monnayée, de 


Ezguea mouzoana. 


. ' ' " ^ "■{ 








3 sous environ. 












Demi-heure. 


îcsim saâa. 


AfLui fCWJil 








Dent de lion, plante (leontodon ta- 


Darset elâdgiouz. 










Toxacon, L.). 






1 





DEN-DER 



59 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 


' 


TRANSCRIT. 


figdré. 




Dents de devant. 


Oughoal, thagar. sing. 




Ij^i 






Oughlan. pi. 




yUJi 




MÂCIIELIÈRES. 


Toughmas. 




u«jtr^' 




Les dents me font mal, j'en ferai arra- 
cher une. 


Ouijïdanioii carahii, adik- 
sa<fh ierret sighizsen. 








DÉPENSE, lieu de la maison où l'on 
tient les provisions. 

DÉPÔT. 


Taghourfet. 
Lemane. 


• yy 






Je mets ce dépôt chez toi, 


Adsersttxjk lemane iaghi 
gkourak. 


y yy o ^u ^ y^ 






Mets-le chez moi. 


Sersits gkouri. 


iSjJr^ {y*-^>^j^ 




i 


Depuis, prép. de temps et de lieu. 


Sugh, si. 


} 


tj-« 




Depuis l'an passé je n'ai pas voyagé. 

Depuis les pieds jusqu'à la tête, je suis 
couvert de poussière '. 


Safjfi Hindi iiâdden wer 
safragh. 

Sidamiou er ikhjiou akk 
thelehe inou sakal. 


uy <^ y 




1 


Dernier. 


Engueghourou. sing. 
Engueghoiira. pi. 


j y uy 


àbl^l 




Il est venu ici le dernier. 
Derrière, subst. 


loased cjharda engue- 
ghourou. 

Oakhna, takhna. 


j y uy uy u ^ j 

• u "T y i* j 


:^ 


1 


Derrière, après. 


Izdéfîr. 


y w 


h> 




Littéralement : Depuis mes pieds jusqu'à ma tête, tous mes bahits sont dans la poussière. 




1 



60 



DES-DEV 





BERBÈRE 






FRANÇAIS. 






ARABE. 




Tr,ANSCI\lT. 


FIGURÉ. 




Les gens sont derrière nous. 


Muddcn izdè firennaijh. 








Descends, jm/j. 


Ers. 


^J 






Descends à terre. 


Ers ghar elcaâa. 








Je suis descendu. 


Ersatjh, ersigh. 


«• y ox 


!• liVlC^ 




Tu es descendu. 


Tersid. 








Il est descendu. 


Jirs. 


y' 






Nous sommes descendus. 


Nersi. 








Vous êtes descendus. 


Tersem. 








Us sont descendus. 


Erscn. 








Descente. 


Oukouz. 


« j j 


J^>î 




Dessous, au-dessous. 


Dewa. 


iS^ 






Au-dessous de lui. 


Dewa's. 




«JL*? 




Au-dessous de leurs hahit*» 


Tii^iiin tnfilfh^ pnnt^fcn 




<?■ 




^L^L \4.\jiJkJ^J UJ \f\j i\/\Xl J L4a.UiL^. 


L.'f,tvn C'ieieyt, i^filLt-^cft. 


rir^'^ 




Dessus, au-dessus. 


Enigh, soufella. 




oy 




Le dessus de la maison. 


Soufella houkham. 








Au-dessus de la maison. 


Ennifjh oiihkam. 








Deu.x. 


Sin. masc. 
Sinat. fém. 




wx 




Deux hommes. 


5»! erfjhazcn. 








Deux femmes. 


Sinat thoiilatven. 








Devance, imp. 


Ezwer. 


„. 






Nous avons devancé. 


Nezwer. 








Devant, en présence, vis-à-vis. 


Ezzet. 


^.jt 


^\ù^ 





DÉV-DTN 



61 





FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


A R A R F. 






TRANSCRIT. 


FIGDRÉ. 


Il 11 iWi Him 






L'un devant l'autre. 


hnen ezzct iwen. 


U^ ^J> U>> 








Les CUes sont devant vous. 


Thiadatn ezzel tven. 


(J>!)' uj^'^'^V^' 








Ton frère est devant nous. 


Oucjhmah ezzet ennafjk. 


^Llli5' '^"*^/' 








Ci-devant. 


îghzoawarnin. 


tJV;lSj>i 


Ja» u- 






Il lui a fait ci-devant enfler le derrière 


Ilbzic ouhhnds ighzou- 










avec un bâton. 


warnin. 


• • 








DÉVIDOIR. 


Timaghzilt. 




/l^i 






Deviens, imp. 


Oukkal. 




gx 

^J^ 
" , , 






Je suis devenu. 


Ouklagk. 


jfe-jl 


l;**>; 






Tu es devenu. 


TouUai. 










Il est devenu. 


louhltal. 


fe 








Nous sommes devenus. 


Nouhlml. 


u 








Vous êtes devenus. 


Toaklem. 










Us sont devenus. 


Ouklen. 










Diable. 


Echcheithan. 


yUalXil 


ol^i 






Dieu. 


AghaUid,moucoar, rebhi. 




m 






Que Dieu te rende heureux ' ! 


Oukni henni rehhi. 




amI ii)jsj«*,I 






Que Dieu te préserve de mal ! 


Akiaroadj rebbi elbas. 


^IjJ! J_j J^jUsT 








Difficile, rude. 


lojiâcir, ïvâaran. 










Les chemins des montagnes sont diffi- 
ciles. 


Iberdan idoarer wàaran. 


uL>*S.y.J^' yti^i 








Dimanche. 


Glias elahad. 




j^s-ii! j.^ 






Dindon. 


Boiiioukhnan. 




'^J-; t/^' 






* Compliment d'usage lors d'un mariage be 


rbère. 







62 



DIN-DOM 





FRANÇAIS, 


BERBÈRE 


ARABE. 






TRANSCnlT, 


FIGDRÉ. 






DÎNER. 


Elles. 


^1 


\^\ pUL 






Dis, imp. 


Siwel 


Jy-^ 


Jj^ 






Dis la vérité, dis un mot de vérité. 


Siwel tidits, siucl awal 
en tidits. 




<>1J^ 






Je l'ai dite. 


SioalaijJiîh. 


&• J 








; Autrement : Dis , imp. 


In. 


"^l 


H" 






J'ai dit. 


Ennigh. 


é^' 








Tu as dit. 


Tennid. 










H a dit. 


linna. 












Nous avons dit. 


Nennayh. 




>'0'' 








Vous avez dit. 


Tennam. 












Ils ont dit. 


Innan. 




yUii 








Dis-lui de faire. 


Inès adisker. 


« '^ « /*.- u .' 








Dis-leur de faire. 


Inesen adsekeren. 


y_;-Cwi! (j-**Àjl^ 








Discours, parole. 


Awal 


JijT 


"y 






DisPDTE (La). 


Tazeit. 




^i;UJt 






Nous nous sommes disputés. 


Nezeî. 










Ils se sont disputés. 


Ziien. 


wè 








Autrem' : Nous nous sommesdisputés. 


Nethaâghid. 










Ils se disputent. 


Thaâghiden. 




'j^i^- 






Doigt. 


Adad. sing. 


iilT 










Idaden, idouden. pi. 




j.u;( 






DOMESTIQDE. 


Adhn. 




r^^ 





DON-DOU 



63 





FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 






TRANSCRIT. 


FIGDKÉ. 






Donne, imp. 


Efil. 


Si] 


c>i 






Donne-lui. 


EfhiS. 










Donne-moi ta fiile pour mon fiis. 


Efhii illik i mimmi. 


g u 0^ 








Donne-moi une femme; je demeurerai 


Efkii, efhiid tkemÛoaJ 


^5— £ 








avec elle. 


aà aciuimagh nek ouk- 
kidis. 


~ „ g .^ g'. 






i 


Que Dieu te donne du poison ! (Façon 
de jurer des Berbères. ) 


Adak iifk rehbi esumm. 




i 






Nous avons donné des mouzounes. 


Nefka timoazoanin. 




1 
i 






Us lui ont donné l'aumône. 


EJhanes essadaca. 


^ ^ ^ g ^ ^ g^ 


" 






Dors, imp. 


Ghan, athighnad. 


g •g ,*^ *j y 








Xai dormi. 


Ghanaçjh, thissa^h. 










Tu as dormi. 


Teghan , tethssad. 


g ^ g • g •• 


i! 






Il a dormi. 


Ughan^ iithssad. 


g ^i» g ^ 








Tu as beaucoup dormi. 


Ketchini tethssad athas. 


-*^ ** • " ^ ^ 








Va dormir. 


Ekkir athssad. 










Depuis ces deux nuits je n'ai pas dormi. 


Sin id atjhi wer thissagh. 


ti^^ — f 








J-5 fc^'' ^\ ■• ■**' 










*; ^ . 


( 






Dos. 


Aârour. 




;^i 






Son dos est courbé. 


lifagli ivadroaris. 


g g, " ' 


1 

i 






D'oè, de quel lieu, de quel côté, 
adverbe. 


Ensi. 




g • 






D'où est celui-là ? 


Ensi waghi. 




! 

i 
i 
1 

i' 






D'où es-tu ? 


Ensik. 







64 



DOU-ÉCO 



FRANÇAIS. 



D'où êtes-vous? 
D'oii es-tu, femme? 
D'où viens-tu?. 

Doucement. 

Doux. 

Douze. 

Droite (La), le côté droil. 



BERBERE 



Ensikun hanwi ? 

Eiisildm ? 

Ensi tousUly cnsf tekkid. 

Sil'âqml. 

Zeid, daziden. 
Sinut merau. 
Theman iefous. 









j!r° ^ 



U-JÀJ ylc 



E 



Eau, de l'eau. 

Apporte de l'eau, que nous buvions. 

L'eau coule. 

ÉcHAt.iS, pour soutenir la vigne ou 
toute autre plante. 

Echecs. 

Nous avons joué aux échecs. 

Je joue aux échecs. 

Echelle. 

Je suis monté par une échelle à la mai- 
son. 

Echo. 
Éclair. 
Écoute , imp. 



Eman, aman. 

Awid eman ensou. 

Eman iittczil. 
Terkist. 

Sathrandg. 

Nekhoummaz sathrandg. 

Adkkammeragh sathrandg. 

SuUam. 

Nehini oallagh ghaf sal- 
lam ghoar oukkam. 

Saiit hou cherouf. 
Albarcnit. 

Esil. 



■,Lil 






J u J ■" J 

^ -> u ^ 



ARABE. 






oUI 






ÉCR-ÉGO 



65 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE 


TRANSCRIT. 


FIGDRÉ. 


t » XI il *-* L^* 


Ecoule-moi. 


Esliid. 






J'ai écouté. 


Esti(jh. 






Tu as écouté. 


Tvsla. 


^ t. • 
2Us3 




Il a écouté. 


lisla. 






Nous avons écouté. 


Nesk. 






Vous avez écouté. 


Teslem. 






Ils ont écouté. 


Esilen. 


;Li 




Écris, imp. 


Ouri. 


y' 


J g /• 


J'écris. 


Aderagh. 


éi'^' 




Nous avons écrit. 


Nera. 


^^ 




Je lui ai écrit. 


Nek oanghas. 






Il m'a écrit. 


Nathni ionreii. 






Nous vous avons écrit. 


Nukni noareiawen. 






Nous leur avons écrit. 


Nukni noureiasen. 






Cela est écrit. 


Tagluwassa iiara. 


\j\xi XtojULi 




ÉCRITOIKE. 


Tedawit. 


• • 


x,!_5jJI 


Apporte l'écritoire , que nous écrivions. 


Awid tedawit en nera. en 


yl O-JjllX— > «Xjji 






narou. 


• <* ^.^ 

jyb yi - !^ 




Écurie. 


Enbih, weskif. 




V gy 


Egalement, de même, ensemble. 


Oakk. 


i; 


l»-w 


Us ont fait de même, également. 


Oukk seheren. 






Egorge, imp. 


Ezîou. 







66 



EGR EMP 



FRANÇAIS. 



Cet liomnie-ià a égorgé sa femme. 



Nous avons égorgé l'agneau devant le 
cheikh *. 



Les ioups ont égorgé le troupeau. 
Egrvtigne, imp. 
J'ai égratigné. 
Le chat a égratigné mon visage. 

Elle, pronom féminin. 

Elle a fait. 

Elles ont ri. 

Embrasure , pour tirer le fusil. 

Emeraude. 

Empereur, ou roi. 

L'empereur d'Occident, le roi de Ma- 
roc. 

Le dey d'Alger. 
Emplis, imp. 
J'ai empli. 



BERBÈRE 



Zeligh. 

Tezlou. 

Er^haz wacjhi iizla them- 
ihouti's. 

N.ulmi nczla ezimer ezzct 
amoucran. 

IVcchanen zden oiilli. 

Akhbeck. 

Khabbechafjli. 

Emchick iikhhech aca- 
doumiou. 

Nitlisat, initlisal. sing. 
Nuthenti, ennesent. pi. 

iV(f/isa( teskcr. 

Nuikeiiti (lèsent. 
Sekal. 
Sejdi. 
A(jhillid. 

AghiUid neimaghreb. 

AiihilUd nel'gezaïr. 
Tchar. 



Tchouragh. 



fil o •«• 

f fît f O J 

«/•«-' g ti 

g g y*- 



ê^j^ 



* Manière de demander protection dans l'Atlas. 



EMP-ENF 



67 





FRANÇAIS. 


BERB 


ÈRE 


1 

j 

ARABE. 












TRANSCr.IT. 


FIGURÉ. 






Tu as empli. 


Tetchourad, 


^^;^- 






11 a empli. 


litchour. 


U J 






Nous avons empli. 


Netcliour. 


J^ 






Vous avez empli. 


Tetchourem. 








Ils ont empli. 


TcJwaran. 








Empoigne, serre, imp. 


Ekmick afousik. 




ti • U /- 




J'ai empoigné. 


Kemchagh. 




,..:^4 




C ' 




Tu as empoigné. 


Tekmichad. 








Ils ont empoigné. 


Kcmchen. 








Emporte, imp 


Esmati. 


J^t 


J^V«i 




J'ai emporté. 


Semou.t<ixjh , semoutigh'. 


M J^ uy j^ 


caXvIw 




Il a emporté. 


hsmouti. 


àir^^ 






En, dans. 


Der, dur. 


jii -ji 


V . i 




J'espère en Dieu , puis en toi. 


Enjiagh dar rchbi oahh 
darak. 








Enceinte, grosse. 


Terou. 


J>* 






Encore. 


Akka. 


u4.T 






Encore un peu. 


Edrous akka. 


L^T ^;lj,jii 






Encre pour écrire. 


Simagh. 


•^ 


»>r 




Enfant. 


Acchich, thijirkhan. 




Ij; 






Acchichin. pi. 




iiiji 




Mon enfant. 


Acchichinou, 




c5<e^i 




Mes enfants. 


Eddetcarawinott. 




^^yy 




Les petits enfants. 


Errach, tenvan. 




' 



ENF-ENT 





FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 






TnANSCniT. 


FIGCP.É. 






Les petits enfants jouent. 


Errach adouraren. 










Que la bénédiction de Dieu soit répan- 


Adiiijae albirèki digh 










due sur ta tète et sur tes enfants! 


ikhfik ahli eddewara- 


Wy Q 








(Compliment de condoléance.) 


vik. 










Enfant pubère , littéralement ; enfant 


Acchick iouzani. 


^ J w,.^ 


jjur ^; 






qui jeûne. 












Enfant impubère, qui ne jeûne pas. 


Acchich wer âad ioazam. 


"r "' ... ... -r 


^Lj^ ^j 
























Enfantement. 


Atarou. 


^jbT 


iSÏij 






Douleurs de l'enfantement. 


Enghaz atarou. 










La femme est en travail d'enfant. 


Themihoui Sttâbboat ei- 
sarott. 










Ennemi. 


Daâdoii. 
Diâdawen. 




,.ki 






Ce pays-là est notre ennemi. 


Tedert inna diùda wen- 
ncnna(jh. 










Enragé. 


Damesoad. 




4,^i^ 






Enterrement. 


Timdilt. 




(ji^i 






J'ai enterré. 


Middaxjh. 




(:MȈ 






Tu as enterré. 


Temdil. 


là^ 








Ils ont enterré la femme du cheikh. 


M'idilen themtliout en 
amoacran. 










Entrailles, boyaux. 


Ijeâboab. 












Ijeâboaben. 









ENT-ÉPI 



69 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 


TRANSCRIT. 


FIGDEÉ. 






ij u y 


J J 


Entre, imp. 


Ekchim. 


^^J^S 


J^il 


Je suis entré. 


Klchmagh. 


é*"^**^ 


• • 


Il est entré. 


lihcbim. 


-^^; 




Nous sommes entrés. 


Nekchini. 


M ^ J W ^ ^ • 




Ils sont entrés dans la maison. 


Kechenicn i oakham. 


^^Li-^jt ^1 (;y<W^ 




Entre, parmi. 


Ghouighar, ghaigkar. 




(:5>jI« 


Entre eu». 


Ghoaigharesen. 






Entre vous. 


Ghaighareiuen. 






Les gens se sont battus entre euv. 


Mudden enaghan ghoai- 










gharesen. 






Il s'est élevé une guerre entre nous. 


licâa imenghi ghaigha- 
rennagh. 






EPADI.E. 


Thait. sing. 


oy)b 






Thouiet. pi. 






Epée longue et large à l'usage des 


Lemcha. sing. 


i,.:i 


Jo_jJo Ol-S»» 


Berbères. 










Lemachi. pi. 


^UJ 




Éperon. 


Sabir. 


oUm 


j^ 


Épi. 


Thidert. sing. 




J J 




Thiderin. pi. 






Épiceries , ou plutôt toutes sortes d'é- 


Ras elhanoat. 


JL^^ii o-b 




piceries broyées et mêlées ensemble. 








Épine. 


Esennan. sing. 








Isinnanen. pi. 






Épine blanche, arbrisseau. 


Zerowr. 


^ 

J3JJ 





EPO-ESS 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




transcrit. 


FlGcnÉ. 




Épouvantail pour les oiseaux. 


Emiial. 


JUi,' 






Époux. 


DisU. 


U 






Epouse. 


Tislit. 


U w 






L'épouse a été déflorée. 


Tlslit tekchim. 


t y "y y 






L'épou.v a défloré l'épousée. 


Disli iikchim yhaf ilslit. 








L'époui en a joui. 


Disli ii(jhats. 




\^^ 




Equinoxe dd printemps. 


Elhusoam. 


'^^ 


(à J(iy 




D'AUTOMNE. 


Elcusim. 


r^' 


u^^ 




Erésipèle. 


Humrei. 




tju*iJ! H^-»- 




Escalier, le seuil de la porte. 


Emnar. 


il y ay 

jU*l 


*AA*!i *i?-ji> 




EscAYOLLE , sorte de graine pour les 


Akouz. 


^^î 


&ijj 




oiseaux. 










Escl.ave. 


Ismigli. sing. 
Isimghan. pi. 


• o 






Espart, OU plutôt sparte, jonc dont 


Ehous. 


O-jr-JI 


jUw 




on fait des cordes, des nattes. 










Espion. 


Erghab. 




J ^ 




Esprit. 


Elâquil 








Ce vieillard n'a plus son esprit; n'é- 
coute pas ses discours. 


Emyhar oalach elâclis ; 
our tesagh awali's. 








Esquille *. 


Ikfil. 


u 






Essoufflé (Il est). 


lilheth. 


'^^^■^(^. 






Je suis essoufflé. 


Lehlagh. 








* Gros oignon sauvage dont le suc est un ] 


oison pour certains animaux. 







ÉTA-ÊTR 



71 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCIUT. 


FIGLTIÉ. 




Tu es essoufflé. 


■Telhets. 








Etang, marais. 


lanoumda, libhirm. 




»>f 




Été (L'). 


Anebdou, timguera:. 


u _, < o g^^ 


Jxl^Jt 




L'été est fort chaud dans notre pays. 


AnebJoa zacal athas digh 
themoiirtenna(jh. 








Étends , imp. 


Efser. 








J'ai étendu. 


Feseragh. 




• 




Tu as étendu. 


Tefsered. 








Il a étendu mes habits pour qu'ils se 
séchassnt. 


lijser hawayginou ad ii- 
kiwent. 


• 






Eterndement. 


Tewinzi. 




uiJaiJ! 




Étincelles, Muettes. 


Ifathiougin. 








Étoile. 


Itliri. sing. 




^-^■ 






Ithran. pi. 


ub^! 


v>^ 




Cette nuit-là, le ciel est plein d'étoiles. 


Ida tighnau tettchour 
sithran. 








Étoorneaux , oiseau.i. 


Izarzoaren. 








Étranger. 


Daberrani, oughrib. 


T^d/^j' - tîl^'^ 


'r»^ 

^ 




Étbe. — 11 était, il a été, il fut. 


lilla. 




J^-O^ 




Elle a été. 


Telia. 


5*J 






J'ai été, je fus. 


Elligh. 








Tu as été. 


TeUid. 








Nous avons été. 


Nella. 








Vous avez été (masc). 


Tellam. 









72 



ETR-FAG 



FRANÇAIS. 



BERBÈRE 



TRANSCniT. 



Vdus avez été (fém.). 

lïs ont été. 

Elles ont été, 
Etrier. 
Etrille. 
Étroit (H est). 

Edphorbe, plante [eaphorbia). 
Européens. 

Edx. 

A eux, leur. 

Nous leur avons préparé (littéralement: 
fait) un excellent repas. 

EVANODISSEMENT. 

Il s'est évanoui. 

Je me suis évanoui , littéralement : mon 
esprit s'est perdu. 

Expiré (Il a). 
Extinction de voix. 



Tellamt. 

Bilan. 

Ellanl. 
Rikab. 

Temchit nuweis. 
lidiq. 
Hezzazé. 
Iroamîm. 

Nathni, iddawin. 

Adascn, 

Adasen nesker imcnsi de- 
lâli. 

Meskoun. 

îoughith nuishoun. 
lidaâ elaclinou. 

Teffagh erroiihi's. 
Bahoiihat essaut. 









u^y 






g ^y 

j 



(J^J 



iil 



(S-" 



(j*" 



bt 



ARABE, 






-€^-^ 



U\ 



i£J 



UJI 



r' 



J-îiT 



Fade, sans goût. 
Fagot. 



Damesas. 
Tesdimt isgharen. 









(JM^MAvO 



oJail. 



FAI-FAR 



73 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 


transcrit. 


FIGDRÉ. 


Faible, malingre, maladif. 


Demdâouf. 






Faim et appétit. 


Laz. 


J^ 


t>=^ 


J'ai appétit. 


lafjhi laz. 


>' J^. 




J'ai faim. 


Louzagh. 






Tu as faim. 


Tebuz. 






H a faim. 


îilouz. 


^À 

• 




Nous avons faim. 


Nelouz. 






Vous avez faim. 


Teloazem. 






Us ont faim. 


Louzen. 


l^J 




Fais, imp. 


Esker. 


JX*-! 


J*_jl 


J'ai fait. Voy. la conj. du verbe Faire. 


Sekeragh. 


'^ 


CJ\X«j 


Falloir. — Il faut que. . . 


Hadd en. 


^(^ 




Il faut que je fasse. 


Haddi en adesheracjh. 






Il faut que tu fasses. 


Haddah en adteskcr. 


.X.I^iTyl' li)iL^ 




Il faut qu'il fasse. 


Haddis en (ulisher. 






Famille. 


Elwachoul. 




J^ 


Sa famille est nombreuse, il a des filles 
et des garçons. 


EtœachQuU's atkas, (jliour's 
thiadaïn ahh doawer- 
rech. 






Fanfaron, homme qui se vante. 


Erghaz iittezoïih. ghaj 




&*jj i ^i'Îj 




imani's. 


u^^l 


«Mjb ^.^U - 


Fantassin, homme de pied armé. 


Terrach. 


u^'>' 


^«iL« J.»-!j 


Farine. 


Aoaren. 


'Y 




Crible la farine. 


SiJ aouren. 







74 



FAR-FEU 



FRANÇAIS.' 


BERBÈRE 


ARABE. 




transcrit. 


FIGOr.É. 




J'ai criblé la farine. 


Sifa(ih aoaren. 








Farine de blé torréfié, pétrie avec 


Tliammina. 








du miel et du beurre *. 










— D'ORGE TORRÉFIÉE, pétrie avec du 
lail ■". 

FaL'CON. 


Rowina. 








Thaïr lu hour. 




jUJi.;!^ 




Fadte , péclié. 


Lekhathit. 


.".«Ki 


AaIsÀ. 




Fadx, fadcille, instrument pour 


Emtjuir. 


j4^' 






faucher. 










Femme. 


Themtlioat, themghart. 




»y! 




■Femmes, en général le sexel'émi- 


Tlwulawin j thoulawen. 


0^ • j ^ i 


LUI 




nin. 










Fenêtre. 


Sargiâ. 




AiUs 




Fenodil {anethumfœniculuin, L.). 


Besbas. 


^UwJ 






Fer. 


Wezzal 


^Ji 


Js,J«X.>> 




Fer de ia charrue. 


Teijhoursa. 








Fer de cheval. 


Esjaï, sejifiat. 


<:k-4\.m _ (^li>uil 






Ferjie , inip. et serre. 


Err, quinn. 


w^-3^ 






li a fermé. 


livra, iiccan. 








Nous avons fermé. 


Nerra, neccan. 


Cj*i -L)^ 






As-tu fermé la porte? 


Ketckini terrtd ihabourt? 


ejj^b' a>j' ^^i-A^- 






Je l'ai fermée. 


Rightesid. 




w^^îj 




Fetj. 


Timis, elajît. 




> 




* Provision de voyage des /Vrabes et daus toute la Barbarie. 






Cbcz les Arabes , et dans toutes les montagnes et les campagnes de Barbarie , voici la manière de faire 
avoir fait torréfier le blé et l'orge , on les moud sur une très-petite meule à bras ; ensuite on sépare la farine d 
qu'on veut faire du pain , ou fait cuire cette farine pétrie dans une poêle ou sur ia cendre. 


le pain : après 
u son , et lors- 


;i 



FEU-FIG 



r5 



FRANÇAIS. 



Cours, fais du feu. 
Fedille D'ABBBE. 

Les feuilles se sont séchées; elles sont 
tombées. 

Fedilles de platane'. 

Fedtre, étoffe dont la laine est lou- 
lée et collée. 

FÈVE DE MARAIS. 

Fève sèche , dépouillée de son écorce. 

FlÈVBE. 

La fièvre m'a pris; j"ai la fièvre. 

Fièvre maligne, 

il a la fièvre maligne; il esta l'agonie. 



Figue raquette, noraraée, en Barba- 
rie, figue des Francs ou des Chré- 
tiens. 

Figues fraîches. 



BERBERE 



TCANSCftIT. 



Il mange des figues sèches avec des 
glands. 



Figuiers. 



Ezil , esker elafit. 

Afrioun. sing. 

Iferrawen. pi. 

ÎJerrawen acourcn , cjha' 
tien, 

Thalaval. 

Fersadè. 



FIGURÉ. 



smg. 
pi. 



Ibiou. 

Ibaiven. 
Thifilwin. 
Thevla. 

Toufjhii thevla. 

Teciadist. 

Toacfli's tcàadtsi , liise- 
foucjk dûjherrouh. 

Tazert iroamiin. 
Tibakhsisin. 



Tazert. 

Adicha^h tazert doa bel- 
louth. 



TinoukUn lazerl. 









wy 






ARABE. 



6h3^^ 



_,i cjjjLj- , 















<5; 



UijJl 



o='J-V 



Pendant l'hiver, ces feuilles servent de nourriture aux chèvres et aux vaches , dans les montagnes de l'Atlas. 



76 



FIL-FIN 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRASSCBIT. 


FiGunii. 




Les figuiers portent beaucoup. 


TinoiiUin ouromoent a- 
thas. 


(Ai 






Fil à coudre. 


Ifalan. 


yilUt 


jLaX 




File, imp. lais du ûl. 


Ellim. 


^1 






J'ai filé. 


ElUniafjli. 








Tu as nié. 


Tellim. 








La femme file. 


Themthoat tetselleni. 








Filets, rets. 


Timaghzelt. 




A'=-r,';.^. 




Fille. 


Tacchicht. sing. 
Tacchichin. pi. 


u uy 


• 




Fille vierge. 


Teâzaoul, tehaialt. 








Filles, en général. 


Tkiliadaîn. 


(jjbl^Rj 


caUJî 




Chez nous, les filles ne sont pas du 
tout jolies. 


Glwurnagh thihudaïn our 
telha era. 


t 1 ' ■ "i '" :■ 






Ma fille. 


im. 


J^.[ 


tfi« 




Sa fille. 


niis. 


u^l 






Fils. 


Iwi, mis. 


cr^-c5j^i 


Jj; 




Le fils du sultan. 


Mis açjhillid. 


jJJ^T(jly> 






Le fils du cheïkl). 


Mis amoucrun. 








Mon fils. 


Iniemi, mimmi. 


<^-ts^l 


cS'JJj 




Fin, rusé. 


Dahili. 


J-^I^ 






Finis, imp. 


Fouk. 


^^^ 


û MJ .^ 




J'ai fini. 


Foakagk. 


é^ 


c:»,->fl.tc> 




Tu as fini. 


Tefoakad. 


y jy jy 







FLA-FOR 



77 







BEKEÈRE 








FRANÇAIS. 




ARABE. 






Tr.ANSCRII. 


FIGLRÉ. 






Il a fini. 


lij'auk. 










Nous avons fini. 


Ne/eh. 


^ 








Vous avez fini. 


TeJ'oukeni. 










lis ont ilni. 


Foahaiu 


U y J 








Flamme. 


Ahadgiu(jiou en timis. 




J 






Fleur. 


Edjidjegiie, ejdigue. s. 
Edjiguen. pi. 


g^" u X 


;\jj\ 






Flots, vagues. 


Elmaudja. 


u.^1 








Flotte de cheveux, que les Musul- 


Echebboub. 


«-JjAApi! 








mans laissent au-dessus du crâne '. 












Flûte à bec, dont l'embouchure est 


Echchébabé. 


*:UAJi 








très-large ". 












Foie. 


Thesa. 


u;i 








Foin, et toute herbe sèche, pour la 


Asaghour. 


j_jiULl 








nourriture des animaux. 












Fois. 


Thildlt. 


JIj^ 


Swo 






Une fois. 


Iwet thikilt. 


" l .• " ' 


«iS.».!^ s^ 






Combien de fois? 


Eich hal en thikilt. 


Li^ yi JU jji,j| 








Fontaine. 


Tliith newaman. 




ai(:yss 






Forêt, bois. 


Amadagh, thaghant. 


u ^ ^ o • ,^^ 


4U 






Fort, robuste. 


licwa. 




é^ - i5>> 






Fortement. 


Nizha. 


^k 


.5J^^ 






Forteresse. 


Teghadirt. 


iLijjiUj 


x^xAj» 






* Particuiièremeut , calotte de ciieveux cou 
sur la tête. 


5ts courts , que les Berbères out coutume de laisser croître. Ils 


Qe portent rien 






** Les Turcs la nomment nai. U y a aussi e 


n Barbarie une autre chébabè , extraordinairement longue et sar 


s trou. 





FOS-FRO 





FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 






^^' 










transcrit. 


FIGCIin. 








Fossé d'un château. 


Hajta oaghadir. 


jiUj!^^ 


w ^ 


















&AiUi 






FoD (Il est). 


linchef. 










FODB. 


Kouché. 










Fourmi rouge. 


Aoathoaf. sing. 
lioutlwafin. pi. 










Fourmis. 


Tliiwedfin, walfaln. 










Frappe, imp. 


louth. 




•u ) U J 






11 l'a frappé avec un couteau. 


liweiheth sian oafrou. 


JtJ3 * ^ • 








Frère. 


Ighma. sing. 


Ul 


t' 








Athmathen. pi. 




u'>-] 






Mon frère. 


ïghmatnoa. 


^U! 








Ton frère. 


Igiimah. 


iu! 








Ton frère , à toi femme. 


îgkmaïnem. 


^^JUI 








Son frère. 


îfjkmds. 


u-Ul 








Notre frère. 


Doucflirnanat/h. 










Votre frère. 


Doucjhma ennewen. 










Votre frère, à vous femmes. 


Douyhma enneweia. 


Ovi^i U!gi 








Leur frère. 


Doacjhmo ennesen. 










Leur frère, à elles femmes. 


Doiujhma ennesent. 


•t'-' ^w -; 








Mes frères. 


Athmatheniou. 










Tes frères, etc. comme ci-dessus. 


Athmatheaah. 










Fripon, mauvais sujet. 


Rau elharam. 










Froid, et aussi le froid. 


Esimmid. 


" ^ if 


^r? 





FRO-FUM 



79 



FRANÇAIS. 



Eau froide. 

Aujourd'hui il fait froid. 

Fbomage blanc '. 

Apporte du lait, que je fasse du fro- 
mage. 

Fronde, pour lancer des pierres. 

Les enfants se battent avec la fronde. 
Front. 
Frdits. 

Les fruits sont mûrs ". 
Fuis, imp. 

Il a fui. 

Nous avons fui. 

Ils ont fui chez ie marabout; on ne les 
a pas pris. 

Fuite. 

Fume, imij. proprement, bois la fu- 
mée du tabac. 

Je fume. 

Tu fumes , etc. 

Fumée. 



BERBÈRE 



TEANSCRIT. 



Email esimmid. 

Esa esimmid. 

Aghoughli. 

Awid aîjki adsekeragh 
açjlioughli. 

lUi. sing. 

Illawen. pi. 

Errack kafhen sillan'en. 
Tewenza. 
Elkharif. 

Elhharif ioubba. 
ËTwel. 

lirweL 

Nerwel. 

Rcweïcn ghoar ou mera- 
hith oarsen taijen era, 

Teroula. 
Sew doakhan. 

Adsewagh. 
Atesew. 
Aijhgou. 



... 



. ' ' r 



ARABE. 






â^ 






^ 3 U 



.iû>.:> 



Seule esptice de fromage que l'on connaisse dans toute la Barbarie- 

On remarquera qu'eïfe/iari^ signifie proprement l'automne , et que les Berbères n'ont pas d'autre mot pour exprimer col- 
lectivement les fruits de cette saison. 



80 



FUM-GEN 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




transcrit. 


FIGDRÉ. 




FnMETEBRE , plante (fnmaria, L.). 


Warac elnisa. 


LlJl (ij^ 






Fdmier. 


ZiUl. 


k 






FtSEAD, insirument qui serl à filer. 


TennaouTt. 




• • 




Fdsead (Le bouton du). 


Teguechirirt. sing. 
Tiguechirer. pi. 

G 








Gaie. 


Idjidjid. 




"x^ 
Vj^ 




J'ai pris la gale, et, littéralement, la 


longhaii idjidjid. 








gaie m'a pris. 




y • '' • 






Gamelle, jatte de bois. 


Tezleft. 




• • 








Garance [rubia tinctorum , L.). 


Hahikhtsour . 


^. ' ^ 






Garçon , enfant mâle. 


Acchich, ehazau. 


i\j^\ . ^^r 


" ' ' "-r^ 




Gaoche (La), le côté gauche. 


Tlieman zelmad. 


t> yily yy 


JU\i»Jî %=- 




Gelée blanche. 


Aghris. 


• 


Ij^. 




Il est tombé une gelée sur l'eau. 


Iwet waghris (jhaf eman. 


y • 






Gencives. 


Aghousmur. 








Gendre '. 


Adhoughal 


jUjiT 


>- 




Mon gendre. 


Adhoaghalioa. 


j^>ji'' 






Les gendres , ou les cousins. 


Idhoulan. 


yijj^] 






Genêt épineux (spartmm spinosum, 

L.). 


Elkendoal. 


Jj^IÀJ! 






* Celui qui épouse ia fiUe d'un liomme ou 


la £Ue de ses frères et de ses sœ 


urs. 







GEN-GOM 



81 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




transcrit. 


FIGURÉ. 




Genod. 


Tighchirer. 








Gens, hommes, troupe. 


Madden. 








GÉRANID M, plante {géranium molle, L.). 


ThaharJ'irfè. 


>J>ji^ 






Gerbe de blé, d'orge, etc. 


Tacatssount. sing. 
Ticalssounin. pi. 


U 3 Ué^^ 






Gigot de mouton ou de tout autre 


Teftil boa aksoum. 








animal. 










Gingembre. 


Zindjébir. 


^+4 

^ • 






Girofle, épicerie. 


Gair/é. 








Giroflée, fleur. 


Carenful. 








Giton. 


Chemathu. 


«Isl^ 


J^ 




Gland doux, qui se mange comme 


Ebellouth. 


%ï:î 


L^ 




la châtaigne. 










Je piile les glands. 


Aâxscomhrayh ebellouth. 








Je les grignote. 


Adaghazzagh zighiz. 


>fj ^jiisr 






Gland amer, gland de cochon. 


Ebelloulh ghilfan. 




o^i=A 




Glisse , imp. 


Chad. 




« •e-' 

;>>>' 




J'ai glissé. 


Ckadagh. 


^Sli 






Tu as glissé. 


Techad. 








Il a glissé. 


lichad. 








Nous avons glissé. 


Nechad. 








Vous avez glissé. 


Techadem. ' 


"'1 " 






Ils ont glissé. 


Chaden. 


yiLi 






Gomme arabique. 


Tiinin. 




^ Ju* 





82 



GON-GRE 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TBflNSCniT. 


piGonÉ. 




GoNiîO, herbe potagère, qui produit 


Bamié. 


AA^b 






un fruit gluant (espèce d'aJtliea). 










Gorge de loup, plante dont la feuille 


Bu.1ion.ka. 


^^^ 


^j:^ 




ressemble à celle de l'arum {aram 










(irisusum, L.). 










Gosier. 


Aghirdjoum. 


^J=r^ 


.>^ 




Goûte, tâte, imji. 


Uadi. 


J 


U J 




J'ai goûté. 


Muii(jh. 








'l'u as goûté. 


Temdi, 








H a goûté. 


Itinuli. 








Grand. 


Amoucrun, moucran. 




^^ 




Grande. 


Moucrit. 




»^A^> 




Grappe de raisin, de dattes, etc. 


Aghazou. sing. 
Iglwuza. pi. 








Gras , plein d'embonpoint. 


Icoubhé. 




tJ>o« 




Grasse , bien portante. 


Técoubbé. 


Ajyij 






Gratte , imp . 


Ekmiz. 


>r^' 






Je me gratte. 


AâkemmÀZagh. 








Tu te grattes. 


Atekemmized. 


i>liJî 






Il se gratte. 


Adikemmiz. 


• jc^jl^aji) 






Nous nous grattons. 


Adnekemmiz. 








Vous vous grattez. 


Atekemmizem. 








Ils se grattent. 


Ekmizen. 


S-^l 






Grêle. 


Abroari. 









GRE-HAB 



83 





BERBÈRE 




FRANÇAIS. 






A R A R F, 


TRANSCRIT. 


FIGURÉ. 


J L 1 i 4l 1.^ XJ* 


Grenades, fruit. 


Teroummanin. 




U^j 






V J^J U }V3 J 




Grenouille, et aussi Crapaud. 


Moucourcoar , ghour- 


j-i^.jiyU 


Ajt^jua- 




(jhour. 






Grignote, imp. 


Ghazz. 


Ji 




J'ai grignoté. 


Ghazzagh. 




':»>jKa.« 


Us ont grignoté. 


Ghazzen. 


u3^ 




Grosse mer. — La mer est grosse. 


Lebhar mouccar. 




^r^' ^U 


Grotte, caverne. 


Achrouf. 




JL^ 


Guéris, recouvre la santë, imp. 


Ahli, ahlou. 


A^\-j^'\ 




Je suis guéri. 


AhU<jh. 






Tu es guéri. 


Tahlicl. 






Il est guéri. 


lalila. 






Nous sommes guéris. 


Nakia. 






Vous êtes guéris. 


Tahlam. 


^îL* 




Ils sont guéris. 


Ahlan. 


o • w • 




Guitare , à huit cordes de laiton '. 


Elàoiul. 


i^i 




— de Guinée, à trois cordes de 


Kithara ghanawé. 




0"* 


boyau, d'une forme singulière, à 






if 


l'usage des nègres. 


H 






Habille-toi, imp. 


Etions thehbak. 


■ilite u-jAii 


g gx 


Je m'iiabiile. 


Adtelousaghthelebè inoa. 






Il s'est habillé. 


litlous thelebes. 


(j*4^ u-jM> 




Nous nous sommes habillés. 


Netlous ihelebemiMjh. 


y ^ii^^ u g/' 




* Il y en a de deux sortes ; une fort large , à 


manche droit , et l'autre à man( 


he recourbé , depuis la première 


cheville jusqu'à 


l'extrémité de la quatrième. 









8/1 



HAB-HER 



FRANÇAIS. 



Habit, vêtement. 

Mes liabits ne valent plus rien. 

Ses habits sont propres. 
Hache. 
Hanches. 

Depuis les l.ancbes jusqu'à la tête. 

Hasard (Par). 

Je l'ai trouvé par hasard. 

Hadt-bois, à sept ti'ous, dont le bec 
est très-large. 

Hennjî [hawsonia inermis) '. 
Herbe fraîche ". 

L'herbe a poussé; tout est verd. 
Herbes de la campagne. 

Herbes potagères. 

HÉRISSON. 

Nous mangeons les hérissons dans 
notre pays. 

HÉRITIER. — Il a hérité. 

Son frère est mort; il a hérité de lui. 



BERBÈRE 



TU.'INSCIIIT. 



Thelehé, elbad. 

Theîché inoa douUchit. 

Theiches ticlibah. 

TighUziml. 

Imchachem. 

Zi(jh imchachenah ci 
ikhfik. 

Timoiighurn. 

Oujifjkth iimonçjharn. 
Alghaïatha. 

Elhinni. 
Errehiy. 

liltker errcbij dazicjhzaa. 
Eldchour. 

AlJihomlra. 
Enisi. sing. 

Iniswen. pi. 

Nakm cniich tnisïven 
difjh themoartennaçjh 

loureth. 

lenimout i(jhmas iourcfli 
zlghiz. 









,! vi 



*i5\^i 



^ 









cy)_^ (j"^' '-^.^-f 



ARABE. 



t- 



,i:u 



-U" 






<!V.^tX<i0 






^J'J 



* Poudre de la feuille d'un arbre de ce nom , qui donne une couleur aurore que toutes les femmes de l'Orienl et de la Bar- 
barie appliquent sur les ongles, sur la paume de la main et sur les pieds. 

'* Liuéralement, le priutemps , et, par suite, toutes les espèces d'herbes qui poussent dans cette saison. 



HER HON 



85 



FRANÇAIS. 



J'ai hérité de lui. 
Herminette, outil de charpentici- 
Heiiiie. 

Une heure. 

Un quart d'heure. 

Demi-heure. 
Hibou. 
Hier. 

Hier, pendant le jour. 

Hier, de nuit. 



Hiver. 

La mer est trop^ grosse pour que nous 
voyagions pendant l'hiver. 



Homme. 

Hommes en général. 

Honte , déshonneur. — C'esl honteux, 

C'est honteux à moi. 

C'est honteux à toi. 

C'est hontetu à lui. 

C'est honteux à toi, femme. 

C'est honteux à elle. 



BERBERE 



TRANSCRIT. 



Wrrihatjhih. 
Cadouiii. 

Teswiâ. 

lal teswià. 

Tcrhà en icswui. 

Ljhsini teswià. 
Berdughioul. 
Ghidad, idghan. 

Idalli. 

îzerzen. 

Chitwa zeman ousimmid 

Lcbhar moaccar en ne- 
safer era digh chihca. 

Erghaz. sing. 

Irghazen. pi. 

Mudden. 
Delaâr. 

DeladrfclU. 

Delaâr Jellak. 

Delaârfelles. 

Delaâr fellcliim. 

Delaâr Jellam . 



FIGCBÉ. 






^ 



i^ii _ iîosAÈ 












ARABE. 



JJJi^ 



{y^ 



JwJJL 



J-=-^-J^j 



0- 



Ul 



,liJ! 



36 


HOT-HYD 








FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


A R A R E 




TEANSCBIT. 


FIGUnÉ. 


a 1.1 ix Mj JLJ- 




C'est honteux à nous, hommes. 


Dcladr J'cllanacjk. 


^U>jdiJ\ijiS 






C'est honteux à nous, femmes. 


Dcladr fellafjh. 








C'est honteux à vous, hommes. 


Dclaâr fellaimn. 








C'est honteux à vous, femmes. 


Delaâr fellahunt. 








C'est honteux à eux. 


Delaâr fiUascn. 


(j.<iyjj jliii 






C'est honteux à elles. 


Delaâr fillasent. 








Hôte, personne que l'on reçoit. 


Inehgui. sing. 
Inebgawen. pi. 








Huile d'olive. 


Zeit. 


'^j 






L'huile est chère. 


Zeit iaghlt- 


«• yy 


JU o.^/^i 




Apporte (le l'huile, que nous y trem- 


Awid zeit en nesègue- 








pions notre pain *. 










Hdîtres, coquillage. 


Aghoullal. 


J5U>T 






Hume, avale un liquide en retirant 


EskeJ. 


SxâxlA 


^ 




ton haleine, imp. 










Humcî le café, c'est-à-dire buvez le 


Sckfet elcaliwè. 




1. . ... ..^t 








café. 






Sj^l 




J'ai humé. 


Sehjatjh. 




-^ • 




Tu as humé. 


Tesekfad. 


u y u ^ '^ 






Il a humé. 


lishcj. 


« .- 

• 






Nous avons humé. 


Neshef. 








Vous avez humé. 


Tesekfem. 








Ils ont humé. 


Sekfen. 


"ij^^ 






Hydropisie. 


Aththan. 


Û^T 


riS-^-r-] 




" Le repas ordinaire des gens de la camp 


igné et des ouvriers de la Bar 


3arie se compose de pain et d'h 


uile mêlée d'un 




peu de jus de citron. 











HYE-TL 



FRANÇAIS. 



Jl est alteinl d'iiydropisie. 
Hyène. 



BERBÈRE 



TIUNSCniT. 



loudan athihan. 
Ourset. sing. 

Ourselin. pi 






ARABE. 



â^ 



I 



Ici. 

Viens ici. 
Il, pronom de la 3' pers. sing. 

Ils , pronom de la 3' pers. plur. 

n fait. 

n achète. 
Us se sont tu. 



Il y a, c'est-à-dire dans lui, dans elle, 
dans eux , dans elles. 

Notre pays est difficile; il y a des ^eus 
qui ne craignent rien. 



-Nos montagnes sont bien cultivées; il y 
a beaucoup de figuiers. 



Gharda. 

Esid tjharda. 
Neth, niihsa, i. 

Nuthnii iddawin ' . 

Neth adishar, ou sim- 
plement adishar. 

NHhsa adiaijk, ou sim- 
plement udiagk. 

Nutiuû sousainen. , ou 
simplement sousa- 
men. 

Difjkis . di^hisen. 



Themourtennagh iouaâr; 
diglii's irghazen our 
tesaghouuiaden ara. 



J *• -'fa w 

UL)-* ^Ui! y;!jij 

u j g 

Les pronoms neth, nithsa et nuthni peuvent se retrancher, parce que le ^^ , qui se met au commencement de la 3' per- 
du verbe au singulier, e! le y qui se met à la 3' pers. du veibe au pluriel, sont assez caractéristiques. 



Idraren eanacjh âamran; 
dighisen iinoukUn athar. 



^1 - UmJo - <J:û 






iLlil _ c.l>i) UJij 






l')h , 1TL -^ 



4^ 



88 



ILE-IVR 





BERBÈRE 






FRANÇAIS. 






ARABE. 




TRASSCRIT. 


FIGDRÉ. 




La forêt est fort épaisse ; il y a des lions. 


Amadagh iicwa nisha; 
dighi's izmawen. 


U»-^_) )_5-J«--) tliU) 






11 n'y a point. 


Oalachil. 




ui-s» U 




Dans la maison il n'y a pas d'eau. 


D'ujk oukham oulachit 
cman. 








Dans la rivière il n'y a pas de poisson. 


ï^igh csif oulachit isil- 
mon. 








Ile. 


Tiznint. 


au g 






Illicite , défendu par la loi. 


Delharam. 


^\jii 


^V^ 




lM.\GiNE-roi, combine, imp. 


Kouker, kitch. 


é^->^^ 


^1 (jV 




.l'ai imaginé. 


Koukeragh . 




— • 




Tu as imaginé. 


Tekoakerad. 








Il a imaginé. 


likouker. 








Nous avons imaginé. 


Nekottker. 








Vous avez imaginé. 


Tekoukerem. 








Ils ont imaginé. 


Koukeren. 


l^J^i^ 






Imam , prêtre musulman. 


Amerabith, amcar. 


jUuT_ Lt^T 


^/.Ul^ _ g.-i 




Injuhie-le, dis-hii des injures, imp. 


Ergham /elles. 








Ils vous ont dit des injures. 


RighmanfeUahun. 


(J^5Ui(^_; 






Instrument de musique. 


Hiiaden. 


u^*^ 


Vjkl! c::,i)T 




Intendant de maison. 


Mucaddem boukham. 




S/^ ^/ 




Iris, fleur des champs. 


Bertvac. 








Ivrogne. 


liswa. 




^t;^ 





I 



JAC-JEU 



89 







BERBÈRE 








FRANÇAIS. 


TRANSCRIT. 


FIGURÉ. 


ARABE. 










J 










Jacinthe , fie 


ir. 

• 


Sanbul. 


>* JU J 








Jalousie. 




Hased. 


ov.r.^ 








H est jaloux 


de toi. 


lihasidak. 










Ne sois pas ^ 


aloux de moi. 


Oari lahasid. 


•^^' ^_;jl 








Jambe. 




Adar. sing- 
Idaren. pi. 




i^^ 






H s'est cassé 


les jambes. 


lirza idareni's. 


ir-jj'^I b^ 








Jardin. 




Elglmlla. sing. 
Elghallawat. pi. 










Jardinier. 




Khadim n'elghalla. 


îuXiJIiiL 


u^P^l^ 






Jarre , cruche à deux anses , en 


Eclimoakh . esaghoum. 










usage dans les ménages de la Bar- 






• 






barie. 












Jasmin. 


Jasmin. 


cj:-«^y 








— JADNE [jasminum humile, L.). 


Aghroumi. 


^ 


^J^^ 






— sauvage , produisani une fleur 


Sewak errahian. 


yUa-pl liJlj^ 








bleue. 












Je, pronom c 


e la i" pers. sing. 


Nek, nekini. 




ut 






Je fais. 




Nek ou Nchini adaskaracfli , 
ou bien adaskaragh. 










Jeu de basa 


îd, et tout jeu où l'on 


Lekhoumar. 


;ui 


^^^ 






peut perdre ou gagner de l'argent". 












' Ce pronom se met ou se retranche à volonté , parce que le ê (pii se met à !a fin d'un verbe, pour désigner 
sonne , en tient lieu. 


a première per- 












** La ioi musulmane prohibe toute espèce de jeu , sans distinction. 







12 



90 



JEU-JOU 



FRANÇAIS. 




BERBÈRE 


ARABE. 


TBANSCRIT. 


FIGURA. 


Nous avons joué à un jeu de basard. 


Nelikanimar. 




u :z ^ ^ 




Us ont joué. 


Khamrren. 




^ys- 




Jeudi. 


Ghas elkhamis. 






LT-Î^ P^î 


Jeûne, imp. 


Zoum hetchini 




(S-^^V 


^yo 


Je jeûne. 


Atouzamacjli. 








Tu jeûnes. 


Âtouzamcd. 




'M'y 




Il jeûne. 


Adiouzam. 








Nous jeûnons. 


Adnouzani. 




y<jy>=>'^ 




Vous jeûnez. 


Atouzamem. 








Ils jeûnent. 


Adoazamen. 








J'ai jeûné, etc. 


Oazamatjli. 








Joli , agréable. 


Deldli, ielhi, '. 


■.errighin. 






Que tu es jolie, 6 femme! 


Delalikini ia tlicmthoul. 






Jonc, sorte d'herbe de marécage, doni 


Edlis. 








on fait des nattes et des cordes. 










JoDE, \a partie du visage qui prend 


Oadiim. 




_^ijl 


Jsjw 


depuis les yeux jusqu'au menton. 








J J 


Joue, imp. 


Ourer. 








J'ai joué. 


IVerarai/h. 








Je joue. 


Adonraracjh. 








Ils jouent. 


Adoarareii, 








Joug, instrument qui sert à atteler 


Azaghil. 


sing. 


Jii)T 




les bœufs. 












Izoucjhla. 


pi. 


H J 







JOU-JUS 




'91 




BERBÈRE 






FRANÇAIS. 






ARABE. 




TRANSCRIT. 


FlGOnÉ. 




JODR. 


Was. sing. 
Ousan. pi. 


J 

yUwj! 


M 




Le quart du jour, vers les neuC heures 


Azal. 


J!)T 


J^\ 




du matin. 










Lepoiut du jour. 


Ighli was. 


^î; ^t 






Le jour se fait. 


louU was. 




jl^!^ 




Les jours sont devenus longs. 


Oasan ghouzift. 








Jours courts. 


Oasan weslU, 


go y '^ y ^ 






Juge. 


EldUm. 




^b 




JoiF. 


Oadeï. sing. 
Oudein. pi. 








Jdmeaox. 


Akniwen. 




• 




La femme a fait deux jumeaux. 


1 lipniihfiiif ifiiirnn (iiîth- 


1 J ^ U.)'^ 






wen. 


ijy^^T 






Jdment. 


Teguemert. sing. 
Teguemerin. pi. 


W (J ^ 






JoRE, fais serment, iinp. 


Ghalt. 


Ji 






J'ai juré , j'ai fait serment. 


GhouUaijk. 


''\- 
&" 






Nous avons juré. 


Naghghoul. 


J*5 






Il a juré sur ma tête. 


lighghal soucarîou. 








Il m'a mangé mon argent; je l'ai fait 
jurer. 


lichen idriminou, sigkal- 
la^htk. 








JOSQD'À. 


At, er. 




jj-lji*tî! 




Jusqu'à présent. 


Er tkoura. 




yÎU 





92 



LA-LAB 



FRANÇAIS 


BERBÈRE 


A R A P. K 




L 4. t J X \. 1 V J ii. ± LJm 


TBANSCBIT. 


FIGDHÈ. 


f X J.I. Il XJ JLi • 




D'ici jusqu'à notre maison. 


Iisia cr ahhanu'nna(^h. 


èUÂ-flLswî^î LÇwi 






Du village jusqu'au jardin. 


Z'ujh ihcilcri ur wcrU. 










L 




LÀ, adverbe de lieu. 


Dihin. 




JUjo 




Assieds-loi là. 


Sulaoan dihin. 


(^5^-^i M^jl*^^-*-*»' 


ti)UA(jl»^i 




Vous les trouverez là. 


Dilun ioafamthen. 


U ^ J 






Le balai est là. 


Dihin timsscdahat. 








La, les, pronom relatif régi par un 


S, tk, sen, then, lis. 




^ . u 




verbe. 


ats '. 








Baise-la,- baise-le. 


Soudeniik. 


ij y J 


L^-W^ -â^Méyi 




Je l'ai baisé, ou baisée. 


Soude natjhih. 








Il ne l'a pas baisé, ou baisée. 


JVerth iisouden. 








Je les ai battus , ou battues. 


OawiiaijhthcH. 


O ^ Ù ^ J 






Je ne les ai pas battus, ou battues. 


Weiihcn ouivitagh. 








Ne le fais pas. 


Ours csiicr. 








Faites-le. 


Sehcretit's. 


V u ^ ^ ^ 






Partagez-ie ensemble. 


Ebdoutit's elwahid. 


u J y 






Je l'ai fermé, ou fermée. 


Kujhthj ri(jhd's o\\ rujh- 
tesid. 








Labodbe, imp. 


Ekriz. 








J'ai labouré. 


Kcrzaghj, kerzaghd. 








* En berbère , ces signes du pronom relatif 


onL masculins et féminins. Us se 


2)lacent à ia fin du verbe , à moins que le verbe 




ne soit préciidé de la particule négative j»i 


oujj • ^^^^ ces cas, ils se lient à cette particule. Les particules pronominales 




dont on se sert le plus souvent sont / ^" et el 
par un ^ et devant la particule négative. 


ï ; ou ne met le (ja> et /j-w qu'avec les verbes qiii se terminent par uu ci» ou 





LAB-LAN 



93 



FRANÇAIS. 



Tu laboures. 

Il laboure. 

Nous avons labouré. 

Vous avez labouré. 

Ils ont labouré. 
Laboureur. 
Laine. 
Lait. 

AIGRE. .^ 

Apporte du lait aigre, que nous y trem- 
pions (notre pain ). 

Lait de vacbe. 
— ■ de brebis. 

— de chèvre. 

/ 

— de chamelle. 

— d'ânesse. 

— caillé. 

— caillé , cuit avec du beurre , ce qui 
fait une espace de fromage. 

L.AITRON [sonchus, L.). 

Laitue romaine. 

Lampe de terre. 

Langue. 



BERBERE 



IBANSCniT. 



Tekerzed. 

likriz, iiknzd. 

Nekriz. 

Tcherzem . 

Kerzeit, kerzend. 
Imkeraz. 
Tadouth. 
Aijki, aghfet. 
Jighi, arjhou. 

Awid en neskej icjki. 

AiJ'lii en ieJoancsL 
AiJki oulli. 
Aijki en Ikatjhat. 
Aijhi en teltjhami. 
Aijki en tacjhioalt. 
Tedjlest. 
TekUlt. 

Ibizdan. 
Klias. 
Missbahh. 
Ilis. 
Itsan. 



smg. 
pi. 






• • • ^ 



^î 



(s-*-^l 







6> «• -*• U^ «.«..- 



cOj^b yi li-J»-j' 



ARABE. 












94 



LAR-LE 



FRANÇAIS. 



Large. 

Ladbier (Icmrus victorialis, L.). 

Lavande st/Ecas ( lavendala slœcas, 

L.). 

Lavande (Grande) *. 
Lave, imp. 

Lavez vos mains. 

J'ai lavé mes pieds. 

il a lavé sa chemise de laine ou sa 
vesle de dessous. 

La vieille a lavé ses bardes. 

Nous avons lavé. 
Vous avez lavé. 
Ils ont lavé. 
Le, les, pronom relatif". 

Je l'ai vu. 

Je ne Tai pas vu. 



Je le connais. 
Je les connais. 
Je ne les connais pas. 



BERBERE 



lisâa. 
Rend. 

Elhan. 

Haîkai 

Sired. 

Siredet ifasinnewen. 
Siredagh idarcni. 
îisirid tehandoiirti's. 

Temçjhart teserid fhele- 
he's. 

Nesared, nesired. 
Tescrdem. 
Sireden. 
Th, s. siDg. 

Then, sen. pL 

Ezrighath. 
Werth ezrigh. 
Oar's ezrigkd. 

Sinaght. 

Sinagkthen. 

Werihen sinagh, wer- 
tken sinagkad. 



FIGURÉ. 



/x .. ■À.À.wbL)! t^^ïw^U' 

. 'f I "■■'■' 

»-: 



* Les femmes , en Barbarie , en mangent pour eneraisser. 

** Suivez la règle explicjuée ci-dessus , pag. 92 , pour les pronoms La , les. 



LEN-LEU 



95 



FRANÇAIS. 



BERBERE 



0* 






so*^ 



Je ne les connais pas du tout. 

Je i'ai amené. 

Je ne les ai pas amenés. 

Nous ne les aimons pas. 

Lentille , légume. 

Leivtisque [pistachia Jentiscus, L.). 

Graine de lentisque, dont les Berbères 
de l'Atlas font de Tiiuile. 

LÈSE, fais du tort, imp. 
Je lui ai fait du tort. 
J'ai été lésé'. 

Lest d'un navire. 

Leur, leurs, pronom relatif". 

Leur maison [masc). 
Leurs chevaux [masc). 
Leur habillement [fèni.). 
Leurs bracelets [fcm.). 

Leur, à eux, à elles, pronom relatif 
régi par un verbe. 



Les Berbères ne connaissent pas de verbes passifs, ou, pour parler plus exactement, ceux qu'ils connaissent sont très- 
rares. Eu général, ils ont très-peu de noms abstraits, comme tous les peuples sauvages. 

Lorsqu'il est annexé à un nom , on retranche souvent 1' i par euphonie , et le premier /j devant le (j final d'un mot. 



TRANSCRIT. 


FIGUnÉ. 


Ourscn sina(ih era. 

Ouhicjhth, oiihiglithid. 

ÏVeithcn . ucrtheni doub- 
bigk. 

Oarsen neJiammil. 


a V j il j 


Teîintit. 






Eldherou. 




jjJkJ) 


Hah eldherou. 






Dourr. 

Nehini darraghik. 






Ncliini dourraghf mieux 
dararen imanioa. 


kvr^ 


- 1^ i^^ 


ElgJiirick. 




u*^^t 


En'nesen. masc. 




O ^r ^ Ù^ 


Ennesent. fém. 






AJiham cn'nescm. 




V ^^V^ ij ^ y^ 


laôou diwen'nesen. 






Thclchê ennesent. 






Moahya senncsent. 




' "^"r^ i---* 


Adhasen. masc. 




^iiî 


Adhasent. fém. 







ARABE. 



96 



LEZ-LIE 





FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 






TRANSCRIT. 


FICCRÉ. 






Je leur ai donné des figues sèches. 


Adliascn efk'ujh tazert. 


L.ayL) Ç.'S~il\ y^lit 


, 






Nous leur (à elles) avons ouvert la 


Adhasenl ncrra ihaboart. 










porte. 












Porte-leur (à elles) des dattes. 


Adhascnt mvid tint. 










LÉz.iRD , de la petite espèce. 


Tezermonmit . 




»^yji 






— de la grosse espèce. 


Aharboubou. 




^^iH 






Libertin. 


Damerioul. 


J^^b 


àh 






Libertine, coureuse. 


Temrioiilt. 










Libre *. 


Amazirfjh^ sing. 


h^^ 


J^ 








Temasircjht. pi. 




,\jL\ 






Sais-tu la langue des libres , c'est-à-dire 


Tesnid awal en tcma- 










des Berbères? — J'en sais un peu. 


:irght ? — Sinagh 
iniik. 










Licou. 


Sarimé. 


*4>^ 








Lie, imp. 


Quinn. 


tjë 








J'ai lié. 


Qamnaijli. 


çXXi 








Ils l'ont lié. 


Qainnes. 










Liège. 


Fcrjennis. 


tj^^-j-i 








Lien. 


Eican. 










Lierre, arbrisseau qui s'attache aux 


Ezenzou. 




..y 






arbres et aux murs. 












Lieu, endroit 


Adghar. 










Le lieu est proche. 


Adgharjicarib. 










* Dinonûnalîon dont s'honorent les hahita 


its de l'Atlas. 







LIE.LOR 



97 





FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE 




IKANSCRIT. 


FIGDRÉ. 






Lièvre. 


Oathoal, oathil. sing. 
lioutkal. pi. 


U J 3 J 






Je suis allé à la chasse; j'ai tué quatre 
lièvres. 


Ronhafjh (jkar siadè np- 
yhacjhad koaz ijoathal. 








Limace, limaçon. 


Minghajoughlan. 




l;J>^ 




LiNAiBE, plante (antirrhinum re- 
Jlexum, L.). 


Zehrawie. 


Hi^ybj 


4i>ji>' 




Lion. 


Izim-belhar. sing. 




^, 






Izmawen. pi. 


oi'^j' 


e^ 




Dans le Sahara il y a beaucoup de 
lions. 


Dtgk assahra izmawen 
alhas. 








Lit élevé et sofa. 


Tekenna-lissi. 


•■0 • • 






— d'une natte et d'une couverture. 


Tighirtis. 


c^Aij^; 






Livre de Dieu, le Coran. 


Kitab rebbi. 


âj V^i^ 


J^t 




Loin , lointain. 


lyough. 


é^I 






.le veux aller dans un lieu lointain. 


High endoagh (jhar ad- 
ghar igough. 








Long. 


Daghouziffan, ighzif. 




J-.^ 




Longue. 


Taghzift. 




^ 

Aj^ 




Lobsque. 


Emii, thoura en. 




lit _ UjUc 




Lorsque nous aurons fini cette chose-là. 


Tlioara en nejouh tag- 
haoussa taghi. 








Lorsque les filles auront dansé. 


Thoura en thoulawin 
ckidhan. 







i3 



98 



LOU-LUN 



FRANÇAIS. 



Lorsque nous aurons fumé, nous man- 
gerons. 

Loup et chacal. 



Lui , il , pronom de la 3° pers. 



H fait. 



Lui, régi par un verbe, subst. 
Dis-lui. 

On lui a donné la bastonnade. 
Nous lui avons fait un bon régal 

Je lui ai pris son mouchoir. 

Lumière. 

Lumière du soleil. 

des étoiles. 

Lundi. 

Lune. 

La lune se lève. 



BERBERE 



Ermi neseuv doukhan en 
nitch. 



Wechen. sing. 

Wechanen. pi. 

Nithsa, inithsa niiha, ei. 



Nithsa adisher, ou adis- 
her.oji seherelh inithsa. 



S, adlias. 

Inc's. 

Efkanc's thiglmt. 

Adhas nesker iniensi de- 
Idli. 



Adhas ou^hughd femha- 
remti's. 



Wecli. 

Wech en tefouht. 

Wech en ithran. 

Ghas el ethnein, was el 
eihnein. 

Tiziri. 

Toali, toulid iiziri. 



FIGDDÉ. 



O 



^ J 



• U/* 



" -.y 






41 «r O 



et o /' y f ,.' 



(J»fcA.«J.^^^ 



" ^". "' "^ 



H O J^ Ù ^ 






ARABE. 



c«uâ 






JU^i 



* Il s'emploie ou se retranche à volonté , si ce n'est lorscju'îl s'agit d'une démonstration particulière. 



LUP-MAI 



99 



FRANÇAIS. 



La lune se couche. 
LtJPiN, pois plat et un peu amer. 
Ldzerne. 



BERBERE 



Ma , MON , MES , pronoms possessifs 
de la première pers. sing. 

.Ma maison. 

Mon pays. 

Ma télé. 

Mes frères. 

Mes pieds. 
Maceron [smyrnium olusatrum, L.). 
Maçon. 

Magicien , sorcier. 

Cet homme-là est magicien; il peut 
faire descendre la lune du ciel. 

Maigre, mince. 



Son épouse est maigre; elle n'est pas 
du tout jolie. 



Ataghlid tiziri. 
Tedjilhent. 
Lacourt. 

M 

Inou, inoa sans élif, iou. 

Akham inoa. 

Themoartinon. 

Ikhfioa, 

Athmalheniou. 

Idarenioa. 

Timacssin. 

Benna en akham. sing. 

Bennain en tighimmi. p. 

Eshar. 

JVaijhi eshar ûzmer en 
ares tiziri zi(jh thltjh- 
nau. 

Daracac. masc. 

Teracaqt. fém. 

TisUtis teracaqt oulachit 
telhi era. 



FIGCRÉ. 



isj^j^;. 






ARABE. 



ii:^^ 



^ - y^ - y^i 






jw»- j^ 









y^ 



«*-^ y' (jjW 



,1^1 









y • ^ 



• Uju' 









l>«J 






i3. 



100 



MAI-MAL 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 


TBANSCRIT. 


FIGDRÉ. 


Main. 


Efdus. *i"g- 


Q J y 


«Js^ 




Ifusan. pi. 


(j-iUrf! 


(ji^ 


H s'est coup^ la main. 


lihi ej'ousenen. 






Lave les maius. 


Sircd ijasenak. 






Les deux pleines mains. 


Ouraoan. 


« -> ^ ^ 




Prends-en les deux pleines mains. 


Tcliar ouraoïmi/i. 






Maintenant. 


Thoara. 


• J 


y^JÎ 


Maïs , blé de Turquie. 


Akbel. 


Jji^T 




Maison. 


Ahham, tighimmi. s. 








Ikhamin. pi. 


• 




Malade. 


loudan 






J'ai (5té malade à la mort pendant 
quinze jours. 


Nekinl helhacjli sammas 
demraa uiesen. 






Son frère est dangereusement malade. 


DoaghmasjcIiUk. 


11"' ",'."-' 




Mal caduc. 


Amour. 


jj^T 




Il est sujet au mal caduc. 


loughiik wamour. 


jj-«'i '^>! 




Malgré. 


Istimera. 


1^1 


lj«^3Jl; 


Malgré lui. 


Isiimerafell's, 






Il est parti malgré nous. 


Ikarrek istimera Jella- 
nagli. 


^UsUi S^^S^ Jj*? 




Je l'ai fait malgré le clieikh- 


Seheraghth islimera glmj 


" r ,^',. , \ ".^(^ 






amoacran. 


^/J^ 




Malheiir. 


Lchadit. 


c^od 


.ï^^t «£lw 


Malpropre. 


Erkan. 




"'1' 



MAN-MAR 



101 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 












transcrit. 


FIGDBÉ. 






Mange, imp. 


Itch. 


é 


J^ 




J'ai mangé. 


Tchagh. 


e^ 






Vous avez beaucoup mangé. 


Kunwi talcham athm. 








lis mangent du couscou&sou. 


Nallmi attchcK mksow. 








Apporte à mangei'. 


âioid en nitch. 








Manger (Le). 


Oatchi. 




J^ifi 




Manteau, de laine noire. 


Silkam. 


^^^.♦iïLw 






— , de laine grossière et à rubans de 
diverses couleurs. 


Takhm/t 




ajUs _ sIac 




Mantègue, beurre fondu et salé. 


Oudi. 








Maqdeheau. 


Dejoul-acran, 




;^ 




Marchand, trafiquant. 


Masebbib. 


v-f ' 


^^" 




Marche, imp. 


Eddou. 




(5>Swo! 




J'ai marché. 


Eddoagh. 




" '. ' 




Tu as marché- 


Tededdou, tcdeddoad. 








11 a marché. 


Ideddou. 








Nous avons marché. 


Nededdott. 


i ' ' 






Vous avez marché- 


Tededdoum, 


u ^ r ^ 






Us ont marché. 


Ededdoan. 








Marche donc , avance. 


Ai aghirzat. 


C ^« ,^ y^ 






Mardi. 


Ghas, ou wasel thelathé. 




Ai'ÏUJi ^_^ 




Maréchal ferrant, qui panse les 
chevaux. ^ 


Thabib ouweisan. 


• 


jÛoI? 




Mariage. 


Nikah. 


u ^ 

3^: 






Mariée (La). 


Tislit. 


". 1°-. 


*.«e_y*ll 





102 



MAR-MAU 







BER 


BÈRE 








FRANÇAIS. 






ARABE. 






TKjINSCRIT. 


FIGCaÉ. 






La mariée a été dépucelée. 


Tislil tekchim. 










Marie-toi , imp. 


Erchet. 




SA) 






Je me suis marié. 


Rechlagh. 










Tu t'es marié. 


Terchel, ierclœtud. 










Il s'est marié. 


lirchei 










Nous nous spmmes mariés. 


Nerckel. 










■Vous vous êtes mariés. 


Terchelem. 










Us se sont mariés. 


Rechekn, rechetend. 


'^'>*^) - (j^j 








Marmite, de terre. 


Thesilt. ■ sing. 


il a ^ 

• 











Thisilin. pi. 


<j^: 








La marmite avec sa passoire , pour faire 


Thesilt ak dou soaksud. 


J ",*_ u ^ 








le couscoussou. 




J U J 








Marmite , de cuivre. 


Tanghoalt. 










Marrdbe PUANT (balbtanigra, L.). 


Meriwed. 










Marteau. 


Ezdoaz. 


J ti^ 


- A 9^ Vl < 






Mastic [pistackis lentiscus, L.). 


El dheroa. 










Mât, d'un navire. 


Wechgkou. 


J ^ 


45^^ 






Leur mât s'est casse. 


lirzasen wechghoa. 










Matelas , pour un grand lit. 


Madrabé. 










— , pour une seule personne. 


Mathrah. 


i>i^ 








Matin (Le). 


Ighilwas. 




_ ^ ^ II 






Mauvais, ce qui ne vaut rien. 


Irith ou dirith. 


^^e - '^J^\ 


cij* 





MAU-MEN 



103 



FRANÇAIS. 



Mauve, herbe. 
MÉCHANT, pervers. 

Meillecr, mieux. 

Le sucre est meilleur que le miel. 



Le mulet vaut mieux que le cheval 
clans les montagnes. 



L'homme est meilleur que la femme. 

MÊi.E, mélange, imp. 

J'ai mêlé. 

Tu as mêlé. 

Il a mêlé. 

Nous avons mêlé. 

Vous avez mêlé. 

Ils ont mêlé. 

Mêle de la farine avec du lait aicîre; 
apporte que je mange. 

MÉLINET, plante [cerinthe major). 

Melochia, plante gluante dont on 
fait beaucoup de cas en Egypte, 
en Barbarie et en Nigrilie. 

Mensonge. 



BERBERE 



TRANSCRIT. 



Toutes ses paroles sont des mensonges. 



Medjir. 
Duharami- aghdar. 

Akhir. 

Essahher akhir en tha- 
memU 



Eserâotin alîhir ou âou- 
diou cjhajedrar. 



Erijhaz akhir en them- 
thout. 



Sakhlad. 

Sckhatdacjh. 

Teshhaîdad. 

lisakhlad. 

Nesakhlad. 

Tesakhladem. 

Sakhalden. 

Sakhlad aourn ouk difjhi 
awid ad tchagk. 

Amzough echcheikh. 
Muloukhiet el wasfan. 

Tiherkas. 

Akk avalis iikerkas. 



" LT 



J 






'J- 



H li ^ U J . ^ 









JD 



u y g g y (^ ^(j. 






O -^ g^ 



f yg • 

è.JsJoiï' 






ARABE. 



jjj _ ^\j^ 







« -'g y 









104 



MEN-MER 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 


TRANSCRIT. 


FIGDBÉ. 


Ce que lu di3 est un mensonge. 


Ifaghi wein tennid tiker- 
kas. 






Menteur. 


liskidib. 




CjIJs^ 


J'ai menti. 


Sehhiridagh. 


^ • 

t^-^ 


OOJSÊ, 


,Tu as menti. 


Teskhiridad. 






H a menti. 


lishhirid. 






Nous avons menti. 


Neskhirid. 


«-' 




Vous avez menti. 


Teskhiridem. 


il 1^ 4" 




Ils ont menti. 


Sekhiriden, 


U^^ 




Menthe. 


Naânâa. 






— verte {mentha vindis, L.). 


Zâathar. 


jiJj 




— aquatique [mentha aqaalica, L.). 


Feliou. 


>' 


J ! =- 


— à feuilles rondes (mentha rotundi- 


Eddoumran. 


yi^jjJi 




foUa, L.). 








Menton. 


Themert. sing. 








Themertin. pi. 






Mendisieh. 


Anzar. 




J^ 


Mer. 


Lebhar. 




J^ 


La mer est grosse aujourd'hui. 


Essa lehhar inavLct:ar. 






Mebcbedi. 


Ghas, ou was el erbâa. 






Mebcdriellb [mercurialis perennis). 


Toachanin. 


(JJ^-^J-» 




Merde. 


Izzan. 


u!>^! 


• 





MER-MID 




105 


FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 


TKANSCRIT. 


FIGDnÉ. 


MÈRE. 


lemma. sing. 


^: 


^1 




lemmal. pi. 






Ma mère. 


Icmmaii. 


a^ 


il 


Sa mère. 


Icmma's. 






Leurs mères. 


Icnimat enncsen. masc. 






• 


lemmal cnneseni. fém. 






Meele, oiseau à plumage noir et à 
bec jaune. 


Ahgiamoum, thauthawa. 


\^Jo .^^\^\ 


' 




Ihcjiamonmen. 






Mesure, imp. 


Eklil. 


Jï'^i 




Mesure deux pics (deux coudées). 


Eklll sin ighalin. 


(PU,I (^-- l^\ 




J'ai mesuré. 


Ketclafjh. 




i 


Tu as mesuré. 


Tcktelad. 


jjkl^ 




lis ont mesuré. 


Kctclan. 


y • •■ ^ 




MÉTIER. 


Thalottft. 




y", ^ 


Mets, imp. 


Sersi. 


tff"./*" 




J'ai mis. 


Sersagk. 






Tu as mis. 


Tcsersid. 






n a mis. 


lisersi. 






Nous avons mis. 


Nesersi. 






Vous avez mis. 


Tcsersidem. 


" " ' ' 




Ils ont mis. 
Midi. 


Sersiien. 

Tezwarnen , ighim was, 
ammas newas. 







a 



106 



MIE-MOI 



FRANÇAIS. 



Miel. 

Mieux, il vaut mieux. 

Mille. 

Deux mille. 

Dix mille. 
Million. 

Minuit. 

Miroir. 

Petit miroir à coulisse. 
Moelle (La). 
Moi , le premier pronom personnel. 

Moi, homme. 

Moi, femme. 

Moi, je l'ai fait. 

Pour moi. 
MoiNE.vU , oiseau couleur de terre. 
Mois lunaire. 

Le mois lunaire est Cni. 
Moissonne, imp. 



BERBERE 



Thumment. 
louf. 

Ifd. 

Sin if dan. 

Merau. ijdan. 
Merau miet ifdan. 

Ammas nid, ighsim id. 
El miri. 
Tcsmacalt. 

AdiJ. 

Nek^ ni/i , nekini. 

Nchini crghaz. 

Nekini ihcmthout. 

Nck, lùk f nekini seke- 
raghth. 

Ghaf imaniou. 
Thazoïiqiii. 
Aioiir, acjhour. sing. 

A iouren, aghouren. p, 

lemmoat ivaiour, 
Emguer. 



c^\S 



ojJ 



Jol 



t^ .t \^ ^ 















ARABE. 
" "" " ^ " ^ 

a g 
I ■■■^ . ^ 






u ^ • 

urîb 

g • 



^j.fe^l 



0\jar^ 



MOI-MON 



107 





BERBÈRE 






FRANÇAIS. 




ARABE. 




TRANSCRIT. 


FIGURt. 






J'ai raoissonni^. 


Metjaerafjh.. 


£>^" 






Tu as moissonné. 


Tcmtjaercd. 








Il a moissonné. 


limgaer. 








Nous avons moissonné. 


Nemguer. 








Vous avez moissonné. 


Temijnercn. 


o • f /■ 






Ils ont moissonné. 


Merjueren. 








MOISSONNEDB. 


Irrigueras. 




li,^:; 




Moitié (La). 


Ezgnen, icjhsim, ammas. 


ù j i> ^ ii^ 


oi.iâjJl 




La moitié du chemin. 


Ezgaen boa berid. 






1 


Donne-moi la moitié de ton pain. 


EJkii ighsim boutjhrou- 
mah. 


, -"! -■ 






J'ai mangé la moitié du melon d'eau. 


Tchagh ammas en bat- 
thlhh. 








MolÈne, bouillon blanc {verbascum 


Salih Kl dagh. 


^IJvii^^li 






sinuatum, L.). 




^ 






Moment, un moment. 


Teswiat. 


• 


> 




Un petit moment encore. 


Teswiat ahka. 








Monde , troupe de gens , subst. 


Mudden, el ghachi. 


(^UJî _ y3s^ 


O.UJI 




Montagne. 


Edrar. sing. 
Oaderar, idourer. pi. 


Cl yg • 






Les hommes qui vont à la guerre dans 


Mudden adaîien digh oa- 








les montagnes ont beaucoup à souf- 
frir. 


derar adinnagJuin em- 
chaca athas fellasen. 


Q ^ ^ ,— ^ ^ 






Monte, imp. 


Ali. 


JT 







a. 



108 



MON-MOU 





FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 
















transcrit. 


FIGURÉ. 








Je monte. 


Adel'mfjk. 


^d!i,T 








Nous montons. 


Adnouli, 










Ils montent. 


âdoulictif adaïien. 


l^y. (^jbT 








Montre, pelile horloge. 


Moanghala. 


•y j 


i^Uu 






Montre , fais voir, imp. 


Siken. 


iù^ 








Montre-moi. 


Sihnii. 


(S^yS^m 


i;^>)j 






Je lui ai montré ma maison. 


Sihriùjk akhaminou. 










Il m'a montré sa lettre. 


lisikna bera'telis. 










Nous leur avons montré notre jardin. 


Adasen ncsiken eltjhalla' 
nagh. 










Ils montrent leur derrière. 


Sikcncn tkikknewanncsen . 










MoRCE.4D de pain. 


Ker oaghroum. 


J J V y 








— de viande. 


Techriht. 




"1 






— de racine d'arbre pour le feu. 


Tighourmin. 


(JVt)j.^=^ 








— (Un petit) , un petit brin. 


Chouwith. 










Mort, il est mort. 


lemmoat. 


'^J^ 








L'homme est mort, allons-nous-en l'en- 
terrer. 


Ercjkaz iemmont eiau 
adinemdaL 


U d il ''«/' 

^\ jÎ Ci>^^ j\ S-j\ 

• 








La femme du cheikh est morte; appe- 


Tkemtoni en amoucran 










lons les femmes pour la laver. 


tcminout;adnawi ikoii- 
lawhi adeiscroatk. 










Mortier. 


Ezdouz - aferdou. 


8^,^ il joy 








MODCHE. 


Izi. sing. 


• 










Izan. pi. 









I 



MOU 



109 



FRANÇAIS. 



Mouche d'àne. 

MODCIIOIR. 

— de soie. 

Porle-moi un mouchoir que je m'es- 
suie le uez, que je me mouche. 

MoDDS, imp. 

J'ai moulu. 

Tu as moulu. 

Il a moulu. 

Nous avons moulu. 

Vous avez moulu. 

Ils oui moulu. 

Apporte le moulin, que nous mou- 
lions. 

MODILLÉ. 

Le berger s'est mouillé. 

Nous nous sommes mouillés. 

Vous vous êtes mouillés. 

Ils se sont mouillés. 

Moules, coquillage. 

Moulin à farine, qu'on fait tourner 
avec la main , ou tout autre mou- 
lin qu'on fait aller avec des ani- 
maux. 

Moulin à eau. 



BERBERE 



TB4NSCRIT. 



Izan bouglùal. 

Temharemt. 

Sibniet. 

Aiviâ temharemt adssafa- 
da(jk enzerniou. 

Ezd. 
Zadaçjh. 
Tezed. 
îized. 
Nezed 
Tezcdcm. 
Zeden. 
Awid ihcsirt en nczcd. 

lahzik. 

Amilisa iibzck. 

Nukni nehzik. 

Kunivi Ichzihem. 

IVaihni biskcn. 
Serenhak. 
Thesirt. 

Tliesiri hou eman. 






V u , 






.j\ 



w y 
^J 

u y y 
u y y y 
a y y 



u ^ u tjj 



dli- 



àyMé 



•^ry 






ARABE. 



jL)i 



iM^ 



3J' 



^L^ 



Ul i*. 



110 



MOU-MYR 



FRANÇAIS. 



MODSTACHE*. 

Moutarde, plante [sinapis arvcnsis, L.) 

Moutarde ". 

MoDTON ENTIER Cl 11011 châlré. ( Voy. 

BÉLIER.) 

mouzouxe '". 

Mdet. 

Mule. 



Mule craintive, qui craint. 

— ombrageuse, qui se fait des fan- 
tômes. 



Molet. 



Murailles d'une ville ou d'un châ- 
teau, remparts. 

Musette , sorte de cornemuse. 

Le berger s'en va, portant ia musette 
sous son aisselle. 



Musul.mans. 



Myrte [myrtas com.mn.nis, L.) 



BERBERE 



TRANSCUII. 



ChUaghoum. 

Wechnaf. 

El kercaz. 

Ikerri. sing. 

Ikraren. pi. 

Mouzoun. 

Dahuhouch, aghnau. 
Taserdonnt. sing. 

Tiserdiatin. pi. 

Taserdoant touijhad. 
Taserdonnt tethliaiel. 



Aserdoun. 
Isirdian. 
Aghadir. 



sing. 
pi. 



TachouUilli , tailouth. 

Amihsa ddcddoa, deioas 
tachoullitk. 



Insilman. 



Rihan chelmjyan. 



Ê^îLvu 



AS-y^ 



CJUawj 









<J 3 J 

U Ci -' " • ^ 

u ^ j w • 



U3^r^^ 



• g o j • 



u 



LU^Î 



jb y g 



y_j^ yl^ 



* Les Berbères , en général , ne portent (jue la moustache , et point de barbe. 

** Composition faite de sénevé broyé qu'on détrempe dans du vinaigre ou dans quelque sirop. 

*** Pièce d'argent monnayé de Barbarie, valant environ trois sous. 



ARABE. 









Job 



JJ-" 



.J5>i! 



(J%.^UM^ 



'•'NAR-NE 



111 





FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 






TRANSCRIT. 


FIGURÉ. 






N 










Narcisse à bouquet [narcissus tazetta, 
L.). 


Ti/ihlouUn en. nehi. 




." '^d 




























J^^ 






Natte , tissu de paille ou de jonc. 


Tagharihill. sing. 
TiijhirthiaL pi. 




y • 






Faiseur de nattes; il fait des nattes. 


lisker tujhirihial. 










Navet. 


Tecjnetjuirt , ler/cein. s. 
Tiguiguer, terakimin. pi. 




y 






Ne , particule négative '. 


Our, wer. 




Jj _ U .i) 






Ne fais pas. 


Oar csker. 










Ne dis pas. 


Our in. 


g i> j 








Ne le fais pas. 


OuTih eskcr. 










Ne le dis pas. 


Oarth in. 










Je ne le connais pas. 


Werthen sinagh. 


ij • W • y 








Il ne les a pas vus. 


TVerthen iizra. 


g g ^0 








Il ne m'a pas donné. 


Oari cfliii. 










Il ne vous battra pas. 


Ouragh iihet. 










Je ne t'ai pas baisé. 


Werk sondentt(jh. 










Il ne t'a pas écoutée, toi femme. 


JVerliim iisla. 










Je ne vous aime pas. 


Oarwen kammelagh. 










Ils ne vous ont pas prise, vous femme. 


Werhunt iaifen. 










* On fait suivre cette particule , comme en français , da pronom personnel 









112 



NEF-NOE 





FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




teanscp.it. 


FIGOnÉ. 




Ils ne vous regardent pas, vous femme. 


Werwent admoaclan. 








NÈFLE , fruit de néflier. 


Inzah. 








NÈGRE, esclave ou libre. 


Acli. sing. 
Iclan. pi. 




"--^^i 




NÉGKESSE. 


TacUt. 


Cl tP • 






Neige. 


Eilfd, chanoa. 




è-' 




Neuf, nombre. 


Dza. 




• 




Nez , narines. 


Inzer. sing. 
Inzeren. pi. 








Nie, imp. 


En/ier. 








J'ai nié. 


Nelicrag, 


i^ 






Il m'a nié. 


linherii. 


c^^^ 






Noces. 


Themghara, 


^i^ 






Il faut que nous fassions la noce ; nous 
y appellerons des convives qui feront 
des décliarges de fusil; nous leur don- 
nerons un bon festin; après cela , les 
joueurs d'instruments passeront la 


Haddcnnaxjh en ncsker 
themcihara; adnoabîd 
(jharnafjk iitch'jhawcn; 
ad souf(jhan ïcmuhlial; 
adhascn ncshcr imcnsi 








nuit auprès de nous à jouer. 


dclàîi ; ali idahalin 
adinsen ida (jhoarnagh 
adourarcn. 


ti^ y jy /> J ^ 






Noeud, enlacement d'une chose 


Ti/crest. 


u ^ u 






plianle. 









NOE-NOU 



113 



FRANÇAIS. 


RERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCRIT. 


FiconÉ. 




Délie ie nœud. 


Efsi iikrest. 


Ci»^_jij i^Mi\ 






NOEDD COULANT. 


Thiiersi. sing. 
Tltiiersiwen. pi. 








Noir , de couîpur noire. 


Dabri/can, inyhal. 


Jiil _ yl^^jjli 






Noire. 


Tebrikent. 


CIAJÎ^VAJ 






Noisette. 


Li/cirgha. 


^-Ï 


J ttj 




Nombril. 


Thimit, tedjiaâboul. 




5>..o 




Non, non. 


Emdeh, Iioulioa , îmvî. 


u • • 






Notre, nos, adjectifs possessifs. 


Nagh, cnnagh. 








Notre frère. 


Dou(jhmcnacjh, diglima- 
natjh. 


^LilTsi - ^ULsji 






Notre sœur. 


ÏVeltmanagh. 


^C^; 






Notre maison. 


Akhuni cnnafjh, ou aliha- 
mennagk. 








Nos bœufs. 




Jzfjkarcnnatjb. 


f^>jj 






Nos chèvres. 




Thicjhxtkneiinacjh. 








NODRRICE. 


Terdâat. 








NoDS, pronon 


1 de la i" pers. au pi. 


Nukni. masc. 
Nuliunti. fém. ' 




oy • u • 




Nous , homa- 


es. 


I^ukni dirghazcn. 








Nous , femmes. 


Nukanti thilmvin. 


yjjîXji' ,;jiÀSj 




, 


Nous rions. 


Nakni ad nedis. masc. 




- 




Nukni et NuJiunti peuvent se retrancher, 
première personne du pluriel dans tous les te 


puisque le nom qui précède le verbe est affecté du signe carac 
jûps. 


.érislique de la 





i5 



114 



NOU-NUI 





FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 






TRASSCIilT. 


FIGDEÉ. 






Nous rions. 


Nukunfi ad nedis. fém. 










Nous, régi par "" verbe. 


Ada^h, agh, gh. 


•-•f_/ir 


LJ U 






Le cheikh nous a donné deux chevaux. 


Amoucran adhatjh ïifha 
sin iaoùdiucn. 










Ton frère nous a envoyé un agneau. 


Ifjhmak ionhidagh iewcn 
ez'imcr. 


• 








Jl nous a dil. 


Nilhsa iinnacjh. 


u ^0 ^ y 








Ne nous quitte pas. 


Otiraijh edtji. 


5' fiiîî 








Nous, régi par une préposition. 


Ennatjk, nagh. 










Avec nous. 


Ahidcnnagh. 










Auprès de nous. 


Ghournafjh. 


0^0 J 








Au-dessus de nous. 


Soujdlanagh, 










Au-dessous de nous. 


Dewanacjh. 


•u!;^ 








Nouveau. 


Dadjédid. 




JOiX^» 






Nouvelle lune (littéralement la nou- 


loixlal waiouT. 










velle lune paraît). 












NOYEB. 


lat tetsewikt. 


• 








Nuages. 


Esighna. 


• y • 

• 


V^ 






Nuages qui portent de la pluie. 


Esighna boa eman. 










Nuit. 


Id. sin g. 


y 

il 


JodlSi 








Idad. p). 


;r.! 








Celte nuit. 


Ida. 


bl 








J'ai veillé la nuit. 


Nehini cassra^h id. 









NUQ-OEI 



115 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCRIT. 


FIGDBK. 




Nous avons veillé la nuit. 


NuJîni nacssar id. 








Tu n'as pas dormi la nuit passi''c. 


Kctchini oiir ialhssad idu 
izericn. 


• U = • • 






Cette nuit, il fait obscur. 


Ida fellest, ida telles. 


g - • 






Passe la nuit. 


Ens. 


^1 


^\1 




Je passe la nuit. 


Adinsagk. 




^^^*-*jÎ 




Tu passes la nuit. 


Atensad. 


« ^ iit^J^ 






Il passe la nuit. 


Adiens. 








Nous passons la nuit. 


Adnens. 


Cl ^ u ^Q ,^ 






Vous passez la nuil. 


Adlcnsem. 


l««*iji) 






Ils passent la nuit. 


Adiinscn. 








NuQDEt la partie de derrière le cou. 


Emgkard. 




^t 













Obscurité. 


Telas. 








OEiL. 


Thith. sing. 
Thithainn. pi. 
ElUn. (plus usité.) 


• 

oAS! 






— de chat. 


Tliiih hou emchich. 








Les yeux de cette femme brillent 


ElUn en thcmthoaf iaghi 








comme deux étoiles. 


atseraghan enicht sin 
ithran. 








Le blanc des yeux. 


Emellal en thith. 


Ls yi l'kA 







116 



OEI-ON 







BERBÈRE 








FRANÇAIS. 




ARABE. 






ti;a.\scrit. 


FIGURÉ. 






Le noir des yeux (la prunelle). 


Ebrihan en f/uï/i. 










OEiL-DE-EOEOP, planle {buphtalmim 


Tefkerouni. 


ou J ^ Q/ 


b 






maritimum, L.J. 






^ J Q y 






OEuF. 


Thcmellct. sing. 

TldmiUalin , thimiltin , 
tighliin. pi. 










Fais-moi cuire des œufs, que je mange. 


Eskcrii themillalin cdou- 
hent ttdicluyh. 










Pour moi, les œufs sont préf(5rabies au 


Ghouri tigUHn aliltiir en 


yJ:J\ yvA^J ^^^yS. 








couscoussou. 


sahsoa. 










Oie , oiseau plus gros que le canard. 


Lihrac. 




>' - JJ 






Oignon. 


Ezlim. sing. 
Izlimin. pi. 


o. 


Xii 






OiSEAD. 


Afrottkh. sing. 




^ 








Ifrukh, iglulad. pi. 


iiSoij _ ^ijit 


^^ 






L'oiseau a volé. 


Afroukh ififjh. 


i^; tiJ^"" 








Les oiseaux ont volé. 


Ifrakh, i(jhdad ouftjhan. 










Olive. 


Ezemmour, acain ezzit. 










Olivier. 


Tizimrin, zelboudj. 




yyCjJ^I J^ 






Ombellifèbe (famille de plantes). 


Elkelakh. 


u yy oy 








Ombre , ombrage. 


Amalon. 


jiuT 


i-J^ 






On , pronom indéfinL 


Mudden. 


= .^ 


u-OJ! 






On a fait. 


Mudden sekcrcn. 









I 



ONC-ORP 



117 



FRANÇAIS. 



On dit. 
Once '. 

Oncle paternel. 
— maternel. 

Mon oncle paternel m'aime. 

Notre oncle paternel s'est marié. 
Ongle. 

Onze 
Or. 

Oreille. 

Orfèvre. 
Orge. 

L'orge a poussé. 

La farine d'orge. 

Dans nos montagnes, nous ne man- 
geons que dn pain d'orge. 

Orné. 

Ornée. 

Orphelin. 



BERBÈRE 



Madden adiiinan. 
Taoaqait. 
Aâm. 
Mal. 

Aâmmii. ihammeUi. 

Khalcnnafjh irchel. 
Ichir. sing. 

Icharen. pi. 

lan demmu. 
Wirrjh, wircq. 
Amzough. sing. 

Imzoughan. pi. 

Eskak. 
Thimzin, toumsin. 

Tkimzin ehirint 

Aonren hoa tldmzin. 

Diijh ouderarcnna(jh,our 
adnilch echad en oucjk- 
roam hoa Ikimzin. 

luchbik. 
Techhihat. 

Daghoujil. sing. 

Daijhoujilan. pi. 

Pièce de rnoonaie de Maroc, valant quatre mouzounes , environ douze sous. 



(I •« o •«• .' 

Cyj - h) 

u /- j \i 

^J\s■}yl 
"... ' ".'x 

g • u •• u o • 

■^ (S' ^ 

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ARABE. 






*^J 



J<iM. f 



A 






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g^ j 



118 



ORP-OUB 



FRANÇAIS. 



Orpheline. 

Orpiment *. 

Ortie. 

Os. 

. Il s'est cassé les os. 
Oseille des prés [aceto'sapratensis^h.] 
Ote, imp. 

J'ai ôté mes hatils. 

Il a ôté SCS souliers. 

Ils ont ôté leurs manteaux. 

Ou , conjonction alternative. 

Bien ou mal. 

Le cheval ou le mulet. 
OÙ , adverbe de lieu. 

Où est le cheikh? 

Où est ton fils? 
Odblie, imp. 

N'ouhlie pas. 



BERBERE 



Teyhcujilt. sing. 

Teghoujiliii. pi. 

Dehebie. 
AzikdouJ. 
Ighas. sing. 

Ighsan. pi. 

lirza ùjltsanc's. 
Tesemmoumt. 
Ekis. 

Eksacjh tkelcbè inoa. 

Iikis tliisilc's. 
Eksan ahidi enncsen. 

Nigh. 

Irwa nigh akhcKin. 

Eis nigh aserdoun. 
Mendha. 

Mendha amoucran. 

Mendha nnmmik. 
Etsou, teioii. 

Wer etsou, onr teiou. 



FIGUnÉ. 



« • 

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U y U yU 



IW-MM*^ IM^^ 



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ARABE. 















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'J -^' 



a^^ ^1 ^' 



X* 






* Dans tout l'Orient et en Barbarie , ou le mêle avec un peu de cliaux et avec une terre glaise noniunîe 
s'en servent pour faire tomber le poil des aisselles et celui des parties sexuelles. Les juifs font aussi usage 
composition pour s'épiler la barbe dans les endroits où il leur est défendu de passer le rasoir. 



t^UAj) 



ùjl; les femmes 
de celte môme 



OUI-OUV 



119 





BERBÈRE 


ARABE. 






TBANSCBIT. 


FIGDRÉ. 




J'ai oublié. 




EtSOtt(jh. 




c;^^.wô 




Tu as oublié. 




Tetsoa. 


j «^ 






Il a oublié. 




lilsoa. 








Nous avons oublié. 




Nitsa. 


\lli 






Vous avez oublié. 




Tetsam. 


".'.".r. 






Ils ont oublié. 




Etscivcn, 








Oui. 




Enaâm, iah. 








Oui , ma mère. 




lah icmma. 


1 ' "' ":" 






Oui, mon ami. 




Ena am dameddahuU. 


jL^=!iCiii ^li \\ 






Outre pour l'eau , ou poui 
liquide. 


tout autre 


A idid. sing. 
Aididen. pi. 


•Xj^XjI 






— laile d'une peau de ga 
chevreau '. 


zelle ou de 


Tichchoalad, tiilwin. 


(jJjXmj _ ii)^«ij' 






Ouvre , imp. 




Mi eldi. 








iN'ouvre pas. 




Oar clH. 








J'ai ouvert la porte. 




Elligk thahoart. 


V ^ • f oy 


uUJi owsivj 




Tu as ouvert la fenêtre. 




Tellii sardjiam. 


i-y t. o t/y 






Il a ouvert sa tabatière. 




lilli tkacarour i's. 








Nous avons ouvert. 




Nelli. 








Vous avez ouvert. 




Telliiem. 








Ils ont ouvert. 




ElUien. 








* On y renferme des grappes 


de dattes ou 


des provisions de voyage. 







120 



PAC-PAN 



FRANÇAIS. 



BERBERE 



Pacte, accord. 
Paille de froment. 
— d'orge. 
Pain. 

Femme, pétris le pain. 

Tourne le pain dans le four ou dans la 
casserole. 

Le pain est levé; porte-le au four, pour 
qu*il se cuise. 



Le pain s'est tellement moisi qu'il est 
devenu vert. 



Pain de beurre, ou pot de beurre. 
— de pourceau, plante [cyclamen). 
Paike , couple. 

Une paire de chcvau.t. 

Une paire de mules. 
Paix. 

On a fait la paii. 

Panais sauvage, plante. 

Panier double, qu'on met sur i'àne 
ou sur la mule. 

Pantoufle. 



Oughri. 

Elim. 

Thelgha. 

Aghroum , oughroum. 

Oagh acjhroum ia theni- 
thoat. 

Hanih aghroixm. 



Acjhroiini iouli awidtlt 
adioiib. 



Afjliroum uzindger ermi 
iouijhal daziijhzau. 



Thewarecht àboudi. 

Elhadibi. 

Sin. 

Sinat, 

Sin e'isen. 

Sinat iiscrdiatin. 
Lehéné. 

SeJieren lehéné, 
Thimiksimin. 
Ezenbil, 

Idoucal. 



U 3 

! 



Us- 



v^^^' 



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-?. ^iyS- 



o 



ARABE. 



Cl J 



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a J 



u-^! 



'syy^ 



^hjlj _^0»w0 



1 



PAP-PAR 



121 





BERBÈRE 




FRANÇAIS. 




.—I... 


ARABE. 


■III LU 




TR.iKSCRIT. 


FIGLRK. 




Papier. 


Elkaghid. 






Le papier LoiL 


Elhaghad ioaUirar. 






Papillon. 


Ferihouthoa. 






Pâquerette aknuelle {bellis aiinua. 


Wemlan. 




jMai 


L.). 








Paradis , le jardin céleste. 


Eldjennel. 






Pardon. 


Semah. 


z^ 




J'ai pardonné. 


Semahaijh. 






Tu as pardonné. 


Tesmahad. 


iX^-Uvw-j 




Il a pardonne. 


lismah. 


u^ u 

■^^—f^. 




Nous avons pardonné. 


Ncsamih, 


4.\Sn^ 




Vous avez pardonné. 


Tcsamaltam. 


J^\:^ 




Ils ont pardonné. 


Semahan. 


tj^U>«< 




Parents. 


Oudmen. 






Mes parents. 


Oadmenii. 


(^jj^iji 




Nos parents. 


Oudmenmgh. 






Paresseux. 


laâghiz. 


j'i^- 


• 


C'est unparesseui, un vaurien, qui ne 
travaille jamais. 


luàcjhiz doulacltiL oiir 
iikhaddem ara. 


•• f .: -^ 




Parle, converse, imp. 


Imsilai , etimsilai. 


y uy 


^î 


J'ai parlé. 


Mesiïaiatjh. 






Tu as parlé. 


Temsihued. 







i6 



122 



PAR 



. 


BERBÈRE 






Français. 




ARABE. 




TRANSCRIT. 


FIGDRÉ. 




H a parlé. 


limsilai. 


y u 






Nous avons parlé. 


Ncmsiîaù 








Vous avez parlé. 


Temsilaien. 


0^ • n^ 






Ils ont parlé. 


Mesilain. 








Us parlent ensemble, et l'un n'écoute 
pas le discours de l'autre. 


Atcmisîaian ghai(jhara- 
sen ; iwcn our iisla eni- 
sila nidcn. 


u « -» o ^ 




















Parmi. 


Gkouighara, ghaighara. 




(J>-J ^ 




Parmi nous. 


Ghouig}iarennagh. 




UAaj U 




Parmi les vaches. 


Ghaighara iefounasin. 








Parmi la foule. 


Ghaighara muddcn. 








Parole, discours. 


Awal, emsïla. 




• • 




Pars, imp. 


Harrik. 


^r 


^u: 




Je suii parti. 


Harrikagh. 


• 






Tu es parti. 


Teharrikad. 








Son frère est parti. 


Ighma's iiharrik. 


w^_^uliii 






Nous sommes partis de Biscara i'ao 
passé. 


Neharrik zujK Biskera 
esoaghasa iaâdden. 








Vous êtes partis. 


Tehanikem. 


y 






Ils sont partis. 


Harriken. 








Je partirai après-demain. 


Atcharrikagk nef ezikka. 


ijjj'i JJ ^Ji'i 






Partage, imp. 


Ebdou. 


j^i 






Partager. 


Ebdout 








Partagez-le entre vous, femmes. 


Ebdotttits ghaighara kiint. 









PAR-PAS 



123 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCBIT. 


FIGCllt. 




J'ai partage. 


Bedi<jh. 


à^'^ 






Tu as partagé. 


TMiJ. 


»Xji>vAj 






Il a partagé. 


IMa. 


i'>yj 






Nous avons partagé. 


Ncbda. 








Vous avez partage. 


Tchiam. 


0^ 






Us ont partagé. 


Bedan. 


o''>4 






Partie scpÉp-eure du corps humain , 
depuis les lianclies jusqu'à la lêle. 


Ghachghouch. 


J (* y 






— iNFÉMEtJRE du corps humain, de- 


Emsel. 








puis les hanches jusqu'aux pieds. 










Parties natdrelles de l'homme. 


Abbouch, echilhuhâftal 

• 

Ibbibbach , ichilloalin , 
iflalin. 








— de la femme. 


Ahatchoam. sing. 
rhnltchounin. pi. 




u^-S/^' 




Passerine velue {passerina hirsuta. 


Milhnan. 








L.). 










Passe la rivière, imp. 


Ezghir esif. 




ïlpl jki! 




Passons la rivière. 


En nezghir esif. 








J'ai passé la rivière à pied. 


Ziyhragh esif (jhaj iâar- 
nioa. 


' " y 






Us ont passé ia rivière à cheval. 


ZiKjharan esif ghaf iaâ- 
oudiwen. 








Passe la nuit à veiller. 


Acssar id. 




J^Jtj^l 





i6. 



124 



PAS-PAY 







BERBÈRE 








FRANÇAIS. 






ARABE. 














TRANSCRIT. 


FIGLHÉ. 








Nous avons passé la niiit auprès de lui. 


Nacssur ici çjhour's. 


« -' W ^ «• 








Ils passent la nuit i» danser. 


Adcassaraii id adclicd- 
lian. 


u ^J ^ ^ / u,^ 














Ton père est malade; je passerai la 
nuit auprès de lui avec toi. 


Ibah iottdun adcassara- 
ghid (jhour's akidah. 










Passe la farine. 


SiJ aonrcn. 




j3.w^! Joy. 






Je l'ai passée. 


Sifofjhth. 


a u^ 








P.V3SE-LI7I sa faute, pardonne-lui. 


Samih ednoiihe's. 




*^ J*i 






Je l'ai passée, je l'ai pardonnée. 


Samihaçjhth. 


^ 








Passoire, oii on fait le coucoussou à 


Doaseksud., 










la vapeur de l'eau bouillante. 












PÂTE , farine détrempée avec du le- 
vain, et pétrie. 


Tliemlount. 


U (1 Jii^ 








Prends de la farine, fais de la paie. 


Ouwacjh âoaven cshir 
thcmiount. 


y t) ^ -^ 








Paume de la main. 


Thsdakamt. sing. 










Padme, pour jouer. 


Thidakumin. pi. 
Thekoart. 










Jouons à la paume. 


En nourer si'theJioart. 


^JySlj^jjy yl 








Padpières. 


Sefn en thith. 


a y o. u ^ 








Pauvbe. 


Daghallil. sing. 
Ighillin. pi. 


• 








Païs. 


Thamourt , themourt , 
asaka, ayt. sing. 












Thimoura. pi. 


hy^^ 







PEA-PER 



125 



FR4NÇAIS. 



Cette année, on a cultivé tout le pays. 



Peau de bœuf, de chameau, de mou- 
ton, etc. 



— de chevreau , de gazelle , d'agneau. 

— de moulon '. j^ 

— de l'homme. 



La peau me démange. 

Gratte ma peau, gratte-moi. 

PÊCHE, fruit du pêcher. 

Peigne. 

Pelle, instrument pour remuer 
quelque chose. 

Peloton de fil. 

Pendants d'oreilles. 

PÉPINS, et tout noyau de fruit. 

Perdrix. 

Allons à la chasse de la perdrii. 



BERBERE 



TRANSCRIT. 



Muddcn lierzen themourt 
akh esonçjhasa. 

AglioaUm. sing. 

Ighoulman. pi. 

Eilou. sing. 

Ilvin. pi. 

Anemsir. 

Item, aksoum, oiiber- 
ghaz aghoulim, ou- 
berghaz, 

licheu ahsoamioa. 

Ekniiz aghoalimiou. 
Khoukh, 
Thimchaih. 
Limarouch. 



Tekourt. 
Telkharsin. 
liaâcain. 
Teskourt. 
Tisikkourin. 



"^Jlr^ UJ^ O"^^ 




smg. 
pi. 



îa nedadiloa en mLssthad 
tisikhourin. 



SI ^ y 



ARABE. 



jj= 



ijA=> 



='iy 






^ u y u /• 






y 



C'est-à-dire celle dont on se sert daus les ménages arabes et berbères pour recevoir la farine qui tombe du moulin ; 



bras. 



126 



PÈR-PÊT 



1 ,...„,. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCRIT. 


FIGURÉ. 




PÈRE. 


Baha, iba. 








Mon père. 


Baba inoa. 


j-^l i^r^? 






Notre père. 


Baba ennaxjh. 


•«• ^ ^ 






Son pfcre. 


Ibas. 


^uri 






Perle. 


Thicayn. 








Persil. 


Maâdenoas. 








Personne, individu. 


Iman. 


u^l 


c:,!i 




Ma personne. 


Imanioa. 








Ta personne. 


Imanik. masc. 
Imariim. fém. 


oLoLîl 






Sa personne. 


Imanîs. 


(jrttaXiLai 






Notre personne. 


Imanennagk 


• tiy ^ 






Votre personne. 


ïmaneancwen. masc. 
îmanenkant, fém. 








Leur personne. 


Imanennescn. masc. 
ïmanennesent. fém. 


• 






Pervenche (La), plante (vinca ma- 


Sewak errahian. 


yU=4Ji JîpL 






jor, L.). 










Peste (La). 


Tirke, tehaboult. 








Pet. 


Oardan, 








Pète , imp. 


Ard hechini. 








J'ai pété. 


Erdagkai-J. 


•<'«-' 






Tu as pété. 


Terdad. 








Il a pété. 


lirdad. 


xg 

• 







PET-PEU 



127 



FRANÇAIS. ^ 


BERBÈRE 


ARABE. 




XriASSCKIT. 


FIGCnÉ. 




Nous avons pété. 


Nerdad. 


U y u ^ 






Vous avez pété. 


Terdadcm. 








Ils ont pété. 


Arden. 








Petit. 


Mezzi. sing. 
Me:zian,damezzian. pi. 








Petite. 


Tamzient. 


ft fe^ il X 


SjjJtM3 




Petite vérole. 


Tezerzeit. 




y' 




Petits (Les), les enfants de l'homme 


Erraa , rau. 








ou de l'animal. 










Petits enfants. 


Errech. 




jU^Ji 




Pétris , imp. 


Oiigh. 








J'ai pétri. 


Oughigh. 


é^j' 






Tu as pétri. 


Toughid. 


O J 






Il a pétri. 


loagha. 


>^JJ 






Nous avons pétri. 


Noagha. 


Uy 






Vous avez pétri. 


Tougham. 








ils ont pétri. 


Oughan. 


yUj! 






Peu, un peu. 


Edrous , imik. 








Marciie un peu. 


Eddou edrous. 








Repose-toi un peu. 


Senfoii imik. 








li a peu perdu. 


lahhsar imik. 








Un peu de farine. 


Edrous en aouren. 


W^ /j- «^ o .?«• 






Peuplier blanc {popalus alba, L.). 


Safssaf. 








Peut-être. 


Weisen. 


tr*:^.? 







128 



PIE-PIL 



FRANÇAIS. 



Peut-èlre cela arrivera, peut-être cela 
n'arrivera pas. 

Peut-être demain il pleuvra. 



Pied. 



Cet homme va à pied. 



Sous mon pied. 



Pied de porc , boulon d'or de la fa- 
mille des renoncules {ranuncalus 
creticus, L.). 

Pierre, caillou. 



Pierre tendre '. 

Pierre à fusil. 

Pigeon. 

Pile, broie, imp. 
J'ai pilé. 
Tu as pilé. 



BERBÈRE 



TKANSCRIT. 



ïVeiscn adias j iveiscn 
our ditas. 



Wcisen ezilika attlûkhel 
clahwa. 



Adar, oiidar. *ing. 

Idaren. pi. 

Ergltaz iideddoii fjliaj 
idarnis. 

Suwada oudariou, deim 
oudarioa. 

El mouthar. 

Edghagh, izzou. sing. 

Idghagharij izzan.p]. 

Teblat. sing- 

Tibladin. pi. 

Thenichcha. sinç. 

Thenichivin. pi. 

Ithbir. sing. 



Ilhbiren. 
Eddiz. 
Eddezagh. 
Teddezad. 



pi. 



Ij^^i O"^^' IJ^^-Î 



u-Uiijjl 



c^XiiTl^ 



V' tr*^i 



'i-tJî 



Lji—è ji>*^ j'^-^' 
^^ J X- ^ J 

a y it ^ 
.' Cl 






1 



^T^\ 






£-^ 



^'3^4X3 



ARABE. 



^J 






* On s'en sert pour paver les cours intérieures des maisons dans la Syrie, en Egypte et eu Barbarie. 



PIL-PIS 



129 



FRANÇAIS. 



11 a pilé. 

Nous avons pilé. 

Vous avez pilé. 

Ils ont pilé. 

La ferme pile clu sel. 

Je veux piler du poivre. 

Pilon. 

Pin de Jérusalem [pinus alepina, Mil- 
ler). 

Pince, pincetie. 

Pipe. 

Pissat, urine. 

Pisse, imp. 

Je pisse. 

Tu pisses. 

11 pisse. 

Nous pissons. 

Vous pissez. 

Ils pissent. 

Montre-moi un endroit pour pisser. 
Pissenlit [hontodon taraxacon). 
Pistolets. 



BERBÈRE 



licldis. 
Neddiz. 
Tcddezem. 
Eddezen, 
.Thcmthoui atcddiz tisiril 

Ebghiijh an eddezacjh eji.- 

Assghar. 
Sunouber. 

Lemehabis. 

Esehsi. 

Ibizdan, iichchan. 

Abzid. 

Aàbizdagh. 

Adtebisdad. 

Adiibzid. 

Adnebzid. 

Adtebizdem. 

Adbizden. 

îibzid digli teseruialis. 
Darset el aâdjiouz. 
Telcabouzt. 



■)i<Xj 






^J 



i Jsj 



UJ 



ii) 



;:>■. 






-k-f- 



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JOlbl 









yUoI _ |jli>ji 

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Qyu u — 
\i y a ^<^ /^ 

il ^V ii,^ 



\jf^}ir^ jji i>w 









ARABE. 



■■)y^\ ijJvli 



(J^ 



Uî 






&.^Uls 



17 



130 



PLA-PLE 



__ ^-^^ -.-. ^^— ..=■,. 












BERBÈRE 






FRANÇAIS. 


- _ 


ARABE. 












transcrit. 


FiGcni. 






PiACE, espace, lieu, chemin. 


Abrid. 








Fais-moi de la place, que je m'en aille. 
Ils lui ont fait de la place pour s'as- 


Eslicrii abrid adeddough. 
Adas seheren abrid ahkin 


éji>i( à^yi^ ^^S-mS 

«.-. ^y'I^y " ^'^ 






seoir. 


iacqaim. 


^-5^ (J^^) 






Plafond, le dessous d'un plancher. 


Sacaf. 


oi-i).w 






Pl.,UT-IL ? 


Enaàm ? 








Plancher. 


Tigharghart. 


^Aj^;, 


*_c-ti 




Plante qui empoisonne les moulons. 


Thadrast. 


u ^ ti y 






Plat de terre, où l'on met les mets. 


Tarboiil. sing. 
Terboutin. pi. 








— de terre , assiette. 


Thebaqait. sing. 
Thebaquitin. pi. 


« 






— de faïence 


Temkhifit. 








Platine de fusil. 


E-zinnad. 




ibjJ! 




Plâtre. 


Djir. 




^ 






Pleur. 


Tela. 


yj 


lii'.«,iUi 




Pleure, imp. 


Etserou. 








J'ai pleuré. 


Etsemujh. 








Tu as pleuré. 


Etscroad. 








11 a pleuré. 


litserott. 








Nous avons pleuré. 


Nctseroa. 








Vous avez pleuré. 


Tetsrrwcn. 











PLI-PLU 




131 


FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE 


TRANSCniT. 


FIGDRÉ. 


f 1 1 V 1 l l-f L>4 


Us ont pleuré. 


Elseroan. 






La nouvelle mariée pleure ; son époux 


Tislii atetserou ; disïïs 


j ^ u y,^ V u 




est mort. 


iemmoni. 






Plie du linge, un habit, imji. 


Iskonr, adou. 




? 


J'ai plié. 


EsliOurtt<jh, oadujh. 


Q ^ ^ • ^ "'' 


^^ 


Tu plies. 


Tcskourcd, toudoail. 






Il plie. 


lishoar, ioadou. 






Nous plions. 


Ncskour, nondoa. 






Vous pliez. 


Teshourcnif tadouwen. 






Ils plient. 


Eskoaren, adouwen. 






Plomb. 


Ikiri. 


^j^U 


^ 

• 


Ploie. 


Eleliwa. 


w^ 




— forte averse. 


Aghoufour, anzar. 


^u,^ OJ ^ ^ 


y 


Il pleut. 


Ilhikhel elehwa. 


s'yl^\ Lâ^. 




Il va pleuvoir. 


Ella ithikket elehwa. 


, 1 




Il tombe une averse. 


Àdirs aghoaj'our. 






Aujourd'hui il tombe beaucoup do 


Ghassa id^rs anzar behrc. 




: 


pluie. 








Plome. 


Rich bou faroukh. 


tv" y li^J 


U»-j; 


Plcs, plus nombreux, adjectif. 


Irnan. sing. 


iH 






Irnanin. pi. 


(:3^^;!. 




Plût à died ! plaise à dieu! et lit- 


lilha oaliou ! 


^ji" ^x 




téralement : mon cœur désire. 




• 




Plaise à Dieu que je fasse ! 


Idha ouUoa adsekeratjh .' 







17- 



132 



PLU-POI 







BERBÈRE 








FRANÇAIS. 






ARABE. 












i 

1 




Tr.ANSCRIT. 


FIGORÉ. 








— ^ — — — — 
Plaise à Dieu que nous fassions! 


Elhan oulawennagh ad 
neslicr! 










Plaise à Dieu que tu viennes! 


lilha ouUou en ioasidad! 










Plais? à Dieu que cela arrive ! 


lilha ouUou natjhi adiias! 










Poche d'habil, etc. 


Imouktoah. 


j a j 


U 

^r**^^ 






Poids d'un dinar ou d'un sequin 


Merau. 


>'>' 








sullané. 












Poignée. 


Teltummwht. 


U w^.*^ 


^ ;> j 

&^.*.^> 






Donne-moi nue poignée de fèves. 


EJliii tehammiclit ibaoun. 










Il a pris une poignée de glands. 


Nitbsa ioutjhad tehem- 
miicht hcUouth. 










Point dd todt. 


Ara. 




&ikj iJj 






Il ne m'aime point du tout. 


Nîthsa ouri iihammel ara. 










Il n'a rien du tout. 


Car [lia (jhour's ara. 










Elle n'est pas du tout venue. 


iV((/t5af wcr toascd ara. 










Poire. 


Tifris , hoarghibé. 


X ." ^ » 








Pois chiche. 


Ikiker. 


Jxj:i 








Fais-nous du couscoussou avee des pois 


Eslîcr limoahammuzt ahk 










chiches et de la viande salée et con- 
servée dans l'huile [hhaliâa]. 


ihiher delhkaliâa. 










Poison. 


Esnmm. 




r 






Que Dieu te donne du poison ' ! 


Adhak njk rebbi csumm! 










* Impriîcatîon en usaj^e cliez les Berbères. 









I 



POI-POR 



133 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE 




TIIANSCRIT. 


FIGURl':. 






Poisson. 


EsUm. sing. 
Isihian. pi. 


u^ 






Poitrine. 


Edmer. sing. 
Idmaren. pi. 




j*>Mi3 




Poivre et Poivron. 


Efdfd. 




jaXi 




Un peu de poivre. 


Keren cfdfd. 


JUIi! y ij!^ 






Un peu de poivron ou de poivre. 


Edroas nefdfd. 








Poltron, liltéralement : juif. 


Oadeî. 




oïjU». 




Pomme. 


Elsifak, lufahnit. 


c:v<.«,a- Uj - ^liUtfji 


g -j 




Pomme de terre, ou patate sauvage 
qu'on trouve dans le Sahara. 

Pommier. 


Boughougha. 
Ennoukla nitsefuh. 


g^o ^ o jg^ 






Pont. 


Cantharat. 


- f t' 


^ 




Porc domestique ou sauvage. 


Ilf. sing. 


Jjl 


g g 




PORC-ÉPIC. 


llfan. pi. 

Eroui. sing. 

Irouin. pi. 


g •« 

yUJi 


g ^ g • 




La chair du porc-épic est excellente ; 
nous la mangeons dans notre pays. 

PoRHEAli cultivé ou sauvage. 


Aksoum botiroai delaâli; 
niihni andchdi digh 
temovirtcnna(jh. 

Teflouth. 


J J V J a /^ 

g •g/' g ^-^ o 

g -'u^ 






Porte. 


Thabourt, sing. 


cijjjjb 


vW 






Thiloura. pi. 


^ 

«j^' 







134 


POR-POU 








FRANÇAIS. 


BER 


BÈRE 


ARABE. 


TRANSCRIT. 


FIGDhÉ. 






tjy 






La porte de la ville. 


Thaboart en ierndinf. 


ÇM>Sji 


yi ^jyi^ 


«ÂjJvil oU 


La porte de la maison. 


TliabjurL aboukliam. 




^ijJ! c-,U 


Porte (quelque chose de léger), imp. 


Awij ouhhi. 






c^"^' 


J'ai porté. 


OubbigL 








ïu as porté. 


Toubbid. 




Q ^ J 

• 




Il a porté. 


louhbid. 




• 




Nous avons porté. 


NoMi. 




aj-' 




Vous avez porté. 


Toubbiden. 








Ils ont porté. 


Qabblien. 








Porte, transporte (ce fardeau), imp. 


Erficl. 








J'ai porté. 


Erfedagh. 




^ •«• 




Tu as porté. 


Terfedad. 








Il a porté. 


lirjed. 




^u 




Nous avons porté. 


Nerfid. 




e 0^ 




Vous avez porté. 


Tcrjidem. 








Ils ont porté. 


Erfiden ou erfeden. 




• 




PoD, vermine de la tète et du corps. 


Tilliit. sing. 
TUkin. pi. 








Poudre d-or. 


Wirgk. 









PODLAILLER. 


Teaâchets en iouzad. 






^Is-tXJtcAAJ 


Poulain, le petit de la cavale. 


Djedaâoun. sing. 
Idjdaân. pi. 








Les poulains ont changé leurs dents. 


Djedaâoun iikis oiinh- 
lan. 


& u 

u*^^ u, 

• 




• • 



POU 



J35 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


A R A R F. 














TBANSCniT. 


FIGL'RÉ. 






POCLE. 


Taiazit, tefellust, tecki- 
chaout. ' sing- 

Tioazad, tefellousin.p]. 




&=>-l=»i 




La pouie glousse. 


Taiazit fescourcour. 








La poule appelle ses poussins. 


Tefellust fcsaiial i werra- 
wi's. 


• 






La poule couve ses œufs. 


Taiazit tebrili ijhaj fhl- 
millalin. 








Cette poule pond beaucoup d'œufs. 


Taiazit tetsarou atkas 
fhiniillalin. 








PODLETS. 


Erraa en taiazit. 








Pour, en faveur de. 


Ghaf 


OLS 






Pour Dieu. 


Ghafrehhi. 








Pour son fils. 


Ghaf mimmis. 


(JéW-A^ <— «-^ 






Pour moi. 


Ghafadhif (jhaf imanioa. 




1 




PoDR QDE, afin que. 


Akkin. 


CJV^I 


CS^-=*" - u^v 




Je te donne des mouzounes pour que tu 
ne le fasses pas. 


Allah efhigh timoazou- 
nini ahkim werth ad- 
leshered. 








Je suis venu ici pour que je le fasse, 
pour le faire. 


JVesicjhad gharda ahîdn 
adsekera(jhlh. 




1 




Pourpre, poisson de nier. 


IJIraqaiss n'elbahar. 









136 



POU-PRE 



FRANÇAIS. 



Pourquoi. 

Pourquoi cries-tu si fort? 

Pourquoi ne Tas-tu pas fait ? 
Pourquoi n'es-tu pas venu? 
PouBRi, tombant en lambeaux. 

Mes habits sont pourris, tombent en 
lambeaux. 

Poussière. 

Poutre, grosse solive. 
Pouvoir. Je peux. 

Tu peux. 

Il peut. 

Nous pouvons. 

Vous pouvez. 

Ils peuvent. 

Je puis le faire. 

Le cheikh ne peut pas me faire donner 
la bastonnade. 

PRAIRTE. 

Précédent. 



BERBERE 



TRANSCRIT. 



Echimi. 

Echimi tcseivaUd nizha ? 

Echimi werth tesehred? 
Echimi our iousidad? 
lerha. 

Thclebè inon ierka. 

Akal 

Tighidjda, idjka. 
Adzemragh. 

Atezemrcd. 

Adizmcr. 

Adnezmer. 

Atczemrem. 

Adzemren. 

Adzcmratjhadsekeragktli. 

Amoucran our adizmcr 
iifhii ilvcjlirit. 

Aglidal 

Zerin. sing 

Zerinin. pi. 



il 
USWtJCJ 



ARABE. 



(T^i 



C& 



(£-J 



Vy-" 









v« 



>XitX.« 



^jVi^tXJijwo 



PRÉ-PRE 



137 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCRIT. 


FicnnÉ. 




Précédent, premier, devancier. 


Emzouwerou. sing. 










Imzoura. pi. 


bA 


tSiAii'^ 




Précipice. 


Themda. 


tjJf 


«yu 




Le cheval est tombé dans le précipice. 


Âàoudion iujhaVi (ti(jh 
themda. 








Les chèvres sont tombées dans le pré- 
cipice. 


Thifjhaten (jhaliien digh 
ihenida. 


iJv_C' 






Prends, saisis, imp. 


Althaf. 


JLt 


• 




J'ai pris, j'ai saisi. 


Athfayk. 


^T 






Tu as pris. 


Tathaf. 


oUaj 






Il a pris. 


lilthaf. 








Nous avons pris. 


NatlhaJ. 


oilaj 






Vous avez pris. 


Tatlhajem. 


0^- • 






Ils ont pris. 


âthfen. 


.^ y^ 






Prends , mels-toi en possession , imp. 


Oawagh, emiz. 


?} - é'^' 






J'ai pris, je me suis emparé. 


OiKjhagJi, mizacjh. 








Tu as pris. 


Touijhad, temiz, iemizeà. 


gy • • ft ^ j 






Il a pris. 


îoaghadt iimiz. 








Nous avons pris. 


Noucjliadf nemiz. 


• g >■ J 






Vous avez pris. 


Toarjham, temizem. 








Ils ont pris. 


Oaphan, emizen. 


gy g y j 






Prends garde, méfie-toi, imp. 


Zar, er ihemaoïit. 


« ^ g/- g .v* 


eUÇ îj 




Prenez garde, méfiez-vous d'eux. 


Erit ihemaout (jhafiman- 
newen. 


g ^ o ' ^ 







i8 



138 



PRE-PRI 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCRIT. 


FIGURÉ. 




Prends garde de faire. 


Er themaaat ad teskered- 








Présent. 


TedjaâU. 


& y 






Je lui ai porté un présent; il la ac- 
cepté. 


Nckini adhas oabhigh te- 
djaâlt; icabilith. 


ciiAjlï j^I -'-«AxjC' 






Présentement. 


Thoura. 


b^ 


yiJÎ 




Prêt. 


Irdal. 


Ji.jl 






Prête, inip. 


Ardel. 




LjiXui 




J'ai prêté. 


Ardlagh. 


9^0 V^ 






Tu as prêté. 


Terdalad. 








Il a prêté. 


lirdel. 


t'" 






Nous avons prêté. 


Nerdel. 








Vous avez prêté. 


Terdelem. 


"-;...'" 
A^^ 






Ils ont prêté. 


Ardelen. 








Prête-moi de l'argent; je te le rendrai 


Ardlii idrimen; armoaten 








dans deux mois. 


sin waiouren adkak te- 
nerraghlh. 








Prie Dieu, imp. 


Zall 


Jb 


4^ 




J'ai prié. 


Zoullagh, 








Tu as prié. 


Tezallad. 








Il a prié. 


llzzal. 


J!>! 






Nous avons prié. 


Nezzal. 


Jt^ 






Vous avez prié. 


Tezallem. 








Ils ont prié. 


Zalten. 


<^'b 






Prière. 


Tezallit. 


ovJJl^ 


S5U, 

















PRI-PUA 




139 




BERBÈRE 




FRANÇAIS. 




ARABE. 


transcrit. 


FIGURÉ. 


Prince (du sang de Mahomel). 


Clienf. 


^^' 


<X.Vv 


Printemps. 


Thefsout. 


i^^M^iS 


t-yi 


Prix d'une chose. 


Alqaimé. 


^.coiJI 


^ 


Promesse. 


Waâde. 






Quelqu'un m'a fait une promesse. 


lewcn iiskerii wcuiâe. 


»-^ij JjX^> y^ 




Propre, net. 

Les habits sont propres. 


lichbah. 

Thelebes tichbali. 






Protégé. 


Irgha. 


^ n 

^A 




Le cheikh m'a protégé. 


âmoucran iir(jhau. 






Protège. 


Emnaâ. 






J'ai protégé. 


Menaâgh. 






Tu as protégé. 


Temnaâd. 


^>u^ 




Il a protégé. 


limnaâ. 






Nous avons protégé. 


Nemnaâ. 






Vous avez protégé. 


Tenmaâm. 






Ils ont protégé. 


Menaàn. 


"<' 
(j*>-« 




Il est ailé se réfugier chez le marabout 
qui l'a protégé. 


îirwel (jhoiirou merabith 
l iimnaâth. 


• 




Provision de bouche 


Telmount. 




AJ^! 


Pbdne. 

Prcnelle, le milieu de l'œil. 


AAjn. 
Temonmmoucht. sing. 




^1 




Temoummouchin. pi. 






Prdnjer s.\dvage {prunas insitilia, L.). 


Zaronra. 


bxù 




POANT. 


Dafouhan. 







i8. 



140 



PUA-PUT 







BERBÈRE 








FRANÇAIS. 






ARABE. 






TBANSCniT. 


FIGOriÉ. 








Puante. 


Tefouhaht. 




• 






Pubère , en état de jeûner, de faire 


Accliich ioazam. 


^Ijj^ crevai» 


j.jpi jJL 






le ramadan. 






^L. 






Puce. 


Alsoared. sing. 


;;^T 


'^j-*^ 








Ikoarden. pi. 


ti • f j 


«ivsiî^' 






PucELLE, jeune fille qui n'est pas 
mariée. 


Tacchicht tamzient U'er 
aâdd terchil. 










Puise, remplis la cruche, etc. imp. 


Ougham. 


?^' 








J'ai puisé. 


Oaghmagh. 




OWk)^ 






Tu as puisé. 


Tvafjlimad. 


Jv5y 








Il a puisé. 


loughmad. 










Nous avons puisé. 


Nougham. 


^y 








Vous avez puisé. 


Tonrjhmam. 










lis ont puisé. 


Oughnian. 


^i\ 








Les femmes sont yllées puiser de l'eau. 


Thoulawin rohant aâag- 
houment cnian. 










Puits. 


Emu. 




^ 

y 






Punaise. 


Bacq. 


(y! 








Pus, sang corrompu. 


Nekel. 


Jt' 








Putain. 


Temnaâoalt, temighant, 
tidit. 










Fils de putain. 


Raa temnaâoalt. 


(1 ^•«^ o ^ 







QUA-QUE 



141 



FRANÇAIS. 



BERBÈRE 



TEANSCniT. 



ARABE. 



Qdadrupède. 

Quand, lorsque. 

Quand nous aurons fini cctle affaire, 
nous en commencerons d'autres. 



Quand je suis sorti de la maison, je 
suis entré chez ton frère. 



Qdatoeze. 
QOATKE. 

Que d'interrogation et d'admiration. 
Qu'est-ce que cela ? 

Que ferai-je? 

Que veux tu de moi? 

Qu'avez-vous fait hier après le souper? 

Que dit-on du roi de Maroc ? 

Que tu es jolie ! 



Hewaich. 




cyUijAi- 


Ermi. 


«• 

<i>i 


LoJ^ju _ ]•>] 


Ermi nefouli ckoagl arjhi. 


j) J_jLCi liUj ^j\ 




en nebdou wein innid- 


% -■ " ' "f 




nin. 






Ermi oafghagkd zigh ou- 
khanif klchmacfh (jkoar 
ou(jhmali. 


w • g j cy 










*^ O ^ U J 




Koaz dimrau. 


_5!^ij_^ 




Kouz. 


d J 




Echouj echi. 




U»-!' ^« 


Echoa xvacjh.iin ? 


3^ 




Eckou adisheragh ? 






Echou tehgldd zujki ? 


Cl Oy' J^ 


OI.AA&- (ji>j! 

^ 


Echoa teskerem adgham 
iigkourdin imensi ? 






Echouih innan doughillid 
en merahich ? 


J <J ^ U J y^ 




Echihim hemmini ! 


^^U.»^= («^*>'t 


• • 



142 



QUE-QUI 



FRANÇAIS, 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCRIT. 


PIGDRÉ. 




Que tu es belle ! 

! 


DehÂlikim kemmeni ! 








Quel, quelle, pron. relatif d'inter- 


Ensi, man. 








rogation. 1 ^a "^ 










Quel est ton pays î 


Ensi temouriik ? 




liiSJ? JJi 




Quelle est ta sœur? 


Ensi ueUmàs ? 


il yu ^ «• 


-» u J f ^ 




Quelle lieure est-il ? 


M(m saâ ? 


'1' %- 


A^Ui (jiSwîi ' 




Quel est ton nom? 


îsmak kelchini? 


^^WA^ S^\ 






Quel est ton père? 


Man labak ? 


JUL yU 


^^1 ^ 




Quelque, quelque chose, quelque 


Kira. 


!^ 


CI ^ 




PEU. 










Apporte quelque chose à manger. 


Awid kira en niich. 


^ y i Î;^ Ù^jT 






Nous avons quelque peu de couscous- 


Ella dernag kira saksou 








sou , de viande. 


en iejiki. 








Donne-moi quelque peu de dattes. 


Iflii kira tini. 


(^•Xi ^j'^s <S^^ 






Quenouille. 


Telmaghzelt. 




J>^ 




QuEKELLER (Se). Nous fious sommes 


Neteaâ^h^had. 


::^y^ 






querellés. 










Vous vous êtes querellés. 


Tcaâghcjham. 








Ils se querellent. 


Ateaàghghiden. 




'^ 




Queue. 


Edjiahanid. sing. 
Idjiahanad. pi. 




g 0^ 




La queue du cheval. 


Edjiahanid hou aâoudioa. 








La queue du cochon. 


Edjiahanid ni'lj. 


oOô *XaJL=^ 1=3-1 






Qui interrogatif. 


Enwa. 


U.' , « '' 

tyt - i; yi 


tr« 





QUI 



143 



FRANÇAIS. 



Qui est là? 
Qui est à la porte? 
Qui est sur la terrasse? 
Qui es-tu? 
Qui, que, pronom relatif. 

On a saisi l'homme qui m'a battu. 



La viande qui est cuite dans la mar- 
mite vaut mieux que celle qui est 
rôtie. 



La maison qu'a bâtie le cbeikb est 
ruinée. 



Je donne au cbeikb la dime des figues 
que j'ai recueilUea de mon jardin. 



Les poissons qu'on ne peut prendre 
sont en grand nombre dans l'eau. 



La poule que l'on prend se démène 
pour sa vie , pour elle. 



Les chrétiens qui viennent dans notre 



BERBERE 



Enwa dihin ? 

Enwa digk thahourt ? 

Enwa cnnigh bouhham? 

Enwa hctchini ? 

Wein. 

Ercjhaz wein ioatil. aiïi- 
fent. 



Ahsoam iveîn iouhha di(jh 
fhislilt alikir wein ii- 



seknef. 



Akham wein ihna anioa- 
cran ireh. 



Adejkagh elaâchour i 
moacran, en fazert 
wein sinioanagh sitjhi 
elgkallainou. 



Isilman wein our iitesat- 
kaf, atkas digk eman. 



Taiazit wein atkfenth et- 
sewet, gliaj imani's. 



roumim wein weseni 



rf- 



FIGDBi;. 












L. 



'jj {j?.i 



t» • J o ^ 



u — -' ^ ~^ 




^-*rO "'^ 


,' u 




' J 




Ù 






CJ>*-«i)i 



ARABE. 



JJi-c^JJI 



144 



QUI-RÂS 





FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


A R A Tî F 






TBANSCEIT. 


FIGDBÉ. 


£1 IL 11 IJ Ij- 










O J « ^ U^W JX • 








pays, on ne peut les prendre; ils 


ghar iemonrtennacjh 


jjl ^\-U^j^jS- 








deviennent musulmans et ils s'y 


oarizmiren atlifenihen; 


o^uyf^ " 








marient. 


iddawin oaklend iiisil- 
man, richleti dinna. 




U • ^0^ 






QOINZE. 


Sammus dimrau. 


yy^ (j«-ew 


^"1 






Quitte, abandonne, imp 


Dji. 


k 


àjj\ 






J'ai quitté. 


i>j's'^- ''i's'"'- 




Os^^' 






Tu as quitté. 


Tedjid. 


JVJUS'' 








Il a quitté. 


lidja. 


Ls? 








Nous avons quitté. 


Nedjia. 


>4? 








Vous avez quitté. 


Tedjem. 


** S -^ 

^ 








Ils ont quitté. 


Djian. 










J'ai quitté ma maison. 


Djigh ahhaminoa. 










Pourquoi a-t-il quitté son pays ? 


Echimi iidjia temourti's? 


LTfjJ-^ ^ ^5^' 










R 










Rabot, outil de menuisier. 


Milsa. 


• 








Raisin. 


Tezonrin, adil. 










— sec. 


Zebil. 










Rase, imp. 


Saththal. 


Jvt;« 


^ 






Je rase. 


Adsithlagh. 










Tu rases. 


Atesathlad. 


jJlL^jT 








Il rase. 


Adisatthal. 


f £ ^^^ 







RAS-RÉC 



145 





BERBÈRE 






FRANÇAIS. 






AR ARF 




TRA.\SC1\IT. 


figdhé. 


(\ n /i £> ij> 




Nous rasons. 


Adnesatthal. 


jiuiii,T 






Vous rasez. 


Adtesatthalan. 


(jJJa-i»ji) 






Ils rasent. 


Adsatthalan. 








Viens ici , que je te rase. 


Esid gharda ; adhah silh- 








Rasoir. 


Adjenewi. . 




irj-* 




Rassasie-toi, imp. 


Erwou. 




^a.mI 




Rassasiez-vous. 


Erivet. 




• «• 

ij,««-;i 




Je me suis rassasié. 


Erwigh. 








Tu t'es rassasié. 


Terwid. 


^■i/ 






H s'est rassasié. 


ïirwa. 








Nous nous sommes rassasiés. 


Nerwa. 






■' 


Vous vous êtes rassasiés. 


Terwem. 








Ils se sont rassasiés. 


Erwen. 








Mon ventre est rassasié. 


Theaâboatwu terua. 




^O • • 




Rat et Sodris. 


Agharda, ougharda. s. 
Ighirdin. pi. 




• 




Rate , partie spongieuse du corps. 


Thoarin. 


J 


•• 

*=!; 




Rave. 


Tifirsin. 








Rayon de miel. 


Teghourast. sing. 








RÉCOLTE des grains. 


Tighourasin. pi. 
Nadmé. 








Cette année, la récolte est bonnf. 


Esoa ghasa nadmé athas. 


y <^ y y y J^ 








ijJsT 


( 





19 



146 



REC-REI 



FRANÇAIS. 



Recueille , imp. 

J'ai recueilli. 

Tu as recueilli. 

Il a recueilli. 

Nous avons recueilli. 

Vous avez recueilli. 

Us ont recueilli. 
Reculons (A). 

Viens ici à reculons. 

Il marche à reculons. 

Refis, gâteau feuilleté el pétri avec 
du beurre. 

Regarde, imp. 
Je regarde. 
Tu regardes. 
Il regarde. 
Nous regardons. 
Vous regardez. 
Ils regardent. 

RÈGLES DES FEMMES. Oii dit eii ber- 
bère : La femme a son écoulement 
de sang. 

Reins, épine du dos. 



BERBERE 



Ismoun. 

Siniounaijk. 

Tcsnwuned. 

lisnioan. 

Nesmoun. 

Tesmounein. 

Simouncn. 

Istîgkoardin. 

Es'ul gkarda is iighourdi- 
nah. 



■Siihsa idcddou tsiighoar- 
dine's. 



Refis. 

Mouccal. 

Adiiwnclitijh. 

Alcmoacal. 

îounicaL 

Adnemcal. 

Aiemoaclem, 

Admoaclcn. 

Themthout tiththezel si- 
dummen. 

Adroar. 



uy^ï 









(.iLij ^ fcX^ J 



U^l^^"^ 



Joco 



u yu j ^ 



<* ^ y u^z: ■> 



jjj^^ 



REL-REP 



lâ7 



FRANÇAIS. 



Religieux, mxiaulman. 



Remède. 
Rempabt. 
Renverse, imp. 

J'ai renversé. 

Tu as renversé. 

Il a renversé. 

Nous avons renversé 

Vous avez renversé. 

Ils ont renversé. 
Renvoie , imp. 

J'ai renvoyé. 

Tu as renvoyé. 

Il a renvoyé. 

Nous avons renvoyé. 

Vous avez renvoyé. 

Ils ont renvoyé. 

Je l'ai renvoyé. 

Nous avons renvoyé son présent. 
Repas. 
Répudie, imp. 

J'ai répudié. 



BERBERE 



Almurahilk. sing- 

Almamhitkin. pi. 
Isafir. 

Egkadii' en ieghadirt. 
Saghli. 

Saghligh. 

Tesaghtid. 

lisajjhli. 

Nesacjhii. 

Tesaghliem. 

Sa(jhlien. 
Err. 

Erragh, 

Terred. 

lirra. 

Nerra. 

Terrem, 

Errcn. 

Errighth. 

Nerra fcdjiaalti's. 
Imensi. 
Ebroti. 

Beroiigkad. 



FICDRÉ. 



l^\jX\ 



U! 



Ji 



i^iUj (jljilsi 



U il ^ 
JuSxMi 

lu'' 

• 



ARABE. 



- LT — i'JJ^ 



O ./ o, ^ 






19- 



148 



RÉS-REV 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCRIT. 


FIGDRÉ. 




Tu as répudié.' 


Tehra. 


0^ 

1^ 






n a répudié. 


libra. 


i^ 






Nous avons répudîé.i 


Nehra. 


1^ 






Vous avez répudié. 


Tebram. 


^!^- 






Us ont répudié. 


Beran. 








ïi 'Notre voisin a répudié sa femme; tout 
de suite il l'a renvoyée. 


Adckirennacjh iibra thcm- 
tkouti's: iakkoal iirct- 
sid. 


« « /- 0^_ 






RÉSÉDA BLANC {reseda alba, L.). 


Hachbet elkharoaj. 








Reste, superflu. 


Ichad. 




Jwiài 




Retodrne , imp. 


Oaghal, oacal. 


JijI - jiji 


£^^' 




Je suis retourné. 


Omjhalacjhd, oucalaijhd. 








Tu es retourné. 


Toa(jhaUJ, toacalid. 








Il est retourné. 


loaghal, ioucal. 








Nous sommes retournés. 


IVoiiglial. 








Vous êtes retournés. 


Toiighalemd, 








Ils sont retournés. 


Oaghalan. 


^jt 






Je suis retourné à la maison. 


Ou(jhala(jkd (jkar ow/i- 
ham. 








Les cavaliers sont retournes à leur 
village. 


Dimnain omjhalend ghar 
thedert ennesen. 


g « • .^ j y 






RÉVEILLE-MATIN [cuphorbia heliosco- 
pia, L.). 


Kerbebou.li. 








Revêts-toi, habiile-toi, Imp. 


Ils kelchini. masr. 




y' 






Ils kemmini. fém. 


^aX Jjt^ 







RHU-RIS 



149 



FRANÇAIS. 



Je me suis revêtu. 

Tu t'es revêtu. 

Il s'est revêtu. 

Nous nous sommes revêtus. 

Vous vous êtes revêtus. 

Ils se sont revêtus. 

Moi, je me revêts d'un beruous et d'une 
cLemise de laine. 

Rhume. 

Riche. On dit en berbère : Il a beau- 
coup de biens; ou : H rend grâces 
à Dieu. 

Rien. 

Je n'ai rien entendu. 
On ne dit rien. 
Rien du tout. 
Ris, imp. 
J'ai ri. 
Tu as ri. 
Il a ri. 

Nous avons ri. 
Vous avez ri. 
Ils ont ri. 
Les fdles rient beaucoup. 



BERBÈRE 



Elsighou, ils'igh. 

Telsid. 

lilsa. 

Neha. 

Telsem, 

lUen. 

Nek adilsagh abidi ahlt 
tecandourt. 



Idmam. 

Gkours eila athas; adi 
hamed aîlah. 



lat. 

Oar selUgh iat. 

Oar tinin iat. 
Oalach. 
Des. 

Desagk. 

Tedsid. 

îidsi. 

Ncdis. 

Tedsem. 

Descn. 

Thoalaivin aledsentatkaS: 



c.UwJ! - As^^ 

V y (1 



■^Ji 



UJ 



Uii 



t> • j' u y 






U J 



(^ 



^Irf ty^jj' 



ifih^ 



g • • 



(T' 



(T 



.Xi 















(^jV 



(jja! 



ARABE. 



V 



J^i_2X-oi 






150 



RIS-ROT 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCRIT. 


FIGOnÉ 




Pourquoi ne riez-vous pas, vous 


Eckimi kunamii our aleô- 


(1 J • 










femmes? 


sent? 








Cet homme ril de nous, se moque de 


Erghaz iidisfeUanayh. 


^b^Ui (j«Js? j^j^ 






nous. 
RiSCIlTÉ '. 


Richic. 








Rivage de la mer. 


Rif le'bhar. 








Sur le rivage. 


GhaJriJ. 




..' • 




Rivière. 


Ighzar, esif. sing. 
Içjhzerawen, isajfen. pi. 


u • • fc 






La rivière est gonUée. 


Esif iahmel. 








Riz, légume. 


Eruz. 








Roi chrétien ". 


Emghar. 








Ronces DES haies {ruberfruiicosus,L.). 


Inedjel. 


' " V 


;^>^ 




Ronfle, imp. 


Iterkharidj. 








Tu ronfles beaucoup. 


Kctchini fiter hharidj 
atltas. 








Cet homme ronQe dans son sommeil. 


Erghaz iiierliharihh diyh 
idas. 








Rose, fleur. 


Edjdik niwerd. 




^,^\ 




Rosée. 


Nida. 


!jo 






Rosier. 


Ennoulda niverd. 




Ijpl i^ 




Rote , imp. 


Icjuergha. 


uj-^i 






Il a roté. 


liguergka. 


y o ^ 






* Pâte qu'on coupe en morceaux , et dont on fait une soupe ou une espèce de couscoussou. 






** Le vrai sens de ce mot, dont les Maures et tous les musulmans arabes se servent pour désigner un r 


oi chrétien, est 




Il rebelle , usurpateur, tyran , n et , pour comble de mépris , ils donnent à ce titi-e une terminaison féminine. 







ROT-SAB 



151 





BERBÈRE 






FRANÇAIS. 






ARABE. 




TRANSClilT. 


FIGDI'.i.. 








o • y ^ • 






Tu as roté. 


Tegtiercjhad. 


•Xs^-êaJ 






I!s ont roté. 


Guertjhun. 


« ^ • 






Moi, je n'ai pas roté. 


Nekini oar guer(j}uighd. 


•^^xij^ jj\ (J-f^ 






RÔTI. 


Elienef. 




(Sy^ 




RÔTIR (Fais), î'm/). 


Esiknef. 








J'ai fait rôtir. 


SeliinJ'afjh. 








Tu as fait rôtir. 


Tesihnef. 


JxiS.,.^ 






Il a fait rôtir. 


lisiknef. 


y " 






Nous avons fait rôtir. 


NesekneJ. 


i,.ÂÂXwJ 






Vous avez fait rôlir. 


Tcsiknefem. 








Ils ont fait rôtir. 


Sikenfen. 








Achète un morceau de \iande, que 


Aivaghd techriht, neih ne- 




• 




nous le fassions rôtir. 


seknef. 






RoDGE, fard. 


El aàcar. 








Rouge , couleur. 


Ezoughghagh. 








RODGEOLE. 


Tehouiouçjhaght , car- 
bioun. 


^ Uy jx 






RODII.LE. 


Tangaert. 




lo^^ 




Rde, plante. 


Fidjlé. 

S 


JLi 






Sable. 


Tefza. 








Sabots du bœuf, du mouton , des 
chèvres, etc. 


Tifenza. 








— du cheval, du mulet, de l'âne. 


El hajir. 


^^ 







152 



SAB-SAL 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 


TRANSCRIT. 


FIGDRi. 


Sabots spongieux du chameau. 


El akhfaf. 






Sabre , non recourbé ou recourbé. 


Lemcha. sing. 


*j4 


a J u ^ 




Lemamich. pi. 


o»^Û 




— court. 


Taouzelt. 


a j ^ 


u y ^ y 


Sac de crin, qui, rempli de blé ou 


Asako. 


j^.uT 




d'orge , forme la charge d'un mulet. 












u ^it ^y 


y 


— dont deux font la charge d'un 


Tegharghart. 


OC^^ 


6j\jS. 


chameau. 








Sac de corde , en forme de filets , pour 


Tegemmouaat. 




ifSJii:, 


porter de la paille, des herbages. 








Sac de peau , ou de laine double, pour 


Khoardj. 


s^ 




être mis sur la selle du voyageur. 








Sacue, imp. 


Es in. 


CJi-j't 




Je sais. 


Sinagh. 


è^ 


c:o^ 


Tu sais. 


Tesined. 






n sait. 


lUin, lisen. 






Nous savons. 


Nesin. 


t)^ 




Vous savez. 


Tesinem. 






Ils savent. 


Sinen. 


CJV^^ 




Je ne sais pas. 


Our sinaçjk. 


O • • t. J 




Tu ne sais pas 


Ours tesined. 


«X-iA-^ u-jj! 




Nous ne savons rien. 


Oar nesm iat. 






Qui sait? qui le sait? 


Weisen. 






Sage-femme, accoucheuse. 


Nef se. 






Salé. 


Marragh. 


t^ 


è^ 



SAL-SAR 



153 





BERBÈRE 






FRANÇAIS. 






ARABE. 




TRANSCKIT. 


FIGDRÉ. 




Eau salée. 


Eman marragh. 


u^y J'y 
^ yUI 


AiU U 




Salis , imp. 


Eserki. 




ii 




J'ai sali. 


Serkiijh. 




^^^3 




Tu as sali. 


Teserkid. 








Il a sali. 


liserki. 


s^. 






Nous avons sali. 


Neserhi. 


Sj-^^ 






Vous aveï sali votre chemise , votre 
veste de dessous. 


Teserkiem tecandour, ien- 
newen. 








Us ont sali leurs habits. 


Serkien thelebé ennesen. 








Salpêtre. 


Melh el harout. 








Samedi. 


Ghas, was elsebt. 


« « • u y 


" y . ' 




Sang. 


Idemmin. 


^y 






Tire-moi du sang, saigne-moi. 


Eksii idemmin. 






On l'a saigné. 


Ehsane's idemmin. 


j„ y <J y y U A 






Que nous te saignions. 


En neksik idemmin. 








Sang de cheval. 


Sibt nouweis. 


a yj a 






Sanglier. 


Moarran. 


ubjy 






Sangsue. 


Adghour. sing. 
Idghouren. pi. 


j ,^ 

U y j O 






Santon. 


Aghoarrem. 




.ii 




Dans notre pays , nous avons beaucoup 
de santons. 


Digh tkemourtennagh 
ighovaremin athas. 


y u y jy u 






Sariette, herbe odoriférante. 


Merdcouch. 


Q il y 







20 



154 



SAU-SGI 



FRANÇAIS. 



Sadge (j«;t)!a,L.), en berbère : cure- 
dent du prophète. 

Sadge, verveine [salvia verbenaca, L.). 
Saute, imp. 

Sautez. 

J'ai sauté. 

Tu sautes. 

H saute. 

Nous sautons. 

Vous sautez. 

Ils ont sauté. 

,.,0'— ■ 

Sauterelle. 

Les sauterelles ont mangé la moisson 

Les sauterelles qui sont rôties an four 
sont bonnes à manger; le» Arabes 
les aiment. 



Sauvage , non cultivé. 
Savate, vieux soulier. 

Savetier. 
Savon. 

Scie. 



BERBEKE 



Sewak ennebi. 

Hachhet kul Iklié. 
Akkir, Mou. 

Akril, hindout. 

Akra(jh, lûndough. 

TeliiTcà, tchindoud. 

likkir, ukiiidou. 

Nekkir, nehindoa. 

Tekirrcmj tckindewen. 

AkkireUt hindewen. 
Abziz. sing. 

Ibzaz. pi. 

ïbzaz tchan naâme. 

Ibzaz wein eknejen difjh 
koaché elhan ioutchi , 
araben lianwielenthen 



Dioat. 

Erkes. sing. 

Erkasen. pi. 

Kharraz elbali. 
Sabounit. 
Minchar. 



^i é\y^ 






J ti X t) y», 

il >* 

u y y u y •**/' 



fj y ^ 



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>>?' 



y u y / u y 

r y u y Q xtix 




ARABE. 



»J^\m 









il 



'-^ 



e»^s 


^J^ 


• O** 








iU!jt> 













SCOR-SEM 



155 







BERBÈRE 








FRANÇAIS. 






ARABE. 






transcrit. 


FIGURli, 






Scorpion. 


Timisuâbbadou , teijuir- 
doumt. 










Le dard du 


scorpion. 


Tisiquist. 


• ^ y* 








ScoBSONÈRE [scorsonera picroides, L.). 


Merraré. 


»j\^ 








Sec. 




laccour. 










Mes bardes 


se sont scchées. 


Haivaidjinoa kûvent. 










Ses culottes 


se sèchent. 


Teserawili's adhiwent 










Quand ma chemise de laine sera sèche, 


Ernii tehiou tecandoarti- 










je la revêtirai. 


nou, atltUsatjh. 










Ton hernous s'est séché. 


Abiilik iikiou. 










Secrétaire , tout homme qui sait lire 


Thaleb. 


4ju^ 


4^6 






et écrire. 












Sel. 


Tisint. 


b 


é-' 






— de roche. 


Meth el haiderum. 










— ammoniac. 


Nichadir. 


jiLio 








— alcali naturel, natron. 


Nalhroun, athroun. 


UJtri»^- ujy^ 








Selle de cheval. 


Tlmrikt. 


^li 








— de mule et d'âne. 


Teberdaât. 










Selle mon cheval, imp. 


Qainri eisinou. 


y^ ôt 














b^ 








Je l'ai sellé. 




Qainaghth. 


UUÀU 








Sellier. 


Bouthariken. 




d;^ 






Selon , conformément. 


Ghaf. 




j-^ 






Selon la coutume ancienne. 


Ghafalaâdé imzoïira. 


yj y iJ y 








Semblable, comme. 


Em, enickt. 


6 • «• 


41 ^ g 





20. 



156 



SEM-SER 



FRANÇAIS. 



t^jX^it^: 



Semblable à ceci. 

— à cela. 

— à un singe. 

— à un hibou. 
Semailles, semences. 

La rivière a débordé sur les semailles. 

Semaine. 
Une semaine. 



Semoule. 

— à gros grains , préparée pour faire 
du couscoussou ou de la soupe. 

Fais une soupe de grosse semoule avec 
du Itbaliaa. 



Séneçon (senecio vulgaris, L.). 
Serpent. 

Le serpent m'a piqué au pied. 

Serrdbe de fer. 

Serrdrier. 
Servante. 



BERBÈRE 



THANSCRIT. 



Em waghi. 
Em oubiln. 
Enicht oagharda. 
EnicJit herâaijhioul. 
litjhran. 

Esifiiaàm ghafiighran. 

Wic. 

JVan wic , iaii wic. 

liouzen. 
Timhoammouzt. 



Esker iimltoammoazt del 
khaliaa. 



Hachhet saîimè. 

Azrem, ejighar. sing. 

Izirman, efigliaren. pi. 

Azrem iicarckii &ou(jh. 
adar. 






^ j o y 






o y y • 



Qaifd en vezzaî. 

Emzil. 
Taâzerit, 



uIhS 









ARABE. 






.u 



^y.*^ 






y 









ey 



I 






Oy 



ioer 



ir'. 



aja4^ 









SER-SOI 



157 





FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 
















TRANSCRIT. 


FIGDBÉ. 








Serviteur. 


Aâzri. 


1 








Seuil de la porte. 


Emnar en thabourf. 


y y • g •O'' 








Siècle, espace de cent ans. 


Carn. 










Signe , geste pour s'entep.dre. 


Limara. 










Je lui ai fait signe. 


Selsrmjhas limara. 










Silence. 


Ifisti. 


(S-^)^ 


C:J^Ay 






Silène, plante. 


Newar el dhib. 


<_aJ JOi jtjj 








Sillon de la charrue. 


Iberdan. 


u'^.^'l 


cb^kl 






Singe. 


Ibki, zaâtoat. sing. 
Ibken, zaâtit. pi. 










La viande des singes est puante. 


Aksoum iblen iifouh. 










Six. 


Sedis. 


jj*.*X.*« 


^OCaw 






SODOMITE. 


Aboawerech. 










Sœur. 


Weltma. 




" fe j 






Ma sœur. 


Weltma inou. 


y,jUi; 








Soeurs. 


Isitmau. 




<LAy^\ 






Nos sœurs. 


îsilmuwennagh. 




Ujlj^i 






Vos sœurs. 


ïsitmawennewen. 




^•tj^i 






Leurs sœurs. 


hitmauennesen. 




^«-p'y-' 






Sofa. 


Tegmirt. 


a «^ ... 








Soie, le fd du cocon. 


Harirmit. 









158 



SOI-SOM 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 








TRANSCRIT. 


FIGDRÉ. 




Soif. 


Fad. 


:.li 




La soif m'a pris. 


laghiifad. 


•s^ C**W 


j.v .:. 1 










,fii«Jl 


J'ai soif. 


Foadaçjh. 


f y' J 


f tl • ^ 


Tu as soif. 


Tefoadad. 






Il a soif. 


îijoad. 


^ji; 




Nous avons soif 


Nefoiid. 






Vous avez soif. 


Tejoudem. 






Us ont soif. 


Efottden. 






Soir. ' 


Telaâchit. 






Sois le bienvenu- 


Merhaba iesik matsa- 
ghalt. 


U t- ^ • û ^ 




Soldats ARABES CASERNES. 


Mukhazzenié. 






Soleil. 


Tefoaht. 




u^-^i 


Le soleil se lève. 


Tefouht touli, toalid. 






Le soleil se couche. 


Tefoaht iagUi, tagUid. 






Le coucliant du soleil. 


Tonclii. 






Solive. 


Thessere. sing. 


»J^ 


- o^ — !=>* 




Thesserivin. pi. 






SOM.MEIL. 


Idas. 


J»ljwi 


y^ ù -^ 


Je sommeille. 


Etsenoadamagh, 






Tu sommeilles. 


Tetsenoudum. 


j j • <-• 


(J*^XL> 


Il sommeille. 


îitsenoudani. 


f ^ J X u 




Nous sommeillons- 


Netsenoudurn. 


ù >» J ^ <J y^ 





SON-SOR 



159 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TUANSCRIT. 


FIGUIIÉ. 




Vous somme 


illez. 


Tetsenondamcm. 


V y j j ,^ uy 






Ils somnieill 


enl. 


Eisenoudumen. 


a y } j ^ u y 






Son , SA , SES , 


adj. poss. 


Unes, nés, si. 




y y 




Son sabre. 




Lemcha ines. 


u y w,- 


' y 




Son troupeai 


i. 


OuUi ines. 


oU-l ^V 


y 
y 




Ses mains. 




IJasines. 




SiU 




Ses amis. 




Dimcddott kalines. 


LT^/j-M^ 


ajUpI 




Sa maison. 




Alihamis. 


X ^^ 


u'^ 




Sa tabatière. 




Thacarourte's. 


U yQ j y y 


y y 




Son, la partie 


grossière de la farine. 


Aghourckal, hilemmin. 


y-\w^XsA - JLii)_ys) 


ii\Jg 




Songe , rêve. 


Tewarghit. 




C.; 




J'ai songé. 




TVerghagh, werçjhaghd. 


goyf-' u y a y 


i^y tî '^j 




Tu as songé. 




Touragh. 


(jy j 






Il a songé. 




loaragh. 


0^ J 






Nous avons s 


ougé. 


Nouragh. 


(*y J 






Vous avez so 


ngé. 


Tewergham. 


ij y uy y 






Ils ont songe 




Werghan. 


y»^ 






Sors, imp. 


Effagh. 








Sortez. 


Effaghat. 


;.;?! 


J J 




Je suis sorti. 


Efghagh. efshaghd. 


V (fyuy oy^y 


y y 




Tu es sorti. 


Tefcjhad. 








Il est sorti. 


liffagh. 








Nous sommes sortis. 


Neffagh. 








Vous êtes sortis. 


Tejgham. 









160 



SOU 



FRANÇAIS. 



Us sont sortis. 

Maintenant, je sors de la maison. 

Je sortirai demain pour te voir. 

SoDCi DES CHAMPS [cahndala arven- 
sis, L.). 

SoDFFLET pour le feu. 

Soufflet, coup de la main sur le 
visage. 

SODFRE. 

SoDL, qui a bu trop de vin. 
Soulier. 

Attends que je mette mes souliers. 
Soupçon. 

Je soupçonne. 

Je ne soupçonne pas. 
Souper. 

Après souper. 



Source d'eau , formant un ruisseau 
ou une rivière. 

Source légère , eau qui filtre d'un 
rocher. 



BERBERE 



EJijhan. 

Thoara, adefghaçjksough 
akham. 



Ezikha ad ef(/ha(jhd ak- 
kin ad zerighak. 



Newar bilnuâman. 

Tasout. 
Emdil. 

Kibrit. 
liswa. 
Thisilé. 

Erdjiou adilsagh thisilé. 
Chekk. 

Àdckekka^h. 

Oar clwkkagh. 
Iminsi. 

Nef iminsi, tighonrdin 
iminsi. 

Thela. 

El udnssour. 



FIGDRÉ. 









yU>*«Jl? jijj 



oy 



Cl 



(^W- 



«I 



13mm\ (jjj>)j*Ai' 






ARABE. 



À-M ~jM^ 






.UI3 - \As. 



ai (^ 



sou-suc 



161 



FRANÇAIS. 



SonRciis. 

SooRD, qui n'entend pas. 

SODS, DESSOCS. 

Sous mon pied. 

Sous mon aisselle. 

Sous iui. 

Sous Tarbre. 

Sous le ciel. 

SliECHAS ((jrafolium stecchas, L.). 

Sdaire , toile dans laquelle on ense- 
velit. 

Sdce, tire à loi la liqueur avec ton 
haleine, imp. 

J'ai sucé. 

Tu as sucé. 

Il a sucé. 

Nous avons sucé. 

Vous avez sucé. 

Ils ont sucé. 

Nous avons sucé du lait aigre avec 
notre pain. 



BERBKRE 



IBANSCKII. 



SnCRE. 



Themmiout. sing. 

Themmiwin , ammi- 
win. pi. 

EdrJoar. 

Dewa, dewat , souwada. 

Soawada oudariou. 

Dewat fhabi(jiiis. 

Dcîua's. 

Dewat cnnoiihla. 

Souwada ihighnau. 
Warac el hanech. 
Alfoudle '. 

Eskef. 

Sehfaijk. 

Teskef. 

fiskef. 

Neshef. 

Tesekfem. 

Sekefen. 

NeskeJ iijhi dou ouijhrou- 
mennagh. 

Esukkar. 






jjijit 






u • y 
.._)t i_ * ^ vri'' 



ARABE. 



Ut. 



^Ja\ 



Jou»l_ 



^Ui^ j^ji 



/Il 



(J*^ 



uJ^iM)' — It^^ 



f,-!^ ,|A|V^.^ 






y^tm 



Ce n'est qu'une toile grossière dont on se sert, dans l'Atlas, pour ensevelir les morts. 



21 



162 



SUE-SUR 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


A R A R F. 


TKANSCmt. 


FIG0BÉ. 




SuEDR. 


Thidi. 


iS'^;, 




Je Sue , littéral .:1a sueur me coule. 


Tekfiluà thidi. 


^^ ■> » > 


bi •« y •• 


Tu sues. 


Termek thidi. 






Nous suons, la sueur nous coule. 
Suffit (Cela). 


Tekfdinatjh thidi. 
Waghi alhas. 






Suie. 


Aghghou en tighidjda. 


'^>«iy'>^ 




Sur, pour, à, au. 


Ghaf, ghar. 




ti-* i 


Sur son visage, à son visage. 


Ghafacadoumis. 


^J^^:>\i) u>^ 




Sur ma tête, à ma tête. 


Ghaf ikhfoa. 


J V ^ 




Sur notre nez, à notre nez. 


Ghar inierenna^h. 


•«•y Cl • 




Sur fa barbe, à ta barbe. 


Ghar themeriak. 


^>*> 




Sur, dessus, préposition de lieu. 


Soiifella, ennigk. 






Sur la maison. 


Soujella eboahham. 




j\ù^] (iy 


Sur le plancher. 


Ennigh iigharghart. 


"^Ar^l jAxii 


«jtUJ! ij^ 


Sur l'arbre. 


Soujella teboachicht. 




j-^' lï^ 


Sur les montagnes. 


Ennitjh idoarer. 


(ly J oy 


Ji*4ëy 


L'un sur l'autre. 


Wein neden soafelles. 


ti y y J u y y fJ y 




Les uns sur les autres. 


lewen soufellaùbaâj'dan. 




y 


Sdbmé *. 


Thazoalt. 


c:Jj|)b^ 


^ 


' Poudre noire , composée avec de l'alquifo 


ux , dont les femmes de l'Orien 


se peignent les yeux et les cils 





TAI-TAM 



163 



FRANÇAIS. 




Tais-toi, imp. 

Je me suis tu. 

Tu tes lu. 

Il s'est tu. 

Nous nous sommes tus. 

Vous vous êtes tus. 

Ils se sont tus. 
Talon et la plante des pieds. 

Tambour qui se bat des deux côtés. 

Tambour de basque. 

Tamis. 

Remue, agite le tamis. 
Tamise, imp. 
Je tamise. 
Tu tamises. 
Il tamise. 

Nous tamisons. i 

Vous tamisez, 

Ils tamisent. 

• Def est un tambour de basque simple ; tarr est un tambour de basque avec ônq plaques de cuivre doubles , arrangées à 
distances égales à Tentour du cercle ; bendir est un tambour de bastfue carré. 

ai. 



164 



TAP-TEN 



FRANÇAIS. 




BERBÈRE 


• ARARE 




TBANSCRIT. 


FIGCEÉ. 


XA H L\ XJ J_J> 




Tamise l'orge. 


Stf ihimzin. 




trlH ^-*^ 






Tapis de Barbarie, d'un tissu gros- 


Zerhie. 




*^jj 


LlL 




sier et peu large. 






• 


^ 




— ^de Turquie, tapis velouté. 


Tacdil. 




il u<- 






— pour faire la prière. 


Taidotirt, 




i^^t^^\j 






Tadreau. 


Ezghir. 


sing. 


ii' 


jy - *y 






Isgharen. 


pi. 








Teigne, ver qui ronge les hardes. 


Teukiout. 






*% 




Teigne, maladie qui atlaque le sabot 


IJidiwen. 




uy^l 






des animaux à cornes. 












TÉMOIN. 


Inighi. 


sing. 


•5^1 


,v rf,\ .-:•. 






Inaghan. 


pi. 


Q ^ ^ 


^Jir^ 




Les témoins n'ont pas dit la vérilé. 


Ina(jhan wer 
dits. 


siwelen ti- 








Le juge a renvoyé ce lémoin; il ne l'a 
pas entendu. 


El d alim wra inighi irU' 
ijhi: i oar's iisla. 








Temps. 


Wacl. 




U y 






Tu as le temps. 


Darah wacl. 










Je n'ai pas le temps de faire. 


Our dasi wact adseke- 
ragh. 


u w > • ù j 






éjXiw .iî 




Nous avons le temps , il n'est pas tard. 


lisoul el hal. 




jlIjj^ 






Tendre, non dur. 


Delaccac. 


masc. 










Telacact. 


fém. 









TER-TIG 



165 



FRANÇAIS. 



Terrasse d'une maison. 

Terre, poussière.. 

Terre , globe terrestre. 

La terre, le sol de la maison, rez-de 
chaussée. 

TÈTE. 

I 

Cet homme est vieui ; la tête lui branle. 

La tête me fait mal. 
Tais-toi, tu me casses la tête. 

Teton. 

Elle a de petits tétons. 

Tu as de jolis tétons. 
TiiELiGONiVM cïXOCRAMBE, plante. 
Thdya, bel arbre ressemblant à l'if. 

Tigre, léopard. 



Dans nos montagnes il y a beaucoup de 
tigres. 



BERBÈRE 



Ifdleenaliham adjioaren 
iighimmi. 

AM. 

Teghounits. 
Tkigliarghart. 

Ikhf, acaroui, ukai. s. 

Ikhfmven Jcaroain. p. 

Ertjhuz mouccar; iittckou- 
~oa ikhji's. 

Acaroainou iicarhi. 
Fist ketch temjh'ul ikhfiou. 



Taboucht. 
Tihbachin. 



sing. 
pi. 



Tkella yhouroas tihha- 
cklfi mezzian. 



Tibbackineh tellian. 
Hachbel hadjersié. 
Aârâar. 



Eired. 
lierden. 



pi. 










ARABE. 



Jg'UI 






C'V 






O (J J ^ 



Vigh idoarernagk iierden 
atkas. 



/j-jA— *wUj ij**)3^ ^^ 
tl ^ « ^ 






y^ 



166 



TIM-TOI 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 




TRANSCRIT. 


FIGDRÉ. 




Timbales ". 


Althabeilat. 


u y /• ..tj „., 






TiQDE, insecte noirâtre qui s'attache 


Ghourad. 


fi y J 






aux animaux. 










Tissn de fil, de laine , de soie; pièce 


Ezittha. 


l£^! 


«• • 
^ 




d'étoffe de quelque qualité qu'elle 




y 




.soil. 










Toi , pron. subsl. de la 2" pers. 


Ketch, ketchini. masc. 




• 






Kimm , kemmini. fém. 


.^-^ 


où! 




Toi , homme. 


Ketch, ketckini ertjkaz. 








Toi, femme. 


Kemmini tkemthottt, ihem- 
thoutkimm. 








Toi , tu as fait. 


Ketch, ketchini adteske- 
red. masc. 










Kimm, kimmini adteske- 
red. fém. 




■ 




Toi, TE, pron. de la 2' pers. régi par 


Ak, adak, k. masc. 


6 _ JiiT. JT 






un verbe. 


Azam, kam, m. fém. 


^ .j;5'.^iir 






Je le battrai. 


âk outagh. masc. 
Akem ouUigh. fém. 








U l'a baisé. 


lisoadenak. 


"1" -■ 

dlJi_j.<«o 






Il t'a baisée. 


lisoudenikem. 








Je te donne une vaclie. 


Adak cfia<jh tefoanest. 








Je le donne un collier. 


Adam ejkagh iesbikt. 








Toile de lin. 


Telkettan. 


yl^" 


• U • tt 




Toile d'araignée. 


Ezitta en tisist. 








l_UW.«.IM..<J yp usjl 




* U y en a une de moitié plus petite que l'autre. 





TOI-TON 



167 







BERBÈRE 








FRANÇAIS. 






ARABE. 
















TBANSCPIT. 


FIGURÉ. 








Toison , la laine qui couvre le mouton . 


Thilist. sing. 


.° 1 - 


»> 






. 


ThiUsin. pi. 










Toit, la couverture, le dessus de la 


Ennigh oakham. 




^ 






maison. 












Nous sommes montés sur le toit, sur la 


Nouli ennifjh oukham. 










terrasse. 












Tombe , tombeau. 


Azikka. sing. 


fe^T 


y 








Izikwan. pi. 


/- 


jy^ 






Tombe, imp. 


Ghali, res. 




y uy 






Je suis tombé. 


Ghalijaijh, resagh. 


ér; - é^> 








Tu es tombé. 


Toughli, tersed. 


Jv.«^ - (J-^JJ 








Il est tombé. 


luucjhli, ires, iirs. 


• fi J 








Nous sommes tombés. 


Nougli, neres. 










Vous êtes tombés. 


Teghallem, terscm. 


g •<>• g^ •• 








Us sont tombés. 


Ghulien, resen. 


il yy g • • 








Mon cheval est tombé. 


loaghll weisinott. 










il tombe une averse. 


Adir.i aghonfonr. 










La maison tombe en ruine. 


Akkam iireb. 


^ u y y^ 


Il U 
























Ton , TA ,TES, adj. poss. de la 2*pers. 


Einak, k. masc. 


y 


yy 

_ jl cl /, 








Einem,m. fém. 




dUlyè 






Ton petit chien. 


Acdjoun inek. masc. 










Ton agneau. 


Eizimer inem. fém. 










Ton chat. 


Emchich inak. masc. 


• 0^ 








Ton chameau. 


EUjhoum inem. fém. 


Qy a jQy 







168 



TON-TOR 





•i«à 


U,i;,j)j BERBÈRE ' 








aaAfl^. FRANÇAIS. 




ARABE. 
















TRANScr.rr. 


FIGURÉ. 








Ton frère. 1 tv.^J^ 


Iijhmak. masc. 










' '^^-^^ 


1 

I(jhmam. lïm. 










Ta sœur. u.ï 'i._..:J^ 


Weltmak. masc. 
Welimaa. fém. 










Tes chèvres. 


Thighatc n inak.masc. 










Tes vaclies. i ^ • 


Tefoanesinem. fém. 


|Aa-^j^- 








Tonnerre. . .- . 


Tenzilt, raôoud. 










Le tonnerre est dans l'air; il tonne. 


Raôoud dî(jh thignau. 




UuJ! Jvjyj 






TORÎRÉFIER et 


FAIRE FRIRE. 


Ezzoa. 




ji! 






J'ai torréfié. 




Zkjk. 




y 






Tu as fait fn 


re. 


Tezid. 


y 








Il a torréfié. 




lizza. 


!^> 








Nous avons 1 


ait frire. 


Nezza. 


: !>^' 








Vous avez torréfié. 


Tezzem. 










Ils ont fait frire. . . 


Zan. . 










Torréfie l'orge. 


Ezzou thimzin. 










J'ai torréfié le blé *. 


Ziijhâ mien. 


U U « 








Nous faisons frire les poissons. 


Adnczza isilman. 










Torrent , ruisseau formé par tes 


Tliergha. 'ing. 




^0 • 






pluies. 




Therghin. pi. 


(j!*P' 








Le torrent a grossi. 


Therijka niouccar. 










" Voici la manière de faire du pain chez les Arabes et dans presque tout l'Atlas. On commence par faire t( 


rréfier l'orge et 






le blc , à peu près comme nous faisons pour le calé ; ensuite on le moud avec un moulin à bras ; on sépa 


re le son de la 






farine. On en fait , avec de l'eau ou du lait , une pâte qu'on met cuire une seconde fois sur la cendre ou d 


tns une poêle à 






frire. On mange aussi cette farine torréfiée détrempée dans l'eau , sans la faire cuire de nouveau. 

. ,. 









TOR-TOU 




169 






BERBÈRE 






FRANÇAIS. 






ARABE. 




TnANSCniT. 


FIGDRÉ. 






Le torrent coule. 


Therijha ittezil. 








Les torrents coulent. 


Thenjhin lezzelen. 


(jb^ (J^' 






Passons le torrent. 


En nczghir titergha. 








Le torrent est à sec. 


Thenj'ia lacconr. 


j -^ -^ >* 






ToKT, manquement, faute. 


Didnoub. 


j u 


t_Ui 




J'ai tort. 


Didnoub fclli. 




Ja t^JJl 




Tu as tort. 


Didnoub fellak. 




viUXst^JJ! 




Il a tort, etc. 


D'ulnoud fclle's. 








Tortue. 


EJekroun. 








TODJOBRS. 


Lebda, ebda. 








ToDPiE, jouet de bois fait en forme 


Tehoudicht. 


^^i*-w3>Y^ 


^iù 




de poire. 




Cl tiy wy 


f ^ 




Tourne et fais tournée, imp. 


Ezzi, ennid. 


^j| _ ^5)1 


jj^ 




Je tourne. 


Adziagh , adnidatjk. 








Tu tournes. 


Adtezzi, adlennid. 


»>Vl,Àji> _ i^jj'il 






Il tourne. 


Adizzi, adinnid. 








Nous tournons. 


Adnezzi , adnennid. 


iXAÀiJ^^ - iSJ^^^ 






Vous tournez. 


Adiezziem, adtennidem. 


" ' T " f T 






Ils tournent, et ils font tourner. 


Adziajiy adnidem. 








Cela tourne. 


PVa itezzi. 




j»*Xj )*>sJÈ 




Le moulin tourne par le vent. 


Tesirt dezzi soawadou. 


j^'j-" i£_>*j '-^,rt^' 






Tout , signifie aussi avec. 


Akk. 


Jî 


j^i 




Tout à moi. 


Akk inoii. 


^l ^" >' 


J Jd^ 




Tout à toi. 


Akkinak. raasc. 


- ii-! iïr 







170 



TOU-TREl 







BERBÈRE 






FRANÇAIS. 






ARABE. 












TKANSCBIT. 


FIGOnÉ. 






Tout à loi. 


Akk incni. féni. 


^tiî 






Toul à lui. 


Akh ines. 


JS^} iT 






Tout h elle. 


Akk inilsat. 








Tout î\ nous. 


Akk eniuujh. 


"^Q\3T 






Tout à vous. 


Akk eimcwen. masc. 


^\ Jr 


^ k^ 






Akk ennckant. féni. 


LxÀiZ'i àî 


'^^ 




Tout à eux. 


Akk ennesen. 


•«• ty.^ 






Tout à elles. 


Akk cnncsent. 








Tout blanc. 


Akk danicUal. 


jsioub iT 






Tout noir. 


Akk dahrïkan. 


y^^ll éT 






Tout de suite. 


lekkou.;. 








Toux. 


Thousout, tekou.it. 


CXjjjraj . i^yMéyS 


*iL^ 




J'ai la toux , la toux m'a pris. 


Toughii thousout. 


u J J f 






Trais la vache, iinp. 


Ezzigh tejhiinest. 


u fj y j^ ow^ 






Je trais. 


Ezi(jK(jhagh. 








Tu trais. 


Tezightjliad. 








11 trait. 


Izzagk. 








Nous trayon-:. 


Nezzagh. 


é> 






Vous trayez. 


Teziyhgham. 


r^^ 






Ils traient. 


Eziyhgkan. 


0^5'- 






Amène la chèvre, que nous la trayons. 


Awtd thagkat atenezzagh. 


cVÂji Cjlilj <Xjj' 






ThÈfie [trifolium pratense , L.). 


Ihhfis. 


u***^i 


"- ti •■'' l " 




Treize. 


Kerrad dimrau. 







TRE-TRO 



171 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 


TRANSCRIT. 


FIGURÉ. 


Tremble , arbre. 


Safssaf. 






Tremblement de terke. 


Tezenzilt. 


u u^y 




Tribu , divisée en plus ou moins de 
villages ou de tentes. 


Adrch, aâit, dechour. 






La tribu tle Fëlissen. 


Aârch felicen. 


tr^i (jSy* 




— de Mouatlaca. 


Adrch elmoaâttaca. 






— de Zewavis. 


Aârch zewawa. 






— de Koukou *. 


Aârch koakoii. 


> 3 Kl ^ 




— d'Aàït Imour. 


Adit Imour, 


fi J fi ^ 




— Aâït Kerwan. 


Adît Kerwan. 






— Aâît loussi. 


Adîtioassi. 


j ti >■ 




— Aâït Aâttha*. 


Aâit Aâltha. 


Mas. c>us£ 




Trois. 


Kerrad. 




«J'iKJ- 


Trois mille. 


Kerrad if dan. 




uXil cla^o' 


Trois cents. 


Kerrad mié. 


ftjy» il^^j 


«jU ei)5\j 


Trompe , imp. 


Zigh. 


^j 




Ne le trompe pas. 


Oar's zighth. 


au j 




J'ai trompé. 


Zighatjh. 


(1 ' 




Tu as trompé. 


Teziijhad. 






Il a trompé. 


Izigh. 






Nous avons trompé. 


Nezigh. 


ç^y 




Vous avez trompé. 


Teziijham. 






* Ces quatre tribus montagnardes sont les 
** Ces quatre tribus habitent, entre Fès c 


)lus considérables de la province de Constaatine. 

t Tafilet, les montagnes que baignent les eaux de l'Océan, 





22. 



172 



TRO-TUE 



FRANÇAIS. 


BERB 


ÈRE 


ARABE. 




TRANSCRIT. 


FIGDKÉ. 






Ils ont trompé. 


Zigban. 


u • 

• 






Trompette. 


Ghaiatha. 


^\ié. 






Tkonc d'arbre. 


Acaroum, akdjemour. s. 
Icourmaii, ikdjemoiiran. 








J'ai porté un tronc d'arbre qui m'a fait 
tomber l'épaule ol le nombril. 


Erjadatjk acaroum façjjdi 
thuitsiou akh tliimi- 
ihiou. 


i>^ a J y^ y ^ '^ 






Trop. 


Nizha. 


^^k 


oîpU 




Trou. 


Oakhdjid. 


JL«^ji 






Le trou d'un rat. 


Oalihdjid en oagharda. 








Troupeau. 


Ovlli. 


' J 
















(^i;ai 




Trouve, imp. 


Oufi. 


ijl 


y 




J'ai trouvé. 


OaJi(]h, oiijîglid. 


• • 


u 

^ 




Tu as trouvé. 


Toujid. 


f J 






Il a trouvé. 


loiifa. 








Nous avons trouvé. 


Noiifa. 


Uy 






Vous avez trouvé. 


Toufam. 


J.\ij5 






Ils ont trouvé. 


Oafan. 








J'ai cherché , je n'ai pas trouvé. 


Foudatjh out oafiqh. 


U u J u ^ J 






Trdie. 


Tilift. 
Tilfatin. 




Aj^li 




Cette truie a deux petits. 


Tilift iacjhi gliour's niera- 
iviâ crrau. 


ti J ^ 






Tue, imp. 


Engha. 


- Ui! 







TUM-UNE 



173 



FRANÇAIS. 



J'ai tué. 

Tu as tué. 

Il a tué. 

Nous avons tué. 

Vous avez tué. 

Ils ont tué. 

Cet homme a tué mon frère, j'en tirerai 
vengeance. 



Tumeur. 
Turban de laine. 

— de soie. 



BERBERE 



TRANSCRIT. 



Encjhiijh. cughiyhd. 

Ten^hid. 

hujha. 

l\engha 

Tengliani. 

Enghan. 

Erghaz aghi ingha oug- 
mainoUf aderragk elh- 
sari' s. 

îhzic. 
Terkerzit. 

Telament. 



Oocuu) 



• 



.^ 






,Uil 






U-J 



U^l 



ol 






.^o 



ARABE. 



caXaa 



Oj.« 






f^j^ «XâaJ^ 



Un. 

Une. 

Un enfant. 

Une fiHe. 

Un jour. 

Une fois. 

Un après l'autre, ou une chose après 
Tautre. 

Un autre. 



U 

lewen, ian, wan, wa. 
Iwetj ians. 

lewen acchick. 

îwet tacchicht. 

lan was. 

lant tikilt. 

IVadejirwa. 

Wein neden. 



w c 



u* 












(J^J 






•S" ^:>i '3" 






174 



URI-VAI 



FRANÇAIS. 



Un des autres. 
Urine. 



Va , imp. d'ALLER. 

Je vais. 

Tu vas. 

Il va. 

Nous allons. 

Vous allez. 

Ils vont. 

Je vais acheter. 
Vache. 

Jeune vache. 

La vache mugit. 

Cette vache a beaucoup de lait. 

La vache a fait une génisse. 
Vaincs, triomphe, imp. 
J'ai vaincu. 
Tu as vaincu. 
Il a vaincu. 
Nous avons vaincu. 



BERBERE 



îevfen wein nedinin. 
Ihichchan , ibizdan. 



FIGUnÉ. 



tJ^Àj-Xj (^J y_j.J 



U'^JH' 



t WcVxMO I 



Eddoif . 


jiii 


Adeddongh. 




Ateddoa. 


jijvjT 


Àdiddou. 


^aJSî^T 


Adneddou. 




Ateddewem. 




Addedwen. 




Adeddough adagha(fh. 


uy ,^ u^ y ,^ 


Tefoiinest. sing. 




Te/ounasin. pi. 


u y jy 


Temwaf. 


uy 


Tefounesl tessarimmik. 


"-^-l. ". -. '■'.. 


Tefoimest taghi yhoufs 
aifki atlias. 




Tefoanest tourou temwat. 




Erm. 


uy 

4;' 


Ernigh, ernighd. 


u uy u iiy 


Ternid. 


Q Vy 


Irna. 




Nerna. 


yQy 



ARABE. 



t^Ufc-*) 



^yjij 



é"^ «^ 






VAL-VEN 



175 



FRANÇAIS. 



Vous avez vaincu. 

lis ont vaincu. 

Les ennemis les ont vaincus. 

ris ne nous ont pas vaincus. 

Valériane, corne d'abondance (vale- 

riana comacopia, L.). 
Valet. 

Valon. 

Vase de terre oblong [tharubouck] 
dont le dessus est converl en par- 
chemin '. 

VaDRIEN et IL NE VADT RIEN. 

Vadtour. 



Veau. 

Veine. 

U lui a ouvert la veine (il l'a saigné). 
Vends, imp. 
Je vends. 
Tu vends. 
Il vend. 
Nous vendons. 
Vous vendez. 



BERBERE 



Ternein 
Eriten. 

Diaddawen erneathen. 
JVernafjh crnen. 
Hachhet elsihù. 

Aâzri. 
Talat. 
Aghwat. 

Doulachit. 

Ighouder. 

Ighidir. 

Aghaltous, 

Ighallousin. 
Azar. 

Izouran , azournin. p. 

Icjhzim azaris. 
Zenz. 

Adzenzagk. 

Atezenzid. 

Adiizinz. 

Adnt^zinz. 

Jiezinzem. 



sing. 

pi. 
sing. 

pi, 
.sing. 






çLImw 



Jl>T 



j 









>>;? 



i) 









ARABE. 



«àU 









On le tient sous le bi'as et il sert , iiinsi que le tambour de basque , à marquer la cadence. 



176 



VEN-VER 



FRANÇAIS. 


BERB 


ÈRE 


ARABE. 


TRANSCRIT. 


FIGDHÉ. 


Us vendent. 


Adenzen. 






Moi, je ne l'ai pas vendu. 


Neh tverih zenzacj hera. 






Je ne puis le vendre. 


Oiirzcmraghadzenzafjhtk 






Vends-moi ton cheval. 


Zenz'u aàondioak. 


■^yf-^i^ a>j) 




Il a vendu sa maison. 


Iziiiz akkamïs. 


6 X ^Û 




Vendredi. 


Glias el djuima , was el 
djiumâ. 






Venge.vnxl. 


Ethsar. 




jUJI 


Il faut que je tire vengeance de Ini. 


Haddïl en aderragli cth- 






^jDt (J) J*"., ,-^ 




sannou zitjhi's. 


il <J^ 




Vent. 


Adou, lewadoa. 




î-^ 


Vent frais de mer. 


Adou el bahn. 


^j^i jiT 


(^ 


Vent cljaud et empoisonné qui souille 
quelquefois dans le désert. 


Azawat. 


<Li;(^T 




Ventke. 


Adbbout , iheacMoRt , 


" -\ -■:■. " -' 


yW 




ehalic. 


iP>' 




Le ventre me fait mal. 


Theaâbbouiiou icarkii 


(S^j^jj.?. jAjyUj- 




Son ventre est enflé. 


Aâbboutis ihzic. 






Notre ventre est plein. 


Ehaîicnagh inva. 


v;^. -UiiJUi 




Veii. 


Teuka, teulciout. 






Ver qui attaque le blé. 


Sous. 






Ver qui attaque les fèves, et générale- 
ment tous les légumes. 


Chaloach. 


u ' 1 




Verd. 


Azighzau. 




^^! 











VER-VIA 



177 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


A R A R F. 




thanschit. 


FIGnRÉ. 






Verger, jardin. 


Werti ': sing. 
Wertian. pi. 


• 






VÉRITÉ (La). 


Tidits. 




^ 




Dis la vérité. 


Sawel lidits. 


iw*ô'fc5s^ J»U**i 


^jy 




Parole de vérité. 


Awal en tidits. 




^^5^ 




Vermillon. 


Elkermez. 


»J1 






J'ai teint ma couverture de laine en 
vermillon. 


Sekermjli ehaihinoa diijh 
elkermez. 








VÉROLE , maladie vénérienne. 


Athan umoucran. 




c^:/^'.r> 




VÉROLE (petite). 


Tezerzeit, iebaout. 








VÉRONIQUE DES CHAMPS [veronica agres- 


Inzar en timchickt. 








tis, L. ). 










Verre , et tout vase pour boire. 


Thas. 


o-lt 






Verrce. 


Tifiliwin. 





.> ^ 




Vesce (La) {vicia sativa. L.). 


DjUbane. 


*id=- 






Vessie. 


Ekirchioa. sing. 
Ekirchiwen. pi. 




ii^j^= 




VÊTEMENT. 


Themikat. 


" • " "T 






Vedp. 


Imoaghal. 


^ ^ 


J^Ji 




Vedve. 


Temoughalt. 


41 <*• ^y' 






Viande. 


Aksoum, ouksoam, te- 




^ 






fihi. 






Viande salée et fumée. 


Cadid. 








Ce mot rappelle involontairement le latin 


hortus. {Note (k l'éditeur. ) 







23 



i78 



VIE 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE 




TRANSCRIT. 


PIGDBÉ. 






Viande salée, séchce et conservée dans 


Kkaliâ. 


<!UtA=*. 






l'huile ■. 










— rôtie. 


Ahsoiiin ahenej. 


u.'.i'r^l ..j,-."^! 




— bouillie, en berlière, viande cuite 


Aksouni wein iotibba di(jh 


Çj^ (j^j ^y"^ 






dans la marmite. 


ihcsili. 


g « ^ O 

il J il J u ,^ 


"-"' "-<. 
^^î^! 




La viande est gâtée. 


Ahsoiuii ïjouli , aksoum 


- 1^-*^ ^,;— '■^' 






izcfrr. 


t)-^ il J U y^ 






La viande n'est pas cuite. 


Ahsouin our ioubha. 


= il ^ u j il ,^ 


^ioUaU 




J'aime mieux le couscousson que la 


Suhsoii akhirfelU en oak- 


il y » ,w -^ ^ -^ 






viande. 


soarn. 


..0 ' oy 






Vieillard, vieux 


Emghar. sing. 
Imgharen. pi. 


u y uy »^ J , • 






Ton frère est devenu viens, sa barbe 


I(jiimak ioakkul, emcjhar 


jU_.oi jsr_^ >i)ui 






est blanche. 


ihemertis melîoiilet 








Ce vieillard déraisonne. 


Emghar ivayki our îsawel 
sil'aâquil. 


ù yn 






Le nouveau marié est trop vieux. 


Disk ïlla amcour nizka. 




» -"^ 




Vieille. 


Temghart, taousert. s. 
Timgharin, pi. 




j^ 




La vieille a perdu ses dents. 


Tcmghari ghàlines ougk- 














lan. 








* C'est la provision de ménage dans toute la Barbarie. 







VIE-VIF 



179 



FRANÇAIS. 



La vieille peut faire descendre la lune 
au milieu de nous. 



La vieille m'a dit ce qui doit arriver. 



La vieille peste contre nous. 



Viens, imp. 



Je 



SUIS venu. 



Tu es venu. 

Il est venu. 

Nous sommes venus. 

Vous êtes venus. 

Ils sont venus. 

Il vient tout à Theure. 

Moi, je viendrai demain. 

Il ne peut rien venir de moi, c'est-à- 
dire je n'y puis rien. 

Il ne vient rien de lui, c'est-à-dire ii 
n'y peut rien. 

Viens vite. 

Vierge , pucelle. 

Vif , vivant. 



BERBERE 



Tenigliart tezmer atouh- 
bid tiziri gkaïgharan- 
nagk. 

Temghart iennaii eciiou 
adi dias. 



Taoaseri atesnvel fdla- 
nagh. 



As, echcad. 

Esagk, wesigk , wesighd, 
echcadagh. 



Tousidad. techcad. 

las , iouscd îchcad. 

Nouscd. nechcad. 

ToiLscm. tousemd, iech- 
cadam. 

Ousen , ousendf echcaden. 

Thodra adias. 

NcMni adasagh azihka. 

Our dias era zighi. 

Oar dious era zighi's, 

Eddoa ghiwcî. 
Teîaâziht. 
Idder. 



SI x- .--o 

jy y Uy Ii yfjy 



J, 









(J*-) 



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u y « • W • J 

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LJLjjt x^t:>) is~^ 

yy il y (1 ^ 



J^f . 



■,lib 



liii 



ARABE. 



. si 



(5^->ÎIû 






<S!r=^ 



23. 



180 



VIG-VOI 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 


^■^~ 






TRANSCRIT. 


FIGDRÉ. 




Vigne. 


Teferrant , ûjnent. 




4J/ 


Vil, méprisable- 


Dirith. 






Village. 


Teiert, tedert. sing. 








Toader, ihoader. pi. 






Ville murée. 


Alquissar. 


jC,\\'\ 


'V 


Vin. 


Eman o aâdil. 


JL, JS* _,! yÛ 




Vinaigre. 


Ousoammim. 


^ ^ 




ViOLEMsiENT, de force, adv. 


Istimera. 


\jJê^ 


• 


ViOLiER, plante. 


Alhalié. 






Violon à deux cordes de boyau qu'on 


Rehab. 


CjIjj 




appuie sur les genoux. 
Vipérine, plante [echwm milgare). 


Ilis en ezghir. 






Visage. 


Acadoum, widmen. 




y' 


Vite, promptement. 


GMweL 


4^ 


•• . o .^ y 


Vitre. 


Jadj. 


ë 


• 


ViZANGE , plante. 


Thoasint. 


g J 




Voilà (Le). 


Waghini. 


<5^'i 


y> i jvj> 


La voilà. 


Taghini. 


tfv**b 


^ »<x^ 


Les voilà. 


Weighini. 






Vois, imp. 


Ezer, sel. 






J'ai Ml. 


Zerigh, selegh. 


"1' ° r 


^ 


Tu as \u. 


Tezrid, tesel. 






H a vu. 


Izra . isei. 


J^J - li>f! 




IS'ous avons vu. 


Nezra, neset. 









VOI VOL 




181 




BERBÈRE 




FRANÇAIS. 






ARABE. 








TKANSCBIT. 


FIGORÉ. 




Vous avez vu. 


Tezrcm , teselemd. 






Ils ont vu. 


Ezren, selend. 






Je suis allé à Maroc , j'ai vu le sultan. 


Roulia<jh semerahch , 
zrrifjhd uu^liUUd. 


ir-r'!;-** t^v 




Je vais voir. 


Aâeddoufjh adzer'ujh. 


^Jj^l ^/iiî 




As-tu vu la sœur? 


Teselad weltmas ? 


iJM V.fV J^ «XAamJ 




Je ne l'ai pas vue. 


Werth seligU. 






Voisin 


Aâchir. sing. 




J^ 




Aâchiran. pi. 


u!;^ 


uL)-^ 


Nos voisins se disputent toujours. 


Aâclàranennaijh adt.- 
aà^lddou Icbda. 






J'ai un voisin derrière ma maison. 


TheUa ghoun aàckir t/c- 
/îr oakhaminou. 






Vol, raction d'un oiseau qui vole. 


Toujight. 




y'> 


Il vole. 


Adijigh. 






Ils volent. 


Adoufyhan. 






L'autrucbe ne vole pas; elle court sur 
ses jambes. 


Neaàmet oar adijigh; te- 
zel ghaf idarenc's. 






Vol. 


Toakirda. 


S^j^^ 


• 


Lui , il a fait un vol. 


Nilhsa isker toukerda. 


li^^y Jhl, llL 




Voleur. 


Imecrad, imikerd. 






On a pris le voleur; on l'a pendu. 


Athfen imekrad ; aâlla- 


":>ipi:^i (!i— lit 






caiith. 


<:::.<ÀJiA£ 





182 



VOT-VOU 



FRANÇAIS. 



Ou lui a coupé la main et le pied. 

Votre, adj. possessif. 

Votre pays. 
Votre village. 
Vos montagnes. 
Vos collines. 
VoDS, pron. pers. subsl. 

Vous hommes. 
Vous femmes. 
Vous avez fait. 



Vous régi par un verbe ou par une 
préposition. 



Je vous ai donne. 
Je vous connais. 
Ils vous ont fait. 
Ils vous ont laissé. 
Auprès (le vous. 
Je vous ;ii dit. 
H vous battra. 



BKRBERE 



TRANSCRIT. 



Gkiznien afoasi'sahk dou- 
daris. 

Ennewen. masc. 

Ennehunt. fém. 

Theinourt enncioen. m. 

ThcderL ennekant. f 

îdourer cnneiv. n. masc. 

îghaVennehunf. fém. 
Kunwi. masc. 

Kunamti. fém. 

Kninvi ercjliazen. 

Kiiiiamti thoulau'in. 

Kunwi iisherem. masc. 

Kanandi tcskercmt. fém. 

Adliawen, kuii^wen. m. 

Adlunvent, adhakant , 
kunt. fém. 

Adhawcn cjkagh. 

Sina(jhbun. 

Adhawen sekcren. 

GianJian. 

Ghounven. 

Adhairent ennifjh. fém 

Ikeikunt. fém 



ARABE. 



ij y^ J 






o ^ -> ^ J 

g ù ^ o • y j 












ù>' o •^ 



il^jl yjliï 






VOY-VUE 



183 



FRANÇAIS. 


BERBÈRE 


ARABE. 


TRANSCniT. 


FlGDBi. 


Je ne vous aime pas. 

Je ne vous ai pas vu. 
Auprès de vous. 
Sur vous. 
Voyage. 

L'an passé j'ai fait un voyage. 

Vue (La). 


Adlialiunt oar kanime- 
lacilt. ftm. 

JVerkaai zerûjlid. fém. 

Gltourhunf, fém. 

Soafellaku.nt. fém. 

Hirké. 

Esoughasa laààden seke- 
raçjh hirké. 

Nidhrè. 







INDEX ALPHABÉTIQUE 



MOTS BERBÈRES ET ARABICO-BERBÈRES 



CONTENUS DANS LE DICTIONNAIRE DE VENTURE, 



PAR M. P. AMEDEE JAUBERT. 



1 








c_j 1 De , du , prèp. 


U^f Cousin, moustique. 






(_5^jlj| sing. jJ^J^vj. />^r. Côte, os courbe. 


^J^^AJI Bernons, vêtement de laine. 






j^>j[j\ Barque, chaloupe. 


y^\ sinij. (j^vj' /J^ur. Fève de marais. 






oot Arrête-toi, imp. 


jjul Enfantement, accouchement. 






Ijol Commence, imp. 


,_pj| La, les, pron. relat. 






It^jl Toujours. 


jj.4«j'f Pleure, imp. 






jlVjI Partage, imp. 


_liu»ji Pomme. 






(jl.ijjf Sillou de la charrue. 


i^3yoitJ)'l Je sommeille. 






jjjI Répudie, imp. 


ûJCj _ j.*iô'l Oublie, imp. 






iSj^ji^ Grêle. 


tiUJj (("j^'l Habille-toi, imp. 






tNJ_^f Chemin, place, espace. 


jf Celle-là. 






OOjjI Cours de ventre. 


j-v\j'f jinj. (jj^I plur. Pigeon. 






■^y CJi CJ^J^' '^'^ ""''■ 'J^* yeux, l:i prunelle. 


^i^ ijjj] L'étoile du matin. 






^■_y\ Anneau, bague. 


juloi Vengeance. 






ul.ijj| Laitron (sonc/iiu. L.). 


.iUiJI Dors, imp. 






(jl.>Jj| Urine. 


^^■U^■f Frères. 






yjjjl Gorille, ornement. 


j^.JokL^[ sing. 3U::k.Lifc! /;/ur. Queue. 






Jjjjl sing. jljjl /)/iir. Sauterelle. 


.ij^.f sin<j. qIocS-. f plar. Ane de la petite espèce 


de 




^ijjj| Tumeur. 


la grandeur d'un dogue. 






yUiïjl Urine. 


(jjÀSk[ Coutelas. 






JCjI smj. ^jXljf p/ur. Singe. 


• I^Lt Chalumeau, instrument de pâtre. 






JsjLI Gland doux. yLoic JsJjI Gland amer. 


^.^uij iaF 5*^1 Terrasse d'une maison. 






(jijjl smj. ijSUjt pinr. Parties naturelles de l'homme. 


i>!ioi.| Gale. 






',:^yS^\ Borgne. 


(*Li<i.l sing. j^yÇiv^f ;)/ar. Fleur. 







24 



ùfjLL.| Garçon. 

ttjlskf Appartement inférieur, rez-de-chaussée.' 
Ciolzstal Couverture de laine qui sert de vêtement. 
y<^=»-l sing. ^J^jo^'o».l plur. Parties naturelles de la 

femme. 
joyoL^l sing. ^A.-oyoLs'f phir. Merle. 

(T-^ O _?^ ■ '^^^ Flamme. 

jj^j^fl Lézard de la grosse espèce. 

O.AÀ. I _ (_^\ Guéris, recouvre la santé , imp. 

^^Lâ-I sing. tjN'olâ.l plur. Maison. 

^jwÂl Egratigne, imp. 

(jjjbt ^jiUt^^f Cervelle. 

Ô~=^ 5m(/, ^ûlÂib.f plar. Tête. 

(^UlL-JI Sabots spongieux du chameau. 

jjy^jkf Trèfle [trifoliam pratensc j L.). 

jJiLi*,! Anneau, ornement pour la jambe. 

(jwyiki Couverture de laine qui sert de vêtement. 
^)A:=fc.| Meilleur, mieux. 

^l sing. ^\^\ plar. Nuit. 

^]^\ sing. (j^l3! plur. Doigt. 
j]^\ sing. (jjl-^i plur. Jambe, 
jfjiji -jf^if sing. (j_jl3l plar. Pied. 

Pj\M J'écris. 



0^ 



.31 A eus. 
^f Cire mêlée avec le miel. 



iAc-ûf.^) J'achète. Àc.i.ii j'ai acheté. 

ij^jOl Eux, ils. 

ijLoujjj ^f Je brode. 
j33l Vif, vivant, 
j.i3i Pile, broie, imp. 
aJ.iI Marche, imp. 
jXjyjlj^^] Mes enfants. 
Jy^Ê û.i3[ Viens vite, imp. 



j\j-^i sing. j]j^^\ -jjj^i p/«r. Montagne. 



j^^j^l Sourd. 



LT-?^ Peu, un peu. 
^j'^j.if Argent monnayé. 



è>^j 



il Je 



peux 



J,\.jtJ^^j^' ôtJjjjf Je bats le briquet. 

o- - T 

fy*^^* Je fume. 

^xLûjf Je soupçonne. 

jLè3| Lieu, endroit. 

tU.il sing. ^[à^\ plur. Pierre, caillou. 

^U5| Hier. 

jj^^i sing. CJJ9^^' Z*'"^- Sangsue. 

Jiil Neige. 

ijM Couvre , imp. 

jjvJ 31 Jonc. 

(jjl-«3l Rhume. 

j-o3[ sing. (jjU3[ plur. Poitrine. 

31 Sang. 



j3l Plie, imp. 
jil Vent. 

3l Berceau. 



C-5 

Jlàû^l Cordonnier. 

t:>jj3f Vous, pronom régi par un verbe ou par une 

préposition. 
^jM Celui-là. ^jojiî Ceux-là. 
^■Jujf II vole. ^9j3l lis volent. 
J^3| Raisin. 

jjvl jf Lui, régi par un verbe, 
é-ljf Nous, régi par un verbe. 
«IJf _ ci^l^f Toi, te ^ pron. (ir la 2*^ /jeri. régi par un 

verbe. 
yjl^l Vous, masc. régi par un verbe. 
jLcjif sing. (J-jIcû jf plar. Gendre, cousin, parent. 



y 



j' 



187 



j\ Ferme, imp. 
j\ -j\ A, jusqu'à: 
jf Renvoie, imp. 

\j\ Point du tout. 

fjilj I Les petits enfants. 

f\j\ sing. ^^ji phir. Chameau. 

(^X^'\ \ Prends garde, imp. 

^j\ Attends, espère, imp. 

JI^JI Prêt, suhst. 

j3jl Prête, imp. 

^^^^[-yjjl Blé. 

a|j _ gfjjl Les petits de rUonime ou de l'animal. 



iSJy 



Petits enfants. 



\j\ Casse, imp. 



JJ 



Riz. 



jljjl s'uuj. (jj'jjl />'"'■ Bourdon, grosse mouche 

ennemie des abeilles. 
^\j\ Découvre, imp. 
(J^i^jT Boiteux. 
ifj\ Descends, imp. 
Jv^jf Marie-toi, im/K 
Y^y Agrée, imp. 
UJI Protégé. 
tjLèjf Espion. 

jLc.jf s'.nif. i^'y^y p^^^- Hoaune. 
T'^j'^- j j' Fanfaron, homme qui se vante. 
.y*.^^*^^\jSu\\s.j\ Avare. 
jjUJj ^*£j I Injurie-le, imp. 
t>-9 )l Porte, transporte, imp. 
ystsjf Courrier, exprès. 
yLÉ=jf Malpropre. 

^jL^jt sin^. ^^yjXS=>j\ pliir. Savate, vieux soulier. 
f_^j] Lorsque. 



^Ljjl sing. (j^JujI plur. Plus, plus nombreux, adj. 

3yjt Augmente, imp. 

\\\ Vaincs, triomphe, m!p. 

J 5 j I Fuis , imp. 

^j^/vôjjl Européens. 

5 5jl Rassasie-toi, imp. 

{J^j\ sing. (jJ_3^ I /J^"r. Porc-épic. 

^jjajjljl Etourneaux. 

(^Ijvc) jl Allons donc, marche, xmp. 

Jjifjf sixig. silcjjl piiir. Joug. 

(J Kî L'heure intermédiaire entre le lever du soleil et 

midi. 
Jtjl Cheveux. 

c;iL)j| Vent chaud el empoibogné. 
ojl Devant, en présence. 
JSjl Approche, imp. 
y\\ Mouds, imp, 
jj^jl Derrière, après, /jrtyj. 
jjJi^l Marteau. 
jjJSjt Mortier, 
jjl Vois, im/), 

^jy sing. (J^jy p'"'"- Serpent. 
t_>g jjj I Cabane. 
i^jjf De nuit. 
jjjl Torréfier et faire frire, 
a jjl Cassie, arbre épineux, 
ajjl im^. o'33 Z^'"'^" P'^^'"'^' caillou. 
Itjl Tissu de laine, de soie, 
&j 1 Trais , imp. 
j£-\\ sing. ^j'-C'jl /''«'■■ Bœuf, taureau. 
Owywl - j^jf Passe ia rivière, imp. 
L^ji Demain. 



188 



U"' 



U-1 



Lï=jl sing. ^j\j^=j\ plur. Tombe, tombeaux. 


jL*f Magicien, sorcier. 




Ljji>-^=jl Ortie. 


fjj.ij-wl sin^. yljji^^l plar. Mulet. 




(V=mI Demi, moitié, milieu. 


6^1 .Allume, imp. 




Jjl Cours, marche vite, wip. 


i^j^^ Salis, imp. 




Jjl Égorge, imp. 


_y».«.^l Arbousier. 




AJjl siny. ijs*j' /''u''. Oignon. 


JLkll Barbier. 




^«3' ^'"5' 05*^' Z^'"''' ^*o"- 


jlâ-*l sin^. (j, jLsLwl piar. Bois À brûler. 




jft^ji Olive. 


(jLi^l Fer de cheval. 




jLijI Platine do fusil. 


J|j!.wl Broche, brochette. 




jjAjjl Clitoris. 


jjUjt Jliù.1 Créneaui. 




j-y^jji Panier double. 


tA\SZ\ Orfèvre. 




jjjjl Lierre, arbrisseau. 


^|X*w[ Fais, imp. 




jj j r Devance , im/ï. 


j^-w-i Sucre. 




è-^c-aji Rouge, couleur rouge. 


(_>^-»[ Hume, suce, imp. 




(Jjl Tourne, et fais tourner, (m/^. 


)yd»,i Plie, im/). 




û[ji-j\[ V'erd. 


iAj^jZJi _ ^j^t Asperge blanche. 




j^.j' Corde de chanvre. 


J..U.I Écoute, imp. 




jirj\ sincj. M^l plar. .Agneau. 


f^\ sin(j. (jlj,.wf plur. Poisson. 




ûij.yjl Fleurs. 

Sjjj (âb^il Rose, fleur. 


-j.^1 Poison. 

^'^Cwl Emporte, imp. 




l-^=j'f Poutre, grosse solive. 


(JjljJil Bleu de ciel. 




iy\ A, au, à la, siijiie du daiij. 


itwl siiicj. ^^jiAjl /)/ur. Esclave. 




[jj\ Viens, imp. 


J6 1 

yyiul Recueille, imp. 




L-l Aujourd'hui. 


OaOuI Froid. 




jjil-»! Foin, et toute herbe sèche. 


(^«*l Connais, sache, imp. 




^jcL-l Jarre, cruche à deu.x auses. 


yUI»l sinj. ^uLa,f plur. Épine. 




yjiL-I sinij. ylji.U.1 phxr. Corde en sparterie. 


^jhy^l Allaite, imp. 




_^Cl Remède. 


^Lcywl sing. 0j«li;y»l p/ur. An, année. 




U=Lll Pays. 


Uiuv«.| Nuages. 




_j^=L»,l Sac de crin. 


<5iÂy*«r Aiguille d'emballage. 




^ju*-^.»*'l Pipe. 


(_^A-.I sing. J^U,I plar. Rivière. 




[jiu,! Malgré, violemment, de force. 


^JV«I Sache, im/j. 




^jji^^jyLrJ JJ.I A reculons. 


.>LiI Davantage, plus. 





é' 



e' 



189 



!^L-I Reste, superflu. 


jtvi-l Méchant , pervers. 






(_)oAA-il Flocon de cheveux. 


^^^_^l Go?ier. 






^C^\ Danse, inip. 


1.5^^1 _ [.i^f sing. ^_^j£.\ plur. Rat et souris 






yù,\ sing. (jjUil plur. Ongle. 


fj>j'- fj>' P^"^ 






t_j«j-if GroUe, caverne. 


(V5 jc 1 Jasmin jaune. 






OJLii] Viens, imp. 


jj«-)_jil Gelée blanche. 






(jjjXXiil Branche d'arhre. 


j\j — cl Boucher. 






JjXUïI sing. (jN.JJXûl plur. Parties naturelles de 


j'j^l sing. cjjtjj^i /''«'■■ Rivière. 






l'homme. 


Ojèj Long. 






j?- ftfiw'l Jarre, cruche à deux anses. 


jojjit Coupe, im|). 






^f masc. jjwl/«m.Qued'inlerrogalion et d'admiration 


{J^j'jjjc.] Ci-devanl. 






j_5^f Pourquoi? 


I»*iil La moitié. 






^jj^f Anus. 


,<mJ| Midi. 






jSL^l Pilon. 


3! A~.éj Minuil. 






(ojl^f Bouilli, subst. 


A«jjj.J l*.u/xl Demi-heure. 






(JJUbf Hier pendant le jour. 


JCà] Fumée. 






(_3_A.^t Moelle. 


Jlc 1 sing. ^^ 1 p/ur. Bras. 






(jUsl Hydropisie. 


ivUcI Empereur, roi. 






jjUpI Beaucoup. 


lojXc! sinj. iUjiij p(ur. Bêche , suisf. 






(^y^f Prends, imp. 


(j.l^ic| Matin. 






j^j^\ Reins, épine du dos. 


jjwl. ^cf Le point du jour. 






^j^_j£.\ Cuisine. 


Q=J Trère. 






^l Dans. 


^f Cheval. 






ê-f Nous, régi par un verbe. 


jlicl Muet. 






j.ivèl Murailles d'une ville, remparts. 


jC f Lait aigre. 






ju/ljltl Chemin. 


Jfjil Vase de terre qui sert de tambour. 






ûj"^! sing, 03.?*^' p'"'- Crappe de raisin. 


l-5jij' ut »cl Suie. 






jjuLê| sing. (jLwil piur. Os. 


^.^^1 sing. jô^\ plur. Vautour. 






j^y> i^y^' ï^*^"' 


jjé.\ sing. (^jjà\ plui: Mois lunaire. 






^jvjAJLêI sing, (jy-^lè.! /j/ur. Veau. 


jjjël sing. tjlj )yJ=| ['lur. Le talon , et la plante 


des 




yt>Jji /vc-t Cannes à sucre. 


pieds. 






^Ijx.] plur. Oiseaux. 


JLijjÈ 1 Son , la partie grossière de la farine. 






jlLîsct Prairie. 


fjy^l Santon. 







190 



<_5l 



^t 



iTjii Ceinture de cuir. 


P^^^ Visage. 






iw^f Couieur violette. 


|°JJ ' ""3' O^JJ^i f'"''- Tronc d'arbre. 






jL^yj^f Gencives. 


(_Sj_;ÛI imjr. 0i^j^\, ptur. Tête. 






Ji^l Fromage. 


ca-jJJf l^Uf Olive, 






jSji] Pluie, forte averse. 


yjjsl iinj. yljsl p/ur. Petit chien. 






(JJki^f Huître, coquillage. 


fusj Demi, moitié, milieu. 






iJfccf sm(j. ^\JLjClphir. Peau de bœuf, de chameau. 


jji-vjiif si'ny. (^;iUiA.i3l pfar. Enfant, garçon. 






e?l Ceci. 


^^\ sing. (jv^l plar. Nègre, esclave ou libre. 






(_f 1 De, du, prcj!- 


lï 1 Assieds-toi , imp. 






lSv^I 5in^. QcN^' />^u'. Chevreau. 


4J^| oilj. masc. Gras. «Vy^ 7^"'- Cirasse, bien 


por- 




JjA^t sm^. JvJ_»cl /)!ur. Ane. 


tante. 






^j^jJjUj Étincelles, blucttes. 


tS-yjjS 1 Postérieur. 






yilij Fil à coudre. 


(ji\ Tout; signifie aussi at)£c. 






c>5 1 Cours, va devant. 


cS* i Toi , te , pron. de la 2' pers. régi par un verbe. 






jUit siny. ^js-''-^l /j' Parties naturelles de l'homme. 


Lésl Encore. 






Ô^l Mille. 


JL^I Terre, poussière. 






_jj| Cache-toi, imp. 


1,.. ^-^f Rlé de Turquie , maïs 






jijsl Mortier. 


J'ï^ ' Mesure , imp. 






ft_>sl Couteau de tahle. 


jji.jL f sinj. ij'jyt^ l plar Tronc d'arbre. 






T iJ *'"?• "^l^^I P'"''- Oiseau. 


LJiJ-^' Saute, imp. 






(JjJ_>9l «nj. y^r^àl ptar. Feuille d'arbre. 


jj^=3\ Laboure, imp. 






;^gL.ujI Silence. 


o^j.^1 sing. ^j^_^.^f p/ur. Vessie. 






J-W.3 1 Etends , imp. 


(_5jJ^| sinj. y_jfj^| p/ur. Bélier. 






(juJf Délie, i'm/). 


(_j»^l Ote, imp. 






«5 f Sors , imp. 


s..>J1j=I J'ai craint. 






(jj j ^.^ 1 Tortue. 


J[5_j.li=l Barbier. 






(jCil Donne, imp. 


|Ojjli=jl - jj ... ^ 1 Viande. 






J.iUI Poivre. 

|i>U>.l (j[ 4JI5J Terrasse d'une maison. 


|0^"' ^1 Peau de l'homme. 
Jû-^t Entre, imp. 






(f^l ^'"3- ij-""^l /''«'"■ Main. 


OOji^l Bois à brûler. 






jo^Lwjl ly^' Anse d'une cruche, d'un vase. 


(j'o ^— >j Esquille, gros oignon. 






J-yj^l Coq. 


(_rlf^I ''"S- ij^'^^i f'"''' ^°"<^- • 






jLyJl sing. (jjU/JI p/ur. Serpent. 


J.-yLi=l Bois puant, arbrisseau. 







191 



j a ^-^[ Gratte, imp. 


(jLif Personne, individu. 




id^^jsl (jî*-^' Empoigne, serre, imp. 


qLoI Eau. 




jj.^1 Afin de, afin que, pour que. 


JjcVc j\ (jLof Vin. 




j_^Ài=t Rôti. 


J^U^ ^^jUI Déluge. 




(jlA^é=>t Jumeaux. 


i^A^I Crachat. 




^jji=>\ sing. ijij^£=\ jilar. Puce. 


jO^\ Barre qui sert à fermer les portes. 




jj^l Escayolle, graiue. 


ojwof IVon, point du tout. 




t>-v^=l Avec, ensemble, conjointement. 


J^lV»! Soufflet, coup de la main sur le visage. 




OAJ^t Feu. 


Iij[^[ Imam, prêtre. 




Lslivû/I Baguette de fusil. 


jfj.^1 sing. M)[>*î pliif- Corde de chanvre ou de 


crin. 


JsJf Bègue. 


^^1 Prends, imp. 




jjuJf 5m^. (jUUl plur. Langue. 


é.jj^l sing, (j Le. 0^1 plar. Oreille. 




jàj\ q\ fjJ\ Vipérine, plante. 
i^^i (^t Revèts-toi, habille-toi, i'm/j. 


^^\ P)J^l Mélinet, plante. 
ijaj-«j Aacêlre.s. 




lÛ] Bride. 


Jpaj-of Chauve. 




^àjf sing. t>-*5»Jl /^'w. Chameau. 


5 jaj^l sing. î)3_>*] p^^^- Premier, devancier. 




(^Jl iin^. mUuI pluriel. Cochon domestique ou sau- 


ij^f Berbère, homme libre. 




vage. 


JjJ..*! Serrurier 




jL^ tjî (3^f Dauphin, poisson (le mer. 


J^^w.^! Partie inférieure du corps humain. 




^*XUf Arrive, jm^. 
, jLUf Dîner, sw(;5. 


j~jXL^\ Corps de Thomnie ou de l'animal. 
^jU-w^I Parole, discours. 




-Jj| File, fais du fil , imp. 
(joJ\ - (jJI Ouvre, imp. 


jjs^U*v.^] Parie , imp. * 
jj^Li-*! Hanche. 




oJàl Apprends, imp. 


jjU^yi^l sing, ^^Uul plur. Chat. 




\.(f\ Pluie. 


jlâ^f sing. MjUcof plur. Vieillard, vieu.x. 




^yt Boue. 


jlÀ>*t Roi chrétien. 




Jl Monte, im/j. 


^jÀ^] La nuque. 




ÂJl Paille de froment. 


jijLo] Imam, prêtre. 




jol Semblable, comme. 


(j\jSuo - (^\yiÀ adj. masc. Grand. c>-Jj— ^ 


fèm. 


t|.iUt Bois, forêt. 


Grande. 




^jU| Chanson. 


(jljiL«l sing. (jytjJul plur. Cheikh. 




éjjLai itn^. (:i)-C)3vr' p'«r. Berbère, homme libre. 


Cil'ol Comment. 




JL«| Ombre , ombrage. 


jSZ^\ Faux, faucille. 





192 



•J 



c:) 



y 





jSC^l Moissonne, imp. 


^1 Plaît-il? 







j'jii^l Moissonneur, cultivateur, laboureur. 


jSâl Oui. 






t„L^— 1^[ Berger. 


Ujl Assassin. 






^j.A^i Déjeuner. 


lâjf Tue, imp. 






JiiLf Blanc. 


JlL'l Noir. 






f_yCg\ Moitié (U). 


_j^'i\ Nie, imp. 






yy^t plur. Sourcils. 


û jaSkXljI 5inj. |)^i.dJÎ p/ur. Dernier. 






jQJI Escalier. 


_^^w.^.^l Peau de mouton. 






Q^ijjj^ olj'-*-°t .Seuil de la porte. 


ôUJI Nous, régi par une prép. 






(ju»À-o[ Souper. 


fcLUI Notre, nos ^ adj. poss. 






tLoI Protège, imp. 


(A.uJui ma5c. c>Â.**^l/^m. Leur , leurs, prort 


relat. 




]UX.o| Ciseau (le menuisier. 


i>4«>jù) Habits. 






(JtÂ.oI Combat. 
jy>\ Mal caduc. 


^aÀjf Balaye, imp. 
■^ÀÇÎI] Arbre. 






Jc^l Veuf. 


^uUuJô oUlXil Pommier. 






jl.A*l Aiguillon. 


J^jjj silflÀjI Rosier. 






^1 sin/j. (jjLaf /^/ur. Bouche. 








yt De, du, prép. 


iyjf Sur, dessus, prep. de lieu. 






jO.Xj| Été (L'). 


y] Puits. 






^jtlj] Si'nj. jjjUajI piur. Convive, hôte. 


Lit _L ijl Qui? interroyalif. 






,^SJ^\ Écurie. 


Jljjf Cuisine. 






J..i[ Arbre épineux. 


JwaJI Tourne, et Fais tourner, imp. 






jjuWif Cuivre. 


^juaajI sing. ^^.^1 p/(ir. Hérisson. 






jKjf Pluie, averse. 


sUÂJf Dessus, le dessus. 






jtjjt Menuisier. 


Jl^/l é?i^î Toit. 






Oji-U.<^^ yt jljj| Véronique des champs. 


«r De, du, prép. 






^Jiî Nèfle. 

Jjj| siny. (jjjjj. p'ar. Nez, narines. 


é-fai Prends, mets-toi en possession, imp. 
^J>A eljt Achète, im^. 






/jwjl Passe la nuit, ïmp. 


(jrjf Discours, parole. 






yL^.*ujf Musulmans. 


jLc Ujf La peau de l'homme. 






Lf^l aifo. D'oii? de quel lieuî 


j^=ajjl Estropié. 






(jjmJI Quel, queUePpron. relatif dinierrogatlon. 


i-^jl Bien, richesse. 






i.>ij| Comme, semblable. 


3jf Porte (quelque chose), im/). 


- 



193 



i^af Bats, inip. 

J/ôjl -Jjjjf sing. Jljjjj plur Lièvre. 
j 

j^jt Manger (Le) , suhsi. 

^w^ijf Trou. 
vÀ^af Derrière, s,uh$\. 
A^j[ Joue. 
jj^3ûî Parents. 
(J^jf s'ing. (Jr^-^jl /ï'ur. Juif. 
(J^^ftf Poltron, /i(/^raïemen( Juif. 
iS^y Beurre fondu et salé. 
\jà>ji iSjy {S^y Beurre frais. 
jj Ne, particule nèyative. 
^jfjjl Lesdeux mains pleines. 
jjy Joue, iinp. 
J,u*,j«l 5m(/. ^jvL^jjl /^^"'- Hyène. 

!^j^\ Farine. 

{Sjy Écris, imp. 

Cjylvjo ^^ J^j^.jy Constipé, il est constipé. 

c>AjJ5 yL*"û[ Jours courts. 

l^ycujl Vinaigre. 

(^Jijlsûl s\ng. (j^-Sgi'^J I /j'ttT. Fourmi rouge. 

6ûl Pétris, imp. 

lSCj! Crains, imp. 

(jjiji Pacte, accord. 

t_>j>Eùf Etranger, ad/. 

J-Cûî Retourne, imp. 

Jjîijf sln^. (jsXèjî p/ur. Dents de devant, 

-frial Puise, imp. 
jjai Trouve, imp. 

Jigf Retourne, imp. 

j^^jl Allumette. 

(jy«ljjf o^jf Bouze de vache sèche. 

Ciljl Également. 



C£)gf Avec. 

fj-^=>y Deviens, imp. 

" ^ 1 
j^=}A Descente. 

if^^y Boulanger. 

lV^ ^— ' jI Avec, ensemble, conjointement. 

(Jaf sin^. ij5>^3l /''"'■. Cœur. 

(ji'Jjl Rien du tout. 

j_5iJ5f Troupeau. 

^jl Porte, imp. 

lVJjI Amène, apporte, imp. 

^^Uf Ventre. 

jû.4iu* I Herbes de la campagne 

ij,\ Il , pron. de la 3' pers. 

(j\ Lui, il, pron. relat. 

(_5i A, au, à la. 

(jujul sing. ^\jy?.\ plur. Coq. 

jUÎ-yif _ "ÂjJJ _ ^'y^ j"*>" ^1 OJjvt Chapon, 

coq châtré. 
c>jI Pays. 

--^pi.jAJ I Ronfle, imp. 

(_^j.Ajf sing. (jîj^lp'«r. Etoile. 

4:î Mange, imp. 

^^\ Démangeaison. 

^ttWl Sommeil. 

jLcjtNjt sing, iJ^^jO-^} plur. Aveugle. 

JLàjOol Pantoufle. 

^ûLtSJl Les gendres ou les cousins. 

(JOjI sing. (jIjjI p/ur. Chien. 

jtj(>jl sing. ^jtNJ(>j| p/«r. Outre pour l'eau ou pour 
tout autre liquide. 

t^jjf Mauvais, ce qui ue vaut rien. 

JSyjf sing. lA^jrii p^r. Tigre, léopard. 

Ljj f Bien , adv. 



25 



194 



L 



yUjjjl Bracelets. 

(Jj^J sing. oljjfpfcr. Mouche. 

JuJjI Chardon. 

i^bf^jjj sing. OûA£w) I plur. Entraiiies, boyaux. 

(_i;jj I Convalescent. 

^*j1 sing. i>**J I plur. Cheval. 

al^Uuj [ phir. Sœurs. 

y3».«-)l Baiser, suhsi. 

f^^ f sing. ijj-u^J f plur. Corne de bœuf ou de tout 

autre animal. 
c>XJo (jt (J^ Lï^.' Combien de fois? 
^Ua.) I Pépins, et tous noyaux de fruit. 
tNiJ I Cendre. 

JjLjI sing. ijilLsuJi plur. Colline. 
(_ji-) I Lait aigre, 
ijxt _ ^y£=iuf Lait. 
(ji=JJu[ Beau, bon. 
Mjj J>oàJ I Teigne , maladie. 
^jjUjÎ Dattes. , 

(jiji Lien. 

ijj ^\ I sinj. yjlj.É=>l p/ur. Mouton non châtré. 
&yCif Loin , lointain. 
Ji'j^ I Chasse , renvoie , imp. 
^jj^Sj f Plomb. 
jS^^Sj] Pois chiche. 
Ou ! Bien , richesse. 
J.L I Ma fille. 



Q - LjÇ Père. 

3L Vêtement, habit. 

4-Jlj Violier, plante. 

«wu Gombo [tûbiscus esculentus). 



J^jf sin(j. tJj-^iUjf ^^iir. Fronde pour lancer des 
pierres. 

-ïXj| Peau. 

^O^^-LI II y a un an. 

^Aj [ sinfj. ^^Ju\ plur. Peau de chevreau, de ga- 
zelle, d'agneau. 

^tj^L^I Voleur. 

Jyll^f Blanc. 

(_^uÂ<rf Repas. 

(jjtj_) o.<rl Bouze de vache. 

cjyc^^^l Poche d'habit , etc. 

C:£U^I Peu, un peu. 

^j^=L^^\ Voleur. 

(j_J I Dis , ifn^. 

c^LuJUj ! siuij. c>Â*^l /)/ur. Elle, pron.yem. 

(j^-'O I Son , sa , ses , pron. poss. 

CSUj r Ton , ta , tes, pron. ici. de la S* pers. 

^*Àj) Ton, ta, tes, pron, poss. de la 2" pers. 
jj^_\ Mon, ma, mes ^ pron. poss. delà f pers. 

LwJ\aÂj f Lui, il , pron. rel. de la 3^ pers. 

(J-f^Âj| Ronces de haies. 

C5*^^ ' ^'"5- O "' P^^' Témoin, 
j^ F sing. MjftJ I plar. Mois lunaire. 

(jL«i -^[JjJI Canard. 

MjûJl Semoule. 

(jj^r Fils, enfants. 



0**a-Ji «^-^^ Extinction de voix. 
V^^ I JijJ Hibou. 
^jLciijj Broderie. 
c>f^_^ Eclair. 



b 



<_-o 



195 





O^JJ^ Iris, fleur des champs. 


^.i>^ Tambour de basque. 






^J^Ji^j^ Aristoloche longue, plante. 


,j.Ê=JjL)'^ Sellier. 






(JvIaIo Fenouil. 


c>J5_>.^.^^ Bossu. 






U^ Calamboche, gros millet blanc. 


jjjy Chenille. 






jJjjLj Baghrir, espèce de gâteau fait avec du beurre 


«y-^jûj Poire. 






et du miel. 


^j^ji Pomme de lerre ou patate sauvage. 






^ Punaise. 


OJ..JJ Beaucoup. 






b|j^=j Gorge de loup , plante. 


3, Déchire, imp. 






jÀ^ Lion. 


jLmuo Bisar, mets de la Barbarie. 






|oL^I yi L^ 5mi^, ,_^.Jtj' (jl i>jL>û p\ixr. Ma^on. 


^UJ^vwJ Dindon. 






C13 






o-WjjL) Bernous. 


jJVvçLj La voilà. 






O-iijjLj' *">S- (JSiiyo' /)'!"•. Teton, 


cjJv^l-i' sing. jLji^' plur. .Anesse. 






LU Caméléon. 


cyJjjpLi' Petite chienne. 






ij^Li Laine. 


t>J~^Lj Capuchon. 






jL)' Tambour de basque. 


tiili Vallon. 






ovoîjlj' Chamelle. 


o>âaJ>*o Petite. 






CJqoL sm^. ^j^^jj jAur. Plat de terre. 


iJijM sin<j. ^j^Jij^U plur. Chatte. 






tijjju' Figues sèches. 


o-.'jijLj' Marmite en cuivre. 






OV'Jjl t^JjL' Figue raquette. 


(_j>xjLj' Rouille, sabst. 






C.NJJU Dispu le, sufcs*. 


hy[j Bâtiment, navire. 






c>J5.^_>*Lj' Sf'ni;. ^vjvj'lj J^j-*u.^ ^/u;-. Mule. 


o^j^L' Sabre court. 






Oy~Lj Soufflet pour le feu. 


i^jjm^U Vieille. 






o^v*uL)' Chemise de toile. 


c>a5jL" Once, pièce de monnaie de Maroc. 






IzJU^u' Musette, sorte de cornemuse. 


ojjlju sing. .ijj»^ plur. Poule. 






t::>^LcLj' sm(j. ^lèl _ ffrj^l /^'ur. Canne, roseau. 


*— 'Jj"^ Tapis pour faire la prière. 






<v-«jlclj' Chose. 


t>.Jt>jLj' simj. jjj.jLjL) plur. Chienne. 






jjJ JiU .\sser, heure intermédiaire entre midi et le 


I»^uLj> Musette , sorte de cornemuse. 






coucher du soleil. 


t^^jûLy' Petite vérole. 






c>.3)aCU' Dépense, nom du lieu où l'on tient les pro- 


f^j^Ji Etang, marais. • 






visions. 


c>cji_>>-j' Selle de mule et d'âne. 






^u' Cette, pron. démonstr.fém. de laS" pers. 


i:>xXj^j.«J Noire. 





2Ô, 



196 



y 



cr-> 





CLi-jUj sin(j. jjj^^iUj' plw. Pierre tendre dont on 


0U_p Les petits enfants. 






se sert pour paver. 


ûfjjj' Fuite. 






tijjjjjAJ' sing. jjjj^i /■>'"''. Crotte de chèvre ou de 


i;fcjLfjjJ' Grenades, fruit. 






brebis. 


exJLp' Prière. 






cDÀCjjyS'' Rougeole. 


c>.£=iJjJ' Bague. 






C J" 

C>M^^ Arbre. 


Mjl»-*' o^^iJJ' Fagot. 






^l^AAAJ' Culotte longue de toile ou de laine. 


L^JjjJJ Petite vérole. 






t>j»jLi' Charge de fusil. 


o-!y°_y»_)jj' Lézard de la petite espèce. 






c:joAA.i: Nombril. 


JJj Course. 






oii^' Présent. 


oÂ^Jj Gamelle , jatte de bois. 






eW-Xi:' Casaque de laine. 


cisxjjj" Collier à grains d'or. 






cy-Â^i.^ Lupin, pois plat et un peu amer. 


^^JJ Olivier. 






liM- Li: Lait caillé. 


oJ^JJJ' Tremblement de terre. 






is.Jfy^ Sac de corde , en forme de filet , pour porter 


c>i^Jj rie. 






de la paille. 


i^jljjJ Midi. 






oJjjI^' Peste. 


I^jj3-* Raisin. 






c:jûîjUi Fille, vierge. 


ci>w==^^' Cachet, bague. 






oJLiLk' Fille, vierge. 


c>ÂJvJ" Vigne. 






J-!!l^ si'nj. (jy^jU: ]AuT. Agrafe. 


jj«j" La, les, proit. relatif de la 3' pers. 






j;;UiL^ Bracelet pour le pied. 


c>.Ws4«J" Collier à grains d'or. 






Ujull (jJJjc Narcisse, fleur. 


Jljj.«ô Culotte longue en toile ou en laine. 






cjJlJ^ Manteau de laine grossière. 


o^y^ siruf. ^^jJij.mJS plur. Salive. 






c>Jjl(>-J' Écritoire. 


c^^ji-**^' Bâtiment, navire. 






. ywJ'tNJ' Vérité. 


OLijjSZuJi sing. ^,jj£Lj plur. Perdrix. 






c:.)j(>j' sini^. j^j^ plur. Village. 


c>;na-^ Mariée , épouse. 






(jiljj' Fantassin, homme de pied armé. 


oJittaJ' Petit miroir à coulisse. 






<vaja.*«j' qI îtjyj' Un quart d'heure. 


i:>..«j£Ûo' Oseille des prés. 






c^a-'i^^H Nourrice. 


^jOAj sing. ^jOj^cuo' plar. Aiguille à coudre. 






OJjjh^_>>' Turban de laine. 


;^xAujj Sel. 






c>-t* '^r~LH Echalas pour soutenir la vigne. 


cu-^-^J' Chaîne d'or. 






yi^=sjj siny. ^J^.<s4=l>> p'u''- Navet. 


■uoj^MJ' Heure. 






•»-^jJ' Peste. 


itaja.**j" Moment, un moment. 






jjj Enceinte, grosse. 


y t *ajj-«j' Après que. 





à" 



du 



197 



^j^ Lit élevé et sofa. 
OA^LiJ Boiioet de laine teint en rouge. 
c:^^yMji Morceau de viande. 
o^-^^yï-^-"*-' Ampoule, enflure sur ia peau. 
(j*jUïiJ" Bougie. 

.iJj-uL) Outre faite d'une peau de gazelle ou de che- 
vreau. 
c_)ouiA.4iL)' Poule. 
c>-9jcV-<aJ' Collre. 
ds^.i'^ Fièvre maligne. 
(,:>j_^ (>*->' Servante. 
c::jyuicstj Dé à coudre. 
^ijjA (ji (J**-C*1j»-j Poulailler. 
Ci^j^laj" Forteresse, château. 
i^j\^ Bagage. 

c><:-Jj^*J Lit fait d'une natte et d'une couverture, 
o-lj^hâj' sing. jLojàJ' plur. Nalte, tissu de paille 
ou de jonc. 

(_j)ji^^ Sac de crin, dont deux font la charge d'un 
chameau, 

o-îj-s-)' Bastonnade et Bâton. 

c>5jÀj Longue. 

i.5jfÀj Poutre, grosse solive. 

0^,^y^ Barre qui sert à fermer les portes. 

O-J-^jfâJ' sing. l>JàJ' plur. Colonne. 
jjAsii Genou. 

c:^^jXÀJ) Hache. 

^yb-^ Maison. 

L^^-ÂJ Tambour qui se bat des deux côtés. 

^-'^^bj*^ ^'"5'' tJ!^*^!j?*-* P^'^'- f^ayou de miel. 
^KjMjjsii Fer de la charrue. 

(wJOjàJ' Terre, globe terrestre. 



c>AÂ^Lftj' Pomme. 

(«Oka_y f tUo' il a expiré. 

ja.w.^1 aJ (J-*^ Gigot de mouton ou de tout autre 

animal. 
c:>J[jiLJ" Vigne. 
^J^'J^ Poire. 
ijVr*«_jÀJ' Rave. 
oJJû' Sable, 
c^io-ttjij Printemps. 
o-^i^Jjû' sin^. ^jy^J-uu" p^r. Poule. 
±jjMu Poireau cultivé et sauvage. 
liN^jij- Soleil (le). 

^ J - ' ■> ^ 

ci>-*^ Jû' .sint;. ^jyttUùÀJ' plur. Vache. 

^^y^^' Viande. 

i^jUj" Coup de pied. 

OjojLiJ' Boite, tabatière. 

c>J6*aAflJ' 5mg. ^J^-Jy"«2JJÎ-i p^ Gerbe de blé , d'orge , ou 

autre céréale. 
(^jûO^Ji-J Chaudron. 
c>T!t>*-> Tapis de Turquie, tapis velouté. 
c.>.*twi^ju' 5inj. ^j*Uivv*i.ûJ' pïur. Fille. 
cis;^-^a-ïu Courge. 
c>^wlaj' Kégresse. 

(^jjt>.ÂJu" Chemise d'étoffe ou de laine. 
<o Jij' Bien portante. 
i,^j^—ji sing. _^iZ_j plur. Navet. 
t:>-oj3jX-J" Scorpion. 
LcûaJ' (a\ cm vC-J" Acre de terre, un arpent et demi 

environ. 
o*-«j-x_ï' Nœud. 
Uj5LJ' Corbeau. 
0^_^-î^" Bouton, furoncle. 
c^jlj.*iX-J' sm(/. j^^.«JC_j pïar. Cheville du pied. 



198 



r 



c)-^ 





(ji>AJ' o-;^J^JJ^' Je sue, littéral, ia sueur me coule. 


CijJ-ô-::^' Semoule à gros grain. 






oAaÀ^=iJ' Lait caiilé cuit. 


ov^àj^' Plat de faïence. 






i^j^SLj sing. ^jjjX-i plur. Jument. 


cJ->"ljO«r Balai. 






(j^j.^SLj Sofa. 


cjJo^* Enterrement. 






O-**^^*^^ Poignée. 


lijj^r" Barbe. 






bJLCj' Lit élevé et sofa. 


]jj^" Baume de marécage à grandes feuilles. 






i^\J^ Peloton de fil. 


tii^^j^' Libertine. 






OJ-Jft^^' Toux. 


ci>-^' Charbon, espèce de furoncle dangereux. 






j;JCj' Cire. 


û.iuÂ.ui-tf^' Scorpion. 






j^Si:S Acier. 


cjX»*'' Chose. 






c:>.**>%;X-J' Blessure. 


^»j J i-.;*^' Étrille. 






>Uj Larme. 


t:>.*iA.^.rf^" 5iH(/. ^j^»*iu^;.(r" /j/ur. Chatte. 






^^ Obscurité. 


.iUxïr' sinj. Q^La-oj p/ur. Cuisse. 






OJ»oJ^j Turban de soie. 


"^ ' b 






O- ^—^JsiK^ jji j.»-J Chaleur du soleil. 


i^jsL^' Femme. 






(jy«__jjio' Pendants d'oreilles. 


caji<*' sing. jjjjlotâr p(ur. Vieille femme. 






t:>j.>UJj' Vierge, pucelle. 


i:j,j9L^' sing. j^JujLtf^ p/ar. Cou, col. 






t:>A.i;3Jj Coucher du soleil, soir 


ii>Jjâ^ Dévidoir. 






e>nMJ' Chamelle. 


i^jjJi^' Cimetière. 






ij^siJiXS Champignon 


(j-wa-fi-rf^ Maceron. 






e>JjWj' Barque, Chaloupe. 


cajyi^' Dame. 






(^jjAib' Pistolets. 


J[>S1> L'été. 






|j-/-'V Jjo^iiij Bougie. 


c>llrf^' Blanche. 






yU^j Toile de lin. 


Oj^i-*^ Chaise, escabeau, banc de pierre. 






CD^... ^Ij" Boîte, tabatière. 


cjJy-^' Femme de mauvaise vie. 






c:j - ^-^ 1 V smj ^j^/^JJ' p/ur. Pou, vermine de la tête 


C;>L<r" Jeune vache. 






et du corps. 


O-J^j^^" Blanquille. pièce d'argent monnayé valant 






cjJjî-Jo' Quenouille. 


trois sous. 






OJû^' Provision de bouche. 


c^AcjV'' Veuve. 






c^ï^iijJj' Lentille , légume. 


iCi~^yv^' sing. ^^^jAyr plur. Prunelle de l'oeil. 






l^ij' Belle, bonne. 


i_^Lij Bracelets pour le bras. 






c>'^>:^j' Mouchoir. 


cyJjjÀJ Tonnerre. 






i:>.«j3So Ceinture de guerre. 


cji jjbJj' Fuseau , instrument qui sert à ii]er. 





b 



b 



199 





ij^ Gomme arabique. 


cy.^à.«.-o si/uy. ^j».jLjuu-o plar. Aiguille à coudre. 




\^\ji L'action d'aller. 






jiljj Vent. 


e>*" p'a."*^ Aiguillon, dard du scorpion. 




o-;>cj|lj' Songe, rêve. 


tj)j.û:yo' Ail. 




ia jùj* - j )j-» Elle est accouchée. 


cjjéji^ Plancher. 




OJ-ijoJ Clématite à vrilles, plante. 


^^>yi/j .^près. 




^jv^-^jj Mercurielle, plante. 


i::jMiuJyJ Behen , sorte de racine médicinale. 




(_j2jj Le couchant du soleil, l'occident. 


IjÀJU Pieds de bœuf, de mouton , etc. 




■u=jj' Manche de la charrue. 


ej-^ilJyuj Belle, bonne 




jIU=jj' Dents mâchelièros. 


o>.*«^ I__jaÂ^ iirt^. ^>**.li» t^^AJ' p/ttr. Cancre, espèce 




jLj \j,^^ J'ai la fièvre. 


de crabe. 




cisàAJjJ Vol , l'action d'un oiseau qui vole. 


^jj^fj Verrue. 




l■^J Ver. 


^^Lio' Perle. 




\:iji=i^ Vol , rapt. 


jjuLi==jXLi' Mensonge. 




cjj.'->»J' Teigne, ver qui ronge les hardes. 


(jS^jij^CvJ' Morceau de racine d'arbre pour le feu. 




i^.^y Orge. 


c^itUj' sirui- (jO'laXsJ' p/ur. Truie 




tjJlj' Front. 


(T^ Feu. 




Lîjjjjj' Éternument. 


(jyLèjst^' Corille, petit coquillage qui sert de mon- 




ô-i Jj^' Toupie , jouet de bois l'ait eu forme de 


naie et d'ornement en Nigritie. 




poire. 


c>ii«AJ' Filets, rets. 




(jV^rv**^^-* Figues fraîches. 


t::>.-ajL^' Ciseaux pour couper la toile. 




[^LLU. ^^.iA.iy^«yj■ Chêne kermès. 


jj_^j4\j Hasard, par hasard. 




OJ '^n-' Femme de mauvaise vie. 


i:^jjU (jy.£=>«À-vJ' Figuier. 




1. jj - IjjJ^ Abeille. 


vjw Dattes. 




jljjJAj' Lune. 


IàL(Ù' Celles-là. 




ti 


J 




tii La , les , prmi. relatif de la 3' pers. 


e>«l-> sinti. ^'U^ phr. Chèvre. 




(^jyAj sing. '^jj^ P^Mf- Porte. 


cijjJlî Feuilles de liane. 




o-^=j^J Selle de cheval. 


lixjyllj' Métier. 




ïIiJjjLj Surmé, collyre, espèce de poudre noire. 


oliU Miel. 

U)j^' - cajyLj' swj- ojj< plur. Pays. 




(ji>Âc>ô Ils se disputent. 



200 



r 



c^ 



t>jlj sing. c>J_yJ p'ur. Épaule. 


Ot^_^^ Chardonneret, oiseau. 




ti^AïUo siHj. (J^aasUj' plur. Plat de terre moyen, 


^^>r Orge. 




sur lequel on sert les mets. 


iiJi^l Peigne. 




|JL;L> Chardon produisant une gomme. 


cjjjia^" Femme. 




J^' _ ij^' Brebis. 


Jjij' izi^''^' Règles des femmes. 




Uic' sinri. |jÀJC^ /)'ur. Derrière, subst. 


\jà^' Noces. . 




m 6 '^^ 1 l' ' «nj. ^jv«,^=li>j' p/ar. Paume de la main. 


^j^.a>t^<^ Panais sauvage, plante. 




U_^' sm</. ^j;>c>> p'«r. Torrent, ruisseau formé par 


(jjLLLtf^* Vêtement. 




les pluies. 


O-i^' Sl'nj. ^j>>Usij _ J^OlU^' - (jUi^' plar. OEuf 




{£.jj siiuj. jwvcjj plur. Canal. 


li-s^^' Nombril. 




lY^J^ Charbon. 


Oj/vrf^"' 5171^. j>jy^' p/ar. Sourcils. 




L«J Foie. 


(A.J Le, la , les, pron. rel. de la 5* pers. 




tijj-^ Moulin à farine, qu'on fait tourner à la main. 


LiÀJ sin(j. ^yj^Xj plar. Pierre à fusil. 




ÔJ.«J simj. (j>:-w plar. Marmite de terre. 


ij^^l civ-jjy Pain de beurre, ou pot de beurre. 




j;;,J,,^' Chaudron. 


fjj) Maintenant , à présent. 




tijjjlîO Ventre. 


yf \jjJ Lorsque. 




Uj' Artichaut. 


j^ >~j Rate, partie du corps molle et spongieuse. 




O-Ààj Forêt, bois. 


Cijy-«ftJ Toux. 




(^À) Brouillard. 


yj.lLj' ^Jj.2|p' Femmes (se dit en général du sexe 




^jJjl'S FcHe sèche , dépouillée de son écorce. 


féminin ). 




ti-i^ï Fois. 


c:>lLoo' Argile blanche. 




cjjj) '—i V Paume pour jouer. 


^^t.>L4J' Filles (les). • 




)û^X-j Corbeau. 


CiJjtVH ^^^3' (vVrîîOyS* plar. Epi. 




Ou Source d'eau , formant un ruisseau ou une rivière. 


iJO-^ Sueur. 




■uAj Habit, vêtement. 


(_5«,jAj sinj. (jyA-,jAJ /)/ur. Nœud coulant. 




UL' Paille d'orge. 


OJ_JîO Cousin, moustique. 




e^^^jAlj' iinj. jjiyoULi' /j(ar. Tamis. 


•Ua^^aJ' Soulier. 




^jij yW'" La droite, le côté droit. 


(^__^__p^ La terre, le sol de la maison. 




3Uj ^W"' La gauche, le côté gauche. 


JiAj sin<j. (jjjlJiAJ' phr. C£il. 




i:>jy><r' Pâte , farine détrempée. 


^LoLj iiyO Fontaine. 




\ô-,r Précipice. 


0-«-^ ^in^- ij^y^ïH /î/ur. Toison. 




cjiJïô--^' Bière, cercueil. 


i^^j^ Fourmi. 




i^^yir sln(j. (J^,^j-^' plar. Menton. 


U^ sinj. (JjÂa<o plur. Coup. 





^ 



201 



r 



^ftcftViifc stng. (>£.îo^l plur. Poulain, le petit delà 

cavale. 
"ùLU^ Vesce [vicia saliva). 



iO^ Paradis, le jardin céleste. 
^ Quitte, abandonne, imp. 
Plâtre. 



^ 



j\^ Emplis, imp. 



^.^j-OL^ Pain de pourceau, plante. 
^Izi. Sabot du cheval, du mulet, 
yUv Lavande. 
j^M^^s^ Garance. 
{j[ t^^^ib. Il faut que. 
Làj:s>. Pars, împ. 
4..^=>j^ Voyage. 
o^_jJ_^ Soie, iil du cocon. 

ojl^y:^ Dartre, tumeur avec rougeur et démangeaison. 
J'-u.^». Jalousie. 

>*j-**^^ Équinoxe du printemps. 
Jw^ juw^ Cbenillette, plante. 
(^5*3- «Xtt»:^ Réséda blanc. 
ç-ULmJi ïaw^ù:^ Valériane, corne d'abondance. 



■jUJJ^^Lk Jardinier. 

Jt.^ Oncle maternel. 

(jUJi jijifc Savetier. 

TT^^ Sac de peau ou de laine, double. 

«^jj^ Caroubier, arbre. 

i^.j^ Automne. 

t>r!>^ Fruits. 



_j.^l JJIc^a Coquillages. 



fj^l AA-iû:^ Clypéole maritime. 

^jiaAJf A.A...î:.2k. Centaurée. ojX-*«Lj *-A..*i=k Centaurée 

galactite. 
à<3jsu jûyi-=k Rétoine. 
A.-s-*i>^ *A-*i:i*. Thelicjonum cynocrambe. 
aULI iLA-ftr^ Séneçon. 
4^vL („^^ iw-.w^ Sauge, verveine. 
j^Lcal _>*Ji.2i. Fossé d'un château. 
(J-cfio». Lavande, grande lavande, 
oji^ Érésipèle. 
fj.<^ Aime, imp. 
3U2L5* Attrape-main, plante. 
^jl:^ Poudre de henné. 



, jwÀ Laitue romaine. 

Aj^-^ Herbes potagères. 

«vi/vl^ Viande salée, séchée et conservée dans l'huile. 

i^j^ Us ont joué. 

j" ^ Pêche, fruit. 

jLv^ Épouvantail pour les oiseaux. 

Jiyyâfc Cordon que les Arabes portent eo guise de turban, 



26 



202 



D 



^ 



jiljjlj Étranger. 
ylXjjjl-^ Noir. 
jijXljb Muet. 
(>_jt>^l3 Nouveau. 

/sIj^Ij Méchant, pervers. 
(J.~^l^ Fin, rusé. 

/^j\^ masc. ci^iiljj' fèm. Maigre , mince. 
t^Ujjiljl3 Chauve-souris. 
jjOwJj'.i Doux. 

.0-£'j sinj. UjliVy.^ p'»r. Ennemi. 
J-Jilj sin^. ijaIAcI /)/ur. Pauvre. 
yUj_yÈb Long. 

J-!jji.|.i Si'nj. yJiLj-jjil.> p(ur. Orphelin. 
(jlô^jil^ masc. eJ-J^^î^jJ'-''/^'"- Puant. 
/^ô^\^ Ancien. 
Jj^tôili Ami. 
JjJ_^l^ Libertin. 
^ULoIJ Fade, sans goût. 
.i5.*«.-o)^ Enragé. 
JilUlS Blanc. 
L^L-f b Absinthe. 
Qj^Jab Court. 
)[.> _ j3 En , dans , chez. 
K.i Neuf, nombre. 
^w^ Ris, ini/j. 
(Jk-«.S Épous. 



^jûut _^Lciu3 Aigre. 
jslJ:^^ Cheveux. 
jj^^ Tribu divisée en plusieurs villages. 

^^)..»ijl LfÎ Leur frère. 

(_>.> Tambour de basque. 
_ja3 3 Après. 

^^J Bientôt. 

^Ijij Illicite, défendu par la loi. 
j<sJ^ Honte, déshonneur. 

(jlilj masc. ii>JLiJ.i_/fa. Joli, agréable, bon. 

^aJ.> niaic. o-ii-Li' Jèm. Tendre. 

èLo.> Cervelle. 

t_sjLâ_«.i Faible, mahngre. 

(_5U.»3 xinj. ^>jIà.o3 plar. Cavalier. 

c:iîj3 _ lg.> Sous, dessous. 

iX*--^-*»' flS Passoire pour faire le couscoussou. 

c>^Jj3 Vaurien, 

l) [>°J'^ Menthe à feuilles rondes. 

*^^.i Orpiment. 

Jj^s^3 Là. 

(_>aJt-VJ'^ Tort, manquement, faute. 

0>J-i Mauvais, vil, méprisable. 

ij.^ Dans. 

,a-»xj3 _ ipiJ.i II y a, c'est-à-dire dans lui, dans 
elle, dans eux. 

c:jjj3 Sauvage, non cultivé. 



, )i Mastic ou lentisque, plante dont les Berbères emploient la graine pour faire de l'huile. 



J 



cjy^si (j"l_> Épiceries. 



^[Jsi jl 5 Fripon , bâtard. 



u- 



o- 



203 



tls/jaJ^r' jtj Fils (le prostituée. 

LjjUj Violon à deux cordes de boyau qu'on appuie 

sur les genoux. 
%^j Herbe fraîctie. 
^j^j Tombe, imp. 
«Va-wj Pâte qu'on coupe en morceaux et dont on fait 

une soupe. 
3j£-) Tonnerre. 



0./J? ^\\ Couperose. 



j]\ Prends garde, 
(j jaJj I j Rougeole. 
J^JJ Corme, fruit. 
(Jlj Prie Dieu, imp, 
(Jjj Fumier, 
p-jjj Olivier. 
i_j«oj Raisin sec. 
'^jj Tapis de Barbarie, 
o^j^j Carotte. 
jajj Epine blanche, arbrisseau. 



""J^JJ 



\ Prunier sauvage. 



i^i^.jj Agréable. 

]^r>.jj siny. ij^y^r^^j />/«r. Précédent. 

t^aJsXij 5m^. jj-o'lx-j /î/ur. Singe. 



Ei> 



Vitre. 



iw A, au, à la, signe du datif, 

ly Son, sa, sea. 

^jv La, les, prou, relatij régi par un verbe. 



, j*^ , Gâteau feuilleté. 
O^j Laurier. 

**^JJ Farine d'orge torréliée. 
OjMi e)U;j Myrte. 
-jF-o^ ij , ji^ > Plume. 
ijj J'aime. 
y^-^ e^j Rivage de la mer. 



jJxc V Menthe verte. 

é-j De, pour, depuis. 

iij _ ij De, du, prép. de lieu. 

Jéj Chaud. 

^uj Briquet. 
j^j^j Gingembre. 

(>jj Comme, semblable. 
Jj\ Vends, imp. 
\^J<^^jj Jeûne , imp. 

*jal jdsj Linéaire, plante. 

c>JJ Huile d'olive. 

(\jj Doux. 

ijj Trompe, imp. 

Ciuj Aube, grand matin. 

^jjj Ils se sont disputés. 



j 



u- 



jw Lui, régi par un verbe. 
ly Depuis , prép. de temps. 
^ - ^ Avec, marquant la cause instrumentale 

26. 



204 



r 



(-5^ 





jjl^ Éperon 


^Uw Pardon. 






^.^^L-w Cruche. 


iiSfcUw J'ai pardonné- 






lj»jj .JI ^tw Passe-lui sa faute, im/j. 


jLÔf Agave d'Amérique. 






1^^ Cuis, fais cuiro, im;;. 


ôLôi' Encre pour écrire. 






>_)-« Accommode, apprête, im/>. 


(jȉu Cinq. 






jj»-i J oA-w Sang de cheval. 


^Ij.^^ (j>^ Quinze. 






,i_-yA~ Mouchoir de soie. 


^j-w La, les, ])ron. relatif. 






p-^y^ J'ai menti. 


JwiL. Jacinthe , (leur 






O-lk; Mêle, mélange, i»y). 


jjj^ Cache, imp. 






jjvl\.«' Six. 


j^ Bois, i'm/). 






lou^y*' Mets, imp. 


jjLyji.j.lf (JL*. Jasmin sauvage. 






L3^_yMj Moules, coquillages. 


MU.^jii ci'fj-* Pervenche, plante. 






o-Li^' (jl J:^_>-" Crosse de fusil. 


ijpjJl tilL-" Sauge, /i((éra!. Cure-dent du Prophète. 






P^_^^Ja-w Échecs. 


I.ilw Sous, dessous. 






^J-li-w Rase, împ. 


yLî.3 5~ Fume, imp. proprement : bois Ja fumée 






t>,A.*^ Bonheur. 


de tabac. 






^M. Butin. 


(j JSy» Baise , imp. 






iu. Depuis, préposition de temps et de lieu. 


)«a*- Espart, jonc dont on fait des cordes, des nattes. 






(jiï.1 Renverse, imp. 


, Y^ Ver qui attaque le blé. 






evsit^ Fer de cheval. 


(_j-^^ Crache, imp. 






JofcjJL^ Coing , fruit. 


^y Tais-toi, ini/). 






JiaJ yl ^;)i-»^ Paupières. 


!^y^ Dessus, le dessus. 






,_^i.J Plafond , le dessous d'un plancher. 


Jj^ Crie, imp. 






Jl^... Embrasure pour tirer le fusil. 


(jijlj-v-ï. Assieds-toi, \mp. 








(jtV^ Emeraude. 






^ ^— .... Montre, fais voir, (»(/^. 


3^.« Lave, imp. 






J,A« Vois, écoute, \mp. 


^_^-. Tamise , im/). 






^sL» Manteau de laiue noire. 


^.*« 5(n(/. c:>Ià.« /)/ur. Deux, couple, paire. 






A^Ql ylJiL, Chèvrel'euiUe. 


û[_^-« c:jLj-s.w Douze. 






J.a*L» Doucement. 


(JùA-Mi .Appelle, imp. 






^x«. Échelle. 


iJY^ Dis, (»(/j. 





jJa 



J= 



205 







ur 






jLi Glisse, imp. 




lyXli Ver qui attaque les fèves, et généra 


lementtous 




t_N*ï Alun. 




les légumes. 






*^L^ Flûte à bec, dont l'embouchure est très-large. 




àJo\jii: Giton. 






iX-%£Uftl y^j \J^ Hiver. 




o)a£i>Â.i Cftani(cpy(f 5, Yvette , plante à 


laquelle les 




1^^ Prince du sang de Mahomet. 




Arabes attribuent de grandes vertus. 






t::j>ilî-; Affaire. 




yJi, Neige. 






ii^j ^j\ jioi, CeMes , pron. relatif . 




J2ja.w Un petit morceau, un petit brin. 






tA^ Soupçon. 




ylLli Diable. 






I*c.Xa Moustache. 












Cf 






OiVjJw Savon. 




i=.j^ Fenêtre. 






<^jjLo Acanthe. 




\^ ^ Licol. 






^fijJJ l.K^ Molène, bouillon blanc. 




l_j.<Ji-û Peuplier blanc, tremble. 






__>Ai.lj iA:^^^/^ Bonjour. 




jiy^^ Pin de Jérusalem. 






A5o>.^ Aumône. 




(_jaj^ y CPr-^ Echo. 






tiLoj-i Ceinture de soie légère. 












UP 






_f^ Lèse, imp. 


jjâ*J| iL^j^ Pissenlit, dent de lion. 






^ jj) Uj Moineau , oiseau couleur de terre. 




i,^ J'ai dormi. 






lj.Li3 Verre, et tout vase pour boire. 




jiio Dents de devant. 






<l>JLb Secrétaire, tout homme qui sait lire et écrire. 




yli^^ii Enfant. 






i^Jp sing. ^\'Jo plur. Aisselle. 




<0^^^ Farine de blé torréfié. 






(jUuJjf c_>;yU5 Maréchal, qui panse les chevaux. 




ijjàj^ Géranium, plante. 






0>J*AÂi> Timbales (il y en a une de moitié plus petite 




cisJj^ Vizange , plante. 






que Tautre). 




\jLji> Merle. 






e> — »li>i' Plante qui empoisonne les moutons. 




jy^3 _yjD Faucon. 





206 



O^ 





e 






cjyji Ventre. 


^ Oncle paternel. 






A-li^ Ciseau de maçon. 


j.«û-£. Source, eau qui filtre d'un rocher. 






iSji>Si Valet, serviteur, domestique. 


^jS- Guitare à huit cordes. 






ff>c Tribu, divisée en plus ou moins de villages ou 


LLI ^j£. Chêne vert. 






de tentes. 


ûjUê ^^3jc Castagnettes doubles et liées par une 






j^j^ . Thuya , bei arbre ressemblant à Vif. 


lame de fer, à Tusage des nègres. 






j-^s.^ sin(j. ^[j.^^*ic plar. Voisin. 


jri^j^ "'^S- O^-V^ P^''- Cheval. 






jlKc Rouge, fard. 


t:>^ Tribu divisée en plus ou moins de villages. 






^UJ o^ Collier d'ambre jaune. 


ci|jAJl o^/sj:. Bonne fête. 






JJLc Esprit. 


0y^ Prune. 






é 






i Nous, régi par un verbe. 


, *.A-«L>- , jy^x. Jeudi. 






(^ - P. Dans. 


c>,;_wjf (jvU — /j'.Ji Samedi. 






è De, du , prép. qui marque le rapport. 


Lîc^Jl if^ Dimanche. 






^"Ix Monde, troupe de gens, fouie. 


f^jÂMSi. Buste, partie supérieure du corps humain. 






tjilc Tombe , inip. 


(__^ Sur, pour, à , au , de , du , en faveur de , selon. 






jjLc Assieds-toi, imp. 


Jlc De, du.préposit. de lieu. 






IjajLc -jUuLç Entre, parmi. 


Jji J ure , imp . 






jc. Sur, pour, à , au , chez. 


■jIc. sing. ^yLolt plur. Jardin. 






.iljc Tique, insecte noirâtre qui s'attaclie aux ani- 


(>£ Couche-toi , imp. 






maux. 


^ Dors, imp. 






Ij^ Ici. 


i^\c- Chante, imp. 






j£-_)à Grenouille et crapaud. 


jftC. Chez, auprès, prép. qui marque la demeure. 






,)iiJaJ_ji- Cresson de fontaine 


^^1 s!5U( fj.jy:. Riche. 






(ji-iji Lest d'un navire. 


ijjj^ Jai. 






_}£. Grignote, imp. 


\jsLja£- Entre, parmi. 






Ui Aujourd'hui. 


^^ A, au, à la, signe du datif. 






j>;sÀJj| .y*^ Lundi. 


AJoLî Trompette, haut-bois à sept trous. 






^j'^X^I jlc Mardi. 


ilow^ Hier. 






«HAJjûff fj^ Mercredi. 


(J ùac Vite , proraptement. 





207 



<-è 


jU Soif. 


dX,L5 Suaire, toile dans laquelle on ensevelit. 


■di Rue, plante. 


jJLiùC ftj î^y^ Brione, plante. 


(_r^j^ Liège. 


fJS Abandonne, imp. 


iLlJi Feutre , étoffe dont la laine est foulée et collée. 


Jjj Menthe aquatique. 


^Ja^ Papillon. 


IkiJ] ijj Bourrache, plante. 


"Sijs Girolle, épicerie. 


oji^ J'ai soif. 


Owwi Tais-toi, imp. 


t^j_i Finis, imp. 


<. 


3 


«j^U -Herminette, outil de charpentier. 


.itixil (J-is Cage d'oiseau. 


fi^Xd Equinoxe d'automne. 


J [jj ^j 1 Jjis Serrure de fer. 


jU Amadou. 


(«UlU Colocassie, espèce de topinambour. 


Ja5 ,\ccepte, imp. 


^J^ Lie, imp. 


(>J0-5 Viande fumée et salée. 


^^ Ferme, imp. 


t_>s[^ Castagnettes fort larges à l'usage des nègres, 


(>5 Selle, i'mp. 


yjS Siècle, espace de cent ans. 


ï>kÀ3 Pont. 


Jjôji' Giroflée, fleur. 


(j-y Bagage, 


j^ Ville murée. 


■Û>j Prix d'une chose. 


J 1 


S Toi, te, pron. (^e la 2' pers. régi par un verbe. 


jj^=> Cerise. 


lÔ Ton, ta , tes , adj. poss. de la 2^ pers. 


jlsj^=> Moutarde. 


O-^- o Papier. 


_jji_j,^ Vermillon. 


07^_>S%= Soufre. 


i^jjj=i Chou. 


3j c-sU.^ Livre de Dieu, le Coran. 


_j.^,,i. '^ Capillaire, herbe médicinale. 


^3yA _ ^S Toi , pron. de la 2" pers. 


8jUÉ ojLk.^ Guitare de Guinée, à trois cordes. 


^j^^ Quelque chose , quelque peu. 


^ib'Ombellifère, famille déplantes. 


MjfÂ=. Trois. 


i^jui^ - |»^=> Toi. 


^\j^:> 3t3i=> Treize. 


•W^= Couteau recourbé. 


itjjÀJ jj^ Morceau de pain. 


jj '^ Vous, régi par un verbe ou une préposition= 


^y^jj^=> Réveille-matin, plante. 


^jîù)U^=3 Vous , pron. pers. féni. 



208 



kX>! 



^ 



fjoO^-^ Genêt épineux. 

j 
(_5oÂ.^= Vous, pron. pers. rnasc. 

^aJL.^ Cheminée. 

j^^> Quatre. 

afj-»^ jû.^ Quatorze, 



\ J Faim et appétit. 

^LaJ Ambre jaune, dont on fait des colliers. 
jSi.^ jl^ Grosse mer. 
jAS Mer. 

bJj^ Collier de verroterie. 

ItX-J Toujours. 

tV. *^''^- 

O*r^0^ Malheur. 

i::^^;j3A- Faute, péché. 

j j 
, y/oXwJ Bègue. 

C:j) j JiJ Luzerne. 

Uj.É=J Noisette. 



yn Toi, te, pron. (/c /d 2"^ /3(/5. y^»' régi par un verbe. 

^ Ton , ta , tes , aàj, poss. de la 2* pers. 

t:>I»-wjLô Sois le bienvenu. 

(jj£.Ui Cliarrue. 

(jLo Quel, quelle? pron. rclatij d'intcrroijution. 

(jLfl Comment? 

(jLâa-« Passerine velue. 

jjtX^ Cordon qui sert de turban aux Arabes, 

«U^ Armée, camp. 

- j 
(j^j£ Circoncis. 

A-ôJj£ Soldats arabes casernes. 

sio^-o Tai enterré. 



Four. 

>.^ù-^ Imagine-toi, îtnp. 
^^ Cherche, I m/), 
^s-^ Jmagine-toi. im^. 
oJaA^=> lis se sont sécbés. 



J 



if^js^-i Chaux. 

^5jl_i Pelle, instrumentpour remuer quelque chose. 

«ùLi Dépôt. 

/jwjl^W Pince, pincette. 

Li,_I 5m(/. ^ji'Li plur. Epée longue et large h l'usage 

des Berbères. 
<W-i stn(j. (jwLL /)iur. Sabre. 
jJ Amande. 
ij J J'ai faim. 
dA^ Paix. 
ojl^ Signe, geste pour s'entendre. 



/ 



(jO^ On , pron. indéjini. 
^^0^ Hommes en général. 
l5lM Goûte, tâte, imp. 
Jajlj^ $inu. ^^^Jajfj» piux. Religieux. 
ûjlj^ Scorsonère. 
ojfj-« Crépis bisannuel. 

5[_l>o Poids d'un dinar ou d'un sequin sultane. 
(jft>j| *^ j'^ Million. 

cil-ui_) Ua»j.-a - f>"-^. ^-^^j-^ Sois le bienvenu , sois la 
bienvenue, 
ji S jWo Sarietle, herbe odoriférante. 

é-j-a Salé. 



y 



^ 



209 



<SJ^ Miroir. 


'— 'JJ • ' À^ Salpêtre. 






^j^.jJ' Marrute puant. 


J-AiL» Anémone, fleur. 






(_5^ sinçf. ^Lj^f J _ tjV*^ piur. Petit. 


Ll^o Kabot, outil de menuisier. 






t_>A-j^ Marchand, trafiquant. 


^Lâ-olff à^^^Xjo MehchiUf plante g 


uanti-. 




,jj '—< ... » Evanouissement 


j-lfyU .ilaterne, plante. 






J.*i!- is-i^ Bec de grue de la grande espèce, plante. 


Q^ Comment? 






^s-o-« Lampe de terre 


1 j-^ Où, adverbe de Heu. 






<Wï,><2-^ Cynoglosse, plante. 


jLiÀ-o Scie. 






^jfÀJi Matelas pour un grand lit. 








^jJi^ Matelas pour une seule personne. 


lâLo Comment? 






ijyAx Confiture. 


^sXcaj'siÀ/o Limace, limaçon. 






^^0-su) Persil. 


aJULc Montre, petite horloge. 






ji._^ Crapaud. 


U.^ Vagues. 






1 -^ *• ..-' 
f^^ fiO^^ Intendant de maison. 


oLîjy Sanglier. 






6 .. 6.. J 

jSjiU Grenouille et crapaud. 


ijj j_y-» Pièce d'argent monnayé valant trois sous. 




Jiùi Regarde, imp. 


jS^.0 sin^. i^^ /i/ur. Chai. 






^^^UiU Bracelets en corne ou en toute autre niati^'re 


jiyo Pied de porc, plante. 






pour le poignet. 


(j"ry» f'is- 






jfji>3 ^ Sel de roche 


jU-« Cent. 






(^ De, du ^ prép, qui marque le rapport. 


,j»j Son, sa, ses, adj. poss. 






(jiU Cherche, imp. 


<«~^ Asperge h feuilles aiguës. 






oL) Nous, régi par une préposition. 


j^\^ Sel ammoniac. 






C.L) Notre , nos , adj. possessij. 


UjJ^i - (JjjJ^ Sel alcali naturel 


nalron. 




OÀAAJ Nous nous sommes querellés. 


ojiij Vue. 






LuXJ _ Ui _ t^ Lui, il, pron. de la 3" pers. 


*^ Récolte de graius. 






tjU«^ sincj. y,5uJLi pitir. Elle , /)ron. |)pr5. 


«À3Ù Menthe, plante. 






^J^Xj />/Hr. Ils, eux,/)ron. f/e /a t? /je/'5. 


jtj Ou, conj. alternative. 






fjj Rosée. 


t_jj Après. 






(ji^j sinj. ij-jjj plur. Autre. 


.^.mJÛ Sage-femme, accoucheuse. 






Ijj Nous avons écrit. 


t^y^aj Argent. 






La.JJ Fortement, trop. 


.il j,tSj Nous avons passé la nuit. 







210 



O^ 



y. 





jjl. C" i tiLj _ CiU Je , moi , fron. de la 1" pers. 


y De, du, pré/), qui marque le rapport. 








«.L£=ij Mariage. 


i_sJ jJt j[*J Silène, plante. 








J^^j Pus, saQg corrompu. 


ijl^L) jtjj Souci des champs. 








i^T '—i' masc. ij' î- ^— ■ fém. Nous, pron. Je la 1" pers. 
piur. 


Li^^J Bruyère en arbre. 








J 










[ûj^^L L'un après Taiitre, 


■U-^jJ Botte. 








^L siny. ijL*,! f'«''- Jour. 


(^Jo.I Bon à rien, vaurieu. 








jj»L Midi. 


Jtjj Fer. 








j>aJoJI (t^U Lundi. 


J-jjj Court. 








■o'viûJt jj.Ij Mardi. 


(_jXL,r Écurie. 








Ajuji^l ^fj Mercredi. 


i^-*. 5 Je suis venu. ■ 








■lÂîii! (wf. Vendredi. 


iji^ Lumière. 








o*.''l (j^tj Samedi. 


^UiT Mât d'un navire. 








Jyifpl Famille. 


Jj^r sinij, ijji^j plar. Chacal et loup. 








^[j Celui-ci. 


(_jU.*o Moutarde, plante. 








^_^l (^tj Suffit, cela sufiit. 


mVCj Promesse. 








\J\^c\l Le voilà. 


{j\j^j Difficile, rude. 








3!j Non, non. 


ôJj Temps. 








c:j5.jUj' ijI »^j Colique. 


L«Jj Sœur. 








0-°-^J Visage. 


jj-XoJ Pâquerette annuelle. 








jj Particule négative. 


(jl Vous, régi par un verbe ou par une prép. 








3jr 5in</. (jlXjj^ /)inr. Verger, jardin. 


^J^.l Peut-être, qui sait? 








é.\û Or, poudre d'or. 


^Jysu^ Les voilà. 








Jjiijj - ^j'j J'ai songé. 


^5 Semaine. 








jj^ Or 


^j Autre. 








, jijjii ^j )« Slœchas (jrajoVmm. 


ij,jj Qui, que, pron. relatif. 








LUJI ^ïjjy Fumeterre, plante. 


liLj Cela. 








jOOji» Saute, imp. 


(jiyfpt Quadrupède. 







i 



^- 



211 



Z3 JLî^ "^ ' ""''■ 


^3L\ifc Instrument de musique. 




•s^yb Non, Don. 


^_-^ Son , la partie grossière de la farine. 




t5 




caU^ Rien. 


t_>Uj Absent, il est absent. 




i:y_S=ylAJ caLr Noyer, arbre. 


q1_^)*j Semailles , semences. 




^^Vylj ciV Amandier. 


Lïj Fort, robuste. 
"j 




0^3^ i^y Dattier. 


«jjfij Bien portant. 




ijA«uL) Jasmin. 


jJL) Sec. 




0^' c^JM Une fois. 


Jljj 0^^=J Si'nj. Jtjj ^^'L^3J /)/ur. Brave. 




yj^^ (jlj Onze. 


Jï—'i TnnI ^0 siiitP 




IowoJL Étang, marais. 


il) Il était, il a été. 




L) Oui. 


L^^ Beau, bon. 




djÂj Mouillé. 


jjjl Lgi) Plût à Dieu ! littéral, mon cœur désire. 




_.iiAj H est en colère. 
(^Lljij Agonisant. 


ii>.^ Essoufflé, 
(^dj Joli , agréable. 




L^t 0-^=^ Il pleut. 


IXrf^ iinj. (:i3l^.dr pî«r. Mère. 




^Jk Blessé. 


c:)ji; Mort, il est mort. 




Li=jj Pourri, tombant en lambeaux. 


i_^..iJu Fou , il est fou. 




jj^.il Jjjj H a le cours de ventre. 


•j - »JkJ Ma, mon, mes 




*.**uJ Large. 


^>iÀj"ùJ Fourmi. 




ÔoJ:1j Menteur. 


t, j 
OjJ Frappe, imp. 






(îijy. Héritier, il a hérité. 




IL^ Ivrogne. 


Jwwyi II est venu 




^^ Propre, net. 


jîjj DifQcite. 




,^^J^M^_ masc. oiksrfuj yém. Orné. 


^ ^ ,., ^ o^Éjj II s'est évanoui. 




^Lôj Malade. 


C_î»J Mieux, il vaut mieux. 




^i-y.aj Étroit, il est étroit. 


jjj [j J.^'jJ Nouvelle lune. 




jsbij Paresseux. 


yjj masc. cjjJ /«m. Un. 





27. 



ITINÉRAIRES 
DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 



..Jl- (• 



OBSERVATIONS PRÉLIMINAIRES. 



La Société de géographie a eu connaissance de plusieurs itinéraires 
recueillis par Venture de Paradis en 1788, et qui faisaient partie des 
papiers de Raynal, aujourd'hui déposés à la Bibliothèque royale. Les itiné- 
raires dont il s'agit sont accompagnés de notions sur l'Atlas et le Sahara , 
et d'observations qui font connaître l'état de différentes contrées de l'Afrique 
septentrionale, pour une époque antérieure d'un peu plus d'un demi-siècle. 
Le travail de Venture comprend aussi des remarques sur l'état physique 
de diverses contrées, sur leurs productions de tout genre, sur leur com- 
merce, leur population et leurs usages. 

La Société a pensé qu'elle ferait une chose utile à la géographie en pu- 
bliant ces documents à la suite du Dictionnaire et de la Grammaire berbères 
de Venture, d'autant plus qu'ils donnent quelquefois la traduction de mots 
propres à cet idiome, en même temps que des noms de lieux et de végétaux 
en langue berbère. 

On a cru devoir n'apporter aucun changement à ces fragments et même 
y conserver forthographe et les noms d'individus assez obscurs, qui étaient 
en fonctions au temps où ont été rédigés les itinéraires, quoique en ap- 
parence ces noms ne présentent pas un intérêt scientifique; ils peuvent, 
en effet, fournir des lumières sur la date et l'authenticité d'autres documents 
analogues. 

J-D. 



ITINERAIRES 



I 



DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE 

AVEC DES NOTIONS SUR L'ATLAS ET LE SAHARA, 

PAR VENTURE DE PARADIS. 



1 



I. ROUTE DE TAFILET A TOUNBOUGTOU, 

VILLE LIBRE ET COMMEflÇANTE , SOCS LA PROTECTION DE PLUSIEUllS ROIS NEGRES. 

De Tafilet, on se rend en cinq jours démarche, entirantversl'ouest, à Date. On 
sait que Tafilet est un lieu d'exil pour tous les descendants de la famille régnante 
à Maroc. Les enfants de Molla Ismael, tant blancs que noirs, qui y furent re- 
légués, montaient à onze cents. De leur race, et de ceux qui ensuite ont eu le 
même sort, est née une population immense, qu'on évalue à plus de vingt mille 
âmes. Elle est divisée en quarante villages qu'on nomme Al-Coussour, c'est-à-dire 
les palais. Chaque chef de famille a ses terres et ses maisons; et tous les chérifs 
sont dans l'aisance. L'empereur de Maroc a aussi un palais à Tafilet, où il va quel- 
quefois. Il fait surveiller les exilés par un caïd et des troupes. 

Tafilet est entrecoupé par plusieurs rivières. Les pluies y sont rares. C'est le 
pays où le dattier réussit le mieux; il y en a, à ce qu'on prétend, soixante et dix 
espèces. Par le moyen de l'arrosage, on fait venir du blé, de l'orge, du maïs, du 
riz, de findigo. L'arbre du hinné y vient très-bien, et sa feuille, pilée, est un objet 
de commerce important. Il y a aussi à Tafilet beaucoup de fruits , à l'exception du 
raisin, des pommes, des figues et des poires. 

Datz est le nom d'une rivière qui arrose une grande plaine entourée de mon- 
tagnes. Les montagnes, sont occupées par les Chulouhs, et les plaines, par les Ber- 
bères, habitant sous des tentes à la manière des Arabes. Ces Chulouhs et ces Ber- 
bères vivent dans l'indépendance, et ne sont soumis qu'à leurs cheikhs. 

L'habillement des Berbères consiste, pour les hommes, en une culotte de toile, 

28 



218 ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 

une grande chemise de toile blanche et une ceinture. Les cheiks portent, de plus, 
tuî caftan de soie, de toile, ou de drap. 

La coiffure est un turban de soie ou de mousseline, sous une calotte rouge 
de Fès. Les enfants ont les cheveux pendants, et un cordon de soie à l'entour de 
la tête. Les enfants mâles portent une pendelotte. 

Les femmes berbères, ont un izar de toile blanche, c'est-à-dire une espèce de 
drap de lit un peu plus long que large, qui leur entoure le corps, et qui est arrêté 
par une ceinture. Elles ont trois pendants à chaque oreille, plusieurs bracelets et 
des khalkhal. 

Elles ont leurs cheveux pendants, et elles portent sur la tête un habrouk de 
soie, qui est un voile de diverses couleurs; elles marchent à visage découvert et 
elles sont chargées de tous les détails du ménage, soit sous la tente, soit au dehors. 

Le pays de Datz, tant la plaine que les montagnes, peut renfermer une soixan- 
taine de villages et de douars. On y cultive du blé, de l'orge, des vignes, des fi- 
guiers, des amandiers, des grenadiers, et le pays est riche en bestiaux. 

A Datz commence le royaume de Sous, qui n'est plus aujourd'hui qu'une pro- 
vince de l'empire marocain; mais, en général, toutes les montagnes ne reconnaissent 
point l'autorité du sultan. 

En sortant de Datz, et tirant vers le midi, on entre dans un pays montagneux, 
qu'on nomme Werzazat. 

Werzazat est couvert de villages habités par des Chulouhs. Le chef-lieu de cette 
contrée est Tigliram, résidence du cheikh marabouth, Sidi Muhammed ben 
Ahd-ul-Rahman ^ Il commande à tout ce pays et il ne paye rien au roi de Maroc. 

Au raidi de Werzazat est une contrée montagneuse qu'on nomme Ait-Ougia- 
nif. Elle a une étendue de six à sept jours de marche, où on rencontre beaucoup 
de villages. Le chef-lieu se nomme Taznarth, et le cheikh chulouh qui y réside, 
se nomme cheikh Muhammed Gianif. Le pays est riche. 

En quittant Ait-Ougianif, et en tirant vers le sud-ouest, on arrive à Zenagha, 
contrée montagneuse remplie de villages et commandée par le cheikh chulouh 
Ibrahim-el-Zenagha. H ne paye aucun tribut au roi de Maroc. 

De Zenagha on se rend, en tirant vers le sud-ouest, à Seghtana, pays où on re- 
cueille beaucoup de safran et où il y a une très-belle race de moutons noirs, ayant 
une toison très-fine. Le chef-lieu de cette contrée montagneuse se nomme Ham- 
kirra et le cheikh qui y réside, et qui commande à tout le pays, se nomme Sidi 
Muhammed Abd-ul-Kerim. Il est gendre du feu MoUa Idris, cousin de l'empereur 
défunt; il paye tribut. La contrée de Seghtana peut avoir quarante lieues de long. 
Le pays est riche en blé, orge et légumes. 

' Voir les Observalions préliminaires , pag. 2 1 5 , pour ce nom et les noms semblables qui suivent. 



ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 219 

De Seghtana, en tirant toujours vers le sud-ouest, à travers les montagnes, on se 
rend à Zaghmouzun. Zaghmouzun est une rivière qui donne son nom à toute la 
contrée, dont le chef-lieu est Nighilnouyou. Le cheikh qui y commande se nomme 
cheikh Ibrahim Nighilnougou. Il est Chulouh et il paye tribut à l'empereur. 

Au sud de Zaghmouzun est un district considérable nommé Targha-Mimoun, 
de sa ville capitale. Targha-Mimoun signifie, en berbère, la rivière bénite, et cette 
rivière traverse la ville. Le cheikh qui y commande s'appelle cheikh Muhammed 
ben-Ali-Targha-Mimoun. Il est Chulouh et paye tribut au sultan. 

Cette partie de la contrée de Zaghmouzun est très-riche en blé, en orge, en 
dattes, en figues, en raisin, en safran et en bestiaux. 

De Zaghmouzun, en tirant vers l'ouest, on se rend en trois jours à la contrée 
qu'on nomme Gharb-el-Sous , c'est-à-dire la partie occidentale du royaume de 
Sous. Elle est arrosée par un grand lleuve qu'on nomme Ras-el-Ouad. Elle est 
couverte de villes et de villages. On y rencontre des plaines et des vallons plantés 
d'oliviers qui fournissent une quantité d'huile considérable. 

Gharb-el-Sous, ou autrement Ras-el-Ouad, est divisé en quatre districts. Le 
premier a pour chef-lieu Tinzert; le second, Limhara; le troisième, Irazan; et le 
quatrième, Adredour. Ce pays est soumis au sultan, auquel il donne annuellement, 
pour tribut, deux cent mille ducats, plus quatre cents nègres, mâles et femelles; 
deux cents chameaux, deux cents chevaux, deux cents mulets et deux cents vaches, 
et, indépendamment de ce tribut réglé, il y a aussi le prix des babouches (les 
épingles ou le pot de vin), qui monte à une somme très-considérable au renou- 
vellement annuel du bail. Le sultan, le gouverneur de la province et leurs princi- 
paux officiers, en ont leur part. 

Du fleuve Ras-el-Ouad , en tirant vers le sud-ouest, on se rend, en trois jours 
de marche, à la contrée dite Mizighina. 

Mizio^hina est un pays de plaine habité par des Chulouhs ; il est du royaume de 
Sous, qu'on nomme dans le pays Ouad-Sous. Le cheikh qui commande à cette 
contrée est soumis au sultan et paye tribut; ses enfants et ceux des particuhers 
de marque sont au service de l'empereur en quahté de cavaliers casernes qu'on 
nomme mukhazenié , ou hasshah. 

De Mizighina, on se rend en tirant vers le sud-ouest, en cinq heures, à Tarou- 
dant, grande ville où il y a un caïd de la part du sultan. Taroudant est une des 
sept villes impériales bâties par les sultans connus sous le nom de Mulouk-al-Sa- 
Adyé. Les terres de Taroudant sont très -fertiles; cinquante livres de dattes ne 
valent pas plus d'un sou de notre monnaie. Ce pays est rempli de citronniers et 
d'orangers. 

De Taroudant, en tirant vers le sud-ouest, on se rend, en cinq heures de 

28. 



220 ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 

marche, à Ouwara. Ouwara est le nom d'une plaine peuplée d'Arabes campant 
sous des tentes. Us ont deux chefs principaux : l'un nommé cheikh Sa-Ayd el- 
Coumairi , et l'autre cheikh Muhammed el-Muhein. Ils payent tribut au sultan. 

De Ouwara, en vingt-cinq heures de marche, en tirant vers le sud, on se rend à 
Ait-Wedrim. Ait-Wedrim signifie mine d'argent. C'est une ville considérable, bâtie 
sur la montagne , et habitée par des Chulouhs soumis et payant tribut. Les terres 
de cette contrée sont très-fertiles : on y recueille du blé , de l'orge , de l'huile. 
Les jardins donnent des amandes , des figues , des raisins. On n'y vend rien à la 
balance, mais tout à la mesure. 

De Ait-Wedrim, on se rend en trois jours, en tirant vers le sud, à Toucribt, 
capitale d'un très-vaste district montagneux, occupé par des Chulouhs dépendants 
et payant tribut : il y a plus de cent cinquante villages dans ce district. On y re- 
cueille des amandes, des noix, du miel et de la cire. On y rencontre des forêts 
d'amandiers et de noyers. 

De Touciibt, on se rend en quinze heures de marche, en tirant vers le sud, 
à Ait-Brahim. Ait-Brahim est une ville de deux mille âmes de population, bâtie 
sur la montagne , et ayant juridiction sur une trentaine de villages. Ce pays, fertile 
en blé, orge, huile, amandes, cire et miel, paye tribut à l'empereur. Le cheikh 
chulouh qui y commande envoie ce tribut , et , ainsi que la plupart des cheikhs 
chulouhs dépendants, se dispense de le porter lui-même à Maroc. 

De Ait-Brahim , en cinq heures de marche , on se rend , en tirant vers le sud , 
à Stouka , nom d'une contrée considérable , dont le chef-lieu se nomme Ait- 
Loughann. Cette ville a une population de sept à huit mille âmes, et elle a une 
juridiction sur plus de cent cinquante villages. Ce pays montagneux est habité 
par des Chulouhs payant tribut. Les terres y sont fertiles. On y sème du blé , de 
l'orge , du mil blanc. Il y a des vignes et des arbres fruitiers. 

De Ait-Loughann , on se rend en dix heures , en tirant vei's le sud, à Ait-Belfa, 
ville de trois ou quatre mille âmes. Ait-Belfa est du district de Stouka. Le cheikh 
chulouh qui y commande paye tribut. 

De Ait-Belfa, en dix heures de marche, on se rend, en tirant vers le sud-ouest, 
à Ait-Semlal , ville bâtie sur la montagne , et habitée par des Chulouhs payant 
tribut; elle est aussi de la dépendance de Stouka. C'est le dernier des lieux mon- 
tagneux, dans cette partie méridionale du Sahara qui paye redevance à l'empereur 
de Maroc. 

De Ait-Semlal, en dix heures de marche, vers le sud-ouest, on se rend dans 
une contrée très-considérable et fort montagneuse qu'on nomme Ait-Hamd. La 
capitale de cette contrée est Mirlat. Le grand cheikh de ce pays se nomme cheikh 
Muhammed ou el-Hasan ; le pouvoir suprême est héréditaire dans sa famille. Le 



ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 221 

pays d'Ait-Hamd est traversé par un fleuve qu'on nomme Ouad-Ouaighav. Mirlat 
est sur la rive occidentale de ce fleuve ; et Tabident, autre ville assez considérable, 
est sur la rive méridionale. Elles sont habitées par des nègres; les blancs n'y 
peuvent vivre, à cause du mauvais air. Le cheikh habite sur la montagne, ainsi 
que les Chulouhs. La population de cette contrée est estimée à trente mille âmes. 

De Tabident, en cinq heures de marche vers le sud, on se rend à Taghzut, 
nom d'une ville bâtie sur la montagne et habitée par les Chulouhs. Ce district est 
de la dépendance d'Ait-Hamd. 

De Taghzut, en trois heures de marche vers le sud-ouest, on se rend à Temsitt, 
ville qui a un district considérable , et qui est aussi de la dépendance d'Ait-Hamd. 
Son territoire produit des grains, des olives, des figues, du raisin et des dattes. 

De Temsitt, en dix heures de marche vers le sud, on se rend à une vaste 
contrée montagneuse qu'on nomme Daoultit; sa ville capitale est Tillinn. La po- 
pulation de cette ville chulouh est estimée à dix mille âmes, en y comprenant 
les juifs. Dans tout l'Atlas il n'y a que deux villes où on voie des juifs établis. 
Tillinn en est une, et IHigh, dans le royaume de Sous, est la seconde. Ils y vivent 
tranquilles sous la protection des cheikhs, qui les regardent comme des esclaves 
utiles. 

De Tillinn, en quinze heures de marche vers le sud, on se rend à Teliala, 
grande ville de la dépendance de Daoultit. 

De Teliala , en douze heures de marche , vers le sud , on se rend à Ida-Oughar- 
Sumought, qui, en berbère, signifie les possesseurs de la poudre falale. C'est une 
autre ville considérable de la dépendance de Daoultit. 

De Ida-Oughar-Sumought, en un jour de marche vers le sud, on se rend à Au- 
ghighit, grande ville de dix mille âmes de population, et de la dépendance de 
Daoultit. Les montagnes enclavées dans la contrée de Daoultit sont très-escarpées 
et d'un difficile accès. Cependant les habitants tirent un bon parti de tout ce qui 
peut être cultivé ; ils ont beaucoup de bestiaux. Ces montagnes , qui font partie du 
royaume de Sous , ont des mines de fer ; on le travaille et on y fait des fusils , des 
sabres et des poignards. Les gens d'Aughighit passent pour méchants et voleurs. Les 
Chulouhs partout sont industrieux, cultivateurs et amis du travail. Les Berbères, 
au contraire , sont généralement paresseux, et ils n'aiment point à travailler la terre. 
De Aughighit, en dix heures de marche vers le sud, on se rend à Ait-Soualj, 
ville bâtie sur une montagne escarpée remplie de panthères. Elle est aussi de la 
dépendance de Daoultit. Cette ville a plusieurs villages sous sa juridiction. On y 
récolte des grains et des fruits. 

De Ait-Souab, en deux jours et demi de marche vers le sud, on entre dans un 
district nommé Ait-Mousa-Oubcou. Oubcou signifie, en langue berbère, un homme 



222 ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 

dont les jambes sont faibles et tremblantes : c'est une indisposition commune dans 
cette montagne, et on prétend qu'elle est occasionnée par un légume ressemblant 
au pois cbiche, qui vient de lui-même sans être semé. On le nomme ikiker; il a la 
vertu d'exciter au coït , et l'usage immodéré que les gens de cette contrée font du 
plaisir conjugal leur affaiblit les jambes. Les femmes ne sont point sujettes à cette 
incommodité. 

Le chef-lieu d'Ait-Mousa-Oubcou se nomme Azizel. C'est une grande ville habitée 
par des Chulouhs; elle est encore de la dépendance de Daoultit. 

D'Azizel, en trois jours de marche vers le sud, on se rend à Ait-Oumanoudy, 
ville qui donne son nom à la montagne sur laquelle elle est bâtie et où, depuis 
une quinzaine d'années, on exploite une mine de cuivre. Le cuivre qu'on en tire 
est supérieur à celui de Tezaghalt, dont nous parlerons ci-après. Cette montagne 
est fertile dans les vallons; le dattier y réussit. Elle est encore de la dépendance 
de Daoultit. 

De Ait-Oumanoudy, en deux jours de marche vers le sud-ouest, on se rend à 
Tezaghalt, grande ville commerçante et peuplée par les Chulouhs. C'est une es- 
pèce de république, gouvernée par quarante chefs, qu'on élit tous les ans et qu'on 
appelle Ait-Erba'yn. Cette ville paye à tous les cheikhs de Daoultit une redevance 
annuelle de deux cent mille ducats pour être protégée et tranquille. Dans les en- 
virons de cette ville, il y a quatre mines de cuivre, que les officiers municipaux 
font exploiter pour le compte de la ville. Le cuivre qu'on en retire et que l'on 
vend n'est pas assez épuré et il faut le refondre. Les habitants de Tezaghalt s'oc- 
cupent à faire des marmites et toutes sortes d'ustensiles de ménage; ils battent 
aussi des fuis (monnaie de cuivre) au titre de l'empereur de Maroc; aussi payent- 
ils une redevance annuelle au sultan, sous le nom de présent. Cette redevance 
consiste en soixante quintaux de fuis. Les gens de Tezaghalt sont faibles et mala- 
difs , à cause de l'exploitation des mines et du travail du cuivre ; ils mangent beau- 
coup d'opium, qu'on leur porte d'Europe. 

De Tezaghalt, en quatre jours de marche vers le sud-ouest, on se rend à Ibzi- 
ghaghin, grande ville, bâtie sur la montagne, habitée par les chérifs descendants 
de Sidi Ahmed ben-Mousa, qui était roi de tout le royaume de Sous et de Maroc. 
Un de ses descendants, nommé Sidi Jahja, commande en souverain dans toute 
cette contrée, et il retire la dîme de tous les habitants. Le gouverneur de Sous 
lui paye aussi une redevance annuelle pour la sûreté des routes. Les habitants de 
cette contrée sont Chulouhs et ils ne parlent que la langue berbère. 

De Ibzighaghin, en huit heures de marche vers l'ouest, on se rend à Iligh, ca- 
pitale de la contrée nommée les Pays de Sidi Ahmed ou Mousa. C'est à Iligh que 
le marabout souverain fait sa résidence. Cette ville est dans une vaste plaine, en- 



ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 223 

tourée de montagnes et traversée par une rivière qu'on nomme liigh , du nom de 
la ville. 

De Iligh, en dix heures de marche vers l'ouest, on se rend à Wizzan, ville con- 
sidérable, où réside un cheikh soumis à Sidi Jahja, qui règne dans toute la pro- 
vince de Daoultit. Daoultit est comprise dans le royaume de Sous, qui est presque 
tout indépendant, quoiqu'il fasse la plus grande partie de l'empire de Maroc. C'est 
aussi ce qui fait dire au proverbe : cr-i/^Jî y** u^î-*^ U"j-t>ï S:>*" y^^' y^ « Si l'on com- 
parait l'empire d'Occident à un bernous. Sous en serait le manteau et le restant, 
le capuchon. » 

De Wizzan on se rend, en cinq heures de marche vers l'ouest et en s'approchant 
de la mer, à Asaka-Oubbagh , qui signifie en berbère le pays du bien. C'est le nom 
d'une ville habitée par les Chulouhs, sous la protection de Sidi Jahja, souverain 
de la province de Daoultit : elle domine sur une contrée montagneuse qui produit 
cependant beaucoup de grains et de fruits. 

De Asaka-Oubbagh, en vingt heures de marche vers l'ouest, on se rend à Tiz- 
nint, ville sur le bord de la mer Océane, habitée par les Chulouhs, sous la pro- 
tection de Sidi Jahja; elle est de la province de Daoultit. Vis-à-vis de cette ville, 
est une île inhabitée et assez grande. Faute de bateaux, les habitants de Tiznint 
ne la fréquentent pas. Tiznint, en berbère, signifie une île. 

De Tiznint, en dix heures de marche vers le sud, on se rend à Messa, grande 
ville, bâtie sur une montagne qui domine la mer et habitée par les Chulouhs. 
Vis-à-vis d'elle, et à peu de distance, il y a aussi une grande île inhabitée. Le pays 
est fertile en grains et rempli d'oliviers et d'arbres fruitiers. La rivière d'Iligh vient 
se jeter dans l'Océan près de Messa. Cette rivière est fort poissonneuse , et les gens 
de Messa se nourrissent du poisson qu'elle fournit. Messa est de la province de 
Daoulit. 

De Messa, en deux jours et demi de marche vers le sud, on arrive à Ida-oubakil, 
ville sur une montagne habitée par des Chulouhs, sous la protection de Sidi Jahja; 
elle est aussi de la province de Daoultit. Ida-oubakil signifie en berbère les gens 
sages. 

De Ida-oubakil, en trois jours de marche vers le sud, on se rend àighram, ville 
qui donne son nom à une contrée montagneuse assez vaste de la province de 
Daoultit. 

De Ighram, en trois jours de marche vers le sud, on se rend à Oufran, ville 
habitée par des nègres, et la dernière ville de la province de Daoultit. On estime 
la population d'Oufran à plus de vingt mille âmes , sans compter trois ou quatre 
mille juifs. Son gouvernement est républicain; elle est régie par quarante per- 
sonnes élues, qu'on nomme Ait-Erba'in. Elle paye une redevance à Sidi Jahja. Pour 



224 ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 

donner une idée de la fertilité de son territoire , on dit qu'une carotte y pèse vingt 
à trente livres, et un navet jusqu'à cinquante livres. Ce qu'il y a de certain, c'est 
que les carottes et les navets y sont d'une grosseur excessive et d'un goût excellent; 
on les conserve toute l'année. Deux courges y font la charge d'un chameau, et les 
melons d'eau pèsent cinquante à soixante livres. On y recueille du blé et de l'orge. 
Quant aux dattes, elles sont en si grande abondance, que trente livres valent à 
peine une blanquille, qui vaut trois sous de France. Les Arabes du Sahara viennent 
y faire journellement des emplettes. Ce pays est aussi très-riche en troupeaux et 
en chevaux. Les Arabes payent les provisions qu'ils achètent avec de la poudre 
d'or et des moutons. Les juifs d'Oufran jouissent de la plus grande tranquillité, 
sous la protection spéciale de Sidi Jahja. Il y en a parmi eux de très-riches. 

De Oufran, en deux jours de marche vers le sud, on se rend à Temanert, ville 
habitée par des nègres comme Oufran, et gouvernée aussi par quarante personnes. 
La richesse du pays consiste en dattes. Elle ne paye aucun tribut. Ces nègres sont 
musulmans et ils ont des marabouts nègres comme eux. A Temanert, ainsi qu'à 
Oufran, on ne parle que le berbère. 

De Temanert, en un jour de marche vers le sud, on se rend à Akta, ville nègre, 
de la dépendance de Temanert. On n'y parle également que le berbère. Ce pays 
est extraordinairement chaud, et ses principales richesses sont les dattes et l'indigo. 
Sa population est de quatre à cinq mille âmes. 

De Akka, en deux jours de marche vers le sud, on se rend à Wilt, ville nègre de 
la dépendance de Temanert. On n'y parle que le berbère. Les richesses des habi- 
tants consistent principalement en dattes, que les Arabes viennent y acheter. Ce 
pays est également très-chaud. 

De Temanert à Tounbouctou , il n'y a que quinze jours de route, en droite ligne; 
mais les caravanes aiment mieux se détourner, parce qu'il leur faudrait traverser 
des terres habitées par des Arabes qui passent pour méchants et traîtres. De Te- 
manert, elles se rendent ordinairement à Wilt, qui est la dernière montagne de 
ce côté-là. De Wilt, on descend dans le Sahara; et la première horde d'Arabes 
que l'on rencontre se nomme Arib-Ida ou Belal. Us occupent, tantôt d'un côté, 
tantôt de l'autre, une étendue de pays de près de huit jours de marche. Ces Arabes 
ne passent pas pour des gens auxquels on puisse se fier. 

En sortant des terres de leur domination , on entre sur celles qui sont occupées 
par une autre horde d'Arabes qu'on nomme Tezakent. Ils ne sont ni si nombreux , 
ni si puissants que leurs voisins; mais ils passent pour bons musulmans et rigides 
observateurs de la loi. Ils se mêlent de commerce, et les caravanes sont en toute 
sûreté parmi eux. L'étendue du pays qui leur appartient va jusqu'au territoire de 
Tounbouctou. 



ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 225 

La ville de Tounbouctou est à sept à huit journées de distance de Tounbou, 
capitale du royaume nègre de ce nom. La communication de l'une à l'autre ville 
est très-facile. On rencontre, sur la route, beaucoup de villages nègres où on se 
procure des rafraîchissements. 

Tounbouctou n'est point une ville murée , et on estime sa population à vingt-cinq 
mille âmes; elle est protégée par cinq rois nègres, musulmans ainsi que tous leurs 
sujets. Ces rois nègres sont celui de Foullen, celui de Marca, celui de Tounbou, 
celui de Kuwar et celui de Bournou. Chacun de ces rois y envoie une de ses fdles 
pour y prendre part au gouvernement, à l'exception de celui de Bournou, qui y 
envoie un calife. Ces princesses nègres se marient à Tounbouctou avec les parti- 
culiers qui leur plaisent, et elles préfèrent ordinairement les marchands maures 
que le commerce attire dans cette ville. La police y est très-bien observée , et on n'y 
connaît ni le vol , ni l'assassinat. Le vol y est puni comme le plus grand des crimes. 
On prend le voleur, on le lie dans un sac et on va le jeter dans la rivière de Ouad- 
Dera-a, qui est éloignée de trois journées de Tounbouctou. 

L'empereur de Maroc a été souvent le maître de cette ville, où il envoyait un 
gouverneur, et il n'y a guère plus de quarante à cinquante ans qu'elle est sortie 
de sa domination. 

Chaque princesse nègre a une troupe de soldats à son service , soit pour la garde 
de sa personne , soit pour la police et la sûreté de la ville. Chacune d'elles per- 
çoit dix pour cent sur les marchandises qu'apportent les caravanes du royaume 
dont elle est; quant aux douanes des marchandises qu'on apporte de Maroc, elles 
partagent entre elles et le calife de Bournou. Ces droits réunis sufQsent amplement, 
à leurs dépenses. 

Tounbouctou paye un droit de ghafar, c'est-à-dire de protection, aux Arabes 
du Sahara qu'on nomme Mughaffara. Ce sont ces Arabes qui se chargent de l'es- 
corte des caravanes, et qui leur louent des chameaux. 

Les Arabes mughaffara sont les tribus de Berakné, de Terarza, de Mehamda, 
de Zerargia , de Sa-Adna , de Za-Affra et quelques autres ; ils sortent d'une même 
tige et ils sont les plus puissants des Arabes du Sahara. La tribu la plus puissante 
d'Arabes , après les Mughaffara , est celle des Oudaya , qui campent du côté de 
Ouad-Noun. 

A quatre lieues de la ville de Tounbouctou, il y a une petite rivière qu'on 
nomme Nahar-Ouasil ; mais l'eau n'en est point bonne, et il n'y a que les chameaux 
et les moutons qui peuvent en boire; les habitants boivent de l'eau de puits, qui 
est très-bonne et très-salubre. 

Leur nourriture est, en général, du riz en pilau et du couscoussou, fait avec de 
la farine de moutri , qui est une espèce de sagou. Le riz vient très-bien auprès de 

29 



226 ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 

la rivière de Ouasii, et il est de bonne qualité. Le pays fournit beaucoup de dattes. 
La viande de mouton y est excellente, mais il n'y a ni poules ni volailles. 

Le vêtement des hommes est une chemise de toile bleue, ayant des manches 
extrêmement larges; on le nomme derra-a. Leur tête est couverte d'un fès et d'un 
turban de toile qu'ils nomment el-ghina. Ils portent aussi une ceinture de soie ou 
de cuir qu'ils appellent moudamma. Ils ont coutume de porter un bracelet de mor- 
phil ou d'argent. 

Les femmes s'habillent avec l'ouzar et le haram. L'ouzar est une pièce d'étoffe de 
laine ou de soie dont elles se couvrent le corps, et le haram est un voile de soie 
qu'elles mettent sur leur tête, et qui descend fort bas. Elles portent des bracelets 
aux bras et aux pieds. 

Les Arabes viennent à Tounbouctou et y achètent du riz , du moutri , des dattes 
et autres choses , pour lesquelles ils donnent , en échange , de la poudre d'or, des 
plumes d'autruches et des nègres. 

Tounbouctou ne reçoit ni juif, ni chrétien; il faut faire, à la porte de la ville, la 
profession de foi musulmane. 

On prétend qu'un étranger qui arrive à Tounbouctou ne peut se passer de 
femmes. La nourriture et le climat y excitent la concupiscence, et mettent les 
hommes en état de faire des prodiges. Celui qui n'a point de femmes en demande 
à son voisin, qui se fait un devoir de lui en fournir. 

On parle à Tounbouctou plusieurs langues : l'arabe et les langues de Bombara, 
de Tounbou, de FouUen et de Marca. Ce sont des langages différents. 

Les femmes nées à Tounbouctou sont très-jolies, et il y en a beaucoup de 
blanches. 

Parmi les négresses, celles du royaume de FouUen sont les plus jolies et les 
mieux faites; mais, comme ce pays est musulman, elles ne peuvent point être 
vendues. 

Tous les deux ans ou trois ans, il part de Fès pour Tafilet, pour Ouad-Noun et 
pour Tounbouctou, une caravane très-nombreuse de marchands, et voici les mar- 
chandises c|u'ils portent : des haïques de Fès, des ceintures de laine et de soie, des 
mouchoirs de soie, des tapis de Barbarie grands et petits, des velours faits en Bar- 
barie, de l'ambre, du basilic sec, des roses sèches, du benjoin, du girofle, du 
mastic, de l'encens, du corail, toutes sortes de toiles de lin grossières et fines, 
des cordons de soie et de laine servant de turban aux Arabes, des babouches, du 
tabac de Meknès, des foutes, espèce d'essuie-mains en diverses couleurs; du tabac 
râpé , de l'alun , de l'étain , du gingembre , du poivre , des tasses de cuivre , de pe- 
tits coquillages, soit pour monnaie, soit pour l'ornement des négresses; du musc, 
toutes sortes de quincailleries grossières, de la verroterie, du corail noir, qu'on 



ITINÉRAIRES DE -L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 227 

pêche à Gedda el à Bassora; de la mousseline, des toiles bleues, du papier, etc. 
Elles rapportent de Tounbouctou de la gomme arabique, des plumes d'autruche, 
du morphil, de la poudre d'or, des nègres, de la laine très-fine et du coton. Ce 
sont surtout les gens de Kououan et de FouUen qui fournissent de nègres les 
marchés de Tounbouctou; ils les prennent sur les terres du Bombara. Un nègre 
se vend, à Tounbouctou, pour une ceinture de soie, ou autre chose équivalente, 
de la valeur de lo à i 2 livres de notre monnaie. 



NOTIONS SUR LE SAHARA, 

QUI M'ONT ÉTÉ DONNÉES PAR LES NOMMÉS BEN-ALI ET ABD-UL-RAHMAN , SUJETS DE MAROC, 
QUI ÉTAIENT X PARIS EN 1 788 '. 



II. ROUTE DE TOUNBOUCTOU AU SENEGAL, 

PAR LE SAHARA. 

De la ville de Tounbouctou, on se rend, en dix jours de marche, à Ginni. 
Ginni est une ville peuplée de nègres du royaume de Kuwar;sa population est de 
deux à trois mille âmes. Les fondements des maisons sont en pierre , et les mu- 
railles enterre battue. On cultive dans son territoire du riz, du maïs, de grosses 
fèves de marais et du moutri. Il n'y a point de dattiers. Près de Ginni, il y a une 
petite rivière qui porte le même nom. Cette rivière charrie de la poudre d'or. 

De Ginni, en prenant à l'ouest, on se rend, en vingt-cinq jours, à Rewan. 
Rewan est une ville peuplée de Maures et de nègres. Il y a aux environs des mines 
de sel qui font la richesse des habitants ; la vente du sel leur procure tout ce qui 
leur est nécessaire. Il peut y avoir dans cette ville deux à trois mille âmes, et peut- 
être plus. La terre des environs n'est point productive et il n'y a point de dattiers. 
Les gens de Rewan vendent leur sel aux nègres , qui le mangent comme nous 
mangeons des dragées; ils en ont toujours sur eux. Une tablette de sel de la 
grandeur d'une semelle , et de l'épaisseur d'un pouce , est , dans les marchés de 
Nigritie , le prix ordinaire d'un nègre. 

De Rewan, en tirant toujours vers l'ouest, on se rend, en vingt jours, à Tissit. 

' Dans une note , Venture avertit que ces Notions auraient besoin d'être vérifiées. 

29. 



228 ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 

Tissit est une grande ville peuplée de Maures, sous la protection des Arabes 
nommés Oudaya, et Welad-abou-Seba-a. Sa population est estimée de huit à dix 
mille âmes. C'est une ville commerçante, et son territoire est fertile en riz, en 
moutri, espèce de mil; en illan, graine noire de la grosseur du maïs; en maïs, 
en fèves , et en dattes de qualité inférieure , comme celles de tout l'intérieur du 
Sahara; elles sont sèches et petites. Tissit a aussi quelques mines de sel, qui font 
sa plus grande richesse. Les Maures qui l'habitent sont de couleur cuivrée. 

De Tissit, en tirant toujours vers l'ouest, on se rend, en douze jours, à Wedan. 
Wedan est une petite ville 2Jeuplée de Maures, sous la protection des Oudaya, et 
sa population peut être de deux mille âmes. Ses environs sont stériles; on y cultive 
seulement un peu de riz et de moutri , et sa ressource est dans les mines de sel , 
qui lui servent à faire des échanges avantageux. 

De Wedan, en suivant les côtes de la mer, on se rend, en quinze jours, au 
Sénégal. Cette route n'est point fatigante. On y trouve de l'eau et des provisions 
chez les Arabes parmi lesquels il faut passer. Les caravanes de Maroc ou de 
Tounbouctou qui traversent le Sahara, marchent sous la protection des Arabes 
mugliafara , ou des Oudaya , moyennant une redevance. 

De temps en temps, il se forme des caravanes composées des nègres de FouHen, 
de Kuwar, de Tonbou, de Marca et de Bournou, qui traversent l'Afrique, se ren- 
dent au Caire pour se joindre aux pèlerins maugrebins qui vont à la Mecque. Les 
cinq royaumes sont musulmans , et les nègres de ces contrées ne peuvent être 
légitimement esclaves chez les musulmans. 

Le royaume de Foullen est voisin du pays de Bombara, la contrée la plus vaste 
des nègres. Les deux pays sont séparés par un fleuve. Les nègres de Bombara sont 
idolâtres, et c'est sur eux que les nègres musulmans font des incursions. Les cara- 
vanes de Maroc vont jusqu'à la rivière de Bombara y échanger leurs toiles , leurs 
ceintures, leur tabac et leur sel, pour des nègres et de la poudre d'or; mais les 
gens de Maroc ont de la peine à résister à la chaleur et à la fatigue de cette route. 
Les gens de Bombara vendent leurs propres enfants. Ce commerce se fait sans se 
voir et sans se parler : les marchands maures mettent leurs lots sur les bords du 
fleuve, et se retirent; les gens de Bombara mettent à côté la poudre d'or qu'ils 
veulent donner. Si le marchand maure est content, il prend la poudre d'or, et 
les autres, les effets exposés. 

Edrisi nomme la partie de la contrée où se fait ce négoce Beled-ul-Tebr , pays 
de la poudre d'or. Selon lui, il est situé près de Wancara, ville et province plus 
orientale que celle de Ghana. 

Les habitants de Tocrour, qui occupent les extrémités de l'Afrique, à l'occident, 
font aussi un grand négoce en poudre d'or , que les gens du pays croient être 



ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 229 

végétal, comme celui des provinces indiennes limitrophes de la Perse. (Voyez 
l'article Mahmoud ben-Sebectin dans d'Herbelot.) 

Les esclaves nègres que l'on préfère en Barbarie sont ceux qui sont nés dans le 
Sahara, dans les tribus d'Arabes qui les vendent; et la raison de cette préférence 
est que ces enfants sont plus près de s'accoutumer à la nourriture ordinaire des 
pays policés. Il y a beaucoup de peuples nègres qui ne mangent que de la viande 
crue et des serpents. La gomme arabique et le miel font, en général, une des 
grandes ressources de leur subsistance. 



III. ROUTE DE TOUNBOUCTOU A OUAD-NOUN. 

De Tounbouctou, en quarante j om^s de marche, on se rend à Wédan. Wédan 
est une ville dont la richesse consiste en mines de sel. Ce sont des Arabes oudaya 
qui en sont les habitants. La population est estimée de trois à quatre mille âmes. 
Dans la route de Tounbouctou à Ouédan , on trouve très-peu d'arbres , et aussi 
très-peu d'eau. On ne rencontre de l'eau que tous les trois ou quatre jours. 

De Wédan, on se rend en sept jours, à Boustana, nom d'une rivière qui traverse 
le Sahara, et qui va se jeter dans l'Océan vers Doukhailé. Toutes ces contrées ap- 
partiennent aux Arabes oudaya. Sur les bords de la Boutana , naissent les arbres 
qui produisent la gomme arabique. C'est un arbre de haute futaie, très-épineux ; 
les chameaux en mangent les feuilles. Il y vient aussi un arbre qu'on nomme en 
arabe el-betam; il produit une graine comme celle du café, mais de couleur 
bleuâtre; on la mange après l'avoir fait torréfier : ce fruit se nomme habb el-betam. 
Dans toutes les contrées du Sahara, on trouve l'arbre qui donne la gomme arabique 
et le betam. 

Il y a aussi , dans le Sahara , une autre espèce de graine qui est d'une grande 
ressource pour les Arabes. L'arbrisseau qui la produit se nomme el-darou : c'est 
le lentisque, pistachia lentiscus (Lin.). Sa graine est, en premier lieu, verte; en- 
suite elle devient rouge; et, quand elle est mûre, elle prend la couleur de l'olive 
noire : les Arabes la mangent torréfiée. Ils en retirent aussi de l'huile, après l'avoir 
pilée dans un mortier et l'avoir fait bouillir dans l'eau. L'huile surnage, et ils la ra- 
massent. Cette graine est fort chaude , et on prétend qu'elle augmente les forces 
maritales. 

Du fleuve Boutana, on se rend , en trois jours, en tirant vers l'est, à Seghi el- 
Hamra. Seghi el-Hamra est un grand fleuve qui va se jeter dans l'Océan, près de 
la contrée nommée Khaili; les rivières de Wad-Dra-a, de Ouasil, et une branche 
de la Boutana, viennent se jeter dans son lit. Les bords de Seghi el-Hamra sont 



230 ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 

remplis d'arbres gommifères, de betam et de lentisques. La plupart des Arabes y I 
établissent leurs camps. 

De Seghi el-Hamra on se rend, en sept jours, en tirant vers l'est, à Ouad-Noun. 
Cette rivière donne son nom à toute cette contrée , qui est renfermée par quatre 
montagnes fort peu hautes, et habitées par des Maures et des Chulouhs. 

11 serait honteux, parmi les montagnards de l'Atlas, de verser une larme sur la 
mort de celui qui meurt en combattant. La manière de s'avouer vaincu, parmi eux, 
est d'égorger un animal en l'honneur du vainqueur : c'est la phis grande marque 
d'ignominie , et ils préfèrent acheter la paix par des présents et de l'argent. Lorsque 
les Chulouhs sont en guerre, ils décident le jour du combat, qu'on nomme Nihar 
el-Tarad, et il n'y a aucun acte d'hostilité jusqu'au jour convenu. 

De Ait el-Hasan, on se rend en tirant vers l'ouest, en deux jours, à Ait-Hurbil , 
contrée montagneuse habitée par des Chulouhs qui payent la dîme au sultan de 
Maroc, par les mains du cheikh qui les commande. Ait-Harbil est un pays de 
grains. 

De Ait-Harbil, on se rend en trois jours, en tirant vers l'ouest, à Aghadir, que 
les Eiu'opéens ont nommé Sainte-Croix. C'est un pays montagneux; et les Arabes 
qui campent aux environs d'Aghadir, du côté du midi, se nomment Sebanat et 
Oughsimé. Aghadir est régie par un caïd qui a sous ses ordres des soldats nègres. 
C'est une grande ville qui a été abandonnée, en conséquence des ordres du sultan, 
depuis dix à douze ans, c'est-à-dire vers l'an 1778. 

IV. ROUTE DE OUAD-NOUN A AGHADIR, OU SAINTE-CROIX. 

[Aghadir est un mot berbère qui signifie pays naontagneux. ) 

De Ouad-Noun, en tirant un peu vers l'est, on se rend en trois jours à Ouad- 
Ghisser. 

Ouad-Ghisser est une rivière qui se jette dans l'Océan près de Messa. Cette 
contrée est fertile en dattes, en blé, en miel et en huile d'arghan. La cire et le 
miel sont la principale richesse de ce pays. Les abeilles ne s'y reposent jamais, 
car il n'y fait jamais froid. Ce pays est occupé par des Arabes qu'on nomme Mezzat. 
Ils sont indépendants, et ils peuvent se présenter en bataille avec dix mille 
cavaliers. 

Il est à propos d'expliquer ce que c'est que l'huile d'arghan. L'arghan est un 
arbre de haute futaie , très-épineux et d'une forme irrégulière ; il est très-commun 
dans les montagnes de l'Atlas ; il produit un fruit de la grosseur d'une petite datte ; 
les chèvres et les moutons le mangent très-volontiers : ils rejettent le noyau qui 



ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 231 

est dans le centre de ce fruit, et on a soin de le ramasser. Lorsqu'on en a une 
assez grande provision, on les casse, pour en retirer une amande, que l'on fait 
tant soit peu torréfier et que l'on pile ensuite ; lorsqu'elle est réduite en pâte , on 
en exprime le suc, qui est l'huile d'arghan, qu'on mange et dont on s'éclaire. Cette 
huile est surtout très-bonne pour la friture, en prenant la précaution, comme on 
fait pour l'huile de sésame, de l'enflammer, pour que le feu en consume les parties 
les plus grasses; cette huile sert aussi à faire de très-bon savon. 

De Ouad-Ghisser on se rend, en quatre jours, en tirant vers l'est, à une contrée 
montagneuse nommée Ait-Bamran : elle est remplie de petites villes murées et de 
villages; ce sont des Chulouhs qui l'habitent. Ils recueillent de la cire, du miel, 
du blé et de l'orge. Les principaux cheikhs de cette contrée se nomment cheikh 
Muhammed ou Ummou, cheikh Muhammed-Abou-Chughal et Sidi Muhammed- 
Ait-Bamran; celui-ci est marabout. 

De Ait-Bamran on se rend, en trois jours, à Ait-el-Hasan , contrée montagneuse, 
difficile et peuplée par des Chulouhs indépendants, dont la richesse ne consiste 
qu'en cire et en miel. Du produit de la vente de ces objets, ils achètent les provi- 
sions que la terre leur refuse. C'est une peuplade de vingt- cinq mille hommes. 
Ils combattent à pied ; leur principal cheikh est cheikh Bilcasin Nait-el-Hasan. Dans 
une bataille que ce cheikh livra aux Chulouhs de Ait-Bamran, il perdit sept enfants, 
et il s'en félicitait, en disant qu'ils étaient morts dans le champ d'honneur. 

La province dont la contrée de Ouad-Noun fait partie s'appelle Melkené; elle 
est peuplée par les Arabes nommés Metkené. 

Cette tribu, composée d'un grand nombre de cavaliers, passe pour guerrière; 
elle est commandée par quatre cheikhs, et le premier d'entre eux se nomme cheikh 
Abd-AUah. Il habite une ville de la plaine nommée Ghèla-Imim. Le second cheikh 
se nomme El-Hady-Ab-ul-Cadir, qui habite ime ville nommée Taghadirt-Ouiilla , 
située sur une des montagnes de Ouad-Nomi. Le troisième cheikh est El-Hasan-ben- 
Muhammed, qui habite aussi une des quatre montagnes qui renferment la contrée 
de Ouad-Noun; et enfin le quatrième se nomme Muhammed-Ouyda , qui habite 
aussi une des montagnes de Taghadirt. 

Vous remarquerez qu'Aghadir ou Taghadirt est un mot berbère qui signifie un 
lieu montagneux. Ces quatre cheikhs habitent des maisons; mais la plus grande partie 
de leurs sujets campent sous des tentes; ils sont cultivateurs. La terre est très-pro- 
ductive à Ouad-Noun. Le blé, l'orge et les légumes y réussissent à merveille. 



232 ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 

V. ROUTE D'AGHADIR A MOGHADOR. 

D'Aghadir, que nous nommons Sainte-Croix, on se rend, en quatre ou cinq 
heures de marche vers i'est, à la montagne dite Ida ou Tanam. Les habitants de 
cette montagne sont Chulouhs et ne sont point soumis au suhan. Ce sont eux qui 
fournissent toutes les provisions d'Aghadir, qui autrefois était en leur pouvoir. Cette 
montagne est remplie de villages gouvernés par divers cheikhs. 

De Ida ou Tanam, on se rend, en un jour de marche vers le nord-ouest, à la 
rivière diteTamrakht, qui est du district de Ida ou Tanam. Le cheikh qui commande 
dans les pays arrosés par cette rivière est aujourd'hui (i 788) cheikh Said ouMansour. 
Cette contrée est fertile en grains et en fruits. Tamrakht se jette dans l'Océan, à 
huit lieues nord d'Aghadir. Les Danois ont tenté, il y a quelques années, de s'em- 
parer de ce pays et de s'y établir; mais leurs efforts, mal combinés, ont échoué, 
parce qu'au lieu de faire leur établissement dans la plaine , ils auraient dû avoir 
le courage de le faire sur les hauteurs. 

De Tamrakht, on se rend, en deux jours de marche vers le nord-ouest, à la ri- 
vière dite Beni-Temer, qui est de la province de Haha. Quoique tous les habitants 
de cette province soient Chulouhs, ils obéissent au sultan; elle est gouvernée par 
un caïd. 

De Beni-Temer, on se rend, en un joiu: de marche vers le nord-ouest , à la mon- 
tagne nommée Aghin-Waram , qui signifie, en berbère, tête de chameau. Cette 
dénomination donne l'idée de la forme de cette montagne et de son élévation. 
Elle est enclavée dans la province de Haha , et les Chulouhs qui l'habitent payent 
tribut. 

De Aghin-Waram , on se rend, en deux jours de inarche vers l'ouest, à Ida-Ou- 
ghart, contrée peuplée de villages chulouhs et dépendante de Haha. 

De Ida-Oughart, en un jour de marche vers l'ouest, on se rend à Moghador, 
dont le nom arabe est Souweira. L'empereur mort dernièrement (1790), Sidi-Mu- 
hamed-ben-Abd-Allah l'a fait bâtir, et a exigé que tous les négociants européens 
établis en divers endroits de ses états y fixassent leur maison de commerce. 

VL ROUTE DE MOGHADOR A ASSAFL 

De Moghador, en un jour de marche vers le nord, on entre dans la contrée 
nommée Siadma, peuplée d'Arabes campant sous des tentes. Cette contrée est 
arrosée par une rivière qu'on nomme Tanssif. 



ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 233 

De Siadma, en un jour de marche, vers le nord, on entre dans une contrée 
nommée Al-Ghiat, peuplée d'Arabes campant sous des tentes. Cette contrée fait 
partie de la province d'Abda. 

D' Al-Ghiat, en un jour de marche vers le nord, on se rend à Assafi, ville ma- 
ritime de la province d'Abda. La province d'Abda est une des plus fertiles de l'em- 
pire marocain; elle produit du blé, de l'orge, des légumes, des raisins, des figues, 
du beurre, du miel, de la cire, et elle est aussi fort riche en animaux domesticjues ; 
sa population est considérable. C'étaient principalement les Arabes de Abda qui 
avaient mis sur le trône Sidi-Muhammed, défunt. 



VII. ROUTE D'ASSAFI A SALÉ ET RIBATH. 

D'Assah, en deux jours de marche vers le nord, on se rend à Ejer, ville mari- 
time de la province d'Abda. Son territoire est très-fertile ; elle a un port formé par 
des rochers , dont l'embouchure est trop étroite pour de gros navires. 

De Ejer, en un jour de marche vers le nord, on se rend à Walidia, ville mari- 
time de la province de Dukela. Le port de Oualidia ne peut recevoir que de très- 
petits navires. Son territoire est occupé par des Arabes campant sous des tentes. 

De Walidia, en trois jours de marche vers le nord, on se rend à Sidi-Ibrahim- 
ben-Helal, ville maritime de la province de Dukela. Elle a un petit port pour des 
bateaux. 

De Sidi-Ibrahim-ben-Helal , en trois jours de marche, on se rend à Mazaghan, 
connue dans le pays sous le nom d'Al-Breza. C'est encore une ville maritime de la 
province de Dukela ; son port est bon, et son territoire est cultivé par des Arabes 
campant sous des tentes. 

De Mazaghan, ou plutôt d'Al-Breza, en un jour de marche, on se rend à Ez- 
murr, ville maritime , que les Francs nomment Azamord. Cette ville est encore de 
la province de Dukela, et son territoire est cultivé par des Arabes campant sous 
des tentes. La rivière d'Umm-Rebia, que les Francs nomment Morbeia, a son em- 
bouchure au nord d'Ezmurr ; c'est une très-grande rivière, et la plus grande même 
qu'il y ait dans tout l'empire du Maroc; elle est très-poissonneuse; on y sale beau- 
coup de poisson que l'on vend dans tout l'empire; chaque jour il y vient des cara- 
vanes de chameaux pour en charger. 

En quittant le territoire d'Ezmurr, on entre dans la province de Sawia, qui 
est très-étendue , très-riche et très-peuplée par des Arabes campant sous des 
tentes; elle n'a que trois ou quatre petites villes. En trois jours de marche, d'Ez- 
murr, on se rend à Dar-el-Beidha , petite ville maritime de la province de Sawia. 

3o 



234 ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. . 

De Dar-el-Beidha, on se rend, en un jour, à Kisbet-b-il-Hasan , autre petite ville 
maritime de la province de Sawia. 

De Kisbet-b-il-Hasan, en deux jours, on se rend àFadbala, ville maritime avec 
un bon port de mer, de la province Sawia. 

De Fadhala, on se rend, en un jour, à Salé et Ribath. Ce sont deux villes séparées 
par une rivière qu'on peut traverser avec des bateaux. 

Pour traverser la plupart des rivières de l'empire de Maroc voici la manière 
ordinaire dont on s'y prend : on a des peaux de bœufs préparées pour être enflées; 
on en lie trente ou quarante ensemble, sur lesquelles on met des cannes égale- 
ment liées; on charge sur ce pont flottant les passagers et les marchandises; deux 
Arabes le tirent vers eux en nageant, et deux autres le poussent par derrière; les 
chameaux et les chevaux traversent à la nage. On appelle ces espèce de radeaux 
maadié. 

On y arrive, du côté de la campagne, par une grande porte qu'on ouvre à l'heure 
du michouar. Le sultan est à cheval, entouré de ses ministres, ou plutôt de ses 
secrétaires, et de ses soldats, et il juge les procès du peuple; mais le plus pauvre 
ne doit point se présenter les mains vides; il faut qu'il apporte au moins des poules 
et des œufs. Partout où l'empereur se transporte, c'est toujours en plein champ 
qu'il donne ses audiences. 

En droite ligne de Maroc, la première ville de l'Atlas qu'on rencontre est Ou- 
riké, qui donne son nom à un district montagneux assez étendu. Ouriké est une 
ville murée, contenant une population de douze cents âmes à peu près. Le cheikh, 
qui commande à des Chulouhs, se nomme cheikh Muhammed-el-Ouriki. Le sultan 
n'y commande pas, et les seuls droits que payent les habitants sont le zekiat, c'est- 
à-dire un quarantième des revenus de la terre et des bestiaux en faveur des prêtres 
musulmans. La contrée d'Ouriki peut renfermer quarante ou cinquante villages 
soumis au même cheikh ; ce pays est arrosé par beaucoup de sources qui vivifient 
une grande quantité de jardins , dont les légumes et les fruits se vendent à 
Maroc. 

VIH. ROUTE DE SALÉ ET RIBATH A FÈS. 

De Salé et Ribath, en trois jours de marche vers l'est, on se rend a Miknès, ville 
impériale de la province d'Ait-Imour. Cette province est presque tout occupée 
par des Berbères vivant sous des tentes et soumis au sultan. Ils sont très-nom- 
breux et ils s'occupent de la culture des terres. Ce pays est riche en grains et en 
bestiaux. Ils parlent la même langue que les Chulouhs, à l'exception de quelque 
différence dans la prononciation et dans l'adoption particulière de certains mots. 



ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 235 

Dans la province d'Ait-Imour, la ville la plus remarquable après Fès , est 
Wezzan, ville maure, commandée par un marabouth descendant de Sidi-ben-Isa. 
Le sultan a beaucoup d'égard pour lui et lui envoie même des présents. 

Fès est à neuf lieues de Miknès, et on s'y rend par une route très-commode et 
très-agréable. On la fait ordinairemant en six et sept heures avec des mules de louage , 
qui vont l'amble. Fès est de la province de Beni-Hasan, peuplée d'Arabes campant 
sous des tentes. Les chrétiens ni les juifs ne peuvent point entrer à Fès, et, pour 
qu'ils y soient reçus, il faut un ordre du sultan ou des protections particulières 
dans la ville. Les superstitieux musulmans la regardent comme une ville sainte, 
qui ne doit point être profanée par le regard des mécréants. La ville de Cairoan, 
dans le royaume de Tunis, est dans le même usage. 



IX. ROUTE DE MAROC A TELMESAN. 

Merakich, que nous nommons Maroc, est à quatre-vingts lieues sud de Miknès. 
On y arrive à travers les campements des Berbères et des Arabes. Ces campements 
forment de petits villages ambulants, qu'on nomme douars; mais les lieux qui ap- 
partiennent à chacune de ces tribus, sont circonscrits, et elles ne peuvent se trans- 
porter au delà de leurs limites. 

Les voyageurs trouvent dans ces douars les provisions nécessaires à leur sub- 
sistance, et, lorsqu'ils voyagent par ordre du sultan ou sous l'escorte de ses sol- 
dats, on leur fournit, gratis, leur nourriture et celle de leurs montures. 

Ces campements sont responsables de la sûreté des routes; mais ils exigent 
qu'on ne voyage par de nuit et qu'on campe près d'eux. 

La ville de Maroc est éloignée d'environ dix lieues de l'Atlas et de vingt lieues 
de la mer. Elle est dans une plaine agréable, plantée de palmiers et d'oliviers, et 
arrosée par quatre rivières qui se nomment Tanstif, Ouad-Nefis, Tessaouth et 
Ouad-Missiwa. Il y a, en outre, quantité d'autres sources qui pourraient fertiliser 
ce territoire et le rendre un lieu de délices. L'enceinte de la ville est très-vaste, 
mais remplie de ruines, et les quartiers habités sont éloignés les uns des autres. 
Elle ne renferme pas plus de trente mille âmes en comptant même la cour et les 
troupes du sultan. Ce qu'il y a de plus remarquable consiste en quelques mos- 
quées et en un édifice destiné à la vente des étoffes et d'autres effets qu'on nomme 
Al-Caisserié. Un faubourg muré, d'environ deux milles de tour, à l'extrémité occi- 
dentale de la ville, contient deux cents familles juives, et ce quartier se nomme 
la juiverie. 

Le palais impérial est à l'autre extrémité de la ville, à l'est; c'est une enceinte 



236 ITINÉRAIRES DE L'AFRIQUE SEPTENTRIONALE. 

très-vaste et très-solidement bâtie. Elle renferme plusieurs pavillons et jardins 
fort bien entretenus par des jardiniers européens. Entre ces pavillons et la cam- 
pagne, est une grande place entourée de murs, appellée Michwar. C'est laïque 
l'empereur donne ses audiences publiques, quatre fois la semaine. 



MÉMOIRE 



SUR LA PARTIE MERIDIONALE 



DE 



L'ASIE CENTRALE 

PAR 

NICOLAS DE KBANiaorF. 



31 



^ 



Paris. - iniiirimerie de l. MARTINET , rue Mignon, 2. 



MÉMOIRE 

SUR LA PARTIE MÉRIDIONALE 



OE 



L'ASIE CENTRALE. 



Depuis les temps les plus reculés, la partia méridionale de 
l'Asie centrale, qui comprend les provinces du Khorassan, de 
lezd, de Kirman, le Séistan et une partie de l'Afghanistan, a 
servi de théâtre à de grands faits historiques, et par conséquent 
cette vaste portion du continent asiatique ne pouvait rester com- 
plètement ignorée des géographes et des historiens de l'antiquité, 
du moyen âge et des temps modernes. Néanmoins, ce pays est 
beaucoup moins étudié que d'autres régions de l'Asie dont le 
passé occupe une place infiniment plus modeste dans l'histoire 
du monde. Cette anomalie s'explique en partie par l'éloignement 
de ces contrées de tout centre de civihsation tant ancienne que 
moderne. 

Le sud de l'Asie centrale ne nous présente jamais, dans son 
passé, une période de développement constant; jamais il n'a servi 
de théâtre à une série consécutive de faits dignes de fixer sur lui 
les regards du monde. Son passé a un caractère éminemment 
fiévreux; à de longs intervalles, de grandes commotions viennent 
rompre la monotonie de la vie des peuples qui l'habitent; des 



2i0 PARTIE MÉRIDIONALE DE L'aSIE CENTRALE. 

flots de sang coulent dans ces plaines arides, des villes disparais- 
sent, et le désert, rétréci par le travail de l'homme dans les 
moments de paix et de calme, étend ses limites; mais l'orage 
passé, l'ancienne marche des choses reprend son cours, l'énergie 
nationale est employée à combattre les envahissements du désert 
et à se préserver des influences de l'anarchie, inhérentes à l'his- 
toire de ce pays. L'intérêt momentanément attaché à son exis- 
tence disparaît, et des siècles s'écoulent sans que le monde civilisé 
éprouve le moindre besoin de s'enquérir de ce qui se passe dans 
ces solitudes. 

La position géographique de ces contrées contribue aussi à les 
tenir éloignées des intérêts et même des sympathies du monde 
civilisé. Dans le courant des siècles, les centres de civilisation se 
sont successivement déplacés, de l'Inde en Mésopotamie, puis en 
Egypte, en Grèce, à Rome et dans la partie occidentale de l'Eu- 
rope ; mais, à l'époque même de leur plus grand rapprochement 
de la partie méridionale de l'Asie centrale, ils en étaient tellement 
distants, que l'influence bienfaisante de leur action civilisatrice 
s'y est très peu fait sentir. Voilk pourquoi les anciens Gi'ecs et 
les Romains ne parlent de ce pays qu'a l'occasion des campagnes 
d'Alexandre le Grand; leurs prédécesseurs, les Perses Akhémé- 
nides, n'en font mention, pour ainsi dire, qu'accidentellement, 
pour rehausser l'éclat des titres du souverain et pour rendre 
plus retentissante la renommée de ses conquêtes, en introdui- 
sant, dans la liste des pays soumis, quelques noms, plus ou 
moins connus, des provinces de celte partie de l'Asie. 

La longue lutte entre les races arabes et les l'aces iraniennes, 
lutte dont l'origine remonte aux temps les plus reculés, a laissé 
peu de traces dans les littératui'es qui nous sont accessibles ; mais 
elle prépara le triomphe de la cause arabe dans ces pays, et elle y a 
ouvert les voies à l'islamisme, qui s'y maintient victorieux depuis 
douze cents ans. Aussi, c'est de ce temps seulement que commence 
pour nous la véritable connaissance de la géographie ancienne de 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 241 

ces pays, car d'après les documents grecs et romains elle présen- 
tera toujours beaucoup de vague. Les anciens, comme les mo- 
dernes, n'usaient pas toujours de la précaution salutaire de 
n'admettre dans leurs sciences que des faits positivement connus, 
et se contentaient souvent d'à peu près, aussi peu clairs pour eux 
qu'ils le sont pour nous. 

Avant la fin du premier siècle de l'hégire, le pouvoir des Arabes 
était déjà fermement établi dans le Khorassan , le sud de la 
Perse, le Séistan, la Transoxiane et une partie de l'Afghanistan. 
L'éloignement de ces pays du centre du khalifat de Baghdad exi- 
geait que les gouverneurs arabes, les chefs des corps expédition- 
naires, les empoyés du fisc et les inspecteurs envoyés de temps à 
autre de la capitale pour élucider des questions administratives 
et gouvernementales, parlassent avec plus de précision des pays 
mentionnés dans leurs rapports que ce n'était l'usage sous les 
gouvernements indigènes. Voila l'origine de ces itinéraires détail- 
lés que nous trouvons dans presque toutes les géographies arabes. 
L'intérêt administratif attaché a ces pays, les voyages que quel- 
ques khalifs eux-mêmes ont cru devoir entreprendre pour visiter 
ces lointaines dépendances de leur couronne, enfin les exigences 
du commerce, stimulaient le zèle des voyages chez des particuliers, 
et la littérature arabe est certes la plus ancienne de toutes celles 
qui nous aient conservé des relations plus ou moins exactes et 
détaillées d'explorations de ce genre. Grâce aux travaux de 
MM. d'iierbelot, Silvestre de Sacy, de Guignes, Reinaud, Jaubert, 
Defrémery et d'autres savants, presque exclusivement français, 
les principaux ouvrages géographiques des Arabes nous sont con- 
nus en traduction ou en extraits, et nous pouvons les juger dans 
leur ensemble. 

Plus détaillés que les anciens dans la description des pays qu'ils 
visitent, les Arabes laissent beaucoup à désirer pour la précision 
de leurs informations. Le génie arabe, par sa nature même, est 
peu enclin aux généralisations; ceci a préservé leurs physiciens 



2i2 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

et leurs naturalistes des erreurs où sont tombés les Grecs, trop 
prompts a élever des systèmes avec très peu de matériaux solides; 
mais ceci exclut aussi de leurs descriptions géographiques ces 
aperçus généraux et concis qu'on l'encontre dans les ouvrages des 
géographes anciens. Plus corrects, en général, que leurs prédé- 
cesseurs dans les détails, ni Massoudi, ni l'Istakhry, ni Edrisi, 
pour ne citer que les sommités de la littérature géographique 
arabe, ne contiennent de descriptions comparables, par leur con- 
cision éloquente, a celles que l'on trouve souvent dans Strabon, dans 
César et dans Tacite. Mais leur défaut principal, et qui leur est 
commun avec les géographes grecs et romains, c'est le manque 
absolu de moyens d'évaluer tant soit peu exactement la distance 
et la position respective des endroits où ils ne résidèrent pas assez 
longtemps pour en fixer la latitude, soit par la mesure de la lon- 
gueur de l'ombre à midi, soit par des observations astronomiques 
proprement dites. 

Ce défaut d'orientation devient plus sensible à mesure que les 
pays qu'ils décrivent s'éloignent des centres de leur civilisation, 
c'est-à-dire qu'il croît en raison inverse de la fréquence de 
leurs voyages dans telle ou telle province. Voilà pourquoi les 
données arabes sur les pays situés entre Alexandrie, la Mecque 
et Baghdad, sont beaucoup plus faciles à orienter sur nos cartes 
que leurs descriptions des contrées situées en dehors de ce triangle. 

L'Europe du moyen âge a peu contribué à corriger les tradi- 
tions géographiques de l'antiquité et du moyen âge arabe. A de 
rares intervalles, des voyageurs européens tels que Marco Polo, 
le P. Benedict Goez, Schiltperger, Clavijo et d'autres, se sont 
aventurés dans ces pays inhospitaliers ; mais les récits des priva- 
tions qu'ils y ont endurées, et les dangers auxquels ils s'étaient 
exposés, n'étaient guère de nature à tenter beaucoup de voyageurs à 
les imiter. Au récit de leurs aventures personnelles, ils joignaient 
incidemment des détails géographiques, les uns vrais et d'autres 
fabuleux, de sorte que pendant très longtemps la Perse, en gêné- 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTEAtE. 2i3 

rai, et sa partie orientale surtout, ont été presque inconnues en 
Europe, et que l'on peut dire que sa véritable découverte pour les 
savants de l'Occident ne date que du temps des voyages d'Oléa- 
rius, de Tavernier et de Chardin. 

ii'éclat jeté sur l'empire persan par les Séfévides, leur inclina- 
tion a lier des rapports d'amitié et de commerce avec les nations 
européennes, l'établissement dans leurs Etats de factoreries hol- 
landaises et de missions religieuses catholiques romaines, les pre- 
mières tentatives des Anglais pour asseoir sur des bases solides leur 
influence en Perse, et principalement la carrière brillante de Nadir 
Chah et l'étendue de ses conquêtes, expliquent pourquoi, vers la 
fin du xvn^ siècle et la première moitié du xviii', l'attention des 
gouvernements européens fut attirée vers des contrées qu'ils 
pouvaient facilement ignorer dans les siècles précédents, et pour- 
quoi aussi à cette époqvie ils encourageaient les efforts particuliers 
vers l'exploration de ces pays. Dans la Persia, seuregni persici statusde 
la collection elzévirienne, nous avons un résumé succinct, fait avec 
beaucoup de soin , des explorations entreprises en Perse dans le 
xvii' siècle, et nous pouvons facilement nous convaincre, même 
sans recourir aux sources, que les voyageurs de cette époque, tels 
que Piichard Steel et John Crowther (1615), Henri Poser (1621), et 
le frère Manrique (1653), ainsi que des agents intelligents tels que 
Teixera et d'autres, tout en nous communiquant des renseigne- 
ments assez curieux sur l'histoire, les mœurs et l'état social des 
pays qu'ils ont visités, ajoutent fort peu a nos connaissances géo- 
graphiques sur la partie méridionale de l'Asie centrale. La même 
observation s'adresse aux voyages si instructifs, sous beaucoup 
d'autres rapports, de Tavernier et de Chardin; aussi nous dis- 
penserons-nous de les analyser en détail. 

La formation d'un puissant empire afghan après l'assassinat de 
Nadir Chah, et le danger qui pouvait résulter pour les possessions 
anglaises dans l'Inde de l'ambition de la famille des Douranis, 
fornieriienl élaldie surla froiilièïo sepleritrionale de l'empire du 



2i4 PARTIE MÉRIDIONALL DE l'aSIE CENTRALE. 

Grand Mogol, furent, dans le xviii' siècle, les premiers stimulants 
qui engagèrent un Européen à affronter les dangers que présentait 
alors, et que présente jusqu'à nos jours à un simple voyageur, la 
route directe entre la vallée de l'Indus et l'Europe. Forster , employé 
de la compagnie desIndes orientales, fut le premier qui se décida, en 
1783, de revenir en Europe par cette route peu commode et peu 
sûre. Des régions de l'Asie centrale proprement dite, Forster n'a vu 
que l'Afghanistan occidental, une partie du Séistan, la province 
de Hérat, le Khorassan moyen et le littoral méridional de la mer 
Caspienne. Ayant visité le Kachemir, il traversa l'Afghanistan, et 
passant, le 8 octobre de l'année i 783, à Kandahar, il arriva par la 
route de Guirichk, Bakoua et Okel, le2 novembre, a Hérat. Après 
un séjour de trois semaines dans cette ville, sur laquelle il donne très 
peu de détails, il se rendit à Tourchiz,nomqu'il écrit, d'après la pro- 
nonciationdesmuletiers,Terchich. lly arrivale 13 décembre, ayant 
visité en route Ghourian, Khaf ou Rouhi,et Achkara. A cause du 
grand froid qui régnait alors dans le Khorassan, les caravanes hé- 
sitaient à se mettre en marche, ce qui le retint à Tourchiz jusqu'au 
28 décembre ; il n'arriva à Chahroud que le 5 janvier de l'année 
178/i. De là, il se rendit en sept ou huit jours à Mechedisser, port 
de la mer Caspienne, par la route ordinaire de Balfrouch. Loin 
de s'être préparé à ce voyage par une étude préalable quelconque, 
M. Forster s'y est décidé comme onsedécide kaller, en spectateur, 
à une partie de chasse périlleuse sans se donner même la peine 
de s'armer convenablement. Il n'avait pris avec lui que de l'argent 
et quelques habits. Quant à se munir d'instruments de précision, il 
le considéraitcomme superflu ou dangereux, car il quitta l'Inde sans 
même emporter une montre pour estimer avec quelque précision 
la durée des marches de caravane; aussi, évalue-t-il les distances 
entre les stations de sa route uniquement d'après les indications 
des indigènes, en farsangues persanes. La nécessité de cacher ses 
moyens pécuniaires, de se déguiser même, le forçait à imiter en 
tout ses compagnons de voyage, c'est-à-dire à s'abstenir de prcn- 



PARTIE MEEIDIONAIE DE l'aSIE CENTRALE. 2^5 

dre des notes sur les lieux, de voyager pendant la nuit, de ne pas 
s'arrêter là où il serait intéressant de séjourner quelque temps 
pour explorer des sites l'emarquables, ou pour visiter des monu- 
ments curieux. Son peu de goût pour les sciences naturelles en 
général, son manque de teinture scientifique, faisaient qu'en par- 
courant diverses contrées, ce n'était pas la configuration du ter- 
rain ou les propriétés physiques du pays qui se gravaient dans sa 
mémoire, mais plutôt les incidents de ses aventures personnelles, 
qui rarement servent à peindre les mœurs; de telle sorte qu'après 
avoir lu son ouvrage, on se fait une idée beaucoup plus exacte 
du caractère de tel ou tel autre marchand ou mollah persan que 
le hasard lui a donné pour compagnon de route, que du caractère 
des contrées qu'il a visitées. Néanmoins, la relation de son voyage 
a été accueillie partout avec un vif intérêt, et son livre a été tra- 
duit dans presque toutes les langues européennes. Ce fut le major 
J. Rennell, membre de la Société royale et ci-devant chef du 
levé topographique de l'Inde, qui profita, pour ses propres tra- 
vaux géographiques, des explorations de M. Forster. 11 publia en 
1792 un ouvrage très remarquable de 428 pages in-4°, sous le 
titre un peu long deMemoir ofa map of Hindoostan or the MogulEm- 
pire,with an introduction illustrative ofthe geography and présent division 
of that country, and a map ofthe countries situated between the heads 
ofthe indian rivers and the Caspien sea. La partie de cet ouvrage qui 
s'occupe de l'Asie centrale est intitulée : Account of the map of the 
countries lying between the heads of the indian rivers and the Caspian 
sea; il y apprécie les services rendus par M. Forster à la géogra- 
phie, de la manière suivante (page 187) : « La description de la 
» route de M. Forster, de Kandahar à la mer Caspienne, jette une 
» grande lumière sur la géographie de ces pays, de même que sur 
» d'autres matériaux géographiques qui étaient enveloppés jusqu'à 
» lui d'une certaine obscurité. » Plus loin (page 189), il précise un 
peu plus cette louange exprimée en termes trop généraux, notam- 
ment il dit : « Ce gentleman nous donne une idée nouvelle sur la 



SiCJ PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

» direction des chaînes de montagnes qu'on suppose générale- 
» ment traverser l'Asie de l'ouest à l'est, sous des noms différents, 
» ou plutôt il nous ramène aux idées que nous ont léguées les 
» anciens, il est hors de doute que les Grecs et les Romains avaient 
» plus de notions sur la géographie spéciale de la Perse que les 
» Européens modernes, quoique nous soyons à même d'orienter 
» avec une plus grande précision géométrique les parties de ce 
» pays qui nous sont connues. Cette chaîne que les anciens appe- 
» laient Taurus, sortant de l'Asie Mineure, traverse l'Arménie 
» dans une direction orientale ; de là, s'incHnant vers le sud-est, 
» et ayant circonscrit la côte méridionale de la mer Caspienne, 
» elle a été continuée par Ptolémée, sous les noms de Coronus, de 
» Sariphi et de Paropamisus, comme servant de limite entre l'Hyr- 
» canie, la Tapurie et la Parthie, ensuite entre la Margiane, l'Arie, 
» la Bactriane et la province Paropamisiane. Ce qui voudrait dire 
» en termes géographiques modernes qu'elle séparait le Mazan- 
» deran du Taberistan, de Cumis, du pays Dahistan, du Corcan, 
» du Korasm et du Khorassan, de même quelle servait de limite 
» aux provinces de Balkh, de Gour et du Sigislan ou Séistan. 
» Enfin, Ptolémée la fait aboutir à la chaîne qui, sous le nom de 
» Caucase indien, servait de Hmite entre l'Inde et la Bactriane, et 
» puis sous le nom d'Imaûs ou d'Emodus séparait l'Inde de la Scy- 
» thie. Les modernes ne savent rien sur la direction de cette chaîne 
» au delà de la mer Caspienne; ils ignorent même si elle aboutit 
» réellement au Caucase indien, ce qui est très probable, quoique 
)i cela ne soit pas de la manière dont l'a supposé M. d'Anville, qui 
» donne à cette chaîne, au delà de la mer Caspienne, une direction 
» est-sud-est, et la fait passer au sud de Hérat. Or, s'il en était 
» ainsi, M. Forster aurait dii la franchir en venant de Kandahar, 
» tandis qu'il ne rencontra aucune chaîne de montagnes avant 
» d'être à cent milles de la Caspienne. De manière qu'il a dû laisser 
» à sa droite la continuation du Caucase indien ( si pareille chaîne 
» existe), c'est-ii-dire ii la laissa au nord; et je crois qu'en effet 



l'ARTIK MÉRIDIONALE DE LASIE CENTRAtli. 2â7 

)) une pareille chaîne existe à peu près comme î'a décri(e Plolé' 
K niée, caries rivières traversées par M. Forster se dirigeaient 
» toutes vers le sud, ce qui prouve que le terrain élevé est au nord, 
» quoique situé hors de vue. Par conséquent, la liaison entre les 
» monts Caspiens etîe Caucase indien, si elle existe dans la nature, 
» doit être au nord du Khorassan. » 

J'ai cité ce long passage, parce qu'il prouve d'une manière évi- 
dente comment une suite d'erreurs qui se détruisent mutuellement 
peut conduire à un résultat exact. Kennell a raison de croire que la 
grande chaîne latiludinale de l'Asie centrale ne passe pas au sud 
de Hérat, mais il base son raisonnement sur deux erreurs de For- 
ster : 1° sur ce que ce voyageur a oublié de mentionner qu'il a 
franchi une chaîne de montagnes entre Kandahar et Hérat, car 
cette chaîne existe, et, 2° sur ce fait qu'il fait couler toutes les 
eaux qu'il a rencontrées sur sa roule vers le sud, ce qui est inexact, 
' carie Heriroud, par exemple, coule au nord-ouest. Cette dernière 
erreur a longtemps régné sur les cartes de l'Asie. Mac Donald 
Kinneir la répète comme les autres, car M. Christie n'est pas plus 
correct à ce sujet que ne l'a été Forster, et elle n'a disparu de nos 
cartes que quand Arrowsmilh a publié celle qu'il a dressée pour 
le voyage de M. Burnes. Après le passage que nous venons de rap- 
porter, M. Piennell se livre à une discussion des latitudes et des 
longitudes de Samarcande, Kachghar etc , examen minutieux, 
mais manquant de base, et où entre autres il croit pouvoir adop- 
ter comme valeur moyenne de la longueur d'une marche de cara- 
vane par jour le chiffre énorme de lit milles géographiques, 
de 15 au degré de l'équateur ! 11 termine son mémoire par des 
conclusions très judicieuses sur la synonymie des noms anciens 
et modernes de quelques locaUtés de l'Asie centrale. Ainsi, 
d'après lui, Boukhara est la Sogdiane et non ta Bactriane, cette 
dernière province devant être assimilée à Balkh et à Gour, Enfin, 
il donne un aperçu succinct, mais assez exact, de l'histoire du 
royaume des Parthes, et conclut (page 201), que cet empire 



2Zl8 PARUE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

n'était dans son ensemble que celui des Perses, sous un autre nom. 
Sur la carte qui accompagne son mémoire, le géographe anglais 
a indiqué la route suivie par Alexandre le Grand, par Tamer- 
ian, par Clavijo et par Forster; mais on \oit qu'il n'avait à sa 
disposition que des matériaux topographiques assez inexacts, car 
il place, par exemple, IMéched sous le même méridien que Nicha- 
pour, a 1° 25' au nord de cette dernière ville. 

Bans le siècle passé, M. Forster n'a pas eu d'imitateurs. Les 
grands événements qui ont signalé la fin du xviii" siècle détour- 
nèrent l'attention des gouvernements européens de la politique 
orientale ; mais dès le commencement du xix° siècle, ce sujet 
fut repris avec une nouvelle ardeur. Les succès obtenus par les 
Anglais dans l'Inde, à la fin du siècle dernier et dans les premières 
années du siècle actuel, et le retentissement que leur nom a eu 
en Asie par suite de leurs conquêtes, établirent leur prépondé- 
rance en Turquie et en Perse, au point qu'elle ne pouvait être 
contre-balancée que par la gloire du nom de Napoléon, dont la car- 
rière brillante et presque fabuleuse était si propre à frapper l'ima- 
gination des Orientaux. Aussi, nous savons que la diplomatie 
française, en dépit de l'or et du talent des diplomates anglais, 
sut devenir très influente à Constantinople comme à Téhéran. 
La mission militaire du général Gardanne a eu de grands succès 
diplomatiques; mais les services rendus kla science par quelques- 
ims des membres de cette mission les surpassent de beaucoup, 
car ils témoigneront toujours de la part considérable qu'ont eue les 
explorateurs français dans l'agrandissement de nos connaissances 
géographiques sur l'Asie. 

Quatre compagnons du général Gardanne ont publié, avec plus 
ou moins de détails, les résultats de leur exploration en Perse, 
MM. Dupré, Jaubert, Trézel et Truilhier; mais nous ne mention- 
nerons ici que les travaux du premier et du dernier, car les deux 
autres ont exploré des parties de la Perse dont je ne parle pas 
dans ce mémoire. 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 2/19 

Ce n'est seulement qu'en 1819 que M. Dupré publia chez 
Dentu, sous le titre de Voyage en Perse, fait dans les années 1807, 
1808 et 1809, etc., en deux volumes in-8°, l'ensemble de ses inté- 
ressantes explorations. Parti de Constantinople le 8 septembre de 
l'année 1807, il traversa en quarante-trois jours toute l'Asie Mi- 
neure jusque Baghdad, et de Ta, par Kirman-Chah et Hamadan, il se 
rendit h Ispahan où il arriva le 16 décembre. Sans s'arrêter long- 
temps dans cette ville qu'il se proposait de visiter encore une fois, 
il se rendit le 8 janvier 1808 k Chiraz,"par la l'oute de Yezed-Kahs, 
Méchedi-Maderi-Souleiman et les ruines de Persépolis. De Chiraz, 
par Darab et Taroun, il arriva en vingt jours, le 5 février, à Ben- 
der-Abbassi, d'où il fit, entre le 8 et le 12 février, une excursion 
dans les îles du golfe Persique, Ormouz et Kichmich, et revint par 
Lar et Djaroun, le 2 mars, "a Chiraz. Décidé à compléter son ex- 
ploration de la côte persane du golfe par un voyage k Bender 
Abouchir, M. Dupré quitta Chiraz le 6 mars, et arriva le 13 du 
même mois k Bouchir par la route de Kazroun, puis il revint pour 
la troisième fois k Chiraz, en douze jours, en passant par Firouz- 
abad. Sa dernière halte k Chiraz ne dura que cinq jours, et il 
quitta cette ville le 6 avril, pour se rendre k lezd. Cette dernière 
partie de son itinéraire est d'autant plus intéressante, que jusqu'à 
nos jours il est le seul voyageur qui ait décrit cette route directe 
entre ces deux villes. Je me permettrai d'indiquer quelques résul- 
tats auxquels nous conduisent les observations de M. Dupré. Le 
premier résultat important est que le 11 avril, k peu près a 36far- 
sangues de Chiraz, vers le nord-est, le voyageur a rencontré la 
chaîne de montagnes qui, comme nous le verrons plus loin, coupe 
le méridien sous un angle de 36°, et, traversant toute la Perse, 
depuis l'Océan indien jusqu'au parallèle de Demavend, constitue 
une véritable limite naturelle des pays qui appartiennent k l'Asie 
centrale proprement dite. M. Dupré n'ayant vu cette chaîne que 
sur une petite étendue, n'a pas pu relever sa signification dans 
la géographie physique du continent asiatique; mais, chose très 



250 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

remarquable, il a été frappé de la différence extérieure des plai- 
nes qui s'étendent des deux côtés de cette chaîne, et après avoir 
mentionné que la chaîne de montagnes se dirigeait, d'un côté, vers 
le sud, et de l'autre vers le nord-ouest, il ajoute que la plaine 
s'étendait à l'est « à perte de vue, et qu'on peut en dire qu'elle est 
11 entièrement aride, n'offre à l'œil que des ronces et des sables 
» brûlants, » expression qu'on ne trouve chez lui nulle part quand 
il décrit les plaines du versant occidental de cette chaîne. Sur la 
carte de M. î.apie, qui accompagne l'ouvrage de M. Dupré, le 
caractère de cette chaîne est assez bien rendu ; mais comme il ne 
distingue par rien les chaînes secondaires des chaînes principales, 
l'ensemble de ces représentations graphiques du réseau des mon- 
tagnes de la Perse n'est pas aussi instructif qu'il pourrait l'être, 
avec la légère modification que nous venons d'indiquer. La dis- 
tance entre Chlraz et lezd est évaluée par M, Dupré à 68 farsan - 
gués, ce qui fait à peu près 300 kilomètres, car dans le sud de la 
Perse cette unité de mesure itinéraire n'a guère plus de 4 kilo- 
mètres. Le versant occidental de la chaîne sus-mentionnée est 
beaucoup plus riche on eau que le versant oriental, et il donne 
naissance au Pelvart, que le voyageur a suivi pendant plusieurs 
jours, tandis que dans les plaines du versant oriental l'eau doit 
être amenée de très loin, par des canaux souterrains, pour éviter 
son évaporation. Arrivé le 16 avril a. lezd, M. Dupré n'y resta que 
quatre jours, et se rendit de la à Ispahan par la route directe pas- 
sant par Aghda, Koupa et Gulnabat. Arrivé à Ispahan le 27 avril, 
il y resta jusqu'au 9 mai, puis par Kouhroud, Kachan et Roum, il 
se rendit le 18 mai a Téhéran, qu'il ne quitta que le 13 février de 
l'année 1809, avec toute la légation française, pour retourner en 
Europe par Tébriz, Khoï, Nakhitchevan et Erivan. L'ouvrage de 
M. Dupré contient des données précieuses sur la géographie de la 
Perse méridionale, presque inconnue jusqu'à son voyage, sur les 
tribus nomades de cette partie de l'empire persan et sur les poids 
et mesures. Ses observations sur les mœurs et le caractère du 



PARTIE MÉRIDIONALE DE 1,'ASIE CENTRALE. 251 

peuple gagneraient beaucoup si la langue du pays lui eût été plus 
familière. 11 nous dit dans sa préface, d'une manière générale, 
qu'il avait « l'intelligence de la langue ; » mais tout porte à croire 
qu'il ne savait que le turc, car partout où il cite quelques phrases 
orientales, illes cite en turc, et certes un homme qui entendrait 
le persan n'aurait jamais dit, comme il le faiti^tome 1, page 280), 
«on nous avait donné pour nous servir, trois Persaris; si nous 
» demandions du bois ou des vivres, ils nous répondaient : Bachin, 
.) guezun, ttstundé (sur notre tête, sur nos yeux). « A la page 363, 
en parlant de l'aumône pour le voyage, il la nomme selamet pa- 
rassi au lieu de pouli selamet. Tome II, page 3, il appelle les portes 
de Chiraz des Capoussi, au lieu de Dervazèh. Mais tout cela 
ne l'empêche pas d'être exact dans les détails qu'il donne sur l'his- 
toire et les mœurs du pays. M. Dupré a rendu un véritable service 
à la géographie, en publiant les latitudes déterminées par son 
compagnon de voyage, M. Trézel, qui, d'après ce que je crois, 
sont exactes; et comme elles ne sont qu'au nombre de sept, on me 
saura gré de les consigner ici dans une petite table. 

Chiraz. . . . 29° 33' 7" SouUanièh. . 3e°4iS'50" 

leïd 32° 14' 00 " Kaiv'ia. ... 36" 13' 15' 

Ispahan. . . 32" 2i' 34 " Mianèh. ... 37" 39' 56" 

(1) Téhéran. . . 35» 40' 47" 

La carte de M. Lapie dont nous avons déjà dit quelques mots, 
est sans contredit un document scientifique très important. iNon- 
seulement l'orientation des diflérentes localités qui y sont repré- 
sentées y est beaucoup plus parfaite que sur toutes les cartes 
anciennes, sans en excepter celle de Mac-Donald Kinneir ; mais ce 
qui, selon moi, constitue le plus graad mérite de ce cartographe 
distingué, c'est d'avoir compris et exprimé par son tracé l'isole- 

(1) La latitude de ces quatre dernières villes d'après M. Lemm est : Téhéran (33° 40' 44"), 
Kazvin (36" 13 2"), SouUanièh (36° 23' 32") et Mianèh (37° 23' 8 '). Les différences entre 
les latitudes des deux dernières villes, d'après MM. Trézel et Lemm s'explique en partie 
par l'éloignement arbitraire des endroits où s'arrêtent les voyageurs du centre des con- 
structions urbaines. 



252 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

ment des diiFérents bassins intérieurs de cette partie de l'Asie, 
caractère physique du terrain que tous ses successeurs ont négligé 
de reproduire, au grand détriment de l'intelligence exacte du 
relief d'une vaste portion du vieux continent. 

Le second voyageur français, le capitaine du génie Truilhier, 
n'a pas eu l'avantage de publier lui-même les résultats de ses ex- 
plorations. Appelé, bientôt après son retour en France, par les 
devoirs de son service en Espagne, il n'en est pas revenu. Le jour- 
nal de son voyage dans le Khorassan, confié par lui à M. Burck- 
hardt, resta inédit, probablement a cause des nombreux ti-avaux as- 
tronomiques de cetillustre savant, et ce n'est qu'en 1841 , c'est-adire 
trente-qu.itre ans après le voyage, que feu M. Daussy s'est acquitté 
de cette tâche. Mais pour dédommager les personnes qui s'intéres- 
sent à la géographie d'une aussi longue attente, le savant éditeur 
publia les données recueillies par M. Truilhier avec plus de profit 
pour ia science que ne l'aui'ait pu faire peut-être le voyageur 
lui-même, trop disirait par son service d'occupations purement 
scientifiques. Non-seulement M. Daussy s'est donné la peine de 
représenter graphiquement les itinéraires décrits par M. Truilhier, 
mais il a calculé de nouveau toutes les observations astronomiques 
faites par cet officier, et en a publié les résultats accompagnés 
d'un commentaire savant et instructif, qui nous permet d'appré- 
cier le degré de précision qu'on peut accorder à ces résultais. 
M. Truilhier a décrit avec une grande exactitude la route suivie 
par les caravanes entre Téhéran et Méched, et entre cette der- 
nière ville et lezd en passant par Tébès. Cette dernière partie de 
son itinéraire intéresse surtout la géographie, car elle dévoile la 
nature d'un vaste pays inexploré jusqu'alors, et où M. Truilhier 
n'a pas eu de successeurs pendant plus d'un demi-siècle. C'est par 
son journal de voyage que nous avons appris à connaître pour la 
première fois le caractère des déserts de l'intérieur du Khorassan, 
et la confirmation d'un fait intéressant de la physique du 
globe remarqué déjà par les Arabes , k savoir, l'irruption de la 



PARTIE MÉRlDlONAti; DE l'aSIE CEOTRAEE. 253 

limite de croissance des palmiers dans l'intérieur de celte pro- 
yince, ce qui permet de déterminer le point le plus avancé, 
vers le nord, de la limite septentrionale des régions asiali(|ues 
jouissant d'un climat tropical. A une description très exacte des 
localités qu'il a visitées lui-même, M. Truilhier a eu la bonne idée 
de joindre des renseignements, basés sur les témoignages des 
indigènes, sur les routes qui relient les endroits situés à gauche et 
à droite de celle qu'il suivait. Le principal mérite du voyageur 
français dans cette circonstance est, selon moi, d'avoir fait ce 
dernier travail avec une sobriété très judicieuse, S'abstenant de 
recueillir des ouï-dires, comme l'ont fait plus tard Fraser cl tant 
d'autres, sur des dislances immenses séparant des localités 1res 
éloignées les unes des autres, il s'est borné à consigner dans son 
journal ie témoignage des habitants sur les districts voisins des 
endroits de leur résidence habituelle, qu'ils avaient l'occasion 
de visiter souvent, et où, par conséquent, leurs souvenirs avaient 
toute chance d'être exacts. 

Ainsi, nous voyons que dans deux ans et quelques mois, le 
gouvernement français a pu, grâce au zèle des explorateurs na- 
tionaux habilement dirigés, recueillir des données sur la Perse 
presque tout entière, beaucoup plus exactes qu'aucun autre 
gouvernement européen conleniporain,et que ce résultat, obtenu 
sur une surface immense, embrassant 12 degrés de longitude 
sur l!i degrés de l'équateur, est dû à l'activité réunie de quatre 
individus seulement. La partie publiée de ces travaux géographi- 
ques, et surtout le délai qu'on a mis à les communiquer au pu- 
blic, permettent de croire qu'encore à présent les Archives de 
l'Élat possèdent des matériaux précieux mais inédits, et je prends 
la liberté d'émettre un vœu, c'est que toutes ces explorations soient 
enfin livrées à la publicité, ce qui serait véritablement digne de 
la haute position que la France occupe dans la science européenne. 

L'attention du gouvernement français s'étant portée vers ces 
pays lointains, son exemple fut bien vile suivi par le gouverne- 
vu. 33 



'2bà PAKTIE MÉRIDIONALE DE L'ASIE CENTBAIE. 

ment anglais, et je n'ai qu'a transcrire les mois par lesquels Pol- 
tinger commence la relation de son \oyage dans le Beloudchislan, 
pour indiquer la cause qui produisit cette série de voyageurs 
anglais que j'aurai l'occasion de citer dans ce mémoire. Voilà 
ce qu'il y dit (traduction de J.-B.-B. Eyriès, Paris, 1818, page 
9 et 10) : « Depuis longtemps Bonaparte annonçait hautement ses 
» projets hostiles contre les établissements anglais dans l'Inde ; 
» mais en 1807 et 1808 il les poursuivit si ouvertement et avec 
» tant d'activité et de résolution, que le gouvernement anglais, 
» tant en Europe qu'en Asie, jugea qu'il était absolument néces- 
» saire de prendre des mesures pour combattre ces efl'orts. » 
PoUinger et Christie ouvrent la liste des voyageurs anglais dans 
la partie méridionale de l'Asie centrale. Tous deux, officiers 
au service de la Compagnie , furent expédiés par le brigadier 
général Malcolm, en 1809, de Bombay dans le Beloudchislan, 
d'où, en se séparant, ils devaient rejoindre le général, soit à 
Téhéran, soit à Tébriz. Jusqu'à Kélat et de là à Nouchky, ils ont 
fait route ensemble. Plus loin, Christie devait se rendre par le 
Séistan à Hérat, d'où il se proposait d'aller à Kirman, comptant 
y rejoindre M. Potlinger auquel il prescrivit d'essayer d'y pénétrer, 
soit par la route du nord,à travers le désert, soit en longeant le lit- 
toral de la mer, soit enfin par Benpour. Christie qui, après son 
voyage est resté en Perse comme officier instructeur au service 
d'Abbas Mirza, et qui a été tué à Aslandouz dans une rencontre 
avec les troupes russes en 1812, n'a pas laissé de description dé- 
taillée de son voyage, et ce n'est que cinq ans après sa mort que 
Pottinger publia les notes de son chef, sur les pays qu'il avait visités. 
Il traversa le désert du Beloudchislan qui s'étend jusqu'au Hil- 
mend, atteignit ce fleuve à Pelatek, et l'ayant passé à Roudbar, 
il se rendit par Poulky à Mendar, puis il arriva à Djélalabad. 
Il est remarquable qu'ayant passé, plus loin, par Pichaveran 
et Djouvein, il ne dit nulle part avoir vu le lac de Hamoum, ce 
qui fait que sur la carte qui accompagne ie voyage de Potlinger 



PARTIE MÉRIDIONALE DE L'aSIE CENTRALE. 255 

ce lac est représenté d'une manière très incorrecte ; il est placé à 
une trop grande distance de la route suivie par Christie, à moins, 
toutefois, qu'à l'époque de son voyage celte nappe d'eau peu 
profonde n'ait été desséchée au point d'occuper une surface beau- 
coup moindre que celle qu'elle occupe maintenant. DeDjouveiii, 
par Férah, Anardereh et Okel , Christie -vint à Hérat. 11 resta un 
mois dans cette ville qui alors était encore dans toute sa splendeur, 
mais néanmoins, il en donne peu de détails, et ce qu'il en dit 
n'est pas toujours exact. Ainsi, nous lisons chez lui, a propos du 
Moussallah de Hérat : « Tout auprès, l'on voit quatre minarets 
» d'une mosquée qui était destinée pour le tombeau de l'Imam 
» MoHça Ali-Riza, mais il ne put, comme il s'en était flatté, venir 
»a Hérat; il mourut à Méched. » Je n'ai pas besoin d'insister 
auprès des lecteurs français pour démontrer qu'il y a plus d'er- 
reurs dans cette courte notice que de mots, car Christie semblait 
admettre comme une chose toute simple que l'édifice en question 
avait été construit du temps de l'Imam contemporain de Ma- 
moun, fils de Haroun-al-Rachid, ce qui ferait de ce monument 
l'une des plus anciennes bâtisses musulmanes, tandis qu'en réalité 
il n'a été achevé qu'en 860 de l'hégire , à peu près 600 ans 
plus tard. Le voyageur anglais pouvait facilement découvrir !a 
date approximative de la construction de cette fondation pieuse 
de la femme de ChahRoukh, tant par le style que par l'admira- 
ble état de conservation de ce beau spécimen de l'architecture de 
l'époque des Timourides, beaucoup plus respecté par le temps 
que parles soldats persans, qui y campèrent depuis à deux re- 
prises. 11 est vrai que jusqu'à présent, on raconte à Hérat que 
Chah Roukh avait l'intention de transférer dans le Moussal- 
lah les restes de l'Imam ; mais voyant les minarets de la mos- 
quée pencher vers l'ouest dans la direction de Méched peu de 
temps après leur construction, il prit ce tassement pour une ma- 
nifestation de la volonté du saint de ne pas être troublé dans 
sa dernière demeure, et abandonna son projet. De Hérat, le capi- 



256 PARTIE MÉRIDIONALE DE L'aSIE CENTRALE. 

taine Christie se rendit directement à Ispahan par Khaf et Tchar- 
dèh, ayant laissé Tébès au sud-est h 8 milles, d'après ce qu'on lui 
a dit. De Tchardèh, sa route coïncide avec celle du capitaine 
Truilhier. Ces deux voyageurs ne nous ont laissé que des notes 
très courtes, mais les observation de M. Truilhier sont bien au- 
trement instructives que celles de M. Christie j et, pour n'en 
citer qu'un exemple, le voyageur français décrit ainsi la route 
de Pouchti Badam au caravensérail d'Ila-Abad : « De Pouchti- 
« Badoun au caravensérail d'Ila-Abad, on compte 9 farçakhs 
» (27 kilomètres à peu près) (1). La roule est toute déserte et sans 
» eau, la direction au sud-ouest, comme la précédente. On fran- 
» chit à un Carcakh de Pouchti-Badoun des montas;nes basses. 
» Le chemin est rocailleux; on descend par une pente insensible 
«jusqu'à lla-Abad. Ce caravensérail est assez grand; quelques 
» cabanes sont auprès. On cultive quelques misérables pièces de 
» terre; l'eau du ruisseau est saumâtre, il y en a d'assez bonne 
» d;ins un puits. » M. Christie décrit la même route ainsi : « Au- 
» jourd'hui, nous avons marché au sud en montant doucement. 
» A 5 milles de distance, nous avons rencontré un ruisseau. Le 
» soir nous avons fait halte à lla-Abad, à ik milles de Pouchté- 
)) Badam (21 kilomètres à peupx'ès). Ce village, quoique situé dans 
1) le désert, a un sérail neuf et bien fourni de provisions. » 

Sur la route de Nouchki à Kirman, Pottinger commença par 
côtoyer le grand désert qui s'étend entre le Beloudchistan, leSéis- 
tan et Kirman. Ses observations sont beaucoup plus complètes et 
ont beaucoup plus de valeur scientifique que celles de son chef, et 
quoique la géographie ait été souvent négligée dans son livi'e 
pour faire place au récit de ses aventures personnelles et à la men- 
tion des réponses plus ou moins ingénieuses qu'il donnait aux 
musulmans, aux yeux desquels il se faisait passer pour un de 
leurs séides , la relation de son voyage exprime assez bien la 

(1) Le Farçakh du sud de la Perse est presque de moitié moins loDg qu'au nord ; je 
l'évalue à 4 kilomètres, tandis que celui du Khorassan en a plus de 7. 



PARTIE MÉRIDIONALE DE LASIE CENTRALE. 257 

triste impression que produit sur l'explorateur l'aridité du sol 
dans cette partie de l'Asie. La description qu'il donne de 
quelques phénomènes météorologiques fréquents dans ces pays, 
gagnerait beaucoup a ne pas être accompagnée d'explications 
qui dénoncent le peu d'habitude que l'auteur avait de pareilles 
matières. Ainsi, voulant rendre compte (tome I, page 250) des 
causes de la formation du brouillard sec, si commun dans ces 
pays, il dit : « Les particules les plus grossières de sable, empor- 
» tées par le vent dans l'air, tombent entièrement ; mais les plus 
» ténues sont raréfiées (sic) a un tel degré par la chaleur que le soleil 
» ardent excite sur le sol rougeàtre, qu'elles restent en quelque sorte 
» suspendues et flollantcs, jusqu'à ce que le retour de la température 
» ordinaire leur rende leur pesanteur naturelle. Elles tombent 
» alors selon la loi immuable de la nature (sic) ». l'otlinger n'est 
entré dans le grand désert proprement dit qu'entre Kharan et les 
ruines du village de Righan ; mais comme il est jusqu'à présent le 
seul européen qui ait fourni des notions sur le pays situé entre le 
i3eloudchistan et Bampour, ou lîenpour comme il l'écrit, la partie 
de son ouvrage consiicrée à la description de celte région présente 
beaucoup d'intérêt, de même que les renseignements qu'il a re- 
cueillis sur les Beloudj. Malheureusement il gâte souvent l'im- 
pression favorable produite sur le lecteur par une série de faits 
positifs cl vrais, en les faisant suivre d'aperçus généraux d'un 
vague véritablement désolant. Ainsi, à la page 62 du tome II, on 
lit « que l'affinité du Beloutchiki et du Persan donne un témoi- 
» gnage bien fort en faveur de l'origine occidentale de ce peuple; » 
puis à la page suivante il dit que son ignorance des dialectes turcs 
et tatars le pi-ive d'un moyen excellent pour résoudre la question 
de leur origine; et, enfin, dans les pages suivantes il tâche de prou- 
ver que ce sont probablement des Turcomans seldjoukides ou des 
Monghols, et tout cela en citant de temps à ;iulre des ouvrages 
orientaux, et en donnant dans le même instant des preuves éviden- 
tes de son peu de familiarité avec l'histoire musulmane de l'Asie; 



258 PARTIE MÉRTDÏONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

car il parle des khalifs de Bagdad an 90 de l'hégire, saute 
brusquement de l'an 92 de l'hégire à Mahmoud de Ghizni, parle, 
après Tchengizkhan, de l'inimitié implacable des rois kharas- 
miens qui oblige de nombreuses hordes de Monghols à fuir de la 
Perse ; bref, il ajoute à chaque digression historique tant de con- 
fusion sur un sujet qui n'est déjà pas très clair par lui-même, 
qu'on ne se rend pas compte des causes qui l'ont engagé à agir 
ainsi. 

La tournure prise bientôt après ces deux voyages par les événe- 
ments politiques de l'Europe, ôta à l'Angleterre toute crainte sur 
les projets de la France en Asie. Le gouvernement anglais se crut 
suffisamment renseigné sur ces pays lointains par les rapports 
d'Elphinstone, de Chrislie, de Pottinger et de Malcolm, qui, à eux 
quatre, ont coûté plus qu'une expédition de toute une compagnie 
de savants du continent voyageant dans ces pays dix ans de suite. 

.Tusqu'à l'année 1831, nous n'avons à citer aucun voyageur qui 
ait entrepris une exploration soit dans le Khorassan. soit dans 
la partie orientale de la Perse méridionale j néanmoins, l'intérêt 
du public anglais pour ces pays était vivement soutenu par 
trois publications littéraires d'un grand mérite : le poëme de 
Moore, Lalla Roohh, qui commence, comme l'on sait, par The veikd 
prophet of Khorassan; le roman de Mor'ier, H adji-Baba, et ï Histoire de 
la Perse de Malcolm. Bien qu'aucun de ces ouvrages ne soit un livre 
de géographie, on m'excusera si je leur consacre ici quelques 
mots, car ils ont plus fait pour populariser les connaissances sur 
cette partie de l'Asie, que les traités exclusivement destinés à les 
faire connaître. 

11 serait étrange de faire un crime à un poëte d'avoir embelli 
le pays oîi il place l'action de son drame ou de son épopée ; mais 
je ne crois pas que, pour cela seul, Moore puisse être complète- 
ment exempté du reproche d'avoir si peu compris la nature du 
pays et le caractère des habitants au milieu desquels il place 
les personnages de son poëme. Certes, ce n'est pas l'érudition qui 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 259 

lui a fait défaut : son ouvrage est hérissé de citations savantes. 
D'Herbelot, Chardin, le Koran, Abulféda, Ibn-Haukal, Niebuhr, 
Gibbon et d'autres, se trouvent cités au bas de chaque page. Ce 
qui lui a manqué, c'est l'inspiration, c'est la force que les poètes 
puisent dans cette espèce de seconde vue dont ils sont doués 
parfois, et qui leur permet d'évoquer un passé glorieux avec 
toutes ses splendeurs évanouies. Voilà pourquoi ses paysages ne 
sont que des tii'ades bien versifiées; mais elles n'ont rien de plas- 
tique, rien de vrai. Lisez par exemple (p. 185, édit. de Leipzig) la 
description de l'Oxus : c'est le Mémoire de M. Jaubert sur l'ancien 
cours de celte rivière, mis en vers, et on y chercherait en vain un 
tableau saisissant des montagnes neigeuses où ce fleuve majes- 
tueux prend sa source, et une description des mornes solitudes 
où il termine son cours; au lieu de tout cela, on n'y trouve 
qu'une quantité de termes géographiques ari'angés d'après les 
règles de la prosodie anglaise. Sou Mokaanna, sa Zelica, sont des 
abstractions très éloquentes et 1res passionnées quelquefois, mais 
qui n'ont d'oriental que le costume, et je crois fort que l'histo- 
rien anglais des Indes qui exprima a M. Mackinlosh son éton- 
nement, en apprenant que Thomas Moore n'avait jamais été en 
Orient, a simplement voulu faire un compliment peu sincère au 
poète. Mais comme ce poëme a eu une grande vogue, ii a puis- 
samment contribué à répandre des idées fausses sur la Perse 
oiùentale, et a préparé involontairement l'esprit public en Angle- 
terre à être saisi par un autre fantôme dont nous allons parler 
bientôt, et qui a exercé aussi, comme la crainte de l'invasion de 
l'Inde par Napoléon 1='', vme influence utile à la géographie des 
pays qui nous occupent. 

L'ouvraae de M. Morier a une tout autre valeur. C'est sans 
contredit le meilleur livre qui ait jamais été écrit sur la Perse; 
c'est un tableau exact et vigoureusement peint de la haute classe 
de la société persane, telle qu'elle était au commencement de ce 
siècle. Ciiose très remarquable, les descriptions de la nature sont 



260 PARTIE MÉKIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

beaucoup plus exactes dans le roman que dans la relation des 
voyages de l'auteur. Même les pays qu'il n'a jamais visités sont 
décrits dans le roman avec une vérité de coloris qu'il ne retrouve 
plus en parlant des contrées qu'il explore. L'inspiration le guide 
plus sûrement que l'examen personnel, et je n'hésite pas a dire 
que les romans de ce mérite font plus de bien à la science que 
beaucoup d'ouvrages volumineux et spéciaux. 

L'Histoire de la Perse de Malcolm n'est pas un ouvrage sérieux. 
L'auteur ne connaissait les langues orientales que par pratique. 
11 parlait plus ou moins bien le persan, comprenait quand on lui 
lisait les historiens qui se sont servis de cette langue; mais il n'était 
pas orientaliste, et se bornait à prendre des notes pendant que son 
mirza lui faisait la lecture de Mirkhond, de Kliondemir et d'autres 
auteurs qu'il cite dans le cours de son ouvrage. De manière que le 
livre du général Malcolm ne doit et ne peut être considéré, pour 
ainsi dire, que comme le canevas d'un ouvrage k faire, surtout à 
présent que les sources de V Histoire de Perse nous sont mieux con- 
nues. Mais, pour son temps, il a eu le grand mérite d'avoir com- 
blé une lacune fâcheuse dans les connaissances historiques de la 
majorité du public éclairé. 11 a donné le moyen, aux gens qui ne 
sont pas orientalistes de profession, de remplir un vide existant 
dans leurs connaissances du passé de l'Asie pour toute l'époque qui 
sépare Alexandre le Grand des temps modernes, par une série de 
faits basés sur des données chronologiques assez exactes; en un 
mot, il a frayé le premier une route dans un terrain qui n'avait 
rien d'inabordable, mais qui en avait toute l'apparence a cause des 
ténèbres qui l'enveloppaient. 

Héritiers de l'influence française en Perse, les Anglais avaient 
fondé a la cour d'Abbas Mirza, et dans plusieurs autres endroits du 
nord de la Perse, des noyaux d'européens qui ont beaucoup con- 
tribué "a rectifier les idées sur la nature du pays. Cette compagnie 
se recrutait, presque exclusivement, parmi les officiers des Indes; 
ainsi s'explique cette grande uniformité dans les moyens d'cxplo- 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 261 

ration de la Perse, uniformité qui, en présentant quelques avan- 
tages, avait aussi beaucoup de côtés faibles et ne produisit que 
très peu de résultats solides. Les officiers de l'armée des Indes 
quittaient, à cette époque, l'Europe îi un âge très peu avancé ; 
des bancs de quelques écoles primaires, ils passaient a un cercle 
d'activité très varié, où ils devaient souvent appliquer le peu de 
connaissances qu'ils avaient acquises chez eux h une série de 
questions ardues et compliquées ; ils devaient lever des plans, faire 
des observations astronomiques et météorologiques, se livrer à 
des recherches d'histoire naturelle, d'archéologie, de linguis- 
tique, etc. ; car tout cela attirait sur eux l'attention de leurs chefs 
et facilitait leur carrière. Mais, sans bases solides, ces travaux 
scientifiques ne pouvaient évidemment fournir que des a peu 
près, bons faute de mieux, mais ayant une très faible valeur intrin- 
sèque. Enfin, ils étaient tous sous l'inflaence des caprices de la 
mode scientifique qui gouverne en Angleterre si despotiquement. 
Jusqu'à présent elle admet, par exemple, qu'en se trompant sur 
un fait de peu de valeur de l'histoire romaine ou grecque de l'an- 
tiquité, on commet quelque chose d'impardonnable; tandis qu'en 
avançant un fait capital de l'histoire orientale avec peu d'exacti- 
tude, on ne commet qu'une simple erreur. On considère comme 
un crime de lèse-science, de ne pas parler avec plus ou moins de 
connaissance de cause de la formation des terrains d'une chaîne 
de montagnes que l'on dit avoir franchie; mais parler légère- 
ment de la végétation d'un pays en confondant les plantes de 
différentes espèces, même ne pas en dire un seul mot, citer des 
théories météorologiques hasardées, ne nuit en rien à la réputa- 
tion d'un livre. 

Toutes ces observations vont être corroborées par quelques 
mots que je crois devoir consacrer à l'ouvrage de M. Mac Donald 
Kinneir, publié en 1813 sous le titre de geographical Memoir of the 
Persian Empire, accompanied by a map, où il déclare avoir résumé 
tous les travaux géographiques exécutés par ses compatriotes, en 

VII. 34 



262 PARTIE MÉRIDIO>'ALE DE l'ASIE CENTRALE. 

Perse. Cet ouvrage n'est pas une brochure servant d'explication à la 
carte, c'est un volume in-4° de 486 pages, contenant la description 
de 23 provinces, dont 15 appartiennent a la Perse; les autres 
sont le Kîiboul, le Sinde, le pachalik de Baglidad et d'Orfa, l'Ar- 
ménie, la Géorgie, ia Mingrélie, le Daghestan caucasien et le 
Chirvan, c'est-k-dire tous les pays voisins de l'empire persan. En 
sus, ce mémoire contient soixante itinéraires relevés par les mem- 
bres des différentes missions britanniques qui se sont succédé en 
Perse pendant les treize premières années de ce siècle, ou recueillis 
par eux de la bouche d'indigènes dignes de foi. De cette manière 
l'on serait en droit de s'attendre a trouver dans ce livre beaucoup 
de renseignements nouveaux et utiles sur les pays dont il parle; 
mais malheureusement il n'est riche qu'en généralités qu'on au- 
rait pu écrire sur la Perse presque sans l'avoir vue. Ainsi, dans le 
chapitre consacré à la dcsci'iption du climat de ia Perse, l'auteur se 
borne à nous dire que ce climat, loin d'être chaud, varie avec les 
hauteurs, et que sur les montagnes, en été même, il fait très 
froid. Ses aperçus purement géographiques ne sont guère plus 
instructifs. A la page l/ib, par exemple, il veut établir la diffé- 
rence entre le caractère du sol de l'Aderbeidjan et cehii du 
Fars, et voilà comment il s'exprime ; je citerai ce passage textuel- 
lement, car j'avoue mon impuissance à le traduire d'une manière 
intelligible : « The character of the country, in this province, differs 
» materially from that ofFars and Irak. Hère we hâve a regular sitcces- 
» sionofmodulating eminences partially cultivated and opening into plains, 
» such as those of Oujan, Tabreezand Urumea. To the south, the moun- 
» tains of Sahund raise, in an accumulated mass, their toioering heads to 
» the clouds; and, on the north, the black rocks oftheKarabaug disappear 
» in the luxuriant végétation of Choioal Mogan. » Cette tirade l'on- 
llanle ne vaut certes pas une description moins sonore, mais plus 
claire; car, avec la meilleure volonté du monde, il serait difficile 
de comprendre comment les montagnes du Karabagh peuvent 
disparaître dans la végétation luxuriante du ïchowal Mogan, qui 



PAKnE MÉRimONALE Dli LASIE CENTRALE, 263 

n'est autre que le Tchouli Moughan, ou plaine du Moughan, une des 
steppes herbacées les plus fertiles de la Transcaucasie. Nous avons 
d'autant plus le droit d'être surpris de cette description con- 
fuse, qu'elle se rapporte à un pays spécialement étudié par 
les voyageurs anglais, et très facile à décrire en peu de mots j 
car, h l'est et à l'ouest, cette province est limitée par deux chaînes 
longitudinales, dont la premièi'e la sépare du Ghilan et la seconde 
de la Mésopotamie. Au nord, ces deux chaînes sont liées par un 
soulèvement de terrain latitudinal, qui, commençant à l'est au 
montSavalan (4.572"°), va aboutir dans le Koui'distan a la chaîne 
duRandilan, et, vers le sud, cette liaison a lieu au moyen d'une 
chaîne parallèle à celle du nord, portant le nom de chaîne de 
Bouzgouch et aboutissant au Séhend (3505"'). L'espace qui reste 
entre le Savalan et la chaîne du Ghilan est occupé par la plaine 
du Moughan, tandis que l'espace qui sépare Séhend de la chaîne 
des monts Kandilan est rempli par le lac d'Onrmiah; enfin l'espace 
entre toutes ces montagnes est occupé par une série de plaines 
disposées en terrasses, et dont le sol est plus ou moins fertile ou 
imprégné de sel. I;a carte qui accompagne l'ouvrage de M. i\in- 
neir est beaucoup meilleure que le mémoire; sa partie occiden- 
tale surtout mérite d'être étudiée, car elle nous présente un résumé 
consciencieux de tous les levés exécutés en Perse par les An- 
glais jusqu'en 1813. Sa partie orientale laisse beaucoup à désirer; 
car, comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, tout en 
apportant quelques corrections au tracé des itinéraires dans le 
noi'd duKhorassan admis dans la carte de Rennell, elle reproduit 
toutes les erreurs hyrirographiques de celte carte. Évidemment 
cette dernière imperfection ne piuit être mise sur le compte de 
!M. Kinneir; elle résulte directement du manque d'exactitude des 
matériaux mis à sa disposition. 

Ije but spécial du présent mémoire, qui ne traite que de la partie 
méridionale de l'Asie centrale, m'empêche d'analyser l'admirable 
voyage de M. Ouseley, qui, par la richesse et la solidité de ses 



264 PARTIE MÉRIDIONALE DE L'aSIE CENTRALE. 

renseignements, laisse bien loin dei'rière lui tous ses prédéces- 
seurs anglais, et fait vivement regretter qu'il n'ait pas eu l'occa- 
sion de visiter la Perse orientale. 

Passons à l'analyse du voyage de M. Fraser : 

Fraser vint aux Indes, non comme employé de la Compagnie, 
mais comme voyageur, et, après avoir parcouru les provinces 
occidentales de ce vaste pays, il conçut l'idée de visiter la Perse. 
Ne voulant pas retomber dans les redites, il entreprit d'explorer 
ce pays dans des directions nouvelles où aucun de ses compatriotes 
n'eût pénétré avant lui. Notamment, il se proposa de visiter les 
provinces orientales de la Perse, et même de pousser son voyage jus- 
qu'à Boukhara. A Bombay, il rencontra le docteur Andrew Jukes, 
nommé bientôt après envoyé extraordinaire de la Compagnie des 
Sndes à la cour de Téhéran, et s'embarqua avec lui pour Bouchir. 
Nous ne nous arrêterons pas à l'examen de la partie de son 
voyage qui traite des pays situés entre le littoral du golfe Persan 
et la capitale, et nous n'analyserons que très succinctement aussi 
les explorations de M. Fraser dans le Rhorassan. 

Fraser quitta la capitale de la Perse le 19 décembre 1821, et 
s'élant joint îi une caravane de pèlerins qui allait à Méched, il se 
rendit avec elle aNicliapour par la route connue, décrite déjà par 
Truilhier,qui passe par Kéboud Goumbez, Eivani-Keif que Fraser 
écrit inexactement Eiwanee Key, Gerdenei Serdereb, Dihi Nemek 
(Dinnarnuk cbez Fraser), Lazgnird, Semnan el Damghan. De Ni- 
chapour, il visita les mines de turquoises, revint encore une fois 
à Nichapour, d'où, par la route des montagnes, il se rendit à 
Méched où il arriva le '2 février 1822. Étant resté dans cette ville 
jusqu'au 11 mars , il renonça à son voyage de Boukhara et revint 
à Aslrabad par Kaboucban ou Koutchan, qu'il écrit Cochoon, puis 
par Chirvan, Boudjnourd, Sirvan, Kallabkhaii et Robati Achik. 
Four rendre son voyage aussi utile que possible à la géographie, 
il emporta avec lui un sextant qui pouvait se visser sur un pied 
ûxe, deux chronomètres, un télescope, une petite boussole de 



PARTIE MÉKIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 265 

Smalcalder et quelques thermomètres, dont l'un portait une divi- 
sion assez fine pour pouvoir être employé comme hypsomètre. 
Le voyageur ne se donne pourtant pas la peine d'indiquer en com- 
bien de parties chaque degré était subdivisé, ni comment il se 
servait de l'instrument pendant les expériences, de manière qu'il 
est impossible de savoir jusqu'à quel degré ses déterminations 
des points d'ébuUition sont exactes. 11 mit beaucoup d'assiduité à 
faire des observations astronomiques; mais comme il ne les a 
jamais publiées en détail, nous ne pouvons les juger que par les 
résultats qu'il a donnés. Il détermina en tout, depuis liouchir, 
42 longitudes, dont oh au moyen du transport du temps par 
le chronomètre, et 8 par l'observation des éclipses des satel- 
lites de Jupiter. En outre, il contrôla six fois ses déterminations 
chronométriques par des observations d'éclipsés des satellites de 
Jupiter, et douze fois, tantôt Its unes et tantôt les autres, par la 
mesure des distances lunaires; mais il n'y a que deux points où 
nous avons les résultats obtenus par ces trois méthodes à la fois. 
Ces points sont : 

Long, cljronom. Par les éclipses. Distances lunaires. 
Damghan. ... 84" 33' 80" Bi° 48' 48" 54° 2' 00" 
Nichapour . . . iiS" 46' 38" 58" 48' 15" 58" 56' 30" 

La différence de hQ minutes pour le premier point et de 10 mi- 
nutes pour le second, ne donne pas une très haute idée de l'exac- 
titude des observations elles-mêmes, et dans tous les cas cette 
discordance justifie la prudence avec laquelle W. Arrowsmith 
a modifié plus ou moins les coordonnées géographiques de 
quelques points déterminés astronomiquement par M. Fraser, 
d'après l'indication des distances évaluées par le voyageur et 
les angles qu'il a mesurés à l'aide de la boussole. JNous profitons 
de cette occasion pour faire observer que, tout extraordinaire que 
puisse paraître l'assertion que les longitudes fournies par ime 
simple opération topographique puissent surpasser en exactitude 



206 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSJE CENTRALE. 

celles qu'onobtientpardes méthodes astronomiques, cette assei>- 
tion n'en est pas moins vraie si l'observateur n'est pas un astro- 
nome consommé, et s'il n'a pas à sa disposition tous les instru- 
ments de précision indispensables pour obtenir des résultats d'une 
grande exactitude. M. Fraser a rendu un véritable service à la 
géographie, en rapportant beaucoup d'observations topo£;ra- 
phiques dont nous venons de pai'ler; et le bonheur qu'il a eu de 
trouver un interprète aussi habile que M, Arrowsmith pour repré- 
senter graphiquement ses observations, fait qu'il est le premier qui 
nous ait donné une idée exacte de l'orientation de différentes loca- 
lités du Khorassan septentrional, et de la configuration du sol 
entre la mer Caspienne et Méched. Outre une ample narration de 
ses aventures personnelles, interrompue par des descriptions plus 
ou moins détaillées des villes qu'il a rencontrées sur son chemin, il 
y a deux parties dans le voyage de M. Fraser, le chapitre XI et 
l'appendice B, qu'il consacre exclusivement à une description 
géographique du Khorassan. Comme premier essai de description 
d'un pays presque entièrement inconnu, ce travail mérite quelque 
attention ; mais comme l'auteur n'a vu lui-même qu'une très petite 
partie de la contrée dont il parle, et que pour tout le reste il ne fait 
que reproduire les témoignages d'autrui, plusieurs traits du carac- 
tère du sol sont inexactement interprétés. Ainsi, par exemple, il 
applique le nom de table land, plateau, au grand désert salé qui 
s'étend au sud de la chaîne latiludinaledu Khorassan septentrional, 
tandis que s'il en avait fait le tour, ou s'il s'était seulement donné la 
peine de consulter la carte de Lapie dont nous venons déparier, 
il se serait aisément convaincu que les bords de ce désert sont 
plus élevés que son centre, et que par conséquent le terme de 
bassin, ou de dépression, lui conviendrait mieux. Presque partout 
où il veut généraliser ses impressions topographiques et orogra- 
phiques, cela lui réussit mal. Dans le chapitre XII, il donne des 
détails curieux sur les tribus turcomanes qu'il a eu occasion d'étu- 
dier de visu, de même que sur celles qu'il n'a connues que par des 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE, 267 

ouï-dires, et il ajoute par ce travail quelques faits ethnographiques 
nouveaux k ce que son prédécesseur en Turcomanie, le capitaine 
Mouravief, a publié dans son Voyage. Pour les détails archéologi- 
ques et historiques, le voyageur anglais n'est exact qu'en tant qu'il 
reproduit le témoignage pur et simple de ses informateurs per- 
sans; là où il fait de l'histoire de son cru, il est généralement peu 
exact. Ainsi, par exemple, en parlant de Tous, il dit avec une grande 
assurance que cette ville célèbre fut détruite par Tchinghiz-Khan 
et n'a jamais pu se relever depuis, tandis que nous savons qu'lbn- 
Batouta, qui y a été plus de cent ans après Tchinghiz, en parle 
comme d'une « des plus illustres villes du Khorassan « (Voyez la 
traduction de ce voyage par MM. Defrémery et Sanguinetti, 
tome III, page 77). Ftlirkhoud nous donne des détails sur une 
visite qu'y fit Chah Roukh en 823 de l'hégire; moi-même j'y ai 
trouvé une dalle sépulcrale placée en 985 de l'hégire, et j'ai con- 
staté de plus que le nom de cette ville disparaît des listes des 
positions géographiques gravées sur les tablettes des astrolabes 
persans après l'an ilOO de l'hégire. Or, comme Tous n'a jamais 
été un lieu réputé saint, il est impossible d'admettre que quelqu'un 
ait eu l'idée de s'y faire enterrer après la destruction de la ville; 
de même, les listes des positions géographiques qu'on gravait 
sur les astrolabes servaient à faciliter les calculs astrologiques 
tels que nativités et autres, évidemment applicables seulement à 
des points habités. Il résulte de tout cela que, bien loin d'être com- 
plètement détruite par Tchinghiz, cette ville ne s'est entièrement 
dépeuplée que dans le commencement du siècle dernier. Malgré 
ces petites imperfections, le voyage de M. Fraser a été très utile 
k ia science, et il faut lui en savoir d'autant plus de gré que tout 
ce qu'il a fait, il l'a accompli seul, avec une assiduité digne de 
tout éloge, et avec un zèle qui ne lui a fait défaut ni au com- 
mencement ni k la fin de ses longues et laborieuses explorations. 
Ses descriptions de certaines localités, comme, par exemple, celle 
du passage des montagnes entre JNichapour et Méched, sont très 
exactes, et reproduisent avec beaucoup de vérité la nature du 



268 PARTIE MÉRIDIONALE DE LASIE CENTRALE. 

paysage. Souvent même, le voyageur anglais décrit avec bonheur 
différentes scènes de la vie privée des Persans ; mais souvent 
aussi sa connaissance imparfaite de la langue persane l'empêchait 
de bien saisir le véritable sens des scènes auxquelles il assistait. 
Sons ce dernier rapport il a été surpassé par son compatriote 
et son successeur dans ces pays, le capitaine Conolly, dont le 
voyage va nous occuper tout à l'heure j mais nous croyons devoir 
faire précéder nos remarques sur son livre par quelques mots 
sur la tendance de l'opinion publique en Angleterre quant îi la 
politique orientale contemporaine, à l'époque de son voyage. 

Ayant succédé aux Français en Perse, les Anglais, forts des 
subsides qu'ils versaient annuellement dans le trésor du Chah, 
forts du corps d'officiers instructeurs qu'ils surent amicalement 
imposer au gouvernement persan, et surtout forts de la prédilec- 
tion et de l'engouement qu'avait pour eux Abbas Mirza, étaient 
omnipotents à la cour du prince régent entre les années 1815 et 
1825. Les succès obtenus par laRussie pendant les années 1827 et 
1829 en Perse et en Turquie, les pertes que les Persans avaient 
essuyées en se conformant aux conseils des Anglais, portèrent 
un coup sensible à leur influence dans ce pays et firent douter 
en Angleterre même de l'utilité d'entretenir une influence aussi 
coûteuse. 11 fallait donc trouver aux yeux du peuple anglais quel- 
que prétexte nouveau, afin qu'il consentît a se prêter avec la même 
complaisance que par le passé à des sacrifices d'argent considéra- 
bles sans aucun profit matériel. Ce fut alors que le fantôme de 
l'invasion russe dans l'Inde surgit de l'imagination des diplomates 
anglais en Orient, et cette fantasmagorie eut un grand succès. La 
masse du public anglais s'y est laissé prendre. 11 était, dès lors, 
tout naturel de s'attendre à une nouvelle série de voyageurs étu- 
diant spécialement la question de l'invasion russe et de sa possi- 
bilité, comme on les avait vus étudier les chances probables de 
l'invasion française. Par ordre chronologique, le capitaine Arthur 
Conolly ouvre cette nouvelle liste d'explorateurs anglais dans la 
Perse orientale. 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 2G9 

Parti de Londres a la fin de l'été de 1829, il se rendit à Saint- 
Pétersbourg, traversa la Russie, le Caucase, et passa l'hiver de ! 829 
à 1830 a Tébriz, La capitale de l'Aderbeidjan était alors la ré- 
sidence du prince royal AbbasMirza, Viéritier présomptif du trône 
de Perse et véritable régent de l'empire, car son père, entouré à 
Téhéran d'une cour somptueuse, n'avait gardé du pouvoir que le 
droit de jouir des plaisirs et de veiller à la conservation du trésor 
de l'État. Le prince royal, toujours encore dominé par les Anglais, 
accorda a Conolly toutes sortes de facilités officielles pour son 
voyage, et, de plus, il eut le bonheur de trouver un fidèle compa- 
gnon musulman qui s'était engagé aie suivre jusqu'aux Indes, et 
auquel revient la plus grande part dans la réussite de ce voyage 
périlleux. SeïdKeramet-Ali, c'était le nom de ce compagnon, 
était Chiite indien venu en Perse pour affaires de commerce. 
S'étant trouvé souvent en contact avec des Européens, il avait 
en partie dépouillé ce fanatisme farouche qui rend impossible au 
voyageur chrétien en Orient de her des rapports de franche 
amitié avec les indigènes musulmans, et lui entrave l'étude et 
la juste appréciation de l'état social des pays asiatiques, où 
tout est différent de ce qu'il a vu chez lui, et où un guide expé- 
rimenté et sincère ne peut être remplacé que par un très long 
séjour, une connaissance parfaite de la langue, et une puissante 
volonté de pénétrer, coûte que coûte, les mystères de la société 
musulmane. Seïd-Keramet-Ali a été utile au capitaine Conolly, 
non-seulement a cause de ce que très souvent il a su le tirer de 
situations périlleuses ou désagréables, mais surtout par ses con- 
seils et ses conversations, qui permirent au voyageur anglais de 
juger les hommes et les choses des pays qu'il visitait, avec beau- 
coup plus de justesse qu'aucun de ces prédécesseurs ou de ses suc- 
cesseurs anglais n'avait pu le faire. Aussi, le voyage de Conoliy 
doit être considéré surtout comme un tableau fidèle de l'état 
social de la Perse orientale, tableau où le mérite de la manière et 
du coloris appartient évidemment a l'auteur anglais, mais dont le 



35 



270 PARTIE MÉRIDIONALE i)E L'aSIE CENTRALE. 

trait, les clairs et les ombres sont en grande partie dus à l'expé- 
rience de son compagnon indien. Malgré la qualité précieuse 
de cet ouvrage qui est unique en son genre , il a été compara- 
tivement peu apprécié en Europe. On y cherchait de la géograr 
phie, et c'est justement son côté faible. N'ayant entrepris ce 
voyage que dans le but spécial d'étudier la possibilité de l'invasion 
de l'Inde à travers la Perse, le capitaine ne décrit les localités qu'il 
visite que sous le point de vue stratégique, et il développe avec 
beaucoup de talent les résultats de son examen dans un appendice 
qui me paraît être la discussion la plus lucide de cette question, 
si souvent entamée par les voyageurs et les publicistes anglais. 

Conolly quitta Tébriz, le 6 mars de l'année î 830, et arriva le 14 
du même mois à Téhéran. Ayant consacré trois semaines a l'étude 
de la capitale et à l'achèvement des apprêts définitifs d'un long 
voyage, il partit le 6 avril de Téhéran, et, par la vallée de Djadje- 
roud, Sari et Achref, il se rendit à Astrabad où il espérait pouvoir 
trouver les moyens de se rendre à Khiva. Confiant dans les pro- 
messes des Turcomans, il s'aventura parmi eux; et non-seulement 
il dut renoncer à son plan primitif, mais après avoir été pillé et 
maltraité par les nomades, il s'estima fort heureux d'être revenu 
sain et sauf à Astrabad, après un séjour de quelques semaines sous 
les tentes turcomanes, Cette excursion périlleuse lui a donné le 
moyen d';ijouter quelques détails curieux à ce qui était déjà connu 
par le voyage du capitaine Mouravief sur la partie méridionale 
de la côte orientale de la mer Caspienne. D'Astrabad, qu'il quitta 
le 12 juin, il se rendit à Chah Roud par une route qui n'a pas été 
décrite avant lui, nommément par Ziaret, le col de Djilin bilin et 
Hefstchechmé. De la, jusqu'à Méched, il suivit la route ordinaire 
des caravanes et des pèlerins, et cette partie de son voyage ne 
présente d'intérêt que comme description fidèle et animée de 
ces pèlerinages ex-voto, qui sont tellement dans les mœurs des 
orientaux musulmans, qu'il m'est arrivé de rencontrer à Tébriz 
un vieillard, père de famille, établi à Marghilan, entre Rhokand 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 271 

et Yarkand, sur la frontière de la Cbine, qui se décida en vingt- 
quatre heures à aller à la Mecque avec toute sa nombreuse famille, 
séduit par la description de ce voyage faite par son fils à peine 
retourné de là, et qu'il recommença après avoir couché une nuit 
seulement sous le toit paternel pour se reposer d'une absence qui 
avait duré trois ans. 

Le manque d'argent et la difficulté de s'en procurer retinrent Co- 
nolly a Méchedplus longtemps qu'il ne l'aurait voulu, et il est bien 
à regretter que, craignant de tomber dans les redites, il renvoie 
le lecteur pour la description de cette ville an voyage de Fraser, 
car j'ai l'intime persuasion que, guidé par son seïd, il nous aurait 
communiqué des détails beaucoup plus exacts sur cette localité peu 
connue, que ceux fournis par son prédécesseur. En effet, malgré 
cette modestie, le peu qu'il nous en dit nous donne une idée beau- 
coup plus correcte sur l;i manière d'être des habitants de cette 
capitale du Khorassan, que les longues descriptions de Fraser. 
Ayant enfin obtenu les moyens de continuer sa route, il profita 
du départ de Méched d'un petit corps de cavaliers Afghans que 
le chef de Hérat avait envoyé au secours des Persans contre la 
Russie, seulement après la conclusion delà paix, et qui ne signala 
sa présence dans les États du Chah que par une série de pillages 
et de désordres, si bien qu'on leur sut gré de les voir enfin se déci- 
der à rentrer dans leurs foyers. La route parcourue par ce corps 
d'armée n'était pas la route ordinairement suivie parles caravanes, 
et Conolly aurait rendu un véritaljle service à la géographie en 
la décrivant sur tonte son étendue entre Méched et Tourbeti 
Cheikhi Djam, avec plus de détails qu'il ne le fait; mais, soit 
qu'il ait dû se conformer aux habitudes des mœurs orientales et 
voyager seulement pendant la nuit, soit par suite du manque de 
loisir de prendre sur place des notes précises, il est très difficile 
d'orienter cette route au moyen du peu de renseignements confus 
<ju'il nous en donne. De Tourbeti Cheikhi Djam, par Touman Agha 
et Tirpoul, il arriva, le 22 septembre de grand aiatin, a lierai, h 



272 PAETIE MÉRIDIONALE DE L'aSIE CENTRALE. 

dixième jour, après avoir quitté Méched. Les détails topographi- 
ques et ai'chéologiques que M, Conolly donne sur Hérat, ne sont 
pns très nombreux, mais tout ce qu'il en dit est exact, et les por- 
traits de Yar Mouhammed Khan et d'autres personnages mar- 
quants qu'il a eu l'occasion d'approcher, sont esquissés par lui 
avec beaucoup de bonheur. Il quitta Hérat le ! 9 octobre 1830. Sa 
roule jusqu'à Kandahar, par le caravansérail de Mir Oullah, Roudi 
Ghez, Ziareti Khodjeh Oureh, Koullah, Kouchki Djambouran, 
Sebzar, Guirichk et Kandahar, est décrite avec beaucoup d'exac- 
titude. Les détails que M. Conolly a recueillis sur l'histoire mo- 
derne des Afghans, ont un très grand mérite. J'ai eu moi-même 
l'occasion de vérifier quelques parties de sa narration par des 
conversations avec les témoins oculaires et même les acteurs des 
drames qu'il relate, et j'ai acquis la conviction qu'il était très bien 
renseigné, et qu'il a puisé les faits qu'il nous communique aux 
sources les plus certaines. U termine son ouvrage, comme nous 
l'avons déjà dit, par un mémoii'e consaci'é a l'examen de la ques- 
tion de la possibilité de l'invasion de l'Inde par une armée russe. 
Il conclut qu'une expédition de cotte nature ne présente aucun 
obstacle matériel absolument insurmontable, surtout si elle est 
dirigée non, au travers du Khorassan, mais en descendant l'Oxus, 
et si elle est calculée de manière à pouvoir être exécutée en deux 
ans; la première année, depuis la frontièi'e delà Russie jusqu'aux 
confins del'Âfghanistan, et la seconde à travers l'Afghanistanjus- 
qu'à l'Inde. Ce qui affaiblit considérablement l'autorité de ses 
déductions, c'est qu'au moment oii Conolly écrivait ce mé- 
moire, il ne connaissait les pays qu'il croit être le théâtre Je plus 
approprié à la réussite de l'entreprise que par des ouï-dire, et ce 
n'est que douze ans après qu'il lui a été donné de l'explorer en per- 
sonne. Victime du fanatisme musulman, il a été assassiné le 
25mail8/i2,parordre de l'émir deBoukhara, quarante jours après 
mon départ de celte ville, mais d'après ce qu'il m'a dit lui-même, 
l'examen personnel de ces contrées n'a modifié que très peu ses 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 273 

premières convictions a ce sujet. Quoique ConoUy ne croie guère 
a la possibilité de la réussite d'une entreprise militaire russe 
dans l'Inde, il le dit avec si peu d'assurance, que son travail sur ce 
sujet n'a en rien contribué à tranquilliser l'esprit public en An- 
gleterre. D'autant plus que, sans le vouloir, peut-être, il aida à 
asseoir le fantôme de l'invasion sur une base qui avait toute l'ap- 
parence de la solidité, car il dit a la page 322 du tome II de son 
ouvrage : « Butin our endeavours to crush thepower of Napoléon, we 
» gave strength to Russia, whonow commands from her adjoining frontiers, 
» the influence over Persia for wich France intrigued from a distance. » 

Avant que M. Conolly ait eu le temps d'arriver k Calcutta, le 
gouverneur général des Indes songeait à faire examiner la 
même route du sud au nord, el cette lâche a été dévolue au capi- 
taine Alexandre Burnes. 

Le voyage de M. Burnes, publié par lui, à Londres, en trois 
volumes, a eu une grande vogue, il a été traduit en français, en 
allemand et en russe, de manière qu'il est trop connu pour que 
j'aie besoin de l'analyser en détail. Le capitaine Burnes a été 
envoyé en 1830 sur l'Indus, pour décider la question de savoir 
si ce beau fleuve est navigable par des bateaux à vapeur; s'étant 
acquitté de cette mission à la satisfaction du gouverneurgé- 
néral, il lui suggéra l'idée de l'envoyer de Delhi, à Caboul et à 
Boukhara, pour reconnaître cette route et pour donner au gou- 
vernement et au public anglais quelques notions sur un pays 
dont l'exploration semblait être devenue un monopole russe. Au 
commencement de décembre de l'année 1831, il obtint la per- 
mission sollicitée, et quitta Delhi le 23 du même mois. Très 
bien reçu à Kaboul par Dost Mouhammed Khan et surtout par 
son frère le Nawab Djabbar Khan, il séjourna assez longtemps 
dans cette ville. Les détails qu'il donne sur l'Afghanistan sont 
peut-être ce qu'il y a de mieux dans son ouvrage. Par la route de 
Koundouz, Balkh et Karchi, il arriva à Boukhara le 21 juillet. Y 
étant resté une couple de semaines, il continua son voyage avec une 



274 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'ASIE CENTRALE. 

caravane qui se rendait a Méched. Il visita chemin faisant et très 
à la hâte les ruines de Beikend, la plus ancienne ville de la Sogh- 
diane, et ayant passé le 16 août l'Oxus à Bétik, il traversa le désert 
des Turcomans, la province de Merv, et arriva le 14 septembre 
à Méched. Après \m très court séjour dans cette ville, il alla re- 
joindre à Kabouchan quelques-uns de ses compatriotes qui s'y 
étaient rendus avec le prince royal Abbas Mirza pour l'aider à 
soumettre cette province rebelle. Profitant du départ de Hamza 
Khan pour Âstrabad, où il devait résider comme gouverneur des 
Turcomans, Burnes quitta le 23 septembre le camp persan, et se 
rendit au Mazandéran par la route déjà décrite par Fraser et qui 
traverse Boudjnourd, Sarrivan. Kila Khan et Chahbaz. Ayant visité 
Achref, il arriva le 21 octobre "a Téhéran, par la route d'Ali Abad, 
et revint enfin aux Indes par Chiraz et Bouchir. 

L'ouvrage de Burnes est agréablement écrit et se lit presque 
comme un roman, mais on l'oublie tout aussi vite. Les sujets 
traités dans son voyage sont très variés ; il y donne des aperçus 
sur le climat, sur la direction des chaînes de montagnes, sur le 
cours des rivières, sur l'ethnographie, sur la statistique, sur les 
questions d'archéologie de l'antiquité et d'archéologie musul- 
mane, etc., 'etc.; mais toutes ces questions n'y sont qu'effleurées. 
^1 est évident qu'un fond d'études solides fait défaut au voyageur 
intelligent et zélé, et c'est pour ceia que dans les cas mêmes où 
il'cite des observations intéressantes, il les gâte en les énonçant 
d'une manière peu exacte et manquant de toute précision scien- 
tifique. Ainsi, par exemple, il a constaté dans le désert une diffé- 
rence de 50° F. entre la température du sable et celle de l'air, 
mais malheureusement cette observation n'a aucune valeur, car 
le voyageur a oublié de dire si la température de l'air était prise 
au soleil ou à l'ombre et comment il a fait pour obtenir la tempé- 
rature du sable. Il a oublié même de mentionner à quelle époque 
de la journée se rapporte cette curieuse donnée météorologique. 
A la page 104 du IV volume (2° édition), il parle d'un fait de géo- 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 275 

graphie physique très important , notamment de la variation, 
éprouvée par le niveau de la mer Caspienne et dit : « There is 
» prévalent bellef, that the waters on the south side of the Caspian 
« hâve been receding and during this 12 years they hâve retired about 
» âOO yards, of which 1 hâve ocular proofs; » mais il ne se donne 
même pas la peine de nommer l'endroit oîi il a constaté ce fait, 
ni si la pente y était douce ou rapide, ce qui fait une grande di£fé- 
rence, car il est aisé de comprendre que le long d'une surf;ic.e 
peu inclinée, la mer pouvait facilement parcourir dans sa retraite 
300 yards, sans changer notablement de niveau, tandis que si 
ces 300 yards se rapportaient à une pente rapide, lo phénomène 
prenait, par cela seul, un tout autre caractère. Le peu de connais- 
sances du voyageur dans les langues, l'histoire et la littérature 
de l'Orient, l'expose à des erreurs encore plus regrettables; ainsi, 
pour ne citer que ce qui nous tombe sous la main, je signalerai 
quelques-unes de ces assertions extraordinaires, page 70, tome 111. 
11 fait de Geuher Chad Agha, femme si influente de Chah Roukh, 
un homme Gahur shah, « a descendant ofthe illustrons Timour; » a la 
page lOi, il fait d'un Laanet-nameh, c'est-à-dire défense écrite 
pour empêcher de faire quelque chose sous peine de damnation, 
un « Lanut-Nooma >' et le traduit par « Curse shower {sic) ! Ces 
citations pourraient être multipliées à l'infini, et voila pourquoi, 
tout en rendant justice au désir lou.ible du voyageur anglais, 
d'être aussi utile a la science qu'il le pouvait, il m'est impossible 
même de souscrire à la louange légèrement ironique de M. de 
Humboldt, qui, en appréciant à la page 35 du premier volume de 
l'Asie centrale, le voyage de M. Burnes, dit : « L'ouvrage du lieu- 
" tenant Burnes réunit à la richesse des notions pri.'cieuses, le 
» charme de la candeur et d'une noble simplicité de narration. •> 
M. Burnes a racheté en partie ses péchés scientifiques en con- 
fiant ses observations topographiqnes, à M. John Arrowsmith, 
qui, les ayant jointes à d'autres matériaux qu'il possédait déjà sur 
ces pays, a publié la carte très connue, immédiatement traduite 



276 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

en français et qui pendant très longtemps a été le document le plus 
authentique et le mieux fait qu'on ait eu sur l'Asie centrale. Même 
à présent où il y a des travaux plus récents et plus exacts, c'est 
une pièce utile a consultei'. Comme ConoUy, Burnes s'occupe 
aussi de la question de l'invasion de l'Inde, et sans consacrer à 
ce sujet une digression spéciale, il y l'evient dans beaucoup d'en- 
droits de son livre; mais ses déductions sont tout aussi peu con- 
cluantes que celles de son prédécesseur. Ainsi, dans le passage où 
il s'exprime plus catégoriquement qu'ailleurs, après avoir décrit 
les difficultés que présente au voyageur le désert qui entoure 
Merv, il dit (page 22, tome 111) : « Withsuch an enumeration ofpelty 
» vexations and physical obstacles it is dubious, if an army coidd cross 
» the désert at this point. » 

La publication de la belle carte de M. Arrowsmith a mis en 
évidence, plus que tout autre travail géographique, l'insuffisance 
des bases sur lesquelles reposaient nos connaissances de la confi- 
guration du terrain dans la partie méridionale de l'Asie centrale. 
Sur l'énorme étendue de la surface terrestre, projetée sur cette 
carte, il n'y avait que sur les côtes de la Caspienne et sur celles 
du golfe Persique, quelques points dont les coordonnées géogra- 
phiques aient été déterminées rigoureusement. Toutle reste, et sur- 
tout le tracé de l'intérieur du pays, reposaient sur des évaluations 
vagues, telles que les pas des chevaux ou des chameaux et les azi- 
muths mesurés au moyen de la boussole, dont la déviation même 
du méridien vrai n'était pas connue. La même incertitude régnait 
par rapport à la direction des chaînes de montagnes, le cours des 
rares rivières de ces contrées arides, la configuration de ses mers 
intérieures et de ses lacs, la limite de ses déserts, bref presque tout 
y était hypothétique. Nulle part, cette vérité n'a été si profondé- 
ment reconnue que dans le bureau des cartes de l'état-major de 
l'armée russe. Obligé souvent de reproduire dans ses publications, 
telle ou telle auti'e partie de l'Asie centrale adjacente aux fron- 
tières de l'empire de Piussie, cet établissement se voyait dans la 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 277 

nécessité de i-eproduire, sans aucun changement, un tracé évi- 
demment faux, et de propager ainsi des données erronées, en 
garantissant, en quelque sorte, leur exactitude par l'usage officiel 
qu'on en faisait. Voilk pourquoi ce bureau profila de la première 
occasion de remédier à cet état de choses. En 1838, le gouverne- 
ment russe se proposa d'envoyer quelques cadeaux aux Chah de 
Perse, de même qu'au gouverneur général du Khorassan, comme 
marque spéciale de la bienveillance de l'empereur envers ce der- 
nier, pour le remercier de la protection qu'il accordait aux pèle- 
rins sujets russes, qui se rendent chaque année, en nombre consi- 
dérable, des provinces caucasiennes à Méched. Le transport de ces 
cadeaux fut confié au capitaine Lemm.M. Lemm, ancien élève du 
célèbre astronome W. Slruve, avait déjà fait ses preuvesj en 1824 
et 1825, il accompagnait le colonel Berg dans une expédition d'hiver 
dirigée vers la côte occidentale de la mer d'Aral, où, malgré le froid 
intense qui régnait alors dans ces contrées inhospitalières, il dé- 
termina avec une grande précision les latitudes et les longitudes 
de beaucoup de localités visitées par l'expédition, et contribua, 
plus qu'aucun autre, a asseoir les cartes des régions septentrio- 
nales de l'Asie centrale sur des bases solides et vraiment scienti- 
fiques. Bientôt après, il fut envoyé dans le pays des Cosaques du 
Don, d'où il rapporta une nombreuse série de déterminations 
géographiques d'une grande exactitude. Passionné pour cette 
application délicate de l'astronomie a la géographie, M. Lemm 
suivait attentivement tous les perfectionnements apportés dans 
les dei-niers temps par Struve, Bessel et d'autres, dans les mé- 
thodes d'observation applicables à la détermination des coor- 
données géographiques. Se livrant constamment, à l'observatoire 
de l'état-major, a la comparaison des différents instruments pro- 
posés pour ce but, M. Lemm réunissait toutes les qualités voulues 
pour ce genre de travaux ; aussi les résultats qu'il a rapportés de 
son voyage ne sont-ils guère restés au-dessous des espérances que 
sa nomination avait inspirées à tous les amis de la géographie. 



36 



278 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

Dans le voyage qu'il devait entreprendre, il ne pouvait plus compter 
sur l'avantage, qui l'avait beaucoup aidé dans ses excursions 
antérieures, de rester toujours à proximité d'endroits dont la posi- 
tion fut déjà rigoureusement déterminée, et où il pût facilement 
vérifier la marche de ses chronomètres. Il avait à explorer une 
immense contrée où aucune longitude n'était connue avec préci- 
sion, et où il était obligé de déterminer des longitudes absolues. 
Dans ce but, il fut muni d'un instrument des passages d'Ertel, 
d'un cercle prismatique de Steinheil, et de quatre chronomètres 
de Brockbanks, Barraud et Arnold. On lui avait donné en outre 
deux baromètres, deux thermomètres libres, un horizon ai'tificiel 
et un odomètre. Les observations de M. Lemm, calculées par lui- 
même au retour de son voyage et déposées aux archives de l'état- 
major, ont été revues à l'observatoire de Poulkova, et comme 
M. 0. Slruve a publié une savante analyse de ces importants 
travaux dans le tome V des Mémoires de l'Académie des sciences de 
Saint-Pétersbourg , je m'abstiendrai de tout détail sur les méthodes 
d'observations employées. Je n'emprunterai au travail du savant 
académicien que quelques faits relatifs au voyage du capitaine 
Lemm. Ayant quitté Pétersbourg le 22 août 1838, M. Lemm se 
dirigea sur Astrakhan, où il arriva le 11 septembre. En route, il 
détermina la position géographique de sept points, et comme la 
latitude de trois d'entre eux, Koslov, Novokhopersk et la colonie 
allemande de Sarepta, était déjà connue avec une grande préci- 
sion, les nouvelles valeurs des mêmes coordonnées ont servi à 
donner la mesure de l'exactitude des observations de M. Lemm. 
S'étant embarqué à Astrakhan le 2 octobre sur un navire à voiles, 
il n'arriva à Recht que le 4 novembre, après une traversée extrê- 
mement tourmentée, ayant déterminé, durant ce trajet, la posi- 
tion de quatre ports de la mer Caspienne où son navire s'arrêta 
pour quelque temps. A Recht, l'astronome voyageur resta trois 
semaines; néanmoins, comme pendant ce temps la position de 
la lune, par rapport au soleil, ne permettait pas d'observer favo- 



PARTIE MÉKIDIONAIE DE L'aSIE CENTRALE. 279 

rablement à la lunette méridienne les passages de ses bords, la 
longitude de la capitale du Ghilan n'a pu être déterminée que par 
le transport du temps, à l'aide des chronomètres j elle n'en mérite 
pas moins une entière confiance, tant par l'accord parfait des résul- 
tats fournis par les observations partielles, que par le peu d'éloigne- 
ment où Recht se trouve des endroits dont la longitude est connue, 
et oij M. Lemm a eu occasion de vérifier la marche de ses montres. 
Ayant quitté le Ghilan le 25 novembre, le voyageur arriva le 8 dé- 
cembre à Téhéran, par la route de Kazbin. 11 a déterminé sur ce 
trajet la position de huit points nouveaux. Décidé à passer l'hiver 
dans la capitale de la Perse, M. Lemm établit son instrument d'Er- 
tel sur une base solide, dans l'une des cours de l'hôtel de l'ambas- 
sade de Russie, et détermina, par une nombreuse série d'observa- 
tions des passages des deux bords de la lune, la longitude de 
Téhéran avec une grande précision. Le 15 février de l'année 1839, 
il se mit en route pour Méched. Les instruments destinés à la 
mesure des angles étaient chargés sur un cheval, les chronomètres 
étaient portés par un piéton persan, allant toujours à côté de 
M. Lemm, qui lui-même portait son baromètre en bandoulière. 
Chaque soir, il s'arrêtait pour faire des observations, et c'est grâce 
aux précautions que nous venons d'indiquer, jointes h la grande 
expérience de l'observateur, qu'il a pu déterminer en vingt-neuf 
jours, sur la route décrite par ]MM. Truilliier et Fraser, la longi- 
tude et la latitude de vingt et un points. x\rrivé le J 6 mars à Méched, 
M. Lemm n'y resta que douze jours ; mais ce temps lui suffit pour 
déterminer la longitude absolue de cette ville, ainsi que sa latitude, 
et pour relier, par une petite triangulation, la position de son obser- 
vatoire au centre de la coupole de la mosquée d'Imam Riza. Dési- 
rant rapporter autant que possible des résultats nouveaux, M . Lemm 
n'hésita pas à prendre à son retour la route septentrionale; malgré 
les dangers qu'elle présentait alors, par suite des incursions 
des Turcomans; c'est la même route qu'avaient suivie avant lui 
Fraser et Bûmes, Il mit à la parcourir, entre Méched et Téhéran, 



280 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

quarante-cinq jours, et détermina dans cet espace de temps la 
position de trente stations, parmi lesquelles se trouvent les villes 
de Kabouchan ou Koutchan, Boudjnourd, Chirvan et Astrabad. 
Or, comme pendant tout ce temps, il devait se reposer, pour ses 
longitudes, uniquement sur ses chronomètres, il s'agissait avant 
tout d'en déterminer la marche aussi exactement que possible. 
Arrivé à Téhéran le 12 mai, M. Lcmm consacra à cette vérifi- 
cation vingt-huit jours. 11 profita de ce temps pour fixer la position 
d'Argouvani et pour mesurer trigonométriquement la hauteur du 
mont Démavend, qui, d'après ses mesures, a 6375 mètres ou 
20085 pieds anglais d'élévation au-dessus du niveau delà mer. 
Pour retourner en Russie, M. Lemmpritla route del'Aderbeidjan, 
et, étant resté quinze jours à Tébriz, quatre en quarantaine a 
Djoulfa, sur le bord de l'Araxe, et quinze k Tiflis, il quitta cette 
ville le 19 août, et revint à Pétersbourg le 22 septembre par la 
route militaire du Caucase, qui passe par Vladikavkaz et 
Novotcherkask. Son journal de route témoigne qu'il observa 
chaque nuit ; c'est ainsi qu'il parvint à déterminer trente points 
entre Téhéran et Tiflis, et entre cette ville et Péter-sbourg dix- 
sept points en longitude et en latitude. Le résultat astronomique 
total de son voyage, qui dura treize mois, fut la détermina- 
tion exacte, a 10' près en latitude et à 15' en longitude, de 
cent vingt- neuf points, dont vingt -deux appartiennent k la 
Russie d'Europe, vingt- quatre aux provinces caucasiennes et 
quatre-vingt-trois a la Perse. Nous avons mentionné plus haut 
que M. Lemm avait emporté deux baromètres ; quoiqu'il ne les 
eût pris que pour déterminer un élément indispensable au 
calcul des réfractions astronomiques, néanmoins, ayant trouvé 
k Téhéran dans le colonel Blaremberg un observateur exact, et 
qui s'est obligeamment oÉfert k noter régulièrement k des heures 
convenues les indications de cet instrument pendant toute la 
durée de l'absence de M. Lemm de Téhéran, il lui laissa l'un de 
ses baromètres, et c'est en comparant ses observations baromé- 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 281 

triques à celles du colonel Blaremberg que M. 0. Struve a pu 
calculer la liste des hauteurs absolues d'une série de points situés 
sur la route parcourue par M. Lemm dans le Khorassaii, Tout en 
méritant beaucoup plus de confiance que les -valeurs hypsomé- 
triques obtenues par M. Fraser, sans observations correspondantes 
et au moyen d'un simple thermomètre, dont il se servait, comme 
nous l'avons vu, pour déterminer les points d'ébullition, nous nous 
empressons de dire que les hauteurs publiées par M. 0. Struve ne 
doivent êti'e considérées que comme des valeurs approximatives, 
car, tout étant persuadé que les instruments qui ont servi a ces 
observations étaient dans un excellent état, et que les observations 
elles-mêmes étaient faites avec toute l'exactitude voulue, l'éloi- 
gnement de Téhéran était trop considérable pour qu'on piît 
rigoureusement considérer les observations de M. Blaremberg 
comme correspondant aux observations de M. Lemm. Néanmoins, 
il est le premier voyageur qui ait porté un baromètre à Méched. 

Ainsi, pendant que presque toutes les nations de l'Europe con- 
tribuaient à doter la science de faits isolés, il est vrai, mais beau- 
coup plus corrects que ceux que l'on possédait jusqu'alors sur ces 
régions asiatiques, des esprits profonds , tels que Cari Rilter 
et le baron de Humboldt, essayaient de grouper ces observations 
détachées dans des aperçus généraux, pour tirer de leur ensemble 
quelques-unes des lois de la physique du globe et de la haute 
géographie. 

Le huitième volume de la Description de l'Asie de C. Ritter, 
qui traite des pai'ties méi'idionales de l'Asie intérieure, a paru en 
1838; et comme cet ouvrage doit être considéi'é, à juste titre, 
comme donnant, à cette date, le dernier mot de la science géogra- 
phique, comme son savant auteur a su tirer profit pour ses investi- 
gations de tout ce que les voyageurs, les historiens, les philologues, 
les archéologues et les naturalistes ont fait pour élucider le présent 
et le passé de ces pays, il est indispensable que nous présentions 
un exposé succinct des opinions qu'y développe Cari Rilter, 



282 PARTIE MÉRIDIONALE DE L'aSIE CENTRALE. 

Ce n'est pas seulement pax' sa vaste érudition que le grand 
géographe de Berlin a mérité la place qu'il occupe parmi les géo- 
graphes modernes; c'est surtout par la méthode qu'il a introduite 
dans la science. D'autres avant lui se sont illustrés par de grands 
et beaux travaux, Guillaume Delisle, d'Anville, Malte-Brun; à 
Cari Ritter appartient l'honneur d'avoir créé, on peut dire, la 
géographie descriptive. Avant lui, les descriptions géographiques 
n'étaient fondées sur aucune méthode fixe; la théorie de la science 
n'existait pas, on n'avait aucune raison de préférer une méthode à 
une autre. Ritter, le premier, fut frappé de l'idée si naturelle que 
la surface solide du globe terresti-e devait nécessairement et natu- 
rellement se subdiviser en parties distinctes les unes des autres, et 
que chacune de ces parties dovait offrir des propriétés spéciales, 
dont l'énoncé seul suffisait pour la distinguer de toutes les autres ; 
qu'il était inutile de chercher cette propriété caractéristique dans 
la végétation, la constitution du sol, les limites des races, les limites 
politiques, tous indices qui dépendent d'une seule et unique pro- 
priété, la configuration extérieure du terrain; et, conséquemment, 
que si l'étude orographique d'une région quelconque de la surface 
terrestre nous amène à la considérer comme ayant un caractèi-e 
propre, individuel, sui generis, on peut être sûr qu'elle se distin- 
guera des autres par ses propriétés météorologiques, géologiques, 
botaniques et zoologiques. L'application de ce principe à la des- 
ci'iption de l'Afrique et de l'Asie a rempii la vie laborieuse de ce 
savant éminent. Les recherches modernes permettront de simpli- 
fier ce travail, de le rendre plus exact et plus complet; mais le 
principe fondamental de la méthode géographique, le principe 
inauguré par Ritter, restera toujours comme un beau monument 
de sa perspicacité et de son profond talent d'observation. Dans la 
partie de l'ouvrage que nous nous proposons d'analyser, i'iilustro 
géographe de Berlin commence par grouper toutes les mesures 
hypsométriques faites en Perse; et comme pour la partie orien- 
tale de cet empire ii n'avait à sa disposition que les valeurs obte- 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 283 

nues par Fraser, qui embrassent, comme nous le savons, une 
partie des limites occidentale et septentrionale du Khorassan, 
il lui manquait beaucoup de données pour se faire une idée 
exacte de la configuration du sol dans cette partie de l'Asie cen- 
trale. Voilà pourquoi ses conclusions sur le profil de l'intéxùeur 
du Khorassan et sur les limites orientale et méridionale de ce 
pays ne sont que très -vaguement indiquées. Néanmoins, la grande 
habitude qu'avait Ritter d'arriver a des conclusions exactes parla 
comparaison seule des caractères distinctifs de différentes localités 
qui n'ont que certains points de ressemblance, lui permit de recon- 
naître à priori qu'il y avait une grande probabilité de retrouver 
dans le Séistan une conformation du sol analogue à celle que 
MM. Fuss et Bunge avaient constatée dans le Gobi, c'est-à-dire d'y 
rencontrer une grande dépression du plateau iranien, sans pour- 
tant que cette dépression puisse égaler celle du bassin aralo-caspien. 
Nos mesures ont prouvé que cette déduction était rigoureusement 
exacte. Mais lorsque Ritter dit que le sol iranien ne s'abaisse nulle 
part au-dessous de 2000 pieds (t. VllI, p. 8), il formule une con- 
clusion hasardée, que nos observations ont contredite (1). 

Le chapitre il porte le titre à'Âperçu historique. Ici Ritter 
chercheà donner plus de précision aux noms assez vagues d'Ariens, 
i'Aria, d'Iraniens et d'Iran, en se basant sur les recherches 

(1) Nous croyons devoir signaler icià l'attention du lecteur la phrase de Bitter qui termine 
celte conclusion. Selon moi c'est un lapsus, que Ritter lui-même aurait certainement fait 
disparaître à une nouvelle révision. Appréciant les mesures de Fraser, il dit : « Les mesures 
11 du voyageur britannique, qui ne sont pas très rigoureuses, étant basées sur l'observation 
» des points d'ébuUitiou et non sur des observations barométriques, ont acqui?:, grâce aux 
i> méthodes de calculs plus rigoureux qui leur ont été appliqués par MM.OllmanselKnorr, 
1) un plus grand degré de précision, etc. u Si l'observation est inexacte, aucune méthode 
de calcul ne peut lui donner l'exactitude. Le résultat calculé par une certaine méthode peut 
être plus rigoureusement déduit de l'observation que par une méthode différente, rien de 
plus ; et comme nous avons vu que Fraser n'indique même pas comment il se servait de son 
thermomètre pour obtenir les points d'ébuUition, aucun géomètre ne pourra le deviner et 
par conséquent ne pourra corriger cette méthode inconnue, sans parler d'autres sources d'er- 
reurs, telles que le déplacement du point zéro, les erreurs de l'échelle thermométrique, etc. 



284 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

de Silv. de Sacy, de Burnouf et de Chr. Lassen; mais après une 
savante discussion, il ne parvient à circonscrire le pays auquel le 
nom d'Arie peut être appliqué que par deux limites bien distantes 
l'une de l'auti-e, l'Indus à l'orient et le Kourdistan à l'occident. 
Dans la seconde partie du même chapitre, il tâche de préciser le 
sens du tei'me géographique Iran proprement dit, dans les 
limites qu'on lui peut assigner d'après le poëme de Firdoussi, 
basé, comme on sait, sur d'antiques traditions, et même sur 
d'anciennes relations écrites. Le résultat le plus intéressant de 
cette dernière investigation est la constatation de l'antiquité et 
de la ténacité de l'antagonisme existant entre les races sémiti- 
ques arabes, la race iranienne et les races turques, antagonisme 
qui n'a pas encore complètement cessé de nos jours, car nous 
voyons la Perse actuelle sous la domination d'une dynastie d'ori- 
gine turque. Le chapitre lit est intitulé : Aperçus archéolo- 
giques. L'Iran d'après sa tradition primitive; sens religieux de ce 
mot. Pays d'Ormuzd, Eerièné Véedjo, patrie des pères primitifs; 
Eeriéné Véedjo, pays d'immigration des peuples sous la conduite 
de Djemchidj pays saint, d'après les sources zendes. Cela nous con- 
duirait trop loin d'exposer en détail les recherches auxquelles 
le savant géographe a été amené pour résoudre les diffé- 
rentes questions qu'il a énoncées dans le titre que nous venons 
de transci'ire. Pour nous rendre compte du résultat définitif 
de toutes ses investigations, il suffit de citer le peu d& mots 
par lesquels il les formule : « Ainsi, l'analyse grammaticale du 
» plus ancien texte du Zend Avesta, de même que le sens naturel 
» de ce qui est rapporté sur les plus anciennes migrations des 
» peuples, nous conduit [à placer le berceau de la race iranienne] 
» près du grand nœud de la chaîne du Caucase indien. » Le cha- 
pitre IV rapporte les fragments de l'ancienne géographie de 
l'Iran, qu'on retrouve dans les sources zendes et les inscriptions 
cunéiformes. Ici encore ce sont presque exclusivement les travaux 
d'Eugène Burnouf et de Christian Lassen qui fournissent a Rilter 



PARTIE MÉRIDIONALE DE L'aSIE CENTRALE. 285 

les données nécessaires pour retrouver l'application des onze loca- 
lités ii'aniennes mentionnées dans le Zend Avesta, a savoir, par 
ordre d'ancienneté de leur occupation par les représentants de 
cette race, la Soghdiane, ou khanat de Boukhara; la Marghiane, 
ou territoire deMerv; laBactriane, ou territoire de Balkh; Niçâ3a, 
le territoire de Nichapour; l'Ariane, ou territoire de Mérat; le 
Vaêekereta, pays que M. Ritter ne se décide pas à identifier avec 
aucune des provinces connues actuellement (1); l'Hyrcanie, le 
Djordjan des Arabes; l'Arachosie, l'Arokhadj actuel; l'Haêtumat, 
ou bassin du Hilmend ; Ilagaî, le territoire de l'ancienne Piei, non 
loin de Téhéran; et enfin le Hapta-Hendou (2). 

La seconde partie du même chapitre est consacrée à une 
dissertation sur les noms et la position géographique des localités 
habitées par des nations d'origine iranienne , tributaires de 
Darius d'après l'inscription cunéiforme de Persépolis. Elles sont, 
comme on sait, au nombre de vingt-six, dont dix appartiennent 
à la. Perse occidentale, deux a la Perse moyenne, et quatorze à la 
Perse orientale. Ces recherches purement géographiques sont in- 
terrompues par deux digressions très étendues sur l'ctat du 
déchiffrement des inscriptions cunéiformes, et sur les résultats 
généraux obtenus par les recherches dont les anciennes langues 
de l'Iran et l'origine de la race iranienne ont été l'objet. Quel- 
que intéressants que puissent être ces deux savants mémoires, 
il faut avouer que l'habitude de Ritter d'intercaler dans sa géo- 
graphie des traités complets sur toutes sortes de questions qui 
n'ont qu'un rapport très éloigné au but principal de son ouvrage, 
en rendent parfois l'étude assez fatigante. Le chapitre V expose 
la division de la Pei'se d'après les auteurs grecs, hébreux et latins, 
Hérodote, Arrien, Platon, le prophète Daniel, le livre d'Esther, 

(1) M. Lassen, M. Haug et M. Kiepert s'accordent à reconnaître dans le Vaêkerela de 
l'Avesta le Séistan actuel. 

(2) Nom qu'il ne faut pas traduire par les Sept-Indes, mais par les Sept-Rivières. C'est 
le Sapta-Sindhou de la géographie védique, région qui répond h notre Pendjab. 

VII. 37 



286 PARTIE MÉRIDIONALE DE I'aSIE CENTRALE. 

Strabon, Pline, Ammieh Marcellin et Isidore de Charax. Ici 
Ritter se trouve sur un terrain cultivé par beaucoup de ses pré- 
décesseurs; mais il donne en maître un extrait succinct de leurs 
travaux, et il n'y omet rien d'essentiel relativement aux nom- 
breuses recherches, aux conjectures ou aux résultats définitifs 
auxquels on est arrivé sur ce sujet. 

Le chapitre VI traite des mêmes questions que le précédent 
d'après les sources musulmanes, et comme dans cette partie de 
son ouvrage il se borne à donner, en extrait, un travail publié par 
M. de Ilammer dans les Annales de Vienne, il est bien loin de 
paraître complet actuellement, où un grand nombre de sources 
arabes et persanes sont devenues accessibles, même à ceux qui ne 
sont pas orientalistes. 

Toutes ces recherches, que nous venons d'indiquer sommaire- 
ment, ne forment qu'une introduction à la géographie de la Perse, 
laquelle commence, à la page 129, par la description de la limite 
orientale de ce pays, c'est àdire du plateau de l'Afghanistan. Pour le 
géographe de Berlin, l'Afghanistan présente un système de quatre 
plateaux : celui de Kaboul, celui des Hézarèhs, celui de Ghizni et 
enfin celui de Kandahar, Cette réunion de plateaux est bordée au 
nord par le Hindoukouch et au sud par la chaîne des monts Soli- 
man; à l'ouest, les montagnes qui lui servent de limite étendent 
leurs ramifications dans le désert duSeistan. Cette manière lucide 
d'esquisser en peu de traits une vaste région d'une nature orogra- 
phique très compliquée, est en général le plus grand mérite de 
Ritter; mais la description de l'Afghanistan mérite d'autant plus 
d'éloges, qu'il l'a faite bien avant la publication des levés topo- 
graphiques exécutés dans ce pays par les Anglais, et qu'il a su 
déduire un résumé aussi clair de trois ouvrages très incomplets 
sous le rapport de l'orographie exacte : à savoir, la traduction des 
mémoires du sultan Baber, par Erskine; l'ouvx'age de M. Eiphin- 
stone, et le voyage de M. Burnes. Les descriptions détaillées de 
chacune de ces grandes subdivisions se ressentent un peu de la 



PARTIE MÉRIDIONALE DE i'ASIE CENTRAWJ 287 

stérilité des sources auxquelles il a. dû puiser ses renseigne- 
ments; néanmoins, il ne s'est pas borné seulement à en extraire 
tout ce qu'elles contenaient de véritablement instructif, mais il a 
su relever quelques faits importants d'ethnographie et de géo- 
graphie physique, insuffisamment appréciés avant lui. Ainsi il me 
paraît être le premier qui ait remarqué que les auteurs orientaux 
qualifient les Hézarèhs de Turcs, et que probablement ce n'est pas 
un peuple de race distincte, mais une branche de la race mongole. 
Néanmoins, tout en proclamant ce fait, qui est parfaitement exact, 
Ritter ne peut abandonner complètement i'idée de l'origine ira- 
nienne de ce peuple; car, a la page 136, nous trouvons cette asser- 
tion singulière que les Hézarèhs sont probablement les Hnzvarèh 
d'Ardéchir, nom qui signifie en zend giierrier, héros. Le second 
chapitre de cette description est consacré "a l'étude ethnographique 
du pays et au rapport mutuel des perples qui l'habitent, d'après 
les relations historiques. L'effort que fait Ritter, dans celte partie 
de son ouvrage, pour éclaircir les ténèbres et débrouiller la con- 
fusion qui enveloppent l'origine des Tadjiks et des Afghans, n'est 
pas couronné de succès 5 mais il me semble qu'il caractérise les 
Afghans d'une manière plus satisfaisante que le Tadjiks. Ces re- 
cherches se terminent par une digression intitulée : Revue des 
contrastes entre l'orient et l'occident de l'Asie centrale. Ce litre, 
un peu vasle, promet plus qu i'i ne tient, car il ne s'agit ici que 
d'une comparaison des races indiennes et des Afghans. Un sujet 
de cette nature, traité par Ritter, doit nécessairement le con- 
duire à des remarques originales et instructives; mais il est bon 
de se rappeler, en le lisant, qu'il arrive parfois, quoique rarement, 
à l'illustre géographe d'être entraîné, par son penchant à la géné- 
ralisation, aadelk d'une probabihté rigoureuse, et que la richesse 
des faits sur lesquels il base ses déductions est telle, que quelque- 
fois même il oublie ce qu'il a dit, ou ce qu'il va dire ensuite. 
Ainsi, aux p, 207 et 208 nous Usons que « l'Hindou comme 
» guerrier est un être ridicule aux yeux des Afghans, » ce qui gé- 



288 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

néralement n'est pas exact, car si le paisible marchand qui tremble 
pour son argent laborieusement acquis, et supporte patiemment 
les avanies auxquelles il est exposé par la brutalité des Afghans, 
n'est pas précisément l'idéal du guerrier, le Sikh énergique qui, 
dans une série de conflits sanglants, a prouvé sa force aux 
Afghans et a fini par leur enlever la province de Péchaour , ne 
provoque guère leur hilarité. Plus loin, p. 208, il observe que 
«le dattier ne dépasse pas le plateau de l'Afghanistan, et que cet 
«arbre royal disparaît de l'Iran près de Péchaour, ainsi qu'un 
» grand nombre de plantes qui vivent dans les mêmes conditions 
» que le palmier, » oubliant qu'il va dire un peu plus loin que le 
palmier est cultivé en Perse jusqu'à Tébès inclusivement. A la p. 2ii 
nous lisons : « Le tigre royal ne se trouve que dans le Bengale et 
» dans les pays Indo chinois ; dans les contrées indo-persanes il est 
«complètement étranger. " Oui, mais il reparaît plus au nord sur 
la côte méridionale de la mer Caspienne, et même il est assez fré- 
quent dans les forêts de Lenkoran. 

La seconde section de ce volume est intitulée : « Limites septen- 
trionales de l'Iran. « Le peu de faits généraux qui étalent à la dis- 
position de Rltter pour caractériser la conformation du sol de 
cette partie de l'Asie se traduit par l'extrême sobriété des détails 
consignés dans le § 6, oii il tâche d'esquisser à grands traits la 
nature du pays qu'il va décrire. Tout ce qu'il en sait est contenu 
dans la première phrase de ce chapitre, phrase qui n'a pas moins de 
onze lignes, et qui nous apprend que le plateau élevé de l'Iran 
est limité au nord par une chaîne de montagnes, qui, se détachant 
de l'Hindoukouch et du Paropamlse , se prolonge sans inter- 
ruption jusqu'à la côte escarpée qui borde au sud la mer Caspienne; 
qu'à partir des méridiens de Balkh et de Hérat, les montagnes 
qui forment cette chaîne perdent subitement leur caractère de 
grande élévation, et conservent partout une hauteur moyenne et 
peu considérable jusqu'à l'endroit oîi elles atteignent le Demavend 
et les sources du Kizyl-Ouzen, mais que néanmoins les plaines qui 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CEiNTEALE. 289 

s'étendent au nord-est de cette chaîne ne s'abaissent nulle part au- 
dessous de 1500 pieds; qu'à l'est, la pente septentrionale de cette 
chaîne ne se creuse nulle part en larges vallées fluviales, mais plutôt 
en rigoles étroites servant de conduits à de rapides et minces filets 
d'eau, tels que la rivière de Balkh, le Hériroud, le Riourghab et le 
Tedjen, qui tous se dirigent vers l'Oxus; et qu'à l'extrémité occi- 
dentale seulement de cette pente nous trouvons deux rivières consi- 
dérables, l'Atrek et le Gourgan, qui coulent vers l'ouest. 

Le premier chapitre de cette section, auquel l'auteur a donné 
pour titre : Partie orientale de la limite septentrionale, Khoras&an, se 
subdivise en un aperçu et trois exphcations. Dans l'aperçu, l'auteur 
entre dans quelques détails sur les changements éprouvés a diffé- 
rentes époques par les hmites du Rhorassan, et après une analyse 
rapide des causes de ces variations, il en déduit très judicieusement 
la valeur stratégique de celte province pour l'empire de Perse, au- 
quel le Khorassan sert maintenant, comme jadis, de boulevard con- 
tre les attaques des races turques. L'explication première contient 
la description de Balkh et de son territoire, région à laquelle Ritter 
applique le nom de premier gradin ou première teri'asse du Kho- 
rassan. La seconde explication est consacrée a la description de 
la vallée du Mourghab, Margus et Epardus des anciens, et à celle 
de l'oasis de Merv , l'Antiocheia des anciens. Enfin la troisième 
donne des détails sur Hérat, depuis l'époque d'Alexandre le Grand 
jusqu'à notre siècle. Je ne m'arrêterai pas "a l'analyse détaillée de 
ces trois chapitrc»s, car cela dépasserait le cadre qui m'est im- 
posé par la nature même de ce mémoire; je me bornerai à ob- 
server que Ritter excelle clan| ces sortes de monographies. A 
l'aide de sa vaste érudition il épuise son sujet, et présente sous 
une forme concise absolument tout ce que les voyageurs et 
les géographes ses prédécesseurs en ont dit d'essentiel. Voilà 
pourquoi l'ouvrage de Ritter devrait être entre les mains de tout 
voyageur qui se propose de visiter un pays décrit par l'éminent 
géographe de Berlin , dont le traité remplace toute une biblio- 



290 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

thèque et indique clairement les lacunes qui doivent être comblées. 
Le chapitre II de cette section sert de continuation au premier; 
mais avant de procéder à la description de la partie occidentale 
de la limite du Khorassan au nord, Ritter tâche de donner 
quelques détails sur la configuration du terrain qui borne celte 
province au sud. Après avoir décrit, dans une introduction à ce 
chapitre, Tourbeti cheikhi-djam , Tourchiz et Tébës, d'après 
Fraser et les géographes arabes, de même que kzd, d'après 
le voyageur anglais et M. Dupré, il avoue franchement l'exiguïté 
de nos connaissances sur cette vaste partie de la Perse, et ajoute 
« qu'il a cru devoir réunir dans un tableau succinct tout ce que 
» l'on savait sur cette matière, afin qu'un voyageur hardi qui s'y 
» risquerait par amour de la science puisse facilement voir ce 
» qui reste à y faire, n Celte introduction se termine par une 
note détaillée sur l'oasis de lezd et sur les ignicoles persans, em- 
pruntée en grande partie à l'excellente dissertation de M. W. 
Ouseley. Dans la première explication , il décrit le district de 
Serakhs et la vallée du Tedjen. La description delà vallée de cette 
rivière est assez confuse, et la faute en est plutôt a Fraser et k 
13urnes qu'à Ritter , car ces voyageurs ne disent pas que cette 
rivière ne commence a porter ce nom que depuis l'endroit dit Pouli- 
Khatoun,où le Hériroud, rivière de Hérat, se joint à l'Abi-Méched, 
rivière de la capitale du khorassan, et qu'elle conserve depuis lors 
le nom de Tedjen, jusqu'à l'endroit où elle se perd dans les sables 
du désert des Turcomans. La deuxième explication est consacrée à 
ladescriptiondeMéchedet deses alentours. L'auteur y indique les 
routes de caravanes qui conduisent k celte ville, donne des détails 
savToiis, ancienne capitale du Khorassan, et sur Méched dont il tra- 
duit k tort le nom parce tombeau», car chacun sait que ce mot vtut 
dire « Heu de martyr ». Ce chapitre est clos par la description 
du mausolée de l'Imam Riza. Bans la troisième explication, Ritter 
parle deNichapour et de son territoire et y intercale une note assez 
étendue srarles mines de Turquoises. La quatrième explication est 



PARTIE MÉRIDIONALE 0E l'aSIE CEiNTRALE. 291 

consacrée 1" ala description do la région montagneuse (d'Hyrcania) 
qui donne naissance aux fleuves Gourgan et Atrek, et 2° à celle des 
plaines a travers lesquelles ces deux rivières parallèles coulent vers 
la Caspienne. Enfin la cinquième explication, la plus étendue de 
toutes, contient une digression ethnographique très intéressante 
sur les tribus nomades de la Perse Si je ne l'analyse pas ici en 
détail, c'est que je compte y revenir très incessamment dans im 
mémoire spécial sur l'ethnographie de la race iranienne, qui for- 
mera la seconde partie du présent travail. Dans les chapitres !îl 
et suivants, Piitter décrit le Mazandéi'an et d'autres provinces qui 
n'entrent pas dans notre sujet. 

L'ouvrage que M. de llumboldt publia en 1841 a Paris (Gide, 
en 2 vol. in-S") sous le titre d'Asie centrale, a contribué d'une 
manière encore plus puissante a attirer l'attention des savants 
sur les explorations faites dans cette partie du globe, qui venait 
alors d'acquérir une triste célébrité en Europe par le désastre 
des Anglais dans l'Afghanistan Ecrit en français, par un savant 
aussi justement célèbre que l'était le baron A. de Humboldt, 
et riche en détails scientifiques de tout genre , ce livre a acquis 
une grande popularité; mais, quanta nos connaissances sur la 
partie méridionale de l'Asie centrale, il ne les a pas fait avancer 
d'un pas. Ayant exploré en personne les régions septentrionales 
de l'Asie centrale, s'étant livré dans sa jeunesse à une étude pro- 
fonde de tout ce que l'on savait sur la nature de la limite orientale 
de cette partie du continent asiati(jue, l'illustre explorateur de 
l'Amérique du Sud semble avoir complètement perdu de vue la 
partie méridionale de cette vaste portion du vieux monde. Dans 
deux ou trois endroits de son ouvrage, il mentionne en passant 
le plateau de l'Iran ; il croit même avoir démontré rigoureusement 
quela chaîne latitudinale qui traverse la Perse doit être considérée 
comme une continuation du Kouen-loun et non de riiiaiâlaya, 
mais il ne va pas au delà. Et telle est la puissance de son génie, telle 
est la riches-se de son érudition, tel est surtout son talent de 



292 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

poser, plus tôt que de les résoudre, une masse de questions, qu'en 
étudiant son ouvrage on n'est pas choqué du silence qu'il garde 
sur une partie essentielle de l'ensemble qu'il examine. On n'a pas, 
pour ainsi dire, le temps de remarquer cette solution de continuité 
dans ses recherches. La carte qui accompagne l'ouvrage de M. de 
Humboldt n'ajoute rien non plus à ce qui était déjà connu sur la 
Perse orientale; c'est une reproduction assez exacte, pour cette 
partie de l'Asie, de la carte de M. Arrowsmith, mais sur une 
échelle beaucoup plus restreinte. Même les résultats scientifiques 
obtenus par les Anglais dans l'Afghanistan et communiqués au 
baron de Humboldt n'ont été que médiocrement appliqués par 
lui à la rectification de sa carte , comme il le dit lui-même dans 
une note qui y est gravée. 

Les événements politiques contemporains de ces travaux ont 
largement contribué a agrandir nos connaissances sur l'Asie 
centrale en général, et, en particulier, sur le sud de cette 
région, [l'expédition du Chah de Perse à Hérat, l'expédition russe 
à Khiva et l'expédition anglaise à Kaboul, toutes trois entreprises 
sans beaucoup de succès au point de vue militaire, ont donné lieu 
à quelques recherches scientifiques dont la géographie a profité. 

Quoique toutes les missions européennes résidantes à la cour 
de Perse aient accompagné le Chah dans sa campagne d'Hérat, ce 
voyage d'une vingtaine d'Européens à travers le Khorassan n'arap- 
porté à la géographie qu'une description des mines de Turquoises 
de Nichapour, faite par M. Chodzko, et un ouvrage statistique et 
géographique sur la Perse publié en langue russe par le général 
Blaremberg. Mais après la levée du siège de Hérat, l'Anglelerre a 
cru devoir envoyer dans cette ville une mission nombreuse sous 
les ordres du major Todt qui y est resté treize mois, et c'est aux 
membres de cette mission que nous devons quelques renseigne- 
ments utiles. Le chef de la mission lui-même n"a publié que je 
sache, en fait de recherches géographiques, que l'itinéraire de son 
voyage de Hérat à Simla; mais il envoya à Khiva le capitaine Al)boU, 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENT«AI.f- -9<^ 

el ensuite le capitaine Shakespeare, qui ont publié, le premier un 
voyage en deux volumes, et le second un article dans le Journal de 
la Société géographique de Londres. Ces publications ont beaucoup 
contribué k rectifier les idées erronées qui existaient encore sur 
le cours des rivières au nord de Hérat et de Rlerv, et elles nous ont 
donné une idée beaucoup plus exacte de la configuration du ter- 
rain entre celte dernière ville et la rive gauche de l'Oxus, que les 
renseignements recueillis k ce sujet par M. Burnes. 11 est bien k 
regretter qu'aucun membre de cette mission, qui avait beaucoup de 
temps et d'argent k sa disposition, n'ait songé k faire une des- 
cription détaillée de Hérat et de son territoire; car les compa- 
gnons de M. Todt étaient placés sous ce rapport dans des condi- 
tions exceptionnellement favorables. Beaucoup de monuments de 
Hérat étaient k cette époque infiniment mieux conservés qu'ils ne 
le sont k présent, car depuis le départ de la mission anglaise plu- 
sieurs révolutions sanglantes ont désolé celte malheureuse contrée. 
Quand j'ai visité Hérat, cette ville venait k peine d'être délivrée 
d'un long siège et portait des traces récentes d'un bombardement, 
d'une prise d'assaut et d'une occupation militaire par les troupes 
du Chah de Perse. En outre, comme le major Todt distribuait aux 
habitants de la province des sommes considérables k titre de prêt, 
dont le payement était garanti par des hypothèques grevant les 
immeubles affectés k l'acquittement de ces obligations, une masse 
de documents écrits, anciens et modernes, concernant les pro- 
priétés foncières, a passé sous les yeux des employés de la mis- 
sion, et il était facile d'en extraire de véritables trésors pour la 
topographie, l'histoire et l'administration de ce pays. 

L'expédition de l'Afghanistan a fourni k la science de bons 
levés, quelques déterminations astronomiques et quelques don- 
nées hypsométriques , publiées en 1841 parle major W. Hoiigh 
dans son Narrative of Ihe march and opérations of the army of the 
Indus, in the expédition to Afghanistan, in the years 1838 et 18â9 ; et 
quoique les mesures barométriques sur lesquelles reposent ces 



38 



29â PARTIE MÉKIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

résultats aient été faites par M. Grififîth avec un baromètre sans 
thermomètre attaché, elles méritent une certaine attention comme 
les premières mesures fournissant une base plus solide pour le 
ti'acé du profil du tei-rain de ce pays que les estimations arbitraires 
faites jusqu'alors par tous les voyageurs. Mais un résultat intime- 
ment lié à cette guerre, et touchant de plus près à l'objet principal 
du présent mémoire, est le voyage de M. Edward Conolly dans le 
Séistan. Les données qu'il a rapportées de ce pays sur le lac 
Hamoun ont fait subir à la carte de ce lac la même transformation 
que la carte envoyée par Pierre le Grand à l'Académie des sciences 
de Paris au tracé de la Caspienne; elles ont prouvé que le grand 
axe de ce bassin allongé n'allait pas de l'est à l'ouest, mais bien du 
nord au sud. De plus, le delta du Hilmend fut relevé avec beaucoup 
de précision, les îles du lac furent visitées, et une série de localités 
intéressantes pour l'histoire du pays parurent sur la carte de 
M. Conolly publiée parla Société asiatique du Bengale. La même 
Société publia en iSkk, dans le n" 146 du XlIP vol. de son journal, 
la description du Séistan par le lieutenant R, Leech; ce petit tra- 
vail, qui fournit quelques indications curieuses sur la population 
du pays et sur les chefs de ses tribus , contient aussi quelques 
assertions philologiques inexactes que je crois devoir signaler. 
Notamment il dit : « La langue parlée dans le Séistan est un mau- 
» vais persan (broken persian). Dans un vocabulaire de 250 mots, 
»j'ai pu restituer au persan presque tous les mots, excepté les 
«suivants : goclié, garçon; kenjé, fille,- mekéj mère,- kharroUj coq; 
)i kerè, genre, espèce ; meges, veau; tour mourgh, œu£ cuit; khayé, 
» œuf frais ; dokh, brique non cuite ; keng, dos ; kel, poitrine ; lambas, 
y>joue; demagh, nez; gelox), melon; katic, mets préparé; koudh, 
» sourd; kël, courbé, bossu; bepir, grand père; tonin labere,lk, dans 
«cela; gereng, pesant; pez, cuits (impératif); leeghan, unis, polis 
» (impératif); lertereté, neuf (9) ; ziade , treize (13). » Si M. Leech 
s'était donné la peine de consulter le Dictionnaire de Richardson, 
il aurait vu que tous les mots dont la traduction est ici en 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 296 

italique sont aussi parfaitement persans, qiioique quelques-uns 
d'entre eux soient employés dans la langue écrite avec un sens un 
peu différent. Ainsi kenj veut dire petit et joli ; goch, petit, délicat, etc. 
D'autres, comme le mot coq, /cAerousse en persan, gereng qui est évi- 
demment jutran, etc., sont mal transcrits j quant aux mots me^es qui 
veut dire en persan mouche, et touri mourgh qui veut dire filet pour 
attraper les oiseaux, il est à supposer que l'auteur s'est simplement 
trompé en donnant leur traduction. Je ferai remarquer aussi que 
ziad, qui veut dire en persan <■ plus, au delà d'un certain nombre », 
appliqué au mot treize prouverait que les anciens Persans em- 
ployaient pour compter le système duodécimal, ou peut-être ne 
savaient même pas compter au delà de treize. Ainsi, loin d'être un 
patois, la langue parlée dans le Séistan est peut-être le reste le 
plus pur de l'ancien persan qui se soit conservé jusqu'à nos jours. 
Mais le renseignement le plus Intéressant, selon moi, que l'on 
trouve dans l'article de M. Leech, est que les Keïnaïdes, que j'ai 
constaté être les vrais descendants des anciens rois, formaient 
encore en 1840 une tribu à part. 

La publication de l'ouvrage de Ritter exigeait nécessairement 
la confection de cartes spéciales des pays qu'il avait décrits, et, 
pour ainsi dire, une représentation graphique des nombreux ren- 
seignements qu'il a admis dans sa description de l'Asie. Pour 
l'Asie centrale, cette tâche fut acceptée par le lieutenant Zimmer- 
mann. En 1810, au mois de février, à l'époque où l'attention de 
PEurope était attirée vers les froides steppes du nord de cette 
partie de l'Asie par suite de l'expédition russe contre Khiva, 
M. Zimmermann publia sa première carte sous le titre A'Enlwurf 
desKriegstheatersRusslands gegen C/u'toa; bientôt après, en 1841,11 
fit paraître sa Karte Inner-Asiens , qui embrassait la partie de 
l'Asie située entre les longitudes 59 et 77 du méridien de Paris, 
et les latitudes 82° 30' et 43» 30', accompagnée d'une brochure 
in-4.° intitulée Analyse der Karte von Lmer-Asien. En 1842, il publia 
un mémoire in-8°, avec une carte, intitulé Uebersichts-Blatt von 



29b PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

Afghanistan und der Làndern ander Nord-West-Grànze von Indien; 
enfin, en '18^3, parut sa carte delà Perse occidentale et delà Méso- 
potamie. Elève de Rittcr, homme éminemment laborieux, il pré- 
sente dans ses travaux tous les défauts de son illustre maître sans 
les racheter par les belles qualités de son génie. Ayant pris au 
pied de la lettre les exigences de sa tâche d'exprimer graphique- 
ment tout ce que Ritter a consigné dans plusieurs gros volumes, 
il a admis dans ses caries non seulement des profils de terrain, 
mais des détails minutieux de climatologie, de paléontologie, de 
botanique, de zoologie, de statistique, d'archéologie, etc., de ma- 
nière que ses cartes resteront a jamais un monument curieux de 
l'abus d'une vaste érudition et d'une ardeur immodérée de travail. 
De tous les systèmes de projection connus, il a eu le malheur de 
se décider en faveur de celui de Mercator, le plus facile à calculer 
et présentant des avantages réels pour les cartes marines , mais 
que l'on évite soigneusement pour la représentation graphique 
des Intérieurs des continents, tant à cause de la variabilité de son 
échelle que de l'altération qu'il fait subir à la forme des terres. 
Non content de marquer sur ces cartes , en chiffres, les hau- 
teurs des différents endroits dont l'élévation au-dessus de l'océan 
a été mesurée , il embrouille son tracé par des profils imaginaires 
qu'il appelle profils hypothétiques, et qui ne sont basés sur rien de 
sérieux. Abandonnant la méthode vraiment instructive introduite, 
je crois, dans le tracé des cartes par M. Berghaus, de marquer par 
des lignes spéciales les limites de la distribution sur la surface 
terrestre de certains phénomènes de la vie organique du globe, 
il écrit en toutes lettres les noms des plantes, des animaux et 
mêmes des fossiles qu'un voyageur a trouvés dans tel ou tel 
endroit. Se basant dans son tracé des parties septentrionales de 
l'Asie centrale sur les cartes russes, il ne se donne même pas la 
peine d'étudier la signification des mots les plus usités dans ces 
sortes de documents, tels que mont, vallée, puits, source, etc., et, 
au lieu de les traduire, il les transcrit en les estropiant, et les anial- 



PARTIE MÉRIDIONALE DE i'aSIE CENTRALE. 297 

gnmant a des noms indiens, persans, tartares et chinois auxquels 
ils se rapportent, il ajoute ainsi un nouvel élément de confusion 
a l'obscurité qui déjà règne assez sans cela dans la nomencla- 
ture géographique de ces pays. Prenons au hasard une partie 
(juelconque de sa carte de l'Asie centrale, par exemple le quadri- 
latère formé par l'intersection des méridiens 62 et 63, et des paral- 
lèles ftj et ft^.Presqu'au centre nous y lisons : TeploikUutsh Karaata, 
ce qui veut dire en russe « source thermale de Karaata»; au-dessus 
est écrit scorpion; en travers, despotien der Tnrk; a côté, Geten; plus 
au nord, Lonicera tatarica, Holcus sorghum; plus au sud, Euphorbia 
heUoscopia, à côté de laquelle figure un Russischer Kaitfmann, c'est- 
;i-dire marchand russe; et plus a l'ouest BlallaorientaliSj tarantel, et 
d'autres insecles venimeux. 

Un pareil excès est bien fait pour ridiculiser la science. Les signes 
adoptés par M . Zimmermann pour exprimer les différents accidents 
du sol sont tout aussi confus que le reste; plateaux et chaînes de 
montagnes^ pics élevés et mamelons, tout est représenté nnifor- 
mément par une série de hachures peu accentuées qui ne disent 
rien ni à l'œil ni a l'esprit. Il croit remédier à ce dernier incon- 
vénient en joignant à ses cartes une feuilk séparée, oîi il se borne 
à représenter uniquement l'ensemble des données orographiques, 
en indiquant par des lignes droites la direction moyenne des 
chaînes de montagnes, et par des bandes difl'cremment coloriées la 
suite successive des terrasses classées d'après l'élévation resoective 
de leur base. Un pareil tracé est instructif sans doute; mais ne 
serait-il pas beaucoup plus simple d'épargner au lecteur la peine 
de chercher dans deux cartes diËFérentes ce qu'on peut lui mon 
irerplus clairement dans une seule? 

Dans les mémoires qui accompagnent les cartes du lieutenant 
Zimmermann, on retrouve la même confusion et le même fatras 
d'érudition, licur plus grand mérite , selon moi, est de donner 
un aperçu assez complet de tout ce qui a été publié sur les ma 
tières qu'il y traite; et encore, quoique généralement assez exact 



298 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'ASIE CENTRALE. 

dans ses indications, il lui arrive parfois de parler d'un livre sans 
l'avoir lu. C'est ainsi qu'à la page 11 de son mémoire sur l'Afgha- 
nistan, il fait voyager Schildperger et même Truilhier dans 
ce pays. 

Il serait à regretter que l'école de Ritter n'eût produit que 
des travailleurs aussi peu utiles à la géographie; mais elle a 
formé aussi M. Kiepert, dont l'atlas est sans contredit une des 
publications cartographiques les plus remarquables de notre 
temps. Non-seulement il soumet à une critique judicieuse les 
sources auxquelles il puise les matériaux nécessaires à la confec- 
ticn de ses cartes ; non-seulement il choisit des signes simples et 
précis pour exprimer les accidents du terrain, ce qui rend ses 
tracés très clairs et d'un emploi facile : mais étant beaucoup plus 
philologue que Ritter lui-même, il transcrit avec une grande pré- 
cision les noms des localités, des rivières, des montagnes et des 
pays, c'est-à-dire qu'il remplit une des conditions les plus essen- 
tielles d'une bonne carte, et malheureusement assez souvent né- 
gligée, car elle exige la connaissance de beaucoup de langues, de 
beaucoup d'alphabets, et demande un recours constant aux docu- 
ments originaux pour corriger les transcriptions des noms de 
localités rarement exacts dans les journaux des voyageurs, qui 
les notent la plupart du temps seulement d'après l'audition. 

Maintenant il me reste à signaîer les résultats des voyages 
de MM. James Abbott et Ferrier. Le premier a parcouru la 
limite sud-ouest de la région méridionale de l'Asie centrale, et 
le second sa limite septentrionale et orientale. Quant aux voyages 
de MM. Westergaard et Petermann, qui tous les deux ont visité 
Kirman et iezd, à mon grand regret je ne puis que mentionner 
leurs noms, car, de ces deux philologues distingués, M. Wester- 
gaard n'a, que je sache,rienpubliésurson voyage, et M. Petermann 
a donné seulement une courte notice sur les Guebres'dans les 
Mitlheilungen de Gotha, bien qu'il travaille maintenant à une rela- 
tion détaillée, dont le premier volume, contenant des détails très 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 299 

curieux sur la Syrie et une partie de l'Asie Mineure, vient seule- 
ment de paraître. Enfin le seul Européen qui soit allé directe- 
ment deDamghan à lezd par le grand désert salé est un voyageur 
russe, M. Buhsé. Exclusivement occupé de botanique et de géo- 
logie, il n'a publié rien de géographique, et le peu que nous savons 
sur la route qu'il a suivie est dû à M. Grewinck, qui en a donné 
quelques détails dans sa Description géologique du nord de la Perse. 

M. Ferrier a voyagé en 1815 et 1846, et M. Abbott en 18/|9 et 
1850; néanmoins nous commencerons par analyser les travaux 
du voyageur anglais, car il a publié ses recherches avant M. Fer- 
rier, en 1855, dans le tome XXV du Journal de la Société géogra- 
phique de Londres, pages 1-78. 

M. Abbott n'a donné qu'un simple itinéraire, dans lequel on 
trouve peu de détails sur ses aventures personnelles, peu d'ob- 
servations sur les mœurs des habitants, absolument rien de pit- 
toresque, et, nonobstant, son travail est im document géogra- 
phique précieux, car l'auteur y a consigné des descriptions 
exactes de la configuration du terrain, et des détails circon- 
stanciés sur les directions prises plusieurs fois par jour à l'aide de 
la boussole, sur les distances parcourues par lui, et évaluées d'après 
la montre, de même que sur l'éloignement approximatif des 
points dont il a mesuré les azimuts. lia noté exactement la direc- 
tion des chaînes de montagnes et des courants d'eau; bref, il 
nous donne un recueil de faits, assez arides si l'on veut, mais 
extrêmement utiles. M. Abbott n'a pas fait de levé proprement 
dit, la carte qui accompagne son mémoire a été dressée h Lon- 
dres, d'après les indications de son journal de voyage; mais, grâce 
à la précision de ses observations, les parties de sa route les plus 
difficiles à être relevées, comme par exemple le chemin monta- 
gneux et brisé en mille zigzags qui conduit de Kirman à Khébis, 
ont pu êti'e dessinées à Londres avec une exactitude qui a fait 
mon admiration sur les lieux mêmes. Les soins apportés par 
M. Abbott à son travail lai permirent de rectifier la position de 



300 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

Kirman et de lezd, si arbitrairement placées sur toutes nos cartes 
d'après les indications de l'itinéraire de M. Pottinger. Le long 
séjour de M. Abbott en Perse, en qualité de consul d'Angleterre à 
Tébriz, et sa connaissance pratique de la langue persane l'ont 
aidé k transcrire très exactement les noms des nombreuses loca- 
lités qu'il mentionne dans son itinéraire. 

Ayant quitté Téhéran le 9 octobre 18Û9, M. Abbott se rendit 
en six jours à Koum, par la route de Bahram-Abad, Feiz-Abad 
et Savé. De Koum, M. Abbott se dirigea sur Ispahan. Comme 
cette route a été décrite par presque tous les voyageurs euro- 
péens qui ont visité la Perse, il n'en dit rien, et il reprend son 
journal le 11 novembre, jour de son départ d'ispahan pour se 
rendre à lezd, où il arriva en neuf jours en suivant la route déjà 
décrite par M. Dupré, et en ajoutant k la description de ce der- 
nier quelques détails sur Naïn, que le voyageur français n'a pas 
visité. A lezd, IVi. Abbott est resté depuis le 19 novembre jus- 
qu'au 11 décembre, et nous apprenons par une noie de son 
journal qu'il a présenté un rapport au foreign Office contenant 
une description détaillée de cette ville. II est fort regrettable que 
lord Clarendon n'ait pas jugé opportun de la communiquer k 
la Société, car je suis sûr qu'on y trouve des renseignements 
instructifs sur cette ville peu connue. De lezd, M. Abbott fit une 
excursion k Taft, d'où il se rendit k Bafk, localité qui n'a jamais 
été visitée avant lui par des Européens, et qui est remarquable par 
la culture du dattier, qui y donne de bonnes récoltes. De Ik, par 
Gudaran (14 décembre). Serez (15), lezdan-Abad (16), ïogra- 
jèh (17), Koumabad (18), Zenghiabad (19), il arriva le 20 dé- 
cembre k Kirman, ayant exploré une véritable terre inconnue, la 
lisière du grand désert de Lout. Ëtant resté jusqu'au 6 janvier 
1850 k Kirman, M. Abbott se rendit de là, en trois jours, k 
Khébis, par la roule de Derekhtandjan et Feiz-Abad. D'après 
l'itinéraire de M. Pottinger, on s'imaginait que Khébis était une 
oasis située au milieu du désert et considérablement éloignée de 



PAKXXE MÉKIOIONALE D£ l'aSIE CLMRALE. 301 

Kirman. M. Abbott a fait disparaître cette gra-ïc erreur, admise 
jusqu'alors dans toutes les cartes de la Perse. Par Gowk et 
Tehroud, il se rendit a Bam; puis, ayant \isité les ruines de 
Kalaï-Daghianous, qu'aucun Européen n'avait examinées avant 
lui, il arriva à Chiraz, en passant par Douséri, Kehnou, Ahmedi 
et Koum. M, Abbott a fait aussi quelques observations thermo- 
métriques, d'autant plus intéressantes qu'il n'y en a pas d'autres, 
relevées en hiver, sur la lisière méridionale des déserts inté- 
rieurs de la Perse. Il est à regretter qu'il n'ait publié que les 
températures notées pendant les jours de marche, observées, le 
plus souvent, au moment de monter à cheval, et que les obser- 
vations faites dans les endroits où il resta plus longtemps, 
comme lezd et Kirman, n'aient pas été communiquées au public. 
Voici les chiffres donnés par M. Abbott, extraites de son mémoire, 
en remplaçant les divisions de l'échelle de Farenheit par celles du 
thermomètre centigrade : 

Toudicbk. . 14 décembre 1849, à 8 heures avant midi. ... 4" 44 

— — à 9 
Banviz. ... 13 décembre 1849, à 7 1/3 

— — à 10 1/2 
Aghda. ... 17 décembre 1849, i 8 
Meiboud . . 18 décembre 1849, k 8 1/3 
lezd 19 décembre 1849, à 7 3/4 

— 20 décembre 1849, i 9 
Khebia.. . . 9 jaDvier.. . 1830, à 1 

— 10 janvier. . . 1830, à 8 
Tebroud. . . 14 janvier.. . 1830, à 8 

Le mémoire de M, Abbott contient aussi quelques estimations 
hypsomélriques ; mais, comme tous les chiffres de ce genre, ils 
sont plus ou moins arbitraires. Ainsi il croit que Khébis se trouve 
à 2500 p. a. (761"", 99) au-dessus de la mer; et nous verrons plus 
tard que nos observations barométriques ne lui donnent que 1398 
pieds anglais, ou /i20 mètres d'élévation absolue. Dans la plaine de 

éref et à Bam, M. Abbott a observé les points d'ébullition de 
vu. 39 



après midi. . . 


11» 67 


avant midi. . . 


10" 88 


— 


12° 23 


— 


e° 8S 


— 


2» 23 


— 


3» 61 


— 


10° es 


après midi. . . 


14° 10 


avant midi. . . 


8° 89 


— 


1° 67 



302 PARUE MÉRIDIONALE DE t'ASlE CENTRAIE. 

l'eau; ils étaient de 98°33 dans le premier et 9ô°hi dans le second. 

Le voyage de M. Ferrier n'a été publié qu'en 1857, en anglais, 
parles soins de M.Danby Seymour, qui a rendu par là un service 
signalé à la géographie. Cet ouvrage vient de paraître il y a 
quelques mois en français, et il a été l'objet de plusieurs analyses 
plus ou moins étendues, si bien qu'il serait superflu de l'exa- 
miner encore une fois en détail. 11 suffit de dire que M. Terrier, 
ayant quitté le service de Mohammed - Chah, avait formé le 
projet de se rendre à travers la Perse dans l'Inde, pour y chercher 
fortune dans l'armée de quelque prince indépendant. Après avoir 
vainement tenté de pénétrer soit au Pendjab, soit dans le Beloud- 
jistan, par la route du nord, c'est-à-dire par Balkh et Bamian, 
puis par Kandahar, et enfin par le Séistan, il abandonna son 
projet, rebroussa chemin, et rédigea, de mémoire, la relation de 
ses aventureuses pérégrinations. 

Il faut distinguer dans le livi'e de M. Ferrier trois parties d'un 
mérite très différent : la relation de ses aventures personnelles, 
les compilations et les emprunts faits à ses prédécesseurs, et enfin 
les détails géographiques fruit de ses propres observations. Il 
s'entend de soi-même que nous n'avons pas à nous occuper des 
deux premières. La route suivie par M. Ferrier jusqu'à Hérat 
coïncide avec les routes décrites par ses devanciers j mais les 
détails topographiques qu'il mentionne dans son itinéraire de 
Mcched à Hérat sont bien plus complets et plus instructifs que 
ceux recueillis par ConoUy, ce qui ne l'empêche pas de con- 
fondre le saint cheikh de Djam avec le célèbre poëte Djanii. La 
partie véritablement curieuse et originale de son voyage com- 
mence à Hérat. La description qu'il donne de cette ville est plus 
circonstanciée et plus exacte que toutes celles qui ont paru avant 
la sienne. Il serait peut-être à désirer que l'histoire de l'Orient lui 
fût un peu plus familière j mais il faut lui savoir gré d'avoir décrit 
les monuments de Hérat avec beaucoup de soin. Les détails qu'il 
donne sur Yar - Mohammed-khan et sur son entourage sont 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'ASIE CENTRAIE. Î03 

pleins d'intérêt et de vérité. La relation de sa première tentative 
pour pénétrer dans l'Inde par la route du Turkestan est très 
curieuse. Ce voyageur français est le premier qui depuis le sultan 
Baber ait décrit les contrées situées près des sources du Héri- 
roud ; et quoique les circonstances dans lesquelles il se trouvait 
en parcourant cette contrée ne fussent pas très favorables à une 
étude sérieuse du pays, le peu qu'il en dit est neuf, et doit être 
considéré comme une véritable acquisition pour la géographie. La 
relation de son voyage de Hérat a Kandabar, notamment sa des- 
cription de Sebzar, est exacte sous le rapport topograpbique, et 
très instructive. M. Ferrier a justement apprécié la valeur stra- 
tégique de cette ville afghane. La mention qu'il fait des briques 
à inscriptions cunéiformes trouvées près de Férah serait impor- 
tante, si la légèreté avec laquelle il traite parfois les questions 
d'archéologie orientale ne nous inspirait quelque doute sur 
l'exactitude de ses souvenirs à cet égard. Sa description du Séistan 
est trop souvent interrompue par des coups de fusil et des 
coups de sabre, pour être bien profitable à la science; néan- 
moins, ses observations sur le Hamoun ne sont pas dépourvues 
d'intérêt géographique , et l'aspect général du pays est assez 
bien rendu. Seulement il se donne une peine inutile en insis- 
tant sur le manque d'exactitude du contour de ce lac sur nos 
cartes, car c'est un de ces bassins qui n'ont pas de contour fixe. 
C'est une mare d'eau peu profonde, s'étendant sur une surface 
presque plane et soumise à une évaporation puissante, ce qui 
fait qu'elle change continuellement de périmètre ; et si l'on mar- 
quait exactement sur une carte la ligne qui lui sert de limite après 
une hausse d'eau dans le Hilmend, le Ferarhoud et l'Âdrescand, 
et qu'on comparât cette coui'be a celle qui circonscrit le lac à la fin 
de l'été, OIT pourrait croire qai'on a sous les yeux le tracé de 
deux bassins différents. Ce n'est qu'à l'ooi^st qu'il a des bords 
presque invariables, car c'est de ce côté seakment que les mon- 
tagnes mettent un frein constant à ses anpiéliemenlsi sur la 



30â PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE GEiNTfiALE. 

plaine; donc tout ce que l'on peut dire de positif concernant la 
forme de ce bassin, c'est qu'il s'étend en longueur du nord au 
sud, et que pour la plupart du temps il y a une presqu'île qui 
s'avance dans le lac jusque vers son bord septentrional. 

Je ne prétends pas avoir donné dans cette analyse succincte 
une histoire complète des voyages entrepris dans la partie méri- 
dionale de l'Asie centrale; j'ai tâché seulement d'énumérer, dans 
l'ordre chronologique, les résultats des explorations qui ont, selon 
moi, le plus contribué à éclaircir et à rectifier nos idées sur la 
géographie de ce pays, et qui constatent les faits suivants : 

i° Que c'est aux voyageurs français que nous devons les pre- 
mières notions sur les limites occidentale et septentrionale de 
cette partie de l'Asie, de même que des détails intéressants sur 
son intérieur ; 

2° Que les voyageurs anglais nous ont donné les premiers 
quelques renseignements utiles sur les limites de cette région à 
l'oi'ient et au sud, et qu'ils nous ont fourni deux itinéraires, 
passant par son intérieur; 

3° Que M. Lemm est le premier qui ait fourni des bases so- 
lides à nos cartes de la Perse orientale. 

Mais, malgré tout cela, nous n'avions pas assez de faits pour 
nous formt"x' une idée correcte de l'ensemble des dispositions 
physiques de cette contrée. La nature des terrasses qui servent 
de base à ses chaînes de montagnes, la direction et la structure 
de ces chaînes, l'hydrographie du pays, le caractère de sa végé- 
tation, sa faune et son ethnographie, les lois que suit la distribu- 
tion de la chaleur et du magnétisme sur sa vaste surface, en un 
mot presque tous les éléments qui constituent la science exacte 
d'une province, nous manquaient, ou ne pouvait être raisonna- 
blement assis sur le peu de renseignements que nous possédions 
h cet égard. 11 n'y avait qu'un moyen de combler cette lacune 
lâcheuse dans nos connaissances de l'Asie, c'était d'envoyer dans 
le Khorassan une compagnie d'explorateurs, et de leur donner 



PARTIE MÉRIDIOMALE DE L'ASIE CE^■XBAI,E. 305 

les moyens nécessaires pour ■visiter cette province dans toutes ses 
directions principales. 

J'eus l'honneur d'exposer à mon retour en Europe, en octo- 
bre 1857, ces considérations devant la Société de géographie 
de Saint-Pétersbourg, et elles ont mérité l'attention de cette 
compagnie savante. L'auguste président de la Société voulut 
bien s'intéresser au succès de cette exploration scientifique, dont 
on me fit l'honneur de me confier la direction. Le personnel de 
l'expédition était composé de MM. Ristori, capitaine lieutenant 
de la marine impériale; Bunge, professeur de botanique à l'uni- 
versité de Dorpat, célèbre par son voyage en Chine et par la 
description des plantes recueillies par feu Lehmann, lors du 
voyage que nous avions fait ensemble k Boukhara et k Samar- 
cande; Gœbel, géologue et chimiste de Dorpat, avantageusement 
connu par des analyses d'aérolithes et des eaux minérales de 
l'Aderbeidjan; Lenz, fils du célèbre physicien, membre de l'Aca- 
démie des sciences de Saint-Pétersbourg, chargé des observations 
astronomiques et physiques. Le comte Keiserling, zoologiste dis- 
tingué, accompagnait l'expédition k ses propres frais, et M. Binert, 
élève de M. Bunge, était chargé des recherches entomologiques. 
L'armée du Caucase nous a fourni deux topographes, les sous- 
officiers Jarinof et Pétrof, qui m'ont accompagné dans presque 
tous mes voyages en Perse, et qui furent chargés du levé de notre 
long itinéraire. 

Tiflis était désigné comme le point de l'endez-vous pour tous les 
membres de l'expédition; ils s'y trouvèrent réunis vers la fin de 
janvier 1858. Au commencement de mars, nous nous rendîmes h 
Bakou, où la compagnie d'Asti-acan pour la navigation de la mer 
Caspienne mit obligeamment à notre disposition son excellent 
bateau k vapeur le Swiataia Rouss, qui nous transjorla en moins 
de trois jours au golfe d'Astrabad. Le i avril, dans la nuit 
du dimanche de Pâques, nous jetâmes l'ancre près de l'île Achou- 
radeh, par un clair de lune presque éblouissant, en vue de la belle 



306 PARTIE, MÉJlimONALE DE t'ASlE CENTRAtE. 

côte montagneuse et boisée du Mazanderan, où tout déjà était en 
fleur. Le Set le 9 furent employés à visiter les ruines d'Achref, 
ce petit paradis de citronniers et d'orangers tant aimé par Chah 
Abbas, et si dangereux en été à cause de ses fièvres pernicieuses. 
Malgré l'état de ruine dans lequel se trouve cette splendide créa- 
tion d'un des plus grands monarques de la Perse, malgré que ses. 
beaux kiosques et ses fontaines en albâtre oriental soient presque 
démolis et envahis par des lierres, et que ses eaux limpides, ame- 
nées k grands frais des montagnes voisines, au lieu de s'épancher, 
comme jadis, dans des bassins de marbre, se creusent des lits 
naturels entre les bosquets de cyprès et de citronniers, Achref 
est toujours l'un des plus beaux jardins que l'on puisse voir. Le 
jardin de l'État et ceux des villageois produisent encore aujour- 
d'hui une telle quantité d'oranges, qu'au marché de l'endroit on 
en donne un raille pour \ fr. 20 c. De tous les somptueux édifices 
qu'on voyait jadis dans ce lieu, il n'y a que le palais supérieur 
et l'Aïvan qui puissent abriter le voyageur ; encore n'en reste-t-il 
du dernier que les murs et le toit, car ses portes, ses fenêtres et 
les belles dalles de marbre qui l'ornaient jadis, ont disparu 
depuis longtemps. C'est seulement sur cette ruine que j'ai pu 
recueillir une inscription concernant la date de la fondation 
d'Achref; elle porte que la construction de l'Aïvan a été terminée 
à l'heure du midi, le 12 ramazan de l'année 1143 de l'hégire. 

Au moment de noire arrivée en Perse, la province d'Astrabad 
se trouvait dans un état complet d'anarchie. Son gouverneur, 
Djafar Kouli Khan de Boudjnourd, était à peine de retour d'une 
expédition malheureuse contre les Turcomans. 11 venait de perdre 
deux canons et beaucoup de monde, et les nomades, enhardis par 
ce succès 5 s'étaient répandus dans les bois épais qui entourent 
Astrabad, pillant etbrûlant les nombreux villages de cette province. 
Les murs mêmes de la ville ne protégeaient pas ses malheureux 
habitants contre les attaques des Turcomans; lelSavril, pendant 
notre séjour à Astrabad, les nomades attaquèrent une caravane aux 



PARTIE MÉRIDIONALE DE L'aSIE CENTRALE. 307 

portes mêmes de la ville, tuèrent quinze individus, en emmenèrent 
beaucoup d'autres en captivité, et pillèrent le bazar. Cet état de 
choses nous obligeait de marcher avec précaution : nous par- 
tîmes d'Achouradeh escortés par soixante matelots appartenant 
a notre station navale. Nous mîmes deux jours, le H et 
le 12 avril, a traverser la plaine boisée qui s'étend entre Aslrabad 
et la plage. La chaussée de Chah Abbas que nous suivions semble 
n'avoir été jamais réparée depuis la mort de ce grand roi ; elle 
était dans un état déplorable. En nombre d'endroits, les grosses 
pierres de taille , dont elle était pavée, avaient été enlevées 
par les villageois, et les places qu'elles occupaient présentaient 
une suite de trous profonds remplis d'eau bourbeuse, où les che- 
vaux enfonçaient souvent jusqu'au ventre. Notre petite cara- 
vane devait s'arrêter à chaque instant. Cependant la beauté de 
la forêt était telle, qu'en admirant ses arbres gigantesques on 
oubliait le mauvais état de la route. Les énormes troncs de 
Parrotia persica^ Pterocarya caucasica, Zelkowa Richardi, Quercus 
castaneafolia, étaient tapissés de plantes grimpantes. Les vignes 
sauvages, semblables à des serpents d'une dimension monstrueuse, 
enlaçaient ces géants de la forêt, et étalaient d'un arbi'e h l'autre 
leurs festons verdoyants sous lesquels le jasmin, le grenadier, les 
pruniers et siirtovit le crategus, formaient des bosquets souvent 
impénétrables. Si l'on compare l'aridité et la triste uniformité des 
plaines salines de la côte septentrionale de la Caspienne avec la 
végétation luxuriante, et presque tropicale, desa côte méridionale, 
on est frappé des contrastes que présente le développement de la 
nature organique sur les deux bords de la même mer intérieure. 
Au nord, l'âne peut à peine supporter la rigueur du climat ; au sud, 
le tigre du Bengale est une bête commune. Près d'Astracan, c'est 
à peine si le raisin a le temps de mûrir; dans le golfe d'Astrabad, 
sur la presqu'île de Potemkine, le palmier Croît en plein champ, et 
la canne à sucre et le coton sont cultivés avec succès. Enfin, chaque 
année, des glaces épaisses enchaînent les flots de la partie septen- 



308 PARTIK MÉRIDIONALE DE l'a5I£ CENTRALE. 

trionale de la mer, et avant qu'elles n'aient eu le temps de fondre 
tout fleurit déjà sur les côtes du Ghilan et du Mazanderan. La dif- 
férence de latitude ne peut être regardée comme la cause unique, 
ni mêiïie comme la cause principale de ce phénomène ; la différence 
entre les latitudes de Montpellier et d'Alexandrie est presque 
aussi grande que celle des parallèles d'Astracan et d'Achoura- 
deh, sans que pourtant les contrastes des flores et des faunes de 
la côte provençale et africaine soient aussi marqués qu'ici. Je 
crois devoir chercher cette cause ailleurs, et je ne manquerai pas 
d'y revenir à la fin de ce mémoire. 

Ayant appris à Astrabad que S. M. le Chah avait témoigné le 
désir de me voir avant mon départ pour le Khorassan, je m'em- 
pressai de partir pour Téhéran, ayant laissé mes compagnons de 
voyage dans le Mazanderan afin d'explorer cette province si peu 
connue. Je quittai Astrabad le 20 avril, accompagné d'un de mes 
topographes. Trois chaînes de montagnes séparent les plaines du 
Khorassan de la plage maritime, et quelque route que l'on prenne 
pour aller d'Astrabad à Chahroud, ou à Damghan, il faut 
franchir trois cols. J'ai pris la route suivie par M. Conolly, avec 
cette différence que, laissant Ziaret à ma droite, j'ai couché la pre- 
mière nuit, à la belle étoile, dans les ruines du village de Kouzlouk, 
remarquable parla quantité de léopards qui habitent les cavernes 
des profonds ravins boisés qui bornent au nord les champs du 
village. Les cris aigus de ces animaux nous arrivaient très distincte- 
ment depuis le coucher du soleil jusqu'à H heures ou minuit. Le 
21 avril, je franchis facilement le premier des trois cols sus-men- 
tionnés, dit col d'Ali-Abad; il n'a que 2007 mètres d'élévation 
absolue. Après une marche de deux heures à travers un bois touffu, 
on parvient au col de Djilin-Bilin, Les Mazanderaniens prétendent 
que ce nom imite le sifflement du vent qui règne presque toujours 
à cette hauteur de 2,281 mètres, et qui en rend le passage si dan- 
gereux en hiver. Les caravanes, surpi'ises dans cette localité par 
un chasse-neige, y périssent souvent. Le versant méridional de 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRAIE. 309 

cette montagne est beaucoup moins boisé que celui du nord ; ce- 
pendant jusqu'^ dernier col, celui de Vidj-Minou, qu'on atteint 
après une heure de marche, on rencontre encore quelques arbres. 
L'ayant franchi à une hauteur de 28i5 mètres, on se trouve tout 
d'un coup sur un sol complètement déboisé, et l'on descend par 
une pente très rapide, bordée de profondes crevasses, dans les 
plaines arides du Khorassan. Jusqu'au village de Tach, à deux 
heures et demie de marche de Vidj-Minou, on ne se fait pas 
encore une idée bien exacte de la nature de ces immenses plaines, 
car on marche dans un défilé assez étroit, bordé de hautes monta- 
gnes. Un peu au delà de ce village, où je passai la nuit, le défilé 
s'élargit, et débouche dans une vaste plaine qui s'étend à perte 
de vue vers le sud. Les Ombellifères, les Astragales et les Cruci- 
fères communes aux steppes septentrionales de l'Asie centrale, 
les rappellent vivement à ceux qui en connaissent les larges et 
tristes paysages. L'horizon méridional est borné par une ligne 
d'un blanc éclatant légèrement teinté de bieu ; c'est le grand 
désert salé, cette première dépression du plateau khorassanien. 
D'ici jusqu'à Téhéi'an, le pays conserve un caractère de monoto- 
nie désolante. A droite, on a une chaîne continue de montagnes, 
et à gauche une plaine stérile et sans fin. Les villes et les villages, 
très clair-semés, apparaissent sur ce fond brûlé par un soleil 
ardent déjà en avril, comme des oasis pleines de charme, car pres- 
que tous possèdent de vastes jardins fruitiers et sont entourés de 
champs bien cultivés. 

La route entre Chahroud et Téhéran ayant été souvent et bien 
décrite, je me bornerai à mentionner quelques détails omis par 
mes prédécesseurs, ou exposés d'une manière peu exacte. Ayant 
visité Damghan à deux reprises, en allant a Téhéran le 25 avril, et 
en revenant de la capitale le 9 juin, j'ai eu le temps d'examiner 
ses monuments, assez imparfaitement décrits par Fraser, et je me 
permettrai de dire quelques mots sur cette ville. 

Damghan, jusqu'à l'invasion des Afghans, en 1136 de l'hégire, 

Tll. 40 



310 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

était une des Trilles les plus florissantes du Rhorassan, Ses vastes 
ruines, assez bien conservées jusqu'à nos jours, •émoignent de sa 
prospérité passée. 11 est assez difficile de se rendre compte pour- 
quoi cette ville ne s'est point relevée depuis. Son district est fertile, 
arrosé par une rivière considérable. Elle débouche dans la plaine 
par le défilé de Tchechmé-Ali. La, après avoir été amplement 
appliquée aux besoins d'irrigation des champs voisins, elle va 
se perdre dans les marais salins du grand désert. Déplus, située 
sur la grande route du Khoi'assan, Damghan abrite chaque jour 
dans ses nombreux caravansérails rainés une quantité de pèlerins 
qui se l'endent a .Méched ou qui reviennent de la ville sainte, et le 
peu de denrées qu'on y apporte des villages voisins est vite enlevé 
à des prix très avantageux; quoi qu'il en soit, la population de 
la ville non-seulement n'augmente pas, mais diminue à vue 
d'œil, et maintenant son district peut h peine mettre sur pied 
un bataillon de 500 hommes. Les plaintes des habitants sur le 
peu de sécurité de cette province, souvent pillée par les Turco- 
mans, ne peuvent être considérées comme une explication suffi- 
sante de ce phénomène; car, après tout, ils ne sont pas plus 
exposés aux déprédations des nomades que ne le sont les habitants 
du district de Chahroud, qui jouissent comparativement de beau- 
coup plus de prospérité. Dans l'intérieur de la ville, il n'y a que 
trois monuments dignes d'être mentionnés : la mosquée cathé- 
drale avec un minaret, un autre minaret entouré de ruines, et le 
tombeau d'un saint, dit Imam ZadehPiri Alemdar. A en juger par 
le style de l'architecture de ces monuments, ils doivent être tous 
de la même époque, c'est-à-dire du v' siècle de l'hégire. Toutes 
ces constructions portent des traces d'inscriptions plus ou moins 
bien conservées en caractères coufiques de l'époque nommée. Je 
n'ai pu découvrir la date de la construction de la mosquée; mais 
le haut de son minaret porte une inscription qui est une invoca- 
tion pieuse composée d'expressions employées dans le Koran, et 
qu'on peut facilement prendre pour un verset de ce livre. Le mina- 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 311 

ret isolé porte trois lignes d inscriptions, mais elles sout placées 
si haut, et sout si mal conservées, qu'il ne m'a été possible d'en 
rien déchiffrer. La chapelle qu'on désigne par le nom de Piri- 
Alemdar, est ornée de deux inscriptions en caractères coufiqucs ; 
l'une d'elles est placée au-dessus de la porte d'entrée, l'autre fait 
le tour du fronton, et toutes deux répètent avec peu de variantes 
que cet édifice a été élevé sur le tombeau d'un saint personnage 
appelé Mouhammed fils d'ibrahim, el que la construction de ce 
monument a été achevée en il? de l'hégire, parles soins de l'ar- 
chitecte Ali fils de Mouhammed, fils de Hussein, fils de Chah 

L'invocation » Que Dieu sanctifie son âme » placée auprès du nom 
du défunt, indique que c'était un mollah, et pour le moment c'est 
tout ce que je puis dire de ce personnage. Aux portes de la ville, 
au nord ouest, se trouve le mausolée de l'imam-zadeh Djafar. Les 
restes du saint reposent dans luie mosquée, sous une caisse de 
bois ornée d'arabesques richement sculptées, mais sans date ; à 
côté on montre une dalle tumulaire placée sur le tombeau de l'émir 
Seïd Tahir, fils de Seïd chah Mourad, en 907 de l'hégire. A droite 
de la porte d'entrée de la mosquée, on a fixé dans le mur une 
dalle sur laquelle est gravé un firman de Chah-Roukh, fils de 
Tanierlan, de l'an 851 de l'hégire. Ce document promulgue une 
réduction à 5 pour 100 du droit de 7 poiu- ÎÛO prélevé jusqu'alors 
sur les savons fabriqués à Damghan et dans son district. Sur les 
murs d'une aile delà mosquée on lit : " Cet édifice a été construit 
«par ordre de Chah-Roukh Bahadour, que Dieu protège son 
orègne. » Dans im jardin potager, attenant à la mosquée, se trouve 
une petite tour d'une construction simple, mais de bon goût, el 
l'inscription placée au-dessus de sa porte ogivale indique que ce 
monument a été achevé en Ukô de l'hégire, par ordre de l'émir 

Abou Choudja Askar Bek, fils d'isfahau, roi de Le reste 

est masqué par un l'eplàtrage postérieur à la construction de 
l'édifice. 

Le 28 avril, je suis arrivé à Semnaji, chef-lieu, d'un district du 



312 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'ASIE CENTRALE. 

Khoi'assan, limitrophe de l'Iraq, et célèbre pour ses grenades qui 
ne le cèdent en bonté qu'aux grenades de Savèh. Le commerce de 
celle ville est assez actif et elle semble avoir de l'avenir. En fait 
d'édifices remarquables, celte ville possède une ancienne mosquée 
cathédrale qu'on néglige et qu'on laisse tomber en ruines, parce 
que Felkh Ali Chah en a fait construire une plus grande et sur- 
tout mieux dotée. Elle est ornée de briques émaillées, dont les 
couleurs paies présentent un ensemble assez agréable à l'œil, mais 
témoignent une décadence dans l'art de fabriquer ces faïences, 
encore si belles dans les constructions de l'époque des Séfévîdes. 
Le dialecte de Semnan présente des différences notables avec le 
persan moderne j et, comme c'est a Lazghird qu'il s'est conservé 
dans toule sa pureté, c'est là aussi que j'ai tâché de m'en faire une 
idée approximative. Lazghird, que MM. Truilhier et Hommaire 
de Hell écrivent Laskiert^ a été exactement décrit par lo premier 
de ces voyageurs, qui dit : « Le village est bâti d'une manière 
«très bizarre. Les maisons, toutes à deux étages, forment une 
» enceinte circulaire continue, élevée sur un escarpement de terre 
» d'une vingtaine de pieds de hauteur. Cet escarpement, sans doute 
» revêtu primitivement d'une chemise, maintenant taillée à pic, 
» n'est soutenu que par l'extrême compacité des terres. » J'ajou- 
terai à cela que toute la vie des habitants de Lazghird se passe 
dans des espèces de trous d'une saleté repoussante, qui commu- 
niquent entre eux par des balcons sans garde-fou ni balustrades, 
d'où, très souvent, les enfants en bas âge tombent et se tuent. 
Les habitants ne permettent pas aux étrangers de s'établir chez 
eux; ils prennent même assez rarement des femmes en dehors de 
leur village, et c'est à cela principalement qu'il faut attribuer, 
chose remarquable, la conservation d'un idiome ancien qui, très 
probablement, a gardé toute sa pureté primitive. J'ai trouvé beau- 
coup de difiiculté à apprendre quelque chose sur leur langue; 
après une ou deux heures de questions grammaticales , les 
vieillards, ou «barbes blanches», qu'on avaitchoisispour répondre 



PAKTIE MÉRIDIONALE DE i'ASIE CENTRALE. 313 

âmes questions, avaient l'air harassés de fatigue et d'ennui. Il 
m'a été impossible de les amener à conjuguer un verbe ou à réciter 
une chanson ou un conte. Ces deux derniers échantillons de leur 
langue étaient sui'tout difficiles à obtenir d'eux ; quand je les pi'iai 
sérieusement de me communiquer quelques couplets, ils rougis- 
saient, baissaient timidement les yeux, et me répondaient que 
c'était bon pour les Djahils ou jeunes écervelés, mais que c'était 
au-dessous de leur dignité de répéter en public des paroles aussi 
frivoles. Je n'avais pas assez de temps à ma disposition pour 
vaincre leurs scrupules à cet égard, mais à la longue on en vien- 
drait à bout, et la chose en vaut la peine. Lazghird n'est pas 
très loin de Téhéran, et peut-être l'un des nombreux Européens 
établis dans la capitale voudra-t-il entreprendre cette tâche et 
consacrer quelques jours h l'examen de cette question. I\les 
propres observations me permettent de croire que le dialecte de 
Lazghird est un patois Mazanderanien, mais encore plus riche que 
ce dernier en voyelles. A ce qu'il me semble Vh aspiré est exclu de la 
fin comme du milieu des mots ; ainsi le mot douhter, lille, devient 
dout; hâher, sœur, devient liouak; giah, herbe, gia; dérakht, arbre, 
dar; maki, poisson, mai; etc. Le b final est presque toujours rem- 
placé par I'm bref, comme dans le mot allemand auf. Ainsi, ab, eau, 
est aôu; aftab, soleil, ajtaôii, etc. Le son j se rencontre beaucoup 
plus souvent qu'en persan. Les pronoms personnels, moi, toi, il, 
nous, vous, ils, sont : Oj tou, jou, eni^ jouâm, joun. Les noms de 
nombre ressemblent beaucoup a ceux du persan moderne, avec 
les abréviations exigées par la nature du dialecte; ainsi, un, au 
lieu d'être iak, comme en persan, est i; neuf n'est pas nouh, 
comme en persan, mais na; quatre-vingt-dix, naved en persan, est 
navé en dialecte de Lazghird, et ainsi de suite, ftlais trois, au 
lieu de ssé, devient heirè; cl dix, au lieu de deh, devient das. La 
terminaison en d doit être très rare; elle ne s'est rencontrée 
dans aucun des mots prononcés devant moi. Ainsi, sad, cent, est 
sseï; ou miaid, il viendra, jou andi; houd, fût, bo; 'mikounend,\\& font 



314 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'ASIE CENTRALE. 

devient makaron. Très souvent cette consonne est omise dans le 
milieu des mots; ainsi, ^at/er, père, est pa; mader, mère, est ma^ 
pour fils ils emploient le vieux mot persan pour. Plusieurs mots 
m'ont semblé différer complètement du persan moderne ; ainsi : 
frère est mow&era,- coq, tela; bœuf, vertèh; bouche, zoundji; femme, 
jiUj etc. 

J'arrivai à Téhéran le 2 mai, jour correspondant au 12 ou 
au 13 du mois de Ramazan; et comme le chah ne reçoit personne 
pendant le mois sacré, je dus nécessairement patienter jusqu'à la 
fin du carême, c'est-à-dire jusqu'au 19 ou 20 mai, pour lui être 
présenté. Mais, en attendant j'eus l'occasion de voir plusieurs 
fois Mirza Agha Khan, alors premier ministre, et Mirza Saïd Khan, 
ministre des afi'aires étrangères, et, grâce au puissant appui de 
notre chargé d'affaires, M. Lagofski, j'obtins toutes les faci- 
lités voulues pour explorer le Khorassan in extenso. Je me plais à 
dire que si j'ai pu visiter en toute sécurité, avec six Européens 
dont aucun n'avait jamais voyagé jusqu'alors parmi les musul- 
mans, un pays oii tous mes prédécesseurs ont été pillés, empri- 
sonnés ou autrement molestés, je le dois principalement à lahaute 
protection que S. M. le chah a daigné accorder k notre entreprise. 
En me congédiant, après une longue et gracieuse audience, le roi 
eut la bonté de me dire : « Vous partez pour le Khorassan dans la 
«meilleure saison, et je vous promets que vous y voyagerez aussi 
«tranquillement que chez vous. » Je suis heureux de pouvoir 
attester que celte parole l'oyale n'a pas été seulement un gracieux 
compliment d'adieu, mais une bienveillante vérité. 

De retour à Charoud, le 12 juin, j'y trouvai réunis tous mes 
compagnons de voyage, assez impatients de partir ; mais comme 
le gouverneur de Bastam, petite ville à 7 kilomètres à l'est, était 
venu le jour de mon arrivée pour me souhaiter la bienvenue, je 
dus remettre mon départ au surlendemain pour avoir le temps de 
lui rendre sa visite. Je profitai de cette occasion pour examiner en 
détail l'ancienne ville de Bastam, qui fut la résidence, le théâtre 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 316 

des miracles, et l'endroil de la sépulture du fameux cheikh 
Bayazid Bastami, mort en 261 de l'hégire. Son tombeau se trouve 
dans la cour d'une belle mosquée très minée, mais ayant conservé 
encore en beaucoup d'endroits les riches ornements exécutés 
en plâtre qu'on retrouve sur toutes les constructions arabes des 
dernières années du khalifat. La coupole portait jadis une inscri- 
ption coufique en cinq lignes qui en faisaient le tour; il n'en 
reste que quelques mots sans suite. Immcîdiatement au-dessous 
de cette coupole, on voit une inscription en beaux caractères cou- 
fiques enchevêtrés, assez bien conservée; elle reproduit le verset 
du Koran connu sous le nom de verset du Trône. Le Mihrab, ou 
la chaire, est aussi recouvert de riches arabesques en plâtre qui 
encadrent un cartouche où on lit : « OEuvre de Mouhammed fils 
» d'Ahmed.. .660.. .» le reste est illisible. Les portes, en bois sculpté, 
sont ornées de carrés encadrés d'arabesques artistement agencées. 
Tous ces carrés portent une légende uniforme : « Gloire éternelle 
B soit à Lui » tracée en caractères coufiques semblables a. ceux des 
inscriptions delà mosquée. Le tombeau du cheikh est un parallé- 
lipipède informe, construit en partie en pierres de taille, en partie 
en blocs de grès grossièrement cimentés avec de l'argile com- 
mune. Ce monument a une longueur considérable, car chaque 
pèlerin zélé y ajoute un ou plusieurs pavés; les desservants 
de la mosquée m'assurèrent gravement que la longueur de ce 
mausolée cori-espondait à la hauteur prodigieuse de la taille du 
cheikh. Au sud-est de cette mosquée se trouve une tour d'une' 
construction bizarre, et le stuc qui recouvre les faces de ses 
cannelures porte, immédiatement sous le fronton, une série de 
carrés qui contournent l'édifice et dans lesquels on lit de courtes 
légendes coufiques. Ces inscriptions se trouvant à une dizaine 
de mètres au-dessus du sol, n'étaient pas très distinctes; j'en ai 
fait estamper quelques-unes par !e procédé MiUin, et j'ai acquis 
la certitude que ce n'était qu'une invocation pieuse, composée 
d'autant de mots qu'il y avait de médaillons, mais ne contenant 



316 PARTIE MÉRIDIONALE DE L'ASIE CENTRALE. 

aucune date chronologique. Au nord-ouest de la grande mosquée 
se trouve le Mmari djoumbau, ou « minaret tremblant ». On le fait 
vaciller, comme les deux minarets d'ispahan^ en le secouant par le 
haut. J'ai fait faire cette expérience sous mes yeux; dès que le 
minaret fut ébranlé, une pierre, placée sur le rebord de la cor- 
niche, roula en bas, et l'ombre du minaret, projetée sur le sol, 
dévia de sa position primitive d'un et demi ou de deux degrés. Les 
habitants de Bastam assurent sérieusement que cette expérience 
ne réussit qu'à condition de secouer le minaret en récitant le 
Ziar et Namèh, prière d'adoration du saint Cheikh. Actuellement 
Bastam est une ville de peu d'importance. Elle peut avoir de 8 à 
10 000 habitants, presque tous petits propriétaires vivant des 
revenus de leurs jardins ; quant aux ouvriers et aux commerçants, 
ils sont établis à Chahroud, ville située sur la grande route de 
Méched, dont Bastam est un peu à l'écart. 

Depuis la malheureuse issue de l'expédition du gouverneur 
d'Astrabad contre les Turcomans, la sécurité avait disparu des 
environs de Bastam. Chaque jour quelques villages du district 
étaient pillés, et les caravanes ne se décidaient à passer les quatre 
premières stations de la route de Méched, toujours assez dange- 
reuses, qu'étant assez fortes pour ne pas craindre les attaques des 
brigands. Les pèlerins ayant appris, bien avant mon arrivée à 
Chahroud, que le roi avait ordonné de me donner une escorte 
de quarante cavaliers et un canon, attendaient le départ de l'ex- 
pédition pour se joindre à nous; en sorte que, arrivé le soir du 
ik juin au village Bedecht, rendez-vous habituel des caravanes 
allant a Méched, et situé à 2 farsangs à l'est de Chahroud, j'y ai 
trouvé un immense campement de pèlerins et plus de 4000 bêtes 
de somme, chevaux, chameaux, mulets et ânes. La caravane 
avait l'aspect d'un musée ethnographique vivant. 11 y avait des 
Arabes du désert de Bassorahet de Bagdad, des personnes de toutes 
les provinces de l'empire persan, des Turcs de Derbend, du 
Chirvan et de l'Aderbeidjan, des Afghans, des Musulmans de 



PAKTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 317 

l'inde, des Berberis, race d'origine monghole établie depuis 
très longtemps a BendiAli, au nord-est de Kaboul, et par- 
lant le persan, des habitants de Khokand, de Kachghar, de Tach- 
kend, de Boukhai'a et de Hérat; bref, presque toutes les contrées 
de l'Asie centrale y étaient représentées. Beaucoup de pèlerins 
étaient à pied, plusieurs familles n'avaient qu'un âne en commun, 
monté a tour de l'ôle parles femmes avec des enfants à la mamelle. 
Un vieillard aveugle, possesseur d'un âne, mais n'ayant personne 
pour guider sa monture, avait obtenu, moyennant! fr. 20 c, la 
permission de tenir, pendant tout le voyage, le bout d'une corde 
attachée à la queue d'un chameau chargé de marchandises. Notre 
escorte n'étant pas prête le i5, nous fûmes obligés de x'ester ce 
jour-la à Bédecht; mais le 16, au lever du soleil, nous nous 
mîmes en route. Nos quarante cavaliers armés ouvraient la 
marche, puis venait une partie des pèlerins, suivie du canon 
avec une quinzaine d'artilleurs à cheval, et enfin l'arrière- garde 
de la caravane ; le tout présentant une masse mouvante d'hommes 
et de bêtes de somme qui n'occupait pas moins de 3 kilomètres de 
longueur. La peur des Turcomans était telle, que pendant la 
pénible traversée de 9 farsangs, dont les 8 premières sans eau 
et parcourues sous un soleil brûlant , cette cohue hétérogène 
se mouvait dans un ordre parfait, et les pèlerins, généralement 
peu habitués à se soumettre a une discipline quelconque, se con- 
formaient strictement aux ordres du chef de l'escorte, s'arrêtant 
à son signal pour donner le temps aux traînards de rejoindre la 
caravane, et se remettant en marche sans perdre leur temps, 
comme d'habitude, à réciter des salavats, louanges en l'honneur 
d'Ali et du prophète, à fumer et même h faire paître leurs montures 
dans les endroits où se trouvent quelques touffes d'herbe verte. 
Pendant tout le trajet, nous marchions dans une plaine ondulée 
très favorable pour les attaques subites, vaste solitude qui, par 
la conformation du sol, et surtout par sa végétation, ressemble 
beaucoup au Kizyl-Koum, désert sans eau situé au nord de Bou- 

Tii. il 



3 8 PARTIE MÉRIDIONALE DE L'aSIE CENTRALE. 

khara. Ce n'est qu'à une farsang avant d'arriver à Meïamei qu'on 
rencontre del'eau, et c'est là aussi qu'on trouve les premiers villages, 
Djoudana, Sireicli et Kelata, presque contigus l'un à l'autre. 

Nous mîmes dix heures à parcourir cette station de 9 grandes far- 
sangs, sans compter une halte d'un peu plus d'une heure que nous 
fûmes obligés défaire pour donner la pro vende aux chevaux; mais 
telle est l'habitude des Orientaux en général, et des villageois per- 
sans en particulier^ de marcher longtemps sans se fatiguer, que 
non-seulement aucun des piétons ne resta en arrière, mais qu'en 
parcourant, le soir, les différents quartiers de notre camp, je ne 
vis personne exténué par une étape de 70 kilomètres. Tous avaient 
l'air dispos, et chacun vaquait a sa besogne comme s'il n'avait pas 
bougé. L'aridité du pays que nous venions de parcourir ne tient 
pas tant "a la nature du sol qu'au manque de sécurité. Jadis il y 
avait de nombreux et florissants villages qui ne manquaient pas 
d'eau pour l'irrigation de leurs champs ; mais les incursions des 
Turcomans, qui ne discontinuèrent jamais pendant cinquante ou 
soixante années consécutives, ont transformé ces plaines ondulées, 
d'ailleurs très susceptibles de culture, en un triste désert. Le 17, 
nous passâmes a Miandecht, petit village à 6 farsangs de Meïamei. 
Ses habitants se retranchent, pendant la nuit, dans une forteresse, 
comme c'est l'usage dans tout le Rhorassan. Après le coucher 
du soleil, les portes de ces enceintes fortifiées se ferment, et 
l'étranger n'y est admis sous aucun prétexte. Jadis Miandecht 
était célèbre pour ses usines de cuivre; on y trouve en quan- 
tité des scories à une assez grande distance des habitations 
actuelles. Cette circonstance et l'aspect vitreux de ces produits 
artificiels ont induit Fraser en erreur; il les a prises pour des obsi- 
dianes, roches volcaniques inconnues dans ces contrées. Le 18, 
l'aspect du pays que nous parcourûmes avait beaucoup d'analogie 
avec celui que nous avions traversé les jours précédents, avec cette 
seule difl'érence, toutefois, que les mamelons qui bordaient la 
route étaient plus souvent couronnés de rochers d'origine volca- 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 319 

nique, au milieu desquels, semblables a des îlots, surgissaient des 
roches avec des restes de nummulites très bien conservés. Les 
montagnes voisines, d'après le témoignage des habitants, sont 
riches en mines de cuivre. Presque a moitié chemin entre Mian- 
decht et Abbas Abad, on trouve un caravansérail ruiné nommé 
Alhak; sa citerne était assez bien conservée, et remplie d'une eau 
■fraîche très potable. Nous passâmes la nuit, du 18 au 19, a Abbas 
Abad, petit village a 6 farsangs de Miandecht , peuplé par des 
Géorgiens établis ici par chah Abbas au nombre de quarante 
familles. On leur confia la garde de la frontière en les exemptant 
de tout impôt; et quoique, depuis ce temps, les chahs de Perse y 
aient transféré à plusieurs reprises de nouveaux colons de la même 
race (nous avons trouvé nous-même une vieille femme qui se 
rappelait avoir été ramenée en bas âge de Tiflis), personne parmi 
les villageois ne parle le géorgien, et ce qui est plus surprenant 
encore, rien dans leurs habitudes, comme dans la conformation de 
leurs traits, ne trahit leur origine. Ils ont des figures parfaitement 
persanes, mais leurs femmes n'ont pas adopté l'habitude de se 
voiler. 

A Astrabad, j'avais engagé un vieux mazandéranien, connu 
sous le nom de Hadji Babr Kouch, ou pèlerin tueur de tigres, 
à nous accompagner jusqu'à ftléched, car il avait la réputa- 
tion de connaître a fond les richesses minérales du pays que 
nous devions parcourir, et d'être un chasseur expérimenté et 
intrépide. Mais aucune de ses qualités ne résista à l'examen. Sa 
science se réduisit alors à la connaissance de quelques contes sur 
des soi-disant mines d'or et de pierres précieuses j ses chasses 
étaient toujours malheureuses, par suite de quelques obstacles 
imprévus; quant a sa bravoure, elle était destinée à subir, le 19, 
un rude échec. Depuis notre départ de Chahroud,- chaque soir, 
après le coucher du soleil, nos serviteurs persans disparaissaient; 
et quand on allait à leur recherche, on était sûr de les trouver 
accroupis autour du vieux hadji qui murmurait des paroles inin 



320 PARTIE MÉKIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

telligibles, et, de temps à autre, frappait dans ses mains, en 
ordonnant à son auditoire d'en faire autant. Pour ces séances 
clandestines, il se dépouillait de son costume habituel, qui consis- 
tait en lui casque de fer damasquiné, en une cotte de mailles serrée 
par ime ceinture ornée de plaques de cuivre, a laquelle était accro- 
ché tout un arsenal d'armes à feu j cet attirail guerrier était rem- 
placé piir une collection de tablettes de cuivre percées de petits 
trous, et couvertes de différentes figures cabalistiques qu'il consul- 
tait souvent et avait l'air d'y puiser le contenu de ses discours. 
Dès que quelqu'un de nous s'approchait de ce groupe, les tablettes 
étaient mises décote, et la compagnie faisait semblant de s'entre- 
tenir de choses indi£férentes. A force de questions, je parvins à 
apprendre que, parmi ses précieuses qualités, le lueur de tigres pos- 
sédait celle d'être lin très fort ranimai, homme versé en géomancie, 
et que chaque soir on venait se renseigner auprès de lui pour sa- 
voir si le jour suivant se passerait heureusement, ou si nous cou- 
rions le risque d'être attaqués par les Turcomans. Dans la soirée 
du 18 au 19, le hadji se livra, comme de coutume, à ses pratiques 
magiques, et nos domestiques persans le quittèrent très satisfaits 
de l'avenir heureux et paisible qu'il leur avait prédit. Le 19, nous 
nous mîmes en marche à 5 heures 20 minutes du matin. Ici la 
route s'éloigne des montagnes, et se rapproche du grand désert 
salé; le sol est uni, et l'horizon serait très étendu, si le mirage, 
qui ne manque jamais d'apparaître avec la chaleur du jour, n'en 
rétrécissait le cercle. La surface du désert est souvent coupée 
par des ravins plus ou moins profonds, creusés par les eaux tor- 
l'entielles qui se déversent sur la plaine cliaque fois qu'une pluie 
d'orage éclate dans les montagnes. L'un de ces ravins earde 
presque toujours une eau salée, ce qui en rend le passage très 
difficile, «et chah Abbas fit construire, à i'endroit où la route tra- 
verse ce marais salin, un pont de pierres connu sous le nom de 
Pouli Abrichim, localité souvent mentionnée dans l'histoire du 
Khorassan depuis le règne de ce grand roi. Près de ce pont, on 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 321 

trouve un caravansérail ruiné et quelques collines derrière les- 
quelles les brigands turcomans se mettent souvent en embuscade, 
guettent le passage des caravanes et les attaquent dans cette localité, 
très favorable à une charge de cavalerie et très désavantageuse pour 
la caravane, qui ne peut passer le pont qu'assez lentement. 

A peine avions-nous franchi ce pont, a 7 heures 20 minutes, 
que notre escorte signala sur une élévation voisine trois cava- 
liers qui disparurent dès qu'ils se virent découverts. 11 était évi- 
dent que c'étaient des Turcomans qui épiaient notre marche, 
et il était assez probable qu'ils faisaient partie d'un détache- 
ment plus forl , caché dans le voisinage. C'était assez pour 
mettre la caravane en émoi. Les chameaux furent arrêtés, notre 
unique canon et tous les hommes montés sur des chevaux furent 
placés a l'avant-garde, et le pauvre tueur de tigres, médiocrement 
enchanté déjà d'avoir une occasion de prouver sa bravoure, dut 
essuyer une bordée d'imprécations de ses dupes delà veille. Ce- 
pendant l'hésitation que l'ennemi invisible mettait à se montrer 
ranima peu a peu le courage des plus hardis parmi les pèlerins ; 
quelques Turcs du Chirvan partirent au grand galop dans la direc- 
tion des montagnes, et revinrent bientôt n'ayant rencontré ni 
même vu personne. La caravane se remit en route, mais le hadji 
perdit sa réputation de brave et de devin. Les conférences noc- 
turnes cessèrent, et il lui fallut dix jours d'efforts pour reconqué- 
rir une partie de la confiance qu'il inspirait auparavant. 

Le sadriazam, ci-devant premier ministre du chah, a fait con- 
struire, à une portée de fusil du pont, une petite fortification, et y 
a fait placer une vingtaine de fantassins, soi-disant pour défendre 
les caravanes contre les attaques des brigands; mais, comme cette 
poignée d'hommes suffisait à peine pour empêcher lesTurcomans de 
les emmener eux-mêmes en captivité, les caravanes étaient pillées 
comme par le passé, et la garnison n'était là que pour donner un 
témoignage officiel du pillage accompli. Après avoir traversé le 
petit village de Kahé, et les vastes mines d'une localité qui por- 



322 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

tait jadis le nom de Behmeii-Abad, et qui, du temps de Truilhier, 
avait encore trente maisons, nous arrivâmes, k ) heure 20 minutes, 
à Mézinan. Cet endroit coraptaitjadis, dit-on, 900 maisons, dont 
il ne reste maintenant que 140, liO de plus qu'à l'époque où 
il a été visité par Truilhier. Dans les temps passés, son marché 
était très animé, mais ce n'est plus ïe cas actuellement. Son vaste 
caravansérail tombe en ruines et peut à peine abriter les pèlerins. 
L'industrie principale des habitants du village consiste en sérici- 
culture; ils récoltent jusqu'à 50 batmans {llil kii. à peu près) de 
soie par an; en outre, ils fondent une quantité insignifiante démine- 
rai de cuivre, et ils vendent les gâteaux de cuivre rouge à Sébzé- 
var, à raison de 8 sahibkrans (9 fr. 60 c.) le batman. Nadir chah 
porta le premier coup à la prospérité de ce boui'g, dont il dévasta 
le district en punition d'une révolte ;' mais, profitant des troubles 
qui suivirent son règne, Allah lar, khan de Djouvein, s'y établit et 
ne voulut pas reconnaître l'autorité de Feth Ali chah. Le roi 
l'attaqua en personne, mais, ayant vainement assiégé sa résidence 
pendant huit mois, il conclut avec lui une trêve, l'assura de sa 
protection, et l'engagea à se rendre à Téhéran, où il le fit saisir et 
étrangler. Sa forteresse fut rasée, et les habitants, accablés d'im- 
pôts, abandonnèrent peu à peu leur village, qui depuis ne se 
releva jamais. 

L'industrie séricicole que j'ai eu l'occasion d'étudier en Orient, 
depuis Samarcande jusque dans les provinces transcaucasiennes, 
est introduite depuis longtemps dans la Transoxiane, dans le 
Khorassan, dans le Mazandéran, dans le Ghilan, le Talich, et 
dans la province de Cheki ou Noukha. Sans entrer ici dans la dis- 
cussion de la question savamment traitée par M. fjatreille dans 
son Cours d'entomologie (t. I, p. 114 et 115), et après lui par 
Ch. Ritter, dans sa Géographie de l'Asie, à savoir, si cette industrie 
date, en Perse, des premières années du règne des Sassanides ou 
d'une époque antérieure, je ferai observer qu'elle y est très an- 
cienne, et qu'il me paraît impossible d'admettre que du temps de 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 323 

Justinien on ait ignoré à Constanlinople que le ver à soie était élevé 
avec succès au sud de la mer Caspienne. En sorte que, si les 
moines qui ont rapporté la première graine de ce ver en Europe 
ont préféré aller la chercher au Serhind, très probablement Tur- 
fan, d'après M. Latreille, au lieu de la tirer des provinces per- 
sanes, beaucoup plus rapprochées de Byzance, il faut attribuer, 
selon moi, ce long détour a la mauvaise réputation que la soie 
persane avait dans le commerce alors comme de nos jours, et à 
l'espoir d'en produire une meilleure en allant recueillir des graines 
dans des contrées plus rapprochées de la Chine. 

Passé Mézinan, la route devient moins dangereuse, et je profi- 
tai de la halte du 20 juin pour congédier l'escorte qui nous avait 
accompagnés depuis Bédecht; mais les artilleurs tenaient a nous 
suivre jusqu'il Soutkar, village situé à k farsangs à l'est de Mézi- 
nan, où nous arrivâmes, par une très belle route, le 21. Nous 
nous y arrêtâmes pour déjeuner, et la meilleure preuve que le 
danger d'être attaqué par les Turconians avait entièrement dis- 
paru, c'est que les pèlerins se décidèrent k pai'lir seuls pour 
Sébzévar. Nous couchâmes cette nuit-Ia h Mihr, caravansérail et 
petit village du même nom, oîi l'on récolte une trentaine de bat- 
mans de soie par an. Le 22, nous passâmes a Rived, caravansé- 
rail semblable au précédent, à 3 farsangs de distance de Mihr, 
et a. h de Sébzévar, Plus on s'approche de cette ville, plus les vil- 
lages deviennent fréquents; mais, quoique ce district soit un des 
plus anciens centres de population du Khorassan, on y trouve peu 
de monuments anciens. Le minaret du village de Khosrouguird fait 
une exception k cette règle. Cette bâtisse a la forme d'un cône 
tronqué, peu différent d'un cylindre ; sa hauteur est de 29", 91 
(98 pieds anglais lo centièmes), et sa circonférence au sommet est 
de8'°,12 (26 p. a. 63). Une inscription coufique fait le tour du fron- 
ton ; c'est une invocation pieuse, sans nom de constructeur, et qui 
se termine par les mots : « Ceci a été constx'uit l'an 505 de l'hégire. » 
Donc, c'est un monument contemporain du règne du sultan Mou- 



32i PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

hammed, fils de Melik chah le Seldjoukide, et de l'époque du 
gouvernement du Khorassan par le sultan Suidjar. Mais le texte 
de l'inscription n'indique pas que cet édifice ait été construit par 
ordre supérieur, ce qu'on ne manque jamais de dire, et l'absence 
de ruines autour du minaret ne permet pas de penser que ce vil- 
lage ait jamais été beaucoup plus important qu'il ne l'est actuelle- 
ment. Sébzévar est a une couple de farsangs de ce village. La 
ville a un aspect agréable; sa population n'est pas nombreuse, 
(12 à 15 000 âmes), mais elle paraît être prospère et laborieuse. Les 
vicissitudes éprouvées par cette ville, dans le courant des siècles, 
expliquent pourquoi elle a si peu de monuments anciens ; a peine y 
trouve ton deux constructions dignes d'être mentionnées, un 
minaret dans la partie septentrionale de la ville, et un imam-zadèh 
au centre du bazar. L'inscription qui ornait jadis le haut du pi'e- 
mier de ces monuments, paraît avoir été tracée en caractères cou- 
fiques, mais elle est trop détériorée pour qu'on puisse la déchiffrer. 
L'iinam-zadèh est probablement une construction contemporaine 
de l'époque des premiers Séfévides ou des dernières années de la 
dynastie de Tamerlan. Elle porte une inscription en caractères 
rouk'a peu lisible, et le coufique n'y est employé que comme orne- 
ment, dans une seule sentence -.«Dieu le miséricordieux ", répétée 
plusieurs fois. Le district de Sébzévar est assez riche en minéraux; 
il y a des mines de cuivre, et, dans les monts Kouhmich, des 
mines de borax. Dans la ville même, on fabrique de l'ammoniaque 
qu'on extrait de l'eau sale des bains. On cultive beaucoup le mûrier 
dans les faubourgs de la ville, et l'on y produit une quantité con- 
sidérable de soie. 

Le 26, nous quittâmes Sébzévar, et par une route large et unie, 
passant entre de nombreux villages, nous arrivâmes au caravansé- 
rail de Zafranlou, ou Zafrani, k 6 farsangs de la ville. Ce caravan- 
sérail, qui mérite bien les louanges que lui donne Fraser, se trouve 
dans un état de ruine presque complet ; mais on peut encore juger 
par ce qui en reste combien cette construction devait être belle 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 325 

jadis. A droite de la porte d'entrée, regardant le sud, il y a une 
mosquée dans l'intérieur de laquelle, sous la coupole, on \oit une 
belle inscription coufique assez bien conservée. Elle reproduit le 
verset 285 en entier, et le verset 286 du chapitre II du Coran 
jusqu'aux mots cm^x/'IU. La forme des caractères de cette 
inscription me paraît êlre identique avec celle des légendes tra- 
cées sur les monuments du iv° siècle de l'hégire. Dans une vaste 
niche qui se trouve dans la première cour, tout un mur est bâti 
avec des briques disposées de manière à reproduire les noms des 
quatre premiers khalifes osmau*'= a- ^^'^ prouve d'une manière 
évidente, non-seulement que le constructeur de cet édifice 
était un sunnite, mais aussi que la construction a été faite h une 
époque où ce rite était toléré dans le Khorassan, donc bien avant 
l'époque des Séfévides, et non pas sous chah Abbas comme on 
l'avait dit à ûl. Truilhier. Sur les murs d'un bain attenant au 
caravansérail, mais presque entièrement détruit, j'ai pu déchiffrer 

dans un fragment d'inscription : « l'architecte Mouliammed 

fils de Kassim. » Enfin sur la face extérieure du mur oriental du 
caravansérail, on voit le commencement d'une inscription en 
beaux caractères coufiques, dont il ne reste que ce peu de mots : 

« Au nom de Dieu clément et miséricordieux la construction 

pendant le règne du grand sultan » Le style d'architecture de 

ce beau monument et le caractère de ses inscriptions permettent, 
à ce qu'il me semble, d'assigner avec beaucoup de probabilité le 
règne du Seldjoukide IVlélikchah comme l'époque de sa construc- 
tion. 

M'étant décidé à entreprendre directement de Zafrani une excur- 
sion aux mines de turquoises, j'expédiai un des topographes, avec 
les plus lourds bagages, à Nichapour, et le 27 je me dirigeai, avec 
tous mes autres compagnons de voyage, vers les montagnes. Pen- 
dant une heure et demie, on marche dans la plaine, puis on entre 
dans un défilé qui conduit par une pente assez douce au sommet 
d'un col dont on ne put me dire le nom, mais près duquel se trouve 

vn. -12 



326 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'ASIE CENTRALE, 

un très beau jardin dont la verdure avait conservé sa fraîcheur 
printanière, tandis que dans la plaine, depuis quelques semaines 
déjà, tout était brûlé par le soleil. Ce col est assez élevé ; le baro- 
mètre y marquait 510°"" par une température extérieure de 20 de- 
grés centigrades. La descente du col ne présentait aucune diffi- 
culté; elle conduit à un assez large défilé qui débouche dans une 
vallée entourée de montagnes et contenant trois villages : Nou- 
rabad, Zarghé et Pioukghé. Auprès de ce dernier, on voit une 
source dont l'eau, en s'écoulant, forme un dépôt calcaire qui 
durcit très vite h l'air. Après avoir traversé cette vallée, on fait 
l'ascension du col dit Hezar-Tchil; la montée est pierreuse et peu 
commode. De cette hauteur, on découvre une vaste plaine bornée 
au nord par les montagnes de Djouvein, oîi sont situées les mines 
de turquoises. Cette plaine n'est cultivée que dans le voisinage des 
montagnes, où les sources souterraines sont plus fx'équentes. 

Nous nous ai'rêtâmes au village de Chourab, donné par Mou- 
hammed chah k des khans de Hérat du inte chiite, qui, étant passés 
auxPei'sans pendant le siège de celte ville en 1838, ont dû quitter 
leur patrie après la retraite des troupes du chah. Nous rencon- 
trâmes dans cette plaine, pour la première fois, un campement 
de Beloudjs; il y a vingt ou vingt-cinq ans, ils furent transférés 
de force dans ce district du Khorassan, des alentours de Bam et 
de Nourmanchir, au nombre de 4000 familles, en punition des 
brigandages qu'ils commettaient dans le Kirman. Ils sont très 
basanés, ont des figures plates et des nez peu proéminents, mais 
leurs yeux sont assez bien fendus ; leurs femmes ne se voilent pas, 
et ils vivent sous des tentes faites en tissus de laine noire très 
grossiers. Us commencent déjà, d'après ce qu'ils m'ont assuré, à 
oublier leur langue, et tous, hommes et femmes, parlent le persan. 
En nous approchant des montagnes où se trouvent le village de 
Maadan et les mines qui en dépendent, nous vîmes une quantité 
d'excavations peu profondes qu'on nomme Maadani Hakki,ou « les 
mines du bon Dieu ». Les mines principales sont affermées par 



PARTIE MÉEIDIONALE DE LASIE CENTRALE. 327 

l'État, et ne peuvent être exploitées que par les individus munis 
d'une permission spéciale du fermier général ; mais il n'est défendu 
à pei'sonne de faire à ses risques et périls des recherches dans 
le voisinage d'anciens puits, et les excavations que nous avons vues 
provenaient de ces essais d'exploitations. Généralement, la tur- 
quoise foi'me des strates, ou plutôt des feuilles plus ou moins 
épaisses dans une pierre calcaire ferrugineuse, quelquefois de cou- 
leur blanche, et quelquefois de couleur rouge de brique. On trouve 
rarement près de la surface du sol des veines de belles couleurs, 
mais la présence de veines d'un coloris pâle, qui n'ont aucune va- 
leur, sert souvent d'indice sur la proximité d'une couche plus for- 
tement colorée, qu'il est avantageux d'exploiter. La description des 
mines, faite par M. Fraser, est assez exacte; elle l'est encore plus 
dans la notice de M. Chodzko. A l'époque où je les ai visitées, elles 
étaient données par le chah en apanage au gouverneur du Kho- 
rassan, qui les avait affermées à raison de 800 ou 1200 ducats par 
an. Le fermier général vend en détail aux habitants du village de 
Maadan le droit d'exploiter tel ou tel puits, 

La profondeur à laquelle on est parvenu dans les mines an- 
ciennes est le plus grand obstacle à leur exploitation lucrative. La 
plupart des puits sont à moitié envahispar l'eau, dontles mineurs 
ne savent pas se débarrasser; déplus, le manque de bois de con- 
struction ne permet pas de soutenir par des contre-forts les parois 
des forages, et la nature friable et spongieuse de la roche fait que 
les éboulements sont fréquents, ce qui rend le travail dans les gale- 
ries très dangereux, et arrête même tout à fait l'exploitation ulté- 
rieure, car il serait impossible de déblayer les galeries fermées 
par ces éboulements, sans une mise de fonds considérable qui 
surpasse les moyens des villageois. Quelquefois ces éboulements 
sont produits par des tremblements de terre; les deux plus 
récentes secousses, très nuisibles aux mines, ont eu lieu le jour 
de i'équinoxe du printemps de l'an 1271 de l'hégire, et au mois 
de ramazan de l'an 1273. Il n'est pas rare qu'une quinzaine de 



328 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

malheureux ouvriers restent ensevelis sous ces décombres, sans 
parler de ceux qui se cassent bras et jambes par l'incurie des entre- 
preneurs, et le mauvais état des cordes et des poulies au moyen 
desquelles on fait descendre les mineurs dans les puits. 

Nous arrivâmes à Maadan vers le coucher du soleil, et la pre- 
mière chose qui me frappa fut un tas d'herbes sèches, de forme peu 
commune, placé près des maisons ; un examen attentif de cette 
herbe, par M. Bunge, fit voir que c'était la gundelia tournefortia, 
qu'on nomme cholpa, et qu'on conserve pour la donner en hiver 
aux ânes et aux moutons. Ceci prouve que l'hiver est ici plus 
rigoureux que dans d'autres endroits de la Perse, car généralement 
ailleurs on n'use pas de tant de précautions. Le goût amer de celte 
plante semble convenir aux animaux, qui l'aiment beaucoup, et se 
trouvent très bien de cette pâture. Nous restâmes le 28 à Maadan, 
pour donner le temps h notre géologue d'examiner les mines en 
détail. Par les raisons que j'ai indiquées, on attaque rarementleroc 
vif dans les anciennes galeries j on se contente deti'ier les déblais 
amoncelés, pendant des siècles, en quantité prodigieuse k l'en- 
trée des puits. On met de côté les morceaux de roche sur lesquels 
on remarque quelques traces de turquoise bien colorée; à l'aide 
du marteau on enlève les parties communes de la roche , puis on 
transporte le résultat de ce triage au village de Maadan, où ces 
débris sont lavés à la fontaine, opération nécessaire pour mettre 
en évidence la pureté de leur couleur. Ayant définitivement 
choisi ce qu'il y a de plus parfait, on polit ces pièces à l'aide d'une 
roue en bois, quelquefois même on lâche de leur donner par la taille 
une forme ovoïdale presque conique, qui est la plus estimée pour 
les turquoises. Mais comme la couche de cette espèce d'émail bleu 
de ciel, qui, en se déposant sur la pierre calcaire, en fait une tur- 
quoise, est rarement épaisse, et qu'il n'y a aucun moyen de recon- 
naître son épaisseur à la vue, l'opération de la taille est très 
chanceuse et gâte souvent des pierres qui, restant plates, pour- 
raient être assez bien vendues. Jusqu'à présent, on ne connaît que 



PARTIE MÉEIDIONALE DE 1,'aSIE CENTRALE. 329 

quatre points en Asie où l'existence du gisement de turquoise ait été 
positivement l'econnue, dont deux par noti-e géologue M. Goebel, 
près de lezd, dans les montagnes de Taft, et aKalei-Zéri, dans les 
montagnes qui forment la limite du désert Lont au nord; enfin 
ceux de Nichapour et deNourata en Boukhax'ie, Personnellement, 
je n'ai visité en détail que la mine connue sous le nom de mine 
d'Adbourrezak, 

Nous quittâmes le 291e village de Maadan pour examiner les mines 
de sel aemmc. Elles sont situées a une heure et demie de dislance de 
Maadan, dans les derniers contre-forts de la chaîne principale. La 
couche de sel gemme, mise à nu et exploitée lors de notre visite, a 
une épaisseur de 150 mètres. Elle se trouve assez près delà surface 
du sol, et est assez homogène, n'étant traversée que par de minces 
couches d'argile commune. Le sel de cette mine présente un amas 
compact de très petits cristaux, ce qui fait que les morceaux d'une 
épaisseur d'un décimètre sont déjà presque opaques. Les tra- 
vailleurs attaquent cette mine a coups de marteau, en s'aidant d'un 
chant très monotone. Le sel est transporté à Nichapour, en petits 
blocs ou en sacs, à l'état de poudre ; un mince filet d'eau saline 
s'échappe dans cet endroit de la montagne et se perd dans la plaine. 
Ses bords sont recouverts d'une couche assez épaisse de cristaux 
salins. En suivant le cours de ce ruisseau , nous atteignîmes un 
petit village très pauvre, nommé Kurgatchoulou, non loin duquel 
il y avait un campement de Beloudjs. A deux heures de l'après- 
midi , après une marche totale de quatre heures et demie, nous 
atteignîmes un grand et beau village, Khanlouk, situé sur la rive 
droite d'une rivière assez considérable nommée Bora. Ce village 
est remarquable par son vaste jardin, où nous fîmes placer nos 
tentes. Une route unie et large nous conduisit le âO à Nichapour, 
à travers une plaine richement cultivée. Nous rencontrâmes ici les 
premiers Kurdes de la tribu Almaly. Ces nomades ne sont pas 
aborigènes du Khorassan; les Séfévides, Nadir chah et les 
Kadjars les ont souvent transférés de la frontière occidentale de 



330 PAETIJi MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

l'empire de Perse dans les districts de Nichapour et de Kabouchan. 
On évalue leur nombre, dans ces deux districts, à quarante mille 
familles. Ils passent l'hiver dans des villages situés dans la plaine j 
mais au printemps il les quittent pour aller camper avec leurs trou- 
peaux dans les montagnes, ne laissant dans leur résidence d'hiver 
que trois ou quatre individus pour surveiller l'irrigation de leurs 
champs assez mal cultivés. 

Nous restâmes a Nichapour le 1" et le 2 juillet j c'est une ville com- 
plètement déchue de sa prospérité passée. Elle est assez vaste, mais 
l'enceinte circonscrite par ses murs, tombant en ruine, est remplie 
de maisons écroulées et deboutiques fermées faute de commerçants. 
Je n'ai pas besoin de rappeler que Nichapour est une des plus an- 
ciennes et des plus célèbi'es cités de cette partie de l'Asie 3 les désas- 
tres de son passé orageux expliquent sa pauvreté en monuments 
anciens. Elle n'a à offrir aux voyageurs que quelques tombeaux de 
ses habitants plus ou moins célèbres. Près du bastion de l'angle 
nord-est de la citadelle de iNichapour, on montre une dalle sépulcrale 
gravée en i 094 de l'hégire, et placée dans une chapelle érigée en 
l'honneur d'un saint local, dit Nourouz, Plus loin , on montre le tom- 
beau de l'imam Zadèh Mahrouk, parent de l'imam Djafar et amant 
d'une parente de lézid qu'il sut convertir à sa foi. Le khalife, ennemi 
juré des chiites, ayant appris cette abjuration, qui était une véritable 
apostasie à ses yeux, ordonna de brûler les deux amants à petit feu. 
Dernièrement, le clergé de Nichapour, guidé par le rêve d'un habi- 
tant du village d'Imam Zadèh, découvrit les soi-disant tombeaux 
des enfants d'Abou Mouslim^ célèbre chef du soulèvement khoras- 
sanien contre les Oméïades ; mais les grandes plaques de briques 
émaillées qu'on dit avoir extraites de ces tombeaux, et dont les in- 
scriptions devaient établir l'authenticité de cette découverte, n'ont 
été pour moi rien moins que probantes. Elles contiennent quelques 
mots sans suite, en caractère neskhi de la fin du vm« siècle de l'hé- 
gire, et avaient servi, sans aucun doute, à rornement de quelques 
mosquées qui s'élevaient jadis à l'endroit où on les a trouvées. 



PARTIE MÉRimONAIE DE L'aSIE CENTKAIE. 331 

^. Le tombeau du célèbre mathématicien Omar Kheïami ne porle 
aucune inscription ; au-dessus de celui du fameux poëte Ferid- 
Eddïn-Attar, on a fixé une belle dalle sépulcrale en marbre noir, 
avec une longue inscription en vers; et quoique le monument soit 
bien postérieur à la mort de cet homme célèbre, l'inscription n'est 
pas dénuée d'intérêt, j'en fis prendre une copie que j'ai communi- 
quée à M. Garcin de Tassy. Le 3, nous allâmes camper dans les jar- 
dins de la mosquée Kadam-Gâh, construite en 1091 par ordre du 
chah Souleiman ; on y conserve une plaque d'ardoise trouvée dans 
cet endroit, et portant l'empreinte en creux du piod de l'imam Aly 
Riza. 

Ici la route se bifurque. La voie postale reste dans la plaine, et 
par Chérif-Abad (Sfarsangs), va à Méched (6 farsangs). L'autre 
branche, un peu plus courte, est plus agréable à cette époque 
de l'année, car elle coupe les montagnes. Ayant expédié pres- 
que tous nos bagages par la grande route, nous prîmes nous- 
mêmes le chemin de la montagne, exactement décrit par Fx'aser j 
mais la saison où le voyageur anglais l'a vu n'était guère propice 
à montrer cette voie sous son meilleur aspect. Du reste, tomme 
moyen de communication, elle est toujours fort mauvaise. Tra- 
versée et minée dans tous les sens par des torrents impétueux, 
rétrécie par des arbres et des broussailles, présentant a chaque pas 
des montées et des descentes abruptes et rocailleuses, cette route 
est peu commode; mais en été c'est un des endroits les plus pit- 
toresques qu'on puisse voir en Perse. Les montagnes qu'on fran- 
chit ici sont lin embranchement sud-est de la grande chaîne 
latitudinale qui traverse le Khorassan. A l'occident et au sud, 
elle borne la vallée de Méched, et se termine, près de Tour- 
beti-Cheikhi-Djam,"par un promontoire escarpé. Dans l'endroit 
où nous avons passé cette chaîne, elle présente une série de 
vallées profondes dirigées presque toutes du nord-ouest au sud- 
est et entourées de hautes montagnes. Cette dernière circon- 
stance contribue à conserver Thumidité dans ces vallées plus 



332 PARTIE MÉRIDIONALE DE t'ASIE CENTRALE. 

longtemps que dans les endroits ouverts et accessibles à l'in-^ 
fluence de l'air sec de la plaine; et, tandis que partout ailleurs la^ 
végétation était brûlée par un soleil ardent, ici elle conservait sa 
fraîcheur printanière. 

Pour avoir le temps de prévenir les autorités de Méched de 
notre prochaine arrivée dans cette ville, nous restâmes le 5 juillet 
à Djigar, charmant village situé dans les montagnes où les habi- 
tants de Méched vont chercher un abri contre les chaleurs de la 
canicule. Le 6, nous traversâmes une série de riches villages dis- 
posés le long d'un ruisseau formant un affluent de la rive droite de 
la rivière de Méched. Us se distinguent des autres villages de la 
Perse par la présence de nombreux cafés, sur la devanture des- 
quels sont invariablement étalés, d'un côté de la porte d'entrée 
une rangée de kalians (pipes à eau) en argile, enjolivés de toutes 
sortes d'arabesques, de l'autre, des samovars ou bouilloirs russes 
en cuivre jaune, bien polisses, resplendissant au soleil, et entourés 
de services a thé fabriqués en Allemagne ou en Angleterre. 
Mais, dès qu'on s'éloigne de la vallée de ce ruisseau, on retombe 
dans le désert. Le sol aride et argileux se crevasse sous l'influence 
de la chaleur et de la sécheresse. De grands espaces sont couverts 
de débris de pierres détachés des montagnes voisines par les eaux 
pluviales; la végétation n'a que de rares représentants brûlés par 
le soleil j en un mot, rien ne rappelle qu'on se trouve dans le voi- 
sinage des terres cultivées. Une longue et pénible montée con- 
duit au sommet du dernier col, d'où l'on descend dans la plaine 
de Méched. Ce col porte le nom de Selam-Tepessi, ou montagne 
du Salut; quand l'air n'est pas obscurci par le brouillard sec, 
on découvre de celte hauteur les coupoles dorées des mosquées 
de Méched, s'élevant au dessus de la vaste ceinture des jardins de 
la ville. Les pèlerins ont l'habitude de s'arrêter ici pour réciter 
une courte prière, et y marquent leur passage en ajoutant quelques 
pierres aux nombreuses pyramides en plaques d'ardoises entas- 
sées par leurs pieux prédécesseurs, et servant d'abri à une quan- 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 333 

tité de rats de terre. A 7 kilomètres de la ville, des délégués 
du prince sultan Mourad-ftlirza, oncle du chah et gouverneur 
du Khorassan, vinrent à notre rencontre. CepichvasBj ou escoi'te 
d'honneur, se composait du grand-maître des cérémonies de 
la cour du prince, du frère de Sami-Khan, gouverneur de Kabou- 
chan, et du colonel Mouhanimcd Baghyr-Khan, accompagné d'une 
nombreuse suite de cavaliers très bien montés. Un officier napo- 
litain, M. Djanuzzi, instructeur dans l'armée du chah, avait 
bien voulu se joindre à ces fonctionnaires persans. C'est avec ce 
pompeux cortège que nous entrâmes dans l'enceinte de la ville 
sacrée aux yeux des Chiites, où l'on avait eu l'attention de nous 
préparer une vaste maison, celle du khan-naïb, adjoint du gou- 
verneur, lequel se trouvait à cette époque à Téhéran. 

Les limites de ce travail ne me permettent pas de donner une 
description détaillée de Méched , mais je crois pourtant devoir 
indiquer sommairement les pi-incipales curiosités de celte ville, 
qui, comme le dit très exactement M. ConoUy, frappe par son 
originalité même le voyageur européen, accoutumé a la vue des 
grandes capitales, et qui, aux yeux des naïfs Orientaux qui n'ont 
jamais quitté l'Asie, passe pour une merveille. 

Située au fond du Khorassan, à 9.^0 kilomètres de Téhéran, à 
1150 de Boukhara, à ?>liO de Khiva, à 850 de Kandahar et à h?>0 de 
Hérat, cette ville est entourée de tous côtés par d'arides et tristes 
solitudes. L'été, le soleil ardent élève la température de ces plaines 
à celle des contrées tropicales ; en hiver, les terribles bourrasques 
venant du nord les couvrent d'un linceul de neige. Le printemps 
et l'automne sont très beaux, mais de trop courte durée. En sorte 
que, quelle que soit la saison, et quelle que soit la direction que 
prenne le pèlerin musulman pour s'y rendre, il doit passer par 
une série de privations, d'ennuis et de dangers qui rehaussent à ses 
yeuxles charmes de Méched, oasis entourée debeaux jardins, riche 
en souvenirs sacrés, à cause même des convictions les plus intimes 
de sa foi, et où, à chaque pas, il rencontre les monuments des pre- 

"'■ 43 



33â PARTIE MÉRIDIONALE DE 1,'ASIË CENTRAIE. 

mières luttes et des premiers martyrs du rite chiite. Après une 
longue suite de jours passés dans le désert, il se retrouve dans une 
ville populeuse, au milieu de vastes marchés et de caravansérails 
remplis d'objets de nécessité et de luxe. Un corps imposant du 
clergé, de derviches et de marsiakhans, fait vibrer à tout instant les 
cordes les plus sensibles de son âme, en lui retraçant en paroles 
chaleureuses et imagées les intérêts de sa religion, qui lui est si 
chère. Enfin, une nombreuse population de femmes jeunes et belles, 
qui, d'après les règles accommodantes du rite chiite, ne demandent 
pas mieux que de conclure des mariages parfaitement légitimes 
pour un mois, pour quelques semaines et même pour vingt-quatre 
heures, présente au pèlerin musulman un moyen facile d'oublier 
qu'il est loin du foyer domestique. Chaque soir, dès que le soleil 
cesse de darder ses feux sur la ville, les minarets dorés qui flan- 
quent les portes du tombeau d'imam Ali-Riza sont richement illu- 
minés avec des lanternes. Les Muezzins, par une invocation lon- 
gue et sonore qui n'est en usage que dans le Khorassan, invitent 
les musulmans a la prière du soir, et les Kaliantchis, qui rempla- 
cent ici les cafedjis de Constantinople, éclairent en même temps 
leurs boutiques, où la foule, après avoir savouré les émotions 
d'uu culte fanatique, vient en chercher d'autres moins salutaires 
pour l'âme, mais assaisonnées de beng et d'opium. 

Méched a une forme oblongue , et son grand axe est dirigé de 
l'ouest à l'est. Un canal assez large traverse toute la ville dans la 
même direction ; ses bords sont plantés d'arbres, et ses quais for- 
ment les deux plus belles rues de la ville. Sur les deux tiers de sa 
longueur, à partir de la porte occidentale, commence le quartier 
saint, entouré de palissades et occupant une surface de forme 
presque carrée, de i 00 à 500 mètres de côtés. Cette partie de la 
ville est tellement révérée, que les musulmans eux-mêmes n'osent 
pas y circuler a cheval ; quant aux chrétiens, aux juifs et aux Hin- 
dous, il leur est défendu même de s'y montrer. Les plus riches 
bazars, les caravansérails et les bains les plus en vogue, enfin les 



PARTIE MÉRIDIONALE DE t'ASIE CENTRALE. 335 

niédressehsou écoles les mieux dotés, se trouvent dans cette partie 
de la -ville. Le centre du quartier saint est occupé par la mosquée 
où reposent l'imam Ali-Iliza et le khalife Haroun-Ar-Rachid , au 
sud de laquelle se trouve la mosquée de Geuherchad-Aglia ; le reste 
est occupé par les maisons des particuliers et les établissements 
publics, tels que hospices, logements des desservants de la mos- 
quée de l'imam, écoles, etc. Le quartier saint est une espèce d'État 
dans l'État; il possède son administration spéciale, sa police et 
ses tribunaux, en sorte que l'action du pouvoir laïque s'arrête 
aux palissades qui en marquent les limites. Les criminels mêmes, 
voleurs su assassins, une fois dans cette enceinte sacrée, n'ont en 
principe rien a craindre des poursuites de la justice. Mais, comme 
le chef de cette administration , ou le montawalU-bachi, est un em- 
ployé séculier nommé et révoqué parlechah, «il y a avec leciel des 
accommodements ». Le criminel est gardé trois jours; puis, s'il n'a 
pas des moyens très puissants d'intéresser en sa faveur ses protec- 
teurs du clergé, ou s'il n'a pas le bon esprit de s'évader sans bruit, 
il est livré au gouverneur. La chose la plus extraordinaire est que 
l'imam lui-même, mort il y a plus de mille ans, est censé prendre 
une part très active aux choses de ce monde; il accepte des sup- 
pliques que les crédules déposent sur son tombeau, et donne des 
réponses par écrit, légalisées par l'apposition de son cachet, 
énorme plaque carrée d'une fabrication moderne. Une quantité 
de membi-es du petit clergé vivent de la paye qu'ils reçoivent 
pour rédiger ces actes. 

11 est impossible de préciser le nombre des pèlerins qui se ren- 
dent annuellement a Méched, tant à cause de la variabilité de 
ce chiffre, que de l'extrême liberté avec laquelle on entre et on 
sort de la ville sans y laisser de traces officielles ; mais si ce que 
l'on m'a dit est vrai, que chaque jour les cuisines, entretenues 
aux frais de la mosquée de l'imam, distribuent aux pèlerins 
indigents 150 batemans de Méched, à peu près 750 kilos de riz 
cuit, il est permis de supposer que le chiffre de la population flot- 



386 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

tante est supérieur à 50 000 par an. Quant a la population stable, 
elle ne -va pas au delà de 60 000 âmes. 

Sans entrer dans beaucoup de détails sur la mosquée de l'imam 
Riza, sur laquelle j'ai recueilli de nombreux renseignements que 
je publierai peut-être dans un article spécial , je me bornerai 
à communiquer ici quelques observations qui manquent dans 
toutes les relations de mes prédécesseurs , notamment sur la 
bibliothèque de l'imam, et sur les dates chi'onologiques que nous 
fournissent les inscriptions des murs de son mausolée. 

La bibliothèque de l'imam ne peut guère être plus ancienne que 
l'époque du règne de chiih Roukh, encore n'y a-t-il qu'un koran 
qui ait été déposé dans cet établissement littéraire pendant le règne 
de ce roi. Ce manuscrit a été copié par le petit fils de Tamerlan, Bai- 
songourMirza, célèbre calligraphe et gouverneur de Méched. Après 
cela, les plus anciennes donations authentiques sont celles de chah 
Abbas et de chah Hussein. Ce n'est que le dernier Moutawalli- 
bachi, le Sadri divan KhanèJi, homme très remai'quable par son 
érudition et qui a visité la bibliothèque impériale à Saint-Péters- 
bourg lors de son ambassade en Russie, qui ait songé à faire 
dresser un catalogue de cette riche collection de manuscrits. Il a 
eu la complaisance de mettre à ma disposition ce curieux docu- 
ment, et même il a bien voulu me permettre d'examiner les ou- 
vrages qui pouvaient m'intéresser particulièrement. Voici en peu 
de mots le résultat de mon examen, 

La bibliothèque possède en tout 2997 ouvrages en 365i vo- 
lumes, et 6k titres en 100 rouleaux, tels que legs pieux, dona- 
tions , etc. Au nombre des livres, 1041 sont des korans, dont 
189 imprimés et 852 manuscrits j l\2 de ce dernier nombre sont 
réputés être copiés par des imams, et il n'y a que 5 korans qui 
soient écrits en caractères coufiques : le reste est en caractères 
naskh etreikhani. Quelques-uns de ces manuscrits sont d'une rare 
beauté et de dimensions colossales. Nadir-Chah et un certain 
Assad-OuUah-il-Khatouni sont ceux qui ont le plus contribué à 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 337 

enrichir la bibliothèque ; chacun d'eux a fait don de 400 manu- 
scrits. Après eux viennent l'eunuque Safi Ahmed-Touni, dit 
Ahen (232 manuscrits); Agha Zein-el-Abeddin, serviteur de l'éta- 
blissement (174), etc. D'après l'ordre des matières, ces ouvrages 
sont classés ainsi : 

Koran» 1.041 vol. 

Livres de prières et Guides des pèlerins. . 299 
Traités de jurisprudence de tous les rites, 246 
— du rite chiite. . 221 
Autres ouvrages^ tels que : Traités sur les 
devoirs extérieurs, l'ablution, le na- 
mai, etc., traditions, décisions judi- 
ciaires dans des cas singuliers, etc. . . 931 
Ouvrages concernantladoclrinedesSouCs. 47 

Traités de logique 50 

Philosophie et métaphysique 189 

Mathématiques 49 

Médecine 81 

Dictiounaires, rhétorique, et art de lire le 

Koran 166 

Histoire 39 

Poésie arabcj persane et turque 43 

Prosodie lOS 

Encyclopédies 9 

Collections de différentes pièces littéraires 

^ et scientifiques (Medjmoué) 138 

Total 3,634 vol. 

Le peu de temps que je pouvais consacrer à l'examen de cette 
immense collection de manuscrits m'avait obligé de me borner à 
trois classes d'ouvrages : aux traités de mathématiques, à l'his- 
toire, qui comprend aussi la géographie, et à la poésie. Parmi les 
premiers, il y a deux traductions arabes de traités anciens, de la 
Spherîca de Theodosius et des sections coniques d'Apollonius ; Je 
reste ne m'a pas semblé avoir une grande valeur. En fait d'ouvra- 
ges historiques, je ferai remarquer un assez bon exemplaire de 
Fetoukhi-Cham; le premier volume de Tabari, en arabe; le 
Tarikhi Mikrazi; le premier volume du grand dictionnaire de 



338 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'ASIE CENTRALE. 

Yacout muni A'ihrabs, mais avec une préface incomplète; le» 
Merveilles de la création, par Cheikh Mouhammed Chafeï; une 
histoire détaillée de la campagne de chah Abbas à Balkh, etc. 
Dans le département de la poésie arabe , on peut mentionner les 
Divans de Moutannabi , d'Abdonl-Ali-Maazi , d'Ibrahim Ou'k- 
sous, etc. , et quelques commentaires de ces poètes qui me pa- 
raissent assez rares. La collection des manuscrits de Méched 
est importante; mais beaucoup de bibliothèques européennes, 
comme celles de Paris, de Londres, d'Oxford, de Saint-Péters- 
bourg, etc., n'ont presque rien à lui envier. La section de juris- 
prudence et les Medjmoué doivent contenir des choses curieuses et 
inédiles ; mais pour les découvrir , il faudrait rester h Méched quel- 
ques mois. Les titres conservés dans le Sehn, mot collectif par le- 
quel on désigne la mosquée d'imam Ali-Riza et toutes ses dépen- 
dances, ne sont remarquables ni par leur ancienneté, ni par la 
variété de leur contenu. La plus ancienne charte est de l'année 938 
de l'hégire : c'est uïie donation faite à la mosquée de l'imam, d'un 
village, Ahmed-Abad, par un pèlerin, Hissam-Eddïn. Ces docu- 
ments peuvent être ainsi classés d'après les règnes auxquels ils 
appartiennent : 2 sont contemporains du x'ègne de chah Tah- 
masib (930-984); 3 du règne de chah Abbas le Grand (990-1037); 
1 du règne de chah Séfi (1037-1051); 1 du règne de chah Abbas II 
(1051-1077); 14 du règne de chah Souleiman (1077-1106); 8 du 
règne de chah sultan Hussein (1106-1135); i de l'époque delà 
domination des Afghans en Perse; 3 du règne de Nadir-Chah 
(1145-1160), et tous les trois antérieurs à l'année 1154, où Nadir 
déclara Méched capitale de l'empire; 1 contemporain du règne de 
chah Adil (1160-1162) ; 1 du règne de chahRoukh (1162-1164), 
9 du règne de Kérlm-Khan-Zend (1164-1193) ; 4 du règne d'Agha 
Mo uhammed-Khan, Enfin les 40 années de Fetkh- Ali-Chah ne 
fournissent que 7 documents; les 14 années du règne de Mou- 
hammed Chah, 10, et les 12 années de Nassr-Eddïn-Chah, 6 : en 
tout 64 pièces. 



PABTIE MÉKIDIONAIE DE I'aSIE CENTRALE. 339 

Les murs du Sehn nous ont conservé des indications chrono- 
logiques qui établissent en quelque sorte l'histoire de ce célèbre 
édifice. Ces dates ne remontent guère au delà de l'époque des 
Séfévides, quoique nous sachions par le voyage d'Ibn-Baloutah 
que de son temps déjà celte mosquée existait et était révérée ; 
mais comme la dynastie fondée par Chah Ismaïl fut la première 
famille royale en Perse qui donna au rite chiite un caractère officiel, 
elle tint aussi à associer le nom de ses représentants avec tous les 
monuments révérés par cette secte. Une inscription qui fait le tour 
de la coupole élevée au-dessus du tombeau de l'imam, dit que ce 
dôme a pu être achevé par la munificence de chah Abbas; mais la 
date de sa construction est effacée. Le haut de l'aréandoré est orné 
d'une inscription qui rapporte son achèvement au règne de chah 
Hussein, en l'année lOSSj les vers qui occupent le milieu de cet aivan 
nous informent queNadir-Chah l'a fait dorer en 1H5, avec de l'or 
enlevé par lui « aux Indes, au Kaisar et au Khakan. » Les aivans 
oriental et occidental du Sehn ne portent que des inscriptions 
religieuses, et celles de Vaivan méridional disent que cette porte 
a été construite par ordre de chah Abbas II, en 1059 ; enfin le 
bas de tous ces aivans fut orné, en 1262, d'inscriptions qui 
reproduisent en briques émaillées différents chapitres du koran. 
Au sud du mausolée de l'imam se trouve une belle et vaste mos- 
quée construite par la femme favorite de Chah Roukh, Geuher- 
ChadAgha. Au-dessus de la façade principale de ce temple, on 
lit qu'il a été élevé â l'époque du règne de Chah Roukh, fils de 
Timour Gourekan, en 821 de l'hégire (l). Sur le bord oriental du 
mur de face on a tracé un hadis du prophète : « Le croyant est 
dans la mosquée comme le poisson dans l'eau; » à hauteur égale 
du sol, on lit sur le côté occidental du même mur cet autre 
hadis : « L'athée est dans la mosquée comme un aigle dans sa 

(1) Ainsi, Mirkhond est assez exact en rapportant, dans son Roiuet-Us<afa, la construc- 
tion de cette mosquée à l'an 822. 



3iO PARTIE MÉRIDIONALE DE 1,'aSIE CENTRALE. 

cage. » Uaivan méiùdional de cette mosquée a été reconstruit par 
chah Hussein en 1087; des vers placés au bas de cet aivan nous 
informent qu'un tremblement de terre « fit une blessure à cette 
mosquée », et que « le chah ordonna de la panser en 1088 ». La 
différence entre les dates du haut et celles du bas du même mur 
no doit pas surprendre, car la beauté et la variété des ornements 
dont il est recouvert témoignent assez qu'il (n'a pu être achevé 
en un an. 

La citadelle de Méched se trouve dans la partie sud-ouest de la 
ville; une vaste place, où il est défendu aux particuliers de bâtir, 
s'étend devant elle, et depuis la dernière révolte du Khorassan 
cette fortification a été mise en assez bon état. Les maisons de la 
ville, généralement parlant, ne sont pas spacieuses. Rarement elles 
ont plus de deux cours ; et comme, presque partout, le niveau de 
la rue est plus élevé que celui des cours Intérieures, les entrées des 
maisons forment des couloirs longs et sombres , disposés en 
pente. Méched est bâtie dans une plaine, et l'enceinte de la ville 
ne contient pas d'élévation, sauf un mamelon situé dans sa partie 
nord-est, que je crois être artificiel. La montagne la plus rappro- 
chée de la ville est le chaînon de roches quartzeuses situé à 2 ou 
3 kilomètres de la ville à l'ouest-sud-ouest. On trouve dans cette 
roche de minces filons d'or, qu'on a souvent essayé d'exploiter; 
mais les frais d'exploitation en ont toujours dépassé le rapport. 
Dans le quartier saint, presque toutes les rues sont pavées; 
ailleurs elles ne le sont que rarement, ce qui est fort heureux, car 
ce pavé n'étant jamais réparé, entrave, dans beaucoup d'endroits, 
les communications au lieu de les faciliter. Depuis le dernier sou- 
lèvement du Khorassan, on a établi dans toute la ville, mais sur- 
tout dans le voisinage du quartier saint, des corps-de-garde. 
Deux régiments de troupes régulières sont constamment en gar- 
nison a Méched, et l'on y envoie de préférence des Turcs del'A- 
derbeidjan, car les soldats de cette race ne fraternisent jamais avec 
lesKhorassaniens. Aunord du quartier saint s'étend un vaste cime- 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 3/11 

lière nommé Katle-Gâh; son terrain, vendu au profit de la mos- 
quée de l'imam, constitue un des principaux revenus de cet étalîlis- 
sement, car le nombre de cadavres transportés annuellement à 
Méched de toutes les contrées où le rite chiite est en vigueur, est 
très considérable. Chaque caravane arrivant deDerbend, de l'Inde^ 
de iîagdad, comme de l'Afghanistan, apporte quelques dépôts de ce 
genre. Le clergé ne permet pas qu'on marque l'endroit de la sépul- 
ture d'un défunt par un monument solide, car, dès que le temps 
et l'intempérie de l'air détruisent le modeste parallélipipède en 
pisé qui remplace ici les mausolées et les dalles sépulcrales, le 
terrain est considéré comme vierge, et l'on y enterre, moyennant 
finances, le premier mort qui est présenté, sans trop s'inquié- 
ter des restes de son prédécesseur. L'intérieur de la ville n'est pas 
riche en jardins. Au centre il n'y en a qu'un seul un peu considé- 
rable, celui du khan Naib; au nord de la citadelle il y en a aussi 
quelques-uns, parmi lesquels celui de l'imam Djoumé est le plus 
vaste. Mais chaque cour intérieure est ombragée par quelques 
arbres, et dans les faubourgs, surtout au nord de la ville, il y a 
beaucoup de plantations. L'eau de Méched n'est pas bonne ; en été, 
pendant les fortes chaleurs, de petits vers apparaissent dans 
tous les bassins. Mais on remarque à peine cet inconvénient, car 
la glace est a bon marché, et les fruits sont excellents, très abon- 
dants et coûtent fort peu de chose. 

Malgré les nombreuses invasions et les révolutions sanglantes 
dont le passé de Méched est si riche, la ville a quelques monu- 
ments anciens en dehors du quartier saint. Dans le vieux bazar, 
an centre de la ville, se trouve une mosquée dite mosquée du 
Chah. Au-dessus de son aivan, on voit les restes assez bien con- 
servés du S9' verset du chapitre 11 du Koran, à la fin duquel on 
a tracé « année 1119 ». Les bordures de ce mur, à droite et à 
gauche, étaient jadis ornées d'une inscription, dont il ne reste 
que peu de traces. Dans celle du côté droit on peut déchiffrer : 
« Ouvrage d'Ahmed, fils de Chems Eddïn Mouhammed, archi- 

VII. 44 



3iâ PAUTIE MÉKimONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

«tecte de Tébriz. » A gauche, on voit quelques mots qui termi- 
naient une phrase effacée après lesquels on lit : «Dans l'année 855. » 
Dans une -ville comme Méched, qui a un sanctuaire aussi révéré 
que la mosquée de l'imam Ali-Riza, on ne s'attendrait guère à ren- 
contrer des chapelles consacrées à d'autres saints; néanmoins la 
piété des pèlerins a trouvé le moyen d'en élever quelques-unes. 
Ainsi, au nord du quartier saint, on voit une chapelle assez pauvre, 
connue sous le nom de Piri-Palandouz, c'est-à-dire « du vieillard qui 
fabriquait des selles de chameaux »; l'inscription dit que cet édifice 
fut construit par ordre du sultan Mpuhammed Khodabendèh en 
985. Comme dans les titres qui précèdent le nom de ce prince il est 
nommé le « grand sultan et le khakan élevé, gardien des pays de 
Dieu, conservateur du culte divin », etc., épilhètes qu'on ne donne 
d'habitude qu'au roi régnant, je crois qu'il s'agit ici du prédéces- 
seur de chah Abbas le Grand, Mouhammed-Mirza, qui monta surle 
trône en celte même année 985. Assez près de la, presque au bout 
de la rue qui coiîduit du Sehn au cimetière Katle-Gâh, on voit à 
droite une belle dalle sépulcrale placée près d'une petite chapelle, et 
on y lit l'inscription suivante : «Conformément au verset du Ko- 
« ran que toiis les vivants sont sujets à mourir, le pèlerin des deux 
» temples Taki de Kirman, mourut et fut enterré ici sous le règne 
» de chah Souleiman, en 1078. » Vis-à-vis de la forteresse, à l'est 
de la grande place, il y a une chapelle dite Goumbezi Cheikh Mou- 
min, très fréquentée par les derviches ; il n'y a pas d'inscription, 
mais u« des derviches qui y était présent quand je l'ai visitée 
m'a dit qu'il savait par la biographie du cheikh qu'il est mort en 
901 de l'hégire. Enfin, au bord du canal de Méched, près de la 
porte occidentale, s'élève la mosquée de Chah Abbas, construite 
en 1032. Presque vis-à-vis de cet édifice se trouvait jadis le 
tombeau de Nadir Chah, qu'il fit construire à grand frais de 
son vivant; mais l'eunuque Agha Aîouhammed Khan détruisit 
ce monument de fond en comble , fit déterrer les ossements 
de son illustre prédécesseur et les plaça sous le seuil de la porte 



PARTIE MÉRIDiONALE DE l'aSIE CENTRiLE. 343 

d'entrée du palais de Téhéran , pour avoir la satisfaction de 
fouler aux pieds chaque jour ces trophées de sa tardive vengeance. 

Méched a quatorze écoles universitaires. La plus ancienne est 
celle qui porte le nom de Douder (deux portes); son inscription 
indique qu'elle a été fondée sous le règne de Chah Pioukh, en 
823 de l'hégire. La seconde est celle de Khairat Khan, fondée sous 
chah Abbas II, en 105S; la troisième , celle de Mirza Djafar, se 
trouve dans le quartier saint et a été construite en 1059; la qua- 
trième , dite Rledressèh de Nawab , fut construite sous le règne 
de chah Souleinian en 1076. Six autres écoles furent fondées sous 
le règne de ce monarque : celles d'Abbas Roulikhan et Painpa , 
en 1078 ; celle de MouUah Mouhammcd Baghir, en 1083; celles 
d'irnazar et Boléser, fondées par Mirza Saad-Eddïn en 1091, 
et enfin celle de Hadji Hassan, sans indication précise de date. 
Les trois dernières , celles de Souleiman Khan , de Mirza Tadj 
et d'Ali Naki Mirza, ne portent pas d'indication de dates de leur 
construction et sont dans un état peu florissant. Le nombre des 
élèves dans ces écoles n'est pas considéralile, et parmi les pro- 
fesseurs il n'en est aucun qui jouisse d'une grande réputation. La 
seule dilierence que j'aie pu remarquer dans renseignement pra- 
tiqué à Méched, est que l'on s'y occupe beaucoup plus d'astro- 
logie que dans les autres centres d'études en Perse; l'akhound 
MouUah Abdurrahman, le principal représentant de cette 
science dans le Khorassan , est un homme doué de beaucoup 
de perspicacité, et qui, s'il eût été bien dirigé dans sa jeunesse, 
pourrait, sans le moindre doute, rendre des services à la science. 

Méched a seize caravansérails ; ce sont : les caravansérails des ha- 
bitants de Kachan, de Déroud et deKazvïn; ceux deSalar, deRiza 
Kouli Mirza, Koumouk, Zembourektchi, Badalkhan, de l'imam 
Djoumé, Guendoum-Abad et Zougal, c'est-à-dire caravansérail des 
Charbonniers. Quatre sont dans le quartier saint : celui du sultan, 
construit sous le règne de chah Tahmasib, fils de chah Ismaïl; 
celui deMir-Mouin Riaz; le Dar-ouz-Zawar, construit a l'époque du 



3M PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

règne de chah Souleiman, en 1091, comme le dit une inscription 
en vers où la date est exprimée par nn chronogramme contenu 
dans la phrase (j4.xiU\Uljjj^Ls enfin celui de chah Virdi Khan, 
construit en 1091 , aussi sous le règne de chah Soulsiman. Ce der- 
nier caravansérail est remarquable par une longue inscription 
gravée sur ime dalle où les fondateurs ont consigné leurs vo- 
lontés concernant la répartition des revenus de cet établissement 
entre les desservants de la mosquée de l'imam et les pèlerins pau- 
vres. Le dernier et le phis ancien des caravansérails est celui du 
sultan. 

Les environs de Méched ne sont pas riches en monuments 
anciens. :»ious n'aurons ii signaler que ics ruines du Moussailab, 
imposant édifice construit sous le règne de chah Souleiman; en 
1087. il est remarquable par l'élégance de son arcade et par l'har- 
monie sévère des couleurs des briques éinaillées qui forment les 
nombreuses arabesques de sa façade. Ce monument, destiné h 
l'office divin célébré les jours des deux grandes fêtes de l'isla- 
misme, la fête de Kourhan et celle du Fitr, a été construit sur le 
modèle du Moussailab de Tourouk, achevé en 837 de l'hégire. La 
mosquée de Khodja Rebbi , lieu de sépulture de l'instituteur 
de l'imam Ali Fiiza, se trouve à une heure de marche au nord 
de Méched. Cette mosquée, a été construite en 1031 par chah 
Abbas, sur les ruines d'une chapelle plus ancienne. Une belle 
caisse de bois sculpté apportée de l'Inde occupe l'intérieur de 
ce temple, et indique l'endroit de la sépulture du cheikh. Non 
loin de là, on voit une dalle en mai'bi'e qui marque la place où 
l'on a enterré Fetkh Ali Khan Kadjar, père d'Agha Mouhanmied 
Khan, décapité par Nadir-Chah a Méched, en punition d'une ré- 
volte qu'il avait fomentée parmi les tribus nomades du nord du 
Mazandéran. La mosquée et le jardin qui l'entoure ressemblent 
beaucoup a ceux de Kadamgâb; mais ici les arbres ne «ont pas 
aussi vieux, car les plantations anciennes ont été rasées pendant 
l'un des nombreux soxdèvements récents de Méched, et n'ont été 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 3Û5 

remplacées qu'en 1254, par les soins dn ci-devant gouverneur 
de Méched, Rîoussa Khan. 

Au commencement d'août, je fis une excursion aux ruines, de 
Touss, ou plutôt h l'endroit où ces ruines ont jadis existé. Sortis 
de Méched par la porte occidentale, nous tournâmes vers le 
nord, et après avoir marché à peu près une demi-heure entre les 
jardins des faubourgs, nous entrâmes sans aucune transition dans 
une plaine des plus avides. Les trombes de poussière, si communes 
dans le Khorassan, se forment avec une grande facilité sur le sol 
argileux de ce petit désert, et prennent des dimensions immenses. 
Lahauteur à laquelle elle s'élèvenl (40 a 60 mètres) , la couleur noire 
des parties terreuses soulevées par ces courants d'air ascendants, 
et la forme de cône renversé qu'elles prennent le plus souvent, font 
qu'elles ressemblent de loin à des colonnes de fumée s'élevant au- 
dessus des cratères de volcans. A 7 kilomètres de Méched, on passe 
h travers un village considérable, riche en vignobles et en champs 
ensemencés de melons. A ^: kilomètres plus loin, en marchant tou- 
jours vers le nord avec une petite déviation h l'ouest, on rencontre 
la rivière de Méched, sur le bord gauche de laquelle se trouvait ja- 
dis Touss. Nous n'avons pas besoin de dire que c'était une des villes 
les plus célèbres de l'Orient. Le khaUfe Ilaroun-ar-Rachid y vint 
mourir seul, monté sur un chameau, et rongé par les soucis que lui 
inspirait l'état précaire de ses vastes domaines. Deux siècles après, 
le plus grand poëte de la Perse, Firdoussi, fuyant lacolère du puis- 
sant Mahmoud de Ghizni qu'il venait de stigmatiser pour l'éter- 
nité par les vers brûlants de sa satire, expirait là aussi dans la plus 
grande misère, sans qu'aucun habitant de son ingrate patrie eût 
le courage de lui venir en aide. Saccagée par les troupes de ïchin- 
guiz Khan, celte ville se releva bientôt, et l'un de ses enfants, le 
cuièbre astronome Nassir-Eddin, acquit une si grande influence 
sur l'esprit de Halakou Khan, que non-seulement il le poussa a 
exterminer les Assassins, sectateurs de Hassan-Sabbah, mais 
aussi à consacrer une grande partie du riche butin de Bagdad 



346 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

à la fondation de robservaloire de iMaragba, établissement qui 
rendit de véritables services a l'astronomie pratique. Mainte- 
nant, sur le vaste emplacement qu'occupait la ville, indiqué par 
les traces d'un mur, on cultive le blé, et il n'y a que deux ruines, 
celle d'une tour qui servait probablement d'abri aux sentinelles, 
et d'une mosquée qui jadis devait être considérale. Même l'endroit 
de la sépulture de Firdoussi n'est connu que par tradition: la 
petite chapelle qui, du temps de Fraser, marquait l'emplacement 
de son tombeau, a disparu, et le grand poëte repose sous un champ 
de blé. A une farsang et demie au nord-ouest de Touss , se 
trouvent les sources de la rivière deMéched; elles s'échappent 
d'un rocher assez pittoresque , et forment un bassin considé- 
rable d'eau limpide et fraîche, riche en poissons et en crabes. Ce. 
bassin est appelé Tchéchmé-Ghilas , et dans ce pays aiùde, ses 
bords toujours verdoyants ont beaucoup de charme. Pendant que 
j'explorais les monuments de Méched , mes compagnons de 
voyage faisaient des excursions dans les montagnes, h l'ouest et au 
nord-est de la ville; et l'un d'eux, M. Gœbel, accompagné d'un 
topographe, sans crainte de la grande chaleur qui régnait alors 
dans le Khorassan , exécuta un assez long voyage. Par Tourbeti, 
Heidari et ïourchiz, il se rendit au mont Kouhmich d'où il des- 
cendit a Sébzévar. Puis, ayant franchi la grande chaîne latitudi- 
nale du Khorassan, il visita Kabouchan, d'où il l'evint à Méched 
deuxjours avant notre départ de cette ville pour Hérat. 

Après maintes difficultés, je parvins à louer les chevaux, les mu- 
lets et les chameaux dont j'avais besoin pour continuer le voyage. 
Généralement il n'est rien de plus fiicile que de trouver des bêles 
de somme à Méched, mais, dès que les muletiers apprenaient que 
nous avions l'intention de nous rendre dans l'Afghanistan, ils me 
restituaient les arrhes et se refusaient de me fournir des chevaux, 
tellement ils craignaient les Afghans. Enfin, le 26 aoiit, j'ai pu 
faire ce qu'on appelle en Perse le nakli-mekan, c'est-a-dire me 
transporter hors de la ville et camper dans les alentours. J'ai 



PARTIE MÉRIDIONALE DE LASIE CENTRALE. 347 

choisi pour ma première station la \aste enceinte du RIous- 
sallah. Cette station préliminaire est rendue presque indispen- 
sable par l'incurie des domestiques persans, qui ne peuvent jamais 
terminer d'un seul coup les apprêts de route : ce n'est qu'au pre- 
mier campement qu'ils s'aperçoivent qu'ils ont oublié mille 
choses indispensables. Ayant pris congé du prince sultan Mourad 
Mirza, gouverneur du Khorassan, l'un des enfants d'Abbas Mirza 
qui ressemble le plus à son illustre père par les charmes de son 
esprit et par son sincère désir de s'instruire, et ayant remercié le 
savant Moutavalli Bachi et le Kawam-ud-Doulet de leurs nom- 
breuses attentions et des soins qu'ils avaient pris pour me rendre le 
séjour de Méched aussi agréable qu'il dépendait d'eux, je fis, le 27, 
une courte marche de deux farsangs jusqu'aux ruines de Mous- 
sallah de Tourouk; et comme le seid Aboul Hassan-Chah, homme 
de confiance du chef de llérat, qui devait m'accompagner, était 
retenu a Méched jusqu'au 29, je passai le 28 a Tourauk. Cette 
localité déserte, mais entourée de villages, sert habituellement de 
station aux caravanes qui se rendent à Hérat; elle n'est éloignée 
que de 3 kilomètres de la chaîne peu élevée qui borne au sud 
la vallée de Méched. Une montagne de cette chaîne porte le nom 
de Kouhi Yakout, montagne de Piubis, et l'on y trouve en effet 
de petites grenades. Le 29, ayant laissé à notre gauche une cha- 
pelle érigée par le sadri Azara en mémoire d'un saint qu'il comp- 
tait au nombre de ses ancêtres, nous entrâmes dans les montagnes, 
La montée n'est pas difficile, et le col qu'on franchit est peu 
élevé; mais le pays porte un cachet d'aridité et de stérilité com- 
plètes. Les profondes déchirures des pentes méridionales de celte 
chaîne ne contenaient pas une goutte d'eau, et le petit caravan- 
sérail Khakister, situé au bas de la descente, n'a qu'une pauvre 
citerne remplie d'eau saumâtre, laquelle néanmoins sert de ren- 
dez-vous aux ânes sauvages qui viennent en masse s'y désaltérer, 
au risque de se faire tuer par les chasseurs. Presque pendant 
tout le trajet, le terrain avait gardé son triste caractère d'absolue 



3/iS PAETIE ilÉRIDIONALE DE l'ASIE CENTRALE. 

stéi'ilitéj ce n'est qu'à Kehrizdémé, petit village situé a cinq far- 
sangs de Tourouk, que nous retrouvâmes un peu de verdure. 
Quoique la route que nous venions de parcourir fût assez bonne, 
et même carrossable, nos chameaux ne nous rejoignirent que deux 
ou trois heures après notre arrivée. 

L(! 30, pour éviter un long détour, nous franchîmes de nouveau 
la chaîne par un col si peu élevé qu'on le remarque a peine. Nous 
descendîmes dans la plaine près du village Faraghird. Cet en- 
droit, appelé plaine de Bendi-Feridoun (ou Ferimoun, d'après la 
prononciation de villageois), est renommé pour ses pâturages; il 
doit son nom à une digue munie d'écluses , construite h une 
époque reculée dans une des gorges delà chaîne, pour y arrêter 
l'eau pluviale et celle d'un petit ruisseau qui y coule. On emplit 
ainsi un vaste bassin, dont l'eau suffit ;i l'irrigation des champs 
voisins. A l'entrée du village Ferimoun, je fus reçu par le fils du 
chef des tribus Hezarèhs forcées de suivre l'armée persane lors de 
l'évacuation du territoire deHératpar les troupes du chah. Toutes 
les plaines entre Tourbeti Cheikhi Djam et Méched furent alors 
livrées par le gouvernement persan à ces nomades, nouveaux 
sujets du chah, au grand mécontentement des anciens proprié- 
taires de ces terres fertiles, et sans satisfaire les transportés qui re- 
grettaienthautement leurs beaux pâturages de la plaine de Badghis. 
L'extérieur monghol de ces nomades, qui occupent presque tout le 
pays situé entre le Khorassan oriental et Kaboul, et la pureté de 
la langue persane dont ils se servent, ont été pour moi une véri- 
table énigme ethnographique; mais elle s'explique tout naturelle- 
ment. Les Hezarèhs de Badghis sont d'origine ouzbek; jadis ils fai- 
saient partie de la ti'ibu Eerlas qui campe encore aujourd'hui dans 
le voisinage de Chehri-Sebz, ville située au sud-est de Boukhara 
et connue comme le lieu de naissance de Tamerlan. Quand ce con- 
quérant nomma, en 799 de l'iu'^gire, son fils Chah Roukh gouver- 
neur du Khorassan, il envoya avec lui a Hérat mille familles, un 
hezai'èh, de ces nomades, en qualité de gardes de corps, et comme 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 349 

des gens sûrs'et attachés à sa dynastie. Entourés de populations 
d'origine persane, ils oublièrent bientôt leur langue; mais, comme 
en général ils ne se mariaient qu'entre eux, ils conservèrent leur 
extérieur monghol. Un autre groupe de mille familles de la même 
tribu fut bientôt après transféré li Badakhs-chan, où il est encore, 
et, où d'après ce que l'on m'a dit, il a conservé sa langue et 
porte le nom de Hezarèli-Berlas. Ces migrations forcées devaient 
être très usitées sous la domination monghole, car on rencontre 
déjà le terme de hezaredjat, collectif de hezarèh, en 694 de l'hé- 
gire, mentionné dans un firman de Ghazan-khan, par lequel ce 
Jkaan confie 'a Mouzaffer la mission de veiller a la sécurité des 
routes entre Ilérat et Merv, de même qu'à celles de tout le Rho- 
rassan. C'est la plus ancienne mention de ce peuple qu'il m'est 
arrivé de rencontrer dans les auteurs orientaux. 11 est probable 
que ces déplacements administratifs de peuplades entières ont eu 
des précédents antérieurs au règne de Ghazan-Khan; toutefois 
les Hezarèhs nous présentent un phénomène assez rare, s'il 
n'est pas unique, dans l'ethnographie des races turques, à savoir, 
l'abandon de leur propre langue en faveur de l'idiome usité avant 
leur arrivée dans le pays où ils se sont clabSis. Partout ailleurs, 
dans le nord de la Perse, dans les provinces situées au sud du 
Caucase, comme dans l'Asie Mineure et dans la Russie méridio- 
nale, les races d'origine turque ont éliminé presque complètement 
les idiomes des aborigènes, ou, si elles ne pouvaient le faire, 
elles ont conservé du moins, avec une ténacité remarquable, 
leur propre langue. Dans cette lutte des idiomes, c'est surtout le 
persan qui a perdu beaucoup de terrain ; le Chirvan, l'Arran 
et l'Aderbeidjan jusqu'à llaniadan inclusivement, où l'on parlait 
encore le persan au vi= siècle de l'hégire, ont adopté sans ré- 
serve le turc. Celte révolution s'accompUt avec lenteur; la 
domination des Seldjoukides n'a pas pu la consommer entière- 
ment, car Yakout, contemporain de Tchinghiz khan, a trouvé 
qu'on parlait dans l'Aderbeidjan une langue qu'il nomme Azéri, 
vu. *» 



8B0 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

et presque cent ans plus tard, le cheikh Sefi-ed-ïn, comme nous 
l'apprend Tautevir du Suffetisafa, s'amusait à composer à Ardebil 
des vers en pehlevi, que tout le monde comprenait encore au com- 
mencement du viii^ siècle de l'hégire. 

Le 31 août et le 1" septembre, nous restâmes a Kalendarabad, 
village situé dans la même plaine et au pied des mêmes mon- 
tagnes, qui commencent ici à se revêtir de quelques broussailles 
composées en grande partie de Juniperus excelsa. Le 2 septembre, 
nous traversâmes une contrée dont le sol est accidenté par des 
embranchements de la même chaîne. Le terrain reste mame- 
lonné jusqu'au village de Bourdon, distant de âfarsangs de Kalen- 
darabad; au delà, la plaine s'élargit, mais elle est coupée par de 
nombreux ravins plus ou moins profonds qui servent de lit aux 
torrents d'eau pluviale. Les villages sont ici beaucoup plus fré- 
quents que dans le voisinage et à l'est de Méched. Nous laissâmes 
à notre droite, k 1 farsang de Bourdou et k o kilomètres de la 
route, le village Khassanek; à un demi-farsang plus loin, on tra- 
verse celui de Douzanek, a 3 kilomètres et demi duquel on par- 
vient k un bourg considérable appelé Abdalabad. On fit quel- 
ques difficultés k nous y admettre; mais, après avoir compris que 
nous n'avions pas l'intention d'être logés et nourris gratis, l'on 
finit, comme toujours, par assigner pour notre campement le 
meilleur jardin de l'endroit. Les habitants poussèrent même l'at- 
tention jusqu'k démolir, dans cet accès de réaction hospitalière , 
une partie du mur qui entourait ce jardin, pour que nos chevaux 
et nos chameaux chargés pussent y entrer plus facilement. Le 3, 
nous marchâmes tout le temps dans la plaine, et par «ne route 
large et unie, nous atteignîmes le village Lenguer k 3 farsangs dé 
notre dernière station. Cette localité est très ancienne ; son nom 
veut dire port, station de navires. D'après une tradition du pays, 
jadis une grande partie de la plaine se trouvait sous l'eau, et 
Lenguer servait d'abri aux bateaux. Actuellement, ce village 
est connu comme lieu de sépulture du cheikh Kassim Anvari, en 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRAtE. 351 

mémoire duquel on y a construit une assez belle mosquée. A l'un 
des murs de cet édifice est fixée une dalle sur laquelle on a gravé 
an firman de l'an 10â6, d'après lequel les habitants de ce district 
sont exemptés de quelques impôts ; le nom du roi n'est pas men- 
tionné dans ce document, mais il n'y a pas de doute qu'il n'ait été 
promulgué sous le règne de chah Sefi. Presque tous les villageois 
sont des Nakchbendis, secte fondée dans le viii° siècle de l'hégire 
par le célèbre cheikh Beha-ed-dïn Nakchbend, né en 718, mort 
et enterré près de Boukhar.i en 791. Le i, de grand malin, les 
plus fervents d'entre les sectaires vinrent dans la mosquée, près 
de laquelle étaient placées nos tentes, pour se livrer a l'exercice 
pieux dit zifo', qui leur a été imposé par leur mourchid ou chef 
spirituel, Rhaliieh Mahmoud Khodja, fils de PavendKhodja, éta- 
bli dans un village voisin nommé Amghan. Cet exercice, qui n'a 
pas duré moins de cinq heures, consistait en un chant exécuté en 
chœur, et en une espèce de danse qui se terminait par de pro- 
fondes génuUexions après lesquelles tout le monde se mettait à vo- 
ciférer de toute la force des poumons, et pendant un temps assez 
long, toujours la même invocation 'ia hou (oh ! Dieu!). 

L'éloignemeul de ce pays de Khiva et de la steppe des Turco- 
mans ne le met pas a l'abri des incursions des hordes de ces deux 
pays; il y a trente ans, Allah Kouli khan de Khiva vint deux ans 
de suite dévaster ce district. La première année, il se borna à 
emmener en captivité tous les habitants du village Amghan que 
je viens de aientionner; l'année suivante il en fit autant ])our les 
habitants des villages voisins Ravend et Simourghab, et plusieurs 
de ces malheureux villageois n'ont été délivrés de leur captivité 
que cette année même par les soins de l'envoyé russe à Khiva, le 
colonel Ignatief. Tourbeii Cheikhidjam n'est éloigné de ce village 
que de â farsangs; la route qui y mène est large et bien tracée. 
Nous avions à notre droite toujours la chaîne de Méched; les 
montagnes de la gauche n'étaient pas visibles, tant à cause de leur 
éloignement qu'en raison du brouillard sec qui nous accompa- 

4^ 



352 PARTIE MERIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

gnait depuis notre départ de Méched, et qui entravait beaucoup 
«otre levé topographique. J'observerai, en passant, que l'asser- 
tion de Conolly que la chaîne latitudinale du Ehorassan éprouve 
ici une rupture, n'est pas très exacte, quoique les apparences 
sont telles qu'il n'est pas difficile de se tromper à cet égard. 

Obligé d'attendre "a Tourbeti Cheikhidjam la nouvelle de l'ar- 
rivée de l'escorte afghane, que le chef de Hérat avait promis d'en- 
voyer il ma rencontre à la frontière de ses États, je suis resté 
quatre jours dans celte petite ville, et j'ai eu tout le loisir d'exa- 
miner en détail le seul monument qu'elle possède, le tombeau du 
santon dont elle porte le nom; et comme souvent ce cheikh a été 
confondu avec le poëte Djami, comme nous l'avons vu dernière- 
ment encore par M. Ferrier, je me permettrai de dire quelques 
mots sur ce personnage très révéré jusqu'à présent dans celte par- 
tie du Khorassan, oii ses descendants ont joué un grand rôle, et 
où ils constituent toujours la famille la plus influente du pays. 

J'ai eu entre les mains deux biographies du cheikh; la première 
est extraite du Khoulaçat oui moukamat d'Aboul Mekorim , fils 
d'Ala el-Moulk de Djam , et dédiée à Chah Roukh en 8i0 de 
l'hégire. La seconde est d'un certain dervich Ali de Bouzdjand; 
cette notice biographique fut terminée au mois de Redjeb de 
l'an 929 de l'hégire. Ces deux ouvrages se complètent l'un l'autre, 
et rectifient en partie les renseignements qui nous sont fournis 
sur le cheikh par Ibn Batoulah. La première de ces biographies est 
beaucoup plus riche en dates chronologiques, et la seconde en 
détails sur la vie privée du cheikh. Comme toujours, ses biogra- 
phes lui attribuent une origine arabe ; d'après eux le cheikh était 
ie 7° descendant deDjoureir Abdoullah Badjelli, qui était lui-même 
le 31"= descendant d'Abraham. Le cheikh naquit en lillO de l'hégire 
à Namik, village du district de Tourchiz, et fut appelé Ahmed. Jus- 
qu'à l'âge de vingt-deux ans il mena une vie assez dissipée, mais à 
i;ette époque il se repentit, et l'histoire de sa conversion, à quelques 
variantes près, est la même que celle racontée pax' Ibn Baloutah.^^ 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 353 

Ayant abjurô son passé, il se retira dans une caverne de la mon- 
tasne Kouhi-nemek, où il resta douze ans îi mortifier sa chair 
par le jeûne, par les flagellations et par d'autres pratiques reli- 
gieuses. Sa renommée s'étant répandue dans le pays, sa retraite de- 
vint le rendez-vous des croyants qui venaient implorer ses saintes 
intercessions auprès de Dieu. Dérangé par ces importunités dans 
ses occupations contemplatives , il abandonna son hermitage et 
alla se réfugier dans la montagne dite Kouhi-iazdi Djam, où il resta 
encore six ans. A cette époque un ordre du ciel lui ordonna de re- 
tourner parmi les hommes, et de veiller à ce qu'ils ne s'écartassent 
point de laroute prescrite par Dieu dans son Koran . On prétend que 
déjà du temps de Melik chah Seldjoukide, le cheikh, ayant appris 
par une voie indirecte les inclinations secrètes de Eerkiarouk en 
faveur des Assassins, et prévoyant {p\e cette prédilection lui nui- 
rait dans l'opinion du peuple, prédit que le trône serait occupé par 
Sandjar. Ces prédictions aident toujours en Orient les prétendants 
à s'emparer du pouvoir suprême. Sandjar n'oublia pas ce service; 
il honora le cheikh de sa confiance, et venait parfois le consulter. 
Entre les années 510 et 533, le cheikh, qui, d'après sesblographes, 
n'a jamais rien étudié, composa, par inspiration divine, quatorze 
volumes d'ouvrages sur le Chariat, leTarikat et le Hakikat; mais 
l'auteur de la dernière des deux biographies que nous avons citées 
n'a vu que neuf de ces traités, et il prétend que les cinq autres 
ont péri pendant l'Invasion de Tclilnghlz-khan. Après avoir 
accompli le pèlerinage de la Mecque, le cheikh mourut a Djam le 
10 du mois de Mouharrem de l'an 536 de l'hégire. De 42 enfants 
qu'il eut durant sa vie, dont 39 fils et 3 filles, 14 enfants mâles 
lui survécurent, et son biographe du ix' siècle de l'hégire prétend 
qu'à l'époque où il écrivait, l'on comptait 1000 individus appar- 
tenant a la descendance du cheikh. 

Les établissements pieux consacrés a la mémoire du cheikh sont 
en état de ruine, comme presque tous les monuments delà Perse, 
où chaque souverain et gouverneur dépense volontiers des sommes 



854 PARTIE MÉRIDIONALE DE I'aSIE CENTRALE. 

considérables en bâtisses nouvelles, mais considère comme au-des- 
sous tle sa dignité de x'éparer un monument ancien. Une belle 
porte surmontée d'une tour carrée très élevée et flanquée de deux 
mosquées, l'une dite Goumbezi Sefid, et l'autre Mesjidi Kirraani, 
conduit à une longue cour allant du nord au sud, où sont en- 
terrés le cheikh lui-même, plusieurs membres de sa famille, et 
quelques personnes, qui, par des dons pieux en faveur de cet éla- 
biissenient, ont acquis le droit de reposer après leur mort a côté 
du saint patron de Djam. Vis-à-vis de la porte d'entrée se trouve 
une mosquée, près de laquelle, à l'ombre d'un immense pistachier, 
reposent les restes du cheikh ; son tombeau est entouré de ceux 
de ses enfants, el chacun de ces monuments funéraires est enfermé 
par une balustrade. Une vaste mosquée cathédrale, adossée au 
mur septentrional de la cour, la sépare d'une enceinte non moins 
spacieuse entourée jadis de toutes sortes d'élablissemenls pieux, 
hospices, logements des pèlerins, etc.; mais maintenant ce n'est 
qu'un monceau de ruines. En dehors de la première cour, près du 
mur méridional, on voit les ruines d'une petite Rhanaka, ou 
couvent de derviches, seul édifice construit du vivant du cheikh, 
deux fois réparé et agrandi depuis par son petit-fils le Cheikh 
Oul-lslam Koutb-ed-dïn, et par le Timouride sultan Hussein 
Mirza, mort en 911 de l'hégire. La mosquée qui fait face au tom- 
beau du cheikh a été construite par un descendant du sultan 
Sandjar en 633 de l'hégire, mais elle fut agrandie et embellie par 
.(JHeiik Guiath-ed-dïn Mouhammed fils de Mouhammed, fils de 
Mouhammed, fils d'AbiBekr Kert, en 730 de l'hégire. Une grande 
méilresseh, faisant face a la mosquée cathédrale, a été construite 
en 846 de l'hégire, sous le règne de Chah Roukh, par un certain 
Aiuir chah Mélik. Enfin, à l'occident et en dehors de ces édifices, 
on montre les restes d'un couvent de Derviches construit par 
Tamerlan. A l'époque où Ibn Batoutah visita ce monument, il 
était encoi'e dans un état florissant; mais quand chah Abbas passa 
par Djam pour aller assiéger Kandahar, il commençait à tomber 



PAKTIE MÉRIDIONALE DE i'aSIE CENTRALE. 355 

en ruines, et peu s'en fallut que le chah ne le fît détruire comme 
un établissement consacré à la mémoire d'un saint sminite. Mais 
lorsqu'on défonça la voûte sépulcrale du caveau où était enterré 
le cheikh, on y trouva un rouleau de papier qu'on fit voir au 
chah, qui, ayant pris connaissance de ce qui y était tracé, acquit 
la certitude que le cheikh était pur de toute hérésie. Alors, non- 
seulement il révoqua son premier ordre, mais promit solennelle- 
ment de reconstruire tous les édifices qui entouraient le tombeau 
du cheikh, si Dieu lui accordait la victoire. A son retour de Kan- 
dahar, le roi tint parole, en sorte que presque toutes les construc- 
tions qu'on y voit actuellement ont été retouchées a l'époque du 
règne de chah Abbas, Un vaste et beau jardin s'étend à l'est de la 
cour principale ; le centre de ce jardin est occupé par un bassin 
abrité par une large coupole et rempli d'eau limpide très pois- 
sonneiise. 

Le. 8, je fus enfin informé qu'une escorte afghane, forte de 
400 cavaliers, m'attendait à la frontière, et comme nous avions 
devant nous une longue étape de 12 farsangs sans eau, j'expédiai 
nos chameaux a 11 heures du soir, et je me mis en route à 1 heure 
après minuit. Les Hezarèhs qui faisaient partie de mon escorte 
persane vinrent me prier de leur permettre de rester à Djam, par- 
ce qu'ils avaient appris que parmi les gens envoyés a ma rencontre 
devait se trouver Rahim DadBek, chef des tribus hezarèhs établies 
près de la frontière, qui, il y avaità peineune dizaine de jours, avait 
attaqué leur campement, enlevé une quantité de bétail et tué quel- 
ques hommes ; en sorte qu'étant en délicatesse avec les Hezarèhs 
de Hérat, ils craignaient qu'une collision ne s'en suivît. Nous mar- 
châmes toute la nuit dans une plaine aride et brûlée par le soleil; 
à 3 heures du matin, nous laissâmes a gauche un embranchement 
de la route qui conduit à une citerne appelée Houzi-Séfid, où il y a 
de l'eau, et à 6 heures 30 minutes nous arrivâmes à Abbas Abad, 
ruines d'un grand caravansérail construit, comme l'indique son 
nom, par oi'dre de chah Abbas, et muni jadis d'un vaste acqueduc 



S56 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

SDuterain dont il reste maintenant à peine quelques traces, et per- 
sonne ne songe à rétablir un établissement aussi utile pour les 
voyageurs et les commerçants, Mous trouvâmes dans ces ruines 
deux cavaliers placés en védelte par le chef de l'escorte afghane 
pour le prévenir de notre approche, et a un kilomètre plus loin, 
le sarlib (major général) iNasfr OuUah et Rahim dad Bek vinrent 
nous complimenter sur le territoire de Hérat, au nom de leur 
maître sultan Ahmed khan. Le sartib, qui portait le costume pit- 
toresque des Afghans, avec un pardessus tout chamaré d'or, était 
très beau, et l'expression pleine de douceur de ses grands yeux 
noirs ne permettait guère de soupçonner la cruauté dont il était 
capable; tout en m'adressant une série de compliments, il fit 
quelques observations h voix basse à un homme de sa suite, et 
j'étais bien loin de prévoir le résultat tragique de cette commu- 
nication secrète faite avec le plus grand cahiie. Ce ne fut que deux 
jours après, que j'appris qu'il avait fait tuer, sans autre forme de 
procès, un pauvre cavalier tadjik qui l'avait impatienté par sa 
mauvaise tenue. 

Après une marche non interrompue de 10 h. 30 min., par une 
chaleur qui commençait a devenir suffocante, nous arrivâmes à 
Kehriz, village considérable, mais ayant une eau amère et sau- 
mâtre presque impotable. Nos chameaux avaient mis 13 heures à 
parcourir les 12 farsangs de notre trajet, exactement comme cela 
est noté chez M. Ferrier. La farsang de Hérat, comme celle du 
Khorassan, n'a pas moins de 7 kilomètres de longueur, en sorte 
que d'après ce calcul, nos chameaux auraient fait ce jour-lk, en 
moyenne, 6 kilomètres et demi par heure, ce qui me paraît 
être le maximum de vitesse pour le dromadaire ordinaire; quant 
aux chameaux bactriens, ou chameaux à deux bosses, ils ne font 
eu moyenne que II kilomètres par iieure, mais ils portent une 
charge d'à peu près un tiers plus pesante que le dromadaire, 
lequel n'est jamais chargé de plus de 52 kilos et demi, tandis 
que le chameau bactrien porte souvent 72 kilos. Les chameliers 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 357 

du Khorassan, qui sont bien loin encore de considérai' le temps 
comme de l'arasent, préfèrent le chameau bactrien au dromadaire, 
et, bien que je me trouvasse précisément sur la limite de l'habita- 
tion ordinaire des deuv espèces, je n'ai jamais entendu dire qu'on 
les accouplât pour obtenir une espèce nouvelle, féconde et supé- 
rieure Il chacune des espèces génératrices. 

L'extrême sécheresse de l'air, un vent très fort, et surtout la 
mauvaise qualité de l'eau, nous rendaient le séjour de Kéhriz fort 
désagréable, et, quoique le soir on nous apportât de très loin 
de l'eau potable, nous fûmes très contents, le 10, de quitter, de 
grand malin, cette station, A 2 farsangs de Kéhriz, nous passâmes 
près d'un caravansérail assez ))ien consei'vé, et que M. Ferrier 
ne mentionne pas. A o farsangs plus loin, nous nous arrêtâmes 
auprès d'un caravansérail dont le profond bassin, soigneusement 
construit en pierre de taille, était abrité par une belle coupole et 
rempli d'une eau excellente. I^a plaine qui s'étend devant cet 
édifice fut, sous le règne de Felkh Ali chah, le théâtre d'une 
rencontre sanglante entre les troupes afghanes et les Persans. 
Ce combat est peut-être unique dans son genre dans les fastes 
Tiilitaires, car, après un début assez énergique, les deux armées 
s'enfuirent du champ de bataille pleinement convaincues que cha- 
cune d'elles était défaite. De l'endroit de notre halle, on voyait 
déjà poindre à l'horizon les tamaris qui croissent au bord du 
Heriroud, et bientôt, en effet, nous atteignîmes la lisière de ce 
petit bois; ce fut là aussi que nous rencontrâmes les premiers 
sables mouvants, sol qui, dans l'Asie centrale, comme on le sait 
par les recherches de M. Bunge, possède une flore qui lui est 
- particulière. Nous passâmes le Heriroud a gué ; il était assez large 
• dans cet endroit, mais il avait peu d'eau, et encore disparaissait- 
elle souvent sous des bancs de sable. La végétation de la rive 
droite est encore plus vigoureuse que celle delà rive gauche. Les 
tamaris, les ifs elles platanes atteignent ici des dimensions consi- 
dérables, et le plaisir de rencontrer un bois après en avoir été privé 

TI. 46 



358 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRAtE. 

pendant si longtemps nous faisait vivement désirer de camper <ui 
bord de l'eau j mais l'endroit n'était pas assez sûr, el l'on nous 
conseilla de pousser un peu plus avant jusqu'à Kussan, ou Kussa- 
vièh, comme on désigne cette localité dans les actes publics. 
Actuellement, c'est un amas de ruines; mais elles occupent un 
espace immense j il n'y a pas trente ans, ce bourg comptait plus 
d'habitants que Hérat, et son nom était souvent mentionné dans 
l'histoire de la Perse orientale. Contemporain pourl'origine de la 
ville de Fouchendj, Kussan aprospéré sous la dynastie desKerts. 
Tamei'lan le donna en apanage à sa sixième femme, ïouman 
Agha, fille de l'émir Moussa, qu'il épousa en 779. Après la mort 
de ce conquérant que Touman avait accompagné dans presque 
toutes ses campagnes, elle se retira à Kussan et y vécut fort long- 
temps, car en Slill du l'hégire elle y construisit une belle 
médressehj avec une mosquée oii elle a été enterrée. Je n'ai pas 
besoin d'ajouter que la médresseh et la mosquée tombent en 
ruines. Sous les Séfévides ce village était florissant, mais n'a 
pas mérité, à ce qu'il me paraît, une mention spéciale dans l'his- 
toire. Sous les Kadjars, il fut souvent le théâtre de luttes san- 
glantes entre les Persans et les Afghans. Feu Mouhammed chah, 
encore héritier présomptif, y a été complètement défait, et le sou- 
venir amer qu'il a conservé de cet échec militaire explique l'éner- 
gie si peu commune qu'il a déployée pour entreprendre l'expé- 
dition de 1839 contre Hérat, en dépit de la vive opposition de 
la mission anglaise. C'est surtout pendant cette campagne si 
funeste pour le territoire de Hérat, que Kussan a été dévasté de 
fond en comble, et sa destruction a été si complète que depuis 
cette époque ce bourg n'a jamais pu se relever. , 

Comme je tenais à voir Ghourian, forteresse si souvent men^« 
tionnée dans les ouvrages imprimés et manuscrits sur le siège de 
Hérat, nous quittâmes, le il septembre, la route ordinaire des 
caravanes, et nous nous dirigeâmes en amont du Héri-roud, le 
long des collines sablonneuses qui en forment la rive droite. A 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 359 

1 farsang de Kussan, nous iaissâmesànotre droiteun grand etflo- 
rissant village nommé Tirpoii!, et nous descendîmes dans le lit de la 
rivière de ïiéral, à sec dans cet endroit. Une quantité prodigieuse 
de tamaris croissait au fond de ce ravin, et d'après ce que l'on m'a 
dit, ce petit bois était très giboyeux. On prétend qu'on y ren- 
contre même des léopards, mais nous n'y avons vu que des lièvres 
qui partaient à chaque instant sous les pieds de nos chevaux. 

En face de l'endroit où nous avons traversé le lit desséché de la 
rivière, se trouve un grand village dit Chemsièh, au delà duquel 
on marche à travers une plaine unie, limitée au sud par les mon- 
tagnes de Ghonrian, ville qui est à 5 farsangs de cette localité. La 
plaine quenous parcourions était assez bien cultivée. Adroite et à 
gauche on voyait beaucoup de villages et de châteaux isolés; mais 
sur la route même nous ne rencontrâmes qu'une seule ferme et 
un assez grand village nomméEistivan. Près dece village, l'un des 
plus grands dignitaires de Hérat, ami du chef de cette province, 
Mansour khan, vint nous complimenter de la part de son maître. 
Ayant échangé à pied les compliments d'usage, nous l'emonlâmes 
a cheval, et dans moins d'une heure nous aiTivâmes à Ghourian, 
où l'on avait dressé, pour notre réception, dans un vaste jardin, 
de très belles tentes dont les tapis étaient couverts d'une masse 
de plateaux sur lesquels on avait empilé les différentes sucreries 
qu'ilest d'usage, dans cette partie de l'Orient, d'offrir aux voya- 
geurs. Le l^, nous restâmes h Ghourian, qui est un très grand 
village, ou plutôt une riche bourgade, quoique moins considérable 
que ne l'était jadis Kussan; ses rues sont étroites, tortueuses et 
coupées par de profonds canaux. L'ancienne forteresse, démantelée 
et presque entièrement rasée par les Persans, était abandonnée, 
et l'on travaillait à la construction d'an nouveau fort au nord- 
est du village. Le 13, nous repassâmes encore une fois le Héri- 
roud, et, par une plaine argileuse, couverte en partie d'efiflores- 
cences salines et en partie de gi'as pâturages, nous arrivâmes à 
Cheliiban, village situé k h farsangs de Ghourian et a 2 et demi 



860 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

de Hérat. Un peu au delà de cette localité, par un temps serein, 
on découvre les minarets du moussallah de Hérat. 

Le 14, nous fîmes notre entrée à Hérat, accompagnés de plu- 
sieurs compagnies de troupes régulières, de palanquins d'honneur 
couverts de brocards d'or, et d'une foule d'employés héraliens à 
cheval, envoyés à notre rencontre à 2 kilomètres de la ville avec 
l'un des fils du chef de cette province. Je ne ferai pas de description 
détaillée de cette ville célèbre. J'ai eu le désavantage de la voir 
ti'ès peu de temps après une guerre qui a duré plus d'un an, et 
après la destruction volontaire de leurs propres maisons par les 
inches Chiites de la ville, qui, s'étant décidés, au moment de son 
évacuation par les troupes persanes, a suivre ces dernières, ne vou- 
laient pas que les Afghans profitassent de leurs biens; en sus, la 
description de Hérat faite par M. Ferrier est si détaillée et si exacte 
sous beaucoup de rapports, que je puis me borner à tracer un 
tableau succinct de la ville et de son territoire. 

Hérat a joui de tous temps en Orient de la réputation d'une 
place forte de premier ordre. La difficulté que trouvèrent les 
conquérants monghols a la réduire, l'échec qu'éprouva sous ses 
murs Blouhammed chah, et enfin le long siège que la ville a sou- 
tenu pendant la dernière guex're, lout cela a confirmé les Orien- 
taux dans l'idée qu'ils se sont faite de la valeur des fortifications 
de Hérat ; mais cette idée n'en est pas plus exacte. Les murs de 
la ville forment un périmètre carré d'un kilomètre de côté. Ils sont 
orientés presque exactement d'après les points cardinaux ; en 
sorte, comme l'a très bien observé M. Ferrier, que Hérat n'est à 
proprement parler qu'une redoute , d'autant plus diffi^cile à défen- 
dre que près de son angle nord-est elle est dominée par une élé- 
vation à cime spacieuse, couverte de constructions solides dont 
chacune peut servir à l'établissement d'une batterie formidable, et 
que ce mamelon n'est éloigné du mur septentrional de la ville et 
de son bastion nord-est que de 6 a 700 mètres. Le mur de la 
ville, à sa base, est, il est vrai, très épais, mais l'assaillant n'aurait 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'ASIE CENTRALE. S61 

pas besoin de le battre en brèche pour réduire la place, car, sauf 
unepartie du château situé au nord de l'enceinte fortifiée près de sa 
poi'to nord-ouest, elsauf quelques maisons collées contre le mur, 
tous les quartiers de Hérat sont exposés à une destruction rapide 
par quelques centaines de bombes lancées de l'élévation sus-men- 
tionnée. Le mur et le château fort sont entourés de larges 
fossés remplis d'eau; mais comme cette eau est tirée des canaux 
qui passent en dehors de la ville, elle peut facilement être coupée, 
et alors les habitants seront réduits à ne se servir que de l'eau 
d'un énorme bassin qui se trouve au centre de la ville, et de celle 
d'une source très peu abondante située dans le quartier nord-est. 
On prétend que ce bassin contient assez d'eau pour suffire pen- 
dant quatorze mois aux besoins des habitants ; en admettant 
même que le fait soit exact, au bout de huit mois, surtout en été, 
l'eau, n'étant pas renouvelée, pullulera de vers et deviendra im- 
potable, outre que ce réservoir, abrité par une immense coupole 
distinctement visible de l'élévation nord-est, n'en est éloignée 
que d'une moyenne portée de canon, et peut être abattue par deux 
ou trois coups bien dirigés : en ce cas ses ruines suffiraient pour 
combler le bassin et priver les habitants de son secours. 

Le mur septentrional est percé de deux portes; les trois 
autres murs n'en ont qu'une chacun. Hérat est située dans une 
plaine qui s'éSend ax\ sud h une dizaine de farsangs, mais au nord 
et à l'est elle est bornée par des montagnes à la distance d'une 
demi-farsang à une farsang. Cette plaine est arrosée par un réseau 
de neuf grands canaux et une multitude de petits, et nulle part en 
Orient je n'ai vu des aqueducs creusés avec autant d'art, entre- 
tenus avec autant de soins, et munis de ponts aussi solides; 
même les canaux de Boukhara, de Samarcande et d'ispaban, 
célèbres dans tout l'Orient par leur construction, ne peuvent leur 
être comparés sous le l'apport de la beauté du travail. La fertilité 
de la vallée de Hérat est proverbiale, et même actuellement où 
les neuf dixièmes des villages qui la couvraient jadis, et qui la cou- 



36à PARTIE MÉRIDIONALE DE L'ASIE CENTRALE, 

vriront encore si le pays reste tranquille pendant vingt-cinq ans, 
ont disparu, cette plaine produit beaucoup plus de céréales que 
la ville et ses faubourgs ne peuvent en consommer. Je ne crois 
pas que la tradition d'après laquelle, sous le régime des Monghols, 
un chien pouvait courir par les toits de Hérat à Gazirgâh, à une far- 
sang de la ville, soit très exagérée. Le Héri-roud coule à 1 farsang 
au sud des murs de Hérat; un magnifique pont en pierres de 
taille, dit Poulimalan, construit sur vingt-trois arches, réunissait 
jadis les deux bords du fleuve. Maintenant il commence a tomber 
en ruines et l'eau de la rivière a changé de lit, en sorte qu'une 
partie du pont est à sec, ce qui entrave beaucoup le commerce ; car 
pendant la crue des eaux, au printemps et en automne, la rivière 
cesse d'être guéable, et les caravanes venant de Kandahar, de 
même que celles qui s'y rendent, doivent camper sur la rive gauche 
du fleuve, en épiant le moment de pouvoir le passer sans danger. 
Une grande rue traverse la ville de la porte nord-ouest à celle 
du sud ; elle n'est interi'ompue que par une place qui se trouve 
devant le château, A l'époque de mon séjour a Hérat, toute l'ac- 
tivité de la ville était pour ainsi dire concentrée dans cette seule 
rue, qui contenait tous les bazars et tous les caravansérails; 
mais a droite et à gauche, derrière les boutiques, on ne voyait 
que ruines et décombres. Le quartier sud-ouest surtout était 
bouleversé, au point qu'il était presque impossible d'y distin- 
guer la direction des rues. Le jour, cette grande artère de Hérat 
présentait un aspect très animé; on y rencontrait des représen- 
tants de toutes les peuplades de l'Asie centrale, et d'une grande 
partie de l'Inde et de la Perse. Nonobstant cette bigarrure de 
population, quoique même que le vin et ie heng se vendent ouver- 
tement, et que les courtisanes exercent leur métier d'une manière 
ostensible, il s'y commettait moins de crimes qu'à Méched ; pen- 
dant les cinq mois que nous sommes restés à Hérat, il n'y a eu 
qu'un seul cas de vol avec effraction, et quelques cas de rixes et 
de coups de poignards plus ou moins graves. On doit attribuer 



PARTIE MÉRIDIONALE DE L'ASIE CENTRALE. 363 

cette sécurité, peu commune aux villes orientales en général, 
et aux \illes afghanes en particulier, à l'absence d'un asile invio- 
lable, mais surtout à la vigilance de la police et à la sévérité 
déployée par les patrouilles quiparcourent la ville pendant la nuit. 

Le chef actuel de Hérat, sultan Ahmed Khan, a fait preuve 
d'une grande énergie et d'un talent administratif peu commun, 
ayant su asseoir son pouvoir sur des bases assez solides, en dépit 
des nombreuses difficultés dont il était entouré au commencement 
de son administration. Tout homme que la police rencontre dans 
les rues après le coucher du soleil, et qui ne peut justifier, en pro- 
nonçant le mot d'ordre, son droit de circuler dans la ville à cette 
heure indue, est saisi et détenu comme malfaiteur. En Europe, 
une pareille sévérité serait intolérable, mais dans l'Afghanislan, 
elle suffit à peine pour protéger avec efficacité la vie et les biens 
des habitants. 

Le climat de Hérat est renommé pour sa salubrité. En été, la 
chaleur est tempérée par un vent d'est, soufflant presque sans dis- 
continuer pendant quarante jours j en hiver, le thermomètre des- 
cend quelquefois à 19 degrés centigrades, mais ce froid ne dure 
que quelques heures. La neige couvre rarement le sol pendant 
deux semaines entières. Quant au printemps et à l'automne, ce sont 
ici les deux meilleures saisons. Nous n'y avons vu que la dernière, 
mais je puis certifier que la transparence de l'air y est admirable. 
La nébuleuse de la constellation d'Andromède était distinctement 
visible à l'œil nu; la comète qu'on a remarquée à Hérat le l/j. sep- 
tembre brillait avec un éclat extraordinaire, et même la voie lactée 
avait parfois une intensité de lumière telïe que je ne me rappelle 
pas lui en avoir vu dans d'autres endroits. Le brouillard sec est 
très rare, et le grand réseau de canaux qui entoure la ville con- 
tribue à rendre la sécheresse moins grande que dans d'autres par- 
ties de l'Asie centrale. 

Le type de la population masculine de Hérat est bien loin d'é- 
galer en beauté celui des Persans ou des Afghans de Kaboul et de 



364 PAKTIE MÉBIDIONAIE DE L'ASIE CENTRitE. 

Kandahar; les hommes sont généralement petits de taille, grêles, 
et présentent des signes évidents du long séjour des Mongliols 
parmi eux. Les visages sont larges et plats ; la bouche et les oreilles 
sont grandes, mais les yeux le sont aussi, et iis sont taillés en 
amande comme chez les Persans; le nez est beaucoup plus large à 
sa base que chez ces derniers, mais généralement beaucoup plus 
proéminent que chez les individus de race turque ou monghole. 
Le peu de femmes que j'ai eu l'occasion d'entrevoir ne m'ont 
paru différer en rien des Persanes. 

Sous le rapport du commerce, Hérat se trouve, vis-à-vis delà 
Perse, dans la même position queBoukhara vis-a-vis de la Russie ; 
c'est-à-dire qu'elle sert de station obligée à toutes les caravanes 
qui viennent de l'est ou du sud-est en Perse. EUeforme un centre 
où aboutissent toutes les routes principales de l'Asie centrale dans 
leur direction de l'est à l'oxiest ; et depuis que les déprédations des 
Turcomans établis à liîerv ont fermé au commerce la voie directe 
entre la Transoxiane et le Khorassan, même les marchandises de 
Boulihara sont obligées de faire un long détour par Hérat pour 
arriver àMéched, en payant trois fois les impôts : aux Afghans à 
Baikh, au chef de Meinianèh dans la ville de ce nom, et enfin à 
Hérat. Malgré les rapports commerciaux assez actifs établis entre 
Hérat et l'Inde, les manufactures européennes parviennent jus- 
qu'ici presque exclusivement par la voie de Téhéran ; les cara- 
vanes indiennes n'apportent que des mousselines, des mouchoirs 
en soie, mais surtout de l'argent pour alimenter l'usure, pi'ati- 
quée sur une large échelle par les Hindous établis à Hérat, et 
aussi pour acheter les pistaches, ies noix de gaile et la manne, 
il en résulte que le commerce earopéen qui ne se fait avec Hérat 
qu'à travers la Perse est très languissaiiV, et ici comme à Tébriz 
et à Téhéran j'ai été frappé de la disparition presque complète 
de manufactures anglaises des marchés de l'Asie centrale, où 
leurs draps et leurs indiennes, encore très répandus il y a quinze 
ans, sont expulsés complètement par les draps allemands et par 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'ASIE CENTRALE. 365 

les indiennes suisses. Les produits français, tels que les velours, 
les brocards, les taffetas, les bijouteries communes, etc., pénè- 
trent en petite quantité, ce qui est d'autant plus surprenant 
qu'étant même décuplés dans tous les centres commerciaux de la 
Perse et de l'Asie centrale, ils trouveraient un débit facile et 
avantageux. Les produits russes sont représentés à Hérat, comme 
dans presque tout l'Orient, par le fer en barre, le cuivre rouge, 
la fonte de fer, l'acier, le cuivre jaune en ustensiles, etc.; et la 
facilité que la mer Caspienne offre à la Russie pour le transport 
de ces marchandises la met à l'abri de toute concurrence nuisible, 
même en admettant l'acbèvement définitif du réseau des chemins 
de fer indiens. 

Le 13 octobre, je pus enfin expédier mes compagnons de 
voyage, sous la direction de M. le professeur Bunge, h Tcbès, et 
moi-même j'entrepris, le 7 novembre, une excursion beaucoup 
plus courte, mais dans une direction qui n'a jamais été explorée 
avant moi, à Obèh et à Kourroukb, les deux villes les plus orien- 
tales de la province de îléi'at. 

Le voyage de M. Bunge, si riche en résultats utiles pour la bota- 
nique, la physique du globe et la topographie, vient d'être publié, 
d'après la relation de ce savant, dans le cahier YI des Miltheilun- 
gen du docteur A. Petermann pour l'année 1860, joui-nal géogra- 
phique si justement célèbre; quant aux données topographiques 
de ce voyage, elles sont consignées dans la carte qui accompagne 
le présent mémoire. En îa comparant aux cartes du Khorassan 
intérieur publiées avant cette exploration , on s'apercevra faci- 
lement des rectifications importantes qu'elle introduit dans le 
tracé de la configuration du sol de ces pays ; je me bornerai à 
donner quelques détails sur mon excursion à l'est de Hérat. 

Ma première station, le 7 novembre, fut à Rouzèh Bagh, à 2 far- 
sangs au sud-est de Héi'at, Ahmed chah, le fondateur de la dynas- 
tie des Dourranis, y fit planter un vaste jai'din, au fond duqiiel 
Mahmoud chah fit construire une chapelle destinée a contenir les 



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366 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

tombeaux de ses descendants; mais le sorten a décidé autrement, et 
il n'y a que lui et son fils Kami'an qui y aient été entercés. La dalle 
qui recouvre les restes de Mahmoud chah, homme célèbre par 
ses revers de fortune, porte une inscription qui mentionne du 
moins son nom ; quant au tombeau de chah Eamran, il est sim- 
plement marqué par une élévation en pisé, que son fils, Séid 
Mouhammed Khan, se proposait, dit-on, de remplacer par un 
monument plus convenable. Mais, plongé dans l'ivresse et la dé- 
bauche, il se laissa égorger par son tout-puissant ministre Yar 
Mouhammed Rhan avant d'avoir exécuté son projet. Autour de 
ce jardin, est bâti le village du même nom, peuplé, en majeure 
partie, par les Afghans de la tribu Alikouzeï; ils se plaignaient 
amèx'ement de ce que le chef de lïérat, appartenant à la tribu 
Borikzeï, les laissait sans emplois et distribuait, d'après la cou- 
tume afghane, sans le moindre scrupule, leurs terres aux gens de 
sa tribu. 

Le 8, ayant passé a gué deux canaux assez profonds, nous 
arrivâmes, après une heure et demie de marche, à deux grands 
villages contigus, Siaouchan etKundjidjihan, séparés par un con- 
duit d'eau qui sert à arroser les champs. Ici, pour la première 
fois, je rencontrai des Afghans nomades^ de la tribu Guildjex; la 
vie de ces voyageurs éternels se passe à parcourir la région située 
entre Dihi-Zenghi, dans les montagnes de Ghour, où ils restent en 
été, et les plaines argileuses et salines qui s'étendent aux pieds 
des montagnes de Kaïn, leur campement d'hiver. Le village de 
Kundjidjihan a une chapelle et un tombeau d'un saint où l'on va 
en pèlerinage ; le cimetière de cet établissement contient quelques 
dalles d'apparence ancienne, mais, les ayant examinées avec soin, je 
n'y ai vu que des noms obscurs et des dates récentes. En suivant en 
amont le canal des deux villages susmentionnés, nous passâmes de- 
vant sept grands villages, Kouiùsse, trois villages portant le même 
nom de Nichin, Koul, Bitchighan et Salmati, et nous arrivâmes 
à deux heures et demie après midi à Menzil, après une marche de 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 367 

cinq heures vingt-six minutes, A mon grand contentement, les ha- 
bitants du village s'opposèrent à notre installation dans l'enceinte 
fortifiée du lieu, craignant, à ce qu'il paraît, d'exposer l'intérieur 
de leurs maisons à la curiosité rapace de mon escorte afghane de 
Hérat. On nous assigna pour logement la spacieuse mosquée du 
village. J'y fis placer ma tente, et je m'y trouvai beaucoup mieux 
que dans les sombres, froides et sales demeures des villageois. Nulle 
part en Orient je n'ai vu de cabanes aussi peu confortables que 
celles de ce pays; la seule chose que l'on semble avoir eue en vue, 
en les construisant, est de se raetti'e à l'abri de la chaleur estivale, 
d'où il résulte que les chambres, ou plutôt la chambre unique dont 
se composent ces maisons, est toujours assez vaste, mais sans fenê- 
tres, sans cheminée et avec une porte très basse. Le feu est allumé 
au milieu de cette espèce de hangar, et la fumée, après avoir fait 
plusieurs fois le tour des murs, sort comme elle peut par une petite 
ouverture pratiquée dans le toit plat, et que l'on bouche, quand 
on ne s'en sert plus, par un gros pavé. Les murs de ces maisons, 
bâtis en pisé, sont couverts d'une couche épaisse de noir de fumée, 
et les niches qui y sont pratiquées pour y placer différents usten- 
siles de ménage, n'étant jamais nettoyées, sont remplies dépous- 
sière, de toiles d'araignées, de tarentules, et surtout de puces qui 
quittent ces recoins pour tourmenter les malheureux voyageurs dès 
qu'on se met à leur portée. Le 9, nous quittâmes ce village à huit 
heures et demie du matin; la plaine oîi nous marchions était bien 
cultivée. x\yant dépassé à neuf heures un petit château, Sérimâst, 
nous aperçûmes le Hériroud que nous avions perdu de vue depuis 
Rouzehbagh; il coulait ai kilomètres ii notre gauche sous les mon- 
tagnes. A droite aussi, une chaîne de montagnes se rapprochait de 
notre route, et au pied de ces hauteurs on voyait une suite de vil- 
lages considérables. A neuf heures quinze minutes, nous passâmes 
près d'une grande bourgade, Mâamourèh; et laissant à notre droite 
les villages de Chahabad et deDei-karaz, nous nous dirigeâmes vers 
Balkhian, et nous dépassâmes îi dix heui'es quinze minutes cette 



368 PARTIE MÉKIDIONALE DE L'ASIE CENTRALE. 

vaste colonie d'habitants de Balkh, qui se sont expatriés depuis 
longtemps. Ayant devancé mon escorte, accompagné seulement de 
deux domestiques, je m'arrêtai près d'un petit château, Doustabad, 
le propriétaire vint poliment h ma rencontre, et fit apporter des 
tapis oil nous prîmes place; mais après les compliments d'usage, 
il me demanda d'un ton bourru, et avec la brusquerie si commune 
aux Afghans, si je voyageais pour décrire tout ce que je verrais, 
selon la coutume des Anglais. Je ne pus m'empêcher de sourire 
à cette question naïve, et je m'empressai de tranquilliser ses 
appréhensions en lui faisant obser-ver que je n'avais en main 
ni papier ni plume. Nous causâmes alors très amicalement jus- 
qu'à l'arrivée de mon escorte, dont le chef expliqua à ce brave 
châtelain que je voyageais pour mon plaisir, du consentement du 
chef deHérat dont j'étais l'hôte et l'ami ; ces deux derniers titres 
changèrent l'opinion de l'Afghan sur mon compte, et il m'adressa 
d'un air assez gauche quelques excuses sur sa curiosité indiscrète. 
Ce petit incident me confirma dans l'opinion que j'ai toujours eue 
sur l'inconvénient d'exposer aux yeux des Orientaux, dans les 
pays où l'on voit rarement les Européens, une collection d'objets 
inusités dans le pays, tels que carnets, albums, crayons, bous- 
soles, montres, thermomètres, etc., comme le font beaucoup de 
voyageurs, et surtout les Anglais; on peut facilement porter tout 
cet attirail du voyageur civilisé sans en faire parade et sans soule- 
ver des appréhensions des naïfs habitants de ces régions, où ils sont 
isolés de tout contact avec d'autres coutumes que les leurs, et qui, 
par cela seul, sont tout naturellement portés à interpréter en 
mauvaise part une activité qu'ils ne peuvent pas comprendre. 
L'impatience que mettent les voyageurs anglais à s'enquérir, dès 
leur arrivée dans une localité quelconque, des ressources du pays, 
ne leur procure ni des notions phis exactes, ni même des rensei- 
gnements plus étendus qu'aux autres qui y mettent moins d'em- 
pressement; mais cela les expose à des dangers gratuits, et explique 
en partie pourquoi les voyageurs de cette nation comptent en 



PARTIE MÉKIDIONAIE DE l'ASIË CENTRALE. 369 

Asie tant de victimes de leur zèle, louable, mais intempestif. Ainsi 
mon malheui-eux ami, le colonel Stoddart, a certainement hâté 
son emprisonnement a Bouliliara en se mettant en quête, le jour 
même de son arrivée dans cette ville, du nombre des prisonniers 
que les Turcomans y amenaient pour la vente, sur la manière 
dont on traitait ces malheureux, etc. 

Une marche de trente minutes nous conduisit dans un grand 
village, Chahpoulani, situé sur les bords d'un large canal que 
nous dûmes remonter pendant une heure quinze minutes jusqu'au 
village de Tchaharbourdjc, pour pouvoir le passer sur un pont en 
pierre presque ruiné. A une heure de cet endroit, nous nous arrê- 
tâmes pour passer la nuit dans le grand village dePouchtikouh, où 
malheureusement on nous fit la politesse de nous loger dans l'en- 
ceinte fortifiée, et où nous dûmes nous nicher dans Une des habi- 
tations que je viens de décrire. A partir d'ici la vallée du Héri- 
roud se rétrécit visiblement. Le iO, nous nous dirigeâmes à huit 
heures trente minutes vers un escarpement du mont Davandar, 
dont la cime se trouvait exactement au nord-est du village. A 
mesure que nous nous éloignions de Ilérat, le pays portait moins 
de traces des guerres et des commotions qui ont si souvent désolé 
cette ville dans le courant des vingt ou trente dernières années. Les 
villages devenaient de plus en plus nombreux, les ruines de plus 
en -^iliis rares, et le bien-être des habitants plus manifeste; auprès 
de la plupart des châteaux et des villages, on voyait les tentes 
noires des Gnildjeis, que le froid commençait à chasser des campe- 
ments d'été. Dans cette partie de la vallée de Iléri-roud, la popu- 
lation est très mêlée. La nationalité afghane est dominante ; les 
tribus Alikouzeï, Guildjei, Populzei, Dourrani et Borikzeï comp- 
tent parmi les villageois et les nomades de nombreux représen- 
tants. Conjointement avec eux, sont établis les Tadjiks et les Zou- 
ris, deux branches de la race iranienne parlant un persan très 
pui', mais beaucoup plus riche en locutions anciennes que la 
langue parlée actuellement en Perse. 



370 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTKAtE. 

Après deux heures cinquante-six minutes de marche , nous 
traversâmes un large affluent de la droite du Héri-roud, à l'em- 
bouchure duquel est situé le riche village de Taghandouab. L'élé- 
vation de la vallée fait que les gelées précoces nuisent ici souvent 
à la maturité des fruits, et les froides nuits du printemps, arrivant 
après l'époque de la floraison des arbres fruitiers, tuent les ré- 
colles en germe. Non loin de ce village, l'antiqucminaret de Sirvan 
se anoiitre a l'horizon, et l'on y arrive après une heure 55 min . de 
marche. Ce minaret est le seul monument portant une inscription 
coufique que j'aie eu l'occasion de voir sur le territoire de Hérat; 
c'est une tour can»elée haute de 29 mètres (94 p. a.), assise sur une 
base ^prismatique octogonale. Une inscription coutique, en deux 
lignes, faisait jadis le lourde l'édifice ; les caractères sont très in- 
génieusement modelés au moyen de briques placées de champ, et 
\in peu en relief sur la surface du mur, comme à Khosrouguird 
près de Sebzevar. Le temps et les replâtrages ont détruit beau- 
coup de mots de cette légende, et précisément les parties les 
plus intéressantes ont le plus soufifertj ainsi la date de sa con- 
struction et le nom du souverain sous le règne duquel ce mi- 
naret a été construit, manquent. Mais comme la forme des lettres 
de celte inscription est en tout semblable à celle que j'ai eu l'oc- 
casion de constater sur les monuments de la seconde moitié du 
v siècle de l'hégire, je n'hésile pas à rapporter le minaret de 
Sirvan k cette même époque. L'inscription de ce monument, au- 
tant que j'ai pu la déchifîi'er, dit : qu'il a été élevé par ordre de 

l'émir du grand Sipehsalar Aboul Hassan Ali, fils d'Ahmed 

53' (mot que l'on peut lire de plusieurs manières dififérentes), par 
un architecte de Nichapour, Ali, fils d'Osman, fils d'Ahmed, sous 

le règne du sultan fils des sultans Je suppose que cette tour 

est contemporaine du sultan gaznevide Mahmoud, ou de son fils. 

Les carrières de marbre blanc qui fournissent depuis plusieurs 
siècles des matériaux inépuisables pour la construction des monu- 
mculs funéraires de toutes les sépultures de la province de Hérat, 

if' 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'ASIE CENTRALE. 371 

étant à peu de distance de Sirvan, j'ai pris le parti de les \isiter 
avant d'aller à Obèh. Le 10, nous nous dirigeâmes vers les monta- 
gnes de la rive gauche du Iléri-roud, et après une marche de ti'ente 
minutes vers le sud-sud-est nous parvînmes à l'entrée d'un défilé 
peu profond qui s'enfonçait dans cette chaîne. La route le coupe 
en biais, puis franchit un embranchement peu élevé de la chaîne 
principale et descend dans un autre défilé, qui, plus haut, s'unit 
au pi'emier, et conduit vers un joli petit village, Naristan, dont 
lespeupliers avaient encore conservé leurs feuilles, tandis que dans 
la plaine ils les avaient perdues déjà depuis une dizaine de jours. 
En remontant le défilé, on ari'ive, après vingt minutes de marche, 
à la chapelle de Pir Mouhammed Karaouli, entourée d'arbres et 
ayant un bassin rempli d'eau thermale de 20 à 22 degrés centigr. 
de température (1); i[ était rempli de poissons. D'après ce que 
les gardiens de la chapelle m'ont dit, son eau gèle rarement et 
la neige ne s'y maintient pas, mais chaque fois que le froid est 
assez intense pour couvrir le bassin dé glace, les poissons péris- 
sent j puis, après un ou deux ans, il en apparait de nouveaux 
qui se propagent très rapidement. Le tombeau du saint se trouve à 
une quarantaine de pas au nord du bassin; a la mode des sépul- 
tures sunnites, une colonne de marbre surmontée d'un tux'ban 
sculpté, et haute d'à peu près un mètre et demi, marque l'endroit 
où le santon est enterré. On lit sur la colonne « qu'elle fut érigée 
» en 1140 de l'hégire par les soins du pèlerin des deux temples 
» Muhi-ed-din el Husseini, pour constater que d'après les firmans 
» autographes d'Ahmed chah, de Timour chah et d'autres princes 
» dourrauis, le village de Naristan est donné en vakfa. la chapelle 
» de Mouhammed Karaouli ». 

Les carrières sont à une dizaine de minutes de cette locahlé. 
Jusqu'à présent on n'a attaqué la couche de marbre que dans un 
endroit; depuis trois siècles à peu près qu'on exploite la carrière, 

(1) N'ayant pas mon thermomètre aTec moi, j'ai estimé la température de l'eau approxi- 
mativement. 



S72 PARTIE MÉRIDIONALE DE L'ASIE CENTKACE. 

la quantité de marbre qu'on en a extraite peut représenter un cube 
de 60 à 80 mètres de hauteur, sur une largeur de 30 à liO mètres 
et une profondeur de 20 h 30 mètres; donc en tout de ZiO à 
100 mille mètres cubes. Le marbre est très beau; on en extrait 
des morceaux énormes d'une blancheur parfaite et d'un grain 
très fin. Quant au marbre plus ou moins gris, on le trouve par- 
tout dans la chaîne, et d'après ce que m'ont dit les villageois qui 
m'accompagnaient, elle contient en outre des mines de fer, de 
plomb, de vitriol et de soufre, tandis que les inoutagnes de la rive 
droite du Héri-roud ne sont riches qu'en mines de cuivre. Nous 
retournâmes de la à la chapelle, et après une marche fatigante 
d une heure trente minutes, pendant laquelle nous franchîmes 
quatre chaînons latéraux de la chaîne principale, nous descendîmes 
dans la plaine par une pente très rapide et couverte de galbaunm 
desséché, ayant rencontré sur notre route deux ou trois trou- 
peaux de gazelles. Après une halte de quelques instants dans 
un grand village nommé Gunabad peuplé d'Afghans Ali Kouzeïs, 
nous nous rapprochâmes de plus en plus du lit du lïéri roud, où 
l'on descend en passant entre le village deMoussafiran, colonie de 
Khodjas de Boukhara émigrés depuis longtemps, mais n'ayant pas 
abdique leur costume, et un château appartenant à Chirali Khan, 
lieutenant du gouverneur du district d'Obèh. On passe la rivière à 
gué; elle est assez large en cet endroit, mais peu profonde à cette 
époque de l'année. Son eau, qui coule sur une couche de cailloux, 
avait la limpidité du cristal. Obèh n'est qu'à vingt minutes de 
marche de ce gué; nous mîmes dix minutes pour li'averser le 
bourg, qui finit par une vaste enceinte fortifiée assez bien con- 
servée extérieurement, mais pleine de ruines à l'intérieur. Le 11, 
après avoir rendu la visite aux autorités du pays qui étaient ve- 
nues la veille a ma rencontre, et après avoir reconnu l'horrible 
dénûment des logements dont ils se contentent, je quittai Obèh 
pour visiter ses sources thermales, qui jouissent d'une grande ré- 
putation de salubrité. 



PAKTIE JIÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 373 

Les montagnes sont a deux ou trois kilomètres t!e la forteresse, 
et Ton y entre par un défilé profond et étroit, servant de lit à un 
ruisseau impétueux qui serpente entre des loulfes de broussailles 
et de joncs; sonvent même il disparaît complètement sous les 
branches entrelacées des cralœgus, et l'on ne devine son cours que 
par le murmure de son eau. Après une heure de marche en amont 
de ce ruisseau bordé de rochers très pittoresques, nous arri- 
vâmes aux bains construits en pierre de taille sur la première 
source thermale, qui a 45°, 6 centigr. de (empéralure; la seconde 
se trouve a vingt-cinq minutes de marche en amont de la vallée, et 
elle a i5°,8 centigrades de température : toutes les deux sont alca- 
lines. I.es bains que je viens de mentionner, comme tous les éta- 
blissements de ce genre en Perse, consistent en une antichambre 
et en une grande salle voûtée, dont le milieu est occupé par le 
bassin d'eau chaude entouré de larges bancs de pierre, où les 
baigneurs déposent leurs vêtements. Cet édifice ne porte pas d'in- 
scription; mais nous savons par la chronique d'Hérat , de ftlouyined- 
din, traduite par M. Barbier de Meynard (Jottrn. As., décembre 
1860), qu'il a été construit par le sultan timouridc Abou Saïd, et 
agrandi par le sultan Hussein, né en 8/i2 de Thégire et mort, 
en 911. Tout a côté, on voit les ruines d'un tombeau assez révéré 
par les habitants des environs; mais les pâtres que j'ai rencontrés 
près de ce monvmient funéraire n'ont pu me donner aucun rensei- 
gnement sur le saint personnage qui y est enterré, et qui est adoré 
malgré son incognilo. Il y a bien une dalle de max'bre, mais son 
inscription esl si fruste, que je n'ai pu y déchifirer que quelques 
mois sans suite, parmi lesquels se trouvaient les titres de « sultan 
et de refuge du monde», qualifications qu'on n'applique guère 
qu'aux princes c!e sang royal. Le défilé où. sont situées ces soui'ces 
thermales aboutit, d ans sapartie supérieure, a un entonnoir entouré 
de rochers inmienses de lave blanchâtre tachetée de points bruns; 
celte localité ressemble beaucoup a une vallée dumonlBouzgouch 
dans l'Aderbeidjan, où se trouvent les sources chaudes de Sérab. 

VII. _ 48 



374 PARTIE MÉRIDIONAIE DE l'aSIE CENTRALE. 

Nous retournâmes dans la vallée du Hériroud par la gorge que je 
viens de décrire, et nous nous arrêtâmes pour la nuit à Gunabad. 
Le 12, ayant encore une fois traversé le village de Sirvan, nous 
atteignîmes, en quinze minutes de marche, un bourg considérable 
nommé Dihidiraz, dont les habitants sont des Ouzbeks de Koun- 
grad, au voisinage des bouches de l'Oxus, émigrés ici au nombre 
de 100 familles, sous le règne de Mouhammed-llahim Khan 
de Khiva. Ces pauvres gens se plaignaient amèrement des exac- 
tions du gouverneur actuel d'Obèh, qui, non content d'avoir 
élevé à 80 harvars de blé la redevance de 50 harvars qu'ils 
payaient autrefois, les molestait de toutes les manières. A quinze 
minutes de marche de ce village, nous passâmes encore une fois 
le Hériroud, et pendant quatre heures nous en longeâmes la rive 
droite. 

Ici le pays est peu cultivé; ca et là on apercevait au loin quel- 
ques hameaux, mais la route était complètement déserte. Nous 
arrivâmes enfin dans un village considérable qu'en parlant on 
appelle Marva, mais qui s'écrit Marabad; ses habitants sont des 
Zouris, des Tadjiks et des Afghans Borikzeis. J'y reçus la visite 
d'un chef d'une tribu des Guildjeis nomades, revenu depuis peu 
de Meimanèh, où il s'était enfui pendant l'occupation de Hérat 
parles troupes persanes. 11 venait de traverser lepaj's desTchahar 
Aimaks, qui était livré a une complète anarchie. Les quatre trib«s 
qui composent la horde, les Kiptchaks (100,000 familles), lesDjem- 
chidis(12,000 familles), les Téimounis (60,000 familles), et les 
Firouzkouhis (de 10 à 12,000 familles), étaient en guerre, et les 
caravanes restaient des semaines entières a Meimanèh, n'osant 
pas s'aventurer parmi ces peuplades rapaces et turbulentes. Le 13, 
pendant deux heures vingt minutes, nous longeâmes encore 
la rive droite du fleuve ; mais au delà du village Gouriabad la 
roule commence à s'en éloigner et à se rapprocher des montagnes 
que nous aA'ions à notre droite, et qui, prenant une direction 
nord-nord-est, forment la limite orientale de la plaine de Hérat. 



PARTIE MÉRIDIONALE D^ l'aSIE CENTRALE. 375 

Peu à peu le pays prend un aspect tout a fait désert, les villages 
disparaissent entièrement, et le sol, creusé par de larges lits de 
torrents, ne porte aucune trace de culture. Les nomades évitent, 
même, cette route solitaire, qui ne s'anime parfois que par le 
passage des troupeaux considérables de moutons qu'on mène 
paître dans les montagnes qui bordent l'horizon k l'est. 

Après une marche d'une heure vingt-cinq minutes, nous pas- 
sâmes près de Zémanabad, grand village que ses habitants ont 
abandonné lors de l'invasion persane. Grâce au climat doux et sec 
de cette contrée, ce village désert semblait avoir été évacué de la 
veille j mais ses bazars vides et ses rues muettes faisaient un effet 
d'autant plus triste, que pendant tout le trajet de Zémanabad 
àTounian, c'cst-a-dire pendant trois heures de marche, on ne 
rencontre que le seul village de Toouran Tounian, où nous nous 
arrêtâmes pour la nuit. 11 est peuplé par des Tadjiks et par des 
Afghans Nourzeïs, Alizeis et Dourranis. Le i4, nous marchâmes 
pendant cinquante minutes dans la plaine, en nous dirigeant vers 
le nord-est, puis ayant traversé un ravin assez profond, nous par- 
vînmes, après quarante-cinq minutes de marche, a une chapelle 
dite Abi-Ghermek, dont le bassin, rempli d'.eau thermale, de 1/| k 
15 degrés centigrades de température, est entouré de vingt-quatre 
pins orientaux d'une grande beauté : jadis il y en avait trente- 
huit, mais on a eu la barbarie d'abattre quatorze de ces arbres 
majestueux. Passé cet endroi', on entre dans un défilé pierreux au 
fond duquel coule un mince filet d'eau saumâtre, bordé d'efflo- 
rescences salines. Cette gorge nous conduisit, après cinquante mi- 
nutes de marche, au sommet d'un col peu élevé, dont la pente 
septentrionale est creusée en long par un assez large ravin que 
nous suivîmes pour entrer dans la vallée de la rivière de Kerroukh. 
Laissant k notre droite le village deMadjendoch, nous remontâmes 
cette vallée dont la rive gauche est limitée par une chaîne de 
montagnes rocheuses d'un aspect aride, et qui porte des traces 
évidentes de puissantes commotions volcaniques. Nous rencon- 



376 PAKTIK MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTKALE. 

trymes pendant ce trajet d'une heure beaucoup de Djemchidis no- 
mades ; leurs tentes diffèrent de celles des Afghans et desBéloudjs 
en ce que, semblables aux tentes des Kurdes, elles sont faites 
de treillis de joncs entourés de laine, et non de drap grossier dit 
palas. Leur langue est le persan pur; mais par la forme du visage 
ils se distinguent, à leur désavantage, des Persans occidentaux. 
i.e nez est retroussé, la bouche grande, les lèvres épaisses et 
disgracieuses. D'après leurs traditions, ils ont quitté le Séistan 
sous les Keïanides, avant l'émigration des Zouris, mais ils gardent 
néanmoins le souvenir de leur commune origine. Quant aux- 
Tadjiks,les Djemchidis les considèrent comme des autochthones, 
propriétaires du sol qu'ils occupent actuellement eux-mêmes et 
qu'ils leur ont ôté par la force. En 18/i5 ou 18i6, Allah Kouli, 
khan de Khiva, força les Djemchidis à suivre son armée, et les 
installa près de Kouhné-Ourgendj ; mais après sa mort, profitant 
des désordres qui désolèrent le Khanat, ils s'enfuirent, et la plu- 
part des familles revenues de Khiva s'établirent à Maroutchak. 
A une distance de trente minutes de marche avant d'arriver à 
Kerroukh, on passe par un petit village assez propre appelé 
Dehani-Kar, habité par des Tadjiks qui avaient l'air opprimé et 
malheureux. Le nom de ce village signifie « bouche de neigea; 
il lui a été donné parce que la neige qui tombe très abondamment 
et reste longtemps dans toute la vallée supérieure de Kerroukh, 
dépasse rarement cet endroit et disparaît promptement. 

Kerroukh est une ville très ancienne; elle est mentionnée par 
Istakhri, auteur du x° siècle (voy. Bas Biich der Lœnderj trad. par 
Mordtmann, p. 117). C'est le centre de la population des Djem- 
chidis; et d'après ce que l'on m'a dit, c'était aussi la capitale du 
royaume de Ghour. Le bourg est assez vaste; sa population se com- 
pose de Djemchidis, d'Afghans, de Juifs et de Hindous. C'est le 
lieu de sépulture de deux saints musulmans : cheikh Maarouf 
Karroukhi, portier de l'hnam Riza et de Soufi Lslam. La chapelle 
construite au-dessus du tombeau du premier tombe en ruines; 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 377 

mais elle est encore 1res révérée par les Chiites. Il est très pro- 
bable que ce mausolée est une création dii clergé du temps îles 
Séfévides, car Mouj'ined-din n'en dit pas un mot dans sa courte 
description de Kerroukh. Le second saint est beaucoup plus mo- 
derne: c'est le fameux Soufi Islam, dont ConoUy a donné une 
biographie courte, mais exacte. 11 fut tué en '122"2, dans une 
rencontre avec les Persans, qu'il allait combattre a la tête de 
ses nombreux sectateurs. Son fils Aboul Kassim érigea un beau 
mausolée sur son tombeau, et planta autour du monument un 
jardin spacieux, remarquable par ses deux allées de pins orien- 
taux longues chacune de deux cents pas. Dans la ville même , 
il y a une quantité de sources thermales , dix-sept ou dix- 
huit; j'ai mesuré la température de deux d'entre elles, qu'on 
m'avait désignées comme étant les plus chaudes : l'une avait 
15», 8 centigrades, l'autre 14", 5. l^es habitants de la ville se 
livrent a l'horticulture et a l'élève des moutons; ces derniers sont 
envoyés aux marchés de lïérat, et leur laine est achetée sur place 
par les Juifs et les Hindous. Kerroukh est a six farsangs de 
Hérat, et nous les fîmes d'une tx'aite le 16, en suivant en aval le 
cours de la rivière de cette ville qui débouche dans la plaine de 
Hérat, non loin de Gazirghah; l'eau de cette rivière, ou plutôt 
celle de son unique affluent du côté droit, est conduite dans le- 
bassin de ce pieux établissement par un long canal, en partie- 
taillé dans le roc, et en partie creusé dans le sol. Je n'avais eu 
qu'un seul prédécesseur européen à Kerroukh, le malheureux co- 
lonel Stoddart, qui resta un jour dans cette ville, d'où il alla à Mei- 
manèh; les habitants ont gardé de lui un bon souvenir. 

Mes compagnons de voyage revinrent le 21 décembre de 
leur longue et pénible exploration du Khorassan central. La 
saison était trop avancée pour songer a continuer notre route 
dans un pays où même un voyageur seul trouve à peine la 
possibihté de se mettre chaque nuit ;i l'abri de l'intempérie de 
l'air, et où par conséquent un voyage en compagnie aussi nom- 



378 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CEiNTRALE. 

breuse que l'était la nôti'e devenait presque impraticable. En 
outre, nous avions une quantité de levés et d'observations à 
coordonner, travail qu'il était avantageux et même urgent de 
faire aussitôt que possible, pour profiter de tous les petits détails 
du voyage dont on se souvient immédiatement après l'avoir fait, 
et que plus lard on oublie facilement. Je me décidai donc 
à passer l'hiver ft.Hérat, et je n'ai eu qu'à me féliciter de cette réso- 
lution; car l'hiver, qui au commencement était très doux, sec et 
agréable sous tous les rapports, changea brusquement le 15 ou 
le 16 janvier 1859, et prit tout à coup un caractère de rigueur 
extraordinaire. La neige tomba très abondamment, et, même 
dans la plaine, elle resta plus de dix jours sans fondre. Enfin, 
vers le commencement de février, les beaux jours revinrent, la 
neigo disparaissait à vue d'œil, et quoique les montagnes en 
fussent encore couvertes jusqu'à leur base, nous résolûmes de 
quitter Héral, dont nous emportions tous un souvenir agréable. 
Pendant tout le temps de notre séjour, nous n'avions eu quà nous 
louer des bons et aimables procédés à notre égard du sultan 
Ahmed Khan, chef de cette province; et souvent, en causant ami- 
calement avec lui, et surtout en répondant à ses intelligentes 
questions faites avec une lucidité, un tact et une urbanité par- 
faites, je me demandai si véritablement j'avais devant moi ce 
farouche gardien des pi'isonniers anglais à Kaboul, ce sidtan 
Djan si souvent et si désavantageusement mentionné dans les 
mémoires de îady Sale. Son entourage imitait à notre égard la 
conduite du maître; le sardar Akrem Khan, MansourKhan, Chah 
Navaz Khan, fils aîné du sultan, etc., tous tâchaient de nous être 
utiles ou agréables. Mais j'avais eu à me louer surtout des bons 
procédés de mon compagnon de voyage, entre Méched et Hérat, 
du Seid Mir AboulHassan Chah. Homme d'une instruction orientale 
solide, il m'a été d'une très grande utilité dans mes recherches, 
et j'ai trouvé dans ses conversations savantes maint éclaircis- 
sement qu'il m'eût été impossible de découvrir dans les livres. 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTBALE. 379 

Le 10 février 1860, nos apprêts étant terminés, nous 
prîmes congé du sultan Ahmed Khan, qui avait désigné, pour 
nous escorter jusqu'aux limites du Séistan, un certain Mouham- 
med Azim Khan de Kalékah, avec une quarantaine de cavaliers. 
Un jour le sultan me l'amena lui-même, et m'ayant présenté, 
avec toutes les cérémonies d'usage, ce géant doué d'une force 
herculéenne, il le congédia et me dit après son départ : « J'aii- 
» rais pu facilement vous donner une plus nombreuse escorte, 
» mais dans le pays où vous allez, elle ne vous aurait pas servi a 
» grand'chose. La présence seule de cet homme dans votre cara- 
» vane vous sera plus utile que l'escorte d'un bataillon ; car 
» il ne se commet aucun brigandage sur la frontière sud-est du 
» Khorassan qu'avec sa permission et même avec son aide. 
» Pour être plus sûr de sa bonne conduite à votre égard, je 
)) garderai, pendant tout le temps qu'il restera auprès de vous, 
» sa femme et ses enfants pour otages. » Et véritablement 
pendant le voyage j'eus occasion de me persuader que le sultan 
avait raison. L'influence dans le pays et les connaissances topo- 
graphiquRsde mon guide étaient incontestables, mais il usait 
d'une singulière méthode mnémonique pour se souvenir des 
localités ; chaque place remarquable était gravée dans sa mé- 
moire, non à cause de sa position et de ses propriétés naturelles, 
mais par suite de quelque incident de sa vie de brigand, dont il 
parlait tout à fait a son aise : là il avait dévalisé toute une cara- 
vane, dans tel autre endroit il était resté deux jours et deux nuits 
à guetter le passage d'un convoi de marchandises, etc. Bref, sa 
géographie était en même temps l'histoire de sa vie vagabonde. 

Le H , nous quittâmes enfin Hérat, et nous allâmes, par la route 
que j'ai déjà décrite, à Rouzèhbagh où nous restâmes le 12 pour 
compléter définitivement nos préparatifs de voyage dans un pays 
où il était impossible de rien trouver, sauf quelques provisions 
de bouche. La grande quantité de neige qui était tombée à la fin 
de janvier rendait très difficile le passage du col Madéri, qu'on 



380 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'ASIE CENTRALE. 

franchit en suivant la grande route de Khandahar, dite chaussée 
du Chah, parce qu'elle a été faite par ordre de Chah Abbas le Grand; 
notre guide nous proposa de prendre la route du col appelé 
Senguakissiah. Le 13, nous comaiencâmes par suivre la grande 
route pour traverser la plaine qui s'étend entre Rouzèhbagh et 
les montagnes; mais près dumanielondit Kouhi-Ziaretnouslais- 
sâuiesà notre gauche celtelarge voie jadis pavée, etnous entrâmes 
dans une gorge peu profonde qui nous conduisit dans la vallée 
d'un petit affluent de la rivière de Hérat, près des sources duquel 
est bâti im château de Rahman Khan Ali Kouzei, nommé Pouch- 
tikouh. Nous nous y arrêtâmes pour la nuit. Le ili, une suite de 
terrasses nous conduisit au sommet du col. La route était bonne, 
malgré la pluie qui tomba toute la nuit sans discontinuer; seule- 
ment, au fur et à mesure que nous approchions du col les champs 
de neige devenaient plus fréquents. Vers midi, nous entrâmes 
dans une gorge assez large où coulait un filet d'eau entouré de 
joncs très touffus, repaire de sangliers dont nous vîmes partout 
des traces. Celte gorge, qui se rétrécit peu à peu, nous amena 
au col. La descente est encore moins rapide que la montée; les 
teri'asses sont beaucoup plus étendues sur la pente méridionale 
de la chaîne que sur celle da nord, mais aussi la neige y était plus 
profonde, et nous ne pouvions avancer que lentement. Néan- 
moins, une demi-heure avant le coucher du soleil nous arri- 
vâmes aux rochers appelés Sengui-ssiah (pierres noires), à cause de 
leur couleur. Ce nom est appliqué également au col, car sen- 
guaki est le diminutif du mot sengue, picri-e. Nous y passâmes 
une nuit très froide, à la belle étoile. Le 15, après avoir 
traversé un terrain légèrement ondulé, nous entrâmes dans 
une gorge longue de 2 farsangs, et qui, se prolongeant en ligne 
droite, nous conduisit à la vallée de l'Adreskand richement boi- 
sée de saules, de tamaris et de zygophylîum. Là nous passâmes 
la nuit sous des tentes d'Afghans nomades delà tribu desBorikzeï. 
Une pluie torrentielle tomba pendant toute la nuit avec une aboit 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 381 

dance extrême; -vers le matin, la crue de l'Adreskand était telle, 
que jusqu'à onze heures nous ne savions pas si nous pourrions 
le traverser on si nous serions obligés de prendre la route 
d'Oukal, endroit visité par Forster en 178i. Enfin, on vint 
nous dire qu'on avait trouvé un gué. Néanmoins le passage 
n'était pas facile; nous faillîmes perdre trois chevaux chargés 
de nos efiFets, et qui n'échappèrent qu'à grand'peine à l'impé- 
tuosité du torrent qui les emportait avec une extrême rapidité. 
Nous mîmes trois heures à traverser le courant. 

Un défilé tortueux et très escarpé, taillé dans des rochers formés 
d'ardoises, nous conduisit de la rive gauche de l'Adreskand au 
col Mihminaz. l.a descente en est beaucoup plus facile que l'ascen- 
sion; la gorge par laquelle nous débouchâmes dans la plaine est 
assez lai'ge, cl la route est bonne. Le sol argileux et uni de cette 
spacieuse vallée avait un aspect riant, car dans beaucoup d'en- 
droits elle commençait déjà à verdir. A son centre, on voit une 
chapelle érigée en l'honneur d'un saint peu connu, dont le tom- 
beau était ombragé par un gigantesque biotia orientaUs. Après 
avoir encore franchi une série de petites collines, nous arri- 
vâmes en vue de Sebzar, ville située sur une élévation et entourée 
de champs richement cultivés, couverts de pousses de blé d'un 
vert éclatant. 

Les chevaux et les hommes étaient tellement fatigués par les 
trois dernières marches, et le mauvais temps était si peu favo- 
rable à nos occupations scientifiques, que nous nous décidâmes à 
attendre à Sebzar que la disposition de l'air changeât. Nous res- 
tâmes dans cette petite ville le 17, le 18 et le 19 février; on nous 
logea dans le château, qui domine complètement les autres quar- 
tiers. De la terrnsse supérieure de notre habitation on jouissait 
d'une vue immense, remarquable par sa beauté. La forteresse, 
avec son château , occupe le centre de la ville ; l'enceinte 
fortifiée a une forme presque carrée, la face septentrionale 
ayant 260 pas de longueur et la face orientale 211. Le mur tourné 

49 



382 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRAIE. 

vers le nord est flanqué de deux tours à ses deux extrémités, et 

de cinq demi-tours espacées à intervalles égaux entre les deux 

premières. Le même genre de fortifications se retrouve sur les- 

faces occidentale et orientale de la forteresse; quanta celle du sud, 

elle n'a que quatre demi-tours, et au milieu une tour massive percée 

parla porte d'entrée. La ville est divisée en deux quartiers; celui du 

uord est moins peuplé que celui du sud, et les deux ensemble n'ont 

en tout que quatre cents maisons. La population est mélangée; elle 

consiste en Afghans des tribus Borikzeis, Âlikouzeis et Âlizeis, 

en Tadjiks, en Zouris, en Teimouris, en Juifs et en Hindous. En 

été, la ville est presque déserte ; tous les habitants vont camper 

dans les montagnes , plutôt par un reste d'habitude nomade 

que par nécessité, car, d'après ce que l'on m'a dit, la chaleurici 

n'est jamais très intense. L'observation de M. Ferrier,que Sebzar 

est un point stratégique de premier ordre, est très exacte; 

non-seulement le district est salubre et fort riche en céréales, 

mais la plaine est admirablement défendue par la nature. 

Elle a la forme d'un plan elliptique, dont le grand axe est dirigé 

de l'est à l'ouest; les trois quarts de son circuit sont bornés par 

l'Adreskand. Si l'on examine cette plaine du haut du château 

de Sebzar, on aperçoit au sud, h Zi kilomètres de la ville, une 

chaîne de montagnes rocheuses qui se termine brusquement par 

un promontoire élevé, que couronnent les ruines d'une forteresse 

dite Senghi-Doukhter. Immédiatement derrière, s'élève à l'horizon 

une haute montagne ayant l'aspect d'une pyramide tronquée; ses 

strates forment comme de gigantesques gradins, et sur la cime 

est le -tombeau! d'un saint, Mouhammed Serbourideh (Mou- 

hammed le décapité), qui a donné son nom a la localité. 

L'horizon oriental de la plaine est limité par trois chaînes de 

montagnes qui s'élèvent en amphithéâtre l'une au-dessus de 

l'autre. Au nord, comme nous l'avons vu, cette plaine est bornée 

par la chaîne rocheuse du bord gauche de l'Adreskand; k l'ouest, 

son horizon est plus ouvert, car la chaîne qui lui sert de limite de 



PARTIE MÉRIDIONALE DE L'aSIE CENTRALE. 383 

ce côté est à 14 ou 15 kilomètres de la ville. Tout l'espace contenu 
dans ce circuit est richement arrosé par des canaux tirés du fleuve, 
et présente une suite ininterrompue de gras pâturages et de 
champs cultivés. La ville, dans son état actuel, n'est pas très an- 
cienne; elle ne possède aucune curiosité digne d'être mentionnée, 
si ce n'est un vaste jardin planté devant la forteresse par Djelal- 
ed-din Mirza, l'un des enfants de chah Kamran. Mais il ne faut 
pas oublier qu'elle est bâtie sur les ruines d'Isfézar, ou plus cor- 
rectement i'Aspzar (pâturage des chevaux) comme l'écrit le poëte 
Djami. Ainsi elle a remplacé une des plus anciennes villes du Sed- 
jestan, non-seulement mentionnée par Istakhri, mais fondée avant 
Hérat, d'après l'opinion de ses habitants rapportée par Muyin-ed- 
dïn. Ce chroniqueur, qui termina son ouvrage en 897 de l'hégire, 
était natif d'Isfézar, et il dit y avoir vu dans son enfance plus de 
douze cents boutiques. De son temps déjà, la forteresse connue 
maintenant sous le nom de Senghi-Doukhter, et appelée alors châ- 
teau de Mouzaffer-kouh, était abandonnée à cause du tarissement 
d'une source d'eau douce qui jaillissait autrefois dans l'intérieur de 
cette place forte, construite par le sultan Seidjoukide AIp-Arslan. 
Le 20, enfin, le baromètre remonta, et tout faisait présumer 
un changement de temps favorable; vers neuf heures nous 
quittâmes Sebzar, et ayant passé cette fois sans difficultés l'Adres- 
kand rentré dans son lit, nous nous dirigeâmes vers les 
montagnes à travers une prairie fertile, arrosée par de nombreuses 
sources qu'on appelle Tchechmé-keissar. Les montagnes au sud- 
ouest de la plaine sont coupées par une gorge bordée du côté 
gauche par le mont Keissar, et à droite par les monts Roubah, 
Ziba et Milkouh. La première de ces trois montagnes est percée 
de nombreuses cavernes où les habitants de la ville , au moment 
d'une invasion, cachent ce qu'ils ont de plus précieux et vont se 
réfugier eux-mêmes. Les deux autres montagnes sont remarqua- 
bles par la forme originale de leurs cimes, effilées comme des ai- 
guilles. Cette gorge conduit au sommet d'un col assez large, sem- 



384 PABTIH MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

blable a un petit plateau, d'où l'on descend dans une vaste plaine ; 
deux farsangs et demie plus loin on rencontre une source saumâtre 
qui sort de terre dans un endroit désert actuellement, mais proba- 
blement babité autrefois, car il porte le nom de Dihi-Bola, c'est-à- 
dire « village supérieur ». Nous y restâmes la nuit du 20 au 21. 
Le 21, nous marchâmes dans la plaine jusqu'à Hami-Govïn, en- 
droit situé au pied des montagnes qui bornent cette vallée au sud, 
et arrosé par une pauvre source d'eau saumâtre entourée de touffes 
de joncs. Nous y ti:ouvàmes un grand campement d'Afghans Nour- 
zeïs, qui accoururent en foule pour voir un singe que j'avais acheté 
à Hérat, et dont les gambades les amusaient comme des enfants. 
Ils se mirent à le caresser; mais ces bons rapports avec le qua- 
drumane ne pouvaient durer longtemps. Un grand gaillard mé- 
contenta l'animal par un gestaun peu rude, et fut égratigné, ce qui 
affecta tellement cet enfant de la nature qu'il adressa à lapauvrebête 
une série d'invectives, et s'en plaignit les larmes aux yeux à ses com- 
patriotes comme s'il s'agissait d'une offense faite par un homme. 
Après avoir franchi la chaîne que je viens de mentionner par 
un col pierreux mais peu escarpé, nous descendîmes dans une 
vaste vallée bornée au sud par les montagnes d'Anarderèh, riche 
village peuplé de Tadjiks et caché dans une gorge étroite et pitto- 
resque, à l'entrée de laquelle jaillit une source thermale de 22°, 5 
centigrades. Un ruisseau assez large coule le long de cette gorge. 
Sur la rive gauche, dans une ansebordée de rochers et célèbre pour 
ses échos multiples, s'entassent les maisons des villageois ; la 
rive droite est occupée par de beaux et vastes jardins fruitiers 
dans lesquels il y a même deux palmiers qui portent des fruits et 
qui ont été transplantés ici, il y a seize ans, du village de Zighîn, 
situé à 14 kilomètres plus au sud. La montagne qui domine les der- 
niers jardins du village est fendue depuis la base jusqu'à la cime. 
La distance entre les deux parois de cette crevasse très régulière 
ne dépasse nulle part un demi-mètre, ce qui fait supposer aux 
habitants d'Anarderèh qu'elle doit son origine à un coup d'épée 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 385 

d'Ali. Ici, pour la première fois, depuis le Mazanderan, nous ren- 
contrâmes le myrte, qui croît partoutle long des murs des jardins, el 
s'appelle mourt comme au nord de la Perse. Le soir, nous observâ- 
mes une belle lumière zodiacale, qui avait comme toujours la forme 
d'une ellipse très allongée, et s'élevait au moins de 55 degrés au- 
dessus de l'horizon. Nous n'avions pas les moyens nécessaires pour 
mesurer exactement l'intensité de sa lumière ; mais en la comparant, 
à l'œil nu, k celle delà voie lactée, il m'a semblé que la clarté de la 
lumière zodiacale était plus intense. Le 22, nous restâmes a Anarde- 
rèh, et nous eûmes le plaisir d'y voir ce jour-la les premières hi- 
rondelles. 

Le 23, après être sortis des montagnes, nous marchâmes dans 
une plaine argileuse couverte d'une mince couche de sable à gros 
grains; les plantes que nous avions rencontrées jusque-la depuis 
Hérat, et parmi lesquelles dominaient la Seratula et la Sapindiacea, 
commençaient k disparaître et à faire place k l'amandier sauvage 
prêt k fleurir. Mais en général la végétation était très en retard, et 
il n'y avait que la merendera qui fleurît. Ayant visité les palmiers 
du village de Zighïn, oîi nous nous arrêtâmes pour quelques ins- 
tants, nous nous dirigeâmes entre l'Adreskand et le iïaroud k 
travers une masse de tamaris et de cygophylum, et nous nous arrê- 
tâmes, pour passer la nuit k la belle étoile, près d'un canal qui réu- 
nit les deux rivières, et qu'on nomme Mianeh-roud. Comme nous 
étions campés au milieu d'un bois, nos serviteurs persans , malgré 
leur peur des voleurs, ne purent se refuser le plaisir d'al- 
lumer de nombreux et immenses bûchers; mais leur reflet ne 
nous empêcha pas d'observer la lumière zodiacale qui semblait 
ici, où l'horizon était plus découvert qu'à Anarderèh, briller avec 
plus d'éclat encore qu'hier et avant-hier. Le 24, nous commen- 
çâmes par traverser un bois de broussailles qui devenait plus épais 
k mesure qu'on s'approchait du Haroud; passé cette rivière, il dis- 
parut immédiatement, et le sol s'imprégnait de sel k vued'œil. 

Ayant laissé k notre droite le petit village de Kahrizek, au- 



886 PARTIE MÉRIDIONALE DE t'ASIE CENTRALE. 

près duquel campait une forte tribu d'Afghans Nourzeis, nous 
nous arrêtâmes, pour observer le baromètre, dans un village aban- 
donné par ses habitants trop exposés aux pillages des Afghans de 
Ferrah. Ici nous nous trouvions déjà dans la partie du district de 
Kalékahqui, d'aprèsle dernier traité anglo-persan, a été restituée 
au chef de Lach el de Djouveïn, et les villageois ne voulaient plus 
nourrir gratis notre escorte de Hérat. Enfin à Khouchkek , village 
considérable peuplé d'Afghans Alizeis, Borikzeis et Nourzeis, de 
même que de malheureux Tadjiks qui souffraient cruellement des 
exactions de leurs sauvages vainqueurs , on fit droit aux réclama- 
tions de nos cavaliers, et nous nous y arrêtâmes pour passer la 
nuit dans un vaste jardin fruitier. Le propriétaire de ce jardin 
était l'ancien de l'endroit, petit vieillard sec et rusé qui prétendait 
être un Tahiride, descendant en droite ligne de Tahir-Zoul-lamïn, 
et qui me dit avoir possédé il n'y avait pas longtemps un document 
portant l'empreinte du cachet de Tanierlan ; mais il l'avait égaré 
en quittant précipitamment son village lors de la dernière inva- 
sion des Persans. Comme il était convenable de prévenir le chef 
de Lach de ma j)rochaine arrivée dans cette forteresse, j'y 
expédiai un de mes domestiques, et je dus restera Khouchkek 
le 25 pour attendre une réponse à ma lettre. Je constatai ici un 
phénomène bien singulier, et selon moi assez difficile à expli- 
quer. Le jour, la chaleur s'élevait, à l'ombre, à 22°, 5 centi- 
grades et la nuit elle ne descendait jamais au-dessous de 12»; 
une grande quantité de mille-pieds avaient quitté leurs retraites 
hivernales; des essaims de papillons de nuit voltigeaient dans 
l'air au coucher du soleil ; les hirondelles étaient arrivées de- 
puis plus d'une semaine : or, malgré tous ces indices certains 
du réveil de la nature, les arbres ne donnaient aucun signe de 
vie, et n'étaient pas plus avancés qu'en hiver. L'état chétif 
des jai'dins du village m'avait frappé, et j'en demandai la raison 
k quelques habitants; ils me dirent que les arbres chez eux 
ne vieillissaient guère et devaient souvent être plantés de nou- 



PARTIE MÉRIDIONALE DE i'ASIE CENTRALE. 387 

veau, attendu qu'à des époques \ariables, mais séparées par d'assez 
courts intervalles l'eau souterraine montait a la surface, et non- 
seulement nuisait au rapport des arbres fruitiers, mais finissait par 
les étouffer entièrement. Le brouillard sec nous accompagnait de- 
puis notre passage des montagnes; le 25 il devint tellement épais, 
que bien avant le coucher du soleil on pouvait regarder cet astre 
à l'œil nu, et à 5 ou 4 degrés au-dessus de l'horizon il disparut 
complètement dans la couche d'atmosphère poudreuse qui nous 
enveloppait. L'étoile polaire elle-même n'avait pas son éclat habi- 
tuel, mais au zénith les astres brillaient comme toujours. 

Le 26, l'attente du retour de l'exprès que j'avais envoyé. a Lach 
me retint jusqu'à midi à Khouchkek; de là nous marchâmes dans 
la plaine jusqu'au village de Lenghèr, localité révérée comme 
sépulture ducheik Mahmoud Loughani, près du tombeau duquel, 
d'après la tradition populaire, un miracle révéla à chah Ahmed, 
fondateur de la dynastie afghane des Dourranis, son bi'illant 
avenir. On rapporte qu'après une fervente prière au tombeau du 
cheik il supplia mentalement le saint de lui faire voir, par un signe 
extérieur, si les plans qu'il roulait dans sa tète avaient quelque 
chance de réussite; un moment après, il sentit que soii sabre se dé- 
gainait de lui-même. L'ayant fait rentrer dans le fourreau, Alimed 
Chah vit ce même phénomène se répéter trois fois, et forcé de recon- 
naître dans ce miracle une manifestation d'un pouvoir surnaturel, il 
sortit de la chapelle fermement résolu de donner suite à ses pro- 
jets, et sûr de son triomphe. Le village est situé à l'entrée d'une 
large et courte gorge qui coupe le dernier chaînon séparant les 
plaines du Séistan de la province de Hérat. A peine y étions-nous 
entrés, que nous y rencontrâmes Ata Mouhammed Khan, frère 
du chef de Lach et de Djouvein, et Chams-ed-dïn Khan, son fils 
âgé de douze ans, qu'il envoyait à ma rencontre avec une lettre 
très polie, oii il m'invitait à me rendre à sa résidence. 

Au sortir de la gorge, une immense plaine, semblable à une 
mer en repos , se déroula devant nous : c'était l'antique Dran- 



388 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

giane. Nous passâmes devant le petit village de Chouchkeh, et nous 
nous arrêtâmes dansune bourgade considérable nomméeKaléïnou, 
où l'on nous avait pi'éparé un bon logement, la première chambre 
un peu confortable qui m'abritât depuis mon départ de Hérat. 
Bientôt après le coucher du soleil, une pluie torrentielle com- 
mença à tomber, et dura presque toute la nuit; j'étais loin de 
m'imaginer ce que cette pluie pouvait produire dans une plaine 
aussi étendue que celle où nous nous trouvions. Le 27, de grand 
matin, étant passé de ma chambre sur la terrasse, je vis, à 
mon grand étonnement, que nous étions comme au milieu d'une 
île. D'énormes flaques d'eau semblables a de vastes lacs cou- 
vraient la plaine; et dans quelques endroits elles étaient si pro- 
fondes, que les chameaux s'y enfonçaient jusqu'aux genoux. On 
ne pouvait pas songer à se mettre en route; nous restâmes le 
27 dans la bourgade, en attendant que l'eau s'écoulât et s'éva- 
porât. D'après ce que l'on m'a dit, ce phénomène, que je n'ai ja- 
mais vu nulle part ailleurs, est assez fréquent ici, et se répète 
chaque année au printemps, où des averses pareilles à celles de 
la nuit précédente ne sont guère exceptionnelles. La pente de la 
plaine étant insensible, la moindre dépression du terrain suffit 
pour arrêter l'eau pluviale, et ce n'est que l'évaporation qui peut 
la faire disparaître, car le sol argileux de cet aride désert en 
absorbe une très faible quantité. 

Le 28, nous piimes enfin nous remettre en route. Les premiers 
22 ou 23 kilomètres qui nous séparaient du ravin profond où 
coule le Khouchkéroud, se trouvèrent très difficiles a franchir. A 
deux reprises différentes il nous fallut marcher durant plus 
d'une heure au milieu de l'eau ; mais au delà de cette rivière 
la route devint meilleure, et la plaine, parfaitement unie, n'était 
coupée que dans un seul endroit par un profond ravin sec, 
à mi-chemin entre le Khouchkéroud et le Ferrahroud : ce dernier 
coule à une vingtaine de kilomètres du premier, dans une vallée 
boisée. Pendant ce long trajet, nous ne vîmes aucun village, ni de 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 389 

pi'ès ni de loin , ce qui s'explique en partie par l'aridité du sol, 
mais beaucoup plus par le peu de sécurité de ce district. Le 
soleil était déjà couché quand nous entrâmes dans la vallée du 
Ferrahroud; grossi par les pluies, il roulait impétueusement ses 
eaux jaunâtres entre des bords argileux et escarpés, et rappelait 
vivement le Kour (Cyrus) dans les environs de Tiflis. L'obscurité 
nous empêcha dapoursuivre notre roule jusqu'à l-ach, et nous 
nous arrêtâmes dans le village de Pendjdih, situé sur la rive droite 
du fleuve. Le 1" mars, on vint m'avertir de grand matin qu'il était 
urgent de partir aussi vite que possible, car l'eau du fleuve mon- 
tait avec tant de rapidité qu'on risquait d'un moment a l'autre 
d'être arrêté pour quelques jours. Les deux ou trois kilomètres 
qui nous séparaient de Lach furent parcourus en toute hâte; et 
à un demi-kilomètre de la porte de la forteresse, son gouver- 
neur, le sardar Ahmed Khan Isakzei, vint à pied à notre rencontre, 
ce qui nous força aussi de descendre de nos montures, et grand 
bien nous en prit ; car l'eau avait envahi la route qui conduit îi la 
forteresse, en laissant à sec un sentier étroit a. peine suffisant pour 
le passage d'un piéton. 

La forteresse de Lach, semblable aux autres châteaux afghans, 
consiste en un donjon qui s'élève au milieu d'un amas de maisons 
disposées en terrasses le long de la pente très rapide d'un ma- 
melon argileux. Tous ces bâtiments sont entourés d'un mur 
assez élevé construit en pisé, muni de meurtrières et de demi- 
tours. La faiblesse des moyens d'attaque , dont disposent 
les voisins de celte place forte, la rend pi'esque inexpugnable. 
Elle n'est pas très ancienne, et Djouvein, situé vis-a-vis de Lach 
sur le bord gauche du Ferrahroud, au milieu de vastes ruines, est 
beaucoup plus connu en Orient; mais aucune de ces localités n'est 
mentionnée ni chez Istakhri, ni même chez Yaqout. La famille du 
sardar actuel, de la tribu afghane Tsakzei, s'est établie dans cette 
contrée depuis la fin du siècle passé; son bisaïeul Kémal Khan ne 
voulant pas se soumettre à l'autorité d'un autre chef de celte tribu 

TU. 50 



390 PARTIE MÉRIDIONALE DE 1 ASIE CENTRALE. 

appelé Madad Khan, devenu plus puissant que lui, s'expatria de 
Randahar et vint a Hérat sous le règne de Timour chaliDourrani. 
Le fils de Kémal Khan, Rahim dil Khan, n'eut aucune influence 
sur les affaires publiques; mais son fils, chah Pessend Khan, 
attaché dès sa plus tendre jeunesse à Mahmoud chah, devint 
le grand écuyer et le favori de ce prince. Il partagea toutes les 
vicissitudes de sa carrière orageuse, l'accompagna dans sa fuite à 
Boukhara et en Perse; et enfin, quand Mahmoud chah s'empara 
de Hérat, Pessend Khan reçut de lui, a titre de cadeau et en récom- 
pense de sa fidélité, les territoires de Lach, de Djouvein et du 
Kalékah méridional. Ayant relevé Lach de l'état de ruine où ce 
bourg était resté depuis l'époque des Timourides, il s'y maintint 
presque indépendant durant 70 ans, et mourut très âgé en 1850. 
Son fils Abdourressoul Khan se brouilla avec le chef de Hérat 
Yar iMouhammed Khan, qui marcha contre lui et le contraignit 
à chercher un refuge auprès du chef de Ferrah, le Mirakhour 
Ahmed Khan. Il mourut en exil; mais son fils, le gouverneur 
actuel, profitant de la mort de Yar Mouhammed Khan, revint 
à Lach, qu'il ne garda que peu de temps ; <;ar, ayant essayé de 
défendre son patrimoine contre les Persans, lors de leur dernière 
expédition contre Hérat, il fut défait par eux et fait prisonnier. 
Envoyé à Téhéran, il a su plaire au chah et à son premier mi- 
nistre, et le roi lui donna l'investiture de gouverneur indépen- 
dant de Lach, de Djouvein et de Kalékah, en conformité du traité 
anglo-persan qui stipulait le rétablissement de la province de 
Hérat dans le statu quo qu'elle avait avant la guerre. Parmi les 
serviteurs du sardar Ahmed Khan, j'ai trouvé un homme qui a 
assisté à l'assassinat du malheureux docteur anglais Forbes par 
le chef Beloudj de Tchékhansour, Ibrahim Khan. D'après ce qu'il 
m'a dit, le docteur s'était rendu de Hérat au Séistan kSékouhé, sur 
l'invitation du chef de cette ville Ali Khan, pour soigner un de ses 
parents malade. Ayant terminé le traitement, il témoigna le désir 
de visiter Tchékhansour. Ali Khan fit tout son possible poiu" le 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aS(E CENTRALE. 591 

dissuader de cette périlleuse entreprise. 11 lui dit franchement 
qu'Ibrahim Khan s'enivrait chaque soir de beng, et qu'une fois 
dans cet état, son caractère toujours \iolent ne connaissait plus 
de bornes ; mais d'après ce qu'AU Khan me raconta a Méched, 
peu de semaines avant d'être assassiné hii-même, Forbes lui 
répondit « qu'il était Anglais et que, comme tel, il craignait Dieu 
et n'avait pas d'autre crainte. » Arrivé à Tchékhansour, il fut très 
bien i-eçu par Ibrahim Khan; et après un séjour de courte durée 
dans sa résidence, il accepta l'invitation de ce chef Beloudj de 
l'accompagner à une chasse de sanglier dans les joncs des bords 
du Hilmend. La nuit qui précéda cette chasse, Ibrahim Khan prit 
du beng a. très fortes doses, en sorte que le matin suivant il était 
encore complètement sous l'influence excitante de ce violent nar- 
cotique. Arrivé au bord du fleuve, il engagea Forbes à le traver- 
ser sur un bac, en promettant de le suivre immédiatement après; 
mais a peine le radeau monté par le docteur s'était-il éloigné 
de quelques mètres du rivage j le Khan saisit son fusil, le mit en 
joue, et cria en riant a Forbes de prendre garde à lui, car il allait 
tirer. L'homme qui me racontait ces détails se trouvait derrière 
Ibrahim Khan, et prétendait que le conducteur du bac fit des 
signes a Forbes de se jeter a plat ventre pour éviter le coup; 
mais le docteur répondit que le khan plaisantait et n'avait nul- 
lement l'intention de le tuer. Il resta debout et cria en souriant 
« bézénid, bézénid, » tirez, tirez; le coup partit et il tomba roide 
mort. Ibrahim Khan s'étant informé s'il avait frappé juste, 
ordonna qu'on lui montrât le cadavre pour juger du coup; mais 
il voulut que le corps du malheureux docteur fût préalablement 
plongé k plusieurs reprises dans l'eau, observant avec une gaieté 
féroce que, même après leur mort, c'était une bonne précaution 
à prendre contre ces chiens de frenguis, qui portaient toujours 
sur eux quelque substance infernale et fulminante facile a 
s'enflammer. Puis , ayant constaté que la balle avait traversé 
le cœur de sa victime, il fit enterrer le défunt. Ainsi, l'histoire 



392 PARTIE MÉRIDIONALE LE l'aSIE CENTRALE. 

de la suspension de son cadavi'e, et toutes les autres particularités 
rapportées à cette occasion par M. Ferrier, sont, a ce qu'il paraît, 
une pure invention de l'individu qui les a contées au voyageur 
français. J'ai cru d'autant plus utile de communiquer cette version 
assez simple, qu'elle diffère un peu de celle qui est insérée dans 
le vol. XIV (p. 179-183) du Journal de la Société géographique de 
Londres, à la suite de l'intéressant itinéraire du malheureux 
docteur. 

Le 3 mars, l'eau était considérablement baissée, et notre escorte 
étant prête, nous piimes nous remettre en route, et faire une 
petite marche jusqu'à Samour, viilage fondé par chah Pessend 
Khan, et oii il a planté un vaste jardin fruitier. La partie méri- 
dionale du territoire de Lach embrasse presque toute la côte 
septentrionale du lac Ilamoun. Depuis l'embouchure du Ferrah- 
roud jusqu'à celle du Haroud, elle présente une suite de terrasses 
plus ou moins étendues, bordées par des ravins profonds creusés 
dans un sol argileux et salin par les eaux pluviales et les rivières. 
Les parties élevées de ces terrasses, ou, plus exactement, de ces 
petits plateaux, sont abondamment couvertes de plantes salines, 
excellent pâturage pour les chameaux et les moutons. On y ren- 
contre aussi le kerté, herbe grasse très commune dans les plaines 
des deuxKalékahs, du Séistan et de Kandahar, et que les chevaux 
mangent volontiers, i/embouchure du Haroud forme un véritable 
delta. A une distance de 10 kilomètres du lac, ce fleuve se divise 
en une quinzaine de branches, et l'humidité communiquée à la 
terre par cette irrigation naturelle contribue à la croissance de 
nombreux tamaris, de peupliers, de saules et de broussailles de 
cygophyllum, mais elle rend aussi le terrain marécageux et d'un 
passage très difficile ; en sorte que le 4, quand nous approchâmes 
du lac, nous eûmes beaucoup de peine à traverser le sol détrempé 
de ce delta. Le lac, de ce côté, a l'aspect d'une grande lagune. L'eau 
en est douce, bourbeuse, très peu profonde; aussi lelacchange-t-il 
souvent de contour, comme l'ont déjà remarqué Istakhri dans le 



PARTIE MÉRlDlOiNALE DE l'ASIE CENTRALE, S9S 

X' siècle, et Yakout, entre Gi2 et 617 de i'hégirc (Voy. Diction, 
géogr. de la Perse, trad. par Barbier de Rleynard, p. 86, et das 
Buch der Lander, p. 110). Je crois qu'il est impossible de voir 
ailleurs une plus grande réunion d'oiseaux aquatiques ; les oies, 
les cygnes, les canards, etc., formaient une bande flottante et 
compacte de plus d'un kilomètre de largeur. Leurs cris plaintifs, 
presque lugubres, produisaient un bruit tout à fait extraordinaire 
qui ne ressemblait h rien de connu. Les Séistanis m'ont dit qu'ils 
savaient d'avance si la crue des eaux serait grande, eu obser- 
vant l'élévation à laquelle ces oiseaux faisaient leurs nids dans les 
joncs du lac au-dessus du niveau hivernal de son eau. L'hypso- 
mètre de M. Regnault observé dans cet endroit a donné, pourrie 
point d'ébuUition, 361°, correspondant a une pression baromé- 
trique de 718""°, 10, et le baromètre indiqua 564"', 60 hH", 8 cen- 
tigrades de température du mercure (717'°°', 03, ou bien, réduit k 
zéro de température, 715""", 32) ; la moyenne arithmétique de ces 
deux observations , calculée au-dessus du niveau moyen de 
l'Océan sous cette latitude, donne pour la hauteur absolue du lac, 
471 mètres. 

Nous passâmes la nuit au milieu d'un grand campement de Séis- 
tanis, habitants dvi village de Kougha, qui venaient à peine de 
quitter leurs résidences d'hiver. Ils restent l'été aux <;mbouchures 
du Haroud dans des souterrains obscurs et humides, torturés par 
des essaims de moustiques, raison principale de l'absence complète 
de chevaux et de muletsdans le Séistan. La naïveté des populations 
de cette province n'est égalée que par leur superstition et leur fana- 
tisme. L'usage de l'argent leur est inconnu; un gliez de toile est 
l'unité d'échange la plus généralement adoptée , mais on la rem- 
place souvent par des aiguilles, du fil, et d'autres objets dont ils se 
servent dans leur ménage. A cause de notre escorte afghane et sun- 
nite ils nous reçurent assez froidement; mais quand ils apprirent 
que tous nos serviteurs étaient Persans et Chiites, ils se com- 
portèrent très amicalement a notre égard. Un de nos gens obtint 



894 PARTIE MÉRIDIONAXE DE I'aSIE CENTRALE. 

en échange contre une seule aiguille une grande jatte de lait caillé ; 
mais le vendeur, craignant de ne pas être assez bien payé, observa, 
après avoir livré sa marchandise, que l'aiguille lui paraissait un 
objet bien petit comparativement à la jatte, et ne se tranquillisa 
que lorsque le Persan lui répondit, avec un sérieux imperturbable, 
qu'il avait parfaitement raison quant à l'aiguille seule, mais qu'il 
le priait de faire bien attention à nn petit bout de fil passé dans 
cet instrument. Le brave Séistani , après avoir débattu inté- 
rieurement la valeur de cette objection, finit par admettre qu'au 
fond l'acheteur avait raison, et s'en alla très satisfait. 

Le Séistan doit être considéré sinon comme le berceau de la 
nation persane, du moins comme le théâtre où se déroula toute 
la période héroïque de son histoire. Même bien après cette époque 
reculée, notamment sous les Arsacides, l'élément national, malgré 
l'émigration de deux tribus considérables, les Djemchidis et les 
Zouris, y était encore si puissant, que le mouvement patriotique 
qui porta les Sassanides au trône de la Perse y naquit et s'y 
développa. Sous la domination arabe, c'est encore dans le Séistan, 
bei'ceau des Soffarides, que s'organisa la première tentative 
sérieuse des Persans pour secouer le joug des khalifes. Sous les 
Monghols et sous les Timourides, le Séistan, de plus en plus 
afifaibli, protesta néanmoins, assez souvent les armes à la main, 
contre l'autorité souveraine des étrangers ; et ce n'est que sous les 
Séfévides, dynastie éminemment nationale, que cette partie de 
l'empire persan resta constamment fidèle au trôné des chahs. 
Les limites de cette province, telles qu'on les trouve décrites 
chez Istakhry, sont ses confins naturels, car ils embrassent toute 
la région de la dépression du sol khorassanien, dont le lac 
Hamoun est le point le plus bas. Actuellement, le disti'ict de 
Lach et Djouvein a été érigé en canton indépendant j le Zamin- 
Daver, le Roudbar et Ferrah font depuis longtemps partie de 
l'Afghanistan ; enfin, sa partie occidentale forme un territoire 
presque neutre qu'on désigne par le nom de Seritchillei-Kain, ou 



PAKTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 395 

de district de Bendan. Ainsi le Séistan proprement dit, c'est-a-dire 
le district appelé ainsi par les Persans modernes et les Afghans, 
est réduit à un petit canton situé a l'embouchure du Hilmend, 
dans lelacHamoun ou Ziréh, et a tout au plus 200 milles géo- 
graphiques carrés de superficie, arec une population de 10 à 
15,000 familles, dont la moitié sont nomades. 

Quoique peu nombreuse, cette population est assez bigarrée; 
elle se compose de Persans autochthones, de Serbendis transférés 
de Chiraz par ordre de Nadir Chah, de Celoudjs établis sur les 
bords du Hilmend depuis le commencement de ce siècle, et enfin 
de quelques familles d'Afghans dispersées dans les villages du 
Séistan. Les anciens habitants se divisent à présent, comme dans 
les premiers temps de l'histoire persane, en dihkanSyOu villageois, 
et en keïanides, haute noblesse , descendants des anciens rois de 
la Perse. Cette dernière tribu a constamment fourni des gouver- 
neurs au Séistan, sous la dynastie des Séfévides comme sous le 
règne des Kadjars, jusqu'au temps de Mouhammed chah inclusi- 
vement. Ainsi j'ai eu l'occasion de copier des firmans royaux qui 
constatent que sous Chah Abbas I", cette charge était occupée 
parHamzèhbek Keïani; sous Chah Séfi, par Mélik Djélal-eddin, 
de la même famille ; sous Chah Abbas II, par Mélik Noussret khan ; 
sous chah Souleiman, par Mélik Fazl Ali bek; enfin sous le règne 
du faible Chah Hussein, le Séistan a changé trois fois de gouver- 
neurs : le premier était Felkh Ali khan, qui fut remplacé, en 
1121 de l'hégire, par son frère Mélik Djafar bek, et, en 1124, 
par Assad OuUah khan, témoin de l'invasion des Afghans. Nadir 
Chah conserva à la famille des Keïanides son ancienne préroga- 
tive, respectée même par les Dourranis lors de la seconde domi- 
nation des Afghans dans la Perse orientale. Conformément à 
l'usage, l'aîné de la famille, à la mox't de son prédécesseur, se ren- 
dait a la cour du roi pour solliciter en personne son diplôme d'in- 
vestiture, avec lequel il recevait habituellement une robe d'hon- 
neur et un harnais dor; quelquefois on joignait à ces cadeaux un 



39(5 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. ' 

hoiicliei' et un sabre, objets toujours spécialement mentionnés 
dans le frman. Après les Séfévides, les gouverneurs kéianides du 
Séistan furent Hussein khan, fils d'Assad OuUah khan susmen- 
tionné, (fai transmit sa charge à son fils Souleiman khan. A la 
mort de ce dernier, contrairement a l'usage, le poste de gouver- 
neur fut accordé a son second fils Dehram khan, et après lui a son 
frère aîné Nassir khan, dont le fils F\han-Djan khan, nommé chef 
du Séistan par Fetkh Ali Chah, mourut sous le règne de Mou- 
hamed Chahen 1837 oul838, et fut le dernier gouverneur keïanide 
de cette province. Pendant l'administration de Behram khan, une 
section de la tribu Beloudj des Narouis quitta sa patrie, et vint 
camper, sous les ordres d'Alem khan, sur les bords du Hilmend. 
Reçu à titre de tributaire, ce chef de clan sut peu à peu se rendre 
complètement indépendant de ses voisins, et légua en mourant son 
pouvoir fermement établi à son fils Dost Mouhammed khan, mort 
récemment, en 1857, regretté de tous ses^ compatriotes. Il laissa un 
fils unique Dervich khan, mais c'est son frère Chérif khan qui fut 
nommé chef de la tribu et, à l'époque de mon voyage, on le con- 
sidérait comme l'homme le plus influent du pays. L'exemple 
donné par les Narouis fut bientôt suivi par les Toukis, tribu 
Beloudj du Haroun. Leur chef Khan Djan, fils de Djan bek et petit- 
fils de Rouchan, errait depuis quelque temps sur le bord gauche 
du Hilmend, lorsque Djélal-eddin khan, fils aîné de Behram 
lihan, devint amoureux de la fille de ce chef beloudj, et l'ayant 
obtenue en mariage, fit cadeau a son beau-père d'ime petite forte- 
resse appelée Baringhuissiah, remplacée actuellement parla ville 
de Djéhanabad. Khan-Djan, occupé avant tout du soin de se créer 
une position indépendante, invita ses compatriotes à venir s'éta- 
blir dans les environs de sa forteresse, organisa des bandes de 
brigands et accumula des richesses considérables, en pillant les 
villages frontières de la Perse et de l'Afghanistan. En même temps 
il réussit à agrandir ses domaines, soit en achetant aux Kéianides 
appaiivris les terres qui leur appartenaient, soit en les leur enle- 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 397 

vanl. par violence. Les dihkans établis sur ces terres se soumet- 
taient difficilement au nouveau propriétaire, abandonnaient leurs 
habitations et étaient remplacés par des colons béloudjs du Ha- 
roun. Khan Djan avait six fils : Meïn Khan, Djan Bek, Ali Khan, 
Ibrahim Khan, Chahpeçend Khan et Chirdil Khan ; mais à sa mort 
il ne lui en restait que cinq, car le second de ses enfants mourut 
avant lui. D'après la coutume du pays, le pouvoir de chef de 
famille devait passer ii Meïn Khanj mais son frère Ali Khan l'invita 
à Tchekhansour, sa l'ésidence habituelle, et l'ayant traîtreusement 
assassiné, il s'empara de ses biens. Adonné a tous les vices éner- 
vants de l'Orient, il jouit très peu de temps des résultats de son 
crime ;"il mourut, en 1840, d'une maladie de poitrine. Son succes- 
sewv Ibrahim Khan, tristement connu en Europe comme l'assassin 
du docteur Forbes, est un homme entreprenant et énergique; 
mais son fanatisme, et surtout sa malheureuse passion pour 
l'opium, de même que sa férocité dans ses moments d'ivresse, en 
font une espèce d'épouvantail pour les membres de sa famille, pour 
ses sujets et pour les étrangers. Ainsi, son frère Chahpeçend Khan, 
inquiet pour sa vie, a dû s'expatrier, et vit a Méched, recevant 
une faible pension du gouvernement persan. Ibrahim Khan reste 
rarement ii Tchekhansour. Il chasse presque toute l'année le 
sanglier dans les joncs du delta du Hilmend; et comme il s'y rend 
accompagné d'une nombreuse suite de gens armés, il lui est facile 
de lancer à l'improviste des bandes de brigands partout où il 
espère pouvoir faire un riche butin. Aussi il a la réputation d'être 
fort riche. 

Nadir Chah, voulant peupler en peu de temps le Séistan, eut re- 
cours à la colonisation forcée ; il ordonna d'y envoyer quelques cen- 
taines de familles de Serbendis, tribu nomade persane de la pro- 
vince de Chiraz. Leur chef Mir Kamber s'établit sous le titre de 
kalentara Sékouhè, et depuis lors ses descendants conservèrent l'hé- 
rédité du pouvoir. li eut pour successeurs son fils Mir Koutchik, 
puis son petit-fils Mouhammed Piiza Khan, et le fils de ce dernier, 

VII. 51 



398 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

IMirkhan. Profitant du peu d'attention que le gouvernement de 
Fetkh Ali Chah accordait à ce lointain apanage de la couronne de 
Perse, Mirkhan devint presque indépendant, et, à l'exemple de ses 
voisins béloudjs, empiéta de plus en plus sur les terres appartenant 
aux Kéianides. Il laissa après sa mort cinq enfants : IMouhammed 
Riza Khan, Ali Khan, Chah Navaz, Sardar et Mouhamnied, Mou- 
hammedRiza était de droit et de fait chef de la famille, aussi il hé- 
rita sans aucune contestation du patrimoine paternel; mais ayant 
nne prédilection particulière pour Lutf Ali Khan, l'aîné de ses sept 
fils, il le nomma son successeur, contrairement à l'usage du pays et 
au détriment de son frère Ali Khan. Justement offensé par ce passe- 
droit, ce dernier se rendit à Téhéran dans l'espoir d'intéresser a 
son sort le tout- puissant premier ministre de Mouhammed Chah, 
Hadji Mirza Aghassi. Mais cet excentrique moullahne rêvait en ce 
moment que réformes a introduire dans l'artillerie persane, et 
il ne fit rien en faveur d'Ali Khan, qui se décida à aller chercher 
fortune a la cour du chef de Kandahar, Kohendil Khan, frère du 
célèbre Dost Mouhammed Khan de Kaboul. Entré au service de 
ce sardar afghan en qualité de djéloudar ou palefrenier, il finit par 
être assez influent auprès de son maître, et lui inspira le désir de 
faire la conquête d'une partie du Séislan. Kohendil entra dans 
cette province k la tête d'une nombreuse armée, et le fort de 
Sékoulié, vaillamment défendu par les Serbendis, fut enfin pris 
par les troupes afghanes. Lutf Ali Khan, fait prisonnier, fut livré 
à son oncle, qui ordonna de lui crever les yeux. Tant que le sardar 
de Kandahar vivait, Ali Khan, malgré sa prédilection pour les 
chiites, n'osait pas le trahir ; mais immédiatement après sa mort, 
il s'empressa de nouer des relations avec la cour de Téhéran et 
s'y rendit en personne. Le Chah l'accueillit avec bienveillance, lui 
donna en mariage sa cousine, la fille du prince Eehram Mirza, 
et le congédia en lui promettant de l'aider k former un ba- 
taillon de troupes régulières. Revenu k Sékouhé , Ali Khan 
froissa imprudemment l'amour-propre des anciens de sa tribu, 



PARTIE MÉRIDIOÎSAIE DE l'aSIE CENTRALE. 599 

s'obstinant à forcer ces gens naïfs d'adopter dans leurs rapports 
avec lui les formes cérémonieuses usitées à la cour du Chah; il 
finit ainsi par s'aliéner tellement son entourage, que Tadj Mou- 
hammed Khan, frère cadet de Lulf Ali Khan, réussit a s'emparer 
du pouvoir suprême, après avoir tué son oncle dans son propre 
palais. 

Je me suis permis d'entrer dans quelques détails sur l'histoire 
ancienne et moderne du Séistan, presque aussi riche en crimes - 
et en faits révoltants que celle de l'Afghanistan et duBeloiidjislan, 
en partie pour suppléer aux données peu exactes et embrouillées 
publiées par M. Leech dans le vol. Xlll, n° 146, du Journal oflhe 
Asiatic Society ofBengal {p. 116-118), et ea partiepour montrer que 
dans l'état actuel de nos connaissances sur la Perse, il n'y a peut- 
être pas de province de ce vaste empire où l'on puisse espérer avec 
plus de fondement de trouver autant de faits précieux et inconnus 
de son passé. J'ai linlime persuasion qu'un voyageur bien préparé 
découvrira dans les archives religieusement conservées jusqu'à 
nos jours par quelques membres de la race des Kéianides, des 
documents de la plus grande importance pour l'histoire ancienne 
de la Perse. En même temps, l'étude des mœurs et des coutumes des 
Séistanis lui fournira la solution de plusieurs problèmes litté- 
raires, ethnographiques et archéologiques, qui, sans ce secours, 
ne pourront jamais être éclaircis. Cette entreprise présente quel- 
ques dangers, il est vraij mais avec de la prudence et avec le sou- 
tien du gouvernement persan, je réponds de la possibilité de la 
mener à bonne fin, surtout en prenant la roule de Méched, Bird- 
jand, JNih et Lach. Le chef actuel de celte dernière ville a déjà 
accompagné et protégé un voyageur européen, M. Conolly, dans 
sa tournée malheureusement trop rapide, et certes il ne se 
refusera pas de répéter le même service, s'il peut compter sur 
une bonne récompense. 

Le 5 mars, après avoir cheminé avec beaucoup de peine pen- 
dant quatre à cinq heures, dans les boues du Séistan, devenues à 



iOO PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

juste titre proverbiale dans la Perse orientale, comme celles du 
Ghilan le sont dans le nord, nous sortîmes enfin du delta duHaroud. 
Nous longeâmes pendant quelque temps la côte septentrionale du 
lac, puis nous entrâmes dans une gorge qui coupe les montagnes 
formant la limite naturelle du Khorassan et du Séistan, et nous 
couchâmes à la belle étoile, dans un endroit nommé Oudjghan, à 
42 kilomètres à peu près du campement de la veille. Dans les val- 
lées de ces montagnes, le sol est fertile, l'eau assez abondante, et 
même le bois de chauffage n'y manque pas ; néanmoins per- 
sonne n'ose s'y établir, par crainte des attaques des Béloudjs. La 
route que nous suivions est la plus courte voie de communication 
avec le Khorassan 3 c'est celle que iNadir a choisie pour aller aux 
Indes. Elle est soigneusement évitée par les caravanes, qui font 
un long et pénible détour par Bendan et Dihi-Salm pour ne 
pas trop s'éloigner des endroits habités, sans toutefois que cela 
les garantisse beaucoup du pillage. Le 6, nous remontâmes la 
même gorge jusqu'au col rocailleux appelé Teberkend, c'est-à- 
dire «taillé par la hache», nommé ainsi parce que INadir Chah le 
fit élargir pour faciliter le transport des canons. Malgré cela, 
la route y est étroite et tortueuse; et non-seulement ma litière 
dut y être portée a bras, mais nous fûmes obligés de faire trans- 
porter de la même manière la plupart de nos bagages. La descente 
dans la plaine qui s'étend à l'ouest au pied des montagnes est 
assez abrupte; mais comme la route est bien tracée et travaillée 
en zigzag , elle ne présente aucune difficulté sérieuse. La plaine 
où nous entrâmes n'est accidentée que par des monticules isolés; 
et à une vingtaine de kilomètres du bassin d'eau douce dit Houzi 
Djanbek Béloudj, où nous campâmes le 6 au soir, le terrain devient 
complètement uni. Au delà de ce bassin, creusé et abrité par 
une construction de briques, due aux soins d'un riche pâtre bé- 
loudj, la route commence à monter presque insensiblement sur 
la seconde chaîne de montagnes, limite politique du Khorassan 
persan à l'est. Son point culminant est le col de Bourdji-Ghourab, 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRAL^.' 401 

appelé ainsi à cause d'une tour construite, dit-on, par Nadir 
Chah, pour abriter une petite garnison qu'il y installa pendant 
que ses troupes franchissaient cette gorge. La descente de ce col 
est encore moins abrupte que la montée, car la ville de Nih se 
trouve au milieu d'une plaine très élevée, qui était couverte, à 
l'époque oii nous la traversâmes, d'une quantité surprenante 
de merendera en fleur. 

Nih, mentionnée déjà par Isidore de'Charax, puis par Istakhri 
et par tous les géographes musulmans, tout en étant le chef-lieu de 
deux districts et la résidence d'un gouverneur, n'est, à propre- 
ment parler, qu'un grand village. Cependant, je dois avouer, avec 
Christie etPottinger, que, revenu en Perse après un séjour prolongé 
parmi les Afghans, il m'a semblé que j'entrais dans un pays très 
bien administré. Quoique le chef actuel de Hérat soit^ par son ca- 
ractère et ses talents, un homme tout à fait hors ligne parmi les sar- 
dars afghans, je suis convaincu qu'on a agi contre les intérêts de 
l'humanité en forçant le Chah de Perse à restituer Hérat a ses sau- 
vages voisins, et sans aucun doute cette belle province aurait 
beaucoup gagné en restant sous la domination persane, l-e génie 
afghan, jusqu'à présent du moins, n'a encore rien créé, mais il a 
beaucoup détruit; et il n'y a aucune raison de croire qu'il modifie 
de sitôt sa nature. Nih a peu de curiosités dignes de fixer l'atten- 
tion du voyageur; mais parmi celles-ci, je n'hésite pas adonner la 
place d'honneur à ses moulins à vent. Dans les parties de l'Asie que 
j'ai visitées, depuis Samarcande jusqu'à Angora, ce n'est que dans 
le district de Kaïn, limitrophe du Séistan, et faisant jadis partie de 
celte province, que j'ai rencontré des moulins de ce genre. Cette 
particularité mérite d'autant plus d'être signalée, que nous savons 
par M. Reinaud que Massoudi et Istakhri en ont vu dans leSéistan 
au x" siècle de notre ère, c'est-à-dire bien avant l'introduction de 
ces moulins en Europe (voyez Géographie d' Aboulféda, trad. par 
M. Reinaud, 1. 1, introd. , §111, p. cccii, et Das Buc/iderLânder, trad. 
par A. D. Mordtmann,p.llO); en sorte qu'il est très probable que 



402 PARTIE MÉKIDIONAIE M l'aSIE CENTRALE. 

ce fut ici qu'on a songé, pour la première fois, à utiliser la 
force du vent. Ces moulins sont faits différemment des nôtres. 
Comme on ne s'en sert que pendant quelques jours de l'année, 
notamment en automne après la récolte, on les a disposés de 
&çon à profiler exclusivement du vent du nord-est qui paraît être 
dominant pendant cette saison de l'année. On fixe la meule à 
l'extrémité d'un cylindre de bois, large d'un demi-mètre et haut 
de 3 1/2 à 4 mètres, placé* verticailement dans une tour ouverte du 
côté du nord-est, afin d'intercepter le vent qui souffle dans cette di- 
rection. Ce cylindre est muni d'ailes faites de bottes de jonc ou de 
feuilles de palmier, et ajustées le long de l'arbre mobile autour de 
son axe. Le vent, s'engoufFrant dans la tour, exerce une forte pres- 
sion sur les ailes, et fait ainsi tourner l'arbre et la meule. Parmi 
les ustensiles propres à cette partie du Khorassan, le khabièh 
mérite d'être mentionné spécialement : c'est une espèce de cle- 
psydre que je n'ai vue que la. 11 consiste en un vase de cuivre de 
forme hémisphérique, perforé dans sa partie basse et divisé en 
8 comparlimenls d'égale capacité, marqués par 7 traits gravés 
intérieurement sur ses parois. La capacité totale de ce vase doit 
être telle, que rempli d'eau jusqu'aux bords, ilpuisse se vider par 
l'orifice du fond 50 fois en 24 heures, c'est-a-dire une fois en 28'° 48' ; 
chacun des 8 compartiments devrait ainsi se vider en 3" 36'. On 
se sert de cette horloge à eau pour mesurer le temps pendant 
lequel chaquepropriétaire d'un jardin ou d'un champ cultivé a droit 
de profiler de l'eau communale pour arroser son lot de terrain. 
Cet instrument est conservé par le mirab, employé nommé par la 
commune pour veill^er à l'exacte répartition de l'eau. Comme 
les habitants de Nih avaient quelques doutes sur la précision de 
la clepsydre dont se servait leur mirab, ils s'adressèrent à nous 
pour nous prier de vérifier l'instrument. M. Lentz voulut 
se charger de ce travail, et voici le résultat de son observation 
sur le temps que l'eau met à s'écouler du vase : 



PABTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE GENTBALE. âOS 

Le vase, étant plein d'eau, s'est vidé jusqu'au 1" trait en 3<° 28' 



du 1" au 2' 


3 


46 


du 2" au 3* 


3 


36 


du 3' au 4" 


4 


42 


du 4" au 8' 


4 


02 


du 8' au 6' 


3 


36 


du 6' au T 


3 


22 


du 7' à l'orifice 


7 


32 



Les 8 compartiments se sont vidés en • . . 34" 04* 

Donc, en moyenne, chaque comparliment se vidait en II" 19', 
c'est-à-dire avec un retard de 43' sur jV des 24 heures, et ce n'est 
que le 3" et le 6« trait qui étaient exactement gravés. La plus petite 
valeur de la différence avec cette moyenne était de 8' en moins, 
et le maximum de 3" 56' en plus. Comparativement a nos moyens 
de mesurer le temps, cet instrument paraît extrêmement grossier j 
mais quand on songe qu'il n'a été réglé que par le déplacement de 
l'ombre du mur de la mosquée sur le sol mal nivelé de la place 
publique, et qu'il n'est ernployé que dans une opération où une 
dizaine de minutes de plus ou de moins ne font rien, on doit 
convenir qu'il atteint son but, et que son application a la distri- 
bution de l'eau d'irrigation est préférable à l'arbitraire qui régit 
ce partage dans les autres provinces de la Perse. La plaine de 
Nih, bordée au nord-ouest par une petite chaîne de montagnes 
éloignée de 7 à 10 kilomètres de la ville, est riche en sources ther- 
males, dont presque toutes sont dirigées par des aqueducs sou- 
terrains vers la ville. Au pied de ces montagnes, les puits par les- 
quels on descend jusqu'à l'eau sont très profonds; dans la ville 
même ils n'ont pas moins de 18 à 20 mètres de profondeur. 
11 était intéressant de connaître leur température. W. Gœbel, 
s'étant chargé de cette recherche, a constaté que l'eau d'un 
de ces puits, a une profondeur de 33", 527'°°' (111 p. a.), avait 
26°, 25 centigrades (21° R.) de température, tandis que dans la 
ville j'ai trouvé, pour la température de l'eau d'un puits qui 
avait le^jl&Q""' (54 p. a.) de profondeur, 14°,5 centigrades. Toutes 



404 PAKTIi; JIÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE* 

les montagnes des environs de Nih sont lûches en quartz, sur- 
tout l'une d'elles, située au sud-est de la ville, nommée Kou- 
higouli ou Goulinas ; on y trouve même de grands morceaux d'amé- 
thyste de la plus belle eau. 

Notre intention première était de traverser le grand désert 
de Lout par la route de Dihisalm, village considérable renommé 
pour SCS dattes et situé à six farsangs au sud de Nih; mais per- 
sonne ne consentait à nous louer les chameaux indispensables 
pour le transport de l'eau et du fourrage. Le refus des chameliers 
était basé sur le manque de force des chameaux, lesquels, à cause 
du développement tardif de la végétation, n'avaient pas encox'e 
eu le temps de se refaire assez pour supporter les fatigues d'un 
pareil trajet. Après sept jours de halte à Nih , écoulés en 
pourparlers inutiles avec les habitants, force nous fut donc d'al- 
ler chercher plus à l'ouest les moyens de traverser le de'sert. 
Le 16, nous couchâmes à ïchaharfarsakh, village situé, comme 
l'indique son nom, à quatre farsangs de la ville. JNon loin de là, 
on entre dans une gorge qui conduit à un col assez élevé appelé 
Serdérèh. Malgré son élévation, on l'atteint facilement eu suivant 
une vallée bien arrosée, très pittoresque, et même légèrement 
boisée de zygophyllum, de pteropyrum, de pistachiers à mastic et 
d'amandiers. On descend de ce col par une gorge assez étroite 
au commencement, mais qui s'élargit bientôt, et quoique son sol 
soit fortement imprégné de sel, le pistachier y réussit bien et" 
prend un développement considérable. Cette gorge débouche dans 
la plaine du village deMéigoun, entouré de champs cultivés avec un 
soin dont on ne rencontre pas souvent d'exemples en Perse, sauf 
dans cette partie du Khorassan et dans les environs d'Ispahan. 
Le 18, nous nous rendîmes a Bassiran, après avoir franchi une 
petite chaîne de montagnes peu élevées. Nous restâmes le 19 dans 
ce village, en attendant une réponse de Séritchah, oîi nous expé- 
diâmes un piéton pour avoir des nouvelles de la grande caravane 
du Khorassan qui devait, nous disait-on, s'y réunir pour traverser 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. i05 

le désert. Profitant de cette halte, notre géologue, M. Gœbel, alla 
visiter d'anciennes mines de cuivre et de plomb situées dans un 
endroit nommé Kaléhzéri, a une vingtaine de kilomètres au sud- 
ouest de Bassiran. Actuellement cette localité est inhabitée; mais 
jadis c'était un centre d'exploitation métallurgique très renommé, 
et mon compagnon de voyage y a constaté des restes d'anciens 
puits, des chambres de mine, des galeries spacieuses de di- 
mensions colossales, taillées dans le roc vif, travaux qui par la 
grandeur de leur style prouvaient qu'il y eut une époque oii les 
arts mécaniques et le génie d'entreprises étaient bien autrement 
développés dans ce pays qu'ils ne le sont maintenant. Les indi- 
gènes n'ont rien pu me dire de précis sur l'âge où ces construc- 
tions souterraines ont été exécutées; ils les rapportent k l'époque de 
Cheddad, expression indéterminée par laquelle, autant que j'ai pu le 
comprendre, on désigne en Perse la période du premier triomphe 
des nations sémitiques sur les races iraniennes, événement dont le 
souvenir s'est vaguement conservé dans les traditions populaires. 
Ces mines contiennent du cuivre, du plomb, du manganèse et 
des turquoises. A ce qu'il paraît, aucune des dynasties musul- 
manes qui ont régi ce pays pendant douze cents ans n'a eu l'intel- 
ligence et les moyens pécuniaires de reprendre ces travaux. 
Les géographes des premiers temps de l'islamisme n'en parlent 
pas; et dans un document contemporain des Séfévides j'ai eu l'oc- 
casion de voir que, même h cette époque oîi le Khorassan jouissait 
d'une prospérité comparativement assez grande, ces mines étaient 
délaissées par peur des attaques des Béloudjs. Entre Bassiran et 
Séritchah, la route ne quitte pas la plaine. Rarement accidenté 
par des soulèvements rocheux peu considérables, le sol est 
argileux et salin ; à droite et h gauche de la route, on voit des 
chaînons de montagnes : celles du sud forment la limite du 
grand désert. Sur tout ce trajet, long d'une cinquantaine de 
kilomètres, il n'y a qu'un seul puits d'eau assez potable. Des deux 
chaînes que nous venons de mentionner, celle du nord est la 

vil. 52 



WS6 PARTIE MÉRIDIONALE DE L'aSIE CENTRALE. 

plus élevée; elle forme le bord méridional de la vallée de la rivière 
de Birdjand et deKhousse. Au nord, le bassin de cette rivière est 
limité par la chaîne qui passe entre Birdjand et Toun, et dont la 
hauteur absolue dépasse considérablement celle des deux pre- 
mières. Ainsi nous voyons que la partie orientale du Khorassan 
moyen est protégée par une triple barrière de montagnes contre 
les influences climatériques du grand désert. La rivière de Khousse 
a peu d'eau, et ce peu d'eau est complètement absorbé par l'ir- 
rigation des champs du district; mais son lit desséché traverse 
en long tout le grand désert. Jamais de mémoire d'homme on ne 
l'a vu rempli d'eau dans le Lout; même dans les années plu- 
vieuses , son eau ne dépasse guère les limites des pays habités, 
et pourtant cette tranchée est trop profondément creusée dans le 
sol du désert pour qu'on puisse en attribuer l'origine à un simple 
accident météorologique, tel, par exemple, que le passage d'un 
torrent d'orage. Évidemment ce lit doit son origine à une action 
longue et constante de l'eau coulante, et cela permet de croire 
qu'ici, comme dans le nord de l'Asie centrale, oîi Lehmann l'a 
constaté pour le Zerafchan, le niveau des eaux fluviales a consi- 
dérablement baissé depuis une époque très reculée; par consé- 
quent, la quantité totale d'eau douce de cette partie du vieux 
monde a dû diminuer, et le désert y a élargi ses limites. 

La réponse que nous attendions était arrivée; une caravane 
allait partir en efl"et de Séritchah pour traverser le désert, et l'on 
m'informait que Mouhammed Riza-Bek, chef de cette bourgade, 
avait reçu l'ordre du gouverneur de Kaïn d'escorter en personne, 
avec un détachement de vingt-cinq cavaliers, les négociants et les 
voyageurs jusqu'aux limites du Kirman. Comme cette caravane 
était la dernière de l'année, je ne voulus pas laisser passer une 
aussi bonne occasion d'explorer le désert. Nous nous mîmes 
en route le-20, vers les sept heures et demie du matin, et nous 
arrivâmes à Séritchah ^ers les trois heures de l'après-midi, la 
veille de la fête du Nourouz, le nouvel an persan, qui correspond _ 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. i07 

àréquinoxe du printemps. La plaine entre Bassiran et Séritchah 
est argileuse et saline; elle est enclavée entre deux rangées de 
montagnes^ et présente, dans beaucoup d'endroits, de bons pâtu- 
rages pour les moutons et li.s chameaux. Souvent aussi le sol re- 
couvre des roches ferrugineuses, surtout dans les environs de Bas- 
siran, et il fait se garder de placer dans ces endroits la boussole 
sur la terre, si l'on veul obtenir des angles mesurés exactement. 
Le départ de la caravane n'était encore qu'à l'état de projet; 
mais comme nous nous proposions de traverser le désert avec 
vingt-cinq hommes et quarante-deux chevaux, et que nous avions 
devant nous une marche de trois jours et de quatre nuits sans 
eau dans un pays isolé de toute habitation humaine, il fallait 
songer à nous munir d'outrés, à les éprouver pendant quelques 
jours pour être sûrs qu'elles tiendraient bien l'eau, à acheter les 
provisions de bouche pour nous et du fourrage pour nos che- 
vaux, enfin à louer des chameaux en nombre suffisant pour trans- 
piorter ce surcroît de 'bagages. Ces préparatifs nous retinrent à 
Séritchah jusqu'à la fin de mars; mais cette halte ennuyeuse n'a 
pas été complètement perdue pour le but principal de notre 
voyage. Mes collègues faisaient des excursions dans les environs 
«k bourg, et j'expédiai M, le topographe Jarinof à Birdjand, 
afin qu'il pût relier, par une triangulation exacte et un lever 
détaillé, notre itinéraire aux travaux topographiques exécutés 
lors du voyage de M. Bunge à Tebès. L'influence calorifique du 
grand désert se manifestait ici d'une manière très évidente. A Nih 
encore, le mercure du thermomètre s'abaissait quelquefois, pen- 
dant la nuit, à zéro et au-dessous, et le jour il ne montait guère 
au delà de 18°,5 centigr. ; ici la température de l'air, à l'ombre, 
variait dans les vingt-quatre heures entre 20 et 29 degrés centigr., 
l'eau du ruisseau, oii nous allions nous baigner, avait, vers les 
deux heures de l'après-midi, 22 degrés C, et sur le versant méri- 
dional des montagnes, dans les endroits inaccessibles aux vents 
du nord, croissaient des palmiers isolés. 



/> 



PARTIE MÉRIDIONALE DE L ASIE CENTRALE. 

Enfin , après de longs et ennuyeux délais , après une foule 
de bruits mensongers sur de soi - disant détachements dé 
Béloudjs qu'on] prétendait a\oir vus errer sur la lisière du 
désert, guettant notre passage, on nous amena, le 1" avril, 
nos chameaux, et l'on nous annonça que l'escorte était prête, et 
même qu'elle était portée en notre honneur, par ordre du gou- 
verneur de Kaïn, à cinquante hommes. Vers les deux heures de 
l'après-midi, la distribution des bagages entre les chameliers 
et le chargement des chameaux étant terminés, nous quittâmes 
Séritchah. Ayant traversé Aliabad , petit village attenant au 
bourg, nous entrâmes dans une plaine couverte d'efflorescences 
salines et brillant au soleil comme un champ de neige. Le terrain 
plat ne s'étend que jusqu'au village de Salmi ; plus loin il devient 
onduleux. Le sol argileux, salin, et en partie sablonneux du pays 
que nous traversions, couvert de broussailles dispersées, de 
haloxylon, de caligonum et de cygophyllum(nommé en persan guidje), 
rappelle le triste et monotone aspect de la lisière septentrionale 
du Kizilkoum, grand désert situé au nord de Boukhara et de 
Samarcande. Après avoir franchi une petite chaîne de mame- 
lons, nous descendîmes dans une vallée étroite entourée de mon- 
tagnes rocheuses , ne présentant d'autre issue qu'une gorge du 
côté sud-ouest. Un puits d'eau saumâtre et amère, nommé Zer- 
dek, est creusé au fond de cette vallée, et nous nous y arrê- 
tâmes pour passer la nuit. Le chef de notre caravane nous avait 
déclaré, le soir, que son intention était d'aller prendre sa der- 
nière provision d'eau, non à Ambar, comme cela se fait toujours, 
mais à un puits dit Mahiguir, d'où il se proposait d'entrer immé- 
diatement dans le désert. Pendant la nuit, il abandonna son projet; 
on l'avait informé que ce puits avait trop peu d'eau pour abreuver 
nos chameaux à satiété. Je ne mentionne ce fait, insignifiant par 
lui-même, que pour montrer l'inconcevable ignorance des habitants 
sur l'état des localités les plus rapprochées de leurs villages, et 
qu'ils sont intéressés à connaître exactement. 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. i09 

Le 2, à une heure après midi, nous gravîmes, parla gorge que 
je -viens de mentionner, la montagne qui borde au sud-est le 
vallon de Zerdek. La montée est rocailleuse et le chemin assez 
étroit, mais sans difiSculté sérieuse pour le passage des bêtes de 
somme. Cette route conduit à un large plateau, qu'on traverse 
pour descendre dans une vaste plaine d'où l'on voit distinctement 
trois points de l'horizon faciles à reconnaître : à gauche, le Chah- 
kouh ; au sud-ouest, la montagne deMihiambar, au pied de laquelle 
se trouve le puits du même nom; et directement au sud, un mamelon 
à trois cimes près duquel est situé le puits d'Atech-Kerdèh, creusé 
dans un endroit couvert de broussailles. Ce puits n'est alimenté que 
par des toi-rénts qui descendent, en hiver et au printemps, des 
montagnes voisines, en marquant leur passage sur le sol argileux 
de la plaine par de larges sillons. Peu de temps avant le coucher du 
soleil, notre conducteur découvrit trois chameaux qui erraient seuls 
parmi les broussailles : cet incident, sans importance partout ail- 
leurs, était d'une nature très inquiétante dans cette solitude; ces 
bêles furent immédiatement capturées, et tous les cavaliers de la 
caravane se Biirent abattre les alentours pour savoir si ces chameaux 
n'appartenaient pas a quelque bande de Béloudjs en embuscade. 
L'alerte se trou va fausseet fut decourte durée; nos chameliers recon- 
nurent ces animaux comme appartenant aux villageois do Séritchah, 
d'où ils s'étaientprobablement échappés, et de pâturage enpàturage 
avaient gagné !a lisière du désert. Le nom Atech-Kerdèh signifie 
« fait par le feu >>, et l'on pouvait s'attendre a trouver dans le 
voisinage du puits quelques traces d'éruptions de gaz ou de lave, 
mais nous ne vîmes rien de pareil. L'eau était assez bonne, et 
se trouvait à une profondeur de 1 mètre et quart ou 1 mètre trois 
quarts; mais pour que le réservoir soit autant que possible à l'abri 
de l'évaporation , on l'a muni d'une ouverture très étroite, ce 
qui fait qu'on ne peut puiser l'eau qu'au moyen d'un seul seau 
à la fois, en sorte que jamais cet endroit ne pourra servir de 
station pour une caravane considérable. 



410 PAHTIE MÉBIDIONAIE DE l'aSIE CENTRALE. 

Voulant atteindre de grand matin la source d'Ambar, où nous de- 
vions abreuver nos chameaux pour la dernière fois, nous pliâmes 
nos tentes au petit jour et traversâmes en une heure 45 m. les 8 ki- 
lomètres qui nous séparaient de cette localité importante. Elle est 
entourée de collines sablonneuses couvertes de tamaris qui commen- 
çaient h fleurir : ces arbres, et des joncs touffus, croissent abon- 
damment dans le large ravin où se déverse l'eau de cette source, 
qui, du reste, n'est potable qu'à son origine; car un peu plus loin, 
son contact avec le sol salin la rend tellement saturée de sel, que 
même les chameaux, si peu exigeants pour la qualité de leur breu- 
vage, s'en détournent avec dégoût. Notre halte à Ambar se prolon- 
gea plus de trois heures ; ce ne fut que vers les onze heures du 
matin que nous pûmes nous remettre en marche. Un pays triste 
et nu s'étendait devant nous; une série de mamelons sablonneux 
dénués de toute végétation s'élevait au-dessus d'une plaine argi- 
leuse, dont le sol résonnait sourdement sous les pieds des che- 
vaux, comme s'il recouvrait un gouffre. L'air était chaud, et un 
vent d'ouest extrêmement violent nous lançait au visaare des 
nuées de poussière fine composée d'argile, de sable et de sel : 
ce dernier surtout la rendait insupportable pour les yeux. Heureu- 
sement cette bourrasque cessa bientôt , et nous débouchâmes 
dans une vallée elliptique, entourée de monticules, et couverte de 
broussailles de tamaris et de haloxylon. Elle était sillonnée de 
traces laissées par le passage des torrents, et quelques-uns de ces 
sillons étaient encore humides, chose assez extraordinaire; car 
depuis trois semaines il n'était pas tombé d'eau dans les envi- 
rons. Cette vallée nous conduisit à une gorge étroite bordée des 
deux côtés par des rochers élevés; on l'appelle Gueloui-Saou- 
dagher, c'est-a-dire «gosier de marchand », en souvenir d'un mal- 
heureux négociant qui fat assassiné ici par les Béloudjs, au 
moment où il croyait être hors de tout péril après avoir heureu- 
sement traversé le désert. 

En sortant de cette gorge, qui n'est pas longue, on voit devant 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. ill 

soi le désert dans toute son immense uniformité, mais non encore 
dans toute l'horreur de son aridité. Quoiqu'ici déjà le sol prenne 
le caractère uniforme qu'il conserve sur toute l'étendue du Lout, 
c'est-à-dire qu'il consiste en un sable grisâtre a gros grains, 
étendu sur une couche sablonneuse cimentée en matière rendue 
compacte par une solution de sel, la terre n'est pas encore 
entièrement dénuée de végétation. Toute chélive qu'était cette 
végétation, nos botanistes constatèrent avec étonnement que les 
plantes des déserts de la Transoxiane que nousavons constamment 
rencontrées jusqu'alors , avaient brusquement disparu, et qu'elles 
étaient remplacées par des plantes spéciales aux flores de l'Arabie et 
de l'Egypte. La seule chose qui rende l'aspect du Lout un peu moins 
désolant que celui des déserts de la Transoxiane, c'est que dans 
aucune de ses parties l'horizon ne prend la forme monotone d'un 
immense cercle absolument régulier, comme c'est le cas dans 
beaucoup d'endroits de la steppe kirghise. Ici, soit au sud, soit à 
l'ouest, on voit poindre dans le lointain quelques montagnes, qui, 
semblables à des nuages bleuâtres, rompent la régularité fatigante 
de la limite visible de la plaine, et inspirent au voyageur l'assu- 
rance consolante qu'il ne risque pas de s'égarer dans l'immensité 
d'une solitude dont tous les points se ressemblent. Une heure 
avant le coucher du soleil, nous tournâmes un monticule appelé 
Mihibakhlou, couronné de rochers, et nous nous arrêtâmes dans 
un endroit situé à un demi-fiirsang d'une chaîne de montagnes 
rocheuses. Trois l>assins naturels creusés dans les rochers de cette 
chaîne conservent quelquefois assez longtemps l'eau pluviale qui 
s'y accumule. Nous y envoyâmes nos chevaux dans l'espoir de 
pouvoir les y abreuver sans toucher à la provision d'eau que nous 
portions avec nous, mais cette attente fut déçue ; à peine y Irouva- 
t-on assez d'eau pour remplir les bouteilles et les cruches que 
nous avions eu le temps de vider depuis notre départ deSéritchah, 
et pour désaltérer deux chevaux de notre caravane. Dans l'endroit 
où nous campâmes, on découvrait encore quelques vestiges de vie 



412 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

animale. Au moment où l'on déchargeait les chameaux, une ger- 
boise traversa le camp en quelques sauts; des coléoptères bour- 
donnaient dans l'air, et d'énormes tarentules accouraient de tous 
côtés, attirées par la lueur des feux qu'on avait allumés pour 
préparer le maigre souper de la caravane. Les hirondelles avaient 
disparu, et je n'ai pas remarqué non plus de chauves-souris. 

Nous nous remîmes en marche à onze heures du soir. La 
nuit était sombre , et nous errâmes pendant quelque temps ; 
enfin, fort heureusement, notre conducteur réussit à s'orienter, 
et nous avançâmes sans déviation notable vers le but de notre 
seconde halte, qui était un endroit dit Balahouz. Au fur et à me- 
sure que nous nous enfoncions dans le désert, le sol devenait de 
plus'en plus aride; au petit jour je distinguai encore quelques 
caligonum et quelques salsola desséchés , et non loin de là 
j'aperçus une alouette et un oiseau blanchâtre, derniers êtres vi- 
vants que nous vîmes dans cette triste solitude. Avec les premiers 
rayons du soleil, la chaleur commença à se faire sentir et 
s'accrut très rapidement. Les mamelons au-dessous desquels se 
trouvait Balahouz semblaient être à une portée de fusil; mais 
nous marchâmes des heures entières sans pouvoir les atteindre. 
Enfin, le matin du i avril, vers les onze heures, nous nous 
arrêtâmes à Balahouz par une chaleur suffocante. On voyait 
dans cette localité quelques traces d'une citerne ruinée, privée 
d'eau depuis longtemps. Ici le désert avait pris complètement son 
caractère de terre maudite, comme l'appellent les indigènes. Pas 
le moindre brin d'herbe, aucun signe de vie animale n'égayait 
la vxie; aucun bruit autre que celui qu'engendrait la présence de 
la caravane ne venait rompre ce morne silence du néant. Le 
calme profond et solennel qui régnait autour de nous me rappe- 
lait vivement un phénomène semblable que j'avais observé en 1850 
sur la cime du grand Ararat, où, à une hauteur de 1500 mètres 
au-dessus de la ligne des neiges éternelles, aucun bruit de la terre 
habitée ne pouvait plus ari'iver. 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. /ll3 

Grâce à la lenteur de la marche des chameaux, et à la perte de 
temps que nous éprouvâmes pendant que nous perdîmes la route, 
l'étape nocturne ne fut que de 25 kiloinèlres. Après une halte de 
quatre heures, nous nous remîmes en marche, et nous nous diri- 
geâmes vers des mamelons dits Kellehper, éloignés de Balahouz 
de 20 kilomètres, mamelons (|u'on voyait distinctement et qui 
semblaient positivement fuir deviintnous. Ayant devancé la cara- 
vane, je m'assis au pied de cette élévation sablonneuse , et jamais 
je ne pourrai rendre le sentiment de tristesse et d'abattement dont 
je ne pus me garder à la vue de la lugubre solitude qui m'entou- 
rait. Des nuages dispersés voilaient les rayons du soleil, mais l'air 
était chaud et lourd; la lumière diffuse éclairait avec une unifor- 
mité désolante le sol grisâtre du désert fortement échauffé, et ne 
présentait presque aucune variation de teinte sur la surface im- 
mense que l'œil embrassait. L'immobilité absolue de tous les points 
de ce morne paysage, jointe à une absence complète de sons, pro- 
duisait une impression accablante; on sentait que l'on se trouvait 
dans une partie du globe frappée d'une stérilité éternelle, où la vie 
organique ne peut, reparaître que par suite de quelque boule- 
versement terrible. On assistait pour ainsi dire au commencement 
de l'agonie de notre planète. Les musulmans, qui aiment tant à 
rattacher le nom de leur prophète "a tous les incidents de leur 
passé, racontent qu'avant la naissance de Mahomet ce désert 
était couvert d'eau salée, mais qu'elle s'est évaporée subitement 
au moment oii l'envoyé de Dieu vint au monde, et ils croient le 
prouver par la présence des coquilles dans le Lout : fait que 
nous n'avons pu y découvrir, mais qui n'a rien d'improbable. 
Quelque absurde que soit cotte légende, rapportée au vi« siècle de 
notre ère, elle peut facilemesit être l'écho d'un phénomène réel 
arrivé bien antérieurement, toutefois de mémoire d'homme. 

La seule chose qui nous consolait dans le désert, était la 
conscience d'avoir marc-hé; les monts Mourghab, qui, la veille 
encore, nous apparaissaient a l'horizon comme un brouillard sans 

VII, - 33 



ilÛ PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

forme déterminée, se dessinaient nettement sur un ciel de plomb, 
et derrière eux s'élevait le mont Derbend, qu'on disait être rap- 
proché de la limite du désert du côté de lezd. Bientôt après avoir 
dépassé Kellehper, nous descendîmes dans le lit desséché de la 
rivière de Khousse, où nos chameliers enfouirent dans la terre, à 
peu de profondeur de la surface, quelques provisions tju'ils se 
proposaient de reprendre à leur retour, étant siirs que personne, 
pas même une bête fauve, ne viendrait les déterrer. Le coucher 
du soleil nous surprit dans cet endroit, et ce fut seulement à la nuit 
tombante que nous atteignîmes un ravin sablonneux, appelé Goudi- 
Kimeh, « la dépression du milieu », après avoir parcouru dans 
l'après-midi 2i kilomètres. Cette localité est considérée par les in- 
digènes comme le point exactement central du désert, quoique par 
le fait il ne se trouve qu'aux deux cinquièmes de la distance qui 
sépare Ambar de Dibiseif, points extrêmes du terrain privé 
d'eau. Ici quelques gouttes de pluie rafraîchirent un peu l'air, qui 
jusqu'alors, malgré la nuit, était chaud et même étouffant. A l'ho- 
rizon occidenlal on voyait des nuages d'orage, illuminés parfois 
pardes éclairs; maisle bruit du tonnerren'arrivapasjusqu'ànous. 
No'.îs quittâmes cet endroit avant minuit, et parcouriimes jusqu'à 
l'aube du jour 20 kilomètr. s. An defa du mamelon de sable dit 
Badriz, mol qui signifie « amoncelé par le vent « et qui, très pro- 
bablement, explique l'origine de cette colline, le désert change de 
caractère; la plaine unie est remplacée par une suite de terrasses 
sablonneuses et descendantes. Non loin de cet endroit, nous trou- 
vâmes le cadavre complètement desséché d'un renard, qui sans 
doute avait succombé à la soif en voulant traverser ie désert. 

Vers les onze heures du matin, le 5 avril, l'extrême chaleur 
nous obligea de nous arrêter dans un endroit dit Telli Kaiendar, 
'< la terrasse des derviches »; et comme chaque point remar- 
quable de cette solitude a une légende dramatique qui explique 
son nom spécial, on raconte , au sujet de la localité où nous 
nous trouvions , l'histoire suivante. Par une claire matinée 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 415 

d'été, trente derviches qui allaient a Kirman avaient distingué à 
l'horizon, dans les environs de Mihibakhtou, les cimes neigeuses 
des montagnes de Khabis. Trompés sur la distance de cette chaîne, 
ils se hasardèrent à traverser le Lout a pied et avec une faible 
provision d'eau; mais, arrivés dans cet endroit, ils se sentirent 
défaillir et moururent tous de fatigue, de chaleur et de soif. De 
l'emplacement où nous campions, on voyait une vaste dépres- 
sion dont le fond était hérissé de rochers isolés, et limitée à 
l'ouest par un plateau nommé Ghendoum-Birian, ou «blé rôti», 
surnom rattaché à une autre histoire. Des brigands Béloudjs 
avaient attaqué et pillé dans cet endroit une caravane venant du 
Rhorassan. i^es moyens leur manquaifnt pour emporter tout le 
butin, et entre autre ils répandirent sur le sol une grande quan- 
tité de blé, se proposant de venir le reprendre quelques jours plus 
tard; mais quand ils retournèrent, ils virent que ce blé était brûlé 
par le soleil. Ce fait n'a rien d'improbable, car a midi trente mi- 
nutes la température de l'air "a l'ombre et à trois quarts de mètre au- 
dessus du sol, était de 39°, 52 centigrades; le thermomètre mouillé . 
marquait SO^IO centigrades, et le baromètre se tenait à 729°"°, 48; 
la température du mercure étant, 39°, 25 centigr. Ces chiffres étant 

substitués dans la formule de M. Régnault,/'=-^———p—' h, don- 
nent pour la tension des vapeurs 6'°°',0/i5, et pour l'humidité re- 
lative, 11,2 p. 100 de saturation complète "a la température del'air 
à l'ombie; ce résultat est de 0,8 p. 100 moindre que la sécheresse 
observée par le baron de Humboldt dans la steppe Barabins- 
kaya, et qu'il regardait comme la plus grande sécheresse constatée 
sur la surface de la terre. Quant k la température du sol, elle 
était si forte, que même ie pied chaussé la supportait difficilement. 
Nous étant mis en marche vers les deux heures de l'après-midi, 
nous descendîmes par une pente assez rapide dans la dépression 
que je viens de mentionner. Les rochers calcaires qui percent la 
surface de cette plaine basse, ont des formes bizarres ; quelques- 



âf6 PARTIE MÉRIDIONALE DE L'ASIE CENTRALE. 

uns ressemblent a des maisons surmontées de coupoles, d'autres 
à des minarets, à des mosquées et ii des murs crénelés, etc.; aussi 
nomme-t-on cet endroit Nagoréh khanèh, « le pavillon des timba- 
liers», chambre ouverte de tous les côtés et placée au-dessus de 
la porle principale du palais. Peu d'instants avant le coucher du 
soleil, nous atteignîmes le bord méridional de cette dépression; 
il a la forme d'un mur vertical très élevé, large d'une vingtaine 
de mètres. Un sentier étroit, très escarpé et travaillé en zigzag, 
conduit au faîte de ce rempart naturel. L'ayant franchi à la lueur 
d'une lune de deux jours, nous descendîmes dans la vallée d'un 
large cours d'eau salée et amère dit Chour-roud, qui se déverse 
dans une seconde dépression située au sud de Baghi-Assad, où le 
sel se dépose en couches épaisses, etoîi il est recueilli par les habi- 
tants du bourg de Khabis et du village de Dihi-Seif. Le passage de 
ce ruisseau bourbeux présenta quelque difficulté pour les cha- 
meaux, en sorte que nous fûmes obligés de faire une halte un peu 
au delà de cet endroit, a 20 kilomètres de Telli-Kalendar et à 55 
•de Goudi-iXimeh. D'après le témoignage de nos conducteurs, nous 
avions une étape de 13 farsangs pour sortir complètement du dé- 
sert, et nous nous décidâmes à la parcourir d'une traite, et non 
en deux marches comme on le fait habituellement. Ayant donné 
aux chevaux le reste de nos provisions d'eau, nous quittâmes 
notre dernier campement dans le désert, non sans éprouver quel- 
que inquiétude sur l'issue de notre résolution chanceuse. Heureu- 
sement la nuit du 6 avril était claire et assez fraîche, en sorte 
que nous traversâmes avant l'aube matinale , les endroits les 
plus difficiles a franchir par la chaleur qui y règne pendant le 
jour, tels que Koutché, «la rue», surnommé ainsi à cause de deux 
rangées de mamelons régulièrement alignés des deux côtés de la 
route, et qui ont quelque ressemblance avec des maisons; Baghi- 
Assad, endroit où la route de Dihi-Salm s'unit à celle de Séritchah, 
et enfin Righi-PendjAngoucht, partie du désert remarquable par 
son caractère mamelonné. Au petit jour, nous passâmes près du 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 417 

mamelon dit Dou-Douvanek, c'est-a-dire « cours petit coureur », 
nommé ainsi à cause d'une ancienne coutume des voyageurs de 
caravane de se livrer dans cet endroit à un jeu qui consiste à 
monter cette élévation en courant et en tâchant de se devancer 
mutuellement. Celui qui se laisse dépasser paye une petite somme 
d'argent a son vainqueur; et même ceux qui s'excusent à cause de 
leur âge ou par d'antres considérations, sont passibles d'une légère 
amende. 

La litière où j'étais couché, à moitié endormi, avait devancé la 
caravane; le jour commençait a poindre, et dëjk a l'horizon on 
voyait une raie noirâtre qui indiquait la lisière des tamaris et la 
fin du désert, lorsque tout à coup mon muletier s'arrêla brusque- 
ment et se jeta à bas du cheval qu'il montait, avec des vociféra- 
tions de mauvais augure où je ne pouvais discerner que le nom de 
Beloudj. Étant descendu de la litière, je vis en effet une masse 
obscure qui s'approchait de nous du côté de l'Orient ; mais la clarté 
du jour était encore trop faible et la distance qui nous séparait 
trop grande pour que je pusse distinguer ce que c'était. La seule 
chose qui me parut tranquillisante, était l'extrême lenteur et 
même une certaine indécision dans le mouvement de cette niasse. 
En effet, quand elle s'approcha un peu plus, nous vîmes que 
c'était une caravane d'ânes chargés de sel et accompagnés d'une 
quinzaine d'habitants de Khabis, venus de ce bourg dans le désert 
pour s'approvisionner de cet unique produit utile du Lout. Eux 
aussi nous avaient pris pour des Beloudjs, et ne s'avançaient 
que très timidement jusqu'au moment où ils purent discerner la 
litière. 

Les attaques de ces nomades sont assez fréquentes dans cette 
partie delà Perse; généralement ils entreprennent ces expéditions 
au nombre de 80 "a 100 hommes montés deux à deux sur un cha- 
meau. L'extrême sobriété de ces sauvages leur permet de se con- 
tenter de peu de provisions, et ils supportent des privations 
inouïes en guettant le passage des caravanes. Arrivés près de l'en- 



âl8 PABTiE Méridionale' DE l'asie centrale. 

droit où ils comptent faire un coup de main, ils laissent leurs 
montures à la garde de cinq ou six hommes et souvent même 
a celle des femmes, et se rendent eux-mêmes au lieu choisi 
pour l'embuscade, n'emportant que leurs armes, une petite outre 
remplie d'eau et deux petits sacs, dont l'un contient de la farine, 
et l'autre du fromage de brebis sec. i.es Persans les craignent 
beaucoup et racontent des histoires effrayantes sur la cruauté 
avec laquelle ils tuent les prisonniers, ayant pour principe de ne 
jamais faire de quartier à un ennemi. L'énergie sauvage de leur 
attaque est aussi un sujet d'étonnement et d'effroi pour les paisi- 
bles Kirmaniens. La plupart du temps, les Céloudjs ne sont 
armés que de piques et de sabres : sur dix il y en a k peine un qui 
ait un fusil à mèche ; mais cela ne les empêche pas d'être presque 
toujours victorieux dans leurs rencontres avec les gardes-fron- 
tières , assez bien montés et beaucoup mieux armés qu'eux. La 
tactique de ces nomades est celle des anciens Parthes ; ils conjmen- 
cent toujours par fuir, attirent les assaillants aussi loin que possible 
dans l'intérieur du désert, où la fatigue des chevaux et la soif des 
montures et des cavaliers leur vienn€nt en aide, et alors ils les atta- 
quent vigoureusement, se servant, pour les combattre et les exter- 
miner, de leurs dents et de leurs ongles, k défaut d'autres armes 
plus efficaces. Récemment, le gouvernement du chah a eu l'heu- 
reuse idée d'envoyer a lezd et k Kirman des compagnies de Dja- 
zairtchis, artilleurs montés sur des chameaux, et c'est, selon moi, le 
seul moyen de protéger sérieusement la tranquillité de ces pays ; 
carce%'est que monté sur un chameau qu'on peut, avec quelque 
chance de succès, poursuivre ces brigands dans le désert. 

Nous atteignîmes enfin le bois de tamaris, et a 2 ou 3 kilo- 
mètres plus loin nous traversâmes un courant d'eau salée nommé 
Djoui-Roumi, au bord duquel était campée une caravane de 
Bender-Abbassi, qui, après avoir attendu longtemps l'arrivée de 
celle du Rhorassan, s'était décidée k traverser toute seule le désort. 
, La joie des marchands fut grande quand ils apprirent que non- 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. AlO 

seulement nous leur amenions une escorte, mais qu'elle était com- 
mandée par Mouhammed-Riza-Bek, personnage qui semblait jouir 
d'une grande popularité dans ce pays. A 2 kilomètres plus loin, on 
parvient au village de Dihiseif. Malgré l'attrait que présentaient 
quelques bouquets de palmiers pittoresquement disséminés autour 
de l'enceinte fortifiée du village, nous préférâmes l'ombre beau- 
coup plus fraîche de leurs murs en pisé aux ombrages des jardins 
où la chaleur était étouffante. 

Nous avions marché pendant onze heures de suite, et nous 
avions parcouru, depuis noire halte de la veille, 61 kilomètres; les 
hommes et les bêtes de somme étaient exténués de fatigue, et l'on 
comprendra facilement le bonheur que nous éprouvions à nous 
trouver sains et saufs sous le toit d'une habitation humaine, après 
avoir traversé un désert qui n'a pas d'égal en aridité sur toute la 
surface du continent asiatique, car le Gobi et le Kizil-Koum, 
comparés au Lout, sont des prairies fertiles. Déjà au s° siècle, 
istakhri déclarait que le Sahara persan, qn'il ne connaissait pas 
sous son nom actuel, était » le désert le plus inhabité de tous les 
pays soumis à l'Islam ». J'ai vu depuis les mornes paysages de 
l'isthme de Suez : dans beaucoup d'endroits cette région aride 
semble être fi-appée de la même stérilité que le Lont, mais elle ne 
garde pas ce caractère désolant sur une étendue aussi immense. 
On y rencontre parfois des sillons creusés par les pluies hiver- 
nales, où les graines des plantes herbacées parviennent à s'établir 
et a Iructilier, et ce seul phénomène de la vie organique en évoque 
beaucoup d'autres du même genre et contribue à animer cette 
contrée déserte. 

Dihiseif est un endroit trop pauvre pour qu'on puisse y séjour- 
ner longtemps ; aussi, malgré notre fatigue, nous nous remîmes 
en marche le jour suivant. Ayant fait 20 kilonièlres dans un 
pays mamelonné et riche en plantations de tamaris, nous arri- 
vâmes "a Khabis où Ton nous avait préparé un spacieux logement 
dans un vaste jardin de palmiers, d'orangers, de citronniers et de 



420 -PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

grenadiers; la même maison avait été occupée par mon unique 
prédécesseur européen, iM. Abbott. Arrivés le 7 avril à Khabis, 
nous y restâmes jusqu'au 12, pour avoir le temps de prévenir les 
autorités de Kirman de notre prochaine arrivée dans cette ville, 
et pour donner un peu de repos à nos chevaux qui se soutenaient 
à peine. 

Les habitations de Khabis ne sont ni riches ni commodes. Les 
portes sont considérées comme un luxe qu'on se permel rare- 
ment; les fenêtres sont remplacées par un grillage modelé en 
pisé, presque toujours d'un dessin original et quelquefois stuqué 
d'albâtre, treillage qui n'empêche ni les hirondelles, ni les chauves- 
souris, ni même les chacals d'entrer dans la maison de l'homme 
comme chez eux. Mais pour la plupart du temps ces modestes 
cabanes sont perdues dans de vastes jardins, et l'on n'a qu'à 
monter sur leurs toils, toujours très élevés, pour jouir d'un coup 
d'œil qui fait oublier le manque de confort des logements. Sous un 
ciel bleu foncé, d'un éclat insoutenable en plein midi, on voit à 
ses pieds un immense tapis mouvant d'aigrettes de palmiers, dont 
le vert jaunâtre se marie très bien à la sombre verdure des citron- 
niers et des orangers plantés à leurs pieds. A l'horizon méridional 
se dresse un majestueux amphithéâtre de montagnes verdoyantes 
à leurs bases, et couronnées par des cimes neigeuses, tandis qu'à 
l'esl et au nord, le Lout s'étend à perle de vue, semblable à une 
masse de métal incandescent d'un rouge pâle, inondé, depuis le 
lever jusqu'au coucher du soleil, d'une lumière intense sans la 
moindre trace d'ombre. L'eau qui circule abondamment dans Içs 
jardins du bourg y entrelient une végétation vigoureuse , et 
presque partout les ruisseaux et les bassins sont bordés d'oléan- 
dres, nommées guiche en persan, qui, îi cette époque de l'année, 
commençaient a fleurir et euibauiiiaieul l'air d'un doux parfum 
qui ne permettait guère de soupçonner4e caractère éminemment 
vénéneux de cette plante. Le dattier prospèrek Khabis; on y compte 
plus de 60 000 arbres^ et ici ils no sont jamais détruits comme dans 



PAETIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. Zi2l 

le district de lezd par des froids précoces en automne ou des abaisse- 
ments de température subits au printemps. Cet arbre atteint ici une 
élévation considérable; j'ai mesuré trigonomélriquement la hau- 
teur de trois troncs renommés pour leur dimension, et j'ai trouvé 
les chiffres suivants : 16™,7 (5/i,8p. a.); 16"',5 (5/i,2p. a.); etl6",l 
(52,9p. a.), mais commece dernier palmier étaitrecourbé, la lon- 
gueur totale de son tronc ne sera pas moindre de 16", 8 55 p. a.). 
hehenneh{Lawsoniaalba) dcKhabis est a juste titre renommé dans 
toute la Perse ; on le vend sur place 1 fr. 20 cent., le batman et un 
quart, et la quantité de matière colorante contenue dans cette 
plante est cinq ou six fois plus grande que celle de tout autre henneh. 
Pendant notre séjourna Khabis, mes compagnons de voyage firent 
une excursion dans les montagnes de Sirtch, et M. Gœbel visita les 
sources chaudes situées dans cette chaîne; elles ont, d'après son 
observation, de 33 a 37 degrés cent, de température. 

Le 12, nous nous mîmes en route et ne fîmes qu'une petite étape 
de 16 kilomètres jusqu'au village nommé Tchahar-Farsang, 
près duquel, au-dessus d'une source thermale, croît le dernier 
palmier des environs de Khabis. De la jusqu'à Kirman, noire route 
coïncide avec celle de M. Abbott, et comme j'ai eu déjà l'occasion 
de le remarquer, mon prédécesseur a très exactement décrit son 
itinéraire, en sorte que je puis me borner a quelques observations 
générales sur le caractère orographique du pays situé entre 
Khabis et Kirman. Cette région est très montagneuse; l'art y a 
très peu fait pour l'endre les communications praticables. Ainsi 
des trois cols qu'on a a franchir en suivant cette direction, 
la montée du premier, nommé Goudar, est un peu travaillée 
par ordre du sardar Khan Baba Khan; mais la descente de 
ce col, et la route qui franchit les deux autres, sont restées pres- 
que telles que la nature les a faites. Non-seulement cette voie 
n'est pas carrossable, mais une modeste litière ne peut y passer 
sans être portée en beaucoup d'endroits à bras d'hommes. Cette 
partie alpestre du district de Kirman est de tous côtés cernée 



51 



422 PARTIE MÉKIDIONALE DE i'ASIE CENTRALE. 

de montagnes formant un circuit elliptique, dont le grand axe, 
long de 60 kilomètres, est dirigé presque exactement du nord au 
sud et sert de ligne de faîte à la chaîne des montagnes de Sirtch. 
En même temps elle partage les eaux qui coulent à l'est vers le 
Lout de celles qui se dirigent à l'ouest vers la plaine de Kirman. 
Dans un des défilés de ces montagnes, à l'endroit dit Derrei- 
Sakht, remarquable par la quantité d'oléandres qui y croissent, 
les chevaux de la caravane broutèrent quelques feuilles de cette 
plante vénéneuse, et l'un d'eux succomba avant d'arriver à 
Dangh-ou-Nim, notre station du 13 avril. Cinq autres périrent 
dans ce village. Chez toutes les bêtes empoisonnées, l'action du 
toxique se manifestait en premier lieu par une grande faiblesse 
dans les jambes, puis la pupille et même tout le globe de l'œil se 
dilataient d'un cinquième ou d'un sixième de leur grandeur nor- 
male; une bave mousseuse apparaissait au coin de la bouche, les 
mâchoires se serraient convulsivement, et l'animal expirait. Les 
indigènes prétendent qu'on peut sauver le cheval en lui versant 
dans le gosier, immédiatement après l'empoisonnement, une forte 
décoction de dattes. Ce remède peut être bon, mais tout ce que je 
sais, c'est que, appliqué deux ou ti'ois heures après l'empoisonne- 
ment, il ne produisit aucun effet, en sorte que le seul moyen effi- 
cace d'empêcher un accident aussi fâcheux dans un pays où les 
chevaux de bât sont introuvables, c'est de leur mettre des sacs 
sur le museau pendant tout le temps qu'on traverse le taillis 
d'oléandres où serpente la roule dans le défilé que nous venons 
de nommer. C'est évidemment la même plante que celle que Stra- 
bon décrit comme ressemblant aux lauriers dans le § 7 du chap. n 
du livre XV de sa Géographie. 

Nous arrivâmes le 14 avril à Kirman, et la difficulté d'y Iroiiver 
des chevaux et des mulets nous força d'y rester jusqu'au 5 mai. 
Cette ville est peut-être la moins connue de toutes les cités de la 
Perse j très peu d'Européens y ont été. Après Marco-Polo, c'est 
Pottinger qui le premier y a passé quelques jours; puis elle a été 



PARTIE MÉMDIONAIE DE t'ASlE CENTRALE. A28 

visitée par M. Westergaard, qui n'a rien puMié jusqu'à présent 
sur son voyage dans cette partie de la Perse; enfin, notre dernier 
prédécesseur est M. Abbott. Mais son itinéraire ne nous conduit 
que jusqu'aux portes de la ville, et sa description deKirman, pro- 
bablement très circonstanciée, d'après ce qu'il dit dans une note 
placée au bas de son mémoire, n'a jamais été publiée. 

Kirman est située dans une plaine, ou plutôt dans une vallée de 
forme oblongue dirigée de N.-N.-O. auS.-S.-E. d'une trentaine de 
kilomètres de longueur; sa largeur, à la hauteur de la ville, n'est 
guère que de 20 kilomètres, mais elle devient plus grande au nord 
et s'unit aux plaines élevées traversées par la route de lezd. En 
venant de l'est, on n'aperçoitia ville qu'aune distancedeSàC kilo- 
mètres, et vu le grand nombre de ruines assez bien conservées qui 
l'entourent, elle paraît de loin assez considérable; mais cette illu- 
sion cesse aussitôt que l'on entre dans les tristes décombres du 
Mahalei-Gebrié (1), faubourg jadis florissant, habité exclusive- 
ment, comme l'indique son nom, par les ignicoles. Il fut pillé par 
les Afghans, mais c'est Agha Mouhammed Khan, en 1208 et 1209 
de l'hégire, qui l'a définitivement saccagé et démoli. Des ruines 
plus vastes encore s'étendent du côté méridional de la ville ; mais 
comme leur origine est plus reculée (car cette destruction date 
de la seconde invasion des Afghans en Perse après l'assassinat de 
Nadir Chah), il y a beaucoup moins d'édifices sur pied, et l'œuvre 
de dévastation porte un cachet de vétusté qui en atténue un peu 
l'effet désagréable. A l'ouest aussi, une bande de ruines, large de 
400 à 500 mètres, défend les abords du mur de la ville nouvelle. 
Ce mur a la forme d'un hexagone irrégulier, dont le côté nord 
a, en chiffres ronds, 500 mètres de longueur, celui du nord-ouest, 
600, celui du sud-ouest, 1125, le côté sud, 500, celui du sud-est, 750 
et celui du nord-est, 600; mais la longueur exacte de l'enceinte 
est de 4625 mètres. La citadelle, adossée à la partie moyenne du 
mur sud- ouest, a une forme presque carrée de 300 à 350 mètres 

(1) Voyez le plan ancexé. 



i2i PARTIE MÉRIDIONALE DE L'ASIE CENTRALE. 

de côtés. Les murs de la ville et de la citadelle sont en pisé, et dans 
beaucoup d'endroits ils demanderaient de sérieuses réparations ; 
cette enceinte est munie de cinq portes : Soultani, Gebrié, Bagh, 
Mesdjid et Rigabad. Deux ruisseaux passant au nord et au sud de la 
ville y amènent l'eau potable, Kirman ne possède que trois mos- 
quées considérables, Djouma, Mélik et Kalentar ; une école supé- 
rieure dite Médressei-Ibrahim Khan, et sept caravansérails : 
Gendj-Ali-Khan, Hindoue, Gebrié, Gulchan,Mirza-Hussein Khan, 
Salehi-Nazir et Khorassanié. Il n'y a que deux jardins dans la 
ville, et tous les deux sont dans la citadelle. Le premier, nommé 
Gulchan, occupe l'intérieur delà grande cour du palais du gouver- 
neur. C'est plutôt un parterre de fleurs qu'un jardin, car, sauf un 
hêtre remarquable par sa dimension, et deux cyprès assez chétifs, 
il n'y a pas d'autres arbres ; mais on y trouve une quantité de rosiers 
et d'églantiei's. Les roses se distinguent par leur beauté et leur 
variéléj deux espèces surtout méritent une mention particulière, 
car je ne les ai rencontrées que là : c'est une rose jaune a cent 
feuilles, et une très petite, mais très bien garnie, d'une teinte 
rouge pâle. Les interstices entre les rosiers sont occupés par des 
jasmins qui fleurissent immédiatement aprèslesroses,ensorte que 
jusqu'au mois de juin, il y a toujours dans ce parterre une grande 
quantité de fleurs odoriférantes qui saturent l'air de leui's par- 
fums. L'autre jardin n'est pas loin du palais; il s'appelle Baghi- 
Nazar, et ne contient que des peupliers et des arbres fruitiers. A 
o kilomètres à l'est de Kirman, une chaîne de montagnes ro- 
clieuses, dite Kouhi Seri-Assiab, s'élève au-dessus de la plaine; un 
embranchement de ces montagnes, série de collines peu élevée, 
mais très escarpée et hérissée de rochers , se dirige vers le nord- 
ouest. Elle finit près de "a ville d'une manière abrupte, non loin 
d'un monument funéraire dit Mazari-HusseinKhan, érigé en face 
de la porte Mesdjit sur le tombeau d'un dervich, chef d'une secte 
religieuse. Sur la cime des rochers qui couronnent cette crête, on 
voit les restes d'une ancienne forteresse, dite Kalei-Doukhter, 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'as'iE CENTRALE. 425 

qu'on prétend être une construction contemporaine de la fon- 
dation de la \ille, et l'on y montre encore un puits profond et 
large, creusé dans le roc, au moyen duquel on descendait dans 
une galerie souterraine qui conduisait la garnison de la forteresse, 
pendant qu'elle était assiégée, yers l'eau qui coule dans un ravin 
qui sépare ce chaînon des jardins de Monliammed Ismaïl Khan, 
vézir actuel de Kirman et de celui d'Agha-Khan, les deux plus 
beaux jardins qui soient dans les environs de la ville. 

L'air de Kirman serait très salubre s'il n'était pas aussi sec. 
Pendant le mois d'avril, la saturation variait de 18 a2o pour 100, 
et ne dépassait jamais ce chiffre, même après de légères pluies. A 
en juger par les températures que nous avons eu l'occasion d'ob- 
server à Kirman, surtout si l'on tient compte de l'augmentation 
de la chaleur de jour en jour, elle doit être très forte en été; et 
quoique chaque hiver le mercure du thermomètre descende au- 
dessous de zéro , cet abaissement de température n'est jamais 
considérable et ne dure que très peu de temps. Ainsi la chaleur 
moyenne de l'année à Kirman sera comprise entre 16 et 17 degrés 
centigrades. La pression de l'air varie très pou, et la quantité de 
pluie et de neige est tellement insignifiante, que je n'ai jamais 
entendu parler, dans la province de Kirman, de deimi, c'est-a-dire 
de terre cultivable sans une abondante irrigation. 

D'après une tradition répandue jusqu'à présent parmi le 
peuple de Rirman, et consignée même dans quelques écrits histo- 
riques, cette ville a été fondée du temps d'Ardéchir Babeghan, 
qui régna entre 226 et 238 de l'ère chrétienne. Le Tarikhi Mu'djam 
a conservé une légende très connue dans le pays, d'après laquelle, 
non loin du rocher où est bâtie la forteresse de Kalei-Doukhter, 
se trouvait un petit village dont un des habitants les plus notables 
portait le nom de Heft-Abad. il avait sept fils et une fille. Un 
jour que les villageoises s'établirent comme de coutume devant 
leurs maisons pour filer du coton, et que, conformément a un 
ancien usage, on fixa une certaine récompense en faveur de celle 



426 PABTIE MÉRIDIONALE DE l'ASIE CENTRALE. 

d'entre elles qui terminerait sa besogne avant les autres, la fille 
de Heft-ALad, assise h l'ombre d'un pommier, ramassa une 
pomme récemment tombée de l'arbre. L'ayant coupée en deux, 
elle remarqua qu'une moitié du fruit était piquée de vers dont un 
seul était encore vivant. Elle fit vœu de conserver ce ver intact 
et même de le nourrir si elle parvenait à obtenir le prix de tra- 
vail; en cas contraire, elle se promettait de l'écraser. S'étant 
mise à l'œuvre, elle épuisa avant toutes ses compagnes sa pro- 
vision de coton, et alla en demander une nouvelle k sa mère qui 
en fut très étonnée. Pressée d'expliquer cette activité extraordi- 
naire, elle répondit qu'elle n'en savait rien, mais que le ti'avail se 
faisait presque tout seulj enfin elle avoua le vœu qu'elle avait fait, 
et sa mère l'engagea a s'en acquitter sur-le-champ et de prendre 
bien soin de cet animal bienfaisant. Le ver élevé dans la famille 
de Heft-Abad lui porta bonheur; les brigandages auxquels se 
livraient le père et les fils et dont ils vivaient, réussirent, dès ce 
jour, k merveille. Le ver grandissait a vue d'œil et l'influence et 
la richesse de la famille de Heft-Abad croissaient en proportion ; 
enfin, ce villageois devint le roi de cette province, et le ver fut 
l'objet de l'adoration de ses sujets. On construisit pour lui une 
somptueuse demeure taillée dans le roc, où on lui servait jour- 
nellement des quantités énormes de riz et de beurre, immédiate- 
ment dévorées par ce dieu glouton. La fille de Heft-Abad était 
gardienne et prêtresse de son temple. Ardéchir, ayant secoué 
le joug des Arsacides, songea k s'emparer de Kirman ; mais les 
astrologues qu'il consulta, lui déclarèrent que, tant que le ver 
resterait dans la forteresse de Heft-Abad, il n'avait aucune 
chance de la réduire. Le Sassanide eut alors recours à une ruse. 
Il prit le costume d'un marchand et habilla de même l'élite de ses 
guerriers ; puis, ayant chargé sur des mulets quelques coffres vides 
et une forte provision de riz et de plomb, il se rendit dans le voi- 
sinage de la forteresse et s'y établit sous des tentes. Etant allé au 
marché du village, il fut aperçu par la fille de Heft-Abbad qui en 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. i27 

devint éperdûment aoioureuse. Après de vains essais pour com- 
battre sa flamme, elle l'avoua dans une lettre, qu'elle lança, au 
moyen d'une flèche, dans la direction de la tente d'Ardéchir, 
lui promettant , dans cette épître, d'exaucer tous ses vœux s'il 
consentait a l'épouser. Ardéchir lui répondit qu'il n'était qu'un 
modeste négociant, et qu'ayant manqué de périr dans une 
tempête qu'il essuya dans la mer des Indes, il fit vœu de rassasier 
une fois à ses frais le ver de Kirinan, si, par son influence, il pai'- 
venait à être sauvé. Étant heureusement arrivé à bon port, il 
désirait, avant tout, s'acquitter de son engagement ; après quoi 
il pourrait songer à d'autres projets. La fille de Heft-Abad lui 
accorda la permission d'entrer dans l'intérieur de la fox'teresse. 
Il plaça ses guerriers dans les coffres vides et les ayant chargés 
sur ses mulets, les introduisit dans la forteresse avec ses pro- 
visions de riz et de plomb. Sous prétexte de préparer le sacri- 
fice, il alluma un grand feu et fondit le plomb qu'il avait 
apporté avec lui, et après avoir stimulé l'appétit du ver, en lui 
présentant une petite portion de riz bien cuit, il lui versa dans la 
gueule du plomb liquéfié que le dieu vorace avala sans défiance. 
Mais, après avoir goûté une seconde fois du même plat, il quitta 
brusquement sa demeure et s'envola du côté de Bam, où il éclata 
avec un bruit tellement intense, qu'à Kirman, à 240 kilomètres, 
la terre en trembla. Ardéchir profita de la confusion que cet 
événement répandit dans la forteresse pour s'en emparer, et pour 
mettre k mort Heft-Abad et ses fils. Sa fille parjure ne fut pas 
épargnée non plus, en punition de la facilité avec laquelle elle 
sacrifia à un caprice du cœur le sort de sa famille. Kirman devint 
ainsi la capitale de la nouvelle dynastie persane, mais la tradition 
rapporte que bientôt Ardéchir s'en dégoûta. Allant un jour kla 
chasse, il commanda k son chef de cuisine son repas pour l'heure 
du coucher du soleil, en l'engageant de n'en rien donner avant son 
retour k qui que ce fût et sous aucun prétexte. Peu d'instants 
avant le coucher du soleil, un pèlerin, exténué de fatigue, s'arrêta 



m 



428 PARTIE MÉEIDIONALE DE l'ASIE CENTRALE. 

devant les portes du palais, et supplia les serviteurs du roi de lui 
donner un peu de nourriture. A force de prières il obtint quel- 
ques bouchées de pilau qu'il mangea, et il disparut. Ardéchir re- 
vint bientôt après, et ayant appris que , contrairement à son 
ordre et avant son retour,- on avait noiu'ri à sa cuisine un pauvre 
voyageur, il s'écria : Ce pèlerin a emporté la prospérité du pays, et 
dorénavant cette province restera éternellement pauvre. Par suite 
de cette conviction, il transporta sa capitale a Istakhr. 

Ces traditions n'ont certainement rien de sérieux dans les 
détails, mais le fond peut être vrai, c'est-k-dire que Kirman peut 
avoir été la première capitale des Sassanides, et que ces rois, ayant 
acquis la conviction que cette province n'était pas assez fertile 
pour nourrir une population considérable, l'abandonnèrent. Ce 
défaut de forces productives dans le district de Kirman est telle- 
ment vrai, que dans le siècle passé Nadir chah étant obligé de 
puiser trois ans de suite dans ce pays une quantité notable des 
approvisionnements de son armée, y produisit une famine dont la 
population souffrit beaucoup, et qui dura sept a huit années con- 
sécutives. La numismatique sassanide corrobore en quelque sorte 
ces indications fournies par la tradition, car, d'après RI. Mordt- 
mann, c'est sur les monnaies de Chapour Illj en 383 et 388, que 
l'on rencontre pour la première fois deux caractères pehlévis 
qu'il transcrit parftr, et qui, selon lui, doivent être les initiales 
du mot Kirman. On rencontre le même sigle sur les monnaies 
de Bahram V, entre Ù20 et 440 de l'ère chrétienne ; depuis lors, 
il apparaîtjusqu'à la trente et unième année du règne de Khosroull, 
qui correspond à l'an 622 de J.-C, et ce n'est que sur les mon- 
naies frappées sous le Khalifes, qu'on trouve le nom de cette 
ville figuré en toutes lettres. Sans accorder à ces faits une trop 
grande valeur, j'observerai qu'il me semble incontestable que 
Kii'man a existé comme ville sous les Sassanides^ et que les 
Arabes musulmans y trouvèrent établi un des principaux foyers 
de la doctrine de Zoroastre, et que leur propagande armée et 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 429 

violente n'a pu extirper cette ancienne croyance, remarquable 
par sa vitalité tenace qui l'a soutenue en dépit de tout, pendant 
1277 ans. Mais l'islamisme finira bientôt par absorber complète- 
ment les faibles restes designicoles, car, de 12 000 familles guèbres 
qui résidaient a Kirman à la tin du siècle passé, au moment 
où Agha-Riouhammed Khan assiégea cette ville, il n'y en reste 
que 70 ii Kirman et 2 à 300 dans les villages voisins, tels que 
Firouzan, Djoufar etMahan (qu'on prononce Mahoun). Lenombre 
de Guèbres qui abjurent leur religion chaque année est considé- 
rable. Non-seulement ils se mettent ainsi à l'abri d'injures con- 
tinuelles et de persécutions incessantes, mais rien n'a été négligé 
pour leur rendre ce changement de religion aussi attrayant que 
possil)le. Ainsi un membre mineur d'une famille guèbre qui se fait 
musulman devient, par le fait seul de son apostasie, chef de sa 
famille, et propriétaire exclusif des biens meubles et immeubles de 
ses parents. Le sexe n'y fait aucune différence, car une fille guèbre 
qui épouse un musulman en changeant de religion, donne par cela 
même à son mari le droit de s'approprier tout ce que possèdent 
son père et sa mère. J'ai vu moi-même à lezd un seïde qui com- 
mandait en maître dans la maison d'un riche ignicolej et qn.'-nd 
je lui en exprimai mon étonnement, il me répondit très tranquil- 
lement qu'ayant épousé la fille du chef de cette famille, il avait 
acquis le droit d'agir comme il le faisait. Le clergé guèbre de Kir- 
man ne peut opposer a cette oppression que des obstacles tout à 
fait insignifiants, tant a cause de la peur des musulmans, que 
de sa profonde ignorance de toute chose, même des dogmes 
de sa religion. Dans tout le Kirman, je n'ai trouvé qu'un seul 
Destour, Behrouz, fils de Moullah Iskender, qui eût quelques con- 
naissances; il déchiffrait l'alphabet zend et houzvarech, mais il 
ne pouvait traduire un mot ni de l'Avesta, ni même du Vendidad. 
Les Guèbres de Kirman parlent entre eux une langue particulière, 
très différente de celle que M. Spiegel nomme la langue des 
Parsis. Je leur ai montré quelques spécimens de cet idiome, publiés 

Tll. . S5 



Û80 PARTIE MERIDIONALE E£ L'aSIE CENTRALE. 

.dans la Grammatik dér Parsis-Sprache de ce savant distingué, et ils 
m'avouèrent (|u'ils ne compx'enaient les textes rapportés dans cet 
ouvrage que très difficilement. Us nomment leur langue Déri, et 
prétendent : 1° qu'elle n'est qu'un travestissement artificiel de la 
langue persane pure, dans le genre du balaibalan des Arabes; 
2° qu'elle ne date que du temps où les musulmans envahirent leur 
contrée; et 3° que les Guèbres n'eurent recours à cet artifice que 
pour cacher le sens de leurs paroles à leurs compatriotes qui 
embrassèrent la foi nouvelle. Us disent que dans l'origine, cette 
langue n'était comprise que par ceux d'entre eux qui l'avaient 
étudiée dans les écoles, mais que peu à peu elle devint familière 
à tons. Quoiqu'il n'y ait rien d'absolument impossible dans cette 
tradition, il faut néanmoins se défier des hypothèses philologiques 
formulées par des gens aussi ignorants que les Guèbres actuels. 
D'après le peu d'échantillons de celte langue placés sous mes yeux, 
il m'a semblé que ce n'est pas un argot, mais bien un dialecte du 
persan pur; et sans vouloir rien identifier, je crois devoir rappeler 
que Sti-abon, citant l'opinion de Néarque, dit que la plupart des 
Mages, et les Karamaniens surtout, parlaient persan et mède : ce 
qui permet de supposer que déjà, k l'époque d'Alexandre le Grand, 
deux langues assez différentes existaient dans le pays. 

Le zèle fanatique que les musulmans apportent à détruire daas 
les contrées placées sous leur domination toute trace des temps 
antérieurs a l'islamisme, explique pourquoi les monuments de 
l'époque sassanide ont complètement disparu. Le plus ancien 
monument de la ville est la mosquée dite de Méhk; elle se trouve 
dans un bas-fond quadrangulaire où l'on descend par Uii long 
escalier. Elle était très ruinée et on la reconstruisait quand je la 
visitai. Je n'ai pu y trouver qu'un débris d'un verset du Koran, 
tracé en caractères qu'on ne rencontre pas avant le vin" siècle de 
l'hégire. La tradition, cependant, en rapporte la construction au 
seldjoukide Mélik Chah, qui régna entre i66 et 485 de l'hégire. Le 
second monument, dans l'ordre chronologique, est la mosquée de 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CINTRALE. 451 

Djoum'a ; elle porte wne inscription qui dit qu'elle a été con- 
struite par ordre de Mouhammed MouzaflPer, le premier du mois 
de'chawal de l'an 750 de l'hégire. Ce personnage n'est autre, 
évidemment, que Mouliariz-ed-din-Mouhamnied , fils de Movi- 
zalïer, né l'an 700 de l'hégire et mort l'an 765 {voy. Defrémery, 
Mémoire sur la dynastie des Mozaffériens, Journ. asiatique, août 18i4 
et juin 1845). Le monument le mieux conservé, mais aussi le 
plus moderne, est le medresseh d'Ibrahim Khan , construit par 
ce gouverneur de Kirman qui administra cette pi'ovince presque 
en^ souverain indépendant, au commencement du règne de 
Felkh-Ali-Chah. En dehors des murs de la ville, il n'y a que 
les deux monuments que j'ai déjà mentionnés : le mausolée du 
dervich Hussein-Khan, surmonté d'une coupole en briques émail- 
lées de couleur bleu foncé, et la forteresse de Kalei-Douhhler. 

Les maisons particulières de Kirman se d%tinguent des habita- 
tions persanes en général par une haute tour ou cheminée carrée 
appelée Badghir, «ventilateur», placée sur le toit au-dessus d'une 
découpure dans le plafond. Ce tuyau est percé en haut de larges 
ouvertures faisant face aux quatre points cardinaux. Le besoin 
d'avoir ici de la glace pendant l'été fait que nulle part en Perse on 
ne trouve autant de glacières aussi bien construites qu'à Kirman. 
Le plus habituellement on donne "a ces édifices la forme de cônes 
élevés, abrités au sud, a l'est et à l'ouesl par de hautes nnu'ailles 
qui les préservent de la réverl)éralion des parties du sol les plus 
éclairées par le soleil. En hiver, dès que la température de l'air 
s'abaisse au-dessous de zéro, on introduit de l'eau dans des bassins 
larges et pou profonds, puis on recueille la glace qui s'y forme, et 
on l'empile dans ces glacières où elle se conserve pendant loutl'été. 
Le grand nombre de ces établissements prouve que cette industrie 
est profitable, et permet de livrer la glace a un prix très modique. 

L'industrie principale de Kirman est la confection des châles. 
Ils le cèdent beaucoup en finesse aux étoffes du même genre 
fabriquées dans le Kachemir ; mais ils coûtent moins cher, leurs 



Û32 PAUTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

dessins sont plus variés, et leurs couleurs tout aussi belles et aussi 
durables. Malgré la protection spéciale que le chah actuel accorde 
à cette industrie, elle dépérit néanmoins de jour en jour; au lieu 
de 1200 ateliers qu'il y avait la jadis, on en compte aujourd'hui à 
peine 200. Il faut en chercher la cause dans la quantité et le bon 
marché des contrefaçons européennes, qui coûtent beaucoup 
moins ciier, à la vérité, que les étoffes orientales, mais qui dui*ent 
infiniment moins et qui restent fort en arrière de leurs modèles 
pour la variété et le bon goût des dessins, pour la beauté et 
l'éclat des couleurs. S'il est vrai que l'art oriental n'a su s'éle- 
ver que jusqu'à l'arabesque, il faut convenir que les artistes asia- 
tiques l'appliquent en maîtres partout où ils en font usage. 

La position avantageuse de Kirman sur la grande route conti- 
nentale des Indes vers l'Occident, donnerait le droit de s'attendre à 
trouver dans cette vBîe un commerce beaucoup plus florissant 
qu'il ne l'est en réalité; mais la proximité de lezd, centre émi- 
nemment industriel et commerçant, lui porte préjudice. Les 
ballots de marchandises venant de Bender Abbassi ne sont pres- 
que pas ouverts a Kirman, en sorte que les nombreuses caravanes 
qui y arrivent traversent la ville sans y laisser de traces. Du 
reste, le musulman de Kirman est trop homme de plaisir pour 
songer sérieusement au commerce; et les Guèbres, qui ont beau- 
coup de dispositions pour ce genre d'occupation , obtiennent 
très difficilement la permission de sortir du pays, même pour 
aller a Téhéran. On les empêche surtout de visiter l'Inde, où 
l'état florissant de la communauté ignicole leur montrerait avec 
trop d'évidence la différence qui existe entre l'intolérance du 
régime musulman et la conduite éclairée d'un gouvernement 
chrétien, fort et grand, qui respecte la liberté de conscience. 
Il n'y a pas trop à s'étonner de l'indifférence avec laquelle les 
habitants de Kirman supportent l'état de médiocrité de fortune 
qui est général parmi eux; car la vie est à bon marché, le climat 
agréable, le vin capiteux et abondant, les femmes belles et faciles, 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. A33 

et le clergé très tolérant sur l'article de la boisson prohibée par 
le Roran. Le despotisme gouvernemental ne pèse même que sur 
les sommités sociales, en sorte que toutes les conditions d'une 
existence matériellement heureuse se trouvent ici a la portée de 
la majorité. Aussi Kirman a une réputation de pays de Cocagne 
bien établie en Orient; pour s'en convaincre, on n'a qu'à par- 
courir les inscriptions dont les voyageurs musulmans ont la manie 
de couvrir les murs des stations de postes. Dans toutes les autres 
parties de la Perse, ce sont des sentences philosophiques, des 
versets du Koran, des imprécations contre le premier ministre 
ou contre le gouverneur de la ville voisine, etc., tandis que sur la 
route de Kirman a lezd, l'albâtre des murs des stations ne repro- 
duit que des rimes louangeuses sur la beauté des dames du pays 
et sur la qualité de son vin. Il ne faut cependant pas croire que le 
Kirmanien ne songe uniquement qu'aux plaisirs matériels de cette 
vie; il est très enclin aux extravagances ihéologiques, et sur- 
tout aux recherches alchimiques. Cette dernière faiblesse est si 
grande, que sur dix habitants de Kirman trois dépensent certai- 
nement tout ce qu'ils ont en recherches laborieuses et patientes 
pour découvrir la pierre philosophale. Leur croyance dans la 
transmutabilité des métaux est inébranlable. J'ai beaucoup disserté 
avec eux sur ce sujet, et j'ai acquis la conviction que c'est plutôt 
à leur complète ignorance de la physique qu'à celle de la chimie 
qu'il faut attribuer leurs folles espérances de réussite par les 
moyens qu'ils appliquent à ce genre de recherches. Us n^orti- 
ront jamais du cercle vicieux où ils tournent, tant qu'ils ne renon- 
ceront pas aux idées erronées qu'ils se font des propriétés géné- 
rales des corps, telles que leur couleur, leur poids, leur densité, 
leur malléabilité, etc. Ainsi pour eux, le problème de la confection 
de l'argent consiste uniquement dans l'invention d'un moyen de 
solidifier le mercure sans altérer sa couleur et son éclat, et ils ne 
voulaient pas croire qu'il y a des températures auxquelles le mer- 
cure devient solide, sans passer pour cela à l'état d'argent. La 



â3Û PARnE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRAtE. 

nécessité d'avoir beaucoup d'alambics pour la distillation de l'eau 
de rose, qui est très bonne h Kirman, facilite ce genre de recher- 
ches. Cette industrie donne même un semblant de raison aux 
folles dépenses auxquelles ces manipulations alchimiques entraî- 
nent les crédules qui s'y livrent. Malheureusement, s'ils ga- 
gnent i fr. sur l'eau de rose, ils en dépensent 100 dans la pour- 
suite d'un but imaginaire. 

J'ai profité de mon séjour forcé à Kirman pour visiter le village 
de Mahan, célèbre par ses fabriques d'opium et par le tombeau du 
cheikh Ni'met-OuUah, le Nostradamus de la ,Perse. Il naquit le 
22redjeb de l'an 730 de l'hégire, et mourut à Mahan h la même date 
en 834, à l'àge de 104 ans. Il laissa une série de prédictions 
rimées, dont une est surtout très connue en Perse. C'est un 
tableau de l'avenir de ce pays où l'on croit reconnaître 'une prévi- 
sion exacte des règnes de Fetkh-Ali-ChalK de celui de Mouhammed- 
Chah, et enfin de celui du chah actuel. Selon lui, ce monarque 
portera le nom de Nassr-ed-din, régnera de quatre à cinq ans, et 
sera le dernier roi de la Perse. Comme preuve de l'exaclitude de ses 
prédictions, évidemment fausses quant à la durée du règne du 
chah actuel, les gens qui croient à ces prophéties ne manquent ja- 
mais d'observer : 1° que le chah porte un nom prédit par le cheikh 
et très peu commun en Perse; 2° que dans la quatrième année de 
son règne, il a manqué d'être assassiné par les Babis ; et 3° que 
Mouhammed-Chah et son prédécesseur ont régné exactement le 
nombi« d'années prédit par le saint. Mais on oublie toujours, 
dans ces sortes d'appréciations de prophéties, que la foi même 
aux rêves creux d'un vieillard ascète a pu contribuer a leur 
réalisation. Ainsi, Mouhammed-Chah lui-même avait une véné- 
ration sans bornes pour la mémoire du cheikh. Étant encore très 
jeune, et presque sans aucune chance de devenir roi, puisque son 
père Abbas IMirza était dans la force de l'àge et avait beaucoup 
plus d'inclination pour ses autres enfants, ce prince fit élever a 
grands frais un beau mausolée à l'endroit de la sépultui'e du cheikh, 



PARTIE MÉRIDIONALE DE tASlE CENTRALE. 485 

Il y fit construire aussi un acqueduc coûteux et un grand caravansé- 
rail, où les pèlerins qui viennent honorer les mânes du saint sont 
logés et hébergés gratis. Jadis la mosquée du cheikh possédait une 
riche bibliothèque, mais à présent les manuscrits sont tous enfer- 
més dans une chambre humide où ils sont détruits par les rats. 
J'ai acquis, par l'entremise d'un seïd, membre de l'administration 
du Vakfde celte mosquée, quelques feuillets d'un Koran coufique, 
et j'ai beaucoup regretté de ne pas avoir connu l'existence de cette 
collection de manuscrits au commencement de mon séjour à Kir- 
man ; j'aurais pu consacrer plusieurs jours a leur examen, car il 
n'est pas impossible que celte bibliothèque contienne quelques 
ouvrages rares. Mahan n'est éloigné que de 26 kilomètres de Kir- 
man, mais le pays qu'on traverse pour y aller est un désert pres- 
que aussi aride que le Lout. A moitié chemin, on a creusé un puits, 
où l'on a trouvé une bonne source d'eau a une profondeur assez 
considérable. Ce puits est confiée à la garde d'un pauvre vieillard 
qui distribue l'eau aux passants, et ijui vit d'aumônes. 

L'arrivée du nouveau gouverneur de Kirman, fils aîné du 
défunt prince Kahraman IMirza, me donna enfin le moyen de quit- 
ter celte ville, car je pus louer les chevaux qui avaient amené ses 
femmes et ses bagages. Nous partîmes de Kirman le 5 mai 1859, le 
jour de la fête de Ramazan, au moment même où le jeune Emir- 
Zadeh faisait son entrée dans le palais d'où nous sortions. 

La route de Kirman a lezd est tellement uniforme que je n'ai 
pi'esque rien à ajouter aux détails consignés à ce sujet sur la carte 
de mon itinéraire. Elle ne quitte pas une plaine élevée, dont le 
sol argileux et salin est souvent couvert de sable mouvant. A droite, 
pendant tout le trajet, on a une série de collines qui séparent 
cette plaine du grand désert de Lout, 'a gauche, s'étend la 
chaîne principale, qui, sous différents noms, tels que Kouhi-Paris, 
K. Méched et d'autres marqués sur la carte, s'élève comme un 
mur entre la province de Chiraz et celles de Kirman et de lezd, 
et conserve une direction constante î\. 60° 0. jusqu'au nord 



436 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

d'ispalian. Son élévation absolue doit êti'e assez considérable, car 
jusqu'à la fin de mai beaucoup de ses cimes étaient couvertes de 
neige. Les villages sont très rares dans la plaine que nous par- 
courions, en partie à cause des incursions des Beloudjs, mais prin- 
cipalement a cause du manque d'eau. Dans les quinze endroits habi- 
tés que j'ai marqués sur la carte, dont deux sont des caravansérails 
isolés, l'eaua été a menée de très loin à frais considérables , au moyen 
de galeries souterraines où l'on descend par des puits larges et pro- 
fonds. Quoique cette eau coule à une certaine profondeur, sa direc- 
tion est marquée sur le sol par une végétation plus abondante qui 
indique le cours souterrain. D'après notre levé, la distance 
entre lezd et Kirman est de 314 kilom. ; les Persans l'évaluent à 
72 fars., ce qui donne pour la longueur du farsang un peu plus 
de !i kilom. 1/3. Les stations de poste sont a Baghin (7 fars.), 
Robat [k fars.), Kaboutarkhan (4 fars.), Bahram abad (8 fars.), 
Kouch Kouli (8 fars.), Baïaz (5 fars.), Anar (5 fars.), Chimch 
(7 fars.), Kirman Cliahan (5 fars.), Seri-Iezd (il fars.), et lezd 
(8 fars.), 

Le plan de lezd, joint a ce mémoire, me dispense d'entrer dans 
de trop grands détails topographiques sur cette ville ; mais je 
dirai quelques mots sur son passé et sur son état actuel, d'autant 
plus que même M. Petermann, si exact et si circonstancié dans 
la description des endroits qu'il a visités, n'en dit que peu de 
mots. 

lezd est une ville d'une haute antiquité. Déjà d'Anville, avec sa 
lucidité habituelle, disait, page 277, vol. II de sa Géogr. ancienne 
abrégée, « qu'on peut reconnaître dans le nom lezd sur la frontière 
» de Kirman, celui d'Isalichae, quoique placée en Caramanie par 
» Ptolémée. » Istakhri rapporte celte localité au district de sa 
ville natale; d'autres, et avec eux d'Herbelot, la comptent parmi 
les cités du Khorassan. Cette indécision des géographes anciens 
et modernes au sujet du classement de lezd dans telle ou telle 
autre partie de l'empire persan, doit être exclusivement attribuée 



PARTIE MÉRIDIONALE DE LASIE CENTRALE. 437 

à sa position géographique, cette ville se trouvant située au 
point d'intersection des frontières des trois provinces de Kir- 
man, du Khorassan et de Fars. Jusqu'à nos jours encore les 
chahs de Perse confient indislinclement l'adininistralion de lezdj 
tantôt aux gouverneurs de Chiraz, tantôt à ceux de Kirman 
quelquefois même ils y envoient des fonctionnaires qui ne dé- 
pendent que de Téhéran. Sous le règne des lîalakouïdes, cette 
ville était souvent placée sous la juridiction des lieutenants des 
souverains monghols dans le Khorassan. Islakhri, et presque 
tous les géographes orientaux (voyez Barbier de Meynard, Dict. 
géogr. de la Perse, pag. 611) disent que le district de lezd avait 
pour chef-lieu Eetéh; or, actuellement aucune des localités des 
environs de iezd ne porte ce nom. Aussi je crois que, d'après la 
description qu'Istakhri donne de Ketha ou de Uauma-Iezd (voy . Buch 
der Lànder, pag. 68), il est permis de croire qu'il nommait ainsi 
la ville même de Iezd actuelle. [1 rapporte que la citadelle 
de Ketha ou Kelèh n'avait que deux portes, dont l'une était 
appelée porte d'Aherd et l'autre porte de la Mosquée. Celte 
dernière se trouvait dans le voisinage de la mosquée cathé- 
drale, située dans l'intérieur de l'enceinte fortifiée, et tout ceci 
est encore parfaitement exact de nos jours, comme on peut le 
■voir sur le plan annexé, où la mosquée en question est indiquée 
sous le n° 4. Il s'entend de soi - même que depuis le temps 
d'Istakhri ce temple a été plusieurs fois reconstruit; les 
inscriptions tracées jadis sur ses murs sont tellement frustes, 
qu'il m'a été impossible d'y déchifl'rer aucune date. Le plus ancien 
monument portant une indication chronologique, est la mosquée 
dite Mesdjiti Emiri Tchakmak. Dans la légende qui orne ses 
murs, on lit que cet édifice a été construit en 699 de l'hégire par 
ordre de l'émir Sounghour, fils d'Abdoullah Roumi. Voila à peu 
près tout ce que l'on peut dire sur les monuments de Iezd qui 
présentent quelque intérêt archéologique; car ni la coupole 
des Zenguain, ni le Bourdji Afghani, n'ont conservé aucune 

vu. S6 



i3S PARTIE MlRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

inscription. Le nom du premier de ces monuments rappelle la 
dynastie qui a régné à Chiraz, et dont le pouvoir s'étendait 
jusqu'au delà de lezd; le second est une fortification élevée lors 
de la première ou de la seconde invasion des Afghans, dont les 
troupes campèrent près de ce bastion. La partie de la ville qui 
offre actuellement le plus d'intérêt aux voyageurs est , sans 
contredit, le riche hazar voûté, autour duquel sont groupées les 
nombreuses manufactures d'étoffes, les teintureries elles fabriques 
de sucre candi, établissements qui cons-tiluentlabase de la richesse 
et de l'importance commerciale de lezd. 

Avant l'islamisme, cette ville était un des principaux centres du 
culte du Feu. Ses habitants ont gardé leur ferveur religieuse, même 
après avoir abjuré l'ancienne croyance de leurs pères, et dès les 
premiers temps de la conquête arabe lezd a été surnommé Dar- 
el-é'badet « cité de l'Adoration. » Les habitants sont très fiers de 
cette épithète et tâchent de la justifier par une intolérance ex- 
trême. M. Petermann a eu le désagrément de constater person- 
nellement l'impudence du fanatisme de la population de lezd j et 
quoique j'aie été plus heureux que lui sous ce rapport, je n'ai 
aucun doute sur la réalité et l'intensité des sentiments hostiles 
des iezdis a l'égard de tous ceux qui ne sont pas musulmans. Aussi 
leur rapport avec les ignicoles sont très cruels. Le meurtre d'un 
Guèbre par un musulman reste toujours impuni. Les parents de la 
\ictinie ne poursuivent même pas l'assassin devant les tribunaux; 
car ils savenl cju'une pareille démarche les exposerait à de fortes 
dépenses pécuniaires et à la vengeance certaine du meurtrier. 
Ils achètent bien cher le droit de garder leur ancienne croyance, 
et leurs prêtres évitent autant que possible de se montrer dans 
les quartiers habités par les musulmans, étant siàrs d'y être 
conspués et outragés de la manière la plus brutale. D'après ca- 
que m'a dit le Ketkhouda des Guèbres, on comptait, en 1859, 
£50 familles ignicoles à lezd et dans une quinzaine de villages 
de son district j mais leur nombre diminue rapidement, et je crois 



PARTIE JIÉRIDION'Ar.E DE I.'aSIE Ci'JTRAr.E. 439 

qu'on verra même avant la fin de ce siècle l'extinction complëte 
de leur communauté en Perse. Empêchés par la concurrence des 
musulmans de prendre une part active dans le commerce et 
dans l'industrie maniifaclurière, les Guèbres se livrent presque 
exclusivement au jardina2;e, et surtout à la culture du colon blanc 
et du coton brun. Je n'ai rencontré que dans cette partie de la 
Perse cette espèce de coton que les musulmans ne cultivent pres- 
que pas, d'autant plus que les étoffes tissues avec les fils de cette 
plante servent à la confection des habits dont le port est obli- 
gatoire pour les ignicoles. La crainte qu'a le clergé musulman 
de voir l'hérésie de Zoroastre infecter la foi des vrais croyants, 
est telle qu'ils ne permettent pas aux Guèbres d'avoir un temple 
deFeuàlezd; à peine tolèrent-ils qu'ils en aient un a Taft. 

Ce village considérable est situé a k farsangs au sud-ouest de la 
ville, et il est renommé pour ses fabriques de feutres et pour ses 
mines de plomb. M. Grevvinck a publié, dans son ouvrage sur la 
géologie de la Perse septentrionale, une description de la route qui 
conduit de lezd a Taft, d'après les renseignements qui lui ont été 
fournis par le docteur Buhse. MM. Abbott et Petermann ont aussi 
donné quelques détails sur ce village, en sorte que je me bornerai à 
observer qu'il a servi pendant longtemps de résidence au fameux 
cheikh Ni'met Oullah deMaban, et que l'on y voit encore les ruines 
de l'immense palais où le cheikh enseignait la religion et les prin- 
cipes du soufisme à ses nombreux disciples. Je terminerai cette 
digression par quelques mots sur la fameuse caverne de Taft, 
connue en Perse comme une des plus riches mines de plomb. 

M. Gœbel a visité cette localité curieuse, et il y a découvert des 
gisements de turquoises. A Taft, on m'a montré un petit ouvrage 
persan intitulé Toouhidi mufassal, où il est rapporté que pendant 
la domination dos Monghols un vizir du Khakan, amateur de 
minéralogie, cliargea un homme connu par sa véracité de visiter 
cette caverne pour l'informer de ce qu'il y verrait. Cet individu 
s'y rendit avec deux habitants de Taft, et ayant ordonné à l'un 



âiO PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

d'eux de l'attendre jusqu'au soir h l'entrée de la grotte, il y 
pénétra avec l'autre villageois. Une galerie qui s'enfonçait rapi- 
dement sous la montagne les conduisit dans un vaste assemblage 
de cavités spacieuses rayonnant à perte de vue dans toutes les 
directions. Un conduit semblable à la première galerie aboutis- 
sait à l'une de ces cavités et débouchait dans une caverne étendue, 
où une abondante veine d'eau jaillissait d'une fissure latérale. 
Un vaste bassin formait le fond de cette caverne, et son eau, 
s'écoulait par un des bords de ce réservoir qui tombait avec un 
bruit sourd dans un gouffre qui semblait être très profond. Un 
étroit sentier, où à peine on pouvait placer le pied, permit aux 
explorateurs de faire le tour d'une partie du bassin et de continuer 
leurs recherches. Après avoir parcouru une suite de cavernes 
plus ou moins spacieuses où l'on risquait de s'égarer à chaque 
pas, ils entrèrent dans une grotte où ils aperçurent des squelettes 
humains et quelques lambeaux de vêtements a demi pourris, tristes 
dépouilles de quelques-uns de leurs hardis prédécesseurs qui y 
avaient perdu !a vie. Bientôt après, l'un des explorateurs, celui qui 
portait la torche allumée, fit une chute et la torche s'éteignit. Restés 
dans une profonde obscurité, ils fii'ent de vains efforts pour rallu- 
mer leur flambeau j ne pouvant y réussir, ils résolurent néan- 
moins de continuer leur exploration en s'avançant a tâtons. Ils 
parvinrent ainsi dans une cavité k base carrée, faiblement éclairée 
par une fissure latérale. Un immense bloc détaché de la voûte 
de cette caverne gisait sur le sol, et bouchait, à ce qu'il parut aux 
explorateurs, l'entrée d'un passage qui conduisait probablement 
à d'autres cavités souterraines. Ayant fait plusieurs fois le tour 
de ce rocher sans avoir pu trouver aucune issue nouvelle, ils 
résolurent de revenir sur leurs pas, d'autant plus que leur 
montre^ qu'ils n'avaient pas eu le loisir de consulter jusque-là 
leur indiquait qu'il était une heure de la nuit, et qu'ainsi ils 
avaient marché pendant plus de douze heures. Les spécimens de 
roches qu'ils apportèrent avec eux permirent d'établir que les 



PAKTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. llhi 

cavernes qu'ils avaient visitées, contenaient des gisements de 
]apislazuli et du minerai d'argent. 

Je ne sais à quel point celte relation écrite est authentique 
quant à ses détails historiques, du reste assez vagues j mais elle 
me semble porter un certain cachet de vérité, et j'ai cru utile de 
la rapporter en extrait, dans l'espoir qu'elle pourra servir à 
quelqu'un des voyageurs qui viendront après moi dans cette partie 
de la Perse. 

La route entre lezd, Ispahan et Téhéran a été trop souvent 
examinée pour qu'il soit utile d'en parler de nouveau. Dernière- 
ment encore, elle a été très bien décrite par M. Petermann, le 
savant explorateur de Damas et du pays des Druzes (1). Je termi- 
nerai donc ce mémoire par un tableau succinct des propriétés 
physiques de la partie méridionale de VAsie centrale, et je com- 
mencerai par préciser le sens qu'il faut, selon moi, attacher à ce 
terme géographique. 

Cette dénomination est assez moderne ; les pays que nous dési- 
gnons actuellement par ce non) étaient appelés aulrefois Asie su- 
périeure, haute Asie, Tartarie indépendante, etc. C'est seulement 
depuis qu'Alex, de Humboldt, MM. Murchison, de Verneuil, 
Ehrenberg, Rose, etc., ont exploré quelques parties de cette vaste 
région, qu'on a senti le besoin de créer un mot spécial pour 
la désigner dans son ensemble, el que l'on a adopté l'expression 
d'Asie centrale. Il semblerait au premier abord qu'en introdui- 
sant dans ce ternie l'idée géométrique si précise de centre, on 
excluait toute possibilité de confusion; il n'en est pas ainsi. 
Le centre d'une figure est un point qu'on conçoit aisément et 

(1) Voy. Reisenim Orient, Leipzig, 1861, l. II, p. 210 à 220. 

Je profite de celle occasion pour faire remarquer que la page 249 de ce Mémoire, où je 
dis que « Dupré est le seul voyageur européen qui ait décrit la route de Chiraz àlezd » était 
jmprimée avant la publication du t. II de l'ouvrage cité du savant professeur de Berlin, qui 
donne aussi des détails très intéressants sur la nature des pays situés entre ces deux villes. 
(Voy. p. 183-210, chap. 11 et 12.) 



ii2 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. 

avec une grande netteté ; mais une région centrale, c'est-a-dire 
une surface qui comprend ce point central et l'entoure, ne se pré- 
sente clairement à l'esprit qu'à condition de bien préciser ses 
limites. Là était toute la difficulté. On sentait bien qu'il était 
impossible de se contenter d'une délimitation arbitraire basée sur 
un éloignement constant et purement conventionnel d'un péri- 
mètre quelconque de ce point central; car il ne s'agissait pas ici 
d'une surface géométrique, dont tous les points qui satisfont à une 
condition donnée sont égaux entre eux: maison avait affaire à une 
surface dont les diverses parties jouissaient de propriétés phy- 
siques différentes. 11 était évident, dès lors, qu'il fallait trouver 
dans les régions du continent asiatique, disposées autour du 
milieu de cette partie du globe, quelques points de ressemblance 
qui permettraient de les réunir sous un seul nom généi'ique. Or, 
en examinant la carte de l'Asie, on voit qu'il y a d'énormes terri- 
toires dont les fleuves se déversent dans l'océan Glacial, d'autres 
où ils se dirigent vers l'océan Pacifique ou vers l'océan Indien, et 
enfin une région intérieure contenant des bassins isolés. Si l'on 
réunit par des lignes droites les sources des petites rivières qui 
se déversent dans le golfe Persique, à celles de l'Euphrate, du 
Kour, du Volga, de l'Obi, de la Lena, de l'Amour, du fleuve 
Jaune, du Brahampoutra, du Gange et de l'Indus, on obtient 
un immense périmètre qui comprend cette région debassins médi- 
terranéens, ne conununiquant ni entre eux, ni avec aucun des 
océans qui baignent les côtes de l'Asie. Je crois donc qu'il serait 
plus rationnel d appliquer le terme géographique d'Asie centrale k 
l'ensemlile de la région comprise dans ce vaste périmètre, où se 
trouvent les lacs de Van, d'Ourmiah, la Caspienne, le lac d'A- 
ral, etc., comiiie j'ai eu 1 honneur de l'exposer dans une com- 
munication présentée à rAcaùémie des sciences le 9 avril 1860. 
Cette manière de voir justifie la dénomination de partie méridio- 
nale de l'Asie centrale que j'ai appliquée au K.horassan. 

Chez les géographes arabes, les limites de cette province n'a- 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. Ù43 

■valent rien de bien déterminé ; quelques-uns d'entre eux compre- 
naient dans le Khorassan toute la Transoxiane et l'Afghanistan, 
c'est-a-dire confondaient sous un seul nom des pays 1res distincts 
par leurs propriétés physiques et par leur caractère orographique. 
Celle confusion provenait en partie du manque de données exactes 
sur la configuration de ces pays,el en partie aussi du peu de valeur 
qu'on attachait alors, et même tout récemment, aux particulari- 
tés orographiques de la surface du globe. En effet, si l'on jette un 
regard sur la carte annexée à ce mémoire, on verra qu'au sud- 
ouest le Khorassan est complètement séparé des autres provinces 
delaPerse. Celtelimite est formée par la chaîne de montagnes que 
nous avons relevée entre Kirman et lezd, laquelle, dépassant sou- 
vent la ligne des neiges éternelles, suit avec une constance remar- 
quable, depuis l'océan Indien jusqu'à sa rencontre avec le petit 
Caucasi;, une direction qui coupe le méridien sous un angle de 30 
à kO degrés. Au nord, cette province est limitée par le grand sou- 
lèvement lalitudinal qui va de l'Ilindou-Kouch au Démavend, et 
à l'orient, par les embranchements de Illindou-Kouch qui bor- 
nent à l'ouest les terrasses de l'Afghanistan; enfin, au sud, par 
les monts du iîéloudjislan, dont la direction et la constitution sont 
assez peu étudiées. Ce trapèze, qui n'a pas moins de 350000 kilo- 
mètres carrés, se subdivise naturellement en quatre terrasses pré- 
sentant chacune une dépression. Celle du nord-ouest, qui com- 
prend le grand désert salé situé entre les villes de Kachan, Koum, 
Damghan, Tourchiz et ïébès, est la plus vaste. Le point le plus 
bas de ce plateau, point que nous n'avons pas visité nous-mème, 
est indiqué par la direction des cours d'eau qui, des confins de 
la terrasse se portent vers l'intérieur, et il doit se trouver 
sur la ligne droite qui joint les villes de Bastam et de Tébès. Ses 
limites au nord et à l'occident ne s'abaissent nulle part au-des- 
sous de 900 mètres d'altitude absolue, tandis que la hauteur 
de ses limites au sud et k l'est est d'à peu près 600 mètres ; consé^ 
queniment sa pente moyenne est dirigée du nord-ouest au sud-est. 



Ithà PARTIE MÉRIDIONALE DE L'aSIE CENTRALE. 

La seconde terrasse comprend le désert deLout; elle s'étend, 
comme nous avons vu, entre les villes deNih, Bendan, Tébès, lezd 
et Kirman. Son point le plus bas se trouve sur la droite qui joint 
Khabis et Nih. C'est, sans le moindre doute, la dépression la plus 
profonde de tout le Khorassan, car la hauteur absolue de sa limite 
septentrionale varie de 900 à 1200 mètres; sa limite du sud-est, 
a Dihi-Seif, n'a que 380 mètres, et son point le plus bas n'a très 
probablement que 120 ou 150 mètres d'élévation absolue. Sa 
pente moyenne est dirigée du nord-nord-ouest au sud-sud-est. 

La troisième terrasse est celle du Séistan, limitée au nord par 
la ligne de partage entre les pentes du nord et celles du sud, 
crête qui s'étend entre Sebzar etBirdjand. Cette dépression atteint 
son point le plus bas dans le lac de Hamoun (471 mètres); sa 
pente, extrêmement douce, est dirigée du nord au sud, et elle se 
distingue de toutes les autres par son extrême richesse en eau. 

Enfin, la dernière terrasse, la plus petite de toutes, qu'on peut 
même considérer comme une espèce de vallée, est située entre les 
villes deKhaf, de Toun.deBirdjand, le village de lezdounetHérat. 
Sa limite méridionale a une élévation moyenne de 760 mètres, et 
celle du sud de 518; sa pente est dirigée du sud - ouest au 
nord-est. 

11 ne faudrait pas croire cependant, d'après ce que nous venons 
de dire, que ces divisions naturelles du sol khorassanien soient 
partout séparées par des limites très marquées; bien au contraire, 
il arrive souvent que le voyageur passe de Tune à l'autre sans 
s'en douter. Ce n'est que le changement dans la direction de la 
pente des ravins et celui des courants d'eau, qui l'avertissent du 
passage d'une terrasse à une autre. Toute naturelle qu'est cette 
division, elle n'a pu être constatée qu'après que tous les levés que 
nous avons faits dans cette partie de l'Asie ont été discutés et 
orientés, d'après le réseau de plus de 1200 triangles qui ont servi 
de base à nos ti'avaux topographiques. 

La chaîne latitudinale qui traverse le nord du Khorassan n'est 



PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. tlllà 

pas seulement une limile orographique, elle coïncide avec la ligne 
isotherme de 12 degrés centigrades, qui, passant dans l'islhme 
caucasien par Tiflis et Bakou, entre le li^' et le [\ï° degré de lati- 
tude septentrionale, s'infléchit brusquement près de cette dernière 
ville vers le sud, comme l'a déjà observé M. Abich, et, en suivant 
la côte occidentale de la Caspienne, n'entre dans cette mer qu'a 
la hauteur de Lenkoran, sous le 38° degré de latitude septentrio- 
nale. A Méched, elle touche le 36= degré, et a Hérat le ok°, 
et ce n'est qu'k Boukhara et à Pékin que nous la retrouvons de 
nouveau sous le 39° degré de latitude boréale. Cette coïncidence 
de la limite septentrionale du Khorassan avec cette isotherme, 
mérite, sous beaucoup de rapports, l'altention des physiciens et 
des géographes, car elle constate un fait assez singulier dans la 
distribution de la chaleur sur la surface du continent asiatique. 
Si l'on accepte la latitude d'Orembourg, ou plutôt le 52= degré 
de latitude comme une limite septentrionale des plaines de l'Asie 
centrale, et que l'on remarque que la température annuelle des 
contrées situées dans le voisinage de ce parallèle et du méridien 
de la ville susmentionnée est de 5 a 6 degrés centigrades, on 
voit que dans toute la zone des steppes des Kirghiz et des Tur- 
comans, large de 16 degrés d'équateur, la température de l'année 
varie en tout de 6 à 7 degrés centigrades. Ceci peut assez bien 
s'expliquer par la différence des latitudes et de l'élévation ab- 
solue de ces deux limites, Méched étant de 823 mètres au-dessus 
d'Orembourg. Mais il est beaucoup plus difficile de se rendre 
compte pourquoi, au sud de Méched, l'indice des lignes isothermes 
augmente si rapidement, et comment a Tébès, par exemple, et 
, sur toute la limite septentrionale du Lout, il atteint le chiflre con- 
sidérable de 18 à 20 degrés centigrades, c'est-a-dire qu'il varie, 
dans cette bande large seulement de 2 degrés, un peu plus que dans 
la zone de 16 degrés de largeur dont il vient d'être question. 
Même, en prenant en considération la différence d'élévation des 
villes de Tébès et de Méched, dont la première est a 300 mètres 

VII. 57 



446 PARTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE GENÎTRAIE.. 

au-dessous de laiseconde, il ne sera pas, facile d'assigner une raisoni 
a cetite anomalie météorologique, et certes je ne le tenterai même 
pas avant que toutes les observations physiques', faites pendant 
notre expédition, ne soient convenablement réduites et publiées. 
Mais dès a présent je n'hésite pas k avancer, que l'absence com- 
plète' de végétation et d'eau dans le Lout, son grand cchaufl'e- 
ment pendant le jour, la profondeur a laquelle la chaleur solaire 
y pénètre dans le sol, et peut-être même la configuration de sa 
surface, joueront un grand rôle dans l'explication de ce phénomène 
climatologique. Partout oîi l'influence thermique de celle chaude 
terrasse se fait sentir, nous voyons la température annuelle s'éle- 
ver bien au-dessus de la valeur qu'elle a dans les endroits voisins, 
mais abritée contre son influence immédiate par quelques acci- 
dents de terrain. Celte action est encore très manifeste dans le 
Mazanderan, où les courants d'air chauds et secs^, qui s'écoulent 
du Lout vers le nord-ouest, produisent une évaporation rapide 
sur toute la surface méridionale de la mer Caspienne. Tra- 
versés par les vents froids du nord, ces couches d'air saturés de 
vapeurs produisent des pluies abondantes et chaudes, qui entre- 
tiennent une végétation presque tropicale sur la côte du Talich, 
du Ghilan et du Mazanderan. iNous pouvons poursuivre la marche 
de ces courants atmosphériques engendrés dans le Lout jusqu'à 
Bakou et Derbend, où l'on a constaté le passage périodique d'une 
espèce de sirocco soufflant deux fois par an du sud-sud-est au nord- 
nord-ousst. Au delà, l'influence frigorifique du nord est trop pré- 
pondérante, et la côle septentrionale de la Caspienne, à partir de 
Derbend, prend complètement le caraclère du climat excessif de 
l'Asie septentrionale. Mais si, pour les contrées assez éloignées dii 
Lout, l'action de ia chaleur qui s'y développe est bienfaisante, il 
n'en est pas ainsi pour les localités situées dans son voisinage 
immédiat. Adnsi, àRhabis, personnene peut impunément s'exposer 
en été au vent qui souffle du désert, car aussitôt que ce courant 
d'air, presque absolument sec, atteint les organes, respiratoires 



PARTIE MÉHIDIONALE DE l'aSIE CI iVTEALE. /l/l7 

de l'homme , l'individu éprouve un vertige, et au bout de quel- 
ques instants il\perd connaissanoeiet meurt, s'il n'est pas immé- 
diatement soustrait à l'influence destructive de ce vent pestilen- 
tiel. 

Sans entrer dans trop de détails météorologiques, incompatibles 
fliwec lie but purement géographiqiïe dcce mémoire, je me borne- 
rai h observer, pour caractériser la chaleur excessive qui règne en 
été dans cette partie de l'Asie centrale, que près de Méched nos 
provisions de stéarine et de sulfate de soude ont été liquéfiées 
•par l'action de la chaleur de l'air, ce qui suppose que la tempéra- 
ture des coffres où elles étaient conservées avait dépassé 65°, 5 cen- 
tigrades. Dans le Lout, au mois d'avril, à midi, la température 
delà surface du sol au soleil avait 38 degrés centigrades, et à 
50 centimètres au-dessous de cette surface 36 degrés centigrades. 
En hiver, à Méched et a Hérat, le thermomètre descend souvent 
jusqu'à '18°7â centigrades au-dessous de zéro; mais, comme j'ai 
eu l'occasion de l'observer, ce froid ne dure pas longtemps. Près 
de Kirman, ainsi que nous l'avons vu, M. Abbott a constaté le 

4/1- janvier une température de '1°,67 centigrades, mais comme 

toutes les glacièi'es de la ville sont approvisionnées par la glace 
qui se forme dans des bassins creusés dans leur voisinage, on peut 
dire positivement que chaque hiver l'eau y gèle à plusieurs 
j'epriscs. 

La distribution deJa sécheresse pa'ésente beaucoup plus d'uni- 
formité. Sur la côte .méridionale de la mer Caspienne, la salura- 
Jàfin de l'air est itrès. grande-, elle varie entre 80 et 90 "/q- Mais dès 
qu'on entre dans les montagnes elle devient moindre et ne dé- 
,passe guère 60 7o> ^^ peine les a-t-on franchies pour descendre 
dans les plaines du Khorassan, à Chahroud, celte saturation est 
comprise entre les limites de 20 et !i2 °/g. line fois seulement,,* 
après une pluie abondante , .elle est montée à 35 "/gj mais par 
contre, M. Lenz y a consigné dans son journal 14 "/g. A Méched, 
'OÙ nous avons séjourné pendant les mois les plus cha;uds de 



âiS PARTIE MÉRlDIONAtE DE l'aSIE CENTRALE. 

l'année, la saturation de l'air n'était jamais descendue au-dessous 
de 20 "/o? maisaus&i n'a-t-elle jamais dépassé "25 "/j. Dans le désert, 
au mois d'avril, nous avons trouvé seulement 11,2 "/o- A Kirmah, 
la saturation de l'air variait de 16 à 20 "/g. 

La particularité la plus frappante du climat de ces contrées est 
la constance de la pression atmosphérique; le baromètre oscille 
très peu dans le courant des vingt-quatre heures et même durant 
presque toute l'année, car j'ai trouvé k iVIéched, en été, presque 
les mêmes valeurs pour les hauteurs de la colonne barométrique, 
-que celles qu'on obtient en réduisant au baromètre les points 
d'ébuUition qui y ont été observés par Fraser en Mver. 

Ces propriétés, pour ainsi dire exceptionnelles, du climat de 
cette partie de l'Asie centrale, produisent beaucoup de phéno- 
mènes météorologiques peu fréquents dans d'autres parties du 
continent asiatique. Nous mentionnerons ici en peu de mots, 
quelques-uns des plus frappants tels que les trombes de pous- 
sière, le brouillard sec, les pluies qui n'arrivent pas k la surface 
de la terre, et les nuages de poussière. 

Le premier de ces phénomènes n'est rare nulle part ; mais 
comme je ne l'ai jamais vu se produire ailleurs avec autant de ré- 
gularité qu'ici et se développer avec autant de puissance, j'en 
dirai quelques mots. Entre 9 et 11 heures du matin, selon la cha- 
leur du jour, on voit se former k la surface de la plaine de petits 
tourbillons dépoussière, qui augmentent rapidement en hauteur 
et en volume jusqu'à 2 heures de l'après-midi. Presque toujours 
doués d'un faible mouvement de translation, ils s'élèvent à de 
grandes hauteurs et ont la forme de cônes renversés, a base plus 
ou moins large. La force ascensionnelle qui enlève la poussière du 
sol et lui fait parcourir un chemin contournant en hélice la sur- 
■•^face du cône du tourbillon, n'est jamais très grande ici; dans les 
déserts de la Transoxiane, où ce phénomène est beaucoup moins 
fréquent, les courants d'air qui le produisent ont infiniment plus 
de force. Je me souviens que dans le Kizyl-kouni, m'étant trouvé 



PAKTIE MÉRIDIONALE DE l'aSIE CENTRALE. Ilh9 

dans une de ces trombes, j'ai eu mon turban arraché de ma tête 
et porté à une assez grande hauteur, tandis que jamais chose 
pareille ne m'est arrivée dans le Khorassan, où je me suis trouvé 
une centaine de fois au centre de ces typhons. Etant au milieu 
d'un pareil tourbillon, on éprouve toujours une différence sensible 
entre la température a l'extérieur du cône de poussière et celle de 
son intérieur. La même chose a été observée par M. Masson a 
Kaboul, où il dit avoir remarqué constamment un abaissement de 
température notable quelques instants avant qu'une trombe de 
poussière passât par cette ville. Or, en rapprochant ces deux faits, 
1° l'apparition de ces trombes toujours après que la température 
des 2i heures a passé par sa valeur moyenne, et 2° la différence 
de la température à l'intérieur et à l'extérieur de la trombe tou- 
jours plus grande en dedans qu'en dehors de son enveloppe, on 
est porté k croire que ce phénomène est produit par les courants 
ascendants qui sont engendrés dans les différentes parties de la 
plaine par réchauffement inégal du sol. Si un courant de celte 
nature en rencontre un autre qui se meuve en rasant le sol, avec 
une vitesse égale ou peu différente de la sienne le choc des molé- 
cules d'air déplacées par ces deux courants ne peut leur communi- 
quer qu'un mouvement rotatoire. Ces tourbillons portent souvent 
les parcelles les plus ténues de la poussière a des hauteurs consi- 
dérables, et ces particules, k cause de l'exiguïté de leur masse, 
retombent très lentement sur la terre. Leur accumulation dans 
l'air produit cet affaiblissement de transparence qu'on nomme 
brouillard sec, et qui disparaît toujours après une forte pluie. 
Pour m'en convaincre, j'ai profité de la seule averse que nous 
ayons eue k Méched; l'on me permettra de rapporter ici mon 
expérience en détail. 

Après une longue série de jours chauds et secs, pendant les- 
quels le ciel restait parfaitement serein, le brouillard sec devenait 
de plus en plus épais; le 22 juillet, des nuages commencèrent k 
se former au-dessus de Méched, et à 2 heures de l'après-midi 



lÙâO BAKIIE lUÉRIBIONAIiE DE LABIE CENIRAXE. 

une pluie torrentielle vint .rafraîchir l'air. .Ayant laissé passer 
les premières dS minutes de pluie, pour lui donner le temps 
d'aballre les couckes de poussière qui recouvraient les toits des 
maisons voisines, je plaçai sur le sol de la cour oîi j'observais, 
et loin de tout mur, un bol de faïence parfaitement propre, oîi 
je trouvai, après que la pluie .eut cessé, une couche d'eau de 7 à 
8 millimètres au fond de laquelle on voyait un dépôt terreux 
d'un millimètre d'épaisseur à peu près. Cette poussière n'avait 
pu pénétrer dans le vase qu'avec les gouttes de pluie qui 
tombaient •presque verticalement. J'ai à peine besoin d'ajou- 
ter qu'immédiatement après cette averse, l'air devint parfaite- 
ment transparent. 

La grande sécheresse de l'air explique un autre phénomène 
météorologique que je n'ai observé que dans le Khorassan. Il 
arrive qu'on se trouve sous un nuage pluvieux qui se dis- 
sout en pluie sans que le sol en soit humecté, car presque 
toutes les gouttes s'évaporent avant de parvenir à terre, et à 
^eine sideux ou trois idîentre elles, évidemment les plus grosses, 
tombent a derares intervalles, comme pour prouver qu'il ne s'agit 
pas ici d'une illusion d'optique, mais bien d'une pluie véritable 
qui se vaporise dans l'air. 

Les înuages de poussière, d'après ce que l'on m'a dit, sont assez 
fréquents idans la. Perse méridionale, mais je n'en ai vu que deux, 
l'un près de ïébriz, au mois d'août ou de septembre de l'année 
1856, et l'autre le 12 avril de l'année 1858 à Séri-lezd. Comme 
ce phémomènfi n'a été constaté en Asie, à ma connaissance, que 
par quelques vioyageurs dans l'Inde, je crois ut'ile de donner la 
description du dernier dont j'ai été témoin. Toutefois je préviens 
que ce phénomène me paraît très difficile k expliquer, et je ne 
me .permettrai même de formuler aucune hypothèse a ce sujet. 

Vers les quatre heures^de l'après-midi du jour mentionné plus 
haut, urne masse de poussière de couleur brune apparut k l'horizon 
nord~€st, et, seiablaMe k une muraille élevée et compacte, s'ap- 



PARTIE AlÉRlqiONALE DE l'aSIE CENTRALE. i51 

procha lentement du village de Seri-lezd sans que le baromètre 
eût éprouvé aucune variation notable. Ce mur mouvant se proje- 
tait sur le bleu du ciel comme un long parallélogramme dont on 
ne voyait que l'un des angles, et au fur et a mesure qu'il s'appro- 
chait de nous on pouvait apercevoir sur sa surface des trombes 
effilées qui semblaient précéder la masse principale de la pous- 
sière. Quand ce nuage ne fut qu'a un kilomètre du village, l'air 
commença a s'obscurcir, et l'affaiblissement de la lumière croissait 
très vite, en sorte que quand la partie centrale de cette onde 
poudreuse traversa Séri-lezd, l'obscurité fut plus complète que 
pendant une éclipse totale de soleil. Ce ne fut qu'avec la plus 
grande difficulté que je pus distinguer l'heure sur le cadran de 
ma montre. Le passage de ce nuage de poussière dura à peu près 
cinq minutes, et le baromètre ne vaçia pas plus pendant le phéno- 
mène qu'auparavant. La force du vent était assez grande, mais 
n'avait rien d'extraordinaire, et pas un arbre des jardins du village 
ne fut brisé ; enfin le thermomètre descendit comme il le fiit d'or- 
dinaire quand les nuages interceptent les rayons du soleil. La fin 
du phénomène fut suivie des mêmes indices j seulement l'ordre 
dans lequel ils se produisaient était renversé. Les champs et les 
maisons du village étalent recouverts d'une épaisse couche de 
poussière argileuse très ténue. 

Ayant exposé dans ce mémoire les principaux résultats géogra- 
phiques obtenus pendant mon voyage dans le Khorassan, je me 
propose de traiter dans un second travail la question ethnogra- 
phique de cette contrée, qu'on peut considérer, en quelque sorte, 
comme le berceau delà race iranienne. 



RECHERCHES 



SUR 



TYR ET PALiETYR 



PAR 



P. A. POULAIN DE BOSSAY, 

Ancien Professeur d'histoire et de géo^aphic, ancien Proviseur du Ijcée Sai;:t-Louis, 
Recleur honoraire, membre de la Corumîssîon centrale do laSociclé de géo^'rapliie Je P;iris. 



r^ 



RECHERCHES 



SUR 



TYR ET PALtETYR 



CHAPITRE PREMIER. 



EXPOSÉ DE lA QUESTION. 



Par sa haute antiquité, par le nombre et l'importance de ses 
colonies, par l'immensité de son commerce et par ses prodi- 
gieuses richesses, enfin par la durée des sièges qu'elle a soutenus, 
Tyr est célèbre entre toutes les autres villes de la Phénicie. 

Nul ne le conteste. 

Mais, dit-on, il a existé deux villes de ce nom : Tyr insulaire 
et Tyr continentale ou Palœtyr. Quelle a été l'origine de ces deux 
villes? L'une a-t-elle donné naissance à l'autre? Ont-elles fleuri 
simultanément? Laquelle a été tant vantée par les prophètes, les 
historiens et les poëtes? Si la célébrité de ces deux villes a été 
successive, à quelle époque l'une d'elles a-t-elle commencé à dé- 
choir et l'importance de l'autre s'est-elle accrue? ou bien enfin, 
dans l'antiquité, lorsqu'il est question de Tyr, s'agit-il constam- 
ment de la même ville ? 

Ici le dissentiment commence. 

11 faut le reconnaître, pour la majorité des auteurs français, 
toutes ces questions semblent avoir été résolues d'une manière 
péremptoirej et depuis RoUin, dans les ouvrages qui traitent de 



i56 RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 

l'histoire ancienne, le plus souvent on trouve exprimé, sans au- 
cune forme de doute, que Nabuchodonosor, roi de Babylone, 
s'étant emparé de la ville de Tyr, située sur le continent et jadifr 
fondée par les Sidoniens, les habitants se sauvèrent dans une île 
voisine. Après le départ des Babyloniens, les Tyriens restèrent 
dans l'île, la ville qu'ils avaient bâtie devint tloi'issante, et la ville 
abandonnée, déchue de sa grandeur première, ne fut plus connue 
que sous le nom de Palœtyr, c'est-à-dire vieux Tyr. 

Les auteurs modernes étant presque unanimes à ce sujet, il ne 
peut venir quelque doute à l'esprit sur la vérité de ce récit qu'en 
lisant certains écrits peu connus et rarement consultés, et mieux 
encore en prenant connaissance des sources historiques; mais 
alors, si l'on apporte un peu d'attention a l'élude et à la compa- 
raison des auteurs anciens qui ont parlé de Tyr, on ne tarde 
pas a se convaincre que les historiens modernes ont accepté et 
propagé une erreur. 

Cependant, après avoir lu les textes des auteurs qui se sont oc- 
cupés de Tyr, après avoir acquis la conviction que Tyr insulaire 
existait avant Nabuchodonosor, et que c'est de cette ville et d'elle 
seule qu'ils ont parlé quand ils ont célébré, a toutes les époques, 
la richesse et la puissance de la métropole de la Phénicie, il me 
restait encore un scrupule; l'unanimité des historiens modernes 
était pour moi chose imposante, et il me semblait que, sans une 
excessive présomption de ma part, je ne pouvais dire que seul 
j'eusse raison contre tous. 

Ce scrupule m'a amené à rechercher par qui l'erreur a été intro- 
duite, comment elle a été propagée et s'est perpétuée jusqu'à pré- 
sent ; je crois l'avoir trouvé. Levoici. 

Dans un ouvrage de controverse religieuse, publié en 1528, 
Althamer, connu sous le nom de Brentius, est le premier, je crois, 
qui ait émis l'opinion que Tyr insulaire fut fondée après la ruine 
de Tyr continentale. Un siècle plus tard, Coccéjus reproduisit 
vaguement cette opinion qui passa inaperçue, noyée qu'elle était 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. Ù57 

dans de volumineux écrits d'une théologie mystique (1). Elle 
reparut dans le Canon chronologique que Marsham tit paraître en 
1672 (2). Probablement le savant anglais connaissait imparfaite- 
ment les travaux de Brentius et même ceux de Coccéjus, son con- 
temporain, puisqu'après avoir discuté les textes des prophètes et 
le commentaire de saint Jérôme, il s'étonne de ce que, avant lui, 
il n'est venu dans l'esprit de personne que c'est Tyr continentale 
ou Palœtyr qui fut assiégée par le roi de Babylone. Toute sa dis- 
cussion a pour but de prouver que les Tyriens, chassés de leur 
ville continentale, passèrent dans une île voisine, et qu'ainsi la 
ruine de l'ancienne Tyr fut l'origine de la nouvelle : « Tyrii an- 
» tiqua sede pulsi transmigraverunt in insulam ; destructio veteris 
» Tyri fuit origo novae.» 

Hardi novateur, Marsham avait attaqué bien des croyances 
admises, avait émis bien des idées nouvelles; quelques-unes de 
ses conjectures furent acceptées avec faveur; sur d'autres points, 
'}\ fut combattu avec violence. Quoi qu'il en soit, son travail, plein 
d'un savoir incontesté eut beaucoup de retentissement parmi les 
savants; et quant a son opinion sur Tyr, ^'itringa nous ap- 
prend (3) qu'elle fut embrassée avidement par quelques érudits; 

(1) André Allhamer, connu sous le nom de Brentius : AiaXXayr!, sive conciliatio 
locorutn Scriplurœ qui prima [acte inler se puynare videntiir. Nuremb., 1 528. — Ezecliiel, 
cap. xxvMi, vers. 1 8 : » Nam vêtus Tyrus, postqaam Nabuchadnazar eam expugnavit, 
« nunquam sic restituta est ut antea fuerat; sed post 70 annos vastationis ejus instau- 
» rata fuit alia nova Tyrus in alio loco, quatuor stadiis a conlinenti, de hujus igitur Tyri 
» instauratione Isaias prophetat. » Cap. xiiu, vers. 17. — Johannis Cocceji, Opéra anec- 
dota, theologica et philologica, Amstelodami, 1706, 2 vol. in-fol. Mediiationes in pro- 
pheliam Isaiœ, cap. xxiii, p. 519 : « De qua-(urbe) hîcsermo, ambiguum doctis.» Coc- 
céjus pose la question plutôt qu'il ne la résout. Au reste, il entend la prophétie dans un 
sens mystique et non historique. Pour lui, Tyr est la métropole du royaume de l'Anté- 
christ; c'est Romel 

(2) Chronicus canon jEgyptiacus Ebraicus, et disquisitiones D. Johannis Marsham. 
Londini, 1672, ad saeculum XVIII, p. 537-539, alias. 576-578. 

(3) VitriDga, Commenlaritts in librum propheliarum Isaiœ..., etc. Leowardiœ, 1724. 
2 vol. in-fol., t. I, cap. xxiii, p. 664. 



i58 RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 

que de son temps on taxait d'une excessive présomption qui- 
conque osait essayer de manifester du doute sur cette opinion ou 
cherchait à la renverser. Au nombre de ceux qui l'adoptèrent, fut 
le docteur Prideaux (i), et c'est par lui qu'elle s'est propagée en 
France; car on sait que, dans son- Histoire ancienne, RoUin a fait 
des emprunts à Prideaux pour tout ce qui regarde l'Orient. RoUin 
reproduit presque littéralement et sans examen les expressions 
de Marsham, dont l'opinion, comme on vient de le voir, était de- 
venue celle de Prideaux (2). 

Jusqu'à ces derniers temps, je veux dire jusqu'à la création de 
l'enseignement historique dans les collèges, presque toutes les 
histoires anciennes ont été des abrégés plus ou moins étendus, 
plus ou moins fidèles de l'ouvrage de RoUin. La forme changeait, 
le fond restait le même. Les mêmes assertions, les mêmes er- 
reurs, s'il s'en trouvait, devaient être reproduites ; elles l'ont 
été. Ceci étant connu, l'unanimité des historiens modernes n'a 
plus rien d'imposant. 11 devient évident que, pour atteindre la 
vérité, il n'y a plus à combattre qu'mi seul sentiment, celui de 
Marsham. Je dois m'empresser d'ajouter (ce que j'ai déjà fait 
pressentir) que cette unanimité ne regarde que les histoires imi- 
tées de RoUin, et les extraits qui en ont été faits, car, antérieu- 
rement au xvu° siècle, la seule opinion que je crois raisonnable, 
n'était pas seulement dominante, c'était l'opinion commune, selon 
l'expression de Vitringa; et depuis la publication du Canon chro- 
nologique, il a paru en France et hors de France, des mémoires, 
et des ouvrages plus étendus où la vérité a cherché à se faire jour. 

Dans la lutte, l'opinion commune n'a pas seule été défendue; 
d'autres systèmes après celui de Marsham ont été produits. Je 
les ferai connaître pour les discuter et les réfuter. 



(1) Prideaux, Histoire des Juifs et des peuples voisins. Paris, 1782, t. I", liv. n, 
p. 193. 

(2) Rollin, Histoire ancienne, liv. m, chap. 2. 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^ETYR. Zi59 

Mais, afin de pouvoir entrer, d'une manière utile, dans la 
discussion des faits qui concernent la ville de Tyr , il est 
indispensable d'avoir une idée exacte de la topographie des lieux 
dont nous aurons à nous occuper. 



CHAPITRE II. 



TOPOGRAPHIE DE TYR. 



^ Avant le siège qu'elle soutint contre Alexandre, la ville de Tyr 
était renfermée dans une île. La largeur du détroit, qui séparait 
l'île du continent, était de 4 stades, selon Scylax, Diodore de Sicile 
et Quinte-Curce; de 700 pas d'après Pline ; suivant Guillaume de 
Tyr, elle était celle que peut parcourir une flèche lancée par un 
arc; de 700 à 800 pas d'après le P. Roger. Maundrel évalue à 
vingt minutes de marche, la longueur de la chaussée d'Alexandre, 
par conséquent la largeur du détroit, et Buckingham lui donne 
environ un demi-mille (1). 

Ces assertions, k l'exception de celles de Pline et de Guillaume 
de Tyr, ne présentent pas de différences notables. 700 pas ro- 
mains valent 5 stades -rf ou 1036 mètres, tandis que 4 stades ne 
valent pas 500 pas romains ou 7Z|0 mètres. La largeur donnée 
au détroit par Pline, dépasse donc d'un quart la largeur indiquée 
par Scylax, Diodore de Sicile et Quinte-Curce. Comme elle dé- 
passe également toutes les indications qui se trouvent dans les 

(1) Poulain de Bossay, Essais de restitution et d'interprétation d'un passage de 
Scylax. — Diodore de Sicile, liv. xviii, chap. 40. — Quinte-Curce, liv. iv, chap. 2. — 
Pline, liv. v, chap. 17. — Guillaume de Tyr, Hist. des Croisades, trad. deM. Guizot, 
vol. II, liv. ïin, p. 257. — Le R. P. Roger, La Terre sainte, p. 49. — Maundrell, 
Voyage d'Alep à Jérusalem, en 1697; Paris, 1706, in-12,p. 82. — Buckingham, Tra- 
vels in Palestine, p. 47. 



Û60 RECHERCHES SUR TYR ET PAL^ETYR. 

auteurs anciens et modernes, on doit en conclure que le chiffre 
donné par Pline est erroné et exagéré; et d'un autre côté, comme 
500 pas romains sont exactement l'équivalent de II stades, je pense 
que, dans le texte de Pline, au lieu de (DCC) 700, il faut lire (D) 
500 pas (1). 

Les mesures indiquées approximativement par le P. Roger 
et par Buckingham s'éloignent peu de celle que nous fournis- 
sent les trois auteurs anciens que j'ai cités. Dans un plan qui 
accompagne l'Examen critique des historiens d'Alexandre, de M. de 
Sainte-Croix, M. Barbie du Bocage a adopté, avec "raison, je crois, 
la mesure de 4 stades [2). 

Quant à Guillaume de Tyr, son estimation est très vague et ne 
vaut que ce que vaudrait aujourd'hui l'indication fort peu pré- 
cise d'une portée de fusil {?>). 

On le conçoit, la distance que peut franchir une flèche dépend 
de la longueur et de la bonté de l'arc, de la force et de l'adresse 
de l'archer; elle varie enti-e 91 et 219 mètres. Ce dernier chiflfre 
indique la plus grande distance que puisse atteindre la flèche 
lancée par un archer robuste et expérimenté (û). 

Des paroles de Guillaume de Tyr, un voyageur moderne, 
M, dé Berlou, tire la conclusion que le détroit ne devait pas 

(I) Je ne dissimulerai pas cependant que, dans (ous les manuscrits, on lit le chiffre 
DCC. 

(-2) Barbie du Bocage, Plan de Tyr et de ses envh'ons. 

(3) Certains détails donnés par l'archevêque Guillaume sur le siège de Tyr, per- 
mettent de supposer quo la porte flanquée de tours, le large fossé et deux des murs qui 
défendaient l'entrée ds la ville, étaient situés sur la chaussée. S'il en élail ainsi, la dis- 
tance de la ville au contiisent pouvait n'être pas considérable, et par là s'expliquerait 
en partie ce que Ihistorien dit de cette distance. (Guili. de Tyr, liv. xiii, p. 2o9et264.) 

— Ibn-Alâtir (Rïinaud, Extraits des historiens arabes, p. 220), et Aboulféda (éd. de 
Koehler, p. 95), font mention également du fossé creusé par les croisés et par lequel Tyr 
redevint une île. 

(4) Manual of rural sports, by Stone Henge, 3' éd. London, 1837, p. 508 et 509. 

— Encyclopédie britanniqve, éd. de 1790, vol. II, p. 212. Je dois ces renseignements 
à l'obligeance de M. Ant. d'Abbadie. 



RECHERCHES SUR TYR Eï PALA:TYR. ll'àl 

avoir plus de 50 à 60 mètres de hirgeur (1). L'erreur est manifeste. 

Cinquante mètres ! c'est à puu près la largeur du petit bras de 
la Seine derrière l'IIôtel-Uieu de Paris. L'exécution d'>m remblai 
d'une si petite étendue dans des eaux peu profondes, n'aurait pas 
nécessité les grandis travaux imposés aux soldats de Nabuchodo- 
nosor et plus tard ii ceux d'Alexandre; les Tyriens n'auraient pas 
eu besoin de monter sur de légers bateaux, de s'éloigner de l'île 
et de s'avancer vers le rivage continental pour adresser des rail- 
leries aux Macédoniens (2); du liant du mur d'enceinte, ils se 
seraient facilement fait entendre des soldats qui construisaient la 
chaussée, car un intervalle de 50 a 60 mètres permet d'établir 
une conversation sans trop élever ia voix. Enfin, que dirai-je? 
L'opinion de M. de Bertou est réfutée d'avance par Arrien, dans 
lequel nous lisons que l'exécution de la chaussée ne présenta 
d'abord aucune difficulté, parce que la mer était peu profonde et 
parce que l'éloignement ne permettait pas aux Tyriens fie trou- 
bler le travail des Macédoniens; mais lorsqu'on se fut rapproché 
de la ville, les soldats d'Alexandre furent très incommodés des 
flèches de leurs ennemis. Quinte-Curce dit aussi qu'après de 
grands travaux, la chaussée fut assez avancée pour que les Macé- 
doniens se trouvassent a la portée du trait (3). 

Pourquoi prolonger cette discussion? iJepuis l'époque d'Alexan- 
dre, il est vrai, le détroit n'existe plus; mais la différence du sol 
et les ruines encore subsistantes des, murs et de quelques monu- 
ments rendent faciles à indiquer les anciennes limites de l'île du 
côté de l'isthme, et pendant longtemps il a été également possible 
de reconnaître sur le continent où commençait la chaussée 
d'Alexandre. D'après les plans exécutés avec le plus de soin, entre 



(1) M. de Berloj, Essai sur lutopographie deTyr. Paris, 1843, p. 64. 

(2) Quinte-Curce, liv. iv, chap. 2. 

(3) Ariianl /).' expeditione AlexanJri magni histo7'iiiium libri vu, éd. Nico. Blan- 
cardu.5, Amslelodami, 1660, i\b. ii, p. 131. — Quinte-Curce, liv. iv, cliap. 3. 

VII. S9 



i62 RECHERCHES SUR TYR ET PALjETYR. 

ces deux points, la distance est d'environ 750 mètres ; ce sont les 
quatre stades des historiens anciens (1). 

Quant a la largeur de la chaussée, aucun géographe de l'anti- 
quité n'en parle, et je ne l'ai trouvée indiquée que dans un seul 
historien, dans Diodore de Sicile, qui lui donne deux plèthres ou 
200 pieds grecs (Ôl^.e/t) (2). 

Arrien dit bien que la première chaussée entreprise par 
Alexandre ayant été reconnue trop étroite, le roi la fit élargir 
afin qu'elle pût contenir un plus grand nombre de tours destinées 
à protéger les travailleurs (3j ; mais cet historien, qui donne tant 
de détails précieux, ne s'explique pas sur la largeur du travail 
d'Alexandre. S'il faut en croire le P. Roger, de son temps, c'est- 
à-dire vers 1630, la largeur de l'isthme était de cinquante pas ; 
mais le P. Roger n'a rien mesuré; toutes ses indications ne sont 
qu'approximatives et ne peuvent inspirer qu'une médiocre con- 
fiance (i). iNéanmoins dans un périple inédit, qui remonte à une 
époque que j'ignore, je trouve une phrase qui atteste que, pen- 
dant bien des siècles, l'étendue de la chaussée est restée peu con- 
sidérable. Voici cette phrase : " (Civitas Tyri) quœ sita est in cor 
» maris ferè hinc indè in Eurum praesia (prœcisa). » Si, comme 
aujourd'hui, la chaussée eût formé un isthme dont la largeur 
varie entre 500 et 700 mètres, l'auteur inconnu du périple n'au- 
rait pas dit que « vers l'esl, la ville de Tyr était de chaque côté 
» presque entièrement coupée par la mer » , c'est-à-dire séparée 
du continent (5). 



(1) Barbie du Bocage, Plan de Tyr. — Mouillage de Sour, levé en 1831 parOrmsby. 
— M. de Bertou, Plan de la péninsule de Tyr, dans le Bulletin de la Société de géogra- 
phie de Paris, 2" série, t. XI. • 

(2) Liv. XVII, chap. 40, à la fin. 
(3J Lib. II, p. 133. 

(4) Je possède deux très anciens plans de Tyr d'après lesquels il me paraît évident 
que l'évaluation du P. Roger est beaucoup trop faible. 

(5) Mon savant et excellent collègue, M. d'Avezac, a fait copier à Londres une partie 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^ETYR. 463 

Maundrell, qui visitait Ty r, en 1697, avait remarqué que l'isthme 
était encore plus bas que l'île et le continent ; la largeur de l'isthme, 
disait Buckingham (eu 1816), forme a peu près le tiers de sa lon- 
gueur (environSOO mètres). Ainsi, d'aprèsles témoignages des voya- 
geurs quejeviens de citer, la chaussée k laquelle Alexandre avait 
donné environ 60 mètres, n'était pas beaucoup plus large au com- 
mencement du xvii" siècle, et de plus, à la fin de ce même xvu" siècle, 
elle n'avait pas encore atteint le niveau de la terre ferme et del'île, 
tandis qu'aujourd'hui cette chaussée, devenue un isthmC; a une 
largeur moyenne de 600 mètres, et les sables qui s'y amoncellent 
forment des monticules dont quelques-uns sont plus élevés que la 
ville ; bientôt j'en dirai la cause. 

L'isthme et l'île, suivant la remarque de Volney (1), affectent 
la forme d'un marteau a tête ovale. A trois exceptions près, par- 
tout oîi Tyr est encore baignée par la mer, les côtes sont héris- 
sées d'écueils, de bancs de rochers et de débris de construc- 
tions (2). Ces constructions submergées mais encore debout, et 
qu'on ne peut confondre avec des colonnes ou des pans de mu- 
railles renversées et précipitées dans la mer, ont été remarquées 
par quelques-uns des voyageurs qui ont visité la Syrie (3) ; ces 
voyageurs ont été particulièrement frappés de la quantité de co- 
lonnes qui se trouvent sur un rocher k fleur d'eau, au nord-ouest 
de la presqu'île. Alors, ils se sont demandé si les rivages de la 
péninsule actuelle sont bien ceux de l'ancienne Tyr; si depuis les 

de oe périple qui a pour titre : Liber de Existenlia Riveriarum et forma maris noslri Me- 
diterranei. 

(1) Volney, Voyage en Syrie et en Égyple, t. II, chap. 29, p. 194. 

(2) Lettre de M. de Bertou, insérée dans le Bulletin de la Société de géographie de 
Paris, %' série, t. XI, p. 150 (mars 1839). — Autre lettre (restée inédite) adressée 
par M. de Bertou à M. Roux de Rochelle, président de la Commission centrale de la 
Société de géographie, le 1i octobre 1838. 

(3) Maundrell, p. 82. — Buckingham, p. 47. — Le général Vial, dans le Mémoire 
sur la construction de la carte d'Egypte, par le colonel Jacotin, p. 97 — M. de Bertou 
Essai sur la topographie de Tyr, p. 51 et suiv. 



464 RECHERCHES SUR TYR ET PAL.CTYE. 

temps où cette ville était puissante et prospère, la mer n'aurait 
pas miné les côtes, enlevé tout ce qui n'a pas pu lui résister, 
dénudé ou plutôt raclé le roc, suivant l'expression du prophète (1), 
et par conséquent diminué l'étendue du sol habitable. 

Cette opinion sur la submersion d'une partie de la ville cesse 
d'être conjecturale et acquiert un grand degré de certitude, si 
nous invoquons le témoignage de Benjamin de Tudèle. Ce juif' 
espagnol, qui dit avoir visité l'Orient en 1173, s'exprime ainsi : 
« Que si l'on monte sur les murailles de la nouvelle Tyr, on voit 
>' l'ancienne Tyr ensevelie sous les eaux de la mer qui-la couvre, 
II à un jet de pierre de la nouvelle. Et pour en découvrir les tours, 
» les places publiques et les palais qui sont au fond, on n'a qu'à 
» s'y transporter dans une chaloupe (2). » Il n'est pas besoin de 
faire remarquer que l'ancienne Tyr de Benjamin de Tudèle 
n'était point le lieu situé sur le continent, que les Tyriens dési- 
gnaient sous le nom de vieux Tyr (0 izxkoit. Tûpoç, vêtus Tyrus), et 
que quelques géographes anciens ont appelé Palœtyr (na>ia!Tu- 
poç); c'était la partie occidentale dès lors submergée de la grande 
métropole phénicienne, et le souvenir de son étendue primi- 
tive était, a cette époque, parfaitement conser.vé. En effet, au 
temps de sa prospéi'ité, Tyr devait s'étendre bien au delà des 
limites de la péninsule actuelle. Tout en admettant que l'île était 
entièrement couverte de bâtiments jusque sur le bord de la mer, 
et que les maisons y avaient un nombre d'étages plus grand 
encore qu'à Rome, c'est-à-dire au moins cinq ou six (3) , jamais 
cette puissante cité n'aurait pu être contenue dans la petite pres- 
qu'île de Tsour qui n'a que 576 508 mètres carrés, superficie qui 
suffirait à peine à une ville de vingt et quelques mille âmes. Ce- 
pendant il ne faut rien exagérer ; même dans le temps de sa plus 



(1) Ezéchiel, chap. xxvi, v. 4. 

(2) Voyages île Benjamin de Tudèle, etc. Paris, 1830, 1 vol.in-8, p. 32. 

(3) Qainle-Curce, livre iv, chap. 2. — Slrabon, liv. ivi, p. 737. 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL.ETYR. 465 

grande splendeur, Tyr, je crois, ne couvrait pas entièrement le 
banc de rochers qui s'étend à l'ouest fort loin sous les eaux. J'en 
trouve la preuve dans 1ns détails du siège soutenu par cette ville 
contre Alexandre. Pendant toute la durée de ce siège, les eflForIs 
du conquérant macédonien se dirigèrent constamment et unique- 
ment vers la partie orientale de la ville. Ce ne fut pas seulement 
parce que ce côté de Tyr était en face du continent et dès lors 
était plus exposé aux machines de guerre établies sur la chaussée ; 
ce fut surtout parce que là seulement la mer avait quelque pro- 
fondeur, ne présentait aucun danger à la navigation, et permet- 
tait aux navires qui portaient les guerriers et les machines de 
s'approcher de la ville; tandis qu'à l'ouest, le banc de rochers 
rendait la navigation impossible et tenait les vaisseaux h une 
grande distance. 

Les Tyriens qui savaient fort bien qu'on ne pouvait pas aborder 
dans leur île vers l'ouest, s'étaient attaché.';, principalement de- 
puis les guerres contre les Assyriens et les Babyloniens, àfortifier 
le côté qui faisait face à la terre ferme, le seul qui fût d'un accès 
facile. De ce côté uniquement, le mur flanqué de tours qui entou- 
rait la ville ne reposait pas sur le roc s'élevant au-dessus des 
eaux; ses fondations étaient battues par les flots de la mer; aussi 
les Tyriens avaient-ils cru devoir donner à cette partie du mur 
d'enceinte une hauteur de 150 pieds et une largeur propor- 
tionnée (1). C'est du haut de cette tour qu'ils jetèrent une grande 
quantité de grosses pierres pour gêner la navigation et tenir éloi- 
gnés les bâtiments ennemis chargés de machines de guerre, et de 
cette manière pour remplacer, autant que possible, la protection 

{!) Quinte-Curce, iv, 2. Pj-œceps in sulummurus. — Arnaoi De expeditione.., lib. ii, 
p. 138. 150 pieds grecs, c'est-à-dire 13b pieds de roi on 45 mètres. Aucune ouverture 
n'avait été ménagée dans le mur d'enceinte, car ia ville de Tyr n'avait pas de portes ; on 
ne pouvait y pénétrer que par l'un des ports ; et depuis que l'île a été réunie au conti- 
nent par un isthme, elle n'a jamais eu qu'une seule porte. 

Chariton, vu, 2. 



Û66 RECHKRCHES SUR TYR ET PALjETYR. 

que la ville tirait à l'ouest de la présence des écueils, protection 
que rend bien évidente le réfcit d'Arrien ; car il résulte des détails 
donnés par cet historien que la partie occidentale de Tyr ne fut 
jamais attaquée, même au moment suprême, lorsque Alexandre 
dirigea a la fois ses assauts sur tous les points vulnérables ('!). 

De la pointe sud-ouest de l'île s'étendait un mur de 8 mètres 
de largeur dont les assises, en quelques endroits, dépassent en- 
core un peu le niveau de la mer; il suivait d'abord la direction du 
sud-ouest, puis a 200 mètres il formait un angle aigu, se dirigeait 
vers l'est-noi'd-est, et enfermait un vaste emplacement de figure à 
peu près triangulaire, dont le rivage méridional de l'île actuelle 
faisait un des côtés. Aujourd'hui, cet emplacement, qui peut 
avoir 720 mètres de longueur sur une largeur moyenne de 75 mè- 
tres, est couvert des eaux de la mer. Qu'était-ce autrefois? Le 
peu de profondeur de la mer et la grande quantité de colonnes et 
de matériaux divers qu'on y voit sous l'eau, ont pu faire supposer 
qu'anciennement ce bassin faisait partie de la ville, et qu'il était 
couvert d'édifices avant d'être. envahi par la mer (2). 

Quant "a moi, je trouve cette supposition peu probable. Les nom- 
breuses colonnes, les matériaux qu'on aperçoit sous l'eau me pa- 
raissent être les débris des constructions considérables qui, autre- 
fois, existaient sur la côte méridionale de l'île, et entre autres du 
.palais du roi, auquel appartenait peut-être une colonne de granit 
gris encore debout aujourd'hui. De plus, le mur dont il vient 
d'être question ne semble pas avoir été établi sur le rivage méri- 
dional de l'île; on n'y remarque aucune sinuosité, et il forme au 
contraire deux lignes droites qui se coupent à angle aigai; enfin 

(1) Classis mœnia circumibat... rex classem circumire mufos jubet, ., Par ces phrases 
qu'on trouve dans Quinte-Curce, iv, 3, il faut entendre que les vaisseaux macédoniens 
s'approchèrent des murset enveloppèrent la partie de la ville qui était altaqnée ; elles 
n'onl pas d'auire signification. Dans le même sens, Quinte-Curce, parlant des Tyriens 
qui, sur de petits bateaux, allèrent reconnaître les progrès du travail d'Alexandre, se 
sert de ces mots : Circumire opus, iv, 2. 

(2) M. de Bertou, Lettre inédite. 



RECHERCHES SUR TYB ET PAL^TYR. • iï(?f 

son épaisseur montre qu'il ne servait pas seulement de clô- 
ture et qu'il était destiné à lutter contre les eiforts des vagues. 
Ces circonstances me portent a croire quefla muraille couronnait 
un grand ti-avail entièrement dû au génie persévérant des Ty- 
riens; que tout ce travail était destiné a enclore un port mar- 
chand et peul-être aussi un bassin de construction. D'après son 
étendue, ce port aurait pu facilement recevoir deux cents bâti- 
ments de commerce (1). 

J'ignore si une exploration minutieuse, mais difficile, du banc 
de rochers, aurait pour résultat de faire connaître exactement 
quelle était, dans les temps anciens, l'étendue de la puissante cité 
où se trouvaient tant de monuments et qui renfermait une popu- 
lation si nombreuse; j'en doute ; mais il serait facile d'apprécier 
les envahissements de la mer depuis le premier siècle de notre 
ère, si Ton pouvait s'en rapporter complètement à l'assertion de 
Pline, d'après laquelle l'île avait 22 stades de circuit, c'est-a-dire 
Û074 mètres (2); elle n'a plus aujourd'hui que 3300 mètres j il 
faut conclure, non pas a une diminution précise de 774 mètres, 
ce serait probablement un calcul trop rigoureux ; mais certaine- 
ment, de cette différence, on peut conclure que le sol a subi une 
notable diminution. 

Ainsi, nul doute, autrefois l'île occupée par la ville de Tyr était 
beaucoup plus étendue que la péninsule ne l'est aujourd'hui. A 

(1) Les navires des anciens pouvaient avoir 6 mètres de largeur sur 18 mètres de 
longueur, c'est-à-dire 108 mètres carrés. Le bassin présentant une superficie de 
720 mètres sur 75, ou S4 1 00 mètres carrés, aurait pu contenir SOO navires serrés les 
uns contre les autres; en réservant pour la manœuvre plus de la moitié de l'espace, il 
restera la place pour 200 navires de toute grandeur. 

(2) Pline, liv. v, chap. 17. — Je suisd'autant plus porté à regarder comme exacte 
la mesure de Pline, qu'ici il la donne en stades et qu'il n'a pas eu â faire la conversion 
en pas romains, ce qui est toujours pour lui une cause d'erreur, attendu que, négligeant 
les fractions, il exprime ses mesures en nombres entiers, et de cette manière il aug- 
mente ou diminue les chiffres réels. — La périmétrie donnée par Plme ne renfermait pas 
le bassin méridional dont il vient d'être question. 



468 RECHERCHES SUR TYR ET PALjETYR. 

quelle cause attribuer ces envahissements de la mer? J.es anciens 
documents historiques nous fournissent les moyens de répondre 
à cette question. 

Justin, Quinte-Curce, Josèphe, Sénèque, Strabon, principale- 
ment ce dernier, racontent ou au moins mentionnent de fréquents 
bouleversements causés par des tremblements de terre, non-seule- 
ment sur la côte de Phénicie, mais aussi sur presque toutes les 
côtes de l'Asie occidentale (1). Dans les temps plus modernes jus- 
qu'à nos jours, les auteurs ont eu a constater de semblables catas- 
trophes laissant partout des ruines. C'est à des événements de ce 
genre, qu'indépendamment de l'action incessante des flots de la 
mer sur les côtes, on doit rapporter la submersion on les submer- 
sions successives de la partie occidentale de l'île, de la muraille 
dont il vient d'être question et des digues ou grands môles dont il 
ine reste à parler. 

Quant à l'époque qù ces immersions ont dû avoir lieu, il ne me 
paraît pas possible d'assigner de dates certaines ; je me bornerai à 
rappeler qu'au teinps où Tyr fut assiégée par les Macédoniens, la 
ville, très florissante alors et fort peuplée, couvrait une superficie 
dont l'étendue dépassait de beaucoup la presqu'île actuelle. Du 
temps de PlinCj nous le savons, la ville n'avait plas que 22 stades 
de circuit. Dans l'intervalle, une partie de la ville avait été engloutie 
par la mer, et la muraille qui environnait le bassin méridional 
avait été submergée, peut-être par le tremblement déterre del'an 
1/io av. J. G., peut-être par celui dont parle Josèphe, sous Au- 
guste (2). Depuis lors, de nouveaux envahissements de la nieront 

(1) Justin, liv. XVIII, chap. 3. — Quinte-Curce, liv. iv, chap. 4, 20.- — Strabon, 
p. 638, 757 et passim. — Entre toutes les villes de Phénicie, Tyr était célèbre par les 
désastres que causèrent soit les tremblements de terre, soit les envahissements de la 
mer: Tyros aliquando infamis ruinis fuit. — Tyros et ipsa tam movetur quam diluitur. 
Sénèque, Nat. quœst., vi, I, 26. — Et Tyros inslabilis, pretiosaque murice Sidon, 
Lucain, Phars., m, 217. — Tdt h Tûpu xaxà. Pseudo-Callisth., 1 , 33. 

(2) Athénée, liv. viii, chap. 2, p. 333. — Strabon, liv. xvi, chap. 2, p. 758. — 
Josèphe, Ant. Jud., liv. xv, chap. 7. 



BECHIiRCHES SLR TYR ET PAL^TYR. Z|69 

réduit l'île à ses limites actuelles, en pénétrant encore plus avant 
dans la partie occidentale de Tyr. Ceci étant admis, il devient évi- 
dent que le mur qui a environné la presqu'île et dont on trouve 
encore des restes assez considérables, appartenait en yrande 
partie à des âges postérieurs à Pline. 

Au nord, une série d'écueils et de rochers s'étendait, presque 
parallèlement à la côte, sur une longueur d'environ 1000 mè- 
tres, et ne laissait entre elle et la partie septentrionale de l'île 
qu'un passage assez étroit par lequel les bâtiments pénétraient 
dans cette espèce de rade pour entrer ensuite dans le port inlé- 
l'icur. Des traces de consU'uclioiis se trouvent encore sur ces ro- 
chers stériles où l'on vit, pendant longtemps, un monument 
<;onnu sous le nom de tombeau de Rhodope (1). 

Si ces rochers ont autrefois été réunis par un mur continu (ce 
qui est fort probable), les vaisseaux, avant d'entrer dans le port, 
trouvaient là un abri contre les vents d'ouest qui rendaient la 
navigation fort dangereuse dans ces parages (2). 

Au sud, et s'appuyant sur un îlot inhabité, commençait ime 
digue, partout aujourd'hui couverte d'une couche d'eau qui varie 
de 1"',70 à 5 mètres; elle se dirigeait en ligne droite du nord au 
sud vers le cap Blanc, sur une longueur de deux milles (S700 mè- 
tres). Cette digue, d'environ 1"2 mètres de largeur, et qu'on peut 
suivre très distinctement, était-elle naturelle ou exécutée de main 
d'homme, ou bien encore le fond seul étant naturel, a-t-il servi 
de base a une jetée? Je ne sais. Personne ne l'a explorée de ma- 
nière à pouvoir fournir des renseignements exacts à cet égard (3). 
Maundrell l'a vue lorsqu'elle s'élevait encore au-dessus de l'eau j 

(1) DeBertou, Lettre inédite. — Hérodote, n, 134. — Achille Tatius, n, 17. 

(2) Procellosum se tiabet mare, latentibus scopulis et nimia inaequalitate periculosum ; 
ita ut peregrinis etignaris locorum, ad urbeai naviganlibus, periculosum fit accedere, 
et nisi ducem habeant, qui adjacentis maris liabent notitiani, non riisi cum naufragio 
urbi possunt appropinquare. — Giiill. Tyr. Ilisloriabelli i:icri...,\\b. xiii, cap. 5, p. 836. 

(3) M. de Berton, Lettre inédite. 

VII. 60 



A 70 RECHERCHES SUR TYU ET PALiETYR. 

mais il ne s'en est pas approché de façon k pouvoir vérifier si 
c'était un effet de i'art'ou de la nature. A cause de la ligne parfaite- 
ment droite qu'elle suit dans toute sa longueur, je suis disposé 
à croire que tout, dans ce môle, provient du travail des Tyriens. 
Dans tous les cas, l'espace compris entre la digue et la plage for- 
mait une immense rade, capable de contenir tous les navires 
qu'attiraient le commerce et les richesses de Tyr. 

Si la digue est artificielle, a quelle époque a-t-elle été cons- 
truite ? Je ne pourrais le dire, les historiens et les géographes n'en 
ayant jamais parlé. Cependant, du silence même des historiens 
d'Alexandre, on peut inférer que le môle n'existait pas encore 
l'an 332 avant J.-C. Quelle que soit l'époque de sa construction, 
ce travail gigantesque est, plus qu'aucun autre, de nature a don- 
ner une haute idée de la puissance des Tyriens. 

Ces deux jetées, qui s'étendaient au loin a droite et a gauche de 
la ville, ont inspiré k un poëte grec l'image gracieuse d'une jeune 
fille qui, se baignant dans la mer, étend les deux bras sur l'onde, 
pendant que ses pieds restent appuyés contre le lùvage (Ij. L'au- 
teur du Télémaque reproduit cette image, en la modifiant, quand 
il dit: a Tyi- semble nager au-dessus des eaux.... Elle a deux 
grands môles semblables k deux bras qui s'avancent dans la mer, 
et qui embrassent un vaste port où les vents ne peuvent en- 
trer (2). » 

Tyr a deux ports, dit Slrabon, l'un fermé et l'autre ouvert; ce 
dernier s'appelle le port Égyptien (3). Strabou n'ajoute absolu- 
ment rien sur l'étendue ni sur l'orientation de ces deux ports. 
Pour l'un d'eux, aucune hésitation n'est possible; il subsiste encore 
quoique ayant subi de bien grands changements. Une partie est 
aujourd'hui entièrement comblée et occupée, par quelques mai- 

(1) Nonnos de Panopolis, Les Diomjsiaques ou Bacchus, poëme rétabli, traduit et 
commenté par M. le comte de Marcellus. Paris, Firmia Didol, liv. xt., vers 31 9-323. 

(2) Fénelon, Télémaqne, liv. m. 

(3) Liv. XVI, p. 757. 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^ETYR. 471 

sons de la petite ville de Tsour ; ce qui reste et qui forme le port 
actuel, est tellement rempli de sable, qu'en 1784, lorsque Volney 
visitait la Syrie, les petits enfants le traversaient déjîi sans se 
mouiller les reins; "suivant M. de Berton, la plus grande profon- 
,deur, en 1838, était à peine de 0°',85, et en beaucoup d'endroits, 
il n''y avait pas plus de 0'°,15 d'eau. Tous les jours l'ensablement 
augmente, et dans peu d'années on aura peine à reconnaître les 
traces d'un port qu'au xii° siècle Benjamain de Tudèle proclamait 
le plus beau de l'univers, et que cinq siècles plus tard le P. Roger 
regardait encore comme le plus beau et le plus sûr du Levant (1). 

A une époque que je ne saurais préciser, une double jetée, que 
séparait un intervalle de 30 mètres, avait été construite pour 
mettre les navires a l'abri du vent du nord. La jetée intérieure, 
après s'être prolongée pendant environ 260 mètres de l'ouest à 
l'est, faisait un angle presque droit, et se dirigeait au sud, ne 
laissant entre elle et la côte de l'île, à la pointe orientale du port, 
qu'un espace de 45 mètres pour l'entrée des bâtiments. Cette 
entrée était défendue par deux tours correspondantes, où jadis 
on attachait une chaîne d'airain pour fermer entièrement le port. 
Il avait 350 mètres de longueur sur 290 mètres de largeur, ce 
qui lui permettait de recevoir au moins 300 navires de différentes 
grandeurs. 

Quant au port Égyptien, l'hésitation est permise. Et d'abord je 
dois faire remarquer, en insistant sur cette remarque, que Strabon 
est le seul géographe et Arrien le seul historien qui disent claire- 
ment que Tyr avait deux ports (2). Sur ce point nous ne pouvons 
retirer aucuns renseignements de la lecture des prophètes qui 
cependant ont tant et si longuement parlé de Tyr, qui ont tant 
célébré ses alliances, ses richesses et sa puissance maritime ; ils 
ne disent absolument rien du port ou des ports de la ville. 

(1) Volney, Voyage en Syrie, t. II, chap. 29, p. 194. — M. de Berlou, Lettre 
inédite. — Benjamin de Tudèle, p. 31 . — Le R. P. Roger, p. 49. 

(2) Arriani De expediiione..., p. 137. 



i72 RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 

D'après Scylax, Tyr n'avait qu"iia port qui était dans l'enceinte 
des murs (1). Le lémoignai;e de Scylax est important, car on sait 
que, dans son énuméralion des villes maritimes, il ajoute tou- 
jours les particularités qui concernent les ports, et quand cer- 
taines villes en ont plusieurs, il ne manque pas de le faire con- 
naître (2). Le récit du siège de Tyr par Alexandre est fort obscur 
dans Diodore de Sicile et dans Quinto-Curce; le port Égyptien 
n'y est pas mentionné. Pline nomme Tyr et Palœtyr, et se tait sur 
le port. Dans la Vie d'Alexandre, Plutarque ne dit qu'un mot sur 
Tyr. Au moyen âge, l'archevêque Guillaume, Benjamin de Tu- 
dèle, Edrisi, parlent du port de Tyr (le port intérieur ou septen- 
trional), et ne paraissent pas même soupçonner qu'il y en ait eu 
un «autre vers la partie méridionale de la ville (3). 

Strabon et Arrien se sont-ils donc trompés? Je ne le pense pas. 
Alors qu'ont-ils voulu dire?- — Cherchons, 

M. Bai'bié du Bocage plaçait le port Égyptien sur la côte occi- 

(1) Scylax... § 104. 

(2)' Ainsi il n'omet pas de faire remarquer que Syracuse a deux ports, dont l'un est 
en dedans el l'autre en dehors dçs murs; que Thoricus a deux ports; que la ville du 
Pires en a trois. Il n'en donne qu'un à Carthage, et avec raison, car s'il y avait deux 
bassins bien distincts, l'un pour la marine militaire, l'autre pour la marine marchande, 
il fallait indispensablement passer par le dernier pour arriver au Côthôn ; il n'y avait 
donc qu'un port, puisqu'il n'y avait qu'une seule entrée. 

[3) Diodore de Sicile, liv. xvii, chap. 7. — Quinte-Curcu, livre iv, chap. 2, 3, 4 et 
5. — Pline, liv. v, chap. 17. — Plutarque, Vie d'Alexandre, § 25. — Guillaumede 
Tyr, lococitalo. — Benjamin de Tudèle, p. 31. — Géographie d'Édrisi. Paris, 1886, 
t. I", 3'climiit, S' section, p. 3 49. 

Quand le P. Roger dit que Tyr a les deux plus beaui et plus assurés ports du Levant, 
il parle du port septentrional ou intérieur, et de la grande rade qui le précède ; de même 
Guillaume de Tyr donne s cette rade le nom de port extérieur, tandis que, pour l'auteur 
du périple inédit que j'ai cité, le port et la rade ne forment qu'un seul port : « (Tyrus) 
habens in angulo septentrional! juxta mures ejus insulas quibus ipsa in oriente habet 
por(um bonuni quod eliam intra civitatem infra muros extenditur. » 

A l'imitation du P. Roger, M. de Bertou reconnaît deux ports au nord : le bassin sep- 
tentrional et le port du nord; il en trouve également deux au sud : le Côthôn et le port 
Égyptie»; il donne ainsi quatre ports à Tyr! 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. Z|73 

dentale de l'île, dans une {larlie de cette côte où se remarque une 
sinuosité assez profonde; il ignorait que, sur ce rivage, il règne 
une ligne de rochers qui s'élèvent jusqu'à i'2 mètres au-dessus du 
niveau de la mer, ce qui aurait rendu impraticable tout embar(iue- 
menl ou débarquement, et ce qui, indépendamment de plusieurs 
autres motifs, doit éloigner l'idée qu'un port ait existé en ce lieu. 
A la vérité, un peu plus au sud, se trouve une anse plus petite 
que la précédente; la côte s'est beaucoup abaissée, et sur le bord 
de la mer, elle forme une plage de sable (1). Cette anse aurait 
suffi à peine pour recevoir quelques navires; cile était ouverte à la 
pleine mer et exposée a la violence des vents d'ouest; enfin pour 
y arriver, il aurait fallu passer sur un banc de rochers qui rendent 
la mer impraticable de ce côté ; et d'ailleurs, ce qui est plus con- 
cluant que tout le reste, avantia submersion d'une partie de l'île, 
l'anse n'existait pas, puisque la ville s'étendait beaucoup plus vers 
l'ouest; tous ces motifs me font croire que 31. Barbie du Bocage 
était dans l'erreur. 

En cet endroit cependant il y a eu des travaux dont on trouve 
les vestiges; peut-être était-ce là que, depuis la submersion, se 
réunissaient les barques de pêcheurs, mais il n'y faut pas cher- 
cher l'un des ports de Tyr; et d'ailleurs ce second port était 
situé du côté de l'Egypte; c'est donc au sud et non "a l'ouest de la 
ville qu'on doit le retrouver. En effet, dans la partie méridionale 
de l'île, la côte, partout ailleurs abrupte, s'abaisse tout à coup, 
et la ligne de roches dures s'interrompt dans la longueur de 
100 mètres au moins pour faire place a un rivage bas et unique- 
ment formé de terres rapportées. Dans cette partie du rivage, les 
Tyriens avaient fait des constructions dont les ruines n'ont pas 
entièrement disparu (2), 

(1) Cette plage (Je sable, ainsi qu'une autre interruption des rochers, située dans la 
partie méridion.nle de l'île, n'a point été remarquée par Buckingham ni par la plupart 
des voyageurs. 

(2) M. de Bertou, Lettre inédite et plan de Tyr. 



à7k RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 

C'est de ce côté, je n'ea doute pas, qu'était le port que nous 
cherchons. Consultons Arrien, il n'est pas de guide meilleur. A 
plusieurs reprises, il parle des deux ports dont l'un était au nord 
de la ville, du côté de Sidon, et l'autre au sud, du côté de l'Egypte. 
Ils étaient fermés, et l'on ne pouvait pénétrer dans chacun d'eux 
que par une entrée étroite (1); Arrien le dit formellement (XifAÉvwv 
Ta (JTÔ[A,aTix). Le port septentrional était de beaucoup le plus consi- 
dérable et contenait la marine militaire des Tyriens ; c'est devant 
ce port qu'après avoir réuni ses forces navales, le jeune conqué- 
rant offrit la bataille aux Tyriens qui ne l'acceptèrent pas ; mais 
pour empêcher que les Macédoniens ne pussent pénétrer dans la 
ville par l'un ou l'autre port, ils s'empressèrent de fermer les 
deux entrées en y plaçant des galères serrées les unes contre les 
autres, et en aussi grand nombre que la largeur de chaque entrée 
l'exigeait. Alexandre fit assiéger la ville par les Cypriotes du côté 
du port Sidonien, et par les Phéniciens du côté du port Égyptienj 
lui-même dirigea divers assauts pour pénétrer dans Tyr soit en 
face de la chaussée, soit du côté qui regarde Sidon, entre le port 
intérieur et la chaussée; n'ayant pas réussi, tous ses efforts se 
portèrent au sud-est, entre la chaussée et le port Egyptien. Là 
des machines de guerre parvinrent à pratiquer dans la muraille 
des brèches par lesquelles ses troupes se précipitèrent dans la 
ville. En même temps, les Phéniciens et les Macédoniens brisèrent 
tous les obstacles, pénétrèrent dans le port Égyptien et détrui- 
sirent les vaisseaux tyriens qui s'y trouvaient. Du côté opposé, 
les Cypriotes entrèrent dans le port Sidonien sans rencontrer de 
grandes difficultés. Par ces détails, il demeure bien établi que, 
d'après Arrien, Tyr. au temps d'Alexandre, avait deux ports, 
que ces deux ports étaient fermés et que chacun d'eux avait une 
entrée qui lui «tait spéciale. Nous connaissons le premier; quant 
au second, je le retrouve dans le bassin triangulaii-e situé au sud 

(1) Ârriani De expeditione..., p. 123-148. — Chariton, vu, 2. 



RECHERCHES SUR TYR ET PALjETYR. 475 

de l'île. Une entrée avait été ménagée à l'extrémité orientale de 
l'épaisse muraille qui protégeait les navires contre les vents du 
sud-ouest, et en même temps qui mettait le port a l'abri de toute 
agression extérieure; cette entrée se trouvait, je n'en doute pas, 
à l'endroit où, près du rivage, la muraille paraît se perdre sous 
les sables qui ont beaucoup élargi la plage (1). Les navires ne pou- 
vaient débarquer leurs marchandises que dans le lieu où la côte 
est basse et où les Tyriens avaient fait des travaux, d'abord pour 
garantir contre les vagues de la mer cet endroit de la côte qui 
n'était formé que de terres rapportées, puis pour faciliter le 
débarquement et l'embarquement; les bâtiments devaient y abor- 
der non simultanément, mais successivement (2). 

Tel était l'état du port Égyptien du temps d'Alexandre. Par 
ra£faissement de la grande muraille, il cessa d'être fermé et de- 
vint le port ouvert dont parle Slrabon {?>). Alors ce port ne 
serait autre chose que la partie septentrionale de la rade immense 
comprise entre le rivage méridional de l'île et la chaussée 
d'Alexandre au nord, la grande digue à l'ouest, et la plage phé- 
nicienne il l'est. En attendant qu'ils pussent a leur tour appro- 
cher du débarcadère, les bâtiments étaient garantis contre les 
vents d'ouest par la longue digue qui se dirigeait du nord au 



(1) D'après M. Movers, les sables poussés par les vents et arrêtés par la chaussée 
d'Alexandre, auraient comblé non-seulement l'entrés du port Égyptien, mais le port 
lui même, qui était à l'est et au sud-est de la ville. Das phonizische Alterthum. erster 
Teil, Buch i, cap. 7. 

(2) Sur le quai, des deux côtés du lieu que je viens de décrire, on voit encore les 
ruines d'une longue suite de magasins voûtés. Ces magasins ne remontent pas à une 
haute antiquité, car les voûtes sont en ogives, et elles remplacent probablement des 
constructions plus anciennes qui avaient été renversées à une époque antérieure. (M. de- 
Berlou, £ssa!..., p. 14-16.) 

(3) Après avoir passé quelques jours à T'yr, saint Paul s'embarqua hors de la ville, 
ayant été suivi jusqu'au rivage par les chrétiens récemment convertis. Saint Paul allait 
à Ptolémaïs, et ce doit être au port Égyptien qu'ils s'embarqua. (Acles des apôtres, 
chap. XXI, ) 



/|76 RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 

sud (1), et contre les vents du nord par la ville et par la chaussée 
d'Alexandre; car, ne l'oublions pas, l'indication donnée par 
Strabon se rapporte au temps où il écrivait, et à cette époque la 
chaussée existait depuis plusieurs siècles. 

De l'ntude et de la comparaison des monuments historiques, il 
me semble donc résulter qu'au temps où a été écrit le périple, 
conim sous le nom de Scylax, Tyr n'avait qu'un port; qu'elle en 
avait deux à l'époque d'Alexandre, et que tous deux étaient en- 
tourés de travaux importants dans lesquels on avait réservé des 
espaces libres pour laisser pénétrer les bâtiments; qu'au temps de 
Strabon, par l'immersion de la muraille méridionale, le port 
Égyptien avait éprouvé un grand changement et n'était plus 
fermé. Dans les siècles postérieurs, Tyr, quoique puissante et 
riche, ayant cessé d'être la reine des mers et l'entrepôt général 
du commerce de l'Orient, le port Sidonien plus grand, plus com- 
mode et plus sûr que l'autre, parut assez spacieux pour toutes les 
transactions, et fut fréquenté à peu près exclusivement par la 
marine que la guerre, la curiosité ou les affaires commerciales 
attiraient dansées parages. Cette circonstance explique le silence 
des auteurs du moyen âge sur le second port de la ville. Néan- 
moins, les ruines observées au midi de l'île, font supposer que 
quelques arrivages continuèrent a avoir lieu de ce côté ; ils étaient 
peu considérables, elles auteurs n'en ont pas tenu compte. 

Sur le continent, en face de la ville et à environ ^000 mètres 
de la plage, se trouve un rocher aujourd'hui' appelé Maschouk; il 



(f) L'existence de cette immense jetée explique comment la chaussée était restée si 
longtemps étroite et moins élevée que le niveau du continent. Depuis qu'il y a eu affais- 
sement, par suite d'un de ces bouleversements si fréquents dans ces contrées, et toujours 
si terribles, la mer, poussée par le vent du sud-ouest, ne rencontrant plus cet utile et 
gigantesque travail, jette sans cesse du sable sur la chaussée qui lui fait obstacle, de 
telle sorte qu'en deux cents ans, comme jel'ai dit, la chaussée de 60 mètres est devenue 
un isthme de 600 mètres de largeur, et que cet isthme en beaucoup d'endroits dépasse 
aujourd'hui le niveau de l'île. 



liECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 477 

peut avoir 200 mètres de circuit sur 15 mètres d'élévation (1). 

Plus au sud, à 1 kilomètres 500 mètres du rocher, sont des bas- 
sins ou fontaines que les voyageurs du moyen âge ont appelés 
étangs ou puits de Salomon, et dont trois avaient reçu, chez les 
Grecs, les noms de fontaines Callirhoé, Abarbarée et Drosère. 
Dans le pays, on les connaît sous le nom de Raz-al-Aïn, c'est-à- 
dire, tête de la source (2). 

On compte un puits pi'incipal, deux moins grands et plusieurs 
petits. Tous forment un massif qui n'est point en pierre taillée 
ou brute, mais en ciment mêlé de cailloux de mer. Du côté du 
sud, ce massif s'élève d'environ 6 mètres au-dessus du sol, et de 
5 mètres du côté du nord. De ce dernier côté s'offre une rampe 
large et assez douce pour qu'un chariot puisse monter jusqu'au 
haut du massif. La colonne d'eau qui remplit les puits se main- 
tient toujours au niveau des bords, et, par conséquent, elle est 
constamment élevée de 5 mètres au-dessus du sol. Cette eau n'est 
point calme, mais elle ressemble a un torrent qui bouillonne et 
elle se répand à flots par des canaux pratiqués aux bords des 
bassins. 

Le grand bassin, autrefois ento\iré de portiques, est aujour- 
d'hui entièrement dégagé de construction. Son orifice est un 
hexagone dont chaque côté a 8"", 40, ce qui suppose 16°', 80 de dia- 
mètre. L'eau s'échappe par des ouvertures pratiquées a trois des 
angles de ce grand bassin, et forme un petit ruisseau qui fait 
mouvoir plusieurs moulins, et va se jeter dans la mer après un par- 
cours de 400 mètres (3). Les deux bassins moins grands sont de 

(1) Volney, Voyage en Syrie..., t. II, p. 197. 

(2) Nonnos, Dionysiaques, liv. xc, vers 363-63. Quand ils en parlent, les voyageurs 
modernes se servent indifféremment des expressions puits, fontaines, bassins, sources 
et réservoirs. 

(3) M. de Marcellus dit que les trois ouvertures donneat naissance à trois rivières, 
dont deux portent bateau dès leur origine. Elles descendent toutes à la mer. {Souvenirs 
de l'Orient, t. I, p. 407.] 

vn. 61 



478 RECHERCHES SUR TYR ET PALjÊTYR. 

cent vingt pas plus éloignés de la mer; ils sont de forme carrée. 
Ils sont en communication entre eux, et autrefois ils communi- 
quaient également avec le grand bassin par un canal porté sur 
des arches aujourd'hui détruites. Le plus grand de ces puits passe 
pour n'avoir pas de fond, c'est une erreur : il a de 8 à 10 mètres 
de profondeur. 11 est donc probable que M. de Lamartine se 
trompe quand il dit que ces réservoirs sont de vastes puits arté- 
siens inventés avant leur réinvention par les modernes. Il est 
également probable que l'eau de ces réservoirs provient de fon- 
taines jaillissantes, de même que la source du Loiret, et qu'elle 
descend du mont Liban par des conduits souterrains, mais peu 
profonds, puisque la température de cette eau est froide et moins 
élevée que celle de l'air (1). 

L'eau qui s'échappe des deux bassins moins grg^ds est reçue 
par un aqueduc dont il reste des ruines imposantes. Elle s'écoule 
dans un canal qui, pendant une partie de son parcours, s'élève 
peu au-dessus du sol, et qui, ailleurs, est porté sur des arches. Les 
piles des arches ont 3 mètres de largeur et jusqu'à 6 mètres de 
hauteur. 

Le canal a environ 1 mètre de largeur sur 80 centimètres de 
profondeur; il est formé d'un ciment plus dur que les pierres 
mêmes, et recouvert de larges dalles qui portent sur les bords. 

L'aqueduc se dirige d'abord vers le nord, puis, arrivé au pied 
du monticule ou rocher de Maschouk, il tourne tout a coup par 
un angle droit a l'ouest, et se dirige vers Tyr. Il versait l'eau 
dans un grand réservoir situé près du rivage ; c'était là que les 
Tyriens allaient la chercher, tant que leur ville fut entièrement 

(1 ) Volney, Voyage en Syrie, t. II, p. 1 98 et suiv. — Maundrell, Voyage d'Alep.,., 
p. 84. — GuiU. Tyr, Hisloria bell..,, lib. ii, cap. 30, p. 815, et lib. xiii, cap. 3, 
p. 840. — Sanuto, Géographie Plolémaïque, t. II, liv. m, vi, p. 1 87 6. — De Lamar- 
tine, Voyage en Orient, t. H, p. 9. — M. de Bertou, Essai sur la topographie de Tyr, 
p. 4B et suiv. — Robinson, Voyage en Palestine, p. 282. — Mgr Mislin, Les lieux 
saints, 2' édit., Paris, 1859, t. Il, chap. svui, p. 3 et suiv. 



RECHERCHES SUR TYR ET PALjETYR. 470 

entourée par la mer; mais l'aqueduc fut continué jusqu'à Tyr 
lorsque cette ville eut été réunie au continent par la chaussée 
d'Alexandre. C'est ainsi que l'aqueduc fait connaître de la ma- 
nière la plus précise la direction de la chaussée dont il suivait, 
à une petite distance de la mer, le côté septentrional (1), 

Après avoir traversé cette chaussée, l'aqueduc amenait l'eau 
des fontaines dans une citerne située sur l'ancienne côte orien- 
tale de l'île et renfermée dans une tour carrée aujourd'hui à peu 
près en ruines. 

Au sud de la tour cai'rée dont je viens de parler, toujours sur 
l'ancienne côte orientale de l'île, existe encore une autre tour 
carrée, avec une citerne qui recevait l'eau venant de l'aqueduc 
principal (2). 

Plusieurs arches étant écroulées, et, par conséquent, le canal 
étant interrompu entre le rocher de Maschouk et la ville, l'eau ne 
devrait plus arriver aux citernes dont je viens de parler. Volney 
suppose que l'on avait ménagé, dans les fondations des arches, 
des conduits secrets qui continuent toujours d'amener l'eau des 

(1) Volney, Voyage en Syrie..., t. II,chap. xxix. Jean Coppin dit aussi : n L'aqueduc 
conduisait ces eaux dans un grand bassin, proche de Tyr. » — M. d'Egmont, cité par 
Desvignoles [Chr., p. 78), témoigne que, dans les sables mêmes de l'isthme, on trouva 
les fondements de l'ancien aqueduc. 

Diodore de Sicile et Quinte-Curce rapportent que les vagues de la mer, poussées par 
xm vent violent, rompirent la digue d'Alexandre, et Quinte-Curce ajoute : « Rex novi 
x> operis molem orsus, in adversum ventum non latere, sed recto fronte direxit ; ea caetera 
» opéra velut subipsalatentia, tuebalur. » (Liv. iv, § 3.) Cette phrase, d'ailleurs très diver- 
sement interprétée, signifie, je crois, que pour reconstruire la chaussée, le roi com- 
mença par faire établir, sur une certaine longueur, un travail préparatoire qui arrêtait 
la fureur des vagues, et derrière lequel s'exécutaient les véritables travaux de la digue, 
et quand ces travaux étaient achevés, on recommençait plus loin de la même manière. 
De nos jours, c'est ainsi qu'on procède sur les grands fleuves et dans les ports de mer. 
Je pense donc qu'on s'est trompé en trouvant dans la phrase de Quinte-Curce la preuve 
que la seconde chaussée était dirigée du nord-est au sud -ouest, et qu'elle aboutissait 
à l'angle sud-est de l'île. Le récit d'Arrien, et surtout la direction de l'aqueduc, donnent 
à cette opinion le démenti le plus formel. 

(2) M. de Bertou, Plan de Tyr, n° 47. 



iSO RECHERCHES SUR TYR ET PALjETTR. 

fontaines. Ce qui pourrait venir à l'appui de cette opinion, c'est 
que, dans une fouille qui a été faite à Raz-al-Aïn, on a découvert 
un aqueduc souterrain fort bien construit en petites briques, et 
se dirigeant vers Maschouk, à peu près parallèlement a celui qui, 
encore aujourd'hui, y conduit Teau des puits (1). 

Quelle qu'ait été la destination de cet aqueduc souterrain, ce 
que j'ignore, il est diiïicile d'admettre qu'il ait été construit , 
comme l'aqueduc apparent, pour conduire l'eau des puits jusqu'à 
Tyr, et qu'il se soit prolongéjusqu'à cette ville. En effet, des puits 
au rocher, le canal, avons-nous dit, est peu élevé au-dessus du 
sol ; en plusieurs endroits le terrain a été abaissé et des ai'cades 
ont été élevées sous le canal pour laisser passer les eaux pluviales 
qui tombent dans la plaine. Si le conduit souterrain existait, il 
serait interrompu par ces arcades bâties sous le canal j il l'aurait 
été également par une vaste citerne qui fut construite au moyen 
âge et qui passe précisément sous l'aqueduc. 11 est donc probable 
que les citernes ne i*eçoivent plus l'eau des fontaines Raz-al-Aïn, 
que leur construction est antérieure à la prolongation de l'aque- 
duc passant sur l'isthme, et qu'elles étaient destinées à contenir 
l'eau venant des sources qui les alimentent encore actuellement. 

A un kilomètre au nord des fontaines Raz-al-Aïn, entre la mer 
et l'aqueduc, on rencontre trois autres bassins dans lesquels se 
réunit l'eau douce et abondante de plusieurs sources voisines. 
Aujourd'hui ce Heu se nomme Talhabeist. 

Le rocher de Maschouk, les fontaines et l'aqueduc étaient situés 
dans la plaine de Tyr. Cette plaine était bornée à l'ouest par la 
mer, au nord par le fleuve de la Séparation (Nahr-al-Kasmyié), à 
l'est par une chaîne de collines (Gebel-al-Sour), qui, au sud, ve- 
naient aboutir au cap Blanc. 

A l'exception des immersions causées par des tremblements de 
terre, il a été question jusqu'ici de l'île de Tyr telle qu'elle était 

1) Volney, Voyage en Syrie..., t. II, chap. xxix, p. 203. 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TÏR. iSl 

à l'époque d'Alexandre et dans les temps postérieurs; mais plu- 
sieurs siècles avant le conquérant macédonien, le sol que couvrait 
la ville avait subi un notable changement qui n'a rien de com- 
mun avec ceux qu'à diverses époques ont amenés les révolutions 
physiques du globe. 

Ce changement était le résultat des grands travaux que fit exé- 
cuter le roi Hiram, contemporain de Salomon, et le souvenir en a 
été transmis par deux historiens grecs, Dius et Ménandre d'É- 
phèse, dont quelques phrases se trouvent reproduites dans les 
œuvres de Josèphe. 

Ménandre dit brièvement : 

OÛTo; (EîptdfAo;) ïftaas, tov eùpuj(^topov, xai tov te ypucoùv '/.l'ova tÔv èv toT; 

Dius s'exprime d'une manière un peu plus explicite : 

OÛT05 xà TTpèç àvaTO>.ài; (Aépvi tyi'; toXeojç ■K^océyjjicz, xoà [j.dC,m tÔ âtxTu 
siroivi(ï£ • 7.0a TO'j Ùhjfj.mou Aïo; to Upov xaS' àauTo, ôv èv vvfaw, Ijjôxjai tÔv 
[AeraÇù totiov, cuvï;i]/£ -rîi ttoXei, xaî j^pucoîç àvaO-^'u.aciv Èx.o<j[y.-ocsv (1). 

Ainsi rapprochés l'un de l'autre, que signifient positivement 
ces deux textes? Dans quel lieu précis le roi Hiram fit-il exécuter 
les travaux dont il est ici question ? et d'abord, que veut dire le 
mot Euyrchore? 

Ne le demandons pas aux traducteurs ni aux commentateurs de, 
Josèphe ; malgré tous leurs efforts pour le découvrir, ils l'igno 
rent, et nous n'obtiendrions d'eux que des réponses vagues et 

(<) Flavius Josephus, traduit en latin par Hudson, édit. d'Havercamp, 1726,2 vol. 
in-fol. Les deux passages sont rapportés deux fois par Josèphe; d'abord : ^nî/guifes 
judaïques, t. I", liv. vni, chap. 5, § 3, p. 434; puis Contre A pion, t. II, liv. i", § 17, 
p. 448. 

Les deux textes de Dius, ainsi que ceux de Ménandre, sont identiques, à l'exception 
des mots e'v viîsm qui ne se trouvent plus dans les Antiquilés judaïques; mais George le 
Syncelle, qui .a transcrit les passages de Dius , avait lu ces deux mots aussi bien dans les 
Antiquités judaïques que dans la Réponse à Apion. Cependant, dans son texte, on lit: eu 
"ffw, parce que les copistes, trompés par la prononciation, ont écrit t'v Isa, au lieu de èv 
vn^tf. (George le Syncelle, Chronographie, p. 183 6.) 



482 RECHERCHES SUR TYR ET PALiETYR. 

pleines d'hésitation, hésitation qui se manifeste surtout par la 
manière si diverse dont ces deux passages sont entendus et rendus. 
On rencontre en efFet des discordances frappantes non-seulement 
entre les versions des différents traducteurs, ce qui peut se con- 
cevoir; mais, ce qui est beaucoup moins concevable, entre les ver- 
sions d'un même traducteur qui, rencontrant un texte déjà traduit 
par lui, ne se copie pas, et fait de nouveaux efforts pour rendre 
le sens de mots qu'il craint de n'avoir pas sufiSsamment compris 
la première fois. Pourquoi ces variantes? Pourquoi tant d'efforts 
inutiles? C'est que, si l'on cherche uniquement dans la significa- 
tion des mots le sens des passages cités par Josèphe, ils ne peu- 
vent être parfaitement entendus; car ils rappellent avec une 
grande précision, mais en même temps avec une concision ex- 
trême, des faits qui ne deviennent clairs que pour quiconque a 
pris une connaissance exacte de l'histoire de Tyr dans les temps 
anciens, et est parvenu à cette connaissance par la recherche, le 
rapprochement et la comparaison de tout ce qui était propre à 
l'éclairer. J'ajoute que celui-là seul peut saisir le véritable sens 
des mots et arriver à une interprétation exacte, qui cherche avant 
tout à découvrir quelle a été la pensée de l'auteur, et se garde bien 
"délaisser fausser son jugement par l'idée que semble présenter 
un membre de phrase pris séparément, bien moins encore par 
l'importance excessive attribuée à un mot isolé. 

Des principes passons à l'application. Hudson traduit : 

Ménandre, Antiquités judaïques : «Hic aggeravit amplum qui di- 
» citurlocum etauream columnam posuit quae in Jovis est templo. » 

Ménandre, Contre Apion : « Hic aggere vastum qui dicitur locum 
» exéequavit, prsetereaque auream columnam in Jovis templo col- 
» locavit. » 

Dans ces deux versions les mots sont différents, mais le sens 
reste à peu près le même; il n'en est pas ainsi dans les deux ver- 
sions du passage de Dius. 

Dius, Antiquités judaïques : « Hic ad orientalera urbis plagam 



RECHERCHES SUR TÏR ET PAL^TYR. /i83 

» aggeres comportavit, urbemque ampliorem reddidit, atque Jovis 
» Olyinpii templum, seorsum po«itum, spatio quod intercedebat 
» terra repleto, urbi annexait, ornavitque aureis donariis. » 

Dius, Contre A pion : «Hic partes urbis orientales aggere cinxit, 
» et ampliorem eam reddidit; et Olympii Jovis templum, ab onini 
» vicinarum aedium strue sejunctum, et in insula positum, aggere 
» interjecto copulavit urbi, et aureis donariis exornavit. » 

Arnauld d'Andilly traduit d'abord la citation de Ménandre : 
« Ce prince agrandit l'île de Tyr, par le moyen de quantité de terre 
«ju'il y fit porter, et cette augmentation fut nommée le grand 
champ. Il consacra aussi ime colonne d'or dans le temple de 
Jupiter. » 

Puis il traduit une seconde fois ; 

« 11 joignit à la ville de Tyr, par une grande chaussée, l'île 
d'Erycore, et y consacra une colonne d'or à l'honneur de Ju- 
piter. » 

Les deux sens ne sont pas seulement différents; ils sont pres- 
que contradictoires. Les traductions du passage de Dius offrent 
également des différences qu'on a peine à concevoir. 

/éniiq. : » Hiram fortifia la ville de Tyr du côté de l'orient, et 
pour la joindre au temple de Jupiter Olympien, fit remplir l'es- 
pace de terre qui l'en séparait. H donna une fort grande somme 
d'or a ce temple. » 

C. Jpion : « Hiram accrut les villes de son royaume qui étaient 
du côté de l'orient, augmenta beaucoup celle de Tyr, et par le 
moyen des grandes chaussées qu'il fit , y joignit le temple de 
Jupiter Olympien, et l'enrichit de plusieurs ouvrages d'or (1). » 

(1 ) Les premiers mois du texte de Ménandre sont ainsi traduits par Rufin : « Hic effo- 
» dit amplum terrx spatium. • — Gelenius (Sig;ismond de Gélénis) traduit d'abord : « Hic 
» aggessit ad insulam agrum qui dicitur amplum » ; puis : « Hic aggere conjunxit Eurycho- 
» rum. » — Le père Goar (édit. de George le Syncelle, 1 652, note, p. 52) : « Aggere com- 
» posito, vaslissimum exœquavitlocum. » — Vitringa(p. 671): « Hic agrum latum, qui 
D dicitur, humo aggessit. » — Wliiston : « He raised a bank in the large place » ; puis : » He 
» raised a bank on that called the Broad place. » — M . Letronne (dans l'essai sur la topo- 



hSll ' RECHERCHES SUR TYR ET PALJETYR. 

Les explications et interprétations sont-elles plus heureuses ? 
Nous allons en juger. 

Joseph Scaliger, cherchant ce qu'il faut entendre par le mot 
Eurychore, rapporte le passage suivant de Strabon : 

« Carthage est située sur une presqu'île entourée d'un mur qui 
a 360 stades de circonférence et 60 stades dans la partie qui, d'une 
mer a l'autre, traverse le col de l'isthme; là se trouvaient les loges 
des éléphants et une vaste place. » Ôttou toT; Kapj^viSovtoi; ricm aJ tûv 
èXecpavTcav arâcrEiç y.aî to'tto; eùpujrtûpvî; (1). 

graphie de Tyr, par M. de Bertou) : « Hiram éleva, par des terrassements, l'esplanade, tô 
£Ùpu;(Mpov. » — Rufin traduit ainsi le passage de Dius : « Hic partem civitatis positam ad 
i> orientem dirait, et majorem urbem effecit ; et Olympii Jovis templum destruens, médium 
» locumcivitaticonjunxit, etaureisanathematibusexornavit. » — Vitringa: «Hicorienta- 
» lem orbis partem aggeribus auxit, atque eo urbem ampliavit ; et Jovis Olympii templum, 
» quod ante separatum erat, spatio medio aggeribus repleto, cum urbe conjunxit. » — 
Whiston, Antiquités : a He raised the eastern parts of the city higher, and made the city 
» itself larger. He also joined the temple of Jupiter, wich before stood by itself, to the city, 
» by raising a bank in the middle between them, and he adorned it with donations 
» of gold. » 

Contre Apion : « This king raised banks at the eastern parts of the city, and enlarged 

• it ; he also joined the temple of Jupiter Olympus, wich stood before in an island by 

• itself, to the city, by raising a causeway between them, and adorned that temple with 
» donations of gold. » 

M. Letronne : « Hiram exhaussa le sol de la ville du côté de l'ouest (lisez : est), aug- 
menta la ville propre de Tyr ; le temple de Jupiter Olympien, qui était isolé dans une 
île, il le joignit à la ville par une chaussée et l'enrichit de plusieurs offrandes en or. » 

(1 ) La savant M. Coray a été d'avis de supprimer le mot zaî (et) à la fin du passage 
cité de Strabon ; et M. Letronne, adoptant cette version, a traduit : « là se trouvaient les 
loges des éléphants établies dans un lieu vaste. » 

Tous deux ont commis une étrange erreur. En effet, on sait par Appien, qui avait 
puisé ses renseignements dans Polybe, que du côté de l'isthme, Carthage avait une 
triple défense, et que les loges des éléphants avaient été pratiquées dans l'épaisseur des 
murs ; on sait aussi que dans la partie méridionale de la ville, et du côté de la langue 
de terre appelée Taenîa, il y avait une grande place, celle que le consul Censorinus 
trouva remplie de soldats carthaginois lorsqu'il espérait pouvoir pénétrer dans la ville 
par la brèche que deux énormes béliers avaient faite et que les assiégés n'avaient pu 
réparer pendant la nuit. 

Les Carthaginois, je pense, n'avaient pas ménagé le Tôiro; Eùj30;{Mpj)s dont parle 



RECHERCHES SUR TÏR ET PAL^TYR. Û85 

Scaliger ajoute que Carthage étant une colonie desTyriens, on 
y avait ménagé un grand champ à l'instar de celui qui était à Tyr, 

Desvignoles, adoptant l'idée de Scaliger, pense que le grand 
champ ou la grande plaine dont il est ici question est la plaine 
située sur le continent en face de l'île, celle que l'archevêque 
Guillaume a si bien décrite, que Maundrell a traversée en sortant 
de la ville, et dont tous les voyageurs ont parlé après lui. Cette 
opinion n'est point admissible , la plaine de Tyr sur le continent 
n'est point l'Eurychore de Ménandre; et en effet, dans la Bible 
ainsi que dans les écrits deSlrabon, de Josèphe, de saint Jérôme, 
d'Eusèbe. .., il est fréquemment question de la grande plaine 
d'Esdrelon, de Sidon, de Dothaïm, de Saron et de plusieurs au- 
tres encore. Pour désigner ces plaines, souvent fort étendues, 
comme la vallée entre le Liban et l'anti-Liban, presque toujours 
le mot TîsSiov est employé, quehpiefois àuVjv, pour désigner une 
vallée profonde et encaissée, jamais /j3fo; ou ywpa. Or la plaine par- 
courue par Maundrell, indiquée par Desvignoles, décrite autre- 
fois par Guillaume de Tyr et récemment par M. de Bertou, a 
18 kilomètres de longueur sur 8 kilomètres de largeur dans sa 
partie la plus étendue. Le mot y/Jpo;, même le mot EôçOyiopo;, ne lui 
conviennent pas ; c'est bien là pya Trsâi'&v (1) . 

Strabon, c'est-à-dire la grande place, uniquement pour imiter les Tyriens, chez lesquels, 
du reste, l'île d'Eurychore était couverte d'édifices depuis le temps de Hiram, et par 
conséquent n'existait plus comme place un siècle et demi avant le départ de la colonie 
qui fonda Cartilage ; mais les Carthaginois avaient réservé ce vaste emplacement, parce 
qu'ils avaient voulu une place d'armes dans l'intérieur de leurs murs ; et pour la dési- 
■ gner, Appien n'emploie pas le mot Eùpû;(Mfos, il se sert des expressions T'i ititov 
hrôq (une espèce de plaine intérieure), expressions qui donnent bien une idée de ce vaste 
champ de Mars, capable de contenir un grand corps d'armée. 

Joseph Scaliger, Ad fragmenta emendationi temporum addila, p. 20. — Géographie 
Je Strabo», traduite par MM. Laporte-Uutheil, Gosselin et Letronne, in-4°, t. V, 
liv. XVII, p. 472, delà traduction, p. 832 du texte. — Appien, Guerres puniques, 
liv. vm, §§95 et 98. 

(1) Reland, Pakcstina ex monumentis velaribus illuslruta,'2,\o\. in-4,lib. i,cap. 55, 
p. 3S9 ot seq. — .To /jn'ya iteiSîov SuSovof... (Joseph., Antiq. jad., liv. v, chap. 2, 
vu. 62 



486 RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 

Ce n'est pas tout; ayant dit que la grande plaine de Tyr était 
Eurychore, Desvignoles est amené "a placer également sur le conr 
tinent, dans une partie de cette plaine, la ■ville oîi résidait le roi 
Hiram. D'après lui, les Tyriens insulaires avaient, depuis long- 
temps, fondé celte ville continentale dont Iliram fortifia le quar- 
tier oriental. Un antre travail de ce prince, ce fut de joindre le 
temple de Jupiter Olympien, qui était dans l'île, à la ville conti- 
nentale, et il exécuta celte réunion au moyen d'une chaussée qui, 
plus tard, fut emportée par les flots de la mer, avec ou sans l'aide 
des Tyriens. Telle est l'interprétation donnée par Desvignoles 
aux passages de Dius et de Ménandre cités par Josèphe (1). 

Avant Desvignoles, dom Calmet avait dit aussi que Hiram fit 
une chaussée pour réunir Tyr continentale h l'île où se trouvait 
le temple d'Hercule (2). '%'-■ 

M. Movers place ailleurs la chaussée de Hiram. Voici son opi- 
nion sur cette chaussée et sur l'Iilurychore. Tyr insulaire était 
bâtie sur deux îles, une grande et une beaucoup plus petite. Par 
des travaux considérables et en empiétant sur la mer, Hiram aug- 
menta au sud-est et à l'est l'étendue de la grande île. Cette con- 
quête sur la mer formait une partie de l'Eurychore, qui s'éten- 
dait également sur l'île jusqu'au port intérieur. L'Eurycho]?e 
n'était point entièrement couvert de maisons j on y avait réservé 
une grande place publfque où s'assemblaient les Tyriens, et qui 
conserva le nom d'Eurychore. i^k se trouvaient aussi les divers 

p. 150 o. — Guerres des Juifs, liv. iv, chap. 3.) — IIeiÎi'ov xoT/lov, plaine profonde, 
vallée du Jourdain. (Strabon, liv. xvi, p. 7S5.) — Ta fisyâXa mSia, magni campi, les 
grandes plaines. (Polybe, éd. de Schrveighaeuser, 1770, fragments du livre xiv, chap. 7, 
t. m, p. i78.) — Guill. Tyr, lib. xiii, cap. 3, p. 834 : « Licet in ipso mari (Tyrus)sita 
» sit, et in modum insulae Iota fluctibus ambietur,' habet tamen pro foribus latifundium 
» per omnia commendabile, et planitiem sibi continuam divitis glebae et opium soli. » — 
Maundrell, Voyage d'Alep..., p. 83. 

(1) Desvignoles, Chronologie de l'histoire sainte et des histoires étrangères... Berlin, 
1738, in-4°, t. II, liv. iv, chap. 1 , § 2, p. 66 et suivantes. 

(2) Dom Calmet, Commentaires sur Josué, chap. xiï, vers. 29. 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 487 

établissements de commerce ; il y avait encore des citernes, des 
jardins ; enfin on y cultivait de la vigne et des oliviers. A cette 
époque, l'Eurychore n'<5tail encore qu'un faubourg de la ville. La 
petite île était située à l'ouest-nord-ouest de la précédente. C'était 
dans cette seconde île que se trouvait le temple d'Hercule, que Dius 
appelle Jupiter Olympien. Par une chaussée, Hiram la réunit à la 
grande île. Elle a entièrement disparu par suite de tremblements 
de terre (1). 

M. de Bertou assigne une tout autre position aux travaux exé- 
cutés par Hiram (2). Entre l'île où généralement on place Tyr, et 
dont une partie est encore occupée par la moderne Tsour et la 
terre ferme, il a existé une autre île qui reçut la colonie venue de 
Palaetyr et fut la première demeure des Tyriens. A l'ouest de celte 
île, voisine du continent et qui occupait la plus grande partie de 
l'espace qu'on attribue communément au détroit, il y avait un 
terrain bas et marécageux appelé Eurychore. Hiram le fit exhaus- 
ser par des terrassements, afin de pouvoir y étendre la ville. Le 
temple de Jupiter était dans l'île la plus occidentale, mais Hiram 
jeta une chaussée entre les rives des deux îles qvie séparait un 
détroit de 50 à 60 mètres. Cette chaussée subsista jusqu'au jour 
où Nabuchodonosor ayant comblé un premier détroit de 150 mè- 
tres, qui existait entre 1§ continent et l'île alors habitée par les 
Tyriens, ces derniers se réfugièrent dans la seconde île, celle que 
plus tard assiégèrent les Macédoniens. Furieux de la trouver 
presque déserte, il passa au fil de l'épée ce qui restait d'habitants 

(1 ) Movers, Dus phijn., erster Theil, Buch I, cap. 7. ■ — Cbariton dit qu'il y avait un 
Eurychore (Eùpu^wpia) dans l'île d'Arados, et, d'après Achille Talius, on trouvait dans 
l'Eurychore de Tyr des oliviers, de la vigne et des jardins de plaisance. M. Movers 
invoque le témoignage des deux romanciers auxquels on doit accorder le degré de con- 
fiance que mérilerait l'auteur de Pharamond pour la description d'une ville de France 
au v' siècle; ou, si on l'aime mieux, Fénelon pour la description de Salenle. 

Avant de rechercher si l'Eurychore est le magnus campus de Justin, il faudrait dé- 
cider si le massacre des Tyriens par leurs esclaves est une histoire véritable. 

(2) De Bertou, Essai..., p. 75. 



àSS ÇECIIERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 

et fit raser ensuite la ville jusqu'aux fondements. Une fois réfugiés 
dans celle seconde île, les assiégés durent, pour éviter d'y être 
poursuivis par Nabuchodonosor, couper la chaussée qui les réu- 
nissait à la ville qu'ils venaient d'abandonner, et ce fut de celle 
■ manière qu'environ 572 ans avant J.-C, les Tyriens s'établirent 
diins l'île qu'Alexandre joignit plus tard au continent. 

Si les choses se fussent passées ainsi que le dit M. de Bertou, il 
y aurait lieu de s'élonner, en effet, que les Babyloniens n'eussent 
,^ pas poursuivi les Tyriens dans la seconde île. Ils étaient parvenus 

à combler un détroit de 150 mètres de largeur; il était beaucoup 
moins difficile de faire une chaussée de 50 mètres, surtout lorsque 
la ville prise fournissait de si nombreux matériaux. 

M. de Bertou s'est trompé en traduisant le passage de Dius ; il 
a remplacé le mot est (irpô; àvaTcXàç) par le mot ouest; de là une 
suite d'erreurs. 

Quant à M. Movers, dont le travail, au reste, est si remarqua- 
ble, il a exagéré, je crois, l'importance des travaux de ïliram vers 
l'est de. la ville, et il me semble n'avoir pas compris les travaux 
de teri'assemeut qui furent exécutes pour joindre à Tyr l'île où 
se trouvait le temple de Jupiter. 

A mon avis, Hiram n'agrandit pas l'île en comblant une partie 
du détroit; il ne bâtit pas sur pilotis le^mur qui servait k enclore 
la ville de ce côté (1); il exhaussa et nivela seulement le sol; c'était 
déjà un assez grand travail, puisqu'on y trouve jusqu'à 3 mè- 
tres de terre et qu'on a pu y pratiquer des puits ou citernes ; mais 
je suis persuadé que, sous celte terre rapportée, on doit rencon- 
trer le roc qui sert de base à l'île entière. 

Enfin l'historien grec dit positivement que le travail de Hiram 
fut exécuté à l'orient de la ville ; si donc, la ville royale était sur le 
continent, comme le veut Desvignoles, c'est à l'occident de cette 



(1) llécemment M. Robinson a vu quelques restes du double mur qui entourait l'île 
du côlé de l'isthme. 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 489 

\ille qu'était l'île, et que, par conséquent, la chaussée fut exécutée. 
Ou bien, poijr admettre le sens de Desvignoles, il faut supposer 
qu'il n'y a aucune copnexité entre les deux phrases de Dius; 
qu'après avoir parlé de la partie orientale que Hiram fortifia et 
étendit, il nous reporte \ers l'occident où a dû être faite la jetée j 
tandis que par la lecture du passage entier, il reste évident qu'il 
n'est question que d'un seul et même travail de terrassement ; 
enfin il faut supposer que, dans la même phrase, les deux mots ttooct- 
'éjiùoi et iyyÛGUi, qui, avec certaines nuances, représentent bien la 
même idée, ont été employés, la première fois pour exprimer la 
construction d'un mur d'enceinte, et la seconde fois pour signifier 
l'exécution d'une chaussée. Ce qui est une explication fort arbi- 
traire et tout à fait inadmissible. J'ajoute que la construction de 
la chaussée n'a été attribuée a Hiram par aucun historien ancien; 
elle n'existait pas avant Nabuchodonosor, et, dans les prophéties 
sur le siège de Tyr par le grand roi, il est parlé des fatigues que 
supportèrent les Babyloniens pour pénétrer jusqu'à la ville. 

Laissons la toutes ces interprétations que je crois erronées et 
que j'ai dû néanmoins faire connaître, afin de prévenir les objec- 
tions qui pourraient m'être faites. Il est temps que je dise com- 
ment je gense que doivent être traduits et entendus les deux textes 
qui nous occupant, car il est bien évident que le passage de Dius 
et celui de Ménandre ont rapport aux mêmes travaux exécutés 
pîir le même roi de Tyr. 

Je traduis ainsi : 

« Hiram éleva par des remblais lé sol de l'Eurychore, et con- 
sacra la colonne d'or dans le temple de Jupiter (1). » 

« Hiram fit un remblai pour étendre la partie orientale de la 
\ille et agrandit la ville proprement dite (âa-ru); ayant comblé l'es- 
pace qui la séparait d'une île oîi se trouvait, isolé, le temple de 

((J Ou plutôt : le temple du Grand Dieu, c'est-à-dire d'Hercule, principale divinité 
des Tyrjens. 



;*• 



â90 RECHERCHES SUR TYR ET PALjETYR. 

Jupiter Olympien, il joignit ce temple à la ville (to^i;), et l'ori^ 
d'offrandes en or. » 

Voici maintenant comment je comprends ces deux passages. 
A4 stades du continent, il y avait deux îles d'inégale grandeur, 
séparées par un canal qui se dirigeait du sud au nord. Par les 
poëtes et par les monnaies tyriennes, nous savons qu'elles ont 
été appelées îles Ambrosiennes ou rochers Ambrosiens (Àp-êpocis 
TTÉTpE, Ambrosiœ petrœ). Dans l'île la plus grande et la plus occi- 
dentale étaitbâlie la ville de Tyr, la résidence du roi Hiram (â'oTu,}; 
le temple d'Hercule se trouvait dans l'île la plus petite et la plus 
orientale, située ainsi entre Tyr et la terre ferme, mais beau- 
coup plus près de la ville que du continent. Cette île, où était le 
temple d'Hercule, n'était alors qu'un rocher stérile, ne contenait 
aucun autre édifice, et, par cette raison, les Tyriens lui don- 
naient un nom que l'historien grec traduit par Eurychore, ou la 
grande place. 

L'Eurychore avait deux pentes : l'une à l'ouest, du côté de la 
ville, et l'autre à l'est, du côté du continent. La première était 
plus rapide, la seconde était beaucoup plus étendue, et nécessita, 
pour obtenir un nivellement, de grands travaux de terrasse- 
ment (jif'oniiuiCE) que protégea un mur de soutènement., Le mur, 
de ce côté, remplaça les rochers qui, partout ailleurs, arrêtaient 
les flots de la mer. 

Le canal qui était à l'orient de la ville et qui séparait les deux 
îles, ayant peu de largeur et peut-être peu de profondeur, Hiram 
le fit combler (iyyjâccK;), nivela le sol du rocher, et par là il agran- 
dit la ville (ttoXiç) dans sa partie orientale. En effet, elle s'accrut 
et de la largeur du canal comblé et de toute l'étendue de la petite 
île réunie. Le roi de Tyr combla non pas la totalité, mais seule- 
ment la plus grande partie du canal, réservant au nord un espace 
éteadu qui devint le port intéi'ieur. 

Par l'étude et la comparaison, non pas de quelques phrases 
isolées, mais de tout ce qui a été écrit sur Tyr, j'étais arrivé à ne 



•4-. 
RECHERCHES SUR TYR ET PAL^ETYR. Z|91 

plus rien trouver d'obscur dans les textes cités plus liaut et si di- 
versement interprétés ; il me semblait bien que mon opinion sur 
l'état ancien de Tyr était l'expression de la vérité ; mais pour ar- 
river à une certitude à cet égard, il fallait que la péninsule actuelle 
fût soigneusement explorée. L'exploration a eu lieu; elle a été 
faite avec autant de zèle que d'intelligence par M. de Berlou, qui, 
pendant plusieurs années, a résidé et voyagé en Orient. 

Au nom de la Société de géographie de Paris, je lui adressai une 
série de questions; je lui demandai : 

^ 1° De relever les côtes de la péninsule, depuis A jusqu'à B, et 
a'indiquer les points oii la côte est abrupte et ceux où la côte est 
basse. 

2° D'examiner et de faire connaître sila presqu'île oflfre quelque 
accident de terrain, et si le point E, que je supposais être le milieu 
de l'ancien canal, n'était pas moins élevé que les points C et D, 
placés à peu près au centre des deux îles. 

3° De rechercher si, au fond du port septentrional ou intérieur 
F, on trouve delà pierre dure, ouaumoins des terrains qui ressem- 
blent aux autres rives du port et aux côtes voisines a, a, a, ou si 
l'on trouve uniquement de la terre rapportée. 

k° De suivre par quelques fouilles la direction du canal vers la 
partie méridionale de la presqu'île actuelle G. 

5° De s'assurer autant que possible s'il a existé un canal partant 
du point H, appelé port Égyptien par M. Barbie du Bocage, et 
venant se réunir au grand canal qui se dirigeait du sud au nord. 
6° Enfin, pour être sûr de retrouver le canal autrefois comblé, 
de creuser, de distance en distance, et à une certaine profondeur, 
dans la direction de l'ouest à l'est I et J, et de dire si la pierre 
dure n'a pas été trouvée en certains endroits, tels que 1,1, 2,2, 
et si au contraire on n'a pas rencontré des terres évidemment 
rapportées entre ces deux points (1). 



(1) Bulletin de la Société de géographie, %' série, t. IX, p. 



48. 



Zi92 RECHERCHES SUR TÏR ET PALJITYR. 

Les réponses de M. de Bertou ne se firent pas longtemps atten- 
dre. Elles étaient accompagnées d'un plan 4e Tyr exécuté avec un 
soin bien digne d'éloges, et sur lequel toutes les fouilles, tous 
les relevés ont été indiqués avec la plus grande exactitude. 

Que contenaient ces réponses? Le voici : 

1° « Sur le plan j'ai indiqué par des hachures en dehors du 
trait, les endroits où la côle est abrupte, et par des numéros de 
référence l'escarpement des rochers. 

2° » Les points C et D ne sont pas les points culminants. Les 
n" 61 et 62 de mon plan indiquent les points qui m'ont paru 
s'élever au-dessus du niveau général. de la presqu!île ; mais je dois 
faire observer que les ensablements et les amas de décombres 
ont dû changer les anciens niveaux (1). 

3° » En creusant au fond du port septentrional, on ne trouve 
que des terres rapportées mêlées avec le sable que la mer ne 
cesse d'y amener depuis que le mur qui le fermait au nord a été 
presque entièrement renversé. Dans les tranchées 56 j'ai trouvé 
l'eau salée à 2 mètres de profondeur. Les côtes o, a, a sont des ro- 
chers, tandis que le fond du port est de terre rapportée. L'espace 
compris entre la limite actuelle et l'ancienne limite du port est 
maintenant couvert de maisons. Les limites de l'ancien port sont 
marquées par des restes de quais bâtis de grosses pierres et par 
des fûts de colonnes qui servaient à amarrer les bateaux. 

4° » Après avoir reconnu par des fouilles qu'il n'y avait que des 
terres rapportées au fond du port septentrional, j'ai pu suivre la 
direction du canal qui séparait les deux îles, soit par les rensei- 
gnements que m'ont fournis les habitants et les maçons, soit en 
visitant moi-même les citernes. J'ai trouvé qu'entre les lignes 71 

(1) Il importe peu, on le comprend, que les points C et D ne soient pas des points 
culminants. Je voulais m'assurer si, par la simple inspection du terrain, on pouvait 
encore suivre la direction de l'ancien canal; les ensablements et les amas de décombres 
ont tout nivelé, cela se conçoit. Du reste, les réponses suivantes ne laissent pas le 
moindre doute sur cette direction. 



A 



, RECHERCHES SUR TYR ET PALJITYR. i93 

on rencontre invariablement l'eau salée après une couche de dé- 
combres et de terres rapportées de 2 mètres à 2", 50, et qu'en 
dehors de ces lignes on rencontre le roc à l^jSO ou 2 mètres. 
Ayant ainsi établi la direction du canal dans l'intérieur de la ville 
actuelle, il me restait à chercher à quel point de la côte méridio- 
nale il avait pu aboutir. Les fouilles que j'ai fait exécuter parais- 
sent démontrer que le canal aboutissait à l'endroit où j'ai indiqué 
un débarcadère sous les n°' à1 , 41, puisque en effet j'iii trouvé 
l'eau salée à 3'°, 40 dans la tranchée 67, et le rocher à 3 mètres 
dans les tranchées 68, 68. » 

Sur son plan de Tyr M. de Bertou donne, en outre, des indica- 
tions sur trois autres fouilles : 

« 27. Jusqu'à 4"', 50 de profondeur, rien que des décombres. 
29, 29. Deux enfoncements dans lesquels on a fait des tranchées 
de 3 mètres sans trouver autre chose que des décombres. » 

5° 0. 11 n'y a rien sur la côle occidentale qui puisse être appelé 
un port; Les golfes formés par les sinuosités de la côte sont si 
petits, qu'à peine pourrait-on y abriter quelques barques de pê- 
cheurs... s'ils n'étaient encombrés d'écueils. 11 n'y en a qu'un 
seul, et c'est le plus petit de tous, dont l'accès soit libre; il est 
indiqué sur le plan sous le n° 23. Celui-là pourrait bien être l'ou- 
verture d'un autre canal. Les tranchées que j'ai fait exécuter sem- 
blent être en faveur de cette supposition; mais, pour arriver l 
une certitude, il faudrait de longs et dispendieux travaux. » 

Au fond do cette anse et à 3 mètres de profondeur, M. de Ber- 
tou a trouvé un dallage en très grandes pierres; à gauche, n° 24, 
la roche vive sous une couche de 3 mètres de décombres, et à 
droite, n° 26, à i°',10, un mur de 1 mètre d'épaisseur. C< s deux 
points, 24 et 26, ne sont distants l'un de l'autre que d'environ 
30 mètres. Dans quel but avaient été faits ces travaux? Nul ne 
peut le dire positivement. Peut-être les barques de pêcheurs se réu- 
nissaient-elles sur ce lieu. Était-ce l'entrée d'un étroit canal allant 
rejoindre celui qui séparait les deux îles? C'est possible; mais 
VII. 63 



U9h RECHERCHES SUR TYR ET PAL^ETYR. 

jusqu'ici rien ne le prouve. Sans frais dispendieux et au moyen 
de deux ou trois fouilles, il serait facile de s'en assurer. 

On le voit, les renseignements si nombreux et si précis donnés 
par M. de Bertou confirmaient de tous points mes conjectures. 

Les fouilles avaient été exécutées comme je l'avais désiré, dans 
les lieux que j'avais indiqués et dans d'autres encore, et partout 
on avait trouvé, comme je l'avais prévu, ici le roc dur, la des 
terres rapportées. Même résultat pour l'exploration des côles. Si 
quelque chose pouvait encore donner plus d'importance et d'auto- 
rité aux réponses de M. de Bertou, c'était celte circonstance digne 
de remarque, qu'il ignorait dans quel but les questions lui avaient 
été adressées, u Peut-être, écrivait-il le II octobre i8â8, mes re- 
cherches auraient-elles été plus fructueuses si j'avais été instruit 
des motifs qui avaient fait dicter les questions. » Je m'étais bien 
gardé de lui donner connaissance de ces motifs. L'ignorance 
même dans laquelle je l'ai laissé, et qui lui a permis de n'avoir 
point k se préoccuper de ia solution des difficultés, accroît encore 
la confiance qu'à si juste titre inspiraient déjà son instruction et 
son zèle. 

Le doute n'était plus possible; après vingt-huit siècles, il deve^ 
nait facile de dire ce qu'était, avant Hiram, le sol occupé par la 
ville de Tyr, et d'indiquer avec précision les changements et les 
agrandissements dus a. l'intelligence et à la persévérance de ce 
prince. Mes questions sur Tyr avaient vivement préoccupé M. de 
Bertou. 11 a publié sur la topographie de cette ville, un mémoire 
dans lequel il arrive à des conclusions que je ne crois pas exactes 
el qui ne peuvent en rien modifier mon opinion (i). 

Trompé par l'assertion de Volney , frappé du grand nombre de 
colonnes renversées qui se voient encore dans l'intérieur et au- 
tour du bassin triangulaire situé au midi de l'île ; enfin, inter- 

(1,) Ce méoioire est accompagné de deux plans. Le premier est la reproduction un 
peu modifiée de celui qui a paru dans le Bullelin de la Société de géographie, et qui avait 
été dressé d'après les fouilles et les relevés exécutés pour répondre à mes questions. 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL.€TTO. /i95 

prêtant mal la phrase citée plus haut et extraite du liber Riveria- 
rum, M. de Bertou a cru que h; canal avait été creusé pour établir 
nne communication entre le port septentrional et le bassin mé- 
ridional, qui, suivant lui, ne communicjuait pas immédiatement 
avec la mer, et auquel il donne le nom de Côthôn, regardant le 
Côthôn de Carlhage comme une imitation de celui de Tyr. 

Je ne discuterai pas ; ce que j'ai dit du siège de Tyr par Alexan- 
dre et des travaux de Hiram monlre assez que mon opinion dif- 
fère beaucoup de celle de M. de Berton ; il m'est impossible cepen- 
dant de ne pas faire remarquer que, dans Arrien, on lit claire- 
ment et positivement exprimé que le port méridional avait son 
entrée du côlé de l'Egypte; que dans aucun auteur on ne trouve 
un seul mot qui laisse soupçonner l'existence d'un canal traver- 
sant l'a ville pour faire communiquer entre eux deux ports éloi- 
gnés l'un de l'autre de toute la longueur de Tyr. 

Dans un document fourni par le général Vial au colonel Jaco- 
tin pour la construction de la carte d'Egypte, nous lisons que les 
deux tours situées à l'entrée du port sont bâties sur des lits de 
colonnes renversées, et que la mer, qui en ronge le pied, en a mis 
une partie a découvert. M, de Bertou nous apprend que les deux 
murs s'étendant au nord et au sud des deux tours reposent sur la 
roche dure qui, peut-être, sert également de base aux lits de co- 
lonnes dont parle le général Vial ; de même, à son extrémité 
occidentale, la jetée du nord est appuyée sur un rocher. Volney 
l'avait remarqué et en avait conclu, un peu légèrement, que le 
port de Tyr avait été creusé de main d'homme. M. Dareau de la 
Malle crut devoir admettre, comme parfaitement exact, un fait 
énoncé par un voyageur qui, généralement, a très bien vu 
et bien décrit les lieux parcourus par lui. M. de Bertou a suivi 
l'texemple de M. Bureau dte la Malle (1). Contrairement à l'asser- 



(1) Volney, Voyageen Syrie..., t. H, p. i08. — Dureau de la Malle, Recherches sur 
la topographie de Carlhage, p. 14. — De Bertou, Essai sur la topographie de Tyr, p. 12. 



i96 RECHERCHES SUR TYR ET PAL^ETYR. 

tion de Volney, si facilement acceptée, je suis persuadé que si 
une exploration sérieuse était faite, on ne tarderait pas à recon- 
naître que les rochers qui se trouvent a l'est et a l'ouest du port 
sont les deux extrémités des deux îles sur lesquelles la ville a été 
bâtie; et que les Tyriens, loin d'avoir eu à creuser leur port , 
avaient eu à exécuter un travail de remblai pour restreindre l'es- 
pace occupé primitivement par la mer. 

Ce remblai, je n'en doute pas, a fait disparaître l'ancien port, 
celui où abordèrent les diverses colonies qui ont contribué à la 
fondation deTyr, et d'où sortaient les navires de cette ville, qui, dès 
son origine, établit des relations commerciales avec les contrées 
lointaines. Le port, antérieur aux travaux exécutés par Hiram, ne 
doit pas être cherché sur les côtes de l'Eurychore, puisque alors 
cette île n'était pas habitée ; et la grande île étant partout hérissée 
de récifs et de rochers, excepté du côté du bras de mer par le- 
quel elle était séparée de l'Eurychore, c'est sur le bras de mer 
qu'a dû exister le port des premiers Tyriens. Exposé aux vents 
du nord et du midi qui agitaient la mer dans le canal entre les 
deux îles , le port était peu sûr et peut-être insuffisant , eu 
égard a l'activité du commerce; par ses immenses travaux de ter- 
rassement, le roi Hiram, tout en agrandissant la ville, fit un port 
plus vaste et plus sûr. 

Nulle part, dans les auteurs aticiens, on ne trouve de rensei-, 
gnements positifs sur l'emplacement qu'occupait l'iarsenal mari- 
time des Tyriens. M. Movers pense qu'il était au sud-ouest de 
l'île; je ne puis partager cet avis, qui cependant a été accepté par 
M. Ritter (1). Il me semble que la lecture attentive des anciens 
historiens, d'Arrien particulièrement, ne permet pas de douter 
que les chantiers de construction ne fussent situés au fond du 
part intérieur créé par Hiram, et sur l'emplacement de l'ancien 



• (1) Movers, Dos Phcm..., Th. I, B. I, cap. vu, S. 214. — Ritter, Die Erdkunde, 
XVII, 340. 



RECHERCHES SUR TYR ET PALjETÏR. Û97 

port. Le quai était le résultat d'un remblai ; il avait été facile de 
ménager des loges pour les navires en construction. Dans le reste 
du port septentrional et dans tout le bassin méridional, les flots 
de la mer étant arrêtés par la roche dure ; les cales, si elles y 
eussent existé, auraient dii être creusées de main d'homme ; on 
n'en trouve aucune trace. , , ■ 

Par induction, on peut donc arriver à savoir oii placer l'arsenal 
maritime; il n'en est pas ainsi de la nécropole de Tyr. A ce sujet, 
le silence des anciens auteurs est absolu. L'opinion émise par 
M. de Bertou, et trop facilement acceptée par MM. Movers et 
Ritter, me paraît manquer complètement de vraisemblance (1). 

A 9 kilomètres de Tyr, dans la direction de Sidon, près d'un 
lieu appelé aujourd'hui Adloun ou Adnoun (2), il existe de nom- 
breux et vastes hypogées. Us ont dû servir h la sépulture des ha- 
bitants d'une grande ville, c'est incontestable; mais que, dans les 
cavernes d'Adloun, il faille voir la nécropole de Tyr, je ne puis 
l'admettre. Ces excavations, voisines de Sarepta et peu éloignées 
de Sidon, me semblent avoir été pratiquées dans la montagne 
pour y déposer les morts de ces deux villes, dont la première était 
une dépendance de la seconde (Sarepta quœ Sidonis esL). Sur 
toute la côte de Phénicie on trouvait de semblables cavernes dans 
le voisinage des villes. (3). Celles dont il s'agit ici étaient connues 
dans la plus haute antiquité; on les désignait sous le nom de ca- 
vernes de Sidoniens [Maara Sidoniorum). Ce nom leur convenait 
parfaitement, parce qu'elles étaient dans le pays des Sidoniens, 
qui s'étendait au sud jusqu'à la rivière connue aujourd'hui sous le 
nom de Nahr-al-Kasmyié, et parce qu'elles étaient la nécropole de 
la grande et opulente ville de Sidon. 11 me paraît donc tout à fait 
invraisemblable que les Tyriens aient jamais déposé leurs morts 
loin de Tyr, dans le pays des Sidoniens. La nécropole des Tyriens, ' 

(1) De Bertou, £ssai..., p. 84. — Movers.cap. vu, S. 242.— Ritter.. ..XVU, 360. 

(2) Mulatio ad nonum du Pèlerin de Bordeaux. 

(3) Strabon, liv. xvi, p. 755. 



398 RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 

inconnue jusqu'ici, doit être cherchée beaucoup plus près de la 
ville. Au temps où les rochers situés au nord de l'île étaient bien 
plias étendus, m'ayant pas encore été en partie submergés, ils ont 
dû recevoir les morts d'une ville dont ils étaient séparés par une 
si petite distance. Uu monument célèbre dans l'antiquité, le tom- 
beau de la courtisane Rhodope, semble justifier cette opinion, car 
il n'est pas probable que ce fût le seul monument de ce genre 
érigé dans ces îles ou plutôt sur ces rochers. Il y a eu des tom- 
beaux dans l'île même (J). Le monticule de Maschouk a servi aussi 
de lieu de sépulture ; et dans la plaine, près de l'aqueduc, sur 
toute la route de Sour au monticule, il y a eu des sépulcres ty- 
riens. Enfin la ville de Tyr étant devenue plus puissante, plus 
étendue- et plus peuplée, des hypogées semblables à ceux desSido- 
niens ont été pratiqués dans la chaîne de montagnes qui borne à 
l'est la plaine de Tyr, surtout dans l'endroit nommé aujourd'hui 
El-Awwatin (2). 



CHAPITRE m. 

FONDATION DE TYR. PAL^ÏYH. 

Dans un fragment de l'histoire ou plutôt de la théologie des 
Phéniciens, fragment conservé par Eusèbe (3), et attribué à San- 
choniathon, il est dit que Hypsuranius, descendant de Colpia (le 

(1) M. de Bertou en a remarqué deux sur la côte sud-buoBldfe la presqu'île actuelle. 

(2) Ce ne sont plus là des conjectures; d'après le témoignage de Mgr Mislin, dans 
le voisinage du rocher de Maschouk, il y a plusieurs sarcophages, et un peu au delà 
commence une vaste nécropole. ... En suivant le pied de la montagne, le voyageur a 
trouvé des ruines éparses sur plusieurs autres monticules {Les lieux saints, t. II, 
ch, xvui, p. 6 de la 1," édil.). Excepté sur les rochers au nord de Tyr, rochers qu'il n'a 
pas explorés, M. Renan a vu des sarcophages phéniciens dans tous les autres lieux que 
je viens d'indiquer. (Bapporf à l'empereur sur les explorations en Phénicie, juillet 1862), 

(3) Eusèbe, Préparation évangélique, liv. I", chap. ix et x, et liv. X. On a dit que 
Sanchoniathon était contemporain de SémiramisetdeGédéon, et que, par conséquent, 



RECIîERCHES SUR TYR ET PAL/ETTR. Û99 

vent primitif, le souffle de l'esprit), habita Tyr, et imagina l'art de 
construire des cabanes avec des joncs, des roseaux et du papyrus. 
Son frère tisotis fut le premier qui se fit des habits de peaux ête 
bêtes; il coupa les branches d'un des arbres qui étaient dans 
Tyr, et, se servant du tronc comme d'une nacelle, il n'hésita pës 
«se confier à la mer, n'en ayant reçu l'exemple de personne (1). 
Il érigea deux cippes, l'un au feu (2), l'autre au vent, et les arrosa 
du sang des bêtes qu'il avait prises à la chasse. Après la mort 
d'Hypsuranius et d'Usoiis, ceux qui restèrent dans l'île adorèrent 
les cippes consacrés en leur honneur. 

En traduisant ce qui se rapporte aHypsuranius, le père Viger, 
dans sa version latine d'Eusèbe (3), ajoute au nom de Tyr le mot 
insula, île, quoique le mot vr.co; ne se trouve pas dans la leçon 
grecque dê'Philon de Byblos. Il s'y croit autorisé par le passage 
qui suit : « Comme Astarté (la lune, et plus tard la Vénus des 
Phéniciens) parcourait la terre, elle trouva un aigle tombé du 
ciel, qu'elle consacra dans la sainte île de Tyr, Iv Tu'pu ttï âyia sricm 
âipiepaïae (4). " 

Au contraire, Bochart ne peut pas admettre que ce soit l'île de 
Tyr qui ait été la demeure des deux frères ; en effet, quelques-uns 

vivait dans le xiii" siècle avant notre ère; mais l'authenticité des fragments de Sancho- 
niallion peut être contestée. 

(1) Ce qui fait dire à Tibulle : 

Prima ratem ventis creJere ducta Tyros. 

(Élégie Vlir, vers 20.) 

(2) A Gadès (Cadi.K), colonie tyrienne, une flamme perpétuelle brûlait dans le temple 
d'Hercule. 

(3) « Jam vero Hypsuranium in insula Tyro domicilium collocasse..., tradit. » 

(4) Dans le texte d'Eusèbe, au lieu de iui-epcav , un aigle, on lit àc7rEpoi, une étoile. 
La correction est de Bochart (Samuelis Bocharti Geogntplm sacra, seu Phaleg et Cka- 
maii, Lngduni Batavorum, <707. — Chanaan, lib. II, cap. ii, p. 709) : « Asteriam 
« inter aquilarum gênera accensetiElianus tanquam ex Aristotele. » Cela s'accorde avec 
ce quedit Cicéron, que l'Hercule tyrien était né de Jupiter et d'Astérie, sœur de Latone. 
Tous les ans, à Tyr, on allumait en l'honneur d'Hercule un immense bûcher d'où s'éle- 
vait uu aigle, symbole du soleil qui renaît de ses cendres. ■ 



500 RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 

des détails contenus dans le récit de Sanchoniathon excluent posi- 
tivement l'idée d'une île peu étendue. Mais du récit même il res- 
sort que c'est dans l'île de Tyr qu'Usoiis aborda sur sa nacelle j 
qu'il y vécut et y mourut ; et ce récit constate que, d'après la tra- 
dition, la plus haute antiquité était attribuée a Tyr, située dans 
l'île. 11 ne faut pas, je crois, y chercher autre chose. 

Maintenant que doit-on entendre par ces mots « la sainte île de 
Tyr?» Amon sens, ils rappellent l'antiquité du culte fervent x'endu 
dans Tyr a la principale divinité des Tyriens, a Hercule, qu'il ne 
faut pas confondre avec l'Hercule grec, le fils d'Alcmène. L'Her- 
cule tyrien, c'est le soleil, le fort roi, le maître des dieux, le Jupi- 
ter des Grecs; aussi l'historien Dius, en parlant du temple que 
fit construire le roi Hiram, donne-t-il au dieu tyrien le nom de 
Jupiter Olympien (1). L'Hercule tyrien est aussi le •dieu de la 
mer (2), le Poséidon des Grecs-, ce qui se comprend lorsqu'il s'agit 
de la divinité d'une ville puissante par son commerce maritime. 
^,) Hérodote et Arrien attestent qu'Hercule était en grande véné- 
ration, et depuis fort longtemps, dans la ville de Tyr (3). Arrien 



(1) Joseph, Antiguités judaïques, liv. VIII, chap. v, § 3. 

(2) Hercule phénicien est représenté comme un vieux pilote, demi-chauve et tout brûlé 
du soleil. Une médaille reproduit Hercule avec une tour sur la tête, une robe longue et 
serrée d'une ceinture ; il porte de la barbe et tient de la main gauche un trident. (Vail- 
lant, Hisl. reg. Syr., p. 332.) 

(3) Arrien, De expéditions .. . lib. II, cap. xvi. — Hérodote, liv. II, chap. xliv. 
Ajoutons le témoignage d'Eusèbe qui, sur l'an viii'^ avant l'Exode, dit : « Hercules 

« cognomento Desanaiis in Phœnice clarus habelur. »(C/iron., n°478.) Selden et Vossius 
pensent avec raison qu'il s'agit de l'Hercule tyrien dont le temple était dans l'Ile, celui 
que Cicéron (De nalwa deorum) dit être fils d'Astérie et qu'il désigne ainsi : « Quartus 
(Hercules) quem Tyrii maxime colunt. » — Selden, De dits Syris, liv. vi, p. 4 37. — 
Vossius, Deidol., liv. sxu, p. '168. 

DansMacrobe, Saiurne,liy. I,cap. xx : « Deus Hercules religiose guident apud Tyros 
colilur. » 

« Les Tyriens rendent un culte très fervent à Hercule. » (Strabon, liv. xvi, p. 757.) 

Hercule est appelé, dans l'Écriture sainte, Baal, maître; dans Sanchoniathon, Baal- 

■sames, de Baal Schamaiïm, maître des cieux, et Melicarth, de Melech Cartha, roi de la 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TÏR. 501 

dit brièvement que le temple d'Hercule, à Tyr, était l'un des plus 
anciens qu'il y eût parmi les hommes, et qu'Hercule y était révéré 
plusieurs générations avant que Cadmus vînt en Grèce. Quant à 
Hérodote, voici ce qu'il raconte : « Un jour que je m'entretenais 
avec les prêtres de ce dieu, je leur demandai combien il y avait 
de temps que le temple était bâti... Ils me dirent qu'il avait été 
bâti en même temps que la ville, et qu'il y avait 2300 ans qu'elle 
était habitée. « Or c'était vers l'an /i60 avant J.-C. qu'Hérodote 
voyageait ejî Phénicie ; donc les prêtres tyriens faisaient remonter 
la fondation de la ville à l'an 2760 avant notre ère, c'est-à-dire 
431 ans avant le déluge universel, selon la chronologie du P. Pe- 
tau(^'l). 

On a dit que les prêtres avaient exagéré de 1000 ans, ou que les 
nombres avaient été altérés pa;^- les copistes; qu'il faudrait lire 
y'ChAce., mille, au lieu de SicjyjXia, deux mille; on n'aurait plus que 
1760 ans avant J.-C, c'est-à-dire qu'on arriverait à une époque 
plus rapprochée des temps puremeait historiques (2). Je rejette 
également et la suppression etla correction. Ne sait-on pas que les 
plus antiques légendes de presque tous les peuples asiatiques com- 
mencent par raconter les alliances entre les dieux et les mortels, 
et assignent au monde une antiquité exagérée, qui est loin de s'ac- 
corder avec la chronologie du Pentateuque et, par conséquent, 
avec toute histoire sérieuse? Car, M. ChampolUon jeune l'a dit et 
démontré, en adoptant la chronologie et la succession des rois 
égyptiens données par les monuments, l'histoire d'Egypte con- 

ville oa fort roi. Dans la Chronique d'Eusèbe, il est surnommé Dibdas (Syncelle) ou 
Diodas (Scaliger), le dieu de l'hymen, ou le chéri, ou le voyageur; idée qui se retrouve 
dans Dido, l'errante. Comme on vient de le voir, la traduction latine porte Desanalis, le 
puissant (Vossius). Desenails parait être la meilleure leçon. — Voyez M. Guigniault, 
Relig. de l'anl!q., t. II, 1" partie, p. 171 et suiv. 

(1) Petavii Rationarium lemponim. Paris, 1703, t. II. t Canonium epocharum cele- 
briarum. init., p. 3. 

(2) Desvignoles, Chronologie de l'Histoire sainte, etc. Berlin, 1738, t. It, liv. iv^ 
ch. 1,§1,p. 33. 

yii. 6i 



502 RECHERCHES SUE T\R ET PALJÎTYR. 

corde admirablement avec les livres saints ; M. le vicomte de 
Rongé partage l'avis de M. Champollion ; M. de Saulcj s'exprime 
dans les mêmes termes pour tout ce qui regarde l'histoire des 
anciens empires de la haute Asie [i). C'est donc avec raison qu'on 
cherche à établir la concordance des faits véritablemetit histori- 
ques avec la chronologie de Moïse ; mais il n'en peut être ainsi 
pour les traditions populaires, pour ces récits fabuleux qu'on ren- 
contre le plus souvent 'a l'origine des peuples, récits fabuleux dont 
Hérodote nous fournit des exemples lorsqu'il dit qu'Hercule est 
un des douze dieux nés i7 00C ans avant le règne d'Amasis(2), et 
lorsqu'il rapporte que, d'après les prêtres égyptiens, depuis le 
premier roi d'Egypte, Menés, jusqu'à Séthos, il s'était écoulé 
il 340 ans (3), pendant lesquels les dieux avaient vécu parmi les 
hommes et régné en Egypte (^4). 

Avec ces idées sur l'ancienneté du monde, avec une semblable 
chronologie, qu'y a-t-il d'étonnant qu'au dire des prêtres tyriens, 
Hercule ail eu un temple à Tyr depuis iâOO ans avant le voyage 
de l'historien grec ? Ne cherchons donc pas a expliquer ce qui ne 
peut l'être d'une manière satisfaisante, puisque nous manquons 
des éléments exacts de calcul et de comparaison; tout ce qu'on doit 
inférer du passage d'Hérodote, c'est que les Tyriens assignaient 
une haute antiquité à la fondation de leur temple, et qu ils fai- 
saient remonter k la même époque la fondation de Tyr insulaire, 
celle que visitait l'historien voyageur. Ainsi entendu, le langage 
des prêtres d'Hercule était vrai. 

(1) Lettre de M. Champollion jeune à M. Wisemann — Noie de M. de Rougé i:ur 
tes résulluis des foi/illes exécutées en Egypte, lue dans la séance des cinq académies, 
i i août, 1861. — Lettre de M . Saulcy à M. Nicolas, 1 5 avril 1 850. 

(2) 17 570 avant J. C. — Hérodote, liv. ii, cli. 43. 

(3) 1 2 053 ans avant J. C. ou 1 2 356 ans, d'après les calculs de Larctier. 

(4) Ctiez les Égyptiens, il y avait une vieille chronique d'après laquelle trente dynasties 
avaient régné 36 52.5 ans. SynceUi chronotogia, p. 51. — Les Égyptiens étaient de 
■beaucoup dépassés par les Ctialdéens, qui, d'après Berose, assignaient à leurs dix pre- 
miers rois un règne de 432 000 ans. SynceUi c/tron., p. 178. 



RECHERCHES SUR TYR ET PMJET\R. 50â 

Objectera-t-on la phrase que Juslin suppose avoir été pronon- 
cée par les ambassadeurs tyriens , s'adressant a Alexandre , 
phrase dans laquelle il est question du vieux Tyr et d'un temple 
plus ancien que celui de Tyr insulaire ( '. )? Qui ne sait que Justin, 
trompé par la signification des mots vêtus Tyrus. a été amené a 
conclure que le temple qu'il dit avoir existé dans ce lieu était plus 
ancien que celui qui était dans l'île! Diodore de Sicile, Arrien et 
Plutarque ne font aucune mention d'un temple d'Hercule sur le 
continent. 

Quinte-Ciirce seul, avec Justin, en parle; mais il omet l'impor- 
tante particularité de l'ancienneté qui ne se rencontre que dans 
Justin. M. de Sainte-Croix n'a pas même cru que ce que disent 
ces deux auteurs à ce sujet méritât d'être examiné et réfuté, et il 
n'en parle pas. Ouand même il n'y aurait aucun doute sur le lan- 
gage des ambassadeurs tyriens, ne devrait-on pas penser qu'ils 
s'exprimèrent ainsi afin de détourner Alexandre de son projet 
d'entrer dans leur ville; et serait-ce un motif suffisant pour croire 
que, sur le continent, en face de l'île, il y eût un temple plus an- 
cien que celui de Tyr, surtout lorsque le grave et judicieux Arrien 
dit précisément le contraire? 

L'assertion d'Arrien s'accorde parfaitement avec le récit d'Hé- 
rodote. Cet historien vient à Tyr, attiré principalement par le 
désir de s'instruire de ce qui regarde le culte d'Hercule; il entre 
dans le temple de ce dieu; les prêtres lui disent que le temple est 
fort ancien, et que sa construction remonte à la fond.uion de la 
ville. Quoi de plus clair? C'est bien l'opulente cité qu'Alexandre 
assiégea plus lard, c'est bien Tyr insulaire que visite Hérodote ; 
on ne le nie pas. C'est bien dans le temple de cette ville qu'a lieu 
l'entretien entre les prêtres et l'historien ; c'est bien dans ce même 
temple qu'Hérodote admire deux magnifiques colonnes. Celle 
d'émeraudey était encore du temps de Théophraste, au rapport 

(1) Justin, liv. II, chap 10. 



50â RECHERCHES SUR TYR ET PAL.ÏTYR. 

de Pline 'î) ; la colonne d'or était celle dont le roi Hiron avait 
enrichi le temple d'Hercule , situé dans i'Eurycore. Or, n'est- 
il pas de toute évidence qu'il ne peut être ici question que de la 
ton dation de Tyr insulaire et du temple qui s'y trouve ? Dire que, 
dans le récit d'Hérodote, il s'agit d'une ville et d'un temple qui 
avaient existé sur le continent avant d'être transportés dans une 
î!e, c'est faire injure au bon sens. Il y a donc erreur manifeste 
dans cette supposition. 

D'après Apollodore, Agénor s'était rendu dans le pays qui, plus 
tard, reçut le nom de Phénicie, y régna et y fut chef d'une nom- 
breuse postérité (■2). Apollodore ne s'explique pas sur le lieu précis 
où régna Agénor; mais on trouve dans la Chronique d'Enshhe que 
Phénix et Cadmus, partis de Thèbes en Egypte, régnèrent a Tyr 
et à Sidon. Or, Phénix et Cadmus étaient fils d'Agénor et étaient 
.venus d'Egypte avec lui {?>). 

Quinte-Curce va plus loin; il dit positivement que Tyr fut bâtie 
par Agénor (4) ; Cedrenns dit également que cette ville fut fondée 
par Agénor, qui la nomma ainsi de sa femme Tyro (5). 

\'irgile ne parle pas de la fondation de Tyr, mais il appelle ville 
d'Agénor Carthagc, qui était une colonie de Tyr (6). Hérodote 
donne a la fille d'Agénor, a Europe, le surnom de Tyrienne, et dit 
qu'elle fut enlevée à Tyr par des gens qui, de Crète, étaient venus 
en Phénicie (7). Le lieu le mieuxfortifié de la ville s'appelait Age- 
norium, au rapport d'Arrien, ce qui prouve que les Tyriens 
avaient conservé le souvenir du séjour d'Agénor dans leur ville (8). 

(1) Pline, îivii, S. — « Pilam smaragdo. » Pline ajoute : i Nisi potius pseudo- 

smaragdus sit. i 

(2) Apollodori^i&d'oi/ieca, lib. ii, cap. 1, § 4. 

(3) Eiisèbe, Chronique. Scol., n° 562. 

(4) Quinte-Curce, liv. iv, ch. 19. 

(5) Cedrenus, Ed. reg., p. 24 et seq. 

(6) Virgile, Enéide, chant I, v. 342. 

(7) Hérodote, liv. i, ch. 2 et liv. iv, ch. 4S. 

(8) ArrianiDe expedit., lib. ii, p. 147. L'Agenorium ou palais d'Agénor, bâti peut- 



RECHEnCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 5 05 

Lucien, en parlant de Cadmus, l'appelle wicrtior/];, habitant de 
l'île (1). Enfin un p«ëme très précieux, parce qu'il contient sur les 
traditions mythologiques et historiques d'une foule de villes des 
renseignements qu'on chercherait vainement ailleurs, les Diony- 
siaques deNonnosdePanopolis, viennent confirmer les récits légen- 
daires que j'ai rapportés et y ajouter de nouveaux et curieux dé- 
tails '"i). Comme on va le voir, Nonnos ne dit pas que Tyr fut 
fondée par Agénor; elle pouvait exister avant ce prince; mais 
il dit positivement qu'Agénor et Cadmus y ont régné. 

« Bacchus veut visiter la terre des Tyriens, patrie de Cadmus,- 
il y dirige ses pas... ; il s'applaudit de voir cette ville qui n'a pas 
i-eçu en entier de Neptune l'humide écharpe de la mer. Un double 
étonnementle saisit; car Tyr, reposant sur les flots, divisée par 
la terre et reliée par les mers, attache sous ses trois flancs une seule 
ceinture. Dans son immobilité, elle est semblable à vme vierge 
qui flotte, livrant aux ondes sa tête, son cou, ses épaules, et qui, 

être où était le château qui subsistait du temps des croisades, et qu'un historien de ces 
guerres a décrit ainsi : « Est auleni Tyrus supra mare niuro et ante muraliac turribus 
eœinentibus munita.... arx civilatisin rupe, in corde maris, et ipsa turribus et palatiis 
distincta. b Marinus Sanuto, lib. m, vi, cap. 43, p, 189. 

(1) Lucianus, In judicio vocalium, éd. Amstelod. , p. i6. 

A l'objection tirée de Lucien, Ducker répond que cet auteur a bien pu appeler 
Cadmus vjîoimtviç, ayant eu égard au temps où, après Cadmus, la ville de Tyr fut bâtie 
dans une île ; ou bien encore parce que, de son temps, Tyr était dans une presqu'île, et 
il cite Thucydide qui appelle vnciwTot; les habitants de Scione, et qui donne à la Cher- 
sonèse de Thrace le nom de nao^ (liv. iv, ch. 120 et 121). Arrien en fait autant, liv. i, 
chap. 9. 

Que le mot v^mç ait quelquefois été employé pour désigner une péninsule, ceci ne 
peut pas être contesté, et le mot Péloponèse (île de Pélops) en est une preuve que tout 
le monde connaît; mais île ou presqu'île, qu'importe! il est évident que Lucien fait 
venir Cadmus de Tyr que les eaux de la mer environnaient, et non de Palaetyr, située 
sur le continent. Dire que Lucien a confondu les temps, ce n'est qu'une conjecture que 
rien ne vient justifier; c'est attribuer trop d'ignorance ou trop de légèreté à cet auteur 
dont, au reste, l'opinion est appuyée par un grand nombre de passages des auteurs 
anciens. 

(2) Nonnos, Les Dionysiaques ou Bacchus, poëme rétabli, traduit et commenté par le 
comte de Marcelluî. Paris, Firmin Didot. — Liv. ïl, vers .300 et suivants. 



506 RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 

étendant ses mains sur deux mers dont elle voit blanchir l'écume 
autour d'elle, appuie ses deux pieds sur la terre qui la fit naître. 
Bacchus considère la maison d'Agénor, son ancêtre, le palais et 
les appartements de Cadmus j il pénètre dans le gynécée mal gardé 
d'Europe... U admire surtout les sources primitives où une eau 
profonde, après avoir coulé dans les flancs de la terre, revient à 
chaque heure à la lumière et fait jaillir les flots tournoyants nés 
d'elle-même. 11 observe le courant fécond d'Abarbarée, la char- 
mante fontaine qui s'épanche sous le nom de Callirhoë, et les 
ondes abondantes et virginales de la douce Drosère. Surpris de 
tant de beautés et souhaitant d'en connaître l'origine, Bacchus 
s'adresse a Hercule Aslrochiton, et lui dit : 

(I Quel dieu construisit cette cité? quelle main divine l'a dessi- 
née? qui nivela ses écueils et l'enracina dans les flots? quel est 
l'auteur de ces merveilles? » Il dit, et Hercule le satisfait en ses 
termes : ... « Les hommes qui habitent ici sont la race sacrée de 
cette terre immaculée dont un jour le limon créa spontanément 
leur forme et leur beauté; lesquels... ont élevé une ville iné- 
branlable sur les rochers qui la fondent ;... et moi qui nourrissais 
dans mon cœur un tendre intérêt pour leur ville... j'empruntai 
l'image vaporeuse d'uu visage humain et leur fis entendre ainsi 
l'oracle de ma voix prophétique. « 

Après leur avoir enseigné a construire un navire, il ajoute : 
a Fendez alors la surface des mers dans ces flancs de bois jusqu'à 
ce que vous ayez atteint le lieu que les destins vous indiquent, 
là où deux roches errantes nagent incertaines sur les flots. La 
nature les rendit célèbres sous le nom d'Ambrosies. Là fleurit, 
au centre de la roche voyageuse, la souche enracinée d'un olivier... 
vous verrez à son plus haut sommet un aigle arrêté et une coupe 
élégante, une flamme aux merveilleuses étincelles y jaillit d'elle- 
même de 1 arbuste embrasé; son éclat nourrit l'arbuste incom- 
bustible ; et un serpent qui balance ses anneaux autour des plus 
hauts branchages accroît la surprise des yeux.. . Emparez-vous 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 507 

du sublime oiseau, contemporain de l'olivier , et sacrifiez l'aigle 
au dieu iSeptune. Faites de son sang des libations a ces collines 
voyageuses de la mer, à Jupiter et aux dieux. Ija roche mobile 
cessera d'errer sur les ondes et, s'arrêlant d'elle-même, s'unira, 
par d'inébranlables fondements, à la roche qu'elle a quittée. 
Construisez alors sur ces deux collines une yille qui, des deux 
côtés, verra le rivage des deux mers (1)... » 

«i'enché sur les eaux, le poisson Nautile, parfaite image d'une 
nef toute pareille, exécutait alors un trajet qu'il doit à son seul 
instinct ; les enfants de la Terre le virent, et, instruits sans péril de 
son habile manœuvre, semblable au vaisseau des mers, ils con- 
struisirent un navire sur le modèle du poisson de l'Océan, et le 
reproduisirent sur ses flancs. Dès lors la navigation exista... » 

'< Enfin ils ont vu ce lieu où les collines nageaient d'elles-mêmes 
au gré des tempêtes; ils arrêtent alors leur navire près d'une île 
que couronne la mer, et montent sur les écueils où est l'arbuste 
de Mint.'rve. Dans leur recherche empressée de l'oiseau compa- 
gnon de l'olivier, i'aigle, habitant des airs, s'offre a son trépas 
volontaire. Les fils de la Terre saisissent aussitôt cette proie di- 
vine aux ailes superbes ; puis ils immolent l'aigle sans résistance 
en l'honneur dé Jupiter et de Neptune. Tout a coup, du gosier 
de l'oise ai fatidique que le fer vient de déchirer jaillit le sang des 
oracles. Sous ces libations sacrées, les collines errantes prennent 
racine dans les flots de la mer qui baigne Tyr; et sur leurs rochers 
inébranlables, les fils de la Terre élèvent la cité au large sein qui 
les nourrit. » 

Ce fragment du poëme de Nonnos nous a fourni la preuve que, 
d'après les plus anciennes traditions, Agénor et Cadmus ont ha- 
bité la ville de Tyr; nous y avons trouvé bien d'autres renseigne- 
ments. Ces rochers flotlards, c'est-à-dire changeant de place et de 
forme, ce sont les deux îles constamment bouleversées par les 

(1 ) « Extruite in mediis fundatam rupibus urbem. » 



508 RECHERCHKS SUR TYR ET PAL^TYR. 

tremblements de terre ; c'esl le Tyros instabilis de Lucain. — La 
flamme aux merveilleuses étincelles, si elle ne fait pas allusion a 
la flamme perpétuelle entretenue sur l'autel d'Hercule, qui est le 
soleil, pourrait faire supposer qu'a une époque antérieure aux 
temps historiques, les bouleversements avaient pour cause un 
volcan, ce qui donne l'explication du Cippe consacré au feu par 
Usoiis. — Comme Sanchoniaton, Nonnos attribue aux Tyriens 
l'invention de la navigation. — Les premiers habitan tsde Tyr 
furent des pasteurs qui, primitivement, demeuraient près des 
fontaines Raz el-Aïn, et toujours ces fontaines, ainsi que la plaine, 
qui s'étendait à l'est et au sud-est de l'île, ont été regardées 
comme faisant partie de Tyr. 

Presque tous les délaiis contenus dans le poënie de Nonnos se 
retrouvent sur les médailles, de Tyr; preuve évidente que le poëte 
n'a rien inventé, qu'il a simplement recueilli, puis reproduit d'an- 
ciennes traditions qui, traversant les âges, s'étaient conservées 
jusqu'à lui. 

Une médaille de l'époque d'autonomie représente Hercide cou- 
ronné de lauriers et un aigle posé sur un gouvernail. Sur plu- 
sieurs médailles de l'époque des empereurs on voit Europe, les 
deux rochers ambrosiens, au milieu desquels s'élève un arbre 
(Gallien); un arbre près de deux pierres énormes, avec ces mots : 
AMBP02IE nETPE (Gordien) ; un ai'bre entouré d'un serpent, entre 
deux très grosses pierres (Gordien); Cadmus tuant le serpent (Gor- 
dien et Gallien j ; l'océan et les deux rochers ambrosiens (Galé- 
rien); Hercule nu et deux rochers (Caracalla et Valérien) (1). 

Pourquoi insister davantage ? N'est-il pas évident que les deux 
rochers ambrosiens, sans cesse reproduits sur les monnaies, rap- 
pellent le souvenir traditionnel et permanent des deux rochers 
sur lesquels la ville fut bâtie ? Et ne doit-on pas regarder comme 

(l) Vaillant, Numismata cerea imperatorum , augustorum et cœsarum in cûloniis, etc. 
Paris, 1697. — Eckliel, De doctrina numorum, 1792-1798. — Suidas, au mol 
HpaxXvîî. 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL/ETYR. 509 

destinées a perpétuer lo même souvenir les deux colonnes qu'on 
voit reparaître "a toutes les époques de l'histoire de Tyr, depuis 
les deux cippes d'Hypsuranius et d'Usoiis jusqu'aux deux magni- 
fiques colonnes admirées par Hérodote ; et même jusqu'aux deux 
grandes et belles colonnes à triple fût dont parlent Volney et 
M. deBertou, et qui, encore aujourd'hui, sont couchées à l'angle 
sud-est de Tyr, au milieu de monceaux de pierres (1). Ces deux 
colonnes se retrouvent également dans les établissements lointains 
fondés par les Tyriens ou dans les régions qu'ils ont fréquentées, 
comme le prouvent les deux cippes qui étaient dans le temple 
d'Hercule, a Cadix, et les colonnes d'Hercule, à l'entrée de la mer 
Méditerranée. 

iNous l'avons vu, aussi loin qu'on fasse remonter les souvenirs 
historiques ou légendaires, la ville dont nous recherchons les ori- 
gines porte le nom sous lequel elle a été connue dans les âges pos- 
térieurs; preuve évidente que, dès les premiers temps, elle fut 
établie, non dans une plaine sur le continent, mais dans l'île for- 
mée de rochers. En effet, le mot sor, sor ou tsor, dont on a fait 
Tyr, signifie roc/ie»' (2). C'est ainsi que les Chananéens, premiers 
habitants de la contrée (3j, désignaient le lieu oii Tyr fut bâtie, 

(1 ) Ces colonnes sont de granit rouge d'une espèce inconnue en Syrie. Pour orner la 
mosquée d'Acre, Djezzar a voulu les enlever ; mais ses ingénieurs n'ont pas même pu 
les remuer. (Volney, Voyage en Syrie..., vol. II, p. 196.) 

(2) « Namque antequam uUa in ea esset urbs, insulee primum nomen erat Tyrus. 
» Neque id immerito, quippe tsor, id est Tyrus, Phœnicum sermons est rupes. » (Bo- 
chart, Chanaan, iiv. ii, ch. 17, p. 777.) — Voyez mes Essais de restitution et d'inter- 
prétation d'un passage de Scylax. 

(3) Encore du temps de saint Augustin, si l'on demandait à un habitant des environs 
d'Hippone ou de Carthage qui il était, il répondait : Chanani. (Saint Augustin, Epit. 
aux Romains.) 

Dans sa Chronique (Iiv. i", p. 11), Eusèbe dit que les Chananéens conduisirent des 
colonies à Tripoli d'Afrique. 

Du temps de Procope [Vand., Iiv. ii), on voyait encore deux colonnes dans l'.Wrique 
Tingitane, et une inscription avertissait qu'elles avaient été élevées par les Chananéens 
qui avaient fui Josué. 

VII. . 65 



510 RECHERCHES SUR TYR ET PAL^ETYR. 

et ce nom lui resta quand le rocher fut habité, car. il n'avait pas 
cessé de lui convenir (1). 

Une date, même approximative, peut-elle être assignée à l'ar- 
rivée d'Agénor en Phénicie, ou, si on l'aime mieux, à l'occupation 
des îles de Tyr par la colonie venue d'Egypte? Oui, répondent 
quelques chronologistes modernes. Selon la Chronologie du père 
Pétau, ce fut vers l'an il2>[\ avant J. C. ; ce fut l'an 1600, suivant 
Desvignoles et M. Petit-Radel, et l'an 1590, selon ieCanon chrono- 
logique de Larcher (2). 

Je ne voudrais pas, quant à moi, donner ainsi une date précise 
à l'arrivée d'Agénor en Phénicie. Je me bornerai a faire remar- 
quer que si Agénor et son contemporain Cécrops arrivent, l'un à 
Tyr, l'autre à Athènes (1583); si, vers la même époque, mais un 
peu plus tard, les Hébreux entrent dans la terre de Chanaan, ve- 
nant tous du même pays, de l'Egypte, c'est que leurs émigrations 
avaient une cause commune, l'expulsion des rois pasteurs et des 
Impurs par les Égyptiens, sous les princes de la dynastie des 
Diospolitains. 

Mais ici la difficulté se représente; lés chronologistes sont loin 
d'être d'accord sur l'époque où se passaient, en Egypte, ces évé- 
nements qui eurent des conséquences si importantes pour la civi- 
lisation en Occident. Je ne m'imposerai pas la tâche de chercher 
ici à les concilier; je dirai seulement que les recherches auxquelles 
je me suis livré me portent a croire que la colonie égyptienne 
d'Agénor dut s'établir en Phénicie vers l'an 1600 avant J . C. Cette 
date concorde assez bien avec ce que dit Arrien sur la fondation 
du temple d'Hercule. Le culte d'Hercule ayant été établi a Tyr 

{\ ) Aujourd'hui encore, la petite ville qui occupe en partie la place de l'antique Sor 
ou Tsor, se nomme Sour ou Tsour. 

(2) Petau, Ralionarium temporum, 1. 1, pars I, lib. i, cap. 9, p. 37. — Desvignoles, 
Chronologie..., t. II, p. i8-33. 

Petit-Radel, Examen anabjHque et tableau comparatif des synchronismes des temps 
héroïques de la Grèce. Impr. roy., 1827. 

Larcher, Traduclion d'Hérodote. Paris, 1802,in-12, — Chronologie, t. VII, p. 133. 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 511 

plusieurs générations avant l'arrivée de Cadmus en Grèce, et Cad- 
mus étant venu à Thèbes en 1519, il en résulterait que la fonda- 
tion du temple devrait être placée à la fin du xvi° ou au commen- 
cement du xvii" siècle avant notre ère (1). 

Justin et Josèphe diminuent beaucoup l'antiquité de Tyr. Sidon, 
dit Justin, ayant été prise par le roi d'Ascalon (c'est-à-dire par les 
Philistins dont Ascalon était une des cinq principales villes), les 
Sidoniens montèrent sur leurs vaisseaux et allèrent fonder Tyr 
l'année qui précéda la ruine de Troie (2). Où Trogue-Pompée, 
dont Justin est l'abréviateur, a-t-il puisé ce renseignement sur 
Porigine de Tyr? 11 ne le dit pas; mais il n'y a rien d'improbable 
à ce que Tyr, déjà habitée, ait donné asile aux Sidoniens fugitifs. 
On peut conjecturer qu'après le départ des Philistins, qui ne con- 
servèrent pas Sidon, tous les anciens habitants ne revinrent pas 
dans leur ville, etqu il en résulta un accroissement de population 
povir Tyr. C'est ainsi, je pense, qu'il faut entendre Justin, dont les 
paroles sont confirmées par Isaïe, qui nomme Tyr fille de Sidon (3). 
A la vérité, Réland veut que par ces mots : « fille de Sidon ", Isaïe 
désigne Sidon même; comme, dans le même prophète, fille de Sion 
signifie Jérusalem. Réland se trompe ici. Sans nier que fille de 
Sion signifie Jérusalem (li), il faut reconnaître que le plus souvent, 
dans l'Écriture sainte, le nom de fille est donné aux villes qui ont 
été fondées par une autre ou qui sont dans sa dépendance. El 
d'ailleurs, dans le passage dont il s'agit, la prédiction n'est pas 
dirigée contre Sidon, mais bien contre Tyr. 

Quoique Justin soit le seul historien qui mentionne ce fait, il 

(1) Eusèbe fixe l'arrivée de Cadmus à Tyr à la dix-septième année de Josué (1436 
av. J. C), et Ussérias à la trente-septième année de la demeure dans le désert (1 4S5 
av. J. C.) Tous deux me paraissent s'être trompés, et avoir placé longtemps après hsortie 
d'Egypte un événement qui probablement l'a précédée. — Eusèbe, scol. n° 562. — 
Ussérius, Annales V. et N. Testamenti. Genève, 1720, in-fol. p. 31, alin. 18. 

(2) Justin, liv. xvm, eh. 3. 

(3) Isaïe, ch. xnii, v. 12. 

(4) Sion était le quartier le plus ancien de Jérasalem. 



512 RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 

est donc fort probable que Tyr ait reçu une colonie de Sidon, 
qivi existait dans la plus haute antiquité, car il est dit dans la 
Genèse (1) que Chanaan, petit-fils de iNoé, engendraSidon, c'est-à- 
dire le fondateur de Sidon, selon l'explication de Rochart (2). 
Dans son testament, Jacob prédit (3) que Zabulon habitera du 
côté de Sidon, ou plutôt du côté des Sidoniens, et du temps de 
Josué [h) Sidon est surnommée la Grande. Que l'on prenne les 
paroles de la Genèse au pied de la lettre, ou que l'on adopte l'in- 
terprétation de Bochart, toujours est-il que Sidon était une \ille 
fort ancienne qui existait longtemps avant l'entrée des Israélites 
dans la Terre promise. Elle était incontestablement la ville la plus 
considérable de la côte de Phénicie (5). 

(1) Genèse, ch. x, v. 15 et 29. 

(2) Phaley., lib. iv, 25 init., p. 342. 

(3) Genèse, chap. xlix, v. 13.— En 1730 av. J. C. (Larcher).— En 1789 av. J. C. 
/Pétau). — Josèphe dit aussi qu'un fils de Chanaan, nommé Sidon, fonda en Phénicie 
une ville de son nom [Antiq. jud., liv. i, ch. 7). 

(4) Josué, ch. XIX, V. 28. — En 1489 (Pétau). 

(5) Sidon fut fondée par les Phéniciens, suivant Justin (xvni, 3, 2). 

Phéniciens, Sidoniens, Tyriens, sont trois appellations auxquelles les auteurs an- 
ciens donnent un sens plus ou moins étendu. Ainsi le mot Sidoniens signifie, tantôt les 
habitants de la ville de Sidon [Juges, i, 3 I ; — Ezéchiel, xxvii, 8 ; — Scylax, § 1 04) ; 
tantôt les habitants de la plaine de Sidon, c'est-à-dire du pays plus spécialement soumis 
aux Sidoniens, et qui, du nord au sud, s'étendait depuis le Tamyras jusqu'au fleuve 
dont le nom ancien est inconnu, et qui est appelé aujourd'hui Nahr-al-Kasmyié (Josué, 
xni, 6 ; ■ — Juges, ni, 5 ; — Homère, Odyssée, XIII, 285) ; tantôt enfin le mot Sidoniens 
s'applique aux habitants de toute la côte phénicienne (Denys le Périégète, v. 117). 
Alors les auteurs grecs ne font pas difficulté de traduire le mot Sidoniens par $oîvixeç 
(Septante, Deuteron., m, 9; — Isaïe, xxin, 2 ; — Suidas, SiiSôvioç, $oîv:?; — Esychius, 

De même, le mot Tyriens se prend pour habitants de la ville de Tyr; il se prend 
aussi pour habitants du pays de Tyr qui, sur la côte, s'étendait depuis le Nahr-al-Kas- 
myié jusqu'aux environs d'Ace. Sous la forme Syriens, il avait une signification bien 
plus étendue et qui a beaucoup varié suivant les temps. 

Quelquefois le mot Phéniciens est pris exclusivement pour Tyriens (Salluste, Guerre 
de Jugurtlia, ch. 22 ; — Homère, Odyssée, XV, 414). Il s'emploie aussi pour Cartha- 
ginois (Scylax, § 1 1 1 ). De $oivoç, pour #oivîxioç, Phénicien, les Latins ont fait Pœnus, 
un habitant de Carthage, colonie des Tyriens. 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL.ETYR. 513 

D'un autre côté, il est indubitable que, dans la Phénicie, les 
lieux où la pêche était facile et offrait une nourriture abon- 
dante (1); les plaines où les troupeaux trouvaient des pâturages, 
et surtout les lieux voisins des sources et des courants d'eau, ont 
dû être peuplés avant qu'il y eût des habitants sur les rochers de 
Tyr. Quand donc Justin ne le dirait pas, il est très probable que 
les habitants de Sidon, ou de quelqu'un des lieux dépendants de 
Sidon, et à cause de cela appelés Sidoniens, ont dû contribuer, 
dans une proportion quelconque, à peupler la ville de Tyr. 

La parenté entre Tyr et Sidon est attestée par un passage de 
Quinte-Curce. Les Sidoniens qui entrèrent dans Tyr avec les Ma- 
cédoniens, dit-il, sauvèrent beaucoup de Tyriens, se souvenant 
de l'affinité de leur origine... Ilyen eutjusqu'k 15000 qui furent 
ainsi sauvés et menés a Sidon (2). 

Cette affinité était si grande et tellement connue, que souvent 
les poètes ont confondu les deux noms. Us ont cru pouvoir em- 
ployer les deux noms de ville l'un pour l'autre, sans cesser d'être 
compris. Ainsi, dans l'Enéide, on trouve fréquemment ces mots : 
Sidonia Dido (!V). La reine de Carthage voulant retenir Énée, 

Sidoniasque ostentat opes, urbeinqueparalam (4), 
elle sort pour une partie de chasse, 

Sidoniam picto chlamydem circumdata limbo (o). 

Virgile donne à Carthage l'épithète de Sidonienne; bien plus, 
Salomon, s'adressant au roi de Tyr lui-même, à Hiram, et lui 

(1) Sidon signifie poisson (Justin, xviii, 3, 2). 

(2) Quinte-Curce, liv. iv, chap. 18. 

(3) Enéide, cliantl, vers 446 et 64 3; IX, v. 266; XI, v. 74. — <■ Sidonia Elisa » 
(Statius, Sy/i)., IV, 2, 1). 

(4) Cliant IV, v. 7S. 

(5) Chant IV, v. 137, Les exemples abondent, Cadmus est Tyrien (Euripide, Phé- 
niciennes, V. 205 : Tupiov oTiSjjis! Xncoùu' É'êav ^oiviVsa; air» v«t:ou ; et vers 647 : Kdtiîfioç 
ïûpioç. — Ovide, Fasl., I, v. 489 : « Tyriis qui quondam pulsus ab oris, » — Statius, 
Theb., II, V. 613 : « Ecce Chromis Tyrii demissus origine Cadmi »). — Cadmus est 



514 RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 

demandant des ouvriers tyi'iens, les appelle Sidoniens ; il est vrai 
qu'à celte époque les Tyriens étaient maîtres d'une partie de la 
Phénicie (1). 

Je ne puis passer outre sans appeler l'attention sur cette cir- 
constance remarquable du récit de Justin, que les Sidoniens 
montèrent sur leurs vaisseaux ^pour aller fonder la ville de Tyr. S'ils 
s'embarquèrent pour atteindre l'asile qu'ils cherchaient, c'est 
évidemment que la mer les séparait de ce lieu de refuge. Donc la 
ville fondée par les Sidoniens, selon Justin, c'est Tyr insulaire, et 
nullement une ville du même nom située sur le continent. 

C'est un an avant la prise de Troie que les Sidoniens s'établi- 
rent à Tyr {Tyron urbem ante annum Trojanœ cladis condide- 
runt); mais cette manière de fixer la date de la fondation peut 
donner naiss ance à de grandes difficultés, car il y a peu d'événe- 
ments dans l'antiquité dont l'époque soit aussi controversée. D'a- 

Sidonieii (Euripide, Bacchantes, vers 171 ; Ayiivofoç t(ù^' oç iroXiv 2i(îwvîav Xcreûv. — 
Aristophane, Grenouilles, v. 1 256 : SiiSciviav itot' ocaru Kdtâ/jtoç UXtTzm, Ay^opoç 
irarç. — Ovid. , Epist. in Ponlo, 1. ni, v. 77 : « Liquit Agenoridos Sidonia mœnia 
Cadmus»). — Europe est Tyrienne (Ovid., Fast., Y, v. 605: o Prasbiiit et taurus 
Tyriaî sua terga puellcB. t~Met., II, v. 845 : a Ludere, virginibus Tyriis comitata, 
solebat. » — Met., III, v. 35 et 539). — Europe est Sidonienne (Ovid., Met., II, 

V. 840 : « (tellus) Indigenae Sidonida nomine dicunt »). — Dans cette phrase : 

« Castalium nemus umbram Sidonio prœbuit hospili, iavitque Dirce tyrios colonos», 
Cadmus est Sidonien et ses compagnons sont Tyriens (Sénèque, OEdip., v. 710). 

« Tyrius murex » (Hor., Ep., xii, 21 ; — Virg. , Eneid. , IV, 262 ; — Ovid., Lî6. 
amal., ni, 10). — « Sidonius murex» (Hor., Epod., i, 10; — Tibul!., m, 3, 18; 
— Sid. Apoll., carm. XV, 127). — « Tyria vestis » (Tibu!!., I, 7, 44). — t Sidonia 
vestis » (Propert., II, 13, 35). 

(1) Rois, liv. III, ch. 5, V. 1 . — A la même époque, Esdras distingue parfaitement 

les Sidoniens des Tyriens : « Les Israélites donnèrent du froment aux Sidoniens et 

aux Tyriens •> (cli. m, v. 7), — Dans la Bible, Etlibaal (Ithobal) est appelé roi des Sido- 
niens {Rois, III, 16, 31). Josèphe dit qu'il était roi de Tyr {Antiq. jud., vni, 7, 4), et 
ailleurs il l'appelle roi des Tyriens et des Sidoniens {Antiq. jud., viii, 7, 3, et ix, 6, 6). 
Cet historien établit la même distinction entre les deux peuples, lorsqu'il dit, en parlant 
de Salomon ; IloUàç Se xa'i ir. Twv àWarplmi Èâvwv y^'fia; SiSwvîaç xa'i Tupîïç [Ant. jud., 
VIII, 2, 8).- 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 515 

près différeats chronologistes, la date varie entre 1284 et 1022 
av. J. C; cependant il convient d'adopter ici, pour la prise de Troie, 
la date de ii8i, suivant la Chronologie de Justin, d'où il suit que, 
d'après cet historien, Tyr fut fondée en 1185 avant notre ère (1). 
Marsham et D. Calmet pensent que le nombre des années 
manque dans le texte de Justin qu'ils lisent de cette manière : 

« Tyron urbem anle annutn Trojanœ cladis condiderunt. » En 

admettant cette lacune, on ne peut rien conclure du texte de Jus 
tin, si ce n'est que Tyr fut fondée avant la prise de Troie, ce qui 
est incontestable (2). 

(1) Justin, liv. xviii, ch. 3. 

Bocharl adopte le calcul de Cappel [Hist.judmquej, qui Bxe la fondation de Tyr à l'an 
65 avant la ruine de Troie. Ce dernier événement eut lieu : 

Suivant Volney, en 4 022 

— Sosibius, Bossuet 1171 

— Ctésias, Eratosthène, ApoUo- 

dore, Denys d'Halicarnasse, 

Justin, Desvignoles. ... 1190 

— Timée 4173 

— Saint Martin 1199 

^ Marbres de Paros, Marsham. 1208 

— Dicéarque 1212 

— Hérodote (selon Larcher). . . 1270 

— Fréret 1284 

Ce que dit Volney (iîecft. sur l'hist. ano., t. I, p. 445-461) mérite d'être rapporté : 
« Theodotus, Hypsicrates et Mochus, historiens phéniciens, traduits en grec par Ltetus 
et cités par Tatien (Tatian., Oral, arf Gi-œcos, p. 273, n° 37), disent que Ménélas était 
contemporain de Hiram. » — Clément d'Alexandrie (Clément. Alex. Strom. , i, p. 325 ; — 
Chron. Alex., p. 214) dit la même chose, d'après le témoignage de Ménandre d'Éphèse 
et de Laetus. Selon les Assyriens, Teutamus envoya des secours à Troie vers 1023. — 
Volney conclut de cette coïncidence des récils des Phéniciens et des Assyriens que 
Troie fut prise vers 1 022. Si l'on admettait cette date, il faudrait rejeter la correction 
de Marsham dans le texte de Justin, et dire que cet historien a voulu parler, non de la 
fondation de Tyr, mais des travaux du roi Hiram et d'une colonie de Sidoniens que ce 
prince admit dans la ville agrandie. 

(2) Marsham, p. 290, alin. 304. — D. Calmet, Josué, ch. six, v. 29. — Le docteur 
Ott 6xe au temps du roi Saiil l'émigration des Sidoniens et la fondation de Tyr (Manuel 
d'hist. universelle, liv. ii, 2" partie, ch. 3). 



516 RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 

Kous arrivons à .iosèphe. Cet historien ne nomme pas les 
fondateurs de Tyr ; il dit seulement que cette ville fut bâtie 
240 ans avant la construction du temple de Jérusalem (1). Or, 
Salomon ayant commencé la construction du temple la quatrième 
année de son règne, l'an 1012 avant J. C, suivant la Chronologie 
de Larcher, il s'ensuit que, selon Josèphe, Tyr fut fondée l'an 
1252 avant l'ère chrétienne. 

Eusèbe donne son assentiment a l'opinion de Josèphe, et dit 
comme lui, que Tyr fut fondée l'an 236 avant l'avènement du fils 
de David; seulement, d'après sa Chronologie, ce fut l'an 1237 
avant J. C. (2). Bossuet adopte cette date, tandis que Marsham la 
reporte à l'an 12i8, Volney k l'an 1254, et Scaliger à l'an 258 (3). 
Newton conjecture que Tyr a été bâtie du temps de David, 
l'an 1049(4). C'est confondre les travaux d'agrandissement exé- 
cutés par Hiram avec la fondation de la ville. La réfutation de 
l'opinion de Aewton, reproduite par M. de Sainte-Croix, se trouve 
dans ce passage du Livre des Rois, où il est dit que les commis- 
saires envoyés par le roi David pour faire le dénombrement du 
peuple passèrent près des murailles de Tyr. Cette ville existait 
donc déjà et était même entourée de murailles au temps de David. 
Comme on peut le voir, sur l'époque de la fondation de Tyr, il 
y a a peu près concordance entre Justin et Josèphe. 

Larcher trouve l'opinion de Josèphe inadmissible, parce qu'elle 
est contredite par l'Écriture sainte (5). En effet, on lit dans Josué, 
que le pays occupé par la tribu d'Aser devait s'étendre jusqu'à Si- 
don la Grande, et retourner jusqu'à la ville très forte de Tyr (6). 

(1) Josèphe, Antiq.jud., liv. viii, ch. 2, § 7. 

(2) Eusèbe, Chron., n''744. 

(3) Marsham, p. 290. — Scaliger, Frag., p. 28 f. — Cappel, A 2742, p. 109 f. 

(4) La chronologie des anciens royaumes, corrigée et réformée par Is. Newton, tra- 
duite de l'anglais en français parGranet. Paris, 1728, in-4°. — Rois, n, ch. 2, v. 7. 

(5) Larcher, C'Arono/ogîe d'Hérodote, t. YII, ch. 2, p. 134. 

(6) Ou: « .... Jusqu'à la ville forteresse de Tyr. » — « Vegnadgnirmiblsar tsor.» 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 517 

Larcher rejette donc l'opinion de Josèphe \)SLr la raison fort simple 
que le partage des tribus est du xv" siècle avant J. C (l/iSô) ; que 
la \ille de Tyr existant depuis longtemps, puisqu'elle était déjà 
puissante, elle n'a pas pu être fondée au milieu du xiu° siècle (1252); 
c'est de toute évidence, si l'on attache à ce que dit Josèphe l'idée 
de première fondation. De même, et par le même motif. Larcher 
n'admet pas l'opinion de Cedrenus (1), qui place la fondation ,de 
la ville 351 ans avant la construction du temple de Jérusalem, 
c'esl-a-dire vers le milieu du xiv" siècle avant notre ère (1363). 

Au contraire, iVlarsham', ainsi que l'avait déjà fait Eusèbe, 
adopte ce que dit Josèphe sur la fondation de ïyr, qu'il place sur 
le continent (2). Et, pour répondre à l'objection tirée du livre de 
Josué, il rappelle que ce livre a été écrit longtemps après Josué, 
et que c'est par prolepse qu'on y trouve le nom de Tyr très forte. 
A l'appui de son sentiment, il fait remarquer, après Strabon (3), 
que les poètes ont célébré Sidon beaucoup plus que Tyr, et 
qu'Homère ne nomme même pas cette dernière ville. Cette re- 
marque avait déjà été faite par Bochart et reproduite par Périzo- 
nius, D. Calmet, et récemment par M. de Sainte-Croix (4). On vou- 
drait en tirer la conséquence que Tyr n'est pas une ville très 

(Hebr.). — ém; itoXéwç ô;(ûpMfiaT/!ç tSv Tupiwv (Septante). ■— « Osque ad ci- 

1) vitatem munilissimam Tyrum. » (Tu/gaie.) Je crois plus exact de traduire : « Usque 
» ad civitatt'in munimentum Tyri. » (Joaiié, chap. xiï, v. 24-29.) 

L'authenticité du livre de Josué n'est pas généralement reconnue, je le sais. D. Calmel 
ne soutient même pas que le livre, dans l'état où nous lavons, ait été entièrement écrit 
par Josué ; il croit au moins qu'il a été composé sur des mémoires du temps de Josué. — 
Volney pense que le livre date du temps de Samuel; même en adoptant cette opinion, 
ce serait encore accorder une assez haute antiquité, et un semblable monument doit être 
d'une grande autorité en histoire. (Volney, Rech., t. II, chap. 14, p. 252.) 

(1) Cedreni, Compendium historiarum, t. 1, p. 58 6, éd. reg. 

(2) Marsham, p. 537-539. 

(3) Strabon, liv. xvi, p. 756. 

(4) Bochart, Phaleg., iv, 35, p. 302. — Perizonius, Bafci/J., p. 83.— D. Calmet, 
Josué, XIX, 33. — Sainte-Croix, Examen crit., p. 277. 

VII. 66 



518 RECHERCHES SUR TYR ET PALjETYR. 

ancienne et qu'elle n'existait pas au temps de la guerre de Troie. 
Ainsi, à l'aide de quelques mots extraits de Strabon, séparés de 
tout ce qui précède et mal interprétés, oa renverserait tout ce qui se 
trouve dansunefoule d'auteurs, et dans Strabon lui-même sur l'an- 
cienneté de Tyr. Pour juger, il vaut mieux citer ; voici le passage 
de Strabon : u La ville de Tyr est la plus considérable et la plus 
ancienne de la Phénicie(l). Elle le dispute à Sidon en grandeur, 
en célébrité, en ancienneté, ainsi que l'attestent de nombreuses 
traditions mythologiques. Car si, d'im côté, les poëtes ont ré- 
pandu davantage le nom de celte dernière ville (Homère, en effet, 
ne parle pas de Tyr) ; de l'autre, la fondation de ses colonies tant 
en liibye qu'en Ibérie, jusqu'au delà des colonnes, élève bien plus 
haut la gloire de Tyr. Toutes deux ont donc été et sont encore 
maintenant très célèbres; quant au titre de métropole des Phéni- 
ciens, chacune d'elles croit avoir le droit d'y prétendre. » Dans ce 
passage, il faut l'avouer, les paroles de Strabon sont bien loin de 
tendre k diminuer l'ancienneté et la célébrité de Tyrj au con- 
traire, le géographe énumère ce qui élève la gloire de cette ville 
au-dessus de celle de Sidon (S)-, il t'ait seulement remarquer qu'Ho- 
mère, qui a parlé de Sidon, ne nomme pas Tyr. 

Homère nomme Sidon, c'est vrai ; il ne la nomme qu'une seule 
fois, mais enfin le mot Sidon se trouve dans l'Odyssée (&), tan- 
dis que ni dans VOdyssée ai dans VIliade il n'est question de 



(1) (Tynis'y Série sœculorum anliquissima. Dlpien, liv. i, De censibus. 
• (2) Tyr et Sidon. . .. C'est dans ce rang que ces deux villea sont nommées communé- 
ment par ceux qui onl voulu parler en même temps de l'une et de l'autre. Jérémie reçoit 
l'ordre d'envoyer des chaîne? aux rois de Tyr et de Sidon (xxvii, 3) ; il prédit ensuite 
que Tyr el Sidon seront ravagées (xlvii, 4), et Zacharie menace Tyr et Sidon (ix, 2). 
Dans le Nouveau Testament, N. S. Jésas-Christ déclare que Tyr et Sidon seront traitées 
plus doucement que les Juifs incrédules (Math., ii, 21, 22. — Marc, x, 13). Lesévan- 
gélistes rapportent que J.-C. alla dans le pays de Tyr et de Sidon (Math., xv, 21 . — 
Marc, VII, 2i, 31); que des gens de Tyr et de Sidon venaient pour l'entendre (Marc, 
m, 8. — Luc, VI, 17). — Desvignoles, liv. iv, ch. 1, p. 17. 

(3) Odyssée, iv, 424. 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 519 

Tyr. Plusieurs fois Homère parle des Sidoniens et desSidoniennes 
et vante leur habileté dans les arts (1); mais il fait également men- 
tion des Tvriens qu'il appelle Phéniciens (nom générique sous le- 
quel ils sont très souvent désignés) et qu'il représente comme se 
livrant au commerce et naviguant dans toutes les mers. Il établit 
la distinction la plus positive entre les Sidoniens artistes et les 
Phéniciens navigateurs, donnant à ce dernier nom un sens fort 
étendu, tandis que, chez le poëte, Sidonien et région sidonnienne 
ont un sens plus resti'eint. 

Pour se convaincre que les Phéniciens nommés dans Homère 
sont les Tyriens, il suffit de lire ces vers (2) : 

Ev9a Sz $otv(xEç votucrfxXoTOf ^Xu9ov avS^tç 
Tfûxxatt ftupt àyovTcç aByp^ara vyj: fjiE^aivïî. 

» Illuoautem Phœnices navibus inclyli veneruDt viri 
B Vafri, infinita agentes ludicranave nigra. • 

S'il y avait des Tyriens qui dominaient sur la plus grande par- 
tie de la Ph^nicie et que leur puissance avait fait exclusivement 
appeler Phéniciens, il y avait donc une ville de Tyr, ijuoique le 
poëte ne la nomme pas. S'il avait décrit la côte de Phénicie, s'il 
avait fait l'énumération des peuples et des villes qui s'y trouvent, 
comme il décrit, dans le second chant de l'Iliade, les peuples qui 
prirent part a la guerre de Troie -, si, dans cette énumération, il 
avait oublié Tyr et nommé Sidon, ce serait sans dou.t ■ un très 
grand motif de douter de l'existence de Tyr à cette époque; c'est 
ainsi que Pausanias (3) conclut que Messène n'existait pas au temps 
du siège de Troie, parce qu'Homère ne la comprend pas dans 
l'énumération des villes qui envoyèrent des soldats à ce siège; 
mais il est évident qu'une conclusion semblable ne doit pas être 
tirée du silence d'Homère par rapport à Tyr ; qu'il ne parle des 

(1) niude,vi, -289-292. — xsiii, 743. — Odyssée, iv, 84. — xiii, 285. — xv,1l8. 

{"î) Odyssée, TV, 414-415. 

(3) Pausanias, liv. iv, premières lignes. 



520 RECHERCHES SUR TYR ET FAL.€TVR. 

Sidoiiiens que par accident, principalement comme habiles ou- 
vriers; et qu'on ne peut pas plus arguer de son silence contre 
l'existence de Tyr que contre l'existence de toute autre ville de Sy- 
rie, de Phénicie ou de Palestine dont on ne trouve pas le nom dans 
ses poëmes. Le silence d'Homère n'est donc pas même une pro- 
babilité contre l'ancienneté de Tyr. 

D'après tout ce qui vient d'être exposé sur la fondation de Tyr, 
il est évident qu'on trouve dans les auteurs anciens des opinions 
bien différentes, mais elles ne sont pas contradictoires. Ne sait-on 
pas, en efiiet, que souvent la fondation d'une ville a été attribuée a 
un prince qui l'a seulement embellie ou fortifiée, ou à une colonie 
qui en a augmenté la population et accru par là son importance? 
Ainsi Zéthus et Amphion sont dits, par Homère, Diodore et Pausa- 
nias, avoir été les fondateurs de Thèbes, parce qu'ils joignirent la 
ville basse à la Cadmée(l); ainsila ville de Cius, sur la Propontide, 
les -villes de Sésamus, de Tium etde Cytorus, sur le Pont-Euxin, pas- 
saient pour avoir été fondées par les Milésiens, quoiqu'elles exis- 
tassent bien longtemps avant qu'elles reçussent des colonies mi- 
lésiennes : «N'est-ce pas ici Babylone la Grande que j'ai bâtie pour 
être ma demeure royale (2)? » disait Nabuchodonosor, quoique 
cette ville subsistât depuis plusieurs siècles. Ces exemples abon- 
dent. Sans doute, nous pouvons dire l'année et souvent même le 
jour où les premières fondations de telle ville moderne ont été 
posées ; nous savons par qui la ville de i>yon fut fondée, à quelle 
époque la Roche-sur-Yon cessa d'être un bourg pour devenir la 
ville de Napoléon- Vendée; mais qui pourrait dire d'une manière 
précise quelles furent les origines d'Orléans, de Bourges, d'i\utun? 
Par une circonstance quelconque, souvent fortuite, quelques fa- 
milles se réunissent sur un point; avec le temps l'agglomération 
augmente, la ville se forme et n'est connue que quand elle compte 
déjii un grand nombre d'années d'existence. Telle a dû être l'ori- 

(I) Odijss., II, 261. — Diod., iiv. xix, ch. 53. — Pausanias, liv. ix. 
(3) Daniel, iv, 30. 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TVR. 521 

gine de la plupart des villes; dans les premiers temps et pendant 
bien des années ne cherchons ni date ni nom propre, nous ne les 
trouverions pas ; presque toujours, dans les temps les plus reculés, 
on est réduit à des conjectures, et le plus sage est de savoir 
ignorer. 

Que conclure de tout ce qui précède sur les origines de Fyr? A 
mon sens, le voici : 

Le lieu où cette ville fut bâtie formait autrefois deux îles dis- 
tinctes; sur rîie la plus occidentale et de beaucoup la plus grande, 
vinrent se fixer successivement des hommes appartenant à quel- 
ques peuplades établies sur le continent, dans le voisinage de la 
mer. Ces arrivées successives eurent lieu a diverses reprises, toutes 
antérieures au xvi° siècle avant J. C. L'île n'était plus déserte, 
mais il n'y avait point encore de ville; une colonie venue d'E- 
gypte y ayant abordé et s'y étant établie vers la fin du xvi'' siècle 
avant notre ère, la population fut beaucoup augmentée, et dès 
lors Tyr devint une ville importante. Son importance s'accrut 
encore lorsqu'au milieu du xni" siècle avant J. C, des Sidoniens 
furent venus s'y fixer, i.a ville de Tyr n'occupait toujours que la 
plus grande des deux îlos; dans l'autre, il ne se trouvait que le 
tempie d'Hercule, objet de la vénération des Tyriens. 

Comme on le voit, je n'hésite pas a trancher la question. Je 
dis- nettement et positivement que tous les récits historiques, ainsi 
que les traditions mythologiques, que j'ai recueillis et rapportés ne 
concernent qu'une seule et même ville de Tyr bâtie sur les rochers 
anibrosiens; que cette ville a reçu des accroissements considéra- 
bles, mais qu'elle n'a pas changé d'emplacement depuis les temps 
les plus reculés jusqu'au milieu du xm' siècle, époque h laquelle 
nous sommes arrivés. 

Alors qu'était-ce donc que l'ancienne Tyr ou Palaetyr? îS'a-t l'iie 
donc pas précédé Tyr, comme son nom le ferait croire? Où était- 
elle située? quels ont été ses rapports avec Tyr insulaire? 
Sans nuireTe moins du monde au résultat de recherches que je 



622 RECHERCHES SUR TYR ET PAL;ETYR. 

poursuis, a toutes ces questions et à toutes celles qu'il convien- 
drait de faire sur Palœtyr, je pourrais me dispenser de répondre. 
Palsetyr tient, dans l'histoire, une place si petite et tellement 
insignifiante, les auteurs qui ont écrit ce nom sont si peu nom- 
breux et si laconiques, qu'il serait permis d'imiter ces auteurs et 
de n'attacher aucune importance à un lieu dont on n'a jamais 
parlé qu'accidentellement, et sur lequel il n'a été donné aucun 
détail historique quelque petit qu'il soit. lAIais s'il est à peine ques- 
tion de Palœtyr dans" les auteurs anciens, il n'en est pas ainsi dans 
les travaux des érudits modernes ; Palœtyr y joue un rôle exagéré 
qui n'a jamais été le sien. Des hommes du plus vaste savoir aux- 
quels je voudrais, en toutes circonstances, pouvoir témoigner une 
respectueuse déférence, ont, a ce sujet, émis et soutenu avec 
vivacité les opinions les plus étranges et les moins admissibles. 
Ils se sont trompés, sans doute, mais il ne suffit pas de l'affirmer ; 
leurs opinions doivent être sérieusement discutées ; c'est une obli- 
gation qu'impose la haute position qu'ils occupent dans la science, 
et dès lors il devient indispensable de donner une réponse aux 
questions que j'ai posées. 

Et d'abord que trouve-t-on sur Palœtyr dans les auteurs anciens? 
Voici ce qu'on lit dans Quiiite-Curce : Alexandre ayant dit aux 
ambassadeurs Syriens qu'il voulait aller à Tyr offrir un sacrifice à 
Hercule, les ambassadeurs lui répondirent qu'il y avait un temple 
d'Hercule hors de la ville, dans ce lieu appelé par eux Palœtyr, et 
qu'il pouvait y faire son saciùfice : « Legati i-espondent esse tem- 
» plum Herculis extra urbem in ea sede quam Palœtyron ipsi 
» vocant. » On lit encore que pour faire la chaussée qui devait 
relier Tyr au continent, Alexandre ne manquait pas de pierres, 
qu'on en tirait facilement des ruines du vieux Tyr : « Magna vis 
« saxorum ad manum erat,- Tyro vetere prœbente (1). « 

Comme Quinte-Curce, Justin fait dire à Alexandre, par les 

(1) Quinte-Curce, liv. iv, ch, 2. 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^TYR. 523 

ambassadeurs tyrieiis, que le prince ferait mieux d'oiFrir son 
sacrifice dans le \ieux Tyr où se trouvait un temple plus ancien : 
« Quura legati rectius id eum in Tjro velere, antiquiore temple, 
« f'acturuni dicerent (1). » 

Arrieii qui a donné les plus grands détails sur le siège de Tyr, 
ne parle pas de Palsetyr ; il en est de même de Plutarque. 

Josèphe ne dit que quelques mots sur le siège de Tyr par 
Alexandre, et ne nomme pas Palœtyr ; mais dans un autre endroit 
des Antiquités judaïques, ce nom se trouve au nombre d«s villes 
qui firent leur soumission au roi d'Assyrie Salmanasar, alors en 
guerre contre les Tyriens (2). Sidon, Arcé, l'ancienne Tyr et plu- 
sieurs autres villes se séparèrent des Tyriens, et se soumirent au 
roi lies Assyriens : » Àtoc-t/i n Tupîwv Sirîùv, y.od Àp-/.-,], xa'i -h -KvXai 
Tupo;, v.ciX TtoXKcà oXXm TO^eiç, «î tw tôv Àucupitov .éauTa; ^ixcikû ■Kaaé- 
Soaa\i. » 

D'après Diodore de Sicile, Alexandre commença par démolir 
Tyr appelée l'ancienne : « xaGaipwv tviv iraXam >£yo[AÉv/iv Tupov " dont 
les masures inhabitées lui fournirent des pierres qui, transportées 
continuellement par des milliers d'hommes, lui servirent h faire 
une large chaussée {?>). 

Des historiens passons aux géographes. Strabon, Plolémée, 
Pline et Etienne de Byzance nomment Palœtyr ; mais de même que 
chez les historiens, on ne trouve chez eux absolument aucuns ren- 
seignements sur les différentes vicissitudes qui ont marqué son exis- 
tence antérieurement à sa décadence. Cependant plusieurs d'entre 
eux indiquent sa position et sa dépendance par rapport à Tyr. 

Strabon dit positivement que Palaetyr était à 30 stades de Tyr, 
c'est-à-dire à 5 kilomètres 555 mètres :MeTà riiv Tupov vî llaXaiTupoç èv 
Tpia'xovTa cxaStûi; (i). 

(1) Juslin, liv. II, ch. 10. 

(2) Josèphe, Ântiq. jud., liv. ix, 14. 

(3) Diodore de Sicile, liv. xvii, ch. 7. 

(4) Strabon, liv. xvi, p. 758. 



524 RECHERCHES SUR TYR ET PAL^ETYR. 

Ptolémée donne la même longitude à Tyr et à Palsetyr : « lla'Xas- 
Tupo;; n mais il place ce dernier lieu sous le 33" degré lOminules de 
latitude, tandis que selon son estimation la latitude de Tyr est de 
33^,50'. Cette différence de 10 minutes équivaut à 100 siades ou 
18 kll. 518 mètres. Évidemment la distance donnée par Ptolémée 
est exaa;érée, si elle se rapporte à la localité désignée par Stra- 
bon; mais elle prouve surabondamment que ce géographe plaçait 
Palsetyr au sud de Tyr (1), 

Pline n'indique pas où était située Palaetyr ; il dit seulement 
que le circuit de Tyr et Palsetyr est de 19 mille pas : " Circiiitus 
» XIX millîbus passuum est, intra Palaetyro inclusa (2). » 

' Le passage de Scylax sur toute la Phénicie et sur Tyr en parti- 
culier est très corrompu et jusqu'ici a paru fort peu clair aux 
commentateurs qui se sont efforcés de le compléter et de l'inter- 
préter. D'après la restauration que j'ai tentée, Scjlax ne fait pas 
mention de Palaetyr, il dit tout simplement que la partie de Tyr 
située sur le continent était traversée par un cours d'eau, que cette 
partie de la ville et le cours d'eau dépendaient de Tyr. Uakn Tupo; 
TToXi;, y.a.\ Tr&Taaô; Sik (aécttiç peî, '/.cà toXiç Tupou é'gti xai Tkooafiàç (."). 

Palietyr n'et^t pas mentionnée dans Pomponius Mêla, ni dans 

(<) Ptolémée, Géogr., h" édit. Paris, 15i6,p. 278-284, ou éd. Bat., 1618, p. 138- 
161. (12 500 pas. rom.) 

(2) Pline, liv. v, ch. 17. — Du texte de Pline, M. Barbie du Bocage a conclu que 
Tyr et PalEetyr étaient enfernaées dans une enceinte de 19 000 pas; sur son plan de 
Tyr il a tracé cette enceinte près de laquelle il a écrit : murs de Palaetyr. M. Barbie du 

Bocage s'est trompé, je crois. Lorsque Pline veut faire connaître qu'une ville est envi- 
ronnée de murailles, il ledit clairement; c'est ainsi qu'il parle des murs (maenia) de 
Rome. Le mot circuilus est fréquemment employé par le géographe quand il fait mention 
de la circonférence d'une ville, d'une plaine Ces mots : « Circuitus xixmillibus pas- 
suum, » servent donc simplement à constater que, du temps de Pline, l'emplacement 
occupé par Tyr et Palaetyr avait 19 000 pas de tour, c'est-à-dire 1S2 stades olympi- 
ques, ou 28 kilomètres 148 mètres. 

(3) Scylax, § 104. — Poulain de Bossay, Essais de restitution et d'inlerprétation d'un 
passage de Scylax. 



RECHERCHES SUR TYR ET PAL^ETYR. 525 

Denys le Périégète (1). Etienne de Bpance ne consacre pas d'ar- 
ticle spécial a Palœtyr ; il nomme Tyr ville située dans une île, sur 
les côtes de Phénicie, et il ajoute qu'elle a aussi été appcilée Pa- 
laetyr. Tiipoç v?iCoç èv «toivtxvj.... ivSk-n^-n he xa). naXaÎTupoç. 

V'oilk tout ce que, dans les historiens, et dans les géographes, on 
peut recueillir sur Palœtyr, ou plutôt sur le lieu désigné sous le nom 
de vieux Tyr. C'est peu, mais si nous examinons de près les textes 
que j'ai cités, nous reconnaîtrons qu'on peut y trouver d'utiles 
enseignements. Pour Quinte-Curce, Justin, Diodore de Sicile et 
Pline, le vieux Tyr (remarquons-le bien) n'est point une ville qui 
soit ou qui ait été distincte de Tyr; c'est un lieu dépendant de 
cette ville, et qui est compris dans le même circuit. Des paroles de 
Strabon, l'on peut également tirer cette conséquence. Les expres- 
sions dont se sert Diodore de Sicile signifient : la ville de Tyr 
appelée l'ancienne, ou plutôt la partie de Tyr appelée le vieux Tyr. 
Quinte-Curce et Justin disent toujours le vieux Tyr (Tyrus vctus), 
et non Palœtyr. Quinte-Curce est on ne peut plus positif; il dit 
qu'un temple d'Hercule est dans cet endroit (in ea sede) situé 
hors de la ville que les Tyriens nomment Paltelyr. Il est de toute 
évidence que, dans la pensée de Quinte-Curce, le vi<>uxTyr n'était 
autre chose qu'un faubourg de Tyr insulaire. Pour les étrangers, 
ce Ueu n'avait pas de nom particulier, mais pour les Tyriens (ipsi), 
c'était le vieux Tyr. 

D'après Etienne de Byzance, Tyr et Palœtyr seraient les noms 
de la même 'ville, probablement à des époques différentes. 

Ptolémée ne fournit aucun renseignement sur les rapports de 
Palœtyr avec Tyr insulaire ; mais ce géographe, ainsi que Strabon, 
nous fait connaître la position que, de leur temps, ce lieu occupait 
sur le continent. 

A l'exception de Josèphe, aucun des auteurs cités ne fait men- 



i1) Denys le Périégèle n'a dit qu'un mot sur Tyr et c'est pour vanter son ancien- 
neté ; xa'i Tûpov wyojltriv. . . , vers 911. 

67 

VII. "' 



526 RECHERCHES SUR TYR ET PALSTYR. 

tion de l'existence simultanée des deux villes de Tyr et Palœtyr. 
En réalité, ce passage de Josèphe ne contient rien qui ne puisse 
s'accorder avec les paroles des autres historiens. Plus loin je dirai 
comment il doit être compris. 

C'est donc entendu ; les historiens et les géographes anciens 
nous apprennent seulement qu'au milieu du dernier siècle avant 
notre ère et plus tard, Palaetyr était sur le continent à 30 stades 
au sud de l'île, et que le lieu ainsi désigné faisait partie de Tyr. 
Pour tout le reste, nous en sommes réduits à des conjectures. Le 
champ était vaste; il a été parcouru avec une merveilleuse richesse 
d'imagination. 

A cette question : Palaetyr est-elle plus ancienne que Tyr, et lui 
a-t-elle donné naissance? Sans aucun doute, répondent à la fois 
des voix nombreuses. Puis, lorsqu'on vient à s'expliquer sur 
l'époque de la fondation de la ville insulaire et sur le rôle qu'elle 
a joué, l'accord cesse aussitôt pour faire place à la plus grande 
divergence d'opinions; le désaccord n'est pas moins grand lors- 
qu'il s'agit de répondre à cette autre question : Où était située 
Palaetyr? Marsham, et après lui Prideaux, RoUin, Volney, M. Pou- 
joulat, le docteur Ott (1), et bien d'autres, veulent que tous les 
événements qui ont rendu fameux le nom de Tyi% se soient ac- 
complis à Palaetyr; qu'après le siège de cette ville par Nabucho- 
donosor, l'île ait été occupée par les Tyriens fugitifs ; qu'à partir 
de cette époque, Palaetyr ait cessé d'être florissante pour devenir 
plus tard un vaste amas de ruines. Telle esl l'opinion des écri- 
vains qui, aujourd'hui et depuis longtemps, copient sans examen 
ce qu'ils ont lu ; le nombre en est considérable. 

Ceci ne sufiSt pas à Périzonius (2) ; d'accord avec Marsham sur 



(1) Poujoulat, Correspondance d'Orient, t. V, p. 498-500. 
Ott. Manuel d'histoire universelle, liv. u, 2' partie, ch. 3. 

(2) Périzonius, Origines babylonicœ et cegypliacœ, édit. de Duker. Utrecht, 1736, 
2vol.petit in-8°,l. II, chap. 6, p. 100-130. — Ou Leyde, 1711, 2 vol in-8°, p. 82. 



RECHERCHES SUR TYR ET PALJITYR. 527 

l'époque de la fondation de la ville insulaire (I), il veut de plus 
qu'après la retraitedes Babyloniens, Palaetyr soit restée la demeure 
des rois ou juges des Tyriens. Pour lui, la ville de Tyr insulaire, 
jusqu'au temps d'Alexandre, n'a été qu'une sorte d'annexé de Pa- 
l^etyr. 

Au contraire, l'opinion de Marsham sur l'époque de la fonda- 
tion de Tyr insulaire est repoussée comme inadmissible par un 
grand nombre de partisans de l'antériorité de Palœtyr. Vitringa, 
Duker et Cellarius (2) croient que l'île de Tyr était peuplée avant 
le temps de Nabuchodonosor ; que là se trouvait le navale, l'en- 
trepôt de Palœtyr. 

D'accord jusque-la, ils ne le sont plus lorsqu'il s'agit de décider 
laquelle des deux villes fut prise par le roi de Babylone. D'après 
Vitringa, ce fut Tyr insulaire (3), et sous ce point il combat à 
outrance l'opinion du savant anglais. Ce fut Palœtyr, d'après 
Duker, dont l'avis est partagé par Cellarius, qui fait remonter la 
fondation de Tyr insulaire à une époque antérieure à Salmanasar. 
Cette fondation, suivant D. Calmet, est due aux Sidoniens avec 
le concours des habitants de Palœtyr. Elle eut une population peu 
nombreuse jusqu'à Hiram, qui habitait Palœtyr, et qui, par une 
chaussée, réunit l'île au continent. Nabuchodonosor assiégea Pa- 
lœtyr j pendant le siège, les Tyriens coupèrent la chaussée et se 
retirèrent dans l'île; pour les atteindre, le roi de Babylone réta- 
blit la chaussée ; Palœtyr, prise de vive force, fut détruite et ne se 
releva pas de ses ruines ; mais Tyr insulaire s'étant rendue par 



(1 ) Il ne nie pas cependant que l'île ait eu quelques habitants avant l'époque de Nabu- 
chodonosor. 

(2) Vitringa, Comment, in prophet. Isaiœ. 
Duker, Note sur Perizonius, t. II, p. 130. 

Cellarius, Geographiœ anliquœ , lib. tertius, cap. 12, § 95 et 96, p. 381. 

(3) Rooke, commentateur d'Arrien, partage l'avis de Vitringa. T. I, liv. ii, chap, 24, 
p. 114. — David Kimchi [Commentaire sur haïe) pense que ce fut Tyr insulaire que 
prit Nabuchodonosor, et qu'après 70 ans, le rétablissement eut lieu sur le continent. 



528 RECHEUCHES SUR TYR ET TAL.ETYR. 

composition, subsista encore avec éclat (1). C'est alors, dit 
M. Poujoulat, que les Tyriens brisèrent la chaussée du roi de Ba- 
bylone, et se firent de nouveau un rempart des flots de la mer (2). 

!\1. de Sainte-Croix veut que Palœtyr ait seule existé jusqu'au 
temps de Hiram ; mais d'après ce savant, ce ne fut pas elle, ce fut 
Tyr insulaire qui soutint un siège contre Nabuchodonosor (3). 

Bochart va plus loin. Quoiqu'il admette que l'existence de Pa- 
lœtyr soit antérieure k celle de Tyr insulaire, c'est cependant dans 
cette dernière ville qu'il place tous les événements qui con- 
cernent Tyr; par conséquent, il fait remonter la fondation de cette 
ville à une antiquité fort reculée (4). 

Le voyageur Buckingham dit aussi qu'il est évident que les écri- 
vains de l'antiquité n'ont eu en vue qu'une seule et même ville, 
Tyr insulaire; malgré cet aveu, il lui semble probable que, dans 
les éloquentes paroles d'Ezéchiel, il s'agit d'une ville plus an- 
cienne, située soit dans une île, soit sur le continent; que ce fut 
Palœtyr (Tyr continentalej qui fut assiégée par Nabuchodonosor, 
tandis que la ville prise par Alexandre a été Tyr insulaire (5). 

W. Movers, ainsi que Bochart, pense que Tyr est fort ancienne, 
mais que Palœtyr l'est encore davantage. Toutes deux, quoique 
séparées par le détroit, ne formaient qu'une seule ville. Avant les 
guerres contre les Assyriens, Palœtyr ou la ville continentale^était 
la plus importante; mais du vui" au vr siècle avant notre ère, à la 
suite de guerres soutenues contre les Assyriens et autres peuples 
d'Asie, Palœtyr perdit toute importance, et Tyr, au contraire, de- 
vint de plus en plus florissante (6). 



(1) D. Calmet, Commentaire sur Josué, cb. ïix, v. 29. 

(2) Poujoulat, Correspondance d'Orient, t. V, p. 500. 

(3) Sainte-Croix, Examen critique, p. 269. 

(4) Bochart, Plialeg., liv. iv, ch. 35. — Chanaan, liv. ii, ch. 17. 

« Ea quippe vetustiorem esse Palaetyrum, vel ipso nomine constat. » 

(5) Buckingham, Travels in Palestine, p. 47. 

(6) Movers, Das phœnizische Alterthum. Erster Theil, Bnch. I, cap. 6. 



RECHERCHES SUR TYR ET PALjETYR. 529 

■- M. de Bertou est également d'avis que la fondation de Palœtyr a 
précédé celle deTyr; mais il n'accorde une très haute antiquité 
ni îi l'une ni à l'autre. Suivant lui, Palœlyr, fondée par les Sido- 
niens, envoya des habitants dans une des îles tvrienncs. idie con- 
tinua il exister en même temps que sa colonie dont elle devint 
tributaire. Tous les grands événements qui ont fait de Tyr ime 
ville célèbre ne la regardent pas(î). 

Par ce qui précède, il devient évident qu'à l'exception deMars- 
ham et de Périzonius, tous les auteurs qui, ayant étudié la ques- 
tion avant de se prononcer, ont cru devoir admettre l'antériorité 
de Palsetyr, ont cependant rejeté formellement l'étrange opinion 
de Marsham sur l'époque de la fondation de Tyr insulaire. « Des- 
Iructio veleris Tyri fuitorigo novœ. » Mais ce n'est pas tout. Des voix 
très nombreuses et fort imposantes se sont élevées pour défendre 
l'antériorité de Tyr insulaire. 

Suivant Desvignoles, qui a étudié cette question avec tant de 
soin, Tyrfut d'abord bâtie dans l'île; c'est la que vécurent llypsu- 
ranius